• Les verts allemands se libèrent du droit international
    https://x.com/phoenix_de/status/2028104296177279471

    1.3.2024 @phoenix_de - Der Angriff auf den Iran sei zwar „klar völkerrechtswidrig“, so Anton Hofreiter @GrueneBundestag​, doch es handele sich um ein „extrem verbrecherisches Regime“. Man könne daher darüber diskutieren, ob dieses Regime noch legitim oder „vom Völkerrecht geschützt ist.“

    Je me demande si le cerveau de « Anton Hofreiter » est encore protégé par une loi quelconque. Ce veinard vert a la chance qu’aujourd’hui on peut examiner la question in vivo . Avec Rosa Luxemburg il a encore fallu le faire post mortem . On l’a d’ailleurs enterré sans.

    Non, détrompez vous, ceci n’est pas un appel à assassiner l’énergumène vert . On ne crois pas en l’efficacité de la méthode « un oeuil pour un oeuil ».

    #droit_international #verts #guerre #wtf

  • L’Allemagne te fait savoir qu’elle commence à en avoir un peu marre, de ces histoires de « droit international ». (Je n’ai jamais cru aux prétentions européennes à la clarté éthique, m’enfin là, le suicide moral de l’Europe est parfaitement achevé. Visiblement on est même passé au stade où l’on s’en vante.)

    Merz : Iran should not be protected by international law
    https://www.telegraph.co.uk/world-news/2026/03/02/friedrich-merz-iran-not-be-protected-international-law

    Friedrich Merz has appeared to suggest that Iran should not be protected by international law.

    In a major intervention, the German chancellor expressed fears that such rules were becoming redundant in a world where rogue states broke them with impunity and allies did not enforce them.

    He went on to say that “now is not the time” for Europeans to “lecture” the United States and Israel about legality, as he turned a blind eye to accusations that their attacks on Iran broke international law.

  • Conférence de Munich sur la sécurité. La secrétaire générale d’Amnesty International alerte sur le fait que les atteintes au #droit_international compromettent la #sécurité mondiale - AMNESTY FR
    https://www.amnesty.fr/communiques/conference-de-munich-sur-la-securite-la-secretaire-generale-damnesty-interna

    « Il est d’ores et déjà clair que 2026 sera une année marquée par d’immenses défis en matière de sécurité mondiale. L’acte d’agression mené par le gouvernement de Donald Trump contre le Venezuela et ses menaces répétées d’intervention militaire en Colombie, au Groenland, en Iran et au Mexique dénotent une approche de la politique étrangère fondée sur la loi du plus fort et un mépris total pour le droit international. Dans le même temps, Israël refuse de mettre fin au génocide des Palestinien·ne·s dans la bande de Gaza occupée, malgré le cessez-le-feu censé être en vigueur, et la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine s’apprête à entrer dans sa cinquième année, sans perspective de voir cesser les attaques illégales que subit la population civile ukrainienne, a déclaré Agnès Callamard.

    « Ce n’est pas le moment pour les États d’imiter, d’apaiser ou de capituler face aux tyrans. Les agressions militaires et les actes d’intimidation économiques de certains États, associés à la complicité et à la lâcheté de nombreux autres, ébranlent l’ordre multilatéral fondé sur des règles. Faut-il pour autant en conlure qu’il s’agissait ou qu’il s’agit d’une illusion ? Certainement pas. Pas plus que nous devrions renoncer aux principes qui le sous-tendent. La sécurité de milliards de personnes à travers le monde dépend de notre capacité à faire vivre l’esprit de l’après-Seconde Guerre mondiale et à renforcer le droit international et les protections relatives aux droits humains. Ce qui suppose notamment de réformer les règles régissant le droit de veto et la composition du Conseil de sécurité des Nations unies, de protéger des instances comme la Cour pénale internationale et de repenser le système juridique international afin de l’adapter aux réalités du monde tumultueux d’aujourd’hui.

    « Les dirigeant·e·s mondiaux doivent faire preuve de courage et saisir l’occasion offerte par des forums tels que la Conférence de Munich sur la sécurité pour organiser une résistance collective face aux atteintes au droit international qui nous mettent tous en danger. Il faut en finir avec les intimidations. L’humanité doit triompher. »

    • Agnes Callamard sur X :
      https://x.com/AgnesCallamard/status/2022605711033688147

      At the Munich Security Conference, I am listening thus far to mediocre statements from European political leaders. This would be sad at any point in time. This is unconscionable at a time when the world is falling into an abyss. Focusing on European defence, sovereignty and independence is not the concern. What is eminently problematic is the complete absence of a political project vision, a positive vision for our global society. Such lack of multi-dimensional understanding of the world is all the more appalling given the incredibly racist project and vision put forward by State Secretary Rubio here. But he, let’s celebrate the renewed transatlantic relationship between… well, lets say it, white people. Appalling.

    • Agnes Callamard sur X :
      https://x.com/AgnesCallamard/status/2022948776655065476

      Many of us present at Munich, meaning many of us not holding European governments positions (and some who do) have reached a similar conclusion: European political leadership is weak and mediocre, at best. German state representatives may be the worse reflection of this. Spanish ones stand out as the exception. In between, we can find different shades of weakness. But the key message from MSC is : no backbone, no vision, no resistance to a US project predicated on the subservience of Europe and white Christian supremacy.

  • Avalon Project - Judgment of the International Military Tribunal
    https://avalon.law.yale.edu/subject_menus/judcont.asp

    On a plusieurs fois mené des discussions qui se réfèrent au droit international depuis le jugement de Nuremberg de 1946. Voici le text en anglais. Je n’ai pas encore trouvé les autres versions de langue officielles.

    General

    The Charter Provisions

    The Nazi Regime in Germany
    Origin and Aims of the Nazi Party
    The Consolidation of Power
    Measures of Re-Armament
    The Common Plan or Conspiracy and Aggressive War
    Preparation for Aggression
    Planning of Aggression
    Conferences of 23rd November, 1939, and 5th November, 1937

    The Invasion of Austria
    The Siezure of Czechosolovakia
    The Aggression Against Poland
    The Invasion of Denmark and Norway
    The Invasion of Belgium, The Netherlands and Luxemburg
    The Aggression Against Yugoslavakia and Greece
    The Aggressive War Against the Union of Soviet Socialist Republics
    War Against the United States

    Violations of International treaties

    General
    The Hague Conventions
    The Versailles Treaty
    Treaties of Mutual Guarantee, Arbitration and Non-Aggression
    The Kellogg-Briand Pact
    The Law of the Charter
    The Law as to the Common Plan or Conspiracy
    War Crimes and Crimes Against Humanity
    General
    Murder and Ill-Treatment of Prisoners of War
    Murder and Ill-Treatment of Civilian Population
    Slave Labour Policy
    Persecution of the Jews
    The Law Relating to War Crimes and Crimes Against Humanity
    The Accused Organizations
    General
    The Leadership Corps of the Nazi Party
    Gestapo and S.D.
    The SS
    The SA
    The Reich Cabinet
    General Staff and High Command

    THE DEFENDANTS
    Goering
    Hess
    Ribbentrop
    Keitel
    Kaltenbrunner
    Rosenberg
    Frank
    Frick
    Streicherdiscuté
    Funk
    Schacht
    Doenitz
    Raeder
    von Schirach
    Sauckel
    Jodl
    von Papen
    Seyss-Inquart
    Speer
    von Neurath
    Fritzsche
    Bormann
    The Sentences
    Dissenting Opinion of the Soviet Member of the International Military Tribunal
    General
    Schacht
    von Papen
    Fritzsche
    Hess
    Reich Cabinet
    General Staff and OKW

    #guerre #génocide #crime_de_guerre #justice #nazis #droit_international

  • Venezuela : y a quand même un, ou plutôt, des trucs bizarres…

    • le déroulement de l’opération laisse à penser – c’est suggéré relativement fréquemment dans les médias – qu’il y a eu des complicités internes

    • dans le même sens, j’ai beaucoup de mal à penser que les raids d’hélicoptères venant de la mer aient pu à ce point passer inaperçus : Caracas est située dans une vallée à 930 mètres d’altitude, à une vingtaine de kilomètres de la côte dont elle est séparée par une chaîne côtière qui culmine à plus de 2500 mètres (l’Ávila et le Naiguatá sont situés sur la route la plus directe entre la mer et le palais de Miraflores. L’autoroute La Guaira-Caracas part de l’aéroport international Simón Bolívar à Maiquetia. Même en approche rasante, il y a un moment où il a fallu que les hélicos grimpent,… à moins de 5 km des radars de l’aéroport ? L’alternative éventuelle contournant la chaîne côtière suppose plusieurs dizaines de kilomètres dans la vallée. Apparemment, pas de détection, pas d’alerte…

    • on ne peut pas dire que ça se bouscule pour remplir le vide du pouvoir. Pour l’opposition, on comprend bien que personne, sauf à se suicider politiquement, n’ait envie de débarquer dans les fourgons des états-uniens (d’ailleurs Trump n’aime pas MCM – mais, c’est vrai, c’est par pure jalousie…)

    • côté pouvoir, normalement, l’empêchement du président ne souffrant guère de doute, on devrait voir monter au créneau la vice-présidente Delcy Rodríguez alors qu’elle brille par sa discrétion et rappelle à tout bout de champ que le président, c’est toujours Nicolás Maduro. Tout aussi effacé, celui qu’on a longtemps présenté comme l’homme fort du régime, éventuel successeur de Chávez, Diosdado Cabello. Il a beaucoup de cartes en main, vice-président du PSUV, ancien président de l’Assemblée nationale et surtout actuel ministre de l’Intérieur, de la Justice et de la Paix. Le pays est tout entier mobilisé mais on ne perçoit pas les déploiements ; que fait la milice bolivarienne, p. ex. qu’on a vu très active lors d’événements antérieurs ?

    bref, un peu moins de 24 heures après, on a l’impression qu’il ne se passe pas grand chose, en tous cas, pas dans la lumière. Dans l’ombre ?… sur place, l’incertitude - et l’angoisse – doit être à son plus haut.

    • Bref, on change la tête de gondole, mais on ne touche à rien dans les rayonnages. Et tout le monde est content : le big boss a son succès télégénique et a terrassé – pour combien de temps – la mafia des trafiquants de drogue, et, sur place, on remet tout en place en évitant de se faire remarquer.

      Et pourquoi pas, si Maduro se montre coopératif, quand la poussière sera retombée, on l’exfiltre une deuxième fois à la Juan Orlando Hernández…

    • Au passage, j’ai pas beaucoup regardé les émissions sur les chaines d’info, mais j’ai pas été déçu du voyage. Sur LCI, j’apprends que la Guyane (française, évidemment) est frontalière du Venezuela), et de même que le Honduras, justement, c’est la porte à côté et que c’est bien commode pour les échanges entre trafiquants de drogue.

    • L’enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela, une démonstration de force de Donald Trump et un message envoyé au monde entier
      https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/03/l-enlevement-de-nicolas-maduro-au-venezuela-une-demonstration-de-force-de-do

      Donald Trump a annoncé que les Etats-Unis comptaient « diriger » le Venezuela jusqu’à une « transition sûre » et exploiter ses réserves de pétrole.

      [...]

      Les explications du général Dan Caine, pour impressionnantes qu’elles soient sur les compétences militaires américaines, ne dissipent cependant pas toutes les interrogations. La facilité avec laquelle les troupes américaines ont pénétré dans l’enceinte présidentielle, la précision des renseignements et l’absence de blessés ou de dégâts matériels sérieux semblent indiquer que la résistance n’a pas été acharnée côté vénézuélien, ou que les capacités militaires de Caracas avaient été surévaluées. Selon le New York Times, la CIA avait installé une équipe d’agents sur place depuis le mois d’août, qui a permis de collecter des informations précieuses sur les habitudes de Nicolas Maduro. Les #Etats-Unis ont-ils bénéficié de complicité dans l’entourage du dirigeant ? Et dans quel état se trouve réellement l’appareil chaviste au pouvoir depuis 1999 ? Les jours qui viennent permettront de le mesurer.

      Les responsables de l’administration américaine ont en revanche insisté à plusieurs reprises sur un élément majeur : parmi les hommes déployés sur le terrain, figuraient des officiers judiciaires. La Maison Blanche assure qu’il s’agit de l’arrestation d’un criminel à l’étranger et non de l’invasion d’un pays souverain. Nicolas Maduro et sa femme ont été inculpés devant un tribunal fédéral de New York, pour conspiration narcoterroriste, visant à faire déferler de vastes quantités de drogues aux Etats-Unis, selon le document d’accusation de 25 pages rendu public. Il s’agit là de justifier la légalité de l’intervention, non pas du point de vue du #droit_international, dont Donald Trump semble faire peu de cas, mais davantage au regard de la Constitution américaine.

      Aux Etats-Unis, c’est le Congrès qui a le pouvoir de déclarer une guerre, tandis que l’autorité du président se borne normalement à décider d’opérations militaires ciblées, rapides et revêtant un caractère d’urgence, notamment pour la sécurité des Américains. En cas de décision prise à la Maison Blanche, le Congrès doit être informé dans les 48 heures, et si l’opération se poursuit au-delà de 60 jours, elle doit être approuvée par un vote. « Le Congrès a tendance à faire fuiter les informations », a lâché Donald Trump pour justifier le fait que les élus n’avaient pas été prévenus. Le chef de l’exécutif n’a de cesse de rogner sur le pouvoir législatif depuis le début de son deuxième mandat.

      [...]
      Donald Trump [...] a lancé une menace à peine voilée au régime castriste à Cuba, qui pourrait être le prochain pays sur la liste. « Je pense que nous allons finir par parler de Cuba, car Cuba est actuellement une nation en déclin, une nation en très grave difficulté », a-t-il expliqué, avant de passer la parole à son secrétaire d’Etat, Marco Rubio, né en Floride dans une famille d’exilés cubains opposés au communisme. « Si je vivais à la Havane et que j’étais au gouvernement, je serais au moins un peu inquiet », a glissé celui-ci. Le type d’avertissement que l’administration Trump a lancé des mois durant à Nicolas Maduro.

      https://justpaste.it/mayen

      #pétrole #tourisme

  • Du Yémen au Soudan du Sud, l’ONU face à la banalisation des attaques contre son personnel | ONU Info
    https://news.un.org/fr/story/2025/12/1158126

    Le drapeau bleu devait être un rempart. Il est devenu une cible. En quelques jours à peine, la liste des membres du personnel de l’ONU tués ou en détention s’est encore allongée. Signe que l’organisation, présente dans les conflits les plus violents, est de plus en plus privée de la protection minimale que lui confère le #droit_international.

  • L’administration Trump sanctionne deux juges de la Cour pénale internationale - Le Club des Juristes
    https://www.leclubdesjuristes.com/en-bref/ladministration-trump-sanctionne-deux-juges-de-la-cour-penale-int

    Jeudi 18 décembre, soit trois jours après une décision jugée défavorable à Israël, l’administration américaine a annoncé des sanctions visant deux nouveaux juges de la #CPI : Gocha Lordkipanidze et Erdenebalsuren Damdin. Ces mesures se traduisent notamment par la fermeture de leurs comptes bancaires, l’annulation de leurs cartes de retrait ainsi que par des restrictions d’accès à Internet.

    En réaction, la Cour pénale internationale a dénoncé « une atteinte flagrante à l’indépendance d’une institution judiciaire impartiale » ainsi qu’une « atteinte à l’Etat de droit ». L’institution estime que « c’est l’ordre juridique international lui-même qui est mis en péril. ».

    De son côté, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a déclaré que les États-Unis ne toléreraient « aucun abus de pouvoir de la CPI qui viole la souveraineté des Etats-Unis et d’Israël et soumet indûment des ressortissants américains et israéliens à sa juridiction » soulignant que « Les Etats-Unis et Israël ne sont pas parties au statut de Rome et rejettent donc la compétence de la CPI ».

    #états-unis #droit_international #sanctions

  • Plan Trump pour Gaza : « Le Conseil de sécurité de l’ONU a institutionnalisé un protectorat illégal sur Gaza »

    Présentée comme « historique », la résolution 2803 adoptée le 17 novembre par le Conseil de sécurité des Nations unies l’est surtout par l’ampleur du précédent qu’elle crée : jamais l’#ONU n’avait validé la mise sous tutelle d’un territoire occupé au profit d’un plan négocié exclusivement entre les Etats-Unis et Israël, puis consacré comme norme internationale.
    Sous le couvert de la paix, le Conseil de sécurité entérine un dispositif contraire aux principes du droit international, du droit international humanitaire et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le texte se « félicite » d’un « plan d’ensemble » rédigé hors de tout cadre multilatéral, ignoré pendant deux ans puis réapparu sous la forme d’une annexe inspirée d’accords bilatéraux conclus à Washington et Jérusalem. Aucun acteur palestinien – ni le Hamas, ni l’Autorité palestinienne, ni la société civile – n’a participé à son élaboration. Comme l’a rappelé la professeure de droit public Monique Chemillier-Gendreau, autrice de Rendre impossible un Etat palestinien (Textuel, 160 pages, 17,90 euros), aucun processus de paix ne peut être légitime s’il est défini par une seule partie au conflit et son allié stratégique. Ici, tout contredit l’idée même de négociation.

    Certes, la présidence palestinienne a salué la résolution après son adoption, dans l’espoir d’un cessez-le-feu immédiat et d’un accès humanitaire. Mais un tel appui tardif, exprimé dans un contexte de contrainte extrême, ne vaut ni participation ni consentement libre aux mécanismes institutionnels imposés. Le droit international distingue clairement l’acceptation politique d’un arrêt des hostilités du consentement valide à un régime quasi tutélaire. L’endossement ultérieur ne saurait donc régulariser un plan conçu en dehors de tout cadre onusien.

    L’élément le plus préoccupant est pourtant ailleurs : la création d’un « conseil de paix » , doté d’une personnalité juridique internationale, chargé de gouverner Gaza jusqu’à la réalisation d’un programme de réformes imposé à l’Autorité palestinienne. Cette structure n’est pas une mission de l’ONU, n’est pas placée sous l’autorité du secrétaire général et serait dirigée par Donald Trump, entouré d’anciens dirigeants et de personnalités privées.

    Coalition ad hoc

    C’est la première fois que le Conseil de sécurité délègue des prérogatives quasi gouvernementales à une entité externe financée par des contributions volontaires, habilitée à administrer un territoire et à exercer des fonctions régaliennes. Un tel schéma ne correspond à aucune catégorie prévue par la charte des Nations unies : il s’agit d’une privatisation de la gouvernance internationale, au mépris du droit à l’autodétermination.

    La résolution autorise également la création d’une force internationale de stabilisation, qui n’est pas une force de l’ONU mais une coalition ad hoc, opérant « en consultation étroite » avec Israël et l’Egypte. Dotée d’un mandat exceptionnel – démilitarisation, destruction d’infrastructures, contrôle des frontières –, elle placerait un territoire ravagé par deux ans de bombardements et de crimes internationaux sous un régime sécuritaire dominé par les puissances responsables des hostilités. La neutralité, principe cardinal des opérations de paix, disparaît totalement.

    Plus grave encore, la résolution évince l’acquis normatif de l’ONU : silence sur la résolution 2334 (colonisation), sur les décisions de la Cour internationale de justice (CIJ) concernant l’occupation, le risque de génocide ou l’aide humanitaire ; absence des résolutions 242 et 338, pourtant fondatrices du cadre de paix. Elle ignore l’interdiction absolue d’utiliser la faim comme méthode de guerre – pourtant documentée et rappelée par la CIJ – et n’impose aucune obligation concrète à Israël en matière de protection des civils ou d’accès humanitaire, alors que Gaza demeure, selon l’ONU, la région la plus affamée du monde.

    En normalisant la déradicalisation forcée, la démilitarisation totale, le contrôle absolu des mouvements et la gestion externe de la gouvernance, le texte crée les conditions structurelles de violations graves du droit international humanitaire. Il rappelle les anciens mandats coloniaux : un territoire sous contrôle sécuritaire étranger, administré par un conseil international non élu, où la population est sommée d’accepter un cadre politique façonné de l’extérieur. Rien n’y garantit la sécurité des civils, l’accès généralisé à l’aide, la cessation des bombardements, ni la justice – aucune mention de la Cour pénale internationale, des enquêtes en cours ou de l’exigence de réparations. En somme, le Conseil de sécurité de l’ONU a institutionnalisé un protectorat illégal sur Gaza.

    L’argument selon lequel l’Autorité palestinienne aurait « approuvé » le dispositif repose sur une confusion : ce qu’elle a salué, c’est la perspective d’un cessez-le-feu, non la création d’un « conseil de paix » doté de prérogatives quasi gouvernementales. Aucune déclaration postérieure, formulée dans un contexte de détresse extrême, ne saurait valider la privation durable du droit d’un peuple à décider de ses institutions.

    La résolution 2803 n’est pas un pas vers une paix juste. C’est un recul majeur pour le droit international et pour la crédibilité même de l’ONU. Il appartient désormais aux Etats, aux juridictions et aux citoyens d’empêcher qu’elle devienne la nouvelle normalité.

    Alfonso Dorado, avocat et membre de Juristes pour le respect du #droit_international (Jurdi) ; Patrick Zahnd, président de Jurdi.
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/12/09/plan-trump-pour-gaza-le-conseil-de-securite-de-l-onu-a-institutionnalise-un-

  • La vie de Nicolas Guillou, #juge français de la #CPI sous sanctions des Etats-Unis : « Vous êtes interdit bancaire sur une bonne partie de la planète »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/11/19/nicolas-guillou-juge-francais-de-la-cpi-sanctionne-par-les-etats-unis-face-a

    La vie de Nicolas Guillou, juge français de la CPI sous sanctions des Etats-Unis : « Vous êtes interdit bancaire sur une bonne partie de la planète »
    Six juges et trois procureurs de la Cour pénale internationale ont été placés sous sanctions par l’administration Trump. Dans un entretien au « Monde », le magistrat raconte le poids de ces mesures sur son travail et son quotidien.
    Propos recueillis par Stéphanie Maupas (#La_Haye, correspondance)

    Le juge français à la Cour pénale internationale (CPI), Nicolas Guillou, a été placé sous sanctions américaines par une décision de Donald Trump prise le 20 août. Le #Trésor américain justifie cette décision par le fait que M. Guillou a « autorisé l’émission par la CPI de mandats d’arrêt contre le premier ministre israélien, Benyamin #Nétanyahou, et le ministre de la défense, Yoav Gallant ». Les deux hommes ont été inculpés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité pour leur rôle dans la destruction de la bande de Gaza.

    En tout, six juges et trois procureurs de la CPI, dont le procureur général, Karim Khan, sont sous #sanctions des #Etats-Unis. Dans un entretien au Monde, le magistrat évoque le poids de ces mesures sur son travail et sa vie quotidienne. Sans se prononcer sur les affaires en cours, il exhorte les autorités européennes à activer un mécanisme qui permettrait de limiter l’impact des restrictions américaines.

    Quel est l’objet du mécanisme américain de sanctions ?
    Au départ, cela a été créé pour répondre aux violations des droits humains, pour la lutte contre le terrorisme et le trafic de stupéfiants. Aujourd’hui, près de 15 000 personnes sont sur la liste américaine des personnes sanctionnées, essentiellement des membres d’Al-Qaida, de l’organisation Etat islamique, de groupes mafieux et des dirigeants de régimes dictatoriaux. Et dans cette longue liste se trouvent neuf magistrats de la CPI.

    Que signifient ces sanctions, concrètement, dans votre vie quotidienne ?
    Cela va bien plus loin qu’une simple interdiction du territoire américain. Ces sanctions touchent l’ensemble des actes de ma vie quotidienne. Elles interdisent à toute personne physique ou morale américaine, tout individu ou toute entreprise, ainsi que leurs filiales à l’étranger, de me fournir des services.

    Tous mes comptes auprès d’entreprises américaines, comme Amazon, Airbnb, PayPal, etc., sont fermés. J’ai par exemple fait une réservation sur le site Expedia pour un hôtel en France et, quelques heures plus tard, j’ai reçu un e-mail de l’entreprise annulant ma réservation, au motif de ces sanctions. En pratique, vous ne pouvez plus faire de commerce en ligne, car vous ne savez pas si le colis qui emballe votre produit est américain. Etre sous sanctions, c’est être renvoyé dans les années 1990.

    L’accès au système bancaire est-il encore possible ?
    Dans ce domaine, les sanctions ont un aspect encore plus intrusif. Il y a des banques qui, même si elles ne sont pas américaines, ferment les comptes des personnes sanctionnées. Toute transaction bancaire effectuée avec une personne physique ou morale américaine, ou qui se fait en dollars, ou par une monnaie qui utilise le dollar pour la conversion, est interdite. En pratique, vous êtes interdit bancaire sur une bonne partie de la planète. A cela s’ajoute que tous les systèmes de paiement sont américains, American Express, Visa, Mastercard. Du jour au lendemain, on se retrouve sans carte bancaire, et ces entreprises ont un quasi-monopole, en tout cas en Europe. Toutes les entreprises américaines sont mobilisées pour intimider les personnes sanctionnées, donc, en l’espèce, les juges et les procureurs qui travaillent au service de la justice dans les conflits armés contemporains. Et il faut savoir que ces mesures peuvent être maintenues pendant plus d’une décennie, voire plus. Placer des personnes sous sanctions, c’est les plonger dans une forme d’inquiétude et d’impuissance permanente, dans le but de les décourager.

    Est-ce que cela fonctionne ?
    J’ai prêté serment en tant que magistrat lorsque j’ai commencé ma vie professionnelle, il y a plus de vingt ans. J’ai prêté serment en rejoignant la Cour [en mars 2024]. J’y applique le droit qui a été adopté par 125 Etats [ceux qui sont parties au traité établissant la CPI]. C’est cela ma boussole. Lorsqu’on est magistrat, on sait que rendre la justice n’est pas forcément facile tous les jours. Mais face à ces attaques, les juges et les procureurs de la CPI tiennent, et ils tiendront.

    Que pouvez-vous faire ?
    Continuer à rendre la justice, en toute indépendance, même dans des situations difficiles. Aujourd’hui, la CPI enquête partout dans le monde, malgré les défis logistiques et sécuritaires. Ces dernières années, des mandats d’arrêt ont été délivrés dans le cadre des conflits en Ukraine, en Palestine, en Afghanistan. Des arrestations ont été menées aux Philippines et en Libye. Des programmes de réparations sont en place pour les victimes au Mali, en République centrafricaine et en République démocratique du Congo.

    Les 125 Etats membres de la Cour tiendront leur Assemblée annuelle à La Haye, aux Pays-Bas, début décembre. Quel soutien attendez-vous, alors que l’administration Trump menace de prendre de nouvelles sanctions contre l’institution dans son ensemble ?
    L’impact des sanctions va beaucoup dépendre de la mobilisation des Etats. Vont-ils nous soutenir ? Vont-ils faire en sorte que les fournisseurs de la Cour continuent à travailler avec elle ? Pour la CPI, c’est une épreuve de vérité : qui sont ses vrais défenseurs ? Qui a le courage de défendre les valeurs humaines face à la barbarie ? C’est bien de cela que l’on parle. La justice pénale internationale n’est pas abstraite. Nos dossiers concernent des centaines, voire des milliers de victimes de meurtre, de viol, de torture. Ils parlent de leurs souffrances, de milliers de cadavres, d’infirmes et d’orphelins. Lorsque la Cour est attaquée, ce sont les victimes qui sont réduites au silence.

    Que peuvent faire les Etats concrètement ?
    Face aux sanctions américaines, les autorités européennes peuvent mettre en œuvre le « règlement de blocage » [un dispositif, déjà actionné par le passé, qui protège les citoyens et les entreprises de l’Union européenne de l’effet des sanctions imposées par des pays tiers]. L’Europe a besoin d’une plus grande souveraineté, notamment en matière numérique et en matière bancaire. C’est la seule façon de réduire l’impact des sanctions et donc, indirectement, de protéger les victimes de crimes internationaux. Aujourd’hui, il n’y a plus de place pour la naïveté. Sans souveraineté – militaire, sanitaire, bancaire et numérique –, on ne peut plus garantir l’Etat de droit. Des parlementaires européens ont pris conscience de ces enjeux, mais il faut que cette prise de conscience se renforce au niveau des Etats et de la Commission européenne, car derrière les sanctions contre la Cour pénale internationale, c’est toute la question de l’Etat de droit qui est en jeu.

    Existe-t-il un Etat de #droit_international ?
    L’Etat de droit international est un projet qui s’étend sur plusieurs générations et qui a débuté après la seconde guerre mondiale. Concrètement, l’Etat de droit, c’est l’égalité de tous les individus, à l’échelle mondiale, devant la justice. La Cour a été construite pour être le dernier étage d’un système de protection des victimes des guerres ou des crimes les plus graves. C’est le socle de valeurs communes de l’humanité qui est en jeu.

    Comment expliquez-vous l’importance qu’a prise la CPI ?
    La CPI est perçue comme importante aujourd’hui parce qu’elle est un révélateur des fractures du monde contemporain. Si vous prenez la carte du monde et que vous regardez les Etats qui ne sont pas membres de la CPI, vous découvrez que beaucoup ont des velléités impériales ; ce sont souvent, d’ailleurs, d’anciens #empires. Et après trois décennies de progrès du multilatéralisme, les empires contre-attaquent. Certains pensent que la force doit être au service du droit, c’est le principe même du droit international ; et d’autres, au contraire, que c’est le droit qui doit être au service de la force. Pour ces derniers, la #justice_pénale internationale est un obstacle. Elle est un obstacle pour les empires. C’est pour cela que nous sommes attaqués. Mais malgré ces défis, je reste profondément optimiste, parce qu’il y a une formidable demande de #justice tout autour de la planète.

    • En cherchant « Nicolas Guillou » dans le moteur de recherche du Monde, on trouve donc cet article d’aujourd’hui, et auparavant, uniquement l’annonce des sanctions américaines le 21 août dernier.

      Alors qu’il y a eu des articles (France 24, TF1, Sud Ouest) le 10 octobre par exemple.
      https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20251010-vis%C3%A9-par-des-sanctions-am%C3%A9ricaines-le-juge-fran%C3%A7ai

      Et alors que le ministre des Affaires étrangères a rencontré le juge et la Présidente de la CPI le 10 septembre pour évoquer ces sanctions :
      https://www.icc-cpi.int/fr/news/des-responsables-de-la-cpi-rencontrent-le-ministre-de-leurope-et-des-affair

      La Présidente Akane a exprimé la gratitude de la CPI pour le soutien continu et indéfectible de la France à la Cour et à son personnel. Lors de cette visite, la Présidente Akane et le juge Guillou ont souligné que les sanctions américaines constituent une atteinte flagrante à l’indépendance d’une institution judiciaire impartiale qui opère sous le mandat de 125 États parties de toutes les régions et qu’il incombe aux États parties de respecter leurs engagements et de protéger la Cour. Ils ont également discuté de la manière de répondre aux implications pratiques posées par les sanctions américaines.

      Mais il aura donc fallu 3 mois pour que le Monde pense que c’est un sujet.

    • Tous mes comptes auprès d’entreprises américaines, comme Amazon, Airbnb, PayPal, etc., sont fermés. J’ai par exemple fait une réservation sur le site Expedia pour un hôtel en France et, quelques heures plus tard, j’ai reçu un e-mail de l’entreprise annulant ma réservation, au motif de ces sanctions. En pratique, vous ne pouvez plus faire de commerce en ligne, car vous ne savez pas si le colis qui emballe votre produit est américain.

      Cette affaire montre bien que nous sommes toustes dépendant·es des entreprises américaines et du bon vouloir des états-unis.
      Toute signature d’un contrat comme paypal ou google te met sous le coup de la législation américaine.
      Et c’est seulement le jour où ils bouchent le tuyau d’un important juge, malgré toutes celles et ceux qui prévenaient de cette hégémonie dangereuse à venir, qu’on se rend compte combien ceux qui se sont appropriés la gouvernance de la france ont fait le jeu du capitalisme ravageur des usa.
      #asservissement

  • #Palestine au #Collège_de_France : la protestation de #François_Héran

    _Titulaire de la chaire « Migrations et sociétés » au Collège de France, François Héran rend publique la lettre qu’il a adressée à son administrateur, Thomas Römer, à propos de l’#annulation du #colloque sur la Palestine de son collègue #Henry_Laurens._

    Paris, 9 novembre 2025

    Lettre à #Thomas_Römer,
    administrateur du Collège de France

    Cher Thomas,

    Malgré mon nouveau statut de retraité, tu as bien voulu m’inclure parmi les destinataires de ton message sur l’annulation du colloque de notre collègue Henry Laurens. Je t’en remercie.

    En lisant ton message envoyé à la presse, je découvre que, loin d’être l’apanage du #wokisme, la #cancel_culture peut aussi inspirer l’administration du Collège. Il fallait du courage pour donner des leçons d’#objectivité et d’#intégrité_scientifique à Henry Laurens, qui compte seulement à son actif quelques dizaines d’ouvrages sur la question d’Orient et les affaires de Palestine. Notre collègue, à l’évidence, ne maîtrise pas les enjeux du débat dans un domaine aussi brûlant.

    Il était bon de rappeler aussi qu’en la matière, les partis pris d’un hebdomadaire bien connu pour son traitement rigoureux des faits ont plus de #légitimité qu’un professeur occupant sa chaire depuis vingt-deux ans. On se demande comment ce dernier a osé inviter à son colloque un ancien chef de la diplomatie de l’UE ou un ancien premier ministre, aux côtés d’intervenants capables d’exprimer un large éventail de savoirs et d’opinions, alors qu’il était si simple d’inviter uniquement des intervenants validés par la #Licra.

    Ton message me suggère qu’une révision du règlement intérieur du Collège s’impose de toute urgence :

    Les professeurs qui souhaitent traiter de questions d’#actualité dans des colloques, des cours ou des séminaires risquant de donner lieu à #controverses, devront désormais soumettre la liste des participants à l’autorisation de l’administrateur.

    1. Ils devront également s’assurer de l’assentiment du ministre de la Recherche. Si l’on objecte que la détention d’un doctorat d’informatique ne donne aucune légitimité à intervenir dans des questions de science politique ou d’orientalisme (selon le principe de la séparation des ordres posé en d’autres temps par Pascal), on rappellera dûment aux professeur-es qu’il n’y a pas de plus haute autorité qu’un tweet ministériel.
    2. Le recrutement des professeur-es sera désormais soumis au tribunal de l’opinion publique et médiatique, selon une procédure à déterminer.
    3. Le règlement intérieur proclamera dans son préambule que la notion d’« #engagement », jadis inhérente au libre exercice de la recherche, est désormais désuète. Elle sera donc bannie du Collège. Il faudra effacer de la mémoire de notre institution toute référence aux grands intellectuels, littéraires ou scientifiques, qui se sont aventurés à sortir de la « #neutralité » telle qu’elle est strictement définie dans ton message et dans celui du ministre. On veillera aussi à tenir compte de cet impératif dans la préparation du 500e anniversaire de la fondation du Collège.

    Ces modifications du règlement contribueront, je n’en doute pas, à défendre le Collège. La fable se trompe : mieux vaut la prospérité du Chien que l’indépendance du Loup.

    En te renouvelant, cher Thomas, mes meilleures salutations,

    In dubio pro libertate
    François Héran*

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    Post Scriptum : l’argumentaire du colloque

    Ayant choisi de rendre publique ma lettre à l’administrateur du Collège de France, j’ajoute l’argumentaire du colloque, qui a été transmis à l’ensemble des professeurs. Comme à l’accoutumée chez Henry Laurens, c’est de la science historique de haut niveau, précise et rigoureuse. Pas une ligne, pas un mot, qui justifie le soupçon d’antisémitisme.

    Avec l’ouverture de la « question d’Orient » dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, la Palestine, qui dispose du statut particulier de Terre sainte, devient le lieu névralgique des relations internationales européennes. Durant les décennies qui précèdent la Grande Guerre, les luttes d’influence entre les puissances européennes se multiplient, chacune se présentant comme la protectrice d’une communauté religieuse. Alors que la France et la Russie étendent respectivement leur influence sur les catholiques et les orthodoxes, les Anglais se présentent comme les protecteurs des juifs en Palestine. C’est dans ce cadre que s’inscrit le mouvement sioniste.

    Si la France se voit reconnaître une primauté d’influence à l’issue des guerres balkaniques, les Britanniques profiteront de l’alliance nouée avec le mouvement sioniste lors de la Première Guerre mondiale pour s’arroger un mandat sur la Palestine. La période du mandat britannique est essentielle pour la mise en place des acteurs contemporains que sont le mouvement national palestinien et le mouvement sioniste. Pris dans une double obligation entre les uns et les autres, les Britanniques sont dans l’incapacité de trouver une solution politique satisfaisante pour les deux parties, que ce soit un État palestinien unitaire, une division en cantons ou un partage territorial. Ils doivent ainsi faire face à une révolte palestinienne, puis à une révolte juive. Non sans arrière-pensées, ils délèguent le dossier à l’ONU qui, avec le vote du plan de partage de novembre 1947, provoque une guerre entre Arabes et sionistes, puis, après le 15 mai 1948, une guerre israélo-arabe.

    Dans ce conflit de longue durée, les Européens s’identifient largement à l’État d’Israël. Dans les années 1950 et 1960, la France et l’Allemagne lui fournissent les armements qu’il demande, mais la priorité pour l’État hébreu est d’obtenir l’aide militaire américaine, qui ne devient substantielle qu’après la guerre de juin 1967.Après cette guerre, les « discussions à quatre » voient un rapprochement des positions de la Grande-Bretagne et de la France sur la nécessité d’un retrait des territoires occupés contre une reconnaissance de l’État d’Israël, mais la question de la prise en compte du facteur palestinien reste ouverte.

    S’ouvre ainsi un dialogue euro-arabe. Ce dernier mènera à la résolution de Strasbourg de 1975, appelant Israël à se retirer des territoires palestiniens occupés et à reconnaître les droits nationaux du peuple palestinien, puis à une nouvelle déclaration en 1977 appelant à la création d’une patrie pour le peuple palestinien, et marquant pour la première fois l’opposition européenne à la construction de colonies israéliennes dans les territoires occupés. L’étape la plus importante demeure la déclaration de Venise du 13 juin 1980, qui parle de solution juste et préconise l’intégration de l’OLP dans les discussions de paix.

    Deux niveaux d’action sont à considérer. Le premier est celui de la politique propre à chaque État, le second est celui de l’action collective de la Communauté, devenue Union européenne, le tout étant pris dans le jeu complexe des relations transatlantiques. De fait, la présence de l’Union est forte dans le domaine économique, aussi bien par le traité d’association UE-Israël, qui fait de l’État hébreu le premier partenaire commercial de l’Union, que par le financement des institutions palestiniennes à partir du processus d’Oslo. Néanmoins, l’Europe n’est que simple observatrice des négociations du processus d’Oslo, et si le « quartet » des années 2000 lui reconnaît un rôle, c’est dans un cadre impuissant à faire accepter une solution politique satisfaisante.

    L’Europe est ainsi prise entre le poids de son héritage colonial et impérial, son identification culturelle avec Israël, la charge représentée par sa culpabilité dans la destruction des juifs d’Europe durant la Seconde Guerre mondiale, l’importance de ses relations économiques, technologiques et scientifiques avec l’État hébreu, la montée de l’indignation d’une partie de son opinion publique, marquée par l’accusation d’apartheid et aujourd’hui de génocide dans la guerre de Gaza.

    La question est de savoir si les États européens vont, dans leur grande majorité, reconnaître l’État palestinien et exercer des pressions envers l’État hébreu, en particulier dans le domaine de l’économie, ou s’il s’agit là plutôt de faux-semblants destinés à masquer une impuissance, voireune adhésion, liées à leurs héritages historiques et à leurs engagements géopolitiques. Il n’en reste pas moins que l’Europe, dans sa globalité, est un des grands théâtres d’affrontements du conflit israélo-palestinien, en particulier dans les opinions publiques. En un sens, c’est une bonne part de l’identité européenne qui est en jeu, aussi bien dans l’interprétation de son passé que dans la définition de son identité à venir.

    ––––

    Adage juridique latin : Dans le doute, pour la liberté
    *
    François Héran explique l’immigration à Bruno Retailleau

    https://blogs.mediapart.fr/francois-heran/blog/101125/palestine-au-college-de-france-la-protestation-de-francois-heran-0

    #censure #France

    • Annulation d’un colloque sur la Palestine : lettre du conseil académique de « #Jewish_Voice_for_Peace »

      Plus de 120 universitaires représentant le Conseil académique de l’organisation américaine Jewish Voice for Peace expriment leur #inquiétude et leur #indignation face à l’#annulation par le Collège de France du colloque « Palestine et Europe ». « Lorsqu’une institution aussi prestigieuse se laisse contraindre à censurer des activités universitaires, elle risque de perdre son #indépendance et son intégrité académiques, mais elle crée également un précédent inquiétant. »

      –-

      À Thomas Römer, administrateur du Collège de France
      et Philippe Baptiste, Ministre de l’Enseignement supérieur
      Le 10 novembre 2025

      Le Conseil académique de Jewish Voice for Peace* écrit pour exprimer son inquiétude et son indignation face à l’annulation par le Collège de France du colloque « Palestine et Europe », sur la base d’#attaques_médiatiques infondées et de #pressions exercées par le ministère français de l’Éducation.

      Nous comprenons que l’annulation du symposium, prévu depuis plusieurs mois, n’est intervenue qu’après la publication d’un article dans l’hebdomadaire conservateur français #Le_Point, le 7 novembre, qualifiant à tort le symposium de promoteur de l’#antisémitisme, ce qui a incité le ministre de l’Enseignement supérieur, #Philippe_Baptiste, à l’annuler, ce qu’il a fait. De plus, la justification fournie pour cette décision recherchait le recours à l’excuse fallacieuse de « garantir la rigueur scientifique », bien qu’aucune preuve n’ait été fournie à l’appui de cette affirmation. En effet, comme cela s’est déjà produit auparavant, cette justification s’avère être un bouclier pour commettre une #injustice, en censurant de manière injuste la #recherche_scientifique légitime et les conférences consacrées à sa diffusion.

      En tant que plus de 120 universitaires issus de diverses disciplines représentant le Conseil académique de Jewish Voice for Peace*, nous représentons un large éventail de domaines académiques liés aux études juives et l’histoire de l’antisémitisme, y compris les études sur le génocide. Nous nous opposons à toute forme d’antisémitisme, comme nous nous opposons à toutes les formes de racisme. Nous rejetons également tous les efforts visant à utiliser l’ accusation d’antisémitisme à des fins de censure ou pour supprimer des points de vue sur Israël et la Palestine qui devraient être entendus et discutés. L’accusation d’antisémitisme doit être réservée à toutes les occasions où elle est véritablement méritée. Mais l’utilisation fallacieuse et spécieuse de cette accusation pour mettre fin à des travaux universitaires légitimes et à un débat ouvert non seulement sape sa force morale, mais sert les objectifs de la censure. Au contraire, nous vous exhortons à défendre les principes largement partagés de la #liberté:universitaire : la publication et la diffusion des travaux universitaires, la libre recherche dans les #universités et le #débat_public dans les sociétés démocratiques.

      Nous connaissons bien les travaux universitaires des participants cités dans le projet de symposium et attestons de la grande qualité de leurs recherches universitaires et de leurs présentations publiques : leurs publications répondent aux normes les plus élevées en matière de #rigueur_académique, d’ #impartialité et d’#érudition. Il n’y a aucune preuve d’antisémitisme dans le programme qui a été publié, et toute allégation contraire repose sur une fausse représentation de ces universitaires et de leurs travaux. Les participants sont issus de certaines des plus prestigieuses universités d’Europe, où leurs travaux universitaires ont été entièrement examinés et approuvés. Le programme du symposium reflète à juste titre l’état actuel des discussions universitaires et des débats publics sur #Gaza et #Israël/#Palestine de manière plus générale. Nous vous exhortons à ne pas supprimer les discussions universitaires sur des questions d’#intérêt_public, même lorsque les passions s’exacerbent. Seul un engagement en faveur d’une vie intellectuelle ouverte et fondée sur des preuves peut permettre de replacer ces questions dans leur juste perspective et servir à la fois les objectifs universitaires et un débat public éclairé.

      Nous attirons votre attention sur les calomnies proférées par la LICRA, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme. Non seulement cette organisation mène une campagne diffamatoire contre le symposium , mais elle est depuis longtemps considérée comme un groupe dont la crédibilité scientifique est très limitée, concentrant ses efforts sur des campagnes visant à attiser les peurs et à enflammer la haine anti-arabe/musulmane/palestinienne. Le ministère de l’Enseignement supérieur et le Collège de France ne devraient pas se laisser influencer par un groupe dont les références scientifiques sont manifestement faibles et dont les objectifs sont polémiques, diffamatoires et incendiaires, sapant ainsi les critères mêmes des normes intellectuelles appliquées dans les universités françaises les plus prestigieuses. De plus, les établissements d’enseignement ont l’obligation, en période de tensions politiques exacerbées, d’acquérir et de diffuser des connaissances, de prendre en considération un large éventail de points de vue et de créer les conditions propices à un débat et à un jugement publics éclairés. Le #colloque que vous avez annulé proposait précisément cela.

      Lorsqu’une institution aussi prestigieuse que le Collège de France se laisse contraindre à censurer des activités universitaires, elle risque non seulement de perdre son #indépendance et son intégrité académiques, mais elle crée également un précédent inquiétant pour les universités qui luttent pour maintenir leurs normes internes et leurs procédures d’autogestion en ces temps de plus en plus autoritaires.

      Soyons clairs : la décision d’annuler cet événement important est un acte de censure, qui permet aux propos arbitraires et incendiaires circulant dans les médias de servir de base à une décision qui aurait dû être, et qui devrait être aujourd’hui, selon toute norme raisonnable, de soutenir le symposium et ses objectifs. Lorsque des sujets « sensibles » sont ouvertement abordés et débattus par le public, les points de vue scientifiques peuvent être affinés et diverses perspectives peuvent être ouvertement discutées et débattues. La communauté universitaire internationale s’est traditionnellement appuyée sur le Collège de France pour maintenir ces normes, malgré les demandes croissantes des groupes politiques et des responsables gouvernementaux. C’est ni plus ni moins que son #autonomie très admirée qui est en jeu, une autonomie qui a inspiré les collèges et les universités du monde entier. Nous appelons donc le Collège de France à maintenir ses principes les plus élevés et à revenir sur sa décision, afin de permettre au symposium de se dérouler avec son programme publié et important.

      Nous demandons également au ministère français de l’Enseignement supérieur de revoir le processus qui a conduit à une décision aussi malavisée, privilégiant une opinion publique incendiaire et mensongère au détriment de critères scientifiques. Cette décision aurait dû refléter l’autonomie de l’université. Le refus de modifier le jugement scientifique ou professionnel en réponse à une intervention extérieure aurait défendu cette autonomie et reflété à la fois les normes scientifiques du Collège et son attachement à la liberté académique et à la liberté de recherche.

      –-

      *Le Conseil académique de Jewish Voice for Peace est un réseau de chercheurs qui se consacrent à la promotion de la vision et des valeurs de JVP https://www.jewishvoiceforpeace.org. Forts de notre engagement commun en faveur des valeurs juives progressistes et de la libération de la Palestine, nous organisons des actions de solidarité avec la lutte pour la liberté du peuple palestinien dans les milieux éducatifs et universitaires. Nous mettons à profit nos compétences en tant que chercheurs, éducateurs et écrivains pour développer une analyse critique de la censure contemporaine sur la Palestine. Nous nous opposons à l’utilisation de l’accusation d’antisémitisme pour censurer ou criminaliser les discours critiques à l’égard du traitement réservé aux Palestiniens par l’État d’Israël. Nous défendons les droits du travail, la liberté académique et les droits d’association dans l’enseignement supérieur et confirmons les valeurs fondamentales de Jewish Voice for Peace.

      https://blogs.mediapart.fr/jewish-voice-peace-conseil-academique/blog/111125/annulation-dun-colloque-sur-la-palestine-lettre-du-conseil-academiqu
      #ESR #recherche #science #enseignement_supérieur

    • Comment le Collège de France en est venu à annuler un colloque scientifique sur la Palestine

      La décision de suspendre l’événement, prise le 9 novembre par l’administrateur de l’établissement, crée un précédent. Des universitaires dénoncent le rôle joué par le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui aurait contribué à faire du colloque un « #événement_politique ».

      Pourquoi un colloque universitaire consacré à la Palestine a-t-il été annulé au Collège de France ? La question est posée après la décision prise par l’administrateur de l’établissement de déprogrammer un événement intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », qui devait se tenir les 13 et 14 novembre, coorganisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep Paris).

      Les motivations ayant conduit à cette décision radicale – du jamais-vu depuis le Second Empire, quand le cours d’Ernest Renan fut « suspendu jusqu’à nouvel ordre » par l’empereur Napoléon III, le 26 février 1862 – interpellent dans leur enchaînement. A en croire Thomas Römer, l’administrateur du Collège de France, elle s’est imposée « en réaction à la polémique entourant la tenue » de l’événement.

      La « polémique » a démarré avec un article du Point, publié le 7 novembre. Sous le titre « Un colloque propalestinien à haut risque », le média formule l’hypothèse de « deux journées à tendance pro-Hamas ». La liste des intervenants « ne laiss[ant] aucune place au doute », « le colloque sera propalestinien, antisioniste et décolonial », décrète l’hebdomadaire. La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), interrogée, y voit même un cas d’« entrisme pur et simple ».

      « Foire antisioniste »

      Dès sa parution, l’article est posté sur X par la Licra, qui annonce « saisir » le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, car il s’agit d’un « colloque antisioniste » et d’un « dévoiement » du Collège de France. Le 8 novembre, sur Europe 1, la vice-présidente de la ligue, l’avocate Galina Elbaz, décrit les intervenants comme des « personnalités très sulfureuses qui ont toutes eu des prises de position qui flirtaient avec l’#apologie_du_terrorisme ». Une « #foire_antisioniste » où se seraient retrouvés « défenseurs du #Hamas, militants de #BDS [Boycott Désinvestissement Sanctions], éditorialistes d’#Al-Jazira », insiste la Licra.

      Ces accusations, qui insistent sur le financement du #Carep par des fonds qataris et l’accusent d’œuvrer en sous-main pour les #Frères_musulmans, indignent Salam Kawakibi, le directeur exécutif du centre de recherche. « Nous ne sommes ni des agents du Qatar ni des Frères musulmans, déclare-t-il. Nous sommes financés par un fonds privé, et nous dépendons de l’#Arab_Center_for_Policy_Studies, le plus prestigieux think tank arabe basé à Doha et qui compte des antennes à Washington, Beyrouth, Amman, Tunis, Madrid et Paris. » Le fondateur du centre, Azmi Bishara, vient plutôt de la gauche laïque. Le conseil d’orientation du Carep Paris est dirigé par Denis Bauchard, un diplomate respecté à la retraite, ayant été ambassadeur, notamment en Jordanie et au Canada.

      Le Carep a également été accusé par Le JDD d’avoir choisi à dessein le 13 novembre, qui coïncide avec le 10e anniversaire des attentats du Bataclan et des terrasses, à Paris, et du Stade de France, à Saint-Denis (Seine-saint-Denis). La date a en réalité été proposée par l’administration du Collège de France.

      Dans un communiqué annonçant l’annulation de l’événement, dimanche 9 novembre, Thomas Römer a tenu à rappeler la « stricte neutralité de l’établissement au regard des questions de nature politique ou idéologique ». En tant que « responsable de la sécurité des biens et des personnes, ainsi que de la sérénité des événements », il explique par ailleurs n’avoir d’autre choix que de renoncer « face à la polémique, mais aussi aux risques qui se manifestent autour de ce colloque ».

      Le Collège de France a indiqué au Monde, mardi 11 novembre, que le colloque « ne contrevenait pas aux règles générales en matière de #liberté_académique », mais a souligné que « la question de la pluralité des analyses a été publiquement mise en cause par différents acteurs », ce qui aurait suffi à compromettre la tenue de l’événement. « La violence des mises en cause sur les réseaux sociaux nous a fait craindre des risques liés à d’éventuels débordements aux abords et au sein de l’amphithéâtre », ajoute-t-on.

      Henry Laurens, coorganisateur du colloque au titre du Collège de France, est l’historien français le plus reconnu sur le Proche-Orient. Contacté par Le Monde, il a souhaité s’en tenir à son « devoir de réserve et aux strictes règles de la collégialité ». Des proches le disent très affecté par les accusations d’antisémitisme portées par plusieurs polémistes. Une source interne au Collège de France estime que « l’annulation du colloque est désastreuse : elle a causé plus de bruit et de dommages que n’en aurait causé sa tenue ».
      « Tout cela est assez emblématique de ce qui se passe dans le monde académique avec des approches très orientées, un regard très militant sur la question du Proche-Orient », juge, à l’inverse, Yonathan Arfi, le président du Conseil représentatif des juifs de France, qui se félicite que le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche se soit « largement fait écho du fait que cela dépassait le cadre usuel pour la #recherche_publique ». Dès l’annonce de l’#annulation du colloque, dans un tweet, le ministre, Philippe Baptiste, a en effet salué une « décision responsable d’une institution qui doit symboliser l’excellence du savoir (…) et, pour cela, être le lieu du débat dans toute sa #pluralité, ouvert à tous les courants de pensée ».

      « Je doute que vous soyez en mesure de garantir un débat »

      M. Baptiste n’a pas été un simple spectateur dans cette affaire. Au lendemain de la publication de l’article du Point, il a adressé une lettre à l’administrateur du Collège de France, que Le Monde s’est procurée. Dès les premières lignes, M. Baptiste considère que ce colloque fait l’objet d’une « vive #polémique ». « Sans préjuger des propos qui seront effectivement tenus, je ne peux que constater, à la lecture du programme, un parti pris sur un sujet délicat et fortement polémique », acte-t-il. Avant de mettre en garde M. Römer : « Au vu de ce programme, je doute que vous soyez en mesure de garantir un débat où le pluralisme des idées puisse pleinement s’exprimer. »
      Conscient que son statut de ministre « dans un Etat de droit » lui interdit d’empêcher la tenue d’une manifestation scientifique, Philippe Baptiste poursuit d’une phrase sibylline : « C’est mon rôle de le faire respecter [le code de l’éducation et le principe de liberté académique], et ce y compris dans le contexte de ce colloque, bien que je sois personnellement en profond désaccord avec l’angle retenu par celui-ci. »

      L’entourage du ministre assure au Monde que « c’est la décision exclusive du Collège de France que de choisir d’annuler le colloque » et qu’il n’y a eu « aucune pression » exercée par M. Baptiste. « Un événement comme celui-ci, avec la visibilité qu’il avait acquise au fil des jours, était porteur de risques de troubles à l’ordre public », justifie-t-on sans préciser sous quelle forme auraient pu avoir lieu ces troubles. C’est par « un écosystème de chercheurs, dont certains se sont émus du programme », ajoute-t-on, que le ministre a été informé, le 6 novembre, de la tenue de ce colloque.

      Selon nos informations, un groupe d’universitaires appelé « réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », structure fédérative associant huit universités et des associations dont la Licra, a produit de nombreux échanges entre les 8 et 10 novembre. Dans cette boucle qui compte des dizaines de membres de sensibilité plutôt pro-israélienne, on affirme que « certains collègues ont lâché la rampe et ne font plus aucune distinction entre leur expertise scientifique et leur #militantisme », qu’ils ont « pris l’habitude de se servir de leurs diplômes et de l’autorité morale qui en émane pour faire passer ce qui est tout bonnement de l’ordre de la #propagande [propalestinienne] ».

      On y évoque aussi la nécessité de prendre des « mesures coercitives pour les faire rentrer dans le cadre ». Enfin, on y raille le débat de clôture du colloque du Carep, qui prévoyait des prises de parole de l’ancien chef de la diplomatie française Dominique de Villepin, de la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, et de l’ex-haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Josep Borrell.

      « Accablant »

      Historienne et politiste, directrice de recherche au CNRS, Stéphanie Latte Abdallah devait intervenir au cours de l’une des tables rondes sur « Le sionisme comme projet européen d’expansion coloniale ». Elle confie être « choquée » par cette annulation et balaie tout caractère univoque dans les exposés prévus. « Il s’agit d’un colloque qui a un sujet scientifique, la Palestine et l’Europe, et des intervenants qui sont les meilleurs spécialistes de cette question, explique-t-elle. Les choix scientifiques relèvent des libertés académiques et non de la décision d’un ministre. En revanche, quand un colloque clairement politique est organisé au Sénat, le 10 novembre, par l’organisation israélienne #Elnet, financée par le gouvernement de Nétanyahou, cela ne semble poser de problème à personne. » Un autre intervenant, qui préfère garder l’anonymat, ironise : « Faudra-t-il aussi, à chaque colloque sur Israël, inviter un chercheur présentant le point de vue palestinien ? »

      Quant au panel de clôture, « il était bien séparé de la dimension purement scientifique », précise Mme Latte Abdallah. « Faire intervenir Dominique de Villepin, Josep Borrell et Francesca Albanese était un acte conclusif politico-diplomatique, centré sur des questions de #droit_international par des figures qui le portent, en plein génocide, dans un contexte où il nous oblige plus encore », décrit-elle en soulignant que « tout se passe comme si, au lieu de faire respecter le droit international, il était au contraire devenu une cible et quelque chose de dangereux ».

      Parmi les universitaires, plusieurs dénoncent une censure. D’après le politiste Fabien Jobard, directeur de recherches au CNRS et membre de l’Observatoire des atteintes à la liberté académique, « tout cela est vraiment accablant ». « Le ministre a dérogé au principe de respect de la liberté académique, et il le sait. Dans un même courrier, le ministre dit qu’il est le garant de la liberté académique, mais qu’il se garde d’agir pour la garantir. »

      Alors que le colloque était programmé depuis plusieurs mois, les organisateurs s’étonnent d’un tel revirement. « Sous couvert de garantir la #scientificité, le ministre justifie ainsi une intervention politique dans le champ de la recherche, en contradiction avec sa mission première : protéger la liberté académique », écrivent dans un communiqué, le 10 novembre, les responsables de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe du Collège de France et le Carep.

      Appel à la démission

      Cette annulation va « créer un précédent dangereux : il suffira désormais d’un article polémique ou d’un tweet ministériel pour censurer un colloque jugé “sensible”. Accuser ces chercheurs d’antisémitisme ou de militantisme revient à disqualifier sans fondement leurs travaux, pourtant validés par leurs pairs et publiés dans les revues scientifiques les plus prestigieuses, alertent-ils. La recherche n’a pas vocation à être équilibrée politiquement : elle doit reposer sur la compétence, la méthode et la probité intellectuelle. »

      « C’est le ministre qui a transformé ce colloque en événement politique, et c’est une première, observe l’une des intervenantes, qui souhaite taire son nom. Cela brouille toute possibilité d’une réflexion scientifique, équitable et compréhensive. On voit monter ce côté trumpiste, c’est comme une restriction de notre périmètre de recherche, alors même qu’il y a une énorme incompréhension du conflit et un manque de culture générale et de connaissance de l’histoire. »

      L’association France Universités, qui réunit les chefs d’établissement, indique avoir découvert « avec stupeur » cette annulation. Dans un communiqué daté du 10 novembre, elle exprime son incompréhension et une « vive inquiétude » à l’égard des libertés académiques. Près d’un millier de chercheurs, enseignants, étudiants ont signé une pétition dénonçant « la volonté délibérée d’empêcher la recherche académique sur Israël-Palestine, dès lors qu’elle contrevient aux cadres intellectuels portés par les soutiens à la politique israélienne », qu’ils jugent « extrêmement préoccupante ». Demandant une « réponse à la hauteur des enjeux », ils appellent à la démission de Philippe Baptiste.

      https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/11/comment-le-college-de-france-en-est-venu-a-annuler-un-colloque-scientifique-

    • Annulation du colloque « La Palestine et l’Europe » au Collège de France : « Cette interdiction ouvre la voie à une ère de censure institutionnelle »

      Dans une tribune au « Monde », un collectif de plus de 300 universitaires, parmi lesquels Jean-François Bayart, Judith Butler et Pierre-Cyrille Hautcœur, s’élève contre l’annulation de l’événement. Ils y voient une « atteinte sans précédent à la liberté académique ».

      N ous, membres de la communauté scientifique, chercheurs, enseignants, étudiants et citoyens attachés à l’indépendance du savoir, exprimons notre profonde inquiétude face à l’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », initialement prévu au Collège de France.
      Cette décision, prise à la suite d’un article polémique et de pressions directes exercées par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, constitue une atteinte sans précédent à la liberté académique en France. Sous prétexte de garantir l’intégrité scientifique, le ministère a légitimé une intervention politique dans le champ de la recherche, en contradiction avec sa mission première : protéger l’indépendance des universitaires et la pluralité des approches scientifiques.

      Issus d’universités prestigieuses telles que l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse), la School of Oriental and African Studies de Londres, l’université d’Amsterdam, l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et le Centre national de la recherche scientifique, à Paris, ou la Queen Mary University of London, les intervenants ont été injustement discrédités, sur la base d’amalgames et d’accusations infondées. Leur compétence, leur rigueur et la reconnaissance internationale de leurs travaux ne sauraient être effacées par des campagnes de dénigrement.
      Des principes mis en péril
      La recherche n’a pas vocation à plaire ni à se conformer à un « équilibre politique » dicté par le pouvoir. Elle repose sur la méthode, la critique, le débat argumenté, des principes aujourd’hui mis en péril. En confondant évaluation scientifique et contrôle idéologique, cette interdiction ouvre la voie à une ère de censure institutionnelle, où des calomnies médiatiques suffiraient à bâillonner la réflexion universitaire.

      Nous refusons que la France suive cette pente. Nous refusons que le Collège de France devienne le réceptacle d’une telle dérive. Nous affirmons que la mission des universités et des institutions de recherche n’est pas de conforter le pouvoir, mais d’éclairer la société.
      Nous appelons le Collège de France à revenir sur sa décision et à garantir la tenue de ce colloque dans le respect de la liberté intellectuelle. Nous appelons le ministère à honorer son devoir de protection de la recherche, non à en devenir le censeur. Et nous appelons la communauté scientifique tout entière, en France et en Europe, à défendre fermement le principe fondateur de toute science : le droit de penser librement.
      ¶Parmi les signataires : Michel Agier, anthropologue, directeur d’études EHESS ; Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po ; Frédéric Bauden, professeur à l’université de Liège ; Jean-François Bayart, professeur à l’IHEID (Genève) ; Sophie Bessis, historienne ; Karim Emile Bitar, enseignant à Sciences Po ; Judith Butler, professeure distinguée à l’université de Californie ; Bernard Chazelle, professeur à Princeton ; Delphine Dulong, professeure à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne ; François Héran, professeur honoraire au Collège de France ; Pierre-Cyrille Hautcœur, directeur d’études à l’EHESS ; Michel Kaplan, président honoraire de l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne ; Catherine Mayeur-Jaouen, professeure d’histoire contemporaine à Sorbonne Université ; Maurice Sartre, professeur honoraire à l’université de Tours. Liste complète des signataires à retrouver ici : https://docs.google.com/document/d/1p3GSo7mWGeE_0kWoqF_PcYMicwkzm9wK/edit

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/11/interdiction-du-colloque-la-palestine-et-l-europe-au-college-de-france-cette

    • Colloque annulé au Collège de France : les manœuvres d’universitaires pro-Israël

      L’interdiction du colloque « Palestine et Europe » qui devait se tenir au Collège de France les 13 et 14 novembre suscite de nombreuses réactions. Entre stupéfaction et dénégation, le temple du savoir vacille. Comment une telle décision, portant une si grave atteinte à la liberté académique et d’enseignement a-t-elle été prise ? Le Collège de France et son administrateur ont fait l’objet de pressions orchestrées notamment par un collectif d’avocats, en coordination avec un réseau de chercheurs, le #RRA (#Réseau_de_recherche_sur_le_racisme_et_l’antisémitisme), qui a largement échangé par courriels pour parvenir à ses fins. Nous avons pu consulter ces échanges, dont la lecture révèle une entreprise coordonnée de délégitimation, de délation et d’influence.

      « Nous avons adressé un courrier à l’administrateur du Collège de France, plus copie au ministre de l’Enseignement, hier par e-mail. J’imagine que notre courrier et toutes les autres initiatives ont permis cette annulation. Bravo à tous. #Déborah_Journo »

      Par ce mail triomphal, l’avocate Déborah Journo s’enorgueillit d’avoir contribué à l’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe », coorganisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études de Paris (Carep Paris), qui devait se dérouler au Collège de France les 13 et 14 novembre et qui vient d’être déprogrammé par Thomas Römer - l’administrateur de ce prestigieux établissement.

      Le message de l’avocate est adressé à une centaine d’universitaires, regroupés sous le nom de RRA, Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme. Cette structure a été créée en 2019 et a son siège et sa direction à l’université de Picardie. Elle se présente comme un « dispositif contractuel » regroupant « des unités de recherche rattachées à différents partenaires » publics et privés. La plaquette énumère : « Universités, CNRS, associations, institutions publiques ou privées. » Ce RRA se propose de fédérer « les unités de recherche et laboratoires », de renforcer « les synergies » et d’organiser des colloques. Sa direction revendique environ 500 membres, qui communiquent beaucoup entre eux.

      Dans la boucle de mails, des membres du réseau jubilent après l’interdiction du colloque du Collège de France :

      « Je ne boude pas le plaisir de voir ce colloque annulé », lâche une chercheuse (#Danielle_Delmaire, de l’université de Lille).

      « Bravo... j’ose espérer que cela puisse nous servir au sein de nos établissements pour faire jurisprudence. Vaillamment », ajoute une autre, tout aussi satisfaite (#Véronique_Benzaken, Paris-Saclay).

      D’autres encore espèrent que la punition fera office d’avertissement : « L’idée d’inviter des politiques dans un colloque académique – fût-il orienté, malfaisant et non pluraliste – tentera moins de personnes. » (#Paul_Audi, Paris-Descartes).
      Lobby

      Pour bien comprendre ce qui se joue dans ces échanges, il faut remonter au 7 novembre dernier.

      Ce jour-là, l’hebdomadaire Le Point publie un article de son rédacteur en chef #Erwan_Seznec dénonçant la tenue, « au Collège de France », de ce que ce magazine appelle un « colloque propalestinien à haut risque », qui « réunira », selon Seznec, « des personnalités aux positions radicales ».

      L’article provoque une nouvelle panique morale dans le monde politique et médiatique, mais aussi universitaire : au sein du groupe RRA, on perçoit le colloque comme « un autre signe du basculement progressif dans la légitimation et la banalisation des actions antijuives sous couvert d’antiracisme et d’anticolonialisme » - dixit le politologue retraité Pierre-André Taguieff.

      Ce samedi 8 novembre, l’avocate Déborah Journo explique aux universitaires du RRA qu’elle écrit au ministre de l’enseignement pour « dénoncer ce colloque au sein d’un établissement public sous sa tutelle ». Le colloque est annulé et, deux jours plus tard, l’avocate se félicite de l’efficacité de son action.

      Déborah Journo est avocate, elle déclare sur LinkedIn « consacrer l’essentiel de [son] activité à des actions de lobbying auprès du gouvernement, des institutions, des ONG ». Elle est également signataire d’une tribune publiée en août dernier, et sobrement titrée : « Non, il n’y a pas de génocide à Gaza. » Après le 7-Octobre, elle a fondé l’association Actions Avocats, qui mène des actions de lobbying ou des actes juridiques notamment pour défendre « toutes les victimes du racisme, de l’antisémitisme et du terrorisme ».

      Le Collège de France, temple du savoir et de la rigueur scientifique, aurait-il été influencé par l’action de l’avocate lobbyiste ? C’est en tout cas ce dont se targue l’intéressée.

      Rappelons qu’officiellement, c’est au nom de la « sérénité des débats » et du « respect de l’intégrité scientifique » que le colloque qui devait se tenir les 13 et 14 novembre a été annulé par l’administrateur du Collège de France Thomas Römer.

      Pour le chercheur à l’origine du colloque, Henry Laurens, c’est bien « la question de la liberté académique qui est en jeu ». Il exprime des réserves quant à la possibilité de pouvoir encore l’exercer à l’avenir : « Il y a déjà un colloque qui est prévu sur Gaza avec mon collègue Didier Fassin. Au mois de décembre, on verra pour ce colloque-là. »

      #Dénigrement

      Les membres du groupe d’universitaires constitué autour de RRA tiennent des propos dénigrants et calomniateurs à l’égard de leurs collègues investis dans les études autour de la Palestine. Paul Audi écrit par exemple :

      « Personnellement je crois ces gens capables de tout. Il y a un an j’ai fait une émission de radio face à Henry Laurens, et je l’ai vu accumuler des contre-vérités et des mensonges en s’abritant derrière son “autorité”. C’était ahurissant. Ce professeur n’est pas autre chose qu’un militant. »

      Le sérieux méthodologique des enseignants et chercheurs ainsi incriminés est sans cesse remis en cause. Ils sont accusés d’être avant tout des militants, au mieux négligents sur le plan scientifique, au pire antisémites. « De Didier Fassin à Henry Laurens et quelques autres, académo-militants qui occupent le terrain, le Collège de France est en passe de devenir le Collège de la France antijuive », écrit très sérieusement #Pierre-André_Taguieff.

      « Il ne faut pas se tromper de sujet. Il faut avoir balayé le programme de ce colloque […] pour mesurer à quel point il n’a rien à voir avec le périmètre académique et pourquoi il s’agit effectivement d’un meeting », estime quant à lui l’historien Emmanuel Debono.

      Délation, fichage, calomnies : la chasse est ouverte

      Dans ce climat d’insultes et de dénigrement, certains échanges entre universitaires les mieux gradés laissent apparaître une véritable #chasse_aux_sorcières visant les chercheurs travaillant sur les questions palestiniennes, au-delà du seul cas du colloque au Collège de France.

      Le samedi 8 novembre 2025, le directeur de Sciences Po Strasbourg, Emmanuel Droit, s’inquiète de l’invitation, dans son IEP, de la chercheuse Stéphanie Latte Abdallah. Ne pouvant, dit-il, « pas faire grand-chose en interne », il écrit à son réseau afin d’obtenir des informations qui lui serviraient à prévenir la présidence de l’université de Strasbourg contre cette historienne et anthropologue : « Que savez-vous à propos de Stéphanie Latte-Abdallah ? [...] Si jamais vous avez des infos sur cette chercheuse du CNRS me permettant d’alerter la présidence de l’Unistra, je vous en serai reconnaissant. »

      Les réponses aux relents nauséabonds ne tardent pas : « Clairement militante pro-palestinienne étant elle-même d’origine palestinienne Tte sa production universitaire est là-dessus Ses interventions aussi » (#Régine_Waintrater, Paris-Cité).

      La qualité de chercheuse de Stéphanie Latte Abdallah est également attaquée dans ce climat calomniateur qui règne dans le groupe RRA : « Elle fait toutes ces déclarations douteuses dans les médias, clairement pas scientifiques, a-historiques et non vérifiées », écrit #Évelyne_Chayes (CNRS).

      Enfin l’initiateur de cette traque, #Emmanuel_Droit, répond : « Merci oui en faisant des recherches, je viens de voir qu’elle n’a que le mot génocide à la bouche.... »

      Un informateur confie à Blast que ces personnes, importantes au sein de la hiérarchie du monde universitaire, exercent une influence considérable, capable de museler les voix contestataires : « Ils ont beaucoup de pouvoir. Ils ont beaucoup de moyens d’intimider les autres. Donc, il y a beaucoup de gens qui se taisent par #peur. » De plus, « ils ne veulent pas que tout ce qui est relatif à la reconnaissance du génocide puisse être audible », analyse une autre source.

      Un autre encore nous indique que « sous une apparence et des valeurs républicaines et de laïcité, il se joue beaucoup d’ostracisme et un double discours qui s’est envenimé après le 7 octobre en soutenant Israël mais sans jamais le revendiquer vraiment ».

      Dans une autre boucle de mails, un historien propose de constituer, avec l’aide du réseau RRA, des fiches sur les intervenants du colloque annulé sur la Palestine : « Je souhaite constituer un petit groupe de volontaires pour travailler sur l’épluchage des bios de ces intervenants. Il faut du pédigrée et du verbatim, et constituer la revue de presse accablante que cet aréopage mérite. Merci de me contacter si vous souhaitez réfléchir et mettre en œuvre, rapidement, ce travail de salubrité publique. Bien à vous, Emmanuel Debono. »

      Connivences politiques

      Plusieurs membres du RRA se félicitent en outre d’avoir influencé la position de ministres dans une décision aussi sensible que celle de l’annulation du colloque prévu au Collège de France.

      L’une de ces membres, #Déborah_Levy, écrit ainsi le 9 novembre : « Les ministres Aurore Bergé et Philippe Baptiste, prévenus depuis jeudi dernier (les alertes que vous faites remonter ici sont donc précieuses), ont demandé à l’administrateur du Collège de France d’annuler ce colloque, eu égard au risque élevé de trouble à l’ordre public et afin de garantir la sécurité des personnes. »

      À plusieurs reprises, les liens de proximité et de courtoisie entre ces universitaires et l’exécutif apparaissent au fil des échanges. Le 1er novembre, #Isabelle_de_Mecquenem (université de Champagne-Ardenne) évoque ainsi « une invitation à échanger avec le ministre de l’Enseignement supérieur », avant de préciser que la rencontre n’aura finalement pas lieu en raison de « l’instabilité politique ».

      À la lecture des échanges, une inquiétude sourde de voir leur #responsabilité engagée dans la décision d’interdire le colloque apparaît chez certains membres du RRA : « Chers amis, Aucun d’entre nous n’est responsable de l’annulation du colloque. A ma connaissance, en tout cas, nous n’avons pas demandé une telle chose. Comme beaucoup d’autres, nous avons fait état de notre effarement devant la programmation d’un meeting politique au Collège de France, où il ne faisait aucun doute que les échanges “scientifiques“ annoncés étaient de la poudre aux yeux. Albanese ? Villepin ? Peut-être en invitée surprise aurions-nous vu monter à la tribune Rima Hassan… »

      On retiendra de cette histoire qu’un colloque organisé avec et par des personnalités et des scientifiques confirmés et respectés, tels que Salam Kawakibi - directeur du Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris - ou encore Henry Laurens, a pu être interdit entre autres sous la pression d’un #lobbying d’universitaires aux positions ouvertement favorables au gouvernement d’Israël.

      D’autre part, cet événement confirme la volonté d’empêcher la tenue de manifestations scientifiques consacrées à l’histoire de la Palestine, lorsqu’elles ne sont pas agréées par les milieux pro-israéliens. Plus grave encore, les participants font l’objet de manigances et malveillances susceptibles d’affecter leur carrière universitaire.

      La LDH, (Ligue des droits de l’Homme) dans un communiqué publié hier soir, résumait la situation en ces termes : « Cette décision interroge sur l’exercice de la liberté académique et la nécessaire diffusion auprès des citoyens du travail scientifique. (...) Les chercheurs doivent pouvoir librement, indépendamment de toutes pressions directes ou indirectes, organiser des événements scientifiques sur le thème, sous le format et les modalités qui leur paraissent appropriés. »

      Contactée ce mardi 11 novembre au sujet de l’implication du RRA dans l’annulation du colloque, #Céline_Masson, la directrice de la structure universitaire, n’a pas souhaité répondre à nos questions : elle a tenu à préciser que le RRA n’avait aucun lien avec l’annulation du colloque.

      https://www.blast-info.fr/articles/2025/colloque-annule-au-college-de-france-les-manoeuvres-duniversitaires-pro-i

    • Le colloque scientifique sur la Palestine connaît un succès inédit en ligne

      Annulé par le Collège de France, l’événement consacré à la relation entre la Palestine et l’Europe se tient les 13 et 14 novembre dans les locaux du Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris, devant un public très nombreux, mais à distance.

      Entrera ? N’entrera pas ? Sur un trottoir parisien, jeudi 13 novembre à 8 h 15, une cinquantaine de personnes patientent dans une file d’attente devant le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep). Les locaux sont exigus, 35 places maximum, et tout le monde ne pourra pas y pénétrer, prévient un agent de sécurité. Par petits groupes, on se questionne, pour savoir qui dispose ou non d’une invitation nominative pour assister au colloque scientifique « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines ».

      Les entrées se font au compte-goutte. Arrive Henry Laurens, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, suivi de plusieurs intervenants. A quelques exceptions près, tous sont des chercheurs représentant des institutions universitaires prestigieuses à Londres, Madrid, Amsterdam, Montréal, Rome ou encore Bruxelles.
      L’incompréhension se lit sur les visages, l’inquiétude aussi. Comment le Collège de France a-t-il pu en venir à annuler cette rencontre académique ? Comment ce lieu du savoir ouvert à tous a-t-il pu « se refermer comme une huître sous la pression d’un article du Point puis du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche ? », interroge un couple de retraités, dans la file d’attente.
      « Conditions dégradées »
      L’administrateur de l’établissement, Thomas Römer, avait annoncé l’annulation de l’événement, le 9 novembre, « face à la polémique, mais aussi aux risques qui se manifestent autour » – tels que « d’éventuels débordements aux abords et au sein de l’amphithéâtre », avait-on précisé au Monde. Dans un courrier adressé le 8 novembre à M. Römer, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, avait confié être « personnellement en profond désaccord avec l’angle retenu » par le colloque tout en rappelant l’« entière responsabilité » de l’administrateur s’il décidait de le maintenir.
      L’événement a lieu malgré tout, ces 13 et 14 novembre, mais « dans des conditions très sensiblement dégradées, au regard, notamment, de la taille de la salle, par rapport à celles initialement prévues », a convenu le juge du tribunal administratif de Paris, saisi en référé de cette annulation par plusieurs collectifs de chercheurs et associations, le 12 novembre. Du fait de cette réorganisation dans un autre lieu et de la transmission des échanges en visioconférence, il a estimé que les libertés académique, d’expression et de réunion n’étaient pas atteintes, rejetant ainsi les pourvois formés contre le Collège de France.

      « Bienvenue dans la seule salle parisienne qui a osé accueillir ce colloque », démarre Salam Kawakibi, le directeur exécutif du Carep, co-organisateur de l’événement. Le petit auditoire, qui se tient pour partie debout, est décuplé à distance, plus de 500 personnes suivant les échanges en direct sur YouTube.
      En guise d’introduction, le chercheur en sciences politiques évoque un souvenir remontant à 2002, à Alep, en Syrie : « J’organisais à l’Institut français un colloque scientifique sur la pensée religieuse et la réforme dans le monde musulman. C’était l’époque où le pouvoir autoritaire de Bachar [Al-Assad, l’ex-président syrien] était à son apogée, voulant surveiller les respirations avant même les idées. Pourtant, le colloque a eu lieu. Les agents de sécurité sont venus, ils ont posé des questions, ont pris des notes, fait leur rapport. Mais personne n’a empêché le colloque avant qu’il ne commence. »
      « Droit de penser sans tutelle »
      En France, en 2025, « certains imaginent la recherche comme un débat télévisé », regrette le chercheur : « Ils n’ont pas compris que la science ne cherche pas l’équilibre entre les opinions mais la vérité (…). Nous revendiquons, le droit de penser sans tutelle, de discuter sans permission et de chercher sans peur. On peut interdire les colloques mais on ne peut pas interdire les questions. »
      « Malgré les pressions, les censures, le colloque se tient et nous ne pouvons que nous en féliciter », souligne l’ex-ambassadeur Denis Bauchard, président du conseil d’administration du Carep, avant de lancer les travaux, avec un exposé d’Henry Laurens. « Nous sommes en train de vivre une atteinte en règle contre les libertés académiques et l’indépendance de la recherche, renchérit auprès du Monde Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po et vice-président du conseil d’administration du Carep. On est dans un moment incroyable, où l’on juge de la recherche à partir de traits qui sont prêtés à certains chercheurs de façon mensongère, au lieu de juger un travail sur la qualité et la rigueur scientifique de ce qui est produit. Aujourd’hui nous n’allons pas parler de “la Palestine”, mais de “la relation entre l’Europe et la Palestine”. Et c’est un vrai sujet de recherche qui a été très peu pratiqué. »
      Josep Borrell, ex-haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, dont l’intervention est prévue en clôture des échanges, confie également sa « surprise » : « En Espagne, on ne peut pas imaginer qu’un ministre dise à une université ce qu’elle doit faire ou pas. »

      https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/13/annule-le-colloque-scientifique-sur-la-palestine-connait-un-succes-inedit-en

    • La justice valide l’annulation du colloque du Collège de France, et c’est grave

      Le tribunal administratif de Paris a rejeté les recours contre l’annulation du colloque sur la Palestine et l’Europe qui devait se dérouler au sein du prestigieux établissement. Une décision dangereuse, fondée sur des éléments douteux, qui catalyse la mise en danger des libertés académiques.

      MercrediMercredi 12 novembre au soir, le tribunal administratif de Paris a rejeté les recours référés-liberté formés contre l’annulation du colloque intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », qui devait se tenir au Collège de France jeudi 13 et vendredi 14 novembre.

      Trois jours plus tôt, dimanche 9 novembre, l’administrateur du Collège de France, Thomas Römer, a décidé d’annuler le colloque, dont le programme et les intervenants étaient connus et annoncés depuis des mois, « en réaction à la polémique » initiée par un article du Point publié le 7 novembre.

      Le 8 novembre, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, s’était fendu d’une lettre d’une tartufferie rare adressée à Thomas Römer, prétendant à la fois défendre les libertés académiques comme des « principes fondamentaux de notre État de droit » tout en intervenant contre ces dernières. Il faisait part de son « désaccord avec l’angle retenu » et regrettait « l’impact durable » que l’organisation de ce colloque serait « susceptible d’avoir sur l’image de l’institution ».

      De son côté, le juge des référés a estimé que dans la mesure où les organisateurs de l’événement ont réussi à le maintenir aux mêmes dates dans un nouveau lieu – en l’occurrence les locaux exigus du Centre arabe de recherches et d’études politiques (Carep), co-organisateur de l’événement, à Paris –, « il n’est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’expression, à la liberté de se réunir et à la liberté académique de nature à justifier l’intervention du juge des référés dans un délai de quarante-huit heures ».
      « Un inadmissible coup porté aux libertés académiques »

      Les dizaines d’intervenants venus des quatre coins du monde, qui avaient organisé leur emploi du temps pour être présents à Paris et dont les déplacements et frais de séjour étaient déjà payés pour une somme totale avoisinant les 50 000 euros, n’ont en effet pas été privés de parole.

      « Mais il est inexact de dire que le colloque a pu se tenir, juge l’avocat Raphaël Kempf, qui avait été saisi par des organisateurs et des participants pour déposer un recours contre cette annulation et a décidé de saisir le Conseil d’État. Un colloque comme celui-ci, ce n’est pas seulement des communications, c’est aussi des échanges, des rencontres, des discussions. Par définition, la science naît de ces moments de dialogues et de débats. Or, ceux-ci ne sont pas possibles dans une salle avec une jauge de trente-cinq personnes, réduite encore par la nécessité de mettre des caméras pour diffuser le colloque en direct. »

      Celui-ci aurait dû avoir lieu dans l’amphithéâtre Marguerite-de-Navarre du Collège de France, qui peut accueillir plus de 460 personnes et dispose de dispositifs de traduction simultanée, nécessaires pour un colloque à dimension internationale.

      Pour Raphaël Kempf, « cette décision est une prime à l’ignorance et une incitation à la censure » et « constitue un inadmissible coup porté aux libertés académiques, au débat d’idées et à la possibilité de diffuser les résultats de la recherche académique ».

      Deux éléments interrogent particulièrement la décision du tribunal administratif de valider l’annulation. Le premier est la défense produite par le Collège de France, fondée essentiellement sur des graffitis vus dans la rue quinze jours avant l’ouverture du colloque et sans lien avec ce dernier.

      L’établissement avait alors déposé une plainte, que Mediapart a pu consulter, pour « dégradation ou détérioration légère d’un bien par inscription, signe ou dessins » après avoir découvert, le 3 novembre, « des graffitis mentionnant le conflit entre Israël et la Palestine, mentionnant aussi deux noms de professeurs tel que [Henry] Laurens, titulaire de chaire d’histoire contemporaine du monde arabe, et [Patrick] Boucheron, titulaire de chaire histoire des pouvoirs en Europe occidentale XIIIe et XVIe siècle, évoquant ses thèmes durant leurs cours. On y retrouve aussi des phrases mentionnant “Hamas Tueurs Violeur” [sic] ».

      Le gardien de la paix qui enregistre la plainte précise ensuite : « aucune violence [n’]a été commise envers ces deux professeurs » ; « aucun harcèlement n’a été commis envers ces deux professeurs » ; « aucune autre dégradation n’a été commise ».

      Si l’historien Patrick Boucheron n’avait rien à voir avec le colloque sur la Palestine et l’Europe, Henry Laurens, un des meilleurs historiens du Proche-Orient en France, en était l’organisateur. On se retrouve donc dans la situation ubuesque où des tags visant un professeur au Collège de France aboutissent à l’annulation du colloque que celui-ci devait organiser…

      Rappelons pour mémoire l’indignation inverse qui avait traversé la France lorsque des tags désignant des enseignants accusés d’islamophobie étaient apparus sur les murs de l’université de Grenoble. Ici, non seulement ces attaques sur les murs d’une institution académique n’ont suscité aucune indignation, mais elles ont abouti à la silenciation de celui qui en était victime.

      Le second élément est l’implication dans l’affaire du collectif Actions Avocats, une association fondée « pour lutter contre la recrudescence des actes antisémites en France, lutter contre l’apologie du terrorisme et pour la libération des otages encore entre les mains de l’organisation terroriste Hamas ».

      Ce collectif avait écrit le 8 novembre au ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, pour lui faire part de « sa vive préoccupation concernant le colloque ».

      Actions Avocats rappelait dans cette lettre le fait que « la France a officiellement adopté la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste) qui précise notamment que la “négation du droit à l’autodétermination du peuple juif” ou “l’application de standards différents à Israël” peuvent constituer des formes contemporaines d’antisémitisme ».

      Rappelons que cette définition est très controversée et que le juriste états-unien Kenneth Stern, qui a pourtant contribué à la forger, juge désormais que « loin de faciliter la lutte simultanée contre l’antisémitisme et contre les préjugés dogmatiques visant Israël, la tentative de censurer toute critique d’Israël la rend plus difficile ».

      Dans une boucle d’e-mails d’un groupe d’universitaires appelé « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », Déborah Journo, présidente d’Actions Avocats, écrit : « Nous avons adressé un courrier à l’administrateur du Collège de France + copie au ministre de l’enseignement hier par e-mail. J’imagine que notre courrier et toutes les autres initiatives ont permis cette annulation. Bravo à tous. »

      L’administrateur du Collège de France, Thomas Römer, n’ayant pas répondu à nos sollicitations, la chaîne qui a abouti à cette annulation demeure incertaine. Pression médiatique organisée par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et Le Point ? Rôle de ce « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme » outillé juridiquement par l’association Actions Avocats ? Pression liberticide du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche dans sa lettre adressée à Thomas Römer ? Ou initiative personnelle de ce dernier, ainsi qu’il l’a laissé entendre devant les professeurs du Collège de France réunis lundi 10 novembre dans l’urgence ?

      Un autre doute émerge : le Germano-Suisse Thomas Römer, bibliste et grand spécialiste de l’Ancien Testament, a-t-il pu agir par crainte que ses recherches en Israël et en Cisjordanie soient compromises s’il laissait ce colloque se tenir en l’état dans sa prestigieuse institution ?
      « Un précédent d’une extrême gravité »

      Sa décision, lourde de conséquences, a, quoi qu’il en soit, fait réagir non seulement un collectif de prestigieux universitaires, qui estime que « cette interdiction ouvre la voie à une censure institutionnelle », mais aussi une partie des professeur·es du Collège de France, qui juge que cette annulation « crée un précédent d’une extrême gravité ».

      « Bien que conscients des pressions qui pesaient sur sa tenue et des responsabilités administratives qui en découlent, nous regrettons cette décision qui fait prévaloir, de façon disproportionnée, les questions de sécurité sur le respect de la liberté académique, objet de menaces croissantes en de nombreux endroits du monde », écrivent ainsi les quatorze professeur·es.

      L’annulation de ce colloque, remplacé par des communications à huis clos au goût d’ersatz, fait aussi rejaillir d’anciennes querelles, notamment celles qui ont opposé les islamologues et « djihadologues » François Burgat et Gilles Kepel, encore vives alors que la France se souvient, ce 13 novembre, des attentats de Paris et de Saint-Denis commis il y a tout juste dix ans.

      L’article du Point a ainsi mis directement en cause François Burgat, sans lien avec le colloque, mais qui fut directeur du Carep. En avril, ce centre de recherche, indépendant mais financé par des fonds publics qataris, avait apporté son soutien à ce directeur de recherche émérite au CNRS, alors que celui-ci était jugé pour apologie du terrorisme à la suite d’un message sur X où il affirmait avoir « infiniment plus de respect et de considération pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël ». Des faits pour lesquels le tribunal d’Aix-en-Provence l’a relaxé fin mai.

      Quant au « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », où l’on retrouve les noms de Pierre-André Taguieff, de l’historien Emmanuel Debono ou encore d’Emmanuel Droit, directeur de Sciences Po Strasbourg, il relaye dans ses échanges d’e-mails l’obsession ancienne de Gilles Kepel, relayée par la chercheuse aux thèses complotistes et farfelues Florence Bergeaud-Blackler sur l’entrisme des Frères musulmans en France.

      Le colloque y est présenté comme une offensive frériste destinée à faire vaciller l’université française. « Les Frères et leurs collaborateurs ont un objectif précis : ils veulent administrer le chaos ; […] donc dans l’ordre a. semer la zizanie dans les démocraties occidentales ; b. profiter du chaos pour gagner du terrain en termes de pouvoirs », assure une maître de conférences en psychologie membre de ce réseau.

      Reprenant la rhétorique également présente dans le rapport très controversé commandé par le ministère de l’intérieur sur les Frères musulmans, elle explique encore que l’université est investie « comme terrain fertile principal pour semer la zizanie par exemple entre collègues, entre étudiants, au sein des directions et décanats de facs ».

      Mais outre ces rejeux de querelles plus médiatiques qu’académiques déjà anciennes, l’annulation du colloque s’inscrit évidemment dans les effets de long terme du massacre du 7-Octobre et de l’anéantissement de Gaza.

      L’article du Point a ainsi dénoncé un colloque qui risquait de se muer en « deux journées à tendance pro-Hamas ». Il pointait notamment la présence, parmi les modérateurs, de l’anthropologue Véronique Bontemps, en précisant qu’elle avait fait l’objet d’une procédure disciplinaire pour « apologie du terrorisme ».

      Signalée par des collègues sur la plateforme Pharos pour avoir relayé sur une liste interne un tract de Solidaires étudiant-e-s appelant, le 8 octobre 2023, au « soutien indéfectible à la lutte du peuple palestinien dans toutes ses modalités et formes de lutte », cette chercheuse avait dû effectivement s’en expliquer devant sa hiérarchie.

      Le fait qu’elle ait condamné les massacres de civils dans deux messages suivants et pris ses distances avec le communiqué du syndicat n’avait pas empêché une convocation dénoncée par nombre de chercheurs.

      « Après deux ans de génocide, on a l’impression d’être revenus au point de départ : c’est-à-dire que le simple fait de parler de la Palestine peut vous valoir des accusations d’apologie du terrorisme. À ce sujet, Le Point a écrit que j’avais fait l’objet d’une procédure disciplinaire du CNRS pour “apologie du terrorisme”, sans préciser que j’avais été blanchie de cette accusation », explique-t-elle aujourd’hui à Mediapart.

      L’état des libertés académiques, notamment quand il est question de la Palestine, sera tout bientôt de nouveau à l’ordre du jour puisque, le 16 décembre, doit se tenir, toujours au Collège de France, une journée d’études intitulée « Politics and Poetics on the Ruins of Gaza » (« Politique et poésie sur les ruines de Gaza »), organisée par le professeur Didier Fassin.

      Le titulaire de la chaire « Questions morales et enjeux politiques dans les sociétés contemporaines » assure à Mediapart qu’il a reçu « l’assurance de l’administrateur du Collège de France qu’il ne sera[it] pas annulé » même s’il ne doute pas que son colloque fera « l’objet d’attaques et de pressions ».

      https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/131125/la-justice-valide-l-annulation-du-colloque-du-college-de-france-et-c-est-g

  • « #Gaza n’est pas une tragédie sans responsables » le dernier #rapport de #Francesca_Albanese

    « Aucun État ne peut se dire attaché au #droit_international tout en armant ou protégeant un régime génocidaire. »

    Les précédents rapports d’Albanese, “Anatomie d’un génocide” (https://documents.un.org/doc/undoc/gen/g24/046/12/pdf/g2404612.pdf), “L’effacement colonial par le génocide” (https://docs.un.org/fr/A/79/384) (2024) et “D’une économie d’occupation à une économie de génocide” (https://docs.un.org/fr/A/HRC/59/23) (2025) ont documenté le #génocide commis par #Israël à Gaza, son origine et ses fondations. “Le génocide de Gaza : un #crime_collectif” (https://www.ohchr.org/sites/default/files/documents/hrbodies/hrcouncil/coiopt/a-80-492-advance-unedited-version.pdf), paru le 20 octobre dernier, se concentre sur la #complicité_internationale qui le caractérise.

    « Encadrée par des discours coloniaux qui déshumanisent les Palestiniens, cette atrocité diffusée en direct a été facilitée par le soutien direct, l’aide matérielle, la protection diplomatique et, dans certains cas, la participation active d’États tiers. Elle a mis en évidence un fossé sans précédent entre les peuples et leurs gouvernements, trahissant la confiance sur laquelle reposent la paix et la sécurité mondiales. Le monde se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins entre l’effondrement de l’état de droit international et l’espoir d’un renouveau. Ce renouveau n’est possible que si la complicité est combattue, les responsabilités assumées et la justice respectée. »
    Les 4 composants de la complicité

    Albanese identifie quatre axes dans lesquels cette complicité s’est matérialisée : politique et diplomatique, militaire, humanitaire, et économique.

    Dans le premier domaine, elle démontre que les États ont systématiquement adopté la rhétorique et les éléments de langages israéliens, qualifiant les israélien-nes de « civils » et d’« otages », tandis que les Palestinien-nes étaient présenté-es comme des « terroristes du Hamas », des cibles « légitimes » ou « collatérales », des « boucliers humains » ou des « prisonnier-es » légalement détenu-es.

    Elle identifie également ces éléments de langage dans les négociations de paix, quand les pays comme la France ont appelé à des « pauses humanitaires » plutôt que d’exiger un cessez-le-feu permanent, offrant une couverture politique à la poursuite de la guerre et banalisant les violations du droit par Israël.

    Sur le volet militaire, Albanese rappelle que le Traité sur le commerce des armes (TCA) impose de ne pas commercer avec des Pays soupçonnés de génocide. La France est entre autres pointée du doigt pour n’avoir pas cessé ses exportations et avoir permis le transit par ses ports de cargaisons d’armes à destination d’Israël. Albanese dénonce également que de nombreux soldat-es servant en Israël ont une double nationalité et qu’il appartient à leurs pays de les juger. La France en fait partie.

    Le rapport poursuit en dénonçant la militarisation et l’instrumentalisation de l’aide humanitaire, à travers le blocus total de Gaza. Albanese dénonce le retrait de financements de la part de nombreux pays, dont la France, à l’UNRWA, sur la base d’allégations israéliennes qui n’ont pas été démontrées, et ont par la suite été invalidées par des observateur-ices de l’ONU.

    Le volet concernant l’aide humanitaire dénonce aussi la création de la Gaza Humanitairian Foundation par les État-Unis, qui a participé au déplacement contraint de nombreux-ses Palestinien-nes affamé-es et a été le théatre du meurtres d’au moins 2 100 d’entre elles et eux.

    Dans le dernier volet, concernant l’aspect économique, Albanese rappelle qu’Israël est profondément dépendant de ses accords commerciaux, et que le maintien par les pays concernés de tels accords « malgré l’illégalité de l’occupation [israélienne] et ses violations systématiques des droits humains et du droit humanitaire – qui ont désormais atteint le stade du génocide – légitiment et soutiennent le régime d’apartheid israélien. »

    Elle souligne, entre autres, que la France a augmenté ses transactions avec Israël plutôt que de les restreindre, avec 75 millions de dollars supplémentaires d’échanges. Le rapport pointe aussi la nécessité d’un embargo sur les armes et sur l’énergie, pointant l’implication de la France dont les ports sont utilisés pour le transit d’armes, de pétrole et de gaz destiné à Israël.
    « Il faut désormais rendre justice »

    « À ce stade critique, il est impératif que les États tiers suspendent et réexaminent immédiatement toutes leurs relations militaires, diplomatiques et économiques avec Israël, car tout engagement de ce type pourrait constituer un moyen d’aider, d’assister ou de participer directement à des actes illégaux, notamment des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des génocides », affirme le rapport.

    Albanese rappelle les recommandations figurant déjà dans les rapports précédents : mesures coercitives contre Israël, embargo sur les armes et le commerce avec Israël, refus de passage aux navires/aéronefs israéliens, poursuite des auteurs et complices du génocide.

    Elle appelle les pays à faire pression sur Israël pour un cessez-le-feu permanent et un retrait complet de ses troupes de Gaza, une levée du blocus et la réouverture de la frontière avec l’Égypte, de l’aéroport international et du port de Gaza.

    « Le monde entier a les yeux rivés sur Gaza et toute la Palestine. Les États doivent assumer leurs responsabilités. Ce n’est qu’en respectant le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, si ouvertement bafoué par le génocide en cours, que les structures coercitives mondiales durables pourront être démantelées. Aucun État ne peut prétendre adhérer de manière crédible au droit international tout en armant, soutenant ou protégeant un régime génocidaire. Tout soutien militaire et politique doit être suspendu ; la diplomatie doit servir à prévenir les crimes plutôt qu’à les justifier. La complicité dans le génocide doit cesser. »

    https://ujfp.org/gaza-nest-pas-une-tragedie-sans-responsables-le-dernier-rapport-de-francesca-a
    #déshumanisation #complicité #Palestine #atrocité #soutien #aide_matérielle #protection_diplomatique #responsabilité #justice #rhétorique #discours #mots #vocabulaire #langage #commerce_d'armes #armes #aide_humanitaire #UNRWA #Gaza_Humanitairian_Foundation #accords_commerciaux #économie #crimes_de_guerre #crimes_contre_l'humanité #autodétermination

  • La mort est en train de changer
    https://ecologiesocialeetcommunalisme.org/2025/10/24/la-mort-est-en-train-de-changer

    Il est assez évident que tout un ensemble d’appellations et de tentatives de régulation qui furent assez laborieusement instaurées au niveau international au cours de la seconde moitié du vingtième siècle sont désormais en pleine déliquescence. Que reste-t-il du #Droit_international, des droits de l’homme, du respect de l’identité des peuples, de la protection des […] L’article La mort est en train de changer est apparu en premier sur Atelier d’Écologie Sociale et Communalisme.

    #Recensions_d’ouvrages_divers #Droits_de_l'homme #Gaza #Génocide #Humanité #Inhumanité #Justice

  • Et si l’immigration était un #projet_de_société positif et accueillant ?

    Le #Québec peut être cette nation qui sait conjuguer son désir d’affirmation tout en ouvrant les bras.

    Dans un contexte mondial où l’on assiste à la montée des mouvements antidroits et des pratiques autoritaires, dont le principal « #ennemi » est les personnes migrantes, la joute oratoire sur l’immigration à laquelle nous assistons à #Québec a de quoi nous inquiéter.

    Le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) nous dit en substance que l’immigration est une #menace, et qu’il y en a trop. Une partie de l’opposition surenchérit. Ce faisant, on induit la population en erreur avec toutes sortes de #chiffres douteux, faisant monter un sentiment anti-immigrant empreint de #préjugés, discriminatoire. Cela nourrit un #climat_social polarisé et délétère.

    Plusieurs commentateurs ont critiqué l’escalade du #discours_anti-immigrants entre la CAQ et le Parti québécois (PQ). Il est important de comprendre qu’il s’agit là d’un #discours qui s’inscrit dans une logique portée par les #mouvements_antidroits, dont font aussi partie les mouvances identitaires. Alors à qui profite ce discours, et à quels desseins ? Cela ressemble à une #politisation opportuniste et électoraliste de l’immigration.

    Ces jours-ci se tiennent des consultations sur la planification de l’immigration au Québec. Le gouvernement a déjà annoncé son intention de réduire considérablement le nombre d’immigrants temporaires et permanents. De nombreux intervenants seront entendus jusqu’au 30 octobre. Plusieurs représentent des secteurs économiques qui emploient des travailleuses et des travailleurs étrangers. Il y a donc fort à parier que ces intervenants plaideront l’importance de maintenir un bon niveau d’immigration, notamment temporaire, pour assurer des besoins immédiats en main-d’œuvre.

    Amnistie ne se prononce pas sur le nombre de personnes immigrantes qu’un État souhaite accueillir. Toutefois, nous rappelons que pour tout programme d’immigration, les États, dans ce cas-ci le Québec, ont l’obligation de le déployer en tout respect et en toute protection des droits de ces personnes, et en respect du #droit_international.

    Ce qui inquiète Amnistie, c’est donc la #rhétorique_négative à l’égard de l’#immigration mise de l’avant pour justifier sa réduction, la façon dont c’est fait et les effets sur les personnes concernées. Nous sommes également inquiets de la tendance privilégiant une #immigration_temporaire au détriment de l’#immigration_permanente qui s’est accentuée ces dernières années.

    La CAQ promet depuis son élection en 2018 une réduction importante du nombre de personnes immigrantes au Québec. Cependant, pour répondre aux demandes des employeurs, le gouvernement n’aura eu de cesse de faire appel à un nombre accru de migrants temporaires, grossissant ainsi le bassin d’une population vulnérable.

    Les élus — de la CAQ et du PQ, principalement — déplorent souvent la forte augmentation du nombre de résidents non permanents, laissant entendre qu’il s’agirait d’un phénomène subi par le Québec et imposé par le fédéral. Or, c’est le #Programme_des_travailleurs_étrangers_temporaires (#PTET), sur lequel Québec a le plein contrôle, qui a connu l’augmentation la plus forte depuis 2018, soit 651 %.

    Cette augmentation record montre notre dépendance à l’égard de la main-d’œuvre temporaire pour des besoins permanents dans nombre de secteurs économiques. Les #employeurs comme le gouvernement doivent donc se demander si c’est vraiment d’une immigration temporaire dont ils ont besoin et qu’ont-ils à gagner à ce que ces personnes demeurent prisonnières d’un statut précaire ? Est-il plus pratique d’avoir recours à une immigration temporaire plus malléable, et en quelque sorte jetable ? Le projet est-il de bâtir une société basée sur un #marché_du_travail à deux vitesses, où certaines personnes ne peuvent se prévaloir de tous leurs droits en raison de leur statut migratoire précaire ?

    Les personnes migrantes travaillant au Québec dans le cadre du PTET sont précarisées en raison de leur #statut et des conditions inhérentes à leur #permis_de_travail fermé, qui les lie à un seul employeur. C’est ce qu’a confirmé l’enquête d’Amnistie internationale publiée en début d’année, qui conclut que la conception même du PTET exposait les travailleuses et travailleurs migrants à l’#exploitation et à une #discrimination systémique, ce qui place le #Canada et le Québec en situation de violation de leurs obligations internationales en matière de protection des droits de la personne.

    Lors de son passage au Canada en 2024, le rapporteur spécial des Nations unies sur les formes contemporaines d’esclavage, Tomoya Obokata, avait d’ailleurs dénoncé le PTET, qui, selon lui, alimente des « formes contemporaines d’esclavage ».

    À cela, ni le gouvernement ni aucun autre parti n’a réagi ni proposé de rectifier la situation. Comme si ces personnes ne comptaient pas ou n’étaient pas des êtres humains à part entière ?

    Tous les partis semblent préférer discourir sur la « #capacité_d’accueil », chacun y allant de son chiffre « magique ». Cela fait des années que la notion de « capacité d’accueil » est utilisée pour laisser entendre une limite objective dans la société et dans l’infrastructure sociale du Québec en matière d’immigration. Les personnes migrantes sont ainsi blâmées pour les manquements des politiques gouvernementales des dernières décennies dans nos services sociaux, la crise du logement et — pourquoi pas — le déclin du français. Ce discours favorise la #discrimination, présentant l’immigration comme un défi à craindre et à contenir plutôt que comme une #richesse dont la société québécoise tire de grands bénéfices.

    Lors des consultations sur la planification de l’immigration en 2023, plusieurs intervenants, dont Amnistie internationale, ont critiqué le discours négatif entourant la notion de « capacité d’accueil » et son absence d’assise scientifique. Le professeur sociologue-démographe Victor Piché, de l’Université Laval, proposait alors de parler de « #volonté_d’accueil » : si on augmente cette dernière, on augmente notre « capacité d’accueil », disait-il en résumé.

    Le Québec a la « #capacité_d’accueillir » une vision positive de l’immigration, où chaque personne peut jouir pleinement de ses droits et contribuer à enrichir sa société d’accueil. Le Québec peut être cette nation qui sait conjuguer son désir d’affirmation tout en ouvrant les bras pour accueillir des personnes venues de tous les horizons, avec toute l’humanité qu’on lui connaît.

    https://www.ledevoir.com/opinion/idees/926868/si-immigration-etait-projet-societe-positif-accueillant
    #discours #narration #migrations #temporaire #main-d’oeuvre #travail #économie #précarisation #vulnérabilité #vulnérabilisation

    ping @karine4

  • Les #mégabassines du #Poitou sont au #point_mort, révèle un document interne

    Dans une lettre envoyée à des agriculteurs du Poitou, que Reporterre s’est procurée, le maître d’œuvre du projet de mégabassines égraine de nombreux #blocages semblant menacer la #viabilité même du projet.

    C’est un mail un peu spécial qu’ont reçu, le 25 août, les agriculteurs de la région où sont en construction les mégabassines des #Deux-Sèvres, de la #Vienne et de #Charente-Maritime. Illustrée de l’horizon bleu-vert de ces réserves massives d’#eau destinées à l’#irrigation, la « Lettre d’information de la Coopérative de l’eau 79 » (#Coop_de_l’eau_79, maître d’œuvre du projet) décrit un projet au point mort : la plus grande mégabassine construite est #inutilisable, les chantiers sont à l’#arrêt faute d’argent, des négociations politiques traînent...

    Autant de #difficultés qui apparaissent entre les lignes et jettent le doute sur la viabilité de ce projet au centre du débat sur la gestion de l’#eau_agricole. Ce document, que Reporterre s’est procuré et reproduit ci-dessous, interroge sur la survie des mégabassines du Poitou.

    #Sainte-Soline à sec et pour longtemps

    Le premier enseignement de ce document concerne la mégabassine de Sainte-Soline, la plus grande réserve du projet construite à ce jour et point de fixation de la contestation depuis la manifestation de mars 2023. Cette mégabassine, avec trois autres non sorties de terre, s’est vue retirer son autorisation environnementale après un arrêt de la cour d’appel administrative de Bordeaux. Dans sa lettre, la Coop de l’eau prévoit de déposer en 2026, sans préciser la date, la demande de #dérogation d’#espèce_protégée demandée par les juges. Au premier regard, une simple démarche administrative.

    Si la #loi_Duplomb — réautorisant notamment des pesticides interdits — simplifie un peu l’affaire en définissant ces réserves d’eau d’« #intérêt_public_majeur », l’arrêt de la cour d’appel administrative exige de remplir deux autres conditions qui portent sur une #espèce_menacée, l’#outarde_canepetière, en produisant études et propositions pour réduire et compenser les dégâts des travaux.

    D’après Marie Bomare, juriste pour Nature Environnement 17, il faudra plus qu’un formulaire administratif du type Cerfa pour répondre à cette exigence : « L’#outarde étant dans une situation critique, il apparaît difficile de la maintenir dans un état de conservation favorable comme le demande la loi alors que les bassines s’implantent en plein dans leur habitat. »

    « Un symbole fort »

    Or, pas de dérogation, pas de remplissage. Et, suivant le principe de « substitution » d’une mégabassine, le #remplissage ne peut avoir lieu qu’en « haute eau », c’est-à-dire quand il est possible de pomper dans les nappes phréatiques remplies par les précipitations d’automne et d’hiver. Faute de dérogation avant le printemps, la bassine pourrait rester à sec durant la saison d’arrosage. Un gros manque à gagner pour les onze agriculteurs raccordés qui comptent sur cette eau, notamment pour leurs #céréales. Mais aussi un énorme trou dans la caisse de la Coop de l’eau 79, qui facture cette eau « sécurisée » au prix fort.

    Des chantiers à l’arrêt

    Second point de blocage : voilà plus d’un an que devaient débuter les travaux d’une nouvelle bassine à #Saint-Sauvant (Vienne). Or, rien n’a été fait. « Des prochains chantiers de construction sont à l’étude, l’engagement du département est un enjeu majeur pour la suite du programme », explique poliment la Coop de l’eau 79 dans son communiqué.

    Sous cette formule évasive se cachent deux problèmes liés au #financement du projet. Comme l’expliquait récemment Reporterre, l’explosion des #coûts (notamment de sécurisation et d’électricité) a privé la Coop de l’eau de l’argent nécessaire à de nouveaux chantiers.

    Parmi les pistes de financement, les dirigeants négocient depuis plusieurs mois avec la présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres, Coralie Dénoues, qui confirmait dans un article du Parisien « [bien travailler] avec la Coop de l’eau 79 pour assurer la continuité du projet et pour le soutenir ».

    Par « soutien », la Coop de l’eau 79 espère ici récupérer des financements publics pour couvrir les frais des travaux. En pratique, les promesses de la présidente semblent difficiles à tenir : « Ce projet n’apparaît pas dans le plan pluriannuel d’investissement du conseil départemental et notre budget ne permettrait pas de financer une structure déficitaire sans couper ailleurs, analyse un élu d’opposition sous couvert d’anonymat. De plus, cela ne relève pas de nos compétences : il faudrait le soutien de la région ou de l’État pour s’engager. »

    Contacté par Reporterre, le conseil départemental des Deux-Sèvres n’a pas donné suite.

    Des irrigants abandonnés en rase campagne

    Avec 4 mégabassines construites sur les 6 attendues avant 2025 et les 16 prévues au total, beaucoup d’irrigants autrefois favorables à ces infrastructures s’impatientent d’avoir un jour « leur bassine », pour laquelle ils paient l’eau bien plus cher qu’ailleurs, comme l’expliquait Reporterre.

    Dans le nord des Deux-Sèvres, sur le bassin du #fleuve_Thouet, certains agriculteurs n’ont même pas vu le moindre projet d’ouvrage. Dans des termes choisis, la Coop clarifie la situation dans son communiqué : un plan d’action est à l’étude, et « peut prendre plusieurs formes dont la clôture temporaire de la section du #Thouet ». Pour le sud des Deux-Sèvres, sur la rivière #Boutonne, la situation bloquée depuis un an est suspendue aux résultats de « travaux ». Laissant d’autres agriculteurs dans l’attente de savoir si oui, ou non, ils auront leur bassine.

    Mauvais signal pour les autres projets

    « En 2025, l’activité de la Coopérative de l’eau 79 est largement orientée vers la communication », conclut la Coop comme un aveu, avant d’encourager les agriculteurs à « [montrer leurs] pratiques, [leurs] avancées technologiques ou en matière d’assolement ». Comme une injonction à envoyer les signaux nécessaires pour recevoir le soutien attendu des pouvoirs publics. Malgré cette priorité donnée à la communication, la Coop de l’eau 79 n’a pas donné suite à nos sollicitations.

    « Le bulletin le dit avec beaucoup de langue de bois, mais le constat est là : le bateau prend l’eau de toute part », affirme à Reporterre Julien Le Guet, porte-parole de Bassines non merci. Sans aller jusqu’à crier victoire, il perçoit l’accumulation de signes de fragilité comme des révélateurs : « Le statu quo sur Sainte-Soline, c’est un symbole fort. L’arrêt des chantiers offre une année de répit aux outardes. Une victoire écologiste, cela peut parfois être juste de freiner un projet. »

    Au moment où la loi Duplomb semblait ouvrir grand la porte à la généralisation du modèle, les difficultés rencontrées par ce projet phare pourraient bien rafraîchir les irrigants qui rêvent de leurs propres réserves.

    https://reporterre.net/Les-megabassines-du-Poitou-sont-au-point-mort-revele-un-document-interne
    #agriculture

    • #Mégabassines : la #France recadrée par un rapporteur de l’#ONU

      Un #rapporteur_spécial de l’ONU pointe du doigt des mesures discriminatoires prises contre une petite association, l’#Apieee. À cause de son engagement #antibassines, celle-ci aurait subi des #représailles de deux préfectures.

      Un rapporteur de l’ONU qui prend la plume pour défendre une petite association du Poitou, voilà un soutien que les adeptes de l’agro-industrie n’ont sûrement pas vu venir. L’Association de protection d’information et d’étude de l’eau et de son environnement (Apieee) pourrait ainsi être reconnue #victime de #discriminations en infraction avec le #droit_international. Et ce, grâce à une lettre (à lire en ligne ici) rédigée par Michel Forst, rapporteur spécial de l’ONU, envoyée aux autorités françaises.

      Depuis 1990, la petite association fondée à l’ombre de la forêt de Chizé, à une demi-heure de route à l’ouest de Sainte-Soline, s’emploie à protéger rivières, étangs et nappes des Deux-Sèvres contre les excès de l’agriculture. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’elle se soit engagée contre la construction de dix-neuf réserves de substitution – les fameuses mégabassines – dès l’enquête publique, en février-mars 2017.

      Cela lui a valu bien des inimitiés. Celle de deux préfectures notamment, qui ont sabré ses subventions et l’ont exclue de certaines instances de gouvernance locale. Une réaction qui a suscité les inquiétudes du rapporteur.

      Coupe de subvention et exclusion

      Dans sa lettre, Michel Forst fournit un détail exhaustif des faits et conclut, à l’adresse des pouvoirs publics : « Je vous demande instamment de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre un terme à la persécution, à la pénalisation et aux mesures vexatoires. »

      De quelle « persécution » s’agit-il ? Déjà, de la mise à l’écart de l’Apieee de moult organes de gestion des ressources en eau. Un exemple qui constitue le premier motif d’alarme du rapporteur : son exclusion du comité scientifique et technique du bassin #Sèvre_Niortaise-Mignon à la suite du refus de l’association de signer un protocole d’accord à la construction de mégabassines piloté par la #préfecture des Deux-Sèvres. On peut citer aussi son exclusion de la commission locale de l’eau de la #Boutonne, qu’elle a appris fin 2024 dans un arrêté du préfet de Charente-Maritime.

      Deuxième représaille : la perte de 8 000 euros de #subventions et donc l’obligation de mettre fin au contrat d’un animateur nature, en 2023. Le motif ? L’association aurait incité à la participation à une manifestation antibassines. Au lendemain de la grosse manifestation de Sainte-Soline de 2022, des gendarmes ont découvert dans un camion à proximité du site un devis perdu entre deux tables pliantes et un matelas : 6 tentes d’appoint, 4 blocs de 3 toilettes sèches… Pour un montant de 400 euros, ce devis est adressé à l’Apieee « pour la manifestation Bassines non merci ».

      « La France est tenue de protéger le droit de manifester »

      Un mois plus tard, le délégué régional académique de Nouvelle-Aquitaine stoppait la subvention perçue par l’Apieee pour ses actions de sensibilisation à l’environnement dans les écoles du fait de « la participation de l’association à l’organisation de la mobilisation contre les retenues de substitutions les 29 et 30 octobre 2022 ». « Nous avions refusé de participer à l’organisation précisément pour éviter ça, on n’a jamais vu ce devis ! s’indigne Joëlle Lallemand, porte-parole de l’Apieee jointe par Reporterre. J’ai transmis nos relevés de compte pour montrer que nous n’avions rien dépensé, on m’a répondu que j’avais pu payer en liquide... »

      Michel Forst, le rapporteur, considère de toute manière que « [m]ême si elle avait été impliquée » dans la manifestation de Sainte-Soline, « la France est tenue de respecter et de protéger le droit de manifester pacifiquement pour l’environnement ».

      En plus de la perte de la subvention, l’association a été exclue par la préfète des Deux-Sèvres des instances de gestion de l’eau de la région — comité ressource, commission locale de l’eau, etc. Un motif suffisant pour lancer une procédure auprès du tribunal administratif de Poitiers. Laquelle est toujours en cours.
      « Protéger les associations de terrain est crucial »

      Signée par la France en 2002, la Convention d’Aarhus (convention régionale des Nations unies sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement) oblige les États qui s’y rallient à s’assurer que les militants « ne soient en aucune façon pénalisés, persécutés ou soumis à des mesures vexatoires en raison de leur action ». Elle a institué en octobre 2021 un rapporteur spécial sur les défenseurs de l’environnement, fonction occupée par Michel Forst depuis juin 2022.

      Certes, le courrier rédigé par Michel Forst n’a aucune valeur contraignante. Mais, « les traités internationaux sont supérieurs aux lois : une telle lettre produite dans le cadre d’une procédure peut avoir un impact sur un juge administratif, s’enthousiasme Pia Savart, juriste pour France Nature Environnement, dont fait partie l’Apieee. Protéger les associations de terrain est crucial car ce sont elles qui font le travail de fond : s’en prendre à elles, c’est entraver la protection de l’environnement. »

      Depuis que la lettre a été transmise au ministère des Affaires étrangères, dès avril, rien n’a pour l’instant bougé. Contactées par Reporterre, les deux préfectures mises en cause n’ont pas donné suite.

      https://reporterre.net/Megabassines-la-France-recadree-par-un-rapporteur-de-l-ONU

  • #Racisme : « Depuis les premières découvertes, rien n’a changé » - Entretien avec #Mireille_Fanon-Mendès-France - #Le_Poing
    https://lepoing.net/racisme-depuis-les-premieres-decouvertes-rien-na-change-entretien-avec-mire

    Mireille Fanon-Mendès-France a rappelé quelques fondamentaux lors de la Plateforme des Peuples d’Europe, mi-février à Vienne, s’inspirant du travail mené par son père, #Frantz_Fanon, figure majeure de l’anticolonialisme. Délaissant les statistiques et les cartes pour se concentrer sur les paradigmes fondateurs de notre monde, elle perçoit les violences internationales de notre temps comme la continuation d’une longue histoire raciste de conquêtes coloniales

    Article initialement paru dans le numéro 46 du Poing, imprimé en mars 2025 et toujours disponible sur notre boutique en ligne

    « Vous êtes des centaines face à moi, venus de toute l’Europe, et je ne vois aucun noir. C’est saisissant. » Le constat dressé par la juriste Mireille Fanon-Mendès-France, face aux participants de la Plateforme des Peuples d’Europe, est implacable et en dit long sur les tares de l’extrême-gauche pour assumer son combat antiraciste et décolonial. En tribune comme en coulisse, face à un journaliste du Poing, la septuagénaire ne se contente pas de l’écume des choses. Quand on lui demande si l’on n’assiste pas à une récente radicalisation de l’ordre international, elle nous fait remonter à la Bulle de 1452 par laquelle le pape Nicolas V autorise le roi du Portugal Alphonse V à « envahir, rechercher, capturer et soumettre les Sarrasins et les païens et tous les autres incroyants et ennemis du Christ où qu’ils puissent être […] et de réduire leurs personnes en servitude perpétuelle ». Selon elle, les événements internationaux de notre époque ne sont pas le fait de rapports de forces, mais « la continuation de ce qui a été mis en place dès les premières colonisations des territoires découverts : l’appropriation illégitime et le règlement des différends par les armes ».

    Pour l’ancien collaboratrice d’un député communiste, quand Donald Trump revendique vouloir vider Gaza de son peuple et transformer sa terre en riviera pour les dominants, il s’inscrit pleinement dans cette longue histoire raciste et coloniale reposant sur le vol et les crimes de génocide. « De la doctrine des découvertes de 1492 à celle de la lutte contre le terrorisme ou pour défendre la sécurité, au nom de la loi et de l’ordre, il n’y a aucune différence puisque l’objectif reste celui d’Alphonse V » tranche-t-elle. « À cette doctrine des découvertes a été ajoutée celle de la plantation, d’où est né le système économique actuel. Il s’est enrichi de la vente des corps noirs considérés comme biens meubles, […] au point que la conceptualisation de l’universalisme s’est construite par opposition aux corps noirs et non par adhésion à la dignité et l’identité humaine. » Un racisme antinoir déshumanisant qu’elle prolonge au discours d’Emmanuel Macron du 6 janvier 2025, selon lequel ses pairs africains auraient « oublié de nous dire merci » alors qu’« aucun d’entre eux ne serait aujourd’hui avec un pays souverain si l’armée française ne s[y] était pas déployée ».

    Un #droit_international « #néocolonial »
    Présidente du Groupe de travail des Nations-Unies sur les personnes d’ascendance noir de 2014 à 2016, Mireille Fanon-Mendès-France ne se fait guère d’illusion sur le droit international, certes « déstructuré » voire « déchiré », mais de toute façon fondamentalement « #occidental et néocolonial » car « réservé aux seuls #États_dits_civilisés, face à des peuples “non civilisés” ne pouvant bénéficier de la protection du #droit en général et du droit international en particulier ».

    Elle regorge d’exemples montrant comment le droit cristallise ces rapports de force. L’ordonnance de 1825 du roi de France Charles X reconnaissant l’indépendance d’Haïti est conditionnée au versement de 150 millions de francs au titre de dédommagement, une dette imposée après quinze jours de siège militaire qui sera remboursée jusqu’en 1952. Dans le même esprit, le député Victor Schœlcher a pris le soin de prévoir une #compensation financière aux propriétaires d’esclaves dans la loi d’abolition de 1848. Mireille Fanon-Mendès-France considère aussi que le tribunal de Nuremberg s’est sciemment concentré sur les crimes des nazis, sans possibilité d’étudier les génocides passés, pour ne pas ouvrir une boîte de Pandore qui aurait éclaboussé les Alliés. « Et n’est-ce pas précurseur que la construction de l’État d’Israël se soit faite en violation du droit par une communauté internationale qui venait d’affirmer, la main sur le cœur, le fameux “plus jamais ça” ? » s’indigne la membre de l’Union juive française pour la paix.

    Autre exemple : dans les années 1970, la France a mis en place le Bureau pour le développement des migrations intéressant les départements d’outre-mer, reconnaissant ainsi, par le terme de migrants, que les Martiniquais, Guadeloupéens, Réunionnais ou bien encore les Guyanais n’étaient pas des citoyens à part entière, alors que dans le même temps, l’État français qualifiait les populations venant d’Europe par leur pays d’origine : les Italiens, les Espagnols, les Polonais, etc. Notre interlocutrice constate que le droit international, même humanitaire, s’est laissé imposé le règne de la marchandise : « N’existe plus que le droit commercial, où la production des biens est soumise à la loi du marché et fait l’objet d’appropriation légale par les firmes privées et par les grandes corporations transnationales. […] Dans cet ordre, les maîtres ne cherchent pas seulement à exploiter les esclaves, mais, comme le remarque Frantz Fanon, les maîtres les considèrent comme “inessentiels” ».

    Malgré son sombre tableau, un brin désespérant, elle plaide pour que le damné fasse preuve d’une « attitude positive, sans laisser de côté sa rage, comme une forme de négation, inspirée et orientée par l’attitude positive de l’amour […] Il s’agit pour nous tous de ne pas attendre d’être adoubé par les agents de la colonialité et à être attentifs à ne pas devenir, occasionnellement ou plus moins occasionnellement, des agents de la #colonialité. »

  • Réflexions sur le droit international

    via https://diasp.eu/p/17717820

    https://la-sociale.online/spip.php?article1268

    mardi 24 juin 2025, par Denis COLLIN

    Le droit international est régulièrement invoqué pour défendre telle ou telle cause. La nation qui vous déplaît est accusée de violer le droit international. Le problème est que nul ne peut dire réellement ce qu’est le droit international. Il existe de très nombreux traités, auxquels les États souscrivent… ou non, et auxquels ils se conforment ou non, quand ils les ont signés. Ainsi la Cour pénale internationale qui prononce des inculpations, des mandats d’arrêt, etc., n’est reconnue ni par les États-Unis, ni par la Russie, ni par la Chine, ni par Israël, ni par l’Iran. Mais l’Afghanistan est membre de cette CPI ainsi qu’un « État de Palestine » que de très nombreux pays, signataires ou non de la convention créant la CPI, ne reconnaissent pas…

    On a tôt (...)

    • (... On a tôt) fait de déverser des flots impétueux de discours sur un droit international fait d’un bois trop tordu pour qu’il en puisse sortir quelque chose de droit. L’idée d’un « jus gentium » est née à Rome, dans cet empire qui voulait établir aussi loin de possible la « pax romana ». Le #droit_international est d’abord la recherche de la #paix. Mais il est appuyé sur une puissance hégémonique qui fait régner l’ordre et dispose du « monopole de la guerre légitime » pour parodier une formule célèbre. Mais ces discours se heurtent à la réalité : le droit international est un droit qui n’a pas de moyens reconnus d’être appliqué et il se pourrait bien qu’il ne soit qu’un ensemble de vœux pieux ou une collection de traités plus ou moins cohérents.

      Il y a en effet une question de fond : comment s’assure que les règles du droit international sont respectées et, donc, quelles sanctions sont prévues et comment peut-on les appliquer ? On peut prendre la liste des bombardements et interventions militaires en tous genres effectués par le gouvernement de #Washington depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (on peut trouver cette liste sur Wikipédia). L’immense majorité de ces interventions se fait hors du cadre de l’ONU, souvent contre la décision de l’#ONU et contre celle du pays concerné. Jadis, l’ #Union_soviétique a régulièrement « rétabli l’ordre » en #Allemagne de l’Est, en Hongrie, en Tchécoslovaquie ou en #Pologne sans recevoir la moindre sanction. « La raison du plus fort est toujours la meilleure ». Notre grand écrivain n’aurait pas manqué de voir se rejouer sans cesse « Le loup et l’agneau » dans la politique internationale : « Là-dessus, au fond des forêts/Le Loup l’emporte, et puis le mange/Sans autre forme de procès. »

      La position réaliste est certainement celle de Thomas Hobbes. Sur l’arène internationale, les États souverains étendent leur droit aussi loin que leur force le permet. Comme il n’y a pas « super-État » qui puisse contraindre les États à respecter les accords qu’ils ont passés, la paix n’est toujours qu’un état précaire entre deux guerres ouvertes. Comment pourrait-on lui donner tort ? Le droit international est une référence hautement louable, mais les États ne le respectent que tant qu’ils trouvent leur avantage, ou qu’ils ne peuvent pas le violer sans dommages pour eux — comme le remarquait déjà #Machiavel. L’expérience du dernier siècle ne contredit pas ce constat, en dépit de l’existence d’un grand nombre d’organismes internationaux, tant à l’échelle mondiale qu’à l’échelle régionale. La politique internationale ne connaît que des États et ceux-ci n’ont pas d’amis, mais seulement des intérêts. Espérer que la politique devienne morale est une rêverie sans le moindre contenu.

      On objectera que le droit international, si faible soit-il, vaut mieux que rien. Hugo #Grotius, avant #Hobbes, avait tenté de donner une version du droit naturel qui permettrait de construire un droit de la paix et de la guerre. Après tout, les principales puissances européennes se sont accordées aux traités dits de Westphalie (1648) pour définir des principes généraux qu’ils s’engagent à respecter. Les traités posent de nouveaux principes de politique internationale, et, pour la première fois, quelque chose comme un droit international est affirmé non dans les livres des philosophes, mais dans les engagements des puissances souveraines.

      Tout d’abord est reconnu et étendu le principe des traités de Passau et Augsburg : « Cujus regio, ejus religio. ». On s’interdit définitivement de faire la guerre à son voisin parce sa religion ne vous plaît pas. La souveraineté des États est reconnue dans tous les domaines, y compris ecclésiastique. Du coup le « #Saint-Siège » voit son influence sur la politique européenne sérieusement rognée. L’Espagne également a du mal à accepter ces principes et poursuit la guerre contre la France jusqu’en 1659 (#traité_des_Pyrénées).

      Dans le système westphalien donc, les frontières des États sont considérées comme les murs de la « maison commune » des Européens. Elles sont inviolables et définissent le périmètre où s’exerce l’autorité absolue du pouvoir souverain (au sens de Hobbes). Chaque État a une importance égale à chaque autre État et la paix suppose, conséquence des principes précédents, la non-ingérence.

      Tous les systèmes ultérieurs (SDN, ONU par exemple) conservent l’architecture de base de l’ordre westphalien. Évidemment, ce nouvel ordre n’empêche pas les guerres ! La plus longue période de paix en Europe occidentale, nous l’avons connue depuis 1945. C’est précisément pour cette raison que Kant critique ce concert des nations qui ne fonctionne que tant que les puissances sont à peu près égales et se tiennent mutuellement en respect.

      La proposition kantienne du « traité de paix perpétuelle » repose sur trois principes : la constitution républicaine des nations, la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres, reconnaissance d’un droit cosmopolitique limité à l’universelle hospitalité. Une Société des Nations serait donc une société des nations républicaines (celles qui respectent la souveraineté du peuple sur le plan législatif et les droits humains fondamentaux), mais elle ne pourrait donc englober tous les États. Rawls a tenté d’améliorer le schéma kantien en se demandant comme des sociétés hiérarchiques (ne reconnaissant pas l’égalité de droit de tous les humains) pourraient s’intégrer à une Société des Nations œuvrant pour la paix.

      Aussi intéressantes soient les propositions de Kant et de Rawls, qui peuvent fixer des idéaux politiques, elles se heurtent à la dure réalité des rapports de forces et des appétits de domination des uns et des autres. Face aux conflits, il n’est pas très efficace d’invoquer le droit international. Israël bafoue le droit international en attaquant l’Iran. Mais l’Iran se moque du droit international comme de son premier turban. La récompense offerte par Khomeiny pour tuer l’écrivain pakistanais devenu anglais Salman Rushdie était parfaitement contraire au droit international, tout comme les innombrables groupes terroristes financés et armés par l’ #Iran. Quand Poutine invoque le droit international pour condamner l’intervention israélo-américaine contre Téhéran, on se dit que c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Et ne parlons pas des Français qui ont renversé par une intervention militaire le colonel Kadhafi, ni des Anglais qui sont toujours là quand il y a un sale coup à faire. Ceux qui demandent à l’OTAN de faire respecter le droit international auraient demandé à Al Capone de rétablir l’honnêteté et le règne de la loi…

      Dans ce chaos, les moins dangereux sont les « réalistes » (comme les Américains Mearsheimer ou Jeffrey Sachs) parce qu’ils ne racontent pas des histoires à dormir debout, mais se contentent de la « vérité effective de la chose », pour parler le langage de Machiavel. Et c’est de cette vérité dont nous avons besoin. De cette vérité dont les peuples ont besoin s’ils veulent peser sur leur propre destinée et sur celle du monde. Car nous n’irons pas vers un « nouvel ordre mondial » pacifique et juste tant que les gouvernements capitalistes feront la loi. La #paix et la transformation sociale sont intimement liées.

  • Frontex enquête sur des refoulements de migrants aux frontières de la Grèce

    L’agence européenne de surveillance des frontières a indiqué mardi avoir ouvert une enquête concernant des allégations de « pushbacks » de migrants aux frontières grecques. Athènes est accusée depuis des années de pratiquer des refoulements illégaux dans la région de l’Evros ou en mer Égée, ce que les autorités ont toujours nié.

    La Grèce est de nouveau pointée du doigt pour sa gestion de l’immigration à ses frontières. Mardi 8 avril, Frontex a annoncé avoir ouvert une enquête concernant des allégations de refoulement illégal de migrants aux frontières grecques.

    Les investigations portent sur la période allant de 2023 à début 2025, a précisé l’agence européenne de surveillance des frontières. Douze incidents graves présumés, dont neuf survenus en 2024, sont ainsi examinés par le Bureau des droits fondamentaux de l’organisation.

    « Chaque cas fait l’objet d’un examen approfondi », a déclaré mardi Chris Borowski, porte-parole de Frontex, ajoutant que l’agence avait récemment renforcé son mécanisme de plaine. « L’époque du soutien inconditionnel est révolue », a encore dit Borowski. « Frontex insiste désormais sur le respect des normes et attend des #mesures_correctives si nécessaire. »

    Frontex prévient les États membres de l’UE, dont la Grèce, que le fait de ne pas signaler les violations des droits pourrait désormais entraîner la #suspension du #cofinancement des opérations aux frontières.

    « Pratiques du passé »

    L’agence européenne a, elle aussi, été plusieurs fois critiquée pour son rôle dans le contrôle de l’immigration aux frontières grecques. En octobre 2022, un rapport de l’Office européen de lutte anti-fraude (OLAF) se concentrait sur ses activités en Grèce du printemps à l’automne 2020. Il révélait que Frontex n’avait pas traité correctement des preuves de refoulements maritimes et terrestre, allant jusqu’à les dissimuler. Or, ces « puschbacks » sont contraires au #droit_international et européen, puisqu’ils empêchent tout examen d’une demande de protection.

    L’agence avait alors reconnu de « graves fautes de conduites » commises par les dirigeants de Frontex d’alors, et affirmait qu’il s’agissait de « pratiques du passé ». Le numéro un, Fabrice Leggeri, directeur général depuis 2015, avait démissionné fin avril 2022 face aux accusations relayées dans la presse.

    Athènes n’a pas encore réagi à cette nouvelle enquête menée par Frontex. Mais un responsable des gardes-côtes a défendu leurs opérations, affirmant à Reuters qu’ils agissaient « avec un sens aigu des responsabilités et dans le plein respect des vies humaines et des droits humains ».

    Au cours de la décennie écoulée, la Grèce n’a jamais reconnu l’existence de ces refoulements et a toujours nié les pratiquer. Elle a rappelé à plusieurs reprises que depuis 2015, les gardes-côtes grecs ont secouru plus de 250 000 personnes en mer Égée.

    #Condamnation de la #CEDH

    Mais en janvier dernier, Athènes a été épinglée par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) dans une affaire de « pushback ». Une première. La requérante, une Turque, avait été expulsée le jour-même de son arrivée en Grèce vers la Turquie - puis arrêtée et emprisonnée par les autorités turques. La CEDH a condamné la Grèce a lui verser 20 000 euros.

    Lors du verdict, la Cour a accusé la Grèce de se livrer à des « #refoulements_systématiques » de demandeurs d’asile vers la Turquie. Dans son #arrêt, « la Cour estime qu’elle dispose d’indices sérieux laissant présumer qu’il existait (en 2019) une pratique systématique de refoulements par les autorités grecques de ressortissants de pays tiers depuis la région d’Evros vers la Turquie ».

    Depuis des années, des rédactions internationales - dont InfoMigrants - récoltent de nombreux témoignages d’exilés victimes de ces expulsions illégales en Grèce, qu’elles se déroulent dans la région de l’Evros ou en mer Égée.

    En mai 2020, Samuel, un Africain avait filmé et raconté son refoulement. « Nous avons quitté les côtes turques vers 4h du matin le 30 avril depuis la ville d’Izmir. Nous étions une quarantaine dans l’embarcation dont des femmes et des enfants. Nous n’étions qu’à une vingtaine de kilomètres de l’île de Lesbos. Mais nous avons été repérés par la marine grecque car un jeune enfant a fait de la lumière avec le téléphone de son père. Il faisait encore nuit. »

    Et le jeune homme de continuer. « Les gardes-côtes sont alors montés sur de petits canots et sont venus à notre rencontre. Ils nous ont demandé de leur donner notre bidon d’essence. Puis, ils nous ont lancés une corde. Nous pensions qu’ils nous dirigeaient vers Lesbos mais en fait ils nous ont emmenés en plein milieu de la mer. Ils nous ont laissés là et sont repartis. »

    En 2021, InfoMigrants avait même rencontré un ex-policier grec aujourd’hui à la retraite qui a confirmé l’existence de « pushbacks » dans la rivière de l’Evros, entre la Turquie et la Grèce. « Les ’pushbacks’ existent, j’ai moi-même renvoyé 2 000 personnes vers la Turquie », avait-il déclaré sous couvert d’anonymat.

    En mai 2023, une vidéo accablante du New York Times montrait des gardes-côtes grecs remettre des migrants à l’eau, direction la Turquie.

    Pire encore, selon une enquête de la BBC menée en juin 2024, en trois ans, 43 exilés sont morts en mer Égée après avoir été refoulés par les autorités grecques. Selon le média britannique, neuf d’entre eux ont été directement jetés à l’eau par les gardes-côtes, et se sont noyés.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/63887/frontex-enquete-sur-des-refoulements-de-migrants-aux-frontieres-de-la-
    #Frontex #enquête #Grèce #frontières #refoulements #push-backs #migrations #réfugiés

  • #Sanctions américaines : des effets dévastateurs pour les peuples, mais pas sur les régimes
    https://lvsl.fr/sanctions-americaines-des-effets-devastateurs-pour-les-peuples-mais-pas-sur-les

    Touchant 27% des pays du monde, les sanctions économiques imposées par les #Etats-Unis sont devenues le moyen privilégié pour écraser leurs adversaires. Dénoncées par le droit #International, elles ont des impacts délétères sur les populations des Etats visés, plus que sur leurs régimes.

    #Cuba #Droit_International #finance #Iran #néocolonialisme #Russie #Sud_global #Union_Européenne #Venezuela

  • En #Suisse, les persécutions contre les #Yéniches étaient un #crime_contre_l’humanité

    Selon un avis de droit très attendu, la Confédération porte la #responsabilité d’un crime contre l’humanité à l’encontre des Tziganes. Malgré tout, les #placements_forcés, les #internements et les #stérilisations ne sont pas constitutifs d’un #génocide

    Les Yéniches attendaient ce moment depuis longtemps. Ce jeudi, pour la première fois, le gouvernement a reconnu un crime contre l’humanité à l’encontre des Tziganes suisses. Par la voix d’Elisabeth Baume-Schneider, manifestement très émue, il a réitéré ses #excuses envers les populations nomades. Selon elle, « c’est avec #douleur que le Conseil fédéral regarde le passé et les destins individuels mais aussi collectifs qui ont été brisés ». Yéniches et #Manouches ont été persécutés dans le pays tout au long du XXe siècle, et surtout entre 1926 et 1973. Durant cette période, à l’initiative du Conseil fédéral, la Fondation Pro Juventute a mené un programme d’#assimilation_forcée, intitulé « Œuvre des enfants de la grand-route ».

    Au total, près de 2000 #enfants ont été arrachés à leurs parents pour être placés dans des foyers ou des familles. Avec la bénédiction de l’ensemble de la société, et avec le soutien des autorités fédérales, cantonales et communales, mais aussi parfois des Eglises et des associations caritatives, de nombreux Yéniches ont été emprisonnés sans avoir commis de crime. D’autres ont été internés dans des hôpitaux psychiatriques. Quelques hommes et beaucoup de femmes ont même été stérilisés contre leur gré. Parmi les victimes figuraient aussi d’autres nomades qui étaient citoyens suisses, et notamment des Manouches. Pour Elisabeth Baume-Schneider, « les mots ne pourront pas réparer ce qu’ils ont vécu ».

    (#paywall)

    https://www.letemps.ch/suisse/les-persecutions-contre-les-yeniches-suisses-etaient-un-crime-contre-l-human
    #persécution #reconnaissance

    • Le Conseil fédéral reconnaît un crime contre l’humanité à l’encontre des Yéniches et des Manouches/Sintés et réitère ses excuses

      Lors de sa séance du 19 février 2025, le Conseil fédéral a pris connaissance d’un #avis_de_droit portant sur la persécution des Yéniches et des Manouches/Sintés réalisé sur mandat du Département fédéral de l’intérieur (DFI). Le gouvernement reconnaît que les actes perpétrés dans le cadre du programme « Œuvre des enfants de la grand-route » doivent être qualifiés de « crimes contre l’humanité » selon les critères du #droit_international_public actuel. Il tient à réitérer les excuses formulées en 2013 à l’égard des personnes et des communautés touchées pour les injustices commises. Le DFI déterminera en collaboration avec ces communautés s’il y a lieu, au-delà des mesures prises jusqu’ici, d’élargir le travail de mémoire déjà effectué.

      Jusqu’en 1981, une série de mesures de #coercition à des fins d’assistance et de placements extrafamiliaux ont frappé plus d’une centaine de milliers d’enfants et d’adultes sur le territoire suisse. Les victimes de ces actes sont des personnes issues de milieux défavorisés ou dont le mode de vie ne correspond pas aux normes sociales de l’époque. Parmi elles, on compte des individus qui pratiquent un mode de vie itinérant, par exemple les Yéniches et les Manouches/Sintés. Le principal artisan de ces enlèvements d’enfants est l’« Œuvre des enfants de la grand-route », un programme de la fondation Pro Juventute. Entre 1926 et 1973, les responsables de cette opération, avec l’aide des autorités, retirent à leurs parents environ 600 enfants yéniches pour les placer de force dans des foyers, des maisons de correction et des familles d’accueil, en violation des principes de l’État de droit. Des Manouches/Sintés font également partie des victimes. En outre, des adultes qui ont fait l’objet d’un placement extrafamilial pendant leur minorité sont mis sous tutelle ou placés dans des institutions, frappés d’une interdiction de mariage et, dans certains cas, stérilisés de force. Outre #Pro_Juventute, des organisations caritatives religieuses et des autorités ont également été actives, de sorte qu’on estime à environ 2000 le nombre de placements.

      Dans le courant des années 1970 et 1980, ces pratiques se heurtent de plus en plus souvent aux critiques de l’opinion publique. Des voix s’élèvent, les milieux politiques exigent qu’un travail de mémoire soit réalisé. En 1988 et 1992, le Parlement, sur la proposition du Conseil fédéral, accorde un total de 11 millions de francs pour la constitution d’un « fonds de #réparation destiné aux ‘#enfants_de_la_grand-route’ ». En 2013, le Conseil fédéral présente ses excuses à toutes les victimes de mesures de coercition à des fins d’assistance et de placements extrafamiliaux. Depuis, la Confédération a lancé et mis en œuvre différentes mesures visant à poursuivre le travail de mémoire et à dédommager les personnes lésées (voir encadré).

      Avis de droit

      Au mois de novembre 2021, l’Union des associations et représentants des nomades suisses (UARNS) demande à la Confédération de reconnaître qu’un génocide a été commis à l’encontre des Yéniches et des Manouches/Sintés suisses dans le cadre du programme « Œuvre des enfants de la grand-route ». Au mois de janvier 2024, l’association Radgenossenschaft der Landstrasse exige la reconnaissance d’un « génocide culturel ».

      Au vu de la gravité des accusations, le DFI décide de faire appel à un expert indépendant. Au mois de mars 2024, en concertation avec les auteurs des deux demandes, il charge le professeur Oliver Diggelmann (titulaire de la chaire de droit international public, droit européen, droit public et philosophie politique de l’Université de Zurich) de réaliser un avis de droit. Ce mandat a pour objectif de déterminer si, en vertu du droit international public, la Suisse porte la responsabilité d’un crime de « génocide » ou d’un « crime contre l’humanité » à l’encontre des Yéniches et des Manouches/Sintés.

      Il y a bien crime contre l’humanité, mais pas génocide

      La conclusion de l’avis de droit est que les enlèvements d’enfants ainsi que la volonté de briser les liens familiaux afin d’éliminer le mode de vie nomade et d’assimiler les Yéniches et les Manouches/Sintés doivent être qualifiés de « crimes contre l’humanité » selon les critères en vigueur du droit international public, au sens du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. D’après le droit actuel, l’État a été coresponsable des faits commis. La persécution des Yéniches et des Manouches/Sintés n’aurait pas été possible sans le concours des autorités à tous les niveaux de l’État (Confédération, cantons et communes). La Confédération a notamment entretenu des rapports étroits ‒ tant au niveau des personnes que sur le plan financier ‒ avec la fondation Pro Juventute, qui dirigeait le programme « Œuvre des enfants de la grand-route ». Cependant, bien que des faits constitutifs d’un « crime contre l’humanité » soient constatés, on n’est pas en présence, d’un point de vue juridique, d’un génocide (culturel). En effet, l’état de fait « génocide culturel » (anéantissement de l’existence culturelle) n’existe pas en droit international public. Selon l’avis de droit, il n’y a pas non plus « génocide » au sens le plus strict, puisqu’on n’observe pas l’« intention génocidaire » (intention d’anéantir physiquement ou biologiquement des êtres humains) nécessaire à l’établissement d’un tel crime.

      Le Conseil fédéral réitère ses excuses

      Le Conseil fédéral a pris aujourd’hui connaissance des résultats de l’avis de droit. Il a adressé une lettre à la communauté des Yéniches et des Manouches/Sintés, dans laquelle il réitère les excuses formulées par le gouvernement à l’égard des victimes de mesures de coercition à des fins d’assistance et de placements extrafamiliaux, et souligne que les Yéniches et les Manouches/Sintés font notamment partie de ces victimes. Par ailleurs, la cheffe du Département fédéral de l’intérieur, la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, a personnellement exprimé aujourd’hui la compassion du Conseil fédéral à l’égard des représentants de la communauté des Yéniches et des Manouches/Sintés. Elle a aussi rappelé la nécessité de ne pas oublier les injustices commises. Dans ce contexte, le DFI, en dialogue avec les personnes concernées, déterminera d’ici fin 2025 s’il y a lieu, au-delà des mesures prises jusqu’ici, d’élargir le travail de mémoire déjà effectué.

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      Mesures déjà prises pour la réalisation d’un travail de mémoire relatif aux mesures de coercition à des fins d’assistance et aux placements extrafamiliaux (liste non exhaustive)
      – En 1983, la Confédération publie un rapport intitulé Les nomades en Suisse ‒ situation, problèmes, recommandations. En 1998, la Confédération commande une étude historique sur les actes commis dans le cadre du programme « Œuvre des enfants de la grand-route ».
      – Depuis 1986, la Confédération verse chaque année des contributions à l’association Radgenossenschaft der Landstrasse et, depuis 1997, également à la fondation Assurer l’avenir des gens du voyage suisses.
      – En 1988 et 1992, l’Assemblée fédérale, sur demande du Conseil fédéral, accorde un total de 11 millions de francs pour la constitution d’un fonds de réparation destiné aux victimes du programme « Œuvre des enfants de la grand-route ».
      – En 2013, le Conseil fédéral présente ses excuses à toutes les personnes ayant subi avant 1981 des mesures de coercition à des fins d’assistance ou des placements extrafamiliaux.
      – En 2014, la loi fédérale sur la réhabilitation des personnes placées par décision administrative entre en vigueur. En outre, un fonds d’aide immédiate est constitué.
      – En 2017, la loi fédérale sur les mesures de coercition à des fins d’assistance et les placements extrafamiliaux antérieurs à 1981 entre en vigueur. Cette loi prévoit notamment des contributions de solidarité à l’attention des personnes concernées (dont les Yéniches et les Manouches/Sintés), le conseil et le soutien des victimes ainsi qu’une étude scientifique.

      https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-104226.html

  • Les réfractaires à la guerre d’invasion en Ukraine
    https://www.obsarm.info/spip.php?article685

    Protester, déserter, passer la frontière, réciter des poèmes, jouer de la musique interdite, prononcer les mots interdits, écrire sur les billets de banque, coller des papillons sur les murs, accrocher des rubans sur les grilles, demander des comptes aux autorités, défendre les droits… En complément des chroniques publiées sur notre site depuis octobre 2022, cet ouvrage de Guy Dechesne recense les mille et une façons de défier le poutinisme dans une société soumise au knout. Disponible (…) #Ouvrages_et_rapports

    / #Antimilitarisme, #La_une, #Actions_contre_la_guerre, #Droit_international_humanitaire

  • L’Union européenne épinglée pour sa politique de « #dissuasion_mortelle » en matière d’immigration et d’asile

    Pour l’association #Human_Rights_Watch, qui vient de publier son #rapport annuel, le monde a échoué à faire respecter les droits humains en 2024. Y compris les démocraties.

    Le ton de Tirana Hassan est cinglant quand elle introduit le rapport annuel de l’association Human Rights Watch (HRW), dont elle est la directrice exécutive. « Les gouvernements du monde entier sont appelés à démontrer leur engagement en faveur des droits humains, de la démocratie et de l’action humanitaire. Nombreux sont ceux qui ont échoué à ce test. » Le verdict, sans appel, est annoncé d’emblée pour la centaine de pays analysés dans le compte rendu de 500 pages paru ce jeudi.

    « Les démocraties libérales ne sont pas toujours des défenseurs fiables des #droits_humains » (Tirana Hassan, directrice exécutive de Human Rights Watch)

    Les pays européens n’y échappent pas (la Belgique non plus, bien qu’aucun chapitre ne lui soit dédié). En effet, « l’année écoulée a une fois de plus mis en lumière une réalité souvent ignorée, poursuit Tirana Hassan. Les démocraties libérales ne sont pas toujours des défenseurs fiables des droits humains, que ce soit dans leur pays ou à l’étranger. » Beaucoup d’États membres sont pointés durement dans le rapport : France, Allemagne, Italie, Espagne, Grèce, Hongrie, Pologne…

    Une grande partie du chapitre sur l’#Union_européenne (#UE) se penche sur sa #politique_migratoire. « Il existe un fossé entre la #rhétorique de l’Union européenne sur les droits humains et les lois et #pratiques souvent inadéquates, et parfois abusives, des États membres », peut-on lire dans le rapport. L’année 2024 a en effet été marquée par l’entrée en vigueur du #Pacte_sur_la_migration_et_l'asile, qui sera pleinement applicable à partir de juin 2026. #HRW cible, entre autres, le mécanisme de #relocalisation – ou #délocalisation – dans un pays tiers des migrants pour soulager un État membre sous pression.

    #Traitement_inhumain des migrants

    Pour l’association, une telle mesure « encourage les États membres à renvoyer les personnes vers des pays de transit situés en dehors de l’UE, où elles risquent d’être victimes d’abus ou d’être refoulées en chaîne ». Le rapport explique que des « atrocités [sont] commises à grande échelle contre les migrants en Libye » (détentions arbitraires, torture, travail forcé), que les enfants réfugiés n’ont pas accès aux écoles publiques en Égypte et que des « expulsions collectives illégales et abusives de centaines de migrants » sont opérées par la Tunisie aux frontières algériennes et libyennes.

    HRW accuse l’UE de s’être « largement abstenue de dénoncer les violations des droits des migrants dans [ces] pays avec lesquels elle a conclu [des] #partenariats » pour contrôler le flux des migrants. Le tout avec la #complicité de #Frontex, l’Agence européenne de surveillance des frontières, qui est également épinglée dans le rapport. Cette dernière s’est félicitée mardi d’avoir enregistré une baisse de 38 % des franchissements irréguliers des frontières en 2024 (soit 239 000 entrées, le niveau le plus bas depuis 2021) « malgré une pression migratoire persistante ». HRW estime que c’est « avec le soutien des avions de Frontex » que l’Italie et Malte (pour ne citer que ces deux pays) ont réussi, en coopérant avec les forces libyennes, à intercepter et renvoyer des bateaux de migrants. En d’autres termes, à mettre en place une stratégie de #refoulement illégal, car contraire au droit international et à la convention de Genève relative au statut des réfugiés.

    « Dissuasion mortelle »

    Benjamin Ward, directeur européen de HRW, estime que « les migrants, les demandeurs d’asile et les réfugiés sont confrontés à la #violence […] et même à la #mort en raison de l’accent mis par l’UE sur les politiques de dissuasion et d’#externalisation ». Le rapport dénonce une politique migratoire européenne « de plus en plus axée sur la dissuasion mortelle ». L’association s’inquiète du manque d’enquêtes appropriées et indépendantes sur la #non-assistance aux migrants en détresse, les #mauvais_traitements et les #abus constatés en #Méditerranée. Elle dénonce par exemple le verdict d’un tribunal grec qui, en mai dernier, a acquitté, pour défaut de compétence, neuf personnes accusées d’avoir provoqué en 2023 le naufrage d’un navire transportant 750 migrants, qui a pourtant fait des centaines de morts.

    Le 7 janvier, la Cour européenne des droits de l’Homme a condamné pour la première fois la Grèce à indemniser une demandeuse d’asile d’un refoulement illégal vers la Turquie

    Notons néanmoins que le 7 janvier, la #Cour_européenne_des_droits_de_l'Homme (#CEDH), elle, a condamné pour la première fois la Grèce à indemniser d’une somme de 20 000 euros une demandeuse d’asile d’un refoulement illégal vers la Turquie. La Hongrie a également été condamnée par la CEDH en juin, souligne le rapport. Elle était accusée d’avoir illégalement détenu et affamé des demandeurs d’asile, dont un enfant de cinq ans, en 2017 et 2019, dans la zone de transit mise en place à la frontière serbe. La #Cour_de_justice_de_l'Union européenne, pour sa part, l’a condamnée à payer une amende de 200 millions d’euros pour les restrictions qu’elle continue d’imposer au droit d’asile, devenu pratiquement impossible à obtenir à cause d’une loi de 2020.

    La #justice, solide rempart

    Les tribunaux italiens, eux aussi, remettent en question la gestion migratoire de Rome, qui externalise le contrôle des migrations vers la #Libye. HRW évoque par exemple la condamnation de deux capitaines, l’un par la Cour de cassation italienne (la plus haute juridiction pénale), l’autre par un tribunal civil de Rome, pour avoir chacun renvoyé une centaine de personnes en Libye. L’un d’eux doit, avec les autorités italiennes, octroyer une indemnisation financière aux victimes qui avaient porté l’affaire en justice.

    Les Nations unies se sont assurés que l’Italie va évacuer 1 500 personnes depuis la Libye d’ici à 2026

    Des juges italiens ont également estimé illégale la détention de deux groupes d’hommes secourus en mer par l’Italie et envoyés en Albanie. Depuis, ces hommes ont été transférés en Italie. L’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) s’est également assurée que l’Italie va évacuer ou réinstaller 1 500 personnes, cette fois-ci depuis la Libye, d’ici à 2026.

    Protection des droits ici et ailleurs

    La justice ne laisse donc pas tout passer. Mais est-elle suffisante toute seule ? « Les dirigeants de l’UE doivent abandonner ces stratégies néfastes […] et créer des itinéraires sûrs et légaux pour les personnes en quête d’asile et de sécurité, insiste Benjamin Ward. À l’heure où une grande partie du monde est en crise, la nécessité d’un leadership fondé sur les droits humains en Europe est plus grande que jamais. »

    « Lorsque les droits sont protégés, l’humanité s’épanouit » (Tirana Hassan, directrice exécutive de Human Rights Watch)

    Face à ce constat affligeant, Iskra Kirova, directrice du plaidoyer auprès de la division européenne de HRW, appelle les citoyens européens à se rappeler de leurs valeurs, « à savoir la protection des droits humains et le #droit_international. Il existe de nombreuses informations erronées sur les personnes migrantes, colportées à des fins politiques pour susciter de la #peur. Nous ne devons pas nous laisser induire en erreur. Les personnes qui méritent une protection devraient se voir offrir cette option. C’est la seule chose humaine à faire. Je pense que la plupart des Européens seront d’accord avec cela ».

    Tirana Hassan conclut le message de HRW en affirmant que « la tâche qui nous attend est claire : les gouvernements ont la responsabilité de s’opposer aux efforts qui font reculer [les droits humains]. Lorsque les droits sont protégés, l’humanité s’épanouit ».

    https://www.lalibre.be/international/europe/2025/01/16/lunion-europeenne-epinglee-pour-sa-politique-de-dissuasion-mortelle-en-matie
    #dissuasion #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #migrations #réfugiés #frontières #dissuasion_meurtrière

    ping @karine4

    • Union européenne. Événements de 2024

      Il existe un fossé entre le discours de l’Union européenne sur les droits humains et les lois et pratiques souvent inadéquates et parfois abusives de ses États membres. Ce fossé est particulièrement marqué s’agissant de politiques de migration et d’asile, de lutte contre le racisme et de protection de l’État de droit.
      Migrants, réfugiés et demandeurs d’asile

      La politique de l’UE en matière de migration et d’asile se concentre de plus en plus sur une dissuasion meurtrière, comme l’illustrent en 2024 de nouvelles règles qui portent gravement atteinte aux droits des migrants et des demandeurs d’asile arrivant aux frontières de l’UE ainsi que des mesures pour intensifier la délocalisation des responsabilités vers des pays extérieurs à l’UE.

      Le Pacte de l’UE sur la migration et l’asile, adopté en mai, comprend des dispositions qui, une fois mises en œuvre, restreindront considérablement les droits. Les nouvelles règles rendront plus difficile le dépôt d’une demande d’asile et permettront aux gouvernements de prendre plus facilement des décisions hâtives sur les demandes d’asile. Elles augmenteront également le nombre de personnes détenues aux frontières de l’UE. Les pays de l’UE pourront refuser le droit de demander l’asile dans des situations vaguement définies d’« afflux massif » ou d’« instrumentalisation » de la migration par des pays tiers. Ces changements encouragent les États membres de l’UE à renvoyer les personnes vers des pays de transit situés hors de l’UE, où elles risquent d’être victimes d’abus ou de refoulements en chaîne. Le pacte ne contribue guère à améliorer le partage des responsabilités entre les pays de l’UE. En octobre, 17 États membres de l’UE ont signé un document informel appelant à une nouvelle proposition législative visant à accroître les retours.

      En 2024, l’UE a annoncé de nouveaux partenariats migratoires avec l’Égypte et la Mauritanie et a augmenté le financement de la gestion des frontières pour ces deux pays ainsi que pour le Liban, faisant suite à un accord avec la Tunisie en 2023 et à un soutien continu au contrôle des migrations pour les autorités libyennes et marocaines, sans véritables garanties en matière de droits humains. L’UE a poursuivi ces partenariats malgré les atrocités généralisées contre les migrants et les réfugiés en Libye, ainsi que les abus et le manque de protection auxquels sont confrontés les migrants, les demandeurs d’asile et les réfugiés au Liban, en Tunisie, en Égypte, en Mauritanie, et au Maroc. L’UE a largement omis de dénoncer les violations des droits des migrants dans les pays avec lesquels elle a conclu de tels partenariats.

      L’Italie et Malte, avec l’appui des avions de Frontex, ont continué de faciliter les interceptions d’embarcations transportant des migrants et des réfugiés par les forces libyennes, et leur renvoi, au risque de graves abus. Avec le soutien de la Commission européenne, la Tunisie a déclaré en juin une zone de Recherche et de Sauvetage, qui risque d’accroître les interceptions et les renvois vers des zones d’abus en Tunisie au lieu d’améliorer la protection de la vie et la sécurité en mer.

      L’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) a constaté que les violations généralisées des droits aux frontières de l’UE (absence d’assistance aux migrants en détresse, mauvais traitements et abus) ne font pas l’objet d’enquêtes appropriées. L’agence a appelé à une surveillance rigoureuse aux frontières et à des mécanismes de responsabilisation plus solides. La Médiatrice européenne a déclaré que Frontex avait besoin de directives claires pour évaluer les urgences maritimes et émettre des appels de détresse pour les bateaux en difficulté, et elle a appelé à la création d’une commission d’enquête indépendante sur les décès en mer Méditerranée. En octobre, des dirigeants de l’UE ont exprimé leur soutien à la Pologne après qu’elle a annoncé qu’elle suspendrait l’accès à l’asile à la frontière biélorusse, une décision qui pourrait enfreindre le droit international et européen.

      De nombreux pays de l’UE ont exprimé leur intérêt pour des mesures visant à délocaliser la responsabilité des demandeurs d’asile ou ont approuvé ces mesures. En octobre et novembre, l’Italie a transféré les deux premiers groupes vers l’Albanie dans le cadre d’un accord en vertu duquel les hommes originaires de pays considérés comme « sûrs » et secourus ou interceptés en mer par l’Italie sont emmenés en Albanie pour le traitement de leurs demandes d’asile. L’avenir de cet accord est incertain après qu’un tribunal italien a ordonné la libération des deux groupes parce que leurs pays d’origine ne peuvent pas être catégoriquement considérés comme sûrs et a renvoyé la question à la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). La CJUE avait statué début octobre qu’un pays ne peut pas être considéré comme sûr s’il existe des exceptions.

      En septembre, le commissaire allemand aux migrations a suggéré que l’Allemagne pourrait envoyer certaines personnes au Rwanda, tandis que le ministre danois de l’immigration s’est rendu en Australie et à Nauru, également en septembre, pour en savoir plus sur la politique australienne abusive de traitement des demandes d’asile « offshore ». En mai, 15 États membres de l’UE ont demandé à la Commission européenne d’étudier les moyens de transférer le traitement des demandes d’asile hors de l’UE, notamment en facilitant l’envoi de personnes vers des « pays tiers sûrs ».

      Les statistiques révèlent un changement des routes migratoires, avec une augmentation significative des arrivées aux îles Canaries espagnoles ainsi qu’aux frontières terrestres de l’est de l’UE et une baisse des traversées en Méditerranée et dans les Balkans occidentaux. Au cours des neuf premiers mois de 2024, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recensé au moins 1 452 personnes qui ont disparu ou sont décédées en mer Méditerranée et plus de 700 sur la route de l’Atlantique vers les Canaries.
      Discrimination et intolérance

      En 2024, les gouvernements européens ont exprimé leur inquiétude face à la montée des partis d’extrême droite — bien que les partis traditionnels ont imité leurs politiques et leur discours— ainsi qu’à l’augmentation des niveaux de discrimination raciale, de xénophobie et d’intolérance qui y est associée. L’environnement politique à l’approche des élections européennes de juin a vu une banalisation accrue des propos racistes, islamophobes, anti-migrants et d’extrême droite.

      Cela s’est produit alors que les conséquences de l’attaque menée par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023 et les hostilités qui ont suivi entre Israël et les forces armées palestiniennes ont conduit à une « montée alarmante » en Europe de la haine contre les Juifs et contre les Musulmans et les personnes perçues comme telles.

      En juillet, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) a publié sa troisième enquête sur la discrimination et les crimes haineux contre les Juifs dans l’UE, qui date d’avant le 7 octobre. Elle illustre les expériences et les perceptions des personnes juives concernant les « niveaux élevés d’antisémitisme » en Europe.

      En octobre, la FRA a publié « Être musulman dans l’UE », un rapport basé sur une enquête menée dans 13 pays de l’UE auprès des musulmans sur leur expérience de discrimination, notamment de crimes haineux et de mauvais traitements infligés par la police. Près de la moitié des personnes interrogées ont déclaré avoir été victimes de racisme.

      En 2024, le Parlement européen, le Conseil de l’Europe et sa Commission européenne contre le racisme et l’intolérance ont ajouté leur voix aux préoccupations internationales concernant la montée de la haine antisémite et antimusulmane. En octobre, le Conseil de l’UE a adopté une déclaration sur la promotion de la vie juive et la lutte contre l’antisémitisme, soulignant l’importance de l’éducation et de la protection des victimes de toutes les formes d’antisémitisme, de racisme et d’autres formes de haine.

      Le rapport annuel 2024 de la FRA a constaté que l’intolérance générale « s’accroît dans toute l’Europe, touchant de nombreux groupes, notamment les musulmans, les personnes d’origine africaine, les Roms et les migrants », notant que « la désinformation et les plateformes en ligne ont amplifié les comportements racistes et la polarisation des attitudes. » Une enquête de la FRA a révélé qu’une personne LGBT sur trois a indiqué avoir été victime de discrimination, tandis qu’ILGA-Europe a noté une hausse des discours anti-LGBT à l’approche des élections à travers l’Europe.

      L’UE continue de manquer d’une stratégie spécifique en matière d’égalité des âges pour lutter contre la discrimination fondée sur l’âge.

      En mars, le Conseil de l’Europe, qui regroupe tous les États de l’UE, a adopté une Stratégie pour l’égalité des genres pour 2024-2029, portant notamment sur la violence à l’égard des femmes et des filles, l’égalité d’accès à la justice et leur participation à la vie politique, publique, sociale et économique.

      En mai, l’Union européenne a adopté une directive sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. Cette directive prévoit des mesures visant à prévenir, protéger et améliorer l’accès à la justice des victimes de violences faites aux femmes, mais elle n’adopte pas de définition du viol fondée sur le consentement au niveau de l’Union européenne. Elle ne reconnaît pas non plus la stérilisation forcée comme un crime. La stérilisation forcée touche de manière disproportionnée les femmes et les filles handicapées et reste légale dans au moins 12 États membres de l’UE, dont la Bulgarie, le Danemark et le Portugal.

      En mai, le Conseil de l’Union européenne a adopté une nouvelle directive établissant des normes minimales pour améliorer la mise en œuvre par les États membres des lois anti-discrimination nationales et européennes.

      En septembre, la Commission européenne a présenté son rapport sur la mise en œuvre du Plan d’action de l’UE contre le racisme 2020-2025. Selon la Commission, 11 États membres de l’UE ont adopté des plans d’action nationaux spécifiques contre le racisme, mais des défis subsistent même dans ces États en raison du manque de fonds affectés à la mise en œuvre et de l’absence de ventilation des données par origine raciale et ethnique permettant d’éclairer les politiques.

      En juillet, Ursula von der Leyen, présidente reconduite de la Commission européenne, a annoncé qu’une nouvelle stratégie de lutte contre le racisme serait élaborée pour le mandat 2024-2029 de la Commission. En septembre, elle a également annoncé que les travaux sur l’égalité et la non-discrimination seraient intégrés au mandat du Commissaire chargé de la préparation et de la gestion des crises — un recul étant donné que l’égalité bénéficiait auparavant d’un commissaire dédié. En décembre, Ursula von der Leyen a reclassé les coordinateurs sur l’antisémitisme et la haine antimusulmane, en leur donnant un accès direct au bureau du président de la Commission, mais a négligé de faire de même pour le coordinateur de la lutte contre le racisme.
      Pauvreté et inégalité

      Les données de l’UE de juin 2024 ont montré que 94,6 millions de personnes (21,4 % de la population) étaient « menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale » en 2023, dont 29,3 millions ont connu de graves privations matérielles ou sociales. Les femmes restent touchées de manière disproportionnée.

      Les taux de pauvreté et d’exclusion sociale en Roumanie et en Bulgarie, les deux États de l’UE les plus touchés, ont dépassé 30 %, et ces taux sont restés supérieurs à 25 % en Grèce, en Espagne et en Lettonie, les trois autres États les plus touchés.

      En août, alors que les prix de l’énergie ont chuté, atténuant ainsi la crise du coût de la vie, l’inflation moyenne à l’échelle de l’UE est tombée à 2,2 %.

      Les gouvernements européens et les autorités intergouvernementales ont réitéré publiquement leur engagement en faveur d’une meilleure mise en œuvre et réalisation des « droits sociaux », notamment les droits protégés par la Charte sociale européenne du Conseil de l’Europe dans la déclaration de Vilnius en février, et les questions relevant du Socle européen des droits sociaux de l’UE dans la déclaration de La Hulpe en avril.

      Les résultats d’une enquête menée à l’échelle de l’UE et publiée en avril ont montré que 88 % des Européens considèrent que les droits sociaux, tels qu’un niveau de vie, des conditions de travail et des soins de santé adéquats, sont importants.

      En janvier, la Commission européenne a publié son cadre de suivi de la Garantie européenne pour l’enfance. Cet instrument politique européen de 2021, axé sur la lutte contre la pauvreté infantile, exige des États qu’ils garantissent d’ici 2030 un accès gratuit à l’éducation et à l’accueil de la petite enfance, à un repas sain gratuit chaque jour d’école, aux soins de santé et au logement pour tous les enfants confrontés à l’exclusion sociale ou à d’autres désavantages. Les organisations de défense des droits de l’enfant ont attiré l’attention sur l’ampleur du défi, ont noté une mise en œuvre et un suivi inégaux des plans nationaux par les gouvernements et ont appelé à une meilleure collecte de données.

      Une évaluation commandée par l’UNICEF en 2024 portant sur deux décennies de stratégies européennes d’inclusion des Roms et de droits de l’enfant a appelé les autorités de l’UE et les gouvernements nationaux à adapter la Garantie européenne pour l’enfance afin d’inclure des mesures urgentes et ciblées pour lutter contre la pauvreté des enfants roms.

      Un rapport de 2024 de la Commission européenne et du Comité de la protection sociale, un organe consultatif de l’UE, a attiré l’attention sur l’écart persistant entre les pensions de retraite des hommes et des femmes (26 % d’écart entre les revenus de retraite des hommes et des femmes en 2022), résultant des inégalités de rémunération et d’emploi, et du fait que les femmes sont plus susceptibles d’interrompre leur carrière ou de travailler à temps partiel, notamment pour s’occuper de leurs proches. Les organisations de la société civile ont appelé à des systèmes de crédits de retraite plus uniformes pour remédier aux disparités, attirant particulièrement l’attention sur les niveaux élevés de pauvreté chez les femmes de plus de 75 ans.

      En juillet, la Directive européenne sur le devoir de diligence des entreprises en matière de développement durable est entrée en vigueur, obligeant les grandes entreprises à prévenir les violations des droits humains et à y remédier dans leurs chaînes d’approvisionnement. En décembre, l’UE a publié une loi interdisant la vente dans l’UE de produits fabriqués par le travail forcé.
      État de droit

      Les institutions de l’Union européenne ont continué de se concentrer sur l’État de droit et les institutions démocratiques dans les États membres, notamment par la création d’un nouveau poste de Commissaire à la démocratie, à la justice et à l’État de droit, mais les mesures concrètes visant à répondre aux préoccupations les plus graves n’ont pas été à la hauteur.

      La Hongrie continue d’être soumise à un examen au titre de l’article 7 du Traité sur l’Union européenne (TEU), l’instrument du traité de l’UE qui permet de traiter les violations graves de l’État de droit par le dialogue et d’éventuelles sanctions. Le Conseil de l’UE a tenu sa septième audition sur la Hongrie, mais malgré des « insuffisances graves persistantes » dans la plupart des domaines soulevés dans l’action du Parlement européen de 2018 qui a déclenché la procédure, les États membres de l’UE n’ont pas émis de recommandations au gouvernement hongrois ni organisé de vote sur la question de savoir si la Hongrie risquait de violer gravement les valeurs de l’UE.

      En mars, le Parlement européen a intenté une action contre la Commission devant la Cour de justice de l’Union européenne, lui demandant de contrôler la légalité de la décision de la Commission de décembre 2023, selon laquelle la Hongrie avait satisfait aux critères liés à l’indépendance de la justice et pouvait accéder à 10,2 milliards d’euros de fonds de cohésion de l’UE. La CJUE n’avait pas encore statué au moment de la rédaction du présent rapport.

      En février, la Commission européenne a ouvert une procédure d’infraction et en octobre elle a renvoyé la Hongrie devant la CJUE au sujet de sa loi sur la défense de la souveraineté nationale (voir le chapitre sur la Hongrie) pour violation du droit de l’UE.

      La Commission européenne et plusieurs États membres ont annoncé en juillet un boycott partiel de la présidence hongroise du Conseil en raison du voyage du Premier ministre Viktor Orbán à Moscou pour rencontrer le président russe Vladimir Poutine, suspect faisant l’objet d’un mandat d’arrêt international de la CPI.

      En mai, la Commission européenne a décidé de mettre fin à la procédure de l’article 7 contre la Pologne, bien que son gouvernement nouvellement élu n’ait pas mis en œuvre toutes les réformes nécessaires. Cette décision précipitée s’appuyait principalement sur les « engagements » du gouvernement polonais, arrivé au pouvoir en décembre 2023.

      Dans une première résolution sur l’État de droit en Grèce, adoptée en février, le Parlement européen a fait part de ses inquiétudes concernant la liberté de la presse, les poursuites judiciaires abusives et la surveillance des journalistes, le traitement à l’encontre des migrants et les attaques contre les défenseurs des droits humains. La résolution demandait à la Commission d’évaluer le respect par la Grèce de ses obligations en matière de droits fondamentaux pour accéder aux fonds de l’UE.

      Le rapport annuel 2024 de l’UE sur l’État de droit a souligné le rôle essentiel des organisations de la société civile, mais n’a pas identifié l’intimidation et l’ingérence dans leur travail en France, en Grèce, en Italie, en Hongrie, en Allemagne et ailleurs comme une menace majeure. Dans un contexte de preuves croissantes de restrictions de l’espace civique, les autorités de certains pays européens semblent également restreindre de manière disproportionnée la liberté d’expression et de réunion des manifestants propalestiniens et des manifestants pour le climat.

      Les risques de stigmatisation des organisations de la société civile financées par des fonds étrangers se sont accrus avec l’adoption de nouvelles lois de type « influence étrangère » dans certains États membres de l’UE et alors que l’UE continuait de débattre d’une proposition de directive sur la transparence de la représentation d’intérêts pour le compte de pays tiers. Un avis rendu en septembre par des experts de l’ONU a déclaré que la directive de l’UE pourrait avoir un effet dissuasif sur la société civile et restreindre indûment les libertés d’expression, de réunion et d’association protégées par le droit international des droits humains.

      La loi européenne sur l’IA a été approuvée en mai 2024 et marque une avancée majeure dans la réglementation de l’IA et des technologies associées. Elle prévoit notamment l’interdiction de la notation sociale, des limitations sur les technologies de surveillance biométrique à distance et l’obligation d’évaluer les risques pour les droits humains en cas d’utilisations « à haut risque ». Cependant, elle comporte également d’importantes lacunes en matière de sécurité nationale, de maintien de l’ordre et de contrôle des frontières, et accorde la priorité aux risques de responsabilité des entreprises par rapport aux risques pour les droits humains. De nombreux membres du Parlement européen ont déclaré avoir été la cible de logiciels espions en 2024. L’UE n’a pas encore pris de mesures pour maitriser le développement, la vente et l’utilisation de cette technologie.

      https://www.hrw.org/fr/world-report/2025/country-chapters/european-union

  • « Un #échec moral et éthique total » : #Omer_Bartov, spécialiste de l’Holocauste, sur le #génocide israélien à #Gaza

    Depuis le 7 octobre 2023, l’assaut israélien sur Gaza a tué plus de 45 500 Palestiniens et en a blessé plus de 108 000. Dans le même temps, les autorités de Gaza continuent d’accuser Israël de bloquer délibérément les livraisons d’aide. Les organisations de défense des droits de l’homme condamnent Israël pour avoir attaqué des infrastructures palestiniennes vitales, notamment l’approvisionnement en eau et le système médical de Gaza. Tout cela a conduit le plus grand spécialiste mondial du génocide à déclarer qu’Israël mène une combinaison « d’actions génocidaires, de nettoyage ethnique et d’annexion de la bande de Gaza ». Omer Bartov, professeur israélo-américain d’études sur l’Holocauste et les génocides à l’université Brown, explique pourquoi il pense qu’Israël commet actuellement un génocide à Gaza. « Il y a eu en réalité une tentative systématique de rendre Gaza inhabitable, ainsi que de détruire toutes les institutions qui permettent à un groupe de se maintenir, non seulement physiquement mais aussi culturellement », déclare Bartov, qui prévient que l’impunité pour Israël mettrait en danger l’ensemble de l’édifice du droit international. « Il s’agit d’un échec moral et éthique total de la part des pays qui prétendent être les principaux protecteurs des droits civils, de la démocratie et des droits humains dans le monde. »

    Retranscription de l’émission du 30 décembre 2024

    (Il s’agit d’une transcription rapide. Le texte peut ne pas être dans sa forme finale.)

    NERMEEN SHAIKH : Ici Democracy Now !, democracynow.org, The War and Peace Report. Je suis Nermeen Shaikh.
    Alors que l’année 2024 touche à sa fin, de nouvelles informations émanant du ministère de la Santé de Gaza confirment que plus de 108 000 Palestiniens ont été blessés par les attaques d’Israël depuis le 7 octobre 2023, et que plus de 45 500 ont été tués – bien que l’on pense que le bilan réel soit bien plus élevé. Pendant ce temps, les autorités de Gaza continuent d’accuser Israël de bloquer délibérément les livraisons d’aide, et l’UNRWA a mis en garde contre une « famine imminente » à Gaza, où les habitants sont confrontés à une grave insécurité alimentaire.
    Des milliers d’Israéliens ont manifesté samedi contre le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, exigeant la fin de la guerre à Gaza et un cessez-le-feu qui ramènerait les otages toujours détenus par le Hamas.
    Notre prochain invité affirme qu’Israël mène une combinaison d’« actions génocidaires, de nettoyage ethnique et d’annexion de la bande de Gaza ». Omer Bartov est professeur d’études sur l’Holocauste et les génocides à l’université Brown. C’est un universitaire israélo-américain qui a été décrit par le United States Holocaust Memorial Museum comme l’un des plus grands spécialistes mondiaux sur le sujet du génocide. Il s’est récemment rendu en Israël et en est revenu au début du mois.
    Professeur Bartov, bienvenue dans l’émission Democracy Now ! Pourriez-vous commencer par expliquer pourquoi vous pensez qu’un génocide est en train de se produire à Gaza ?

    OMER BARTOV : Oui. Merci de m’accueillir à nouveau. Je voudrais commencer par dire que j’ai écouté l’interview du Dr Abu-Sittah, et je voudrais juste exprimer ma gratitude pour tout le travail qu’il fait et tout ce qu’il a dit dans la partie précédente.
    J’ai commencé, comme vous le savez peut-être, en novembre 2023 déjà, j’ai publié un article d’opinion dans le New York Times dans lequel j’écrivais que je pensais que les FDI commettaient ce qui semblait être des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, mais que je n’étais pas encore convaincu que nous avions suffisamment de preuves qu’il s’agissait d’une action génocidaire. Mon point de vue a vraiment changé en mai 2024 avec la décision des FDI, malgré l’opposition des États-Unis, d’envahir Rafah, la dernière zone de la bande de Gaza qui n’avait pas été prise. Il y avait là environ un million de Palestiniens qui avaient déjà été déplacés à plusieurs reprises, et les FDI les ont déplacés une fois de plus vers la zone de la plage, la zone de Mawasi, sans aucune infrastructure appropriée, dans des villes de tentes le long de la plage, et ont ensuite procédé à la démolition d’une grande partie de Rafah.
    C’est à ce moment-là que j’ai commencé à examiner l’ensemble de l’opération, en commençant par les déclarations faites au tout début, les 7, 8 et 9 octobre, par les dirigeants israéliens, les dirigeants politiques et militaires dotés d’une autorité exécutive, qui disaient qu’ils voulaient raser Gaza, la détruire, que tous étaient impliqués, et ainsi de suite. Il est apparu à ce moment-là qu’il y avait en fait une tentative systématique de rendre Gaza inhabitable, ainsi que de détruire toutes les institutions qui permettent à un groupe de se maintenir, non seulement physiquement mais aussi culturellement, son identité, sa mémoire collective, ce qui impliquait une destruction systématique des universités, des écoles, des mosquées, des musées et, bien sûr, des logements et de l’infrastructure. Ainsi, on pouvait constater qu’il y avait ce qu’on appellerait un urbicide, une tentative de détruire les centres urbains, de les détruire physiquement ; un scolasticide – c’est-à-dire l’assassinat des membres des institutions éducatives, des écoles, des professeurs d’université, et ainsi de suite – de sorte que la population, ayant été déplacée de nombreuses fois et, comme vous l’avez entendu précédemment, un grand nombre d’entre eux ayant été tués, blessés et affaiblis, ne serait jamais en mesure de se reconstituer en tant que groupe dans cette région. Telle est l’idée générale.
    Au début du mois d’octobre de cette année – c’est-à-dire un an après le début de la guerre – les FDI ont lancé une opération dans la partie nord de Gaza, au nord de ce que l’on appelle le corridor de Netzarim, qui n’est plus vraiment un corridor – c’est une sorte de boîte d’environ huit kilomètres de large et huit kilomètres de long – pour vider entièrement la zone située au nord de ce corridor de sa population. C’est un plan qu’un général israélien à la retraite, Giora Eiland, vendait à la télévision israélienne depuis des mois. L’idée est de forcer toute la population à partir par une action militaire et par la famine, en privant la population de nourriture et d’eau. Et une grande partie de la population a effectivement été expulsée. Cette dernière attaque contre l’hôpital dont vous parliez tout à l’heure est une phase supplémentaire dans cette tentative de vider toute la région de sa population.
    Dans les médias israéliens, l’ancien chef d’état-major et ministre de la défense israélien, qui est lui-même un voyou politique, a qualifié cette opération de nettoyage ethnique. Mais le nettoyage ethnique signifie que vous déplacez des personnes d’un endroit où vous ne voulez pas d’elles, un groupe ethnique particulier, vers un autre endroit où elles peuvent être au moins à l’abri de ces attaques. Mais, bien sûr, à Gaza, lorsque vous déplacez des gens d’un endroit à un autre, vers des zones dites sûres, ils ne sont pas en sécurité, et ils sont de plus en plus et constamment victimes d’attaques. C’est ce qui fait que ce soi-disant nettoyage ethnique fait en réalité partie d’une opération génocidaire.
    Quant à l’annexion, ce que nous entendons souvent dans les médias israéliens, c’est qu’au moment où le tiers nord de Gaza est rasé et vidé de sa population, des groupes de colons attendent dans les coulisses, juste de l’autre côté de la barrière, pour s’installer et commencer à coloniser cette zone, dans l’optique de l’occuper entièrement. Et je ne vois pas – s’ils le font, une fois que l’armée les aura laissés entrer, je ne vois aucun mécanisme en Israël ou, à vrai dire, au niveau international, qui permettrait de les déloger de là. Ce serait donc le début d’une annexion et d’une colonisation rampantes de Gaza, qui se viderait de sa population palestinienne.

    NERMEEN SHAIKH : Eh bien, Professeur Bartov, je voudrais vous poser une question sur ceux qui facilitent ce génocide, comme vous le dites. Dans un article du Guardian de la semaine dernière intitulé « Un consensus émerge : Israël commet un génocide à Gaza. Où est l’action ? », l’éditorialiste Nesrine Malik condamne la complicité de l’Occident dans ce qui se passe à Gaza, écrivant, je cite, “Le danger maintenant est que les Palestiniens meurent deux fois, une fois dans la réalité physique et une deuxième fois dans une réalité morale où les puissants rabaissent les standards mêmes qui façonnent le monde tel que nous le connaissons. En refusant même d’accepter les désignations de génocide et de nettoyage ethnique, et encore moins d’agir en conséquence, les alliés d’Israël imposent au monde une adaptation après laquelle il devient simplement accepté que les droits ne sont pas accordés par l’humanité, mais par les entités qui décident qui est humain. » Voilà ce qu’écrit Nesrine Malik dans le Guardian. Professeur Bartov, pourriez-vous répondre à cela ? Et en particulier, un génocide, comme vous le dites, est en train de se produire à Gaza. Ce génocide ne serait pas possible sans la complicité et l’implication directe des puissances occidentales, en particulier des États-Unis. En ce sens, les États-Unis sont-ils également coupables, par association, de commettre un génocide ?

    OMER BARTOV : Oui, écoutez, je commencerai par dire que, d’abord et avant tout, la population qui est la plus responsable de ce qu’Israël fait en ce moment est la population d’Israël, et qu’il y a une profonde complicité de la population israélienne, y compris non seulement le gouvernement mais aussi les partis d’opposition en Israël qui soutiennent l’opération dans la bande de Gaza. Nous pouvons donc en parler.
    L’administration américaine, sous la direction de M. Biden, aurait pu mettre fin à cette guerre dès novembre ou décembre 2023, parce qu’Israël ne peut pas mener de telles opérations à une telle échelle sans l’aide constante des États-Unis, tout d’abord par la grande quantité de munitions qui sont envoyées à Israël quotidiennement, des obus de chars et d’artillerie, des roquettes d’interception. Tout cela est fourni à grande échelle par les États-Unis, pour un montant d’environ 20 milliards de dollars, payés par le contribuable américain. Si une administration américaine avait dit à M. Netanyahou en décembre 2023 : « Vous arrêtez tout, ou vous vous débrouillez tout seul « , il aurait dû arrêter, parce que cela aurait été tout simplement impossible. Mais cela n’a pas été fait.
    Le résultat en est évidemment, tout d’abord, la destruction massive de Gaza. Deuxièmement, cela signifie que tout l’édifice du droit international mis en place à la suite de la Seconde Guerre mondiale et de l’Holocauste pour empêcher qu’un génocide ne se reproduise, par l’intermédiaire du tribunal de Nuremberg, de la convention sur le génocide de 1948, des accords de Genève de 1949 et ainsi de suite, et maintenant du statut de Rome plus récemment – tout cet appareil s’est révélé vide de sens si un pays comme Israël, soutenu par ses alliés occidentaux, peut agir en toute impunité. Il en résulte que tous les autres États voyous du monde peuvent désormais se dire : « Si Israël peut s’en tirer, pourquoi ne le ferions-nous pas ? » En ce sens, il s’agit d’un échec moral et éthique total de la part des pays qui prétendent être les principaux protecteurs des droits civils, de la démocratie et des droits de l’homme dans le monde. Outre la catastrophe régionale qui se produit actuellement, cette situation a des ramifications beaucoup plus importantes pour l’avenir.

    NERMEEN SHAIKH : Et, Professeur Bartov, vous venez de mentionner que vous étiez en Israël au début du mois. Vous avez parlé à un grand nombre de personnes là-bas. Quel est leur – quel est votre sentiment sur la façon dont Gaza est perçue ? Les actions d’Israël à Gaza sont-elles aujourd’hui critiquées, de manière beaucoup plus large, qu’elles ne l’étaient, disons, au début de l’année, pendant l’été, lorsque vous étiez là-bas, ou l’année dernière ?

    OMER BARTOV : Oui, j’étais en Israël en juin 2024. À l’époque, lorsque je parlais avec des gens et que je mentionnais ce qui se passait à Gaza – et la plupart des gens avec qui je parle sont des libéraux de gauche – il y avait une énorme réticence à en parler. Les gens étaient complètement pris par le traumatisme et la douleur qui ont suivi l’attaque du Hamas du 7 octobre, qui a tué environ 900 civils, ainsi que plusieurs centaines de soldats.
    Lorsque j’ai visité Israël cette fois-ci, au début du mois, j’ai eu l’impression que davantage de personnes étaient au courant de ce qui se passait à Gaza – pas à cause de la télévision israélienne, qui bloque toujours entièrement, volontairement, tout véritable reportage en provenance de Gaza. Tous ces reportages sont filtrés par les informations fournies par l’armée. Mais il y a eu des reportages dans les journaux. Il y a eu beaucoup de reportages sur les réseaux sociaux. Je pense donc que davantage de personnes sont désormais conscientes de ce qui se passe là-bas.
    Mais comment réagissent-ils ? J’ai l’impression qu’il y a un sentiment croissant de résignation, de désespoir, d’impuissance dans ces cercles, dont on pourrait espérer qu’ils constituent la principale opposition aux politiques d’un gouvernement d’extrême-droite.

    NERMEEN SHAIKH : Professeur Bartov, je suis désolé que le temps nous soit compté. Nous allons devoir nous arrêter là. Professeur Bartov, Omer Bartov, professeur d’études sur l’Holocauste et les génocides à l’université Brown. C’est un universitaire israélo-américain qui a été décrit par le U.S. Holocaust Memorial Museum comme l’un des plus grands spécialistes mondiaux du génocide. Nous serons de retour dans une minute.

    https://agencemediapalestine.fr/blog/2024/12/31/un-echec-moral-et-ethique-total-omer-bartov-specialiste-de-lhol

    #échec_moral #échec_éthique #éthique #Israël #destruction #inhabilité #impunité #droit_international

    signalé aussi par @loutre :
    https://seenthis.net/messages/1090813

  • #Droit_international ?

    Le ministre de la Défense confirme qu’Israël a éliminé Ismaïl Haniyeh en juillet - The Times of Israël
    https://fr.timesofisrael.com/le-ministre-de-la-defense-confirme-quisrael-a-elimine-ismail-haniy

    S’exprimant lors d’un événement en l’honneur d’agents de sécurité, Israel Katz a menacé de décapiter la direction des rebelles Houthis, « tout comme [Israël] l’a fait pour Haniyeh, Sinwar et Nasrallah »

  • #Externalisation_de_l’asile : une coopération au mépris de la #protection_internationale et de l’#état_de_droit

    Les velléités anciennes des États européens d’externaliser le traitement des demandes d’asile se sont
    récemment concrétisées à travers les « #accords » #Royaume-Uni/#Rwanda et #Italie/#Albanie. Alors que l’initiative britannique a été abandonnée, celle de l’Italie est temporairement bloquée. Après l’annulation des deux premiers transferts d’exilés dans les camps en Albanie et dans l’attente de la décision de la Cour de cassation de Rome sur le recours du gouvernement italien, celui-ci a rappelé le personnel mobilisé sur place.

    Ces #expérimentations, que l’application du Pacte européen sur la migration et l’asile pourrait favoriser, se
    heurtent pour l’instant au droit. Malgré ces revers et leur coût exorbitant, elles suscitent un engouement décomplexé des responsables européens qui ne se cachent plus de vouloir repousser hors de leurs territoires les personnes en demande de protection internationale.

    La médiatisation et l’instrumentalisation de ces feuille- tons politico-juridiques normalisent les violations des droits des exilé·e·s, mais aussi du #droit_international qui les définit et de la hiérarchie des normes qui les garantit, face à une #souveraineté_nationale prétendument bafouée. De même, dans les pays « tiers » parfois autoritaires, les « #partenariats » migratoires conclus par l’Europe contribuent à délégitimer et irrégulariser les personnes exilées, au mépris des droits.

    L’absence de transparence et la rhétorique hypocrite, souvent humanitaire, accompagnant l’externalisation des politiques migratoires européennes ont pu donner l’illusion d’un rempart préservant le #droit_d’asile. Qu’elles concernent explicitement l’asile ou non, celles-ci engendrent pourtant non seulement l’érosion de la protection internationale, mais aussi le délitement de l’état de droit, en Europe comme au-delà.

    https://migreurop.org/article3304.html
    #externalisation #asile #migrations #réfugiés #Migreurop #pays_tiers