« En quelle année Napoléon a-t-il été sacré ? » : le test civique en France, un examen « facile » pour les uns, « aïe, aïe, aïe » pour les autres - InfoMigrants
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« En quelle année Napoléon a-t-il été sacré ? » : le test civique en France, un examen « facile » pour les uns, « aïe, aïe, aïe » pour les autres
Par Charlotte Boitiaux Publié le : 16/02/2026
Depuis le 1er janvier 2026, les étrangers demandant pour la première fois un titre de séjour, une carte de résident ou la naturalisation doivent obligatoirement réussir un examen civique. InfoMigrants est allé dans un centre d’examen en banlieue parisienne pour suivre plusieurs de ces tests. Christina, Libanaise et Nagi, Algérien, passaient l’examen pour la naturalisation. Samuel, Nigérian et Bienvenu, Congolais, tentaient, eux, le test pour la carte de résident. Reportage.
« Bonjour à tous. Vous êtes ici pour passer le test civique pour obtenir la carte de résident [d’une durée de 10 ans, ndlr]. Prenez votre temps, relisez vos réponses, ne vous précipitez pas ». Il est 9h05, samedi 14 février. Les candidats concentrés ne répondent pas au message d’encouragement de Parisa Forootan, l’examinatrice, mais lui sourient en silence. Un jeune homme regarde un cadre de l’Arc de triomphe accroché au dessus de sa place. « C’est pour nous mettre dans l’ambiance ’France’ », souffle-t-il en riant.Avant de sortir de la salle d’examen, Parisa Forootan lance un dernier message. « Et comme je le dis toujours : j’espère ne plus jamais vous revoir et que vous réussirez tous. Bon courage ! »
Parisa sourit, ferme la porte et vient à notre rencontre. « Je dois y retourner pour surveiller l’épreuve, mais je voulais vous préciser que c’est impossible de tricher, chaque candidat passe un test différent de son voisin », chuchote-t-elle. Parisa Forootan est la directrice adjointe d’ABC formation, à Saint-Ouen-l’Aumône, en banlieue parisienne, l’un des centres agréés par le ministère de l’Intérieur pour passer ces tests civiques désormais obligatoires à l’obtention d’un premier titre de séjour (carte pluriannuelle, de résident ou naturalisation).
Ce samedi matin, ils sont huit candidats, à bûcher, les mains sur le clavier. Finies les feuilles papiers, le test se passe sur support numérique. Une fine cloison feutrée sépare les ordinateurs. Pendant 45 minutes, les postulants devront répondre à 40 questions à choix multiples (QCM) portant sur leurs connaissance de l’histoire de France, des valeurs républicaines, de la géographie française... Des « mises en situation » sont aussi proposées. Pour réussir l’examen, un taux de bonnes réponses de 80 % est exigé (soit un score minimum à atteindre de 32/40). Les résultats arrivent en 48 heures.
Samuel, originaire du Nigeria, sort en premier. Il est 9h35. « Aïe, aïe aïe ! », lâche-t-il en riant. « J’ai trouvé ça assez dur... Pour moi, l’Histoire de France, c’est zéro... ». Samuel a 40 ans, il est préparateur de commandes à Beauvais, en Picardie. C’est la première fois qu’il passe l’examen pour la carte de résident et il n’a pas eu le temps de réviser, se justifie-t-il. « J’ai beaucoup de travail, des horaires décalés, c’est pas simple de dégager du temps ». Pour Samuel, les questions sur l’histoire et la géographie furent assez pénibles.
Quelques minutes plus tard, Bienvenu, originaire du Congo-Brazza, sort à son tour de la salle. Lui se dit confiant. « Je vise un haut score », déclare calmement cet homme de 62 ans, en France depuis 2009. Les questions étaient simples, affirme-t-il. « Qu’est-ce que l’Hôtel Matignon ? Qui est le chef du gouvernement ? Tout cela est facile ». La seule embûche fut une question d’histoire. « En quelle année Louis-Napoléon Bonaparte a-t-il été sacré empereur ? J’ai hésité mais finalement, j’ai répondu 1852 ». Bonne réponse.Grace, originaire du Congo-Kinshasa, entièrement vêtue d’un ensemble de sport Adidas, sort au bout des 45 minutes réglementaires. « Ca va », glisse-t-elle d’une petite voix timide. « On m’a demandé les dates sur la Première guerre mondiale, je connaissais, par contre, à un moment, il a fallu compléter les paroles de la Marseillaise. Ca, j’ai pas tout su... » La candidate, en France depuis 13 ans, se remémore d’autres questions. « On m’a aussi demandé quelque chose sur un écrivain français, j’ai répondu au hasard ».
C’est la deuxième fois que Grace passe cet examen pour la carte de résident. « La première fois, j’ai obtenu 29/40 ». Un score éliminatoire. « Cette fois-ci, j’aimerais bien avoir 32/40 ». « Vous savez, c’est pas toujours facile. On n’étudie pas du tout les mêmes choses que vous en Afrique, il faut tout revoir de zéro ».
Dans le hall d’accueil, à 9h50, Parisa Forootan et ses collègues attendent la fin de l’épreuve pour rassurer les candidats, recueillir leurs impressions et leur offrir des viennoiseries ou des bonbons. « C’est pas grand chose, mais on tient à les encourager », glisse une des examinatrices. « Quand on rate, on peut réessayer mais l’examen a un coût. C’est 70 euros à chaque fois, c’est une somme pour certains ».
Le prix varie en fonction des centres d’examen en France, de 70 à 150 euros environ. « Beaucoup de candidats traversent la France pour venir passer l’examen ici, à Saint-Ouen-l’Aumône. Nous avons une bonne réputation, des bons avis sur Google », ajoute Parisa Forootan.
À 10h, de nouveaux candidats se présentent. Cette fois-ci, ils passent le test pour la carte pluriannuelle (carte de séjour de courtes durées). L’examen est censé être plus facile que celui pour les cartes longs séjours.En sortant, Charlie confirme la « simplicité » des questions. Cette Camerounaise d’une cinquantaine d’année, manteau léopard sur les épaules, ironise. « On m’a demandé les couleurs du drapeau français... Franchement, sur cinq options, j’ai pas eu de doutes. Pour moi, ça allait de soi », rit-elle. Charlie explique qu’elle n’a pas voulu réviser avec les annales proposées par le ministère de l’Intérieur. « Je vais être honnête, j’ai fait des études universitaires. Ça suppose quand même que j’ai atteint un niveau de culture générale et de connaissances suffisantes. Enfin j’espère »."Il y a une seule question qui m’a posé problème", confesse-t-elle. « Je ne connaissais pas un personnage historique dans le test. Une certaine Baker... Je n’avais jamais entendu ce nom ».
« Quelqu’un qui vit en France depuis cinq ans devrait pouvoir passer le test sans entraînement »
À 11h, dernière épreuve de la journée. « Nous allons recevoir des personnes pour le test de naturalisation », rappelle Parisa Forootan. Dans la salle d’attente, Christina, une Libanaise travaillant dans l’informatique, paraît stressée. « Il faut que je réussisse, j’aimerais vraiment être Française », dit-elle en réajustant ses lunettes sur son nez. À ses côtés, Nagi, un Algérien, est plus serein.
Vingt minutes minutes plus tard, ils sortent tous les deux en souriant. « Les questions étaient simples », raconte Christina, en France depuis cinq ans. « Je redoutais les questions de géographie mais ça allait. On m’a demandé le chef-lieu de la Bretagne... Sinon, en vrac, on m’a aussi demandé la date de la Révolution française, de l’abolition de l’esclavage... Franchement, quelqu’un qui vit en France depuis cinq ans devrait pouvoir répondre à ces questions même sans entraînement », assène-t-elle."Moi aussi, j’ai trouvé que c’était facile", répond à son tour Nagi qui passait lui aussi l’examen pour la première fois. Le jeune homme, en France depuis 2019, confesse n’avoir pas su qui était Claude Debussy « mais à part ça, j’avais passé des QCM en ligne, je m’étais entraîné. Je n’ai pas vu de difficultés. Je suis donc sorti au bout de 15 minutes ».
Lundi 16 février, soit deux jours après l’examen, les résultats sont tombés. InfoMigrants a reçu plusieurs messages. Le premier a été envoyé par Charlie, la Camerounaise. « J’ai eu 38/40 ! J’avais dit 37, je suis pas loin de mon estimation ». Le deuxième SMS arrive quelques minutes plus tard. Il vient de Nagi. « 37/40. C’est super. Bonne journée ». Samuel, n’a pas réussi. « J’ai échoué mais je vais me réinscrire », assure-t-il. Christina, de son côté, a majoré. « J’ai eu 40/40 », nous écrit-elle. « Je suis trop contente, il ne me manquait que cet examen pour pouvoir déposer mon dossier [de naturalisation]. Et en vrai, c’est chouette cet examen, c’est une opportunité d’apprendre plein de choses sur la France ».
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