#dudh

  • Bonjour,

    Le 10 décembre 1948 était signée la Déclaration Universelle des Droits Humains, au lendemain d’une guerre qui avait fait sombrer l’humanité dans la pire des abjections, industrialisant le racisme et l’antisémitisme, organisant des États entiers autour de la haine de l’autre.

    Un comité, présidé par Eleanor Roosevelt, avait préparé un texte, largement influencé par René Cassin et son secrétaire Stéphane Hessel. La signature du texte allait enclencher une dynamique juridique fondamentale, qui a par la suite été complétée par les deux Pactes (sur les droits civils et politiques, et sur les droits économiques et sociaux), et par la création d’un tribunal pénal international.

    Comme tout document juridique comportant des valeurs fondamentales, la DUDH pose des bases qui évoluent ensuite en fonction des situations. Aujourd’hui, compléter ces documents pour prendre en compte l’existence de l’Internet et la crise climatique semble nécessaire, même si la situation mondiale ne s’y prête guère.

    Les valeurs portées par la DUDH, prenant la suite et élargissant celles de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de la Révolution française gardent une actualité majeure. L’article premier indique « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». La portée du terme "dignité" mérite d’être pleinement réfléchie dans la situation actuelle, n’est-ce pas ?

    C&F éditions a décidé de fêter "dignement" cet anniversaire en publiant deux livres qui se situent dans le cadre de réflexion des Droits humains [1] :

    – « Révolution Paine : Thomas Paine penseur et défenseur des droits humains » revient sur la genèse et la défense de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.
    https://cfeditions.com/paine

    Tom Paine est un personnage fascinant, comme le rappelle la courte biographie rédigée par Nicolas Taffin pour le livre et la longue présentation de Peter Linebaugh, historien spécialiste des communs. Le livre reprend les deux ouvrages écrits par Paine pour défendre la Révolution française et son texte juridique majeur. Brillant polémiste, Tom Paine, qui fut également député de l’Assemblée nationale, fait le lien entre l’indépendance des États-Unis à laquelle il a largement contribué et la Révolution française qu’il est venu soutenir.
    (Pour mémoire, ce livre s’inscrit dans un des thèmes de l’agrégation d’histoire de cette année et de l’an prochain...)

    – « Cyberstructure : L’internet, un espace politique », par Stéphane Bortzmeyer montre la manière dont les droits humains sont impactés par des décisions en apparence technique et de programmation informatique.
    https://cfeditions.com/cyberstructure

    Après une description rigoureuse, mais accessible, qui fera le bonheur des étudiant·e·s et des personnes intéressées à comprendre les enjeux politiques autant que techniques de l’Internet, Stéphane Bortzmeyer s’étend sur les relations entre l’architecture d’Internet et les Droits humains. Membre du groupe de travail sur l’Internet et les Droits humains de l’IETF (Internet, Engineering Task Force), il développe et rend accessibles les réflexions de ce groupe.

    Les Droits humains forment un socle essentiel à la vie en société, et un outil pour développer une culture de Paix. Avec ces deux livres, nous essayons de garder le lien historique entre la naissance de ce concept et son application à l’architecture de l’Internet.

    Bonne lecture,

    Hervé Le Crosnier

    PS : Pour fêter dignement l’anniversaire de la signature de la DUDH, nous invitons les parisien·ne·s à venir rencontrer Stéphane Bortzmeyer
    Lundi 10 décembre, de 18h à 20h,
    Librairie A Livr’ouvert
    171 bd Voltaire, 75011 Paris.

    [1] Nous avons choisi l’expression "Droits humains" pour traduire le terme officiel de la "Universal Declaration of Human Rights" (et non "Rights of Man", comme fut traduite en anglais la Déclaration de 1789). Cela nous semble mieux prendre en compte tout le genre humain, sans avoir besoin d’une capitale à Homme pour distinguer l’individu "abstrait" représentant tous les humain·e·s. En revanche, nous conservons évidemment l’écriture d’époque pour la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

    #DUDH #C&F_éditions #Shameless_autopromo


  • RFC 8280 : Research into Human Rights Protocol Considerations

    Ce #RFC très politique est le premier du groupe de recherche #IRTF #HRPC, dont le nom veut dire « Human Rights and Protocol Considerations ». À première vue, il n’y a pas de rapport entre les #droits_humains et les protocoles réseau. Les premiers relèvent de la politique, les seconds de la pure technique, non ? Mais, justement, le groupe HRPC a été créé sur la base de l’idée qu’il y a de la politique dans le travail de l’#IETF, que les protocoles ne sont pas complètement neutres, et qu’il était nécessaire de creuser cette relation complexe entre protocoles et droits humains. Le premier RFC analyse le problème de base : « #TCP/IP est-il politique ? »

    http://www.bortzmeyer.org/8280.html

    #droits_de_l_homme #DUDH


  • Subraya :

    C’est que l’humanisme non plus, j’ai jamais comprit ce que c’est. N’y a-t-il pas une notion de patriarcat que se cache derrière cette bienveillance, comme un sentiment de supériorité ?

    Pour moi, l’#humanisme, c’est le sentiment d’appartenir à la chaine des génération qui lie toute l’#humanité. Personnellement, j’y vois son expression actuelle dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (#DUDH) :

    Préambule

    Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.

    Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme.

    Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression.

    Considérant qu’il est essentiel d’encourager le développement de relations amicales entre nations.

    Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, et qu’ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.

    Considérant que les États Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l’Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

    Considérant qu’une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement.

    L’Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l’homme comme l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l’esprit, s’efforcent, par l’enseignement et l’éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d’en assurer, par des mesures progressives d’ordre national et international, la reconnaissance et l’application universelles et effectives, tant parmi les populations des États Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.

    Article premier
    Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
    http://www.un.org/fr/documents/udhr

    Il n’est pas nécessaire de citer les autres articles, car ils découlent tous de l’acceptation de l’article premier.

    Je ne considère pas que l’humanisme soutend un sentiment un sentiment de supériorité. Ce n’est pas un élitisme puisque toute l’humanité est prise en compte.

    C’est une des raisons qui forge ma conviction d’être de gauche. La lutte de gauche est ardue parce que la solidarité sera toujours plus difficile à mettre en œuvre que l’égoïsme. Pour moi, le surplus de force du plus fort doit être rendu au plus faible, sinon il y a abus.

    • C’est de la laïcité qu’il faut faire une discussion puisse que sa base repose sur les valeurs commune à toute l’humanité.

      Dans une société dans laquelle il n’y a qu’une religion, on pourrait se poser la question, mais lorsqu’il y a, de fait, plusieurs religions laquelle faut-il choisir ? La laïcité (philosophique, pas la loi) se veut fédératrice. Bien entendu le message de la laïcité est perverti par des gens qui se croient les gardiens de la laïcité, mais c’est le cas des religions aussi.

      En tout état de cause, on ne peut que se changer soi-même. Que chacun regarde la merde qu’il produit et on fera moins chier les autres.

    • Je ne sais pas si ça servirait à quelque chose tant les religions sont sclérosées sur leur discours.

      Mais on peut le faire si ça te tente. Alors inscris-toi sur http://seenthis . C’est comme Twitter, sauf qu’il n’y a pas de limite de texte.

      En matière de religion, je suis né catholique, j’ai été baptisé, et j’ai passé toutes mes études chez les jésuites. Mes parents n’étaient pas pratiquants, mais ont insisté pour que j’ai une éducation religieuse. Ils n’ont jamais été à l’église, mais mes frères, ma sœur et moi, on devait aller à la messe tout les dimanches.

      Mon parcours chez les jésuites m’a appris à conserver un œil critique sur tous les savoirs et à ne pas juger sans connaitre. C’est ainsi que lorsque la vague d’islamophobie est arrivée, j’ai lu le Coran entièrement à trois reprises dans trois essais de traduction différents pour finalement comprendre que sa compréhension doit être globale, et qu’un verset ou une sourate ne définit pas l’Islam, un peu comme un pas n’est pas le chemin.

      De la religion juive, je ne connais que ce qui est commun au catholicisme : le premier testament. Il y a cependant quelque chose de remarquable dans cette religion : le Talmud. Ce qui est remarquable dans le Talmud, c’est la somme monumentale des discussions et d’interprétations qui en découle. C’est un peu comme ce que nous faisons en discutant à propos de la laïcité. C’est comme si de la laïcité nous ne connaissions que le rivage embrumé et que la brume se lève peu à peu.

      Enfin si tu veux que nous continuions à discuter, inscris-toi et fais-moi signe.


  • Nietzsche - Citations & Contre-citations

    #Nietzsche ne proposant qu’une vision restreinte à l’individu, ses citations qui courent les rues doivent être remises dans leur contexte restreint. Ce contexte est exempt de générosité à autrui et est l’expression de sa vision du combat perpétuel que l’individu enfermé en lui-même doit livrer contre ce qui n’est pas lui.

    Dans une vision humaniste, donc considérant l’homme dans une relation cohérente avec le principe de réciprocité qui implique l’égalité intrinsèque de chaque être humain, je contre-citerai Nietzsche afin de dénoncer ses ambivalences.

    Si vous prétendez à être humaniste, dépensez pour l’autre le surplus de force qui vous en dissocie et dont il a tant besoin. Vous ne devez pas devenir un surhomme, vous devez devenir un homme intégré dans une réalité humaine, rien de plus.

    Voici la liste des citations sur lesquelles j’ai travaillé ou que je vais travailler. Je suis prêt à le faire sur toute citation de Nietzsche que l’on me soumettra :

    http://la-belle-rencontre.winnerbb.net/t465-nietzsche-citations-contre-citations

    • moi pas ; ça n’a strictement aucun sens de prendre des citations de Nietzsche séparées de leur contexte, et la « remise en contexte restreint » c’est tout aussi fallacieux.

      « L’humanisme », ça ne veut strictement rien dire, c’est un reste de religiosité. Je pense qu’on peut tirer Nietzsche du côté de l’émancipation, et pas seulement de l’émancipation individuelle et autarcique.

    • thibnton : moi pas ; ça n’a strictement aucun sens de prendre des citations de Nietzsche séparées de leur contexte, et la « remise en contexte restreint » c’est tout aussi fallacieux.

      Ce qui est fallacieux, c’est que ces citations de Nietzsche prises séparément sont proposées comme une haute vue de l’esprit, alors qu’elles ne sont ne sont qu’un appel à de l’élitisme pur et simple. Ce qui flatte le « surhomme » en nous.

      thibnton : « L’humanisme », ça ne veut strictement rien dire, c’est un reste de religiosité. Je pense qu’on peut tirer Nietzsche du côté de l’émancipation, et pas seulement de l’émancipation individuelle et autarcique.

      Chassez la « religion », elle revient au galop. L’athéisme, lui même, n’est aussi qu’une option sur le spirituel.

      L’humanisme serait serait un reste de religiosité ? Le sentiment d’appartenance est en effet un sentiment d’être « relié » (voir l’étymologie du mot « religion ») à autre chose qu’à soi. Au cas ou ça vous aurait échappé, l’espèce humaine est une espèce grégaire. Nous ne sommes rien sans les autres. Ainsi, avez-vous été éduqué ou vous-vous éduqué vous-même ? La meilleure éducation n’est elle-même qu’un formatage. Aucune personne qui prétend faire parte d’une élite n’a pu se dispenser de l’éducation minimum qu’elle a reçue.

      La sélection naturelle ne consacre pas la loi du plus fort, elle consacre la loi du plus adapté, donc du plus efficace. Qui a-t-il de plus adapté et de plus efficace que la solidarité ? Ne demeure que ce qui est efficace. C’est en ce sens que l’humanisme trouve sa finalité. Elle remet en cause l’individualité de chaque être humain. On nait nu, on repart nu. On ne laisse que la plus value que l’on a été pour la chaine des générations dont on fait partie et qui s’exprime dans la transmission d’un progrès pour l’humanité.

      Si on prend Nietzsche pour un philosophe qui prêche l’émancipation, on passe aussi à côté de ce qu’il a été : un petit bonhomme fort médiocre dans son existence, qui ne rêvait que d’être tout sauf ce qu’il a été. L’élitisme est une voie facile. Il permet de faire fi des autres. C’est un réductionnisme du politique qui fait l’impasse sur la condition humaine dans son ensemble.

      Bien à vous

    • Je ne pense pas que la loi du plus adapté et du plus efficace soit un humanisme, et la solidarité peut être solidarité par mimétisme, contre un bouc-émissaire. Celui-ci sera donc éliminé et ne survivra pas. Là, je ne partage plus vraiment.

    • @thomasson

      La sélection naturelle n’est pas l’humanisme. L’humanisme un sentiment d’appartenance à l’espèce. À partir du moment où ce sentiment nous prend, il implique que l’autre est une sorte de miroir de nous-même. D’où l’implication immédiate d’une fraternité humaine : l’humanité en tant que globalité.

      La sélection naturelle est une des règles du jeu de la vie. C’est une réalité. Que peut l’individu face à cette réalité ? S’unir à d’autres énergies semblables afin de subsister. C’est parce que l’espèce humaine a pris conscience de l’efficacité de la solidarité que l’humanité est toujours là.

      Bien entendu la solidarité peut être restreinte à un groupe particulier et être antagoniste à un autre groupe solidaire. En fait, à chaque fois que l’on ne perçoit la solidarité que pour un groupe spécifique, on atteint pas "l’idéal" de l’humanisme qui a pour finalité de représenter tous les êtres humains au delà de leurs particularités.

      Ce n’est pas pour rien que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) affirme dans son premier article : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». En fait ce premier article est le filtre par lequel passe la compréhension des 29 autres articles.

      #DUDH, #humanisme