• Dans les universités, la « baisse de niveau » se voit de plus en plus
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2021/03/16/lacunes-copies-bancales-dans-les-universites-la-baisse-de-niveau-se-voit-de-

    Alors qu’on craignait un décrochage massif, les résultats des examens de premier semestre, encore parcellaires, indiquent que celui-ci n’a finalement pas eu lieu. Globalement, les étudiants ont répondu présent. Le taux de présence serait ainsi de « seulement 3 points en dessous » de celui de l’année précédente, selon la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal. Mais côté réussite, si les résultats connus à ce stade ont tendance à se maintenir dans la plupart des établissements − appelés à la clémence −, certains enseignants pointent une forme de déperdition des acquis académiques.

    « Une problématique de niveau va se poser », abonde Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille, où les taux de réussite ont été similaires aux autres années… mais avec des sujets qui ont été « adaptés », et des consignes de mansuétude passées aux enseignants. « Ce serait se raconter des histoires que de croire qu’autant de mois à distance n’ont eu aucun effet sur les apprentissages, fait-il valoir. Les conditions d’acquisition de connaissances et de compétences ont été dégradées, y compris quand le distanciel est robuste et de qualité. On sent les élèves moins à l’aise dans leurs savoirs, avec des exposés moins solides, des références plus incertaines. »

    La crise sanitaire a jeté une lumière crue sur les failles de l’enseignement tout distanciel, où l’attention se fait volatile et la transmission altérée. « Même ceux qui ont un bon niveau se retrouvent en difficulté, et je les comprends… Quatre heures de suite en visio, ce n’est pas tenable », remarque Nelly Ferreira, de l’université de Cergy.

    La fac hors les murs met aussi en péril la dynamique collective qui entoure le « métier » d’étudiant. « Etudier, ce n’est pas seulement s’asseoir et accueillir des connaissances, mais c’est aussi toute une socialisation, fondamentale dans l’engagement académique », observe Pierre Mathiot. Si bien que, après des mois passés devant un ordinateur, excepté une parenthèse de quelques semaines à la rentrée 2020, la période d’examens a laissé apparaître des étudiants « perdus ». « Ils ne parviennent plus à s’organiser, ont une perte de repères et de notion du temps », s’inquiète Eric Gayer, de l’Université de Paris.

    #Ecole_sans_école #Confinement #Apprentissage #Education

  • Jean-Michel Blanquer : « Les avantages à laisser les écoles ouvertes sont largement supérieurs aux inconvénients »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/03/09/jean-michel-blanquer-en-cp-le-retour-a-l-ecole-a-permis-globalement-d-efface

    Sur le plan strictement scolaire, mesure-t-on les effets du confinement ?

    Les dispositifs d’évaluation mis en place depuis 2017 nous ont été pour cela très précieux. Ainsi, pour nos 800 000 élèves de CP, les tests qu’ils ont passés, en septembre, montraient une régression inévitable du fait du confinement. Ces mêmes écoliers ont de nouveau été évalués en janvier, et leurs résultats sont en net progrès. En mathématiques comme en français, le retour à l’école a, globalement, permis d’effacer le recul lié à la période du confinement.
    Ce constat vaut-il aussi pour les élèves défavorisés ?

    Le rattrapage n’est pas aussi homogène qu’on le voudrait, notamment pour les élèves relevant de l’éducation prioritaire renforcée [REP +]. Les progrès de ces derniers, en français comme en mathématiques, sont moins importants que ceux de tous les autres élèves. Les écarts de réussite en français ont même pu s’accentuer – ce qui n’est pas le cas en mathématiques. Cela ne veut pas dire que ces écoliers ont régressé : c’est l’amélioration de la réussite de tous les autres qui a creusé l’écart.
    Qu’en est-il des « décrocheurs » ?

    C’est une autre bonne nouvelle, assez contre-intuitive : nous n’avons pas vu augmenter leur nombre en 2020. Dans les lycées professionnels où se concentre souvent le décrochage, on a vu revenir les élèves beaucoup plus nombreux en septembre. Etre privé d’école a conduit à un regain d’attachement à l’école. Voilà une autre donnée à mettre au crédit des professeurs, qui ont fait un travail exceptionnel durant toute la période.
    Vous leur rendez hommage. N’est-il pas temps de tous les revaloriser ?

    Cette revalorisation, nous y travaillions dès avant la crise sanitaire. Ce travail arrive à maturité : le Grenelle de l’éducation va s’achever en mars. Les premières augmentations ont eu lieu, avec la prime informatique versée, fin février, à tous les professeurs, ou encore la prime de 450 euros annuels pour les directeurs d’école. Les plus jeunes vont aussi percevoir, pour certains, jusqu’à 100 euros par mois supplémentaires à partir de mai. Le mouvement se poursuivra, nous y travaillons avec le premier ministre. Les plus jeunes bénéficieront davantage de cet effort. Nous avançons dans les discussions pour 2022 avec les syndic

    #Ecole_sans_école #La_brosse_avant_le_bâton

  • Covid-19 : l’année particulière des écoliers européens
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/03/covid-19-l-annee-particuliere-des-ecoliers-europeens_6071762_3244.html

    Un survol européen des fermetures d’écoles

    « Les écoles seront la dernière chose que nous fermerons et la première que nous ouvrirons », promettait la ministre suédoise de l’éducation, Anna Ekström, lors d’une conférence de presse, le 24 février. Depuis un an, tous les Etats européens sont confrontés au même dilemme, contraints de mettre en balance la sécurité sanitaire des populations et les dommages pédagogiques et psychosociaux engendrés par la fermeture des écoles.

    A l’échelle mondiale, l’Europe fait pourtant figure de bonne élève : selon l’Unesco, la durée moyenne de fermeture totale des écoles n’a pas dépassé dix semaines sur le continent, alors qu’elle est de trente-huit semaines aux Etats-Unis et de vingt-deux semaines en moyenne dans le monde. Mais les réponses des Européens à cette question n’en restent pas moins divergentes, reflétant la place de l’école dans les sociétés et la structuration des systèmes scolaires et familiaux.

    Le traitement réservé aux écoles est d’abord affaire d’histoire et de symboles : en France, le ministère de l’éducation nationale s’est longtemps félicité d’avoir eu l’un des confinements scolaires les plus courts d’Europe, du 16 mars au 11 mai 2020. « L’éducation nationale, comme son nom l’indique, repose sur un principe philosophique qui veut qu’on ne laisse aucun enfant sur le bord de la route », défend un cadre du ministère. Une conception « morale » de l’« institution républicaine » historiquement très ancrée, qui a certainement joué son rôle.

    #Ecole_sans_école

  • La place du numérique à l’école relève de la place de l’école dans la société – Framablog
    https://framablog.org/2020/10/21/la-place-du-numerique-a-lecole-releve-de-la-place-de-lecole-dans-la-socie

    Début septembre, nous avons été contacté par Hervé Le Crosnier, éditeur de (l’excellente) maison d’édition C&F éditions. Il demandait si nous accepterions d’écrire un court texte sur la façon dont Framasoft avait vécu ses interactions avec le milieu éducatif pendant ce moment très particulier qu’était le confinement (entre le 17 mars et le 11 mai 2020). Ce texte servirait à alimenter l’ouvrage « L’École sans école : ce que le confinement nous apprend sur l’école » à paraître en décembre 2020 chez C&F éditions.

    Nous avons déjà énormément écrit et partagé pendant le confinement. Nos quatorze « carnets de bord du confinement » représentaient déjà pas loin de 200 pages (indispensables mèmes inclus). Cependant, il est vrai que nous n’avions évoqué qu’en pointillé nos rapports avec l’école pendant ces deux mois. Quasiment quatre ans jour pour jour après notre « billet de sécession« , et à quelques jours de la tenue des États Généraux du Numérique Éducatif, il nous a paru important de prendre un peu de recul et de documenter cette période là, et de mettre à jour notre positionnement.

    C’est Pierre-Yves Gosset, co-directeur de l’association, qui s’est chargé de la rédaction du texte qui suit. Réputé pour ses bilans trimestriels de quarante pages, il aura transformé ce qui devait être un « court texte » en un document d’une quinzaine de pages (et encore, il s’est retenu, paraît-il). La raison en est assez simple : pour comprendre les décisions et actions de Framasoft pendant le confinement, il faut non seulement avoir un contexte des relations entre l’association et « l’institution Éducation Nationale » depuis près de vingt ans, mais aussi avoir la possibilité de déployer une pensée qui s’écarte du simple solutionnisme technologique.

    La période de confinement aura été, pour Framasoft, comme pour une large partie de l’humanité, une période marquante. Pour nombre d’élèves, elle aura été une période traumatisante. Avant de parler de « continuité pédagogique » ou de « numérique éducatif », qui sont évidemment des sujets importants, il nous semblait important de donner un éclairage certes partiel, mais donnant à la fois une dimension historique et une dimension prospective. Les outils ne sont pas que des outils, comme l’écrivait Stph, un autre membre de Framasoft, dans son billet « Connaître les machines ». L’éducation aux médias et à l’information (EMI), le développement de la littératie numérique sont les véritables enjeux du numérique à l’école. Et la place de l’école – avec ou sans murs – est le véritable enjeu de notre société.
    La place du numérique à l’école est à l’image de la place de l’école dans la société.

    #C&F_éditions #Framasoft #Ecole_sans_ecole #Pierre_Yves_Gosset

  • Cours en visio : comme un prof de philo enfermé dans sa caverne - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2020/07/14/cours-en-visio-comme-un-prof-de-philo-enferme-dans-sa-caverne_1794238

    Mais voilà que cet espace de circulation de la parole qui se veut à la fois libre et encadrée (une gageure !), cet espace de perception réciproque, cet espace où le corps de l’enseignant joint son propos à l’image de son tableau, cet espace, avec le confinement, disparaît brutalement. Qu’à cela ne tienne, on lui demande de continuer les cours en « visio ». Ce nom est mal venu. Très rapidement il s’agit de désactiver les caméras car sinon les plateformes saturent. Que reste-t-il ? La voix du professeur, ne trouvant pas forcément d’écho. « Allô allô vous m’entendez ? » dit-il à 35 personnes ou plutôt « contacts », comme un marin perdu en haute mer. Un cours en « visio » peut rapidement se transformer en monologue, les élèves ayant tout le loisir de suivre ou non le cours considéré comme le bruit de fond d’une radio au volume le plus bas. Ils ne voient pas non plus les autres travailler, perdant aussi une motivation et un encouragement général comme on peut l’éprouver dans une bibliothèque.

    Les jeunes répondent souvent par « chat », mais par peur de « s’afficher » comme ils disent, ils préfèrent s’abstenir, espérant se faire oublier derrière cet écran anonyme. Quel recours a le professeur ? Les interpeller individuellement toutes les cinq minutes pour vérifier qu’ils l’écoutent tous religieusement en silence ? Commode avec des classes à 35 ! De toute façon, un flagrant délit d’inattention a une excuse toute trouvée : « Un problème de connexion ». En effet.

    Mais un « mode d’enseignement » en « visio » ne serait-il pas une sorte de panoptique inversé ? La surveillance minimale qu’un enseignant se doit d’avoir sur son élève n’existe plus : est-il présent ? attentif ? prend-il des notes ? prend-il une douche ? joue-t-il aux cartes ? aux jeux vidéo ? fait-il un concours de selfies à côté de la tête de son prof sur l’écran avec les autres élèves de la classe ?

    Finalement, la seule personne à être sous contrôle (des élèves, des parents d’élèves, de sa direction…), c’est l’enseignant. Il est cerné de toutes parts comme si les prisonniers d’un panoptique braquaient sur lui des lampes torches, il n’y voit plus rien mais tout le monde le voit. On a forcé le philosophe à entrer dans une caverne. Son espace de travail n’est pas seulement rétréci, il disparaît.

    Avec ce substitut technique, on a pu faire face heureusement à l’urgence de continuer la transmission, de finir les programmes et d’empêcher les adolescents de sombrer dans un avachissement général. Mais l’enseignement n’est pas une option entre deux techniques équivalentes, « présentiel » en semaine A, « distanciel » en semaine B. Ce qui se présentait comme une aide précieuse mais exceptionnelle pourrait bien se transformer en une destruction profonde du métier d’enseignant si on veut le pérenniser.

    #Education #Visioconférence #Ecole_sans_école