• Devenir une « #ville_éponge » : la solution de #Berlin face à la #sécheresse

    Face aux extrêmes climatiques, Berlin accélère sa mutation en « ville éponge », mêlant #végétalisation, #rétention_des_eaux et #mobilisation_citoyenne. Une ambition politique inédite qui essaime.

    Il est rare qu’une activiste environnementale se retrouve mandatée par ses « adversaires » pour mener la politique qu’elle défend. C’est pourtant ce qui est arrivé à la géographe Lisa Junghans dans le cadre du projet de transformation de la ville de Berlin en « ville éponge ».

    Après avoir travaillé pour une ONG spécialisée sur les questions d’#eau, elle a participé à l’initiative populaire #BaumEntscheid, en corédigeant une proposition de loi d’#adaptation de Berlin au #changement_climatique. « Nous comptions appeler les Berlinois à se prononcer via un référendum sur la question en septembre 2026. Mais, contre toute attente, le Sénat de Berlin a décidé de reprendre notre projet à 99 % et d’en faire une loi qui a été votée fin 2025 ! » raconte la jeune femme.

    Elle a depuis été nommée à la direction de l’Agence pour l’eau de pluie du Land de Berlin (Regenwasseragentur), un organisme assez récent qui joue un rôle important en tant qu’agence-conseil sur la gestion des #eaux_de_pluie pour les particuliers et les entreprises. « Ma nomination était pour le moins inhabituelle. Pour ma part, j’y vois une volonté politique de faire avancer les choses », explique-t-elle.

    Sur le papier, le concept de ville éponge est simple. Il s’agit de transformer le #piège_à_chaleur qu’est une ville classique, colonisée par la voiture, les routes et les nombreux espaces bétonnés, en un #piège_à_fraîcheur et à eau. Et ceci avec des moyens vieux comme le monde : la végétalisation du tissu urbain et la rétention maximale de l’eau. « Berlin est une ville assez verte irriguée par une rivière. On pense que la capitale et sa région s’en sortent bien. Mais ce n’est pas le cas et la situation se détériore. D’où notre réaction », précise Lisa Junghans.

    Comparé à Paris, et si l’on ne tient pas compte de leurs histoires très différentes dans cette mise en parallèle, Berlin pourrait faire figure de havre de verdure, avec 28 % de sa surface couverte par des espaces verts (12 %) et des bois (16 %) ! Pendant que seulement 5,6 % de la surface de Paris est recouverte d’espaces verts.

    Récupérer l’eau

    En réalité, la région Berlin-Brandebourg est en situation de #stress_hydrique important. Le réchauffement climatique, associé à une pluviométrie naturellement faible, renforce la succession dévastatrice d’épisodes de sécheresse et de pluies violentes. Par ailleurs, la #consommation_d’eau est poussée par de nouvelles implantations industrielles, telle la Gigafactory de Tesla et ses sous-traitants.

    « L’arrêt de l’extraction du charbon des mines à ciel ouvert de lignite de la Lusace, au sud de la capitale, est aussi une raison majeure », ajoute Lisa Junghans.

    Pour être parfaitement exploitées, les couches de lignite doivent en effet être sèches et libres des eaux souterraines. Pour cela, et depuis le XIXe siècle, des milliers de pompes ont évacué près de 58 milliards de m3 d’eau dans la #Spree, explique un rapport de l’Agence fédérale pour l’environnement (UBA) qui a fait grand bruit lors de sa publication en 2023 : « Une bonne moitié de l’eau qui coule aujourd’hui dans la Spree près de Cottbus provient d’eaux souterraines pompées. Pendant les mois chauds d’été, cette proportion augmente jusqu’à 75 %. » Or, avec la « sortie » totale du charbon d’ici à 2038 et l’arrêt progressif des mines, le pompage sera bientôt complètement stoppé. Berlin tire pourtant de 50 à 75 % de son #eau_potable de la Spree !

    La même année, Berlin a commencé à mettre en place un #Masterplan_Wasser (Schéma directeur de l’eau) qui prévoit la construction de nouvelles #stations_d’épuration, ainsi que le forage de nouvelles sources. Par ailleurs, tout nouveau projet immobilier doit « végétaliser » une partie de ses toits et conserver les eaux de pluie. Libre au promoteur de construire des bassins, d’irriguer des espaces verts ou d’opter pour l’infiltration dans le sol.

    Plusieurs projets de taille ont enfin été lancés. La construction d’un vaste système de #récupération d’eau par rigoles sous la prestigieuse place du Gendarmenmarkt au cœur de Berlin. Ou celle d’un bassin de 16 750 m3 pour éviter que le trop-plein d’eaux usées ne se déverse dans les rivières en cas d’orages violents. Mais tout ceci est insuffisant.

    Désimperméabiliser Berlin

    D’où la mise en œuvre du concept de ville éponge : « La nouvelle loi a pour objectif que 200 000 arbres soient plantés par la ville et ses habitants dans les prochaines années, détaille Lisa Junghans. Il est aussi prévu de créer des #îlots_verts tous les 150 mètres. Et surtout, 50 % des #espaces_publics doivent être déconnectés du réseau d’assainissement d’ici à 2040, avec une #désimperméabilisation des #sols en conséquence. C’est très ambitieux. »

    L’administration municipale a dix-huit mois pour se préparer avec un lancement des grandes manœuvres à partir de 2027. Mais les quartiers de Berlin, cheville ouvrière du processus, sont déjà sur la brèche, comme dans celui de Charlottenburg-Wilmersdorf.

    « Dans la Sömmeringstrasse, par exemple, nous avons renforcé les #pistes_cyclables puis désimperméabilisé et végétalisé une partie des trottoirs. Ce qui nous a conduits à supprimer pas mal de #places_de_parkings. Et quand on supprime des places, c’est le #conflit garanti », explique Jochen Flenker, responsable des #espaces_verts de ce quartier de l’ouest peuplé de 350 000 habitants. Charlottenburg est le seul quartier de Berlin qui possède encore une pépinière municipale qui alimente ses espaces verts et permet au quartier de fournir des plants gratuits aux habitants qui le demandent.

    La mairie de quartier s’est fixé entre 1 000 et 5 000 m² de désimperméabilisation par an. Cela paraît peu. Mais c’est beaucoup : « Un égout végétalisé de quelques mètres carrés conduit 20 % de l’eau dans les canalisations, mais en infiltre 80 % dans la terre et peut drainer une surface de plus de 500 m2 », précisent les services de l’Agence pour l’#eau_de_pluie.

    Les voisins acteurs d’initiatives

    Ingénieur agronome, Jochen Flenker croit dur en l’avenir de la capitale-éponge. Mais il sait que Berlin en est à ses débuts : « C’est un combat incessant qui doit conduire à un changement de perspective à tous les niveaux. Prenez la question de la maintenance des sols de l’espace public. Mon quartier reçoit de la ville 3 euros par an pour 1 m² d’asphalte ou de béton, mais seulement 0,72 euro pour 1 m² d’espace vert. Ce devrait être l’inverse. Heureusement qu’il y a de nombreuses associations locales qui nous facilitent la tâche et ouvrent parfois le chemin », explique-t-il.

    Il évoque notamment l’initiative #Fritschestrasse, lancée par deux voisins et copains hauts en couleur : Jörg Winners, producteur de films, et Hans Jürgen Zschäbitz, corniste retraité de l’orchestre du Deutsches Oper.

    Coupée en deux par le grand boulevard de la Bismarckstrasse, le segment nord de la Fritschestrasse, où l’on retrouve quelques immeubles wilhelminiens, est un microcosme bien rafraîchissant. « Notre projet est parti de rien, pendant le Covid. Nous avons décidé de verdir les parterres d’arbres de la rue, de les entourer avec des pierres et d’installer des bancs ici et là. Mais aussi un “mini-parc” dégoulinant de verdure qui occupe deux places de parking », se rappelle Jörg Winners.

    Puis le groupe de voisins a grandi et l’action s’est structurée : « Chaque #arbre a un parrain ou une marraine qui veille au grain. C’est essentiel pour la pérennité du projet et de l’engagement. En 2023, nous avons installé plusieurs réservoirs le long des murs qui récupèrent une partie de l’eau de pluie. Chacun peut ainsi arroser à son gré », explique Hans Jürgen Zschäbitz en montrant un grand monolithe doté d’un robinet et devant lequel attendent des arrosoirs.

    Mais les deux compères, qui travaillent depuis activement avec Jochen Flenker et ses services, ne se sont pas arrêtés là. « Nous avons conçu un parterre entouré de branchages, d’une haie sèche, bordée de deux grosses pierres faites pour les chiens et qui évitent que l’urine ne tombe sur les plantes. Cela marche tellement bien qu’il y en a maintenant une cinquantaine et le quartier a officiellement adopté le modèle pour tous les futurs parterres du quartier », ajoute Jörg Winners.

    Il évoque ainsi le passage fréquent de journalistes, mais aussi de délégations d’autres villes, au point que l’initiative, déjà primée, est désormais reprise dans plusieurs autres villes, dont Hamburg, sous le nom du modèle berlinois. « Notre prochain objectif est d’augmenter les espaces verts en réduisant le nombre de voitures via la mise en place un système d’autopartage pour le voisinage », disent les deux amis avant de partir arroser leur rue.

    https://reporterre.net/Devenir-une-ville-eponge-le-combat-de-Berlin-contre-la-secheresse
    #urbanisme #aménagement_du_territoire #pluie

  • Les canicules plus précoces et plus intenses poussent à intensifier la baignade dans le #Grand_Paris

    Dès samedi 4 juillet et jusqu’à la rentrée, il sera possible de se baigner dans le bassin de #la_Villette, à Bercy au niveau du bras Marie, et à quelques centaines de mètres de la tour Eiffel, a annoncé la Mairie de Paris.

    Que les personnes en quête de #fraîcheur mais reparties bredouilles en s’approchant des pontons installés à Paris, ces derniers jours, se rassurent : il sera de nouveau possible de plonger dans la #Seine à partir du samedi 4 juillet, et pendant a minima deux mois. La saison officielle de baignade dans la capitale est lancée. Pendant près de dix ans, celle-ci était cantonnée au #bassin_de_la_Villette, dans le nord de la ville.
    Désormais, et pour la deuxième année, il est aussi possible de plonger dans le fleuve à Bercy, au niveau du #bras_Marie, et à quelques centaines de mètres de la Tour Eiffel. La possibilité de nager dans le #canal_Saint-Martin, sur une zone de 100 mètres, avait été exceptionnellement autorisée, les après-midi et en soirée, depuis le 16 juin, en raison des chaleurs étouffantes qui ont frappé la France et l’Europe. Les autres sites ouvrants, celui-ci doit, dès ce week-end, retrouver son rythme dominical d’avant canicule.
    Il y avait un certain satisfecit sur le visage des trois adjoints au maire (PS) de Paris venus détailler ces modalités à la presse, lundi 29 juin, sur les planches du ponton de Grenelle. Que n’ont-ils pas entendu, ces dernières années, au sujet du projet de rendre à nouveau la Seine baignable un peu plus d’un siècle après son interdiction.

    L’équivalent de dix piscines

    « Les dernières semaines ont prouvé que l’#accès_à_l’eau, et la baignade surtout, y compris en ville, sont nécessaires. Il répond à un #besoin_fondamental de se rafraîchir », a insisté Antoine Guillou, l’adjoint chargé notamment de l’axe Seine et des canaux sous cette nouvelle mandature, après avoir suivi l’#assainissement et la #propreté sous la précédente. « Plus personne ne remet le sujet en question », assure-t-il. « L’ouverture de ces sites extérieurs équivaut à la construction de dix piscines en dur », complète Maxime Sauvage, l’adjoint chargé du sport. Au vu des foules qui ont convergé vers les berges du canal Saint-Martin au plus fort de la vague de #chaleur, des réflexions émergent sur la possibilité d’aller plus loin. Pendant la campagne, Emmanuel Grégoire, désormais maire, a déjà promis d’ouvrir, d’ici à quelques années, une quatrième plage, à #Bastille, dans le #bassin_de_l’Arsenal, ont-ils rappelé.

    Quelques ajustements ont eu lieu par rapport à la première saison, dont la Ville assure qu’elle a attiré près de 100 000 personnes. Le site du bras Marie, aménagé initialement au pied de l’Ile-Saint-Louis, a été déplacé près du pont Louis-Philippe. La localisation d’origine crispait un certain nombre d’usagers économiques du fleuve, notamment les bateaux de promenade. Cent cinquante nageurs en simultané peuvent désormais être accueillis, chaque jour, de 8 heures à 18 heures. Plus à l’ouest, dans le bras Grenelle, la pataugeoire a disparu – trop sujette à la présence de bactéries –, mais la jauge grimpe à 200 personnes (dont 150 nageurs). Le site de Bercy, avec ses deux bassins, reste le plus important : 600 personnes, dont 300 à l’eau. Les plus jeunes sont accueillis partout, à condition qu’ils mesurent plus d’1,20 mètre. Les tout-petits ont leur espace à la Villette.

    Ces trois sites de baignade, comme ceux ouverts dans la #Marne, en amont, et les autres à l’étude ou en chantier sur les deux principaux cours d’eau franciliens, sont un héritage direct des Jeux de Paris 2024. L’ultimatum posé par la tenue d’épreuves dans la Seine a servi de puissant accélérateur à la réalisation de travaux d’#assainissement exigés depuis fort longtemps par la législation européenne, mais maintes fois reportés. Deux #stations_d’épuration ont été modernisées. Des ouvrages pharaoniques ont été réalisés en amont pour stocker les eaux de pluie. La chasse aux mauvais branchements des particuliers - dont les #eaux_usées sont rejetées dans les cours d’eau - se poursuit. Sur les 23 000 identifiés, il en reste près de 11 000 à traiter. En attendant, les campagnes de mesures de la #qualité ont repris. En juin, sur la vingtaine de journées étudiées, seules deux étaient impropres à la baignade.

    « Une année de transition »

    Les vagues de chaleur étant amenées à être plus précoces et à s’étirer dans la saison, en raison du réchauffement climatique lié à l’activité humaine, la question se pose de multiplier les sites de baignade en ville, de pouvoir les activer plus facilement, mais aussi d’imaginer d’autres cadres. Cette réflexion fait écho à ce qui se pratique par exemple en Suisse ou encore au Danemark. « L’année 2026 sera une année de transition pour aller vers un #modèle d’accès à l’eau plus libre », veut croire Clément Brun, docteur en urbanisme et aménagement et auteur d’une thèse sur la baignade à Copenhague. « En réponse à l’explosion de la fréquentation dans le port, une marge de tolérance est laissée à la population dans les endroits considérés comme non dangereux. Les contrôles de police ont lieu dans les endroits critiques. »

    En France, le sujet est notamment juridique, en plus de celui de devoir concilier différents usages (économiques, loisirs). Quand en Suisse, les baigneurs nagent dans le courant à leurs risques et péril, ici, le régime reste celui de l’#autorisation_avec_surveillance, ou de l’#interdiction. « La troisième voie, celle du “risques et périls”, existe mais elle peut malgré tout se retourner contre la collectivité », explique Antoine Guillou. Peut-on imaginer un nouveau #régime national où la baignade serait, à certains endroits, sécurisée mais non surveillée ? « En pleine canicule, ne pas pouvoir se baigner est un #risque. Ouvrir un site sécurisé non surveillé en est un autre. Cela mérite débat. » En attendant, l’ouverture d’autres sites est à l’étude, notamment au nord de la capitale, en Seine-Saint-Denis, sur le canal Saint-Denis et le canal de l’Ourcq.

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/06/30/les-canicules-plus-precoces-et-plus-intenses-poussent-a-intensifier-la-baign
    #canicule #baignade #Paris #France #rivière

  • [Info « Splann »] Zones vulnérables aux #nitrates : le château d’eau du #finistère en passe de perdre une protection capitale
    https://splann.org/declassement-nitrates-monts-darree

    Les membres de l’établissement d’aménagement et de gestion du bassin-versant de l’Aulne (Epaga) s’apprêtent à voter contre le projet de révision des zones vulnérables aux nitrates d’origine agricole. Le déclassement de neuf communes des monts d’Arrée « met en danger la ressource au sein du château d’eau du Finistère », écrivent les auteurs d’une note destinée aux élus, que « Splann ! » a pu se procurer. L’article [Info « Splann »] Zones vulnérables aux nitrates : le château d’eau du Finistère en passe de perdre une protection capitale est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d’enquête indépendant en Bretagne.

    #Démocratie_locale #Pollutions #agriculture #Alain_Divanac’h #algues_vertes #Arnaud_Clugery #aulne #Berrien #biodiversité #Botmeur #Brasparts #Brennilis #cours_d'eau #eau #eau_et_rivières_de_bretagne #eau_potable #eaux_souterraines #élevage #epaga #épandage #épandages #fdsea_29 #Huelgoat #La_Feuillée #lac_du_drennec #lisiers #Lopérec #masse_d'eau #monts_d'arrée #normes_environnementales #Plouyé #pollution #saint-rivoal

  • #Mégabassines, #data_centers : « La guerre contre l’#eau s’est intensifiée »

    Dans le livre-enquête « Les Assoiffeurs », les journalistes Nicolas Celnik et Fabien Benoit montrent comment certains acteurs privés accaparent, avec la bénédiction de l’État, une ressource de plus en plus rare et de plus en plus polluée.

    DepuisDepuis dix ans, un tiers du territoire français subit des restrictions d’eau et le pays vit désormais au rythme d’épisodes de sécheresse toujours plus longs et plus intenses. Qui demain aura accès à l’eau ? De quelle qualité ? Depuis les années 1980, près de 14 000 captages d’eau potable ont dû fermer en raison de taux de pollution aux pesticides trop importants. Et le scandale de la contamination massive aux PFAS ne fait que commencer…

    À Sainte-Soline, les militants en lutte contre l’accaparement de l’eau par le modèle agricole productiviste ont reçu pour toute réponse du gouvernement un déluge de grenades.

    Dans une enquête fouillée, les journalistes Fabien Benoit et Nicolas Celnik montrent comment certains acteurs privés, des producteurs de maïs aux promoteurs de data centers, font main basse sur l’eau, avec la bénédiction de l’État.

    Les Assoiffeurs. Enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau (Les Liens qui libèrent, 2026) pointe comment certains comptent aussi capitaliser sur la raréfaction de la ressource et sur les inquiétudes concernant la santé. Entretien.

    « Mediapart » : La loi d’urgence agricole qui arrive à l’Assemblée nationale le 19 mai comporte un important volet sur l’eau. Une fois de plus, le gouvernement veut « sécuriser » l’accès à l’eau pour les agriculteurs et agricultrices irrigant·es, au détriment des autres usagers et usagères, en favorisant notamment la construction de mégabassines.

    Fabien Benoit : On a beaucoup parlé de guerre de l’eau, notamment autour des bassines. Pour nous, il y a surtout une guerre contre l’eau, c’est-à-dire contre cette ressource, pour l’accaparer, pour l’abîmer. Cette loi d’urgence agricole en est un nouvel épisode. Si on met d’ailleurs bout à bout la loi d’orientation agricole qui consacre l’intérêt majeur de l’agriculture, les arrêtés sécheresse qui exonèrent régulièrement les plus gros accapareurs de l’eau, et la révision de la directive-cadre eau européenne qui est sur la table…, on se rend compte que cette guerre contre l’eau s’est intensifiée, au détriment de sa qualité, de sa disponibilité.

    Nicolas Celnik : Il y a dans ce projet de loi deux articles qui entrent en résonance avec notre enquête : l’article 6, qui prévoit que le préfet puisse déroger aux schémas d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) pour des projets d’ouvrage de stockage de l’eau, et l’article 5, qui rend facultative la consultation publique pour construire une bassine. Cela correspond à ce que le chercheur Sylvain Baron appelle la « préfectorialisation de la politique de l’eau ». C’est la volonté de donner aux préfets des moyens de contourner cette démocratie locale de l’eau, qui est certes imparfaite, mais qui reste une expérimentation démocratique vraiment intéressante. Là, on assiste à une « reverticalisation » des politiques de l’eau au nom des intérêts économiques.

    Vous montrez bien dans votre livre comment ceux que vous appelez les « assoiffeurs » parviennent à s’affranchir du droit commun pour faire main basse sur la ressource.

    N. C. : Nous avons cherché à comprendre les stratégies des grands acteurs économiques (agriculture, data centers, embouteilleurs…) qui s’assurent qu’ils bénéficieront de réserves d’eau, même dans des situations de tension sur la ressource. Leur travail de lobbying a été, effectivement, de normaliser des situations d’exception. Alors qu’il existe en France une hiérarchie des usages de l’eau qui priorise la santé humaine, puis les écosystèmes et enfin les enjeux économiques, être parvenu à imposer l’agriculture comme « d’intérêt général majeur » dans la loi inverse cette hiérarchie. On normalise le fait qu’en cas de sécheresse, l’activité économique vaut autant que la préservation de l’environnement. Une mégabassine est présumée dans la loi Duplomb d’intérêt général majeur.

    F. B. : Et quand on parle de « l’agriculture qui a besoin d’eau », il faut rappeler quelques ordres de grandeur. L’agriculture représente 60 % de la consommation d’eau douce en France, 92 % de cette eau-là va à l’agriculture irriguée. Et les surfaces irriguées en France, c’est 7 à 8 % des surfaces. Donc, 93 % du monde agricole n’a pas besoin de beaucoup d’eau. Ce n’est pas « l’agriculture » qui a besoin d’énormément d’eau mais un certain modèle agro-industriel qui produit de la céréale, dont en bout de chaîne 7 % environ sert finalement à l’alimentation humaine.

    Vous dites que c’est la répression des manifestant·es de Sainte-Soline contre les mégabassines qui vous a donné l’envie de faire ce livre. Pourquoi ?

    F. B. : L’usage extrême de la violence pour réprimer des militants qui défendaient l’eau comme un patrimoine commun, ce qui est inscrit dans la loi, nous a effectivement frappés. L’idée d’accaparement de l’eau était au cœur de cette mobilisation et cela nous a conduits à nous interroger sur les acteurs qui aujourd’hui accaparent cette ressource avec le soutien de l’État.

    N. C. : Concernant l’agriculture, c’était intéressant d’essayer d’enquêter sur le fonctionnement de ce petit monde du lobbying de la FNSEA. Le principal syndicat agricole a un groupe dédié spécialement au lobbying sur la production du maïs, et ce lobby a son propre lobby interne spécialement dédié à l’irrigation du maïs. Pourquoi ? Parce qu’on a besoin de beaucoup d’eau pour le maïs, et en particulier au pic de chaleur, parce que c’est une plante tropicale.

    Ils ont travaillé à diffuser l’idée, notamment dans les médias, qu’il fallait absolument stocker l’eau d’hiver pour l’été parce que sinon l’eau « partirait à la mer ». En fait, d’après les compréhensions du cycle de l’eau, il est au contraire important de laisser l’eau s’infiltrer dans la terre, être stockée dans des zones humides, comme l’expliquent les hydrogéologues. Le lobbying de la FNSEA a aussi consisté à faire travailler le concept de « souveraineté alimentaire », qui signifiait initialement la capacité de manger ce qu’on produit, et qui désigne à présent la capacité de choisir vers qui l’on exporte notre production. Au nom de la « souveraineté alimentaire », on soutient les producteurs de maïs qui exportent pour nourrir le bétail.

    Et vous montrez aussi comment désormais la transition écologique – avec le besoin d’électrifier les usages – sert aussi de prétexte à sécuriser l’accès à l’eau pour les industriels des semi-conducteurs ou des data centers.

    F. B. : Oui, parce qu’on a une transition écologique qui est carbo-réductionniste, c’est-à-dire qui s’intéresse uniquement aux émissions de CO2, en occultant tout le reste. Et, effectivement, l’électrification, comme le numérique, implique une course aux métaux, ce qui veut dire des besoins colossaux en eau.
    C’était important pour nous de déconstruire certaines idées reçues, notamment celle d’une « transition écologique et numérique ».

    Comme si, en soi, le numérique était synonyme de mieux-disant écologique. C’est absolument faux et c’est le fruit d’un récit, forgé depuis des décennies, pour nous faire croire que le numérique s’affranchirait de la matière et de la pression sur les écosystèmes.

    En réalité, depuis les mines, en passant par la production de semi-conducteurs, le fonctionnement des data centers, jusqu’à tous les appareils numériques qu’on a entre nos mains, on a un continuum qui demande beaucoup, beaucoup de matières premières et, à chacune des étapes, énormément d’eau. À un moment, ce n’est plus soutenable.

    Face à ce secteur-là qui est dans une croissance exponentielle, notamment en raison du développement de l’intelligence artificielle (IA), il y a une forme de gouffre hydrique qui se présente devant nous. Il faut se rappeler que le secteur des data centers, c’est 30 % de croissance par an. Aux États-Unis, on construit plus de data centers que de bureaux. Là, le côté systémique est intéressant, car qui pointe le bout de son nez dans cette équation-là ? Ce sont les acteurs industriels de l’eau, qui disent : « Vous n’y arrivez pas, mais on peut vous construire une usine de désalinisation, on peut produire de l’eau pour vous. »

    Effectivement, vous le montrez bien, plus la ressource en eau est dégradée, plus il y a un marché.

    N. C. : Oui, ce sont des sortes d’intérêts bien compris où le secteur des technologies de dépollution de l’eau devient l’acteur qui permet aux autres leur forme d’accaparement. Sans ces « solutions » de traitement de l’eau de plus en plus complexes et chères, on serait obligés de se demander justement comment on utilise l’eau, comment on se la partage. En somme, de questionner les usages de l’eau.

    Là-dessus, nous racontons comment des géants de l’eau comme Veolia, Suez et d’autres, qui faisaient leur business en distribuant l’eau dans les villes, ont été obligés de revoir leur modèle, prenant acte d’un mouvement de remunicipalisation (à la suite de nombreux scandales financiers notamment). Ils se présentent depuis une dizaine d’années comme des champions de la « transition écologique » et de la dépollution. D’après leurs déclarations aux investisseurs, leurs clients ne sont pourtant pas les usagers individuels, vous et moi, qui avons besoin d’eau pure au robinet : leurs principales cibles commerciales sont les infrastructures industrielles, comme les data centers ou les usines de semi-conducteurs, qui ont besoin d’eau très pure pour ne pas corroder leurs équipements, etc.

    Ces procédés sont aussi extrêmement énergivores et ont des effets délétères sur les écosystèmes. L’eau relève d’enjeux éminemment locaux. Ce qui est prélevé ici ne peut pas être compensé en remplissant une nappe à l’autre bout du pays. Et puis derrière, quid de tous les autres effets de l’extraction minière, sur la biodiversité, sur la destruction des terres arables qu’on utilise pour alimenter cette machine ?

    F. B. : Ce solutionnisme technologique est un autre nom pour le business as usual et la destruction du vivant. La réutilisation des eaux grises, qui semble être du bon sens, c’est une façon de ne pas questionner les usages, de les pérenniser, et c’est de l’eau qui n’est pas rendue aux milieux. Donc, cela portera atteinte à la bonne santé des écosystèmes.

    Et puis, on peut dérouler le même raisonnement sur la désalinisation, qui répond à la même logique, avec toujours des conséquences très lourdes d’un point de vue écologique. L’impensé, c’est celui des interdépendances. On ne peut pas traiter le sujet de l’eau isolément, sans traiter celui de la biodiversité, de la santé des milieux, de la santé humaine. Alors que dans le débat public, dans les discours politiques, le sujet a tendance à être traité de manière uniquement technique, comme une question de flux, de stocks. Les industriels de l’eau parlent de « produire de l’eau », comme si on pouvait en fabriquer de toutes pièces, ce qui est complètement inepte.

    L’eau en bouteille a historiquement construit son modèle économique sur celui de la santé. Les industriels ne voient pas d’un mauvais œil l’inquiétude grandir sur la qualité de l’eau.

    F. B. : Le risque avec l’eau en bouteille, deux mille fois plus énergivore que l’eau du robinet, c’est que cela devienne effectivement une réponse de marché à un problème public, qui est celui de la qualité de l’eau. Et en même temps, l’industrie de l’embouteillage a subi quand même des revers, des polémiques qui font que la pureté supposée des eaux en bouteille en a pris un coup. Un doute est en train de se diffuser autour des eaux en bouteille, avec, évidemment, le cas emblématique de Nestlé, mais pas uniquement.

    Et il y a tout ce qu’on ne veut pas voir quand on parle de qualité de l’eau au sens large, qu’il s’agisse de l’eau en bouteille ou du robinet. Il y a plein de choses qu’on ne tente pas de détecter. Sur la question des PFAS, c’est particulièrement interpellant. On se rend compte qu’on contrôle 20 PFAS depuis janvier 2026, alors que l’EPA américaine parle de 14 000 variétés de PFAS ou qu’une autre agence américaine évoque plutôt 2 millions. Il y aurait sans doute une panique morale totale si on commençait à essayer de détecter tout ça.

    N. C. : Face aux pollutions au PFAS, aux pesticides, on se dit : soit on boit de l’eau en bouteille, soit on « maxifiltre » l’eau qui va arriver au robinet. Et c’est ce qu’on voit en Île-de-France avec le projet du Syndicat des eaux de la région, qui est un projet à 1 milliard pour avoir de l’eau potable pour une partie des communes d’Île-de-France, dont Paris ne fait pas partie. Ce projet mise très majoritairement sur le traitement, alors qu’il serait entre cinq et dix fois moins cher de prévenir plutôt que guérir, d’après certaines études. La régie publique Eau de Paris, par exemple, a essayé de passer des pactes avec les agriculteurs pour avoir moins d’épandage de pesticides, donc ils peuvent se permettre de mettre en place des solutions de traitement moins coûteuses.

    Mais certains y trouvent leur compte. L’entreprise DuPont, qui est une grande émettrice de PFAS, est la même qui vend des membranes de filtration des PFAS pour potabiliser l’eau. Water Europe, qui est le lobby européen des entreprises de traitement de l’eau, dont Suez-Veolia et autres, demande à la Commission européenne 255 milliards sur cinq ans, juste pour investir dans ces technologies de traitement. Il y a un risque de système à deux vitesses, entre les grandes métropoles qui pourront investir dans ces systèmes très coûteux de dépollution de l’eau et des communautés de communes rurales pour lesquelles ce sera beaucoup trop cher.

    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/080526/megabassines-data-centers-la-guerre-contre-l-eau-s-est-intensifiee
    #centres_de_données #guerre_de_l'eau #privatisation #rareté #pollution #sécheresse #eau_potable #pesticides #PFAS #Sainte-Soline #accaparement #guerre_contre_l’eau #agriculture #préfectorialisation #démocratie #démocratie_locale #reverticalisation #économie #intérêts_économiques #lobbying #santé #écosystèmes #intérêt_général_majeur #loi_Duplomb #irrigation #industrie_agro-alimentaire #répression #résistance #violence #FNSEA #maïs #cycle_de_l’eau #souveraineté_alimentaire #élevage #bétail #transition #numérique #matières_premières #IA #AI #intelligence_artificielle #data_centers #centres_de_données #dépollution #Veolia #Suez #business #remunicipalisation #municipalisation #semi-conducteurs #énergie #techno-solutionnisme #eaux_grises #désalinisation #interdépendances #biodiversité #eau_en_bouteille #Nestlé #qualité #qualité_de_l'eau #pesticides #business #DuPont #filtration #Water_Europe

    • Les Assoiffeurs. Enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau

      Le 25 mars 2023, à Sainte-Soline, un déluge de grenades s’abat sur les manifestants. Plusieurs personnes restent à terre. Deux tombent dans le coma. Marqués par cet épisode, Fabien Benoit et Nicolas Celnik se lancent dans une vaste investigation et découvrent que les mégabassines ne sont que l’arbre qui cache la forêt.

      Ils livrent ici les résultats de leur enquête, menée sur plus de deux ans, sur ces entreprises qui ont fait main basse sur l’eau, ces « assoiffeurs » qui ont privatisé ce bien commun et prévoient désormais de tirer profit de la pénurie qui s’annonce, avec le soutien de l’État.

      Cet ouvrage entend mettre à jour les stratégies et plans pensés par ces entreprises pour accroître encore leur emprise en faisant appel au solutionnisme technologique, qui nous enserre collectivement et nous empêche d’enclencher une véritable discussion politique et démocratique sur le partage de l’eau.

      Du lobbying en faveur des mégabassines aux efforts des grands acteurs du numérique pour masquer leur consommation d’eau, en passant par les manœuvres des producteurs de PFAS pour vendre des solutions dépolluantes à des prix exorbitants, ce livre-enquête révèle l’ampleur du dévoiement de la « démocratie de l’eau à la française », court-circuitée par des collusions politiques et jeux de pouvoir.

      https://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Les_Assoiffeurs-9791020923691-1-1-0-1.html
      #livre

    • et Veolia c’est qui ? c’est Bolloré.
      Et quels sont les députés qui ont refusé de laisser les premiers m3 d’eau gratuits aux pauvres ? c’est les députés fachos, oups les nazis, oups les députés du parti fondé par des nazis.
      A Toulouse ils te collent du Eau-Toulouse-Metropole mais en fait derrière c’est Véolia Bolloré. Du Moudenc tout craché. Et l’eau est devenue plus cher l’été, tour de passe passe.

  • #acque_contaminate, nel 2008 la #us_navy denunciò tutto. Noi ce ne accorgiamo solo ora
    https://informareonline.com/acque-contaminate-nel-2008-la-us-navy-denuncio-tutto-noi-ce-ne-acco

    Sulle acque contaminate in #campania gli americani ci avevano già detto tutto nel 2008. Noi ci siamo arrivati solo adesso e lo scenario è allarmante. Le analisi della Federico II certificano il ritardo clamoroso riguardo i pericoli dell’approvvigionamento dai pozzi privati, utilizzati ancora da numerose famiglie dei comuni coinvolti nello studio. Attenzione: la rete idrica […] L’articolo Acque contaminate, nel 2008 la US Navy denunciò tutto. Noi ce ne accorgiamo solo ora proviene da Informareonline, scritto da Antonio Casaccio

    #Attualità #EVIDENZA #terra_dei_fuochi

  • « C’est une énorme surprise » : au procès Nestlé Waters, une grande partie de la procédure qui pointait une pollution majeure aux microplastiques annulée
    https://france3-regions.franceinfo.fr/grand-est/meurthe-et-moselle/nancy/c-est-une-enorme-surprise-au-proces-nestle-waters-une-gra

    Le procès de Nestlé Waters concernant une pollution liée à des décharges illégales de plastiques dans les Vosges s’ouvrait ce lundi 23 mars devant la chambre correctionnelle du tribunal de Nancy. Un vice de forme a conduit le président du tribunal à prononcer l’annulation des résultats d’analyses du laboratoire mandaté par le parquet. Un coup dur pour les parties civiles.

    Petit historique des nuisances :
    https://vert.eco/articles/des-montagnes-de-bouteilles-empilees-dans-la-foret-le-proces-hors-normes-des-d

    Bouteilles à l’amer. Le géant suisse de l’eau minérale comparaît à Nancy. Il lui est reproché d’avoir laissé se décomposer des milliers de bouteilles en plastique dans quatre décharges autour de ses sites d’embouteillage dans les Vosges.

    Tranquilles, les gestionnaires du site d’embouteillage : depuis 2021 la justice prend son temps et s’accommode de juges corrompus. Heureusement, l’industrie fait quand même quelques efforts ...
    https://www.vittel.ch/sites/g/files/xknfdk1031/files/styles/full_width_fallback/public/2023-03/Banniere-KV-Vittel-bouchon-solidaire-PROPAL-FR-Ville_Thermale.jpg

    #Nestlé_Waters #Vittel #Contrexéville #Micro-plastiques #pollution #eaux_minérales

  • "Blocus maritime" pour les migrants : l’#Italie rétablit l’interdiction pour les ONG d’entrer dans ses eaux territoriales

    Le Conseil des ministres italien a approuvé mercredi un projet de loi durcissant les règles sur l’immigration. Parmi elles, instaurer un « #blocus_maritime » pour empêcher les ONG en mer Méditerranée d’amener un trop grand nombre de migrants en Italie, rouvrir les centres pour demandeurs d’asile en Albanie et faciliter les expulsions.

    « Les #frontières de l’Italie sont les frontières de l’Europe. Les défendre est un devoir », a écrit sur X le ministre de l’Intérieur, #Matteo_Piantedosi, à l’issue de l’adoption mercredi 11 février d’un projet de loi sur l’immigration qui permettrait notamment à l’Italie d’interdire provisoirement les arrivées de migrants par la mer « en cas de #menace_grave pour l’#ordre_public ou la #sécurité_nationale ».

    « Ce blocus maritime est une promesse tenue », s’est félicitée la Première ministre d’extrême droite #Giorgia_Meloni. « À tous ceux qui disaient que c’était impossible, je tiens à rappeler que rien n’est véritablement impossible pour ceux qui sont déterminés à agir ».

    Les médias italiens ont détaillé ce #projet_de_loi. « Sur décision du Conseil des ministres, l’accès aux #eaux_territoriales peut être interdit aux navires [d’ONG] qui constituent une menace pour la sécurité nationale pour une durée maximale de 30 jours, renouvelable jusqu’à six mois », écrit le journal La Repubblica.

    « Le refoulement collectif de personnes en haute mer est interdit par la Charte des droits fondamentaux de l’UE »

    Quatre critères seront pris en compte par les autorités italiennes pour leur interdire l’entrée dans leurs eaux territoriales : s’assurer de ne pas avoir « un risque concret d’actes terroristes ou d’infiltration terroriste sur le territoire national », « une #pression_migratoire exceptionnelle susceptible de compromettre la gestion sûre des frontières », « des urgences sanitaires de portée internationale » (comme des épidémies) et « des événements internationaux de haut niveau exigeant l’adoption de mesures de sécurité extraordinaires ».

    Les navires d’ONG qui forceraient le blocus et ne respecteraient pas l’ordre d’arrêt s’exposent à des #amendes pouvant atteindre 50 000 euros. « En cas de violations répétées de l’interdiction, le navire sera d’abord saisi, puis confisqué. Les migrants à bord, considérés comme demandeurs d’asile, pourront être transférés vers des pays tiers sûrs avec lesquels l’Italie a conclu des accords, notamment l’Albanie, afin d’y régulariser leur situation », continue le journal italien.

    SOS Humanity, Sea-Watch, Mediterranea Saving Humans et Médecins sans frontières (MSF), ont déclaré que ce projet de loi n’avait pas pour but de réguler les flux migratoires, « mais de cibler et de bloquer les #navires_humanitaires, ce qui aura pour conséquence d’augmenter le nombre de personnes qui perdent la vie en mer ».

    « Le #refoulement_collectif de personnes en haute mer est interdit à la fois par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et par toutes les conventions internationales », a déclaré de son côté Silvia Albano, une juge spécialisée dans les questions d’immigration très en vue à Rome. Toutefois, le projet de loi ne précise pas comment exactement les navires des ONG seront empêchés de traverser les eaux italiennes, ni par qui.

    Relancer les centres pour demandeurs d’asile en Albanie

    Si le texte est entériné par le Parlement (sans être modifié), cet article 2 du projet de loi pourra également permettre de relancer une mesure phare très controversée : l’#externalisation des demandeurs d’asile interceptés en mer dans des centres en #Albanie. Le gouvernement de Meloni poursuit donc ses efforts pour rouvrir ces dits centres - qui existent depuis octobre 2024 - mais qui n’ont hébergé pendant près d’un an que quelques dizaines de migrants expulsables (et en attente de leur éloignement).

    Pour rappel, Giorgia Meloni et son homologue albanais, Edi Rama, avaient signé fin 2023 un accord en vue d’envoyer les migrants arrivés par la mer en Albanie pour traiter leurs demandes d’asile - un projet d’externalisation qui n’a finalement pas eu lieu en raison de nombreux recours devant la justice.

    Pour lutter contre l’immigration irrégulière, le gouvernement de la Première ministre italienne a aussi signé des #accords avec des pays d’Afrique du Nord. Dont un controversé avec la #Libye pour intercepter les canots de migrants en mer Méditerranée dès leur départ des côtes libyennes.

    Depuis 2022, Rome a aussi criminalisé les activités des ONG en mer notamment via le décret Piantedosi, du nom du ministre de l’Intérieur italien. Devenu loi, le texte a introduit une série de nouvelles mesures qui régissent les activités des navires de #sauvetage en #Méditerranée. En cas de manquements à ce décret, les ONG s’exposaient déjà à de lourdes sanctions.

    #Droit_d'asile : le recours n’empêche pas une expulsion

    L’actuel projet de loi ne s’attaque pas qu’aux activités maritimes des ONG, les articles 3 et 4 se penchent sur les cas des expulsions. De nouvelles dispositions visent à élargir les condamnations dans lesquels un juge italien peut ordonner un éloignement forcé. Désormais, un étranger pourra être expulsé s’il a été condamné pour « violences ou menaces et résistance à l’encontre d’un agent public, atteintes à l’ordre public, aux personnes, aux biens et à la famille », ainsi que « participation à des émeutes ou à des actes de violence dans les centres de rétention administrative ».

    Le texte propose également des restrictions pour le #regroupement_familial, une révision du système d’accueil et des conditions de détention dans les centres de rétention administrative. Il restreint également le droit d’asile : en cas de rejet en première instance d’un dossier de protection internationale, le recours en appel n’empêche ni l’expulsion ni la détention dans un pays tiers.

    Giorgia Meloni peut aujourd’hui compter sur le soutien de l’Union européenne, depuis la nouvelle législation européenne sur le droit d’asile : mardi 10 février, le Parlement européen a adopté deux textes phares durcissant la politique migratoire. Ils permettront notamment aux États membres de renvoyer des demandeurs d’asile vers des pays dont ils ne sont pas originaires, mais que l’Europe considère comme « sûrs ».

    https://www.infomigrants.net/fr/post/69800/blocus-maritime-pour-les-migrants--litalie-retablit-linterdiction-pour
    #migrations #réfugiés #blocco_navale

  • Fraude aux #eaux_minérales_naturelles : l’Etat attaqué pour avoir autorisé Nestlé à continuer d’exploiter les sources #Perrier, #Contrex et #Hépar
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/02/10/fraude-aux-eaux-minerales-naturelles-l-etat-attaque-pour-avoir-autorise-nest

    Ce minéralier, implanté en Savoie, avait assigné #Nestlé, mi-décembre 2025, devant le tribunal des activités économiques de Nanterre pour « concurrence déloyale ».

    #concurrence_déloyale :-))

  • Dans l’#Allier, inquiétudes autour de l’ouverture d’une mine de #lithium et de ses matières radioactives

    La production de matières radioactives d’un site d’#Imerys dans l’Allier va considérablement augmenter si sa mine de lithium est autorisée. Mais personne, ou presque, n’est au courant. Car l’industriel s’est montré particulièrement discret sur ce sujet sensible qu’il a omis de déclarer pendant plusieurs années.

    « Des produits radioactifs à #Échassières ? Jamais entendu parler ! » Maurice Deschamps est maire de #Lalizolle (Allier), commune où pourrait voir le jour l’une des plus grandes mines de lithium d’Europe. La préfecture vient de donner le feu vert au groupe Imerys pour y construire un site pilote d’#extraction et de transformation du minerai.

    Contacté par Mediapart au téléphone, le maire, ancien responsable à la direction départementale de l’agriculture, assure avoir suivi la plupart des rencontres organisées par l’entreprise avec les élu·es depuis l’annonce du projet, en octobre 2022. « Jusqu’à une par mois, c’est beaucoup ! » Il a aussi assisté à plusieurs des vingt-quatre réunions publiques organisées par la Commission nationale du débat public (CNDP) entre mars et juillet 2024.

    Pourtant, comme tous les édiles des communes voisines qu’a pu joindre Mediapart, Maurice Deschamps ignorait que le projet « #Emili » (exploitation de #mica_lithinifère par Imerys) impliquerait de produire chaque année plus de 1 millier de tonnes de #matières_radioactives. Car dans cette même roche, Imerys compte extraire du lithium, mais aussi d’autres #minéraux comme du #tantale et de l’#étain, particulièrement concentrés en #uranium.

    C’est sur la #Bosse, une colline boisée qui domine le bocage bourbonnais, que le projet de mine s’apprête à démarrer. Pour atteindre le #gisement de lithium, une galerie sera creusée sous une carrière de #kaolin, matière première de la porcelaine, en exploitation depuis plus d’un siècle. Elle a été rachetée en 2005 par Imerys, propriété du groupe Bruxelles-Lambert (contrôlé par les familles de milliardaires #Frère et #Desmarais).

    Activité nucléaire

    À côté de la #fosse_d’extraction de kaolin se trouve une usine où le #minerai est purifié et traité. Mais depuis les années 1980 au moins, on y traite aussi d’autres matériaux extraits dans cette fosse : de l’étain, du tantale et du #niobium. Quand il sort de cette laverie, ce concentré de métaux bruts, semblable à une pâte noire, est stocké dans des fûts puis expédié à l’étranger. Les métaux, une fois purifiés dans une fonderie, pourront notamment être utilisés pour produire de l’électronique. Or, ce concentré métallique a une particularité sur laquelle l’industriel et les autorités se sont montrés très discrets : il est radioactif.

    Sa composition est donnée dans les petites lignes du dossier de l’enquête publique qui vient de s’achever en vue de la construction à Échassières des phases pilotes du projet Emili, une galerie de reconnaissance et une usine : « Le concentré [d’étain, tantale et niobium – ndlr] possède une certaine #radioactivité du fait de la présence d’une faible concentration en #uranium […] et #thorium », a précisé l’industriel dans ce dossier d’enquête de 3 500 pages.

    « On peut estimer la radioactivité totale d’un tel concentré à environ 300 000 becquerels par kilogramme, explique Julien Syren, géologue et codirecteur de la Criirad, association d’expertise citoyenne (voir le détail du calcul en annexe). Ça n’a rien d’anecdotique ! » D’après le Code de la santé publique, la transformation, le stockage et le transport de ce minerai radioactif sont considérés comme une « activité nucléaire ». Le seuil fixé par l’administration est dépassé quand les produits émettent plus de 1 000 becquerels par kilogramme (Bq/kg) et que leur stockage excède 1 tonne. Imerys en produit environ 100 tonnes par an.

    Si la #mine d’Échassières voyait le jour, cette production radioactive changerait d’échelle. Imerys compte exploiter le lithium, mais aussi l’étain, le tantale et le niobium présents dans la même roche jusqu’à plus de 500 mètres de profondeur. « La production de lithium (quelle que soit sa forme) augmenterait automatiquement la production de concentré d’étain-tantale et niobium déjà commercialisé par Imerys », précise l’entreprise en 2020 dans sa demande de prolongation de permis d’exploration. Dans la mine de lithium, Imerys prévoit d’extraire quinze fois plus de roches que dans la carrière – et produirait donc au moins 1 500 tonnes de métaux radioactifs par an.

    « Pour les salariés du site et la population, poursuit Julien Syren, il y a un risque d’exposition aux rayonnements et des sources de #pollution importantes. Les poussières contenant de l’uranium et ses descendants radioactifs peuvent être ingérées, les #radionucléides peuvent se retrouver dans les déchets miniers et dans les #eaux. » Les faibles doses de radioactivité augmentent sensiblement le risque de #cancer, comme l’a récemment mis en évidence une étude internationale parue dans le British Medical Journal. Julien Syren se dit très étonné que cet enjeu n’ait pas été traité « de façon centrale » pendant le débat public sur la mine de lithium.

    La direction régionale de l’environnement Auvergne-Rhône-Alpes, responsable de la surveillance environnementale de la carrière, confirme à Mediapart que « l’usine de traitement du kaolin relève de la rubrique #ICPE_1716-2 » qui encadre les usines « mettant en œuvre des substances radioactives d’origine naturelle ». L’Agence de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) est chargée de la surveillance radiologique du personnel de l’usine d’Imerys, qu’elle a inspectée plusieurs fois depuis 2009.

    Les salariés de la #laverie portent des dosimètres, et certains font l’objet d’un suivi médical spécifique. L’agence de sûreté nucléaire précise que « les transports des substances radioactives d’origine naturelle produites par le site d’Échassières sont soumis à la réglementation sur les marchandises dangereuses » et que « les colis sont contrôlés par sondage lors des inspections de l’ASNR ».

    #Non-conformité

    Mais autour d’Échassières, personne n’était au courant. Pas même les associations de protection de l’environnement. « Tous ces éléments auraient dû être donnés au public il y a bien longtemps, s’insurge Corinne Castanier, responsable en radioprotection à la Criirad. C’est étrange de ne pas prévenir les mairies qu’il pourrait y avoir une activité nucléaire sur leur commune. C’est encore plus étrange de ne pas les prévenir qu’il y en a déjà une ! », ajoute-t-elle à propos de la carrière de kaolin.

    Même s’ils avaient épluché les documents administratifs concernant cette carrière, les élu·es concerné·es n’auraient pas trouvé trace de cette production radioactive : Imerys avait omis de la déclarer en préfecture, contrairement à ce que prévoit la loi depuis 2014. Les services de l’État ont confirmé à Mediapart que le groupe minier était en « non-conformité » jusqu’en novembre 2022, quand la déclaration d’#activité_nucléaire a finalement été faite, à la suite d’une inspection de l’usine. Mais une fois enregistrée, cette déclaration n’a pas été mise en ligne par la préfecture de l’Allier.

    C’est pendant cette période de non-conformité, en 2021, qu’Imerys a obtenu l’autorisation de prolonger de trente ans l’activité de sa carrière – elle devait initialement s’arrêter en 2020 – et d’en doubler la surface. Sans que ni la rubrique administrative ICPE 1716-2 ni la production de substances radioactives aient été mentionnées dans l’enquête publique. L’#étude_d’impact ne la mentionne pas non plus.

    « Le site dispose, de très longue date, de toutes les autorisations nécessaires pour stocker et transporter ces matières, nous répond Imerys. Lors du débat public de 2024, organisé par la commission nationale du débat public (CNDP), nous avons rappelé que le granite était bien porteur de ces éléments radioactifs », ajoute l’industriel (lire l’intégralité de sa réponse en annexe).

    Un problème en réalité ancien

    Imerys s’était engagé dans le cadre de ce débat à « partager toute l’information sur le projet Emili » et à s’aligner sur le « niveau de #transparence très élevé » du standard minier #Irma (#Initiative_for_Responsible_Mining_Assurance), un label centré sur le partage d’information avec les populations.

    En avril 2024, dans la salle des fêtes du bourg de Saint-Pourçain, dans l’Allier, s’est tenue la onzième soirée d’information sur la mine de lithium organisée par la CNDP. Ce soir-là, le public a un peu déserté. Micro en main, Grégoire Jean, directeur recherche et développement chez Imerys, présente, slide après slide, les enjeux environnementaux du projet. Apparaît sur l’écran une fiche intitulée « La radioactivité du granite de Beauvoir ».

    Elle indique que pour éviter l’accumulation de radon, un gaz radioactif, il faudra ventiler les galeries de la mine, comme dans « les maisons et les caves » des régions granitiques. La production de matières radioactives n’est pas mentionnée lors de ce débat, pas plus qu’elle n’apparaît dans le « Dossier du maître d’ouvrage », le volume de 156 pages diffusé par Imerys pour décrire le projet minier. « On a un granite qui n’est pas spécialement radioactif, il est parfaitement classique », rassure Grégoire Jean au micro.

    Un rapport critique

    Pourtant, sa teneur en uranium semble poser problème depuis longtemps. Dans sa demande de permis d’exploration de 2020, Imerys mentionne qu’au début des années 1980, « une étude de faisabilité » pour une mine d’étain et de tantale à Échassières s’était révélée « négative » en raison notamment de « la présence d’uranium dans le concentré de tantale ». Elle avait été menée conjointement par le bureau des recherches géologiques et minières et l’entreprise #Peñarroya… qui n’est autre que l’ancienne dénomination d’Imerys.

    « Non seulement les données scientifiques accessibles montrent que le #granite_de_Beauvoir contient plus d’uranium que la moyenne, analyse le géologue Julien Syren, mais de toute façon, le principal problème est la concentration de cette radioactivité dans les #déchets et les #sous-produits. »

    La mine d’Échassières, si elle est construite, va générer environ 2 millions de tonnes de résidus par an, sous forme de #boues rejetées par les deux usines de traitement du minerai, à Échassières et à #Montluçon. Quel serait le niveau de radioactivité de ces immenses volumes de déchets ? Quel serait le risque de contamination des sources et des #eaux_souterraines de la Bosse, réputée pour ses #zones_humides ?

    Imerys déclare à Mediapart avoir « mis en avant avec l’exploitation actuelle de kaolin (dans un contexte quasi identique à celui du projet) [sa] capacité à maîtriser ces problématiques ». Dans l’enquête publique pour la création de la mine pilote, Imerys cite un seul rapport datant de 2010 à l’appui de l’absence de contamination radioactive. Un document que, malgré nos demandes, l’entreprise a refusé de communiquer.

    En revanche, Mediapart s’est procuré un rapport rédigé en 2007 par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN, aujourd’hui fusionné avec l’ASNR), consacré à la carrière d’Échassières. Ce document exclusif que nous publions en annexe pointe plusieurs « incohérences » dans la surveillance radiologique des salariés. Il reproche à l’exploitant de ne pas surveiller la radioactivité dans les eaux rejetées « dans le ruisseau communal » et de n’avoir « procédé à aucune évaluation des doses auxquelles la population est susceptible d’être soumise ». Le directeur de l’IRSN concluait : « La radioprotection des populations est traitée sommairement. »

    La situation a-t-elle changé ? La Criirad s’est saisie du dossier et a demandé des informations aux services de l’État. Pour les avocats de l’association Préservons la forêt des Colettes, opposée au projet minier, la découverte de cette production radioactive, trois ans après le lancement du projet Emili, est « sidérante », aussi bien « pour ce qu’elle révèle du projet que pour l’effort qui semble avoir été fait pour ne pas ébruiter ces informations déterminantes pour la population, ont réagi Théodore Catry et Benjamin Cottet-Emard. Imerys a eu bien des occasions de s’exprimer avec transparence, mais semble clairement avoir fait le choix de la rétention. » En haut de la colline d’Échassières, les engins s’activent pour construire la mine pilote autorisée fin septembre par la préfecture. L’#autorisation_environnementale qui vient d’être délivrée à Imerys ne prévoit aucune surveillance de la radioactivité.

    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/071025/dans-l-allier-inquietudes-autour-de-l-ouverture-d-une-mine-de-lithium-et-d
    #Echassières #France #terres_rares

    • Projet de mine de lithium dans l’Allier : quid de la radioactivité ?

      La société Imerys souhaite ouvrir une mine de lithium dans l’Allier. Au-dessus du gisement, une carrière de kaolin est exploitée depuis plus d’un siècle. Le site produit également un concentré d’étain, niobium et tantale présentant une radioactivité élevée. La quantité de concentré produit augmenterait avec la mine de lithium.

      « Dans l’Allier, inquiétudes autour de l’ouverture d’une mine de lithium et de ses matières radioactives » : c’est le titre d’un article de Célia Izoard publié sur Médiapart le 7 octobre 2025.

      Sollicitée par la journaliste, la CRIIRAD s’est penchée sur les aspects radiologiques de la carrière de kaolin actuellement exploitée par Imerys juste au-dessus du gisement de lithium.

      Premier constat : depuis plus d’un siècle, les exploitants successifs n’extraient pas seulement le kaolin mais également un concentré d’étain, de tantale et de niobium dans lequel se concentre l’uranium 238. L’activité de ce radionucléide atteint 30 000 becquerels par kilogramme (Bq/kg), très largement au-dessus de 1 000 Bq/kg, seuil de classement comme « substance radioactive d’origine naturelle » (SRON). En tenant compte des autres radionucléides naturels présents, l’activité totale est de plusieurs centaines de milliers de Bq/kg (1), avec tous les risques radiologiques associés (irradiation externe, contamination par inhalation ou ingestion).

      Du fait de cette radioactivité et des quantités présentes dans l’installation (plusieurs dizaines de tonnes de concentré produites chaque année), le site doit être classé ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement), à la rubrique 1716-2 qui encadre les installations mettant en œuvre des substances radioactives d’origine naturelle.

      Alors que la radioactivité du site est connue des autorités depuis au moins 2006, et que la rubrique 1716-2 existe depuis 2014, il a fallu attendre 2022 pour que l’exploitant déclare cette activité nucléaire.

      Malgré cette déclaration, le dernier arrêté préfectoral fixant les règles de surveillance du site par l’exploitant ne comporte aucune prescription en matière de mesures radiologiques, alors que la réglementation impose des contrôles.

      De plus, alors que l’exploitant d’une ICPE 1716-2 doit transmettre chaque année à l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) un inventaire des matières et déchets radioactifs présents sur le site, la CRIIRAD n’a pas trouvé, sur le site de l’ANDRA, de fiche pour ce site.

      Pour éclaircir ces points ainsi que d’autres aspects du dossier, la CRIIRAD a écrit à la DREAL Auvergne-Rhône-Alpes. Vous pouvez télécharger ce courrier avec le lien en bas de l’article.

      S’agissant du projet de mine de lithium, l’exploitant est très discret sur la question de la radioactivité, alors qu’il reconnaît que « la production de lithium (quelle que soit sa forme) augmenterait automatiquement la production de concentré d’étain-tantale et de niobium déjà commercialisé par Imerys ».

      Affaire à suivre…

      https://www.criirad.org/10-10-2025-projet-de-mine-de-lithium-dans-lallier-quid-de-la-radioactivite

  • HAUNTED WATERS. THE CHEMICAL COCKTAIL BAR

    A growing collection of contaminated waters from around the world, submitted by activists, scientists, swimmers, citizens, and friends. Each water is haunted by a multitude of ‘spirits’ telling stories that speak of the past, of decisions made by those in power, of struggles, accidents, wars, greed, and action.

    Pollution, contamination, forever chemicals… What have we done?! OMG! I need a glass...

    Welcome to the Haunted Waters Bar—a growing collection of contaminated waters. Here, you’ll find a menu featuring a variety of water samples from around the world, submitted by activists, scientists, swimmers, citizens, and friends. Some samples come from lakes, rivers, and the sea, while others are filled from the tap. While they may all look similar, each water is haunted by a multitude of ‘spirits’ telling different stories—stories that speak of the past, of decisions made by those in power, of struggles, accidents, wars, greed, and action.

    Chemicals in water are not unlike ghosts – they haunt and alter beings and places, are often invisible to the naked eye, relate to historic injustice, and are trapped in places they were not meant to be. The complexity of chemical cocktails hinders research on their negative impact on health and environment. The destruction of ecosystems and disruption of communities conjures these eerie beings into existence; the spirits have awakened!

    Scientists at the JRC Water Quality Lab are on a mission to analyse the “haunted” waters through mass spectrometry & chromatography and identify specific substances and their concentrations. While the Lab focuses on analysis, the Bar offers a space for symbolism, synthesis and stories. Here, many different spirits are brought together to echo hydro-social relations taking place over space and time. Relations that are symptomatic of the post-natural era we live in. Like any bar, it’s also a space for sharing stories, socialising, and, of course, drinking. Some waters (think: spirits & chemical cocktails) are safe to consume, with concentrations of chemical substances within governmental safety limits. However, others are so contaminated that they pose serious health hazards and are forbidden to order. These waters remain trapped on the shelf for years to come.

    The contaminating substances in themselves are neither only good nor only bad. Pharmaceuticals can be life-saving, PFAS might offer unique technical possibilities and pesticides allow us to sustain our (industrialised) agricultural practices. These chemicals were never intended to end up in our water, yet a lot of them do and will continue doing that. The moment they enter the aquatic environment is when they turn into ‘contaminants’ and ‘spirits’.

    They haunt our planetary waters - seas, lakes, rivers, groundwater, and even our own bodies, as evidenced by the presence of PFAS in top EU officials’ blood (European Environmental Bureau, 2024).[i] The pollutants defy borders, hitchhiking the hydrological cycle that connects all living beings.

    These spirits have diverse origins: agriculture, industrial production, pharmaceutical industry, consumer products, mining, oil spills, and war. Their pervasive presence is a major global environmental problem because it can lead to the degradation of aquatic ecosystems, posing serious health risks to both humans and nonhumans and increasing the likelihood of diseases, including cancer, infertility and neurological impacts (Bondy & Campbell, 2018, p. 4). They are chemicals and poisons; the product of neglect, of industrialised capitalism, but they are also messengers and a feral force.

    Literary theorist Sladja Blazan (2021) notes that the sighting of a ghost exposes the entanglements of horror and history, and “the way the past makes cultural demands on us we have difficulty fulfilling.”

    They are here, and not leaving any time soon. They have come to demand attention and action.

    How do we live with haunted waters?
    Concept

    What happens when technologies and their unintended consequences become so ubiquitous that it is difficult to define what is ‘natural’ or not?
    — Nicolas Nova & Disnovation.org (2022)

    Life in our times entails an apparent dissolution of the strict separation of things; the natural is tied to the unnatural, the human to the nonhuman. As ecological processes become increasingly shaped by human activity and its deposits, the ‘natural’ emerges as an inaccurate concept to describe the world around us.[ii] At the same time, an uncanny eeriness emerges; sunbathing reminds us of global warming, breathing city air of pollution, drinking water of contamination.

    Clean water is fundamental for life on Earth. Yet every year, the chemical, physical and biological contamination of our waters continues. These unseen anthropogenic substances are haunting our experience by altering and estranging homes and bodies, creating an eerie unfamiliarity. The classical image of the unseen, uncanny haunter are the ghosts, spirits, and spectres.

    Horror is becoming the environmental norm.
    — Sara L. Crosby (2014, p. 514)

    To explore water quality, its material, cultural, political and spiritual occurrence links to an interpretation of water beyond the hydrologic cycle, in which water flows are merely objects of study and technical manipulation. For Linton et al. (2022) the approach we have towards water should rather be guided by the hydrosocial cycle “a socio- natural process by which water and society make and remake each other over space and time”. By making and remaking each other water and society are hybrids, in which the relationship is constituting rather than connecting.

    The contaminants emerge within this interplay as boundary teasing feral entities, hitchhiking the hydrosocial cycle and remaking it from within. The chemicals were made by humans, for humans, yet the moment they enter the water, ownership and control over them is lost. They turn into spirits, not passive but with an agency of their own, often at cross purposes with human ones. They turn into an obscurity between categories - less an object than an event, less a term than a relation, less an individual than a multitude.

    It is easy to demonise such spirits, especially if they cause health issues that might lead to suffering and death. And yet, they carry important lessons born of our time of looming socio-ecological catastrophes.

    The writer Avery F. Gordon (2008) examines how ghosts and haunting can be understood as expressions of unresolved social tensions, traumas, and injustices. “But haunting, unlike trauma, is distinctive for producing a something-to-be-done”(p.XVI). Drawing on the concept of haunting from Gordon, seeing the contaminants as spirits becomes a way to prompt us to look beyond chemistry and turn to history - what underlying traumas and hardships might be carried by these entities? What cycles of harm and injustice are being perpetuated by these spirits? What are their demands?

    Water contamination is not just a technical or scientific issue but a manifestation of broader social and economic inequalities embedded within our systems. The haunting presence of pollutants is a legacy of industrialisation, colonisation, and exploitation that continue to shape our contemporary world.

    There are numerous examples: the tourism industry and large-scale agriculture around the Mar Menor Lagoon in Spain led to an ecosystem collapse in 2016, when several species were pushed to the brink of extinction. In 2014, governmental officials of Flint, Michigan, decided to change the water supply from Detroit water to the Flint River to save money during a financial crisis. The dangerous levels of lead in the river though rather led to a public health crisis, killing at least 12 people. In the Central Andes of Peru, the mercury used in the illegal gold mining has serious effects on plant and animal life, causing oxidative stress in fish and retard growth in plants.

    Capitalism runs and thrives on the production of such spirits, its profit-driven motives often take precedence over environmental and human health concerns. These spectral contaminants are revealing unresolved and ongoing societal and ecological violence, which is also disproportionately affecting marginalised communities. From this perspective, addressing water contamination requires more than just technical solutions or regulatory measures; it necessitates a fundamental transformation of our socio-economic systems.

    The haunted water flows not just through rivers and oceans, but through the very veins of our interconnected world, permeating and connecting all bodies of water, linking human and non-human bodies in a web of relationality. We take a sip; it flows through us and onwards into the world - things that before felt distant and remote suddenly are close and intimate. By acknowledging how water binds us to the world and each other, we can begin to cultivate a deeper sense of responsibility and reverence for the Earth and all its inhabitants. This kind of awareness emerges when we meet the spirits. They carry a lesson of interdependence that could potentially catalyse a shift in our relationship with the waters. Through this lesson, the terrifying entities reveal their benevolent nature and their power to inspire awe.

    The ‘myth-of-the-end-of-myth’ managed to become the foundational myth of modernity.
    — Dorin Budușan (2023, p. 49)

    Numerous critiques of modernity identify the rise of science, secularisation, industrialisation, and capitalism as factors responsible for the disenchantment of the world, since these are processes that prioritise rationality, efficiency, and material gain over spiritual or mystical experiences. Yet have modern Western societies really been disenchanted by the rise of science and rationalism? These spirits, born out of modernity, are ‘un-puring’ nature/culture, while at the same time re-enchanting the world in an obscure and horrific way.

    Might the break-down of the human-nonhuman divide, which destabilises the distinction
    between humans and nature and the distinction between humans and technology, not also
    destabilise the distinction between the material and the spiritual, the natural and the supernatural,
    the sceptical and the superstitious?
    — Nils Bubandt (2018, p. 7-8)

    Could modern spirits challenge the ‘profit-driven, disenchanting & dividing’ way of thinking that gave rise to them? Could they help us (re)spiritualise science, and connect to a deeper, interconnected worldview? The world is vibrant, teeming with countless forces, each shaping and echoing the other in mysterious ways. It is full of spirits!
    Context

    Through “The gems of water” project at the JRC, the scientific project officer Caterina Cacciatori and her colleagues are sending out water monitoring tools to local citizens around the world to monitor and collect information on chemical contamination present in water.

    The starting point of our art-science collaboration with Caterina was to compare these water monitoring tools to ghost hunting tools, and the local citizens & scientists to ghost hunters. By drawing parallels between pollutants trapped in bodies of water to ghosts/spirits, we invited the hunters to reflect on what it means to live on a haunted planet. The analogy proved to be a good opening also in conversation with other scientists and policymakers during our residency at the JRC.

    Throughout the last year we were learning about chemical contamination and “The Gems of Water”. Caterina and her colleague Giulio Mariani invited us on a few occasions into the Lab, introducing us to their work and demonstrating how they use incredibly precise and weird looking liquid/gas chromatography machines and mass spectrometry tools to find out the chemical composition of water samples. We also met up virtually with the first “The gems of water” pilot partners activists from Coral Conservation in Costa Rica, who are investigating the rivers Sixaola, Estella and Carbón for content and concentrations of pesticides from surrounding banana monocultures. The activists were worried that the pesticide run-off would eventually threaten corals in the ocean and were frustrated with the banana Industry, which has been infamous for its labour conditions, violent history and chemical use. The industry has a considerable environmental impact and the used pesticides used cause health issues including sterility and cancer to the ones exposed.

    The samples collected by the activists will eventually be analysed at the JRC for around 250 compounds. Yet they contain much more than that. These samples carry with them also emotions, traumas, fear and anger which can’t be analysed scientifically. We got interested in sharing the stories behind the pollution, telling of their origin, effects, as well as, how people are coping with them.

    Therefore, together with Caterina, we came up with the idea of creating a “ghost hunting probe kit” to gather stories about contaminated bodies of water from people involved in “The Gems of Water” project. We constructed a prototype and brought it to Ispra, where feedback from Mateusz Tokarski, who coordinates projects on citizen engagement, from Adriaan Eeckels, head of JRC’s SciArt project, and Caterina gave us insights on how to revise the toolkit. Then on, the toolkit idea transformed and took two tracks - a web submission & workshop.

    Water and story collection

    Inspired by the engagement of citizens and willing to make story sharing more accessible, we created a web submission form through which anyone could (and still can!) share their ‘ghost story’ and is invited to send a water sample to us. The bottles of water and the stories form the content of the Haunted Waters Bar.

    Haunted Waters, the workshop

    In 2023, we were invited by curator Johanna Janßen to hold a workshop at Galerie Im Turm in Berlin, for the exhibition “Pole der Unzugänglichkeit” – conceptions of (extra)terrestrial worlds between reality and fiction”. We took the opportunity to develop methods of personifying (or “ghostifying”) the spectral contaminants, which was an idea originally conceived during our residency and meant to be done via the tool kit. It turned into a ‘Haunted Waters Workshop’ for exploring different contaminants through creative writing and drawing.

    In the workshop, participants were equipped with printed articles and paper excerpts detailing various chemicals found (in very low concentrations) in Berlin’s tap water, including PFAS, lead, nitrates, microplastics and pharmaceutical residues. Following this informational session and a sip of water from the tap, we underwent a hypnotic visualisation exercise. We ventured into the network of our blood vessels to encounter the spirits associated with these chemicals. We followed these ethereal entities through time, exploring both the recent past and a distant future. The hypnotic session prompted participants to imagine details of each spirit, contemplating their origins, desires, fears, and envisioning their appearances. The participants then drew the contaminants, shared their stories and reflected on what they can teach us about our own existence.

    The workshop closed with a discussion, during which the curious observation was made that a few of the stories of contaminants were actually inner self-portraits. The participants were projecting their own feelings; fears, confusions and hopes of living on a damaged planet into the spirits, giving the exercise an introspective twist.

    The event marked an inspirational turn for us, we felt drawn to the act of letting the spirits flow through our bodies and be met as mirrors of our anxieties, leading up to the idea of creating a Haunted Waters Bar. The drawings made during the workshop were later on used as a reference to create animated spirit portraits for the bar.
    Scientific Background

    The Gems of Water:

    The scientific background of the artwork is based on “The Gems of Water” activity carried out in the framework of the Blue Health project (Cacciatori et al., 2023). “The Gems of Water” supports the engagement work of the UN-World Water Quality Alliance. The activity involves citizens through a co-creative approach in the definition of a local water quality concern, design of a monitoring strategy and sample collection and extraction. Samples collected and extracted by citizen groups are processed at the JRC Water Quality Lab facility and data are shared with participants. The water quality monitoring kits use a technology (the Stir Bar Sorptive Extraction) which allows for wide-screening of around 250 compounds, which include pesticides, pharmaceuticals and industrial compounds. The method provides quantitative and qualitative information about the chemicals in bodies of water around the world, which can be used to further investigate water quality. The activity has been successfully piloted in Costa Rica, while the exercise is on-going in Kenya and Romania.

    New chemicals, cocktails and the need for stronger regulations:

    The environmental impact of chemicals is a rapidly growing concern, with approximately 10 million new compounds produced yearly (1,000 p/h) (Daley, 2017). Unfortunately, research on their impacts on human and ecosystem health lags due to underfunding, leading to the approval of chemicals for commercial use, with unknown environmental consequences.

    The “cocktail effect” occurs when seemingly harmless concentrations of single substances combine, posing health risks. A European Environment Agency report ‘Chemicals in European waters’ (EEA, 2018, p. 56) notes that the detection of several hundred chemicals at low concentrations in a single freshwater sample is common and the level of risk that that might present is insufficiently understood. Current safety assessments focus on individual substances, leaving a significant protection gap in regulations.

    As global chemical production grows (Persson et al., 2022, p. 1512) and the number of chemicals in use around the world multiplies (Wang et al., 2020, p. 2575), urgent action is needed to implement robust chemical regulations to safeguard us and the wider environment. The challenge extends to addressing the biodiversity crisis (Schneider, 2020), emphasising the critical role of more “ghost hunters”—those monitoring, modelling, and reporting—to render the world of contaminants visible. Only then can policies and regulations be appropriately targeted, ensuring a healthier and safer future for all the living.

    REFERENCES

    European Environmental Bureau & ChemSec (2024, Jan 13). High-level European Politicians Polluted by PFAS. European Environmental Bureau (accessed: 2024, May 28) https://eeb.org/high-level-european-politicians-polluted-by-pfas

    Bondy, Stephen C. & Campbell, Arezoo (2018). Water Quality and Brain Function. International Journal of Environmental Research and Public Health, 15(1) doi:10.3390/ijerph15010002

    Blazan, Sladja (ed.) (2021). Haunted Nature: Entanglements of the Human and the Nonhuman. Palgrave MacMillan.

    Nova, Nicolas & disnovation.org (2022). A Bestiary of the Anthropocene: Hybrid Plants, Animals, Minerals, Fungi, and Other Specimens. Set Margins.

    Linton, Jamie & Budds, Jessica (2014). The hydrosocial cycle: Defining and mobilizing a relational-dialectical approach to water. Geoforum, volume 57, 170-180. doi:10.1016/j.geoforum.2013.10.008

    Crosby, Sara L. (2014). Beyond Ecophilia: Edgar Allan Poe and the American Tradition of Ecohorror. ISLE: Interdisciplinary Studies in Literature and Environment, 21(3). doi:10.1093/isle/isu080

    Gordon, Avery (2008). Ghostly Matters: Haunting and the Sociological Imagination. University of Minnesota Press. New edition, Introduction to the New Edition, XV-XX.

    Budușan, Dorin (2023). It Fell From The Stars: Alternative Cosmogonies from the Second World. Amsterdam.

    Bubandt, Nils (ed.) (2018). A Non-secular Anthropocene: Spirits, Specters and Other Nonhumans in a Time of Environmental Change. More-than-Human. AURA Working Papers, Volume 3, 2-18.

    Barad, Karen (2006). Meeting the Universe Halfway: Quantum Physics and the Entanglement of Matter and Meaning. Duke University Press. doi:10.1215/9780822388128

    Viveiros de Castro, Eduardo (2007). The Crystal Forest : Notes on the Ontology of Amazonian Spirits. Inner Asia, 9(2), 153-172. doi:10.1163/146481707793646575

    European Commission, Joint Research Centre, Cacciatori, C., Mariani, G., Carollo, A. (2023). The gems of water : how to become a gem of water? : an illustrated guide for citizen engagement under the UNEP GEMS/Water programme. Publications Office of the European Union. doi:10.2760/334925

    Daley, Jason (2017, February 3). Science Is Falling Wouefully Behind in Testing New Chemicals. Smithsonian Magazine. (accessed: 2024, May 28) https://www.smithsonianmag.com/smart-news/science-falling-woefully-behind-testing-new-chemicals-180962027

    European Environment Agency (EEA) (2018). Chemicals in European waters: Knowledge developments. Publications Office of the European Union, 56. doi:10.2800/265080

    Persson, L.; Carney Almroth, B. M.; Collins, C. D.; Cornell, S.; de Wit, C. A.; Diamond, M. L.; Fantke, P.; Hassellöv, M.; MacLeod, M.; Ryberg, M. W.; Søgaard J. P.; Villarrubia-Gómez, P.; Wang, Z.; Hauschild, M. Z. (2022). Outside the Safe Operating Space of the Planetary Boundary for Novel Entities. Environmental Science & Technology, 56(3), 1510-1521. doi:10.1021/acs.est.1c04158

    Wang, Z.; Walker, G. W.; Muir, D. C. G.; Kakuko, N. (2020). Toward a Global Understanding of Chemical Pollution: A First Comprehensive Analysis of National and Regional Chemical Inventories. Environmental Science & Technology, 54(5), 2575-2584. doi:10.1021/acs.est.9b06379

    Schneider, Julie (2020, January 23). Chemical pollution, a key driver of the biodiversity crisis. Chemtrust. (accessed: 2024, May 28) https://chemtrust.org/biodiversity_strategy

    Bennet, Jane (2010). Vibrant Matter: A Political Ecology of Things. Duke University Press. doi:10.2307/j.ctv111jh6w

    [i] The European Environmental Bureau and ChemSec have identified toxic substances in the blood of top Brussels politicians — part of a campaign to push for an EU-wide ban on the chemicals despite heavy industry pushback.

    [ii] As Timothy Morton, N. Katherine Hayles and many with them have argued. Cf. Morton, Timothy (2007). Ecology without Nature: rethinking environmental aesthetics. Harvard University Press. doi:10.2307/j.ctv1n3x1c9; Hayles, N. Katherine (2023, July 10). The End of Being Human: Evolution in the age of Machines. IAI News. (accessed: 2024, May 28) https://iai.tv/articles/the-end-of-being-human-auid-2536

    https://nonhuman-nonsense.com/hauntedwatersproject
    #eau #contamination #eaux_hantées #esprits #pouvoir #luttes #guerres #accidents #chimie #récit #histoires #photographie #technologie #environnement #modernité #mythe #non-humain #nature #chimie
    #beau
    via @reka

  • Une immense #mine pollue la #Bretagne, l’État ferme les yeux

    Des analyses réalisées par le média breton Splann ! révèlent comment la mine à ciel ouvert de #Glomel, en Bretagne, contamine son environnement aux métaux toxiques. Cette année, l’État a prolongé son exploitation de vingt ans.

    Des ruisseaux, des tourbières, des prairies humides... La commune de #Glomel, dans le centre de la Bretagne, étendue sur près de 80 km2, abrite la #réserv_ naturelle régionale des #landes et #marais de Glomel, ainsi que deux sites #Natura_2000 et plusieurs zones naturelles d’intérêt écologique faunistique et floristique.

    Le paradoxe est qu’elle abrite aussi la plus grande mine à ciel ouvert en activité de l’Hexagone : sur place, la multinationale #Imerys peut extraire chaque année jusqu’à 1,5 million de tonnes de roches et raffine dans ses deux usines un quart de la production mondiale d’#andalousite.

    La « #Damrec » comme on dit ici en référence à l’ancien nom d’Imerys, est longtemps passée inaperçue. Déjà, qui connaît l’andalousite, ce minéral résistant aux très hautes températures ? On le retrouve sous forme d’additif dans les bétons ou les peintures, dans les blocs moteurs de camions ou dans les fours de toute l’industrie, de la métallurgie au nucléaire. Mais si l’andalousite est couramment utilisée par la grande industrie pour ses propriétés réfractaires, nous n’avons jamais directement affaire à elle.

    D’autre part, le site de Glomel est resté d’autant plus discret qu’il n’est, aux yeux de l’administration, qu’une carrière : on imagine un modeste carreau au bord d’une route déserte, quelques camions. Sauf que…

    Sauf qu’il s’agit bel et bien d’une mine avec ses immenses cratères, ses usines, ses bassins de décantation remplis d’eau acide et ses montagnes de #déchets qui avancent dans le paysage, avalant les champs, les fermes et les chemins. Tout ceci inquiète nombre de riverains, qui voient se multiplier les cas de #cancer et se demandent ce qu’il restera des zones humides, des sources et des captages dans cet avenir où rien ne sera plus précieux que l’eau.

    Un trou grand comme quinze terrains de football

    Mais Imerys compte bien aller au bout de ce #gisement. Après une enquête publique houleuse et d’âpres débats, l’État vient de l’autoriser à poursuivre l’exploitation jusqu’en 2044 en creusant une quatrième #fosse_d’extraction : un trou grand comme quinze terrains de football et aussi profond que cinq immeubles parisiens empilés.

    Sur le site internet d’Imerys Glomel, on lit qu’« une des priorités du site concerne la gestion des rejets aqueux […] dans les rivières, zones humides et nappes souterraines alentour ». L’enjeu est de taille, puisqu’en aval de la mine se trouve la réserve naturelle régionale de #Magoar_Penvern. Puis, à 6 km du site industriel, un premier captage d’eau potable dans l’#Ellé alimente les 6 000 habitants des communes voisines.

    Dans le #Kergroaz, un minuscule #ruisseau qui serpente dans le sous-bois, Imerys rejette chaque année environ 1,5 million de mètres cubes d’#eaux_usées. Ces eaux sont traitées, et les exigences de la préfecture ont conduit l’entreprise à investir récemment dans une unité destinée à limiter la quantité de #manganèse et de #fer dans ses rejets. Mais même après traitement, ils contiennent des quantités très importantes de contaminants : la préfecture des Côtes-d’Armor autorise le site à rejeter chaque jour dans ses eaux usées jusqu’à 9 kg d’#hydrocarbures et, entre autres, jusqu’à 11 kg par jour au total de #cobalt et de #nickel, des métaux cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques.

    Pourtant, Imerys assure n’avoir « aucun impact sur les eaux » et a financé une étude sur cinq ans de l’état écologique du #Crazius, où se jette le Kergroaz. Cette étude payée par l’industriel conclut à un « bon état » du cours d’eau pour certains paramètres, mais ce qui frappe, c’est que les métaux les plus toxiques émis par le site ne semblent pas avoir été recherchés dans le cours d’eau.

    Pourquoi s’intéresser à la présence de fer et d’#aluminium, et non à des contaminants bien plus redoutables comme l’#arsenic, le #cadmium, le cobalt ou le nickel, qui sont par ailleurs présents dans les déchets de cette mine ? Interrogé, Imerys n’a pas souhaité répondre à nos questions. Pour y voir plus clair, Splann ! a décidé de faire analyser les sédiments du Crazius.

    En juillet puis en septembre, Splann ! a prélevé plusieurs jeux d’échantillons de sédiments dans le lit du ruisseau d’abord en amont du point de rejet de la mine, pour disposer d’un échantillon « témoin » ; puis dans un deuxième temps au niveau où Imerys rejette ses eaux usées ; et finalement à 2 km de là en aval dans le même cours d’eau, dans la réserve naturelle régionale.

    Des concentrations en nickel jusqu’à 60 fois supérieures à la valeur guide

    Ces sédiments ont été analysés par un laboratoire accrédité Cofrac. Les résultats de ces analyses ont été interprétés avec l’aide de Frédéric Gimbert, spécialiste des pollutions minières et chercheur en écotoxicologie au Centre nationale de la recherche scientifique (CNRS) de Besançon.

    Alors que les sédiments du prélèvement témoin, en amont, ne présentent aucune contamination, au niveau du point de rejet d’Imerys, les concentrations en nickel sont jusqu’à 60 fois supérieures à la valeur guide pour un bon état écologique des sédiments d’eau douce. Les concentrations en cobalt sont jusqu’à 20 fois supérieures à cette valeur. Les analyses révèlent aussi la présence de métaux toxiques qu’Imerys n’est pas censé déverser : les sédiments contiennent quatre fois la valeur guide pour l’arsenic et une teneur anormale en cadmium, tous deux également cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques.

    « De telles quantités de contaminants présentent manifestement un #danger et un #risque pour l’#environnement, dit Frédéric Gimbert. Il faudrait également rechercher ces mêmes contaminants dans les #sols où se déposent les #poussières issues de l’activité minière et conduire plus largement une étude d’évaluation des risques, pour l’environnement, mais aussi pour la #santé_publique. »

    Nos analyses révèlent également que la contamination s’étend au-delà du périmètre immédiat de la mine. À 2 kilomètres en aval du site, au cœur de la réserve naturelle régionale de Magoar Penvern, les concentrations en cobalt et en nickel sont plus de dix fois supérieures aux valeurs guides pour un cours d’eau en bon état écologique.

    Un #captage d’#eau_potable en aval de la mine

    Qu’en est-il à 6 km en aval, dans la rivière Ellé, où #Eau_du_Morbihan prélève une partie de l’eau qui sera ensuite traitée pour être distribuée aux communes voisines ? Pour le savoir, notre équipe s’est rendue à #Toultreincq, qui signifie « trou saumâtre » en breton, dont l’usine de potabilisation est justement en pleins travaux. Une toute nouvelle unité de traitement est en construction pour un coût de 6 millions d’euros d’argent public.

    « La pollution de l’eau par la mine ? C’est simple : ce n’est pas un sujet. Il n’y a aucun problème », déclare, dès le début de notre visite, #Dominique_Riguidel, le directeur d’Eau du Morbihan qui s’est déplacé en personne pour nous le dire. L’ouverture de nouveaux captages d’eau souterraine permettront de « diversifier les ressources et de limiter les prélèvements dans l’Ellé », explique-t-il. C’est-à-dire précisément à limiter la dépendance au captage de Pont Saint-Yves, sur l’Ellé, en aval de la mine.

    Mais le directeur d’Eau du Morbihan est formel : tout ceci n’a aucun rapport avec le fait qu’Imerys rejette chaque année 1,5 million de mètres cubes d’eaux usées contenant des sulfates, des hydrocarbures et des métaux lourds en amont de ce captage. « La nouvelle unité permettra de mieux traiter les pesticides et les médicaments », justifie-t-il.

    Un ingénieur chimiste, expert en contaminations pour des organismes de santé publique, s’interroge : « J’ai du mal à croire que tous ces travaux n’aient aucun rapport avec l’agrandissement de la mine. Vu l’argent que ça coûte de changer une installation, ça ne se fait pas sans raison objective. Et il n’est pas courant d’avoir de tels traitements de l’eau en tête de bassin versant, où elle est normalement moins polluée. »

    Pour connaître la qualité de l’eau sur l’Ellé, en aval de la mine, le plus simple est de s’adresser à l’agence régionale de santé (ARS), qui surveille les captages. Nous lui avons demandé de nous communiquer les analyses de l’eau captée en aval de Glomel.

    « Il n’existe pas de contrôle sanitaire sur la ressource “Pont Saint-Yves” exclusivement », a répondu l’ARS. Le captage d’eau le plus exposé aux pollutions de la mine ne serait donc pas surveillé : l’agence publique ne contrôle pas la qualité des eaux brutes qu’après qu’elles ont été mélangées à la station de traitement. Une fois dilués dans les eaux prélevées ailleurs, les contaminants d’Imerys passent inaperçus. Ce qui pousse certains riverains désabusés à résumer ainsi la situation : « La mine de Glomel utilise la réserve naturelle régionale comme station d’épuration » pour traiter ses effluents chargés en métaux toxiques. « Mais si la contamination continue d’augmenter, explique l’ingénieur chimiste, l’eau de ce captage risque de ne plus être utilisable pour produire de l’eau potable. »

    Les déchets miniers ont contaminé les #eaux_souterraines

    « Quand j’étais ado, par une chaude journée d’été, je m’amusais à repérer les plans d’eau des environs sur les photos satellites. J’ai découvert un lagon bleu à Glomel. J’ai demandé à ma mère : “pourquoi on n’est jamais allées s’y baigner ?” » Voilà comment Camille a découvert la mine de Glomel : un espoir de baignade. Espoir déçu : le lac de 12 hectares dont elle parle, une ancienne fosse d’extraction, recueille en continu des #eaux_acides et les boues de traitement des usines du site.

    Une autre riveraine se rappelle : « Pendant une réunion en 2022, j’ai demandé ce que contenait cette fosse qu’on appelle “la fosse 2”. Imerys m’a répondu “du mica et des oxydes de fer”. » Pas de quoi s’inquiéter, donc, Camille aurait pu s’y baigner. Mais dans un tableau perdu dans les 3 000 pages du dossier d’enquête publique, on apprend que ces boues contiennent de fortes concentrations de cadmium, de #chrome, de cobalt, de nickel et de plomb : des métaux dits « lourds », cancérigènes, neurotoxiques et reprotoxiques.

    Les boues de cette fosse contiennent aussi les produits chimiques utilisés dans l’usine. Lors d’une réunion publique, les porte-parole de l’entreprise ont assuré que « le procédé d’extraction ne fait pas intervenir de composés chimiques ». Pourtant, les documents de l’enquête publique indiquent que les usines de Glomel utilisent 75 tonnes par an de substances nocives pour l’environnement et la santé.

    Par exemple, le #méthyl-isobutyl_carbinol, un #solvant dangereux pour les #nappes_souterraines, l’#acrylamide, cancérigène, mutagène et reprotoxique, le #sulfonate_de_sodium et l’#amylxanthate, toxiques pour la vie aquatique.

    Chaque année, une trentaine de tonnes de ces produits sont déversées dans le « joli lac ». Imerys affirme que la fosse est « étanche », mais aucune membrane n’empêche ces boues acides de s’infiltrer dans les eaux souterraines. Et il en va de même dans tous les autres espaces du site où sont entreposées ces boues : la « fosse no 1 » (2 millions de m3) et « l’ancienne digue » (900 000 m3).

    Les contaminants de ces déchets toxiques ont commencé à migrer vers les eaux souterraines : c’est ce qu’indiquent certains éléments qu’Imerys a communiqués à l’administration. L’un des appareils de mesure de l’industriel relève que les taux de contaminants ont explosé entre 2012 et 2021.

    Ainisi, les déchets de la mine contiennent des concentrations importantes de nickel, un métal qui provoque des cancers du poumon et des sinus et des maladies cardiovasculaires. Or, sous le site minier, les eaux souterraines contiennent quarante fois la teneur en nickel maximale autorisée pour les eaux brutes destinées à la consommation. Les autres contaminants (cobalt, cadmium, arsenic, produits chimiques…) susceptibles d’avoir migré vers la nappe ne semblent pas surveillés.

    En juin 2024, en prolongeant l’exploitation de vingt ans, les services de l’État ont autorisé l’entreprise à générer au total environ 12 millions de m3 de déchets supplémentaires, autant de déchets qui seront entreposés sur place et qui sont censés ne pas entrer en contact avec les eaux souterraines pour les décennies et les siècles à venir. Alors que jusqu’ici, Imerys n’a pas réussi à empêcher la contamination des eaux souterraines.

    Qui traitera les eaux acides en l’an 2150 ?

    En 2044, en théorie, l’extraction d’andalousite sera terminée et viendra le temps de la « remise en état », comme on dit. Mais la roche exploitée à Glomel a une particularité : elle contient de la #pyrite, c’est-à-dire du #soufre. Quand la roche mise à nu par l’extraction ou les déchets miniers du site rencontrent de l’eau (la pluie par exemple), cette eau se transforme naturellement en #acide_sulfurique et entraîne vers l’aval les contaminants présents dans la roche. C’est ce qu’on appelle le drainage minier acide, l’une des pollutions les plus redoutables liées à l’activité minière.

    Actuellement, toutes les eaux qui ruissellent sur le site sont collectées et traitées par lmerys pour perdre leur acidité. Qui va traiter ces #eaux_de_ruissellement dans un siècle pour empêcher cette marée acide de contaminer le bassin de l’Ellé ? Dans les documents de l’enquête publique, Imerys assure qu’après la #remise_en_état, « les eaux pluviales ne seront plus susceptibles de s’acidifier ». Les montagnes de déchets seront « étanchéifiées » avec une couche de résidus miniers très fins puis quelques centimètres de terre. L’entreprise assurera un suivi du site pendant dix ans après la fin de l’activité.

    On sait pourtant que le drainage minier acide est sans limite de temps, comme le rappelle l’association de géologues miniers SystExt. À #Chessy-les-Mines, dans le Rhône, un gisement riche en pyrite a été exploité depuis le Moyen Âge. La mine a fermé après un effondrement dans la galerie principale, survenu en 1877. Un rapport confidentiel du Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) publié en 2019, que Splann ! s’est procuré, décrit le traitement des eaux acides mis en place à #Chessy.

    L’État a constaté que ces #eaux_minières, quoique traitées « depuis 130 ans », étaient trop polluantes, si bien qu’il a dû y construire une toute nouvelle station de traitement en 2005. Le drainage minier acide de Chessy dure donc depuis 150 ans sans que, d’après le rapport, l’#acidité ou les concentrations de métaux dans les eaux n’aient baissé au cours du temps.

    Des eaux acides dont devront s’occuper les générations suivantes

    À Chessy, le problème se pose sur 20 hectares ; à Glomel, il se poserait sur 265 hectares. La création d’une nouvelle fosse et de nouveaux stockages de déchets augmentent d’autant la quantité d’eaux acides dont auront à s’occuper les six ou sept générations à venir.

    « Les pollutions minières du passé posent des problèmes insurmontables, et l’État, qui doit les gérer tant bien que mal, le sait très bien, dit Dominique Williams, membre d’Eau et rivières de Bretagne. Pourtant, il reproduit les mêmes erreurs à une échelle dix fois supérieure. Les services de la préfecture ont délivré cette autorisation sans prendre la mesure de l’ampleur de cette pollution ».

    La préfecture des #Côtes-d’Armor et la direction régionale de l’environnement ont été alertées de la contamination aux #métaux_lourds que révèle notre enquête, et des problèmes soulevés par l’étendue considérable du #drainage_minier_acide après la fermeture du site. La Région Bretagne a elle aussi « soumis ces informations à l’État afin qu’il puisse répondre aux inquiétudes exprimées » tout en indiquant à Splann ! qu’elle prenait « au sérieux l’alerte émise » sur la pollution de la réserve naturelle régionale.

    Or, malgré nos sollicitations, l’État ne s’est pas exprimé. Quant au groupe Imerys, notre rédaction lui a donné la possibilité de revenir sur ses déclarations concernant l’absence de métaux lourds et d’impact sur les eaux : il n’a pas souhaité nous répondre. L’extension de la mine est d’ores et déjà contestée devant la #justice. Fin octobre, l’association Eau et rivières de Bretagne a déposé un recours contre l’ouverture de la nouvelle fosse au tribunal administratif de Rennes.

    IMERYS PARLE EMPOUSSIÈREMENT

    « Vous voyez cette poussière ? Nos animaux la boivent dans leurs abreuvoirs, nos enfants la respirent », s’inquiète une habitante de Glomel, femme d’agriculteur. Sur l’avant-toit de sa maison, la gouttière que montre Émilie (le prénom a été modifié) est tapissée d’un dépôt noir épais de plusieurs centimètres. « Je l’ai nettoyé, mais il n’a mis que quelques mois à revenir », explique-t-elle.

    En plus des trois usines du site, le principal responsable de cette poussière s’appelle le « Sabès » : une montagne de résidus de trente mètres de haut occupant l’équivalent d’une cinquantaine de terrains de football. Quand le vent souffle, ces poussières forment un panache qui saupoudre la campagne.

    À force de plaintes, l’État a demandé à Imerys de poser des jauges « Owen » dans les hameaux voisins, des récipients en plastique juchés sur des poteaux. Selon l’entreprise, la « mesure des retombées de poussière à proximité du site » n’indique « aucun dépassement des seuils réglementaires ». Elle omet simplement de dire que seule la quantité de poussière est mesurée, et pas sa qualité. Sur ce point, Imerys a affirmé aux habitants que « les poussières de la mine se composent principalement d’aluminium ».

    Dans un document du groupe, on peut même lire que « les résidus sableux stockés sur le Sabès sont constitués de sables fins propres. Ils ne contiennent aucun produit chimique ». La véritable composition de ces résidus miniers qui forment ces poussières, bien plus inquiétante, est renseignée quelque part dans les 3 000 pages du dossier d’enquête publique. On y trouve le même cortège de métaux cancérigènes que dans les sédiments analysés par Splann ! : chrome, nickel, arsenic, plomb…

    Certains habitants relient l’activité de la mine, et en particulier ces poussières, à ce qu’ils considèrent comme une épidémie de cancers dans le voisinage du site. Jean-Yves Jego, éleveur dans un hameau voisin et conseiller municipal d’opposition à Glomel, se souvient d’une remarque de l’agent de la Mutualité sociale agricole, quand il a créé son élevage de chèvres en 2011 : « À moitié pour plaisanter, il m’a demandé : “Vous êtes sûr que vous voulez vous installer ici ? Il y a eu trois jeunes hommes morts du cancer à proximité !” »

    https://reporterre.net/Une-immense-mine-pollue-la-Bretagne-l-Etat-ferme-les-yeux
    #pollution #contamination #métaux_lourds #eau #extractivisme #France

  • Un’altra strage nel Mediterraneo, lo stesso cinismo
    https://www.meltingpot.org/2025/08/unaltra-strage-nel-mediterraneo-lo-stesso-cinismo

    Un’altra strage di persone migranti a sud di Lampedusa. Ventisette morti, tra cui una neonata e tre ragazzini. Novantasette persone partite, sessanta arrivate vive. Lo ricorda con chiarezza «Osservatorio Repressione»: è l’onda lunga della “dottrina Piantedosi”. Aspettare, calcolare, trasformare il soccorso in un’operazione di polizia. Il naufragio è avvenuto a 14 miglia a sud-ovest dell’isola, a due miglia dalle acque territoriali italiane. Due barconi partiti dalla costa libica, forse da Tripoli scrive nel suo comunicato la Guardia costiera italiana. Uno si riempie d’acqua, le persone si spostano sull’altro, che si ribalta a sua volta. Quando Guardia costiera e Guardia (...)

  • « Efficacité validée », pour éviter les inondations, une technique vieille comme le monde : les arbres de pluie

    Face au dérèglement climatique, les villes sont de plus en plus confrontées aux risques d’inondations. Trottoirs et chaussées se gorgent d’eau lors des épisodes de fortes pluies. Pour éviter le trop-plein d’eau à cause du bitume, la ville de Lyon expérimente un dispositif ancestral : redonner la terre aux arbres.

    https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/rhone/lyon/efficacite-validee-pour-eviter-les-inondations-une-techni

    • L’article évoque « environ » 10m2 non bitumé par arbre « de pluie ». Il y aurait 96 500 arbres le long des chaussées à Paris. Ce serait une révolution, restreinte mais substantielle, de leur voir accorder une telle superficie. Cela n’arrivera pas. D’ailleurs la Métropole lyonnaise ne l’envisage, essentiellement pour soulager le traitement des eaux usées, que pour moins de 10% de son territoire.

      #ville #eaux_usées #innondations #eau

    • 10m2 ça ne fait que 3mx3m autour de chaque arbre ce qui ne me semble pas si grand par rapport au sol nu qu’il y a déjà (mais très tassé) autour de nombreux arbres en ville (presque 2mx2m)… de ce que j’ai vu dans le 14eme lors de ma dernière virée à Paris où ils vegetalisent pas mal , ça me semble presque atteint.

    • Ouais ouais, ils ont végétalisé ma rue. C’est mieux : 5 arbres avec des plates bandes. Et ils y font un peu gaffe puisqu’il ont (peut-être) sauvé l’un de ces arbres qui comme nombre de ces plantations menaçait de crever faute de soins suite à la plantation. Et puis, chose absolument incroyable, ils ont installé un banc public alors qu’ils ont été enlevé le plus possible dans toute la ville (faut raquer une terrasse pour s’assoir).
      Mais pour ça, ils ont démoli radicalement la chaussée en plus du trottoir visé (pourquoi ?!) et balancé une énorme sous-couche de béton (prévue pour le passage de chars d’assaut ? dans cette ruelle ?) avant de bitumer.

      Et ils sont pas près de débitumer 3 mètres sur 3 autour des arbres existants en bord de chaussée (960 000 mètres carrés ?!), même si ils seraient ravis que les grilles en métal qui entourent au sol bon nombre d’arbres ne soient pas, lorsque l’occasion se présente, balancées à la tronche de leurs sbires.

  • Les eaux #Contrex et #Hépar contaminées aux #microplastiques par les #décharges_sauvages de #Nestlé

    Les conclusions de l’enquête de l’Office français de la biodiversité que Mediapart publie révèlent que les eaux de Contrex et Hépar contiennent des taux de microplastiques « exorbitants » en raison de #décharges laissées à l’abandon par Nestlé qui ont pollué les sources d’eau. Un réel danger pour la #santé.

    Le plastique ne pollue pas seulement le fond des océans. Mais il contamine aussi les eaux vendues sous l’étiquette « minérales naturelles ».

    La cause ? Les bouteilles de plastique amoncelées sauvagement et laissées à l’abandon par Nestlé, près de ses propres forages, ont pollué les sols et les eaux alentour. C’est ce que révèle le rapport d’enquête remis à la justice, le 8 janvier 2025, par l’Office français de la biodiversité (OFB) dont Mediapart publie des extraits. Alors qu’à Genève (Suisse), plusieurs États et industriels, dont une lobbyiste représentant Nestlé, tentent déjà d’exclure les bouteilles de la liste des produits en plastiques à réglementer.

    En effet, selon les conclusions de l’OFB, dans certains #forages utilisés pour les eaux Hépar et Contrex de Nestlé, les taux de microplastiques, toxiques pour l’organisme, sont 5 à près de 3 000 fois supérieurs aux taux habituellement relevés dans des #nappes_phréatiques et des sources d’eau destinées à la consommation humaine.

    Contacté, Nestlé assure « qu’aucune pollution n’est avérée aux termes des analyses environnementales partagées avec les autorités. Toutes nos eaux peuvent être bues en toute sécurité ». C’est pourtant une tout autre réalité qu’attestent les éléments que Mediapart publie.

    À l’issue de plus de trois ans d’#enquête_préliminaire ouverte en 2021 par le pôle régional environnement du parquet de Nancy (Meurthe-et-Moselle) et confiée conjointement à l’OFB et aux gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’#environnement et à la #santé_publique (Oclaesp), comme déjà annoncé (ici et là), Nestlé sera jugée du 24 au 28 novembre, devant le tribunal correctionnel.

    Abandonnées dans la nature

    La multinationale est poursuivie pour avoir de 2016 à 2024 « géré irrégulièrement », « stocké de manière occulte et dissimulée » des déchets et de les avoir « abandonné[s] illégalement », ce qui a provoqué « une dégradation substantielle de l’environnement […] libérant des microplastiques ». Il lui est également reproché d’avoir « laissé s’écouler […] dans les eaux superficielles et souterraines […] des particules de microplastiques, mesurées à des concentrations de plusieurs millions de fois supérieures aux données scientifiques connues ».

    Nestlé a autour de ses usines d’embouteillage, dans les #Vosges, laissé se désagréger, en pleine nature et de façon tout à fait illégale, plus de 400 000 m3 de déchets, essentiellement des #bouteilles en plastique et en verre, parfois mêlées à des plaques d’amiante. Sur la décharge sauvage de #Contrexéville, surnommée par les salariés du groupe et les riverains « le volcan », les enquêteurs ont estimé les déchets à 346 000 m3 dont 250 000 m3 d’enfouissement de plastiques, soit l’équivalent de 66 piscines olympiques.

    Les éléments du dossier que Mediapart a pu consulter révèlent des taux de pollution de microplastiques qualifiés d’« exorbitants » par le magistrat chargé de l’enquête préliminaire. Dans son réquisitoire rendu le 26 mai 2025, cinglant pour Nestlé, le parquet dénonce le « #cynisme » de la multinationale dont « l’attitude désinvolte [...] impose une condamnation dissuasive ».

    Depuis sa connaissance des déchets plastiques sous terre, « avec l’arsenal de pléthore d’ingénieurs-conseils, de juristes spécialisés, d’hydrogéologues, Nestlé disposait des moyens financiers, techniques et juridiques pour ne pas commettre ces infractions ou les régulariser dès 2015 ».

    Mais l’entreprise « a choisi de se dérober derrière les silences de l’administration », en particulier les services de la préfecture qui n’ont pas rempli leur mission de contrôle.

    « S’il est connu que les activités humaines ont répandu des microplastiques dans les espaces naturels et qu’aucune partie des terres et des océans n’est plus épargnée par ces pollutions, une analyse chiffrée illustre que les proportions sont incommensurables s’agissant de l’introduction de microplastiques dans les sols vosgiens par Nestlé aux lieux des décharges, sur les terres et les eaux situées en aval », conclut-il.

    En rachetant en 1992 les usines de #Vittel et Contrexéville, Nestlé a hérité de ces #décharges_sauvages. Impossible d’en ignorer la présence, dont les enquêteurs relèvent que l’une d’elles équivaut à la hauteur d’un immeuble de six étages et une autre affiche une superficie de plus d’un hectare.

    Nestlé savait, comme l’a confirmé l’actuelle présidente de Nestlé France, Sophie Dubois, devant les députés, lors de son audition, le 22 avril 2021, dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire portant sur la mainmise sur les ressources en eaux par le privé : « Les représentants de #Nestlé_Waters ont bien eu connaissance de ces décharges dès 2014, mais n’en ont informé l’État qu’en 2021. »

    La #multinationale s’était alors simplement contentée de confier à ses experts l’analyse de ces décharges, sans pour autant procéder à sa #dépollution. Tous les prélèvements des sols et des eaux, faits à différents niveaux de profondeurs, témoignent de pollution massive en microplastiques. À Contrexéville, les enquêteurs relèvent que « sur le lieu de prélèvement d’un puits massif, les particules de microplastiques sont de 28 000 à 1,7 million de fois supérieure [au taux relevé] dans la Seine ». Dans un autre, il est de 9 millions de fois supérieur à celui de la Seine.

    Ils ont également retrouvé des #métaux_lourds et des éléments non métalliques dans les eaux superficielles « dans des concentrations dix fois supérieures aux valeurs de l’OMS [Organisation mondiale de la santé - ndlr] justifiant la pollution des eaux relevée (nickel, cuivre, zinc, manganèse, cyanure, nitrates) ».

    Vide réglementaire autour des microplastiques

    Par son #inaction, Nestlé a ainsi non seulement pollué les sols mais aussi les eaux. Et cela de façon presque irrémédiable. Compte tenu des taux « incommensurables de microplastiques » et « eu égard à leurs composants polymères issus de la pétrochimie (#PE, #PET, #PA) », les enquêteurs alertent « sur leurs effets nuisibles sur la santé humaine ».

    Et les conséquences sont déjà dramatiques : la « dégradation substantielle en ce qu’ils sont fragmentés en micro voire #nanoplastiques, imprégnés et diffusés dans les sols et les réseaux d’#eaux_souterraines, de sorte qu’aucune dépollution n’est envisageable ».

    Les microplastiques, particules entre 5 millimètres et 1 micromètre (soit 70 fois plus petit que l’épaisseur d’un cheveu), résultant de la dégradation du plastique et auxquels s’ajoutent souvent des additifs ou autres substances telles que des métaux lourds, polluent non seulement l’environnement mais contaminent également le corps humain. Aucune interdiction ni seuil réglementaire n’existent à ce jour pour ces polluants.

    Interrogée, la Direction générale de la santé (DGS) déclare, auprès de Mediapart, que les microplastiques et nanoplastiques qui représentent un « risque pour la santé » doivent figurer sur une « liste de vigilance », dressée au niveau européen, « car ils sont susceptibles d’être présents dans les eaux destinées à la consommation humaine ».

    Mais c’est encore loin d’être le cas, car il faut déjà que les pays européens s’accordent sur une méthode analytique des micro et nanoplastiques, commune à l’ensemble des États. Ce qui est « en cours de validation », affirme la DGS sans davantage de précision.

    Une fois actés, « les microplastiques pourront être ajoutés à la liste des paramètres soumis au mécanisme de vigilance et la Commission européenne devra définir une valeur sanitaire associée. Ainsi, le ministère chargé de la santé s’attachera à faire évoluer la réglementation française pour protéger les consommateurs ».

    Malgré ce vide réglementaire actuel, les agents de l’OFB alertent, dans leurs conclusions, sur les dangers des concentrations anormales en microplastiques, découvertes dans les eaux de Nestlé destinées à être consommées. Ils se sont invités à l’intérieur même de l’usine pour effectuer, en présence de salariés de la multinationale et des gendarmes de l’#Oclaesp, des prélèvements à la sortie des #forages où arrivent, sans traitement, les eaux ensuite embouteillées sous les marques Contrex et Hépar.

    Les taux de microplastiques y sont respectivement de 515 (Contrex) et 2 096 (Hépar) microplastiques par litre (mp/L). Les agents de l’OFB ont comparé ces taux aux concentrations en microplastiques retrouvées dans le cadre de deux études scientifiques et selon les mêmes méthodes de prélèvements.

    La première dans différents lacs, fleuves et rivières dans le monde et la seconde dans la Seine, autour de Paris. Ils concluent que la contamination est pour Hépar, 51 000 à 328 000 fois supérieure et pour Contrex, 200 000 à 1,3 million de fois supérieure aux taux retrouvés dans le monde et dans la Seine.

    Signe du flou que laisse l’absence de réglementation sur ces polluants et la disparité des protocoles de prélèvements, selon deux autres études publiées en 2024 (ici et là), les moyennes retrouvées dans les nappes phréatiques sont comprises au niveau mondial entre 1 et 100 microplastiques par litre et en France entre 0,71 et 106,7 microplastiques par litre. Les taux retrouvés dans les eaux vendues par Nestlé restent, dans ce cas, de 5 à 2 952 fois supérieurs.

    Par ailleurs, ainsi que nous l’a précisé une source proche de l’enquête, les prélèvements faits dans le cadre de la procédure judiciaire ne concernent que les microplastiques, les techniques visant à quantifier les nanoplastiques étant trop onéreuses.

    « Ce qui est d’autant plus inquiétant car l’enquête est approfondie et d’ampleur mais elle ne montre que la face visible de l’iceberg. Les nanoplastiques sont évidemment présents du fait de la dégradation des déchets et par leur taille peuvent être d’autant plus dangereux », nous a confié cette source.

    Ces particules de microplastiques retrouvées à la sortie des forages utilisés pour les eaux Hépar et Contrex ne proviennent pas du plastique des bouteilles dans lesquelles l’eau est stockée, les prélèvements ayant été faits avant que l’eau ne soit embouteillée. Plusieurs études ont révélé que les eaux en bouteilles contenaient davantage de microplastiques mais à des taux bien inférieurs à ceux que les agents de l’OFB ont pu retrouver à la sortie des forages de Nestlé. Ce sont donc les décharges de plastiques qui en sont l’origine.

    C’est aussi ce que rapporte Nestlé dans une note confidentielle datée de juin 2022 que Mediapart a pu se procurer. Les « décharges de déchets industriels et de bouteilles en plastique » représentent un risque « réputationnel et financier » et peuvent également avoir « un impact sur la qualité des eaux », soulignait ce document.

    Au cours de leurs investigations, les agents de l’OFB se sont également interrogés sur le recours aux traitements interdits, en particulier des #microfiltrations, qui auraient permis à la firme de dissimuler cette pollution. Au cours des auditions, le directeur du site, #Luc_Debrun prétend que la présence de certains microplastiques (#polypropylène et #polyamide) dans les prélèvements des eaux Contrex et Hépar proviendrait du « scotch des scellés ».

    Des risques pour la santé de plus en plus clairs

    Il a certainement omis de préciser aux enquêteurs que ce type de microplastiques est utilisé dans les traitements des #eaux_par_filtration, procédés interdits pour lesquels Nestlé fait également l’objet de poursuites judiciaires et qui ont été à l’origine du scandale.

    « Depuis cinq ans, on étudie leur impact sur la santé », précise Mathilde Body-Malapel, chercheuse à l’université de Lille et à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Le déclic a été « la découverte dans les selles et le sang de l’homme de microplastiques, un constat décisif dans la prise de conscience de l’éventuelle dangerosité de ces molécules pour l’homme ». La forte mobilisation de la communauté scientifique a permis de faire, depuis cinq ans, des « avancées phénoménales sur les #risques des microplastiques sur la santé ».

    « Nous sommes d’autant plus mobilisés que les premiers résultats des recherches démontrent la #nocivité des microplastiques, précise la scientifique, spécialiste en immunotoxicologie. On a des preuves chez l’homme et chez la souris que les microplastiques pourraient augmenter le #risque_cardiovasculaire. »

    Mathilde Body-Malapel qui mène, avec son équipe, des études sur l’impact sur la santé de ces micro et nanoparticules a observé « chez la souris, des effets nocifs sur le système de défense de l’intestin et sur le foie », après avoir mis dans la nourriture des rongeurs de petites quantités de microplastiques.

    « Nos premières constatations portaient sur le #polyéthylène, l’un des plus fréquemment utilisés, notamment dans les #emballages, les #sacs_plastique, ou les bâches agricoles. Nous sommes également en train d’observer des effets toxiques sur le système digestif avec d’autres types de microplastiques, par exemple du #polyvinylchloride (#PVC) ou du #polypropylène », dévoile la chercheuse.

    Bien que « la multitude de molécules différentes rende l’étude de leur impact plus difficile et plus longue », aujourd’hui, « certains travaux scientifiques, solides, commencent à apporter la preuve que ces microparticules peuvent influencer le risque de certaines maladies cancéreuses, inflammatoires ou immunitaires », conclut Mathilde Body-Malapel.

    « Lorsque des microplastiques ont été retrouvés dans certains organes chez l’être humain, dont l’appareil digestif, le cerveau, à ce moment-là on s’est dit “la problématique prend une autre dimension” », prolonge Guillaume Duflos, docteur en biochimie à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

    Dès 2016, le directeur de recherche a initié plusieurs axes de recherche, en particulier sur les niveaux de #contamination des #aliments par les microplastiques. « Nous avons bien avancé sur les #boissons. Concernant l’eau, les études montrent globalement moins de microplastiques dans l’eau du réseau, donc du robinet, que dans l’eau des bouteilles. »

    Le deuxième axe de recherche « porte sur les impacts sur la santé avec les premiers constats faits par Mathilde Body-Malapel, avec qui nous collaborons sur des projets de recherche, notamment en étudiant l’impact des microplastiques sur le #système_digestif ». Troisième champ de recherche, les #additifs : « Il s’agit notamment des #retardateurs_de_flamme, des #colorants ou des métaux lourds, dont la #dangerosité pour certains reste encore peu connue. »

    Bien que récente, la mobilisation des chercheurs a déjà permis de « franchir des étapes importantes comme la normalisation d’une méthode de dosage des microplastiques notamment dans les eaux de boisson au niveau national et bientôt au niveau international. Ce qui va permettre dans un premier temps de comparer nos travaux de recherches ».

    Avec comme espoir, notamment, de contribuer à « définir des #seuils de référence de microplastiques à ne pas dépasser dans les aliments, dans le but de protéger au mieux les consommateurs ».

    https://www.mediapart.fr/journal/france/090825/les-eaux-contrex-et-hepar-contaminees-aux-microplastiques-par-les-decharge
    #plastique #microplastique #eau_en_bouteille #eau #contamination

  • Près de 50% des #microplastiques présents dans les océans viennent de nos #voitures, et l’électrique n’y changera rien

    Chaque trajet en #voiture libère des #fragments invisibles qui s’accumulent dans l’air, les sols et les milieux aquatiques. Ces #résidus, issus du simple #frottement des roues sur l’#asphalte, participent à une #pollution_plastique insidieuse dont les effets commencent à peine à être mesurés.

    Sur les routes du monde entier, des milliards de véhicules roulent chaque jour sans que personne ne remarque la #poussière noire qu’ils laissent dans leur sillage. À mesure que les #pneus s’usent, ils libèrent de minuscules fragments qui échappent à l’œil mais non à l’environnement. Portées par le vent, lessivées par la pluie, ces particules d’usure des pneus s’accumulent dans les #eaux_pluviales, se déposent sur les fonds marins ou flottent dans l’air que l’on respire. Leur présence silencieuse façonne désormais une forme de #pollution omniprésente, dont les effets sur les écosystèmes marins et la #santé humaine ne cessent d’inquiéter les chercheurs.

    Ces #microdéchets qui envahissent l’#environnement sans qu’on les voie

    À chaque rotation de roue, les pneus s’effritent, laissant derrière eux un flux constant de résidus invisibles à l’œil nu. Ces particules, bien que microscopiques, composent une part essentielle de la pollution plastique mondiale. D’après une estimation relayée par la revue Regional Studies in Marine Science, près de 2,26 millions de tonnes de ces particules seraient libérées chaque année par le trafic routier à l’échelle mondiale, représentant environ 28% des microplastiques présents dans l’environnement.

    Contrairement aux bouteilles ou aux sacs en plastique, ces déchets-là ne s’accumulent pas en surface. Ils s’infiltrent. D’abord piégés dans les fossés ou les grilles d’égout, ils rejoignent les rivières, puis les océans, portés par les eaux de pluie et le #ruissellement urbain. Des analyses réalisées à Oxford, dans le Mississippi, ont ainsi permis d’identifier plus de 30 000 particules d’usure dans seulement 24 litres d’eau pluviale.

    Cette pollution, d’autant plus insidieuse qu’elle est difficile à quantifier, a aussi une forme aérienne. Dans certaines zones très fréquentées, des composés issus des pneus se retrouvent en suspension dans l’#air, exposant les populations riveraines à une #inhalation quotidienne. Une étude chinoise récente y a détecté des traces de #6PPD-quinone, un composé toxique issu des antioxydants utilisés dans les pneus, dans les urines d’adultes et d’enfants.

    Les particules d’usure des pneus s’accumulent jusque dans les profondeurs marines

    Loin de s’arrêter à la surface des eaux, les particules d’usure s’infiltrent jusqu’aux strates les plus profondes des milieux marins. Une équipe de chercheurs en chimie environnementale a récemment mené une campagne d’échantillonnage dans les fjords suédois, croisant les relevés atmosphériques, ceux de la surface microlaire et de l’eau sous-jacente. Leurs résultats, publiés dans Environmental Science & Technology, révèlent une présence systématique de particules de pneus dans la #mer, avec une concentration particulièrement marquée dans la fine pellicule organique qui recouvre la surface des océans.

    Ce film, appelé #microcouche_de_surface_marine, agit comme une interface entre l’air et l’eau. Il concentre les microplastiques transportés par le vent ou la pluie, et constitue une porte d’entrée idéale vers les chaînes alimentaires marines. Des fragments issus des pneus, souvent enrichis en zinc, plomb, et autres #métaux_lourds, s’y retrouvent piégés puis ingérés par le #plancton, les #mollusques, les #poissons ou les #crustacés.

    Cette pollution diffuse peut même affecter le cycle du carbone marin. Des transformations chimiques, favorisées par les UV et le sel, modifient la composition des résidus et amplifient leur #toxicité. En Amérique du Nord, plusieurs populations de saumons coho ont vu leur taux de mortalité dépasser 50% lors de leur remontée des rivières, en lien direct avec l’exposition à ces contaminants. Ces observations pointent du doigt la dangerosité du 6PPD-quinone pour de nombreuses espèces aquatiques.

    Une pollution sournoise que la science tente d’enrayer

    Face à l’ampleur de cette menace, des solutions émergent pour limiter la dispersion des particules avant qu’elles n’atteignent les milieux naturels. Des chercheurs de l’université du Mississippi ont mis au point un système de filtration à base de biochar et de copeaux de bois, des matériaux issus de déchets agricoles. Installés dans des chaussettes filtrantes placées en sortie de caniveaux, ces dispositifs retiennent jusqu’à 90% des particules d’usure lors des épisodes pluvieux.

    Le potentiel de cette approche réside dans sa simplicité et son faible coût, mais sa généralisation nécessitera des études à grande échelle pour évaluer sa durabilité dans des zones à fort trafic. D’autant que, comme le souligne l’Interstate Technology and Regulatory Council, aucune alternative véritablement efficace au #6PPD n’est aujourd’hui disponible sur le marché, malgré la reconnaissance croissante de ses effets nocifs.

    En parallèle, la recherche s’attèle à mieux comprendre les mécanismes de transport et de transformation de ces particules. L’absence de normes standardisées pour détecter et mesurer ces contaminants complique toute action coordonnée à l’échelle mondiale. Dans les pays en développement, les données sont encore trop rares pour évaluer correctement l’impact de cette pollution émergente.

    Ainsi, malgré leur invisibilité apparente, les particules d’usure des pneus tracent un sillage durable dans notre environnement. À mesure que les connaissances progressent, elles soulignent l’urgence d’intégrer cette pollution méconnue dans les politiques de transition écologique.

    https://www.science-et-vie.com/nature-et-environnement/pres-de-50-des-microplastiques-presents-dans-les-oceans-viennent-de-
    #plastique #abrasion

  • « La loi Duplomb va rendre l’avenir ingouvernable autrement que par le mensonge, la dissimulation ou l’attrition des normes sanitaires »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/06/01/la-loi-duplomb-va-rendre-l-avenir-ingouvernable-autrement-que-par-le-mensong


    Des palettes d’eau minérale Perrier, dans l’usine d’embouteillage de Nestlé SA, à Vergèze (Gard), en juin 2017. BALINT PORNECZI/BLOOMBERG VIA GETTY IMAGES

    L’affaire Nestlé le montre de manière aiguë, mais les exemples ne manquent déjà pas. En juin 2023, le tribunal administratif de Rennes condamne l’#ARS de Bretagne à refaire ses calculs, celle-ci s’étant rendue coupable d’une sélection un peu trop judicieuse de ses données, de manière à rendre plus présentables les #eaux_de_baignade des plages bretonnes, contaminées par la matière fécale des porcheries géantes de la région.

    A l’échelle nationale, la réglementation européenne encadrant la présence de produits de dégradation des pesticides dans l’eau potable n’est simplement pas appliquée. Si les autorités la mettaient en œuvre de manière stricte pour l’acide trifluoroacétique (TFA), un polluant éternel notamment issu de la dégradation de pesticides fluorés, la majorité des Français ne recevraient plus au robinet une eau conforme aux critères de qualité (sans doute plus des deux tiers, selon les estimations de Que choisir et Générations futures).

    Partout en France, les distributeurs et les collectivités savent qu’il faudra bientôt soit tricher sur l’application de la réglementation, soit changer les normes pour pouvoir continuer à distribuer de l’#eau_potable dans un grand nombre de territoires. Trois inspections générales (environnement, santé, agriculture et alimentation) ne disent pas autre chose. Dans un rapport récent, elles soulignent l’« échec global » de la protection de la ressource en eau et assurent que « sans mesures préventives ambitieuses et ciblées, la reconquête de la qualité des eaux est illusoire ».

    En adoptant le texte Duplomb, la représentation nationale rendrait définitivement illusoire cette reconquête, nécessitant à terme toutes sortes de tours de passe-passe réglementaires pour abaisser sans le dire le niveau de protection des populations. La proposition de loi est d’ailleurs bien faite : elle a anticipé cette nécessité en prévoyant de placer l’Agence nationale de sécurité sanitaire (#Anses) sous la tutelle de l’#agro-industrie.

    https://archive.ph/dUnjz

    #eau

  • #Scandale des #eaux_minérales de Nestlé : le rapport des sénateurs pointe la #responsabilité de l’État

    Le 19 mai, le sénat a rendu public le rapport de sa #commission_d’enquête sur le scandale des eaux en bouteille. Outre les pratiques frauduleuses de Nestlé, les sénateurs pointent la responsabilité « du sommet de l’État » et de ses représentants, intervenus pour couvrir la multinationale.

    « La présidence de la République savait, au moins depuis 2022, que Nestlé trichait depuis des années. » Elle avait connaissance des pratiques interdites auxquelles Nestlé avait recours pour désinfecter ses eaux minérales dites naturelles, régulièrement contaminées par des bactéries d’origine fécale et des pesticides. En définitive, les sénateurs constatent que le pouvoir exécutif a préféré changer la législation en vigueur en faveur de Nestlé, privilégiant les intérêts privés au détriment des intérêts sanitaires et écologiques.

    Ainsi qu’ils le soulèvent, le gouvernement a fait le choix d’autoriser Nestlé à demeurer « hors des clous » en changeant même la réglementation en sa faveur. Et, compte tenu du refus de l’ancien secrétaire général à l’Élysée, Alexis Kohler, d’être auditionné le 8 avril, dans le cadre de cette commission présidée par le sénateur Les Républicains (LR) Laurent Burgoa, les parlementaires ont tenu, dans les conclusions de leur rapport rendu public le 19 mai, à questionner de nouveau l’Élysée :

    « Pourquoi avoir donné tant de place à Nestlé ? » Ou encore : « Pourquoi personne au sein de l’exécutif, et surtout pas la présidence, ne prend-il ce dossier à bras-le-corps pour en dégager le véritable enjeu : protéger nos ressources en eaux minérales naturelles ? »

    L’Élysée et Nestlé, en étroite relation

    Les documents transmis par l’Élysée et rendus publics par les sénateurs dans leur rapport montrent comment Alexis Kohler et les conseillers de la présidence se sont mis au service de la multinationale non seulement en adoptant ses éléments de langage mais aussi en recherchant toutes les failles dans l’arsenal réglementaire, en particulier européen, pour autoriser les traitements interdits de microfiltration (en deçà de 0,8 micromètre) ainsi que l’exigeait Nestlé.

    Dès août 2021, au cours d’un entretien confidentiel avec le cabinet de l’ancienne ministre de l’industrie Agnès Pannier-Runacher, Nestlé reconnaissait avoir recours à des pratiques illégales, enjoignant au pouvoir exécutif de modifier la réglementation en sa faveur.

    Selon les documents transmis aux sénateurs, le 11 juillet 2022, Alexis Kohler et Victor Blonde, conseiller à Matignon et à l’Élysée, rencontrent Mark Schneider, directeur général de Nestlé, dans le cadre du sommet Choose France à Versailles. Outre l’affaire Buitoni, ils abordent les contaminations des eaux et les traitements illégaux auxquels Nestlé a recours, ainsi que les enquêtes alors en cours qui visent l’industriel, notamment de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGGCRF).

    En vue de préparer un entretien prévu entre la présidence et Nestlé le 29 septembre, une note rédigée par les ministères de l’industrie et de la santé propose d’autoriser Nestlé à recourir à des traitements illégaux et d’exploiter une source, Essar, souvent contaminée par des bactéries fécales et utilisée pour Hépar.

    Y est minimisée la fraude de la multinationale, présentée comme « des manquements mineurs à la réglementation ». Et, alors même que seules les déclarations de Nestlé le garantissent, tout risque sanitaire est écarté. Ainsi que nous l’avions documenté, les éléments de langage de la multinationale sont repris mot pour mot par les conseillers des cabinets ministériels, qui affirment que « les traitements renforcent la sécurité sanitaire ».

    On y apprend même que Nestlé a été informé par l’exécutif du signalement que l’agence régionale de santé Grand Est s’apprêtait à faire auprès de la justice, une procédure dont l’agence « ne p[ouvait] s’affranchir ».

    Ainsi, tout en soutenant l’industriel, l’État tente de sauver les apparences et se livre à une communication mensongère. Dans une note datée de 1er février 2024, Victor Blonde transmet à l’Élysée les éléments de langage à adopter en réponse aux révélations du scandale par les médias. Il rappelle la saisine de la justice par l’ARS Grand Est, un parapluie pour affirmer que « l’État n’a d’aucune façon couvert les pratiques de l’entreprise comme le prouve l’enchaînement des faits et des contrôles, ainsi que la saisine de la justice ».

    Les rencontres et échanges entre l’Élysée et Nestlé se sont poursuivis au moins jusqu’en janvier 2025. Au fil des échanges, Alexis Kohler fournit même au nouveau PDG de Nestlé, Laurent Freixe, « les bons contacts » au sein des ministères, tandis que, plus récemment, se pose le problème des eaux contaminées de #Perrier dans le Gard et la présence de virus dans certaines sources. Mais là encore, les intérêts économiques balaient les questions sanitaires.

    Cette intervention de l’Élysée en soutien à Nestlé n’a évidemment pas été sans conséquences. Comme nous l’avions révélé, dans les Vosges, où sont commercialisées les eaux Contrex, Hépar et Vittel, l’agence régionale de santé a très vite et sans preuve écarté tout risque sanitaire. Dans un rapport daté du 1er juillet 2022, l’ARS, qui vient de découvrir l’étendue de la fraude, semble néanmoins, se soucier principalement des desiderata de la multinationale : « Pour chaque traitement, il sera précisé le devenir souhaité par l’exploitant : arrêt de l’utilisation et date effective de cet arrêt ou maintien. »

    Parmi les mesures envisagées, aucune ne porte sur l’arrêt immédiat de l’exploitation des sources, l’ARS laissant ainsi un délai, négocié par Nestlé, pour faire cesser la fraude. Quelques mois plus tard, l’ARS dénoncera bien la fraude à la justice, un signalement dans lequel, sans preuve, elle prendra soin d’écarter tout risque sanitaire.
    La stratégie de dissimulation des représentants de l’État

    Du côté du Gard où sont produites les eaux Perrier, le directeur de l’ARS, Didier Jaffre, et le préfet, Jérôme Bonet, ont également participé à « la stratégie de dissimulation » de la fraude, ainsi que l’ont documenté les sénateurs dans leur rapport sous le titre éloquent des « liaisons dangereuses » entre l’État et Nestlé, ou comment édulcorer un rapport officiel à la demande d’un industriel.

    Les faits remontent à la mi-décembre 2023. Compte tenu de l’état de deux de ses sources, Nestlé ne peut se passer de plusieurs traitements pour les désinfecter et fait donc la demande de les reconvertir en « eaux de boisson aromatisées », pour lesquelles, et contrairement aux eaux minérales naturelles, ces procédés sont autorisés.

    Sa demande doit être soumise au conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst), présidé par le préfet et composé de représentant·es des collectivités territoriales et de membres d’associations, notamment de défense de l’environnement.

    C’est sur la base d’un rapport de l’ARS que les avis doivent être donnés. La présidente de Nestlé Waters, Muriel Lienau, sollicite, le 29 novembre 2023, un rendez-vous avec le directeur général de l’ARS Occitanie, Didier Jaffre, qui, dans un premier temps, refuse d’y donner suite.

    L’industriel passe donc par le cabinet de la ministre déléguée à l’industrie, ainsi que par celui de la ministre de la santé qui, par la voix d’un de ses conseillers, Pierre Breton, explique à Didier Jaffre « qu’il y a un sujet sur un document qui doit être communiqué au Coderst ». Autrement dit, le rapport fait état de résultats de contamination que l’entreprise ne souhaite pas y voir figurer.

    À cela, le directeur de l’ARS répond qu’il « analyse [la] demande de modification » indirectement formulée par la directrice de Nestlé Waters. Après différents échanges de mails, l’ARS rassure le cabinet de la ministre : le projet de rapport va bien être modifié.

    Dans un autre mail, le directeur de l’ARS du Gard, Guillaume Dubois, rapporte à son supérieur Didier Jaffre, responsable au niveau de la région, « avoir eu le préfet au téléphone ». « Le point sur lequel il a insisté lourdement, précise-t-il, est le dernier, à savoir les éléments antérieurs portant atteinte à l’image de Perrier. […] Si [la nouvelle version] ne convient pas au préfet, il faudra que tu l’appelles, il a dû avoir les dirigeants du groupe au téléphone et je crains qu’il ait pris des engagements un peu à la va-vite. »

    Le directeur industriel de Nestlé Waters, Ronan le Fanic, va lui aussi transmettre une série de modifications aux autorités, dissimulant toutes les contaminations des eaux. On ne trouve plus nulle trace de la présence de bactéries d’origine fécale, de pesticides ou d’herbicides (parfois interdits depuis des années).

    Au lieu des taux de contamination, sont présentés les pourcentages de « conformité » des eaux. Une tout autre lecture des résultats bien plus positive, mensongère, que n’a pas accepté de signer l’un des fonctionnaires chargés de la rédaction du rapport. Dans un courrier adressé le 4 décembre 2023 à la direction de l’ARS, ce fonctionnaire regrette que cet avis « ne corresponde plus vraiment aux éléments rapportés dans le dossier ». En conséquence de quoi il « souhaite retirer [s]a signature du rapport ».

    Le rapport modifié sera cependant présenté au Coderst, à la satisfaction des représentants de l’État. Le directeur de l’ARS Occitanie, Didier Jaffre, s’en félicitera auprès du conseiller Pierre Breton à la suite de la réunion : « Encore une étape de franchie pour Perrier. »

    « Tous les dysfonctionnements décrits dans ce rapport sont présents, concluent les sénateurs : pression de l’industriel, porosité du cabinet ministériel à ses exigences, faiblesse de la direction du cabinet, qui a minima laisse faire, absence de résistance de l’État local. »

    Pour autant, peu de recommandations sont faites par la commission pour éviter de nouveau un tel dévoiement des institutions à l’avenir. Parmi les vingt-huit suggestions que les sénateurs formulent, ils proposent que soit contrôlé l’ensemble des 104 sites minéraliers afin de vérifier l’absence des traitements interdits. Ils préconisent aussi que soient mieux préservées les ressources en imposant des restrictions d’usage, notamment de pesticides, autour des forages. Et invitent à ce que soient davantage surveillés les PFAS et microplastiques dans les eaux. Les sénateurs annoncent également une proposition de loi en gestation afin de renforcer les pouvoirs de la commission d’enquête pour que nul ne puisse plus se défiler quand il est convoqué.

    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/190525/scandale-des-eaux-minerales-de-nestle-le-rapport-des-senateurs-pointe-la-r
    #Nestlé #eau_en_bouteille #eau_minérale #France #contamination #bactéries #santé_publique #Alexis_Kohler #microfiltration #Mark_Schneider #Victor_Blonde #Essar #bactéries_fécales #Hépar #fraude #réglementation #éléments_de_langage #Laurent_Freixe #risque_sanitaire #dissimulation #liaisons_dangereuses #Muriel_Lienau #Nestlé_Waters #Ronan_le_Fanic #pesticides #herbicides #contamination

  • Des collectifs d’habitants perturbent l’assemblée d’actionnaires d’une multinationale minière

    Des collectifs des quatre coins de la France se sont rassemblés à Paris contre les projets d’une multinationale minière française, #Imerys. De la Bretagne à la Dordogne, tous sont impactés par l’extraction, poussée au nom de la #transition_écologique.

    « Les nouveautés 2025 ! Profitez du réchauffement : venez vous ressourcer au Parc Imeryx ! » lancent à la volée une vingtaine de personnes venues du Cantal, de Bretagne, de Dordogne et de l’Allier. Ils et elles se sont retrouvés ce 13 mai dans un quartier chic de la capitale, au quai de Grenelle, où se tient l’Assemblée générale des actionnaires d’Imerys, une multinationale minière française.

    Ces collectifs d’habitants sont tous engagés, chacun dans leur département, contre quatre projets d’#extraction_minière sur le territoire français. Ils profitent de l’assemblée des actionnaires pour alerter les investisseurs sur l’#impact_environnemental de l’entreprise, distribuant des tracts humoristiques aux nombreux hommes vêtus de costumes noirs qui entrent dans les locaux.

    Imerys extrait et transforme des #minéraux, pour les secteurs des biens de consommation, l’industrie et la construction. Implantée dans 46 pays, la multinationale possède plus de 200 sites dans le monde et 28 en France, regroupant #mines, carrières et usines. Et compte accroître son activité extractive en France.

    « L’entreprise projette d’ouvrir une quatrième fosse d’extraction à #Glomel, dans les Côtes-d’Armor, située sur une zone considérée comme le château d’eau de la Bretagne », dénonce un membre du collectif #Mines_de_Rien. Imerys y exploite depuis plus de 50 ans une carrière d’#andalousite – un minerai utilisé dans la #sidérurgie – et une usine d’extraction.

    Un autre projet d’Imerys a fait parler de lui récemment. Dans l’#Allier, à #Échassière et à #Saint-Victor, la multinationale compte exploiter une mine de #lithium ainsi qu’une usine de transformation du minerai pour produire la matière première pour 700 000 #batteries de voiture par an.

    Face cachée de la transition

    Sur le parvis où sont distribués les tracts, l’un des responsables du projet d’Imerys dans l’Allier, sort à la rencontre des militants. Le projet doit « réduire la dépendance française et européenne à l’importation de lithium », explique l’homme, « stimuler l’économie locale » et « relever le défi de la transition énergétique ». « C’est un projet stratégique pour la #décarbonation ! », lance-t-il.

    Le gouvernement a reconnu le projet d’Imerys dans l’Allier comme étant d’intérêt national majeur, promettant de faire de la France le premier producteur de lithium européen. Et l’État y investit directement à hauteur de 100 millions d’euros d’argent public. Étienne, du collectif Stop Mines 03, n’est pas convaincu. « Si le lithium extrait sert à construire des SUV et détruire la planète, ça n’a aucun sens de parler de décarbonation ! » répond-il au représentant de l’entreprise.

    L’appel à un débat sur les usages

    En avril dernier, Imerys a organisé un séminaire sur l’usage du lithium au cours duquel des SUV de la marque BMW ont d’ailleurs été présentés... Autre argument sur la question de l’usage : « On ne peut pas se passer de cette ressource si on veut la transition, mais on peut pas l’utiliser pour fabriquer des maillots de bain connectés qui vous indique quand remettre de la crème solaire », ironise Étienne alors que l’AG se poursuit à l’intérieur.

    « Nous, citoyens, demandons un débat public sur les usages de nos minéraux », réclame l’un des membres des collectifs au responsable d’Imerys.« On ne va pas, nous, Imerys, mener un débat public », répond le responsable, avant de repasser la porte du grand bâtiment où sont réunis les actionnaires. Le dialogue est clos. Mais dehors, l’action se poursuit.

    Des territoires sinistrés

    « Imerys exploite nos terres et s’étend telle une pieuvre dévorante », déplore au micro Nathalie, de l’association #Sauvegardons_Razac_et_le_Bassin_de_la_Cole, en Dordogne. La multinationale prévoit d’y étendre son extraction de #quartz sur 40 hectares. Le minerai est notamment utilisé dans les domaines de l’électricité et du numérique.

    À #Nouvialle, dans le Cantal, Imerys souhaite extraire de la #diatomite, minerai utilisé dans l’#industrie_agroalimentaire pour ses propriétés filtrantes. « Les 400 hectares concernés sont au centre d’un fragile équilibre, régulent naturellement le cycle de l’eau, c’est une ressource fourragère pour les agriculteurs, et ils abritent 142 espèces protégées », dénonce Chantal du #Collectif_pour_la_narse_de_Nouvialle, une #zone_humide.

    À Glomel, là où se trouve la carrière d’andalousite, les #landes, #tourbières et prairies humides laissent la place à des #bassins_de_décantation remplis d’eau acide. Imerys y raffine sa production d’andalousite. Comme le révélait le média breton Splann ! l’année dernière, des taux anormalement élevés de #nickel, #cobalt, #arsenic et autres #métaux_toxiques ont été retrouvés dans un ruisseau où la multinationale rejette chaque année 1,5 million de mètres cubes d’#eaux_usées. « On a l’impression d’être une population et un territoire sacrifié au nom du profit et de l’andalousite », se désole l’un des membre de Mines de Rien.

    Alors que le collectif de Glomel clôt sa prise de parole, une longue silhouette colorée apparaît de l’autre côté de la rue. Drapé d’une chemise bleue recouvrant ses tentacules jaunes, vertes et rouges, une grande marionnette prend place sur le parvis du bâtiment accueillant l’AG. Nommée Pelletassou, elle porte une pancarte « Imerys » et ses bras sont en forme de pelleteuse. Ce monstre carnavalesque inspiré de la culture occitane représente « la grande machine extractiviste ». « #Pelletassou a été jugé par un tribunal populaire. Demain il sera au Parlement Européen, pour sensibiliser les dirigeants à la réalité que nos riverains vivent », explique François, l’un des militants, en souriant. Sur d’autres sites de production, ailleurs dans le monde, Imery est régulièrement accusé de générer des pollutions, comme à Barcarena, aux portes de l’Amazonie brésilienne.

    https://basta.media/Des-collectifs-perturbent-assemblee-d-actionnaires-multinationale-miniere-I

    #résistance #extractivisme

  • Un #rapport confidentiel met à nu les combines du #cartel de l’#eau

    L’Autorité de la #concurrence s’est penchée sur un sujet explosif : les stratégies d’#entente dans le domaine de l’eau, et leurs conséquences sur l’augmentation des factures payées par les usagers. Le patron d’une filiale du leader mondial #Veolia vient d’être mis en examen à Paris pour #corruption et pratiques anticoncurrentielles, selon nos informations.

    Rarement, un document officiel avait exposé de manière aussi éclatante les manœuvres des géants de l’eau. Dans un rapport confidentiel, l’Autorité de la concurrence révèle l’entente « occulte » ayant permis aux trois leaders français du secteur de l’eau (Veolia, #Suez et #la_Saur) de remporter, en 2011, un #marché géant de près de un milliard d’euros en #Ile-de-France, d’après des informations de Mediapart.

    Ce document de synthèse de 49 pages, rédigé en 2021 au terme de sept années d’investigations – rythmées par les auditions, perquisitions et la rédaction de trois rapports intermédiaires –, est actuellement exploité par une juge d’instruction du tribunal judiciaire de Paris qui pilote plusieurs enquêtes sur des soupçons d’ententes illicites dans le secteur (lire en encadré).

    Le marché en question porte sur la modernisation de l’usine #Seine_Aval, dans les #Yvelines, une des six #stations_d’épuration du #Syndicat_interdépartemental_pour_l’assainissement_de_la_région_parisienne (#Siaap), qui couvre un total de 12 millions d’habitant·es, ce qui en fait le plus grand opérateur d’Europe.

    Initialement évalué à 547 millions d’euros, son coût s’est envolé à 929 millions d’euros dès la phase d’appel d’offres. Ces surcoûts – qui ont « surpris » jusqu’à plusieurs responsables du Siaap, selon l’Autorité de la concurrence – n’ont pu être supportés que par une « augmentation substantielle » de la #redevance payée par les usagers, insiste le rapport.

    La hausse du #tarif de l’eau en Île-de-France a été estimée à 30 % entre 2010 et 2015 dans une autre analyse, réalisée par la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE), ce qui représente près de 14 millions d’augmentation par an. Cet argent n’étant pas suffisant pour financer les travaux, le Siaap a aussi été contraint de décrocher un prêt à « des conditions très favorables » – en s’appuyant, chose étonnante, sur les réseaux d’influence de son fournisseur – auprès de la Banque européenne d’investissement (BEI).

    L’explosion du montant du marché Seine Aval a été justifiée par son attributaire par la technicité requise ainsi que l’augmentation des tarifs de construction. Mais pour l’Autorité de la concurrence, le vainqueur a facturé des prestations d’un montant « très élevé », ayant permis aux entreprises de dégager une « marge confortable ». Une situation qui découle du fait que, plutôt que de s’affronter au cours de l’#appel_d’offres lancé par le Siaap, les grandes entreprises du secteur ont préféré mettre sur pied une stratégie d’entente à plusieurs niveaux leur permettant d’assécher la concurrence, comme le démontrent des documents saisis en perquisition.

    « Le marché était enregistré comme une affaire acquise [dès le 17 juin 2011 dans un document interne d’un des cocontractants – ndlr], alors que la décision n’est intervenue que le 28 juin 2011 à la suite de la réunion du jury du Siaap », s’est ainsi étonnée l’Autorité de la concurrence. Sollicités par Mediapart, les responsables concernés n’ont pas répondu à nos demandes d’entretien.

    Nommé « #Biosav », le groupement ayant remporté le marché rassemblait les plus importants spécialistes du « #génie_épuratoire » (traitement des #eaux_usées) – à savoir les entreprises #OTV (filiale de Veolia) et #Degrémont (filiale de Suez) –, et du « #génie_civil » (réalisation d’ouvrages) – avec #Eiffage et #Vinci. Ce montage est d’autant plus étonnant que ces groupes de dimension mondiale avaient chacun les capacités – techniques comme financières – de concourir seuls, les uns contre les autres. « Je n’ai eu connaissance de l’association OTV-Degrémont que lors de l’ouverture des candidatures. Ce fut une découverte. Le jeu de la concurrence était singulièrement amoindri dès le départ », a témoigné la directrice adjointe grands travaux du Siaap au cours des investigations.

    Comme si cela ne suffisait pas, les enquêteurs ont aussi découvert qu’un troisième épurateur – la société #Stereau (filiale de la Saur) –, qui aurait aussi les épaules pour concourir à l’appel d’offres, avait secrètement négocié avec le groupement pour récupérer une « part » du marché, en tant que sous-traitant. Cette alliance a été dissimulée à plusieurs dirigeants du Siaap, ce qui « atteste que les responsables Biosav avaient conscience que le groupement avec les trois leaders nationaux posait un problème au regard du droit de la concurrence », selon le rapport final.

    Tandis qu’il ambitionnait initialement de recevoir avec quatre offres distinctes, le Siaap n’a eu à choisir qu’entre deux candidatures : Biosav et un autre groupement, mené par le britannique #Biwater, ce qui lui offrait dès le départ bien peu de possibilités.

    « À partir du moment où les majors de l’#épuration et du génie civil se marient, les élus [de la commission d’appel d’offres – ndlr] sont devant la responsabilité de refuser les sociétés françaises », a ainsi déploré un membre de l’équipe éconduite. Tandis que le représentant d’un autre concurrent étranger, le groupe autrichien #Wabag, qui ne s’est même pas positionné sur ce marché, a pointé une « singularité du Siaap » : « Je ne connais pas d’autres maîtres d’ouvrage où les leaders s’associent ainsi », a-t-il souligné, avant d’euphémiser : « Vu de l’extérieur, cette association interpelle et ne paraît pas pro-concurrentielle. »

    Ce déséquilibre a été renforcé par le fait que le groupement Biosav avait en plus accès, avant de préparer son offre, à des informations privilégiées sur le périmètre du marché. Une année avant celui-ci, les épurateurs OTV et Degrémont avaient en effet participé à une première mission, dite de « définition », qui s’est avérée être une sorte de « répétition du futur appel d’offres ». Cette situation a permis à ces entreprises d’anticiper les attentes de Siaap, en échangeant avec ses équipes, et de bénéficier d’un « avantage inévitable » par rapport à leur concurrent, selon l’autorité.

    Enfin, pendant la procédure de passation du marché, le groupement vainqueur a encore pu profiter « d’avantages concurrentiels majeurs » grâce à la relation particulière entretenue avec l’assistant à maîtrise d’ouvrage (AMO). Censée accompagner en toute indépendance le Siaap dans cet appel d’offres complexe, l’entreprise spécialisée #IRH Ingénieur Conseil a en réalité secrètement « œuvré » en faveur de Biosav, a découvert l’Autorité de la concurrence. Ce « parti pris » ne résulte pas d’une « action unilatérale » d’#IRH_Conseil, mais « s’inscrit dans une pratique collusive occulte » entre le cabinet et des responsables des épurateurs OTV et Degrémont, souligne le rapport, qui s’appuie sur de nombreux échanges et rendez-vous confidentiels découverts pendant l’enquête.

    Cette alliance apparaît d’autant plus problématique qu’IRH Ingénieur Conseil a joué un rôle prépondérant dans la sélection des candidats, en soutenant notamment auprès du Siaap l’explosion du montant du marché, reprenant quasiment mot pour mot le raisonnement développé dans une note que Biosav lui avait secrètement envoyée. « L’assistant à maîtrise d’ouvrage a donc utilisé auprès du client les arguments d’un des deux candidats pour justifier les prix proposés par celui-ci, ce alors même qu’il était supposé aider son client avec sérieux », résume la BRDE dans son rapport.

    Les motivations d’IRH Ingénieur Conseil peuvent apparaître doubles. D’abord, l’assistant à maîtrise d’ouvrage se trouvait, selon l’interprétation de l’Autorité de la concurrence, dans une situation de « conflit d’intérêts » pour accompagner le marché, dès lors que dans le cas où le Siaap avait fait le choix de déclarer la procédure infructueuse – en raison notamment des surcoûts –, l’AMO n’aurait reçu aucune compensation financière. L’entreprise avait donc intérêt à faire aboutir l’appel d’offres, coûte que coûte, y compris au détriment du syndicat et des usagers.

    Mais surtout, les intentions d’IRH Ingénieur Conseil paraissent dépasser le périmètre de ce seul marché. Dans des comptes rendus manuscrits de réunions avec les épurateurs qui dominent le secteur – documents « très vraisemblablement écrits » par le patron d’IRH de l’époque, Yves B., lequel était régulièrement invité dans les loges de Roland-Garros par OTV –, les enquêteurs ont en effet découvert les mentions suivantes : « Depuis 15 ans, IRH a joué le jeu de l’École F. [française] de l’Eau. Impression générale on donne beaucoup, on reçoit peu. »

    D’après l’Autorité de la concurrence, ces annotations traduisent le fait que la société de conseil en ingénierie cherchait à « développer des relations commerciales très étroites » avec les leaders de l’épuration, qui incarnent cette fameuse « école française de l’eau » et trustent le marché. « Le Siaap est captif des grands groupes français et de leurs cabinets d’étude et il semble difficile, pour ne pas dire impossible, de faire autrement », constatant à ce sujet une mission conjointe des ministères de l’écologie et des comptes publics en 2018, en relevant que le projet de refonte de Seine Aval a pu servir, pour les constructeurs, de « vitrine » dans leur stratégie d’exportation. Le premier à en profiter étant le groupe Veolia qui, après avoir réussi son OPA sur Suez dans des conditions contestées, a récemment poursuivi son développement au Maroc et en Arabie saoudite à l’occasion des deux dernières visites d’État d’Emmanuel Macron.

    En creusant les relations entre le cabinet de conseil IRH – petit rouage essentiel dans la conduite de marchés – et les géants de l’eau, l’Autorité de la concurrence a révélé, outre l’usine du Siaap, l’existence d’autres appels d’offres pour lesquels il apparaît que la « concurrence a été faussée ». Ce serait notamment le cas pour la rénovation d’une station à Fécamp (Seine-Maritime) ou à Saint-Marcellin (Isère). « Il existe une pratique commerciale d’IRH qui consiste à travailler avant la remise des offres avec un épurateur et à le “pousser” afin qu’il soit lauréat de la procédure de mise en concurrence », conclut le rapport, dont l’enquête sur le marché Seine Aval menace de faire jaillir un scandale plus grand encore.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/151224/un-rapport-confidentiel-met-nu-les-combines-du-cartel-de-l-eau
    #France

  • Votre eau du robinet est-elle radioactive ? Découvrez-le grâce à notre moteur de recherche | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/091224/votre-eau-du-robinet-est-elle-radioactive-decouvrez-le-grace-notre-moteur-

    Des analyses effectuées entre 2016 et 2024 révèlent la présence de #tritium, un élément radioactif rejeté par les installations #nucléaires, dans les #eaux_potables de plus de 2 300 communes françaises. Votre eau est-elle concernée ? Recherchez votre commune et consultez les résultats.

    Commune : Le Mans
    Département : Sarthe
    Nombre de résultats : 65
    % de résultats où tritium détecté : 3 %
    Valeur maximale mesurée (Bq/l) : 3,30
    Date du dernier prélèvement : 16/07/2024

  • Révélations sur les #contaminations de la plus grande mine à ciel ouvert de l’Hexagone

    « La #pollution de l’#eau par la mine ? Il n’y a pas de problème. » Face au discours sur les « #mines_propres », Splann ! révèle les pollutions générées par la mine d’#andalousite de #Glomel, au cœur de la #Bretagne, exploitée par la multinationale #Imerys.

    En Centre Bretagne, la commune de #Glomel, étendue sur près de 80 km2, est un véritable château d’eau. Ses sources, ses ruisseaux et ses marais dominent les bassins versants de l’#Ellé et du #Blavet. On y trouve encore certains habitats naturels emblématiques de la région, landes, tourbières et autres prairies humides. C’est pour protéger cette richesse qu’ont été créés la réserve naturelle régionale des landes et marais de Glomel, ainsi que deux sites Natura 2000 et plusieurs zones naturelles d’intérêt écologique faunistique et floristique.

    Le paradoxe est que Glomel abrite aussi la plus grande mine à ciel ouvert en activité de l’hexagone : sur place, la #multinationale Imerys peut extraire chaque année jusqu’à 1,5 million de tonnes de roches et raffine dans ses deux usines un quart de la production mondiale d’andalousite.

    La « #Damrec » comme on dit ici en référence à l’ancien nom d’Imerys, est longtemps passée inaperçue. Déjà, qui connaît l’andalousite, ce minéral résistant aux très hautes températures ? On le retrouve sous forme d’additif dans les #bétons ou les #peintures, dans les blocs moteurs de camions ou dans les fours de toute l’#industrie, de la #métallurgie au #nucléaire. Mais si l’andalousite est couramment utilisée par la grande industrie pour ses propriétés réfractaires, nous n’avons jamais directement affaire à elle.

    D’immenses cratères au cœur de la Bretagne

    Le site de Glomel est resté d’autant plus discret qu’il n’est, aux yeux de l’administration, qu’une carrière : on imagine un modeste carreau au bord d’une route déserte, quelques camions. Sauf que…

    Sauf qu’il s’agit bel et bien d’une mine avec ses immenses #cratères, ses usines, ses #bassins_de_décantation remplis d’#eau_acide et ses montagnes de #déchets qui avancent dans le paysage, avalant les champs, les fermes et les chemins. Tout ceci inquiète nombre de riverains, qui voient se multiplier les cas de #cancer et se demandent ce qu’il restera des zones humides, des sources et des captages dans cet avenir où rien ne sera plus précieux que l’eau.

    Mais Imerys compte bien aller au bout de ce #gisement. Après une enquête publique houleuse et d’âpres débats, l’État vient de l’autoriser à poursuivre l’#exploitation jusqu’en 2044 en creusant une quatrième #fosse_d’extraction : un #trou grand comme quinze terrains de football et aussi profond que cinq immeubles parisiens empilés.

    Une étude partiale payée par l’industriel

    Sur le site internet d’Imerys Glomel, on lit qu’« une des priorités du site concerne la gestion des rejets aqueux […] dans les rivières, zones humides et nappes souterraines alentour ». L’enjeu est de taille, puisqu’en aval de la mine se trouve la réserve naturelle régionale de #Magoar_Penvern. Puis, à 6 km du site industriel, un premier captage d’#eau_potable dans l’Ellé alimente les 6000 habitants des communes voisines.

    Dans le #Kergroaz, un minuscule ruisseau qui serpente dans le sous-bois, Imerys rejette chaque année environ 1,5 million de mètres cubes d’#eaux_usées. Ces eaux sont traitées, et les exigences de la préfecture ont conduit l’entreprise à investir récemment dans une unité destinée à limiter la quantité de #manganèse et de #fer dans ses rejets. Mais même après traitement, ils contiennent des quantités très importantes de #contaminants : la préfecture des Côtes-d’Armor autorise le site à rejeter chaque jour dans ses eaux usées jusqu’à 9 kg d’#hydrocarbures et, entre autres, jusqu’à 11 kg par jour au total de #cobalt et de #nickel, des #métaux cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques.

    Pourtant, Imerys assure n’avoir « aucun impact sur les eaux » et a financé une étude sur cinq ans de l’état écologique du #Crazius, où se jette le Kergroaz. Cette étude payée par l’industriel conclut à un « bon état » du cours d’eau pour certains paramètres, mais ce qui frappe, c’est que les métaux les plus toxiques émis par le site ne semblent pas avoir été recherchés dans le cours d’eau.

    Pourquoi s’intéresser à la présence de fer et d’aluminium, et non à des contaminants bien plus redoutables comme l’#arsenic, le #cadmium, le #cobalt ou le #nickel, qui sont par ailleurs présents dans les déchets de cette mine ? Interrogé, Imerys n’a pas souhaité répondre à nos questions. Pour y voir plus clair, Splann ! a décidé de faire analyser les sédiments du Crazius.

    « Les quantités de #contaminants présentent manifestement un danger »

    En juillet puis en septembre, Splann ! a prélevé plusieurs jeux d’échantillons de sédiments dans le lit du ruisseau d’abord en amont du point de rejet de la mine, pour disposer d’un échantillon « témoin » ; puis dans un deuxième temps au niveau où Imerys rejette ses eaux usées ; et finalement à 2 km de là en aval dans le même cours d’eau, dans la réserve naturelle régionale.

    Ces sédiments ont été analysés par un laboratoire accrédité Cofrac. Les résultats de ces analyses ont été interprétés avec l’aide de Frédéric Gimbert, spécialiste des pollutions minières et chercheur en écotoxicologie au CNRS de Besançon.

    Alors que les sédiments du prélèvement témoin, en amont, ne présentent aucune contamination, au niveau du point de rejet d’Imerys, les concentrations en nickel sont jusqu’à 60 fois supérieures à la valeur guide pour un bon état écologique des sédiments d’eau douce. Les concentrations en cobalt sont jusqu’à 20 fois supérieures à cette valeur. Les analyses révèlent aussi la présence de métaux toxiques qu’Imerys n’est pas censé déverser : les sédiments contiennent quatre fois la valeur guide pour l’arsenic et une teneur anormale en cadmium, tous deux également cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques.

    « De telles quantités de contaminants présentent manifestement un danger et un #risque potentiel pour l’environnement, estime Frédéric Gimbert. Il faudrait également rechercher ces mêmes contaminants dans les #sols où se déposent les #poussières issues de l’#activité_minière et conduire plus largement une étude d’évaluation des #risques, pour l’environnement, mais aussi pour la santé publique. »

    Les analyses de Splann ! révèlent également que la contamination s’étend au-delà du périmètre immédiat de la mine. À deux kilomètres en aval du site, au cœur de la réserve naturelle régionale de Magoar Penvern, les concentrations en cobalt et en nickel sont plus de dix fois supérieures aux valeurs guides pour un cours d’eau en bon état écologique.

    Un captage d’eau potable en aval de la mine

    Qu’en est-il à six kilomètres en aval, dans la rivière Ellé où #Eau_du_Morbihan prélève une partie de l’eau qui sera ensuite traitée pour être distribuée aux communes voisines ? Pour le savoir, notre équipe s’est rendue à #Toultreincq [qui signifie trou saumâtre en breton, NDLR], dont l’usine de potabilisation est justement en plein travaux. Une toute nouvelle unité de traitement est en construction pour un coût de six millions d’euros d’argent public.

    « La pollution de l’eau par la mine ? C’est simple : ce n’est pas un sujet. Il n’y a aucun problème », déclare, dès le début de notre visite, Dominique Riguidel, le directeur d’Eau du Morbihan qui s’est déplacé en personne pour nous le dire. L’ouverture de nouveaux captages d’#eau_souterraine permettront de « diversifier les ressources et de limiter les prélèvements dans l’Ellé », explique-t-il. C’est-à-dire précisément à limiter la dépendance au captage de #Pont Saint-Yves, sur l’Ellé, en aval de la mine.

    Mais le directeur d’Eau du Morbihan est formel : tout ceci n’a aucun rapport avec le fait qu’Imerys rejette chaque année 1,5 million de mètres cubes d’eaux usées contenant des #sulfates, des hydrocarbures et des #métaux_lourds en amont de ce captage. « La nouvelle unité permettra de mieux traiter les #pesticides et les #médicaments », justifie-t-il.

    Un ingénieur chimiste, expert en contaminations pour des organismes de #santé_publique, s’interroge : « J’ai du mal à croire que tous ces travaux n’aient aucun rapport avec l’agrandissement de la mine. Vu l’argent que ça coûte de changer une installation, ça ne se fait pas sans raison objective. Et il n’est pas courant d’avoir de tels traitements de l’eau en tête de bassin versant, où elle est normalement moins polluée. »

    Pour connaître la qualité de l’eau sur l’Ellé, en aval de la mine, le plus simple est de s’adresser à l’agence régionale de santé (ARS), qui surveille les captages. Nous lui avons demandé de nous communiquer les analyses de l’eau captée en aval de Glomel.

    « Il n’existe pas de contrôle sanitaire sur la ressource ‘Pont Saint-Yves’ exclusivement », a répondu l’ARS. Le captage d’eau le plus exposé aux pollutions de la mine ne serait donc pas surveillé : l’agence publique ne contrôle la qualité des eaux brutes qu’après qu’elles aient été mélangées à la station de traitement. Une fois dilués dans les eaux prélevées ailleurs, les contaminants d’Imerys passent inaperçus. Ce qui pousse certains riverains désabusés à résumer ainsi la situation : « La mine de Glomel utilise la réserve naturelle régionale comme station d’épuration » pour traiter ses effluents chargés en métaux toxiques. « Mais si la contamination continue d’augmenter, explique l’ingénieur chimiste, l’eau de ce captage risque de ne plus être utilisable pour produire de l’eau potable. »

    Un lac rempli de métaux lourds

    « Quand j’étais ado, par une chaude journée d’été, je m’amusais à repérer les plans d’eau des environs sur les photos satellites. J’ai découvert un lagon bleu à Glomel. J’ai demandé à ma mère : ‘pourquoi on n’est jamais allées s’y baigner ?’ ». Voilà comment Camille a découvert la mine de Glomel : un espoir de baignade. Espoir déçu : le lac de douze hectares dont elle parle, une ancienne fosse d’extraction, recueille en continu des eaux acides et les boues de traitement des usines du site.

    Une autre riveraine se rappelle : « Pendant une réunion en 2022, j’ai demandé ce que contenait cette fosse qu’on appelle ‘la #fosse_2’. Imerys m’a répondu ‘Du #mica et des #oxydes_de_fer’. » Pas de quoi s’inquiéter, donc, Camille aurait pu s’y baigner. Mais dans un tableau perdu dans les 3000 pages du dossier d’enquête publique, on apprend que ces #boues contiennent de fortes concentrations de cadmium, de #chrome, de cobalt, de nickel et de #plomb : des métaux dits « lourds », cancérigènes, neurotoxiques et reprotoxiques.

    Les boues de cette #fosse contiennent aussi les produits chimiques utilisés dans l’usine. Lors d’une réunion publique, les porte-parole de l’entreprise ont assuré que « le procédé d’extraction ne fait pas intervenir de composés chimiques ». Pourtant, les documents de l’enquête publique indiquent que les usines de Glomel utilisent 75 tonnes par an de substances nocives pour l’#environnement et la santé.

    Par exemple, le #méthyl-isobutyl carbinol, un #solvant dangereux pour les #nappes_souterraines, l’#acrylamide, cancérigène, mutagène et reprotoxique, le #sulfonate_de_sodium et l’#amylxanthate, toxiques pour la #vie_aquatique.

    Les #déchets_miniers ont contaminé les #eaux_souterraines

    Chaque année, une trentaine de tonnes de ces produits sont déversées dans le « joli lac ». Imerys affirme que la fosse est « étanche », mais aucune membrane n’empêche ces boues acides de s’infiltrer dans les eaux souterraines. Et il en va de même dans tous les autres espaces du site où sont entreposées ces boues : la « fosse n°1 » (2 millions de m³) et « l’ancienne digue » (900 000 m³).

    Les contaminants de ces déchets toxiques ont commencé à migrer vers les eaux souterraines : c’est ce qu’indiquent certains éléments qu’Imerys a communiqués à l’administration. L’un des appareils de mesure de l’industriel relève que les taux de contaminants ont explosé entre 2012 et 2021.

    Par exemple, les déchets de la mine contiennent des concentrations importantes de nickel, un métal qui provoque des #cancers du poumon et des sinus et des #maladies_cardiovasculaires. Or, sous le site minier, les eaux souterraines contiennent 40 fois la teneur en nickel maximale autorisée pour les eaux brutes destinées à la consommation. Les autres contaminants (cobalt, cadmium, arsenic, produits chimiques…) susceptibles d’avoir migré vers la nappe ne semblent pas surveillés.

    En juin 2024, en prolongeant l’exploitation de vingt ans, les services de l’État ont autorisé l’entreprise à générer au total environ 12 millions de m3 de déchets supplémentaires, autant de déchets qui seront entreposés sur place et qui sont censés ne pas entrer en contact avec les eaux souterraines pour les décennies et les siècles à venir. Alors que jusqu’ici, Imerys n’a pas réussi à empêcher la contamination des eaux souterraines.

    Qui traitera les eaux acides ?

    En 2044, en théorie, l’extraction d’andalousite sera terminée et viendra le temps de la « #remise_en_état », comme on dit. Mais la roche exploitée à Glomel a une particularité : elle contient de la #pyrite, c’est-à-dire du #soufre. Quand la roche mise à nu par l’extraction ou les déchets miniers du site rencontrent de l’eau (la pluie par exemple), cette eau se transforme naturellement en #acide_sulfurique et entraîne vers l’aval les contaminants présents dans la roche. C’est ce qu’on appelle le #drainage_minier_acide, l’une des pollutions les plus redoutables liées à l’activité minière.

    Actuellement, toutes les eaux qui ruissellent sur le site sont collectées et traitées par lmerys pour perdre leur acidité. Mais qui va traiter ces eaux de ruissellement dans un siècle pour empêcher cette marée acide de contaminer le bassin de l’Ellé ? Dans les documents de l’enquête publique, Imerys assure qu’après la remise en état, « les #eaux_pluviales ne seront plus susceptibles de s’acidifier ». Les montagnes de déchets seront « étanchéifiées » avec une couche de résidus miniers très fins puis quelques centimètres de terre. L’entreprise assurera un suivi du site pendant dix ans après la fin de l’activité.

    On sait pourtant que le #drainage_minier_acide est sans limite de temps, comme le rappelle l’association de géologues miniers SystExt. À #Chessy-les-Mines, dans le Rhône, un gisement riche en pyrite a été exploité depuis le Moyen Âge. La mine a fermé après un effondrement dans la galerie principale, survenu en 1877. Un rapport confidentiel du Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) publié en 2019, que Splann ! s’est procuré, décrit le traitement des eaux acides mis en place à #Chessy.

    L’État a constaté que ces eaux minières, quoique traitées « depuis 130 ans », étaient trop polluantes, si bien qu’il a dû y construire une toute nouvelle station de traitement en 2005. Le drainage minier acide de Chessy dure donc depuis 150 ans sans que, d’après le rapport, l’acidité ou les concentrations de métaux dans les eaux n’aient baissé au cours du temps.

    À Chessy, le problème se pose sur 20 hectares ; à Glomel, il se poserait sur 265 hectares. La création d’une nouvelle fosse et de nouveaux #stockages de déchets augmentent d’autant la quantité d’eaux acides dont auront à s’occuper les six ou sept générations à venir.

    Une extension contestée en #justice

    « Les pollutions minières du passé posent des problèmes insurmontables, et l’État, qui doit les gérer tant bien que mal, le sait très bien, estime Dominique Williams, membre d’Eau et rivières de Bretagne. Pourtant, il reproduit les mêmes erreurs à une échelle dix fois supérieure. Les services de la préfecture ont délivré cette autorisation sans prendre la mesure de l’ampleur de cette pollution. »

    La préfecture des Côtes-d’Armor et la direction régionale de l’environnement ont été alertées de la contamination aux métaux lourds que révèle l’enquête de Splann !, et des problèmes soulevés par l’étendue considérable du drainage minier acide après la fermeture du site. La Région Bretagne a elle aussi « soumis ces informations à l’État afin qu’il puisse répondre aux inquiétudes exprimées » tout en indiquant à Splann ! qu’elle prenait « au sérieux l’alerte émise » sur la pollution de la réserve naturelle régionale.

    Or, malgré nos sollicitations, l’État ne s’est pas exprimé. Quant au groupe Imerys, notre rédaction lui a donné la possibilité de revenir sur ses déclarations concernant l’absence de métaux lourds et d’impact sur les eaux : il n’a pas souhaité nous répondre. Mais l’extension de la mine est d’ores et déjà contestée devant la justice. Fin octobre, l’association Eau et rivières de Bretagne a déposé un recours contre l’ouverture de la nouvelle fosse au tribunal administratif de Rennes.

    https://basta.media/Revelations-contaminations-plus-grande-mine-ciel-ouvert-Glomel-Bretagne-Ime
    #France #extractivisme #mines

  • #Sénégal : fin des #accords_de_pêche avec l’UE, un soulagement pour les pêcheurs locaux

    Parmi les promesses de campagne du parti PASTEF lors de la présidentielle figurait celle de revoir les accords de pêche avec l’#Union_européenne, jugés défavorables aux pêcheurs sénégalais. Mais l’#UE a anticipé le Sénégal en annonçant, hier, la fin de ces accords. À partir de dimanche minuit, les navires de pêche européens quitteront les #eaux_sénégalaises, une décision qui est accueillie avec soulagement par une population longtemps mécontente.

    https://www.france24.com/fr/vid%C3%A9o/20241114-s%C3%A9n%C3%A9gal-fin-des-accords-de-p%C3%AAche-avec-l-ue-un-soul
    #the_end #fin #pêche #mer

  • #Gaza : le #virus de la #polio détecté dans les eaux, Israël accusé d’utiliser l’#eau_comme_arme

    L’ONG Oxfam accuse #Israël d’utiliser l’eau comme une arme de guerre à Gaza, avec des coupures d’approvisionnement, du pompage et de la destruction des usines de retraitement. En conséquence, la polio menace désormais la population de l’enclave, le virus ayant été découvert vendredi 19 juillet dans des échantillons d’#eaux_usées par le ministère de la Santé local et l’Unicef. Une nouvelle inquiétante, car la maladie se propage très vite et représente un vrai danger pour les camps surpeuplés.

    Pour l’instant, aucun cas de poliomyélite n’a été détecté chez un humain, a déclaré l’Organisation mondiale de la Santé, le virus n’ayant « à l’heure actuelle été isolé que dans l’environnement ». Mais « cette découverte est extrêmement préoccupante", a souligné le porte-parole de l’agence onusienne Christian Lindmeier. Elle était « malheureusement attendue » étant donné la situation sanitaire dans la bande de Gaza soumise à des bombardements intensifs depuis neuf mois par les forces israéliennes.

    La poliomyélite est une maladie très contagieuse provoquée par un virus (le #poliovirus) qui envahit le système nerveux et qui peut entraîner en quelques heures des paralysies irréversibles.

    Avec un taux de 89 %, la #couverture_vaccinale contre la poliomyélite était « optimale » avant le début de l’offensive israélienne, grâce à des campagnes de #vaccinations systématiques assurées par les agences onusiennes. Mais dix mois plus tard, la situation a radicalement changé. De dizaines de milliers d’#enfants de moins de cinq ans risquent de contracter la polio et d’autres pathologies, selon Christian Lindmeier.

    « La destruction du système de santé, le manque de sécurité, les obstacles pour accéder, les déplacements constants de population, la pénurie de fournitures médicales, la mauvaise qualité de l’eau et l’insuffisance de l’assainissement, énumère ce porte-parole de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Tout cela fait baisser les taux de vaccination systématique et augmentent le risque de maladies évitables par la vaccination, y compris la polio. »

    D’après Oxfam, Israël a détruit 70 % de toutes les pompes à eaux usées de Gaza, ainsi que la totalité des usines de traitement. Cela dans une pratique intentionnelle, selon James Elder de l’Unicef, qui dénonce également « une volonté délibérée et constante des autorités qui ont le pouvoir légal et militaire d’empêcher l’acheminement de l’aide vitale à Gaza ».

    Aujourd’hui, seuls 16 des 36 hôpitaux de l’enclave palestinienne sont partiellement fonctionnels. Tout comme près de la moitié des centres de santé.

    https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20240720-gaza-le-virus-de-la-polio-d%C3%A9tect%C3%A9-dans-les-eaux-isra%C3%ABl-a
    #poliomyélite #eau #maladie #santé #Palestine

  • Scandale des eaux en bouteille : la fraude de #Nestlé s’élève à plus de 3 milliards en 15 ans

    Dans le cadre de l’#enquête_judiciaire visant Nestlé sur les traitements interdits des #eaux_minérales naturelles, de nouvelles investigations révèlent que la multinationale trompe les consommateurs depuis plus de quinze ans.

    L’ampleur de la #fraude est inédite. Par sa durée : plus de quinze ans, et par son montant : plus de 3 milliards d’euros au minimum. C’est ce que révèle un nouveau rapport d’enquête, que Mediapart a pu consulter, sur le traitement frauduleux des eaux minérales par Nestlé.

    Depuis 2005, la #multinationale a vendu plus de 18 milliards de bouteilles d’eau sous les marques #Contrex, #Hépar ou #Vittel, dont la #qualité équivalait à celle de l’#eau_du_robinet. Mais à un #prix près de cent fois supérieur.

    « Au vu de la durée des pratiques et du nombre de directeurs qui ont pu se succéder sur cette période », le caractère systémique de cette fraude conduit les enquêteurs à retenir principalement la #responsabilité du groupe Nestlé davantage que des responsabilités individuelles. Contacté, le groupe Nestlé nous a renvoyés vers son site, où sont publiées des réponses types.

    Tout a commencé en novembre 2020, lorsqu’un salarié du groupe #Alma (qui commercialise les eaux de la marque #Cristaline) signale auprès de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) des #traitements non conformes des eaux commercialisées comme « #eaux_minérales_naturelles ». Cette alerte déclenche un premier rapport du Service national d’enquête (SNE) de la DGCCRF, et un deuxième de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), comme l’avaient révélé Mediacités puis Le Monde et Radio France,

    Ces enquêtes concluent que près de 30 % des marques françaises, dont celles du groupe Nestlé, ont recours à des techniques de #purification des eaux classées comme « minérales naturelles » interdites, traitements utilisés notamment contre des #contaminations bactériennes ou chimiques.

    Les procédés auxquels ont recours les entreprises, tels que l’utilisation d’#UV, de #filtres_à_charbon_actif ou de #microfiltres (en deçà de 0,8 µm) sont seulement autorisés pour l’eau du robinet ou les « eaux rendues potables par traitements ». Ils sont strictement interdits pour les « eaux minérales naturelles » et les « #eaux_de_source », qui ne doivent pas subir d’opérations modifiant leur composition.

    Saisi en octobre 2022 par l’agence régionale de santé (ARS) Grand Est, chargée du contrôle de plusieurs sites du groupe Nestlé, le parquet d’Épinal (Vosges) a ouvert une enquête préliminaire, visant le groupe pour « #tromperie par personne morale sur la nature, la qualité, l’origine ou la quantité d’une marchandise ».

    C’est dans ce contexte que le service enquête de la DGCCRF a de nouveau été missionné et ce sont ses conclusions, rendues en avril, que Mediapart a pu consulter. Les investigations ont porté sur les eaux du groupe, embouteillées dans les #Vosges : Contrex, Hépar et Vittel. Leur enquête révèle que pour ces trois eaux minérales, Nestlé a recours à des traitements interdits depuis au moins 2005, voire 1993 pour certaines, et cela de façon permanente, en raison, notamment, de #contaminations_bactériennes fréquentes. À partir de ces éléments d’investigation, le procureur va décider de l’orientation des poursuites.

    Des contaminations fréquentes

    Selon les résultats de contrôles réalisés par Nestlé, de janvier 2020 à mars 2022, plusieurs sources d’eau sont contaminées « de #pathogènes et de #bactéries hétérotropes au-dessus de la limite légale », parfois même jusqu’à 85 % supérieurs. Et ce problème n’est pas récent. Pour y remédier, Nestlé a recours à des traitements par UV, supprimant les micro-organismes, des « process qui ne sont pas conformes avec la réglementation française », signale une note interne à l’entreprise.

    Lors de leur audition, plusieurs responsables reconnaissent ces pratiques interdites. L’ancien directeur de l’usine Nestlé dans les Vosges (en poste de 2019 à 2023) explique que ces appareils étaient utilisés « sur des captages qui avaient des dérives microbiologiques ».

    Dans un courrier adressé à l’ARS, l’entreprise précise que « ces traitements ont été mis en place depuis plusieurs décennies » et cela sur plusieurs captages d’eau des groupes Contrex et Hépar. Pour justifier de telles pratiques, la multinationale attribue la présence de ces dérives bactériennes « au #changement_climatique », provoquant la diminution des nappes d’eau et favorisant les contaminations des sols versants.

    Autre facteur potentiel de contamination, la surexploitation des ressources en eau par Nestlé n’est, en revanche, par abordée. Pas un mot non plus sur le signalement de ces bactéries que le groupe aurait dû faire auprès des autorités, et notamment de l’agence sanitaire de santé (ARS). Rien, non plus, sur la fermeture du site qui aurait dû être envisagée, ou encore sur le changement de #classification de l’eau commercialisée, de « minérale naturelle » à « rendue potable par traitements ».

    C’est en toute connaissance de cause que Nestlé a choisi d’avoir recours de façon intensive aux traitements par UV, ainsi que le constatent les enquêteurs. En épluchant les factures des différentes entreprises spécialisées dans ces installations, on découvre que de septembre 2005 à novembre 2022 (dates du début de l’enquête judiciaire et de l’arrêt de ces traitements), Nestlé a acheté plusieurs appareils à UV, dont quatre utilisés pour les eaux minérales naturelles. Les enquêteurs notent également que le « changement systématique des lampes UV une fois par an », par Nestlé, révèle une utilisation continuelle de cette technique.

    Mais manifestement, cela ne suffit pas à endiguer les contaminations et concernant plusieurs sources, Nestlé installe également des microfiltres (de membrane inférieure à 8 micromètres – µm), permettant de désinfecter l’eau en filtrant les bactéries. Cependant, non seulement ces installations peuvent elles-mêmes être factrices d’infections mais elles ne permettent pas de retenir certains virus ou bactéries.

    Sans se prononcer sur les #pollutions_bactériennes fréquentes des sources ni sur les risques de telles pratiques, les enquêteurs relèvent « une utilisation de filtres non autorisés par les arrêtés préfectoraux à différents niveaux de filtration allant de 0,2 µm à 10 µm depuis au moins 2010 », et cela pour les trois eaux minérales exploitées dans les Vosges.

    Nestlé date certains traitements de 1993

    Certains traitements ne répondent nullement à des « besoins de sécurité sanitaire ». L’utilisation de filtres à charbon actif, là encore interdite, permet de retenir « d’éventuelles traces de résidus de pesticides » dans les eaux. Mais, lors de son audition par les enquêteurs, l’ancien directeur des usines du groupe dans les Vosges explique que cette technique visait surtout à « la protection de la réputation de la marque [Vittel, en l’occurrence – ndlr]. Il était possible de détecter des traces d’herbicides en très faible quantité ».

    Cette stratégie est confirmée par le groupe dans un courrier envoyé à l’ARS en 2022 : « Ce type de #filtration a été mis en place afin d’éviter toutes traces de #pesticides et de #métabolites qui pourraient être mal perçus par les consommateurs et ainsi protéger l’#image de #marque et plus généralement de l’industrie des minéraliers, face à un risque réputationnel important. »

    Les enquêteurs n’ont étonnamment pas retenu cette année-là, mais datent de 2010 la mise en place de ce traitement interdit, qui correspond à l’année de prise de poste du responsable ressource en eaux (REE) auditionné.

    Ils ne retiennent pas non plus la responsabilité de l’ARS, qui est pourtant mise en cause par les déclarations de l’ancien directeur de l’usine. Interrogé sur l’utilisation de #CO2, traitement interdit mais mis en place par Nestlé, il affirme aux enquêteurs : « J’étais au courant pour l’ajout de CO2 pour Vittel. Nous l’avons montré à l’ARS lors des visites mais ils n’ont jamais considéré cela comme un point important. »

    Le garant de la sécurité sanitaire, l’ARS, n’en a pas tenu rigueur à l’exploitant, ce qui soulève de facto la responsabilité de l’État dans les pratiques trompeuses de Nestlé. Interrogée sur ce point par Mediapart, l’ARS n’a pas souhaité répondre.

    La longévité de la fraude interroge également sur l’efficacité des contrôles effectués par l’ARS. Certes, Nestlé a sciemment dissimulé les installations permettant les traitements des eaux illégaux : dans des armoires, dans des bâtiments isolés, voire dans « une pièce souterraine », ainsi que le constatent les enquêteurs. Par ailleurs, les points de prélèvement pour les contrôles de la qualité de l’eau brute étaient sciemment positionnés après les différentes techniques frauduleuses. Pourtant, l’ARS connaissait au moins l’un des traitements interdits et a fait le choix, malgré tout, de fermer les yeux.

    Caractère systémique de la fraude

    Les enquêteurs n’iront pas plus loin sur la responsabilité de l’État dans cette fraude. Concernant la multinationale, c’est le caractère systémique de la fraude qui est soulevé. En effet, dans leurs conclusions, les inspecteurs déplorent que l’expertise des responsables du groupe Nestlé « [soit] cependant utilisée de manière dévoyée, au regard de leur volonté de tromper les consommateurs et l’administration ».

    « L’installation des traitements semble ancienne et pourrait être antérieure au rachat, en 1992, par le groupe Netslé des deux usines » de Vittel et #Contrexéville. Mais ces pratiques ont perduré « non par négligence mais bien [du fait] d’un réel #choix de l’entreprise de maintenir ces traitements en place ».

    Par ailleurs, « au vu de la durée des pratiques et du nombre de directeurs qui ont pu se succéder sur cette période, ayant agi pour le compte et au bénéfice de la société […], la #responsabilité_morale de Nestlé doit être retenue à titre principal ».

    De fait, les enquêteurs établissent qu’il s’agit d’une fraude organisée, qui a duré plusieurs décennies, relevant davantage d’une stratégie du groupe que d’une initiative individuelle.

    La commercialisation d’au moins 18 milliards de bouteilles, selon les estimations des enquêteurs, « à destination finale des consommateurs, sous la dénomination “eau minérale naturelle” alors que ces eaux ne pouvaient prétendre à cette qualité, constitue l’élément matériel du #délit_de_tromperie sur les qualités substantielles et la composition des marchandises ».

    La tromperie est renforcée par la #publicité_mensongère présentant ces eaux comme « pures » et exemptes de tout traitement.

    Ce délit est passible d’une peine de trois ans d’emprisonnement et d’une amende pouvant être portée à 10 % du chiffre d’affaires moyen annuel, soit 20 millions d’euros dans le cas de Nestlé, une somme qui peut paraître dérisoire comparée aux 3 milliards d’euros acquis par l’entreprise grâce à cette fraude (d’après les calculs faits dans le cadre des investigations).

    En effet, selon les enquêteurs, « la différence de chiffre d’affaires réalisée en vendant ces produits en eau minérale naturelle au lieu d’eau rendue potable par traitement est estimée à 3 132 463 297 euros pour les différentes marques et périodes infractionnelles correspondantes ».

    Mais le préjudice pour l’environnement induit par la #surexploitation des ressources en eau par Nestlé n’est quant à lui pas chiffré. Les risques sanitaires ne font pas non plus à ce stade l’objet d’investigations. Ainsi que le concluent les inspecteurs, « le maintien des traitements a permis la continuité de l’exploitation de l’ensemble des sources. Le retrait des traitements UV a entraîné un arrêt de l’exploitation de certains captages qui étaient contaminés microbiologiquement ».

    https://www.mediapart.fr/journal/france/180724/scandale-des-eaux-en-bouteille-la-fraude-de-nestle-s-eleve-plus-de-3-milli
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