• « Il a tracé seul son chemin » : les #abandons en montagne, une forme de #violence_conjugale

    En #randonnée, #alpinisme ou #trail, des femmes se mettent à raconter comment leur ancien compagnon les a laissées seules en pleine montagne. Loin d’être anodins, ces abandons relèvent de mécanismes de domination.

    « Je l’ai vu partir de plus en plus loin, s’enfoncer dans la nuit jusqu’à disparaître complètement. » Presque dix ans après, Tina n’a rien oublié de cet ultra-trail de plusieurs jours dans les Pyrénées avec son ex-compagnon. Lors de la deuxième nuit, elle est épuisée tandis que lui accélère, sans se retourner. « Je me suis sentie trahie, je pleurais de rage, je n’ai pas compris comment il a pu faire passer son désir de compétiteur avant le reste. Ce n’était pas de la peur — la montagne je connais. Mais on était partis à deux, on était censé compter l’un sur l’autre », dit-elle.

    Tina poursuit sa course seule et retrouve plusieurs heures plus tard son ex-compagnon sur une base de vie « comme si de rien n’était ». Profondément marquée par cet abandon, cet épisode a pesé dans sa décision de le quitter quelques mois plus tard. « Je me suis rendu compte que ce n’était pas quelqu’un sur qui je pouvais compter, même dans la vie de tous les jours. En montagne, les personnalités se révèlent plus vite, on ne peut plus se cacher derrière des apparences. »

    Comme Tina, une quinzaine de femmes ont répondu à l’appel à témoignages lancé par Reporterre pour raconter des expériences similaires d’abandon en randonnée, en trail ou en alpinisme. Presque toutes expliquent qu’elles étaient à l’époque dans une relation toxique avec leur ex-partenaire et la quasi-totalité d’entre elles estiment que ces abandons s’inscrivent dans un #continuum_de_violences.

    En février, après la condamnation d’un alpiniste autrichien pour avoir laissé sa compagne près du plus haut sommet du pays, où elle est morte de froid quelques heures plus tard, les témoignages de femmes laissées en montagne se sont multipliés sur les réseaux sociaux sous l’expression « #Divorce_alpin » [1]. En les voyant, Mathilde s’est rendu compte qu’elle n’était pas un cas isolé. « Je me suis sentie reconnue, j’ai compris que ce n’était pas moi le problème, que c’était une #violence_systémique », explique la jeune femme.

    Son ex-compagnon l’a laissée à quelques centaines de mètres du sommet du Mont-Blanc alors qu’ils grimpaient ensemble. « J’étais épuisée, transie de froid et il s’est désencordé pour battre un record sur [l’application] Strava en gardant l’eau et la nourriture avec lui », raconte-t-elle. Mathilde est finalement redescendue avec un groupe d’alpinistes qu’elle ne connaissait pas, croisé à ce moment-là. « Cet épisode a été comme un électrochoc d’une relation que je ne voulais pas voir dysfonctionnelle, je l’ai quitté du jour au lendemain. »

    Ce n’était pas une première : « Il nous mettait souvent en #danger parce que seule la #performance comptait. Moi aussi j’aime les sensations fortes, mais je le suivais naïvement car il avait plus d’expérience et dès que je tentais de freiner, je passais pour la relou trop prudente. »

    Les deux avaient déjà été secourus par le peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) lors d’une sortie et Mathilde ne compte plus les fois où elle se mettait à pleurer tant l’engagement dépassait ses limites. « Je ne sais toujours pas pourquoi je continuais à le suivre. Sans doute l’espoir que, cette fois, ce serait différent, qu’il me prendrait en compte. »

    « J’ai fini par appeler les secours »

    Pour Sophie [2], l’évènement remonte à plus de dix ans, dans les Pyrénées. Son conjoint l’a laissée seule avec leur fils de 9 ans en pleine montagne sans eau, ni carte, en pleine montée. « Le matin, il m’avait annoncé une randonnée de quatre ou cinq heures, mais à midi, il m’a dit qu’il fallait encore marcher quatre ou cinq heures. Comme ce n’était pas ce que nous avions convenu, une dispute a éclaté et il est parti », raconte Sophie, qui n’est pas une grande sportive et n’a pas une grande connaissance de la montagne, contrairement à son mari.

    « J’ai eu très #peur, j’ai fini par appeler les secours pour me géolocaliser. Ils ne pouvaient pas nous orienter et ont proposé de venir nous chercher, mais j’ai refusé, nous n’étions pas blessés mais en détresse émotionnelle. » Avec son fils, elle finit par retrouver son chemin et les deux arrivent exténués après dix heures de marche. « Mon conjoint était là, à nous attendre sans voir où était le problème. » Après ça, Sophie a mis un moment à retourner en montagne avec lui. Depuis qu’elle a recommencé, elle prend bien soin de vérifier l’itinéraire, et d’utiliser une application de randonnée indiquant la difficulté du parcours.

    Laurine, elle, n’a pas ressenti de peur immédiate lorsque son ex-compagnon l’a laissée seule en randonnée dans la montagne en Italie il y a trois ans. « Sur le chemin du retour alors que nous étions encore en haut et sans réseau, il a décidé de tracer seul son chemin à travers le flanc de montagne. Je ne pouvais pas le suivre, c’était ma première activité physique depuis mon entorse à la cheville », se souvient-elle. Sportive, malgré sa blessure, elle réussit à rentrer sans encombre. Mais la nuit qui a suivi, elle a été victime d’un viol conjugal.

    « Cet épisode me fait réaliser aujourd’hui à quel point j’étais dans une relation toxique. Avec le recul et en voyant tous les témoignages de femmes laissées en montagne, j’ai réalisé que cet abandon préparait le terrain pour le viol qui suivrait. Cela fait partie d’un système de violences. »

    Un constat partagé par des associations spécialisées. L’Union nationale des familles de féminicides estime aussi que cette pratique est bien une violence conjugale. « Abandonner sa compagne dans un endroit isolé ne relève pas d’un désaccord sur le rythme, d’une blague. C’est une #mise_en_danger pour punir, humilier ou affirmer sa domination. Ce n’est pas de l’amour. C’est une violence. »

    Une analyse que rejoint la sociologue Johanna Dagorn, chercheuse à l’université de Bordeaux. L’expression « Divorce alpin », largement reprise sur les réseaux sociaux, lui paraît d’ailleurs problématique : « Cela sonne presque exotique, alors qu’il s’agit de quelque chose de dramatique. »

    Mettre en #insécurité pour humilier

    Dans ses recherches, elle identifie des mécanismes similaires au-delà de la montagne : « abandonner sa compagne dans un milieu isolé, que ce soit en montagne ou sur le bord d’une route, c’est la mettre en insécurité pour l’humilier et affirmer une forme de domination, explique-t-elle. Ces comportements s’inscrivent dans une logique de contrôle coercitif, visant à montrer à l’autre qu’elle peut être laissée seule, vulnérable. » Et en montagne, cette violence prend une dimension particulière : « C’est un milieu où l’on est peu de choses, où la solidarité est essentielle. »

    Elle décrit un mécanisme en plusieurs temps : d’abord une mise sous tension — accélérer, distancer — puis l’abandon, avant une phase de #minimisation ou de #déni : « Ne pas donner d’explication, c’est banaliser ce qu’il s’est passé et nier la peur de l’autre. »

    Pour Johanna Dagorn, l’argument de la #performance_sportive ne tient pas : « Si l’objectif est uniquement la performance, on part avec des personnes du même niveau. Ici, il y a une intention de rabaisser, de montrer à l’autre qu’elle n’est pas à la hauteur. » Ces actes s’inscrivent ainsi dans un continuum de violences : « Dans la quasi-totalité des cas d’abandons sur l’autoroute que j’ai étudiés, il existait déjà d’autres formes de violences. »

    L’éternelle seconde de cordée

    Cette lecture en termes de violences conjugales peut aussi être éclairée par une analyse des rapports de pouvoir à l’œuvre dans ces situations. Ainsi, pour la sociologue Rozenn Martinoia, « celui qui décide d’abandonner exerce un pouvoir sur l’autre ». Ce #pouvoir repose autant sur des ressources que sur des perceptions. « Les femmes ont souvent été moins formées et surtout plus amenées à douter d’elles-mêmes », souligne-t-elle.

    Dans ce contexte, l’abandon vient renforcer une #asymétrie déjà installée : « On minore les compétences des femmes et elles finissent par intérioriser une forme d’infériorité. » Et en montagne, cet effet est accentué par l’#isolement, le danger et l’engagement physique, car « c’est un milieu où les personnalités se révèlent vite, parfois sans témoin ».

    Face à ces inégalités, les groupes de femmes en #non-mixité se développent de plus en plus. Lead The Climb, Premières de cordée, Girls in Bleau, Copines de rando, Pyr’elles, Womens mountain club… « Ces espaces permettent de renforcer leur confiance et leur compétence et d’expérimenter le rôle de leader. » Ce qui montre encore une fois que ce sont aux femmes de s’adapter.

    https://reporterre.net/Il-a-trace-seul-son-chemin-les-abandons-en-montagne-une-forme-de-violenc
    #montagne #domination #sexisme #genre #femmes #abandon #humiliation

  • Féminicides en Suisse : la #violence à huis clos

    Le nombre de #meurtres commis sur des femmes dans le contexte domestique a atteint un nouveau record en 2025. La Confédération et les cantons ont pris des mesures pour freiner cette violence et mieux protéger les victimes. Mais la Suisse en fait-elle assez ?

    Binningen (BL) : le 13 février 2024 vers midi, un homme de 41 ans frappe son épouse de 38 ans au visage et l’étrangle dans leur maison. Il découpe le cadavre pour le faire disparaître. Le couple, parent de deux enfants en bas âge, était sur le point de se séparer. Corcelles (NE) : dans la nuit du 20 août 2025, une femme de 47 ans et ses deux filles meurent poignardées chez elles. L’ex-mari, âgé de 52 ans, attire rapidement l’attention des enquêteurs. Grabs (SG) : le 26 avril 2026, une femme de 71 ans succombe dans sa villa. La police arrête son époux, âgé de 67 ans.

    Trois lieux, trois années, trois meurtres. Qui montrent à quel point le cadre domestique peut être dangereux pour des femmes de tout âge, même dans un pays aussi paisible que la Suisse. La violence exercée par les conjoints ou ex-conjoints commence peu à peu à interpeller la société et le monde politique, mais ces crimes ne sont plus des actes isolés depuis longtemps. En Suisse, une femme meurt toutes les deux à trois semaines en moyenne dans un contexte de violence domestique. En 2025, avec 25 femmes et filles tuées, un nouveau record a été atteint depuis qu’on a commencé, en 2009, à recenser ces meurtres séparément. En tout, 55 homicides ont été commis en Suisse l’an dernier.

    Le gouvernement s’inquiète

    La violence domestique n’épargne pas les hommes. Mais pour ce qui est des meurtres, le tableau est clair : plus de 90 % des victimes sont des femmes, les auteurs étant majoritairement des hommes. Le chiffre record de 2025 a inquiété le gouvernement. « Cela ne peut pas continuer ainsi », a déclaré la ministre de l’intérieur, Elisabeth Baume-Schneider. Le ministre de la justice, Beat Jans, a souligné qu’aucun autre délit ne fait autant de victimes que la violence contre les femmes. Au milieu de 2025 déjà, une commission de représentants de la Confédération, des cantons et des communes a arrêté des mesures urgentes. Les régions ont par exemple été invitées à collaborer pour offrir des places aux femmes dans les #refuges.

    Nora Markwalder, professeure de droit pénal à l’Université de Saint-Gall, ne constate aucune hausse durable du nombre de féminicides. Mais elle trouve tout de même cette « tendance stable » préoccupante. Tandis que les meurtres entre hommes, commis lors de sorties, de disputes ou dans le milieu criminel, ont fortement reculé en Suisse ces dernières décennies, le nombre de femmes tuées par leur conjoint est resté constant. « Cela interroge », note la criminologue.

    Pas un « drame familial »

    Le terme de « féminicide » fournit une piste de réflexion. Popularisé dans les années 1970 par la sociologue américaine Diana Russell, il renvoie à la dimension sociétale de ces crimes. D’après une définition de l’ONU de 2012, les féminicides sont les meurtres commis sur des femmes dans un contexte domestique. Des analyses montrent qu’ils sont souvent liés, chez leurs auteurs, à une volonté de #domination, un sentiment de #possession et des #stéréotypes de #genre. Les séparations sont des phases à haut risque. « Près de la moitié des meurtres sont commis pendant ou après la #séparation », explique Nora Markwalder.

    En Suisse, le féminicide n’est pas un terme juridique. Des groupes de défense des droits des femmes, des responsables politiques et le projet de recherche stopfemizid.ch l’utilisent depuis quelque temps pour mettre ces affaires en lumière. Les médias et les autorités l’emploient aussi de plus en plus. Pour Nora Markwalder, il décrit la réalité : « Il s’agit d’un meurtre, pas d’un drame familial ou d’un crime passionnel, comme on le désignait souvent auparavant pour minimiser sa gravité. »

    Nouveau numéro d’aide aux victimes

    La Suisse a longtemps estimé que ce qui se passait chez les gens ne concernait pas l’État. La violence domestique – viols, voies de fait et menaces – n’est un délit officiel que depuis 2004. Des politiciennes de tous bords se sont battues pour que des mesures soient prises contre la violence faite aux femmes. En ratifiant la Convention d’Istanbul en 2018, la Suisse s’est engagée à agir. Une « feuille de route » de la Confédération et des cantons a porté de premiers fruits : au printemps de 2026, une ligne nationale d’aide aux victimes a été mise en place, le 142. Les cantons ont renforcé leur gestion des menaces pour détecter précocement la violence. Car le féminicide est souvent le point final d’une spirale de violence, comme l’a montré une analyse de la Confédération.

    Désormais, la police s’adresse de manière ciblée aux auteurs de violences. Des cantons testent le bracelet électronique pour interdire les contacts. La Confédération a lancé une campagne de prévention afin de sensibiliser la population à la violence domestique. Des modifications législatives sont envisagées, notamment dans le droit régissant la détention d’armes. En 2025, une étude de l’Université de Saint-Gall a montré que les meurtres domestiques sont souvent commis au moyen d’armes à feu en Suisse, surtout si les auteurs sont âgés. Il faut savoir que les Suisses peuvent conserver leur arme militaire même après avoir été libérés de l’obligation de servir.

    Critiques et exigences

    Les défenseurs des droits des femmes et les partis de gauche reprochent à la Suisse de ne pas appliquer assez rigoureusement la Convention d’Istanbul, malgré les progrès accomplis. Les refuges pour les femmes manquent d’argent, et la protection des femmes varie fortement d’un canton à l’autre. À droite, l’UDC estime que la violence domestique est surtout un problème de migrants. Elle exige des peines plus lourdes et des expulsions systématiques.

    La Confédération et les cantons prévoient de déployer une nouvelle stratégie nationale contre la violence domestique et sexuelle en 2027 afin d’harmoniser les mesures et de tenir compte de la violence numérique. Le Parlement a en outre commandé une étude de faisabilité pour une tenue de statistiques sur les féminicides, y compris hors du contexte domestique.
    Un procès marquant

    Dans l’affaire de Binningen, le procès de première instance s’est tenu en mai 2026. Il a fait apparaître la dynamique destructrice de la violence domestique. La Cour pénale de Bâle-Campagne a condamné l’époux à la perpétuité pour assassinat et atteinte à la paix des morts, estimant que, mortifié par la perspective d’une séparation et mû par un besoin de contrôle, par la vengeance et la colère, ce dernier avait aussi tué sa femme pour dissimuler les faits de violence conjugale. Le président du tribunal a parlé d’un problème de société : « Il s’agit là d’un féminicide. » Des membres de la famille, des amis et des militantes ont rendu hommage à la victime en formant une chaîne humaine devant le tribunal.

    https://www.swisscommunity.org/fr/nouvelles-et-medias/revue-suisse/article/feminicides-en-suisse-la-violence-a-huis-clos
    #féminicides #genre #femmes #Suisse #violence_domestique #statistiques #chiffres

  • Circoli dell’Ambiente e della #cultura_rurale: #domenico_testa nominato Responsabile Territoriale per #San_Nicola_La_Strada
    https://informareonline.com/circoli-dellambiente-e-della-cultura-rurale-domenico-testa-nominato

    Nell’ambito del rafforzamento della propria presenza sul territorio regionale, i Circoli dell’Ambiente e della Cultura Rurale nominano Domenico Testa nuovo Responsabile Territoriale per San Nicola la Strada, realtà della provincia di Caserta. L’incarico punta a consolidare l’impegno dell’associazione nelle comunità locali sui temi della tutela ambientale, della qualità urbana, della partecipazione civica e della valorizzazione […] L’articolo Circoli dell’Ambiente e della Cultura Rurale: Domenico Testa nominato Responsabile Territoriale per San Nicola la Strada proviene da Informareonline, scritto da Redazione Informare

    #Comunicati_Stampa #circoli_dell'ambiente

  • « Par peur d’être taxé d’exagération, le GIEC a sous-estimé la brutalité de nos étés »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/08/par-peur-d-etre-taxe-d-exageration-le-giec-a-sous-estime-la-brutalite-de-nos

    Longtemps accusé de catastrophisme par l’extrême droite, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a en réalité été trop prudent, sous-estimant l’accélération du changement et ses conséquences, relève l’historien Jean-Baptiste Fressoz dans sa chronique au « Monde ».

    Je dis +1 :-)

    • Je te rassure, dans cinq ans on aura un article expliquant que l’historien Fressoz, dans sa chronique de 2026, a sous-estimé à quel point le GIEC avait sous-estimé les effets du réchauffement climatique.

    • Rendons d’abord justice aux modèles climatiques. A l’échelle globale, ils se sont révélés remarquablement exacts : depuis les années 1990, la courbe des températures planétaires suit de près la trajectoire projetée par les premiers rapports. Sur ce terrain, l’accusation d’alarmisme ne tient pas : le réchauffement est bien arrivé comme annoncé.

      Mais la moyenne globale masque des extrêmes régionaux, et c’est là que le GIEC a plutôt péché par timidité. Cela fait quelque temps déjà que certains climatologues expliquent que les modèles captent mal la mécanique du #jet-stream : quand ce grand courant d’altitude ralentit, les #dômes_de_chaleur s’installent durablement ; nous venons d’en faire l’expérience. Ce phénomène répond au doux nom d’« amplification quasi résonante ».

      Les modèles pourraient donc sous-estimer les chaleurs extrêmes à venir. Un article de 2023 signé par Robert Vautard – coprésident du groupe 1 du GIEC – et ses collègues confirme ce diagnostic. Les extrêmes de chaleur en #Europe_de_l’Ouest augmentent bien plus vite que ne le prévoyaient les modèles. Plus inquiétant encore : aucun n’arrive à simuler l’intensité de ces canicules.

      https://justpaste.it/ex8kr

      #climat #réchauffement_climatique #modélisation

  • JO d’hiver 2030 : les atteintes à l’environnement planifiées par le comité d’organisation

    Défrichements de zones forestières, #terrassements, artificialisations, et des #remontées_mécaniques hors du temps, le comité d’organisation des JO d’hiver 2030 envisage de dégrader durement la #montagne pour le business du #ski.

    « Je ne comprends pas comment on peut sacrifier un site pareil », se désole Anna*, habitante pendant vingt-cinq ans des #Confins, le plateau censé accueillir le « #pôle_nordique » des JO 2030, sur les hauteurs de #La_Clusaz (Haute-Savoie). Ça me dépasse, ça m’atteint profondément. Je suis heurtée par ce qu’ils projettent d’y faire. »

    Sur un plan de masse du futur site, on mesure l’étendue des #travaux projetés. Les #pistes_de_ski courent le long de la zone #Natura_2000 des combes des #Aravis, puis descendent vers le futur #stade, sa tribune de 1 500 places, les différentes « #surfaces_JO » – sport, fédération internationale, famille olympique, médias, organisation, parking. Des triangles et des ronds signalent aussi un peu partout sur ce plan la présence d’oiseaux, de crapauds, d’écureuils roux, de vipères aspics, et l’Azuré du serpolet, un papillon présent dans la zone, comme dans plusieurs #zones_humides.

    Sur ce site, des terrassements colossaux sont prévus notamment pour la « sécurisation du réseau de #neige » – l’approvisionnement en #eau de plusieurs dizaines de #canons_à_neige – par un circuit souterrain possiblement relié à l’une des #retenues_d’eau du #domaine_skiable. La facture des travaux, estimée en décembre 2025 à 13,5 millions d’euros, pourrait encore grimper avec l’ajout récent sur ce site des épreuves paralympiques de ski de fond et de biathlon, le centre nordique existant ne disposant ni de pas de tir ni d’équipements adaptés au #handicap.

    Vendredi 19 juin, le bureau exécutif du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (#Cojop) des #Alpes_françaises 2030 a validé sa carte des sites, et la localisation de ses quatre grands pôles : la glace à #Lyon, le freestyle à #Briançon (Hautes-Alpes), l’alpin à Val-d’Isère et à #Courchevel (Savoie), et le nordique au #Grand-Bornand et à La Clusaz (Haute-Savoie) en vue de sa présentation à la 146e session extraordinaire du Comité international olympique (CIO) à Lausanne (Suisse), mercredi 24 et jeudi 25 juin. Mais c’est lors de l’assemblée générale du Cojop que ces décisions doivent être adoptées, le 29 juin.

    Des terrassements considérables

    La première version de la #feuille_de_route_environnementale élaborée par le Cojop et le secrétariat général à la planification écologique (SGPE), le 13 avril 2026, promet de « limiter l’#empreinte_environnementale des jeux » et de « minimiser l’impact des aménagements des pistes sur les espaces naturels ». Mais elle intègre déjà une possible « #compensation_volontaire » de ces dégâts, « via des projets locaux de conservation et restauration d’écosystèmes » à hauteur de 100 hectares.

    Dans un avis récent, le groupe régional d’expertise sur le climat (Grec) Alpes-Auvergne alerte sur les effets des JOP 2030 dans le contexte « d’un environnement montagnard déjà fragilisé par le réchauffement climatique auquel les émissions de gaz à effet de serre liées aux JOP contribuent ». Et sur la faune et flore « déjà sous pression » notamment du fait de la fréquentation humaine accrue.

    Dans sa feuille de route, le Cojop annonce vouloir réutiliser à hauteur de 90 % des #infrastructures existantes « pour les sites de compétition », et aussi limiter à 30 hectares l’artificialisation « sur l’ensemble des projets pérennes ».

    Mais certains « points d’attention » révèlent sa parfaite connaissance des atteintes à l’environnement les plus sévères : « potentiel terrassement à La Clusaz », « parkings éventuels à #Montgenèvre », « nouvelle piste impliquant défrichement à Montgenèvre », « impact pour les prairies permanentes et les #forêts et la #biodiversité de l’aménagement des fronts de neige ».

    À Montgenèvre (Hautes-Alpes), station du Briançonnais, 3,2 hectares de mélèzes de la #forêt du Prairial doivent en effet être défrichés pour y créer des pistes de snowboardcross et de skicross nécessitant un parcours de bosses et de virages relevés. « Il n’y a rien, il faut créer ces pistes de toutes pièces, ça implique des terrassements considérables, après ce déboisement », commente un membre du Collectif citoyen JOP 2030.

    Absence d’enquête environnementale

    L’ajout d’épreuves de ski-alpinisme, plus en altitude, sur le massif du #Chenaillet, à partir du site du rocher de l’Aigle, inquiète aussi les associations qui portent un projet de protection de la zone depuis quarante ans, et poussent à son classement en réserve naturelle régionale (RNR).

    « C’est un site géologique mondialement connu, ce n’est pas une bonne idée de faire du ski-alpinisme sur ce site », déplore Bernadette, habitante de la commune voisine de Cervières.

    « Il y a des laves en coussins dans un état extraordinaire, comparables à ce que l’on peut observer à 2 400 mètres sous l’océan Atlantique, et tout le cortège de roches qui l’accompagne, explique Claude Rémy, de l’association Arnica Montana. Mais vous y trouvez aussi des plantes protégées, endémiques comme l’Aethionema de Thomas, une petite plante extrêmement rare, et des lichens. »

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    Des maires des JO sous l’œil de la justice

    #Xavier_Mattis, le maire de Val-d’Isère, dont la commune accueillera les épreuves techniques de ski alpin, a vu son élection invalidée par le tribunal administratif le 22 mai. Son entreprise, la SARL #L’Avalain, étant chargée du déneigement de Val-d’Isère, par contrat renouvelé depuis 2020, il n’avait pas le droit de se présenter – en vertu de l’article L231 du Code électoral. Il a fait appel, le 23 juin, en annonçant crânement avoir « posé un genou à terre mais pas deux ».

    #Jean-Luc_Boch, le maire de La Plagne-Tarentaise, et président de l’association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM), lui aussi concerné par d’importants travaux liés aux JO (ascenseur valléen, et piste de bobsleigh), fait l’objet d’une enquête judiciaire pour « #prise_illégale_d’intérêts » entre les mains d’une juge lyonnaise après une plainte d’Anticor. Son entreprise, #Boch_et_Frères, a aussi déneigé La Plagne jusqu’en 2016, mais le maire a surtout introduit un promoteur, #Pelletier, acheteur de terrains à la mairie, en 2017, pour une opération immobilière, #Lodges_des_Alpages, dont Boch et Frères a effectué le terrassement. Il est présumé innocent.

    #Jean-Yves_Pachod, le maire de Courchevel, haut lieu de la future compétition, s’est vu reprocher par la chambre régionale des comptes la mise à disposition irrégulière d’un véhicule par l’office du tourisme. Plus récemment, des investigations sont en cours à la suite du déclassement du rez-de-chaussée du bâtiment de l’office du tourisme, en cœur de la station, afin de le louer à un bijoutier, représentant exclusif de la marque Rolex. Dans ce dossier, la brigade de recherches de Chambéry a perquisitionné la mairie et l’office du tourisme en décembre.

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    880 espèces de #plantes dites supérieures y ont été inventoriées. Sans être « opposé par principe aux JO », le scientifique demande « la protection urgente » du #Chenaillet. Il s’étonne aussi de l’absence d’enquête environnementale s’agissant du défrichement de la #forêt_du_Prairial qui héberge « une chouette forestière protégée », la #chouette_de_Tengmalm.

    Au nord de Briançon, sur le domaine skiable de #Serre-Chevalier, la future piste de ski à bosses est aussi « à construire entièrement », sur des zones boisées.

    Un « Monopoly » géant

    Le « Monopoly » géant auquel se livre le Cojop sur la montagne ne fait que commencer. Trois maires des stations emblématiques de La Plagne, Courchevel et Briançon poussent des projets d’#ascenseurs_valléens, respectivement chiffrés à 101, 74,8 et 26 millions d’euros.

    À Briançon, le maire a convaincu le Cojop d’installer un #village_olympique au #fort_des_Trois_Têtes, une fortification militaire du XVIIIe siècle à l’abandon – sans eau, ni éclairage ni aucun réseau. Ce fort a été inscrit parmi les réalisations de Vauban sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 2008.

    Initialement évaluée à 295 millions, désormais « réduite » à 133 millions d’euros, cette opération immobilière hors norme vise à réhabiliter puis à commercialiser, en logements, commerces et hôtel, 17 000 mètres carrés de plancher sur un périmètre de 41 hectares entourés par 4,5 kilomètres de remparts à entretenir, en y incluant une usine abandonnée située en contrebas.

    Estimé à 51,84 millions d’euros, le village des athlètes promet de peser lourd aussi en Haute-Savoie, à #Saint-Jean-de-Sixt, à 3 kilomètres de La Clusaz. Mais un bâtiment de 41,67 millions d’euros sera aussi construit au #Grand-Bornand, à 3 kilomètres de là, pour y être mis à disposition du Cojop. Si l’on ajoute un « #pôle_indoor » prévu au village de La Clusaz, pour 21,7 millions, l’addition qui s’élève à 115 millions construits en dur place le département au niveau de ses voisines.

    En Savoie, 78,5 millions d’euros doivent être investis pour le futur village olympique de #Bozel, qui n’accueillera finalement que les athlètes du site de Courchevel, situé à 18 kilomètres – les épreuves techniques de ski alpin ayant échappé à Méribel au profit de #Val-d’Isère. Mais en Savoie, des fonds importants sont aussi prévus pour la remise à niveau de la piste de bobsleigh de La Plagne, soit 43 millions d’euros, et une prolongation du tremplin de saut à ski de Courchevel, pour 43,6 millions d’euros.

    Le fait accompli

    Ce ruissellement de #fonds_publics au prétexte des JO est ouvertement attendu par certains maires pour soutenir la #promotion_immobilière dans leurs stations. Pour la population, c’est encore l’incertitude, notamment sur la réelle contribution des communes. L’information n’a été donnée qu’au compte-goutte, et des consultations débutent, selon des modalités diverses et variées, au moment où les appels d’offres sont déjà passés.

    Constatant les « démarches lancées en parallèle, voire en amont », le Grec Alpes-Auvergne pointe aussi le « risque évident » de voir la feuille de route environnementale « établie pour tenir compte du fait accompli plutôt que pour permettre aux décideurs en charge d’en intégrer les préconisations dans leurs prises de décisions et initiatives ».

    Après avoir été assignée par plusieurs ONG devant les juridictions administratives pour lui enjoindre « d’organiser une mesure de participation du public », la #Société_de_livraison_des_ouvrages_olympiques (#Solideo) a saisi d’elle-même, le 22 avril, la Commission nationale du débat public (CNDP) pour qu’elle désigne des garants de plusieurs « concertations préalables » : pour l’aménagement du site de ski de fond de La Clusaz, le projet d’ascenseur valléen de La Grande Plagne et l’aménagement du site de compétition de Montgenèvre.

    Réunions publiques prévues

    Mais l’établissement public a entrepris d’organiser ses propres réunions de concertation, hors CNDP, sur les autres sites à Briançon, à Saint-Jean-de-Sixt (Haute-Savoie), au Grand-Bornand et ailleurs.

    Le 9 juin, les deux garants désignés par la CNDP ont demandé au Cojop et à la Solideo d’expliquer cette différence de traitement.

    À La Clusaz, le maire, #Didier_Thévenet, un proche du président du Cojop, #Edgar_Grospiron, a formalisé l’engagement de sa commune en faisant voter, en décembre 2025, le transfert de la maîtrise d’ouvrage des aménagements du site des Confins à la Solideo. « Tout a été décidé en cinq minutes, relève Anna*. On n’a jamais été consultés pour ces JO. » Questionné durant l’automne, le maire prétendait n’avoir « aucune information ». En décembre, il a salué « les nombreuses relations de travail déjà établies » avec la Solideo.

    Sans trop attendre, l’établissement a lancé ses premiers appels d’offres en mars pour l’assistance à maître d’ouvrage de l’aménagement du « pôle nordique » des Confins.

    Dans leur note du 9 juin, les garants de la CNDP ont rappelé que la concertation devait « débattre d’abord de l’opportunité du projet », « des alternatives » et intégrer « l’option zéro », à charge pour la Solideo et le Cojop de préciser « ce que le projet apporte au public et aux territoires ». À ce stade de « la concertation préalable », la décision de faire le projet « n’est pas encore prise » et il importe de laisser « les champs ouverts aux débats ».

    La réunion publique prévue par la commune de La Clusaz, fin septembre, devrait intégrer ces préconisations, et non pas seulement annoncer les gagnants des appels d’offres.

    À Briançon, le même scénario s’est mis en place pour les rénovations du fort des Trois Têtes et de l’usine de la Schappe. L’appel à candidatures ayant été lancé dès juillet 2025, l’annonce du choix des « lauréats » pour le fort – #Linkcity (#Bouygues_Construction), les promoteurs #Edifim et #Elegia ainsi que l’architecte #Philippe_Prost – et l’usine – #Icade_Promotion et les architectes #Jean-Michel_Wilmotte et #Nathalie_d’Artigues – a précédé les réunions de « concertation » de la Solideo et du maire, #Arnaud_Murgia, un ancien secrétaire national de l’UMP élu pour la première fois à Briançon en 2020.

    Ironie de l’histoire, le projet actuel reprend les grandes lignes d’un #aménagement soutenu par l’ancien maire socialiste et vendu par un promoteur depuis mis en examen pour #escroquerie.

    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/250626/jo-d-hiver-2030-les-atteintes-l-environnement-planifiees-par-le-comite-d-o
    #jeux_olympiques #Alpes #JO2030 #environnement #forêt #déforestation #artificialisation_des_sols #coût

  • Depuis sa prison, le bandit corse déclarait des troupeaux fictifs

    Affilié au grand #banditisme, #Dominique_Costa, 71 ans, a été condamné, mercredi 17 juin, pour #escroquerie aux #aides_agricoles_européennes par le #tribunal correctionnel de Paris.

    La manne européenne a du bon. Chaque année, depuis sa cellule de prison, Dominique Costa, dit « Mimi », adressait soigneusement sa déclaration à la chambre d’agriculture de Haute-Corse. En tant qu’éleveur de bovins, il demandait à bénéficier de plusieurs types d’#aides liées à la #politique_agricole_commune (#PAC), qui sont assez généreusement répandues en Corse : à savoir des « aides découplées de la production », une « aide pour les vaches allaitantes », et enfin une « subvention compensatoire pour handicap naturel ».

    L’éleveur consciencieux a perçu en retour quelque 120 000 euros d’aides entre 2017 et 2021, selon les calculs de l’Agence de services et de paiement (ASP), chargée de répartir les fonds européens. C’était l’essentiel de ses revenus. À cette période, #Mimi_Costa était détenu d’abord à Ajaccio, puis à Borgo et enfin à Marseille, dans des dossiers criminels.

    C’est une lettre anonyme adressée au parquet européen en 2022 qui a dévoilé le pot aux roses. En décembre, quand les gendarmes se sont rendus au village de #Moltifao, le fief du clan Costa, pour contrôler le cheptel de l’éleveur, ils n’ont trouvé qu’une vingtaine de bovins, dont certains qui divaguaient, au lieu des cinquante-six déclarés.

    Personne n’était sur place pour s’occuper des bêtes, et une carcasse sans tête d’un bovin pris dans une clôture n’avait pas été débarrassée. Aucun camion à bestiaux ni machine agricole appartenant à Dominique Costa n’a été retrouvé. L’enquête des gendarmes avait pointé par la suite un #taux_de_mortalité inquiétant de 85 % dans le #troupeau depuis 2015, alors que la moyenne nationale varie entre 1 % et 2 %, et reste sous les 15 % en Haute-Corse.

    Interrogé par les enquêteurs en 2023, Dominique Costa n’a pas été très loquace. Il a expliqué que sa compagne et son fils s’occupaient du troupeau pendant sa détention, qu’il ignorait les raisons du taux de mortalité très élevé, et ne savait d’ailleurs pas grand-chose de son activité d’éleveur. Il a contesté catégoriquement toute forme d’escroquerie à la PAC, assurant n’avoir fait que suivre les instructions de la chambre d’agriculture et du vétérinaire. Il déclarait pourtant une centaine de bêtes en 2015.

    Six condamnations au compteur

    Il faut dire que Mimi Costa, 71 ans, a un profil d’éleveur un peu particulier. Réputé proche de l’ancien gang de la « #Brise_de_mer », il a déjà été condamné à une demi-douzaine de reprises depuis 1997 dans des dossiers d’association de malfaiteurs, détention d’armes, dégradation du bien d’autrui par un moyen dangereux, blanchiment aggravé, abus de biens sociaux et extorsion (dans une affaire de machines à sous), notamment.

    Son dernier procès remontait à septembre 2025. Accusé d’un assassinat commis en 2019 en Haute-Corse et d’une tentative de meurtre en bande organisée, Mimi Costa s’en était tiré avec une simple #condamnation pour association de malfaiteurs, et une peine de dix ans de réclusion au lieu des vingt-cinq réclamés par l’avocat général. Selon l’accusation, il est impliqué dans une longue série de règlements de comptes au sein du milieu corse, depuis l’assassinat de son neveu, commis en 2010, puis celui de son frère, Maurice Costa, en 2012.

    La famille Costa a une certaine renommée en Haute-Corse. Membre éminent de la Brise de mer, feu Maurice Costa avait eu son heure de gloire en 2001, en réussissant à s’évader de la prison de Borgo grâce à un faux ordre de libération envoyé par fax. L’autre frère, Jacques Costa, après avoir été conseiller général de Haute-Corse, est maire de Moltifao et président du parc naturel régional de Corse. En 2015, il a par ailleurs été condamné pour abus de biens sociaux commis dans son entreprise de travaux publics.

    Les 26 et 27 mai, Dominique Costa a de nouveau été jugé, pour l’affaire des #aides_agricoles cette fois, en visioconférence depuis sa cellule des Baumettes. Devant la 11e chambre correctionnelle de Paris, la représentante du Parquet européen a requis sa condamnation à une peine d’un an de prison, 50 000 euros d’amende, et une interdiction définitive d’exercer l’activité d’agriculteur. Dominique Costa a de nouveau protesté de sa bonne foi et de son innocence.

    Il a finalement été reconnu coupable d’escroquerie au préjudice d’un organisme public, et a été condamné mercredi 17 juin à une peine d’un an de prison, 10 000 euros d’amende, une interdiction définitive d’exercer l’activité d’agriculteur, et cinq ans d’inéligibilité. Il s’est en ouvre vu confisquer 63.000 euros, et devra rembourser 120.000 euros à l’ASP. Il a dix jours pour faire appel du jugement.

    Dans ses attendus, dont Mediapart a pris connaissance, le tribunal a estimé que les demandes d’aides de Dominique Costa étaient frauduleuses, car son activité agricole n’était pas effective, et qu’il « a fait usage de la fausse qualité d’agriculteur pour solliciter le paiement de #subventions agricoles ».

    Trois hauts fonctionnaires du ministère de l’agriculture devaient par ailleurs être jugés à Paris en avril pour détournements de fonds publics. Ils sont accusés d’avoir fait octroyer trop généreusement des aides européennes à des éleveurs porcins corses, en 2016, pour un préjudice estimé entre 370 000 euros et 1,2 million d’euros. Le procès a finalement été renvoyé à septembre 2027.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/180626/depuis-sa-prison-le-bandit-corse-declarait-des-troupeaux-fictifs

    #justice #agriculture #élevage

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    voir aussi :
    Pascoli di carta
    https://seenthis.net/messages/1128629

  • « Le nombre de jours de #vagues_de_chaleur sera multiplié par dix à l’horizon 2100 »

    Face à des canicules toujours plus précoces, #Valérie_Masson-Delmotte critique un « #déni de #responsabilité » de la part des politiques et s’inquiète d’une « #trumpisation » en France, entre coupes budgétaires et licenciement de scientifiques.

    Les prochains jours s’annoncent suffocants. Le 17 juin, 24 départements ont été placés en vigilance jaune canicule par Météo-France, à l’approche de ce qui se dessine comme la toute première vague de chaleur de l’année 2026. Et sa précocité, au même titre que le coup de chaud observé en mai, interroge. Jusqu’à présent, l’Hexagone n’avait connu que quatre vagues de chaleur à cette période de l’année. C’était en 2005, 2017, en 2022 et en 2025. Autrement dit, toutes des années récentes.

    Faut-il y voir le signe d’un emballement du changement climatique ? À quoi ressembleront les étés d’ici 2100, si la trajectoire actuelle se poursuit ? Et les politiques à la manœuvre en France sont-elles à la hauteur des enjeux que posent ces canicules ? La paléoclimatologue de renommée internationale et membre du Haut Conseil pour le Climat, Valérie Masson-Delmotte, répond à Reporterre.

    Reporterre — Quinze jours à peine après l’épisode de chaleur de mai, inédit par sa précocité, les températures s’envolent à nouveau. Des pics à 40 °C sont attendus dimanche dans l’Hexagone. Est-ce historique, ou simplement une « nouvelle normalité » ?

    Valérie Masson-Delmotte — Deux épisodes de chaleur si tôt dans la saison, c’est exceptionnel. Exceptionnel, et en même temps attendu. Bien sûr, il y a une part de hasard dans la formation ou non d’un dôme de chaleur en fonction de la circulation atmosphérique. Toutefois, une des conséquences directes d’un climat qui se réchauffe, c’est l’augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces phénomènes. Des configurations météorologiques tout à fait banales peuvent donner lieu à des événements exceptionnels.

    Ces épisodes peuvent-ils être le signe d’un emballement du réchauffement climatique ?

    Non, personnellement, je n’utilise jamais ce terme. Car, pour l’instant, ce que l’on observe au niveau planétaire est cohérent avec les projections climatiques antérieures. Beaucoup de personnes l’utilisent non pas au regard de l’état du climat, mais par rapport à l’expérience vécue des événements extrêmes toujours plus fréquents et intenses. En France, notamment, le réchauffement est beaucoup plus prononcé en été qu’il ne l’est sur la moyenne annuelle. Le fait d’affronter plus souvent des températures dépassant 30, 35, voire 40 °C donne un sentiment d’emballement alors que c’est juste la fréquence de l’apparition de ces extrêmes qui augmente.

    D’autant que des effets amplificateurs se greffent aux vagues de chaleur successives. Les dômes de chaleur conduisent non seulement à un réchauffement de l’air, mais aussi à l’assèchement très rapide des sols. En temps normal, les sols sont remplis d’humidité et peuvent évaporer ou transpirer pour limiter le réchauffement de surface. Là, ce facteur limitant disparaît.

    Même chose avec les vagues de chaleur marines, en Méditerranée, dans le golfe de Gascogne et parfois même dans la Manche. Pour peu qu’elles persistent, elles nous privent de l’effet rafraîchissant de l’eau de mer lié à la circulation de la brise. Résultat : la nuit, les températures baissent beaucoup moins que d’ordinaire. C’est ce que l’on appelle les nuits tropicales. L’été dernier, on en avait observées un nombre impressionnant du côté de Nice.

    Si la trajectoire actuelle se maintient, la France pourrait connaître un réchauffement à 4 °C à la fin du siècle. À quoi ressembleront les mois de juin à ce moment-là ?

    À l’horizon 2100, le nombre de jours de vagues de chaleur sera multiplié par dix. Et ce, sur une saison qui s’élargira plus tôt au printemps et plus tard en automne. C’est vraiment une augmentation extrêmement forte de l’occurrence de ces événements chauds.

    Je ne peux pas vous décrire à quoi ressemblera le mois de juin en 2100, mais globalement, il faut s’imaginer des sols secs deux mois de plus dans l’année, beaucoup moins d’enneigement en montagne, des glaciers en recul massif, des risques de feux de forêt beaucoup plus élevés sur l’ensemble du territoire, une augmentation des précipitations très intenses, et une montée du niveau de la mer dépassant potentiellement 60 centimètres. En d’autres termes, les extrêmes seront dopés.

    Dès 2050, si le réchauffement planétaire atteint 2 °C, la pire configuration possible pourrait conduire une ville comme Paris à atteindre 50 °C. En comparaison, le record de température en France a été enregistré en 2019, près de Montpellier, et s’élève à 46 °C. En région parisienne, il avoisine 42 °C. Le dépassement de 40 °C, autrefois rarissime, est en train de devenir fréquent.

    Comment éviter ce scénario ?

    La réduction des émissions de gaz à effet de serre, notamment liées à la combustion des énergies fossiles, est cruciale. Si l’on atteint un pic et que l’on engage une baisse nette au niveau mondial, on pourra en observer les effets positifs en une vingtaine d’années seulement. En revanche, tant que ce ne sera pas le cas, le climat continuera d’accumuler de la chaleur et les extrêmes poursuivront leur intensification sur terre comme en mer.

    En septembre, vous disiez à Reporterre : « L’été 2025 nous montre à quel point nous ne sommes pas prêts pour faire face au dérèglement climatique. » Vous critiquiez notamment la stratégie du gouvernement, se cantonnant à de la gestion de crise. Neuf mois plus tard, votre opinion a-t-elle changé ?

    La planification et la déclinaison du plan national d’adaptation au changement climatique ont un peu avancé depuis. Seulement, ça ne suffit pas. Des points m’inquiètent réellement. Au moment des alertes canicules du mois de mai, le gouvernement a empêché le lancement de la campagne de prévention sur les risques liés à la chaleur. Elle était pourtant prête. C’est très préoccupant.

    Dans les écoles, des aménagements — aussi simples que des volets ou des ventilateurs — manquent à l’appel pour limiter les conditions dégradées dans les salles de classe exposées au sud avec des baies vitrées. C’est révélateur d’un manque de préparation.

    Encore une fois, le gouvernement a réagi à la dernière minute. En mai, des lycéens ont passé leur bac professionnel sous des températures insupportables. Et les épreuves orales du bac général devraient aussi se dérouler — y compris en après-midi — à partir de lundi. L’égalité des chances est sapée par les conditions de repos dont dispose chaque élève chez lui. Sans parler des enseignants et de tout le personnel de ces établissements bien densément peuplés qui, eux aussi, souffrent de ces conditions.

    Alors oui, certaines choses ont évolué… mais pas du tout suffisamment. Il n’y a pas de prise de conscience assez claire que ces événements records seront sûrement dans quelques dizaines d’années des événements jugés frais. Nos infrastructures, notre aménagement du territoire, notre organisation de société… Tout ça a été pensé pour un climat qui n’existe plus.

    Prenons par exemple les normes thermiques pour le confort des logements. La référence, encore en vigueur, est la canicule de 2003. Certes, elle était exceptionnelle en intensité comme en durée, mais elle s’est produite au cœur du mois d’août. On parle là d’un record datant d’il y a plus de vingt ans.

    Cette canicule n’est pas représentative des vagues de chaleur des vingt à trente prochaines années, c’est-à-dire l’échelle de temps associée à la rénovation ou à la construction d’un bâtiment. Intégrer dans notre système de pensée les vagues de chaleur d’une France à +4 °C, ça pose des questions beaucoup plus vives que de simplement se dire qu’on tire les leçons de 2003.

    Vous parlez d’ailleurs parfois de « déni collectif » sur ces questions-là.

    Oui. Certaines personnes ont pris conscience des risques liés à la chaleur. Notamment les personnes âgées, fragiles ou les femmes enceintes, pour qui la canicule rime souvent avec enfermement. En revanche, on a encore tendance à sous-estimer nos vulnérabilités face à la crise climatique. Quand survient un événement auquel on n’est pas prêt, et qu’il révèle notre inadaptation et engendre des pertes en termes de qualité de vie ou de production agricole, une sorte de déni collectif se met en place. Une fois l’épisode terminé, on se dit que l’essentiel de l’activité peut continuer. On promet de se préparer un peu mieux pour le prochain, mais en fin de compte, on repart comme avant.

    Ce déni collectif est notamment à l’œuvre du côté des responsables politiques. Le gouvernement est sur le pont le temps de l’épisode, il fait de la gestion de crise, sans qu’aucun changement structurel ne soit mis en place. Il est aussi à l’œuvre dans les médias. En mai, les journaux et les télés ont parlé des décès liés à une activité sportive, au travail d’un homme dans le bâtiment ou aux noyades. Et effectivement, c’est choquant.

    Mais presque personne ne parle de la surmortalité des personnes fragiles, âgées. Quelque 5 700 décès liés aux chaleurs extrêmes ont été enregistrés l’été dernier. Trois quarts d’entre eux concernent des personnes de plus de 75 ans, avec une majorité de femmes âgées. Et pourtant, on n’a jamais un visage, jamais un portrait. Comme si on voulait les rendre invisibles.

    À quelques mois de l’élection présidentielle, l’influence croissante de l’extrême droite sur le déni de ces événements extrêmes vous inquiète-t-elle ?

    Dans les déclarations de campagne qu’on entend foisonner, je n’entends presque pas de propositions abordant l’adaptation au changement climatique. Au contraire, on assiste plutôt à une surenchère pour essayer de déconstruire, détricoter le droit de l’environnement. Cela m’inquiète profondément. J’ai peur que l’on sombre dans une forme de « trumpisation », avec un déni complet intégrant des censures, des coupes budgétaires, des licenciements de scientifiques, des destructions de systèmes d’observation.

    À ma connaissance, les différentes personnalités politiques françaises s’accordent toutes à dire que, oui, il y a un changement climatique dû aux activités humaines. En revanche, il y a souvent un silence assez profond, notamment de l’extrême droite, sur la manière d’y faire face. Foisonnent plutôt des propositions visant à maintenir le statu quo, à mettre des petits pansements par-ci par-là pour maintenir le système tel qu’il est, le plus longtemps possible. Il ne s’agit plus du déni brutal sur la réalité du réchauffement climatique, que l’on pouvait observer il y a quelque temps encore. En revanche, c’est un déni de responsabilité, de devoir à agir.

    Ces vagues de chaleur répétées sont la réalité du changement climatique qui se rappelle à nous. Même si l’on construit un déni, même si l’on a des visions idéologiques qui ne l’intègrent pas, cette réalité se rappelle à nous. Plus on tergiverse, moins on se prépare, et plus complexe sera la capacité à y faire face.

    https://reporterre.net/Valerie-Masson-Delmotte-Le-depassement-de-40-oC-autrefois-rarissime-est-
    #chaleur #canicule #climat #changement_climatique #dôme_de_chaleur

  • Amitié et conflit : les deux antidotes à la servitude volontaire

    via https://diaspora.psyco.fr/p/12497432

    épisode du podcast Le "Discours de la servitude volontaire" de La Boétie | France Culture |

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/avec-philosophie/amitie-et-conflit-les-deux-antidotes-a-la-servitude-volontaire-9065541

    Série : Le "Discours de la servitude volontaire" de La Boétie Mardi 26 mai 2026 - France Culture

    58 min

    Par Géraldine Muhlmann

    Dans son "Discours de la servitude volontaire", La Boétie s’interroge sur les raisons qui poussent les peuples à accepter leur propre domination. Il met en avant deux moyens de résistance : l’amitié, qui unit les hommes dans la liberté, et le conflit, qui permet de contester le pouvoir tyrannique.
    Avec

    Gérald Sfez - Philosophe et professeur en classes préparatoires au lycée La Bruyère de Versailles

    Esther Rogan - Docteure en philosophie

    Le Discours de la servitude volontaire a été écrit au milieu du 16ᵉ siècle, en France, par un tout jeune homme – qui avait entre 16 et 18 ans, selon les sources : Etienne de la Boétie. Il s’étonnait de l’obéissance servile de tant de peuples à tant de tyrans. Comment, nous, humains nés libres, devenons-nous obéissants sans condition, sans réflexion, c’est-à-dire serviles de notre propre chef ? C’est cette servitude volontaire selon La Boétie qui rend le tyran si puissant : si nous mettions fin à cette obéissance indue, nous verrions qu’il s’effondre rapidement. Oui, dit La Boétie, de ce tyran : "il n’est pas besoin de le combattre, ni même de s’en défendre : il est défait de lui-même, pourvu que le pays ne consente point à la servitude. Il ne s’agit pas de lui rien arracher, mais seulement de ne lui rien donner. »

    Pourquoi obéissons-nous à un tyran ?

    Gérald Sfez revient sur la grande question de La Boétie dans le "Discours" : "Qu’est-ce qui fait une telle dévotion, qu’est-ce qui fait que notre liberté ne nous est pas arrachée, mais que nous la donnons ?" La Boétie analyse la fascination des peuples pour la figure unique du tyran. Face au pouvoir politique et à ses dérives, comment acquiert-on, comment préserve-t-on en soi-même cette capacité à refuser ? À refuser d’obéir, si rien ne légitime l’obéissance : à dire non à l’ordre, au commandement, voire à la loi ? Nous y parvenons par l’amitié au sein de la communauté politique et par le conflit – qui n’est en rien l’ennemi de l’amitié –, deux sources de vitalité, voire deux antidotes contre la servitude volontaire. Nos invités, Esther Rogan et Gérald Sfez, nous éclairent.

    À lire aussi :

    "La servitude volontaire" : le texte visionnaire d’un adolescent
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/la-servitude-volontaire-le-texte-visionnaire-d-un-adolescent-5825000

    L’amitié comme rempart politique

    L’amitié, définie comme une relation de réciprocité et d’intégrité entre égaux, constitue un antidote fondamental à la servitude. Contrairement à la relation despotique où un seul exerce un pouvoir unilatéral, l’amitié exige le respect de la pluralité et ne peut fleurir là où règnent la cruauté et l’injustice. Pour Esther Rogan, "l’amitié n’est pas seulement un lien affectif, elle est aussi un lien de reconnaissance mutuelle impliquant le respect fondamental de cette qualité première qui est l’égalité et la liberté."
    Le conflit, moteur de la cité

    Bien que la tradition ait souvent perçu la discorde comme un mal destructeur, certains penseurs, comme Aristote ou Machiavel, y voient un mécanisme nécessaire pour maintenir le corps politique en mouvement. Sans cette confrontation entre différentes aspirations, la société risque de basculer vers une forme despotique qui prétend unifier le peuple, mais au profit du Un.

    Pour aller plus loin avec nos invités

    Esther Rogan est enseignante et chercheuse, spécialiste de philosophie ancienne et de philosophie politique associée au CEVIPOF de Sciences Po (Centre de recherches politiques de Sciences Po). Elle est l’auteure de :

    La stásis dans la politique d’Aristote. La cité sous tension. Classiques Garnier, 2018.
    (Article) Aristote ou l’invention de la confiance politique ? , Note de recherche du CEVIPOF, n°2, janvier 2026, [en ligne]Ouverture dans un nouvel onglet.
    (Article) Des paradigmes de l’amitié politique chez Aristote : un concept kaléidoscopique, T. Gontier (dir.), Éthique, politique, religion, 2025/2, volume 27, Classiques Garnier, p. 57-75.

    Gérald Sfez est professeur honoraire de philosophie en classes préparatoires, docteur d’Etat en philosophie politique, spécialiste de Machiavel. Parmi ses publications :

    Lumières de temps sombres : Orwell, Canetti, Sciascia, Hermann, 2025.
    Machiavel et la vérité politique, éditions Demopolis, 2016.
    Machiavel, la politique du moindre mal, Paris, PUF, 1999, réédition 2014.

    Références sonores

    Texte 1. L’étonnement de La Boétie : pourquoi se soumettre ? Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire (1576), trad. en français moderne Séverine Auffret, Editions Mille et une Nuits, 1995.
    Texte 2.L’amitié fondée sur la vertu. Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire (1576), trad. en français moderne Séverine Auffret, Mille et une Nuits, 1995. [ Lectures par Nicolas Berger].
    Musiqu

    #laboétie #machiavel #aristote #conflit #amitié #liberté #servitude #servitudevolontaire #politique #pouvoir #domination #soumission

  • Harold A. Taylor’s Autochromes of California Flowers (early 20th century) — The Public Domain Review
    https://publicdomainreview.org/collection/harold-taylor-flowers

    Today, the Coronado Flower Show, hosted each spring in the small San Diego Bay resort town for which it is named, is the largest tented flower show in the United States. But when it began in 1922, the display was little more than a few shaded tables of wildflower arrangements; the pet project of the photographer Harold A. Taylor (1878–1960), who had arrived in California from England in 1896, at the age of eighteen.

    A true working photographer, Taylor documented Yosemite National Park (developing in an onsite darkroom), historical Spanish missions up and down the Pacific coast, and took some of the earliest aerial photographs (many destroyed by a studio leak). As the Hotel del Coronado’s resident photographer, he captured visiting dignitaries; more informally, he immortalized sports teams for the local high school yearbook. His images illustrate volumes of poetry, a 1920 historical romance, and the 1916 “pictorial survey” of the San Diego Exposition. “No man has done more to exploit the attractions of southern California or to spread a more general knowledge of the beauty of its scenery”, wrote San Diego chronicler Samuel T. Black in 1913.

    Despite his range of subjects, it was flowers that were perhaps closest to Taylor’s heart. While he photographed flowers embedded in California’s lush outdoors — growing wild in fields and scrub, planted in flowerbeds, dressing orderly Victorian gardens — his most striking images are of cut flowers moved indoors for studio treatment. Having developed an early colorization method, Taylor was among the first generation of photographers to experiment with full-color autochromes, a technology well-employed in his floral work, which often takes the form of projectable lantern slides. Braced against dark backgrounds, his botanicals are distinctly dramatic: tenderly lit, but with the gravity of a formal, seated portrait. They are painterly, nostalgic, somehow solemn. As Grace Linden writes, “the hues of autochromes always feel more real than reality”. This is especially true in Taylor’s work, which highlights indigo and vermilion intensities more vivid than anywhere in nature.

    Having also founded the Coronado Floral Association with his wife Maud, Taylor reached for the same impulse in his photography as is embodied in his now century-old flower show: a conviction that flowers deserve the same serious attention as any portrait or landscape.

    #Domaine_Pubilc #Fleurs #Autochromes

  • Il sorriso di Michela

    Nata in una frazione di #Mignano_Monte_Lungo (cittadina che oggi si trova in provincia di Caserta ma che all’epoca era compresa nella provincia significativamente denominata “#Terra_da_Lavoro”), fin da piccola Michelina visse di furti e di espedienti. Nel 1862 conobbe Francesco Guerra, ex soldato borbonico aggregatosi alla banda del brigante #Domenicangelo_Cecchino detto “#Rafaniello” e divenutone il capo alla morte di quest’ultimo, e ne divenne la compagna se non addirittura la sposa. Però Michelina non fu una “donna del capo” ma capo banda lei stessa.
    Le scorrerie della #banda_Guerra nella zona di Mignano durarono sette anni. Poi, nel 1868, le nuove tecniche di controinsurrezione adottate dal generale genovese #Pallavicini_di_Priola (quello che qualche anno dopo catturò Carmine Crocco), diedero i loro frutti. Il 30 agosto, imbeccati da un vecchio proprietario di Mignano lautamente ricompensato, la Guardia Nazionale comandata da un tal maggiore Lombardi e guidata da un delatore, tal Giovanni o Domenico De Cesare (lo stesso cognome della brigantessa, ironia della sorte), intercettò la banda nei pressi di una masseria, mentre imperversava un violentissimo temporale. Il Guerra e Michelina furono crivellati di colpi, sorpresi mentre insieme cercavano riparo dalla pioggia dentro il tronco cavo di un grosso albero. La stessa fine toccò ad altri due briganti.

    I corpi di Francesco Guerra, Michelina De Cesare, Francesco Orsi e Giacomo Ciccone furono esposti denudati sulla piazza di Mignano. Erano tutti così martoriati, specie quelli di Michelina e dell’Orsi, da far credere che fossero stati orribilmente torturati prima di essere uccisi, anche se delle sevizie non c’è ovviamente traccia nel rapporto del Comando Generale delle Truppe per la Repressione del Brigantaggio nelle Provincie di Terra di Lavoro, Aquila, Molise e Benevento…

    https://www.youtube.com/watch?v=1uRkSmLnYro&t=4s

    Bella ’sta storia
    E chi la sente,
    Bella la gente
    Ca la racconta
    Bella la terra
    Ca nun sâ scorda,
    Bella Michela
    Ca nun s’arrènne…

    Tu che stai lì, prigioniera, perché sei donna del Sud
    Sul tuo cuore una bandiera che non hai tradito mai
    Sul tuo viso un sorriso che per sempre porterai, porterai.

    Tu che stai lì, prigioniera, della tua fotografia
    Che il nemico ti ha scattato per la sua vigliaccheria
    Lui confuso nei trofei non si accorge di chi sei, di chi sei.

    Tu sei il sorriso di Michela e così ti metti in posa
    E il vestito che tu indossi non è un abito da sposa
    E il fucile che tu porti è un fucile vero e non una rosa.

    E sei tu che combatti la tua guerra di frontiera
    Sei il sorriso di Michela e sei tu donna del Sud
    E sei tu che difendi la tua terra di frontiera
    Donna bianca, donna nera
    E sei tu donna del Sud

    Bella ’sta storia
    E chi la sente,
    Bella la gente
    Ca la racconta
    Bella la terra
    Ca nun sâ scorda,
    Bella Michela
    Ca nun s’arrènne…

    Tu che stai lì, prigioniera, perché sei donna del Sud,
    Così bella, così fiera, nella consapevolezza
    Che più forte del brigante non può esserci che la sua brigantessa.

    Tu che stai lì, prigioniera, tu sei la fotografia
    Che ci parla di una donna che ha il sorriso di una dea,
    Che se vive, che se muore, non tradisce mai il suo amore, la sua idea.

    Tu sei il sorriso di Michela e colpisci il tuo nemico
    Col tuo sguardo di pantera ed il tuo sorriso antico
    E la sfida che tu lanci come un fiore dal balcone del tuo Sud.

    Bella ’sta storia
    E chi la sente,
    Bella la gente
    Ca la racconta
    Bella la terra
    Ca nun sâ scorda,
    Bella Michela
    Ca nun s’arrènne…

    E sei tu che combatti la tua guerra di frontiera
    Sei il sorriso di Michela
    E sei tu donna del Sud

    E sei tu che difendi la tua terra di frontiera
    Donna bianca, donna nera
    E sei tu donna del Sud.

    E sei tu che difendi la tua terra di frontiera
    Donna bianca, donna nera
    E sei tu donna del Sud.

    E sei tu che combatti la tua guerra di frontiera
    Sei il sorriso di Michela
    E sei tu donna del Sud

    E sei tu che difendi la tua terra di frontiera
    Donna bianca, donna nera
    E sei tu donna del Sud.

    Tu sei il sorriso di Michela che non ti sei mai arresa
    Sei il sorriso che combatte la retorica infinita
    Di chi ha invaso la tua terra per rubare il tuo sorriso
    E la tua vita.

    https://antiwarsongs.org/canzone.php?lang=fr&id=38947
    #chanson #musique #brigands #brigantessa #femmes #femme_brigande #Michelina_De_Cesare #Italie #Italie_du_Sud #résistance

    • https://elucid.media/economie/le-yuan-une-arme-strategique-dans-la-guerre-economique-mondiale

      Frédéric Farah - 2026-05-04

      Le paysage économique mondial apparaît de plus en plus incertain, tant la nouvelle administration américaine, conduite par le président Trump, alimente les tensions et brutalise les relations commerciales à l’échelle internationale. Les tarifs douaniers et le dollar s’imposent plus que jamais comme des instruments d’affirmation de puissance, sinon de domination. Face à cela, le principal rival des États-Unis, la Chine, a su engager un véritable rapport de forces et mobiliser ses propres leviers économiques. Sa monnaie, sans être l’équivalent du dollar, s’est imposée en l’espace de trente ans comme un outil essentiel dans la construction de sa puissance économique. L’évolution du yuan au cours des dernières décennies éclaire les contradictions autant que les ambitions de la stratégie chinoise. Dans ce contexte d’exacerbation des rivalités économiques, l’Union européenne, malgré ses atouts, apparaît comme le maillon faible de la mondialisation, faute de cap économique clair et prisonnière de carcans idéologiques qui entravent sa capacité à répondre efficacement aux défis contemporains.

      Le récent rapport du Haut-Commissariat au Plan, conduit par l’économiste Thomas Grejbine, a rappelé, parmi ses préconisations, qu’une dévaluation de l’euro pourrait être l’une des solutions pour réduire les écarts de coût de production de 30 à 40 % entre la Chine et l’Union européenne.

      Cette recommandation, aussi nécessaire soit-elle, n’a rien de nouveau : une abondante littérature économique en soulignait déjà l’urgence. Il suffit, pour s’en convaincre, de relire un article de 2007 de l’Observatoire français des conjonctures économiques :

      « La zone euro est en train de manquer l’occasion historique de déterminer les modalités institutionnelles d’une politique de change à la hauteur de ses ambitions politiques. Le hold-up tranquille de la BCE sur la politique de change européenne pourrait bien ne pas demeurer tranquille très longtemps. »

      À l’inverse, la Chine n’a pas laissé passer l’opportunité d’intégrer l’arme du change à son arsenal économique. Elle n’hésite pas à orienter sa monnaie dans le sens qu’elle juge le plus favorable à sa compétitivité.

      Ainsi, dans une publication majeure du Fonds monétaire international en 2025 – « l’External Sector Report », qui propose une analyse synthétique des économies nationales et des déséquilibres globaux –, on peut lire : « Les sorties nettes de capitaux soutenues ont exercé des pressions persistantes à la dépréciation du RMB, malgré un excédent courant élevé, contribuant, en combinaison avec une faible inflation, à une baisse continue du taux de change réel. »

      Autrement dit, selon l’évaluation du FMI pour 2024, le taux de change effectif réel (REER) du renminbi apparaît sous-évalué. L’écart estimé se situe entre -3,8 % et -13,1 %, avec un point médian de -8,5 %. Cela signifie que la monnaie chinoise reste inférieure à ce que justifieraient ses fondamentaux économiques et les orientations de politique économique souhaitables.

      Ce constat invite à revenir sur les trajectoires monétaires empruntées par le Parti communiste chinois pour soutenir sa stratégie de croissance.

      Une monnaie sous contrôle des pouvoirs publics aux rapports différents avec le dollar et l’euro

      Entre 1994 et 2005, la République populaire de Chine a maintenu un ancrage souple au dollar, soit un régime intermédiaire entrele change fixe et le change flottant à parité glissante (crawling peg) : environ 8,28 yuans pour un dollar. Ce dispositif a rapidement suscité des critiques, les États-Unis et l’Union européenne dénonçant déjà une sous-évaluation du yuan.

      C’est dans ce contexte que, en 2005, les autorités chinoises ont engagé une réforme monétaire d’ampleur, sans remettre en cause les fondements de leur architecture financière. Deux évolutions majeures caractérisent cette réforme : d’une part, le yuan n’est plus strictement arrimé au dollar, mais à un panier de devises (dollar, euro, yen). D’autre part, il est autorisé à fluctuer, mais dans une bande étroitement encadrée par la banque centrale. Le taux de change, bien que moins rigide, demeure fortement piloté par l’État. Il s’agit d’un régime de change flottant dit « impur », dans lequel le marché joue un rôle, mais sous surveillance étroite des autorités monétaires.

      Cette réforme répondait à des objectifs à la fois internes et externes. Sur le plan interne, il s’agissait de moderniser le système financier, d’accroître la flexibilité de la politique monétaire et de corriger certains déséquilibres structurels. Le système hérité de l’économie planifiée demeurait rigide et peu efficace en matière de financement. Par ailleurs, la faiblesse des marchés financiers limitait les capacités d’ajustement. L’ancrage au dollar imposait en outre à la Banque de Chine d’accumuler des réserves de change considérables, indispensables pour défendre la parité en cas d’attaque spéculative – au risque de les voir s’épuiser rapidement.

      Sur le plan externe, l’objectif était de mieux intégrer la Chine à la finance mondiale et de renforcer la crédibilité internationale du yuan. Toutefois, une caractéristique majeure perdure : la mobilité des capitaux reste partiellement contrôlée, les autorités chinoises continuant de réguler les flux financiers entrants et sortants.

      La politique monétaire retrouve ainsi des marges de manœuvre, lui permettant de mieux gérer la masse monétaire, de contenir les risques inflationnistes et de répondre aux chocs économiques. L’ancrage au dollar limitait ces possibilités en focalisant l’action monétaire sur la seule parité bilatérale.

      Enfin, la réforme de 2005 visait à corriger les déséquilibres liés à un modèle de croissance excessivement tourné vers les exportations. Un yuan sous-évalué renforçait cette dépendance extérieure, creusait les excédents commerciaux et alimentait des déséquilibres globaux, tout en pénalisant la demande intérieure.

      Le tournant monétaire de 2015 : le yuan au cœur d’une nouvelle stratégie économique

      Dix ans plus tard, en 2015, la Chine opère une inflexion plus marquée de sa stratégie monétaire et économique, en recourant notamment à la dévaluation pour soutenir la compétitivité de ses entreprises face aux États-Unis. À l’été 2015, Pékin modifie le mode de détermination du taux de change du yuan en réduisant le poids des décisions administratives au profit de mécanismes de marché. Entre le 11 et le 13 août, la monnaie se déprécie de près de 3 % face au dollar.

      Ce choix s’inscrit dans un contexte de ralentissement économique, marqué par un fléchissement de la production industrielle et des exportations. Parallèlement, les autorités amorcent une réorientation vers un modèle davantage centré sur la demande intérieure.

      Dans le même temps, la Chine poursuit l’internationalisation de sa monnaie. En 2016, le yuan est intégré au panier des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI, consacrant son statut croissant sur la scène monétaire internationale. S’ouvre alors une nouvelle phase, qualifiée de « flottement administré renforcé » : la banque centrale fixe quotidiennement un taux pivot, autour duquel la monnaie évolue dans une marge contrôlée, tout en conservant la possibilité d’intervenir. Cette évolution laissait entrevoir une stratégie moins dépendante des exportations, avec un yuan appelé à se réévaluer progressivement.

      Le yuan faible face à la crise immobilière : la dévaluation compétitive source de tensions monétaires

      La crise immobilière amorcée à partir de 2018 modifie cependant profondément cet équilibre, en affaiblissant la demande intérieure. Le maintien d’un yuan sous-évalué redevient alors un levier central pour soutenir la compétitivité et réorienter la croissance vers les exportations.

      Au sein même de la Banque centrale, certains défendent l’idée qu’une dévaluation constitue une réponse adaptée aux tensions commerciales avec les États-Unis. Néanmoins, ce consensus reste partiel, la Chine conservant une balance commerciale largement excédentaire. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, pourraient également peser sur les coûts de production, la Chine dépendant fortement des importations énergétiques transitant par des zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz (1). Dans ce contexte incertain, la politique de change pourrait être mobilisée comme instrument d’amortissement des chocs externes. La théorie économique rappelle en effet que le taux de change joue un rôle d’ajustement face aux chocs asymétriques, tels qu’un choc pétrolier.

      Mais les ambitions monétaires chinoises dépassent largement la seule gestion conjoncturelle. Le plan stratégique 2026-2030 vise une internationalisation accrue du yuan, la remise en cause de l’hégémonie du dollar et la construction d’un système financier plus autonome, sans abandon du contrôle des capitaux. Comme le soulignait en juin 2025 le gouverneur de la Bnaque de Chine, Pan Gongsheng : « La première direction consiste à affaiblir la dépendance excessive à une seule monnaie souveraine et à ses impacts négatifs, en formant un mécanisme sain de concurrence et de contrainte d’incitation entre quelques grandes monnaies. ».

      Cette affirmation ouvre la voie à des tensions avec le dollar américain, et particulièrement dans le cadre de la présente administration américaine. Toutefois, cette stratégie reste encore limitée dans les faits : « en juillet 2025, le yuan représentait moins de 3 % des paiements mondiaux traités via SWIFT, et est même en légère baisse sur deux ans. Le yuan compte pour environ 2 % des réserves de change des banques centrales mondiales, contre près de 60 % pour le dollar et 20 % pour l’euro ». Des interrogations profondes traversent plus de trente ans de détermination du taux de change chinois, comme le résume très bien une publication américaine :

      « Le débat actuel sur la politique de taux de change de la Chine en 2025 se concentre fortement sur les mêmes types de questions qu’en 2005 : comment la PBOC va-t-elle équilibrer le besoin de taux d’intérêt plus bas de l’économie nationale avec la pression correspondante sur les sorties de capitaux ? Comment la PBOC devrait-elle intervenir sur les marchés des changes afin de décourager les sorties de capitaux autoréalisatrices, et quel niveau de volatilité des taux de change est utile dans cet objectif ? Comment la Chine peut-elle équilibrer les besoins de politique intérieure pour lutter contre la déflation (ce qui implique un besoin d’une monnaie plus faible) avec la pression politique internationale visant à réduire les déséquilibres commerciaux chinois ? »

      Les autorités chinoises doivent en permanence arbitrer entre soutien à la croissance, stabilité financière et pressions internationales. Ces tensions, loin d’être spécifiques à la Chine, structurent désormais l’ensemble des relations économiques mondiales. La politique de change s’impose ainsi comme un instrument central de souveraineté.

      Les choix monétaires chinois ont des répercussions directes sur les économies concurrentes

      En Europe, l’impact est significatif, et notamment pour l’industrie allemande qui voit ses produits supplantés par les marchandises chinoises et qui a de plus en plus de mal à exporter ses produits vers la Chine. La dépréciation du yuan face à l’euro accentue ce déséquilibre et redirige les flux commerciaux des États-Unis vers le marché européen. Cette situation représente une menace significative pour l’Union européenne, qui devient le principal débouché du surplus chinois.

      Ce phénomène fragilise des pans entiers de l’industrie européenne. Il s’inscrit dans une stratégie globale où le taux de change complète d’autres instruments – politiques industrielles, subventions, transferts technologiques – comme le souligne le Conseil d’analyse économique :

      « Les succès manufacturiers chinois ont reposé sur un mélange d’outils politiques comprenant des politiques industrielles et des subventions, des politiques macroéconomiques orientées vers le surinvestissement, un taux de change compétitif, des transferts technologiques, mais aussi des avantages en matière de réglementation, d’innovation et d’économies d’échelle sur un marché intérieur vaste et très concurrentiel. Il est important de noter que les outils non conformes à l’OMC ne sont qu’une partie du succès global, mais leur importance varie selon les secteurs. »

      Si la Chine a su construire patiemment une stratégie économique et monétaire qui lui permet de s’affirmer sur la scène économique mondiale – et ce malgré les faiblesses de sa stratégie de croissance –, l’Union européenne apparaît quant à elle totalement désarmée. Les États-Unis et la Chine rivalisent commercialement, développent des tactiques parfois agressives voire inquiétantes, pendant que l’UE semble sidérée par le monde qui vient. Faute de réponse structurée, elle s’expose à un risque accru de désindustrialisation et de marginalisation économique dans les années à venir. L’aveuglement idéologique de nos élites, le poids d’un libéralisme dogmatique et la persistance des stratégies non coopératives ont rendu l’Europe considérablement vulnérable.

      Notes

      (1) La Chine importe la moitié de son pétrole de six pays du golfe, dont 48 % depuis l’Iran. L’Arabie Saoudite exporte 520 millions de barils de pétrole vers la Chine. L’an dernier, plus de 5 millions de barils par jour destinés à la Chine sont passés par le détroit d’Ormuz.

  • Niente ninna per l’uomo ne’
    https://www.youtube.com/watch?v=GpEP8lA_ffU

    Ninna nanna per i bambini
    per gli uccelli e per i pinguini
    ninna nanna a tutti quei fiori
    che fanno le rime con cuori ed amori
    ninna alle pecorelle
    alle giraffe ed alle gazzelle
    ninna nanna per le farfalle
    per chi vive sotto le stelle
    ninna nanna alle tartarughe
    alle lumache e alle coccinelle
    che si posano sulla pelle
    e ci portano la fortuna
    ma la bimba ha la pelle scura
    la coccinella si mette paura
    niente ninna alla bimba mia
    niente ninna né fantasia
    che la ninna non è per tutti
    niente ninna bambina mia
    la mia bimba ha la pelle scura
    e la ninna si mette paura

    Oi ni oi ne niente ninna per l’uomo ne’
    i ni oi ne niente ninna per me e per te
    oi ni oi ne niente ninna per l’uomo ne’
    oi ni oi na solo ninna per l’uomo bia’

    Niente ninna per il barcone
    che non ha una destinazione
    niente ninna ai cadaveri in mare
    anche i pesci dovranno mangiare
    niente ninna alla nonna amelia
    che dondolando sopra la sedia
    raccontava del nonno ch’è morto
    prima di entrare nel mitico porto
    niente ninna alla gente che accoglie
    un bambino un fratello una moglie
    niente ninna alla gente che salva
    una donna aggrappata alle doglie
    niente ninna a chi vive a #Riace
    niente nobel per la pace
    niente ninna a chi dà una mano
    niente ninna per Mimmo Lucano

    https://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=60775&lang=fr
    #migrations #Mimmo_Lucano #Domenico_Lucano #résistance #accueil #enfants #ninna_nanna #berceuse #chanson #musique

  • D. de Villepin, C. Ventura, L. Verstrynge : #Gaza, #Europe_de_la_défense et #Occidentalisme
    https://lvsl.fr/d-de-villepin-c-ventura-l-verstrynge-gaza-europe-de-la-defense-et-occidentalism

    Vassalisation croissante de l’Europe ; retour de la doctrine Monroe en Amérique latine ; militarisation générale de la politique étrangère ; intensification de la colonisation israélienne, justifiée par un discours millénariste ; surdité face à la souffrance des Gazaouis, cécité face à l’émergence du « Sud global ». Ces dynamiques, qui sont au coeur de la ligne éditoriale du Vent Se Lève, trouvent un écho dans l’oeuvre de #Régis_Debray. De ses années latino-américaines à ses voyages en Palestine, en passant par ses réflexions sur l’Europe et l’OTAN, les relations internationales occupent une place significative dans ses livres. Elle est ici analysée par #Dominique_de_Villepin, #Lilith_Verstrynge et #christophe_ventura, dans une conférence animée par Jean Mendelson.

    #International

  • #8M26 | République dominicaine : Minerva nous appelle à construire l’organisation et l’égalité

    Manifeste politique féministe pour la Journée internationale des femmes

    Santo Domingo – 8 mars 2026

    À 100 ans de la naissance de Minerva Mirabal, une dirigeante politique assassinée par le trujillisme pour avoir osé défier le pouvoir, nous déclarons que sa mémoire ne s’honore pas avec des fleurs, elle s’honore par l’action. Minerva appelle les femmes à élever la voix quand on veut nous imposer le silence, à nous organiser quand on veut nous isoler, à lutter quand on veut nous domestiquer. Minerva nous appelle à faire de la politique avec la dignité de celles qui ne demandent pas la permission d’exister.

    En suivant l’exemple de Minerva, aujourd’hui nous nous levons face à la vague de reculs qui prétend nous arracher nos droits et notre avenir en République dominicaine, dans la région et dans le monde. Nous nous levons face aux nouvelles offensives impériales qui cherchent à recoloniser l’Amérique latine et les Caraïbes en intervenant dans les élections, en établissant et maintenant des blocus, en semant la peur, en promouvant des interventions et la guerre, et en appelant sécurité leur contrôle.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/06/09/des-voix-de-la-republique-dominicaine-la-souverainete-alimentaire-est-le-droit-a-la-vie-et-le-droit-de-bien-vivre/#comment-73026

    #dominique

  • China restricts fertiliser exports, further crimping war-tightened supply

    via https://diaspora.psyco.fr/p/12346793

    https://www.reuters.com/world/asia-pacific/china-restricts-fertiliser-exports-further-crimping-war-tightened-supply-20

    By Reuters March 19, 2026

    Summary

    #China restricts fertiliser exports to protect #domestic_market
    – China is among the largest #fertiliser #exporters
    – China has history of controlling exports to keep #prices low for farmers

    March 19 (Reuters) - China is clamping down on fertiliser exports to protect its domestic market, a number of industry sources said, putting an additional strain on global markets that ​were already grappling with shortages caused by the U.S.- #Israeli war on #Iran. China is among the largest fertiliser exporters - shipping more than $13 ‌billion worth of it last year - and it has a history of controlling exports to keep prices low for farmers.

    Shipments through the war-blocked Strait of #Hormuz account for roughly one-third of the sea-borne supply. In mid-March, Beijing banned exports of nitrogen-potassium fertiliser blends and certain phosphate varieties, sources told Reuters.
    The ban, which has not been formally unveiled, was reported earlier this week ​by Bloomberg News.

    Added to existing bans and export quotas for urea, only a handful of fertilisers - notably ammonium sulphate - can be exported, five sources ​said. That would mean between half and three quarters of China’s exports last year are restricted, potentially up to 40 ⁠million metric tons, according to a Reuters estimate.

    “This pattern is consistent: China restricts supplies rather than coming to the rescue during global tightness,” said Matthew Biggin, ​a senior commodities analyst at BMI.
    “The export restrictions exist because of their tight domestic balance - they’re prioritising food security and insulating their domestic market from price ​shocks.”
    Beijing’s curbs, like its move last week to ban refined fuel exports, come as governments limit exports of products whose inputs have been threatened by disruption from the war, worsening shortages and higher prices around the world.
    International urea prices have risen by around 40% from pre-war levels. In China, urea futures are near a 10-month high.

    Chart shows China’s exports of fertilizers by the top ten countries

    DEPENDENT ON CHINA

    Fertilisers are essential for plant ​growth and crop yields. Higher prices could lead to reduced usage, or farmers could switch to crops that require less fertiliser.
    Last year, China sent #Brazil, #Indonesia ​and #Thailand roughly a fifth of their fertiliser imports and that figure stood at a third for #Malaysia and #New_Zealand, according to International Trade Centre data. For #India, ‌it was ⁠around 16%, according to its trade data.
    Between half and 80% of those exports are now restricted, according to a Reuters analysis of Chinese customs data.
    “Buyers were hoping China would step in and fill the supply gap, but this decision will only tighten supplies further,” a New Delhi-based fertiliser company official said, in reference to the recent restrictions.
    The company official declined to be named due to the sensitivity of the matter.
    India, which imported more than 40% of its urea, a nitrogen-based fertiliser, ​and DAP, a blend, from the ​#Middle_East last year, has requested China ⁠issue export quotas for urea.

    Chart shows China’s share in several country’s imports of major fertilizers

    WHEN WILL EXPORTS RESUME?

    The #Philippines on Wednesday said China had assured it that fertiliser exports would not be restricted.
    Asked about the comments a day later, China’s Ministry of Foreign Affairs spokesperson referred the question to other departments.
    China’s ​General Administration of Customs, National Development and Reform Commission and Ministry of Commerce did not immediately respond to requests ​for comment.

    At a ⁠fertiliser conference in Shanghai attended by Reuters on Wednesday, five salespeople said they did not expect the fertiliser bans to be lifted before August, after China’s peak June-to-August export period.
    Producers are watching for signals from the government after spring planting to see whether bans would be extended.
    In December, the state-linked fertilizer association urged major producers to suspend exports of phosphate ⁠fertilisers until August.
    “Most ​folks who follow this very, very closely are expecting them to continue to extend the ​export bans,” said Caitlin Welsh, a director at the Center for Strategic and International Studies.
    “China is so reluctant to do anything that would increase the price of grains, especially animal feed, domestically.”

  • Du #droit_de_déambuler, #Sarah_Vanuxem, Geoffroy Mathieu – Éditions Wildproject

    https://wildproject.org/livres/du-droit-de-deambuler

    Quiconque tente aujourd’hui de traverser la Méditerranée ou même de voyager #à_pied, #à_vélo ou à cheval le constatera : le territoire se ferme, tant sous l’effet de son aménagement physique que de la loi.

    Ce mouvement s’inscrit dans une tendance multiséculaire. Depuis l’aube de la modernité, a été mise en place une interdiction progressive du droit de #vagabonder et de subsister librement sur le territoire.

    D’un point de vue #écologique et #éthique, il est pourtant vital de retrouver un monde poreux et traversable, tant pour les humains que pour les autres êtres vivants.

    La notion même du droit – le nomos grec –, qui renvoie à une #espace de #pâturage, a été interprétée à l’époque moderne comme #enclos. Mais il est tout aussi légitime de le concevoir comme #espace_partagé, #commun.

    Sous l’égide du dieu Hermès, ce recueil libre nous emmène dans les bourgs et campagnes médiévaux, sur le GR2013 à Marseille, à la villa Borghese à Rome – en écho à un essai photographique de Geoffroy Mathieu.

    #domination_de_l'espace #espace_&_inégalités #communs

  • #Pentagon threatens to make #Anthropic a pariah if it refuses to drop #AI #guardrails | CNN Business
    https://www.cnn.com/2026/02/24/tech/hegseth-anthropic-ai-military-amodei

    (...)

    But Anthropic has concerns over two issues that it isn’t willing to drop, the source said: #AI-controlled #weapons and mass #domestic #surveillance of #American #citizens. According to one source familiar, Anthropic believes AI is not reliable enough to operate #weapons, and there are no #laws or #regulations yet that cover how AI could be used in #mass_surveillance.

    A source familiar with the Tuesday meeting says the Pentagon plans to terminate Anthropic’s contract by Friday if the company does not agree to its terms.

    (...)

    • https://www.huffingtonpost.fr/international/article/le-pentagone-lance-un-ultimatum-explosif-a-l-ia-claude-d-anthropic-qu

      L’IA Claude au cœur de la tourmente. Le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a fixé, ce mardi 24 février, un ultimatum explosif à la start-up d’intelligence artificielle Anthropic afin qu’elle lève toutes les restrictions à l’utilisation de son IA par le Pentagone.

      Concrètement, la société californienne a jusqu’à vendredi, 17h01, heure de Washington, pour s’exécuter, faute de quoi le ministre entend user d’une loi votée en 1950 - le Defense Production Act - qui permet de forcer une entreprise privée à produire des biens pour la défense nationale, a indiqué un responsable à l’AFP.

      Vidéo
      La bataille autour de l’IA illustrée par ce moment gênant entre deux patrons de la tech
      Le ministre entend également, en cas de refus, de faire inscrire Anthropic sur la liste des sociétés qui présentent « un risque pour les approvisionnements ». Les entreprises figurant sur cette liste font l’objet de restrictions drastiques en matière de contrats avec le gouvernement américain. L’accord de « 200 millions de dollars » qui lie Anthropic et l’éxecutif prendrait ainsi automatiquement fin, souligne Courrier International.

    • S’ils trouvent l’IA Claude trop woke, ils ont déjà à disposition un IA pas woke du tout : Grok aka MecaHitler.

      Je suspecte qu’ils ont déjà essayé, en se disant que ce serait trop kikou de confier la gestion de leurs armes nucléaires à une IA obnubilée par l’éradication des juifs et la sauvegarde de la race blanche, mais au final tout ce qu’ils ont obtenu c’est une monstrueuse collection d’images de Kristi Noem et Pete Hegseth en bikini.

    • Sam Altman sur X

      Tonight, we reached an agreement with the Department of War to deploy our models in their classified network.

      In all of our interactions, the DoW displayed a deep respect for safety and a desire to partner to achieve the best possible outcome.

      AI safety and wide distribution of benefits are the core of our mission. Two of our most important safety principles are prohibitions on domestic mass surveillance and human responsibility for the use of force, including for autonomous weapon systems. The DoW agrees with these principles, reflects them in law and policy, and we put them into our agreement.

      We also will build technical safeguards to ensure our models behave as they should, which the DoW also wanted. We will deploy FDEs to help with our models and to ensure their safety, we will deploy on cloud networks only.

      We are asking the DoW to offer these same terms to all AI companies, which in our opinion we think everyone should be willing to accept. We have expressed our strong desire to see things de-escalate away from legal and governmental actions and towards reasonable agreements.

      We remain committed to serve all of humanity as best we can. The world is a complicated, messy, and sometimes dangerous place.

  • #Josep_Rafanell_i_Orra : « Hériter d’un monde complètement en #ruine »

    Contre la #dépossession de nos rapports au monde qu’accélère le libéral-fascisme contemporain, le psychologue et écrivain propose de retisser des formes communales par la pratique d’#enquêtes, et dans l’espoir de nourrir de futurs #soulèvements.

    Son livre Fragmenter le monde (Divergences) (https://www.editionsdivergences.com/livre/fragmenter-le-monde), sorti en 2017 après les grandes mobilisations contre la loi « travail », avait réussi à tenir en une même proposition la #colère contre le #contrôle des chômeuses et chômeurs, les occupations contre les projets d’infrastructures et l’éloge de véritables politiques de #soin.

    Depuis lors, le psychologue et écrivain Josep Rafanell i Orra n’a cessé de défendre une approche sensible et politique des #communs. À distance du sens mou et galvaudé que prend parfois ce mot, il voit dans leurs formes auto-organisées et émancipatrices la promesse d’une #résistance et d’une #protection contre les #violences du #capitalisme.

    Auteur de plusieurs ouvrages (En finir avec le capitalisme thérapeutique. Soin, politique et communauté aux éditions La Découverte ; Petit Traité de cosmo-anarchisme chez Divergences), il a aussi animé Les Communaux, collectif d’enquêtes autour des #hospitalités et des pratiques du soin. Il participe aujourd’hui à la création de la revue À bas bruit (https://abasbruit.org) qui veut donner à voir et à entendre « des formes d’#entraide, d’attention à la #vulnérabilité, du soin porté aux milieux de vie, des #luttes et des résistances contre l’#atomisation et ses fusions identitaires ».

    Dans cet entretien, il analyse certains traits du #libéral-fascisme contemporain et défend la pratique d’enquêtes comme manière de témoigner de formes d’#entraide mais aussi de contribuer à la création de nouveaux #liens et #alliances.

    Mediapart : Que vous apprennent les pratiques de soin envers les personnes vulnérables, migrant·es à la rue, mineur·es isolé·es, personnes souffrant de troubles psychiques, en situation de dépendance, etc. ?

    Josep Rafanel i Orra : Disons que le soin ne se résume pas à s’occuper des personnes vulnérables. C’est aussi prendre en compte la vulnérabilité de l’instauration de #mondes_relationnels. C’est-à-dire porter notre attention à la précarité des milieux à partir desquels peuvent avoir lieu des rencontres de soin.

    Lors d’une intervention dans un foyer d’aide médicalisée, j’ai été très ému de voir des personnes aux corps atteints par des maladies neurodégénératives ou par des formes d’autisme très chronicisées, qui semblaient imperméables à des modalités relationnelles. Des corps assignés à un statut d’anormalité dans des institutions, elles-mêmes invisibilisées, souvent à la lisière des villes.

    Face à ces personnes, vous devez aiguiser vos perceptions, vous mettre dans la disposition de presque anticiper des émergences relationnelles, de vous en saisir pour vous embarquer dans leurs modes d’existence si singuliers. C’est de la question de l’animation des rapports entre les êtres qu’il s’agit, en désertant des liens déjà déterminés, prescrits, dans lesquels nous enferment les institutions.

    Quels liens faites-vous entre ce que vous avez observé et la montée des discours identitaires et xénophobes ?

    Le #fascisme qui est déjà là n’est pas le fascisme historique qu’on a connu – cela a déjà été dit maintes fois –, avec les formes canoniques du rassemblement fusionnel autour du « grand leader », des foules au pas de l’oie sur le Reichstag. Il faut plutôt parler de « libéral-fascisme ».

    Celui-ci est lié à des dispositifs de pouvoir qui s’enracinent dans la tradition libérale, qui depuis longtemps conduisent à une expérience d’atomisation. En somme à une défaite de la #communauté. Songeons aux mondes paysans dont [l’écrivain et médecin italien – ndlr] Carlo Levi, par exemple, décrivait l’extermination culturelle juste après la Seconde Guerre mondiale dans son magnifique Le Christ s’est arrêté à Eboli. La disparition du monde paysan, c’est la fin d’un univers composé de rapports entre des humains mais aussi avec des êtres-autres. Il s’agit là de #cosmologies_génératives de la communauté loin des logiques de la reproduction sociale.

    Comment définissez-vous le libéral-fascisme ?

    La défaite des communautés qui étaient capables de composer des mondes disparates. Une sorte d’esseulement qui nous enferme dans un état de préoccupation, qui est aussi un emprisonnement dans nous-même et qui appelle à des #fusions_identitaires.

    Bien sûr, c’est là le terreau du Rassemblement national, mais pas seulement. Ces fusions identitaires se manifestent de façon chaotique. Si dans les années 1930, le fascisme avait capturé les classes sociales – en neutralisant leurs divisons –, aujourd’hui, on est dans de nouvelles coordonnées : dans le délitement et l’implosion du « sujet » de classe, de son identité. C’est la marchandise qui exerce son hypnotisme tyrannique sur les masses d’atomisés, y compris, et surtout, au travers de la #marchandisation_de_soi dans notre âge des réseaux : la #surexposition_de_soi comme condition d’existence.

    Le libéral-fascisme, qui se traduit par une atomisation qui fait masse, fabrique des individus qui ne peuvent se reconnaître que dans le semblable, pour lesquels tout ce qui est étranger devient une intrusion. D’où la #haine universelle du migrant, celui qui nous ramène toujours à la #différence.

    Donc atomisation et monde hyperconnecté ne sont en rien incompatibles : être présent au monde, c’est se soumettre à des #régimes_de_représentation qui absentent du monde. Il n’est pas étonnant que ça conduise à des formes insensées de #prédation : il faut détruire ce qui diffère, ce qui pourrait nous faire différer.

    Donc le libéral-fascisme naît de la défaite des #communautés. Celles-ci subsistaient même dans les #classes_sociales, et cela malgré la violence de leur formation. Avec des liens d’entraide, de #solidarités, de formes d’#hospitalité... Dans le chaos de la #désaffiliation_sociale, il ne semble rester que la fusion identitaire renforcée par les régimes universels des #connexions.

    Comment conjurer ces périls ?

    Dans les ruines où nous vivons – ruines du « social », de ses institutions, des scènes du politique, des anciens projets de l’émancipation – d’autres choses deviennent possibles qui ne sont pas de l’ordre de la répétition. Je suis malgré tout optimiste.

    Est-ce qu’il faut précipiter l’écroulement ? Ou est-ce qu’il faut trouver des manières d’hériter de ce monde ruiné ? Les deux en même temps. Malgré l’exaltation que l’on peut éprouver lors de processus insurrectionnels, que je partage, force est de constater qu’il y a trop de #souffrances. Nous pouvons nous demander comment hériter de ce qui amortissait la #brutalité_capitaliste.

    Je parle ici de ces institutions (hôpital, psychiatrie, école, travail social, etc.) qui nous permettent encore d’avoir prise sur la vulnérabilité des mondes ordinaires qui ont vécu la destruction d’un #contrat_social. Celui qui voulait que l’inscription de nos projets de vie dans l’économie (avec son lot d’exploitations, de destructions des milieux de vie donnant malgré tout lieu à des luttes et des résistances) avait comme contrepartie la garantie d’une appartenance au monde social.

    C’est-à-dire ?

    J’ai beaucoup travaillé en Seine-Saint-Denis, notamment dans des dispositifs médico-sociaux, psychiatriques, assistenciels... C’est là où les plus précaires, les plus vulnérables échouent. C’est là où des gens parfois survivent. C’est là où ils parviennent à refabriquer de nouveaux modes d’existence, malgré la déliquescence des institutions, et malgré les contraintes qu’elles imposent.

    J’en arrive alors à quelque chose d’essentiel : à une certaine conception de l’enquête. Elle est tout à la fois témoignage, intervention pour rendre visible l’invisible mais encore contribution à la création de nouveaux liens et à des alliances.

    Je pense à celles et ceux qui font exister des pratiques d’hospitalité avec des migrants à la rue, ou qui soignent et résistent aux pratiques de ségrégation dans un hôpital psychiatrique, ou qui tentent de réparer ou instaurer de nouveaux liens dans un service de protection de l’enfance parfaitement ignoré, ou qui font exister des mutualisations et des formes d’entraide dans une association de quartier. Je pense à toutes celles et ceux qui défont les frontières des institutions pour introduire un « dehors » imprévisible qui permet de sortir de l’asphyxie identitaire.

    L’enquête peut être alors définie ainsi : faire exister ce qui me fait à mon tour exister, autrement. D’où vient celui qui enquête ? Qu’est-ce qui l’autorise à aller voir ce que les autres font ? Aller dans un « ailleurs », c’est pouvoir faire retour, quelque part. Et pouvoir raconter. Tâche infinie de la traduction. Et alors on cesse d’être un « témoin modeste », neutre, nous met en garde #Donna_Haraway [philosophe états-unienne – ndlr]. On est un itinérant, un passeur. Et d’autres le sont pour nous. Et c’est alors qu’on retisse des formes communales, des arrière-paysages invisibilisés. Dans l’actuel régime de visibilité de la dystopie qui nous aveugle, ces arrière-paysages peuvent nourrir les futurs soulèvements.

    Pour finir, je voudrais ajouter quelque chose aussi qui est pour moi de la plus grande importance : c’est de ne pas se laisser tétaniser par la catégorie de la #domination. La domination entraîne fatalement la quête d’une reconnaissance : celle que vous accorderont vos maîtres, avec des hiérarchies entre les dominés. Je préfère parler plutôt de luttes contre la #dépossession de nos rapports au monde. La dépossession ouvre toujours à la possibilité de formes de #réappropriation qui dépendent, non pas de la nostalgie d’un monde perdu, mais de notre actualité. Bref, qui ouvre à de nouvelles créations.

    On pourrait conclure avec la belle idée de Tim Ingold [anthropologue britannique, à lire dans un prochain épisode – ndlr] : il nous faut pouvoir laisser en héritage le passé à venir.

    https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/291225/josep-rafanell-i-orra-heriter-d-un-monde-completement-en-ruine
    #ruines

  • #Pablo_Servigne : « L’#effondrement à craindre, c’est celui du #lien_social »

    Renforcer nos liens pour lutter contre les crises climatiques et politiques, telle est l’idée du collapsologue et chercheur Pablo Servigne. De quoi permettre aussi, dit-il, de faire tomber le #fascisme.

    Comment se préparer au pire ? En renforçant nos #liens, répond très simplement le collapsologue et chercheur Pablo Servigne. Tissons chacun un solide #réseau, pour qu’il soit notre #filet_de_sécurité en cas de #crise. C’est ce qu’il propose dans son dernier ouvrage paru en octobre, Le réseau des tempêtes, manifeste pour une entraide populaire (éd. Les Liens qui libèrent). Alors que l’actualité peut parfois donner l’impression que le sol se dérobe sous nos pieds, Reporterre lui a demandé comment faire face.

    Reporterre — Il y a dix ans, quelques mois avant l’Accord de Paris, Reporterre vous interviewait à l’occasion de la sortie du livre qui vous a fait connaître, « Comment tout peut s’effondrer » (coécrit avec Raphaël Stevens, éd. du Seuil). Depuis, il y a eu le Covid-19 et les confinements, la guerre en Ukraine, la réélection de Donald Trump aux États-Unis, des négociations climat qui patinent... De notre point de vue occidental, on se demande parfois si l’effondrement n’a pas déjà commencé ?

    Pablo Servigne — Avec les collapsologues, cela fait quinze ans que l’on voit tout cela venir. On ne peut pas avoir la certitude que l’effondrement a déjà commencé. C’est une question pour les historiens du futur. Mais c’est utile de considérer que c’est le cas. C’est le pari du philosophe Jean-Pierre Dupuy avec le catastrophisme éclairé : on va considérer que l’on y est pour avoir une chance de l’éviter ou de l’atténuer. En se mettant dans ce récit, notre manière d’être au monde et d’agir change à la hauteur des enjeux.

    Effondrement ou pas, on sent que de nombreuses tempêtes menacent. Quand vous avez écrit votre livre, à quelles tempêtes pensiez-vous ?

    C’est une expression très belle de la psychologue #Joanna_Macy, qui m’a beaucoup influencé. Quand on lui demandait pourquoi, à 85 ans, elle continuait de parcourir le monde, de former des gens pour créer du lien ; elle répondait tout simplement que les tempêtes arrivent et pour éviter que l’on se tape dessus. On parle des tempêtes climatiques, des inondations, des mégafeux, etc., mais aussi des tempêtes géopolitiques ou celles de tous les jours — les pertes, les deuils, les accidents, les maladies.

    La vie est une succession de #tempêtes et il y a toujours, après la pluie, le beau temps, mais après le beau temps, la tempête. Si l’on n’apprend pas à les traverser et à danser sous la pluie, comme disait le proverbe, on vivra mal. C’est au sens métaphorique d’apprendre à vivre malgré l’#adversité, et même avec l’adversité.

    Cette idée de se préparer aux tempêtes semble à la mode. L’exécutif dit que nous devons nous « préparer à la guerre », la ministre de l’Agriculture Annie Genevard parle de « guerre agricole », le chef d’état-major des armées que l’on doit « accepter de perdre [nos] enfants »… Que pensez-vous de ces discours ?

    Je n’ai pas trop l’habitude de commenter l’actualité, mais ma culture politique, l’#anarchisme, est opposée aux guerres et aux dominations. Je n’ai pas envie d’être de la chair à canon, ni que mes enfants le soient. Je n’ai pas envie de tuer des gens non plus. Point barre.

    Les dominants sont pris dans des mécaniques de #violence, ils sont tout en haut de la pyramide, en haut de la #violence_verticale. À chaque étage, ils prônent la #violence_horizontale, la #compétition. Plus on crée des #hiérarchies pyramidales, plus on crée de la compétition, et plus on va mécaniquement vers la #guerre. C’est toujours comme ça que ça finit : guerre, #maladie, #famine.

    C’est dans leur logique de se préparer à la guerre, de financer des marchands d’armes, de racheter des médias pour convaincre les gens d’aller se faire tuer. L’enjeu aujourd’hui, pour la société civile, c’est de diminuer les niveaux de violence et de démanteler les #dominations, sinon on y va tout droit.

    Que pensez-vous du guide de survie aux catastrophes publié par l’État ?

    On aurait dû l’avoir depuis 40, 50 ans. Le point négatif de cette brochure, c’est qu’elle reste très matérialiste, c’est du chacun pour soi dans sa petite famille. C’est même infantilisant. Il n’y a qu’une demi-page — sur une vingtaine — sur l’#entraide et l’#action_collective, c’est ridicule, c’est le plus important. Comme si l’État avait peur que les citoyens s’organisent et soient responsables. C’est très énervant, mais c’est déjà un bon début d’avoir un guide.

    Dans votre ouvrage, vous expliquez que le #survivalisme tel qu’on l’imagine est un #sous-vivalisme. Pouvez-vous le définir ?

    La posture survivaliste quand une crise arrive — qui est celle du #repli, du #chacun_pour_soi, et de miser sur le matériel — pousse à fond les curseurs de notre société libérale, c’est-à-dire la compétition et le #matérialisme. Comme si le meilleur couteau, le meilleur sac à dos, allait nous permettre de #survivre. C’est absurde, contre-productif et dangereux.

    Le survivalisme, dans ce repli vers le #bunker, coupe le lien social avant même que la crise n’arrive. C’est une destruction de la société avant même que la catastrophe n’ait lieu. C’est en cela que c’est un sous-vivalisme.

    Nous prônons l’inverse. Ce que dit la science, et ce que l’on a confirmé avec les recherches auxquelles je participe, c’est que la meilleure manière de se préparer aux crises, c’est de faire du lien social.

    Le bunker peut être une stratégie temporaire. Pour sauver sa famille, survivre à un bombardement, un ouragan ou une attaque nucléaire. Ce qui est dangereux, c’est d’en faire une posture politique de repli pour le moyen et le long terme. La vie ne peut pas être faite que de survie. Un ami me disait : « Tu mets vingt survivalistes dans une forêt, quand tu reviens un an après, il n’y a plus de forêt et ils se sont tous entre-tués. Tu mets vingt Amérindiens dans une forêt, un an après, il y a une communauté et la forêt est plus vivante qu’avant. » C’est la différence entre la survie et la #vie.

    Plutôt que d’être survivaliste, vous nous invitez à tisser un réseau des tempêtes. Que sont-elles ?

    C’est ce qui nous manque. Pour moi, nos sociétés ont déstructuré le lien social. Nous devons en reconstruire un dense. La science nous montre qu’avant une crise, une catastrophe, si on a du lien social horizontal (avec les voisins, la famille, les amis) et vertical (la confiance réciproque envers les autorités) de qualité, alors la crise se passe mieux. Il y a moins de morts, moins de traumas et la reconstruction est plus facile.

    De même, il y a des liens denses et légers. Les liens denses, la famille, les amis, etc., nous maintiennent dans des bulles d’entre-soi. Donc les liens légers, le boulanger du coin, la voisine, le garagiste, les collègues de travail, etc., sont aussi vitaux. Leur diversité permet de sortir de l’entre-soi. Quand il y a une crise, la qualité des #liens_légers est fondamentale. C’est un facteur de #résilience. Par exemple, quand on perd son travail, avoir beaucoup de liens légers permet d’en retrouver un plus vite.

    Cette densité de liens sociaux est notre réseau de tempêtes. Chacun en a un. C’est ce qui reste, même si l’électricité, l’État ou l’espoir disparaît.

    J’invite à développer les liens que j’ai appelés voisinautaires. C’est vraiment la force du vivre-ensemble. On ne s’entend pas forcément bien avec ses voisins, on ne les a pas choisis. Mais parfois, il vaut mieux s’entendre avec eux qu’avec ses propres idées. Cela résoudrait aussi plein de problèmes de #cohésion_sociale et d’#isolement.

    Pourquoi nos liens sociaux sont-ils trop froids aujourd’hui ?

    Parce que les systèmes de #domination, le #capitalisme, le #patriarcat, l’État, etc. génèrent une violence verticale et l’idéologie de la compétition. Ces systèmes détruisent les liens. Le #lien_dense n’arrive que quand on peut exprimer sa vulnérabilité, son authenticité à l’autre. Or, un #système_de_domination empêche d’être authentique. Quand on lâche la bride à la compétition, on finit par détruire les individus et la société.

    Vous parlez aussi de la relation aux institutions et incitez à leur faire en quelque sorte confiance. Peut-on encore ?

    Cela dépend de l’échelle. Il y a des autorités proches, comme des élus locaux que l’on peut connaître, les pompiers volontaires, auxquels on peut plus facilement faire confiance. Pour moi, le #local, c’est le niveau de société le plus important.

    L’arrivée de l’extrême droite au pouvoir est-elle un risque auquel on peut se préparer avec un réseau des tempêtes ?

    Oui, puisque le principe du réseau des tempêtes est de créer du lien social de partout. Avec nos proches, avec les humains, les non-humains… C’est la démarche inverse du fascisme. En créant du lien et en diminuant les violences, on lutte structurellement contre le fascisme.

    Peut-on lutter contre le fascisme en nouant des liens avec des voisins qui votent extrême droite ? Ces questions stratégiques traversent la gauche aujourd’hui.

    Oui, et surtout s’ils ne votent pas comme nous ! C’est la clé, et c’est contre-intuitif. Quand on voit une crise arriver, une guerre civile, la meilleure posture, c’est de faire du lien social aussi avec des gens différents. C’est très dur. Nous avons besoin de méthodologie, et j’ai créé une association pour cela.

    Dans la fable des trois petits cochons, quand le loup — ou le fascisme — arrive, alors qu’il a détruit les deux premières maisons [en paille et en bois], la porte de la troisième maison [en briques] reste ouverte. Parce que malgré leurs différences, ils sont frères. Ils avaient un lien social puissant avant la catastrophe. C’est cela qu’il faut travailler aujourd’hui.

    https://reporterre.net/Pablo-Servigne-L-effondrement-a-craindre-c-est-celui-du-lien-social
    #liens_voisinautaires