• Démission de Leggeri à la tête de Frontex

    BREAKING OVERNIGHT: Frontex Director Fabrice Leggeri is quitting, POLITICO hears. The head of the EU border agency has tendered his resignation, several people in the know told us, with further details expected today. Frontex did not respond to a request for comment. Leggeri has led the agency, which has come under scrutiny for its alleged role in so-called pushbacks of migrants, since 2015. The development comes as the EU’s anti-fraud watchdog, #OLAF, is poised to present the full findings of its long-running probe into Frontex.

    https://www.politico.eu/newsletter/brussels-playbook/trouble-at-frontex-ruble-roulette-jeppes-replacement
    #Leggeri #Fabrice_Leggeri #Frontex #démission #frontières #migrations #réfugiés

    • Démission du Directeur de Frontex : une occasion à prendre pour une réorientation radicale

      Suite aux nombreuses enquêtes et rapports émanant de la société civile et d’institutions officielles européennes, tel le tout récent et explosif rapport de l’Office européen de la lutte anti-fraude (OLAF), qui mettent en cause l’agence Frontex pour ses agissements complices en matière de refoulements et de violences en vers des personnes exilées ainsi que pour sa mauvaise gestion interne (pour plus de détails, lire la récente Note politique #28 du CNCD-11.11.11 « Frontex : droits humains en danger »), le directeur de Frontex, s’est vu dans l’obligation de donner sa démission le 28 avril 2022. Cette démission a été acceptée ce 29 avril par le CA de l’agence.


      https://twitter.com/g_christides/status/1519967913066782720

      Ce 4 mai, tirant les leçons de cet épisode, le CNCD-11.11.11 encourage les membres du Parlement européen à refuser à Frontex la décharge de ses comptes pour l’exercice 2020 lors du vote en séance plénière. En effet, bloquer la décharge budgétaire est un bon levier pour exiger la réforme en profondeur de l’orientation et du fonctionnement de Frontex pour plus de transparence, de contrôle démocratique et de responsabilisation en cas de non-respect des droits humains. Les faits ayant amené à la démission du directeur doivent maintenant être analysés posément et des engagements formels pris pour garantir le respect des lois et des traités internationaux. C’est pourquoi il importe de reporter la décharge jusqu’à la démonstration de la mise en œuvre effective de mesures correctrices. Plus globalement, ce vote est l’occasion d’un signal fort pour exiger une réorientation radicale du pacte européen pour l’asile et la migration vers le respect des droits humains, la mobilité et la solidarité (pour plus de détails, lire notre récente étude « Migration et asile : analyse du pacte européen » : https://www.cncd.be/point-sud-22-migration-asile-pacte-europeen).

      https://www.cncd.be/Demission-du-Directeur-de-Frontex

    • Frontex | Faire sauter la tête ne suffira pas

      L’annonce de la démission du directeur de Frontex, Fabrizio Leggeri, vendredi 29 avril, ne représente que la première fissure dans l’édifice opaque qui s’est constitué depuis la création de l’Agence européenne des garde-frontières. Mais suffira-t-elle ? Semaine après semaine, les révélations se succèdent. D’autres membres du Conseil d’administration seraient impliqués dans la falsification de preuves de refoulements illégaux de personnes exilées. Des refoulements qui auraient conduit à la noyade de personnes migrantes, documentée par une équipe de journalistes. [1]

      Il faut rappeler que la Suisse a deux représentant·es au sein de ce conseil d’administration. L’un ou l’autre étaient-ils impliqués dans les faits reprochés à Leggeri ? Qu’en savaient-ils et qu’ont-ils communiqué au Conseil fédéral ? Alors que la Suisse est en pleine campagne de votation sur un arrêté fédéral visant à octroyer davantage de moyens financiers et de personnel à cette agence, les conseillers fédéraux concerné·es Karin Keller-Sutter et Ueli Maurer devraient répondre à cette question avant le jour du scrutin. C’est ce que demande depuis fin mars 2022 une Lettre ouverte publiée par Frontex-leaks.ch et relayée sur le site asile.ch. Une exigence de transparence légitime dans le cadre du débat démocratique.

      Au lieu de cela, c’est une crispation voire une censure que cherchent à imposer les autorités fédérales aux journalistes qui tentent de faire leur travail d’information. La RTS s’en est fait écho le 28 avril [2], évoquant même la possible intervention de Frontex dans cette interférence, alors que Le Temps dénonçait 4 jours plus tôt une censure de la part de l’Administration fédérale des douanes. Son vice-directeur Marco Benz est justement membre du conseil d’administration de Frontex.

      L’information est un outil essentiel de notre démocratie. Ce n’est que grâce au travail acharné de journalistes et d’ONG que les actes de Frontex commencent à voir le jour. L’agence a tenté par tous les moyens -y compris par des poursuites financières- d’empêcher leurs investigations. Celles-ci ont contribué au lancement de certaines enquêtes par des organes européens, notamment celle de l’Organe de lutte antifraude de l’Union européenne, dont le rapport a conduit à la démission de Leggeri. Pas plus tard que le 28 avril, l’enquête conjuguée du Monde, SRF, Republik, en collaboration avec Lighthouse report, a montré combien les refoulements illégaux pratiqués par l’agence sont « normalisés ». La question de savoir si les pushback font partie de l’ADN de Frontex reste entière.

      La justice internationale est également en train d’être activée par des ONG. Une autre façon de demander des comptes sur les pratiques de l’Agence et des États européens à leurs frontières extérieures. La dernière en date a été déposée par Sea-Watch, suite au refoulement d’un bateau vers la Libye, pays où, selon l’ONU, « ils seront placés dans des centres de détention inhumains et seront exposés à la famine, aux abus sexuels et à la torture. » [3]

      Est-ce cela que nous voulons ? Refuser aux personnes fuyant les guerres et la persécution le droit de déposer une demande de protection internationale ? Veut-on tripler les moyens financiers d’une agence qui renvoie vers la mort et la torture plusieurs milliers de personnes, ceci sans demander de comptes ?

      Refuser le 15 mai l’arrêté fédéral proposé par le Conseil fédéral et le Parlement ne met de loin pas en danger notre démocratie. Celle-ci a besoin de contre-pouvoirs forts.

      Un refus ne mettra pas davantage en danger notre participation à Schengen. Cet argument est de la poudre aux yeux. [4] Un rejet permettra de relégiférer, à la lumière des éléments qui se font jour aujourd’hui. D’ajouter des mesures d’accompagnement humanitaires qui avaient initialement été proposées lors des travaux parlementaires, pour assurer la sécurité des personnes qui sont elles-mêmes en danger et doivent être protégées.

      Le 15 mai, nous avons l’occasion de refuser d’adouber des pratiques antidémocratiques et illégales qui foulent au pied les valeurs que l’Europe essaie aujourd’hui de défendre face à la Russie de Poutine. Et de renforcer les voix européennes qui demandent un monitoring véritablement indépendant des pratiques de Frontex.

      https://asile.ch/2022/04/29/frontex-faire-sauter-la-tete-ne-suffira-pas

    • Le patron de Frontex Fabrice Leggeri démissionne sur fond d’accusations

      Le patron de Frontex, le Français Fabrice Leggeri, a présenté jeudi sa démission. Son départ fait suite à une enquête sur sa gestion de l’agence européenne de garde-côtes et de gardes-frontières.

      Directeur exécutif de Frontex depuis 2015, Fabrice Leggeri a été visé par un rapport de l’Office européen de lutte antifraude (Olaf) qui, selon Le Point, lui reproche en substance de « ne pas avoir respecté les procédures, s’être démontré déloyal vis-à-vis de l’Union européenne et un mauvais management personnel ».

      Cette enquête intervient sur fond d’accusations régulières, notamment de la part d’ONG ces dernières années, de pratiques de refoulements illégaux de migrants (dits « pushbacks ») et de complaisance envers les autorités grecques, par exemple, sur des renvois brutaux vers la Turquie.

      Mercredi encore, une enquête publiée par le quotidien Le Monde et Lighthouse Reports a démontré qu’entre mars 2020 et septembre 2021, Frontex a répertorié des renvois illégaux de migrants, parvenus dans les eaux grecques, comme de simples « opérations de prévention au départ, menées dans les eaux turques ».

      Enquête internationale

      En sept ans à la tête de Frontex, qui doit surveiller les frontières extérieures de l’UE, Fabrice Leggeri a accompagné le renforcement de l’agence qui a été considérablement musclée et dont les effectifs doivent atteindre 10’000 garde-côtes et gardes-frontières d’ici 2027 (voir encadré).

      Dans le courrier où il annonce remettre son mandat au comité de gestion de l’agence, Fabrice Leggeri affirme que depuis son élection et sa reconduction en 2019, le mandat de Frontex a été modifié « tacitement mais effectivement », ce qu’a réfuté la Commission européenne.

      La gauche du Parlement européen, en particulier, réclamait la démission de Fabrice Leggeri depuis l’automne 2020, à la suite d’une enquête journalistique internationale qui impliquait Frontex dans plusieurs refoulements en mer Egée.

      https://www.rts.ch/info/monde/13056010-le-patron-de-frontex-fabrice-leggeri-demissionne-sur-fond-daccusations.

    • Commission statement on the resignation of Fabrice Leggeri

      The Commission takes note of the resignation with immediate effect of the Executive Director of the European Border and Coastguard Agency (Frontex), Fabrice Leggeri.

      As the most senior Deputy Executive Director of Frontex, Aija Kalnaja will deputise and assume the lead of the Agency with immediate effect. To ensure full continuity of the agency, the Commission will proceed quickly with recruitment and appointment of a new Executive Director.

      It is a priority for the Commission to have in place a strong, effective, and well-functioning European Border and Coast Guard.

      Frontex fulfils a critically important task to support Member States manage common European Union external borders, and to uphold fundamental rights in doing so. For that purpose, Frontex must be a robust and well-functioning agency. The Commission will continue to fully support Frontex in this mission.

      Over the past year, the Commission has stepped up significantly its support and advice to Frontex to ensure the full implementation of its mandate. To this end, the Commission initiated several extraordinary Management Board meetings dedicated to governance issues and fundamental rights. The Commission is committed to the continuous improvement of the agency.

      https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/statement_22_2751

    • Refoulement de migrants aux frontières : Fabrice Leggeri, directeur de Frontex, démissionne

      Les accusations de renvois illégaux de migrants aux frontières de l’Union européenne se succèdent depuis plusieurs années à l’égard de l’agence européenne de gardes-côtes. La teneur d’une enquête de l’Office européen de lutte anti-fraude, pas encore rendue publique, a poussé Fabrice Leggeri, directeur controversé de l’institution, à démissionner.

      Fabrice Leggeri, directeur exécutif de l’agence de gardes-frontières et de gardes-côtes Frontex, a finalement jeté l’éponge. La pression qui s’exerce sur ses épaules n’a cessé de croître à mesure que les allégations de refoulements de demandeurs d’asile, couverts ou effectués par Frontex, se sont multipliées ces dernières années.

      Dernier scandale en date, révélé le 27 avril par Lighthouse Report, Der Spiegel et Le Monde : Frontex aurait volontairement « maquillé » des renvois illégaux de migrants vers la Turquie, à partir de la Grèce, les privant ainsi de leur droit à demander l’asile.

      Les nombreux rapports compilant les violations de droits fondamentaux de migrants aux frontières de l’Europe ont toujours été reçus par le silence ou les dénégations de Fabrice Leggeri, dont les arrières ont été protégés au Conseil d’administration de Frontex, composé de représentants des États membres.

      Les manquements organisationnels de Frontex – l’inefficacité des mécanismes de plaintes, de rapport d’incidents et de contrôle interne des violations des droits fondamentaux – sont pourtant dans le collimateur de nombreuses institutions. La médiatrice européenne et le Parlement ont publié des rapports pointant des #dysfonctionnements_majeurs. Même la Commission européenne s’y est mise. Le 18 décembre 2020, Monique Pariat, directrice générale chargée des migrations et des affaires intérieures pointait, dans une lettre envoyée à Fabrice Leggeri, la manière « trompeuse » dont le directeur de Frontex présentait les faits au Parlement européen.

      L’enquête de l’Olaf et la « gravité des faits »

      C’est surtout l’enquête menée par l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf) qui a fait vaciller Fabrice Leggeri et l’a poussé à la démission.

      Cela fait plus d’un an que l’Olaf scrute les agissements de la direction de Frontex. Deux enquêtes sont menées en parallèle et touchent trois personnalités de haut rang, dont le directeur exécutif. La première enquête, clôturée le 15 février dernier, porte sur les allégations de refoulement aux frontières extérieures de l’Union européenne et de violations des droits fondamentaux, notamment à la frontière gréco-turque.

      Frontex a-t-elle couvert des actions illégales de la part des gardes-côtes grecs ? Dans quelle mesure Frontex est-elle impliquée dans ces refoulements ? Comment l’agence et ses dirigeants ont-ils réagi face aux incidents qui leur étaient rapportés ? La seconde enquête, dont les conclusions sont attendues avant l’été, devrait faire la lumière sur des cas supposés de #harcèlement de travailleurs de l’agence.

      Ces enquêtes sont encore confidentielles. Mais quelques députés de la commission du contrôle budgétaire du Parlement européen ont pu prendre connaissance de leurs grandes lignes, lors d’une audition à huis clos du directeur général de l’Olaf, en mars dernier. Ils ont été convaincus, le 31 mars, « au vu de la gravité des faits », de suspendre la décharge budgétaire de Frontex. « Entre le rapport de l’Olaf et les dernières allégations de refoulement, la position de Fabrice Leggeri devenait intenable. Il était jusqu’à présent protégé par des États membres, dont la France, mais l’image de Frontex devenait trop abîmée », commente Tineke Strik, eurodéputée écologiste néerlandaise membre du groupe de contrôle de Frontex au Parlement européen. Pour la députée, le départ de Fabrice Leggeri est « un premier pas. L’organisation, la structure, la culture de Frontex devront changer ». Dans sa lettre de démission, Fabrice Leggeri, amer, regrettait que le mandat de Frontex ait « silencieusement, mais effectivement changé ».

      https://www.mediapart.fr/journal/international/290422/refoulement-de-migrants-aux-frontieres-fabrice-leggeri-directeur-de-fronte

    • Leggeri est parti, mais c’est Frontex qu’il faut renvoyer !

      Le directeur exécutif de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes vient de démissionner suite à des accusations de refoulements illégaux. Il est temps d’en finir avec l’approche restrictive et militarisée de l’UE envers les migrants.

      Fabrice Leggeri vient de présenter sa démission en tant que directeur exécutif de Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes. Cette démission survient après des mois de révélations successives concernant l’implication de Frontex dans les violations des droits humains, en particulier dans le cadre de ses opérations aux frontières de l’Europe de l’Est et en Grèce. Ayant focalisé mes recherches sur la Méditerranée centrale pendant plus de dix ans, ces révélations ne me surprennent absolument pas. Dans le cadre d’une des enquêtes que j’ai menées au sein du projet Forensic Oceanography (Death by Rescue, 2016), j’ai démontré qu’au cours de l’été 2014 Frontex a mené une véritable campagne pour que l’opération militaire et humanitaire italienne Mare Nostrum soit stoppée. Alors que l’opération déployée en 2013-2014 avait permis de secourir de manière proactive un grand nombre de migrant·e·s fuyant la Libye dans des conditions dramatiques, Frontex l’a accusée de constituer un « appel d’air » menant à plus de traversées.

      Dans le but de dissuader les migrant·e·s de rejoindre le continent européen, l’agence a mis tout en œuvre pour que soit mis fin à l’opération Mare Nostrum et que celle-ci soit remplacée par une opération de Frontex, Triton, bien plus éloignée des côtes libyennes, et dont l’objectif était le contrôle des frontières et non le secours en mer. Ce changement opérationnel a été mis en place malgré l’unanimité des acteurs défendant les droits des migrant·e·s, et même des évaluations internes à Frontex qui prévoyaient que la fin de Mare Nostrum ne mènerait pas à moins de traversées mais à plus de morts en mer.

      C’est bien cette réalité qui s’est tragiquement matérialisée, notamment avec le naufrage du 18 avril 2015, le plus meurtrier de l’histoire récente de la Méditerranée avec plus de 950 morts. A la suite de cette catastrophe, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a admis que « cela a été une sérieuse erreur que de mettre fin à Mare Nostrum. Cela a coûté des vies » (1). On aurait pu s’attendre à ce qu’à la suite de cette reconnaissance, Frontex soit sanctionnée pour son rôle dans ce changement opérationnel meurtrier. Il n’en a rien été : l’opération de Frontex fut renforcée et son budget augmenté. Et le vide de secours mortel laissé par la fin de Mare Nostrum n’a jamais été comblé.

      Du dédain à l’#impunité

      Tout cela peut sembler lointain. Mais aujourd’hui, des avions et drones de Frontex informent les garde-côtes libyens de la présence de migrant·e·s pour qu’ils et elles soient intercepté·e·s et ramené·e·s en Libye, et ce malgré tout ce que nous savons des conditions inhumaines qui leur sont réservées. Pourtant, cet épisode plus ancien mérite d’être rappelé car il démontre clairement le rôle de Frontex dans la construction des migrant·e·s comme une menace, la mise en place d’opérations de contrôle des frontières toujours plus coûteuses et militarisées, le dédain pour les vies et des droits des migrant·e·s qui anime l’agence, et l’impunité qui a été organisée autour de ses activités. Malgré la pression publique et politique dont Frontex fait aujourd’hui l’objet, cet état de fait n’est pas fondamentalement remis en cause, et le départ de Fabrice Leggeri ne changera pas significativement la donne.

      Mais il y a plus. L’Union européenne applique depuis deux mois une politique d’ouverture sélective face aux migrant·e·s fuyant l’Ukraine. Pour un groupe de personnes (trop) limité, un changement de paradigme a été opéré : celui de permettre la mobilité des personnes en quête de refuge et de reconnaître leurs droits plutôt que de chercher à les bloquer à tout prix. Cette brèche ouverte rend aujourd’hui évident pour le plus grand nombre ce qui l’a été depuis longtemps pour nombre de chercheurs, chercheuses, acteurs et actrices de la société civile : l’approche restrictive et militarisée de l’UE n’est pas une fatalité, une politique plus ouverte et respectueuse des droits est possible, et celle-ci rendrait des acteurs comme Frontex superflus.

      Le 15 mai, les citoyen·ne·s suisses se prononceront concernant le financement de Frontex. Ce référendum donne une opportunité à la population suisse de cesser d’être complice d’une agence dont les activités de plus en plus coûteuses n’ont jamais mis fin à la « menace migratoire » que Frontex a contribué à construire, et qui se soldent par la violation des droits des migrant·e·s et des milliers de morts en toute impunité. Un « non » des Suisse·sse·s au financement de Frontex pourrait avoir une résonance européenne et contribuer non seulement à une remise en cause de l’agence mais à une réorientation fondamentale des politiques migratoires européennes.

      (1) European Commission, « Speech by President Jean-Claude Juncker at the debate in the European Parliament on the conclusions of the Special European Council on 23 April : Tackling the migration crisis », 29 avril 2015, http://europa.eu/rapid/press-release_SPEECH-15-4896_en.htm (dernier accès le 12 April 2016).

      https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/leggeri-est-parti-mais-cest-frontex-quil-faut-renvoyer-20220503_P4AJ6XWWU

    • Frontex’s evolution from the undisputable to the untenable EU border agency

      Fabrice Leggeri, the Executive Director of the European Union border agency “Frontex”, resigned on 29th April 2022 following the release of the initial findings of an anti-fraud investigation. Last February the EU anti-fraud watchdog “OLAF” closed a year-long probe into Leggeri’s management over allegations of harassment, misconduct and migrant pushbacks. The investigation reveals how the agency’s own reporting system is used to cover-up pushbacks in the Aegean and its direct involvement. The resignations came after constant scrutiny by NGOs, journalists and the European Parliament in 2020 and 2021, claiming that the massive expansion of the EU border agency had not been matched by a corresponding increase in transparency and accountability. At the end of 2019, Leggeri, a 51-year-old French official who hails from the Alsace region, declared that his organization would not face the same troubles as the European Asylum Support Office (EASO). In June 2018, EASO’s executive director had resigned after an investigation by the same OLAF over alleged misconduct in procurement procedures, irregularities in management of human resources and possible breaches of data protection. 17 years after its foundation, Frontex faced the same process. How did it come to this?

      Frontex and the accountability problem

      The European Agency for the Management of Operational Cooperation at the External Borders of the Member States of the European Union (from the french Frontières extérieures, Frontex) was established by Council Regulation (EC) 2007/2004 in 2004, expanded with Regulation (EU) No 1168/2011. In September 2016, the founding regulation was amended and expanded by Regulation 2016/1624/EU creating the ‘European Border and Coast Guard Agency’. Less than two years after, the fourth revision of Frontex regulation was launched, and the new Regulation 2019/1896 entered into force on 4 December 2019. The new Frontex mandate stipulated that the number of EU border guards should double from 1,500 to 3,000 following an evaluation in 2024. Together with the forces of the Member States, Frontex is to reach its full strength of 10,000 border guards by 2027 (Bossong 2019). At the same time, Frontex has experienced a particularly significant growth in its budget, which has risen from merely 6.2 million euros (2005) to 395.6 million euros (2020) (Loschi, Slominski 2022).

      The Regulation 2019/1896 and all the narratives that led to its approval granted Frontex the power of resorting to crisis and securitisation narrative to justify the lack of transparency in its work. Since 2015, crises and security rationales have been often exploited by Frontex Executive Director to hamper access to documents, personnel and premises. Often, addressing requests of access by members of the European Parliament during the hearings, Frontex avoided commitments and cooperation, or, if put under pressure, it released documents that were extensively redacted on the ground of exceptions permitted on the basis of public security concerns.

      While according to Regulation 2019/1896 Frontex would be subjected to more oversight and legal obligations to uphold fundamental rights, holding Frontex accountable, in particular on grounds of fundamental rights, is the actual issue at stake. While European Member States can be held accountable before their own national courts and before international courts, in particular the European Court of Human Rights (ECHR), this does not apply with Frontex. As an EU body, neither of these options is viable. It can be brought before the Court of Justice of the European Union (CJEU) to account for the conformity of its conduct with EU law (Fink 2020). The nature of Frontex’s activities, however, poses a particular challenge. The operational support in border management provided by the Agency occurs in the form of “factual” conduct, coordination, and under formal request by Member States, which are the first responsible and does not entail the adoption of legally binding texts. In other terms, legal responsibility is often shared between several member states as well as Frontex, which makes it difficult for individuals to lodge a complaint before a court. Hence, until 2021, cases that have been handled by the Court of Justice of the EU do not deal with Frontex operations but with refusals of access to documents or procurement actions and public services. Academics, in particular legal scholars, as well as members of the European parliament have advocated for the establishment of stronger accountability mechanisms, for example specific mechanism that allows individuals to hold Frontex to account (Fink 2020; Gkliati 2021).

      Frontex: from undisputable to untenable border agency

      Frontex’s expansion of financial and operational resources over the years and especially the increasing operational profile introduced with Regulations 2016/1624 and 2019/1896 set the clock in motion for a long tug of war between Frontex on one side and European parliament, NGOs, and watchdogs on the other side, leading to Leggeri’s resignation. Especially after the 2015 so-called migration crisis, the operational profile of the agency has been under strict scrutiny by humanitarian organizations and in particular from members of the European Parliament’s Committee on Civil Liberties, Justice and Home Affairs (LIBE).

      In 2015, against increasing migrations flows at the EU external borders and the reinstitution of border checks by member states throughout 2015 (Guild et alii), Frontex became the main instrument of the European Commission to avoid the collapse of the entire Schengen acquis. Frontex missions already deployed in Italy and Greece were expanded in both mandates and resources. As a leading agency of hotspots operations established with the European agenda in migration in 2015, Frontex monitored that frontline member states authorities were adequately implementing EURODAC regulation and fingerprinting third-country nationals, to ensure compliance with the Dublin regime and avoid uncontrolled secondary movements (Loschi, Slominski 2022). In this frame, the agency served not only as an operational device but also as the legal instrument through which introducing sensitive reform in national administrative and police procedures at the borders. The EU Commission included the legal definition of hotspots in Frontex Regulation 2016/1624, an act that allowed the European Commission to avoid parliamentary scrutiny on the establishment of hotspot operations. However, this strict cooperation and indirect protection from Commission to the agency had an expiration date.

      Indeed, Leggeri’s resignation comes after a series of important processes toward Frontex accountability. Especially after Regulation 2019/1896, Frontex has been under intense and constant scrutiny. Back in 2016, several human rights groups as well as the internal body of Frontex the Consultative Forum for human rights, flagged the risks and unclear support by Frontex at the Hungarian Serbian border. Hungary passed new border control measures in 2016 which, amongst others, obliged officers to return migrants apprehended within 8 km of the border back to the fence with Serbia. The new restrictive border measures along with Hungarian asylum laws passed on 2015 deterring access to asylum, raised several concerns with regard to the compatibility of Frontex operations with international and European law on fundamental rights. Frontex, despite increasing requests to revise and suspend activities to avoid complicity, decided to continue with operational support. It suspended its activities only in 2021, in the context of strong criticism emerging against the agency. Moreover, the first lawsuit against Frontex brought in 2018 by two activists to the Court of Justice of the EU did not deal with Frontex operations but with refusals of access to documents related to Search and Rescue operations in the Mediterranean, and was not successful (Case T-31/88 Izuzquiza and Semsrott v. Frontex). Frontex indeed claimed that “disclosure of details related to technical equipment deployed in the current and ongoing operations would undermine public security”.

      However, since 2020, a number of investigations and accountability actions had created the background for OLAF probe and Leggeri’s quitting. Here follows a list of most the relevant steps of this process.

      In March 2020, attention has particularly been focused on the modus operandi of the Greek authorities. According to reports related to Greece, pushbacks, sometimes undertaken by unidentified forces wearing uniforms and masks and carrying weapons, have expanded to migrants after arrival on the islands or the mainland. However, direct participation by Frontex in these alleged actions could not be proven. In late 2020, a joint investigation by Bellingcat, Lighthouse Reports, Der Spiegel, ARD and TV Asahi (also known as the Bellingcat report) stated that Frontex planes were near the maritime Greek-Turkish border where alleged pushback operations were ongoing. The reporters claimed to have found evidence that Frontex had knowledge of the pushbacks, did nothing to ensure compliance with legal obligations, and in some cases even cooperated with the authorities carrying out the illegal pushbacks and collective expulsions.

      In December 2020, the watchdog Border Violence Monitoring Network (BVMN) compiled a 1,500-page “black book” documenting hundreds of illegal pushbacks by authorities on Europe’s external borders. The same month, the Court of Justice of the European Union ruled that Hungary’s legislation on the rules and practice in the transit zones situated at the Serbian-Hungarian border was contrary to EU law. And that the procedure for granting international protection in so far as third-country nationals […] were in practice confronted with the virtual impossibility of making their application” (Case C-808/18, Commission v Hungary).

      Against this context, in late 2020 the Parliament’s Committee on Civil Liberties, Justice and Home Affairs (LIBE) decided to investigate the allegations and in January 2021 established the Frontex Scrutiny Working Group (FSWG) to monitor all aspects of the functioning of the agency, including compliance with fundamental rights and accountability towards Parliament. In its first hearing on 4 March, the Working Group questioned Commissioner for Home Affairs Johansson and Leggeri about the implementation of the fundamental rights provisions included in the Regulation 2019/1896 (among which the obligations to appoint fundamental rights monitors); the investigation related to the agency’s activities in the Aegean Sea; the interpretation of applicable rules for the surveillance of the external sea borders and inquired about the political scrutiny role of the European Commission over the agency. According to the Working Group, Commissioner Johansson appeared eager to listen to the scrutiny activity and criticized the ‘reluctance of compliance’ with the fundamental rights mandate from Leggeri. A preliminary report flagged out that five push-back incidents have not been clarified due to unclear data provided by Frontex, and stressed the general unsatisfactory attitude and documents provided by the Agency. On Wednesday 28 April 2021, the European Parliament decided to postpone the discharge to the 2019 budget of Frontex, as long as the OLAF investigation and the parliamentary inquiry were still ongoing.

      Meanwhile, other investigations were pending or concluded. In April 2021, der Spiegel claimed that Frontex was coordinating with the Libyan Coast Guard to engage in illegal pullbacks. Albeit ED Leggeri claimed during EP hearings Frontex does not work with the Libyan Coast Guard and only informs sea rescue control centres about sea rescue cases, a joint investigation by Lighthouse-Report, Der Spiegel, Libération, and ARD claimed the contrary. Drawing on a variety of data, including available sources from flight and vessel trackers, data from international and NGOs, eyewitness accounts and testimonies from survivors, the reporting parties concluded that Frontex plays a crucial role in the interceptions and return of people fleeing Libya by the Libyan coastguard. The report identified a number of cases in which Frontex planes were present in the vicinity, and likely aware, of boats in distress that were later incepted by Libyan patrol boats, despite data showing that commercial or NGO vessels were present in the area.

      Establishment of first accountability procedures against Frontex

      Under an administrative accountability action, in November 2020, the European Ombudsman started an own-initiative inquiry on the functioning of the complaint mechanism, which was released on 15 June 2021 and which recommended the creation of an independent mechanism for handling complaints about Frontex operations, while the system established with Regulation (EU) 2016/1624 is an internal mechanism (European Ombudsman, Case OI/5/2020/MHZ). On 7 June 2021, the European Court of Auditors, released its report on the limited effectiveness of Frontex’s support to external border management.

      The agency reacted by trying to dissimulate cooperation. To address investigations by journalists regarding the alleged involvement of Frontex with pushbacks in the Eastern Mediterranean, in November 2020, Frontex Management Board established a Working Group on Fundamental Rights and Legal Operational Aspects of Operations (WG FRaLO). In its final report of 1 March 2021, the Management Board concluded that out of the 13 incidents put forward by the Bellingcat report, eight cases had not caused a violation of the Frontex Regulation, and five examined incidents were not yet, or could not yet be clarified. At its extraordinary meeting in May 2021, the Management Board concluded that “the strong belief that the presented facts support an allegation of possible violation of fundamental rights or international protection obligations such as the principle of non-refoulement, and that it cannot be excluded that the incident has characteristics of a case of unprocessed return and violation of the principle of non-refoulement”.

      At the level of legal accountability, in May 2021, a relevant change occurred. In the first human rights case against Frontex, two applicants brought an action against the agency to the European Court of Justice (CJEU), on the grounds that the agency had ’failed to act’ in accordance with Article 265 TFEU (Case T-282/21). This represented a legal precedent with relevant implications. The action is supported by three pleas in law. The first is about ‘serious or persisting violations of fundamental rights and international protection obligations in the Aegean Sea Region’, which resulted in a ‘policy of systematic and widespread attack directed against civilian populations seeking asylum in the EU’. The second is about the agency’s failure to fulfil ‘its positive obligations under the Charter of Fundamental Rights’ or take any action to prevent fundamental rights violations in the context of its operation. The third involves the applicants’ claim of having been directly and individually affected by Frontex operations, which resulted in ‘unlawful refoulement, collective expulsion, and prevention of access to asylum’ (EPRS Study 2021). The case is still under evaluation.

      At the level of political accountability, in July 2021, the Frontex Scrutiny Working Group (FSWG) of the European Parliament’s LIBE Committee delivered its final report with recommendations. These were focusing mainly on ED responsibilities; division of responsibilities between the Agency and Member States in relation to fundamental rights; the importance of strengthening internal mechanisms already existing, namely the Fundamental Rights Officer and the Consultative Forum for fundamental rights; the role of the Management board which has been weak supporter of fundamental rights protection in agency’s activities; and finally recommending to the European Commission to engage more proactively to ensure adequate compliance with fundamental rights principles, vis-à-vis the management board, member states, and to apply conditional financial support on bases of humanitarian principles compliance. The report allows for the comprehensive steps for the judicial and non-judicial accountability of the agency and set the framework for the definition of agency’s responsility. This responsibility can be indirect, through assisting Greece or Hungary in the commission of violations, either actively (e.g., technical and financial support) or by omission due to the agency’s positive obligations (e.g., failure to suspend or terminate an operation).

      All these processes, together with the OLAF probe, created the conditions for Fabrice Leggeri’s resignation and the formal and informal condemnation of his management.

      What’s next?
      In a press release on 29th April, Frontex confirmed Leggeri’s departure, adding that since he had already stepped down, it “is not necessary anymore” to launch further disciplinary procedures. Aija Kalnaja, Deputy Executive Director for Standing Corps Management will lead the Agency until the Frontex Management Board appoints the Executive Director ad interim in June 2022. However, the question emerging now is: what happens next? Frontex is still under scrutiny, but the Ukrainian crisis will keep the attention of the European Commission and the Parliament elsewhere than a new legislative initiative to reorganize Frontex profile. At the same time, Leggeri’s resignation comes not only after OLAF probe ended, but also during the French presidency of the European Union (ending on 30th June) and Macron re-election last 22nd April. Beginning of February, Macron, shortly before the Russian invasion of Ukraine and the reformulation of the international political agenda, was advancing the idea of a more operational “Schengen Council” which would evaluate how the border-free area was working but would also take joint decisions and facilitate coordination in times of crisis. One may speculate on the forthcoming political destiny of Leggeri, which could also be considered by the French administration. Leggeri comes from France’s ministry of the interior where he has been heading the division on irregular migration. At the same time, Macron has a history of grandiose statements in denial of reality, from being a supporter of Libyan political reconciliation while violating the UN arms embargo, to peace talks with Putin right before the latter launched the invasion of Ukraine. It would be wise to wait before advancing any speculation. However, French representatives in Brussels do not hide their aspiration for a practical and operational solution to long-standing issues in European Justice and Home Affairs, including the creation of external border buffer zones that should allow for ’third-country nationals processing’ without being paralyzed by NGOs or civil society actors (phone interview with French representative of Justice and Home Affairs, Vienna, March 2019). Leggeri himself declared to Die Welt in 2017 that ’By rescuing migrants off the North African coasts, non-governmental organisations are playing into the hands of human traffickers’.

      The first comprehensive steps for the judicial and non-judicial accountability of the agency have been taken. Frontex cannot ignore new and unprecedented legal, political and administrative accountability procedures now set in motion. The risk for their repeal and weakening may come from new and urgent needs and rationales linked to the war in Ukraine.

      https://securitypraxis.eu/frontex-evolution-from-the-undisputable-to-the-untenable-border-agenc

    • Frontex, la chute d’une « affaire française »

      D’après une note du ministère de l’intérieur, récupérée par « Le Monde » et le média collaboratif « Lighthouse Reports », un rapport accuse le directeur de Frontex, le Français Fabrice Leggeri, d’avoir « fermé les yeux » sur des refoulements illégaux de migrants en mer Egée, de s’être entendu avec les autorités grecques pour fournir une version concordante à la Commission européenne et d’avoir « commis un parjure » devant le Parlement européen.

      Dans les couloirs du Parlement européen, à Strasbourg, Fabrice Leggeri est venu prendre un café, mercredi 4 mai. Certains croient savoir qu’il se trouvait dans la région pour des raisons personnelles, lui qui est natif de Mulhouse (Haut-Rhin). Celui qui a dirigé l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, Frontex, jusqu’au 29 avril aurait saisi l’occasion pour échanger avec des eurodéputés, notamment les anciens ministres de Nicolas Sarkozy, Nadine Morano et Brice Hortefeux (Les Républicains), mais aussi le porte-parole de Reconquête ! et transfuge du Rassemblement national (RN), Nicolas Bay. Des figures parmi celles qui l’ont publiquement soutenu depuis qu’il a été poussé à la démission, après sept ans à la tête de la plus riche agence européenne.

      « Il a un raisonnement assez solide même s’il n’est pas très satisfait d’être contraint à la démission », rapporte #Brice_Hortefeux. « Je l’ai croisé rapidement dans les couloirs », témoigne, à son tour, #Nicolas_Bay, qui se dit convaincu que M. Leggeri est « l’objet d’une cabale très politique ». Le patron de Frontex est « persécuté », avait aussi twitté, le 29 avril, l’eurodéputé et président par intérim du RN, #Jordan_Bardella. « Cette crise doit être l’occasion de lever certaines ambiguïtés sur le rôle de Frontex, ajoute M. Hortefeux. Est-ce que son rôle est de protéger les frontières ou ceux qui veulent venir ? »

      Tous reprennent à leur compte la défense de M. Leggeri, détaillée dans un courrier adressé à ses équipes, le 29 avril : « Au cours des deux dernières années, discrètement mais efficacement, une narration a pris le dessus [selon laquelle] Frontex devrait être transformée en une sorte d’organisme de défense des droits fondamentaux contrôlant ce que les Etats membres font à leurs frontières extérieures (…). Ma vision est et a toujours été que Frontex est, au travers de son corps opérationnel de gardes-frontières, une agence qui soutient les Etats membres. (…) Cette vision n’est plus soutenue au niveau politique. C’est pourquoi j’ai pris hier la décision de démissionner. »

      Un récit qui heurte certains observateurs. « M. Leggeri présente les choses comme une espèce de lutte philosophique sur le rôle de l’agence et on peut difficilement l’entendre », estime une source gouvernementale française. « A Frontex, on ne peut choisir entre les droits fondamentaux et la protection des frontières », affirme, de son côté, Anna Garphult, représentante suédoise au conseil d’administration de l’agence.

      « Manque de loyauté »

      Cela fait déjà de nombreux mois que des enquêtes journalistiques ou des ONG, et même la gauche parlementaire européenne, accusent le patron de Frontex de fermer les yeux sur des refoulements illégaux de migrants aux frontières de l’Union européenne (UE), voire d’en être complice. Pas de quoi entamer jusque-là le soutien de Paris, qui estimait qu’« il n’y avait pas de responsabilité avérée de l’agence ».

      La bascule aurait eu lieu à l’issue d’une enquête de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), lancée en novembre 2020. Pendant plus d’un an, ses agents ont entendu près d’une vingtaine de personnes, perquisitionné les bureaux de Fabrice Leggeri et de son directeur de cabinet, le 7 décembre 2020, saisi des téléphones et des ordinateurs… Un premier rapport est clôturé le 15 février 2022. Communiqué aussitôt au conseil d’administration de Frontex et à la Commission européenne, il « porte sur la façon dont la direction exécutive a géré [en mer Egée, à la frontière gréco-turque] les “pushbacks” [les refoulements illégaux de migrants], indique la source gouvernementale française. Il évoque notamment le manque de loyauté et de transparence vis-à-vis de la Commission et du Parlement, un style de management opaque et le manquement à certaines procédures de signalement sur les droits fondamentaux ».

      « Fabrice Leggeri a voulu de façon notable concentrer entre ses mains le pouvoir de décision », selon Gil Arias-Fernandez, directeur adjoint de Frontex

      Le 28 février, lors d’une présentation orale de l’enquête devant des parlementaires européens, le patron de l’OLAF, le Finlandais Ville Itälä prévient : « Nous avons beaucoup de preuves. » « Il était évident pour tout le monde que Fabrice Leggeri ne pouvait pas rester », avance un ancien membre du conseil d’administration. La France estime qu’« il n’y a plus de confiance ». La Commission européenne adopte la même ligne.

      Une note du ministère de l’intérieur français, datée du 29 avril, que Le Monde et ses partenaires – le média à but non lucratif Lighthouse Reports et l’hebdomadaire allemand Der Spiegel – ont pu consulter, rapporte que l’OLAF reproche au directeur « d’avoir fermé les yeux sur des “pushbacks” commis par les gardes-frontières grecs en 2019 sur les îles de Samos et Lesbos » et de « s’être accordé avec les autorités grecques, dont le représentant au conseil d’administration de l’agence, pour rendre les mêmes conclusions sur les demandes d’explication de la Commission européenne ». M. Leggeri aurait même « commis un parjure lors de son audition devant le Parlement européen en niant les accusations de manière formelle ». Interrogé à ce sujet, ce dernier n’a pas répondu à nos questions.

      Deux autres volets d’investigation sont toujours ouverts, indiquent des sources concordantes au sein du conseil d’administration de l’agence et au ministère de l’intérieur français. L’une porterait sur des faits de harcèlement moral visant la direction de Frontex et le cabinet du directeur exécutif, l’autre sur des irrégularités financières.

      « Il ne rendait de compte à personne »

      Malgré cela, M. Leggeri aurait « tout fait pour éviter la démission », rapporte la source gouvernementale française. Le 28 avril, au cours d’une audition organisée par le conseil d’administration de l’agence, une heure durant, il tente de défendre son bilan face aux représentants des Etats membres, mais sa stratégie n’opère pas. Il se résout à présenter sa démission dans la foulée, afin d’éviter l’ouverture d’une procédure disciplinaire à son encontre. Son directeur de cabinet, Thibauld de la Haye Jousselin, l’a précédé dans cette démarche dès le 22 avril.

      C’est ainsi que s’achèvent sept années pendant lesquelles Frontex a été considérée aux yeux de beaucoup comme une « affaire française ». En obtenant la nomination de M. Leggeri à la tête de l’institution, dont le siège se situe à Varsovie, fin 2014, la France décroche un poste stratégique au sein des institutions européennes à un moment où son influence décroît. Polyglotte, normalien, énarque, rattaché au ministère de l’intérieur tout en étant passé par celui de la défense, puis détaché à la Commission européenne, M. Leggeri « remplissait toutes les cases » : « C’est un type brillant », estime un haut fonctionnaire à l’époque en poste au cabinet de Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur.

      M. Leggeri arrive à Frontex avec un mandat : renforcer les pouvoirs de l’agence. « Face à la crise des réfugiés, il y avait une pression politique élevée, de la Commission, du Conseil et du Parlement, pour donner à l’agence beaucoup d’argent et de moyens humains », se souvient l’Espagnol Gil Arias-Fernandez, directeur adjoint de Frontex entre 2014 et 2015.

      Le budget explose, 10 000 gardes-frontières doivent être recrutés. Frontex est sommée de se transformer en machine à protéger les frontières extérieures de l’UE. Nombreux sont ceux qui estiment que la montée en puissance a été trop rapide. Même la Cour des comptes européenne s’étonne, dans un rapport de juin 2021, que le budget soit planifié à 900 millions d’euros par an « sans même chercher à déterminer les besoins de Frontex » et « sans aucune évaluation de son impact sur les Etats membres ».

      « En externe, [M. Leggeri] pouvait donner l’impression que Frontex était une agence indépendante de la Commission. Il ne rendait compte à personne, négociait en bilatéral avec les Etats membres », dit un haut fonctionnaire français qui a beaucoup œuvré au sein des institutions européennes.

      Voix dissonantes ignorées

      « Il a voulu de façon notable concentrer entre ses mains le pouvoir de décision, ajoute Gil Arias-Fernandez. Par exemple, les compétences qui m’avaient été déléguées par son prédécesseur, comme l’évaluation des directeurs, m’ont été retirées. » Il s’appuie sur une équipe restreinte, composée en grande partie de francophones, dont son directeur de cabinet Thibauld de la Haye Jousselin. Ce dernier est membre de la préfectorale, passé notamment par le cabinet de Brice Hortefeux, place Beauvau, et officier de réserve. « Il est travailleur, organisé et il a le sens de l’autorité, ajoute l’ancien ministre sarkozyste. Il est clair que ce n’est pas un écolo-libertaire ».

      En 2019, malgré des réticences au sein de la Commission, le mandat de M. Leggeri est renouvelé. Les voix dissonantes auraient été ignorées. Inmaculada Arnaez Fernandez, la responsable des droits fondamentaux de l’époque, censée contrôler l’action de l’agence et son respect des traités, en fait l’amère expérience. Gil Arias-Fernandez se souvient de la « marginalisation » de cette avocate espagnole, arrivée en 2012. « Dès le début, Fabrice Leggeri n’a pas considéré ses tâches comme importantes, dit-il. Nombre de ses rapports sur des violations potentielles des droits fondamentaux n’ont pas été pris en compte. »

      En 2019, à la suite d’un congé maladie de Mme Arnaez, le directeur annonce l’ouverture de son poste et tente de la remplacer, en vain. La même année, le recrutement de quarante observateurs des droits de l’homme prend du retard, au point que, fin 2021, il n’a toujours pas été finalisé.

      M. Leggeri quitte l’agence dans une crise profonde, politique mais aussi opérationnelle. C’est la Lettone Aija Kalnaja, directrice adjointe avec le plus d’ancienneté, qui a été nommée à la tête de l’agence jusqu’au conseil d’administration des 7 et 8 juin, à Paris. Affable, pratiquant un anglais parfait, cette ancienne fonctionnaire de police présente un profil idoine. « [Sa] désignation n’est pas forcément très réjouissante », estime pourtant une note diplomatique française du jour de son arrivée.

      Le document épingle notamment sa gestion d’une « situation dramatique » dans laquelle des dizaines d’agents de Frontex déployés aux frontières se trouvent actuellement. Certains ont dû avancer plusieurs milliers d’euros pour leurs frais de déplacement et d’hébergement. Sur ce dossier, Mme Kalnaja « n’a pris aucune décision forte », poursuit la note. A Varsovie, le temps des tempêtes n’est pas encore passé. Mercredi 4 mai, le Parlement européen a décidé de suspendre le vote du budget de l’agence, « jusqu’à la publication complète du rapport d’enquête de l’OLAF ».

      https://www.lemonde.fr/international/article/2022/05/06/frontex-la-chute-d-une-affaire-francaise_6125052_3210.html

    • Il ne suffit pas de changer le Directeur, c’est Frontex qu’il faut supprimer !

      L’UE et ses Etats membres doivent sanctionner les pratiques illégales de Frontex et mettre fin à l’#impunité !

      Le 29 avril 2022, Le Directeur exécutif de l’agence de garde-côtes et garde-frontières européens Frontex, Fabrice Leggeri (en poste depuis 2015) a remis sa démission.

      Depuis octobre 2020 [1], Frontex fait face à de nombreuses accusations de complaisance ou de complicité dans des opérations de refoulements en mer Egée et en Europe de l’Est, mais aussi de graves #dysfonctionnements et de #mauvaise_gouvernance. Au point que de nombreuses enquêtes ont été menées par les institutions européennes (Parlement européen, médiatrice européenne, Cour des comptes de l’UE, Office européen anti-fraude OLAF), et que la décharge budgétaire de Frontex pour l’année 2020 a été bloquée par le Parlement européen, le 4 mai 2022, signe évident de défiance [2] . Les conclusions du rapport de l’OLAF [3], et les dernières révélations de refoulements maquillés en « préventions au départ » en mer Egée dans les rapports de Frontex [4], ont sans doute accéléré la chute de son Directeur, qui paraissait jusqu’ici intouchable.

      Mais Leggeri n’a pas été licencié, il a démissionné. Non pas car il assume sa responsabilité dans les violations avérées des droits commises ou couvertes par Frontex aux frontières [5], mais car le rôle de l’agence prend selon lui une orientation qu’il désapprouve. Son mandat et la vision politique des institutions auraient ainsi « silencieusement mais effectivement été modifiés » durant les deux dernières années, et il existerait selon lui une contradiction manifeste entre le mandat de contrôle et de protection des frontières européennes qui lui a été confié en 2015, et le respect des droits des personnes tentant d’atteindre ces frontières, les deux n’étant pas compatibles. Il démissionne donc car « il ne peut rester pour mettre en œuvre ce qui n’est pas le mandat de l’Agence » [6]. Dans son communiqué du 29 avril, le Conseil d’administration de Frontex a, lui, balayé tout dilemme en affirmant au contraire « qu’un contrôle efficace des frontières et la protection des droits fondamentaux sont pleinement compatibles » … Ce que la société civile réfute, documents à l’appui, depuis plus de dix ans [7].

      Et de fait, Leggeri évincé, rien ne change. Ni l’incompatibilité effective du mandat et des activités de Frontex avec le respect des droits fondamentaux, ni l’impunité structurelle dont elle jouit. Car il ne s’agit pas de la responsabilité d’un (seul) homme, mais bien de celle d’un système à l’échelle européenne qui a permis depuis des décennies la multiplication en toute impunité des violations des droits des personnes exilées aux frontières maritimes et terrestres de l’Europe.

      Car le mandat de Frontex et ses activités, tout comme la politique sécuritaire et mortifère de lutte contre l’immigration de l’Union, demeurent. Frontex continuera de « sécuriser » les frontières européennes, avec violence et au mépris des droits et de la vie des personnes [8], en procédant à des vols collectifs d’expulsion [9], en entravant le droit d’asile, en prévenant les pseudo garde-côtes libyens (qu’elle forme par ailleurs) de venir intercepter les bateaux d’exilé.e.s avant qu’ils ne franchissement les eaux territoriales européennes [10], et continuera d’ériger les personnes désireuses de rejoindre le territoire européens en « menaces » dont il faudrait se protéger. En somme, Frontex continuera d’entraver les mobilités - en violation du droit international [11] -, et à contraindre les personnes à emprunter des voies de passages risquées et mortelles, car tel est bien son mandat, et ce quel que soit le nom de son Directeur.

      Et tandis que la société civile n’a eu de cesse depuis une décennie de documenter et dénoncer ces dérives, Frontex n’a jamais été sanctionnée pour ses agissements attentatoires aux droits. En 2014, Migreurop évoquait déjà des refoulements entre la Grèce et la Turquie, dans le cadre de l’opération Poséidon de Frontex, ayant été rapportés à la chargée des droits fondamentaux de l’agence, sans qu’il n’y soit donné suite [12]. En décembre 2020, son Directeur avait déjà admis devant le Parlement européen que l’agence procédait à des « opérations de prévention au départ », assimilables à des refoulements [13]. Malgré cela, aucune décision officielle n’a jamais été prise pour faire cesser les opérations de l’agence dans cette zone, aucun de ses agents n’a été mis en cause, et il n’a pas été mis un terme aux responsabilités de son Directeur, qui n’a jamais été sanctionné, et qui est démissionnaire.

      Lorsque les accusations ne peuvent plus être dissimulées et que les pratiques illégales de l’agence Frontex ne peuvent plus être ignorées ni remises en cause, l’unique conséquence semblerait donc être la démission (et non le licenciement) d’un Directeur, qui ne fera par ailleurs l’objet d’aucune sanction disciplinaire ou judiciaire. Face à l’accumulation de preuves, lorsque les institutions de contrôle démocratique ne peuvent plus se taire, elles ne sont donc capables que de produire des changements cosmétiques.

      Frontex s’est vue renforcée à chaque révision de mandat (2011, 2016, 2019) malgré les « rapports d’incidents » internes, les rapports d’ONG et les enquêtes médiatiques, et est de plus en plus rétive à rendre des comptes, tant aux institutions qu’aux citoyen.ne.s [14]. Quel que soit son Directeur, l’agence a, en de trop nombreuses occasions, prouvé qu’elle pouvait en toute impunité s’affranchir du droit européen pour satisfaire une politique sécuritaire de lutte contre l’immigration, qui a démontré ne pouvoir être respectueuse des droits.

      En acceptant le départ volontaire de Leggeri, les institutions européennes lui font indirectement porter la responsabilité des dérives de l’agence, une façon également de faire silence sur celles-ci et de ne pas remettre en cause les fondements mêmes de Frontex, tout en prétendant reprendre les choses en main et « assainir » une entité « abîmée ». Mais les bases sur lesquelles s’appuie Frontex n’ont pas changé d’un iota, et Frontex est irrécupérable.

      Remplacer le Directeur ne modifiera pas le mandat ni les activités de Frontex. Il ne s’agit plus désormais d’apporter des changements cosmétiques, mais de supprimer enfin l’agence Frontex pour faire cesser les violations des droits aux frontières, perpétrées impunément au nom de leur protection.

      https://migreurop.org/article3102.html

    • Inside the Final Days of the Frontex Chief

      Radical views, internal resistance, merciless investigators: Why Frontex chief Fabrice Leggeri had to go – and what his resignation means for the future of the EU border agency.

      In the end, once it was all over, it looked as though Fabrice Leggeri wanted to sneak out through the back door. Close advisers urged the Frontex chief to address his staff one last time after his resignation. “You were these people’s boss for many years. They’ve earned the right to know what is going on,” his advisers argued. But Leggeri refused to budge. It was a sad thing to watch, says one of those who had worked with Leggeri for many years.

      On Friday afternoon, at 3:22 p.m., once everybody had learned of his resignation, Leggeri did ultimately send a farewell message to his staff. In the email, the outgoing Frontex chief thanked the employees for their efforts – and fired a last parting shot at his critics. Frontex, Leggeri wrote, has been accused of either being involved in pushbacks or of having covered them up. He, too, was personally targeted by such accusations, he wrote, claiming that such allegations were unjust. There is still, he claimed, no proof. “I could rebuke all of them,” he wrote. Just that, in the end, nobody believed him any longer.

      Fabrice Leggeri was the head of Frontex for seven years. During his tenure, he was able to transform a meaningless EU authority into one of the bloc’s largest agencies, with an annual budget of 750 million euros. Leggeri created a cabinet suited to his tastes, concentrating almost all the power in his own hands. In the end, he ran the agency like a monarch – until he was pushed off the throne.

      Leggeri’s resignation was not widely expected. Even many Frontex staff members didn’t think they would be getting a new boss any time soon. To be sure, he was faced with an entire catalogue of accusations: DER SPIEGEL, Lighthouse Reports and several other media outlets had clearly demonstrated
      over the past 18 months that Frontex was involved in legal violations committed by Greece. Frontex units would intercept rickety refugee vessels on the Aegean and turn the asylum-seekers over to the Greek coast guard, which would then abandon the men, women and children at sea – frequently on life rafts with no motor.

      Human rights activists call such operations “pushbacks,” and they are not legal under European law. According to its own codex, Frontex should have been doing all it could to stop such pushbacks. But instead, the agency helped out: It was involved in illegal pushbacks affecting hundreds of asylum-seekers.

      Leggeri, though, has consistently rejected all such accusations. And for quite some time, it looked as though EU member states were wiling to simply accept the situation, as though the assistance Frontex provided to the pushbacks was actually in their interest. There were demands that he resign, but they mostly came from left-wing and center-left European parliamentarians – and not from EU heads of state and government, who control Frontex via the Management Board.

      What, then, led to Leggeri’s resignation? What happened behind closed doors in those decisive moments? And what does it mean for the future of the border protection agency?

      A team of reporters from DER SPIEGEL, Lighthouse Reports and the French daily Le Monde spoke with more than a dozen Frontex employees and European officials for this article. Some of them worked closely with Leggeri, while others were responsible for oversight of his agency. Leggeri himself declined to be interviewed.

      Taken together, the comments from confidants and employees produce the image of a man whose views grew increasingly radical as time passed, and whose shortcomings ultimately became so conspicuous that EU member states no longer had much of an option other than pushing him out of office. Fabrice Leggeri didn’t lose his job because of pushbacks as such, but more because he had become a PR problem for the EU.
      The Oracle of Delphi

      When seeking to understand Leggeri’s downfall, Delphi is a good place to start. On a warm day in April, Leggeri found himself in a stuffy conference center in the small Greek town, which takes its name from the Oracle of Delphi, who once predicted the future for petitioners. “Know thyself” was thought to have been inscribed at the entrance to the temple.

      The trip to Delphi was to become one of Leggeri’s final official journeys. Next to him on the stage of the Delphi Economic Forum was Greek Minister of Migration Notis Mitarachi. A noted hardliner, nobody defends the Greek approach to cross-Aegean migration as passionately as he does. Indeed, between the lines, it frequently sounds as though he finds pushbacks to be not such a bad idea.

      Leggeri gets along well with Mitarachi, and recently even received a medal from the Greek minister for his service on the EU external border. For Frontex, Greece is more important than any other European country. One of the most important migration routes to Europe leads from Turkey to the Greek islands across the Aegean Sea, and nowhere does Frontex have as many agents stationed. Leggeri dreamed of an even larger agency, and without a significant presence in Greece, such a vision would have been impossible.

      On stage in Delphi, Leggeri said that he was proud that Frontex under his leadership had always stood at Greece’s side. Not everybody can be allowed in, he said, that’s just a fact. Rather astounding sentences coming from somebody accused of covering up for Greek legal violations.

      A close parsing of Leggeri’s comments in Delphi reveals the broader motifs with which he would seek to defend himself from his critics a short time later. Frontex, he said, is a law enforcement authority and not an immigration agency, not showing much empathy for the women and children that had been abandoned at sea in the Aegean. He wrote something similar in his email to Frontex staff following his resignation. Frontex, Leggeri contended, is to be transformed into a sort of fundamental rights body, with a narrative to that effect spreading “discretely, but efficiently.” Such sentiments make it sound as though Leggeri believes in some kind of large-scale conspiracy. Even in Delphi, many listeners found themselves wondering how long Leggeri would be able to last with his impertinent bluster.

      Leggeri didn’t always sound so extreme. When he took over the position of Frontex director in 2015, he was considered to be an able technocrat. The Frenchman’s fluent command of German and excellent English were the qualities that initially stuck out for many. He was reputed to be consistently meticulously prepared for his meetings.

      In 2016, shortly after the apex of the refugee crisis, Leggeri emphasized in an interview with the influential German weekly Die Zeit that Europe had the obligation to provide protection to asylum-seekers. “We don’t reject anybody and we aren’t allowed to do so,” he said.

      Since then, the use of force on the EU’s external borders has escalated. Some EU member states, with Greece leading the way, are now in favor of turning pushbacks into standard practice. Leggeri put himself at the front of that movement, becoming a mouthpiece of the most radical camp within the EU in the process – and assumed that the other member states would tolerate it.

      Leggeri’s transformation didn’t go unnoticed within Frontex. One staff member who worked with him for several years says that his boss became more and more uncompromising over time. He increasingly adopted a black-and-white view of the world with no gray areas apparent, the staff member says, adding that Leggeri completely lost any kind of balance. At some point, says an additional staff member, Leggeri would only speak to members of his innermost circle.

      Towards the end of his tenure, there was a significant amount of grumbling at Frontex. Support for Leggeri within the agency began eroding while leaks to the outside world increased. Staffers at the Frontex Situation Center, who saw on their computer screens what was going on in the Aegean every day, grew defiant. In at least one case in which a Frontex aircraft recorded video of a pushback from above, a staff member explicitly wrote of a suspected human rights violation. Leggeri, though, ignored it.
      Leggeri’s Final Battle

      When EU anti-corruption officials get involved, the situation for those concerned tends to grow serious. Investigators from the European Anti-Fraud Office, known as OLAF for short, operate independently and are charged with uncovering rules violations committed by EU officials. Very little about their investigations tends to make it into the press.

      On Dec. 7, 2020, a few weeks after DER SPIEGEL published the initial revelations, investigators searched Leggeri’s office in Warsaw along with that of his then chief-of-staff, Thibauld de la Haye Jousselin. The investigators apparently also confiscated their mobile phones. In early March 2022, they presented a more than 200-page investigative report, which still hasn’t been made available to the public.

      Essentially, the report works through what DER SPIEGEL and its media partners have already reported: Leggeri covered up the Greek pushbacks and thus violated the regulations of his own agency. He then lied to the European Parliament when confronted with specific questions. Furthermore, according to a summary of the OLAF report compiled by French officials, which DER SPIEGEL has acquired, he coordinated with the Greek government before responding to growing questions.

      The investigators documented each lapse. And they recommended that disciplinary measures be taken against Leggeri and two additional senior Frontex leaders. The report essentially forced the overseers of Frontex to take a stand. And with that, Leggeri was never able to shake the detailed accusations documented in the OLAF report.

      The Management Board of Frontex is primarily made up of representatives from Schengen member states. Border protection agents and senior officials from European interior ministries supervise the Frontex chief. Their meetings take place behind closed doors and leaks are rare. Even the brief meeting summaries are classified.

      On the morning of April 28, members came together virtually for the decisive meeting. The German Management Board chair Alexander Fritsch led the proceedings. Leggeri joined from France – together with his lawyer.

      It immediately became apparent that Leggeri had no intention of giving up. The Frontex chief had had two months to prepare his defense, and according to sources who took part in the meeting, he repeated what he had said in Delphi and what he would later write in his final email to staff: namely that he sees Frontex as a law enforcement agency and not as a pro-migration NGO. It’s not his fault, he says, that the agency’s mandate had been changed.

      Later in the meeting, the Management Board considered the situation without Leggeri’s participation. And it quickly became clear that there was a majority against the Frontex chief, with many apparently concerned that Leggeri could pull the agency into the abyss along with him. “Because of the OLAF report, we wanted to do something,” says one meeting participant. Now that EU investigators had also leveled accusations against Leggeri, says the participant, the situation had simply become untenable.

      Leggeri had long since lost the trust of European Commissioner for Home Affairs Ylva Johannson. Now, Leggeri’s supporters also realized that he had to go. Even the French government, shortly after the re-election of President Emmanuel Macron, distanced itself from the Frontex chief. The Greek representative on the Board was one of the few who continued to support Leggeri.

      That same evening, Leggeri gave in. He contacted Alexander Fritsch, the German chairman of the Management Board, and announced he was stepping down. The next day, a broad majority of the board voted to accept Leggeri’s resignation. The board decided not to implement disciplinary measures as OLAF had recommended, but only because Leggeri was no longer a Frontex employee. It is ultimately a compromise that allowed Leggeri to save face, but nothing more.

      In a press released, the Management Board made clear that border control and the protection of human rights are not mutually exclusive. The press release also clarified that the agency’s mandate, which Leggeri had claimed was being changed “discretely and efficiently,” is clearly described in Frontex documents. The statement essentially amounted to a final slap in the face for Leggeri, and the beginning of the effort to limit the amount of damage to the agency’s reputation.
      A New Beginning?

      The woman who is now to take over from Leggeri is named Aija Kalnaja. The Management Board installed the Latvian as interim chief on the day of Leggeri’s resignation. A career police officer, she had been deputy executive director of Frontex. In her very first email to agency staff, Kalnaja distanced herself from Leggeri. The rights of asylum-seekers, she wrote, must be protected, and Frontex must set an example.

      It is going to be a long road to becoming an exemplary EU agency. Leggeri left behind a fair amount of chaos, and Kalnaja, as deputy director, wasn’t entirely uninvolved. Currently, for example, Frontex officials must pay for their lodgings at the EU’s external border out of their own pockets because the agency isn’t able to arrange official trips. Frontex cancelled its contract with a travel agency because costs were skyrocketing, and a replacement hasn’t yet been found.

      Many in the agency believe that Kalnaja would like to remain in the top spot. In contrast to Leggeri, she is thought to have good relations with the European Commission. The final decision on her status will be made in early June, which is when the Management Board will gather to elect a new director.

      The German government is now stressing that Leggeri’s departure presents an opportunity for a new beginning. That, though, wouldn’t just require a new Frontex chief, but also a policy shift in the EU member states that Leggeri spent so long protecting. A first test is on the horizon: The Frontex Fundamental Rights Officer could soon recommend that the agency withdraw from the Aegean. And then, nobody could hide behind Fabrice Leggeri any longer.

      https://www.spiegel.de/international/europe/fabrice-leggeri-s-resignation-the-final-days-of-the-frontex-chief-a-a238224a

  • Casino accusé « d’atteinte à la santé » de ses salariées
    https://disclose.ngo/fr/article/casino-brise-sante-femmes

    Des documents confidentiels obtenus par Disclose dévoilent la violence subie par les premières lignes du géant Casino. Face à l’inaction de la direction, une expertise indépendante a été déclenchée dans les 400 supermarchés et hypermarchés du groupe. Lire l’article

  • Asile, une industrie qui dérape

    Le traitement des demandes d’asile en Suisse est devenu une véritable industrie, avec des #centres_fédéraux gérés principalement par des sociétés privées. Employés mal payés, manque cruel de formation, dérapages violents, dérives bureaucratiques, accès aux soins problématique : des témoignages et des documents d’enquêtes pénales inédits permettent de percer la boîte noire des centres fédéraux d’asile.

    https://pages.rts.ch/emissions/temps-present/12754866-asile-une-industrie-qui-derape.html

    #Budget de fonctionnement des centres : 215 millions en 2021, dont 57 mio à l’encadrement et 60 millions à la sécurité (min 53’50) :

    Dans le reportage, l’histoire de #Sezgin_Dag est racontée. Sezgin décède dans un taxi qui était en train de l’amener à l’hôpital (à partir de la minute 3’06).

    #asile #migrations #réfugiés #privatisation #business #Suisse #ORS #Protectas
    #violence #accélération_des_procédures #procédures_accélérées #accès_aux_soins #souffrance #témoignage #industrie_de_l'asile #business #SEM #Securitas #coût #dysfonctionnement #Boudry #cellule_de_réflexion #décès #morts #suicides #automutilations #traumatismes #dérapages #Gouglera #injures #violence_systématique #frontaliers #conditions_de_travail #plan_d'exploitation_hébergement (#PLEX) #fouilles #nourriture #alimentation #punitions #privations_de_sortie #mesures_disciplinaires #horaires #pénalité #formation #spray #agents_de_sécurité #salaires #centres_pour_récalcitrants #récalcitrants #Verrières #centres_spécifiques #centre_des_Verrières #disparitions #délinquance #optimisation #sécurité #prestations #société_anonyme

    –-
    Ajouté à la métaliste sur #ORS en Suisse :
    https://seenthis.net/messages/884092

  • « Donnez du Doliprane » : elle meurt du #Covid à 19 ans après plusieurs appels au #Samu - Charente Libre.fr
    https://www.charentelibre.fr/2021/05/20/donnez-du-doliprane-elle-meurt-du-covid-a-19-ans-apres-plusieurs-appel

    Une jeune femme de 19 ans est morte moins de 72h après avoir contracté le Covid en #Essonne. Ses proches avaient pourtant contacté le Samu à trois reprises. Une plainte a été déposée au commissariat d’Evry-Courcouronnes pour non-assistance à personne en danger et homicide involontaire.

    Au cours du week-end du 1er mai, une jeune habitante de l’Essonne a été foudroyée en moins de 72h après avoir contracté le Covid, rapporte Le Parisien. Les proches de la jeune femme âgée de 19 ans avaient pourtant appelé les services du Samu à trois reprises avant qu’ils n’interviennent. Trop tard.

    Le premier appel remonte au vendredi alors que la jeune femme a déjà du mal à respirer, a de la fièvre et vomit. La personne au bout du fil se serait contentée de rassurer ses proches, d’expliquer qu’il s’agissait des débuts des symptômes et les a invités à donner du Doliprane à la jeune malade.

    Le second appel a lieu le samedi, l’état de la jeune fille s’est dégradé mais le Samu décide malgré tout de ne pas intervenir.

    Le dernier appel de la famille date du dimanche à 21h alors que la malade vomit du sang et a 40°. Une fois encore, l’opérateur du Samu conseille du Doliprane. La jeune femme est morte quelques heures plus tard.

    "Souffrant de comorbidités et d’une bronchite, elle est décédée de « lésions pulmonaires » et d’un manque d’oxygène, selon les résultats de son autopsie réalisée le 6 mai", écrit le quotidien national.

    Une plainte a été déposée par la famille pour « non-assistance à personne en danger » et « homicide involontaire » au commissariat d’Evry-Courcouronnes. Une enquête est en cours.

  • L’#excellence en temps de pandémie : chronique du #naufrage des Universités

    Entre mesures incohérentes des responsables politiques, #inaction des instances universitaires et #chaos_organisationnel dans les services, accompagner correctement les étudiants en pleine crise sanitaire sur fond de généralisation de l’#enseignement_à_distance devient une mission impossible... Petit aperçu du quotidien dans la « #Big_French_University ».

    Maîtresse de conférences depuis cinq ans dans une « grande » Université parisienne et responsable d’une L1 depuis septembre, je prends le temps aujourd’hui de décrire un peu ce à quoi ressemble la vie d’une universitaire d’un établissement qui se dit d’excellence en temps de #crise_sanitaire.

    Depuis peu, mon université a été fusionnée dans un énorme établissement, gros comme trois universités, qui désormais s’enorgueillit d’émarger au top 100 du #classement_de_Shanghai.

    Mais depuis septembre, étudiants, personnels administratifs et enseignants-chercheurs vivent un véritable #cauchemar au sein de cet établissement "d’excellence". Je ne pourrai pas retranscrire ici l’expérience des étudiants ni celle des personnels administratifs. Car je ne l’ai pas vécue de l’intérieur. Mais comme enseignante-chercheure et responsable pédagogique d’une promo de 250 étudiants de L1, j’ai un petit aperçu aussi de ce qu’elles et ils ont vécu. Si j’écris sur mon expérience personnelle en utilisant « je », ce n’est pas pour me singulariser, mais c’est pour rendre concret le quotidien actuel au sein des universités de toute une partie de celles et ceux qui y travaillent et y étudient. Ce texte se nourrit des échanges avec des collègues de mon université, enseignants-chercheurs et administratifs, et d’autres universités en France, il a été relu et amendé par plusieurs d’entre elles et eux – que je remercie.

    Depuis juillet, nous préparons une #rentrée dans des conditions d’#incertitude inégalée : crise sanitaire et #fusion. Quand je dis "nous", je parle du niveau le plus local : entre enseignants chercheurs, avec l’administration la plus proche de nous, les collègues de la logistique, de la scolarité, des ressources humaines. Car nous avons peu de nouvelles de notre Université…

    Sur la crise sanitaire

    Notre Université a acheté des licences #Zoom. Voilà à peu près tout ce qui a été fait pour anticiper la crise sanitaire qui s’annonçait pourtant. A part cela, rien n’a été fait. Rien.

    En septembre, aucune consigne claire à l’échelle de l’Université n’a été donnée : sur un site d’enseignement, il fallait respecter des #demies_jauges ; sur un autre campus du même établissement, pas de contrainte de demies jauges. Mais quelles jauges faut-il mettre en œuvre : diviser les effectifs par deux ? Mettre en place une distance d’un mètre ? Un mètre sur les côtés seulement ou devant/derrière aussi ? Les équipes logistiques s’arrachent les cheveux.

    L’université n’a rien fait pour rendre possible les #demi-groupes.

    Aucun système de semaine A/semaine B n’a été proposé et, chez nous, tout a été bricolé localement, par les enseignants-chercheurs, en faisant des simulations sur excel ("on découpe par ordre alphabétique ou par date de naissance ?"). Aucun #équipement des salles pour la captation vidéo et audio n’a été financé et mis en place, pour permettre des #cours_en_hybride : les expériences - que j’ai tentées personnellement - du "#bimodal" (faire cours à des étudiants présents et des étudiants absents en même temps) ont été faites sur l’équipement personnel de chacun.e, grâce à la caméra de mon ordinateur portable et mes propres oreillettes bluetooth. Et je ne parle pas des capteurs de CO2 ou des systèmes de #ventilation préconisés depuis des mois par des universitaires.

    Depuis, nous naviguons à vue.

    Au 1er semestre, nous avons changé trois fois de système d’organisation : jauges pleines pendant une semaine sur un site, puis demi jauge sur tous les sites, puis distanciel complet. Ce sont à chaque fois des programmes de cours qu’il faut refaire. Car sans équipement, quand on a des demi groupes, on doit dédoubler les séances, diviser le programme par deux, et faire deux fois le même cours pour chaque demi groupe. Tout en préparant des contenus et exercices pour les étudiants contraints de rester chez eux. Avec des groupes complets sur Zoom, l’#organisation change à nouveau.

    Alors même que le gouvernement annonçait la tenue des examens en présentiel en janvier, notre UFR a décidé de faire les examens à distance, pour des raisons compréhensibles d’anticipation sanitaire.

    Le gouvernement faisait de la communication, et localement on était obligé de réfléchir à ce qui était épidémiologiquement le plus réaliste. La période des #examens a été catastrophique pour les étudiants qui ont dû les passer en présentiel : des étudiants ont été entassés dans des amphis, terrorisés de ramener le virus à leurs parents déjà fragiles ; d’autres, atteints du Covid, se sont rendus en salle d’examen car ils n’étaient pas assurés sinon de pouvoir valider leur semestre. Les #examens_à_distance ne sont qu’un pis-aller, mais dans notre Licence, on a réussi à faire composer nos étudiants à distance, en bricolant encore des solutions pour éviter les serveurs surchargés de l’Université, sans grande catastrophe et sans abandon massif, on en était assez fiers.

    Le 2e semestre commence, et les #annonces_contradictoires et impossibles du gouvernement continuent.

    Le 14 janvier le gouvernement annonce que les cours reprendront en présentiel demie jauge le 25 janvier pour les étudiants de L1. Avec quels moyens ??? Les mêmes qu’en septembre, c’est-à-dire rien. Alors qu’en décembre, le président de la république avait annoncé une possible réouverture des universités 15 jours après le 20 janvier, c’est-à-dire le 10 février (au milieu d’une semaine, on voit déjà le réalisme d’une telle annonce...).

    A cette annonce, mes étudiants étrangers repartis dans leur famille en Égypte, en Turquie, ou ailleurs en France, s’affolent : ils avaient prévu de revenir pour le 8 février, conformément aux annonces du président. Mais là, ils doivent se rapatrier, et retrouver un #logement, en quelques jours ? Quant aux #équipes_pédagogiques, elles doivent encore bricoler : comment combiner #présentiel des demi groupes en TD avec le #distanciel des CM quand les étudiants sur site ne sont pas autorisés à occuper une salle de cours pour suivre un cours à distance s’il n’y a pas de prof avec eux ? Comment faire pour les créneaux qui terminent à 18h alors que les circulaires qui sortent quelques jours plus tard indiquent que les campus devront fermer à 18h, voire fermer pour permettre aux étudiants d’être chez eux à 18h ?

    Dans notre cursus de L1, 10 créneaux soit l’équivalent de 250 étudiants sont concernés par des créneaux terminant à 18h30. Dans mon université, les étudiants habitent souvent à plus d’une heure, parfois deux heures, du campus. Il faut donc qu’on passe tous les cours commençant après 16h en distanciel ? Mais si les étudiants sont dans les transports pour rentrer chez eux, comment font-ils pour suivre ces cours en distanciel ? Sur leur smartphone grâce au réseau téléphone disponible dans le métro et le RER ?

    Nous voulons revoir les étudiants. Mais les obstacles s’accumulent.

    On organise tout pour reprendre en présentiel, au moins deux semaines, et petit à petit, l’absence de cadrage, l’accumulation des #contraintes nous décourage. A quatre jours de la rentrée, sans information de nos instances ne serait-ce que sur l’heure de fermeture du campus, on se résout à faire une rentrée en distanciel. Les étudiants et nous sommes habitués à Zoom, le lien a été maintenu, peu d’abandons ont été constatés aux examens de fin de semestre.

    C’est une solution peu satisfaisante mais peut-être que c’est la seule valable... Et voilà que jeudi 21 janvier nous apprenons que les Présidences d’Université vont émettre des circulaires rendant ce retour au présentiel obligatoire. Alors même que partout dans les médias on parle de reconfinement strict et de fermeture des écoles ? Rendre le présentiel obligatoire sans moyen, sans organisation, de ces demis groupes. Je reçois aujourd’hui les jauges des salles, sans que personne ne puisse me dire s’il faudra faire des demi salles ou des salles avec distanciation de 1 mètre, ce qui ne fait pas les mêmes effectifs. Il faut prévenir d’une reprise en présentiel les 250 étudiants de notre L1 et les 37 collègues qui y enseignent deux jours avant ?

    Breaking news : à l’heure où j’écris Emmanuel Macron a annoncé une nouvelle idée brillante.

    Les étudiants devront venir un jour par semaine à la fac. Dans des jauges de 20% des capacités ? Sur la base du volontariat ? Est-ce qu’il a déjà regardé un planning de L1 ? 250 étudiants en L1 avec plusieurs Unités d’enseignement, divisés en CM et TD, c’est des dizaines et des dizaines de créneaux, de salles, d’enseignant.es. Une L1 c’est un lycée à elle toute seule dans beaucoup de filières. Un lycée sans les moyens humains pour les gérer.

    Derrière ces annonces en l’air qui donnent l’impression de prendre en compte la souffrance étudiante, ce sont des dizaines de contraintes impossibles à gérer. Les étudiants veulent de la considération, de l’argent pour payer leur loyer alors qu’ils ont perdu leurs jobs étudiants, des moyens matériels pour travailler alors que des dizaines d’entre eux suivent les cours en visio sur leur téléphone et ont dû composer aux examens sur leur smartphone !

    Les étudiants ne sont pas plus stupides ou irresponsables que le reste de la population : il y a une crise sanitaire, ils en ont conscience, certains sont à risque (oui, il y a des étudiants immuno-déprimés qui ne peuvent pas prendre le #risque de venir en cours en temps d’épidémie aiguë), ils vivent souvent avec des personnes à risque. Ils pourraient prendre leur parti du distanciel pour peu que des moyens leur soient donnés. Mais il est plus facile d’annoncer la #réouverture des universités par groupe de 7,5 étudiants, pendant 1h15, sur une jambe, avec un chapeau pointu, que de débloquer de réels moyens pour faire face à la #précarité structurelle des étudiants.

    Et dans ce contexte, que fait notre Présidence d’Université ? Quelles ont été les mesures prises pour la réouvrir correctement ? Je l’ai déjà dit, rien n’a changé depuis septembre, rien de plus n’a été mis en place.

    Sur la fusion et le fonctionnement, de l’intérieur, d’une Université d’excellence

    Mais sur cette crise sanitaire se greffe une autre crise, interne à mon Université, mais symptomatique de l’état des Universités en général.

    Donc oui, j’appartiens désormais à une Université entrée dans le top 100 des Universités du classement de Shanghai.

    Parlez-en aux étudiants qui y ont fait leur rentrée en septembre ou y ont passé leurs examens en janvier. Sur twitter, mon Université est devenu une vraie célébrité : en septembre-octobre, des tweets émanant d’étudiants et d’enseignants indiquaient l’ampleur des #dysfonctionnements. Le système informatique était totalement dysfonctionnel : dans le service informatique central, 45 emplois étaient vacants.

    Tant la fusion s’était faite dans des conditions désastreuses de gestion du personnel, tant le travail est ingrat, mal payé et mal reconnu.

    Cela a généré des semaines de problèmes d’inscriptions administratives, d’étudiants en attente de réponse des services centraux de scolarité pendant des jours et des jours, sans boîte mail universitaire et sans plateforme numérique de dépôt des cours (le fameux Moodle) pendant des semaines - les outils clés de l’enseignement à distance ou hybride.

    Pendant trois mois, en L1, nous avons fonctionné avec une liste de diffusion que j’ai dû créer moi-même avec les mails personnels des étudiants.

    Pendant des semaines, un seul informaticien a dû régler tous les dysfonctionnement de boîte mail des dizaines d’étudiants qui persistaient en novembre, décembre, janvier…

    En janvier, les médias ont relayé le désastre des examens de 2e année de médecine encore dans notre Université - avec un hashtag qui est entré dans le top 5 les plus relayés sur twitter France dans la 2e semaine de janvier, face à la catastrophe d’examens organisés en présentiel, sur des tablettes non chargées, mal configurées, des examens finalement reportés à la dernière minute. Les articles de presse ont mis en lumière plus largement la catastrophe de la fusion des études de médecine des Universités concernées : les étudiants de 2e année de cette fac de médecine fusionnée ont dû avaler le double du programme (fusion = addition) le tout en distanciel !

    Les problèmes de personnel ne concernent pas que le service informatique central.

    Ils existent aussi au niveau plus local : dans mon UFR, le poste de responsable "Apogée" est resté vacant 6 mois. Le responsable #Apogée c’est le nerf de la guerre d’une UFR : c’est lui qui permet les inscriptions en ligne de centaines d’étudiants dans des groupes de TD, qui fait les emplois du temps, qui compile les notes pour faire des jurys et donc les fameux bulletins de notes qui inquiètent tant les Ministères de l’Enseignement supérieur – et ce pour des dizaines de formations (plusieurs Licences, plusieurs Masters).

    Pendant six mois, personnels et enseignants chercheurs, nous avons essayé de pallier son absence en faisant les emplois du temps, les changements de groupe des étudiants, l’enregistrement des étudiants en situation de handicap non gérés par l’université centrale (encore une défaillance honteuse), l’organisation des jurys, etc. Mais personne n’a touché à la configuration des inscriptions, des maquettes, des notes, car il faut connaître le logiciel. Les inscriptions dans les groupes de TD du 2e semestre doivent se faire avant la rentrée du semestre 2 logiquement, idéalement dès le mois de décembre, ou début janvier.

    Mais le nouveau responsable n’arrive qu’en décembre et n’est que très peu accompagné par les services centraux de l’Université pour se familiariser aux réglages locaux du logiciel, par manque de personnel... Les inscriptions sont prévues le 18 janvier, une semaine avant la rentrée…

    Résultat : la catastrophe annoncée depuis des mois arrive, et s’ajoute à la #mauvaise_gestion de la crise sanitaire.

    Depuis lundi, les inscriptions dans les groupes de TD ne fonctionnent pas. Une fois, deux fois, trois fois les blocages se multiplient, les étudiants s’arrachent les cheveux face à un logiciel et un serveur saturés, ils inondent le secrétariat de mails inquiets, nous personnels administratifs et enseignants-chercheurs passons des heures à résoudre les problèmes. Le nouveau responsable reprend problème par problème, trouve des solutions, jusqu’à 1h du matin, tous les jours, depuis des jours, week-end compris.

    Maintenant nous voilà jeudi 21 janvier après-midi, à 3 jours de la rentrée. Sans liste d’étudiants par cours et par TD, sans informations claires sur les jauges et les horaires du campus, avec des annonces de dernière minute plus absurdes et irréalistes les unes que les autres, et on nous demande de ne pas craquer ? On nous dit que la présidence de l’Université, le ministère va nous obliger à reprendre en présentiel ? Nous renvoyant l’image de tire-au-flanc convertis au confort du distanciel ?

    L’an passé, un mouvement de grève sans précédent dans l’enseignement supérieur et la recherche a été arrêté net par le confinement de mars 2020.

    Ce mouvement de grève dénonçait l’ampleur de la précarité à l’université.

    La #précarité_étudiante, qui existait avant la crise sanitaire, nous nous rappelons de l’immolation de Anas, cet étudiant lyonnais, à l’automne 2019. La précarité des personnels de l’université : les #postes administratifs sont de plus en plus occupés par des #vacataires, formés à la va-vite, mal payés et mal considérés, qui vont voir ailleurs dès qu’ils en ont l’occasion tant les #conditions_de_travail sont mauvaises à l’université. La précarité des enseignants chercheurs : dans notre L1, dans l’équipe de 37 enseignants, 10 sont des titulaires de l’Université. 27 sont précaires, vacataires, avec des heures de cours payées des mois en retard, à un taux horaire en dessous du SMIC, qui attendent pendant des années avant de décrocher un poste de titulaire, pour les plus « chanceux » d’entre eux, tant les postes de titulaires se font rares alors que les besoins sont criants…

    Deux tiers des créneaux de cours de notre L1 sont assurés par des vacataires. Le mouvement de #grève a été arrêté par le #confinement mais la colère est restée intacte. En pleine crise sanitaire, le gouvernement a entériné une nouvelle #réforme de l’université, celle-là même contre laquelle la mobilisation dans les universités s’était construite, la fameuse #LPPR devenue #LPR, une loi qui augmente encore cette précarité, qui néglige encore les moyens nécessaires à un accueil décent des étudiants dans les universités. Le gouvernement a fait passer une loi sévèrement critiquée par une grande partie du monde universitaire au début du 2e confinement en novembre, et a fait passer ses décrets d’application le 24 décembre, la veille de Noël.

    Le gouvernement piétine le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche et nous montre maintenant du doigt parce qu’on accueillerait pas correctement les étudiants ? Parce qu’on serait réticents à les revoir en présentiel ?

    Parce que finalement, pour nous enseignants à l’université, c’est bien confortable de faire cours au chaud depuis chez soi, dans sa résidence secondaire de Normandie ?

    J’enseigne depuis mon appartement depuis novembre.

    Mon ordinateur portable est posé sur la table à manger de mon salon, car le wifi passe mal dans ma chambre dans laquelle j’ai un bureau. J’ai acheté une imprimante à mes frais car de temps en temps, il est encore utile d’imprimer des documents, mais j’ai abandonné de corriger les devoirs de mes étudiants sur papier, je les corrige sur écran. Heureusement que je ne vis pas avec mon compagnon, lui aussi enseignant-chercheur, car matériellement, nous ne pourrions pas faire cours en même temps dans la même pièce : pas assez de connexion et difficile de faire cours à tue-tête côte à côte.

    A chaque repas, mon bureau devient ma table à manger, puis redevient mon bureau.

    En « cours », j’ai des écrans noirs face à moi, mais quand je demande gentiment à mes étudiants d’activer leur vidéo, ils font un effort, même s’ils ne sont pas toujours à l’aise de montrer le lit superposé qui leur sert de décor dans leur chambre partagée avec une sœur aide-soignante à l’hôpital qui a besoin de dormir dans l’obscurité quand elle rentre d’une garde de nuit, de voir leur mère, leur frère passer dans le champ de leur caméra derrière eux. Certains restent en écran noir, et c’est plus dur pour moi de leur faire la petite morale habituelle que j’administre, quand je fais cours dans une salle, aux étudiants endormis au fond de la classe. Je ne sais pas si mon cours les gonfle, s’ils sont déprimés ou si leur connexion ne permet pas d’activer la vidéo...

    Donc non, ce n’est pas confortable l’enseignement à distance. Ce n’est pas la belle vie. Ce n’est pas de gaieté de cœur que nous envisageons de ne pas revoir d’étudiants en vrai avant septembre prochain.

    Je suis enseignante-chercheure. Je dois donner des cours en L1, L3, Master.

    Depuis des jours, plutôt que de préparer des scénarios de rentrée intenables ou de résoudre les problèmes des inscriptions, j’aimerais pouvoir me consacrer à l’élaboration de ces cours, réfléchir aux moyens d’intéresser des étudiants bloqués derrière leurs ordinateurs en trouvant des supports adaptés, en préparant des petits QCM interactifs destinés à capter leur attention, en posant des questions qui visent à les faire réfléchir. Je dois leur parler d’immigration, de réfugiés, de la manière dont les États catégorisent les populations, des histoires de vie qui se cachent derrière les chiffres des migrants à la frontière.

    C’est cela mon métier.

    Je suis enseignante-chercheur mais à l’heure qu’il est, si je pouvais au moins être correctement enseignante, j’en serais déjà fortement soulagée.

    Il faut donc que nos responsables politiques et nos Présidences d’université se comportent de manière responsable. En arrêtant de faire de la com’ larmoyante sur l’avenir de notre jeunesse. Et en mettant vraiment les moyens pour diminuer la souffrance de toutes et tous.

    Il s’agit de notre jeunesse, de sa formation, de son avenir professionnel et citoyen.

    La mise en péril de cette jeunesse ne date pas de la crise sanitaire, ne nous faisons pas d’illusion là-dessus.

    La #crise_des_universités est plus ancienne, leur #sous-financement devenu structurel au moins depuis les années 2000. Alors arrêtez de vous cacher derrière l’imprévu de la crise sanitaire, arrêtez de vous faire passer pour des humanistes qui vous souciez de votre jeunesse alors que depuis mars dernier, rares ou marginaux ont été les discours et mesures prises pour maintenir l’enseignement en présentiel à l’Université.

    Cela fait cinq ans que j’enseigne à l’Université et déjà, je suis épuisée. De la même manière que nos soignant.es se retrouvent désemparé.es dans les hôpitaux face à l’impossibilité d’assurer correctement leur mission de service public de santé en raison des coupes budgétaires et des impératifs gestionnaires absurdes, je suis désespérée de voir à quel point, en raison des mêmes problèmes budgétaires et gestionnaires, nous finissons, dans les Universités, par assurer si mal notre #service_public d’#éducation...

    https://blogs.mediapart.fr/une-universitaire-parmi-dautres/blog/220121/l-excellence-en-temps-de-pandemie-chronique-du-naufrage-des-universi

    #université #facs #France #covid-19 #pandémie #coronavirus #épuisement

    signalé aussi dans ce fil de discussion initié par @marielle :
    https://seenthis.net/messages/896650

  • Le jeu de bonneteau du projet de #loi_de_finance #2021

    La lettre de démission du directeur général de la recherche et de l’innovation, B. #Larrouturou (https://seenthis.net/messages/888341), sitôt la loi de programmation de la recherche adoptée, éclaire d’un jour nouveau les #dysfonctionnements chroniques du ministère : les hauts fonctionnaires des administrations centrales n’ont eu aucun contact avec la ministre depuis six mois, cette dernière étant maintenue à l’isolement par le cabinet qui lui a été imposé par l’Elysée. On comprend dans ces conditions que Mme #Vidal ait fait porter les #amendements délétères de son groupe d’influence, la défunte #Curif devenue l’#Udice, par des parlementaires centristes.

    Les universitaires et les chercheurs ont eu la surprise de recevoir un “courrier destiné à l’ensemble des personnels de Madame #Frédérique_Vidal” (sic), truffé de fautes d’orthographe et de syntaxe, rassemblant l’ensemble des éléments de langage budgétaires égrenés par la ministre depuis un an. Leur réfutation, fastidieuse mais nécessaire, a été menée avec sérieux par le rapporteur au Sénat Jean-François Rapin (http://www.senat.fr/rap/l20-138-324/l20-138-3241.pdf), qui a mis à jour l’essentiel des #manipulations_budgétaires. On comprend mal, dans ces conditions, que le groupe Les Républicains ait voté ce #budget, en le conditionnant à l’adoption d’un amendement (http://www.senat.fr/enseance/2020-2021/137/Amdt_II-993.html) aussi absurde qu’injuste prélevant 20 millions à l’#Université au profit des #organismes_de_recherche.

    La #désinformation ne repose pas tant sur des chiffres erronés que sur un projet de loi confus, une comptabilité illisible et un budget insincère. L’angle d’attaque du sénateur Rapin est le bon : la #Loi_de_Programmation_de_la_Recherche ne programme strictement rien. Son volet budgétaire — qui fixe un #plafond bien plus qu’un #plancher — n’a été là que pour camoufler le plus longtemps possible la visée de la loi : dérégulation statutaire et généralisation des contrats. Relevons ici quelques faits saillants.

    Les #postes statutaires — 242 postes de chargés de recherche #CNRS seront ouverts au #concours en 2021 (https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042593121) : 51 de moins qu’il y a 3 ans, 117 de moins qu’il y a 10 ans. 60 postes de chargés de recherche à l’#Inserm (https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042660370) soit 15 de moins qu’en 2014. Le projet de loi de finance prévoit un plafond d’autorisation d’#emplois de 266 619 soit 11 de moins que l’an dernier. Et pour cause, depuis des années, comme le souligne la Cour des Comptes (https://www.ccomptes.fr/system/files/2020-04/NEB-2019-Recherche-enseignement-superieur.pdf), 20’000 emplois programmés à l’Université ne sont pas créés, faute de moyens. Les 315 emplois supposés être créés dans la #fonction_publique en 2021 (5 200 en 10 ans) par la #LPR sont donc dérisoires et n’existeront probablement même pas, de nouveaux “#gels” de #postes_pérennes compensant les nouveaux #emplois_contractuels (« #tenure_tracks » et doctorants).

    Les #crédits — Dans le projet de loi de finance (http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b3642_projet-loi.pdf), les crédits de paiement de la #Mission_Recherche_et_Enseignement_Supérieur décroissent de 28 664 milliards € à 28 488 milliards €, soit -0,6%, quand l’#inflation devrait être de 0,75% et le glissement vieillesse technicité de 0,45%. Le budget de l’Université (programme 150) croît de 244 millions € parmi lesquels 164 millions € pour les mesures de la LPR [1]. Or, l’inflation correspond à 105 millions € et le #glissement_vieillesse_technicité à 56 millions soit -161 millions €. Le plan de #revalorisations et de #promotions des #carrières scientifiques n’est donc pas financé, et sera compensé par la suppression de postes statutaires. Le budget de la #recherche_publique (programme 172) croît de 221 millions € [2]. 60 millions € serviront à résorber un trou dans la #masse_salariale du CNRS, qui y a consommé son fond de roulement ces dernières années. Ne restent pour les mesures de la LPR que 79 millions €. L’inflation correspond à 54 millions € et le glissement vieillesse technicité à 48 millions €, soit -101 millions €. Le plan de revalorisations et de promotions des carrières scientifiques devra donc prélever dans les #crédits_récurrents. En 2021, les crédits de l’#Agence_Nationale_de_la_Recherche (#ANR) augmenteront de 35 millions €. L’augmentation du taux de succès à l’ANR en 2021 ne sera logiquement financée que dans les budgets ultérieurs [3].

    Le #plan_de_relance — Le budget du projet de loi de finances 2021, médiocre, n’a pu être présenté en hausse qu’en mobilisant des crédits du plan de relance (hors LPR, donc) [4] qui proviennent essentiellement de #crédits_européens encore non votés (https://www.budget.gouv.fr/documentation/file-download/6187). Le budget européen pour la recherche est lui même passé de 100 milliards € escomptés à 76 milliards € en juillet puis 80 milliards € en novembre sans que l’on connaisse encore la ventilation entre recherche publique et privée. Impossible, donc, de faire un bilan factuel, prenant en compte les effets budgétaires du Brexit. Dans le plan de relance, 805 millions € sont consacrés à la recherche, qui s’ajoutent aux 1 250 millions d’euros en provenance du #Programme_d’investissements_d’avenir (#PIA). 247 millions € sont dédiés à l’#enseignement_supérieur en 2021, qui s’ajoutent aux 125 millions € du PIA. En 2021, 900 millions € seront consacrés à la #rénovation_énergétique des #bâtiments universitaires, en procédant par appel à projet plutôt que par un recensement des bâtiments vétustes. Cela reste excessivement loin des 6,4 milliards € annoncés par Mme Vidal dans son courrier, dont ni le rapporteur du Sénat, ni nous, n’avons trouvé la trace. Parmi ces sommes, 300 millions € sont supposés être consacrés à la préservation de l’#emploi_privé en #recherche_et_développement (#R&D), qui seront difficilement dépensés, la plupart de ces emplois étant déjà financés par le #Crédit_d’Impôt_Recherche (#CIR). Dernier élément notable, la montée en charge rapide des #prêts_étudiants garantis par l’État annonce l’arrivée du dernier volet de transformation du supérieur : l’augmentation des #frais_d’inscription.

    Reçu via la mailing-list RogueESR, 14.12.2020
    #ESR #université #facs #mensonges #chiffres

  • La #RTS, #Darius_Rochebin et la loi du silence

    Gestes déplacés, propos salaces, utilisation de fausses identités sur les réseaux sociaux : de nombreux témoignages font état de dysfonctionnements au sein de la RTS. Parmi les figures épinglées, l’ancien présentateur phare Darius Rochebin

    Genève, décembre 2017. A l’intérieur de la tour de verre qui abrite la RTS, il est environ 20h. Dans un enregistrement transmis au Temps, deux journalistes discutent hors antenne de la bombe médiatique du moment : l’affaire Yannick Buttet (PDC/VS). En pleine vague #MeToo, le politicien valaisan quitte le parlement à la suite de l’ouverture d’une procédure pénale à son encontre après le dépôt d’une plainte pour harcèlement sexuel. La polémique est nationale.

    « Je trouve que c’est l’arbre qui cache la forêt, dit une première voix, celle d’une présentatrice du service public. En tant que nana… on est là, on s’étonne. Tu te dis, excusez-moi, mais ici, c’est quand qu’on la fait, l’enquête ? » Son collègue rebondit : « C’est un autre débat, ça. Qui c’est qui plaque contre les murs ici ? » Elle rétorque : « Darius, il fait ça. »

    En une phrase, le mythe vacille. Darius Rochebin aurait-il outrepassé ses droits ? La suite de l’enregistrement laisse par ailleurs entendre qu’il n’est pas le seul. Le Temps a mené l’enquête. Fruits de plusieurs mois de travail, nos recherches ont permis de lever le voile sur des comportements pour le moins problématiques de la part de plusieurs collaborateurs du service public. Survenus à partir du début des années 2000, certains de ces faits étaient connus à l’interne mais n’ont jamais été révélés publiquement.

    Connivence entre cadres, personnalités influentes, taille de l’entreprise publique permettant à certains départements de déplacer les personnes mises en cause plutôt que de les sanctionner, crainte d’un dégât d’image dans le cadre de la votation « No Billag », peur de représailles professionnelles : les raisons du silence sont nombreuses.

    Pourquoi le briser maintenant ? A la faveur d’une libération historique de la parole ces dernières années et à la suite du départ en France de Darius Rochebin, une chape de plomb semble progressivement se lever à la RTS. A une exception près, les personnes qui apparaissent dans l’article ont toutefois souhaité que leur nom soit modifié. Certaines d’entre elles sont en effet encore en poste, tout comme celles qu’elles désignent.

    Lire aussi : Harcèlement sexuel au travail : de quoi parle-t-on ?
    1. Des dysfonctionnements depuis le début des années 2000

    Trois cas emblématiques témoignent de l’inaction aujourd’hui dénoncée. Le premier concerne un cadre toujours en poste – appelons-le Robert*. « Cette affaire représente environ dix ans de dysfonctionnement de la part d’un manager envers ses subordonnés en position de faiblesse et autant d’alertes ignorées par la direction », témoigne Pierre*, un collaborateur de la RTS.

    Entre 2005 et 2015, une quinzaine d’employés du service public se plaignent tour à tour de ce dernier : mobbing, harcèlement sexuel, envoi intempestif de lettres « vicieuses », SMS suggestifs pendant et en dehors des heures de bureau. Des subalternes affirment sortir « abîmés » de séances d’évaluation en sa compagnie. Le climat de travail est si mauvais qu’un collaborateur en vient presque aux mains avec lui au bureau. L’idée d’une plainte collective auprès de la police est même évoquée, avant que le front commun ne se délite. Pierre l’affirme : Robert est à l’origine de plusieurs burn-out et d’au moins deux démissions. « Il sait se rendre aimable avec ses égaux et ses supérieurs, dit-il. Mais une fois dans son pré carré, il réduit les gens en bouillie. »
    « Dans un placard doré »

    Pendant plusieurs années, la gravité de la situation est régulièrement signalée à la direction, sans effet. Au milieu des années 2010, un mail explosif parvient aux ressources humaines : une employée a récolté toutes les preuves (lettres, SMS) du harcèlement sur plus d’un an de la part de Robert à son encontre et demande des actes. La RTS tente de la raisonner et propose une médiation aux deux collaborateurs. Elle refuse. A sa demande, elle sera finalement mutée dans une autre ville. Selon une source proche du dossier, la RTS lui signifie en outre de « respecter la confidentialité la plus stricte » sur la situation. Robert aurait quant à lui reçu un simple avertissement.

    Quatre mois plus tard, il refait parler de lui : une autre de ses subalternes est mise en arrêt maladie à la suite de ce qu’elle estime être du mobbing. La direction est de nouveau interpellée et traite le problème à sa façon : en 2015, Robert est promu. « Placé dans un placard doré. » L’expression revient chez la demi-douzaine de personnes qui ont témoigné à son sujet. « Il n’a plus le droit d’avoir de subordonnés directs, mais jouit d’un statut confortable au sein de la hiérarchie, souligne Pierre. C’est malheureusement trop souvent ainsi que fonctionne la gestion des ressources humaines à la RTS. Tant qu’il n’y a pas de scandale public, les problèmes sont étouffés. »

    « De manière générale, il n’y a pas de prévention du harcèlement à la RTS, corrobore une autre de ses anciennes subalternes, qui a, depuis, changé d’employeur. J’ai essayé d’alerter mes supérieurs, mais personne n’a voulu m’écouter. Robert a été couvert et défendu par la hiérarchie. J’ai eu l’impression que le même profil du mâle alpha quinquagénaire se retrouvait à tous les échelons de la direction. La politique de management est rétrograde et ce type de comportement est protégé. »
    « La main baladeuse »

    L’enregistrement évoquant Darius Rochebin en début d’article mentionne un deuxième cas problématique : celui de Georges*, employé de longue date à la télévision romande, connu à l’interne pour avoir « la main baladeuse ». Son comportement est cependant allé plus loin. Selon nos informations, il a embrassé plusieurs fois l’une de ses anciennes subalternes sans son accord, avant d’insister par SMS à de nombreuses reprises. Cette dernière a confié son histoire au Temps, tout en souhaitant limiter l’exposé des détails afin de se préserver autant que possible.

    « J’aurais dû lui foutre une claque plus tôt, dit-elle. Mais il y avait une relation de pouvoir et j’avais honte. » Elle n’osera pas en informer ses supérieurs. Ceux-ci étaient-ils au courant ? Sans pouvoir le confirmer, cette ancienne employée de la RTS répond qu’après avoir raconté ce qu’il lui était arrivé à ses collègues, on l’avait avisée qu’il « avait déjà fait ce genre de choses auparavant ». Si ce n’est de la direction, l’affaire était connue d’un bon nombre d’employés. « La RTS est une maison où les collaborateurs se cramponnent à leur siège, juge cette ancienne collaboratrice. Certains sont là depuis trois décennies et se soutiennent les uns les autres. » Comme Robert, Georges est toujours en poste.

    Contactée par Le Temps, au sujet de ces deux collaborateurs, la direction de la RTS a fourni la réponse suivante : « Nous ne pouvons pas commenter les cas particuliers en raison de la protection de la personnalité. Lorsqu’un cas survient, nous le traitons toujours avec diligence et fermeté. »

    Les personnes qui se confient aujourd’hui sont nombreuses à évoquer la honte et la crainte que leur vécu ne soit ramené à une simple affaire de « drague lourde ». Pourtant, la loi est claire, comme le rappelle Sylvie Durrer, la directrice du Bureau fédéral de l’égalité : « Tout comportement importun de caractère sexuel ou tout autre comportement fondé sur l’appartenance sexuelle, qui porte atteinte à la dignité de la personne sur son lieu de travail, relève du harcèlement sexuel, selon l’article 4 de la loi fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes. » Il n’existe pas de définition exhaustive dudit harcèlement, qui peut se manifester sous diverses formes : « contacts physiques, attouchements non souhaités, avances ou encore pressions ». « Les comportements qui contribuent à créer un climat de travail hostile, par exemple des plaisanteries déplacées, peuvent aussi représenter du harcèlement sexuel », précise la directrice.

    Les responsabilités de l’employeur sont également encadrées par la loi, souligne-t-elle : « En plus de son obligation d’instaurer des mesures de prévention contre le harcèlement sexuel, l’entreprise est tenue de prendre au sérieux les signalements de tels harcèlements et doit établir les faits. Les rumeurs et allusions doivent aussi donner lieu à une enquête. »

    Autour de Darius Rochebin, un silence assourdissant

    Des bruits de comportements déplacés, il en existe depuis des années au sujet d’un autre employé du service public : Darius Rochebin, présentateur phare de la RTS jusqu’à l’été 2020. Au-delà de ses compétences professionnelles incontestables, sa réputation, à l’interne, le précède : mains glissées sous les chemises de collègues masculins, allusions salaces récurrentes ou encore proximité avec de jeunes hommes sont régulièrement évoquées. Au sein de la chaîne publique, on raille volontiers sa conduite, sans toujours en mesurer les conséquences.

    Depuis que le présentateur a quitté la chaîne nationale pour LCI, plusieurs témoins commencent à évoquer ce qu’ils ont vécu, même si des craintes demeurent. Comme deux faces d’une même médaille, Darius Rochebin renvoie une image assurée à l’écran mais peut se comporter de manière inadéquate une fois les caméras éteintes. D’anciens ou d’actuels collaborateurs de la RTS rapportent ainsi le malaise, la sidération même, ressentis lors de conversations banales qui dérapent subitement sur le terrain sexuel ou intime. La parole a même fait place aux actes, comme en témoignent Aurore* et Clémence*.

    Un comportement « ahurissant et totalement déplacé »

    Avant l’incident, Aurore, employée de la RTS depuis une dizaine d’années, n’avait eu que des contacts épisodiques et toujours strictement professionnels, avec Darius Rochebin. « On se croisait dans les couloirs, parfois dans des séances, on s’échangeait un ou deux e-mails par année », précise la quinquagénaire. Un soir de 2014, elle quitte son bureau pour se rendre à une réunion. « J’ai croisé Darius Rochebin qui sortait de l’ascenseur, raconte-t-elle. On a fait quelques pas ensemble dans un couloir vide en discutant du boulot. Subitement, il a pris mon visage dans ses mains et a essayé de m’embrasser. Je l’ai immédiatement repoussé. Il est parti de manière furtive, sans me regarder ni présenter d’excuses. » Sous le choc, Aurore arrive « décalquée » à sa séance. « J’étais interloquée par son comportement que je jugeais ahurissant et totalement déplacé. J’ai pris ça pour un coup de folie. » Par la suite, leurs rares échanges professionnels se sont déroulés comme si de rien n’était. « J’ai voulu oublier cet épisode, confie Aurore, qui n’a jamais averti sa hiérarchie. Si ça s’était répété, j’aurais sans doute réagi différemment. »

    Collaboratrice de la RTS, Clémence relate des faits analogues. Au cours de sa carrière, cette mère de famille côtoie régulièrement Darius Rochebin. Peu après le Nouvel An 2006, à quelques heures du journal télévisé, c’est l’effervescence en salle de maquillage. « Tout le monde s’embrassait et s’échangeait des vœux pour la nouvelle année », se souvient Clémence. Darius Rochebin est là, aux côtés d’autres collègues. « Il s’est approché de moi, je l’ai pris par l’épaule pour lui faire la bise, il a saisi ma main libre et l’a fermement posée sur ses parties génitales », raconte Clémence. Les autres personnes présentes dans la salle ne réagissent pas. « Je ne sais pas si elles ont vu la scène », souligne la journaliste, qui relate l’incident à des collègues proches et à son mari, mais pas à sa hiérarchie de l’époque. C’est seulement à l’automne 2017, en pleine vague #MeToo, qu’elle en informe son supérieur. « Il est tombé des nues et a dit qu’il allait lui parler. Je ne sais pas ce qui s’est passé ensuite, je n’ai plus jamais eu de nouvelles. Je crois que c’est allé plus haut, mais je n’ai pas eu d’écho direct, je n’ai plus voulu me mêler de cette histoire.
    Un « malaise » apparaît

    Un autre témoignage illustre la marge de manœuvre dont bénéficiait Darius Rochebin au sein de la RTS : celui d’Antoine*, 22 ans au moment des faits. En mai 2012, Darius Rochebin entame une conversation privée avec le jeune homme sur le réseau social Twitter. A l’époque, le Genevois est un étudiant en lettres qui tente de percer dans le journalisme et voit en Darius Rochebin « un mentor inespéré » dans un milieu très compétitif. « Les conversations ont commencé de manière anodine, raconte Antoine. J’étais flatté qu’une telle star s’adresse à moi. Le ton était ambigu et est rapidement devenu aguicheur. J’étais surpris, mais intrigué. »

    Quelques jours plus tard, Darius Rochebin propose à Antoine un café, puis un dîner. « Il me disait qu’il devait tester de grands restaurants pour des articles et payait à chaque fois pour nous deux, précise l’étudiant. J’étais impressionné par ce faste, et évidemment par son statut. Lors de notre troisième rencontre, quelques semaines après notre première conversation, nous sommes allés en voiture dans la campagne genevoise. Au restaurant, il m’a présenté comme un jeune journaliste prometteur. »

    C’est sur le trajet du retour qu’Antoine raconte avoir eu « de premières appréhensions », termes qu’il utilise pour retranscrire son malaise dans un journal intime. « Il s’est arrêté au bord de la route. Il a initié un rapport sexuel, je ne l’ai pas repoussé. Je n’avais pas envie d’aller plus loin, mais j’avais l’impression de ne plus pouvoir revenir en arrière. En partant, il a dit qu’il m’enverrait le contact d’un rédacteur en chef qui pourrait m’offrir un stage. Son mentorat prenait implicitement une dimension transactionnelle, et je m’y suis plié. » Peu après, le présentateur met comme promis l’étudiant en relation avec un éminent producteur de la RTS et lui propose une visite des locaux de la télévision publique.
    « Une mission sur mesure »

    Quelques mois après leur premier échange sur Twitter, Darius Rochebin intervient directement auprès de la direction de la RTS pour mettre en place une collaboration avec Antoine : « Il m’a créé une mission sur mesure en tant que photographe. Il m’emmenait partout, du Festival de Cannes aux conférences du dalaï-lama », se souvient l’étudiant.

    Interrogée au sujet de cette mission, la direction de la RTS répond qu’en 2012, « Darius Rochebin a collaboré avec un photographe free-lance. Cette collaboration ponctuelle n’était pas effectuée dans le cadre du mandat de production de l’émission Pardonnez-moi, mais a eu lieu à l’occasion d’un événement pour le 10e anniversaire de l’émission. Pour cette exposition uniquement, la RTS a rémunéré le photographe sur la base des tarifs de droits d’auteur. »

    Des documents en notre possession laissent pourtant supposer qu’Antoine n’a pas été rémunéré uniquement sur la base des droits d’auteur. Selon la facture adressée par le jeune homme à la direction de la RTS, la rémunération est par ailleurs arrêtée à 800 francs, avec mention « forfait indiqué par M. Darius Rochebin ».

    Au fil des mois, la relation entre la star et l’étudiant se tend. « Plus j’étais distant, plus il devenait jaloux, inquisiteur, raconte ce dernier. Je redoutais les conséquences de mes refus sur ma situation professionnelle. Je ne savais plus comment mettre fin à cette relation. C’était une lutte continuelle. J’ai pris peur. » Antoine finit par couper les ponts et ignorer les relances du présentateur, avec qui il n’a aujourd’hui plus aucun lien.

    Des aspirants journalistes fascinés

    Alexandre* et Hugo*, deux jeunes hommes qui ont travaillé directement avec le présentateur, racontent eux aussi ses multiples tentatives d’immixtion dans leur vie privée : allusions déplacées, questions lubriques pendant et en dehors des heures de bureau, rapports de pouvoir ambigus. Fascinés, les jeunes journalistes peinent à réagir.

    Le premier, Alexandre, 24 ans au moment des faits, a travaillé à la RTS lorsqu’il était étudiant. En 2014, Darius Rochebin lui propose un soir d’aller manger. « Au restaurant, on discutait de choses et d’autres, et puis, soudain, il m’a demandé : « Mais toi Alexandre, tu te branles souvent ? » Choqué, le jeune étudiant élude. « Sur le moment, j’ai paniqué, j’ai fait une petite crise d’angoisse », raconte-t-il. Par la suite, Alexandre reçoit régulièrement des messages de Darius Rochebin sur Facebook : « ah, mais tu es tellement beau », « tu m’avais manqué », « ta bizarrerie brillante est trop attachante », « on se refait un dîner ? » Des sollicitations auxquelles le jeune homme répond peu, tentant de contenir les rapports au niveau strictement professionnel.

    Le deuxième, Hugo, a également travaillé à la RTS durant ses études entre 2011 et 2015. Dès leur premier contact, Darius Rochebin l’ajoute sur Facebook. « Lorsque l’on est stagiaire et qu’il s’agit de la star de la rédaction, c’est flatteur », souligne Hugo, 22 ans à l’époque. Darius Rochebin lui envoie ensuite des messages privés ambigus puis à caractère sexuel sur les réseaux sociaux. Le jeune étudiant décrit un malaise : « C’est comme s’il avait une double personnalité : l’une brillante, l’autre pas assumée, perverse. Plusieurs autres journalistes m’ont parlé de leur gêne lorsqu’ils étaient seuls avec lui en plateau et qu’ils ne pouvaient plus vraiment le côtoyer sans y penser. J’ai été surpris de voir à quel point cette facette du présentateur était connue dans son environnement professionnel, mais pas hors de la RTS. Une omerta à la mesure de l’épaisseur du personnage. »
    2. De fausses identités sur les réseaux sociaux

    Des alertes, la direction de la RTS en a pourtant reçu. « Tout le monde sait, mais personne ne fait rien » : c’est l’intuition qui anime Thomas Wiesel en 2017 lorsque le mouvement #MeToo libère la parole des victimes d’abus. Le jeune humoriste a rencontré Darius Rochebin en 2015 alors qu’il débutait dans le métier. « Quand il m’a contacté professionnellement, il faisait des remarques sur mon physique, me proposait de se voir pour une émission ou un verre, voulait mon numéro de téléphone plutôt que mon e-mail. Plusieurs personnes m’avaient mis en garde. J’ai immédiatement mis des barrières et il n’a pas insisté. »

    S’il ne s’est pas senti lui-même en danger, Thomas Wiesel craint que d’autres personnes ne restent silencieuses par peur des conséquences ou par honte de s’être laissé amadouer. D’autant que le Vaudois s’interroge depuis longtemps sur l’utilisation des réseaux sociaux par Darius Rochebin : alerté par plusieurs personnes, il soupçonne le présentateur d’avoir créé de faux comptes de femmes sur Facebook pour entrer en contact avec de jeunes hommes, dont certains de ses amis. Pour en avoir le cœur net, l’humoriste commence à enquêter.
    Une campagne « No Billag » très sensible

    A l’automne 2017, peu avant la votation sur l’initiative « No Billag » qui visait à supprimer la redevance radio-TV, Thomas Wiesel contacte le nouveau directeur de la RTS, Pascal Crittin, en poste depuis quelques mois seulement, afin de l’interpeller sur le sujet. Que savait la direction de la réputation de Darius Rochebin et de l’alerte formelle lancée par Clémence ? « Affirmant n’être au courant de rien, Pascal Crittin a fait part de son étonnement, raconte l’humoriste. Il m’a toutefois assuré qu’il ferait toute la lumière sur l’affaire et que Darius Rochebin serait suspendu si une plainte contre lui était déposée. »

    La direction de la RTS confirme aujourd’hui ces échanges. « Nous avons pris très au sérieux les propos de Thomas Wiesel et l’avons invité à nous fournir des éléments concrets, ainsi qu’à inciter les personnes concernées à prendre contact avec la justice, souligne Pascal Crittin. Toutefois et à ce jour, nous n’avons reçu aucune preuve, aucun document, ni aucun témoignage direct. » Pour Thomas Wiesel, il est « surprenant que l’entreprise n’ait jamais cherché à enquêter elle-même en profondeur, suite aux rumeurs qui circulaient depuis des années et encore plus suite à ce signalement ».

    Après l’intervention de l’humoriste, le nouveau directeur convoque néanmoins Darius Rochebin, une information confirmée par la direction de la RTS : « Nous lui avons fermement et formellement rappelé nos règles professionnelles concernant la présence sur les réseaux sociaux. » Selon nos informations, l’intéressé aurait reconnu, lors de l’entretien, l’existence de ces comptes Facebook mais affirmé qu’ils étaient gérés par des amis. Aujourd’hui, ces comptes Facebook ont été nettoyés.

    Si l’éventualité que les faux comptes mentionnés par Thomas Wiesel aient été gérés par des personnes voulant nuire à la réputation de Darius Rochebin a longtemps été évoquée, Le Temps a aujourd’hui la preuve qu’il n’en est rien. C’est bien l’ancien présentateur de la RTS qui a usé de fausses identités créées de toutes pièces pour entrer en contact tant avec des collègues qu’avec des inconnus. Il s’en est notamment servi pour obtenir des informations sur leur vie privée et orchestrer des rendez-vous. Une dizaine d’entre eux, contactés par Darius Rochebin entre 2009 et 2017, nous ont livré leur récit. L’un était mineur au moment des faits. Par souci de concision, tous ces témoignages n’ont pas été reproduits ici.
    Les mystérieuses Laetitia Krauer et Lea Magnin

    Sur Facebook, le présentateur a créé au moins deux fausses identités formellement identifiées : Laetitia Krauer et Lea Magnin. La première ayant de loin été la plus active. Toutes deux sont supposées être étudiantes à l’Université de Genève. Sur leur photo de profil, dont on ignore la provenance, elles semblent très jeunes.

    Dans plusieurs conversations en ligne datant de 2012 que Le Temps a pu obtenir, Darius Rochebin évoque ouvertement son stratagème. « Tu veux voir l’un de mes avatars ? » questionne le présentateur, avant d’ajouter : « Regarde Laetitia Krauer, elle t’a envoyé un message », le tout accompagné d’une capture d’écran. « Sur Facebook, si Lea Magnin poste ça va ? Ou tu la trouves faux profil ? » poursuit Darius Rochebin dans une autre conversation. « J’ai aussi le code de mon ex mais je l’utilise pas trop, écrit-il encore. Les plus malins voient qu’il n’y a pas de vraie activité normale, mais si une fois tu veux sonder des gens (...) c’est génial comme les gens se livrent... » Le compte à travers lequel il s’exprime a été créé à partir de son ancienne adresse mail professionnelle de la RTS.

    Juriste en droit des technologies, Mikhaël Salamin précise que « l’utilisation d’une photo de profil – une donnée personnelle – pourrait être considérée comme une usurpation d’identité » puisque celle-ci est définie comme « l’usage abusif de données personnelles d’une tierce personne permettant son identification ». « L’usurpation d’identité en tant que telle ne figure pour l’instant pas dans le Code pénal suisse et ne peut donc être réprimée que si elle est liée à d’autres méfaits, comme l’atteinte à l’honneur, la violation de la personnalité, voire le harcèlement, détaille le juriste. Elle devrait néanmoins être introduite d’ici deux ans à la faveur d’une révision complète de la loi sur la protection des données, en l’absence d’un référendum populaire. »

    Une systématique précise

    Le procédé mis en place par Darius Rochebin obéit à une systématique précise, tant sur l’approche que sur les personnes ciblées. Ce sont, pour la plupart, de jeunes étudiants, stagiaires journalistes ou engagés en politique. Des individus qui, un jour ou l’autre, pourraient avoir besoin des médias et qui, de prime abord, ont toutes les raisons d’être flattés que Darius Rochebin s’intéresse à eux. Les conversations avec l’animateur débouchent d’ailleurs régulièrement sur des invitations à venir visiter les locaux de la RTS, voire à intervenir sur le plateau du téléjournal.

    Le premier contact intervient souvent après une première et modeste apparition à l’antenne, un événement ou encore un débat estudiantin auquel Darius Rochebin participe en tant qu’invité de marque. La plupart du temps, les internautes contactés croient parler à deux personnes distinctes : Darius Rochebin et une jeune étudiante – soit Laetitia Krauer, soit Lea Magnin. Ils ignorent que le présentateur mène en réalité ces deux discussions en même temps. Systématiquement, le présentateur star, dissimulé sous les traits de ces jeunes femmes, invite son interlocuteur à répandre des rumeurs à son propre sujet : « tu sais que Darius a une mini-bite ? », « son mini-kiki ne dépasse pas la taille de sa main en pleine action », « un dé à coudre » – et insiste sur la nécessité d’en parler.

    Une fois le domaine de la sexualité mis en avant, les questions de Laetitia Krauer ou de Lea Magnin au sujet de l’anatomie de leurs interlocuteurs s’enchaînent. Elles sondent les pratiques et les préférences sexuelles de ces derniers, demandent leur avis au sujet de Darius Rochebin. Sous les traits de Laetitia Krauer et de Lea Magnin, le présentateur cherche même à entraîner ses interlocuteurs sur le terrain de la critique insultante envers lui-même. Dans quel dessein tente-t-il de susciter de telles accusations ? Que fait-il des informations ainsi récoltées ? Ces questions restent ouvertes.

    Au fil des années, le procédé commence à éveiller des soupçons. Certaines cibles, alertées par d’autres, font rapidement le rapprochement entre Lea Magnin, Laetitia Krauer et Darius Rochebin et mettent un terme à la discussion. Pensant parler à une vraie femme, d’autres poursuivent en revanche l’échange et « se livrent ».

    A noter qu’une certaine Laetitia Krauer intervient également dans les médias pour saluer les performances de Darius Rochebin. Dans Télétop Matin en 2007 : « Merci à Darius Rochebin pour le merveilleux moment de « Pardonnez-moi » avec Mimie Mathy. A la fois drôle, piquant, émouvant à certains moments. » Idem en 2013, dans le guide TV et cinéma encarté dans La Liberté : « Sympa, l’initiative. J’adore Darius Rochebin qui est classe avec une pointe d’humour. »
    Un mineur trompé par un faux profil

    Plusieurs jeunes hommes révèlent avoir été visés par ces doubles approches en ligne. Samuel* a 16 ans lorsqu’il rencontre pour la première fois Darius Rochebin. Le collégien genevois s’intéresse à la politique, aux médias, et milite dans la section jeune d’un parti. A ses yeux, l’animateur est un modèle de réussite, une icône. En avril 2012, il est contacté sur Facebook par une certaine Laetitia Krauer qui lui parle immédiatement du petit pénis de Darius Rochebin, cherche à savoir ce qu’il pense de lui et lui demande son âge. Samuel répond qu’il a 17 ans – arrondissant son âge à la hausse, à quelques mois de son anniversaire. Le lendemain, l’adolescent reçoit une invitation Facebook de Darius Rochebin lui-même. Troublé par cette coïncidence, il en fait état au présentateur. Ce dernier lui répond que Laetitia Krauer est une « copine de son ex », « chaude comme la braise » et l’incite à tenter sa chance.

    Par la suite – la conversation durera plus d’un an – Darius Rochebin s’intéresse à la vie de Samuel, lui propose de visiter les coulisses de la RTS avec des camarades, promet de lui donner des conseils professionnels. « Il a instauré une forme de camaraderie entre nous, il adoptait le langage d’un pote, me donnait des conseils de drague », souligne Samuel, alors mis en confiance. En parallèle, Laetitia Krauer lui suggère de répandre les rumeurs précitées quant à l’anatomie de Darius Rochebin et s’évertue par tous les moyens à connaître la taille du sexe de Samuel, ce qu’elle n’obtiendra pas. Au fil du temps, Samuel commence à douter de l’identité de Laetitia Krauer qui l’inonde de messages, et s’en ouvre à Darius Rochebin. Le présentateur rassure immédiatement le collégien, tout en se distanciant de Laetitia Krauer : « Je pense qu’elle existe, mais elle est instrumentalisée par mon ex », dit-il.

    Samuel ne répondra plus aux sollicitations de Laetitia Krauer, mais acceptera trois rendez-vous avec Darius Rochebin. A deux reprises, le présentateur le convie au pied de la tour RTS. Le jour du premier rendez-vous, l’adolescent est impatient de partager un moment privilégié avec une star de l’audiovisuel. S’attendant à retrouver le présentateur pour un café à la RTS, il est étonné d’être invité à monter dans sa voiture garée dans un parking souterrain, après avoir marché quelques minutes dans la rue. « Je l’ai suivi mécaniquement sans poser de questions, raconte Samuel. J’étais intimidé, mais exalté. Avec le recul, je me dis que des alertes auraient dû sonner. » Ils roulent pendant quinze minutes avant que Darius Rochebin ne le dépose devant un hôtel proche de la gare. En rentrant chez lui, Samuel, « interloqué et un peu honteux », esquive les questions de ses parents, curieux de savoir comment s’est déroulée la rencontre avec celui qu’ils voient comme un modèle pour leur jeune fils.

    Le lendemain, Darius Rochebin s’excuse pour la brièveté du rendez-vous et lui propose un café. Lors de cette rencontre et de la suivante, le présentateur tient des propos salaces au jeune homme toujours mineur : « C’est vrai que les collégiennes sucent de bon cœur ? » « Tu baises qui en ce moment ? » Des questions qui achèvent de dérouter Samuel, au stade de ses premières expériences sexuelles. Avec le recul, il peine encore à mettre des mots sur ce qu’il a ressenti : un mélange de dégoût, de gêne, mais surtout le sentiment d’avoir été piégé.
    « J’ai l’impression d’avoir été manipulé »

    Dylan* et Sébastien* ont eux aussi été contactés par Darius Rochebin et son avatar Laetitia Krauer, respectivement en 2009 et 2011. Pour Dylan, 18 ans à l’époque, qui rêve de devenir journaliste, Darius Rochebin est un « modèle de réussite ». Lorsque le présentateur entame la discussion, l’adolescent déchante : « J’ai immédiatement senti une ambiguïté dans sa manière de me parler, il n’avait pas l’air détaché, mais au contraire très intéressé. » Très vite, Darius Rochebin lui propose un rendez-vous, que Dylan annule au dernier moment, prétextant une grippe. « Une star de son envergure qui invite un jeune étudiant à boire un verre, je ne le sentais pas, j’avais peur. J’en avais parlé à mes parents qui avaient aussi été intrigués par l’invitation et m’avaient conseillé de décliner. » A l’époque, un autre indice avait aussi alerté Dylan : les étranges conversations avec Laetitia Krauer qui ne cesse d’évoquer l’anatomie de Darius Rochebin. « J’ai discuté avec elle durant des mois, sans jamais la voir. Lorsque je proposais un rendez-vous, elle esquivait toujours, elle jouait à un jeu malsain. J’ai vraiment l’impression d’avoir été manipulé. »

    Avec Sébastien, Darius Rochebin évoque d’emblée Laetitia Krauer, « amie commune » sur Facebook, dont il se sert pour justifier un premier échange. « Il m’a dit qu’il avait appris que cette fille me parlait et qu’il ne fallait pas que je rentre dans son jeu. J’ai trouvé cette approche très bizarre. J’étais agacé par ces histoires qui ne me regardaient pas. » Alors qu’ils se connaissent à peine, Darius Rochebin lui propose d’intervenir dans le cadre d’un débat à la RTS. « Ça m’a semblé étrange comme proposition, se souvient Sébastien. Comme s’il mélangeait les casquettes privée et professionnelle. Par la suite, il m’écrivait souvent pour me proposer de boire des cafés. Il m’a recontacté quand j’ai commencé dans le métier, pour me reparler de Laetitia Krauer, parfois jusqu’à 3h ou 4h du matin. Au point que ma copine de l’époque l’a remarqué. J’ai fini par couper les ponts. En en parlant autour de moi, j’ai réalisé que d’autres jeunes étaient concernés, à Genève et au-delà. »
    Les médias, un monde comme les autres

    Entre les personnes contactées, le mot circule en effet largement. A tel point qu’à l’aube de la votation sur l’initiative « No Billag », en 2018, plusieurs médias romands s’intéressent de près aux mystérieux avatars de Darius Rochebin. Selon plusieurs sources concordantes, la direction va alors jusqu’à mettre en place une stratégie de communication de crise pour parer à l’éventualité d’un scandale. Sans que celle-ci doive, pour finir, être actionnée.

    Contacté, Darius Rochebin a répondu par l’intermédiaire de son avocat. Il « conteste fermement s’être livré à des actes pénalement répréhensibles » et précise n’avoir « jamais fait l’objet d’une plainte pénale, ni a fortiori d’une quelconque condamnation pénale ».

    Baiser de force, main placée sur les parties génitales, propos déplacés, allusions sexuelles : la direction de la RTS était-elle au courant de tels comportements ? « Tout comportement déplacé et blessant dans le cadre professionnel, de quelque nature que ce soit, est incompatible avec les valeurs de notre entreprise et la RTS les condamne avec force, précise Pascal Crittin. Lorsque des cas sont portés à notre connaissance, ils sont immédiatement traités, le cas échéant avec une enquête externe indépendante. Selon les conclusions de l’enquête, des sanctions sont prises allant jusqu’au licenciement immédiat. »

    En novembre 2017, Darius Rochebin saluait lui-même la « libération de la parole » liée au mouvement #MeToo. Née dans le monde du cinéma, la vague de dénonciations s’est étendue à tous les secteurs. Dans l’univers médiatique toutefois, certains tabous continuent de persister, mais comme partout ailleurs, des voix commencent à s’élever.

    https://www.letemps.ch/suisse/rts-darius-rochebin-loi-silence
    #Suisse #sexisme #me_too #harcèlement_sexuel #MeToo #silence #omerta #dysfonctionnement #mobbing #plainte_collective #harcèlement #confidentialité #main_baladeuse #Laetitia_Krauer #fausse_identité #Lea_Magnin #avatars

    • #MeToo : mis en cause dans une enquête, Darius Rochebin se met en retrait de #LCI « quelques jours »

      L’ex-présentateur phare du journal télévisé suisse est accusé de comportements déplacés par une enquête du Temps.

      Trois ans après l’affaire #MeToo, une enquête du média suisse Le Temps vient ébranler une nouvelle icône médiatique. Ce samedi 31 octobre, un article du quotidien a mis en lumière des comportements sexistes et troublants au sein de RTS, la Radio télévision suisse. Après plusieurs mois de recherches, les trois auteurs de l’enquête dénoncent « des comportements pour le moins problématiques de la part de plusieurs collaborateurs du service public ». Ces actions sont survenues « à partir du début des années 2000 » et certaines étaient connues par les équipes de RTS, ajoutent les journalistes.

      Le cas le plus frappant concerne une « star » du petit écran helvétique, Darius Rochebin. Le journaliste, ancien présentateur du journal télévisé de RTS et désormais sur LCI est soupçonné de comportements « inadéquats », dont des « mains glissées sous les chemises de collègues masculins, allusions salaces récurrentes ou encore proximité avec de jeunes hommes ».

      Une collaboratrice l’ayant croisé dans un couloir raconte : « subitement, il a pris mon visage dans ses mains et a essayé de m’embrasser. Je l’ai immédiatement repoussé. Il est parti de manière furtive, sans me regarder ni présenter d’excuses ». Une autre se souvient d’un moment survenu peu après le Nouvel an 2006 : « Il s’est approché de moi, je l’ai pris par l’épaule pour lui faire la bise, il a saisi ma main libre et l’a fermement posée sur ses parties génitales ».

      Le présentateur est aussi accusé d’utiliser son influence pour rencontrer des étudiants d’une vingtaine d’années, avec lesquels il a des relations ambiguës. Il aurait également créé de faux profils de jeunes femmes sur Facebook pour « entrer en contact avec de jeunes hommes ». Il se serait servi de ces profils pour « obtenir des informations sur leur vie privée et orchestrer des rendez-vous », révèle Le Temps. Les conversations pouvaient aussi prendre une autre tournure : « Sous les traits de [ces faux comptes], le présentateur cherche même à entraîner ses interlocuteurs sur le terrain de la critique insultante envers lui-même », ajoute l’enquête.
      Darius Rochebin se met à l’écart « quelques jours » de LCI

      Visé par ces accusations, Darius Rochebin a répondu aux journalistes par l’intermédiaire de son avocat, contestant « fermement s’être livré à des actes pénalement répréhensibles ». « Jamais je n’ai fait l’objet d’une plainte. Jamais je n’ai eu de relation non consentie ou illicite. Je me battrai donc contre les amalgames, les ragots ou les insinuations dont je suis victime et j’examine avec mon avocat la suite judiciaire que je donnerai », a-t-il réagi, se disant « choqué par le récit malveillant » du Temps, qu’il juge « émaillé de propos anonymes ». « Jamais je n’en ai fait une position de pouvoir. Je n’ai d’ailleurs jamais exercé d’autorité hiérarchique. C’est dire combien il est faux que j’ai pu obtenir des échanges de faveurs et imposer une loi du silence pour couvrir des comportements illicites, s’ils avaient existé », conteste-t-il.

      Actuellement présentateur d’une émission sur LCI, Le 20h de Darius Rochebin, diffusée du lundi au jeudi entre 20h et 21h15, le journaliste ajoute avoir « demandé à LCI de [le] libérer quelques jours pour être auprès de [sa] famille ». « L’expérience de l’actualité m’a appris que tout pathos est inutile mais je tiens à dire combien je suis blessé par des attaques injustes. J’en suis d’autant plus déterminé », conclut-il.

      De son côté, le groupe TF1 a expliqué au Figaro n’avoir eu connaissance d’« aucun incident de cette nature » signalé au sein de la rédaction de LCI à l’encontre du journaliste. Le média « rappelle être très attaché à la présomption d’innocence, suit très attentivement cette affaire et prendra les mesures qui s’imposent selon son évolution. L’entreprise, qui sensibilise régulièrement ses collaborateurs, rappelle mener une politique active contre toute forme de harcèlement ».
      La direction de RTS se dit « consternée par la gravité et l’ampleur des faits reprochés »

      Parmi les exemples repérés par les auteurs figure également « Robert », un cadre toujours en poste et accusé, entre 2005 et 2015, de nombreux actes répréhensibles par « une quinzaine d’employés du service public ». Harcèlement sexuel, SMS suggestifs, envoi de lettres « vicieuses »... Les actions de ce cadre entraînent une dégradation du cadre de travail, provoquent des burn-out d’employés et il finit par être écarté par sa direction dans un « placard doré », après qu’une employée assure avoir « récolté toutes les preuves (lettres, SMS) du harcèlement sur plus d’un an de la part de Robert à son encontre et demande des actes ».

      La direction de RTS, quant à elle, nous assure être « consternée par la gravité et l’ampleur des faits reprochés. Si ces faits sont avérés, la RTS les condamne avec la plus grande fermeté. » Elle ajoute : « La RTS rejette fermement toute accusation de laxisme dans la gestion des cas de harcèlement ou de protection de ses collaborateurs. Les cas portés à la connaissance de la direction sont toujours traités avec diligence et de manière professionnelle, y compris avec le recours à des enquêtes externes. »

      Concernant Darius Rochebin, la direction indique avoir été uniquement informée « des faux profils ». « Nous allons vérifier toutes les informations figurant dans cet article, réexaminer ses processus internes et prendre toutes les mesures nécessaires pour les améliorer le cas échéant », ajoute notre source, défendant les outils mis en place au sein de l’entreprise pour « libérer la parole (...) et signaler tous cas problématiques ».

      « Plusieurs rédactions ont travaillé ces dernières années sur les manquements de l’institution RTS au sujet d’affaires similaires, sans jamais toutefois aboutir. Si nous y parvenons aujourd’hui, c’est au prix d’un travail acharné et d’une minutieuse collecte de faits », explique Le Temps dans un édito cinglant. Le quotidien, qui défend ses « trois courageux journalistes », juge que leur enquête a un « intérêt public » : « tout a été fait pour mettre sous cloche des comportements inacceptables » au sein de RTS, et le journaliste Darius Rochebin, l’une des anciennes figures de proue du groupe, n’a « pas été à la hauteur » de sa réputation de « modèle pour la profession et le grand public ».

      https://www.lefigaro.fr/medias/plusieurs-figures-du-media-suisse-rts-accusees-de-comportements-deplaces-20

    • Entre Darius Rochebin et la France, la désillusion

      La presse française relaie avec stupéfaction l’enquête du « Temps » sur les agissements du présentateur vedette, aujourd’hui en poste à LCI. Il annonce se mettre en retrait « quelques jours »

      Après le concert de louanges, la stupéfaction. Samedi, la presse française a découvert avec effarement les révélations du Temps sur le présentateur vedette Darius Rochebin, accusé d’avoir eu des comportements déplacés pendant sa carrière à la RTS. « Il était la curiosité de la rentrée médiatique française », rappelle le quotidien Libération dans un article relatant les faits. De son côté, Le Parisien juge que cette enquête « va faire de gros remous à LCI », en référence à la chaîne française qui a réalisé le transfert surprise de l’intervieweur suisse.

      Prévue à 14 heures ce samedi, son émission de « grands entretiens » a été remplacée par une discussion entre David Pujadas et le professeur controversé Didier Raoult. LCI s’apprête-t-elle à tirer la prise ? Contacté par Le Figaro, le groupe TF1, propriétaire de la chaîne, assure n’avoir eu connaissance d’« aucun incident de cette nature » au sein de la rédaction de LCI.
      « Des attaques injustes »

      Le média français « rappelle être très attaché à la présomption d’innocence, suit très attentivement cette affaire et prendra les mesures qui s’imposent selon son évolution. L’entreprise, qui sensibilise régulièrement ses collaborateurs, rappelle mener une politique active contre toute forme de harcèlement ». Egalement sollicité par Le Figaro, Darius Rochebin indique se mettre en retrait « quelques jours ». « L’expérience de l’actualité m’a appris que tout pathos est inutile mais je tiens à dire combien je suis blessé par des attaques injustes. J’en suis d’autant plus déterminé », indique-t-il, examinant avec son avocat « la suite judiciaire » à donner.

      En septembre, son arrivée a au départ intrigué le landerneau médiatique parisien, peu habitué à intégrer de nouvelles recrues en provenance de l’étranger. L’animateur occupe la tranche du soir sur LCI. Son nom figure en majesté dans le titre de l’émission : Le 20H de Darius Rochebin. A une heure hautement concurrentielle, le journaliste reçoit des personnalités de premier plan pour commenter l’actualité. Dernier en date : l’ancien président socialiste François Hollande.
      Des compétences professionnelles reconnues

      Cette confiance, il la doit au patron de la chaîne d’information en continu, Thierry Thuillier, séduit par son intervention virale dans une émission de David Pujadas en novembre 2019. « Darius possède à la fois une immense culture politique et historique de notre pays et, en tant qu’étranger, il nous regarde avec beaucoup de décalage. On avait besoin de cette distance amusée qu’il nourrit sur nos querelles, nos passions », expliquait-il à Libération dans un portrait consacré au présentateur.

      Dans ce texte, le quotidien saluait son ton modéré, qui tranche avec le traditionnel désordre des plateaux de télévision français. Ce talent devait l’amener à suivre de près l’élection présidentielle de 2022. Libération l’imaginait alors en modérateur du débat de l’entre-deux-tours, moment décisif dans la vie démocratique du pays. L’enquête du Temps pourrait-elle mettre un coup d’arrêt à sa récente et fulgurante carrière française ?

      https://www.letemps.ch/monde/entre-darius-rochebin-france-desillusion

    • Suite aux révélations du Temps, la RTS « réfute toute accusation de laxisme »

      La direction de la chaîne publique a réagi samedi au contenu de l’enquête du jour faisant état de plusieurs comportements problématiques visant notamment l’ancien présentateur phare Darius Rochebin. Les collaborateurs ont par ailleurs été informés par un message interne

      « La RTS rejette fermement toute accusation de laxisme dans la gestion des cas de harcèlement ou de protection de ses collaborateurs. » Samedi matin, la direction du service public a réagi, par voie de communiqué, à l’enquête du Temps faisant état de comportements problématiques de la part de plusieurs collaborateurs dont l’ancien présentateur phare Darius Rochebin. Elle réfute fermement avoir eu connaissance des faits évoqués.

      Comportements déplacés, allusions salaces, utilisation de fausses identités sur les réseaux sociaux : notre article rapporte plusieurs dysfonctionnements de la part du journaliste qui travaille aujourd’hui pour la chaîne française LCI. A son propos, la direction de la RTS poursuit : « Si les témoignages concernant les comportements de Darius Rochebin sont confirmés, la RTS fait part de sa consternation et condamne avec force tout manquement ou écart de conduite. »

      Trois outils pour « libérer la parole »

      La chaîne publique insiste par ailleurs sur sa politique en matière de gestion des cas de harcèlement : « Les cas portés à la connaissance de la direction sont toujours traités avec diligence et de manière professionnelle, y compris avec le recours à des enquêtes externes. » Par quels moyens un collaborateur peut-il effectuer une dénonciation ? « Outre la communication auprès de la hiérarchie directe, la RTS dispose de trois outils efficaces propices à libérer la parole, en vigueur depuis plusieurs années. » Le communiqué de presse mentionne d’une part une « plateforme de whistleblowing », d’autre part un « groupe de médiation interne » et, enfin, une « directive précise » qui concerne tout type de harcèlement.

      Un dispositif certifié

      Enfin, la direction de la RTS rappelle que cet arsenal fait l’objet de la certification Edge (certification de standard international Edge sur les entreprises favorisant l’égalité des genres). « La RTS invite toute personne concernée à utiliser ces différents moyens, en tout temps, afin qu’elle puisse agir rapidement et fermement, dans le respect de la protection de la personnalité et améliorer encore la gestion de tels cas. »

      Un message interne

      Les collaborateurs de la chaîne publique ont par ailleurs reçu ce matin un message à propos de ces révélations, dont la teneur est proche du communiqué de presse. Pascal Crittin, directeur de la RTS, sera présent à l’émission Forum de RTS La Première (18h-19h) et au 19h30, très probablement pour revenir sur l’affaire.

      https://www.letemps.ch/suisse/suite-aux-revelations-temps-rts-refute-toute-accusation-laxisme

    • La RTS réagit après l’annonce de cas de harcèlement dans ses murs

      Le quotidien Le Temps publie samedi une enquête sur de supposés cas de harcèlement au sein de la RTS. Les faits relatés concerneraient plusieurs collaborateurs, dont l’ancien présentateur du 19h30 Darius Rochebin. La RTS a réagi en prenant acte de l’enquête et en condamnant fermement les agissements décrits s’ils sont vérifiés.

      Selon les témoignages recueillis par le quotidien, l’ex-présentateur du 19h30 aurait eu des gestes déplacés envers des collègues hommes et femmes. Des cas de harcèlement impliquant d’autres collaborateurs de la RTS sont également mentionnés dans l’article du Temps.

      La RTS a réagi samedi en rejetant fermement toute accusation de laxisme dans la gestion des cas de harcèlement ou de protection de ses collaborateurs et collaboratrices. Les cas portés à la connaissance de la direction sont toujours traités « avec diligence et de manière professionnelle, y compris avec le recours à des enquêtes externes », explique-t-elle dans un communiqué.

      Interrogé dans l’émission Forum, le directeur de la RTS, Pascal Crittin, s’est dit « consterné » par ces révélations. « Si ces faits sont avérés, ils sont graves. Ces agissements sont totalement inacceptables et contraires aux valeurs et aux pratiques de la RTS », a-t-il expliqué.

      Concernant le cas de l’ancien présentateur du 19h30, « il y a eu beaucoup de rumeurs », concède Pascal Crittin. « Le problème pour nous, c’est de pouvoir agir sur des témoignages, et pas des rumeurs. Si nous avions eu un seul des témoignages parus dans Le Temps, nous aurions pu agir avec une enquête externe », développe le directeur de la RTS.
      Améliorer les outils

      La RTS précise qu’elle va vérifier toutes les informations figurant dans l’article du Temps, réexaminer ses processus internes et prendre toutes les mesures nécessaires pour les améliorer le cas échéant.

      Outre la communication auprès de la hiérarchie directe, la RTS rappelle qu’elle dispose d’outils « propices à libérer la parole ». Ainsi, la SSR a mis en place une plateforme anonyme d’annonce de cas. En outre, la RTS dispose depuis 1998 d’un groupe de médiation paritaire à l’interne et d’une directement certifiée concernant le harcèlement.

      Mais au regard des révélations du Temps, « on voit que tout le dispositif qui est en place ne fonctionne pas encore suffisamment bien », admet Pascal Crittin dans Forum.

      Le directeur de la RTS indique que ces procédures seront réexaminées et des mesures seront prises pour les améliorer.

      https://www.rts.ch/info/suisse/11717841-la-rts-reagit-apres-lannonce-de-cas-de-harcelement-dans-ses-murs.html
      #abus_de_pouvoir

  • Le 20 décembre 2019, je reçois, par mail, ce message de "pub" d’une formation qui nous est proposée dans notre #université (#Université_Grenoble_Alpes) :

    L’#UGA nous informe de la mise en place à la formation #communication_assertive et bienveillante dans les relations professionnelles .

    Deux sessions au choix sont ouvertes :

    Soit les 29 & 30 juin 2020
    soit les 03 & 04 décembre 2020

    La date limite d’inscription est : j - 15 avant la date de la formation

    La formation est placée sous le thème " #efficacité professionnelle ".

    Objectifs de la formation :

    A l’issue de la formation, les participants seront capables de :

    – Décoder leur comportement et celui des autres dans les relations professionnelles

    – Communiquer avec #tact et #diplomatie

    – Etablir des #attitudes_positives au quotidien

    – Développer des relations professionnelles harmonieuses et efficaces

    Programme :

    1. Prendre conscience de son comportement

    – Identifier les raisons de ne pas de comprendre

    – Comprendre l’image que l’on renvoie à ses interlocuteurs

    – Prendre conscience de l’image de sa communication écrite

    – Identifier son comportement dans les situations relationnelles

    2. Savoir dialoguer avec tact et souplesse

    – Pratiquer l’écoute active et savoir utiliser les 5 types de questions

    – Utiliser les 3 techniques de reformulation

    – Améliorer sa communication non verbale

    – Etre congruent entre son langage verbal et non-verbal

    – Ajuster sa communication à son interlocuteur

    – Choisir son vocabulaire pour communiquer avec précision et tact à l’écrit

    3. Savoir soutenir une position claire et diplomate

    – Etre assertif : utiliser la méthode DESC

    – Exprimer son avis sans juger l’autre

    – Formuler des critiques constructives

    – Faire face aux critiques

    – Formuler un refus sans provoquer de tension

    – Faire et accepter des compliments dans le monde professionnel

    Durée : 2 jours

    Public : Toute personne souhaitant optimiser sa communication afin d’améliorer ses relations professionnelles

    –--------

    Sur ce, je réponds à une collègue, en colère :

    Plus de moyens, moins de compétition, moins de darwinisme social résoudrait la moitié des problèmes sans formations à la communication bienveillante !

    –-> je fais évidemment allusion aux propos tenus par #Antoine_Petit (à la tête du #CNRS) qui a appelé à une loi « darwinienne » pour le financement de la #recherche. « Une loi ambitieuse, inégalitaire — oui, inégalitaire, une loi vertueuse et darwinienne, qui encourage les scientifiques, équipes, laboratoires, établissements les plus performants à l’échelle internationale, une loi qui mobilise les énergies. »
    https://seenthis.net/messages/815560

    #formation #bienveillance #communication_bienveillante #travail #relations_professionnelles #inégalités #performance #compétition #attitude_positive #harmonie #hypocrisie #image #tact #souplesse #écoute_active #techniques_de_reformulation #communication #communication_non_verbale #langage_verbal #langage_non-verbal #vocabulaire #méthode_DESC #critiques_constructives

    • Et parallèlement à l’#Université d’#Amsterdam... la week of #work_stress !

      Message from the works council

      Dear all,

      The week of 11th of November is the week of work stress. It is the week where the university brings out its petting puppies, makes you bikeblend your smoothie, and has you beat a few djembe tunes to let go of your #stress. Some might argue that it is a nice gesture of the employer, but we of the FNV in the OR find it a slap in the face of the employee. It adds insult to injury.

      This waste of money again shows that the faculty is not taking work pressure seriously. We said it last year, and we said it again this year: “stop monkeying around and actually deal with the causes of work pressure”. Work pressure is not that difficult. There are either too many tasks for the number of people, or there are not enough people for the number of tasks. So the answers are also simple. If an organization is financially healthy, you hire more people. If the organization is financially unhealthy, you are stuck with reducing the tasks. There is no rocket science involved.

      Yet as you can see in this week of work stress, the faculty seems keen to responsiblize the individual for the work pressure he or she is experiencing. This leads to offers such as #time_management (we just received an email that there are two spots still available), #yoga, and #mindfulness. But these are just bandaids ("lapjes voor het bloeden" as the Dutch expression goes) that obscure the structural faults of the system. There are too many administration processes. There is too much institutional distrust that you are not doing your work correctly leading to for instance to ’#jaargesprekken' being moments where you defend yourself instead of discussing how you would like to grow as a professional. There are criteria for promotion that seem to change during the process. We have to accept budget cuts in our teaching programme while at the same time the faculty wants to start new programmes that make new claims on budget and staff.

      Recently, our support staff at EOSS was confronted with a report that was framed as research about the high work pressure they are experiencing. Yet it actually placed all the blame at the staff of EOSS and suggested their so-called inefficient work and non-conformance to instructions from management was the cause of their work pressure. Another signal that work pressure is not taking seriously by management and the individual employee is again responsibilized for his or her work’ stress’. The Works Council will keep pushing the Faculty and the UvA to make meaningful structural changes that address work pressure instead of blaming the victim. Namaste.

      XXXX (FNV Works Council Representative)

      Reçu via email d’une amie/collègue qui y travaille...

    • Et petit exemple d’#Angleterre (#UK):

      Universities have driven their workers into the ground. That’s why I’m striking

      Our eight days of action are in response to a marketised sector that has prioritised profit over the welfare of staff and students.

      Workers in higher education across the UK are on strike. One of the reasons we are striking is because of the poor conditions we face today – which were, in large part, decided by the 2010 election.

      Nearly a decade ago, the Tory and Lib Dem coalition government conspired to transform higher education, unleashing the forces of marketisation. The physical and emotional landscape of the university has fundamentally changed in the intervening years. The devastation wrought cannot be overstated. Contrary to justifications for reform by Tories and Lib Dems, the contemporary university is not sustainable, and reforms have reduced standards and entrenched inequality.

      In public discussion of the – shameful – tripling of student fees and mounting student debt, the changes to university funding that this brought about are often neglected. The 2010 coalition government replaced the old system of block grants with money paid per student per course, and lifted the cap on the number of student places available. Now, universities compete for funding by competing for students, with each other, and between their own departments.

      Most remarkably, this was done in the name of improving standards. It has left its scars on the physical landscape of universities, no longer able to fit in the number of students they have enrolled, and the springing up of new buildings, luxury accommodation and gyms all designed to attract prospective students. If the modern university has a soundtrack, it would be constant drilling for the construction of new, shiny buildings, temples to “student satisfaction”.

      Marketisation does not mean the immediate insertion of the profit motive into previously public goods. It means, at least in the first instance, making those public goods profitable. Students are in more and more debt, workers are paid less and less, while private companies and developers are given access to a potentially lucrative market.

      What does this mean for workers in higher education? They face a proliferation of perverse incentives: instead of research and teaching, lecturers are expected to take part in a perpetual recruitment drive. Instead of supporting students emotionally and academically, staff in student services, often facing cuts and “restructures”, are expected to act as the vanguard of “employability”.

      With more students, permanent staff are expected to take on more and more work. Temporary staff are expected to paper over structural gaps, providing a “flexible” workforce who are hired and fired in response to fluctuations in student numbers. Research shows that part-time staff and those on hourly rates are only paid for 55% of their work. Staff in general work, on average, the equivalent of two days unpaid per week. Given these low wages, many temporary staff are effectively paid less than the minimum wage.

      The expectations placed on staff cannot be met. It is not possible to produce the kind of work expected in the amount of time we are paid to do it. New methods of evaluation and student metrics create even more work, and overlook the key fact that asking students if they enjoyed a course reveals very little about whether that course was well-taught. Student services are stretched to breaking point, and instead of releasing the tension by, for example, increasing funding, services are instead outsourced, with trained counsellors replaced by generic “advisers” and, even, apps.

      When we say that the expectations on staff cannot be met, we mean that it is not possible to live under these conditions. There is nothing else left to squeeze. The doctrines of flexibility and precarity are in no way specific to higher education. They are paradigmatic of contemporary working practices. This means the struggle against precarity is not just a struggle for better conditions for academic workers – it is the insistence that a better life is possible for all of us. The disruption to teaching that comes from workers’ poor health, unnecessary pressure and precarity is much, much greater than the disruption caused by the cancellation of classes.

      Despite the deprivations of the picket line – early mornings, hours standing in the cold, lost pay – I have rarely seen colleagues so happy. The lifting of the neoliberal impulse to be constantly working, every interaction a chance for self-development, every minute a chance to get something done, has profound effects. Reclawing time from management’s extractive demands gives us a glimpse of how the university could be.

      The University and College Union dispute, which runs until next Wednesday, is about pay and pensions for some 43,000 members of the union, all working in academia. Even if we won on both counts, our futures, and the future of higher education, will not be secure without a fundamental rethink of the way in which universities are funded in the UK.

      We cannot afford to merely attempt to reform a marketised sector, based around fees. Almost 10 years on from the seismic higher education reforms of 2010, we face another general election. The only party now offering a rethink of fees and funding, rather than the shuffling of proverbial deckchairs, is Labour.

      We must not let students’ interests be pitted against workers. They are one and the same. So far during the strike, universities have bribed students to cross the picket line with gimmicks like free breakfast and free parking. They have attempted to ban solidarity action by students with a sustained campaign of misinformation, including the suggestion that joining picket lines is illegal and that students must cross them because they are members of NUS and not UCU. We are warned that students might feel anxious about the strike and that by picketing our workplaces we are letting them down.

      In these moments, management attempts to call upon a sense of duty we might feel towards our students. But as workers in higher education, we should not be content to merely provide a better version of the kind of education-as-commodity that management insists on.

      With our strike and the election, we have a chance to start fundamentally re-imagining the university. It’s the only thing that might save it.

      https://www.theguardian.com/commentisfree/2019/nov/28/universities-workers-strike-marketised-sector-money-staff
      #grève

    • Et hop une autre offre de formation arrivée ce jour dans ma boîte mail :

      "Mieux vivre ses émotions dans les relations professionnelles"

      Public : Tout collaborateur qui souhaite mieux vivre ses émotions afin de favoriser ses relations professionnelles.

      C’est classé dans la rubrique « #efficacité professionnelle »

      Et voici un aperçu du contenu :

      #intelligence_émotionnelle #émotions #réactions_émotionnelles_parasites #dysfonctionnement #mots #visage #corps #couleurs #saveurs #musique #timbres_psychologiques #élastiques_émotionnels #alexitymie #vague_des_émotions #pensée_positive #mots_déclencheurs #respiration

    • 10.12.2021, nouveau message des services centraux de notre université (qui semble de plus en plus inspirée !!) :

      Programme de #pause_active destiné à l’encadrement

      A l’attention des personnels en situation d’encadrement (cadres administratifs et techniques, responsables pédagogiques, responsables scientifiques)

      Madame, Monsieur,

      Suite à une expérimentation menée au printemps dernier et dans le cadre de l’accord-cadre Qualité de Vie au Travail de l’UGA, le SUAPS et la Direction de l’environnement social (DGDRH-DES) vous proposent des séances de Pause Active en visioconférence.

      Ces temps courts, de 20/25 mns vous permettront de :

      Bien débuter la journée

      Apprendre à apprivoiser le stress, prévenir le stress chronique

      Lutter contre l’épuisement professionnel

      – *Prévenir les troubles musculo-squelettiques

      Être plus efficace et concentré

      Ils se déroulent les jeudis à 8h et 8h30, jusqu’au 9 décembre pour le 1er semestre

      Puis au 2nd semestre, à partir du 13 janvier

      Pas d’inscription préalable, juste une connexion !

      Comment se déroulent les séances ?

      Séance à 8h00 : #Sophrologie :

      Prendre conscience des différentes parties de son corps

      Se libérer des tensions physiques, mentales et émotionnelles

      Respirer, se poser, prendre un temps pour soi

      Activer les capacités utiles pour sa journée de travail

      –-

      Séance à 8h30 : Réveil musculaire en douceur :

      Étirements légers, respiration, focus sur l’ensemble du dos pour dénouer les tensions.

    • J’avais oublié d’ajouté cela sur ce fil :

      Arrive aujourd’hui, 21.10.2020, un message de mon #université (#Université_Grenoble_Alpes) qui nous invite à s’inscrire à une #formation...
      La formation s’intitule :
      Gestion du #stress pour les enseignant(e)s

      La troisième annonce en ce genre, les deux précédentes étaient des formations qui portaient sur :

      1. Gestion de #conflits (formation mise sous le thème « #efficacité_professionnelle »)

      2. Mieux vivre ses #émotions dans ses #relations_professionnelles (aussi mise sous le même thème : #efficacité_professionnelle)

      Comme dit ma collègue @mobileborders :
      « De la #responsabilisation_personnelle des #failles_structurelles... »

      https://seenthis.net/messages/882135

    • 07.01.2022... on commence une nouvelle année avec de nouvelles formations. Cette fois-ci c’est... le #co-développement !

      Formation Co-Développement Enseignants/Enseignants-chercheurs

      –-> le plus drôle dans tout ça, c’est la "#méthode_Payette_et_Champagne" (ou "paillettes et champagne" si vous préférez).

      « une méthode subtile et exigeante alors qu’elle paraît simple en apparence » dit A. Payette
      https://esprit-co-developpement.fr

      Pas trop bien réussi à en savoir plus après une brève recherche sur la toile (si il y a des motivé·es...)

      J’en ai fait un mini-tweet :

      https://twitter.com/CDB_77/status/1479350762329280514

    • Avril 2022... Dans notre institut, comme partout ailleurs dans les facs françaises (et au-delà), on souffre d’un déficit STRUCTUREL en personnel enseignant... Pour info, notre institut « tourne » avec environ 40% des heures d’enseignement qui sont données par du personnel précaire, dont des #vacataires... Outre ce problème STRUCTUREL, il y a aussi la difficulté à pouvoir embaucher lesdits vacataires... deux difficultés avant tout :
      – iels sont payé·es, à l’heure, en dessous du smic, donc iels préfèrent faire autre chose dans la vie...
      – iels ne peuvent être embauché·es que si iels ont un contrat par ailleurs (donc, chômeur·es, circulez, on ne peut pas vous donner du taf... qui est payé moins du smic, mais bon...)

      Résultat des courses : c’est une galère pas possible pour les responsables de formations à la fac de trouver des enseignant·es pour les cours présents dans la maquette...

      Donc : problème structurel...

      Or, voici ce que notre direction nous propose, une réunion pour discuter de cette problématique « vacataires » (très bien) :

      "Lors du dernier conseil d’UFR, la problématique des vacataires d’enseignement (recrutement, constitution des dossiers, paiement) a été abordée et il a été émis le souhait d’organiser un temps de travail à ce sujet.

      ... et voici la phrase suivante :

      Ce sujet faisant également écho à celui lié à la qualité de vie au travail, il semble primordial d’y travailler dessus de manière prioritaire."

      –-> le lien avec la fameuse #QVT... ce n’est pas un problème de QVT, c’est un problème de #politique_universitaire, bordel ! Non, on ne va pas résoudre cela avec des séances de sophrologie ou avec des pauses actives !

  • Dublin : l’urgence de mettre fin à un règlement kafkaïen

    Dans un rapport publié le mardi 24 septembre, élaboré en collaboration avec des demandeurs d’asile, le Secours Catholique explique le règlement de Dublin et les conséquences de son application en France. L’association demande au gouvernement de cesser de se dégager de sa #responsabilité et de prendre en compte le choix exprimé par des milliers de personnes exilées de vivre en sécurité sur son territoire.

    https://www.secours-catholique.org/actualites/dublin-lurgence-de-mettre-fin-a-un-reglement-kafkaien
    #rapport #Dublin #France #règlement_dublin #secours_catholique #asile #migrations #réfugiés #échec #dysfonctionnement #migrerrance #ADA

    Et autour de la question du #logement #hébergement :

    Pour télécharger le rapport en pdf :
    https://www.secours-catholique.org/sites/scinternet/files/publications/rapport_dublin.pdf

    ping @karine4

  • Tout comprendre sur #Parcoursup

    Pour comprendre la nature de “Parcoursup”, il faut partir de l’expérience directe, sans tenter d’y plaquer des interprétations hatives ou idéologiques. Pour la plupart des lycéens — ceux que les communicants qui encombrent désormais l’appareil d’Etat appellent “nos jeunes” — le processus d’affectation dans l’#enseignement_supérieur se présente comme une boîte noire nimbée de brouillard, comme une obscure Machine.

    Son #opacité ne tient pas tant à l’interface numérique par laquelle se font les connexions que dans l’impression diffuse de ne pas connaître les règles d’un “jeu” qui s’apprête à déterminer la place sociale qui sera assignée à chaque “candidat” pour le reste de son existence.

    Les familles qui entendent faire de leurs rejetons des “premiers de cordée” ne découvrent pas la #guerre_scolaire à cette occasion : elles s’y livrent depuis la maternelle, renforçant la #ségrégation_sociale par mille artifices de contournement, de choix d’options “astucieuses” et de falsification d’adresse. Parcoursup officialise l’idée que les formations universitaires — y compris celles aussi standardisées que des licences d’une même discipline — ne se valent pas. Dès lors, ce qui fut une orientation devient recherche active des filières les plus valorisables, c’est-à-dire celles qui, en l’absence de mécanismes de brassage social, permettront d’obtenir les meilleures places dans la hiérarchie socio-économique. C’est du moins ce dont les concepteurs souhaitent convaincre les classes moyennes. Mais comment savoir quels sont les “parcours” qui permettront d’accroître son “portefeuille de compétences” de sorte à en obtenir les “dividendes” matériels et symboliques les plus généreux ? En effet, hormis les Grandes Écoles, qui assurent la formation des cadres, les formations sont essentiellement les mêmes partout. D’où l’effet de brouillard.

    Les “premiers de cordée” se reconnaissent en ceci qu’ils “ont du réseau” leur permettant d’obtenir informations précieuses et passe-droits. L’#opacité du système est en partie délibérée comme en témoigne le démantèlement des services d’orientation nationaux (#ONISEP et #CIO). Cependant, participent à l’#angoisse générée par la Machine toutes sortes de #dysfonctionnements, d’accrocs, d’#erreurs de débutant, qui admettent une explication simple et donc probablement juste : derrière la prétention de la #Start-Up_Nation à transformer les services de l’Etat en plateformes numériques automatisées se cache un amateurisme sans bornes. Ainsi, l’équipe technique incompétente recrutée par le ministère en charge de l’enseignement supérieur s’est montrée incapable d’écrire un logiciel sans bug, malgré la simplicité algorithmique : appeler les “candidats” dans l’ordre dans lequel les formations les ont classés, au fil des désistements. Du reste, il n’est qu’à voir le visage de Mme Vidal rongé par les anxiolytiques, lorsqu’elle débite d’une voix pâteuse les éléments de langage préparés par les communicants de son cabinet, avec des chiffres arrangés quand ils ne sont pas tout simplement faux, pour comprendre que l’angoisse générée par Parcoursup s’étend à tous ceux qui ont été mis au service de la Machine : les bacheliers, bien sûr, mais aussi les responsables des formations qui produisent les classement des “candidats” et l’ensemble de la #bureaucratie ministérielle occupée à calfeutrer les voies d’eau qui se multiplient quotidiennement. Que le ministère en charge de l’enseignement supérieur soit entièrement tourné désormais vers le micro-management le plus insignifiant, n’est pas le moindre des paradoxes du dispositif. Au final, le mantra répété jusqu’à la nausée par la ministre, “Remettre de l’Humain dans la Machine”, n’est pas si faux que cela, qui évoque métaphoriquement ces usines de nuggets à destination de la restauration rapide, qui broient ce qui reste des poulets une fois amputés de leurs filets et de leurs cuisses.

    La boule au ventre qui étreint les lycéens au moment de choisir la discipline à laquelle ils entendent se former, comme moyen particulier d’aller vers une autonomie de pensée, ne s’arrête pas le jour où tombent, comme un couperet, les affectations. Les “premiers de cordée”, un sur cinq environ, obtiennent ce qu’ils souhaitent dès le premier jour et c’est l’objet même de la Machine que ce soit le cas. Le système d’affectation précédent, qui n’était certes pas la panacée mais ne reposait pas sur un classement des “candidats”, parvenait à attribuer son premier vœu à un bachelier sur deux. Avec Parcoursup, plus de la moitié des “candidats” sont “mis en attente” pour l’intégralité des formations demandées, y compris celles, au fond non souhaitées, qui constituaient des choix stratégiques de repli. Et ce purgatoire a été conçu pour durer très longtemps. N’importe quel informaticien pouvait prédire que la suppression des vœux hiérarchisés engendrerait des “deadlocks” algorithmiques, ralentissements induits lorsque des processus concurrents s’attendent mutuellement, ne laissant d’alternative à l’interprétation qu’entre le cynisme et l’incompétence totale. Ainsi, il restait plus de 47000 candidats sur le carreau à la rentrée 2018, principalement des lycéens ayant obtenu un bac “pro”. Les éléments de langage produits par le ministère et repris sans vérification par la presse quotidienne transformèrent ce fait tiré des statistiques du ministère lui-même en : “moins de 2500 candidats encore en attente”. Au final, l’angoisse générée par la “mise en attente” a une fonction importante : faire accepter avec soulagement une formation pour laquelle le “candidat” n’a ni affinité ni appétence.

    Faire patienter, c’est dominer

    En résumé, Parcoursup est une machine à dévorer du temps pour permettre à une minorité de choisir librement leur formation et pour le plus grand nombre, d’être répartis au cours d’une grande loterie anxiogène.

    Bien qu’il soit important de rendre compte des effets concrets que Parcoursup produit, il ne faut pas le réduire à un dispositif technique mais en analyser les motivations.

    Parcoursup a d’abord une dimension gestionnaire et répond à un problème précis : comment ne pas investir dans l’#Université_publique, alors même que la population étudiante est supposée s’accroître de 30% entre 2010 et 2025. Cela représente quelques 400 000 étudiants en plus, soit une vingtaine d’universités à construire. La réponse est simple : décourager les inscriptions par tous les moyens y compris par l’augmentation des #frais_d’inscription pour les étrangers, “caser tout le monde” en bourrant les formations désertées de “sans fac”, et augmenter à moyens constants les capacités d’accueil des formations (de 10% en 2018). Si cela ne suffit pas, Parcoursup permet techniquement de recourir à la sélection stricte.

    Deuxième dimension du dispositif, Parcoursup en finit avec un système qui permettait à tout bachelier de faire les études universitaires de son choix. Le dispositif reprend le contenu de la #loi_Devaquet là où l’assassinat de Malik Oussekine par les voltigeurs motocyclistes l’avait interrompu en 1986. Parcoursup signe ainsi la mise à mort du #baccalauréat, remplacé à l’entrée de l’Université par de la mise en #concurrence : chaque formation produit, à partir des notes de contrôle continu, des options choisies dans le secondaire et de données sur l’origine sociale (CV, lettres de motivation, etc.) un #classement des “candidats”. L’#examen_terminal est remplacé par une évaluation des “#portefeuilles_de_compétences” directement inspirée des pratiques managériales. On trouve là un premier fondement idéologique de Parcoursup, qui rompt avec les idées promues par la Révolution Française, assignant à l’enseignement une fonction émancipatrice : développer, à des fins de citoyenneté, l’usage critique de la raison individuelle. Parcoursup participe de la tentative d’amener tout le monde à se penser et à se comporter en entrepreneurs d’eux-mêmes, individuellement responsables de leur destin.

    Simultanément, le baccalauréat ayant été, pendant plus d’un demi-siècle, l’épreuve initiatique de passage à l’âge adulte pour la classe moyenne, sa disparition vise aussi à infantiliser les jeunes adultes. Le retour du service national, affublant “nos jeunes” d’un uniforme hybride entre le vigile de supermarché, le gardien de prison et le policier, confirme cette volonté d’humiliation et de torture douce. Tout concourt à repousser l’âge de l’autonomie financière et intellectuelle en transformant progressivement la licence en “lycée du 21e siècle”, terme qui tint lieu un temps de résumé programmatique à la candidature de Macron à la présidentielle, d’après les Macronleaks.

    Ces deux facettes de Parcoursup — déposséder les jeunes adultes de leur autonomie et simultanément les rendre responsables de leur position sociale — ne sont antagonistes qu’en apparence. Elles contribuent toutes deux à la fiction méritocratique, ce supplément d’âme dont “on” a doté la reproduction sociale. Plus précisément, Parcoursup (tout comme la loi Blanquer) s’inspire d’une supercherie : la théorie du capital humain. Cette “théorie” vise à naturaliser les inégalités économiques, en produisant un argumentaire à destination des classes moyennes faisant porter la responsabilité des hiérarchies sociales aux individus, et non à l’organisation de la société. Pour empêcher de penser l’héritage, d’une part, et la reproduction du capital, d’autre part, comme étant les mécanismes primordiaux de production des inégalités, il s’agit de postuler que les revenus des individus proviennent de la fructification de leur “capital de compétences”. L’important n’est pas que ces “compétences” existent, qu’on puisse les mesurer, c’est de créer les conditions sous lesquelles les individus soient amenés à se vivre eux-même comme portefeuilles de compétences en quête de valorisation, acceptant de facto leur position dans la hiérarchie sociale sans se révolter. Telle est la fonction anesthésiante de la nimbe d’angoisse et de pression autour de Parcoursup. Mais ce n’est pas tout. Si suivre une formation universitaire permet d’accroître ses revenus futurs, alors l’entrepreneur de lui-même se doit d’investir dans son portefeuille de compétences et donc de payer l’Université, en empruntant si besoin.
    Faire patienter, c’est occuper. Et l’occupation, c’est le début de la colonisation culturelle.

    Dans quel projet global de société, la vision de l’Université portée par Parcoursup s’inscrit-elle ? L’Université moderne est née en France avec la IIIe République, la dissolution des institutions médiévales à la Révolution ayant conduit à liquider toute autonomie du système facultaire et à créer des écoles professionnelles sous contrôle de l’État. Elle conserve aujourd’hui une triple anomalie en héritage du 19e siècle : le système des grandes écoles, la centralisation parisienne et l’absence d’autonomie du corps professoral vis-à-vis des pouvoirs dont il dépend. Elle a eu de ce fait une incapacité chronique à s’adapter aux mutations socio-économiques de son temps. Au 19e siècle, et jusqu’à la seconde guerre mondiale, la demande vis-à-vis de l’Université a été le développement de la recherche pour appuyer la révolution industrielle et former les nouvelles classes moyennes, témoignant d’une supériorité du modèle humboldtien de liberté d’enseigner, de rechercher et d’apprendre sur le modèle napoléonien. Après guerre, la demande des classes dirigeantes a changé de nature, tirée par le compromis fordiste, le plein emploi et la concurrence du bloc marxiste-léniniste : il s’est agi de combler le déficit de main d’œuvre qualifiée par la constitution d’une première Université de masse développant une formation à et par la recherche. Après 68, et tout au long des années 1970, une nouvelle demande a émergé, venant des étudiants eux-même et des milieux militants portant une exigence d’émancipation, de critique sociale et d’autonomie intellectuelle, produisant enfin de réelles universités au tournant du 21e siècle, malgré l’héritage douloureux de grandes écoles inaptes à la recherche. Depuis deux décennies maintenant, l’émergence d’un libéralisme autoritaire a conduit à une reprise en main, sur fond de désindustrialisation, de chômage de masse et de crise systémique. Les classes dirigeantes se moquent, pour l’essentiel, de l’Université où elles n’envoient pas leurs enfants se former — les business schools ont “bâti autour d’eux un mur d’ignorance et d’erreur". Aussi ont-elles bondi sur la première pensée indigente émise par un économiste d’Harvard : ne conserver que dix universités (au sens humboldtien), pour assurer l’activité de recherche nécessaire à l’innovation technique.

    Quelle ambition, dès lors, pour l’écrasante majorité des bacheliers issus des classes moyennes, et pour les classes populaires ? Aucune. Nada. Un vide de pensée politique. Dans la mesure où, d’une part, la production marchande peut être assurée par 10% de la population, l’Asie tenant lieu d’usine mondiale et où, d’autre part, les 10% de classes moyennes supérieures sont formées dans les grandes écoles, les 80% de classes moyennes inutiles à l’ordre économique dominant ne servent à rien. Leur formation intellectuelle et pratique est une non-question. Les universitaires ne sont rien d’autre qu’un poids mort pour les finances publiques. Même s’ils sont pour la plupart frappés de stupéfaction ou occupés à des activités courtisanes, ils disposent encore de trop de temps non-contraint pour ne pas représenter un danger. Dès lors, en l’absence d’idée, tout est mis en œuvre pour créer un marché de l’enseignement supérieur, ce qui suppose de différencier les parcours et les établissements, et de les mettre en concurrence. C’est très exactement ce à quoi contribue Parcoursup, comme brique dans une construction au long cours. La suite est connue dans les grandes lignes : créer les conditions pour accroître la part du privé dans le marché nouvellement constitué ; paupériser les établissements de proximité et y avoir recours massivement au travail précaire ; déréguler les statuts des universitaires pour abaisser les coûts salariaux ; accroître la “double hétéronomie autoritaire de l’université, envers l’encadrement administratif et envers la commande des marchés”.

    L’heure n’est plus à la défense conservatrice d’une Université qui n’existe de facto plus — si tant est qu’elle ait jamais existé — mais à la reformulation d’un projet de transformation radicale de la société qui inclue l’ensemble du système éducatif. Il devient non seulement nécessaire mais urgent de retrouver le contrôle de nos existences, de nous donner du temps pour penser et de faire de nos vies des terrains d’expériences.

    https://lundi.am/Tout-comprendre-sur-Parcoursup
    #parcours_sup #sélection #éducation_supérieure #université #attente #patience

  • Jean Arcelin : “Une large majorité des 700 000 personnes en #Ehpad mangera, pour le reste de sa vie, des repas à 1€” | Atlantico.fr
    https://www.atlantico.fr/decryptage/3568317/jean-arcelin--une-large-majorite-des-700-000-personnes-en-ehpad-mangera-po

    Je découvre avec stupéfaction qu’un tiers des revenus des Ehpad privés commerciaux provient des aides d’État. Le chiffre d’affaires est subventionné pour 35% par l’État, à travers les aides de l’ARS et les aides du Conseil départemental. Cela sert à payer le personnel soignant et une partie de ce qu’on appelle la #dépendance.

    Je suis diplômé de Sup de Co. Je connais la #gestion et les bilans. Je considère donc que l’État devient actionnaire de tous les Ehpad, y compris les Ehpad commerciaux et privés. Il doit récupérer au moins un tiers des #bénéfices … mais pas du tout, car tous les bénéfices reviennent à l’#actionnaire. Il en fait ce qu’il veut. Je trouve que cela n’est pas normal. Les Ehpad privés commerciaux ne pourraient pas obtenir cette #rentabilité, l’activité ne serait pas possible s’ils n’avaient pas ce tiers de #subventions de l’État. Donc ils doivent donner un tiers de leurs bénéfices avant impôt, et après on impose. Les caisses de l’État sont vides. Donc on doit trouver de l’argent.

    Or le #marché est verrouillé. J’ai géré des structures économiques qui dégageaient beaucoup de rentabilité. On avait une rentabilité dans la distribution automobile, de l’ordre de 3%, ce qui est élevé. Je suis ravi dans ce cas. Mais si vous dégagez de la rentabilité, vous devez quand même fournir des #prestations de qualité : c’est la loi du marché. Si vous dégagez une rentabilité élevée et que votre service est médiocre, c’est qu’il y a un #dysfonctionnement. Le dysfonctionnement, c’est que le marché est verrouillé. Il n’y a pas de saine concurrence. Le taux d’occupation des Ehpad, c’est dans le rapport parlementaire de MM. Iborra et Fiat, il est quasiment de 100%. Le Crion, le Plazza, le George V, ils ne sont pas à 100% de taux d’occupation dans l’année. Les Ehpad n’ont pas de problème de #concurrence, donc ils se permettent de surfacturer des prestations médiocres. Voilà ce que j’ai vu.

    Si vous n’avez pas d’argent, vous ne pouvez rien faire. On vous refuse votre budget animation parce que vous l’avez dépassé. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Les reportages coup de poing mériteraient d’être nuancés. Il faut dire que grâce à l’implication des équipes, cela peut fonctionner. Il y a des groupes d’Ehpad qui ont un positionnement de qualité qui sont différents. Je souhaite dénoncer un #système. Je ne souhaite même pas dénoncer les dirigeants, car ce sont les actionnaires qui fixent le cadre. Ils vous disent : cette année, notre feuille de route, c’est une rentabilité de 15%. A partir de ce moment-là, tout est décliné en cascade. En tant que directeur d’Ehpad, je dois alors faire des économies sur tout. J’ai quatre protections urinaires quand il en faudrait six. Je ne peux pas embaucher, pas faire des animations, pas mettre du bon pain parce que cela coûte trop cher, je dois supprimer le fromage…

  • « Gilets jaunes » : l’inexpérience du gouvernement en matière d’usage de la force fait craindre de nouveaux dérapages
    https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2019/01/20/gilets-jaunes-l-inexperience-du-gouvernement-en-matiere-d-usage-de-la-force-


    Des policiers [en civils,…] équipés de LBD40, le 15 décembre à Paris.
    VALERY HACHE / AFP

    Championne autoproclamée du maintien de l’ordre, la France est régulièrement confrontée au phénomène des violences policières, qui interroge sur sa doctrine de l’usage de la force publique.

    Qu’est donc devenue cette France championne du maintien de l’ordre, qui exportait son savoir-faire et ses matériels aux autres démocraties et aux pays totalitaires soucieux de mater des contestations naissantes ? Il y a encore quelques années, le fabricant français de grenade lacrymogène, Alsetex, qui fournit la police française, déclarait au Monde : « Notre molécule lacrymogène est la plus pure au monde, elle permet d’amener les gars devant le juge en bon état, notre grenade est estampillée démocratie française. »

    Mais la France a pris l’habitude de voir, chaque samedi, des visages et des corps abîmés au terme d’affrontements entre forces de l’ordre et « gilets jaunes ». Les exactions de ces derniers ont conduit des policiers et des gendarmes à l’hôpital. Mais la multiplication des violences imputables aux forces de sécurité conduit aussi à s’interroger sur la capacité de l’Etat à totalement maîtriser l’usage d’une force démocratique, dont les règles semblent fluctuer. Depuis le début de la crise, les pouvoirs publics ont, en effet, fait montre d’une culture toute relative en matière de doctrine sur l’usage de la force publique.

    #paywall

    • D’autant plus que la deuxième partie de l’article frise le blasphème…

      Interrogé ensuite sur l’affaire Benalla, le porte-parole du gouvernement a reconnu des « dysfonctionnements », notamment à l’Elysée. A la veille d’une nouvelle audition de l’ex-collaborateur d’Emmanuel Macron par une commission d’enquête du Sénat, Benjamin Griveaux a estimé qu’il fallait régler rapidement ces anomalies, car elles sont « insupportables et incompréhensibles pour les Français ».

      Des #dysfonctionnements !? à l’Olympe !

      B. Griveaux (ex-strauss-kahnien) commencerait-il à sentir le vent et à préparer ses arrières ?

  • COMPTEURS LINKY - De nombreux habitants victimes de désagréments en Flandre - La voix du Nord - Julien Dufurier - 23 Mars 2017 _

    http://www.lavoixdunord.fr/137203/article/2017-03-23/de-nombreux-habitants-victimes-de-desagrements-en-flandre

    Un boulanger qui voit son four à pain s’emballer, une habitante de Cassel dont les plombs n’arrêtent pas de sauter, des particuliers qui se plaignent de voir leur facture d’électricité augmenter… L’installation des compteurs intelligents Linky suscite de nombreux problèmes en Flandre.

    Tout est parti d’un article publié dans nos colonnes le 9 mars. La famille Bombart, à Hazebrouck, y racontait les mésaventures vécues depuis l’installation d’un compteur Linky, ces appareils nouvelle génération capables de faire les relevés de consommation à distance. Les Bombart s’y plaignaient d’une intervention bâclée http://www.lavoixdunord.fr/129824/article/2017-03-09/leur-compteur-linky-se-fait-desirer-la-vie-quotidienne-en-est-toute-cha , d’un courant qui sautait sans cesse et de la difficulté d’avoir un nouveau rendez-vous. Depuis la publication de l’article, la situation a été réglée mais d’autres témoignages nous sont parvenus, spontanément ou via un appel à témoin sur notre page Facebook.

    À Hazebrouck, le boulanger David Déprès montre une plaque entière de pains aux chocolats complètement cramés. Depuis l’installation d’un compteur Linky, l’artisan voit ses appareils de cuissons s’emballer sans raison. « Le compteur a été installé le 18 décembre. Le 26, mon premier four à baguette lâchait, raconte-il. Je n’en ai plus qu’un et il monte à 300 degrés sans raison. Je suis sans cesse obligé de surveiller, sinon tout brûle. Le compteur Linky, c’est peut-être un bel outil mais il a été installé n’importe comment. L’expert doit passer à la fin du mois mais si je dois changer toutes mes machines, j’en ai pour au moins 60 000 €. »

    À Cassel, c’est une mère de famille qui détaille comment le quotidien du foyer a été perturbé pendant plus d’un mois après l’arrivée du nouveau compteur. « Les plombs sautaient sans arrêt, dès le soir de l’installation, explique Anne Demeleumester. J’ai dû changer toute mon installation électrique, à mes frais bien sûr, pour mettre du monophasé et mettre fin aux problèmes. »

    D’autres encore disent avoir vu leurs factures augmenter depuis que le boîtier vert fluo a été installé chez eux. «  Tous ces désagréments, c’est du stress sans parler des demi-journées à attendre le passage d’un technicien et où personne ne vient, poursuit Anne Demeleumester. Si j’avais su, je n’aurais rien changé. »
    En filigrane des témoignages récoltés, ressortent aussi des interrogations sur la formation reçue par les agents chargés d’installer les compteurs Linky. «  Ils ne sont pas assez formés, rumine David Déprès. Mon compteur a été changé en 20 minutes au lieu d’1 h 30, c’est du travail bâclé. »

    #enedis #linky #Nord(59) #Dysfonctionnements #Foutage_de_geule

  • Leur compteur Linky se fait désirer, la vie quotidienne en est toute chamboulée La voix du Nord - Julien Dufurier - 9 Mars 2017
    http://www.lavoixdunord.fr/129824/article/2017-03-09/leur-compteur-linky-se-fait-desirer-la-vie-quotidienne-en-est-toute-cha

    La famille Bombart devait avoir un nouveau compteur Linky début mars. Sauf que l’intervention d’Enedis a tourné court. Résultat : le courant saute tout le temps et le chauffe-eau a bien du mal à fonctionner normalement.

    En arrivant chez les Bombart, on voit assez vite qu’il y a quelque chose qui cloche. Sur la façade de la maison, un grand câble électrique pend presque jusqu’au sol. Le genre de liane sur laquelle on n’a surtout pas envie de mettre les mains. « Les intervenants ont débranché le câble venant du réseau général, explique Willy, qui habite là avec sa femme, Émilie et leurs quatre enfants. Ils ont aussi démonté mon tableau électrique. Puis ils m’ont installé un disjoncteur provisoire. » À l’origine, on devait pourtant simplement poser un compteur Linky, ces appareils nouvelle génération capables de faire les relevés à distance. « Mais les techniciens ont dû partir sur une intervention en urgence, poursuit Willy Bombart. C’était le 1er mars.

    Depuis, rien n’a bougé. » Cette solution provisoire – en plus d’être inesthétique – perturbe la vie quotidienne des Bombart. Le disjoncteur n’est pas assez puissant pour supporter les dépenses électriques de la famille. « On ne peut pas utiliser le chauffe-eau, ça fait sauter les plombs sans arrêt, ajoute Willy. Le courant s’arrête aussi plusieurs fois en pleine nuit alors que mes enfants dorment avec des chauffages électriques. Les compteurs Linky sont censés être plus écolos que les anciens mais avec tout ça, on fait tourner le poêle à bois à fond. »

    Les Bombart s’agacent aussi du délai nécessaire pour régler le problème. «  Quelqu’un devait venir mercredi, j’ai pris une journée de congé exprès et personne n’est venu », peste le père de famille.

    Un autre rendez-vous est prévu lundi. « On verra bien, souffle Émilie, son épouse. On devrait peut-être arrêter de payer, je suis certaine qu’on aurait rapidement des nouvelles. 

    #enedis #linky #Nord(59) #Dysfonctionnements #Foutage_de_geule

  • Compteur Linky : les responsables d’Enedis apaisent La voix du Nord - Murielle Tison-Navez - 9 Février 2017
    http://www.lavoixdunord.fr/116325/article/2017-02-09/compteur-linky-les-responsables-d-enedis-apaisent

    Alors que le compteur Linky inquiète, que les craintes se sont matérialisées à Vieux-Condé par le vote d’une motion le 15 décembre 2016 contre leur installation dans la commune, les responsables Enedis expliquent pour rester connectés aux utilisateurs.

    Les réactions ne se sont pas fait attendre, suite à l’annonce de la création d’un collectif anti-Linky à Vieux-Condé. De futurs utilisateurs réticents bien sûr, d’un salarié – soit d’Enedis soit d’une entreprise mandatée pour monter les compteurs – plutôt rageur, et de la direction Enedis. Stéphane Ledez, directeur territorial Enedi et Pierre Bouvier, responsable du déploiement de Linky sur le Nord - Pas-de-Calais étaient soucieux de rectifier certaines affirmations et d’apporter des précisions. Leur retour, point par point.

    Leur nombre. « Trois millions de compteurs Linky sont désormais posés en France. 100 000 dans le Valenciennois et il en reste autant à faire. Avant, le compteur intelligent, Enedis changeait environ 1 million de compteurs trop anciens par an. Linky, répond aux exigences de la loi de transition énergétique. »

    L’intérêt. « Payer ce que l’on consomme. » À ceux qui craignent de se voir facturer la puissance réactive, les dirigeants rassurent : « Aujourd’hui, un ancien compteur enregistre la puissance active… C’est pareil avec Linky, rien ne change. »

    Factures. Avec Linky, « on doit payer exactement ce que l’on consomme au mois ». Pour ceux qui craignent une hausse, Enedis les invite à suivre leurs consommations grâce à un tableau de bord individuel sur internet.

    Économies. Ce boîtier vert est « conçu pour limiter le coût des interventions » . Pour un déménagement par exemple, « il n’y a plus de congés à prendre pour assurer le rendez-vous, et pas de techniciens » . Par ailleurs, un signal envoyé au compteur permettant de savoir s’il répond ou pas permettrait des dépannages plus rapides, sans que l’abonné ait à téléphoner à son fournisseur.

    Coupures. Beaucoup se plaignent de Linky qui disjoncte plus vite que leur ancien compteur. Pour les dirigeants, la tolérance du disjoncteur est identique à celle des compteurs de la génération précédente, soit entre 25 et 30 % de plus que la puissance souscrite dans leur abonnement. Quand ça disjoncte, c’est que « l’abonné bénéficiait d’une puissance bien supérieure à son abonnement » . Ces réajustements représenteraient 1 % : « C’est à la marge » . Pour les dirigeants, c’est une « question d’équité, puisque ce sont les autres consommateurs qui payaient pour ce 1 %  ». Quant aux réajustements, les pouvoirs publics ont demandé à Enedis que ce geste ne soit pas payant. Par contre l’abonnement lui devient plus cher.

    Refus. « Les abonnés ne sont pas fondés à refuser, car le compteur est un élément du réseau qui est dans le domaine public la plupart du temps. Le compteur est en concession, signée avec les syndicats ou les communes. Nous avons le devoir de le remplacer quand la loi évolue. C’est vrai pour d’autres fluides comme l’eau ou le gaz. »
    Poses forcées ? Enedis répond par une enquête de satisfaction menée auprès des foyers équipés : c « C’est dans le Nord – Pas-de-Calais que l’on a les meilleurs résultats : plus de 90 % des gens qui répondent sont globalement satisfaits. »

    Santé. « Le rayonnement électromagnétique du Linky est très faible. Il respecte les normes, les mêmes que les compteurs bleus. On parle de « potentiellement cancérogène » de quelque chose dont on n’a pas pu prouver que ça ne l’est pas. »

    Vie privée. « Les données ne remontent qu’une à deux fois par jour. Les rumeurs sur l’atteinte à la vie privée sont donc infondées. On sait juste si vous avez consommé de l’électricité la veille. »
    Problèmes électriques. « On a eu quelques cas avec des lampes tactiles ayant une sensibilité importante. Quand il y a un problème avec la domotique, on analyse et on fait intervenir chez les gens des spécialistes si nécessaires. C’est en général lié aux matériels qui n’ont pas supporté la coupure d’alimentation. »

    #enedis #linky #Nord(59) #Dysfonctionnements #Foutage_de_geule #propagande

  • Miroir Social - L’épuisement professionnel, un révélateur des #dysfonctionnements de l’#entreprise
    http://www.miroirsocial.com/actualite/14069/l-epuisement-professionnel-un-revelateur-des-dysfonctionnements-de-l-e

    Si nous envisageons l’épuisement professionnel comme un signe qui dit quelque chose du sujet, il est aussi le révélateur de difficultés parfois invisibles de l’entreprise. Un salarié en épuisement professionnel peut, par sa sensibilité particulière, être l’indicateur de dysfonctionnements de l’organisation, des pratiques managériales, d’une transformation trop rapide et, par conséquent, le signe avant-coureur de problèmes qui apparaîtront plus tard et pourraient mettre l’entreprise en risque opérationnel.

    #burn-out #lapalissade

  • Pourquoi j’ai démissionné des Nations Unies
    https://www.irinnews.org/fr/opinion/2016/06/17/exclusif%C2%A0-pourquoi-j%E2%80%99ai-d%C3%A9missionn%C3%A9-des-nations-uni

    Il n’y a pas de hiérarchie dans l’horreur et la brutalité dont j’ai été témoin au cours des deux dernières décennies – massacres, torture, meurtres, déplacements de populations –, mais le récit détaillé des abus sexuels commis sur un jeune garçon de 8 ans par des soldats de maintien de la paix qui avaient pour mission de le protéger est le genre de document que j’espérais ne jamais à voir à lire.

    Au fil des ans, j’ai aussi été témoin de nombreuses dysfonctions au sein des Nations Unies. Je n’étais cependant pas préparé à la façon dont l’organisation a réagi à ces événements – et notamment au scandale qui s’est ensuivi – et à la façon dont elle a agi avec moi.

    Épidémie de choléra à Haïti, corruption au Kosovo, meurtres au Rwanda, dissimulation de crimes de guerre au Darfour : les Nations Unies ont trop souvent manqué aux principes et aux normes établies dans leur charte, leurs règles et leurs règlements. Il semble malheureusement que de plus en plus d’employés des Nations Unies se préoccupent moins de respecter les normes éthiques de la fonction publique internationale que de faire ce qui est le plus opportun – ou le moins susceptible de causer des problèmes – pour eux ou pour les États membres.

    Pourquoi ?

    Cela s’explique essentiellement par le fait que le coût des comportements éthiques est perçu comme étant trop élevé pour l’individu. En d’autres mots, l’avantage que tire l’individu en ne se comportant pas de façon éthique est perçu comme étant plus important que les risques qu’il prend en adoptant une position #éthique.

    #ONU #dysfonctionnement #carrière #censure #impunité #lanceur_d'alerte

    • J’aurais pu m’adresser au Tribunal du contentieux des Nations Unies pour obtenir réparation, mais, en cas de victoire, je n’aurais reçu qu’une compensation monétaire prélevée à même le budget des Nations Unies – un budget généreusement alimenté par les contribuables du monde entier – et non à même le salaire de ceux ayant réellement commis les fautes.

      Les normes éthiques des Nations Unies ne s’amélioreront pas tant que les auteurs de ces fautes, et non l’organisation, ne répondront pas eux-mêmes de leurs actions.

      S’il est inefficace ou même dommageable pour soi-même de passer par le système des Nations Unies, quelle option reste-t-il aux employés qui ont à coeur de résoudre des problèmes éthiques que l’organisation semble négliger ? Eh bien... Il leur reste la divulgation.

  • CLERMONT-FERRAND (63000) - Affaire Wissam El Yamni : la mise en examen de l’un des policiers a été annulée
    20/01/15
    http://www.lamontagne.fr/auvergne/actualite/2015/01/20/affaire-wissam-el-yamni-la-mise-en-examen-de-l-un-des-policiers-a-ete-ann

    La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Riom a annulé, ce matin, la mise en examen de l’un des deux policiers suspectés d’avoir un lien avec la mort de Wissam El Yamni, un Clermontois interpellé la nuit du Réveillon, le 1er janvier 2012, sur un parking du quartier La Gauthière, à Clermont-Ferrand.
    Le jeune chauffeur routier est mort neuf jours plus tard, au CHU, sans jamais être sorti du coma dans lequel il est entré au commissariat.

    Dans le cadre d’une information judiciaire ouverte pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique », les deux policiers qui ont transporté Wissam El Yamni du lieu de l’interpellation jusqu’au commissariat ont été mis en examen en mars 2014.

    C’est l’ordonnance de mise en examen de l’un d’eux qui a été annulée aujourd’hui. L’autre policier n’a pas fait appel de sa mise en examen. Il reste présumé innocent.

    #Wissam_el-Yamni #violences_policières

  • À Calais, les migrants gérés à coups de bottes | L’Humanité
    http://www.humanite.fr/calais-les-migrants-geres-coups-de-bottes-563269?IdTis=XTC-FT08-A52ESR-DD-D

    Tabassage, gazage à la lacrymogène… L’ONG Human Rights Watch 
a publié hier un rapport accablant sur les violences policières 
dont les exilés présents dans la ville et ses environs feraient l’objet.

    Le 11 janvier dernier, de nombreux manifestants acclamaient les forces de l’ordre, rendant hommage à une police républicaine engagée, corps et armes, dans la traque des auteurs des attentats. C’est une image moins glorieuse des forces de l’ordre que nous donne à voir Human Rights Watch (HRW). L’ONG a rendu public, hier, un rapport sur les violences policières commises contre les migrants en quête d’asile dans le Calaisis. Sur le site Internet de l’organisation de défense des droits de l’homme, une vidéo donne à voir plusieurs hommes, femmes et enfants qui témoignent de nombreuses exactions des gardiens de la paix à leur encontre. Au total, 44 témoignages ont été recueillis entre novembre et décembre 2014 par Izza Leghtas, chercheuse de la division Europe de l’Ouest d’HRW. Parmi eux, 19 évoquent des maltraitances physiques. Et huit accusent la police de leur avoir fracturé un membre ou occasionné des blessures encore visibles. «  Je marchais, normalement, raconte ainsi Salamou, un Érythréen âgé de vingt-huit ans, dont les blessures au visage sont encore apparentes. Quatre policiers sont sortis de leur ­camionnette et m’ont frappé à coups de bottes et de matraque. Ensuite, un policier a dirigé une lampe sur moi et a ri. J’ai supplié “Aidez-moi”, mais il a ri…  » 21 personnes affirment également avoir été ­arrosées de gaz lacrymogène par les forces de l’ordre, alors qu’elles n’opposaient aucune résistance. «  Ils vous aspergent comme si vous étiez un insecte, décrit l’une d’elles. Cela nous arrive à tous, dans la rue.  » Parmi eux, deux enfants disent avoir été victimes de ce coup de gâchette facile.
    Bernard Cazeneuve met en doute les témoignages des victimes

    Du côté des autorités, on dément à l’unisson. «  Quelles que soient les accusations contre les policiers et les gendarmes qui assurent leur mission, tout ce qui peut être dit est infondé, affirmait péremptoire, le mois dernier, Thierry Alonso, futur ex-directeur de la sécurité publique et chef de la police dans la région. Il n’y a eu ni blessés, ni violences à l’égard des migrants.  » Interrogé hier, le préfet, Denis Robin, a reconnu qu’un «  nombre important de blessures  » pouvaient être constatées mais qu’elles étaient dues aux «  conflits violents entre réseaux de passeurs  » ou à la maladresse des migrants «  pendant les tentatives de passage  » en Angleterre… ­Ajoutant, non sans un certain cynisme, que, «  à (sa) connaissance, aucune plainte n’avait été déposée par des migrants  ». Même son de cloche du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui reproche à HRW de n’avoir «  pas pris la peine de vérifier les allégations dont elle fait état  ». Les faits rapportés n’ont pourtant rien d’improbable. En 2012, le défenseur des droits avait déjà estimé que, «  malgré les dénégations des fonctionnaires  », les faits de violence rapportés par les associations étaient «  avérés  ». Lors des reportages effectués ces derniers mois par l’Humanité à Calais, les témoignages d’actes de maltraitance, imputables aux forces de police, ont pourtant été monnaie courante. Ils viennent s’ajouter aux conditions indignes dans lesquelles survivent les 2 500 chercheurs d’asile présents dans la région. Samedi, 3 personnes ont été conduites aux urgences après que 150 exilés d’origine africaine se soient intoxiqués en faisant brûler des traverses de chemin de fer, pour cuisiner et se réchauffer. Lundi, la préfecture avait ouvert un refuge, prévoyant matelas et couvertures pour 500 âmes. Les autres devant continuer de faire face au froid, aux averses de pluie… et aux coups de poing assermentés.