L’adhésion de nombreux Allemands à ce régime s’explique aussi par le fait qu’Hitler aurait « acheté les Allemands » (on doit la formule au traducteur français du livre de référence de l’historien allemand Götz Aly). Grâce au lancement de grands travaux, à des mesures sociales et fiscales favorables aux Allemands « de bon sang », le chômage diminua effectivement, et la population eut le sentiment d’entrer dans une ère plus prospère. Et cette prospérité partielle contribua à rendre globalement acceptables, voire souhaitables, les mesures visant à exclure les Juifs allemands de la vie sociale et économique du pays.
Mais le « bel aspect du Troisième Reich » (Peter Reichel) ne peut faire oublier que le régime ‒‒ qu’il ne faut pas qualifier de « totalitaire », tant il existait de forces concurrentes entre les différents organismes du Parti et de l’État ‒ était un régime de répression et de terreur envers ses opposants. (...)
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Quant à la conclusion de l’ouvrage, elle semble n’être qu’un objet rapporté, une reprise exacerbée des thèses défendues par Johann Chapoutot dans un précédent ouvrage [1], un pamphlet contre le monde occidental qui aurait « recouvert le phénomène nazi depuis 1945 » d’un grand « aveuglement » (p. 502) volontaire. Pire encore, les guerres et les massacres commis depuis les 70 dernières années s’expliqueraient par le fait que le nazisme n’aurait pas été un accident, mais « la sécrétion la plus cohérente [2] […] d’une histoire occidentale qui avait créé toutes les catégories mentales et tous les instruments techniques d’une domination du monde et d’une réduction des êtres, des espaces et des choses à des fonds d’énergie et de matière dans lesquels il était loisible de puiser jusqu’à l’épuisement » (p. 500). On ne peut qu’être étonné de lire sous la plume d’un historien une vision aussi unilatérale et linéaire du devenir de notre civilisation, comme si l’Occident avait toujours formé un ensemble parfaitement uniforme où la domination du fort sur le faible régnait en maître, comme si l’on n’y débattait jamais de la manière dont il faudrait juger le passé, et comme si nos démocraties libérales n’étaient justement pas le lieu où différentes visions du monde pouvaient se confronter librement, coexister.