• Espagne : un réseau d’exploitation sexuelle de mineures non accompagnées subsahariennes démantelé - InfoMigrants
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    Espagne : un réseau d’exploitation sexuelle de mineures non accompagnées subsahariennes démantelé
    Par La rédaction Publié le : 12/08/2026
    La police espagnole a annoncé mardi 11 août avoir démantelé un réseau de traite de jeunes migrantes subsahariennes à des fins d’exploitation sexuelle. Cinq membres du réseau, qui opéraient depuis les îles Canaries, ont été arrêtés. La Guardia Civil a annoncé mardi 11 août le démantèlement d’une organisation criminelle implantée à Gran Canaria, dans les îles Canaries. Elle est accusée d’avoir recruté des mineures non accompagnées hébergées dans des centres d’accueil afin de les transférer vers l’Espagne continentale et la France où elles ont été exploitées sexuellement.
    L’opération baptisée Jabany a conduit à l’arrestation de cinq personnes, dont un mineur. Grâce au déroulement de cette opération, la Guardia civil a aussi pu libérer deux victimes et empêcher la fuite de quatre autres mineures, « les empêchant de quitter les îles selon la même procédure que dans les cas précédents ».
    L’enquête a débuté après le retour en Espagne d’une jeune migrante qui avait quitté un centre de protection de Gran Canaria et avait été transférée en France. Selon son témoignage, elle avait été attirée par la promesse d’un emploi avant de finalement réussir à revenir en Espagne. Elle a alors raconté sa situation aux autorités. C’est à la suite de ce témoignage que les enquêteurs se sont intéressés à d’autres cas de disparitions de mineures hébergées dans des centres de protection de l’île. Après plusieurs mois d’enquête, ils ont alors constaté un schéma similaire dans plusieurs cas : des mineures quittaient leur centre d’accueil sans leurs documents personnels et apparaissaient quelques heures plus tard sur des vols à destination de différentes villes de la péninsule espagnole.Selon les enquêteurs, le réseau profitait de la vulnérabilité particulière des jeunes filles, souvent sans liens familiaux en Espagne, désireuses de trouver du travail et confrontées à la barrière de la langue.
    Pour la Guardia Civil, la répétition de ces départs et la présence de documents d’identité utilisés pour les voyages ont permis d’établir qu’il ne s’agissait pas de fugues isolées, mais d’une « organisation structurée ». Chaque membre avait des rôles bien définis : « certains membres étaient chargés de contacter les mineurs ou de faciliter les contacts depuis les centres ; d’autres géraient les formalités administratives, la distribution des effets personnels ou l’achat des billets », expliquent les autorités. Dans certains cas, les suspects accompagnaient même les victimes à l’aéroport pour s’assurer qu’elles puissent accéder à la zone d’embarquement et être ensuite transférées vers leur destination finale. Des investigations supplémentaires sont toujours en cours afin de déterminer si d’autres jeunes filles ayant quitté des centres de protection de Gran Canaria au cours des dernières années ont pu être victimes du même réseau. Et si oui, de retrouver leurs traces.Cette annonce intervient alors que la problématique de la prise en charge des mineurs non accompagnés (MNA) en Espagne fait couler beaucoup d’encre. À la suite de l’afflux de plus de 80 000 migrants dans l’enclave de Ceuta fin juillet, il reste des milliers de MNA dans le petit territoire espagnol en terre marocaine et les autorités sont confrontées à leur délicate prise en charge. Parmi eux se trouvent de nombreuses jeunes filles, particulièrement vulnérables aux risques de violences sexuelles et d’exploitation. Quelques adolescents ont trouvé un hébergement provisoire chez des habitants mais de très nombreux jeunes sont toujours contraints de dormir à la rue. Cette situation les expose à de graves risques d’exploitation et de traite d’êtres humains, met en garde l’Unicef. « Certains d’entre eux sont très jeunes, il y a aussi des filles, et c’est un véritable traumatisme de se retrouver seuls, sans projet migratoire », a souligné le directeur général de l’Unicef Espagne, José María Vera, interrogé par le média Cadena Ser.

    #Covid-19#migration#migrant#espagne#MNA#subsaharien#sante#droit#trafic#canaries#prostitution

  • Pädagogin über Microsoft an Schulen : „Was mit den Daten passiert, ist eine große Blackbox“
    https://taz.de/Paedagogin-ueber-Microsoft-an-Schulen/!6203349

    L’utilisation de logiciels de Microsoft (pas seulement) dans les écoles allemandes est illégale. Il faut un contrat individuel entre chaque école et MS qui oblige l’entreprise états-unienne à respecter le RGPD, officiellement appelé règlement UE 2016/679 relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données . Ce contrat n’est n’est signé que rarement.

    11.8.2026 von Svenja Bergt - Viele Schulen setzen auf die Software des US-Konzerns. Jessica Wawrzyniak findet das problematisch – und hat einige Tipps für Schulen und Eltern.

    taz: Frau Wawrzyniak, wenn etwa eine Schulleiterin oder Elternvertreter Ihnen sagen, dass sie Microsoft an ihrer Schule einführen wollen – was raten Sie?

    Jessica Wawrzyniak: Ich würde ihnen zuerst mit auf den Weg geben, dass sie das natürlich DSGVO-konform machen müssen, also im Einklang mit der Datenschutz-Grundverordnung. Und dass das aktuell schwierig bis unmöglich ist.

    taz: Warum?

    Wawrzyniak: Weil Microsoft nicht die nötigen Informationen zur Verfügung stellt. Ein Beispiel: Wenn eine Schülerin wissen möchte, welche Daten über sie gespeichert werden, dann ist die Schulleitung verpflichtet, die Auskunft zu erteilen. Das ergibt sich aus Artikel 15 der Datenschutz-Grundverordnung. Das Problem: Die Schulleitungen können die Auskunft gar nicht erteilen, weil sie selbst nicht wissen, was Microsoft speichert. Diese Informationen gibt der Konzern ihnen nicht.

    Bild: privat

    Im Interview: Jessica Wawrzyniak

    35 Jahre alt, ist Erziehungs- und Medienwissenschaftlerin. Sie arbeitet als Referentin und ist Co-Projektleiterin des #DigitalCheckNRW, einem Medienkompetenzprojekt für Erwachsene der Gesellschaft für Medienpädagogik und Kommunikationskultur (GMK).

    taz: War das mal anders und Microsoft konnte früher legal an Schulen genutzt werden?

    Wawrzyniak: Nein, das war noch nie möglich, vor 10 Jahren aber auch noch unkritischer, weil weniger Daten gespeichert und analysiert wurden.

    taz: Das heißt, alle Schulen, die Microsoft nutzen, machen das illegal?

    Wawrzyniak: Es gibt eine kleine, aber komplizierte Möglichkeit: Man kann als Schule, zusätzlich zum zwingend erforderlichen Auftragsverarbeitungsvertrag, bilateral mit Microsoft eine Art Zusatzvertrag abschließen. Aber ich weiß nicht, wie oft das in der Praxis tatsächlich der Fall ist.

    taz: Wenn eine Schule das geschafft hat – ist dann der Einsatz von Microsoftprodukten unbedenklich?

    Wawrzyniak: Auch dann noch nicht, weil Microsoft unglaublich viele Daten erfasst, die auch in die USA übertragen werden, wo Persönlichkeitsrechte kaum geschützt werden und man sich fragen muss: Wollen wir das?

    Es ist möglich, dass Microsoft ganze Lernkurven der Schü­le­r:in­nen nachverfolgt

    taz: Welche Risiken sehen Sie für die Kinder und Jugendlichen?

    Wawrzyniak: Zunächst sind da die ganzen personenbezogenen Daten, die eingegeben werden. Das können etwa Noten und andere Bewertungen sein, Allergie- oder Gesundheitsinformationen, wie sie zum Beispiel im Kontext von Klassenfahrten angefragt werden, sowie Krankheits- und andere Fehltage. Dazu kommen weitere Daten. Zum Beispiel: Wie schnell tippt ein Kind? Durch Tippmuster und -geschwindigkeit lassen sich übrigens Personen auch eindeutig identifizieren. Wie häufig schlägt die Rechtschreibkorrektur an? Hat ein Kind vielleicht eine Rechtschreibschwäche? Was steht in einem Aufsatz, etwa zu einem politischen Thema? Und was bei Microsoft mit den Daten passiert – das ist eine große Blackbox. Es ist möglich, dass Microsoft ganze Lernkurven der Schü­le­r:in­nen nachverfolgt.

    taz: Schulen, die Microsoftprodukte nutzen wollen, argumentieren oft mit den Kosten. Die Basisversion des Office-Pakets ist für Bildungseinrichtungen kostenlos.

    Wawrzyniak: Open-Source-Alternativen wie Libre Office, Only Office oder Collabora gibt es auch kostenlos.

    taz: Schulen argumentieren nicht nur mit den Lizenzkosten, sondern auch mit der Installation und Verwaltung der Software: Da erforderten die Open-Source-Alternativen zusätzliches Personal für die Installation und den Betrieb. Bei Microsoft gebe es weniger Probleme und der Konzern biete Support.

    Wawrzyniak: Eigentlich ist eine Schule wie ein mittelständisches Unternehmen zu betrachten und diese kommen in der Regel ohne IT-Abteilung nicht aus. Mehrere Hundert Schüler:innen, dazu die Lehrkräfte, die Verwaltung … Und alle arbeiten mit IT-Systemen. Das heißt, es muss an jeder Schule eigentlich sowieso gewährleistet werden, dass IT-Fachkräfte fest angestellt sind und solche Aufgaben nicht noch zusätzlich von Lehrkräften übernommen werden.

    taz: Die Schulen haben dafür oft kein Budget.

    Wawrzyniak: Bildung ist derzeit Ländersache, diese müssten also ausreichend bereitstellen. Aber es gibt auch Alternativen: Was ich zum Beispiel sehr gut fand, ist, dass beim Digitalpakt Schule die Finanzierung zur Bundessache gemacht wurde. So etwas sollte es viel häufiger geben, damit nicht jedes Bundesland, jede Kommune oder jede Schule ihr eigenes Süppchen kochen muss.

    taz: Wie groß ist der Einfluss, der bei IT-Produkten von der Schule auf die Kinder und Jugendlichen ausgeht? Es muss ja nicht immer Microsoft sein – manche Schulen setzen etwa auf iPads.

    Wawrzyniak: Ich halte den Einfluss für sehr groß. Zum einen, weil Kinder und Jugendliche damit aufwachsen, die Nutzung dieses Gerätes oder dieser Software lernen. Und Eltern gehen in der Regel davon aus, dass das, was aus der Schule kommt, auch gut oder geprüft ist. Schulen sagen übrigens häufig, dass sie Microsoft einsetzen, weil das später im Beruf genutzt wird. Und Unternehmen sagen, sie nutzen Microsoftprodukte, weil sich alle damit auskennen. Auf diesen Kreislauf setzt der Konzern natürlich und bietet seine Lizenzen für Bildungseinrichtungen kostenlos bis extrem günstig an.

    taz: Was raten Sie Eltern, die versuchen wollen, die Schule umzustimmen?

    Wawrzyniak: In erster Linie sollten Eltern sich zusammentun. Wer sich alleine gegen eine Schule stellt oder für sein Kind widerspricht, macht sich meistens nicht gerade beliebt. Deswegen hilft es, sich mit anderen zu verbünden und dann eine Argumentationsliste zu erstellen. Die sollte möglichst breit sein, um die Chance zu erhöhen, dass die Verantwortlichen darauf anspringen: von den Persönlichkeitsrechten der Schüler:innen, über die rechtlichen Probleme bis hin zur digitalen Souveränität. Die wird politisch gerade sehr gefordert, aber leider wenig forciert. Und Microsoft einzusetzen, gerade in der Cloud, wie es die kostenlose Lizenz vorsieht, hat natürlich eine sehr große Abhängigkeit von einem US-Anbieter zur Folge. Wenn man diese Argumente gesammelt hat und zusammen vorträgt, sind die Chancen größer, ein Umdenken zu erreichen.

    Règlement général sur la protection des données (RGPD)
    https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A8glement_g%C3%A9n%C3%A9ral_sur_la_protection_des_donn%C3%A9es

    Datenschutz-Grundverordnung (DSGVO)
    https://de.wikipedia.org/wiki/Datenschutz-Grundverordnung#/languages

    #Allemagne #droit #école #RGPD #DSGVO #éducation #vie_privée

  • En Malaisie, les réfugiés rohingya, frappés par une vague de haine, sont devenus indésirables
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/11/en-malaisie-les-refugies-rohingya-frappes-par-une-vague-de-haine-sont-devenu

    En Malaisie, les réfugiés rohingya, frappés par une vague de haine, sont devenus indésirables
    Par Dinh Tiên (Bangkok, correspondance)
    Quand il est dehors, Farooq reste sur ses gardes. « Les Rohingya ne se sentent plus en sécurité lorsqu’ils sortent. On réfléchit avant chaque déplacement », dit le jeune homme de 26 ans, réfugié en Malaisie depuis 2024, qui ne donne que son prénom. Devenue indésirable aux yeux d’une partie de la population, la communauté rohingya subit une xénophobie sans précédent dans un pays autrefois accueillant.
    « Salaud », « Parasite », « Quitte le pays », énumère Farooq. Sur les réseaux sociaux, insultes et menaces affluent dans les messages privés de ce militant rohingya, peuple musulman apatride et originaire de l’Arakan, dans l’ouest de la Birmanie. Sous un de ses posts sur Facebook, en date du 5 août, dénonçant les persécutions du régime birman, des internautes donnent raison aux militaires birmans, accusés de crimes contre l’humanité et de génocide ; d’autres traitent les Rohingya de « rats », d’« intrus », de « voleurs » ou de « terroristes ». Farooq figure parmi les plus de 126 000 Rohingya enregistrés par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Malaisie. Beaucoup ont fui des décennies de persécutions en Birmanie, notamment lors de l’exode massif de 2017. Première communauté de réfugiés du pays, ils seraient en réalité près du double en Malaisie, selon les observateurs. « Face à cette extrême violence, tout le monde a peur », résume le jeune homme, depuis Kuala Lumpur.
    Nourrie par la désinformation, cette vague de haine s’est emballée au mois de mai. Pendant l’Aïd-el-Adha, les Rohingya ont été accusés sur les réseaux sociaux de pratiques insalubres lors du Qurban, le sacrifice rituel des animaux. A ensuite circulé une vieille rumeur : ils chercheraient à « prendre le contrôle » de Selayang, au nord de Kuala Lumpur.La Malaisie accueille d’autres ethnies de Birmanie – Chin, Kachin, Karen, Môn… –, ainsi que des réfugiés du Pakistan, de Syrie, du Yémen, fuyant les guerres et les persécutions. Or, « quand une autre communauté est impliquée dans une action délictueuse, ce sont les Rohingya qui sont pointés du doigt, dénonce Farooq. Nous sommes systématiquement tenus responsables de l’ensemble des problèmes attribués aux réfugiés. » Les données officielles sont pourtant loin d’étayer l’image d’une criminalité généralisée : selon la police, seuls 89 Rohingya ont été impliqués dans des affaires criminelles depuis 2024, soit 0,02 % de l’ensemble des crimes recensés en Malaisie.
    Début juin, une pétition en ligne réclamant « l’expulsion des Rohingya » au premier ministre, Anwar Ibrahim, a recueilli près de 500 000 signatures en quelques jours. Malgré son retrait, la haine continue de pulluler : la fille d’un responsable politique a comparé les Rohingya à des « singes », le tabloïd Kosmo ! a qualifié leur installation en Malaisie de « cancer ». Quelques élus ont même appelé « à la démolition de [leurs] habitations », rapporte l’ONG Fortify Rights. Fin juillet, à Penang, des Rohingya ont été chassés de leur campement. Une centaine d’entre eux, parmi lesquels des femmes et des enfants, a rejoint le HCR, à Kuala Lumpur, le 27 juillet. La police les a embarqués, avant de les libérer deux jours plus tard : tous avaient des documents du HCR valides. Le 29 juillet, Anwar Ibrahim a annoncé que la Birmanie, avec laquelle il dit entretenir de « bonnes relations », avait accepté le retour de 5 000 Rohingya. Tollé des ONG : dans l’Etat Rakhine (ex-Arakan), dont les Rohingya sont originaires, les combats font rage entre l’armée d’Arakan, une guérilla ethnique, et les forces régulières, toutes deux accusées d’exactions à l’encontre des Rohingya. Le 5 août, le gouvernement a tempéré son annonce : aucun retour n’aura lieu si « leur vie est menacée ».
    La militante rohingya Sharifah Shakirah y voit un calcul politique. « Les Rohingya ont toujours servi de boucs émissaires. Les responsables politiques les utilisent quand ils en ont besoin pour leurs propres intérêts. » Or, Anwar Ibrahim est fragilisé : son bloc, Pakatan Harapan, vient d’essuyer de lourds revers électoraux au Johor puis au Negeri Sembilan, alors que des législatives se tiendront en 2028. Les Rohingya sont une cible facile : la Malaisie n’a pas signé la convention de 1951 relative au statut des réfugiés. Même enregistrés auprès du HCR, les Rohingya n’ont pas de véritable statut légal. « Ils vivent à la merci des autorités », fustige Sharifah Shakirah.
    Aslam Abd Jalil, maître de conférences à l’université de Malaisie, parle lui aussi de récupération : « Anwar a utilisé la question du renvoi de 5 000 Rohingya dans le cadre de sa campagne. » Mais l’opposition, souligne-t-il, exploite aussi le sujet pour dénoncer le manque de fermeté du gouvernement. Sharifah Shakirah s’indigne des créateurs de contenu qui gagnent en visibilité en filmant les réfugiés ou en se moquant de leurs enfants. Un responsable de l’opposition aurait, selon elle, consacré 1 million de ringgits (211 000 euros) à rémunérer des influenceurs pour alimenter cette campagne anti-Rohingya.« L’attention est détournée des défaillances de l’Etat pour se porter sur les réfugiés », analyse Aslam Abd Jalil. Dans une société polarisée par les appartenances ethniques, il voit dans cette hostilité un paradoxal « facteur d’unification ». « Certains comparent les Rohingya aux sionistes, comme s’ils étaient venus de l’extérieur pour prendre progressivement possession du territoire. Ils deviennent des souffre-douleur sur lesquels la population déverse son ressentiment. »
    Accusés de propager le Covid-19, les Rohingya avaient déjà subi une vague de haine pendant la pandémie, en 2020-2021. Elle avait fini par refluer. « C’est pire aujourd’hui », estime le chercheur. Plusieurs écoles accueillant des enfants rohingya ont fermé. Des familles ont été expulsées, des travailleurs ont perdu leur emploi et des propriétaires refusent de leur louer des logements. « Des enfants restent cloîtrés chez eux parce que leurs parents ont peur qu’ils soient harcelés, ajoute Sharifah Shakirah. On traumatise une nouvelle génération de Rohingya, alors que leurs familles étaient venues en Malaisie pour trouver un peu de sécurité. »
    L’époque semble lointaine où, en 2016, l’ancien premier ministre Najib Razak participait à un rassemblement en solidarité avec les Rohingya, au nom de la défense de musulmans persécutés en Birmanie. « La Malaisie a souvent tenu un discours hypocrite : sur la scène internationale, elle affirme défendre les Rohingya et réclamer justice pour les crimes commis en Birmanie. Mais sur son territoire, elle ne les protège ni ne les soutient vraiment », accuse John Quinley, de Fortify Rights. Farooq, lui, a fui les persécutions en Birmanie, puis les camps surpeuplés du Bangladesh après avoir été menacé par un groupe armé. Il espérait trouver un peu de répit en Malaisie, mais se sent désormais « impuissant » : « Notre crime, c’est d’être nés rohingya. »

    #Covid-19#migrant#migration#malaisie#rohingya#asile#droit#sante#stigmatisation#refugie

  • Le Rwanda dit discuter avec des pays européens pour recevoir en transit des migrants expulsés - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72984/le-rwanda-dit-discuter-avec-des-pays-europeens-pour-recevoir-en-transi

    Le Rwanda dit discuter avec des pays européens pour recevoir en transit des migrants expulsés
    Par La rédaction Publié le : 10/08/2026
    Des « discussions préliminaires » sont en cours entre Kigali et des États européens pour que le Rwanda serve de pays de transit à des migrants expulsés d’Europe, a annoncé le gouvernement rwandais qui n’a pas précisé les pays avec qui il discutait. « Nous avons entamé des discussions préliminaires avec certains pays européens, mais rien n’a encore été décidé », a indiqué vendredi 7 oaût à l’AFP la porte-parole du gouvernement rwandais Yolande Makolo. Même si la porte-parole n’a pas précisé de quels pays il s’agissait, cela montre que le Rwanda se montre enclin à devenir un pays de transit pour les migrants expulsés d’Europe. Questionnée jeudi sur la radio rwandaise Royal FM au sujet d’un accord spécifique avec l’Italie - pays qui dispose déjà d’un accord avec l’Albanie -, Yolande Makolo avait répondu qu’il n’y avait « pas d’accord » à ce sujet, mais des « discussions ».
    Depuis plusieurs années, le Rwanda dispose du centre de transit de Gashora. Il accueille les migrants évacués de Libye dans le cadre d’un programme onusien appelé « Mécanisme de transit d’urgence » (ETM). Mis en place par le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) en 2019, ce programme vise à évacuer les publics vulnérables des centres de détention libyens, de les installer dans le centre rwandais, puis de les transférer dans un pays occidental – où leur dossier d’asile est accepté.
    C’est ce dispositif qui est mis en avant par la porte-parole. « L’une des idées dont nous discutons concerne le (centre) de transit d’urgence que nous avons à Gashora » (est), où des milliers de migrants bloqués en Libye avaient été envoyés à partir de 2019 et dont beaucoup sont partis, permettant de sauver « de nombreuses vies », a-t-elle expliqué. Dans un tel lieu, des « familles » pourraient « recevoir des soins médicaux, suivre une forme de formation, se reposer », a plaidé Yolande Makolo. Et d’ajouter : « C’est aussi là que les demandes d’asile sont traitées » et ces personnes « peuvent soit retourner dans leur pays d’origine si c’est sûr et si elles le souhaitent, soit être réinstallées dans d’autres pays ».
    Ce n’est pas la première fois que le Rwanda se prépare à potentiellement accueillir des migrants expulsés d’Europe. Un accord d’externalisation de l’asile avait déjà été conclu entre le pays africain et le Royaume-Uni en 2022. Mais face à de nombreuses contestations judiciaires, il avait rapidement tourné au fiasco puis avait été abandonné par le gouvernent de Keir Starmer. Les choses pourraient être bien différentes aujourd’hui étant donné que le Parlement européen a approuvé, en juin, un règlement sur les retours de migrants déboutés du droit d’asile, incluant la possibilité pour ses pays membres de conclure des accords afin d’installer des centres de rétention hors des frontières de l’Union, suscitant des inquiétudes de défenseurs de droits humains. Une poignée d’États européens - le Danemark, l’Autriche, la Grèce, l’Allemagne et les Pays-Bas – ont déjà signifié qu’ils étudiaient la possibilité de tels accords avec une dizaine de pays, dont le Rwanda.

    #Covid-19#migrant#migration#rwanda#UE#expulsion#politiquemigratoire#asile#externalisation#transit#HCR#sante#droit

  • Traite de personnes à Kédougou : deux jeunes Nigérianes auraient été « achetées » 300 000 et 500 000 FCFA avant d’être exploitées
    https://www.dakaractu.com/Traite-de-personnes-a-Kedougou-deux-jeunes-Nigerianes-auraient-ete-achete

    Traite de personnes à Kédougou : deux jeunes Nigérianes auraient été « achetées » 300 000 et 500 000 FCFA avant d’être exploitées
    L’antenne régionale de la Division nationale de lutte contre le trafic de migrants et pratiques assimilées de Kédougou a intercepté deux jeunes Nigérianes convoyées jusqu’au village de Sambrabougou, dans le département de Saraya. Selon Libération, une femme dénommée Eunice Attah, alias Mirabel, est soupçonnée d’avoir organisé leur venue au Sénégal et de les avoir destinées à la prostitution.
    Une enquête ouverte à Kédougou a mis au jour une affaire présumée de traite de personnes impliquant deux jeunes femmes nigérianes. Selon Libération, l’opération a été menée le 4 août par l’antenne régionale spécialisée dans la lutte contre le trafic de migrants. Les enquêteurs avaient été informés de l’arrivée au village de Sambrabougou, dans le département de Saraya, de deux jeunes femmes parties du Nigeria et convoyées jusqu’au Sénégal. Les deux victimes présumées auraient été acheminées par une femme dénommée Eunice Attah, également connue sous l’alias Mirabel, qui les aurait destinées à la prostitution. Interpellées en même temps que la mise en cause, les deux jeunes Nigérianes ont été entendues par les enquêteurs. Elles auraient confirmé avoir quitté leur pays avant d’être conduites au Sénégal.
    Selon Libération, elles auraient d’abord été hébergées à Douta avant d’être transférées à Sambrabougou. Une fois sur place, Eunice Attah aurait exigé qu’elles se prostituent afin de lui rembourser chacune une somme de 1,5 million de francs CFA, présentée comme correspondant aux frais engagés pour leur voyage. Interrogée sur les conditions dans lesquelles elle avait fait venir les deux jeunes femmes au Sénégal, Eunice Attah aurait reconnu les avoir « achetées ». Libération rapporte qu’elle aurait déclaré avoir acquis F. Innocent pour 500 000 FCFA et Annie Yusuf pour 300 000 FCFA auprès de compatriotes nigérians. Deux personnes vivant respectivement à Cotonou et dans l’État de Benue, au Nigeria, sont citées par le quotidien comme ayant participé à l’organisation du voyage vers le Sénégal. Au terme des investigations, Eunice Attah a été déférée au parquet de Kédougou le 4 août, indique Libération. Les deux jeunes femmes ont quant à elles été remises à l’ONG « La Lumière » afin de bénéficier d’une prise en charge.

    #Covid-19#migrant#migration#traite#senegal#nigeria#kedougou#saraya#prostitution#sante#droit#trafic

  • L’Afrique en première ligne du durcissement de la politique migratoire de Donald Trump
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/08/07/l-afrique-en-premiere-ligne-du-durcissement-de-la-politique-migratoire-de-do

    L’Afrique en première ligne du durcissement de la politique migratoire de Donald Trump
    Par Morgane Le Cam
    Pour les Africains, voyager aux Etats-Unis tient de plus en plus du parcours du combattant. Après l’ajout, en janvier et en avril, de 23 nouveaux pays du continent sur la liste des Etats dont les ressortissants doivent désormais verser une caution au moment de déposer leur demande de visa, l’administration américaine a augmenté, lundi 3 août, le montant de cette garantie.
    La mesure, qui doit entrer en vigueur le 20 août, concerne les demandeurs de visa touriste ou affaires, ressortissants de 50 Etats à travers le monde, dont 30 en Afrique. Auparavant établie entre 5 000 et 15 000 dollars (entre 4 340 et 13 000 euros), cette caution s’élève désormais à 10 000, 15 000 ou 20 000 dollars « en fonction de la situation du demandeur telle qu’évaluée par le fonctionnaire consulaire », précise le règlement publié par le département d’Etat.
    Washington généralise ainsi son programme de demande de caution pour obtenir un visa, lancé en août 2025 pour un an, après avoir constaté le succès de ce dernier « pour réduire les abus en matière de visas et les séjours illégaux » sur le sol américain, précise le même document. Avec ce nouveau durcissement des conditions d’accès au territoire américain, Washington renforce sa lutte contre l’immigration irrégulière – l’une des priorités de l’administration de Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche, en 2025. Et, une nouvelle fois, l’Afrique figure parmi les principales cibles.
    Un durcissement de la politique migratoire de Donald Trump, notamment en Afrique
    D’après un rapport adressé au Congrès par le département de la sécurité intérieure en juillet 2025, les Africains ne représentaient que 4,8 % des voyageurs étrangers aux Etats-Unis en 2024, soit 584 000 personnes sur les 12,1 millions de titulaires de visa touriste ou affaires cette année-là. Mais ils sont plus nombreux que la moyenne à dépasser la durée de séjour autorisée sur le sol américain. Selon le même document, 5,6 % des voyageurs africains aux Etats-Unis en 2024 se sont maintenus illégalement sur le territoire à l’issue de la date d’expiration de leur visa (33 000 personnes), tandis que le taux moyen de dépassement de séjour était de 2,3 % cette même année.
    Parmi les pays sujets à des restrictions de visa, vingt-six sont africains
    Les expulser coûte cher à l’administration américaine : 18 042 dollars en moyenne par étranger, selon le règlement du département d’Etat cité plus haut. D’où l’augmentation du montant de la caution qui, en cas de dépassement de la durée de séjour autorisée, n’est pas restituée au ressortissant. Washington s’assure ainsi de pouvoir compenser l’ensemble des coûts liés à l’expulsion de ces migrants.
    Selon une estimation du centre d’études Migration Policy Institute, 15 000 des voyageurs restés illégalement sur le territoire américain ont été expulsés en 2025 vers des pays tiers, c’est-à-dire vers des Etats dont ils ne sont pas originaires, mais dont Washington se sert comme sous-traitants. Là encore, l’administration Trump a ciblé les Etats africains : 14 d’entre eux ont conclu des accords avec Washington en 2025 et 2026 – sur 35 pays au total –, acceptant d’accueillir des ressortissants issus de pays tiers en échange d’argent, d’aide au développement ou de facilités de visas pour leurs propres ressortissants.
    Les 30 et 31 juillet, des dizaines de migrants, bénéficiant pourtant pour la plupart de mesures de protection de la part de la justice américaine pour empêcher leur expulsion, ont ainsi été envoyés vers la Guinée équatoriale, la Sierra Leone, le Ghana et la République centrafricaine. Trente-six autres migrants, expulsés contre leur gré des Etats-Unis vers le Cameroun, entre janvier et mai, ont saisi la justice camerounaise pour demander la protection juridique dans le pays et la suspension de l’accord migratoire conclu entre Washington et Yaoundé, a annoncé leur avocat, mercredi 5 août. Ils espèrent bloquer leur expulsion vers leur pays d’origine.
    Alors que de plus en plus d’Etats africains acceptent d’accueillir les migrants expulsés par l’administration Trump, Washington a restreint ou interdit de voyage sur le sol américain les ressortissants de certains de ses sous-traitants. En décembre 2025, la Maison Blanche a publié une liste de 24 nouveaux pays – parmi lesquels 17 pays africains –, dont les citoyens sont tantôt interdits, tantôt soumis à des restrictions de visa aux Etats-Unis. Sur celle-ci figure la Sierra Leone et le Soudan du Sud, pourtant signataires d’accords migratoires avec Washington. Au total, 26 Etats du continent sont soumis à des restrictions ou à une interdiction de voyage outre-Atlantique.
    Quant aux citoyens africains qui, eux, conservent sur le papier la possibilité de demander un visa, ils ne sont pas au bout de leurs peines. Outre la caution dont la plupart doivent désormais s’acquitter – d’un montant exorbitant au regard du niveau de vie moyen dans les pays concernés –, certains doivent aussi voyager… pour déposer leur demande de visa.Le 15 juillet, le département d’Etat a annoncé dans un communiqué la suppression de ses services consulaires dans 25 capitales et grandes villes africaines dans le cadre d’une « réorganisation des services de visas en Afrique autour de pôles régionaux ». Les ressortissants de ces 25 pays devront désormais se rendre dans l’un des 20 Etats ayant conservé leur capacité à délivrer le précieux sésame.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#afrique#politiquemigratoire#visas#paystiers#expulsion#droit#sante

  • Etats-Unis : Donald Trump prend un décret censé empêcher le « tourisme des naissances » et contester le droit du sol
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/06/etats-unis-donald-trump-prend-un-decret-cense-empecher-le-tourisme-des-naiss

    Etats-Unis : Donald Trump prend un décret censé empêcher le « tourisme des naissances » et contester le droit du sol
    Le Monde avec AFP
    Donald Trump a signé, jeudi 6 août, un décret censé empêcher le « tourisme des naissances », consistant pour des étrangères à accoucher aux Etats-Unis afin que leur enfant soit américain, dans une nouvelle tentative pour remettre en question le droit du sol.
    Le président américain a dit vouloir procéder à des « ajustements » après une décision qu’il a qualifiée de « très malheureuse » de la Cour suprême, laquelle avait annulé il y a un peu plus d’un mois un décret supprimant le droit du sol pour les enfants d’immigrés en situation irrégulière.
    Les enfants nés aux Etats-Unis de parents « présents illégalement ou temporairement » sont « citoyens par la naissance en vertu du 14e amendement » de la Constitution, avait conclu la Cour en annulant le décret pris par M. Trump dès son retour au pouvoir. Il s’agissait d’une mesure emblématique pour le dirigeant républicain, qui a mis en œuvre une politique d’immigration très restrictive, même si de nombreux experts avaient prédit dès le départ qu’elle serait rejetée par la Cour suprême.
    Le président américain, dans un échange avec la presse dans le bureau Ovale, a dit penser que sa nouvelle offensive pour limiter le droit du sol, à la marge cette fois, serait, elle, jugée conforme à la Constitution. Son proche conseiller Stephen Miller, l’un des principaux inspirateurs de la politique anti-immigration de Donald Trump, a décrit le « tourisme des naissances » comme « un des abus les plus graves et flagrants » du droit américain.Les spécialistes soulignent toutefois que ce phénomène reste marginal, par rapport aux plus de 250 000 naissances annuelles d’enfants d’immigrés en situation irrégulière ou de résidents temporaires aux Etats-Unis.
    Stephen Miller a assuré, par ailleurs, que le gouvernement américain « étendait » les catégories de personnes auxquelles le droit du sol ne s’applique pas, pour inclure par exemple les « membres d’organisations terroristes » ou des personnes « agissant pour le compte de gouvernements étrangers ». Le nombre de personnes potentiellement concernées et l’impact de ces nouvelles mesures, alors que des restrictions au droit du sol existent déjà, ne sont toutefois pas clairs.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#politiquemigratoire#natalite#droitdusol#immigration#sante#droit

  • Depuis 2022, plus de 1 000 migrants ont été poursuivis pour « entrée illégale » au Royaume-Uni - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72953/depuis-2022-plus-de-1-000-migrants-ont-ete-poursuivis-pour-entree-ille

    Depuis 2022, plus de 1 000 migrants ont été poursuivis pour « entrée illégale » au Royaume-Uni
    Par La rédaction Publié le : 07/08/2026
    Selon les données du Home Office obtenues par The Guardian, entre les mois de juillet 2022 et janvier 2026, 1 109 migrants ont fait l’objet de poursuites pour entrée illégale sur le territoire britannique dont 628 arrivés à bord d’un small boat.Plus de 1 000 personnes ont été condamnées pour « entrée illégale au Royaume-Uni » entre juillet 2022 et janvier 2026, a rapporté le média britannique The Guardian, jeudi 6 août. Les données obtenues auprès du Home Office font état de 1 109 migrants ayant fait l’objet de poursuites pour entrée illégale sur le territoire, dont 628 sont arrivés à bord d’un small boat. Parmi ces derniers, 296 ont été filmés par des drones de surveillance en train de diriger un canot pneumatique. Le Home Office a instauré l’infraction « d’entrée illégale » en 2022 afin de dissuader les migrants de monter à bord de canots ou de camions pour se rendre clandestinement au Royaume-Uni.Selon le Guardian, « cette décision avait été largement condamnée à l’époque, car la Convention relative au statut des réfugiés stipule que les personnes en quête d’asile ne doivent pas être criminalisées en raison de leur mode de transport, celles-ci n’ayant souvent pas la possibilité de se déplacer légalement d’un pays dangereux vers un pays sûr ».
    D’autre part, seuls 12 migrants ont été condamnés pour le délit « d’aide à l’entrée illégale », après avoir piloté les canots pneumatiques à bord desquels elles étaient arrivées. Ces personnes ont souvent été identifiées par la justice britannique comme ayant « la main sur la barre ». Mais « avoir la main sur la barre » ne signifie pas toujours être passeur. Il existe de nombreuses raisons de piloter un small boat : certains migrants ont de l’expérience en navigation, d’autres ont accepté de piloter en échange d’un passage à prix réduit, d’autres affirment se relayer à la barre ou avoir piloté sous la contrainte.
    Le 23 juillet, Basir Ramatullah, 21 ans, de nationalité afghane, a été condamné à deux ans de prison par la Cour d’assises de Canterbury pour avoir piloté un canot. L’homme avait été arrêté le lendemain de la traversée de la Manche, le 3 mai, par la police du Kent, d’après le tabloïd britannique Daily Express. Les agents l’auraient identifié grâce à des images enregistrées par drone durant la traversée. En communiquant sur la condamnation du jeune Afghan, le Home Office a en effet dévoilé des images prises par drone l’identifiant à bord.
    L’avocate du jeune homme avait soutenu que celui-ci n’avait pas choisi de piloter l’embarcation. Il aurait endossé ce rôle après qu’un trafiquant, qui barrait le bateau, a sauté par-dessus bord et que le compagnon de ce dernier a « renoncé » à le contrôler, a-t-elle expliqué au tribunal. L’organisation Captain Support UK qui a accompagné des centaines de personnes incarcérées dans le cadre d’affaires d’entrée illégale sur le territoire, précise que toutes les personnes arrêtées avaient demandé l’asile au Royaume-Uni quelques heures avant leur interpellation."Nous constatons directement l’impact négatif de ces poursuites sur les personnes concernées et sur leurs familles. Nous appelons de toute urgence le gouvernement à cesser d’emprisonner les personnes en situation de déplacement. Personne ne devrait être incarcéré pour avoir cherché la sécurité et une vie meilleure", estime un de leur porte-parole cité par le Guardian.
    Par ailleurs, le Royaume-Uni a également adopté, en début d’année, une nouvelle infraction relative au délit de « mise en danger d’autrui » lors des traversées illégales de la Manche - dans le cadre de la loi de 2025 sur la sécurité aux frontières, l’asile et l’immigration.Elle a aussi pour but de décourager les candidats à l’exil qui acceptent parfois de prendre les commandes d’un bateau sous la menace des passeurs ou bien en échange d’une réduction du prix de leur passage.Chan Mathok Atak, 19 ans, originaire du Soudan, accusé d’avoir piloté un mega boat le 23 juillet entre Berck-sur-Mer et les côtes britanniques, a été placé en détention provisoire et comparaîtra pour ce chef d’accusation devant la Cour de la Couronne de Canterbury le 24 août 2026.En juin, deux hommes ont été les premiers à être emprisonnés pour ce crime, chacun écopant d’une peine de plus de deux ans. C’était alors la première fois que deux personnes, sans lien avec des réseaux de passeurs, étaient condamnées à des peines de prison au Royaume-Uni sous ce chef d’accusation. En moins de deux mois, sept pilotes de petites embarcations ont été condamnés à un total de 14 ans de prison via cette nouvelle infraction, selon une communication du Home Office parue le 23 juillet. Depuis le 1er janvier, plus de 14 500 personnes ont rejoint clandestinement la Grande-Bretagne par la mer, selon les chiffres officiels des autorités britanniques. Un nombre en baisse de plus de 40% par rapport à la même période en 2025

    #Covid-19#migrant#migration#royaumeuni#migrationirreguliere#asile#droit#sante

  • Rome et Kigali discutent d’une possible externalisation au Rwanda des procédures d’asile déposées en Italie - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72948/rome-et-kigali-discutent-dune-possible-externalisation-au-rwanda-des-p

    Rome et Kigali discutent d’une possible externalisation au Rwanda des procédures d’asile déposées en Italie
    Par RFI Publié le : 07/08/2026
    Deux jours après la proposition faite par Rome à Bruxelles de financer une gestion externalisée des procédures d’asile dans l’Union européenne lors de la réunion des ministres de l’Intérieur des 27 sur Ceuta, la porte-parole du gouvernement rwandais a confirmé qu’un tel projet était à l’étude entre l’Italie et le Rwanda.
    Quelques jours après la proposition faite par Rome à Bruxelles de mettre en place une gestion externalisée des procédures d’asile dans l’Union européenne (UE) à travers le développement d’un réseau européen de « hubs de retour » dans des pays tiers financés par l’UE, le Rwanda a affirmé, jeudi 6 août, être en discussion avec l’Italie à ce propos.
    « Nous sommes toujours en discussion », a ainsi affirmé la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, sur les antennes de la radio nationale Royal FM. Selon elle, les points à l’étude concernent notamment l’expérience acquise par Kigali en la matière, notamment grâce au mécanisme de transit d’urgence de Gashora - un programme mis en place en 2019 dans le cadre duquel le Rwanda accueille des migrants évacués de Libye -, le délai d’examen de leur dossier d’asile, ainsi que celui de leur départ vers d’autres pays.
    Le 4 août dernier lors une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur de l’UE en visioconférence pour évoquer la crise migratoire de Ceuta, Rome avait effectivement appelé Bruxelles à financer des centres migratoires externalisés, situés hors de l’espace Schengen, où seraient délocalisées les procédures d’asile et de retours de migrants.S’inspirant d’un accord de ce type déjà passé par l’Italie avec l’Albanie, la proposition envisageait d’en conclure d’autres avec plusieurs pays africains dont l’Ouganda, le Ghana et le Rwanda.
    Si le projet entre les deux pays devait se concrétiser, il viendrait s’ajouter aux différents accords migratoires déjà conclus par Kigali, notamment avec le Royaume-Uni en 2022 - avant que Londres ne l’abandonne deux ans plus tard - et avec les États-Unis, en 2025, en vue de l’accueil temporaire de personnes expulsées par Washington

    #Covid-19#migrant#migration#italie#rwanda#UE#externalisation#asile#politiquemigratoire#sante#droit#crisemigratoire

  • Catherine Wihtol de Wenden, politiste : « Le Maroc a pris conscience depuis longtemps de la place géostratégique qu’il occupe pour l’Europe en termes de migrations »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/04/catherine-wihtol-de-wenden-politiste-le-maroc-a-pris-conscience-de-la-place-

    Catherine Wihtol de Wenden, politiste : « Le Maroc a pris conscience depuis longtemps de la place géostratégique qu’il occupe pour l’Europe en termes de migrations »
    Tribune Catherine Wihtol de Wenden Directrice de recherche émérite au CNRS

    Une fâcheuse concordance des temps s’est invitée, une fois de plus, dans la gestion des migrations irrégulières entre l’Espagne et le Maroc entre le 30 et le 31 juillet, à Ceuta, conduisant à mêler la question migratoire à la diplomatie dans la région. Rappelons trois faits récents : au début du mois, la Cour suprême espagnole a rendu un arrêt interdisant le refoulement immédiat de migrants tentant d’atteindre les enclaves espagnoles du Maroc de Ceuta et Melilla par la mer. En avril, le gouvernement de Pedro Sanchez annonçait la régularisation de 500 000 sans-papiers jusqu’à la fin de l’année. Enfin, les mobilisations pour l’anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Mohammed VI, à la toute fin du mois de juillet, ont pu entraîner une baisse des effectifs déployés par le Maroc à la frontière espagnole.
    Ainsi ont eu lieu 50 000 entrées par la mer, d’après les estimations, après le franchissement forcé de la ligne de démarcation entre les faubourgs de la ville marocaine de Fnideq et la plage de Ceuta. Cette arrivée massive s’est aussi soldée par au moins 72 morts [selon les autorités espagnoles], déclenchant une crise politique et sécuritaire en Espagne et en Europe, car il s’agit du franchissement d’une frontière externe de l’Union européenne.
    Mais le décryptage de cette crise est peut-être ailleurs. Le gouvernement espagnol affiche avec fierté sa croissance économique. Le 20 juillet, fort de la victoire de l’Espagne au Mondial de football, le premier ministre s’est rendu en visite officielle en Algérie, son premier fournisseur de gaz, pour la première fois depuis 2020. Or, en 2022, Madrid était sorti de sa neutralité et avait soutenu le plan marocain d’autonomie du Sahara occidental, ce qui avait provoqué la colère d’Alger. Le conflit algéro-marocain autour du Sahara occidental demeure l’un des principaux points d’achoppement entre les deux pays, entre lesquels la frontière est fermée. Déjà, en 2021, alors qu’un dirigeant du Front Polisario (défenseur des Sahraouis, appuyé par l’Algérie) avait été accueilli en Espagne pour raisons médicales, le Maroc avait laissé passer par les enclaves espagnoles les candidats marocains à l’exil pour marquer son mécontentement. Environ 8 000 personnes étaient parvenues à entrer à Ceuta et le Maroc avait été accusé de faire pression sur l’Espagne dans le dossier du Sahara occidental.
    S’agit-il alors d’une nouvelle marque de mécontentement marocain face au rapprochement entre Madrid et Alger ? On a l’impression que le scénario de 2021 se reproduit à Ceuta, fragilisant le gouvernement espagnol dans sa politique intérieure, face aux partis sécuritaires et notamment Vox (extrême droite), bien que le gouvernement ait exclu de recourir à l’état d’urgence, considérant que les flux migratoires n’en étaient pas une. Face à l’Europe, au lendemain de l’adoption du Pacte européen sur l’immigration et l’asile entré en vigueur en juin 2026, l’Espagne est isolée avec une politique migratoire qui défend le bien-fondé d’une régularisation massive, en s’appuyant sur des arguments économiques, alors que l’essentiel du dispositif européen repose sur la dissuasion et la répression des flux irréguliers.
    En Italie, Giorgia Meloni a appelé à suspendre l’accord de Schengen avec l’Espagne, et le ministre des affaires étrangères espagnol a annoncé la convocation de l’ambassadeur d’Italie à Madrid pour protester contre cette prise de position. Rappelons qu’au printemps, Bruno Retailleau, chef de file du parti Les Républicains, avait appelé à fermer la frontière franco-espagnole quand l’Espagne avait annoncé la régularisation des sans-papiers, au motif que cette décision risquerait de provoquer un « appel d’air » de ces derniers vers la France. Mais pourquoi des travailleurs insérés sur le marché du travail espagnol auxquels on annonce une régularisation de leur statut iraient-ils tenter leur chance en France dans la précarité, alors qu’il s’agit surtout de Latino-Américains hispanophones ? Toute crise migratoire est bonne pour agiter des arguments sécuritaires.
    Depuis longtemps, le Maroc a pris conscience de la place géostratégique qu’il occupe pour l’Europe en termes de migrations. Seulement 13 kilomètres séparent Gibraltar de la côte marocaine et les villes d’Andalousie comptent beaucoup de sans-papiers, y compris des mineurs venus isolément dans les camions et par bateau : des associations à Cadix et à Grenade œuvrent à leur insertion scolaire et professionnelle sur le territoire espagnol. L’accord bilatéral de 2023 signé entre le Maroc et l’Espagne pour lutter contre l’immigration irrégulière a eu pour effet de diminuer les entrées irrégulières en Espagne en 2026. Faisant suite à une série d’accords entre ces deux pays, il résulte en une frontière qui n’est plus exclusivement située sur les points de passage, mais qui « s’épaissit » sur l’ensemble du territoire, avec des contrôles aléatoires à l’encontre des sans-papiers, subsahariens notamment.
    Ces « transmigrants » (selon l’expression du chercheur Mehdi Alioua) ont déjà pris d’assaut à plusieurs reprises les grillages séparant les enclaves espagnoles du territoire marocain. En revanche, le Maroc reste réticent à la signature d’accords multilatéraux avec l’ensemble des pays européens qui l’obligeraient à reprendre les sans-papiers ayant transité par son territoire car il veut conserver les meilleures relations auprès de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest qu’il a intégrée pour y jouer un rôle-clé. Il est donc pris en étau entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest sur la question migratoire mais cherche à en tirer le meilleur parti.
    En 2018, c’est au Maroc qu’a été signé le pacte sur l’immigration et l’asile, dit pacte de Marrakech, à l’initiative des Nations unies, le pays se faisant ainsi le porte-parole du multilatéralisme dans la gouvernance mondiale des migrations. Quelques années auparavant, il avait organisé un colloque sur la signature de la Convention des Nations unies de 1990 sur les droits de tous les travailleurs migrants et de leurs familles, signée seulement par une soixantaine de pays, tous du Sud, car elle garantit certains droits aux sans-papiers.
    Cette stratégie rappelle celle de la Turquie, menée début 2020 vers l’Union européenne, quand le gouvernement d’Ankara, mécontent que l’Europe ne réponde pas à toutes ses revendications dans l’accord signé en 2016 avec l’Union européenne (facilitation des visas pour les Turcs et reprise des négociations sur la candidature turque), avait affrété des bus pour traverser la frontière grecque – le Covid-19 y avait mis fin. Un autre exemple, avec la Biélorussie, de la prise de conscience de la place géostratégique par un pays frontalier de l’Europe, utilisant les migrations comme enjeu de haute diplomatie.

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#maroc#ceuta#crisemigratoire#UE#politiquemigratoire#migrationirreguliere#sante#droit

  • [Info « Splann ! »] #Pollutions d’Imerys #Glomel : la #préfecture oblige l’industriel à revoir sa gestion des eaux minières
    https://splann.org/imerys-glomel-prefecture-gestion-eaux

    Après plusieurs déversements d’eaux contaminées hors de la #mine d’andalousite de Glomel (22), l’État somme #Imerys de revoir son système de gestion des eaux. Les associations jugent la décision insuffisante. L’article [Info « Splann ! »] Pollutions d’Imerys Glomel : la préfecture oblige l’industriel à revoir sa gestion des eaux minières est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d’enquête indépendant en Bretagne.

    #Artificialisation_des_terres #acide_sulfurique #Andalousite #centre-bretagne #Côtes_d'Armor #crazius #Douar_Bev #dreal #eau #eau_et_rivières_de_bretagne #écologie #effluents_acides #ellé #environnement #hydrologie #icpe #industrie #jean-yves_jégo #minerais #mines #multinationale #Nicolas_Forray #parquet_de_saint-brieuc #pollution #risques_industriels #rivière

  • #Dropbeat is yet another flashy music controller for GNOME Shell
    https://www.omgubuntu.co.uk/2026/08/dropbeat-music-controller-gnome-extension

    Dropbeat is a new riff on an old tune, a panel-based music applet for GNOME Shell that gives you an alternate way to pause, play and skip tracks in MPRIS-friendly Linux media players. Applets of this ilk are legion, and this panel applet doesn’t do anything that different to ones you may have tried in the past or currently use (for all the bells and whistles, try the Dynamic Music Pill extension instead). But it does do some things differently. When installed, it adds a button to your panel that, when clicked, “shows a cool card to control your media […] You’re reading Dropbeat is yet another flashy music controller for GNOME Shell, a blog post from OMG! Ubuntu. Do not reproduce elsewhere without permission.

    #News #GNOME_Extensions #Now_Playing

  • Pourquoi #Ceuta est au cœur d’une crise migratoire permanente

    L’ESSENTIEL

    - Plus de 40 000 personnes sont entrées en 24 heures à Ceuta, enclave espagnole située sur la côte marocaine.

    - Cette crise mêle enjeux migratoires, tensions diplomatiques et rivalités géopolitiques.

    - La réponse doit concilier contrôle des frontières, État de droit et protection des #droits_humains.

    ***

    Depuis le 31 juillet 2026, Ceuta est confrontée à une crise frontalière d’une ampleur sans précédent. Selon les premières estimations des forces de sécurité, plus de 40 000 personnes seraient entrées dans l’enclave espagnole en l’espace de 24 heures. Certaines sources ont avancé provisoirement le chiffre de 49 000, mais aucun bilan officiel consolidé n’a encore été publié, et cette estimation a été retirée sans explication publique du site du Département de la sécurité nationale.

    Au moment où nous écrivons ces lignes, au moins 41 personnes ont trouvé la mort, noyées en tentant de contourner à la nage la digue frontalière.

    Le nombre d’arrivées est particulièrement difficile à absorber pour une ville qui compte environ 83 600 habitants. Les capacités d’accueil de Ceuta étaient déjà saturées avant cette nouvelle vague d’entrées. Après l’arrivée d’environ 1 500 personnes au cours de la semaine précédente, les structures destinées aux mineurs non accompagnés fonctionnaient, selon le président de la ville autonome, à 2 400 % de leur capacité. Il a qualifié la situation d’« urgence humanitaire et sociale absolue ».

    Ceuta n’est pas seulement confrontée à une crise migratoire, mais à une crise multifactorielle où se conjuguent inégalités structurelles, tensions diplomatiques, dépendance de l’Europe à l’égard du Maroc, capacités d’accueil limitées et polarisation politique. Son analyse nécessite de croiser une perspective internationale — centrée sur l’externalisation du contrôle des frontières et les alliances géopolitiques — avec une approche interne, attentive aux conséquences sur l’État de droit, les services publics, la cohésion sociale ainsi que les discours politiques et médiatiques.

    Facteurs externes : la dimension internationale de la crise

    L’utilisation des mouvements migratoires comme instrument de pression politique ne relève pas d’une simple hypothèse. La politologue américaine Kelly M. Greenhill désigne par l’expression #coercive_engineered_migration (« migration coercitive orchestrée ») l’utilisation délibérée, ou la menace, de flux migratoires afin d’obtenir des concessions de la part d’autres États.

    À Ceuta, cette dynamique doit être replacée dans une succession de crises frontalières observées depuis 2005, et ne pas être considérée comme un épisode isolé. En mai 2021, plus de 5 000 personnes étaient entrées dans la ville après un assouplissement des contrôles marocains, en pleine crise diplomatique provoquée par l’accueil en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario.

    Cette capacité de pression est renforcée par l’#externalisation de la politique migratoire européenne, qui a transféré une partie du contrôle des frontières à des pays tiers comme le Maroc. Dans le même temps, la présentation de ces arrivées comme une menace pour la sécurité alimente le processus de « #sécurisation », qui tend à privilégier la protection de l’État au détriment de la sécurité et des droits des personnes migrantes elles-mêmes (2017).

    Le Parlement européen a d’ailleurs condamné explicitement en juin 2021 l’utilisation par le Maroc du contrôle des frontières, de la migration et, en particulier, des mineurs non accompagnés comme moyen de pression politique contre l’Espagne. Le Barcelona Centre for International Affairs (CIDOB) a qualifié cet épisode de cas emblématique de weaponisation of migration (« instrumentalisation de la migration »), c’est-à-dire l’utilisation de personnes migrantes comme instruments de coercition entre États.

    Si, en 2021, la pression exercée par le Maroc avait été expliquée par l’accueil du chef du #Front_Polisario, #Brahim_Ghali, dans un hôpital de Logroño, il ne faut pas oublier que la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie cette même année avait entraîné la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe, privant le royaume chérifien d’une source de revenus et d’un levier d’influence.

    En 2026, le contexte immédiat est différent, même si plusieurs développements diplomatiques récents sont susceptibles d’avoir contrarié Rabat. Le 20 juillet, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a ainsi effectué une visite officielle en #Algérie et annoncé la tenue d’une réunion bilatérale de haut niveau à l’automne. Le gouvernement espagnol a de nouveau qualifié l’Algérie, principal rival régional du Maroc, de « partenaire stratégique » et de « nation amie ».

    Le 23 juillet, la commission de la Justice du Congrès des députés a approuvé le texte d’une proposition de loi visant à faciliter l’accès à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés sous administration espagnole. Le texte doit encore être adopté par le Parlement.

    La concomitance de cette initiative avec le rapprochement diplomatique entre l’Espagne et l’Algérie, ainsi qu’avec la crise frontalière, a alimenté l’hypothèse selon laquelle Rabat chercherait à rappeler le coût que pourrait avoir, à ses yeux, toute décision espagnole contraire à ses intérêts concernant le #Sahara_occidental.

    Dépendance au Maroc

    L’externalisation du contrôle migratoire a fait du Maroc un partenaire indispensable, mais aussi une source de dépendance. En 2023, la Commission européenne a consacré 152 millions d’euros au renforcement de la gestion des frontières marocaines. Cette délégation de compétences confère à Rabat une capacité d’influence sur la coopération migratoire.

    Cette dépendance est d’autant plus problématique que la capacité à contenir les départs ne garantit pas la fiabilité démocratique du partenaire. L’ONG américaine Freedom House, dont la mission est de promouvoir la démocratie et les droits humains dans le monde, classe le Maroc parmi les pays « partiellement libres », avec un score de 37 sur 100, et souligne la prédominance politique et économique de la monarchie.

    L’ONG internationale indépendante Human Rights Watch, qui enquête sur les atteintes aux droits humains dans plus de 90 pays, relève dans son rapport 2026 une intensification de la répression contre les journalistes, les militants et les défenseurs des droits humains, ainsi que des poursuites visant les personnes qui défendent l’indépendance du Sahara occidental. Les autorités ont notamment recours à des accusations de diffamation, de diffusion de fausses informations, d’offense aux institutions ou d’atteinte à la monarchie pour restreindre l’espace de la critique politique.

    Ce contexte conduit à poser une question délicate : jusqu’à quel point l’Europe peut-elle présenter comme un garant fiable de ses frontières un régime qui restreint durablement la liberté de la presse, réprime la dissidence et utilise sa coopération internationale pour renforcer sa position sur le Sahara occidental ?

    L’alignement Maroc–Israël–États-Unis

    L’axe Maroc–Israël–États-Unis s’est consolidé en 2020 avec la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv et la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté revendiquée par le Maroc sur le Sahara occidental. Il s’est encore renforcé en 2021 avec la signature d’un mémorandum de coopération militaire. Cet alignement contraste avec la dégradation des relations entre l’Espagne et Israël, ainsi qu’avec les tensions croissantes entre Madrid et Washington.

    La crise de Ceuta a mis ces tensions en lumière. L’ambassadeur israélien auprès des Nations unies a remis en cause la souveraineté espagnole sur la ville, tandis que la Maison-Blanche a imputé la responsabilité de la crise aux politiques « mondialistes » et « d’extrême gauche » du gouvernement espagnol.

    Ces déclarations témoignent d’une #instrumentalisation diplomatique de la crise et d’une convergence rhétorique à l’égard de l’Espagne, mais elles ne constituent pas une preuve de l’existence d’une action coordonnée visant à faciliter l’ouverture de la frontière.

    Facteurs internes : droit, capacités institutionnelles et fabrique de la peur

    L’arrêt rendu par la Cour suprême le 8 juillet n’interdit pas à proprement parler les « #refoulements_à_chaud » des migrants tentant d’entrer à la nage à Ceuta et Melilla. Il écarte en revanche le recours à la procédure exceptionnelle de « #rejet_à_la_frontière » pour les personnes interceptées en mer, au motif qu’elles n’ont pas franchi un dispositif matériel de contrôle, comme la clôture frontalière.

    Cette décision a toutefois fait l’objet d’une interprétation simplifiée largement relayée au Maroc, ce qui a pu encourager les traversées en faisant naître l’idée que les personnes arrivant à la nage ne seraient pas renvoyées.

    Pour le président du gouvernement espagnol, les réseaux de passeurs ont instrumentalisé cette décision de justice. L’arrêt a ainsi pu jouer un rôle de facteur facilitateur, sans pour autant expliquer à lui seul l’ampleur de la crise ni la réduction simultanée des contrôles frontaliers côté marocain.

    La construction du récit de « l’invasion »

    Les crises frontalières créent un contexte propice à la radicalisation du débat public. Une étude met en évidence un durcissement de la rhétorique politique et une banalisation des discours racistes. Lors de la crise de 2021, le parti d’extrême droite Vox a consacré plus de 70 % de ses publications à Ceuta et à la migration.

    Une autre étude a montré que 80 % des messages haineux analysés portaient sur la confrontation politique, et non sur les causes ou les solutions aux enjeux migratoires.

    Dans la crise actuelle, des expressions comme « invasion », « hommes en âge de combattre » ou « sicaires » participent à cette représentation des personnes migrantes comme une menace collective. Les #médias ne sont pas nécessairement à l’origine de ces discours, mais ils peuvent contribuer à les banaliser lorsqu’ils reprennent des cadrages alarmistes sans les contextualiser ni les mettre en perspective.

    Les droits humains comme limite et comme réponse

    Dans une crise de cette nature, les droits humains ne constituent pas un obstacle à la gestion des frontières, mais en fixent les limites juridiques et éthiques. La découverte de plus de 40 corps dans les eaux de Ceuta met en évidence le coût humain d’une politique qui fait de la frontière un espace de danger extrême.

    L’Espagne a l’obligation de protéger les vies humaines, de garantir les opérations de sauvetage et d’examiner individuellement chaque situation, en portant une attention particulière aux mineurs, aux demandeurs d’asile et aux victimes de la traite des êtres humains.

    Mais les principales victimes restent toujours les personnes migrantes elles-mêmes. Le Maroc peut les utiliser comme moyen de pression, les partis politiques comme argument électoral, et certains discours les réduire à une menace anonyme.

    Tandis que les États se disputent influence et responsabilités, ces personnes risquent leur vie et s’exposent à l’absence de protection, aux #refoulements arbitraires et à leur #déshumanisation dans le débat public. La réponse ne devrait pas opposer les droits des habitants de Ceuta à ceux des personnes qui arrivent, mais veiller à ce que ces deux populations — et en particulier les plus vulnérables — ne continuent pas de payer le prix de stratégies politiques sur lesquelles elles n’ont aucune prise.

    https://theconversation.com/pourquoi-ceuta-est-au-coeur-dune-crise-migratoire-permanente-288888
    #migrations #réfugiés #Maroc #Espagne #assaut #frontières

    • Les migrants marocains de Ceuta, victimes des politiques migratoires européennes

      Plusieurs dizaines de milliers de personnes seraient parvenues à entrer dans l’enclave espagnole au cours des derniers jours, et une trentaine d’entre elles ont déjà perdu la vie. Un nouvel épisode qui illustre toute la perversité de l’#externalisation de la gestion des frontières.

      Une fois de plus, les frontières tuent. Une trentaine de personnes sont mortes en tentant de rejoindre Ceuta, une petite enclave espagnole située sur la côte nord de l’Afrique, depuis le Maroc. « Neuf corps ont été repêchés », a d’abord indiqué, jeudi 30 juillet, une porte-parole de la délégation du gouvernement espagnol dans ce territoire à l’Agence France-Presse (AFP), avant que le bilan ne soit revu à la hausse le matin du vendredi 31 juillet.

      Les autorités espagnoles ont d’abord compté près de 1 500 personnes qui ont réussi à gagner Ceuta au cours des derniers jours. Mais Madrid affirmait vendredi matin que 49 000 personnes seraient entrées, selon de premières estimations. Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas Lara (Parti populaire, droite), a affirmé, lors d’une conférence de presse vendredi 31 juillet, que ce nombre s’élevait même à 60 000.

      La différence de chiffres surprend et requiert pour l’heure de la prudence : « Il faut être très précautionneux. On nous parle de 1 500 personnes un jour et le lendemain de 50 000 personnes. C’est forcément très inédit et impressionnant, mais il y a toujours une exagération des chiffres sur les tentatives de passages et les passages [effectifs] », tempère Elsa Tyszler, enseignante-chercheuse à l’université Paris-8, qui suit de près l’enclave et les mouvements migratoires dans cette région.

      Elle ajoute : « Il faut se méfier des chiffres, qui sont toujours manipulés à des fins politiques, de l’ordre de “l’invasion migratoire”, dans un îlot occidental qui serait “assiégé” par des migrants racialisés. C’est toute la rhétorique d’extrême droite qui accompagne les tentatives de passage à cet endroit depuis trente ans. »
      Des drames humains qui se répètent

      Les images qui circulent depuis le jeudi 30 juillet montrent de jeunes hommes et adolescents (en majorité), certains arrivant à la nage et grimpant sur les rochers pour se hisser à terre, parfois équipés de palmes et de bouées de sauvetage ; d’autres, tout sourire une fois leur destination atteinte, laissant échapper leur joie dans des cris non dissimulés ou des accolades.

      La garde civile aurait rapidement été dépassée. Jeudi dans la soirée, le ministère de l’intérieur espagnol a annoncé l’envoi de l’armée pour « renforcer la garde civile » et « assurer la sécurité » à Ceuta, alors que plusieurs centaines d’autres personnes ont gagné le territoire en une journée. Quelques centaines de Marocains auraient aussi rejoint Melilla, une autre enclave espagnole.

      « Le gouvernement d’Espagne est entièrement mobilisé pour donner une réponse immédiate à la situation à Ceuta, a fait savoir jeudi après-midi, sur le réseau social X, Pedro Sánchez, le premier ministre espagnol. Nous mobilisons toutes les ressources nécessaires, en travaillant avec les autorités marocaines et internationales. […] Je viens de transmettre [le message] au président [de l’enclave] Juan Jesús Vivas Lara. C’est le moment de construire des solutions, avec responsabilité et coopération. »

      En visite sur place vendredi 31 juillet, le premier ministre a dénoncé « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Le président de Ceuta, qui a mis en avant une « crise migratoire extrêmement grave », a appelé à une « réponse immédiate, ferme et coordonnée », demandant au gouvernement de déclarer l’état d’urgence nationale.

      « Il est temps de passer à l’action. Ceuta a besoin de plus de moyens, d’infrastructures, de coordination et de limites objectives à sa capacité d’accueil. Nous ne demandons pas de privilèges, mais une réponse juste, responsable et conforme à notre condition de frontière de l’Europe en Afrique », a-t-il écrit sur X jeudi 30 juillet après-midi. Selon lui, les personnes sont arrivées à un rythme de deux cents par jour en moyenne cette semaine. « Une urgence humanitaire et sociale absolue », a-t-il déploré.

      Pour Ceuta comme pour Melilla, une telle situation de chaos, menant à de véritables drames humains, n’est pas nouvelle. En 2021, à Ceuta, près de 8 000 personnes étaient parvenues à rejoindre l’enclave – un chiffre alors inédit, et largement dépassé aujourd’hui. Le Maroc avait été accusé d’avoir fait pression sur l’Espagne dans le dossier sensible du Sahara occidental, en instrumentalisant les personnes migrantes et leur détresse.

      En 2022, à Melilla cette fois, vingt-sept exilés subsahariens avaient perdu la vie (soixante-dix autres ont été portés disparus) alors qu’ils tentaient de gagner l’Espagne, toujours depuis le Maroc, dans un mouvement de foule provoqué alors que des centaines, voire des milliers de personnes tentaient le passage.
      Le bal des instrumentalisations est ouvert

      De manière très prévisible, les images ont vite été reprises sur les réseaux sociaux, par la droite et l’extrême droite, pour laisser croire à une « invasion migratoire ». Chacun et chacune y va de sa petite déclaration : la leader du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, parle d’« entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol ».

      Le patron du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, évoque quant à lui une « vague migratoire massive à Ceuta » et une « politique irresponsable du gouvernement socialiste espagnol », en référence à la campagne de régularisation des sans-papiers mise en œuvre en début d’année 2026 en Espagne.

      En résumé, ce serait parce que Madrid régulariserait (sous de nombreux critères restrictifs, notamment la durée de séjour dans le pays) que plus d’un millier de migrants marocains auraient tenté de rejoindre Ceuta (plusieurs mois après l’annonce de ladite régularisation).

      Le ministre de l’intérieur français, Laurent Nuñez, a annoncé sur X « renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole », répondant indirectement à une demande formulée par Marine Le Pen une heure plus tôt. « Par ailleurs, j’active la Force frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur », a-t-il ajouté, comme si la France était sous la menace de dangereux envahisseurs.

      Côté italien, Giorgia Meloni n’a pas manqué de pointer une « immigration clandestine hors de contrôle [qui] représente une menace concrète pour la sécurité des frontières européennes », suggérant la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne ; alors même que Ceuta, comme Melilla, fonctionne comme une exception de la zone européenne de libre circulation et que des contrôles d’identité sont effectués pour les personnes qui entrent ou sortent du territoire…

      Dans un autre style, Danny Danon, ambassadeur d’Israël aux Nations unies, a cherché à tacler l’Espagne, osant le parallèle entre la politique de colonisation d’Israël en Palestine et la guerre génocidaire menée à Gaza avec la situation de cette enclave.

      « L’Espagne, qui ne manque jamais une occasion de faire la leçon à Israël, a déclaré l’état d’urgence à Ceuta à la suite de la crise liée à sa politique d’immigration. Peut-être qu’avant de continuer à nous faire la leçon, il serait temps qu’elle explique au monde pourquoi elle maintient encore des enclaves coloniales en Afrique », cingle-t-il.

      Si l’on peut interroger le passé colonial espagnol, la comparaison est pour le moins osée. Une journaliste hispano-marocaine, Leyla Hamed, lui a répondu : « Je suis de Ceuta, et l’Espagne ne nous a jamais opprimés. Vous, maniaques génocidaires, n’avez pas le droit d’instrumentaliser notre identité ou de parler en notre nom. »
      L’effet boomerang de l’externalisation

      Dans ce flot de réactions, le Maroc semble avoir gardé le silence. Plusieurs observateurs et observatrices accusent le pays, en pleine célébration du vingt-septième anniversaire de l’intronisation du roi Mohammed VI, d’avoir sciemment réduit les effectifs au niveau de la frontière avec Ceuta en réponse à la visite de Pedro Sánchez en Algérie, le 20 juillet.

      Mais tout le monde ou presque oublie de préciser la nature du « problème ». La crise n’est pas « migratoire », mais politique et humanitaire : dès lors que l’Union européenne choisit de donner les pleins pouvoirs à des États tiers pour gérer ses frontières contre rémunération, ces mêmes États n’ont parfois aucun scrupule à jouer avec des vies humaines pour servir leurs intérêts.

      Par le biais de l’externalisation des politiques migratoires, « le Maroc a été le premier pays à accepter d’aider l’Espagne et l’UE à défendre ses frontières, à collaborer dans la lutte dite contre l’immigration irrégulière vers l’Europe » dès le début des années 1990, rappelle Elsa Tyszler.

      Cela donne lieu à des « patrouilles de la marine marocaine dans les eaux du détroit de Gibraltar, pour protéger des frontières que, par ailleurs, le Maroc conteste », souligne-t-elle, expliquant que l’occupation de ces territoires par l’Espagne revient régulièrement dans le débat public. C’est tout le paradoxe. « Il y a toujours un jeu de vérité entre les deux pays. Les frontières de Ceuta et Melilla sont un théâtre de luttes diplomatiques. »

      Beaucoup d’exemples viennent l’illustrer et « montrent que dès qu’il y a un différend entre le Maroc et l’Espagne, comme ce fut le cas pour le Sahara occidental en 2021, cela se concrétise par la métaphore du robinet », poursuit la chercheuse. Ici, « on peut penser que la visite de Pedro Sánchez en Algérie » a conduit à ce pic d’entrées exceptionnel à Ceuta. « Lorsque le pouvoir marocain n’est pas satisfait de ce que fait l’Espagne, il y a un mécanisme de vengeance », ajoute-t-elle.

      Officiellement, les autorités des deux pays ne le diront pas et salueront leur collaboration commune. Si le Maroc ne s’est pas encore exprimé publiquement sur la situation à l’heure où nous écrivons ces lignes, le premier ministre espagnol s’est arrangé pour déclarer que le Maroc était un « allié » malgré le contexte.

      « Le Maroc agit en sous-traitant de la gestion des frontières européennes et opère le contrôle migratoire, il manie donc la question migratoire en fonction de ses propres intérêts » lorsque bon lui semble, nuance Elsa Tyszler. C’est le retour de bâton d’une politique régulièrement dénoncée par les chercheurs et chercheuses ainsi que par les ONG internationales.
      Une situation économique et sociale compliquée

      Enfin, d’autres facteurs doivent être pris en compte, tels que l’enjeu racial et le racisme présent à cette frontière à la fois « très militarisée et sophistiquée », qui ont fait des migrants – les musulmans ou perçus comme tels et les personnes noires venues d’Afrique subsaharienne – la « figure de l’ennemi », en réaction aux différentes arrivées observées ces dernières décennies. Il y a aussi la colère de la jeunesse marocaine et le désespoir d’une partie de la population qui cherche à fuir son pays.

      À ce propos, Khadija Anani, membre de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et d’EuroMed Droits au Maroc, souligne la situation « très compliquée » au niveau économique et social : « La jeunesse est en détresse et ne voit pas de perspectives au Maroc. Près de 1 million et demi de jeunes âgés entre 14 et 24 ans ne font rien – ni études, ni formation, ni travail. »

      Plus de 2 millions de Marocain·es vivent en dessous du seuil de pauvreté, poursuit-elle, regrettant que la priorité soit donnée à l’organisation de grands événements internationaux plutôt qu’à l’éducation, au travail, à la santé, au logement ou à la lutte contre la corruption. « Toutes ces thématiques sont négligées, c’est d’ailleurs pour ça que la “GenZ” est sortie dans la rue [en septembre 2025] et a revendiqué ses droits », explique Khadija Anani.

      Dans le même temps, la liberté d’expression des citoyen·nes est régulièrement entravée. Le rappeur El Mahdi Lyoubi a été arrêté et se voit imposer un procès vendredi 31 juillet. Tout cela explique, selon la représentante associative, qu’autant de personnes aient tenté le passage de la frontière à Ceuta ces jours-ci.

      Mais selon El País, des milliers de personnes rebroussent chemin vers le Maroc, faute de pouvoir être accueillies correctement dans l’enclave. Selon le ministère de l’intérieur espagnol, 25 000 personnes seraient déjà rentrées. Dans toute cette histoire, conclut Khadija Anani, « gardons en tête les dégâts humains, car le bilan des morts risque encore de s’alourdir ».

      https://www.mediapart.fr/journal/international/310726/les-migrants-marocains-de-ceuta-victimes-des-politiques-migratoires-europe
      #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #chiffres #statistiques #afflux #invasion #Melilla #instrumentalisation #extrême_droite #racisme #jeunesse #jeunesse_marocaine

    • Drame de Ceuta : jusqu’où ira l’#indignité ?

      Plus de 70 personnes officiellement décédées, sans doute plus de 130 selon les associations. De ce qui s’est passé à Ceuta ces derniers jours, on aimerait d’abord que l’on retienne cela : ces vies brisées, ces histoires, ces noms et ces visages. Mais comme bien souvent, la plupart des réactions et des polémiques effaceront cette dimension humaine. Alors il faut le redire, sans relâche, contre l’indifférence et la banalisation.

      Au-delà de la situation historique et géographique spécifique de l’enclave espagnole de Ceuta sur le continent africain, au-delà de la crise sociale et des inégalités particulièrement prégnantes au Maroc, les événements de la semaine dernière sont venus une nouvelle fois rappeler comment les personnes migrantes peuvent être aujourd’hui l’objet de bien des instrumentalisations géopolitiques, une dimension renforcée par les logiques d’externalisation des politiques migratoires européennes ; et comment l’obsession de ces politiques pour la fermeture aux « indésirables » ne peut que conduire à de telles situations de tensions, de marchandage, tant rien ne peut faire complétement obstacle à l’espoir d’une autre vie pour celles et ceux qui sont prêts à tout pour partir.

      Mais ce à quoi nous assistons autour du drame de Ceuta est surtout sidérant d’escalade dans l’indignité.

      Escalade dans le degré de #mensonges et de #contre-vérités véhiculés par des responsables politiques, bien au-delà des rangs de l’extrême droite, par divers influenceurs et relais médiatiques : alimentation irraisonnée de l’existence d’un risque « d’arrivée massive » de personnes migrantes sur le continent européen, alors que l’enclave n’est pas dans l’espace Schengen et qu’il n’est pas possible de rejoindre l’Espagne sans contrôle ; prétendu lien avec la politique de régularisation conduite par le gouvernement espagnol, procédure qui n’est pourtant plus ouverte aujourd’hui, dont les critères ne pouvaient en aucun cas concerner les personnes arrivées à Ceuta ces derniers jours.

      Escalade dans la mécanique, désormais si bien rodée, d’instrumentalisation au service de l’agenda politique de celles et ceux qui entretiennent les peurs pour vanter leurs propositions autoritaires et xénophobes : alimentation du fantasme de la « submersion », à coup d’images et de commentaires haineux ressassés jusqu’à la nausée, précipitation sur le terrain pour alimenter les paniques identitaires, dénonciation d’une « menace existentielle » … Un retournement d’analyse bien pathétique quand on pense aux vraies menaces existentielles (drames climatiques, conflits armés…) que nous vivons en cet été 2026…

      Escalade enfin dans la surenchère répressive et sécuritaire qui a été la réponse de la plupart des pays européens : priorité au renforcement du contrôle des frontières, alors qu’il était bien impossible aux personnes migrantes arrivées à Ceuta de gagner facilement le continent européen ; aucune considération pour les questions humanitaires et le respect des droits fondamentaux. Et lundi 3 août, la lettre des 22 pays amenés par l’Italie et le Danemark, demandant de nouvelles mesures de contrôle et de fermeture, dénonçant la politique espagnole de régularisation, a été un nouveau signe plus qu’alarmant d’une dérive sans fin de l’Union européenne, sous l’impulsion d’une alliance droite et extrême droite qui la guide désormais sur les questions migratoires.

      Jusqu’où cela va-t-il aller ? Après le pacte asile et migration en application depuis juin dernier, après le règlement retour et ses « hubs de retour » en dehors de l’UE, renforçant encore les logiques d’enfermement, d’expulsion, d’externalisation et d’atteintes aux droits, quelle va être la prochaine étape ?

      La réunion des ministres de l’Intérieur tenue ce mardi 4 aout, si elle n’a fait l’objet d’aucune véritable annonce nouvelle, tant les dispositifs de contrôle et de répression sont déjà présents, a néanmoins confirmé le registre de la menace et de l’obsession, notamment via les technologies de surveillance, du contrôle et de la fermeture.

      Alors qu’en France comme dans d’autres pays européens s’ouvrent de cruciales séquences électorales risquant d’être autant de prétextes à de nouvelles instrumentalisations et surenchères, il y a urgence, sous peine de basculer demain dans un avenir encore plus cauchemardesque, à dénoncer sans faillir ces mécaniques toxiques. Et à opposer à l’incapacité aujourd’hui dramatique de l’Union européenne et de ses Etats à concevoir des politiques migratoires, hors du paradigme de la répression et de la logique de « la forteresse assiégée » servant principalement ses intérêts ; des politiques fondées sur le respect des droits humains, l’égalité de traitement, les coopérations d’égal à égal et les solidarités internationales. Les seules à même de pouvoir garantir notre avenir collectif, dans un monde où, plus que jamais, les migrations en seront demain le cœur battant.

      https://www.lacimade.org/drame-de-ceuta-jusquou-ira-lindignite

    • Ceuta ou la consécration des politiques migratoires racistes et sécuritaires

      Contrairement aux discours qui ont majoritairement circulé dans les médias ces dernières semaines, les événements survenus à Ceuta à partir du 30 juillet 2026 ne doivent pas être considérés comme une « crise migratoire » exceptionnelle, mais plutôt comme la conséquence prévisible d’un modèle de « gestion » des mouvements migratoires fondé sur la dissuasion, l’externalisation des frontières, la normalisation progressive de la #violence, et l’instrumentalisation des questions migratoires. La militarisation des frontières, la cruauté envers les personnes en migration, la violation du droit international, et l’#impunité institutionnelle organisée sont autant d’éléments qui démontrent chaque jour l’impasse des politiques et stratégies migratoires actuelles.

      Entre le 30 et le 31 juillet, entre 40 000 personnes [1] (selon le Maroc) et 70 000 [2] (selon l’Espagne) auraient franchi depuis le Maroc, principalement par la mer, la frontière de Ceuta - résidu colonial européen sous contrôle espagnol situé sur le territoire marocain -, arrachant ainsi leur liberté de circulation. Entre 83 personnes (chiffre officiel) et 141 (chiffre des associations) seraient décédées ce faisant, et presque la majorité des personnes arrivées ont été renvoyées au Maroc en 48h, en violation du droit international (principe de non-refoulement), du droit européen (Pacte européen asile et migration), et de la législation espagnole (arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026).

      La fabrique de la « crise migratoire », stratégie récurrente des politiques européennes
      Face à ce qui a été présenté comme une énième « crise migratoire », il convient de relativiser les chiffres. Les chiffres annoncés des arrivées dans l’enclave semblent conséquents au regard du confetti de 20 km2 (85 000 habitants) que constitue l’enclave de Ceuta. Mais ils sont en réalité dérisoires au regard de la population des 27 États membres de l’UE, qui compte plus de 450 millions d’habitant·es. Il y a en l’espèce un effet de zoom, amplifié dans ce cas précis par le fait que Ceuta, l’une des deux seules frontières terrestres entre le Maroc et l’Espagne (l’autre étant Melilla), se trouve sur le continent africain et ne fasse pas partie de l’espace Schengen.
      A chaque fois que l’Europe a connu des épisodes d’arrivées importantes sur des territoires insulaires ou enclavés, a été utilisée la rhétorique de la « crise migratoire ». Cette formule permet de rejeter la responsabilité sur les personnes migrantes et de détourner l’attention des enjeux politiques et du système imposé par les anciennes puissances coloniales. Ce procédé a été utilisé régulièrement, à Lampedusa (Italie) en 2011 pendant les révolutions arabes et en 2023 lorsqu’entre 6000 et 13 000 personnes sont arrivées en quelques jours sur l’île, à Ceuta en 2021 lorsqu’environ 10 000 personnes sont entrées en deux jours dans l’enclave après un relâchement du contrôle frontalier marocain, ou encore à Melilla en 2005 ou 2022 lors de tentatives de franchissement de la barrière-frontière.
      Lors de tous ces précédents, les personnes en quête de protection ou d’opportunités – et contraintes d’emprunter des voies alternatives en raison de la fermeture des frontières et des régimes de visa imposés - ont été brutalement réprimées par les forces de l’ordre, avant d’être sommairement renvoyées, en violation de leurs droits. Nombre d’entre elles ont de plus péri en Méditerranée, laissant des familles entières en deuil.

      La même répression brutale a été déployée à Ceuta après le 30 juillet. Face à ce mouvement migratoire, le discours de l’Espagne a consisté à dénoncer une « violation de [son] intégrité territoriale par des réseaux criminels », pointant du doigt une instrumentalisation par des « mafias », qui auraient partagé des informations mensongères sur les réseaux sociaux - notamment une « interprétation extensive » de l’arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026 [3] ou une ouverture de la frontière maroco-espagnole. En réponse à cette situation, l’Espagne a immédiatement déployé l’armée sur place pour venir en appui à la Guardia Civil, tandis que l’UE offrait le soutien de l’agence Frontex pour « reprendre le contrôle » des frontières européennes dites « menacées ».

      Récupération politique tous azimuts
      La récupération politique a été immédiate à l’échelle de l’UE. Les images des arrivées d’exilé·es à Ceuta diffusées en boucle ont immédiatement été exploitées et instrumentalisées par les droites européennes et les extrêmes droites, y compris au-delà de l’espace Schengen, pour construire un récit de « l’invasion ». Décrites comme un problème de sécurité publique, ces arrivées ont déclenché discours décomplexés de haine et protestations indignées, ainsi qu’une crise diplomatique qui a eu tôt fait d’éclipser la crise humanitaire.
      Le prétendu « laxisme » du gouvernement espagnol a ainsi été pointé du doigt, du fait du processus de régularisation extraordinaire mis en place sur son territoire entre avril et juin 2026 [4]. Or, ce programme, qui répondait à des critères stricts – notamment celui d’être arrivé en Espagne avant le 1er janvier 2026 - est clos depuis le 30 juin 2026.
      Qu’à cela ne tienne, l’Espagne est accusé d’avoir envoyé « un mauvais message » aux ressortissant·es des pays tiers, et d’avoir créé un « appel d’air » – mythe fantasmé largement relayé par l’extrême droite [5]. Cet argument fallacieux ne fut cependant pas retenu contre l’Italie un an plus tôt, lorsqu’en besoin de main d’œuvre, ce pays a lui-même émis un décret pour régulariser 500 000 personnes étrangères sur son territoire entre 2025 et 2028 [6]. Dans l’épisode Ceuta, il y a sans nul doute la volonté d’isoler et de décrédibiliser la politique migratoire de l’Espagne – rare pays européen qui dans certaines de ses pratiques et propos tenus à l’échelle nationale va à rebours des discours et politiques uniquement sécuritaires en matière migratoire. L’objectif est de contrer au plus vite la possibilité d’élargissement d’un narratif positif et inclusif sur les migrations face au discours anti-immigration qui prend de l’ampleur au niveau européen.
      Nul ne peut cependant ignorer qu’en parallèle l’Espagne a mené ces dernières années une politique d’externalisation en Afrique de l’Ouest, bien loin de chercher à attirer les immigré-es : construction de centres de détention offshore, déploiement de la police espagnole et de la Guardia civil, et soutien de plusieurs millions d’euros aux forces de sécurité ouest-africaines pour le contrôle des migrations. Ces politiques d’externalisation ont notamment eu pour conséquence de faire de la route atlantique vers les îles Canaries l’une des plus meurtrières ces dernières années (avec 1300 décès à la mi-2026 [7]).

      Les États membres voisins n’ont pas manqué d’appeler au renforcement des contrôles aux frontières externes de l’Union. Certains pays (Italie, Danemark) ont dans la foulée appelé à suspendre de l’espace Schengen une Espagne qui soi-disant ne jouerait pas le jeu du tout-sécuritaire et qui ne contrôlerait pas efficacement ses frontières. D’une part, cette suspension n’est pas prévue par les textes européens en vigueur, et d’autre part il est de notoriété publique que les enclaves de Ceuta et Melilla disposent d’un régime dérogatoire dans l’espace Schengen qui ne permet pas la libre circulation vers la péninsule espagnole du fait d’un double contrôle à l’entrée et à la sortie de l’enclave, qui fonctionne comme un sas fermé. Les pays européens voisins de l’Espagne se sont également empressés d’indiquer qu’ils allaient renforcer les contrôles aux frontières internes de l’Union... Alors même que huit États membres, dont la France et l’Italie, ont de fait rétabli totalement ou partiellement ces contrôles depuis 2015 [8]. .
      Quant au Maroc, qui célébrait le 30 juillet les 27 ans de règne de Mohamed VI, il s’est tu pendant quatre jours avant de finalement renvoyer la balle vers l’Espagne, l’accusant de ne pas avoir anticipé les conséquences de l’arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026 [9]…

      L’instrumentalisation des exilé·es au profit d’enjeux géopolitiques, effet boomerang de l’externalisation
      Malgré cela, l’Espagne s’est empressée de rappeler que le Maroc est avant tout un allié, tant il est un collaborateur zélé de la politique migratoire sécuritaire européenne. En effet, l’Espagne, pour entraver les mouvements migratoires à sa frontière, a besoin du Maroc qui sait le lui rappeler en différentes occasions. Ce dernier n’a jamais hésité à utiliser les exilé·es comme monnaie d’échange pour servir ses intérêts économiques ou politiques, peser dans le débat géopolitique, ou exprimer ses mécontentements, notamment face au rapprochement entre l’Espagne et l’Algérie [10], comme il l’a déjà fait par le passé (2021, 2023). Les pays partenaires de la politique d’externalisation de l’UE utilisent ainsi les mêmes armes que l’UE, à savoir le marchandage, pour se retourner occasionnellement contre elle. Cela a été le cas pour la Turquie avec la Grèce en mars 2020, le Maroc avec l’Espagne en mai 2021, et la Biélorussie avec la Pologne dès août 2021. Les exilé·es deviennent alors une monnaie d’échange : le marchandage se fait sur leur dos – voire sur leurs vies – dans tous les cas en violation de leurs droits. Car en déléguant la gestion des migrations à des pays tiers, souvent autoritaires, l’UE se défausse des conséquences de cette sous-traitance, et transforme les personnes qui souhaitent rejoindre son territoire en pions entre les mains de gouvernements qui disposent d’un levier de pression politique face à une Europe gangrenée par un racisme croissant, prête à tout pour maintenir les exilé·es loin de ses frontières.

      Des violations massives des droits au nom de la protection des frontières européennes
      Comme lors de précédents impliquant des arrivées dites « massives » dans l’Union, l’Espagne a procédé très rapidement (48h) au renvoi des personnes arrivées à Ceuta. Et ce en violation de leurs droits fondamentaux. En effet, les personnes interceptées à Ceuta auraient en principe dû faire l’objet du filtrage - prévu par le règlement éponyme du Pacte européen asile et migration entré en application en juin 2026 -, avant toute orientation vers une procédure d’asile ou de retour. Situation qui souligne que cet instrument est mort-né un mois et demi après son entrée en application... De plus, les personnes arrivées par la mer auraient dû - avant « remise » (refoulement) au Maroc - faire l’objet d’un examen individuel de leur situation en vertu de la récente jurisprudence de la Cour Suprême espagnole. Or, Pedro Sanchez a clairement indiqué que celle-ci ne s’appliquerait pas au cas d’espèce. Faut-il pourtant rappeler que nul ne peut faire l’objet d’un renvoi forcé sans avoir vu sa situation individuelle examinée, ou avoir pu déposer le cas échéant une demande de protection internationale en vertu du principe international de non-refoulement ?
      Dans une surenchère sécuritaire, le ministère de l’Intérieur espagnol a par ailleurs annoncé le 1er août la mise en place d’une barrière pneumatique de 500 mètres de long en cours d’installation dans la mer pour empêcher les migrant·es de traverser à la nage entre le Maroc et Ceuta. Dans la volonté a priori de se « conformer » à la jurisprudence de la Cour Suprême espagnole évoquant la nécessité d’un « élément physique de contention » en mer pour pouvoir procéder à des « refus d’admission à la frontière ».

      Les événements de Ceuta auront donc uniquement permis de justifier la doctrine ultra-sécuritaire de l’UE en matière migratoire, et de réaffirmer qu’elle est la seule politique possible.
      A l’issue de cinq jours de crise diplomatique, après avoir été vilipendé par ses voisins européens, le président du gouvernement espagnol aura finalement reçu leur soutien pour sa gestion rapide de la crise politique et diplomatique [11], qui sera vite oubliée. Tout comme les personnes décédées pour avoir voulu exercer leur droit à la mobilité et braver les politiques migratoires européennes répressives, racistes et mortifères.

      La #nécropolitique assumée de l’UE
      Les évènements de Ceuta nous montrent, s’il le fallait encore, que les politiques migratoires répressives tuent. Et que l’externalisation des frontières, quel qu’en soit le coût humain et financier, est un pilier de ces politiques migratoires. La preuve en est les partenariats toujours en vigueur entre l’UE et des pays comme le Maroc, la Libye, la Tunisie, l’Égypte ou la Mauritanie, qui bafouent notoirement les droits de leurs citoyen·nes et des personnes exilées sur leur territoire.
      Le renforcement des dispositifs de contrôle et de sécurité tout au long du parcours migratoire comme la complicité des pays d’origine ou de transit dans ce tout sécuritaire ont de lourdes conséquences. Du fait de la multiplication et de la technologisation des obstacles, la route pour l’Europe est devenue un véritable cimetière, et les morts et les blessés se comptent par milliers [12].
      S’il n’existe pas encore de bilan en ce qui concerne l’épisode Ceuta, l’association marocaine des droits humains fait état d’au moins 140 décès. A ce jour, l’UE et les États partenaires qui endossent le rôle de gendarmes de l’Europe n’ont jamais assumé leur part de responsabilité dans ces tragédies, considérées comme des « dommages collatéraux » d’une stratégie de dissuasion dans laquelle la violence, en tant que moyen corrélé à l’objectif de non-accueil et de mise à distance, est érigée en norme [13]. Quid de l’identification de ces personnes ? Quid des enquêtes qui devront être menées pour établir vérité, justice et réparation pour les familles de ces victimes des politiques migratoires européennes ? Jusqu’à quand les autorités européennes éluderont ainsi leur part de responsabilité alors que ce sont elles qui ont coupé tout accès légal à l’Europe aux personnes en migration, et qui ont par conséquent failli à leur devoir de secours et de solidarité ? [14]

      La militarisation des frontières n’empêche pas les mouvements migratoires
      Ceuta nous montre également que si les entraves sur le parcours migratoire contraignent les exilé·es à utiliser des voies alternatives plus dangereuses, elles ne les dissuadent pas de franchir les frontières. Aucune barrière ne pourra étancher la soif d’émancipation et de liberté de circulation des populations, notamment du Sud global, injustement assignées à résidence dans un monde inégalitaire et ultra-connecté.
      Au Maroc, la situation précaire (37 % de chômage chez les jeunes, pauvreté rampante, manque de perspectives), les refus de visas à répétition, et le fossé socio-économique qui sépare ce pays d’une Espagne située à 14km révoltent la jeune génération, qui clame que la liberté de circulation ne peut plus être réservée aux seul·es privilégié·es. Pour en finir avec la rupture de l’égalité des chances, au nom du principe d’égalité entre tou·te·s, et du principe d’émancipation, les personnes exilées se saisissent du droit à la mobilité qui leur est nié, rappelant que toute personne a le droit de quitter tout pays y compris le sien, et que ce droit est internationalement reconnu [15]. Et internationalement bafoué.

      Loin de constituer un échec politique, les morts aux frontières, les renvois sommaires et les violations répétées des #droits_fondamentaux observés aux frontières de l’Europe sont devenus des caractéristiques structurelles d’un système dans lequel la migration est avant tout perçue comme une menace pour la sécurité plutôt que comme une réalité humaine. Le coût humain n’est pas fortuit : il est intrinsèque à un modèle qui privilégie l’exclusion plutôt que la protection, et la dissuasion plutôt que la solidarité.
      Tant que la mobilité restera largement inaccessible, les personnes continueront de risquer leur vie à la recherche de sécurité, de dignité et d’opportunités. Aucun degré de militarisation des frontières ne peut éliminer la migration ; ces politiques ne peuvent que la rendre plus dangereuse. Une approche fondamentalement différente est donc nécessaire — une approche qui place les droits humains, l’égalité, la responsabilité internationale et la liberté de circulation au cœur des politiques migratoires.

      https://migreurop.org/article3609.html
      #racisme #militarisation_des_frontières

    • Ceuta, la frontiera coloniale che l’Europa usa per alimentare la paura

      Oltre cinquantamila persone hanno tentato di raggiungere l’enclave spagnola in Marocco. Dietro la narrazione dell’«invasione» ci sono disoccupazione, crisi sociale, ricatti geopolitici e un sistema di esternalizzazione delle frontiere che produce morti, autoritarismo e propaganda. La destra europea, guidata da Meloni, ha scelto ancora una volta di rispondere con la militarizzazione e la chiusura.

      Le immagini arrivate da Ceuta hanno fatto il giro del mondo. Migliaia di persone che nuotano attorno ai frangiflutti, giovani che attraversano il mare con una bottiglia di plastica come unico galleggiante, famiglie intere che tentano di raggiungere pochi metri di costa europea separati da una barriera di filo spinato, pattuglie della Guardia Civil, militari dispiegati nelle strade e decine di corpi recuperati in mare. Almeno cinquantasette persone sono morte annegate. Secondo il governo spagnolo, in poche ore oltre 50 mila persone avrebbero tentato di raggiungere l’enclave di Ceuta, mentre il ministero dell’Interno ha sostenuto che la quasi totalità sarebbe poi rientrata spontaneamente in Marocco, circostanza che molti osservatori ritengono difficilmente verificabile.

      Come sempre accade quando le frontiere europee vengono attraversate da grandi movimenti di persone, il dibattito pubblico si è concentrato quasi esclusivamente sulla sicurezza. Le immagini sono state immediatamente trasformate nella rappresentazione plastica dell’ennesima «invasione». Le destre europee hanno parlato di assedio, di difesa della civiltà occidentale, di emergenza senza precedenti. Giorgia Meloni ha sospeso Schengen nei confronti della Spagna per i cittadini extraeuropei provenienti dal territorio spagnolo, Matteo Piantedosi ha convocato il Comitato Immigrazione e Frontiere, Antonio Tajani ha aperto uno scontro diplomatico con Madrid, mentre da Berlino Friedrich Merz, Alice Weidel, Manfred Weber e gran parte della destra continentale hanno chiesto respingimenti immediati, rafforzamento di Frontex e chiusura delle frontiere.

      Ancora una volta, però, la politica ha preferito discutere di muri piuttosto che interrogarsi sulle ragioni che spingono decine di migliaia di persone a mettere in gioco la propria vita.

      Per comprendere quanto accaduto bisogna anzitutto ricordare che Ceuta non è una qualunque città di frontiera. È una enclave spagnola di appena diciotto chilometri quadrati incastonata sulla costa marocchina. Insieme a Melilla rappresenta uno degli ultimi residui del colonialismo europeo nel continente africano. La Spagna considera entrambe parte integrante del proprio territorio nazionale; il Marocco continua invece a rivendicarle come territori da decolonizzare. Questa contraddizione storica non è un dettaglio geografico: è il cuore stesso della vicenda. Mentre in Europa si parla di difesa dei confini, si dimentica sistematicamente che quei confini sono stati tracciati dalla storia coloniale e che due città europee continuano a trovarsi sulla costa africana.

      È difficile comprendere perché migliaia di giovani marocchini rischino la morte per raggiungere Ceuta se non si parte da questo dato. La domanda corretta non è perché vogliano entrare in Europa, ma perché un pezzo d’Europa continui a trovarsi in Africa e quale eredità abbia lasciato quella storia.

      Le persone che hanno tentato l’attraversamento non sono mosse da una misteriosa pulsione migratoria. Arrivano soprattutto da Casablanca, Kenitra, El Jadida, Sétif e dalla stessa Fnideq, città frontaliera precipitata in una profonda crisi economica dopo la chiusura nel 2019 del cosiddetto «contrabbando di sussistenza», il commercio transfrontaliero che garantiva il reddito a migliaia di piccoli commercianti, lavoratori e famiglie. A questo si aggiungono un tasso di disoccupazione giovanile che supera il 29%, quasi tre milioni di giovani che non studiano e non lavorano e una diffusa sensazione di assenza di futuro che attraversa un’intera generazione marocchina.

      È in questo contesto che sui social si è diffusa la falsa convinzione che la frontiera fosse stata aperta dopo una sentenza della Corte Suprema spagnola che aveva dichiarato illegittimi alcuni respingimenti immediati praticati negli anni precedenti. Migliaia di ragazzi si sono dati appuntamento a Fnideq e hanno tentato insieme l’attraversamento. Molti raccontano di essere stati convinti che una volta arrivati a Ceuta sarebbero stati accolti. Hanno trovato invece una città militarizzata, strutture di accoglienza già sature e una pressione crescente delle forze di polizia affinché tornassero indietro.

      Ridurre tutto questo all’azione dei trafficanti di esseri umani significa ignorare la dimensione sociale e politica dell’esodo. Come ricorda la Croce Rossa, le persone non attraversano il mare perché sia facile farlo, ma perché la prospettiva di rimanere nel proprio paese appare ancora più insostenibile.

      Naturalmente la crisi di Ceuta non può essere letta soltanto attraverso la condizione sociale del Marocco. Da anni Rabat utilizza il controllo delle frontiere come leva negoziale nei rapporti con l’Unione Europea. Era già accaduto nel 2021, quando la Spagna accolse per cure mediche Brahim Ghali, leader del Fronte Polisario, provocando un improvviso allentamento dei controlli marocchini e l’arrivo di migliaia di persone a Ceuta. Anche questa volta diversi osservatori collegano quanto accaduto al riavvicinamento diplomatico tra Madrid e Algeri e alle tensioni regionali sul Sahara Occidentale. Le stesse fonti della Guardia Civil hanno riferito che nelle prime ore le autorità marocchine avrebbero sostanzialmente lasciato aperta la frontiera, salvo poi intervenire con lacrimogeni, idranti e arresti quando la situazione è sfuggita di mano.

      È il paradosso dell’esternalizzazione delle frontiere. Da oltre vent’anni l’Unione Europea delega il controllo migratorio a paesi come Marocco, Libia, Tunisia o Turchia, finanziandone gli apparati di sicurezza affinché blocchino le partenze. In questo modo Bruxelles ha rafforzato il potere negoziale di governi autoritari, che possono utilizzare i movimenti migratori come strumento di pressione diplomatica ogni volta che ritengono opportuno farlo. Più l’Europa esternalizza il controllo delle frontiere, più diventa ricattabile dai paesi cui affida questo compito.

      Le riflessioni dello psicologo tunisino Wael Garnaoui aiutano a comprendere la profondità di questo processo. Secondo Garnaoui, la nascita dello spazio Schengen ha inaugurato una nuova forma di controllo postcoloniale della mobilità. Se il colonialismo governava direttamente i territori, la «Schengenizzazione» governa le persone attraverso la limitazione della libertà di movimento. Si produce così quello che definisce il «trauma dell’immobilità»: milioni di giovani crescono sapendo che il loro passaporto li condanna a non poter circolare liberamente, interiorizzando un senso di esclusione, umiliazione e impotenza che alimenta il desiderio di partire a qualsiasi costo. La mobilità diventa così non soltanto un progetto economico, ma una forma di liberazione individuale.

      L’Europa continua invece a leggere tutto questo esclusivamente attraverso la lente dell’ordine pubblico. Le persone che aspirano alla libertà di movimento diventano masse indistinte da contenere. Le loro storie vengono cancellate e sostituite dalla categoria dell’«invasione».

      È esattamente su questo terreno che la destra europea ha costruito la propria offensiva politica.

      Le immagini di Ceuta sono diventate il pretesto per rilanciare la richiesta di sospendere Schengen, rafforzare Frontex, aumentare i respingimenti e irrigidire ulteriormente il nuovo Patto europeo su migrazione e asilo. Meloni ha colto immediatamente l’occasione per proporsi come punto di riferimento della destra continentale, trovando piena sintonia con l’AfD tedesca, con Vox in Spagna, con il governo danese e con gran parte del Partito Popolare Europeo. Perfino Donald Trump, Nigel Farage e il ministro israeliano Itamar Ben-Gvir sono intervenuti alimentando la medesima narrazione sull’«assedio» dell’Europa.

      La crisi di Ceuta dimostra così come la questione migratoria sia ormai diventata uno dei principali terreni di competizione politica internazionale. Non importa se i numeri siano controversi o se gran parte delle persone sia già rientrata in Marocco. Non importa che molti dei migranti siano giovani senza lavoro, famiglie o minorenni. Ciò che conta è alimentare la percezione di una minaccia permanente.

      La realtà è molto diversa.

      Quelle migliaia di persone raccontano il fallimento di un modello economico incapace di offrire prospettive ai giovani del Nord Africa, ma raccontano anche il fallimento di un’Europa che continua a investire miliardi nella militarizzazione delle frontiere senza affrontare le cause profonde delle migrazioni. Guerre, diseguaglianze, rapporti economici neocoloniali, cambiamenti climatici e compressione delle opportunità di vita restano fuori dal dibattito pubblico.

      Ceuta, allora, non è l’inizio di un’invasione. È il sintomo di una crisi molto più profonda.

      Per quanto alte possano diventare le recinzioni, per quanto sofisticati siano i sistemi di sorveglianza, per quanto si rafforzino Frontex, gli accordi con i paesi terzi e i dispositivi di respingimento, milioni di persone continueranno a cercare una via d’uscita da condizioni di vita che percepiscono come senza futuro.

      La libertà di movimento non nasce da un decreto, né può essere cancellata da una barriera di filo spinato. È una tensione storica che attraversa il nostro tempo. Ed è destinata a entrare sempre più in conflitto con una Fortezza Europa che continua a difendere privilegi costruiti anche attraverso secoli di dominio coloniale.

      Ceuta ci pone dunque una domanda che nessuna propaganda securitaria può cancellare: non perché migliaia di marocchini abbiano cercato di raggiungere un’enclave europea in Africa, ma perché, dopo secoli di colonialismo, continuiamo a considerare scandaloso il movimento delle persone e naturale quello delle frontiere che il colonialismo ha lasciato in eredità.

      https://www.osservatoriorepressione.info/ceuta-la-frontiera-coloniale-che-leuropa-usa-per-alimentar
      #colonialisme #frontière_coloniale

    • A Ceuta, l’Europe a encouragé la violation des droits des migrants par l’Espagne

      On pouvait croire qu’en adoptant le pacte de l’Union européenne (UE) sur la migration et l’asile, entré en application en juin 2026, les pays membres avaient enfin réussi à surmonter leurs dissensions en matière de gestion des mouvements migratoires. Rappelons que ce pacte était censé apaiser les tensions révélées par la crise migratoire de 2015, lorsqu’un million d’exilés, parmi lesquels un grand nombre fuyait la Syrie en guerre, ont afflué en Europe par l’Italie et la Grèce, déstabilisant fortement la coopération entre les Etats membres.

      Après quatre ans d’âpres négociations, la présidente de la Commission européenne n’avait-elle pas salué « un énorme pas en avant pour l’Europe » ? Parmi les mesures adoptées, le pacte prévoit notamment un nouveau régime de réponse aux situations de crise, permettant, en cas d’afflux massif et exceptionnel de migrants dans un Etat de l’UE, le déclenchement d’un mécanisme de solidarité en faveur du pays concerné.

      Pourtant, les réactions ayant, fin juillet, accueilli l’arrivée à la nage depuis les côtes marocaines de 72 000 personnes dans l’enclave espagnole de Ceuta – seul territoire européen, avec la ville de Melilla, sur le continent africain – ont pris l’exact contrepied des engagements contenus dans le pacte.

      Si ceux-ci avaient été respectés, tous les Etats membres auraient dû s’organiser pour aider l’Espagne à traiter le cas des personnes qui venaient de franchir la frontière dans le respect des droits prévus par les lois européennes, et le cas échéant à se répartir l’accueil de celles qui pouvaient être éligibles à rester en Europe.

      A contrepied de la « solidarité » européenne

      C’est tout le contraire qui s’est passé : d’abord, la première ministre italienne d’extrême droite Giorgia Meloni s’est dite « prête à agir » pour empêcher une (improbable) vague migratoire en Italie, au besoin en excluant l’Espagne du système Schengen (ce qui est juridiquement impossible). Plusieurs responsables politiques, dont son homologue sociale-démocrate danoise, lui ont emboîté le pas en dénonçant l’incapacité de l’Espagne à protéger ses frontières.

      La France, de son côté, a fait savoir qu’elle renforçait les contrôles à ses frontières avec l’Espagne – un affichage inutile puisque les étrangers qui se trouvent à Ceuta étant soumis à un régime spécifique qui les empêche de rejoindre l’Espagne continentale, il n’y avait aucun risque d’afflux aux frontières françaises.

      Une réunion extraordinaire a été organisée le 4 août entre les ministres de l’intérieur des 27, pour conclure que « la migration nécessite une réponse européenne unie ». Mais cette réponse n’a été envisagée que sous l’angle d’un nécessaire renforcement des frontières. Et si les participants ont témoigné de leur solidarité avec l’Espagne, c’est pour saluer ses efforts rapides pour régler le problème à Ceuta et se féliciter que la plupart des personnes ayant franchi illégalement la frontière aient été renvoyées, sans conséquences pour les autres Etats membres.

      Une réaction résumée par l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve dans Libération le 4 août pour qui « cette crise migratoire n’était pas une crise en Europe, mais une crise contenue au sein de l’enclave espagnole de Ceuta », qui a pu être résolue grâce à « l’attitude ferme, courageuse et déterminée des autorités espagnoles ». Circulez, il n’y a plus rien à voir à Ceuta…

      Bilan tragique

      Il y aurait pourtant à dire à propos de cet épisode. On a beaucoup parlé des possibles causes de ces arrivées, spectaculaires par leur mode opératoire et leur nombre : chantage exercé par les autorités marocaines accusées d’avoir sciemment laissé passer les exilés, « appel d’air » créé par la récente opération de régularisation des sans-papiers en Espagne, exploitation par des réseaux de passeurs d’une information erronée sur l’ouverture de la frontière à Ceuta… Mais quelle que soit l’origine de ces événements, il est nécessaire d’en faire le bilan, tragique à bien des égards.

      Car il y a un bilan humain, d’abord : à ce jour, les autorités espagnoles dénombrent 72 personnes décédées, la plupart par noyade, quand les ONG, qui réclament une enquête, parlent de plus de 100 morts.

      Pendant plusieurs jours, des milliers de personnes ont erré dans les rues de Ceuta, privées d’eau, de nourriture, de soins et d’accès à l’hygiène, alors que les dispositifs d’accueil étaient saturés et les associations d’aide aux migrants débordées. Deux semaines après la crise, plusieurs centaines de mineurs isolés étaient encore abandonnés à eux-mêmes, faute de place dans les structures supposées les prendre en charge. N’y avait-il pas là matière à ce que les partenaires de l’Espagne, au nom de la « solidarité », dépêchent en urgence des moyens logistiques et humains pour faire face à cette urgence humanitaire ?

      Chasse à l’homme

      Il faut aussi parler des conditions de « départ » des personnes qui sont retournées au Maroc, en très grand nombre, quelques jours après leur arrivée à Ceuta. Ceux qui se réjouissent de ce rapide règlement du problème ne disent rien de la façon dont les migrants ont été « accompagnés » jusqu’à la frontière par les militaires et les quelque 400 agents supplémentaires de la garde civile et de la police nationale envoyés en renfort par le gouvernement espagnol, ni de la chasse à l’homme qui a eu lieu dans l’enclave pour les contraindre à prendre le chemin du retour.

      Pour effectuer ces renvois, les autorités espagnoles s’appuient sur des accords migratoires passés avec le Maroc, et sur une loi d’exception qui permet les « refoulements à chaud » depuis les enclaves de Ceuta et Melilla, sans examen individuel de situation ni prise en compte des éventuels besoins de protection. Des refoulements qui s’apparentent aux pushback prohibés par le droit européen. Les maigres garanties que cette loi contestable prévoit pour garder une apparence de conformité avec le respect du droit international et du droit d’asile – comme l’attention aux personnes vulnérables – ne semblent même pas, à Ceuta, avoir été respectées.

      Il y a donc tout lieu de penser que de nombreuses violations des droits ont été commises à Ceuta, au mépris des règles européennes prévues pour faire face aux situations de crise. En laissant l’Espagne gérer seule les frontières de ses enclaves au Maroc, comme s’il s’agissait d’un enjeu national et non d’un symbole de la politique d’externalisation de l’UE, les gouvernements européens encouragent sciemment la perpétuation de ces violations.

      https://www.alternatives-economiques.fr/a-ceuta-l-europe-a-encourage-la-violation-des-droits-des-mi

  • La plus grande victoire de la #mafia est d’avoir cessé de ressembler à la mafia

    Aujourd’hui, la mafia semble plus puissante que jamais – il suffit de regarder les chiffres de la #cocaïne pour s’en rendre compte –, mais aussi plus invisible. Comment en est-on arrivé là ?

    Quand j’ai écrit Extra pure en 2020, la cocaïne était déjà partout ; aujourd’hui, elle est partout et coûte moins cher. La production mondiale a plus que triplé et les saisies atteignent des niveaux records. C’est justement là le problème : saisir des tonnes sans faire grimper le prix revient à vider l’océan à la cuillère.

    La structure a changé : on n’a plus de cartels verticaux, mais un système de courtage, des cellules interchangeables, l’Équateur devenu une plaque tournante, l’Europe du Nord avec Anvers et Rotterdam comme portes d’entrée, la ‘Ndrangheta en tant que banquier du système. Et puis les drogues de synthèse, qui n’ont besoin ni de terre ni d’agriculteurs, mais seulement d’un hangar.

    Mais la véritable nouveauté se trouve là où l’on ne regarde pas.
    Quel est cet angle mort ?

    Oliver Bullough l’a baptisé « Moneyland », un pays sans frontières où l’argent sale circule librement tandis que les lois censées le traquer restent nationales. Le criminologue Michael Levi répète depuis des années que, en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, on mesure l’activité et jamais le résultat : on compte le nombre de signalements envoyés et non la quantité de crimes qui ont été empêchés.

    Il en résulte que l’on récupère 0,05 % des produits du crime et que les coûts de mise en conformité dépassent de cent fois l’argent saisi
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    . C’est le paradoxe du réverbère : nous cherchons les clefs là où il y a de la lumière, dans les formulaires, dans les signalements des banques, dans la bureaucratie de la conformité, alors que les clefs se trouvent dans l’obscurité et que personne ne veut s’y aventurer.
    Quels signaux plus ou moins faibles voyez-vous en France où l’on parle de plus en plus d’une mexicanisation du pays ?

    Chaque fois qu’un jeune meurt à Marseille, la France regarde le cadavre et dit : « Le Mexique ». C’est là que réside l’erreur. Le mort est la seule partie du trafic de drogue qui accepte de se laisser photographier. C’est le résidu, le bilan des erreurs, le coût d’un marché qui n’a pas encore trouvé son équilibre. Un marché qui tue est un marché immature. Quand le système fonctionne vraiment, personne ne meurt : on signe un acte notarié. Le sang n’est pas le signe de la puissance criminelle, c’est le signe de son adolescence.

    Le signal grave, c’est l’autre, et par définition, on ne le voit pas, car sa réussite coïncide exactement avec son invisibilité.

    Commençons par la langue, qui trahit toujours. Les Français parlent de « blanchiment ». En Italie, nous parlons de « recyclage ». Ce sont deux philosophies opposées.
    C’est-à-dire ?

    Le blanchiment promet la purification, la tache qui disparaît, l’argent qui redevient innocent. Le recyclage admet au contraire que la substance reste et ne change que de forme. La France s’est bercée pendant des décennies de l’illusion de pouvoir « laver » ; l’Italie a appris à ses dépens que rien ne se lave, mais se transforme. Ce n’est pas un détail lexical : Tracfin appelle encore aujourd’hui « sociétés lessiveuses » les entités qui blanchissent les fonds du crime organisé. Toute la métaphore de la lessive est présente dans le vocabulaire administratif de l’État.

    Et voici la partie historique que la France refuse de lire. Le trafic qui a inondé l’Amérique d’héroïne pendant trente ans s’appelait la « French Connection ». Le mot « français » figurait dans son nom, les laboratoires se trouvaient à Marseille, et la France a tout de même réussi à considérer cela comme l’affaire des autres : d’abord des Corses, puis des Italiens, ensuite des Maghrébins, aujourd’hui des Slaves et des Albanais.

    Chaque génération a eu son étiquette ethnique, et chaque étiquette a servi à ne pas nommer la structure. Car si les laboratoires étaient marseillais, l’argent ne restait jamais dans le milieu : il passait par des banques, des biens immobiliers sur la Côte d’Azur, des casinos, des chantiers. Le trafic peut être étranger.
    Et le blanchiment ?

    Le blanchiment, non. Le blanchiment est toujours local, par nécessité technique : pour blanchir de l’argent, il faut un notaire, un expert-comptable, un établissement de crédit, un marché public, un cadastre. Il faut donc les institutions de ce pays et les professionnels de ce pays.

    Les chiffres le montrent avec une brutalité que les chroniques n’ont pas. La Cour des comptes européenne a estimé le blanchiment à 1,3 % du PIB de l’Union chaque année, soit environ 38 milliards d’euros pour la seule France. La commission d’enquête du Sénat évalue à 50 milliards le chiffre d’affaires des réseaux spécialisés dans le blanchiment de capitaux d’origine criminelle dans le pays. Le chiffre d’affaires du trafic de drogue français est estimé par les autorités entre trois et six milliards.

    Mettons ces chiffres côte à côte : la drogue n’en représente qu’une fraction. Le Sénat l’écrit sans détours dans son rapport du 18 juin 2025 : le blanchiment d’argent est aujourd’hui le trafic le plus lucratif de France, et il n’existe pas de stratégie cohérente pour le combattre ; le système n’est qu’un assemblage de dispositifs disparates. Le titre du rapport est déjà un verdict : « Ces dizaines de milliards qui gangrènent la société. »
    Qu’en est-il des chiffres sur la supposée origine étrangère du problème ?

    Nous avons un chiffre qui met fin à tout débat sur l’origine étrangère du problème. En 2024, Tracfin a reçu plus de 215 000 déclarations de soupçons, mais le secteur non financier — notaires, greffiers, maisons de jeux — ne représente que 7 % du total. Les avocats n’en ont transmis que quinze. Les agents sportifs, une catégorie à très haut risque, n’en ont jamais transmis une seule.

    Quinze signalements pour toute une profession. Ce n’est pas un problème de frontières : c’est un problème de classe professionnelle. La ligne qui sépare l’argent sale du patrimoine propre passe par les cabinets du centre de Paris, pas par les ports. Le cas le plus révélateur remonte à sept semaines.
    Que s’est-il passé ?

    Le 9 juin 2026, la JIRS de Marseille a démantelé un réseau de blanchiment d’argent en bande organisée : treize interpellations, cinq personnes mises en examen, des sommes réinvesties dans l’immobilier ou transférées à l’étranger. 2,7 millions d’euros, des lingots d’or et quatorze voitures de luxe ont été saisis. Tout avait commencé au printemps 2024 par un simple contrôle fiscal dans la banlieue de Narbonne.

    Les sociétés utilisées comme écrans étaient des entreprises de construction de Perpignan, Narbonne et Béziers, avec une activité économique réelle et un chiffre d’affaires réel. Pas de sociétés fantômes aux Seychelles : des chantiers français qui construisaient réellement. Le président de la fédération du bâtiment des Bouches-du-Rhône admet que ces entreprises remportent les appels d’offres avec des propositions inférieures de 25, 30, voire 40 % au prix du marché, et que le secteur subit des menaces et du racket concernant les embauches sur les chantiers autour de Marseille.

    Autrement dit : l’argent de la drogue remporte des marchés publics français en vendant à perte. Il élimine les entreprises légales pour cette raison même : sa rentabilité, il l’a déjà faite ailleurs. C’est la définition parfaite d’une méthode mafieuse, et personne ne l’a importée de l’extérieur.

    Le nouveau Parquet national anticriminalité organisée a saisi, en cinq mois, près de 990 millions.
    Ce n’est donc pas suffisant…

    C’est un bon début. Mais il faut le mettre en perspective avec les 38 milliards estimés chaque année. Le rapport entre ces deux chiffres résume tout le problème français.

    C’est pourquoi le terme de « mexicanisation » est réconfortant, et doit être rejeté précisément par ceux qui dénoncent ces pratiques. Parler du Mexique revient à dire : « Ils nous importent leur violence. » Cela déplace le centre de gravité vers l’extérieur, vers l’ethnie, vers l’immigration, et transforme un problème de système économique en un problème d’ordre public.

    Les mafias ne se mesurent pas au nombre de morts qu’elles causent : elles se mesurent aux patrimoines qu’elles parviennent à blanchir. Les meurtres, c’est ce que le trafic de drogue perd. Le blanchiment d’argent, c’est ce qu’il gagne. Et aucun État n’a jamais été détruit par ce que les criminels perdent.
    La déstabilisation de certains pays européens pourrait-elle atteindre les niveaux que l’on a connus en Amérique latine ?

    La différence est structurelle, et non de degré. En Amérique latine, le trafic de drogue a érodé le monopole de l’État sur la violence, avec des territoires où l’État ne pénètre pas, des taux d’homicides à deux chiffres pour 100 000 habitants, des forces de police infiltrées jusqu’aux plus hauts échelons, des candidats assassinés en pleine campagne électorale.

    En Europe, ce n’est pas le cas. Ici, les mafias ne défient pas l’État, elles le traversent. Elles achètent des marchés publics, blanchissent des capitaux, s’immiscent dans la logistique portuaire et dans le secteur du bâtiment. Peu de violence, forte pénétration économique. Un modèle opposé, et justement pour cette raison plus difficile à percevoir.
    Quelle devrait être la réponse à adopter ?

    La dérive autoritaire n’est la réponse à aucun de ces deux modèles. Les mafias n’ont jamais eu peur d’un État fort. Elles ont peur de l’État qui contrôle l’argent. Ce qui les touche, ce sont une magistrature indépendante, les enquêtes patrimoniales, les confiscations, la transparence des marchés publics, un journalisme capable d’écrire sans craindre de poursuites abusives. Ce sont les mêmes outils que tout gouvernement autoritaire s’empresse d’affaiblir en premier lieu, car ils peuvent aussi le toucher.

    Deux exemples historiques. Le fascisme s’est vanté d’avoir vaincu la mafia grâce au préfet Mori, mais il n’a frappé que la base et a laissé intacte, voire favorisée, la bourgeoisie mafieuse qui avait rejoint le régime, à tel point qu’en 1943, ce réseau était prêt à se reconstituer. Aujourd’hui, le modèle Bukele, avec ses prisons de masse et son état d’exception permanent, a fait chuter le nombre d’homicides sans toucher au trafic de drogue ni au blanchiment d’argent. On arrête la rue, on laisse le capital intact.

    L’autoritarisme produit une sécurité perçue et une impunité réelle aux échelons supérieurs. Contre les mafias, c’est le contraire qu’il faut. Moins de spectacle, plus de bilans.
    En matière de lutte contre le crime organisé, l’Italie a une certaine expérience (notamment depuis les années 1980). Pensez-vous qu’elle est assez étudiée par les autres pays européens ?

    Absolument pas. L’Europe est à la traîne, le reste du monde l’est encore plus.

    L’Italie possède le meilleur savoir-faire au monde, et c’est un savoir-faire né du sang : l’article 416-bis existe parce que Pio La Torre a été assassiné ; l’article 41-bis et le système des collaborateurs de justice existent parce que Falcone et Borsellino ont été assassinés. Derrière chaque instrument législatif italien se cache un cercueil. C’est une législation écrite dans le deuil, et c’est pour cela qu’elle fonctionne : elle n’est pas née dans un séminaire, mais de l’urgence d’un État qui était en train de perdre pied.

    Presque aucun autre pays européen ne connaît le délit d’association de type mafieux. On juge les délits individuels – le trafic, le meurtre, le blanchiment d’argent –, mais pas l’organisation en tant que telle, ni la méthode, ni la force d’intimidation que représente le lien d’appartenance. Et presque partout, l’attaque contre le patrimoine fait défaut : mesures de prévention, confiscation élargie, administration judiciaire des entreprises. Le reste de l’Europe arrête des personnes ; l’Italie a compris qu’il fallait leur retirer leur argent, car un parrain en prison dont le patrimoine reste intact continue de diriger.

    Y a-t-il à ce niveau un décalage entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud ?

    L’Europe du Nord a longtemps entretenu un malentendu : celui selon lequel la mafia serait un problème folklorique du Sud, fait de casquettes et de fusils. Pendant qu’on pensait cela, la cocaïne est entrée par Rotterdam et Anvers, la ‘ndrangheta a investi dans toute l’Allemagne (Duisbourg 2007 n’a rien enseigné) et à Marseille, la DZ Mafia a mis en place un système de violence que la France peine même à nommer. Ce n’est pas que les mafias soient arrivées en Europe : c’est que l’Europe ne disposait pas des catégories pour les percevoir.

    Car le véritable phénomène est tout autre : ce ne sont pas seulement les mafias qui se sont capitalisées, c’est le capitalisme qui s’est mafiosisé. Les organisations criminelles ne sont plus le corps étranger qui s’attaque à l’économie légale. Elles sont le fournisseur de liquidités le plus fiable du marché : elles ne demandent pas de garanties, paient en espèces, et en cas de crise, elles arrivent avant les banques. Et l’économie légale a cessé de se demander d’où vient cet argent.

    Tant que l’Europe traitera la mafia comme une question d’ordre public et non de marché, de marchés publics, de logistique portuaire, de fonds publics, elle restera structurellement sans défense, et continuera à demander conseil à l’Italie sur les morts sans en copier les lois.
    S’il ne fallait retenir qu’une seule leçon de votre travail et de vos livres, laquelle ce serait ?

    La leçon est simple. On ne peut pas changer ce qu’on ne connaît pas.

    Le capitalisme criminel existe parce qu’il reste indéchiffrable. On ne peut pas le combattre si l’on ne comprend pas son mécanisme, conçu exprès pour passer inaperçu.

    Il est très facile de dire que ce sont les immigrés qui s’en prennent aux villes. La détresse a un corps, un visage, elle est dans la rue, on peut la photographier. L’argent, non. Il passe par des virements, des sociétés écrans, des marchés publics, et ne fait pas la une des journaux télévisés. Ainsi, l’indignation se porte toujours sur le pauvre visible et jamais sur le flux invisible — ce qui est exactement ce que ce flux souhaite.

    Mon travail a consisté à mettre en lumière cette ombre. J’en ai payé le prix. Chaque jour, je me demande si cela en valait la peine.
    Comment comprendre la fascination que suscitent les narcotrafiquants ? Netflix, par exemple, semble en avoir fait son fond de commerce.

    Le trafiquant de drogue ne fascine pas parce qu’il se tient en marge du système. Il fascine parce qu’il incarne le système débarrassé de toute hypocrisie. L’entrepreneur légal doit présenter un récit moral de son enrichissement : le mérite, l’innovation, la valeur apportée au territoire, et aujourd’hui, le bilan de développement durable. Le trafiquant de drogue en est dispensé. Son capital n’a pas besoin de s’excuser. Le spectateur reconnaît une structure qu’il connaît déjà : l’ascension, le risque, le capital réinvesti, l’élimination du concurrent, débarrassée des mots qui la rendent méconnaissable lorsqu’elle revêt une veste. Ce n’est pas le revers de notre monde, c’est notre monde dont on a coupé le son de la justification.

    De là naît un plaisir que j’appellerais gnostique, et c’est le véritable moteur de la série. Celui qui regarde a le sentiment d’avoir été admis au secret, d’avoir enfin vu comment fonctionne vraiment le monde. C’est la face B. Mais c’est un plaisir épistémologique, non moral, et pour cette raison dangereusement compatible avec l’inertie. Comprendre comment fonctionne la machine procure une satisfaction qui ressemble beaucoup à la capitulation.
    Que faudrait-il faire ?

    Il y a une objection à se faire à soi-même, et c’est la partie qui fait tenir tout le reste. Le narcotrafiquant n’est pas du tout dépourvu d’hypocrisie. Il dispose d’un appareil de légitimation extrêmement raffiné : la famille, l’honneur, le terrain de foot construit dans la commune, le pauvre qui se venge de l’oligarchie, la Vierge sur le mur.

    Escobar avait un discours politique, pas seulement une fortune. Il ne dit pas la vérité sur le capital : il raconte un autre mensonge, archaïque plutôt que managérial, et justement pour cela plus séduisant, car il parle le langage du mythe et non celui du communiqué de presse.

    Et là, le piège réside dans le récit lui-même. La véritable face cachée n’est pas spectaculaire. C’est le notaire, la facture gonflée, le transporteur, la société écran à Malte. La série raconte l’exception, le parrain, la fusillade, le charisme, et finit ainsi par protéger la règle, qui est la continuité parfaite entre l’économie criminelle et l’économie légale. Le narcotrafiquant représenté comme un monstre est un alibi. Si le narcotrafiquant était présenté comme un collègue, ce serait alors vraiment insupportable.
    Qu’a pu apporter en plus du livre, selon vous, l’adaptation de Gomorra aux écrans ?

    Je ne pense pas que la série apporte quelque chose : je pense qu’elle enlève. Elle enlève le « je », elle enlève la voix off, elle enlève le témoin. Il ne reste que le monde, sans personne pour le juger à notre place.

    C’est par cette soustraction que Gomorra est devenue une grammaire visuelle mondiale — au point d’universaliser Scampia. PNL tourne le clip Le monde ou rien aux Vele parce que cette banlieue est déjà la leur : Manille, Philadelphie, Paris, Le Caire… toutes les banlieues obéissent à la même logique.
    La légalisation représente-t-elle une solution pour casser les trafics de drogue ?

    Non, la légalisation ne met pas fin au trafic de drogue. Elle en élimine une partie, et il faut préciser laquelle.

    En ce qui concerne les drogues douces, l’expérience a déjà été menée et elle a fonctionné. Après la légalisation au Colorado et dans l’État de Washington, le trafic de cannabis mexicain s’est effondré : les saisies à la frontière ont été réduites à une fraction négligeable. Aucune opération de police n’avait jamais obtenu un résultat similaire. La légalisation a accompli ce que quarante ans de guerre contre la drogue n’avaient pas réussi à faire.

    Le pire modèle est celui qui reste à mi-chemin : une demande tolérée, une offre illégale. Le backdoor problem néerlandais a alimenté pendant quarante ans la filière à partir de laquelle s’est développée la Mocro Maffia. Dépénaliser la consommation sans réglementer la production est le cadeau idéal pour le crime organisé. Les Néerlandais ont reconnu le problème et tentent d’y remédier. Depuis 2023, l’Experiment gesloten coffeeshopketen, la « chaîne fermée », est en cours : dix communes — dont Breda, Tilburg, Arnhem, Groningue, Maastricht et Nimègue — où les coffee shops ne vendent que du cannabis issu d’une production légale, provenant de cultivateurs privés agréés, sous le contrôle de l’Inspection et de l’autorité alimentaire. À partir d’avril 2025, la vente de tout autre produit est interdite. Durée prévue : quatre ans.
    Quel rapport entretenez-vous maintenant avec Naples, vos terres natales mais terres où vous êtes en permanence menacé ? Comment se manifeste chez vous cette ambivalence ?

    Naples m’a chassé. C’est la blessure la plus profonde, car elle ne vient pas de mes ennemis. De la part de mes ennemis, on s’y attend, ça fait partie du jeu. Elle vient de chez moi. D’une partie de ma ville qui a décidé que le problème n’était pas la camorra, mais ceux qui en parlaient.

    Et on m’a chassé sur la base d’une fausse accusation : celle selon laquelle parler du mal détruirait le lieu qui l’abrite. C’est exactement le contraire qui s’est produit. Après ces récits, le tourisme a explosé, les ruelles dont j’avais parlé se sont remplies. Ce n’est pas à moi qu’en revient le mérite. Mais cette théorie, selon laquelle le silence protège et la parole détruit, est le mensonge le plus ancien du pouvoir criminel. Naples en est la réfutation vivante.

    C’est là que réside le paradoxe le plus obscène : ceux qui m’accusent d’avoir diffamé Naples sont très souvent ceux qui ont tiré profit de cette transformation. Ceux qui ont acheté, ceux qui ont vu la valeur d’un bien immobilier tripler dans un quartier que personne ne voulait traverser il y a vingt ans. Ils vivent de ce changement et crachent sur ceux qui l’ont déclenché.
    Si c’était à refaire, écririez-vous et publieriez-vous de nouveau vos livres à cause desquels vous êtes aujourd’hui menacé ?

    Non. Je ne le referais pas. Non pas parce que je renie quoi que ce soit de ce que j’ai écrit, mais parce que je n’ai pas été le seul à en payer le prix. Le livre est vivant et continue son chemin ; moi, je suis resté figé depuis vingt ans et ma famille s’est effondrée.
    Les derniers mots de Gomorra (« Fils de pute, je suis encore vivant ! ») sont-ils devenus, de façon presque performative, les mots qui caractérisent votre vie ?

    Je les ai écrits à 26 ans et ils sont devenus une prophétie sur ma vie.
    Quel est le lieu le plus important pour vous à Naples ? Y avez-vous un beau souvenir ?

    Je répondrais à ces deux dernières questions en citant Dante : « Il n’est pas de plus grande douleur que de se souvenir des temps heureux dans la misère »…

    https://legrandcontinent.eu/fr/2026/08/02/la-plus-grande-victoire-de-la-mafia-est-davoir-cesse-de-ressembler-
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  • Luxembourg : des Syriens manifestent devant les services de l’immigration - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72705/luxembourg--des-syriens-manifestent-devant-les-services-de-limmigratio

    Luxembourg : des Syriens manifestent devant les services de l’immigration
    Par Maïa Courtois Publié le : 30/07/2026
    Des dizaines de Syriens ont manifesté mercredi midi devant la Direction de l’immigration, dans la capitale du Luxembourg. Il s’agit de leur cinquième manifestation contre les délais de traitement de leurs dossiers d’asile ou de regroupement familial qui ne cessent de s’allonger. Le tout dans un contexte tendu, après les révélations sur un vaste réseau de fraude au sein des services de l’immigration début juillet.Plusieurs dizaines de demandeurs d’asile syriens se sont réunis, ce mercredi midi, face au bâtiment de la Direction de l’immigration, dans la capitale du Luxembourg. Les manifestants revendiquaient l’accélération du traitement des dossiers d’asile et du regroupement familial. Mais aussi une facilitation d’octroi des permis de travail et la fin des « mauvais traitements » de l’administration, liste l’organisation SoriiaLina, à l’initiative du rassemblement.
    « Ces délais vont à l’encontre de la loi, qui prévoit un traitement en six mois, et jusqu’à 21 mois maximum. Or, beaucoup de gens attendent depuis plus longtemps que ça. Cela détruit leur vie. Ils ne peuvent pas étudier, pas travailler, ni quitter le pays », expose Mohammad Harer, membre de SoriiaLina, auprès d’Infomigrants. Ce Syrien de 29 ans, travaillant dans le monde des affaires pour une société états-unienne au Luxembourg, anime depuis 2024 avec une vingtaine d’autres personnes ce collectif de soutien aux populations exilées dans le pays -Syriens, Palestiniens, Angolais, Soudanais...

    Le rassemblement de ce mercredi a duré une heure environ, d’après la presse luxembourgeoise. « Nous étions près de 120 personnes », rapporte Mohammad Harer. Si la plupart des manifestants étaient des hommes adultes, une jeune fille de 15 ans, Maha Barkel, a pris la parole devant le bâtiment des services de l’immigration. (...)
    Ces évocations de « négligence » et « corruption » font directement référence à une affaire qui a récemment entaché l’image des services de l’immigration luxembourgeoise. Deux agents de la Direction générale de l’immigration au Luxembourg ont été suspendus, mardi 7 juillet, après une série de perquisitions. Ceux-ci sont impliqués dans un vaste réseau de fraude à l’immigration, pour lequel une vingtaine de personnes sont inculpées. Le réseau aurait permis à plus de 200 personnes d’obtenir un titre de séjour au Luxembourg grâce à des documents falsifiés. Entre autres : des faux diplômes, de faux certificats de langue, mais aussi des contrats de travail ou certificats de domiciliations fictifs. La liste des accusations est donc lourde : corruption, trafic d’influence, blanchiment, faux et usage de faux, escroquerie à subvention, trafic illicite de migrants, et infractions à la loi sur la libre circulation des personnes et l’immigration.
    Le grand public a découvert cette affaire début juillet au moment de la communication du parquet : mais le dossier d’instruction a en réalité été ouvert par la justice luxembourgeoise dès l’été 2023. Au total, cinq agents de la Direction générale de l’immigration du Luxembourg ont été, à ce jour, suspendus de leur fonction. « Cela a démontré qu’il y a des problèmes dans ces services. La corruption est l’un des problèmes qu’il y avait dans ce ministère. Et dans l’administratif, ils ne sont pas efficaces du tout », regrette Mohammad Harer. Malgré leur mobilisation, SoriiaLina n’a jamais décroché de rendez-vous avec le ministère à ce jour. En 2026, seuls 84 Syriens ont déposé une demande d’asile au Luxembourg, ce qui représente 14 % des demandes, selon les statistiques officielles. Ils n’étaient que sept en juin. Le Luxembourg reçoit entre 2 000 et 2 600 demandes d’asile chaque année, depuis 2022. Pourtant, les délais de traitement sont très longs. Pour cette raison, depuis février 2025, la communauté syrienne s’est déjà mobilisée à six reprises au Luxembourg. Dont une fois devant la Cour de justice de l’Union européenne, indique Mohammad Harer. « Il ne s’agit pas simplement d’une attente, mais d’une punition systématique due à une bureaucratie paralysante », estime l’organisation SoriiaLina. La dernière manifestation en date menée, avant celle de ce mercredi, avait eu lieu en février 2026. (...)
    En 2025, les autorités luxembourgeoises ont mis en moyenne plus de 13 mois pour délivrer ou refuser le statut de réfugié aux demandeurs d’asile. Ce temps d’attente augmente ces dernières années, a alerté en début d’année la presse luxembourgeoise, notamment les médias Virgule et Le Quotidien. En 2021 et 2022, cette moyenne plafonnait à 10 mois. Le gel temporaire des examens des demandes d’asile de Syriens constitue l’un des facteurs explicatifs de la situation actuelle. À la chute du gouvernement de Bachar al-Assad en décembre 2024, plusieurs États membres avaient suspendu ces examens, le temps de revoir leur procédure. À ce moment-là, 864 demandes d’asile émanant de réfugiés syriens étaient en cours de traitement, selon l’Intérieur luxembourgeois. L’association luxembourgeoise Passerell avait alors dénoncé une suspension qui promettait de « faire traîner les décisions d’asile indéfiniment ».
    De fait, leur reprise se fait au compte-goutte depuis l’été 2025. Début 2026, 550 Syriens attendaient encore une décision concernant leur demande d’asile, selon le média Virgule. Le gouvernement promettait de finir le traitement de ces demandes retardées « d’ici l’automne 2026 ». Léon Gloden, le ministre des Affaires Intérieures, a confirmé lors d’une question parlementaire que les Syriens, depuis ce dégel, ne bénéficient plus automatiquement du statut de réfugié : « On ne peut plus affirmer qu’il existe en Syrie une situation sécuritaire qui se soit détériorée au point de justifier l’octroi d’un statut de protection internationale au seul motif que la personne est originaire de ce pays. » "Depuis le changement de régime avec le départ de Bachar el-Assad, j’ai reçu une réponse négative concernant ma demande de protection internationale, mais je suis toujours là", a confié Abdulhamid Abouhouran, 28 ans, employé en CDI comme pizzaiolo et participant à la manifestation de mercredi, à L’Essentiel. « Tous les six mois, je dois arrêter de travailler pendant un mois, pour refaire une demande au service de l’immigration. Les demandes de quitter le territoire succèdent aux nouvelles autorisations de travail. Rien n’est clair et on attend toujours des réponses plus fermes. C’est pourquoi nous avons manifesté ce mercredi. On est bien intégrés et on a construit notre vie, ici : on demande juste un peu d’humanité »

    #Covid-19#migration#migrant#luxembourg#syrie#asile#refugie#droit#protection#sante#politiquemigratoire

  • Plus de 60.000 migrants entrent illégalement dans l’enclave de Ceuta, l’Italie suspend la libre circulation avec l’Espagne
    https://www.dakaractu.com/Plus-de-60-000-migrants-entrent-illegalement-dans-l-enclave-de-Ceuta-l-It

    Plus de 60.000 migrants entrent illégalement dans l’enclave de Ceuta, l’Italie suspend la libre circulation avec l’Espagne
    L’arrivée illégale de quelque 60.000 migrants en provenance du Maroc dans l’enclave espagnole de Ceuta, qualifiée par Madrid d’"attaque" contre son intégrité territoriale, a provoqué vendredi une crise d’une rare ampleur au sein de l’Union européenne, l’Italie ayant annoncé suspendre temporairement son espace de libre circulation avec l’Espagne."Environ 60.000 personnes sont entrées dans notre ville", a déclaré le président du gouvernement local de Ceuta, Juan Vivas lors d’une conférence de presse vendredi, soit « 70% de la population de Ceuta », et déplorant la mort de 34 migrants, dont beaucoup par noyades.
    La plupart de ces migrants - en très grande majorité des Marocains, et principalement des jeunes hommes et des adolescents - seraient cependant retournés au Maroc, selon les autorités espagnoles.
    Les images de cette crise ont déclenché une montée au créneau de la droite et de l’extrême droite européenne autour des contrôles aux frontières de l’espace Schengen.Plusieurs pays européens ont fermement réagi à cette crise migratoire brutale, a commencer par l’Italie, qui a annoncé la fermeture de l’espace Schengen à l’Espagne.
    Dès jeudi, Rome, soutenue par la Finlande et le Danemark, avait signifié son intention de suspendre l’accord de libre circulation avec l’Espagne."Nous sommes prêts à agir, y compris par des mesures exceptionnelles (...) comme la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne", a affirmé la cheffe du gouvernement d’extrême droite italienne Giorgia Meloni.Une proposition qualifiée de « démagogique » par l’Espagne, et dont la portée reste incertaine encore, des juristes consultés par l’AFP assurant qu’il est impossible de l’appliquer dans le cadre légal actuel.
    « C’est une mesure prévue par les traités et qui est devenue aujourd’hui inévitable », a toutefois soutenu le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani sur X.L’intégrité de l’espace Schengen de libre-circulation « est absolument garantie », a quant à lui affirmé le ministre espagnol des Affaires étrangères, Jose Manuel Albares.
    Signe du chaos régnant à Ceuta, de nombreux migrants ont retraversé vendredi la frontière en sens inverse pour rentrer au Maroc : « il y a trop de monde ici, tout est plein » a expliqué l’un d’eux à l’AFP.Selon Jose Manuel Albares, « la quasi-totalité de ceux qui sont entrés à Ceuta sont déjà retournés au Maroc ».À Castillejos, une ville du Maroc proche de Ceuta, Abdelhakim a raconté à l’AFP avoir parcouru « 14 km à pied par les montagnes » pour atteindre le territoire espagnol, où il n’a finalement pas réussi à entrer.
    « On nous a dit de passer par la mer. Mais je me suis retrouvé complètement submergé et j’ai vu deux jeunes (…) mourir sous mes yeux », a-t-il expliqué, assurant être « revenu en arrière » en se rappelant avoir deux enfants."C’est catastrophique ! (...). C’est vrai qu’ils souffrent énormément dans leur pays, mais ce ne sont pas des manières d’entrer. Nous avons nos enfants ici, j’ai peur pour eux", a réagi un chauffeur de taxi de Ceuta, Mohamed, auprès de l’AFP.
    Venant de la ville marocaine de Fnideq, qui jouxte l’enclave espagnole, les migrants, sont arrivés toute la nuit par la terre et la mer, franchissant les hautes barrières de barbelés qui matérialisent la frontière, ou les contournant par la mer. Dix-huit d’entre eux se sont noyés, selon une source policière.
    Ceuta, petit territoire de 84.000 habitants situé à la pointe nord du Maroc, bordant le Détroit de Gibraltar, forme l’une des deux frontières terrestres entre l’Afrique et l’Europe (avec l’autre enclave espagnole de Melilla). Vendredi, des milliers de jeunes migrants étaient réunis sur les plages, certains se réchauffant autour de feux, d’autres dormant, sous le regard des forces de l’ordre, en grand nombre. Des rumeurs d’ouverture de la frontière entre le Maroc et Ceuta, propagées sur les réseaux sociaux, ont provoqué cette ruée, selon des témoignages recueillis par l’AFP. A Madrid, plusieurs centaines de manifestants anti-migrants, pour beaucoup vêtus de noir, se sont rassemblés vendredi soir devant l’ambassade du Maroc à Madrid pour dénoncer « l’invasion » migratoire à Ceuta, scandant des slogans comme « L’Espagne, chrétienne et pas musulmane ! ».
    D’autres brandissaient une grande banderole « Remigration », le retour des personnes immigrées vers leur pays d’origine, concept promu par de nombreuses formations d’extrême droite en Europe.A Ceuta, des centaines d’habitants de l’enclave ont manifesté devant l’hôtel de ville, criant : « Ceuta unie ne sera jamais vaincue ! », et certains proférant des insultes contre le Premier ministre socialiste espagnol.
    Arrivé vendredi matin avec son ministre de l’Intérieur, Pedro Sánchez a évoqué « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne » et accusé des « mafias » d’être à l’origine de la rumeur d’ouverture de la frontière.Le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé l’envoi immédiat de plusieurs dizaines de membres de la Garde civile et policiers, parmi lesquels huit plongeurs, ainsi qu’un bateau et des drones.A Washington, le président américain Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l’immigration illégale une de ses priorités, a jugé que les images de l’enclave espagnole de Ceuta ressemblaient à « l’invasion d’un pays », accusant sur X l’Espagne de mener des « efforts délibérés » ayant favorisé cette immigration clandestine.La France et le Royaume-Uni se sont dits prêts à aider l’Espagne.Paris a toutefois annoncé multiplier par cinq le nombre de policiers et de gendarmes samedi à la frontière franco-espagnole, portant leur nombre à 334. Bruxelles a cependant indiqué vendredi n’avoir relevé aucun flux migratoire entre Ceuta et le continent européen."Ce n’est pas le moment de se diviser. C’est le moment de continuer à construire une Union européenne forte et unie", a réclamé Pedro Sanchez sur le réseau social X.Cette crise migratoire à Ceuta rappelle la précédente de 2021, lorsque des milliers de personnes avaient traversé la frontière à la faveur d’un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l’Espagne.

    #Covid-19#migration#migrant#maroc#ceuta#espagne#crisemigratoire#droit#sante#migrationirreguliere#frontiere

  • Migration des femmes : l’ONU tire la sonnette d’alarme et appelle à une refonte des politiques au Sénégal
    https://www.dakaractu.com/Migration-des-femmes-l-ONU-tire-la-sonnette-d-alarme-et-appelle-a-une-ref

    Migration des femmes : l’ONU tire la sonnette d’alarme et appelle à une refonte des politiques au Sénégal
    À l’occasion d’une consultation nationale organisée à Dakar dans le cadre du programme « Rendre la Migration Sûre pour les Femmes au Sénégal et en Afrique de l’Ouest », ONU Femmes a lancé un appel en faveur d’une gouvernance migratoire plus inclusive, plaçant les droits, la sécurité et l’autonomisation des femmes migrantes au cœur des politiques publiques. Réunissant autorités, organisations de la société civile, syndicats, chercheurs et partenaires techniques, la rencontre vise à renforcer la protection des femmes migrantes et à promouvoir une migration de travail sûre et digne.
    Dans son discours d’ouverture, la Représentante résidente d’ONU Femmes Sénégal a rappelé que les migrations en Afrique de l’Ouest concernent avant tout les déplacements internes et intrarégionaux, loin de l’image souvent associée aux traversées vers l’Europe. Elle a souligné que les femmes représentent près de 47 % des migrants de la sous-région et contribuent activement au développement économique, notamment à travers le commerce transfrontalier, l’agriculture, les services et les transferts de revenus vers leurs familles.
    Malgré cette contribution, ONU Femmes estime que les femmes migrantes demeurent confrontées à de nombreuses vulnérabilités. Travaillant majoritairement dans le secteur informel, elles sont davantage exposées à l’exploitation, aux discriminations, aux violences, au harcèlement ainsi qu’aux risques de traite des personnes. L’organisation a également mis en avant le poids économique de la migration, rappelant que les transferts de fonds de la diaspora vers le Sénégal ont atteint près de 3 milliards de dollars en 2023, soit 9,4 % du PIB selon la Banque mondiale.
    À travers cette consultation, ONU Femmes souhaite recueillir les contributions des différents acteurs afin d’identifier des solutions concrètes pour améliorer la protection des femmes migrantes, renforcer leur accès au travail décent et à la protection sociale, et produire des données plus fiables pour orienter les politiques publiques. L’organisation appelle à une mobilisation collective afin de faire de la migration un véritable levier d’autonomisation des femmes et de développement durable au Sénégal et en Afrique de l’Ouest.

    #Covid-19#migration#migrant#senegal#femme#politiquemigratoire#sante#droit#migrationirreguliere

  • Un afflux massif de migrants à Ceuta ravive les tensions entre l’Espagne et le Maroc
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/07/31/un-afflux-massif-de-migrants-a-ceuta-ravive-les-tensions-entre-madrid-et-rab

    Un afflux massif de migrants à Ceuta ravive les tensions entre l’Espagne et le Maroc
    Par Guillaume Delacroix (Barcelone, correspondance) et Mustapha Kessous
    Ils ont fui vers l’Europe pieds nus, en slip ou en maillot de bain, certains à la nage, d’autres sur des bouées ressemblant à des pneus. Passé la digue qui sépare les faubourgs de la ville marocaine de Fnideq de la plage de Ceuta, ils ont couru vers le centre de l’enclave espagnole, levant les bras aux cris de « Viva España ! » Alors qu’environ 1 500 entrées illégales de migrants avaient été observées depuis une dizaine de jours à Ceuta, le flux s’est soudainement accéléré, jeudi 30 juillet, avec l’arrivée par la mer de milliers de personnes, de jeunes hommes et des adolescents dans leur immense majorité, Marocains pour la plupart.
    Les arrivées se sont poursuivies dans la nuit. Au moins 18 d’entre eux sont morts par noyade, a déclaré vendredi le ministère espagnol de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska, évaluant à ​près de 50 000 le nombre de migrants ayant franchi la frontière au ‌cours des dernières 24 heures. Il s’est rendu sur place, vendredi matin, aux côtés du premier ministre espagnol, Pedro Sanchez. Il s’agit de la plus importante arrivée de migrants depuis la grande crise de mai 2021, lors de laquelle plus de 10 000 personnes avaient réussi à passer en deux jours la seule frontière terrestre de l’Union européenne avec le continent africain avec Melilla, l’autre enclave espagnole en territoire marocain, où la frontière a été fermée.
    Du 1er janvier au 15 juillet, l’Espagne a enregistré une diminution de près de 25 % des arrivées sur son territoire. Cette baisse s’explique notamment par des accords signés avec le Maroc en février 2023 pour lutter contre la migration illégale. Le nombre de personnes empruntant la route vers les Canaries, par exemple, a chuté de 61 %. Toutefois, au gré de ces accords, les flux migratoires se sont déplacés. Ceuta est redevenue en 2026 l’une des portes privilégiées pour entrer en Europe avec une augmentation de plus de 149,4 % des passages par voie terrestre.
    Jeudi, Juan Jesus Vivas, le président (PP) de la ville autonome de Ceuta, a fait part de son inquiétude face à des centres d’accueil « débordés et saturés ». Au nom de toutes les formations politiques représentées au sein de l’exécutif local, parmi lesquels le Parti populaire (PP, droite) et Vox (extrême droite), mais aussi le Parti socialiste (PSOE), Juan Jesus Vivas a demandé au gouvernement espagnol la déclaration de « l’état d’urgence national ». A Madrid, le président du PP, Alberto Nuñez Feijoo, a exigé du gouvernement qu’il « reprenne le contrôle » de l’enclave tandis que la direction de
    Le premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sanchez, a téléphoné à Juan Jesus Vivas pour tenter de le rassurer. « Nous mobilisons toutes les ressources nécessaires (…) pour revenir à la normale dès que possible », a-t-il dit. En fin de journée, le déploiement de l’armée a été annoncé pour répondre à la gravité de la situation. Madrid a exclu, en revanche, de recourir à l’état d’urgence, les flux migratoires n’étant pas considérés comme un risque relevant du système national de protection civile.
    En Italie, la présidente du conseil d’extrême droite Giorgia Meloni s’est emparée de l’affaire, dénonçant les « images choquantes » de Ceuta et appelant à « des mesures exceptionnelles (…), comme la suspension de l’accord de Schengen avec l’Espagne ». Le ministre espagnol des affaires étrangères, José Luis Albares, a dénoncé dans la foulée la « démagogie » de Rome, annonçant la convocation vendredi de l’ambassadeur d’Italie à Madrid en signe de protestation.
    Pour le gouvernement espagnol, cette nouvelle poussée de fièvre s’explique par un arrêt rendu le 8 juillet par la Cour suprême espagnole qui aurait, selon lui, incité les réseaux de passeurs à redoubler d’activité. La haute juridiction se prononçait sur le cas d’un migrant originaire d’Algérie qui contestait sa remise aux autorités marocaines après avoir été intercepté en haute mer en novembre 2024 alors qu’il tentait, avec deux autres personnes, de rejoindre Ceuta à la nage. Elle a estimé que le refoulement immédiat de migrants tentant de rejoindre Ceuta ou Melilla par la mer n’était pas possible, alors qu’il l’est pour ceux qui passent illégalement la frontière par voie terrestre. « Cette décision de justice a encouragé les migrants à se diriger vers Ceuta par la mer, explique Jamila El Abboudi, militante à l’Association marocaine des droits humains (AMDH). La situation est catastrophique. »
    Au premier trimestre, le Maroc a affiché 4,6 % de croissance, mais le taux de chômage s’élève à 10,8 % de la population active et à 29,2 % chez les 15-24 ans, selon le Haut-Commissariat au plan marocain. « Un jeune qui part, parfois avec l’assentiment de ses parents, c’est une assurance qu’il enverra de l’argent à sa famille, souligne le sociologue Ali Zoubeidi. Le fait que le gouvernement espagnol annonce la régularisation de 500 000 sans-papiers [en avril] a aussi pu inciter des jeunes à tenter de rejoindre Ceuta. »
    A ce contexte espagnol s’ajoute un événement qui peut laisser penser que Rabat aurait délibérément lâché du lest aux portes de Ceuta. Le 20 juillet, au lendemain de la victoire de l’Espagne au Mondial de football, Pedro Sanchez s’est rendu à Alger en visite officielle pour apaiser les tensions avec son premier fournisseur de gaz, après la crise déclenchée en 2022 par le soudain soutien espagnol au plan marocain d’autonomie du Sahara occidental, un territoire disputé par les indépendantistes du Front Polisario, soutenu par l’Algérie. Pour Abdullah Abaakil, vice-secrétaire du Parti socialiste unifié marocain, il n’y a aucun doute : « Les autorités marocaines ont clairement laissé passer, assure-t-il. Il y a une tendance douteuse à utiliser la migration et le désespoir des jeunes pour mettre dans l’embarras le gouvernement espagnol et lui dire quand les choses ne lui plaisent pas. » Jeudi, Madrid et Rabat ont assuré que les deux pays travaillaient « en coordination », pour assurer « dès que possible, le rapatriement de toutes les personnes entrées illégalement » à Ceuta ces derniers jours. « La situation est critique, estime Jamila El Abboudi de l’AMDH. Il y a des centaines de jeunes qui viennent de Kénitra, Casablanca ou El Jadida, qui se dirigent vers la frontière de Ceuta. Ce n’est pas terminé. » Mise à jour le 31 juillet 2026 à 9 h 55, avec l’arrivée du premier ministre et du ministre de l’intérieur et l’actualisation du nombre de morts par noyade et de personnes ayant rejoint l’enclave

    #Migrant#migration#maroc#espagne#ceuta#migrationirreguliere#crise#frontiere#droit#sante

  • Afflux de migrants à Ceuta : la droite et l’extrême droite françaises mettent en cause le gouvernement de Pedro Sanchez, la gauche dénonce « des mensonges »
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/07/31/afflux-de-migrants-a-ceuta-la-droite-et-l-extreme-droite-francaises-mettent-

    Afflux de migrants à Ceuta : la droite et l’extrême droite françaises mettent en cause le gouvernement de Pedro Sanchez, la gauche dénonce « des mensonges »
    Par Marie Pouzadoux et Corentin Lesueur
    Il a suffi de quelques heures pour que les images inondent les réseaux sociaux et enflamment la droite et l’extrême droite françaises. Celles de dizaines de milliers de personnes traversant la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta dans la nuit de jeudi 30 à vendredi 31 juillet, après plusieurs jours d’arrivées en continu, ayant causé la mort d’au moins 34 personnes. Vendredi à 17 heures, plus de 37 500 migrants étaient déjà rentrés au Maroc, selon le gouvernement espagnol.
    Face à l’inflammabilité du sujet migratoire et une situation difficilement maîtrisable sur place, le gouvernement français a rapidement réagi vendredi. A l’instar des autres Etats membres de l’Union européenne (UE) redoutant des répercussions politiques et sécuritaires, Emmanuel Macron a déclaré avoir exigé le « renfort des contrôles à la frontière avec l’Espagne », peu après que le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé avoir « donné des instructions » en ce sens « dès [jeudi] soir ».Soucieux de se montrer en alerte sans s’avancer, pour l’heure, sur les causes de ces arrivées massives du Maroc, Emmanuel Macron a affiché la solidarité de la France envers l’Espagne. Se disant prête « à apporter aux autorités espagnoles tout l’appui nécessaire », y compris au travers de l’agence de l’Union européenne chargée du contrôle des frontières (Frontex).
    La ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, s’est aventurée plus loin. Interrogée au micro d’Europe 1 en début de matinée, elle a déploré des « autorités qui ne savent pas réguler et qui ont permis à ce flux massif [d’]arriver en Espagne », semblant cibler en creux le Maroc, comme la responsabilité des réseaux de passeurs clandestins. Mais elle a estimé que c’était aussi « la politique qui est menée par le gouvernement espagnol en matière migratoire » qui a conduit à cette situation. Dès vendredi matin, une partie de la droite ne s’est pas embarrassée de précautions pour accuser avec virulence le gouvernement espagnol d’être responsable de cet afflux migratoire, en raison de « ses choix laxistes ».
    Le premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, est devenu à leurs yeux une figure honnie depuis son annonce, en avril, d’un plan de régularisation exceptionnel de 500 000 personnes pour soutenir l’économie du pays. « La décision (…) que j’avais dénoncée crée un formidable appel d’air qui menace de déstabiliser l’Europe entière », a ainsi conspué sur X le candidat à la présidentielle des Républicains (LR) Bruno Retailleau. L’ex-ministre de l’intérieur, qui avait prôné « la mise au ban de l’Espagne » lors de l’annonce de la mesure, a appelé vendredi à un « électrochoc » européen.
    Dès la diffusion des premières images, l’extrême droite française s’est précipitée pour dénoncer une « invasion migratoire », usant de champs lexicaux guerrier ou animalisant, ou de références à la théorie raciste et complotiste du « grand remplacement ». L’eurodéputée Marion Maréchal a décrit des « hordes de jeunes Marocains », à qui le président de Reconquête ! Eric Zemmour, lui, a promis la « remigration, sinon nos peuples seront balayés par ce tsunami ». « Ils seront demain dans nos rues », a pour sa part alerté le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, sur X, déplorant une « submersion sans précédent ». En tant que président du groupe des Patriotes pour l’Europe (PFE), il a réclamé la tenue en urgence d’une session plénière exceptionnelle du Parlement européen.
    Plus que le rétablissement des contrôles à la frontière espagnole déjà annoncés, des responsables politiques de droite et d’extrême droite ont réclamé la suspension des règles de libre circulation dans l’espace Schengen, en soutien à la position de présidente du conseil italien, Giorgia Meloni. Quand bien même ces règles ne s’appliquent pas à l’enclave espagnole située au nord du continent africain.
    Dans un message posté sur X, la candidate du RN à la présidentielle, Marine Le Pen, en a même profité pour rappeler sa promesse de réserver le libre passage des frontières aux seuls citoyens européens. De quoi faire réagir, de l’autre côté du spectre politique, Jean-Luc Mélenchon : « Marine Le Pen voudrait présider une grande puissance européenne, mais ne sait pas que Ceuta (…) est déjà exclue de l’accord Schengen. » Le candidat de La France insoumise a plaidé a contrario pour que le France ne « laiss[e] pas [l’Espagne] seule face à l’épreuve » et « d’éventuelles manipulations », exigeant une « coordination européenne pour de l’aide humanitaire ».
    Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a lui aussi dénoncé « les mensonges », de « la droite et l’extrême droite [qui] se concurrencent chaque jour en matière de désinformation ». Il a témoigné de son soutien « aux autorités espagnoles pour lutter contre ce qui ressemble à s’y méprendre à une opération de déstabilisation de leur territoire », en pleines tensions diplomatiques entre l’Espagne et le Maroc. Au sein du bloc central, Edouard Philippe (Horizons), plus précautionneux dans son discours que Bruno Retailleau, a pressé la convocation d’une réunion en urgence des ministres de l’immigration des Vingt-Sept, tout comme le déploiement des forces de Frontex. Mais il a aussi incité l’UE à faire acte de plus de fermeté dans sa discussion avec les pays africains pour « prot[éger] ses frontières » et a renvoyé la balle à l’Espagne, jugeant qu’il « n’est pas acceptable qu’un pays [membre de l’UE] puisse seul décider de régularisations massives qui créent un appel d’air pour tout le continent ». Son concurrent dans la course à l’Elysée Gabriel Attal a lui aussi évoqué un « drame » qui « déstabilise tout un territoire », encourageant l’UE à « engage[r] un rapport de force inédit vis-à-vis des pays tiers et des réseaux criminels de passeurs qui sont à l’origine des événements ».

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#maroc#ceuta#migrationirreguliere#UE#frontex#frontiere#crise#droit#politiquemigratoire#extremedroite

  • Aerotorshow 2026 : brochure militariste en papier glacé et foules sous la canicule
    https://ricochets.cc/Meetin-militaire-Aerotorshow-2026-brochure-militariste-en-papier-glace-et-

    C’était en juin 2026 à l’aéroport de Valence-Chabeuil, en pleine canicule. Malgré une très longue attente sous un cagnard très mordant pour aller voir le défilé d’aéronefs militaires, on voit de nombreux enfants en bas âge, et même des bébés. Certaines familles ont quand même fait demi-tour par prudence. Retrouvez tout le dossier sur cet événement scandaleux sur Ricochets A l’entrée, des militaires distribuaient une brochure en papier glacé de 32 pages, remplie de pubs pour Thalès, (...) #Les_Articles

    / #Drôme, #Guerres

    https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2026/06/26/meeting-aerien-un-collectif-deplore-une-demonstration-d-armes-de-guerre

  • Schools are adding pepper-spraying drones to help combat active shooters
    https://www.washingtonpost.com/nation/2026/07/28/schools-are-adding-pepper-spraying-drones-help-combat-active-shooter

    Schools in at least three states will be equipped with #drones this year that can zoom through halls, smash windows and pepper-spray active shooters if teachers report a threat.

    At least nine schools — three in Florida, five in Georgia and one in Colorado — will have storage boxes that house the plastic, nonlethal aircraft made by Austin-based Mithril Defense. The drones, which can be activated by teachers, are capable of reaching a shooter within 15 seconds.

    [...]

    The programs continue a wave of spending on high-tech security on campuses — a multibillion dollar industry fueled by threat of school shootings. Nearly 400,000 students have experienced gun violence at school since the 1999 attack at Columbine High School in Colorado, according to a Washington Post tracker, which has recorded 435 shootings over that period.

    [...]

    Teachers will have an app or classroom panic buttons to summon the drones. Mithril Defense’s professional drone pilots can then fly them remotely.

    [...]

    Mithril isn’t the first company to attempt to place anti-shooter drones in school. In 2022, Axon Enterprise halted development of taser-equipped drones, after a mass resignation of its ethics board, which worried that the devices would stun innocent students or be abused by hackers.

    Jaclyn Corin, who survived the 2018 Marjory Stoneman Douglas High School shooting in Parkland, Florida, that killed 17, said she’d prefer to see officials prioritize policies that help prevent gun violence instead of responding to it.

    #école

  • La Russie recrute des jeunes femmes en Amérique latine pour assembler des drones au Tatarstan
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/07/28/la-russie-recrute-des-jeunes-femmes-en-amerique-latine-pour-assembler-des-dr

    La Russie recrute des jeunes femmes en Amérique latine pour assembler des drones au Tatarstan
    Par Chloé Auffray
    Se présenter dans une vidéo, avoir un passeport valide et apprendre 100 mots de russe : quelques étapes suffisent pour être embauchée par le programme russe d’Alabuga Start, qui engage des jeunes femmes âgées de 18 à 22 ans, originaires de 77 pays d’Afrique, d’Asie, et désormais d’Amérique latine. Ce programme de « réinstallation en Russie », comme il est décrit sur le site Internet, propose en théorie des formations et des emplois dans sept filières professionnelles différentes, en hôtellerie, dans la conduite de véhicules ou en logistique. Mais les femmes embauchées dans la ville de Ielabouga, au Tatarstan, à 1 000 kilomètres à l’est de Moscou, contribuent à leur insu à l’effort de guerre russe. Sur place, loin des promesses initiales, elles travaillent à l’assemblage des engins utilisés, sous licence iranienne, contre l’Ukraine, les drones de type Shahed, améliorés et appelés « Gueran-2 » et « Gueran-3 » en Russie.
    Depuis 2022, la zone économique spéciale (ZES) d’Alabuga, à Ielabouga, est le principal centre de production de drones de type Shahed en Russie. Malgré le manque de main-d’œuvre locale et les sanctions occidentales, cette production s’intensifie depuis 2024. Aucune étude ne permet pour l’instant d’estimer avec précision la portée du recrutement en Amérique latine, qui a débuté dès juin 2024, selon des données accessibles en sources ouvertes. En revanche, selon The Reporter, un média éthiopien, 200 femmes originaires de divers Etats africains, où le programme a d’abord été promu, l’ont intégré depuis 2022.
    Depuis, de nouvelles voies de recrutement ont émergé dans 13 pays d’Amérique latine, notamment en 2025, à grand renfort de publicité sur les réseaux sociaux, avec l’apparition de contenus générés par intelligence artificielle et de partenariats avec des influenceurs locaux. En Equateur, le maillot 2025 de l’un des quatre plus grands clubs de football du pays, le Club Deportivo El Nacional, est floqué du logo d’Alabuga Start. Au Mexique, un partenariat a été signé avec la mairie d’Abasolo, une ville de 10 000 habitants, tandis que quatre influenceurs colombiens ont même visité la ZES à l’été 2024 pour en faire la promotion.
    Sur le site officiel d’Alabuga Start, de nombreux articles se targuent de visites officielles de délégations africaines et américaines. Le 3 juillet, l’ambassadeur du Mexique en Russie, Eduardo Villegas Megias, s’est rendu sur place pour discuter notamment du « développement du recrutement ». Le diplomate mexicain aurait « identifié des régions prometteuses dans le sud du pays », où le programme russe pourrait attirer de futures participantes, d’après la publication. Le 1er mai, c’était une délégation vénézuélienne.
    Evénement
    Venue en complément du recrutement des citoyens russes, cette pratique suscite des interrogations à l’étranger sur les capacités de Moscou à projeter son discours, « alors que la machine militaire russe est épuisée par la guerre d’agression qui dure », souligne la politiste Marie Mendras, autrice de La Guerre permanente. L’ultime stratégie du Kremlin (Calmann-Lévy, 2024).Même si le recrutement en Amérique latine est plus récent qu’en Afrique et semble moins important pour l’instant, des voix s’élèvent pour tirer la sonnette d’alarme sur ce qui apparaît être de l’exploitation de main-d’œuvre, voire de la traite d’êtres humains. A celles qui rejoignent la Russie, le programme, de deux années minimum, promet sur son site « stabilité et Sécurité sociale garanties, salaire officiel et confiance en l’avenir », rien de moins. Une offre qui séduit, notamment d’un point de vue économique, avec des salaires de départ de plus de 500 dollars (440 euros) par mois et un loyer de 40 dollars en auberge de jeunesse, ainsi qu’une prise en charge de l’aller simple vers Moscou.
    Toutefois, des recrues africaines du programme ont témoigné d’une tout autre réalité sur les réseaux sociaux : cadences de travail effrénées, exposition à des produits chimiques dangereux, limitation de la liberté de mouvement. Après ces témoignages, l’agence Associated Press a publié une enquête sur le sujet en octobre 2024, dans laquelle une femme raconte être « maltraitée comme un âne, réduite en esclavage ». Une fois les agissements russes révélés, les comptes Meta, TikTok et Google de l’entreprise Alabuga Start ont été supprimés, freinant la diffusion du programme en Amérique latine, censée pourtant devenir le prochain vivier de recrutement de Moscou.
    Le 1er janvier 2026, le think tank américain néoconservateur Foundation for Defense of Democracies a publié un rapport sur ces pratiques, dénonçant l’emploi d’« une main-d’œuvre low cost qui soutient la production de drones russes en étant exploitée ». Par ailleurs, le groupe de réflexion souligne la surveillance constante des ouvrières, leurs conditions de travail dangereuses, des promesses salariales non tenues et une confiscation des passeports en cas de tentative de fuite. Selon les auteurs du rapport, le nombre de dortoirs destinés aux travailleurs dans la ville de Ielabouga serait passé de 15 à 104 en un an et demi, pour une capacité d’accueil de 40 000 personnes, laissant présager un recrutement plus important.
    Au-delà de la main-d’œuvre industrielle embauchée à travers le programme Alabuga Start, Moscou recrute aussi en Amérique latine des combattants pour sa guerre en Ukraine. En 2026, plus de 5 000 Cubains ont été envoyés pour batailler sur le front du Donbass. De fait, la propagande russe fonctionne, et, pour bien des pays d’Amérique latine, la Russie est un pays attirant. En ce sens, le fait qu’Alabuga Start parvienne à recruter à des milliers de kilomètres du territoire russe atteste d’« une large capacité de projection idéologique qui touche tant l’extrême droite que l’extrême gauche du spectre politique en Amérique latine », pour Douglas Farah, président du cabinet IBI Consultants, spécialisé dans les enjeux de sécurité en Amérique latine.
    Le Kremlin convainc grâce à ses réseaux d’influence, implantés sur le continent depuis la guerre froide. « Moscou croit que les pays qui appartenaient à la sphère d’influence de l’URSS constituent son “étranger proche”, qu’il a le droit de contrôler. Et pour confronter les Etats-Unis, la Russie doit le faire dans l’“étranger proche” américain, c’est-à-dire en Amérique latine, analyse Douglas Farah. Si on retrace les opérations de désinformation russes dans la région, elles décollent vraiment en 2014, quand la Russie envahit la Crimée, donc influence et effort de guerre sont manifestement liés », ajoute-t-il.
    Cette année-là, les télévisions russes de propagande Sputnik et Russia Today (RT) ont ouvert un canal hispanophone et des bureaux sur le continent latino-américain. Extrêmement développés, ces réseaux d’influence combinant créateurs de contenu, médias et agents locaux réussiront-ils à pérenniser le foyer de recrutement de main-d’œuvre latino-américaine ? C’est peu probable. « La Russie n’est plus une superpuissance, elle maintient la pression avec ces opérations. L’ingérence, c’est l’arme du pauvre pour une puissance en déclin », estime la chercheuse Marie Mendras.

    #Covid-19#migrant#migration#russie#ameriquelatine#ukraine#guerre#travailleurmigrant#drone#sante

  • Aux Etats-Unis, une réforme pour accélérer l’expulsion des demandeurs d’asile
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/07/29/aux-etats-unis-une-reforme-pour-accelerer-l-expulsion-des-demandeurs-d-asile

    Aux Etats-Unis, une réforme pour accélérer l’expulsion des demandeurs d’asile
    Les demandes pourront être directement adressées à des juges sans entretien préalable avec un agent des services de l’immigration, limitant la durée pendant laquelle les requérants pourront rester dans le pays.
    Le Monde avec AFP
    L’administration Trump a annoncé, mardi 28 juillet, un changement dans la procédure de demande d’asile aux Etats-Unis, une réforme présentée comme une simplification mais qui pourrait accélérer l’expulsion de centaines de milliers de personnes.Avec ce nouveau tour de vis de l’exécutif américain sur l’immigration, des demandes d’asile pourront désormais être directement adressées à des juges de l’immigration sans entretien préalable avec un agent des services de l’immigration.Le système actuel, qui autorise ces deux passages en revue du dossier, « permet aux étrangers de tenter d’avoir une deuxième chance avec l’asile », a déclaré le ministère de la sécurité intérieure dans un communiqué.
    Les nouvelles dispositions « vont raccourcir le temps total passé par les agents de l’asile et les juges de l’immigration pour statuer sur des demandes », a souligné le ministère. Jusqu’à 444 724 personnes dont la procédure est en cours « pourraient être touchées » par cette régulation, sur les près de 1,5 million de dossiers en cours d’examen, a-t-il précisé.« Le système d’asile américain existe pour protéger les personnes qui craignent réellement des persécutions », a déclaré Joseph Edlow, le directeur des services de citoyenneté et d’immigration (Uscis), l’agence du ministère chargée, notamment, des demandes d’asile.
    Cette réforme, annoncée mardi, à effet immédiat, va « faire en sorte que les ressources soient consacrées au traitement rapide de ces demandes plutôt qu’à celles de personnes qui cherchent à utiliser le système comme une faille » en restant sur le territoire américain le temps d’attendre une décision finale, a-t-il ajouté, cité dans le communiqué. Donald Trump a été réélu à la Maison Blanche sur la promesse d’un durcissement de la politique migratoire, et son gouvernement a multiplié les mesures en ce sens et mené une campagne d’expulsion massive des sans-papiers vivant aux Etats-Unis.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#politiquemigratoire#asile#droit#sante#expulsion

  • Asile en France en 2025 : les femmes désormais plus nombreuses à bénéficier de la protection subsidiaire - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72678/asile-en-france-en-2025--les-femmes-desormais-plus-nombreuses-a-benefi

    Asile en France en 2025 : les femmes désormais plus nombreuses à bénéficier de la protection subsidiaire
    Par Maïa Courtois Publié le : 29/07/2026
    La tendance à la baisse de la demande d’asile est confirmée par le dernier rapport d’activités de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) paru ce mardi. Les demandes de réexamens sont, en revanche, en forte hausse, portées notamment par les ressortissants haïtiens. Enfin, alors que le taux de réponses positives augmente, les femmes deviennent pour la première fois majoritaires à obtenir la protection subsidiaire.La demande d’asile en France a diminué de 5,5 % entre 2024 et 2025. Cette baisse de la demande d’asile a été confirmée par le dernier rapport d’activités de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) paru ce mardi 28 juillet. Celui-ci expose ses chiffres définitifs après un premier bilan provisoire publié en janvier. Après avoir atteint un niveau historique en 2024 avec 153 715 dossiers, la demande d’asile introduite à l’Ofpra a légèrement décru en 2025, atteignant 145 270 demandes (réexamens inclus). La tendance semble se poursuivre en 2026, avec une baisse de 20 % au premier semestre 2026, selon FranceInfo.
    Les Ukrainiens représentent la première nationalité à demander l’asile, avec près de 12 000 premières demandes en 2025.
    Face à l’augmentation de cette demande au fil des années depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, l’Ofpra a renforcé ses effectifs. Depuis septembre 2025, « le traitement des demandes d’asile ukrainiennes a été mutualisé entre les divisions géographiques Asie, Amériques-Maghreb et Amériques-Maghreb, portant à 261 le nombre d’officiers de protection formés pour en assurer l’instruction », évoque l’Ofpra. Les Ukrainiens sont suivis de près par les ressortissants de République démocratique du Congo (près de 11 300) et d’Afghanistan (près de 10 800).
    La tendance à la baisse s’explique par une certaine géographie des conflits, selon l’Ofpra. « Les Iraniens vont beaucoup en Turquie, les Palestiniens beaucoup au Royaume-Uni, etc. (...) On est dans des pays dont les ressortissants ne viennent pas traditionnellement en France », souligne Alain Espinasse, directeur général de l’Ofpra, auprès de FranceInfo. Mais aussi par les contrôles renforcés aux frontières européennes : « Lorsque vous avez des contrôles qui s’accroissent, mécaniquement, vous avez une baisse des demandes », estime-t-il."Il s’agit de la deuxième année consécutive de baisse observée depuis la crise du Covid en 2020", avait fait observer en janvier la Direction générale des étrangers de France (DGEF), qui comptabilise elle aussi les chiffres de l’asile en s’appuyant sur les dossiers déposés en préfectures (GUDA).
    Un peu plus de 50 % de femmes ont été placées sous la protection de l’Ofpra en 2025, soit une hausse de 3 points par rapport à 2024. Parmi les violences de genre évoquées lors des entretiens Ofpra (mariages forcés, mutilations sexuelles...), les violences domestiques prennent une place grandissante. « L’année 2025 confirme l’augmentation observée quant à l’invocation des faits de violences domestiques par les demandeuses d’asile qui l’allèguent désormais de façon plus explicite comme motif propre lors de leurs entretiens », précise l’Ofpra.
    Sur les questions de traite, un nombre « grandissant » de ressortissantes de pays latino-américains, qu’elles soient cisgenre et transgenre, invoquent être victimes de traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle, relève l’Ofpra. Les principaux pays concernés sont le Pérou et la Colombie. Pour la première fois, les femmes deviennent plus nombreuses parmi les bénéficiaires de la protection subsidiaire, ouvrant droit à un titre de séjour de quatre ans. Les femmes représentent ainsi 52 % des protections subsidiaires accordées en 2025.
    Pour rappel, la jurisprudence évolue sur la question des femmes et de l’asile. La CNDA avait d’abord reconnu l’existence du groupe social des femmes et jeunes filles afghanes en juillet 2024. De la même manière, la CNDA a reconnu le groupe social des femmes en Iran et en Somalie, en avril puis octobre 2025. Elle l’a refusé pour d’autres, notamment les femmes pakistanaises.Si la reconnaissance d’un groupe social fondé sur le genre « n’emporte pas, par elle-même, reconnaissance automatique de la qualité de réfugié » comme le rappelle l’Ofpra, ces nouveautés juridiques renforcent les dossiers d’asile déposés par les femmes.Parmi les 145 270 demandes de protection internationale, 111 343 étaient des premières demandes d’examen. Il faut bien comprendre que la baisse des dossiers reçus concerne uniquement ces premières demandes. Celles-ci ont en effet baissé de 14,4 % entre 2024 et 2025.À l’inverse, fait remarquable : les demandes de réexamens ont augmenté, elles, de 43 %. Près de 33 000 demandes de réexamen ont été déposées en 2025, contre 23 000 l’an dernier. Cela représente un dossier sur cinq déposé à l’Ofpra. Avant la crise sanitaire, cela ne représentait que 7% des dossiers. Haïti est la première nationalité à effectuer des demandes de réexamen - près de 23 % du total. « L’absence de perspective d’amélioration de la situation générale du pays conduit des personnes ayant quitté Haïti depuis plusieurs années à déposer une demande d’asile », souligne en outre l’Ofpra dans son rapport.
    La baisse globale de la demande d’asile s’accompagne, à l’inverse, d’une amélioration du taux de protection. En 2025, l’Ofpra a examiné 156 000 dossiers au total. Il s’agit de son « plus haut niveau d’activité jamais enregistré ». C’est 10% de dossiers traités en plus qu’en 2024. Bilan : le taux de protection a gagné deux points en plus. Il s’élève désormais à 41,2%, pour les réponses en première instance. Cette tendance à la hausse est expliquée par l’Ofpra par la place prépondérante des dossiers ukrainiens, afghans et haïtiens, qui ont toujours eu un très fort taux de protection. Si l’on observe les demandes de première comme de seconde instance - c’est-à-dire en englobant les réponses de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) -, l’évolution à la hausse est de 12 % par rapport à 2024.
    Au global, près d’un demandeur d’asile sur deux voit sa demande aboutir favorablement, comme l’écrivaient déjà la Direction générale des étrangers en France (DGEF) et l’Ofpra dans leurs premiers bilans en janvier. La part de titres de réfugiés et de protection subsidiaires délivrés après une réponse positive est quasiment équivalente. Là où le nombre de titres de réfugiés reste à peu près stable par rapport à 2024, c’est le nombre de protection subsidiaires accordées par l’Ofpra qui a fortement augmenté : plus 36 %, par rapport à l’an dernier.
    Même du côté des procédures accélérées, le taux de protection augmente. Il est en hausse de de 10 points, atteignant 37 % de réponses positives dans les procédures accélérées (contre 26,4 % en 2024). Cette hausse est notamment portées par les dossiers de ressortissants haïtiens, à l’issue souvent favorable. Pour rappel, une procédure accélérée est engagée lorsqu’il s’agit d’une demande de réexamen, d’un ressortissant provenant d’un des 13 pays classé « d’origine sûre », ou encore, quand la personne demande l’asile pour éviter un éloignement. Haïti représente 13 % des procédures accélérées examinées. La Géorgie, du fait de son inscription sur la liste des pays d’origine sûrs, totalise 10 % de ces procédures.
    La part des procédures accélérées est passée, en un an, de 38 à 45 % du total des demandes d’asile, rapporte l’Ofpra. Soit près d’un dossier sur deux désormais. Cette proportion n’a fait qu’évoluer à la hausse, d’année en année, depuis vingt ans. Avec 862 demandes déposées en 2025, le nombre de demandes des mineurs non-accompagnés est en baisse de 16%. « Ce phénomène significatif, observé depuis deux ans, se justifie en partie par la baisse continue de la demande de MNA afghans », explique l’Ofpra. En revanche, la tendance à l’augmentation de la part des filles se confirme. Elles représentaient 26 % du total en 2024, en augmentation par rapport à l’année précédente. En 2025, leur part atteignait 35 %, soit plus d’un dossier sur trois. Le taux de protection reste assez élevé, avec 78% des demandes acceptées en première instance, mais ce chiffre est en légère baisse par rapport à 2024

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