• Le berceau des #dominations - document
    https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02561862/document

    Tous les jours, près de chez vous, un bon père de famille couche avec sa petite fille de neuf ans. Ou parfois elle lui fait juste une petite fellation. Ou c’est un oncle avec son neveu ; une grande sœur avec sa petite sœur. Dans cette anthropologie de l’inceste, Dorothée Dussy se penche sur les mécanismes complexes par lesquels l’inceste, en théorie interdit et condamné, est couramment pratiqué dans l’intimité des foyers français. À la faveur du réel, et de la banalité des abus sexuels commis sur les enfants, l’inceste se révèle structurant de l’ordre social. Il y apparaît comme l’outil primal de formation à l’exploitation et à la domination de genre et de classe. Cinq ans d’enquête ethnographique menée auprès d’enfants incestés devenus grands, et auprès de leur famille, sont restitués dans une trilogie dont Le berceau des dominations forme le premier livre. S’appuyant principalement sur une série d’entretiens réalisés en prison auprès d’hommes condamnés pour viol sur des enfants de leur famille, l’auteur donne dans ce premier opus la parole aux incesteurs. Simples maillons d’une généalogie familiale où l’inceste leur préexiste, on comprend que les incesteurs incestent par facilité, par mimétisme, par opportunisme, ou encore par identification. Sans complaisance, mais sans mettre l’incesteur en position d’étrangeté, l’auteur guide le lecteur pas à pas dans un voyage subversif au cœur de familles que rien, ou presque, ne distingue des vôtres

    #inceste #pédophilie #pédocriminalité #dorothée_dussy

    • DD : Et vous, vous n’avez pas envie d’en parler ?

      AB : Je suis même surpris d’avoir accepté votre entretien, parce que j’ai déjà du mal à en parler au psy. J’ai accepté parce que si ça peut aider quelqu’un à comprendre, si ça peut aider... c’est le but. Ce qui me bloque un petit peu, c’est qu’on soit considéré comme des Fourniret, des trucs comme ça. Parce que dans la tête des gens, délinquant sexuel, c’est quelqu’un qui viole des enfants, qui les tue, qui les charcute. Je pense que dans la tête des gens, c’est ça.Dorothée Dussy et Arnaud Bias, avril 2009, extrait d’entretien

    • Françoise Héritier, après avoir consacré une grande partie de sa carrière aux règles de l’exogamie à travers le monde, a tenté de mettre face à face la théorie et le point de vue des praticiens1, sans réaliser qu’elle n’avait jamais travaillé sur le problème théorique de l’inceste, mais sur celui de l’interdit de l’inceste.

    • Il y aura toujours des intellectuels et des crétins pour considérer que la politisation des questions de violence domestique représente un dan-ger puritain qui instrumentalise le droit5, pour considérer que le volet répressif de la législation en matière de moeurs est nocif pour la démo-cratie et pour l’égalité entre individus. Les intellectuels pédophiles des années 1970 tenaient déjà ce discours. C’est la rhétorique du violeur et du pédophile, on le verra dans ce livre, qui consiste à discréditer toute description de la violence en brandissant le spectre de l’idéologisme fanatique et répressif anti-démocratique et en ignorant sa propre idéo-logie masculiniste. Inversement, il me semble que décrire et prendre acte des violences, de leurs spécificités, des effets qu’elles produisent et des conséquences qu’elles entraînent est un premier pas vers la paix et la démocratie. Les commissions « vérité et réconciliation » organisées après l’apartheid en Afrique du Sud et après le génocide au Rwanda, les procès des cadres nazi, khmers, serbes, et autres auteurs de crimes de masse partent du même principe. Décrire et dire la violence est un pas vers la paix.

    • Pour le dire autrement, les violences structurelles, les guerres et les taux usuraires pratiqués par les banques qui prêtent aux pays en instance de faillite, ne sont pas produites ex nihilo par des hommes entrés en fonction le cœur et le reste vierges de souvenirs et d’apprentissages.

    • En filigrane, cette description permet de réfléchir à la question de l’homme normal versus anormal ou monstrueux, et permet, au bout du compte et dans la conclusion qui referme le livre, de repenser le lien entre la pratique de l’inceste et la théorie de l’interdit.

    • Génie

      Dans la perspective de composer un texte émancipé des modèles masculins, classiques et légitimes, on n’hésitera pas, dans ce livre, à se référer à des voix inhabituelles en sciences sociales, et à tirer l’écriture vers une langue du quotidien et du domestique, l’espace de l’inceste.

    • J’ai été affectée – au sens proposé par Jeanne Favret-Saada16 – par l’ensemble de cette recherche. C’est-à-dire infectée par le système inceste, qui vous bloque quand vous voulez en parler, qui vous fait croire que vous êtes illégitime pour en dire quelque chose – vous êtes trop proche du sujet, vous êtes trop loin, vous êtes militante (c’est-à-dire hors-jeu du terrain scientifique), vos matériaux sont trop biaisés, vous avez parlé à des « victimes », à des « détenus », mais de quel droit omettez-vous le point de vue de ceux qui ont vécu un inceste heureux ? C’est le principe du système inceste : faire taire. Pour en sortir, il faut vomir plusieurs fois, mille fois, #vomir tant et tant que rien de ce qu’on peut vous dire pour vous arrêter ne vous touche plus car vous avez conjuré la guerre contre la nausée. Cela vous a rendu beaucoup plus libre, et notamment de décrire l’inceste from the inside.

      non mais ça.

    • Comme l’explique Finkelhor, la demande pour des statistiques permettant de renseigner le nombre d’en-fants violés est ancienne, et, notent les auteurs qui éditent le livre avec lui, cette demande est depuis longtemps satisfaite. On savait donc déjà, en 1986, mais aussi en 1929, en 1940, et donc vraiment depuis long-temps, que les abus sexuels sont assez courants dans la vie des enfants. Cependant, pour une variété de raisons, dont le scepticisme des psycha-nalystes (Masson 1984), dont les discours des pro-libération sexuelle, non seulement ces statistiques n’ont jamais suscité un grand battage publique, mais, à chaque nouvelle publication, elles paraissent inédites (c’est encore le cas du sondage IPSOS demandé en 2009 par l’associa-tion d’aide aux victimes d’inceste « AIVI » et qui estime à 3% le nombre de personnes ayant été victime d’inceste en France, estimation sous-éva-luée de l’avis des commanditaires et des commentateurs).

    • En résumé, pour 60 millions de Français, si on compte 5% de victimes d’abus sexuels intrafamilial, ce qui est dans la fourchette basse proposée par les enquêtes quantitatives, cela fait au moins trois mil-lions de personnes ayant été incestées. Mais pour compter convenable-ment le nombre de personnes impliquées dans les situations d’inceste, il faut évidemment ajouter les incesteurs ! Il n’y a pas de statistiques les concernant mais s’il y a trois millions de victimes, on peut estimer que les incesteurs se comptent donc aussi en millions ! Si cela vous paraît trop insupportable, ça ne me gène pas de descendre à quelques cen-taines de milliers d’incesteurs, mais alors il faut admettre que ceux-ci auraient incesté non pas un mais plusieurs enfants de leurs famille. En tous cas, pour incester trois millions d’enfants, il faut du monde...

    • Dans les éléments qui rendent très difficile d’admettre le nombre réel de viols et d’incestes, et qui rendent très difficile la compréhension de l’inceste comme une expérience atroce, et plus largement, du viol comme une expérience atroce, il y a l’initiation à la vie sexuelle, pour chaque homme et chaque femme, faite de situations qui ne sont pas toutes heureuses, souhaitées, réussies. Continuum d’expériences vé-cues par tous et toutes depuis l’adolescence, du rapport sexuel plus ou moins agréable, plus ou moins avec du désir, plus ou moins arraché, qui rend les partenaires plus ou moins violeurs ou plus ou moins violés.

    • Rien de mystérieux et d’inévitable dans l’invisibilité et le silence sur les violences subies ou agies, tout est affaire de pratique, donc de logique et de pédagogie. Idem pour la violence psychologique et la violence physique : si tu n’as pas ravalé l’insulte que tu as balancé à la gueule de ton copain qui t’avait énervé, ou contredit l’insulte que tu as reçue de ton copain que tu n’as pas attendu parce qu’il était en retard, tu rends l’insulte admissible. Tu compliques ce faisant les cri-tères d’évaluation de ce qui rendra, plus tard, une insulte admissible ou non admissible et tu t’exposes à ne plus réagir s’il t’arrive par la suite te faire encore salement traité(e). Sans parler des expériences vécues dans l’enfance. Les gifles ou les fessées qu’on reçoit de ses parents pour nous apprendre à écouter les adultes et en réaction à une bêtise qu’on a faite, nous font intérioriser dès l’enfance la justification de la violence.

    • Mais du coup, en l’absence de discours spontané sur l’inceste, les auteurs d’inceste ont intériorisé eux aussi les façons de parler d’inceste propre aux professionnels. Même l’élaboration de leurs récits sur leurs propres actes est devenue conditionnée par ces prescripteurs de normes que sont d’un côté les psy, et de l’autre les magistrats

    • l’hypothèse du dérapage à deux et de celle de l’inceste fraternel consenti, (...) n’existent que dans la pensée des personnes élevées dans l’ordre social incestueux. Car aucun adulte, ancien enfant incesté par un frère ou une sœur aîné(e), n’a jamais révélé, écrit, ou témoigné avoir entamé de son plein gré un inceste fraternel. En réalité, tous les enfants inces-tés par un frère ou une sœur plus âgé expriment avoir vécu des abus sexuels, et comme pour les autres histoires incestueuses, être ensuite devenus plus ou moins sexuellement dépendants de la situation, avoir plus ou moins construit un récit de la situation acceptable pour eux-mêmes, etc. C’est l’incesteur qui fait croire (à son psychiatre, sur des forums d’association d’aide aux victimes, ...), et se fait croire, qu’il y a des incestes fraternels consentis, ou que le dérapage était mutuel.

    • S’il n’existe aucun témoignage allant dans le sens du consentement, mais qu’il existe au contraire une multitude de témoignages indiquant des situations d’abus, quelles références, quelle documentation, quel savoir oriente le psychiatre pour qu’il classe l’inceste fraternel ailleurs qu’au rang des agressions ? Aucun, sinon un savoir d’acteur social ayant intériorisé la grammaire de l’inceste et spéculant la pratique à l’aune de la théorie. En effet, plus loin dans son texte, Becker précise : « L’abus sexuel se réfère à la question du consentement dont l’absence définit l’abus. L’inceste, en revanche, renvoie à la relation de parenté qui détermine les partenariats socialement permis et/ou interdits. Il peut donc y avoir inceste sans qu’il y ait le moindre abus sexuel, car cette distinction se réfère à des systèmes de normes distincts. L’abus sexuel se définit en fonction de ce que Foucault (1976) nomme « le dispositif de sexualité », gérant le désir et le pouvoir, alors que l’inceste renvoie au dispositif d’alliance qui organise les règles et leur transmission. » On touche là un biais du raisonnement, important car il est constitutif d’un hiatus qui fait le bonheur de la pratique de l’inceste. Ce n’est pas l’inceste qui renvoie au dispositif d’alliance, c’est l’interdit de l’inceste. L’inceste n’est pas le pendant empirique de l’interdit de l’inceste. C’est une autre notion, qui caractérise une relation se définissant précisé-ment par la double condition de la contrainte sexuelle et de l’exercice de cette contrainte sur un enfant de la famille

    • pull up selecta :

      L’inceste n’est pas le pendant empirique de l’interdit de l’inceste. C’est une autre notion, qui caractérise une relation se définissant précisé-ment par la double condition de la contrainte sexuelle et de l’exercice de cette contrainte sur un enfant de la famille

    • my girl :

      Dans les pages qui suivent, on parlera indifféremment d’auteurs d’abus sexuels, d’inces-teurs, d’agresseurs, et on ne fera pas de différence entre la littérature scientifique consacrée à l’inceste et celle qui est consacrée aux agres-sions sexuelles pédophiliques. Car les auteurs d’inceste ne constituent pas un groupe clinique, comme le souligne Jean-Michel Darvez-Bor-noz26. En effet, les agressions d’enfants sont rarement commises par une personne totalement étrangère. Inversement, près de 80% des agressions sont commises par des agresseurs ayant un lien de proxi-mité, sinon un lien familial, avec l’enfant. Cette proportion indique que même en l’absence de spécifications, les résultats des études sur les agresseurs d’enfant portent en réalité sur des agressions incestueuses au sens large.

    • Les garçons, encore plus que les filles, peinent à dévoiler les abus sexuels tout sim-plement car il leur faut du temps, et un long travail de raisonnement, pour penser aux abus sexuels comme à des abus sexuels (cf. Dussy, 2008) et non comme à une initiation ou à l’expression affective ina-déquate (Holmes, Offen et Waller, 199730).

    • La réalité est toujours plus riche que les stéréotypes et les en-quêtes permettent de constater que les types d’abus sexuels commis par des femmes ne sont pas moins violents, sérieux, et intrusifs, que ceux commis par les hommes (Saradjian, 199632). Tardif et Lamou-reux, comme Saradjian et l’ensemble des chercheurs ayant publié sur les femmes auteurs d’abus sexuels, relèvent une expression agressive manifeste chez plusieurs femmes abuseures allant jusqu’à éprouver de la satisfaction à voir souffrir leurs victimes, à verbaliser des pulsions homicides et à recourir à des armes ou à la force au cours de leurs abus.

    • notons, là encore, que pour les spécialistes de l’enfance, comme pour tout le monde, c’est donc le point de vue du « pénétrant », et non celui du « pénétré », qui déter-mine l’intention donnée au geste sexuel.

    • Ni dans la littérature que j’ai consultée, ni dans l’enquête, je n’ai rencontré de situations d’inceste (ou de jeux sexuels) entre des jumeaux, ou des cousins du même âge. Les jumeaux, et les cousins du même âge, vont explorer la sexualité ailleurs qu’au sein de leur famille.

    • Louise Armstrong, porte-parole de la position féministe états-unienne sur l’inceste, explique que les professionnels nord-américains de la santé et du travail social ont fait de l’inceste un produit d’exportation, asceptisé de toute possibilité de critique sociale et, ajoute-t-elle, de
      toute trace d’une analyse féministe. En faisant de l’inceste une pathologie, c’est-à-dire une question relevant de champ de compétences médicales, on esquive la question politique : il ne s’agit plus de travailler à la transformation sociale ou de réfléchir sur les moyens d’éliminer les abus sexuels intrafamiliaux, ce qui passerait par la reconnaissance des
      positions précises de chacun (dominants/dominés) dans cette affaire.
      Par le jeu de la terminologie ad hoc (maladie, névroses, traumatisme, souffrance, douleur, symptômes, déviance) poser l’inceste comme une pathologie détourne l’attention sur les dégâts psychologiques que provoquent les abus sexuels incestueux. Il n’y a plus lieu de s’intéresser ou de nommer comme telle l’agression, ni de décrypter ses mécanismes, au centre desquels figure la question de genre, selon Louise Armstrong, puisque d’un côté, il y a la souffrance des femmes et des enfants, qu’il faut guérir et traiter (quand la guérison n’est pas assimilée à la possibilité de pardon accordé à l’agresseur), et de l’autre côté, il y a des déviants, qu’il faut aussi traiter. Or, comme en l’évoquaient déjà les groupes de femmes il y a trente ans (notamment dans le premier recueil de témoignages regroupé par Louise Armstrong : kiss daddy
      good night
      ), la plupart des agresseurs incestueux, garçons ou hommes adultes, ne sont pas déviants ; il y a parmi eux des pédophiles cinglés, mais la grande majorité n’agresse que leurs enfants, ou cousine, sœur, nièce, belle-fille, petite-fille, etc. et en dehors de cela, ils sont très bien
      insérés dans la société, comme on va s’en rendre compte dans les pages qui suivent.

    • Dans le monde de l’incesteur, vous avez en permanence un goût de bizarre collé au cerveau, au point que vous finissez par vous demander si vous êtes cinglé(e) ou si ce que vous venez d’entendre ou de dire est normal.

    • La loi définit le viol à partir du non-consentement d’au moins un des partenaires à la relation sexuelle. L’incesteur définit le viol à partir de l’état d’esprit qui prédispose à son passage à l’acte. Il cherche du plaisir sexuel, et en homme autonome, va le chercher là où il peut le trouver, là où c’est facile, pas cher, et sans nécessité d’opérations de séductions dont le résultat n’est en outre jamais assuré. L’incesteur se sert ; il n’est pas forcément un violeur et n’a pas l’intention de vio-ler, au sens de violenter, d’exercer une violence.

    • L’incesté, en retour, crie rarement (voire jamais), ne se plaint pas (en tous cas pas explicitement), ne s’oppose par à la relation sexuelle. L’incesté est obéissant, comme la plupart des enfants, il est assez rapidement habitué à la relation sexuelle et les éventuelles marques d’opposition ou de refus disparaissent avec la répétition des rapports. Belote : rien ne manifeste l’absence de consentement des incestés à l’inceste. Rebelote : en conséquence de quoi l’incesteur ne sait pas qu’il viole.

    • L’affaire DSK, à l’été 2011, a fait couler beaucoup d’encre dans le sens de l’importance des nuances dans la définition profane du viol. De tous les pense-bêtes qu’on a pu lire, il faut retenir que dans l’ordre social dominant, qui est le monde de l’incesteur et de nous tous, une femme (ou une enfant) qui hurle son refus n’est pas forcément une femme qui refuse le rapport sexuel. Pour qu’il y ait viol, il faut que l’homme qui souhaite le rapport sexuel ait un profil de violeur, comme on l’a appris de la bouche de spécialiste pendant l’été DSK. Je refuse de faire écho et de citer les auteurs de cette affirmation qui serait simplement ridicule si elle n’était pas dramatiquement performative. L’idée fait long feu et le fait que leur incesteur n’ait pas un profil de violeur retient les incestés parfois pendant des décennies de penser qu’ils/elles ont été incestés. Pour qu’il y ait viol, il faut en sus que le rapport ait été extorqué avec intention de nuire, ou quelque chose d’approchant une connotation agressive. Le consentement du partenaire n’entre pas en ligne de compte dans la définition commune du viol. L’appétit vient en mangeant, comme dit le proverbe, et dans une langue ad hoc le désir, peut s’obtenir en cours de « repas ». Tout le monde le sait, se passer du consentement de son/sa partenaire pour démarrer un rapport sexuel est tout à fait banal. Sur le continuum du consentement qui va de « oui, j’ai très envie tout de suite, jette toi sur moi », au « viol », les options séparant les deux pôles sont nombreuses. Sans parler de l’excitation sexuelle fatalement induite par la stimulation, pour les garçons comme pour les filles, même quand l’intérieur de la tête est en révolte ou en stand by. Sans mentionner non plus une autre des caractéristiques de la définition courante du viol, qui suppose un événement unique, et non des années de relation affective. Au bout du compte, difficile pour quiconque de savoir exactement à quel endroit du continuum on se situe et les incesteurs ont des raisons logiques, donc légitimes, de considérer qu’ils ne sont pas des violeurs.

    • Le point de vue de la fillette est totalement absent du discours candide du père qui explique que dans la mesure où il imaginait sa fille opérationnelle sur le marché de la sexualité, ce qu’il insinue par « je n’ai pas senti de résistance », il ne lui portait pas préjudice en ayant avec elle des relations sexuelles.

    • Si un rapport sexuel avec une fille de quinze ans paraît à l’incesteur et au légistaleur moins de la pédophilie, moins de l’inceste, moins de l’abus de mineur, et donc moins condamnable, c’est d’un point de vue mascu-liniste, c’est-à-dire libéral s’agissant de l’appropriation du corps des femmes. Du point de vue de la fille, et surtout du point de vue de la fille violée, il n’est pas plus acceptable d’être violéeà 16 ans qu’à 13.

  • « L’écho retentissant fait à la théorie de Lévi-Strauss tient à ce qu’elle subsume l’ordre social qui admet l’inceste mais interdit qu’on en parle (…) [ elle représente une aubaine pour tout le monde :] ceux qui tirent plus ou moins de bénéfice à reconduire un dispositif de domination, à ceux dont la subjectivité est écrasée depuis le berceau, et qui cèdent aux désirs des autres par intériorisation de leur écrasement » (pp.252 et 255). Et c’est pourquoi elle considère la théorie de Lévi-Strauss comme un « avatar de l’ordre social », une « pure pensée straight ».

    https://scenesdelavisquotidien.com/2021/02/09/reedition-de-le-berceau-des-dominations
    #levi-strauss #anthropologie #inceste #domination #famille

    • [Alors qu’une réédition de l’ouvrage de #Dorothée_Dussy, Le berceau des dominations , est prévue pour avril prochain aux éditions Pocket, j’ajoute ici le compte-rendu publié en 2014 dans la revue Nouvelles questions féministes.]

      Dorothée Dussy est anthropologue. Elle travaille au CNRS et est membre de L’IRIS (Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux). Ses travaux explorent l’articulation entre le #secret, le non-dit et les #pratiques_sociales à partir d’enquêtes sur la ville, le corps et l’inceste. En 2013, elle a coordonné l’ouvrage L’inceste, bilan des savoirs[1]. Le berceau des dominations[2] est le premier livre d’une trilogie consacrée à « l’ordre social incestueux ». L’ouvrage étudie les « #incesteurs » tandis que les deux prochains seront consacrés aux « incesté·e·s » et à la construction de leur #subjectivité d’une part, et, d’autre part, au traitement des rares affaires qui parviennent devant les tribunaux et aux divers « procédés de légitimation du silence à l’échelle des sociétés et des institutions ». L’approche de l’auteure est également alimentée par son implication depuis plusieurs années dans l’association AREVI[3].

    • Point biblio :

      Le berceau des dominations, anthropologie de l’inceste, Dorothée Dussy. Le livre sera réédité chez Pocket en avril 2021.

      Via un commentaire sur le « forum » de l’article*, annonce de la parution prochaine d’un bouquin de Sophie Perrin, issu de sa recherche de master 1 en anthropologie :
      L’Inceste : anthropologie d’une entreprise de démolition systématique de la personne
      https://lemirageevite.org/livres/linceste

      En dépit de quelques autres recherches, les violences sexuelles incestueuses restent peu étudiées en dehors du champ disciplinaire de la psychologie. Cet ouvrage, issu d’une recherche de master 1 en anthropologie, contribue à pallier ce vide. Il éclaire le fonctionnement des familles incestueuses et rend compte du fait que la démolition qu’est l’inceste est une démolition durable : les violences sexuelles incestueuses ont des conséquences à (très) long terme dans tous les domaines de la vie des victimes : travail, vie sociale, vie affective. L’auteure s’intéresse au vécu des incestées (dans cette recherche ce sont des femmes), à leurs parcours, en donnant une large place à leurs paroles.

      Le second intérêt majeur de ce livre est qu’il donne des éléments de réflexion essentiels pour penser la subjectivité en sciences sociales, question fondamentale de ces disciplines. L’ouvrage montre ce qu’une personne singulière peut apporter à la connaissance, mais parle aussi des effets que peut avoir la réalisation d’une recherche sur celle/celui qui la mène, en plus des effets possibles du texte final sur les lecteurs/trices.

      *

      2 Le 17 janvier à 19:28 par Anita DANIEL

      Se reporter également aux travaux d’anthropologie de Sophie Perrin :
      L’inceste : consistance du silence : http://sophia.perrin.free.fr/memoires/memoireM2redacrvdef.pdf
      L’inceste : anthropologie d’une entreprise de démolition systématique de la personne : http://sophia.perrin.free.fr/memoireM1public.htm (livre à paraitre aux éditions Le mirage évité)

      #Sophie_Perrin #inceste #incesteurs