Pendant plus d’une semaine, France Télévisions diffuse une Slow TV autour du Mont-Saint-Michel et des grandes marées. Une démarche de contemplation à contre-courant du scrolling et des modes de consommations actuels de contenus sur les réseaux sociaux, qui nous font bien souvent perdre concentration et attention.
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Vous êtes-vous déjà demandés pourquoi vous ressentiez l’envie irrépressible de prendre votre téléphone alors même que vous êtes en train de regarder un bon film ou une série, parfois même un livre ?
Un moment un peu mou dans la narration, « Oh, je peux bien faire un peu de scrolling sur Instagram, TikTok, Facebook ou Snapchat... » Trop tard, vous avez perdu le fil de l’histoire, manqué un passage clé et vous en voulez d’avoir saisi ce satané smartphone, qui monopolise votre attention, ou qui perturbe votre concentration.
Scroller sur smartphone, une addiction au sens premier du terme
"C’est le principe même de l’addiction. Ça fonctionne pareil avec la drogue, l’alcool, les jeux d’argents, les casinos, explique Virgine Bagneux, maître de conférences en psychologie à l’Université de Caen. Voilà, ne vous culpabilisez pas trop, vous êtes tout simplement addict au smartphone et aux réseaux sociaux.
Alors que les plus de 35 ans passent moins de deux heures par jour sur les réseaux sociaux, les 18-24 ans y consacrent 3h15 en moyenne selon un rapport de l’Insee paru en 2025. • © ALICIA WINDZIO / DPA
De plus en plus de travaux en neurosciences montrent que le scrolling sur les réseaux sociaux a un impact sur notre cerveau, et notamment sur le circuit de la récompense.
Notre cerveau est basé sur un système de récompense nourri par la dopamine, qui nous permet d’associer un comportement et un sentiment de plaisir. La dopamine est tellement stimulée par les réseaux sociaux que notre cerveau n’en produit plus de manière spontanée. Quand on cesse de scroller, notre système naturel n’est plus en capacité de reprendre le contrôle.
Virgine Bagneux, maitre de conférence en psychologie à l’Université de Caen
Des vidéos qui reproduisent l’hormone du bonheur
Toutefois, sachez que vous n’êtes pas seuls, nous sommes des millions et ce n’est pas uniquement de notre faute. « En Chine et aux USA, les entreprises travaillent à développer des algorithmes dans cet objectif-là. Et ce sont les deux plus grandes puissances au monde », note Virginie Bagneux.
En somme, difficile de lutter pour le quidam dans son canapé, harassé par sa journée de travail, qui a bien besoin de décompresser en regardant des vidéos ludiques programmées exprès pour qu’ils les regardent à l’infini.
Les vidéos courtes sur les réseaux sociaux peuvent « contribuer à reproduire l’hormone du bonheur, ce qui est une bonne chose quand même, mais il faut savoir à un moment restaurer le contrôle, tempère la spécialiste. Je dois décider quand je m’adonne à cette activité et déceler quand ça devient délétère. Quels sont les effets néfastes de cette utilisation ».
Sous peine de ne plus réussir à se concentrer, même sur des activités qui nous passionnent ou génèrent normalement de la satisfaction, du bonheur.
La nécessité d’apprentissage social des réseaux sociaux
Pour Hervé Le Crosnier, enseignant-chercheur spécialiste des technologies du web et de la culture numérique, il est nécessaire d’apprendre à apprivoiser notre utilisation des réseaux sociaux.
Il fait remarquer que le même genre de remarques surgit dès lors qu’une invention majeure apparaît. « Ce n’est pas nouveau, on a dit la même chose au moment où la télé est passée avec la zapette. À la naissance du cinéma, les gens expliquaient qu’il n’y aurait plus besoin de manuels scolaires », explique-t-il.
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Une grande différence tout de même avec les réseaux sociaux, c’est l’hyperpersonnalisation des contenus proposés, « la capacité des producteurs de médias sociaux à nous accrocher individuellement, avec des choses qui ne s’adressent qu’à nous ».
Dès lors, que faire ? « De la même manière que l’on réduit la dépendance aux substances, la solution, c’est l’alternative. Est-ce qu’il y a dans l’environnement de l’individu des pratiques susceptibles de générer cette hormone du plaisir en passant par autre chose que le smartphone et les réseaux sociaux ? ».
Il y a une accélération globale de la société, le sentiment qu’il faut tout faire plus vite. Les mouvements slow (slow life, slow food, slow science), peuvent être une solution. Ils ne résoudront pas le problème mais aident à prendre conscience. Il faut accepter d’ignorer quelque chose qui se passe à côté, reprendre la capacité à aller au fond des choses.
Hervé Le Crosnier, enseignant-chercheur à l’Université de Caen, spécialiste des technologies du web et de la culture numérique
Pour Hervé Le Crosnier, s’en sortir relève autant de la question individuelle que des choix politiques. « Peut-être qu’il faut bloquer l’appétit de pouvoir des gens qui font les médias sociaux. Il y a une proposition politique intéressante qui est d’interdire le défilement continu, en demandant à l’utilisateur son autorisation toutes les vingt vidéos par exemple ».
Individuellement, une solution peut aussi être « dans l’approfondissement, dans la contemplation », plaide le spécialiste des questions numériques.
« Les distractions sont plus nombreuses, on fait plus de choses que les générations plus anciennes. Se pose la question de la société dans laquelle on veut vivre. A-t-on besoin de ralentir ? », s’interroge Virgine Bagneux, qui rappelle que d’après des études, « plus la consommation de réseaux sociaux est importante, plus l’humeur est mauvaise ».
La slow TV, un dispositif spécial
Plongez dans cette expérience unique sur la plateforme de France Télévisions. La Slow TV consacrée aux grandes marées au Mont Saint-Michel est à vivre en direct depuis le lundi 3 novembre.
Chaque jour sur France 3 Normandie à partir de 10 heures, retrouvez notre émission spéciale « Grandes Marées » pour vibrer au rythme de ce lieu mythique.
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