• Collectif, L’École sans école. Ce que le confinement nous dit de l’éducation
    https://journals.openedition.org/lectures/54369#ftn1

    L’École avec une majuscule représente l’institution. L’école avec une minuscule désigne le lieu où se déploient les activités scolaires. « L’expérience Covid » a conduit les élèves et les enseignants à vivre l’École sans école dans le contexte du confinement décrété par les autorités françaises au printemps 2020. Les outils numériques sont alors mobilisés afin d’assurer la continuité pédagogique. Le livre est un recueil de 16 témoignages et analyses d’élèves, de praticiens et de chercheurs regroupés en trois parties : participer, accompagner et connecter. Cet ouvrage inaugure la collection Éducations de C&F Éditions consacrée aux aspects pédagogiques et institutionnels du numérique en éducation.

    2En introduction, l’éditeur campe la problématique et pose la question qui oriente les 16 contributions : que se passe-t-il quand on se retrouve avec une École sans école ? « L’expérience Covid » met d’abord en lumière la transposition sur les réseaux numériques des dispositifs d’apprentissage. Pour que la technique puisse soutenir efficacement les activités scolaires, il faut souvent s’incliner devant les géants du Web, seuls en mesure de répondre efficacement à la demande accrue de bande passante attribuable à la généralisation du télétravail et du téléenseignement. Cela soulève plusieurs enjeux, mais l’expérience Covid à l’école met surtout en évidence le besoin d’humanité et de relation. « Éduquer, c’est aussi porter la jeunesse vers l’autonomie, les compétences relationnelles, l’inventivité, le plaisir, le bien-être, la capacité de jugement et in fine la citoyenneté » (p. 11).

    L’auteur de la recension présente ici chacun des 16 articles qui composent le livre.

    L’ouvrage L’École sans école propose une contribution originale et intéressante à la compréhension des effets du confinement de 2020 sur l’École et l’école françaises. Les points de vue sont pluriels et les perspectives, contrastées, selon que le site d’observation soit celui d’élèves, de praticiens ou de chercheurs. Cependant, une même politique éditoriale oriente l’ensemble des contributions, fidèle aux principes de C&F Éditions. « Les publications de C&F Éditions mêlent […] culture numérique et citoyenneté, gouvernance, information ou encore la démocratie, pour des livres-sommes, la plupart du temps »5. Une soixantaine de titres sont déjà disponibles6.

    #Ecole_sans_école

  • Après la crise : L’école sans l’école ?
    http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2021/11/09112021Article637720384702661693.aspx

    La classe sera-t-elle renversée avant d’avoir été inversée ?" La question de Gilles Braun, ancien responsable des ressources numériques au ministère de l’Education nationale, situe les questions posées par cet ouvrage collectif (L’école sans l’école ? C&F Editions). La crise sanitaire, qui a rendu le numérique (provisoirement ?) incontournable pour l’éducation, est -elle capable de changer en profondeur l’Ecole ? Une quinzaine d’auteurs, des spécialistes du numérique mais aussi des élèves, réfléchissent à ce que la crise a fait à l’école. Davantage une mise à nu de ses difficultés qu’un renouveau ?

    L’Ecole peut-elle se passer de relations humaines ?

    Les éditions C&F publient « L’Ecole sans école » (C&F éditions) avec sous-titre « Ce que le confinement nous dit de l’éducation ». Ce livre est un ouvrage collectif qui rassemble plusieurs acteurs/auteurs connus du monde de l’éducation et du numérique. Elèves, enseignants, élus locaux, chercheurs, consultants, militants... un patchwork intéressant qui va du témoignage personnel à l’analyse plus approfondie. Ce qui marque surtout le lecteur et ce, dès l’introduction de l’ouvrage, c’est que tous les propos visent, volontairement ou non, à tenter de mettre en exergue ce que la crise a fait à l’école, avec ou sans le numérique, mais aussi ce que le numérique fait à la société dans une période incertaine. Dès le premier propos de l’éditeur, il est écrit : « Notre société est plongée dans l’écosystème numérique qui est devenu dominant. Elle est également appelée à faire face à de nombreuses crises sanitaires ou climatiques, pour lesquelles les compétences et les comportements ouverts, développant l’empathie, l’échange, le soutien mutuel se révèlent fondamentaux. ». Il fixe ainsi le cap de cet ouvrage qui va constamment osciller au coeur de ce triangle problématique : crise, numérique, humain, au coeur de nos sociétés contemporaines. Cet ouvrage est divisé en trois parties : « Participer », « Accompagner », « Connecter » qui tentent de donner une unité de surface à tous ces articles qui semblent cependant très disparates.

    Parler de l’école en tant de crise sanitaire, c’est être contraint d’évoquer la place donnée au numérique. Tous les auteurs s’en font l’écho, chacun à sa manière. L’éditeur a choisi de donner d’abord la parole à trois élèves qui rapportent leur manière de vivre pendant et après les confinements. Pour eux, la vie dans l’espace familial et sans école a d’abord déclenché un engouement, mais avec la durée et la reprise des confinements, cet espace leur est finalement devenu difficilement respirable, malgré les moyens techniques qui permettaient de garder des contacts avec des amis. En écho avec ces propos, l’article proposé par Hélène Mulot (Des masques et moi) aborde le sujet par « le masque » et ses conséquences sur l’humain. Du masque que permet l’utilisation de la visioconférence au masque que l’on est contraint de porter dans l’établissement, l’auteur nous invite à suivre son cheminement pédagogique et humain très riche. En écrivant « Le masque nous pousse à la créativité, à l’inventivité de nouvelles formes de relation, de partage. » le lecteur est incité à réfléchir à ce qui fait la communication au quotidien et ces masques (réels et virtuels) qui l’accompagne. La métaphore du masque est ici particulièrement intéressante car elle invite à une réflexion sur la relation humaine et la manière dont elle évolue.

    Peut-on changer l’Ecole ?

    Plusieurs textes sont proposés par des militants ou des consultants qui saisissent l’occasion pour porter leurs propres analyses avec le prisme de leurs activités : les logiciels libres, la résistance technique d’Internet et ses points faibles, la place des collectivités ou encore les réactions des personnels de l’éducation au travers d’une veille informationnelle sur les réseaux sociaux. On peut percevoir avec inquiétude que le numérique a fait défaut au niveau local en éducation (CNED, ENT etc.…) : que ce soit dans les infrastructures comme dans les équipements et dans la mise en synergie des politiques locales (S. Pouts Lajus). Alors que, dans le même temps l’Internet grand public (S Bortzmeyer) a lui très bien résisté à la situation de confinement et l’obligation d’utiliser le web pour continuer. Toutefois les militants du libre restent largement sur leur faim (P.Y Gosset), aussi bien sur le plan technique que sur le politique en ne voyant toujours pas la fenêtre vers des alternatives s’ouvrir.

    Gilles Braun, inspecteur général honoraire de l’éducation, du sport et de la recherche, qui jadis fut aussi responsable des ressources numériques au sein de la sous-direction des TIC au ministère de l’éducation, puis délégué à la protection des données, propose lui un texte « d’équilibre ». En effet situé au centre de l’ouvrage cet article pose la question de la forme scolaire et rassemble en quelque sorte l’ensemble des questionnements sous-jacents à l’ensemble des articles du livre. On peut d’ailleurs le lire dans cette question « la classe sera-t-elle renversée avant d’avoir été inversée ? » qui, tout en reprenant une thématique actuelle en pédagogie, la transpose à une échelle plus large, celle qui est posée depuis longtemps au système scolaire : peut-on transformer l’école, autrement qu’en refaisant plus d’école ? En 1920, Adolphe Ferrière ne posait pas autrement cette question en portant « l’école active » au-devant de la scène. Malheureusement, la suite du XXè siècle montra que seule la marge de l’école pouvait trouver des espaces de changement, mais que fondamentalement peu de choses changent. Le pari de cet article est justement de suggérer un nouvel espoir, qui serait alors accompagné par les moyens nouveaux que propose le numérique

    Le numérique, une pandémie d’un autre genre...

    La fin de cet ouvrage abord le thème de « l’école buissonnière », dont on peut se demander s’il ne s’agit pas d’un oxymore ? Éric Bruillard ("L’École buissonnière confinée") aborde par le prisme du buissonage la question du vécu du confinement. Tout dans son texte, inventaire en quelque sorte de la notion, met en avant l’idée d’une opposition radicale entre l’école et le « sans école » ou « hors l’école ». Et pourtant on continue d’associer les deux termes sans aller plus loin. C’est probablement la limite de l’exercice présenté dans cet article que l’on trouve dans ces deux phrases qui clôturent l’article : « L’école buissonnière ne serait-elle pas un modèle qui pourrait aider à repenser l’école tout court ? Ne pourrait-on pas sortir d’une dichotomie trop simple entre une école formelle et fermée et une école de la nature ouverte mais hors du monde ? ». Il rejoint en cela l’interrogation posée par Gilles Braun.

    Un patchwork, un kaléidoscope ou un inventaire à la Prévert ? A l’issue de la lecture de ces multiples articles, on peut s’interroger sur l’intention de l’éditeur et des contributeurs. En partant des propos de jeunes élèves et en allant jusqu’à celui des spécialistes ou des militants, chacun peut y trouver ce qu’il a envie d’y trouver. On peut aussi aller plus loin pour tenter de comprendre ce que ce genre d’ouvrage peut permettre : mettre en regard les uns des autres des acteurs différemment impliqués dans la situation vécue, autour de l’école et de l’écosystème numérique constitué dans la société. Car si, comme l’éditeur le précise au début, il faut aller d’abord chercher l’humain, la lecture de tous les articles révèle en fait que c’est le numérique, sous toutes ses formes, qui est désormais une pandémie d’un autre genre. Quant à l’école, ou plutôt l’Ecole, elle montre ses limites au travers de ces témoignages. Elle montre aussi ses non-dits, ses invisibilités que la situation de crise a mis au jour. Elle montre surtout qu’elle est d’abord celle des acteurs du quotidien, qu’ils soient enseignants ou personnels de cantine, personnels éducatifs, personnels d’entretien... Bref une école qui est d’abord un lieu d’humanité et d’humanisation qui n’en a pas suffisamment conscience. Et le témoignage des trois jeunes élèves invités contribue à le rappeler.

    Bruno Devauchelle

    L’école sans école. Ce que le confinement nous dit de l’éducation. C&F Editions. ISBN 978-2-37662-025-9, 20€

    #Ecole_sans_école #Pédagogie #Confinement

  • #coronavirus"L’École sans école, ce que le confinement nous dit de l’éducation" : un ouvrage collectif livre une analyse de terrain

    Dépêche n°664122
    Site aefinfo

    « On a eu beau se faire les gorges chaudes de la ’continuité pédagogique’ c’est avant tout de l’isolement physique et relationnel qu’ont souffert les enfants et les adolescents », écrit l’éditeur C&F en introduction d’un ouvrage collectif « L’École sans école, ce que le confinement nous dit de l’éducation », publié fin 2021. Interviennent des voix connues de l’éducation, à l’instar de Gilles Braun, ancien conseiller numérique du MEN Vincent Peillon, et d’autres moins médiatiques mais apportant des témoignages de terrain qui sont autant de « comptes rendus vivants de cette expérience Covid ».

    « Les articles réunis dans ce livre se veulent des constats, des comptes rendus vivants de cette expérience Covid », prévient l’éditeur C&F en présentation de l’ouvrage collectif (1) « L’École sans école, ce que le confinement nous dit de l’éducation » (2), qu’il publie fin 2021. « On a eu beau se faire les gorges chaudes de la ’continuité pédagogique’, c’est avant tout de l’isolement physique et relationnel qu’ont souffert les enfants et les adolescents. Et cela plus encore dans les familles dysfonctionnelles, dans les zones blanches de la connexion, dans les familles dont les parents ne pouvaient assurer la prise en charge pédagogique. »

    L’ouvrage expose des exemples de pratiques pédagogiques de terrain pendant le confinement, de problématiques posées aux acteurs de l’École, qu’il s’agisse des enseignants, des familles, des collectivités, des services de l’Éducation nationale. Les auteurs apportent des témoignages sur les nouvelles pratiques pédagogiques et approches interdisciplinaires, livrent leurs vécus d’enseignants confrontés à la réalité du confinement et la manière dont ils se sont mobilisés pour assurer une « continuité éducative ».

    En REP, le confinement a été « un cataclysme »

    « Les semaines de confinement ont agi comme un véritable révélateur des conditions de scolarité et de vie des élèves et des inégalités qui leur sont inhérentes », remarque ainsi Goundo Diawara, porte-parole du syndicat de parents de quartiers populaires « Front de mères ». En REP, le confinement a été vécu comme un « cumul des obstacles ». Selon elle, « outre l’impréparation des institutions » la pandémie a mis en évidence « la casse méthodique et la réduction des moyens alloués aux différents services publics ».

    « L’annonce de la fermeture des établissements scolaires a sonné comme un cataclysme car, en tant que personnels d’enseignement et d’éducation, nous savions que nous n’étions pas prêts », témoigne ainsi Goundo Diawara. Elle ajoute : « malgré la communication ministérielle affirmant que c’était le cas, nous ne savions pas selon quelles modalités techniques et pédagogiques nous allions pouvoir assurer l’enseignement à distance ».

    Une crise qui invite à (re)penser le système dualiste ?

    Pour le fondateur d’Éducation & Territoires Serge Pouts-Lajus, avec la crise exceptionnelle traversée « l’organisation en place se révèle sous un jour inhabituel qui met en lumière des qualités mais surtout des défauts, certains bien connus et souvent dénoncés, mais d’autres moins visibles par temps calme ». Le modèle centralisé « pleinement efficace en période de stabilité » se trouve mis en défaut « lorsqu’il s’agit de s’adapter rapidement à des circonstances imprévues ».

    Serge Pouts-Lajus invite à s’interroger sur l’organisation « dualiste » du système éducatif, avec d’un côté les collectivités chargées de la gestion matérielle (outils numériques, bâtiments…) et de l’autre un État en charge de « l’esprit » (programmes, recrutement et formation des enseignants, diplômes…).

    Ainsi, plaide-t-il, « pour avancer, il faudrait s’écarter du débat manichéen (pour ou contre le centralisme, pour ou contre la décentralisation) et s’interroger sur les multiples possibilités de répartition des compétences et des responsabilités entre l’échelon national et l’échelon local ».

    (1) Ont contribué à cet ouvrage Stéphane Bortzmeyer, ingénieur en réseaux informatiques, travaille sur l’infrastructure de l’Internet et notamment le DNS ; Gilles Braun, IGESR honoraire, délégué à la protection des données du MENJS et du MESRI de 2018 à 2020 et conseiller numérique entre 2012 et 2014 de Vincent Peillon, alors ministre ; Éric Bruillard, responsable du laboratoire EDA (Éducation, discours, apprentissages) à l’université de Paris, et président de l’Iartem (International association for research on textbooks and educational media) ; Goundo Diawara, secrétaire nationale et porte-parole du Front de mères, premier syndicat de parents de quartiers populaires ; Olivier Ertzscheid, maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes ; Pierre-Yves Gosset, délégué général de Framasoft ; Hélène Mulot, professeure documentaliste en collège et formatrice dans l’académie de Toulouse ; Hélène Paumier, enseignante en lettres modernes au lycée LP2I près de Poitiers ; Serge Pouts-Lajus, fondateur d’Éducation & Territoires, structure qui accompagne les collectivités territoriales ; Delphine Riccio, psychologue de l’Éducation nationale au CIO de Loches (Indre-et-Loire) ; Élisabeth Schneider, enseignante chercheuse à l’Inspé de Normandie-Caen ; Céline Thiery, formatrice à l’Inspé de Normandie-Caen et coordonnatrice du Clemi Normandie ; Stéphanie de Vanssay, conseillère nationale de l’Unsa après avoir été enseignante en REP.

    (2) « L’École sans école, ce que le confinement nous dit de l’éducation », C&F éditions, 208 p., 20 €

    #Ecole_sans_ecole #Confinement

  • Dans les universités, la « baisse de niveau » se voit de plus en plus
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2021/03/16/lacunes-copies-bancales-dans-les-universites-la-baisse-de-niveau-se-voit-de-

    Alors qu’on craignait un décrochage massif, les résultats des examens de premier semestre, encore parcellaires, indiquent que celui-ci n’a finalement pas eu lieu. Globalement, les étudiants ont répondu présent. Le taux de présence serait ainsi de « seulement 3 points en dessous » de celui de l’année précédente, selon la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal. Mais côté réussite, si les résultats connus à ce stade ont tendance à se maintenir dans la plupart des établissements − appelés à la clémence −, certains enseignants pointent une forme de déperdition des acquis académiques.

    « Une problématique de niveau va se poser », abonde Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille, où les taux de réussite ont été similaires aux autres années… mais avec des sujets qui ont été « adaptés », et des consignes de mansuétude passées aux enseignants. « Ce serait se raconter des histoires que de croire qu’autant de mois à distance n’ont eu aucun effet sur les apprentissages, fait-il valoir. Les conditions d’acquisition de connaissances et de compétences ont été dégradées, y compris quand le distanciel est robuste et de qualité. On sent les élèves moins à l’aise dans leurs savoirs, avec des exposés moins solides, des références plus incertaines. »

    La crise sanitaire a jeté une lumière crue sur les failles de l’enseignement tout distanciel, où l’attention se fait volatile et la transmission altérée. « Même ceux qui ont un bon niveau se retrouvent en difficulté, et je les comprends… Quatre heures de suite en visio, ce n’est pas tenable », remarque Nelly Ferreira, de l’université de Cergy.

    La fac hors les murs met aussi en péril la dynamique collective qui entoure le « métier » d’étudiant. « Etudier, ce n’est pas seulement s’asseoir et accueillir des connaissances, mais c’est aussi toute une socialisation, fondamentale dans l’engagement académique », observe Pierre Mathiot. Si bien que, après des mois passés devant un ordinateur, excepté une parenthèse de quelques semaines à la rentrée 2020, la période d’examens a laissé apparaître des étudiants « perdus ». « Ils ne parviennent plus à s’organiser, ont une perte de repères et de notion du temps », s’inquiète Eric Gayer, de l’Université de Paris.

    #Ecole_sans_école #Confinement #Apprentissage #Education

  • Jean-Michel Blanquer : « Les avantages à laisser les écoles ouvertes sont largement supérieurs aux inconvénients »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/03/09/jean-michel-blanquer-en-cp-le-retour-a-l-ecole-a-permis-globalement-d-efface

    Sur le plan strictement scolaire, mesure-t-on les effets du confinement ?

    Les dispositifs d’évaluation mis en place depuis 2017 nous ont été pour cela très précieux. Ainsi, pour nos 800 000 élèves de CP, les tests qu’ils ont passés, en septembre, montraient une régression inévitable du fait du confinement. Ces mêmes écoliers ont de nouveau été évalués en janvier, et leurs résultats sont en net progrès. En mathématiques comme en français, le retour à l’école a, globalement, permis d’effacer le recul lié à la période du confinement.
    Ce constat vaut-il aussi pour les élèves défavorisés ?

    Le rattrapage n’est pas aussi homogène qu’on le voudrait, notamment pour les élèves relevant de l’éducation prioritaire renforcée [REP +]. Les progrès de ces derniers, en français comme en mathématiques, sont moins importants que ceux de tous les autres élèves. Les écarts de réussite en français ont même pu s’accentuer – ce qui n’est pas le cas en mathématiques. Cela ne veut pas dire que ces écoliers ont régressé : c’est l’amélioration de la réussite de tous les autres qui a creusé l’écart.
    Qu’en est-il des « décrocheurs » ?

    C’est une autre bonne nouvelle, assez contre-intuitive : nous n’avons pas vu augmenter leur nombre en 2020. Dans les lycées professionnels où se concentre souvent le décrochage, on a vu revenir les élèves beaucoup plus nombreux en septembre. Etre privé d’école a conduit à un regain d’attachement à l’école. Voilà une autre donnée à mettre au crédit des professeurs, qui ont fait un travail exceptionnel durant toute la période.
    Vous leur rendez hommage. N’est-il pas temps de tous les revaloriser ?

    Cette revalorisation, nous y travaillions dès avant la crise sanitaire. Ce travail arrive à maturité : le Grenelle de l’éducation va s’achever en mars. Les premières augmentations ont eu lieu, avec la prime informatique versée, fin février, à tous les professeurs, ou encore la prime de 450 euros annuels pour les directeurs d’école. Les plus jeunes vont aussi percevoir, pour certains, jusqu’à 100 euros par mois supplémentaires à partir de mai. Le mouvement se poursuivra, nous y travaillons avec le premier ministre. Les plus jeunes bénéficieront davantage de cet effort. Nous avançons dans les discussions pour 2022 avec les syndic

    #Ecole_sans_école #La_brosse_avant_le_bâton

  • Covid-19 : l’année particulière des écoliers européens
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/03/covid-19-l-annee-particuliere-des-ecoliers-europeens_6071762_3244.html

    Un survol européen des fermetures d’écoles

    « Les écoles seront la dernière chose que nous fermerons et la première que nous ouvrirons », promettait la ministre suédoise de l’éducation, Anna Ekström, lors d’une conférence de presse, le 24 février. Depuis un an, tous les Etats européens sont confrontés au même dilemme, contraints de mettre en balance la sécurité sanitaire des populations et les dommages pédagogiques et psychosociaux engendrés par la fermeture des écoles.

    A l’échelle mondiale, l’Europe fait pourtant figure de bonne élève : selon l’Unesco, la durée moyenne de fermeture totale des écoles n’a pas dépassé dix semaines sur le continent, alors qu’elle est de trente-huit semaines aux Etats-Unis et de vingt-deux semaines en moyenne dans le monde. Mais les réponses des Européens à cette question n’en restent pas moins divergentes, reflétant la place de l’école dans les sociétés et la structuration des systèmes scolaires et familiaux.

    Le traitement réservé aux écoles est d’abord affaire d’histoire et de symboles : en France, le ministère de l’éducation nationale s’est longtemps félicité d’avoir eu l’un des confinements scolaires les plus courts d’Europe, du 16 mars au 11 mai 2020. « L’éducation nationale, comme son nom l’indique, repose sur un principe philosophique qui veut qu’on ne laisse aucun enfant sur le bord de la route », défend un cadre du ministère. Une conception « morale » de l’« institution républicaine » historiquement très ancrée, qui a certainement joué son rôle.

    #Ecole_sans_école

  • La place du numérique à l’école relève de la place de l’école dans la société – Framablog
    https://framablog.org/2020/10/21/la-place-du-numerique-a-lecole-releve-de-la-place-de-lecole-dans-la-socie

    Début septembre, nous avons été contacté par Hervé Le Crosnier, éditeur de (l’excellente) maison d’édition C&F éditions. Il demandait si nous accepterions d’écrire un court texte sur la façon dont Framasoft avait vécu ses interactions avec le milieu éducatif pendant ce moment très particulier qu’était le confinement (entre le 17 mars et le 11 mai 2020). Ce texte servirait à alimenter l’ouvrage « L’École sans école : ce que le confinement nous apprend sur l’école » à paraître en décembre 2020 chez C&F éditions.

    Nous avons déjà énormément écrit et partagé pendant le confinement. Nos quatorze « carnets de bord du confinement » représentaient déjà pas loin de 200 pages (indispensables mèmes inclus). Cependant, il est vrai que nous n’avions évoqué qu’en pointillé nos rapports avec l’école pendant ces deux mois. Quasiment quatre ans jour pour jour après notre « billet de sécession« , et à quelques jours de la tenue des États Généraux du Numérique Éducatif, il nous a paru important de prendre un peu de recul et de documenter cette période là, et de mettre à jour notre positionnement.

    C’est Pierre-Yves Gosset, co-directeur de l’association, qui s’est chargé de la rédaction du texte qui suit. Réputé pour ses bilans trimestriels de quarante pages, il aura transformé ce qui devait être un « court texte » en un document d’une quinzaine de pages (et encore, il s’est retenu, paraît-il). La raison en est assez simple : pour comprendre les décisions et actions de Framasoft pendant le confinement, il faut non seulement avoir un contexte des relations entre l’association et « l’institution Éducation Nationale » depuis près de vingt ans, mais aussi avoir la possibilité de déployer une pensée qui s’écarte du simple solutionnisme technologique.

    La période de confinement aura été, pour Framasoft, comme pour une large partie de l’humanité, une période marquante. Pour nombre d’élèves, elle aura été une période traumatisante. Avant de parler de « continuité pédagogique » ou de « numérique éducatif », qui sont évidemment des sujets importants, il nous semblait important de donner un éclairage certes partiel, mais donnant à la fois une dimension historique et une dimension prospective. Les outils ne sont pas que des outils, comme l’écrivait Stph, un autre membre de Framasoft, dans son billet « Connaître les machines ». L’éducation aux médias et à l’information (EMI), le développement de la littératie numérique sont les véritables enjeux du numérique à l’école. Et la place de l’école – avec ou sans murs – est le véritable enjeu de notre société.
    La place du numérique à l’école est à l’image de la place de l’école dans la société.

    #C&F_éditions #Framasoft #Ecole_sans_ecole #Pierre_Yves_Gosset

  • Cours en visio : comme un prof de philo enfermé dans sa caverne - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2020/07/14/cours-en-visio-comme-un-prof-de-philo-enferme-dans-sa-caverne_1794238

    Mais voilà que cet espace de circulation de la parole qui se veut à la fois libre et encadrée (une gageure !), cet espace de perception réciproque, cet espace où le corps de l’enseignant joint son propos à l’image de son tableau, cet espace, avec le confinement, disparaît brutalement. Qu’à cela ne tienne, on lui demande de continuer les cours en « visio ». Ce nom est mal venu. Très rapidement il s’agit de désactiver les caméras car sinon les plateformes saturent. Que reste-t-il ? La voix du professeur, ne trouvant pas forcément d’écho. « Allô allô vous m’entendez ? » dit-il à 35 personnes ou plutôt « contacts », comme un marin perdu en haute mer. Un cours en « visio » peut rapidement se transformer en monologue, les élèves ayant tout le loisir de suivre ou non le cours considéré comme le bruit de fond d’une radio au volume le plus bas. Ils ne voient pas non plus les autres travailler, perdant aussi une motivation et un encouragement général comme on peut l’éprouver dans une bibliothèque.

    Les jeunes répondent souvent par « chat », mais par peur de « s’afficher » comme ils disent, ils préfèrent s’abstenir, espérant se faire oublier derrière cet écran anonyme. Quel recours a le professeur ? Les interpeller individuellement toutes les cinq minutes pour vérifier qu’ils l’écoutent tous religieusement en silence ? Commode avec des classes à 35 ! De toute façon, un flagrant délit d’inattention a une excuse toute trouvée : « Un problème de connexion ». En effet.

    Mais un « mode d’enseignement » en « visio » ne serait-il pas une sorte de panoptique inversé ? La surveillance minimale qu’un enseignant se doit d’avoir sur son élève n’existe plus : est-il présent ? attentif ? prend-il des notes ? prend-il une douche ? joue-t-il aux cartes ? aux jeux vidéo ? fait-il un concours de selfies à côté de la tête de son prof sur l’écran avec les autres élèves de la classe ?

    Finalement, la seule personne à être sous contrôle (des élèves, des parents d’élèves, de sa direction…), c’est l’enseignant. Il est cerné de toutes parts comme si les prisonniers d’un panoptique braquaient sur lui des lampes torches, il n’y voit plus rien mais tout le monde le voit. On a forcé le philosophe à entrer dans une caverne. Son espace de travail n’est pas seulement rétréci, il disparaît.

    Avec ce substitut technique, on a pu faire face heureusement à l’urgence de continuer la transmission, de finir les programmes et d’empêcher les adolescents de sombrer dans un avachissement général. Mais l’enseignement n’est pas une option entre deux techniques équivalentes, « présentiel » en semaine A, « distanciel » en semaine B. Ce qui se présentait comme une aide précieuse mais exceptionnelle pourrait bien se transformer en une destruction profonde du métier d’enseignant si on veut le pérenniser.

    #Education #Visioconférence #Ecole_sans_école