• Immigration : pourquoi le débat est‑il si peu objectif ?

    Alors que les institutions et les chercheurs multiplient la publication de #données pour rétablir la vérité factuelle, pourquoi, en matière d’#immigration, le débat démocratique est-il si peu objectif ?

    Dès qu’il s’agit d’immigration, ce sont toujours les mêmes #clichés qui reviennent : les migrants refusent de s’intégrer ; ils volent les emplois des nationaux ; ils islamisent l’Europe et « grand-remplacent » ses habitants ; ils profitent de l’« Europe passoire » pour abuser de la protection sociale ; ils feraient mieux de rester chez eux et de développer leur pays – et ainsi de suite.

    Ces #préjugés sont aussi anciens que l’immigration. Au XIXᵉ siècle, Marx et Engels débattaient déjà des effets préjudiciables de l’immigration irlandaise sur la classe ouvrière anglaise et, malgré une réalité sensiblement plus nuancée, la crainte que le travailleur étranger ne pénalise le « natif » reste ancrée dans le débat public. En France, les #stéréotypes actuels sur les immigrés d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb ressemblent beaucoup à ceux que subissaient les Italiens ou les Polonais il y a un siècle.

    Aujourd’hui comme hier, ces #idées_reçues ont des conséquences bien réelles. Elles renforcent le #rejet des immigrés et empêchent de tirer profit de leur apport économique ou démographique. En biaisant le #débat_démocratique, elles alimentent une demande pour des politiques restrictives, mais inefficaces, car en #décalage avec la réalité qu’elles prétendent gouverner.

    À titre d’exemple, malgré la nouvelle loi française sur l’immigration de janvier 2024 (« loi Darmanin »), malgré le pacte européen sur la migration et l’asile de 2024, malgré plusieurs mesures prises par le gouvernement britannique, et malgré un nouvel accord franco-britannique en été 2025, les traversées de la Manche ont atteint le chiffre de 41 000 en 2025, au plus haut depuis 2022.

    Une multiplication des efforts

    La lutte contre ces préjugés est donc une priorité pour un vaste éventail d’acteurs. Au niveau des pouvoirs publics, c’est le cas de l’Union européenne, qui s’alarme des fake news, des théories conspirationnistes, et de leurs effets sur l’adhésion au projet européen. En France, le ministère de l’Europe et des affaires étrangères s’est employé à combattre les rumeurs concernant, par exemple, son soutien au Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées ou régulières (ou « Pacte de Marrakech »). En 2024, c’est le premier ministre espagnol Pedro Sanchez qui invalidait les idées fausses (bulos) sur le sujet devant le Parlement.

    Au niveau international, le Forum d’examen des migrations internationales qui s’est tenu à l’ONU, en mai 2026, a été l’occasion pour le secrétaire général Antonio Guterres de dénoncer la désinformation sur l’immigration. Des agences comme le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) ou l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) conduisent des programmes de lutte contre les stéréotypes qui affectent les migrants et les réfugiés. Une des stratégies de ces agences est de fournir des données sur le sujet, comme en atteste la création par l’OIM du Global Migration Data Analysis Centre en 2015. L’Union européenne a publié en 2025 un « Atlas of migration », partageant cet objectif de mettre à disposition les chiffres à même de combattre les fake news.

    Plusieurs ONG et associations de premier plan (parmi lesquelles Oxfam, le Syndicat de la magistrature, Emmaüs solidarité, Médecins du monde ou Médecins sans frontières) se sont réunies autour de la chercheuse en droit des étrangers Sophie-Anne Bisiaux pour publier, en 2025, En finir avec les idées fausses sur les migrations, un ouvrage qui réfute de façon systématique un vaste éventail de préjugés. Un inventaire récent a identifié plus de 200 publications visant le même objectif depuis 1990, dont 46 en français : pour les spécialistes de l’immigration, la lutte contre les idées reçues est donc un travail à plein temps.

    Une tâche sisyphéenne ?

    Pour vulgariser les résultats de la recherche scientifique, les chercheurs font pourtant face à des obstacles importants.

    La réfutation d’une idée reçue demande sensiblement plus de temps et d’énergie que sa production : c’est la « #loi_de_Brandolini », en vertu de laquelle ceux qui débitent des inepties ont toujours un temps d’avance sur ceux qui les corrigent.

    Un second obstacle tient à la posture de l’expert ou du chercheur. Déconstruire des préjugés peut s’avérer compliqué à mettre en œuvre lorsque les « sachants » sont soupçonnés de vouloir imposer leurs vues. À l’instar du « #grand_remplacement », nombre de préjugés anti-immigration et de théories conspirationnistes sont imprégnés d’une hostilité à l’égard des élites, accusées d’être déconnectées de la réalité, voire d’agir sciemment contre les intérêts du peuple.

    Les acteurs qui se positionnent contre les idées reçues se placent enfin dans une posture défensive, qui confère paradoxalement une visibilité accrue aux préjugés. On parle d’« #effet_Streisand » pour désigner ce mécanisme par lequel, en voulant combattre la diffusion d’une idée, on contribue à la placer au centre de l’attention, voire même à la légitimer.

    Limites et ambiguïtés des chiffres

    Une stratégie éprouvée pour réfuter les idées reçues est le recours aux données produites par les statistiques publiques.

    Les chiffres indiquent par exemple que, contrairement à une affirmation fréquente, il n’y a pas beaucoup de réfugiés en France. Entre 2014 et 2020, dans le contexte de la guerre en Syrie, la France a reçu 25 000 demandes d’asile en provenance de ce pays, contre 633 000 en Allemagne. Pareil avec la guerre en Ukraine en 2022, suite à laquelle la France a protégé environ 73 000 personnes, sur un total de plus de 4 millions de réfugiés ukrainiens en Europe, et là où l’Allemagne et la Pologne en ont chacun accueilli autour d’un million.

    Quelques incontestables que soient ces données, force est toutefois d’admettre qu’elles n’empêchent pas l’antienne habituelle selon laquelle la France serait excessivement laxiste ou généreuse. Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, tenait en septembre 2025 les propos suivants :

    « Chaque année, 500 000 personnes entrent dans notre pays. Et sur ce demi-million, seulement 50 000 viennent pour travailler. La question est simple : que font les 450 000 autres, et surtout, qui paie ? »

    Il s’agit là d’une accumulation de #contre-vérités.

    En 2024, environ 343 000 premiers titres de séjour ont été délivrés en France (et non 500 000), et le taux d’emploi parmi les immigrés s’élève à environ 63 % (et non 10 %). Mais il peu probable que l’auditoire se scandalise de ces inexactitudes : ce qui compte, c’est le récit qui lui est proposé ainsi que ses valeurs sous-jacentes, fondées sur la distinction entre « eux » et « nous » et sur les difficultés socioéconomiques vécues par une partie de la population française.

    Les chiffres entraînent en outre le débat sur un terrain parfois glissant. Imaginons que la situation s’inverse et que la France accueille plus de Syriens et d’Ukrainiens que l’Allemagne, serait-ce une catastrophe ?

    Les politiques migratoires ne se résument pas aux chiffres. Elles soulèvent des questions fondamentales en termes de #valeurs. Que le nombre de réfugiés en France soit de mille ou d’un million est alors secondaire. Ce qui compte, c’est l’importance accordée à certains principes, comme le droit d’asile, et le type de société que l’on souhaite : plus ou moins ouverte sur le monde, plus ou moins cosmopolite ou solidaire.

    Ce débat-là ne peut se passer des chiffres (ce n’est pas pareil d’accueillir un millier ou un million de réfugiés), mais les interrogations qu’il pose vont bien au-delà des querelles statistiques.

    Un débat polarisé

    Une dernière difficulté soulevée par la lutte contre les idées reçues est que la méthode peut s’inverser. C’est le cas avec un livre récent du directeur d’un think tank nommé « Observatoire de l’immigration et de la démographie », Nicolas Pouvreau-Monti, très commenté depuis sa parution dans les médias marqués à droite. Intitulé Immigration, mythes et réalités, il confronte les idées reçues à l’analyse, à ceci près que ce sont cette fois les « mythes » qui seraient favorables à l’immigration, tandis que l’analyse de la « réalité » inviterait à lutter encore davantage contre l’immigration.

    La démarche n’est pas très crédible.

    D’une part, et malgré une réalité souvent complexe, l’hostilité à l’égard de l’immigration est bien présente dans la société française et une trentaine de lois ont été adoptées depuis 1980, toutes plus restrictives les unes que les autres : il est donc incorrect de dire que les idées reçues dominantes en France sont excessivement bienveillantes à l’égard de l’immigration.

    D’autre part, la « réalité » décrite par ce livre ne fait pas l’objet d’une analyse scientifique rigoureuse, car l’objectif est moins de comprendre les dynamiques migratoires que d’élaborer un programme radical en vue des élections de 2027 en France, clairement aligné sur les positions de l’extrême droite.

    En janvier 2025, cet institut disait par exemple craindre l’afflux de 580 millions de réfugiés en France, ce qui multiplierait par cinq le nombre total de personnes déplacées dans le monde (117 millions selon le HCR), et par huit la population du pays… Mais un tel scénario suppose que non seulement l’ensemble des personnes affectées par les conflits quittent leur pays, mais aussi qu’elles décident toutes de venir en France. Ces deux conditions sont aussi irréalistes l’une que l’autre, et un tel pronostic ne vise donc qu’à électriser le débat et à appeler au démantèlement du droit d’asile.

    Cette lutte inversée contre les idées reçues n’en est pas moins symptomatique d’une forte #polarisation, qui voit chaque camp délégitimer la position de son adversaire en la traitant d’idée reçue – avec le risque de ne parler qu’à ses propres coreligionnaires, et au détriment de la qualité démocratique, mais aussi de la prospérité du pays et des droits des migrants et des réfugiés.

    https://theconversation.com/immigration-pourquoi-le-debat-est-il-si-peu-objectif-282212
    #objectivité #chiffres #statistiques #dissuasion #inefficacité #migrations
    ping @karine4 @reka

  • Les rappeurs sortent le drapeau français pour mettre les fachos K.O. – Musique Journal
    https://musique-journal.fr/2026/06/22/les-rappeurs-sortent-le-drapeau-francais-pour-mettre-les-fachos-k-o


    https://seenthis.net/messages/1175763

    Il y a les journées banales et les journées où Jordan #Bardella décide de rendre un #rappeur célèbre en portant plainte contre lui. Le 26 mai dernier appartient à la seconde catégorie. En cause : le clip du morceau « Un Facho K.O » du rappeur Soli, jusqu’ici relativement inconnu, où des acteurs portant des masques de Jordan Bardella, Marine Le Pen et Éric #Zemmour se font marrave par Soli et ses copains. La mise en scène est intéressante : au départ, les deux camps se toisent et s’invectivent à distance sur un terre-plein bétonné de ville périphérique comme il y en a des milliers en #France, avant de se jeter l’un sur l’autre dans une séquence au ralenti digne d’un shonen de bagarre. Le pseudo-Zemmour finit scotché au chatterton à un poteau et le pseudo-Bardella se prend un « pénalty » (un coup de pied dans la tête, alors qu’il est allongé au sol) – ce moment est d’ailleurs filmé sur le point de pénalty d’un terrain de foot, pour que personne ne loupe le sens caché.

    Le clip fait le tour d’internet, le blanc-bec du #RN s’égosille. Pour lui, ce clip est une menace de mort, une continuité du climat de « violence politique ». Cela motive donc des poursuites judiciaires, mais déjà l’effet Streisand se met en route et Soli, rappeur dont le précédent morceau plafonnait à quelques milliers d’écoutes, devient en quelques heures le rappeur dont tout le monde parle. Même les médias mainstream, dont certains s’offusquent de la violence représentée à l’image. Dans une brève qui relate cet épisode, Libération rappelle qu’un penalty, c’est le sort qui a été réservé à Quentin Deranque, le nazillon mort à Lyon. À la télé, BFM TV et Pascal Praud reprennent en chœur les éléments de langage de Bardella et ses laquais. Il faut moins d’une matinée pour que les médias bollorisés tombent d’accord pour dire que Soli n’a pas de talent, n’est pas un artiste et mérite de ressentir la puissance de l’arsenal juridique français. À titre personnel, je trouve au contraire que Soli n’aurait pas pu mieux faire. Son titre arrive pile au bon moment, associe astucieusement symboles et positions politiques claires, opte pour un ton radical et teinté d’humour, tout en utilisant les bons éléments sonores pour en faire un succès. Je m’explique.

    #effet_streisand

  • Tout travail journalistique censuré mérite d’être mis en lumière :
    https://disclose.ngo/fr/article/video-sirli-la-france-complice-de-crimes-detat-en-egypte

    Sirli, la France complice de crimes d’État en Égypte

    Depuis 2016, la direction du renseignement militaire mène une opération secrète dans le désert occidental égyptien, au service de la dictature du maréchal Al-Sissi. Révélations.

    Les documents « confidentiel-défense » obtenu par Disclose révèlent l’existence d’une opération militaire secrète, la mission Sirli, utilisée par la dictature égyptienne pour bombarder des civils. Malgré de nombreuses alertes, ni François Hollande ni Emmanuel Macron n’ont mis fin à l’opération.

    #Effet_Streisand #Disclose #Ariane_Lavrilleux #DGSE

  • La journaliste Ariane Lavrilleux en garde à vue : les soutiens se multiplient
    https://www.youtube.com/watch?v=U8ThafV3jWc

    « Journaliste arrêtée : démocratie en danger » : une centaine de personnes se sont rassemblées mercredi à Paris en soutien à Ariane Lavrilleux, placée en garde à vue depuis mardi après avoir notamment révélé fin 2021 un possible détournement par l’Egypte d’une opération de renseignement française.

    « Ca fait 37 heures qu’elle est en garde à vue, 37 heures c’est énorme », a déclaré Magali Serre, présidente de Disclose, le média qui avait publié son article. « Il y a une volonté de découvrir sa source et de nuire à la liberté de la presse et la liberté d’informer », a-t-elle poursuivi lors du rassemblement convoqué place de la République par Reporters sans Frontières (RSF), les syndicats de la profession (SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes) et Disclose.

    « C’est surtout un message limpide à l’égard de tous les journalistes français, de (la part de) l’Etat français, qui leur dit : si vous enquêtez sur des secrets d’Etat, vous risquez de terminer comme Ariane Lavrilleux, en garde à vue, à dormir en prison, à subir des pressions constantes des policiers de la DGSI. »

    Disclose avait affirmé dans un article publié en novembre 2021 que la mission de renseignement française « Sirli », entamée en février 2016 au profit de l’Egypte au nom de la lutte antiterroriste, avait été détournée par l’Etat égyptien qui se servait des informations collectées pour effectuer des frappes aériennes sur des véhicules de contrebandiers présumés, à la frontière égypto-libyenne. A la suite de cette publication, le ministère français des Armées avait porté plainte pour « violation du secret de la Défense nationale ».

    Disclose a précisé mercredi, sur X, que selon ses informations, « les enquêteurs de la DGSI reprochent à [la] journaliste d’avoir signé 5 articles sur les ventes d’armes françaises à l’étranger, publiés dans le média depuis 2019 ».

    A la fois média d’information et ONG, le site d’investigation Disclose (divulguer, en français) a été fondé en 2018 par deux journalistes d’investigation. Son financement repose exclusivement sur les dons de lecteurs ou de fondations philanthropiques garantissant son indépendance éditoriale, explique Disclose sur son site, où toutes ses enquêtes sont en libre accès.

  • Après les propos de Darmanin, la Ligue des droits de l’Homme reçoit 30.000 euros de dons en 24 heures - Le Parisien
    https://www.leparisien.fr/politique/apres-les-propos-de-darmanin-la-ligue-des-droits-de-lhomme-recoit-30-000-

    Le ministre de l’Intérieur questionne leur subvention, les dons affluent. La Ligue des droits de l’Homme (#LDH) indique au Parisien ce vendredi avoir reçu en 24 heures 30 000 euros de dons, confirmant une information de nos confrères de Libération. Une somme conséquente, puisque la LDH avait reçu 270 000 euros de dons sur l’ensemble de l’année 2022. En 24 heures, c’est ainsi plus de 10 % des dons annuellement reçus qui ont été récoltés.

    Par ailleurs, 675 personnes ont adhéré « spontanément » à l’association depuis la prise de parole de Gérald Darmanin qui questionnait la légitimité des subventions publiques accordées à la LDH.

    #effet_streisand :)

  • La Fnac retire de la vente un jeu de société sur les « antifas », et ça ne passe pas
    https://www.huffingtonpost.fr/france/article/la-fnac-retire-de-la-vente-un-jeu-de-societe-sur-les-antifas-et-ca-ne

    La Fnac est sous le feu des critiques. En cause, le tollé suscité par la présence d’un jeu de société sur les « antifas » dans son catalogue, puis celui provoqué par son retrait, annoncé dimanche 27 novembre. La chaîne de magasins a effectivement été interpellée durant le weekend par un syndicat de commissaires de police et plusieurs élus et militants d’extrême droite qui exigeaient le retrait de son site d’un jeu de cartes dans lequel il est proposé aux joueurs d’animer un groupe antifasciste fictif.

  • il est temps de noyer tous les poissons encore vivants

    A nos lecteurs, 16h24
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/09/01/reduire-la-colonisation-francaise-en-algerie-a-une-histoire-d-amour-parachev

    Nous avons décidé de retirer de notre site la tribune du politiste Paul Max Morin sur le récent voyage d’Emmanuel #Macron en #Algérie, publiée jeudi 1er septembre. Ce texte reposait sur des extraits de citations qui ne correspondent pas au fond des déclarations du chef de l’Etat. Si elle peut être sujette à diverses interprétations, la phrase « une histoire d’amour qui a sa part de tragique » prononcée par M. Macron lors de la conférence de presse n’évoquait pas spécifiquement la #colonisation, comme cela était écrit dans la tribune, mais les longues relations franco-algériennes. Le Monde présente ses excuses à ses lectrices et lecteurs, ainsi qu’au président de la République.

    @PaulMaxMorin1 11:03 AM · 1 sept. 2022·Twitter Web App
    https://twitter.com/PaulMaxMorin1/status/1565264071913529345

    Je publie aujourd’hui cette tribune dans @lemondefr et en papier « Réduire la colonisation française en Algérie à une histoire d’amour parachève la droitisation d’Emmanuel Macron sur la question mémorielle »

    la bio du gars :

    Docteur @sciencespo @Cevipof Mémoires Guerre d’Algérie Auteur de Sauce Algérienne @spotifyfrance Membre du BN de @SOS_Racisme Adorateur du Sud et de la Pizza

    une #censure inespérée pour SOS-Race

    « Réduire la colonisation française en Algérie à une histoire d’amour parachève la droitisation d’Emmanuel Macron sur la question mémorielle »
    https://francais-fois.com/politique/reduire-la-colonisation-francaise-en-algerie-a-une-histoire-damour-pa

    Emmanuel Macron s’est rendu pour la deuxième fois en Algérie, du 25 au 27 août, en tant que président de la République française, afin de « renforcer la coopération franco-algérienne face aux enjeux régionaux » et de « poursuivre le travail d’apaisement des mémoires ».

    Ne nous y trompons pas. L’enjeu principal de ce voyage fut de négocier l’approvisionnement en #gaz face à la menace de coupures des gazoducs russes. De ces négociations, nous ne saurons rien ou très peu. La question des mémoires, en revanche, a une nouvelle fois servi de vitrine pour simuler des avancements [?? ndc] vers une « réconciliation ». Mais en cinq ans, la colonisation sera passée, dans le verbe présidentiel, d’un « crime contre l’humanité » (2017) à « une histoire d’amour qui a sa part de tragique » (2022).

    Les déclarations de 2017 positionnaient le candidat à la présidentielle en homme neuf, capable d’assumer le passé colonial, renvoyant de fait ses concurrents à leur propre incapacité. L’Algérie devenait la jambe gauche du président du « en même temps ». Depuis, la droitisation du paysage politique français a amené Emmanuel Macron à durcir sa ligne. Ainsi, en octobre 2021, il recyclait l’idée que la France aurait fait l’Algérie, déclarant : « Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française ? Ça, c’est la question. » En janvier 2022, il reconnaissait le massacre « impardonnable pour la République » des victimes de la rue d’Isly [à Alger, en 1962], soutiens de l’Organisation de l’armée secrète.

    Prédation, violence et asservissement

    Qu’elle ait été prononcée spontanément ou non, la réduction de la colonisation à une « histoire d’amour » parachève la droitisation d’Emmanuel Macron sur la question mémorielle. Elle s’inscrit dans la continuité d’une idéologie coloniale qui n’a jamais cessé d’utiliser des euphémismes pour masquer les réalités sociales et politiques. Ces déclarations constituent de plus une rupture majeure avec celles des anciens présidents français en visite en Algérie. En 2007, Nicolas Sarkozy déclarait que « le système colonial était injuste par nature » et qu’il « ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation ». Le 19 décembre 2012, François Hollande reconnaissait devant les parlementaires algériens « les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien ».

    L’annonce de la création d’une nouvelle commission d’historiens, cette fois franco-algériens, est également problématique. Elle laisse entendre que le travail de recherche et de précision sur les faits n’aurait pas été effectué. Fort heureusement, les historiens et les historiennes des deux côtés de la Méditerranée n’ont pas attendu la parole présidentielle pour travailler. De Charles-Robert Ageron à Raphaëlle Branche, en passant bien sûr par Benjamin Stora ou Mohammed Harbi, trois générations d’historiens se sont succédé. En 2014, Abderrahmane Bouchène, Jean-Pierre Peyroulou, Ouanassa Siari Tengour et Sylvie Thénault publiaient Histoire de l’Algérie à la période coloniale, 1830-1962 (La Découverte), un ouvrage collectif regroupant autant de spécialistes français qu’algériens. Ce travail se poursuit dans les nouvelles générations.

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    ce machin semble relever d’un choix fréquent du Monde, émettre un nuage de fumée destiné à démontrer le pluralisme et l’équilibre du journal. on publie une tribune nulle sur une question qui a suscité des avis précis qui sont largement partagés. une minute pour un juif qui s’appellerait Oncle Tom

  • Une BD évoquant Darmanin censurée par les Éditions des Équateurs
    https://actualitte.com/article/100626/edition/une-bd-evoquant-darmanin-censuree-par-les-editions-des-equateurs

    Cas de force majeure, le huitième livre de Remedium, était prêt pour la publication : l’auteur avait même reçu le Bon À Tirer (BAT), le document final, envoyé à l’imprimeur. « C’est juste avant le départ pour l’impression qu’il y a eu ce retard, non expliqué par l’éditeur », nous explique Remedium par téléphone.

    Cherchant à obtenir une explication de ce délai, l’auteur-illustrateur découvre qu’un portrait de Gérald Darmanin, dans Cas de force majeure, pose problème.

    « On me transmet un ensemble de raisons complètement vaseuses avancées par Olivier Frébourg [directeur des Équateurs et éditeur, NdR] : d’abord, que Darmanin a sorti un livre aux éditions de l’Observatoire [Le séparatisme islamiste. Manifeste pour la laïcité, NdR], qui fait partie du groupe Humensis, ce qui serait problématique, puis qu’une autrice publiera aux Équateurs un livre sur le terrorisme à la rentrée, et que sa protection policière pourrait être remise en cause si le ministre est attaqué. »

    « Au final, on m’a indiqué que le récit tombait sous le coup de la diffamation. Or, je me suis basé sur plusieurs articles de presse, je fais usage du conditionnel et je cite même Mediapart pour un élément », précise Remedium, qui n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai en matière d’enquête et de portrait.

    Finalement, Olivier Frébourg a, selon l’auteur, demandé de modifier le récit consacré à Darmanin, « en modifiant pratiquement toutes les cases », à moins de renoncer à publier le livre. Choqué par le procédé, Remedium n’a pourtant pas hésité longtemps, et a choisi de résilier le contrat d’édition, pour récupérer ses droits sur Cas de force majeure.

    #édition #censure

  • Usbek & Rica - Devenu un meme malgré lui, il porte plainte contre France Télévisions
    https://usbeketrica.com/fr/article/devenu-un-meme-malgre-lui-il-porte-plainte-contre-france-televisions

    Comme le rapporte France Bleu Gascogne, Frédéric Dutin, l’avocat de Jean-Marc Dutouya, estime que son client a été « livré en pâture dans des conditions d’irrespect de sa dignité » : « Qui dans cette salle voudrait être filmé en slip  ?, a-t-il notamment demandé devant le tribunal de Dax (…) [Depuis 2015, Jean-Marc Dutouya] a perdu 9 kilogrammes, et a même fait un AVC. » « Très connu dans sa commune, ancien conseiller municipal, tous ses voisins le catégorisent depuis comme “l’homme au slip et à la pelle” », écrit également France Bleu. Sur le site de référence Know Your Meme, le « Slipgate » et son « French Shovel Guy » font d’ailleurs l’objet d’une page dédiée. Celle-ci retrace l’origine du meme, des premiers détournements « façon Star Wars » postés sur Twitter jusqu’aux compilations de reprises publiées par les médias anglo-saxons Gawker, IB Times ou encore BuzzFeed.

  • Elle critique sa banque sur Twitter… et se fait fermer tous ses comptes
    http://www.leparisien.fr/economie/elle-critique-sa-banque-sur-twitter-et-se-fait-fermer-tous-ses-comptes-02

    Dans les Hauts-de-Seine, une libraire s’est vue signifier par la Société générale la fermeture de ses comptes. Elle s’était plainte de la mauvaise qualité de service.

    #SociétéGénérale #Twitter #surveillance #web

  • Emma, du blog à la BD
    https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/emma-du-blog-a-la-bd

    La bloggeuse et autrice de bandes dessinées #Emma connue pour « La #Charge_mentale », s’intéresse aujourd’hui à l’écologie en publiant : « Un autre regard sur le climat » (Massot Editions, mai 2019)

    Emma y parle #femmes #féminisme #capitalocène #gilets_jaunes et appelle à un grand soulèvement populaire

  • Retour sur le procès Nick Conrad

    Puisque cet article, pourtant excellent, donne de l’urticaire à certains (cf https://seenthis.net/messages/769829), je le publie ici aussi ( #effet_Streisand oblige ) et j’y ajouterai en commentaires un extrait du live-tweet de #Sihame_Assbague, dont il est fait mention, ainsi qu’un renvoi vers le taf de #Nick_Conrad et des interviews, vu qu’il a interjeté la condamnation de la Justice en appel et que marquer son soutien pour l’œuvre qu’il réalise peut être une bonne idée par les temps qui courent trop vite. Petite précision quand même : si vous n’avez jamais été confronté à l’inconscience blanche tellement nous sommes formaté-e-s, je vous conseille de commencer par un vieux clip de Nick Conrad pour rencontrer d’abord l’artiste. Le clip « Pendez les blancs » fait très mal, et choque très fort quand on n’a rien déconstruit. Et c’est le but. Et on peut clairement dire qu’il a rempli sa fonction au delà de ses espérances...

    https://lundi.am/Retour-sur-le-proces-Nick-Conrad

    « Pendez l’Agrif »

    Mercredi 9 janvier a eu lieu le procès d’un rappeur de Noisy-le-Grand, Nick Conrad, pour un clip intitulé « PLB » (« Pendez Les Blancs »). L’occasion pour l’#AGRIF (l’Alliance générale contre le Racisme et pour la défense de l’Identité Française et chrétienne) et la LICRA de se retrouver du même côté de la barre à défendre l’idée d’un « #racisme #anti-blanc ». Celui-ci a fait l’objet d’un live-tweet édifiant par Sihame Assbague, revenant notamment sur la dimension idéologique de l’audience.

    L’histoire de la pénalisation politique du #rap est longue. Cependant la question du « racisme anti-blanc », catégorie forgée par le Front National en 1978, n’avait jamais été posée aussi frontalement, malgré les tentatives passées de l’AGRIF. Même lors des procès #Saïdou/#Bouamama pour « Nique la France » - où l’on retrouvait le même avocat de l’AGRIF côté partie civile, ce qui en dit long sur les ravages de l’oisiveté – la jurisprudence avait finalement tranché dans le sens d’une distinction (logique) entre « anti-blancs » et « anti-français ». La circonstance aggravante de #discrimination raciale, prévue par l’article 132-76 a donc été écartée. Or ce procès d’un rappeur, sauf son respect, quasi-inconnu, traduit un enjeu politique qui dépasse le cas particulier. La question est celle de l’imposition du « racisme anti-blanc » non seulement dans le débat public mais aussi dans le droit. Pour rappel, c’est après 2005, à travers d’autres rappeurs, que le député feu-UMP Grosdidier avait suggéré que dans l’article de régulation de la liberté d’expression soit ajouté, aux côtés de discrimination en raison de l’origine, la précision « que le groupe soit majoritaire ou minoritaire ». Il s’agissait de se servir du formalisme du droit – aveugle aux asymétries structurelles de la société – pour renverser complètement l’esprit de la législation, créée justement pour protéger les minorités. La saisie des parties civiles s’inscrit clairement dans cette logique, cette fois avec l’aide de la #LICRA qui depuis plusieurs années reconnaît l’existence du « racisme anti-blanc ».

    • extrait du live-tweet de Sihamane Assbague à retrouver en intégralité ici :
      https://twitter.com/s_assbague/status/1082985427777277953

      Lors de son audition, lue par le juge, #NickConrad a déclaré : « j’ai voulu créer un choc, faire réaliser ce que l’homme noir a subi. Les Noirs ont la mémoire de la violence subie en eux, c’est ce que je voulais montrer. J’ai voulu inverser la situation. Je ne suis pas raciste. »

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      #NickConrad explique que c’est « la vie » qui l’a amené à produire le morceau "Pendez les Blancs ». Il s’est renseigné sur l’Histoire très tôt, a commencé à s’intéresser à l’histoire de l’esclavage, des oppressions & voulait dédier un son à cette « souffrance », en inversant.

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      « L’esclavage, la ségrégation, c’est ancien mais on continue à subir les effets. C’est ma vie qui m’a amené à écrire ça. Comment je suis perçu, je dois faire 2 x plus d’efforts. Je ne suis pas né esclave, je suis né libre mais on nous met sur le dos trop de choses » #NickConrad.

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      « On sait que le rap est + violent, + revendicatif dans sa forme. On n’attend pas d’un clip de rap qu’il soit un article du Monde, ça d’accord. Mais votre clip fait référence aux USA, comment être sûr que ce soit pris comme qq chose de fictionnel ? » demande le juge. #NickConrad

      /.../

      #NickConrad explique qu’il y a plein de choses dans son clip qui pouvait permettre de comprendre que c’est une fiction : les réf. culturelles & historiques, les citations, le style vestimentaire, les sous-titres, le générique, etc. « C’est une inversion. Regarde ce qu’on a vécu. »

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    • Côté Nick Conrad maintenant.
      Promo & monde marchand obligent, ses albums ne sont dispo que sur des supports payants, tel son nouvel album : https://wiseband.lnk.to/Nick-Conrad-REVOLUTION-2-0

      On peut retrouver pas mal de ses clips par là https://www.youtube.com/user/jazzconrad1/videos côté officiel et par là https://www.youtube.com/watch?v=TBnnRtNIaSk&list=PLweGDUnD-Tikrxe31kfaq0yfa1VDoEVG0

      (mais il vaudrait mieux commencer par le milieu)
      Il n’y a, hélas, absolument rien de Nick Conrad sur Peertube :/

      Sur le pseudo « racisme anti-blancs » de Nick Conrad, j’orienterai en priorité vers les clips « 130 cercueils » en hommage aux victimes des attentat du 13 novembre :https://youtu.be/ylNL3ismboU

      et vers ce clip sur sa vision de l’amour (cis) : « The Light » : https://youtu.be/gwT245Q6rYg
      mais en vrai ça me saoule un peu de devoir passer par un justificatif-qui-lave-plus-blanc...

      Concernant le clip « Pendez les blancs », le souci est que le voir seul est absurde, il fait partie d’un album très sombre qu’il a écrit en partie à l’hosto (il est, comme beaucoup, atteint de #drépanocytose, cette maladie-marqueur qu’utilisent les fachos pour trouver des « chiffres » à manipuler dans leur fantasme de #grand-remplacement... Voir d’ailleurs ce qu’il en dit dans un des premiers articles, pas encore trash, sur cette #polémique : https://www.rtl.fr/culture/musique/nick-conrad-drepanocytose-jazz-identite-noire-itineraire-d-un-rappeur-clivant-77

      Je crois que j’ai eut le déclic de la compréhension avec ce clip : « King Bell » :https://youtu.be/WJ08kJPR7fU

      sur lequel, pendant un moment, j’me suis dit « nan mais là ça va trop loin ce truc de on est des rois, je peux pas cautionner un truc qui prône l’ascendance sur les autres » pour découvrir à la fin que c’est un hommage au roi Rudolph Duala Manga Belle, dont il n’y a évidemment aucune trace dans wikipedia, et encore plus évidemment aucune connaissance dans ma culture. On trouve son histoire par ici http://afroculture.net/rudolf-duala-manga-bell-martyr-heros-camerounais (je ne sais pas si le site fonctionne chez tout le monde, il est parasité par la publicité)
      Bref je me suis sentie très conne... comme je l’ai été quand on m’a mis le nez un peu plus fermement dans mes habitudes de « blanche » lors de mon voyage au Mexique...

      Ca a été le déclic pour comprendre à quel point tout l’album est « en même temps » une fiction, puisque Nick Conrad vit AVEC son temps et sa géographie, mais aussi une sorte d’éternel testament, de témoignage de sa lignée de souffrance, une manière de dire aux ancêtres : « je sais d’où je viens et ce qui nous a fait ». Et face à ça, je ne peux que me taire en étant consciente de la chance d’assister à cette « cérémonie » de passation.

    • Le théorème rappologique indique que si ton nom tourne plus vite qu’un joint en soirée, si les machines à café assistent impuissantes à la question fatidique : « T’as vu le Noir qui chante Pendez les Blancs (PLB) ? », alors sortir-vite-un album-tu-dois. Quelques jours après la parution de son opus Révolution 2.0, nous rencontrons le rappeur Nick Conrad, la clope au bec au Jardin d’acclimatation.

      https://next.liberation.fr/musique/2019/04/05/nick-conrad-langue-bien-pendue_1719634

    • Suivi du procès en appel de Nick Conrad par Sihame Assbague :

      Nick Conrad est de nouveau devant la justice pour son clip “Pendez les Blancs”. Il avait fait appel après avoir été condamné par le tribunal de Paris à 5000 € d’amende avec sursis. L’audience devant la Cour d’appel a commencé…et c’est plutôt tendu. Live-tweet à dérouler
      Pour rappel, le rappeur Nick Conrad avait été jugé en janvier 2019 pour son clip “Pendez les blancs”. Il était accusé de “provocation au crime” avec une circonstance aggravante : des propos “racistes” (anti-blancs donc.) Vous pouvez retrouver ici une partie du live-tweet de 2019. https://web.archive.org/web/20210624201258/https://twitter.com/s_assbague/status/1082985427777277953
      L’audience a commencé par la diffusion de 3 vidéos : le clip “Pendez les blancs” de Nick Conrad, un extrait du film “American History X” & un de “Get Out”. Des scènes de ces 2 films ont en effet inspiré une partie du clip du rappeur. Elles ont donc été diffusées pour le contexte.
      Nick Conrad est appelé à la barre. Il explique qu’il a perdu son travail suite à la polémique nationale qui a suivi la diffusion de son clip. Il rappelle que “l’ensemble de l’échiquier politique a fait bloc” contre lui, “pour rien, pour une chanson” & qu’il n’a reçu aucun soutien
      “Je me retrouve devant la justice pour une chanson qu’un petit de CM2 aurait compris” dit Nick Conrad. Il explique qu’il n’est “pas dupe” & que c’est “autre chose qui est en jeu. Ce n’est ni mon procès ni celui de PLB, on veut juste empêcher la critique du racisme institutionnel”
      Nick Conrad rappelle l’Histoire esclavagiste de la France. Il explique que l’un de ses ancêtres a été pendu par des blancs à la veille de la seconde guerre mondiale mais que cette Histoire-là n’est “pas finie”, qu’elle continue de faire “des ravages dans le monde entier”.
      “Je ne comprends pas” dit Nick Conrad “la France a obtenu tout ce qu’elle a par la violence et aussi par le racisme qu’elle a institutionnalisé…mais vous êtes tous choqués par un clip, de simples paroles, une simple inversion fictive. Il n’est pas dans mon clip le vrai sang”.
      Le Président de la Cour s’impatiente. Il demande à Nick Conrad d’adopter un “ton + modéré”, de ne pas “crier”. Le rappeur dit que “de toute façon”, il ne “peut pas respecter cette justice, votre justice. Elle permet des choses terribles. C’est un des rouages du système raciste.”
      Le président demande à Nick Conrad “pourquoi un clip si violent ?”
      Le rappeur explique qu’il a voulu inverser la situation, donner à voir ce que vivent les noirs, qu’il est parti de situations historiques ou existantes.
      Réponse du juge : “mais ça ne concerne pas la France ça.”
      Nick Conrad répond “bien sûr que si ça a à voir avec la France. Avec ce qu’elle a fait & ce qu’elle continue de faire. C’est ce que je vous ai expliqué au début.”
      C’est assez hallucinant. Le président parle comme si le racisme, l’esclavage, etc., étaient étrangers à la France.
      L’un des avocats de Nick Conrad intervient. Débat historique en cours. Il demande au juge : “pourquoi vous dites que l’esclavage n’a rien à voir avec nous ?! Je vous rappelle que le territoire des USA a été colonisé par l’Europe & pas l’inverse. C’est l’Europe qui amène cela.”
      Pour le juge, le racisme dont il est question, le racisme anti-noir donc, est “d’inspiration américaine”.

      Ah.

      L’avocat de Nick Conrad le reprend à nouveau. Le président répond alors que “toutes les sociétés ont été racistes & esclavagistes”, qu’il ne faut pas focaliser.

      Ah.

      Le président reprend ses questions. Il demande à Nick Conrad “pourquoi vous dites votre justice, votre France…vous ne vous sentez pas intégré ?”

      Le rappeur répond “c’est la France qui ne m’intègre pas. C’est elle qui me catalogue et me traite différemment parce que noir.”

      C’est au tour de l’avocate de la LICRA de poser des questions. Oui car, pour rappel, la LICRA & l’AGRIF se sont constituées parties civiles contre Nick Conrad.

      L’avocate demande à Nick Conrad s’il considère que “sale noir” est raciste”.
      “Oui” répond-il.
      “Et sale blanc donc ?”

      Nick Conrad répond qu’il sait où l’avocate veut l’amener mais “ce n’est pas pareil. Il n’y a pas la même histoire, ni en France, ni dans le monde, pour les blancs & pour les noirs. Tout est différent.”

      L’avocate de la LICRA enchaîne “vous connaissez Dieudonné ? Et Kémi Séba ?”

      L’avocate de la LICRA demande à Nick Conrad s’il est d’accord pour dire qu’il y a gens “qui sont un peu - noirs & d’autres un peu + noirs que les autres” et s’il sait “qu’il y a des blancs qui peuvent venir d’Afrique”
      Conrad répond que “quand on est noir, on est noir, c’est tout”

      J’avoue que je ne sais pas trop où elle veut en venir avec ces questions. Visiblement, incompréhension de ce que sont les races sociales & de comment ça fonctionne. Le président demande désormais à Nick Conrad s’il considère les métisses “comme des noirs ou des blancs ?”

      Sur la question des métisses, Nick Conrad répond que ce n’est pas lui qui décide de qui est noir ou pas, mais les processus de racialisation. Il précise que les métisses n’étant pas “tout à fait blancs, ils sont donc traités comme des noirs. C’est ça le sujet.”

      Désolée, on m’a empêchée de live-tweeter le procès aujourd’hui. Assez compliqué du coup. J’ai raté une partie des plaidoiries de l’avocate de la LICRA & de l’avocat de l’AGRIF…mais leurs propos & stratégies d’attaque sont les mêmes qu’en 2019. Cf. ce thread. https://web.archive.org/web/20210624201258/https://twitter.com/s_assbague/status/1083026943975571456

      Et je reprends !

      Durant sa plaidoirie, l’avocat de l’AGRIF a expliqué - entre autres inepties - que les poings levés de Tommie Smith & John Carlos, lors des JO de 1968, étaient des gestes de “suprémacistes noirs”. Comme le morceau de Nick Conrad. Et il a évidemment parlé “racisme anti-blanc”, etc
      https://web.archive.org/web/20210624201259im_/https://pbs.twimg.com/media/E4qYxfPXMAACPU-.jpg

      L’avocate générale a requis une condamnation plus sévère qu’en première instance contre Nick Conrad : 10 000€ d’amende dont 5000€ avec sursis. C’est au tour des avocats du rappeur de prendre la parole.

      L’avocate de Nick Conrad commence en disant qu’elle n’a jamais été victime de “racisme anti-blanc” & que les seules insultes racistes qu’elle a reçues sont en lien avec ce procès. Elle évoque “des dizaines & dizaines” de menaces & insultes “pute à n****”. Parce qu’elle le défend.

      L’avocat de Nick Conrad explique qu’il ne peut pas commencer sa plaidoirie sans revenir sur les “énormités qui ont été proférées durant ce procès”. Il pense notamment aux propos de l’avocat de l’AGRIF qui a qualifié les sportifs Tommie Smith & John Carlos de “suprémacistes noirs”

      “Je ne peux pas laisser dire que Tommie Smith était un suprémaciste noir parce qu’il a levé le poing. Ils l’ont fait pour protester contre la ségrégation raciale, contre le sort réservé aux noirs aux USA. Il ne faut pas raconter n’importe quoi” explique l’avocat de Nick Conrad.

      L’avocat de Nick Conrad revient également sur la persistance à vouloir dire que la France n’a rien à voir (ou presque) avec l’esclavage. Il tacle aussi l’avocat de l’AGRIF qui a dit que les principaux responsables de la traite négrière étaient…les africains eux-mêmes.

      L’avocat de Nick Conrad rappelle donc que l’esclavage et le racisme font partie intégrante de l’Histoire de France. Et que ce pays en a largement profité. “Si Bordeaux est l’une des villes les plus riches, par exemple, c’est parce qu’elle a bénéficié de l’esclavage !” dit-il.

      L’avocat de Nick Conrad continue “et si les noirs occupent les statuts les + précaires dans la société, c’est pr les mêmes raisons. Il faut en avoir conscience quand même. C’est lié à cette Histoire.” Il montre la Cour & les avocats et dit “regardez-nous ! Vous voyez bien, non ?”

      “Je comprends que ce soit désagréable qu’on nous renvoie cette image-là, cette Histoire” dit l’avocat de Nick Conrad “surtout quand on a l’impression d’avoir avancé. C’est gênant, difficile, mais ça n’en fait pas pour autant de l’incitation à commettre un crime contre les blancs”

      “Vous pensez vraiment que des Noirs allaient entendre ce rap & se dire oui, bonne idée, allons pendre des Blancs ? Vous pensez ça possible ? Mon confrère (l’avocat de l’AGRIF) a parlé de la bêtise dans les cités…sérieusement ? Qui y croit ?” demande l’avocat de Nick Conrad.

      Pour l’avocat de Nick Conrad, il ne peut y avoir aucune comparaison, aucune confusion possible : d’une part, vu l’Histoire & les rapports de force, “la situation des noirs & celle des blancs n’ont absolument rien à voir” & d’autre part, “il est clair que PLB est une fiction”.

      L’avocat de Nick Conrad revient au texte de PLB “franchement, il suffit de le lire. Les références sont explicites. Il dit pendez-les, fouettez-les, vendez-les…à quoi font référence ces termes ? Qui a subi ça ? Quel peuple ? L’inversion est évidente.”

      L’avocat de Nick Conrad répond désormais à l’avocate de la LICRA qui a regretté que ce clip ne soit pas "un message de paix & d’amour."

      "En gros, ce que avez dit à NC, c’est que son rap n’est pas comme il faut, que c’est du rap méchant & que c’est pas gentil d’être méchant"

      C’est, au fond, l’un des enjeux de ce procès. C’était le cas en 2019 & ça l’est aujourd’hui. On rappelle à l’ordre les rappeurs, les militants. On leur dit comment rapper, comment militer, comment ne surtout pas froisser les blancs, comment ne surtout pas irriter l’ordre raciste.

      L’avocat de Nick Conrad ne s’y est pas trompé. « Est-ce que vous pensez vraiment que des gens qui dénoncent et militent contre le racisme, que ceux qui agissaient pour les droits civiques, veulent être sympathiques à tout prix ? Franchement…Ce n’est pas ça la question. »

      « Ce qu’on a dit à Nick Conrad, c’est qu’il faut être sympa, et produire des messages de paix et d’amour, sinon ça va créer encore plus de racisme » explique l’avocat du rappeur.

      (Oui, et c’est classique pour neutraliser la lutte. Les victimes sont les bourreaux & vice versa.)

      L’avocat de Nick Conrad demande à la Cour de replacer ce morceau dans un contexte historique, politique, plus large & de ne pas oublier qu’il s’agit d’une œuvre artistique, une fiction.

      Fin de la plaidoirie & du live-tweet.
      Le délibéré sera rendu fin septembre.

      Merci à tous !

      Source : https://twitter.com/s_assbague/status/1408078777922555905
      Archive : https://web.archive.org/web/20210624201258/https://twitter.com/s_assbague/status/1408078777922555905

  • Le film sur Fukushima censuré à Cosne-sur-Loire par la centrale <span class="caps">EDF</span>
    https://reporterre.net/Le-film-sur-Fukushima-censure-a-Cosne-sur-Loire-par-la-centrale-EDF

    Un film sur la catastrophe nucléaire de #Fukushima a été censuré, dans la Nièvre. À #Cosne-sur-Loire, à l’occasion de la sortie du film Fukushima le couvercle du soleil, mercredi 6 mars, l’association Sortir du nucléaire avait prévu une rencontre/débat autour du film. « On a appris par le gérant du cinéma de Cosne la sortie nationale de ce #film. Donc évidemment, on a sauté dessus, raconte Françoise Pouzet, l’une des militantes. Avec la boîte de distribution, il a été possible d’avoir deux intervenants japonais, on avait tout calé. »

    L’association Sortir du nucléaire a déjà programmé des films dans ce petit cinéma de deux salles au bord de la Loire. Il paraissait donc normal, pour l’association antinucléaire, d’y commémorer les huit ans de la catastrophe de Fukushima.

    Les tracts sont imprimés, les affiches placardées. Mais dix jours avant l’événement, le gérant du cinéma est convoqué à la mairie. La centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire, à 15 kilomètres de là, a fait savoir qu’elle ne voulait pas de cette rencontre. « Cosne-sur-Loire reçoit, comme toutes les communes qui sont impactées par EDF, des subventions, notamment pour le festival des Avant-premières à Cosne et pour le projet de la municipalité de faire une troisième salle de cinéma à l’Eden », décrypte Françoise Pouzet.

    #censure #nucléaire #privatisation

  • Blocage administratif : la personnalité qualifiée de la CNIL fait plier la police devant la justice
    [TW] Attention cette recension contient une bonne nouvelle pour la liberté d’informer (oui, je sais, le même jour que la tentative de perquisition de @mediapart, ça fait bizarre, c’est pour ça que je préviens !)
    Aujourd’hui donc Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise vient de donner raison à la personnalité qualifiée de la CNIL, qui avait contesté en justice plusieurs demandes de retrait et de #déréférencement émanant de l’Office central de lutte contre la cybercriminalité (OCLCTIC). Une première.
    par Xavier Berne sur #nextinpact : https://www.nextinpact.com/news/107570-blocage-administratif-personnalite-qualifiee-cnil-fait-plier-oclc

    Drôle d’anniversaire. Il y a quasiment quatre ans jour pour jour, le gouvernement publiait le décret permettant aux policiers de l’#OCLCTIC d’exiger auprès des fournisseurs d’accès à #Internet français le #blocage de contenus pédopornographiques ou terroristes.
    Contre les dérives potentielles d’un tel dispositif – où le juge est mis à l’écart – le législateur avait souhaité qu’une personnalité qualifiée, désignée par la #CNIL, puisse contrôler l’ensemble des demandes de retrait, de blocage puis de déréférencement (dans les annuaires et moteurs de recherche) ordonnées par l’OCLCTIC. La gardienne des données personnelles avait ainsi confié cette tâche à Alexandre Linden, conseiller honoraire à la Cour de cassation.

    N’étant pas abonnée je n’ai pas accès à la suite mais :

    – cela fait donc référence aux coups de pressions contre les 2 plateformes #indymedia (#grenoble et #nantes) qui avaient reçu des supposées revendications d’actions directes, cf @indymedianantes https://seenthis.net/messages/755412 , @indygrrr https://seenthis.net/messages/754703 ... (je rajouterai les articles plus précis plus tard quand je les retrouverai mais si je me rappelle bien les deux sites avaient retirés les communiqués ... pour les republier ensuite dans leurs propres communiqués, créant ainsi un #effet_Streisand)

    – la décision du tribunal est résumée ici : http://cergy-pontoise.tribunal-administratif.fr/A-savoir/Communiques/Internet-premier-jugement-rendu-sur-saisine-de

    Se prononçant pour la première fois dans le cadre de ce type de contentieux, le tribunal a précisé la grille d’analyse applicable en la matière.

    Estimant que les mesures en cause constituaient des mesures de police, il a exercé un contrôle normal sur la qualification juridique des faits effectuée par l’administration.

    Il lui incombait de déterminer si les publications en cause constituaient une provocation directe ou faisaient l’apologie d’actes de terrorisme, au sens du code pénal.

    Concernant les publications litigieuses, il a estimé que celles-ci relataient des faits qui n’étaient pas qualifiables d’actes de terrorisme au sens de l’article 421-1 du code pénal. Le contenu de ces publications ne pouvait dès lors pas être analysé comme constitutif de l’infraction de provocation ou d’apologie à commettre des actes de terrorisme, telle que mentionnée à l’article 421-2-5 du code pénal.

    – le jugement complet est là : http://cergy-pontoise.tribunal-administratif.fr/content/download/154036/1559647/version/1/file/1801344.pdf (déso, pas eut le courage de le lire !)

    – l’article précédent de nextinpact par Marc Rees est en accès libre : Blocage administratif : le ministère de l’Intérieur attaqué par le représentant de la CNIL : https://www.nextinpact.com/news/107449-blocage-administratif-ministere-interieur-attaque-par-representan (seenthisé par @parleur ici : https://seenthis.net/messages/747414 )

    – vu comment @laquadrature scude à tours de bras sur twitter, je sens qu’il va y avoir bientôt un article gratiné :D

    Pendant que la censure sans juge est remise en question en France, elle continue d’avancer à grand pas en Europe. #ReglementTerro #CensureSecuritaire
    https://twitter.com/laquadrature/status/1092425719676846081
    Pour rappel : un site militant avait été censuré par la police au nom de la lutte antiterroriste. Un an et demi plus tard, cette censure est reconnue illégale par un juge. Le contrôle préalable du juge est indispensable, le règlement terro le contourne.
    https://twitter.com/laquadrature/status/1092418451535286272
    Et cette décision ne doit surtout pas nous rassurer : elle démontre exactement les dérives que permet la censure sans juge en France.
    https://twitter.com/laquadrature/status/1092425719676846081

    et aussi :

    Mme @DominiqueBilde, vous venez de dire en CULT que la censure anti-terro n’appelait pas à beaucoup de débats, contrairement à la censure politique qui vous inquiéterait davantage. Ignorez-vous que, en France, la censure anti-terro sans juge est détournée en censure politique ?
    https://twitter.com/laquadrature/status/1092450956493684736
    Aujourd’hui, un tribunal administratif vient de déclarer illicite la censure exigée par la police il y a 1,5 ans contre le site militant Indymedia, prétextant abusivement de l’anti-terrorisme. En défendant le règlement anti-terro, vous défendez ces abus.
    https://twitter.com/laquadrature/status/1092450957802250242

    Bon, je dis au début qu’il y a une bonne nouvelle, mais dans l’absolu, que la police se sente assez légitime pour faire pression comme ça sur des sites au prétexte qu’ils hébergent des supposés revendications, c’est tout sauf une bonne nouvelle....

    • Communiqué de @indymedianantes suite à ce rendu https://seenthis.net/messages/759682

      C’est un important précédent qui fait jurisprudence et laisse entrevoir la possibilité de mettre des bâtons dans les roues de la machine à censure de l’État. Cela dit, il y a de fortes chances pour que ce dernier s’adapte rapidement et trouve de nouvelles parades pour pouvoir censurer la contestation sur Internet en évitant les déboires de cette affaire. La prochaine loi européenne sur le sujet que nous avons déjà mentionnée leur donnera notamment un nouveau cadre légal [2]. Et de toute façon étant donné le nombre croissant de mesures de ce type, cette « victoire » n’est qu’une goutte dans un océan de coupures (sans compter celles que les entreprises privées comme facebook opèrent déjà sur leur propre site).

  • Quand l’Office de lutte contre la cybercriminalité exige le retrait d’un photomontage visant Macron
    https://www.nextinpact.com/news/107547-quand-office-lutte-contre-cybercriminalite-exige-retrait-dun-phot

    L’office central de la lutte contre la criminalité informatique a réclamé le retrait sur Google+ d’un photomontage visant le président de la République à la place de Pinochet avec, derrière lui, Édouard Philippe, Premier ministre et Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur. Contacté, l’organisme s’est refusé à nous livrer la moindre explication.

  • Sur Twitter, des députés LREM réclament l’arrêt d’un compte parodique (et ce n’est pas bon signe)
    https://www.huffingtonpost.fr/2018/09/22/sur-twitter-des-deputes-lrem-reclament-larret-dun-compte-parodique-et-ce-nest-pas-bon-signe_a_23537615/?ncid=tweetlnkfrhpmg00000001

    « Depuis des semaines, un compte prétendument parodique inonde Twitter faisant croire à des déclarations que des membres d’En Marche auraient prononcées », s’étrangle la porte-parole des députés LREM Aurore Bergé, particulièrement en pointe sur la dénonciation des « fake news » qui circulent sur les réseaux sociaux.


    « Fake news », « officine partisane », « comique du dimanche », « malhonnête »... Les élus macronistes ne sont pas tendres envers ce compte anonyme. Celui-ci se revendique pourtant comme « très parodique » dans sa bio Twitter. Et sa capacité de nuisance demeure faible en comparaison avec celle de son grand frère Le Gorafi : moins de 6000 followers contre 1,17 millions pour le géant de la satire numérique.

    Ce qui agace les députés marcheurs, ce n’est pas tant les railleries que la crainte que ces fausses citations, souvent proches des éléments de langage en vogue chez LREM, ne soient prises pour argent comptant par des adversaires politiques ou des utilisateurs sur les réseaux sociaux où la viralité l’emporte facilement sur la rigueur. « Avec captures d’écran de médias à l’appui... Ces tweets circulent, polluent, et nous prêtent des propos mensongers. Stop », réclame Aurore Bergé.

    https://twitter.com/JournalElysee?lang=fr

  • #balancetonhosto : le CHU de Tours tente de faire taire le personnel hospitalier
    https://larotative.info/obligation-de-reserve-et-censure-2629.html
    https://larotative.info/home/chroot_ml/ml-tours/ml-tours/public_html/local/cache-vignettes/L700xH525/arton2629-8d363-14492.jpg?1518021959

    A la suite du mouvement autour du hashtag #balancetonhosto, qui a permis aux professionnels de santé d’exprimer leur exaspération quant à leurs conditions de travail, les agents du CHRU de Tours se sont vus rappeler à l’ordre.

    C’est une note de service peu banale qui a été adressée au personnel hospitalier du CHRU de Tours le 15 janvier dernier. Le document, titré « Rappel de l’obligation de réserve de tous les agents du service public sur les réseaux sociaux et dans les médias », constitue en fait une tentative d’intimidation. On peut y lire :

    Tous les agents publics sont tenus à l’obligation de réserve et de mesure dans l’expression écrite et orale de leurs opinions personnelles. Aussi, cette obligation s’applique de la même manière sur les blogs, les réseaux sociaux et dans les médias.

    [...] Les agents doivent éviter toute manifestation d’opinion de nature à porter atteinte aux supérieurs hiérarchiques, à dévaloriser l’institution et à nuire à la considération du service public par les usagers. L’obligation de réserve constitue en ce sens une limite à la liberté d’opinion. Le non-respect de cette obligation de réserve est susceptible de constituer une faute disciplinaire.

    Derrière ce « rappel », la direction générale du CHU menace en fait de sanction les agents qui oseraient témoigner de la réalité du travail dans les différents établissements hospitaliers de la métropole. Une réalité déjà dénoncée par les organisations syndicales du CHU, qui luttent contre les suppressions de postes et de lits à l’hôpital, en dénonçant leurs conséquences sur la qualité des soins et des conditions de travail.

    #intimidation #santé

  • L’humoriste Pierre-Emmanuel Barré décide de quitter France Inter après que Nagui lui a refusé une chronique sur l’#abstention
    http://www.francetvinfo.fr/elections/presidentielle/l-humoriste-pierre-emmanuel-barre-quitte-france-inter-pour-un-sketch-pr

    Quand on me demande de ne pas faire une chronique, je démissionne, a expliqué Pierre-Emmanuel Barré au quotidien. Je n’aime pas être censuré. Là, trente minutes avant ma chronique, ils n’étaient pas d’accord avec l’idée générale. Pourtant, j’ai fait bien pire." La vidéo de ce sketch refusé à l’antenne a été vue plus de 3 millions de fois, jeudi matin.

    Interrogé par Le Parisien, Nagui, animateur et producteur de l’émission, a donné une autre version. "Sur le coup, je lui ai simplement dit qu’il n’était pas clair sur l’abstention. Qu’il casse Macron ou Le Pen, OK. Mais qu’il encourage l’abstention, c’est faire le jeu du FN.

    #censure #effet_streisand

  • Denis Robert & la censure par « Les Golden corbeaux de Twitter » :
    l’enCorback, suite.

    Bon... J’ai subi une attaque disons violente contre mon ordinateur, adresse mail et cette page Facebook qui a été interrompue quelques heures. L’article dans sa version définitive reste inaccessible. Je viens de faire des requêtes à Facebook. On me reproche des images à contenu pornographique. Je note que ces twittos racistes et attaquant les ennemis de la liberté totale sont les premiers censeurs dès qu’on touche à leur pré carré et à leurs privilèges...
    Revoilà un lien vers une ancienne version...

    https://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache%3AicTEHLFtBuYJ%3Ahttps%3A%2F%2Fwww.facebo

    J’imagine que ce serait bien d’en faire un article ailleurs et que, vu les attaques violentes, il a pas trop le temps (et moi non plus hélas) ; il publie plein d’autres trucs sur sa page facebook et seulement là, du coup deux/trois p’tits rappels :
    – pour ne rien perdre de ses petites affaires : https://archive.org
    – écrire un priorité sur des supports non-commerciaux et sécurisés : http://mediaslibres.org
    – diffuser chez les ami-e-s qui diffusent : http://seenthis.net (ben oué !)

    C’est vraiment un souci de devoir traquer les infos confiées sur facebook... #pfffff #halalalala... mais en tout cas il fout un beau bordel :p

    #Denis_Robert #censure #délation #racisme

  • Procès de @Bastamag
    « Bolloré voulait nous faire taire »
    http://survie.org/billets-d-afrique/2016/255-mars-2016/article/bollore-voulait-nous-faire-taire-5099

    Vincent Bolloré avait déposé plainte contre un article publié en 2012 par Bastamag sur l’implication des multinationales françaises dans le processus d’accaparement des terres. Entretien avec deux des personnes poursuivies, Julien Lusson (JL) et Ivan du Roy (IDR).

    • Il y avait d’abord le fait de savoir s’il est encore permis de parler des activités du groupe Bolloré et de ses participations, en particulier en Afrique ! Il faut se rendre compte que sa stratégie d’intimidation systématique de la presse est en passe de réussir. Bolloré multiplie les procès contre la presse qui ne lui est pas acquise et prône la censure dans les médias qu’il contrôle directement. Comme l’a souligné au cours de l’audience Pierre Haski, de Rue89, les journalistes n’osent plus parler des affaires de Bolloré, de peur de devoir affronter un procès ! C’est un danger réel pour la démocratie, si les tribunaux n’y mettent pas un coup d’arrêt !

      Il y avait ensuite un autre enjeu important, celui de la responsabilité lorsqu’un site renvoie par des liens hypertexte vers des articles dont le fond est contesté. Cela renvoie directement au fonctionnement d’internet.

      Il y avait, enfin, un enjeu plus large concernant le processus d’accaparement des terres et l’audience était de ce point de vue-là extrêmement importante parce qu’elle a permis de mettre en lumière ce processus et ses impacts absolument dramatiques, sur lesquels le traitement médiatique n’est pas du tout à la hauteur aujourd’hui. Plusieurs journalistes qui étaient présents ont découvert le sujet et sa gravité.

      #effet_streisand

  • L’ambassadeur allemand convoqué pour une chanson anti-Erdogan
    http://www.bfmtv.com/international/l-ambassadeur-allemand-en-turquie-convoque-pour-une-chanson-satirique-anti-er

    L’ambassadeur d’Allemagne à Ankara a été convoqué au ministère turc des Affaires étrangères au sujet d’une chanson satirique diffusée sur une chaîne allemande, jugée offensante contre le président turc Recep Tayyip Erdogan, a-t-on appris mardi de source diplomatique turque.
    L’ambassadeur Martin Erdmann « a été convoqué la semaine dernière pour lui faire part de notre protestation au sujet de cette émission que nous condamnons et nous avons demandé l’arrêt de sa diffusion », a précisé cette source sous couvert d’anonymat.[...]
    La chanson moqueuse « Erdowie, Erdowo, Erdogan », diffusée dans l’émission « extra 3 » sur la chaîne régionale publique NDR le 17 mars, s’attaque notamment aux atteintes à la liberté de la presse commises par le président islamo-conservateur.

    On peut voir le clip ici (sous-titres en anglais à activer) :
    https://www.youtube.com/watch?v=R2e2yHjc_mc


    #effet_Streisand ?

  • Pour la Saint Valentin, You Tube coupe le C.L.I.T

    –----------------

    Le clip « Saint Valentin » de Oselan est en ligne sur you tube depuis 2007 et à été vu 13.000.000 de fois. La chanson n’a jamais été censuré par You tube pour « contenu sexuellement explicite » ni rien, et il n’y a aucun avertissement ni limitation de son visionnage aux mineurs. You tube ne voie aucun problème à ce que les femmes aillent se faire « marie-trintigner ». Pour you tube comme pour les juges, faire l’apologie de l’assassinat des femmes c’est de la liberté d’expression.
    https://www.youtube.com/watch?v=PRzKsIiOVkE


    –---------------------

    Le clip « Saint Valentin » de C.L.I.T est en ligne sur you tube depuis le 8 mars 2016 et à été vu 80.000 de fois. La chanson a été censuré par You tube au bout de deux jours pour « contenu sexuellement explicite » et il a été remis en ligne avec un avertissement et une limitation de son visionnage aux mineurs. You tube voie un gros problème à ce que les hommes aillent se faire « Jacqueline-Sauvager « . Pour you tube faire l’apologie de l’assassinat des hommes en réponse à Orselan, c’est un contenu sexuellement explicite et c’est interdit aux moins de 18 ans et la liberté d’expression peut aller se faire « marie-trintigner ».
    https://www.youtube.com/watch?v=P7jnvgNX-ao

    –-------------------
    #inversions_patriarcales #misogynie

    • http://www.konbini.com/fr/entertainment-2/le-clip-feministe-de-c-l-t-qui-parodie-orelsan-censure-sur-youtube

      Dans la journée du jeudi 10 mars, le clip a finalement été remis en ligne. Les équipes de Google ont contacté le Huffington Post, en expliquant ce qui s’était passé : de nombreux internautes ont signalé la vidéo, ce qui l’a mise automatiquement hors ligne. “Puis, le clip a été étudié par une équipe dédiée qui a, finalement, pris la décision de clôturer le compte de C.L.I.T.”, selon le message.

      Les commentaires sous la vidéo sont aussi ignobles :

      nul mais à un point.........

      C’est ça le féminisme au XXIe siècle ? Et bah bravo.

      le malaise

      La preuve que les femmes ont moins de talent que les hommes. Merci aux féministes de prouver cela chaque jour. Et n’oubliez pas de censurer les commentaires puis de les interdire en même temps que d’interdire les votes,q ue l’on vois à quelle point vous êtes anti-démocrates.

      La France médiocre... répondre à la connerie par de la connerie... On se croirait au temps d’Hammurabi...

      Mais pourquoi vous êtes sorties de la cuisine ??? Quelle catastrophe !!!!

      Bravo vous avez confirmé que les femmes n’ont pas de talent !!! c’est tellement nulle comme parodie !!!

      la connerie humaine n’a pas de limites x)

      jusqu’à 0.14 c’est bien mais après

      sexe faible <3

      Votre clip pour les féminisme et nul mais a un point .... suce mon clit meuf mdrr tu te prend une bite tu jouie comme une chienne bande de salope. ...

      Eh ben bravo le féminisme au XXIe siècle, c’est vraiment pas jolie a voir !

      Alors que sous celle d’Orelsan :

      Impossible de faire la St valentin sans cette musique... 

      Le ptit rituel tous les ans x)

      putain, ce combo de punchline hardcore x)

      Si toi aussi ton petit rituel c’est de la ressortir tous les 14 février

      Chef-d’oeuvre Spotted

      Putains mais ces textes ils m’font trop marrer à chaque fois xD Tape un rail de sperme avec mon foutre xD

      Allez c’est partis pour toutes les connasses d’agence feministe ! « Ouai c’est un scandale ! Ca reflete parfaitement l’homme machiste du 21eme siecle ! Censurez moi ca ! C’est honteux ! » Et plus encore.... Vous etes chiant, c’est ca que vous appellez la libertée d’expression ?

      SI TOI AUSSI CHAQUE ANNÉE POUR LA SAINT VALENTIN TU SORT CETTE MUSIQUE A TOUT TES POTES !

      ALLEZ LES JEUNES C’EST L’HEURE !

      Bonne Saint-Valentin à tous, ahah.
      Le petit rituel du 14 Février

  • Les insolences de Christine Boutin : la colère des dessinateurs
    http://catoune.fr/2016/02/28/les-insolences-de-christine-boutin

    Si on résume : non seulement Christine Boutin et ses éditeurs ont utilisé mes dessins à des fins complètement différentes de ce qui m’avait été présenté à l’origine (… vous m’imaginez sérieusement accepter de faire la couverture de ce livre ?!), mais ils ont aussi zappé de passer à la caisse.
    Résultat :

    ils grillent ma crédibilité en tant que dessinatrice indépendante ;
    ils vont se faire du fric sur mon dos et ne daignent même pas payer les sommes ridicules qu’ils me doivent.

    C’est pourquoi je demande à tous les artistes qui ont participé à cet ouvrage de me contacter. Ensemble, nous pouvons démonter la supercherie de cette femme qui se présente comme « honnête et droite » et mettre en lumière les pratiques scandaleuses de cette maison d’édition !

    • Et en fait, elle a arnaqué plusieurs autrices en passant :

      Quelle ne fut donc pas ma surprise en découvrant sur les réseaux sociaux que le livre était signé par Christine Boutin. Mes caricatures – et celles d’autres auteurs – illustrent donc le livre d’une personnalité politique dont les combats (sur l’égalité des droits, le mariage pour tous, etc.) sont diamétralement opposés aux miens.

      http://www.nawak-illustrations.fr/mes-caricatures-dans-l-livre-de-christine-boutin

      Et aussi : http://www.gilblog.org/2016/02/l-arnaque-boutin.html

      #effet_streisand

    • s’il fallait une démonstration supplémentaire de la complète inanité des caricatures...
      L’une des auteures écrit :
      « oser se confronter à des caricatures – souvent féroces – est assez inédit en matière de communication politique. En plus, faire ce type d’ouvrage est une bonne idée : même si le texte est nul, il y aura au moins des dessins pour faire rire ! Après, il faut que le livre se vende… »
      passons sur la conclusion qui laisse rêveur, ce qui me surprend est que tout ça n’engendre aucune remise en question pour elle de sa pratique du dessin et qu’elle continue à parler de sa "férocité"... Sans déconner ?
      Sinon, oui, indéniablement, on peut saluer le tour politique jouer par Boutin à ses caricaturistes, c’est plutôt finaud (reste à voir si le bouquin est à la hauteur de ce tour, mais je vois mal comment il pourrait m’arriver entre les mains)

    • On ne parle pas du vol (ce qui a été fait est effectivement malhonnête), on parle du fait d’avoir utiliser des caricatures censées être « contre » elle, mais pour ses fins personnelles : c’est une certaine forme d’intelligence. Comme le dit @l_l_de_mars : après tout ça, les auteur⋅e⋅s des caricatures ne voient aucun commentaire à faire sur leurs propres dessins qui serait soi-disant contre Boutin ! La preuve que non.

    • Il y a vol ET tromperie sur la destination de la marchandise. Les dessins ont été extorqués sous de faux prétextes.
      On peut aussi considérer la manipulation comme une forme d’intelligence, mais clairement, c’est malhonnête à tous points de vue quand au détournement des œuvres (dont la qualité n’est pas importante).

      Si on me commande d’écrire une diatribe contre le racisme, l’exclusion et le sexisme, ce n’est pas pour la retrouver ensuite comme argument de vente de la campagne de Marine Le Pen. Non seulement il y a tromperie, mais en plus il y a volonté de nuire.

    • Je remarque que c’est une dessinatrice et les commentaires blâment la victime et félicitent l’agresseuse. Le hasard probablement.

      Une dessinatrice qui fait des caricatures alors que le lièvre n’en fait pas !!! mais c’est un crime ! Merci à Mme Boutin d’avoir puni cette vile femelle si médiocre aux yeux du grand lièvre.

      #Schadenfreude #misogynie

    • Je vois que certains sont totalement ignorant de l’effet Streisand et se permettent d’être agressifs en plus d’être malhonnêtes :

      Joint par BuzzFeed, l’éditeur Jacques-Marie Laffont balaie toutes ces accusations. « Ils savaient tous que c’était un livre de Christine Boutin, ou alors ce sont des bisounours », défend-il. Il concède toutefois n’avoir payé aucun dessinateur :

      « Il est vrai que nous aurions dû payer les dessinateurs avant la sortie du livre. Là nous sommes en défaut, mais nous allons corriger cela. »

      Selon cet éditeur qui dit « être de gauche » et « pour le mariage pour tous », la colère de ces dessinateurs aurait « une explication » :

      « Je subodore une bronca du lobby gay. Je fréquente beaucoup de gens, j’ai des amis influents dans le milieu gay qui me défendent et pensent la même chose.

      Ce qui me lie avec Christine Boutin, c’est que je suis chrétien, mais contrairement à elle je suis pour le mariage pour tous. »

      Et de menacer :

      « Si cela continue, je vais foutre mes avocats sur le dossier. »

      Contacté par téléphone en fin de matinée, Jacques-Marie Laffont devait nous envoyer « la preuve » que la dessinatrice savait pour qui elle publiait ses caricatures. Nous n’avons toujours rien reçu ce lundi en début d’après-midi et mettrons à jour cet article le cas échéant.

      http://www.buzzfeed.com/davidperrotin/des-dessinateurs-publies-dans-le-livre-de-christine-boutin-d
      Et un poil d’homophobie en passant !

      #crétin_abyssal

    • je relaie ici un article que j’ai écrit pour CQFD, journal où s’exerce la caricature, discipline pour laquelle je n’ai aucune espèce de sympathie. Autant dire que cet article n’était pas publié dans un cadre bienveillant à son égard. Ceci éclairera mon point de vue. Mon problème, une fois de plus, est un problème de rapport au DESSIN comme pratique du monde (je n’ai fait aucun commentaire sur la promesse non tenue de payer les dessinateurs, c’est une autre question).

      Forcer le trait, c’est rester dans les rails, c’est patiner dans la représentation la plus plate sans autre recours que le crayon gras glissant sur le même sillon, l’épaississant, s’y enlisant.
      Ce n’est pas un comique de répétition mais de hoquet, de bégaiement.

      Et la vraie misère de la caricature — comme du dessin politique à gag, à tirade — n’est pas même de forcer le trait, mais de l’arrêter : elle l’arrête à l’évidence — quand on la dit réussie —, ou elle le perd dans le signe de piste et le rébus — quand elle est foireuse.

      Ça saute aux yeux de quiconque tombe sur une vieille caricature — et rien ne vieillit plus vite ...
      Rencontrer une vieille caricature, un vieux strip satirique bavard (faute d’oser dessiner), voilà qui expose en pleine lumière les ficelles maigrichonnes qui tiennent cet art impuissant. On a le même sentiment de gêne qu’en regardant l’enregistrement d’un vieux numéro d’imitation dont les cibles ont disparu, dont leurs mimiques, leurs tirades, leurs costumes sont oubliés et remplacés par ceux de leurs cohortes de descendants à peine déclinés, jetables. L’imitateur a alors l’air de ce qu’il est : un ballon qui a perdu son helium. Cette jetabilité de toute scène (politique, médiatique), sa répétition stérile, contamine le caricaturiste et son artisanat paresseux.

      La caricature est l’échec du dessin de presse, son aveu d’impuissance ; elle n’est pas seulement impuissante à travailler sa cible, elle est impuissante à travailler le politique : dans ce domaine, il n’y a pas de dessin de droite ou de gauche (comme si la question politique épargnait le dessin lui-même, comme si elle lui était étrangère), il n’y a que de la servitude du dessin à un texte censé à la fois en sauver et en légitimer la pauvreté. Ses critères sont : lisibilité, efficacité, immédiateté. Autant avouer qu’il n’y a que de la caricature de droite.

      Le caricaturiste est un publicitaire : il vous fourgue des certitudes que vous avez déjà en triple, sous une forme jetable, marrante, simplifiée, rassurante (sérieusement : qui a déjà été inquiété par une caricature ? On peut préférer croire que ce sont les caricatures qui inquiètent ceux qui les brûlent. On peut aussi se persuader que ceux qui brûlèrent « Les versets sataniques » l’avaient lu. Mais c’est une façon de se remonter le moral en donnant un peu de sens aux crimes et aux autodafés. La vérité est que les oeuvres, bonnes ou mauvaises, sont prises dans des enjeux extérieurs à elles et qui ignorent complètement leur substance)

      Le caricaturiste au travail ne cherche pas une idée : il cherche un petit moteur pour réanimer le cadavre d’idée qui dort sous tout journal.

      La caricature — comme tout dessin politique purement démonstratif — est une promenade au musée de la marrade craquelée, une visite interminable au mausolée du rire. Le dessin s’arrête en elle là où tout devrait commencer : c’est à l’inconnu que commence la lecture, l’invention du politique ; avec le questionnement, la suspension du jugement. La caricature est l’injonction de s’arrêter avant tout ça, à l’évidence, dès qu’on a fait sa petite affaire, dès qu’on s’est reconnus (entre frères politiques) parce qu’on a reconnu ensemble ce qu’elle pointait si grossièrement.

      Nous avons déjà le plus grand mal à répondre à cette question, quand nous travaillons dans un journal politique : à quoi sert tout ce merdier puisque seuls ceux qui partagent déjà nos convictions nous lisent ? Hé bien, si on se tient à la caricature comme moyen, effectivement, à rien. Un tel travail, de tels journaux, ne sont utiles que s’ils s’abandonnent aux interrogations, aux incertitudes, à la polysémie, à l’inconnu. Que les dessinateurs politiques se mettent enfin à dessiner en ouvrant leur dessin à cet inconnu. On peut alors se prendre à rêver d’un journal politique furieux, inventif, bouleversant, inévident, déstabilisant, débarrassé de toute caricature.

      Il m’est déjà arrivé (parce que mon travail est généralement sous copyleft, c’est tout-à fait normal) qu’un de mes dessins soit utilisé par un ennemi politique (un groupe de petits merdeux libertariens dans le cadre de la lutte contre HADOPI) ; qu’est-ce que j’en ai déduit, à votre avis ? Qu’ils étaient vilains ? Que c’était injuste ? Bin non. Que nous avions des idées en partage. Ça me faisait mal au cul de l’admettre, mais c’était vrai.
      Dans le cas de figure du moment, la seule chose que devraient se demander ces dessinateurs est : en quoi mon dessin sert-il Boutin, par quelque bout que je prenne la question ? Est-il si inoffensif qu’elle peut l’associer à son mode de défense sans qu’il soit égratigné ? ou pire : est-il finalement assonant à sa conception du monde, malgré mes intentions ?

    • @monolecte

      Non, tromper sur la nature réelle du travail, sa destination et le voler à la fin (en ne le payant pas), ce n’est pas être malin, c’est être un⋅e escroc.
      Si mentir, c’est être « plus malin », je commence à comprendre pourquoi on se tape ce personnel politique…

      ce n’est pas ça, qui est malin, ici ; ce n’est pas n’importe quel travail qui est détourné, c’est celui qui porte en lui la prétendue contestation de la force qui le détourne, celui qui n’existe que par la certitude qu’il peut, lui, détourner cette force.

      Si on me commande d’écrire une diatribe contre le racisme, l’exclusion et le sexisme, ce n’est pas pour la retrouver ensuite comme argument de vente de la campagne de Marine Le Pen. Non seulement il y a tromperie, mais en plus il y a volonté de nuire.

      si c’était possible, tu aurais de quoi t’inquiéter, en effet, sur la valeur de ton texte... S’il est tourné en dérision par son cadre (s’il est ridiculisé par exemple par des commentaires haineux), en sort-il réellement diminué ou, au contraire, renforcé dans sa puissance ? (il me semble). Et s’il ne l’est pas, ça voudrait dire quoi ? S’il n’était pas nécessaire de le commenter pour qu’il accompagne un cadre de propagande fasciste, il y aurait un sacré problème, tu ne crois pas, inhérent au texte ? (on est en pleines conjectures, j’ai du mal à croire que le cas de figure puisse se présenter, en fait. Mais imaginons).
      Que le texte te soit commandé par des fascistes masqués ou qu’il s’agisse d’un de tes textes non commandé par des fascistes non masqués mais utilisé par eux dans le cadre d’une analyse a contrario , qu’est-ce que, au fond, ça change pour ce texte ?
      (on est bien d’accord qu’on part du principe que le texte n’est pas retouché ou charcuté, pas plus que ne le sont les dessins des caricaturistes dont il est question en ce moment)

    • Deuxième texte de Tanx, cette fois sur les dessinateurices en question : poum poum poum.
      http://tanx.free-h.fr/bloug/archives/8815

      Ce qui me laisse plus que perplexe : comment prétendre avoir des convictions politiques quand on accepte de voir ses illus dans un livre sans en connaitre ni l’auteur ni le fond ? Je crois que la réponse est dans l’email de l’éditeur, qui précise que ce livre est “insolent” vis-à-vis des politiques. Et nos illustrateurs en ont déduit que insolence + politique = de leur bord politique.
      Ça rejoint un petit peu ce que j’avais abordé dans ce texte de janvier 2015, sur le fait de croire automatiquement que les dessinateurs sont de gauche, de fait.

      De surcroît, j’ai toujours considéré que l’humour était un peu une attitude de collabo du système : un état d’esprit qui permet de “détendre” et de “faire passer la pilule” des horreurs du monde… et donc de repartir travailler au bureau après, au lieu de se révolter (la preuve : nombreux/ses sont ceux/celles qui geignent sur le sujet et n’intentent rien). J’ai toujours trouvé le statut même de l’humour, surtout en tant que métier, comme pour la politique, un peu louche. Du coup, que ces auteurs/trices se retrouvent à devoir faire un truc vraiment pas drôle (un procès…) pour réclamer leurs “droits”, ça m’amuse assez.

      (L’article de LL de Mars dans le CQFD de l’été dernier sur la caricature était très bien (oui oui on a beau s’engueuler ça n’empêche pas de tomber d’accord). J’essaie de retrouver le numéro si il est pas parti avec les épluchures de patates et je poste ici.)

      Une précision tout de même : je suis pas tellement pour charger un auteur (ou un écrivain, ou autre) de la récupération dont il est victime. Il y a certes des dessins plus facilement récupérables que d’autres, mais au final toute création l’est, il suffit de changer le contexte, surtout quand la mode est à la récupération, de la grande vidange du sens pour ne garder que la coque vide […]. Absolument tout est détournable, à un point tel que je me demande si le contexte est pas devenu plus important que le propos. En tous cas, le propos seul ne semble plus suffire… et quand du coup le propos est quasi inexistant ou inoffensif, ben forcément ça facilite le détournement.

      Bref, je vais camper sur mes positions : si y’a un truc à dire de cette affaire, c’est sur l’aspect purement syndical que ça se joue, tout le reste me parait vaguement ridicule pour rester polie.