#ehpad

  • Refuser l’Ehpad - CQFD, mensuel de critique et d’expérimentation sociales
    http://cqfd-journal.org/Refuser-l-Ehpad

    Manque de moyens oblige, l’#Ehpad est trop souvent un lieu de perte de sens où le personnel, confronté à des exigences de rentabilité et de productivité, est contraint de bâcler les soins. Les témoignages des ravages du taylorisme qui s’y applique ne manquent d’ailleurs pas : 15 minutes pour s’occuper de la toilette, de l’habillement, du petit-déjeuner et des médicaments d’un résident réveillé aux aurores ; une aide-soignante et une auxiliaire de vie seulement pour assurer la garde de nuit dans une structure accueillant 100 personnes âgées.

    Dans ce contexte de restriction permanente où le personnel n’a pas le temps de prendre correctement soin des résidents, parfois déments, angoissés ou dépressifs, le recours à la chimie est devenu une facilité. En avril 2015, La Revue de gériatrie publiait les résultats d’une large enquête menée sur le sujet : sur plus de 35 000 résidents d’Ehpad interrogés, environ 16 % consommaient des neuroleptiques, près de 48 % étaient sous antidépresseurs et 41,8 % étaient depuis des années sous benzodiazépines (Xanax et Lexomil par exemple). Et ce, en dépit des recommandations qui limitent l’usage de ces derniers à 12 semaines en raison de leur toxicité et des problèmes de dépendance qu’ils occasionnent. Enfin, 16,4 % des ordonnances chroniques contenaient au moins trois psychotropes, alors que les personnes âgées sont très exposées aux effets secondaires et aux risques des interactions médicamenteuses.

  • Retraités : la bourse ou la vie | Le Journal Lutte Ouvrière, via @recriweb
    https://journal.lutte-ouvriere.org/2020/12/16/retraites-la-bourse-ou-la-vie_153556.html

    Comment continuer à vivre chez soi en sécurité et confortablement lorsqu’on touche une petite #retraite avec des dépenses médicales qui augmentent avec l’âge et une perte progressive d’autonomie ? C’est cette question insoluble qui est au cœur d’une étude publiée récemment.

    Cette étude, réalisée par Silver Alliance, qui regroupe des entreprises visant le marché des personnes âgées, calcule le budget incompressible des seniors. En moyenne, chaque mois, les dépenses de santé et de mutuelle, d’aménagement du domicile en fonction de la perte d’autonomie, d’aide à domicile, de portage de repas, d’abonnement téléphonique, de transport, seraient de 584 euros pour les jeunes retraités de 64 à 74 ans, puis de 740 euros pour la tranche d’âge de 75 à 84 ans, et monteraient à 1 836 euros pour les plus de 85 ans. Cela n’inclut pas les dépenses de loyer, les impôts, la nourriture ou les loisirs.

    Ces dépenses sont à assurer avec une retraite, tous régimes confondus, qui se monte en moyenne à 1 382 euros net par mois. Il manque donc 454 euros chaque mois à un retraité moyen de plus de 85 ans, s’il souhaite rester chez lui !

    Lorsqu’ils sont contraints de quitter leur domicile pour une maison de retraite ou un #Ehpad, les seniors ne sont pas mieux lotis. En moyenne, la maison de retraite coûte de 1 500 euros par mois en milieu rural à 2 900 euros en ville, et l’Ehpad de 2 000 à 5 000 euros.

    Ces sommes sont bien au-dessus de la retraite moyenne et hors de portée des retraités pauvres. Or les #femmes retraitées touchent en moyenne une pension inférieure de 40 % à celle des hommes.

    Il est encore moins possible de vivre décemment pour le demi-million de bénéficiaires de l’allocation de solidarité aux personnes âgées (#ASPA), qui remplace le minimum-vieillesse et se monte à 903 euros par mois. Même si Macron tenait sa promesse de la retraite minimum à 1 000 euros, on serait encore loin du compte.

    En réalité, le montant des pensions a tendance à baisser sous l’effet des réformes successives qui toutes repoussent l’âge de départ en retraite. Le patronat n’embauche presque plus aucun travailleur de plus de 50 ans ; les carrières sont de plus en plus hachées par des périodes de chômage où l’on cotise moins, ou plus du tout quand on tombe au RSA, dont le nombre d’allocataires a beaucoup augmenté récemment. Partir à la retraite sans avoir validé tous ses trimestres est de plus en plus fréquent et il en découle des #décotes et des pensions amputées. La dernière en date des #réformes_des_retraites, que Macron n’a pas abandonné l’idée de faire adopter sous son quinquennat, ne pourrait qu’aggraver les choses.

    #droits_sociaux

  • Santé Publique France, 17/12/2020 :
    • décès covid à l’hôpital : 258 (corr. var. hebdo : 244, extrapolé sous l’hypothèse d’une tendance constante : 317)
    • hospitalisations covid : 25 149 (-133)

    on est bien sur une (lente) décroissance des décès et (encore plus lente) baisse des hospitalisations

    par ailleurs, ici, dans le Morbihan, on a ce jour des informations alarmantes sur l’impact dans plusieurs EHPAD. À voir demain…

  • Du bon usage des #tests pour réduire la circulation du #coronavirus en #Ehpad

    Ce que je décris est une situation réelle, et je pense qu’elle est même fréquente, mais je n’ai d’information que sur un seul Ehpad, ce qui rend difficile toute conclusion générale. Par ailleurs je précise que je n’ai aucune expertise médicale reconnue.

    Un de mes proches parents est résident dans un Ehpad, le seul Ehpad que je connaisse. Pour cette raison, je reçois régulièrement des bulletins de suivi de la situation épidémique et des mesures éventuellement prises par l’établissement (et probablement par tous ceux du même groupe), notamment en ce qui concerne l’utilisation de tests de dépistage du #covid-19 pour les résidents et les personnels.

    Sans entrer dans les détails, il apparaît que, systématiquement, les résidents sont dépistés avec des tests RT-PCR et les personnels avec des tests antigéniques. A ma connaissance les tests RT-PCR ont une très bonne sensibilité grâce à leur technique d’amplification, tandis que les tests antigéniques ont une sensibilité de l’ordre de 80% (norme minimale de la HAS) et apparaissent souvent dans la presse comme réputés peu fiables.

    Comme les tests antigéniques sont (à ma connaissance) moins chers, plus rapides, et d’utilisation plus simple, j’imagine que l’on aurait abandonné le PCR s’il n’était plus sensible, donc plus fiable pour détecter les personnes infectées. Les test PCR sont censés avoir une sensibilité de 99%, ce qui correspond à un faux négatif (malade non identifié comme tel) sur 100 malades soumis au test. Avec une sensibilité de 80%, un #test antigénique ne reconnaîtrait pas jusqu’à 20% des malades testés, soit un malade sur 5. Dans l’Ehpad que je considère, 8 salariés ont été touchés par le covid-19 depuis la fin du mois d’octobre 2020. Cela pourrait suggérer comme probable que 2 autres salariés touchés par la contagion n’ont pas été dépistés par le test antigénique.

    Ces remarques ne veulent pas dire que les tests antigéniques sont des outils inférieurs, mais seulement qu’il faut les utiliser de préférence dans les circonstances où leur qualités propres en font un meilleur outil. Ils sont par exemple mieux adaptés que les tests PCR pour faire des dépistages massif, comme ceux qui sont prévus à Charleville-Mézières, Le Havre, Roubaix et Saint-Étienne. Pour une tâche de dépistage donnée on choisit les tests en fonction des besoins, des contraintes, des disponibilités, et des qualités spécifiques à chaque type de test. Néanmoins les dépistages massifs cités utiliseront les deux sortes de tests. Cela sera probablement l’occasion de comparer statistiquement leur capacités, dans diverses conditions d’usage (mais ce dernier point na pas été mentionné dans les média).

    Dans le cas des Ehpads, le problème premier est de rendre les contacts avec l’extérieur aussi étanches que possible à la circulation du virus. Ce serait donc aux personnels qui circulent à l’extérieur (notamment pour aller chez eux) et aux malades qui sortent pour des rendez-vous médicaux, qu’il faudrait réserver les tests les plus sensibles, c’est-à-dire les tests RT-PCR. Et éventuellement à l’intérieur de l’Ehpad aux résidents les plus mobiles et sociables.

    Je ne comprends pas pourquoi on fait le contraire, et je soupçonne que c’est dû à une dispersion des décisions et responsabilités, sans que personne n’ait le souci de penser le problème globalement. Mais j’ai du mal à trouver l’information et les hiérarchies de responsabilité. En cherchant un peu, j’ai trouvé diverses références à des livraisons de tests antigéniques pour les personnels des Ehpad par les services de santé. Il n’y a par contre apparemment rien en ce qui concerne les résidents, sans doute parce qu’ils sont automatiquement traités avec les tests RT-PCR des labos habituels. Ce dimanche matin (13 décembre), les média ont diffusé les conditions de sortie de Noël des résidents des Ehpad, et le dépistage (PCR) obligatoire au retour. Cela laisse penser que rien n’était prévu auparavant.

    Une autre explication pourrait être que l’on veut réserver les meilleurs tests aux personnes les plus vulnérables. Mais ce serait là une lamentable naïveté. Une épidémie est une maladie collective, et tous seront mieux protégés si les tests sont mis en oeuvre là où ils sont les plus efficaces pour arrêter la maladie.

    Un dernier point que je voudrais mentionner est que les campagnes de dépistage systématique de l’Ehpad qui me concerne ont lieu en ce moment toutes les semaines, tant pour le personnel que pour les résidents, sans doute en raison de la découverte de résidents infectés. J’ai argué que, à fréquence égale, le dépistage par RT-PCR est plus fiable que par test antigénique. Par contre, il est probable que, avec une fréquence de dépistage plus grande, le test antigénique devienne la meilleure barrière de détection du virus. Pour plus de précision, il faudrait faire une analyse de la probabilité de détection d’un malade infecté tout au long de sa période contagieuse en utilisant un test antigénique avec une périodicité donnée. Mais je précise que ce n’est pas ce que fait l’Ehpad dont je parle.

    Il est possible que je me trompe. Mais en quoi ? Et si je ne me trompe pas, ce genre d’erreur peut coûter des vies humaines. Je suis sûr que le directeur de l’établissement fait ce qu’il peut, mais je doute qu’il soit formé pour gérer ce genre de situation. L’organisation de la politique de dépistage demande une technicité qui doit être documenté et gérée à un autre niveau.

    Qu’en pensez-vous ?

    • Je n’ai pas de réponse...
      On ne peut pas extrapoler qu’avec des tests antigéniques l’infection de 8 salariés Ehpad impliquerait que deux autres l’ont été.

      Il me semble que la procédure appliquée par le dirlo (PCR pour les résidents, antigéniques pour les salariés) est celle qui est préconisée par la HAS et l’ARS (ce qui dans bien d’autres cas n’est pas une garantie de sérieux).
      Ce n’est pas seulement une question (réelle) de fric, c’est aussi qu’il ya eu des moments où les tests PCR ne servaient rigoureusement à rien, comme du champagne balancé à la mer, tant leurs résultats arrivaient tard après la période plus forte contagiosité des covidés. De ce point de vue les antigéniques sont de bien meilleur rapport (malgré une plus grosse proportion de faux négatifs).

      Si je cherchais ça ici je taperais, _avec ou sans #_ , #test et #tests, #tests_antigéniques, voire #Ehpad dans la case « recherche » de la barre de menu (là, il suffit de cliquer sur ces mots avec leur hachetague pour voir ce qui est passé ici, ça suppose de vite parcourir des choses qui ne servent à rien pour ta question...).

      De toute façon, pour ne pas être « en retard » sur la réalité, il faudrait un test salivaire quotidien pour les soignants (c’est eux, et les familles, qui peuvent introduire le virus). Et ces tests là ne sont pas encore validés/pratiqués....

      Ce qui compte aussi beaucoup c’est de savoir à combien de moment le/la proche concerné/e voisine sans masque avec des transmetteur.e.s éventuels, si c’est le cas, et si ceux/celles-ci sont masqué.e.es ou pas (si lors de contacts des masques chirurgicaux sont présents de part et d’autre, c’est assez sûr en matière de réduction des risques). Et si les locaux sont suffisamment aérés. (et sorry pour le manque d’épicène...)

    • Vous affirmez :
      « On ne peut pas extrapoler qu’avec des tests antigéniques l’infection de 8 salariés Ehpad impliquerait que deux autres l’ont été. »
      Mais si le test antigénique manque statistiquement 1 malade sur 5, cela implique que, toujours statistiquement, pour un nombre n de malades dépistés, il y en a 25% de plus qui sont passés en faux négatifs. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement.

      Je n’ai pas trouvé de référence à une politique officielle (HAS ou ARS) de dépistage dans les Ehpad, autre que la livraison de tests antigéniques pour les personnels, et le dépistage RT-PRC des résidents au retour des sorties de Noël.

      Je n’ai rien dit sur le gaspillage massif des tests PCR dont je suppose que tout le monde est informé. Quand je suggère de les utiliser, c’est bien sûr en faisant l’hypothèse qu’ils sont utilisés proprement. De fait, les bulletins de l’Ehpad indiquent que les résultats des tests PCR pratiqués sur les résidents reviennent dans les 24 heures. Je suppose que dans ces conditions ils comparent favorablement avec les tests antigéniques, mais cela dépend sans doute de la sensibilité exacte des tests, et probablement de la fréquence des dépistages systématiques. Je suppose que quelqu’un a du faire une analyse théorique et des comparaisons chiffrées. Qui et où ? Mais s’il s’avère que, sous des conditions à préciser, le test antigénique est meilleur, ce devrait être aussi le cas pour les résidents de l’Ehpad. Tout cela devrait être publié de façon lisible depuis longtemps.

      Les tests salivaires quotidiens seraient effectivement une bonne solution, mais il n’y a apparemment pas grand’chose au point. Je ne sais ou en est le test Abbott qui était sorti au mois d’août aux USA, pour $5 le test, prétendument avec une précision de 97%. Ceci dit, on peut augmenter l’efficacité de tous les tests en augmentant leur fréquence.

  • « J’adore mon travail. Et depuis 2019, je ne compte pas mes heures. Après le premier confinement, j’ai touché la prime Covid de 1000 euros attribuée par l’Etat. Et je suis maintenant en CDI. J’ai aussi signé un contrat d’intégration républicaine. Pourtant, le préfet dit que je n’ai pas fait la preuve de mon insertion dans la société française. Je ne comprends pas. J’ai un terrible sentiment d’injustice », confie Lydia qui réside à Montmélian (Savoie).
    En Savoie, une aide-soignante d’origine béninoise, veuve d’un français, menacée d’expulsion en pleine épidémie https://www.leparisien.fr/societe/en-savoie-une-aide-soignante-menacee-d-expulsion-en-pleine-epidemie-22-11

    • En Savoie, une aide-soignante menacée d’expulsion en pleine épidémie

      #Lydia_Veyrat, 37 ans, était mariée à un Savoyard et le couple vivait au Bénin. En 2019, Roger, le mari de Lydia, meurt. La Béninoise se rend en Savoie pour régler la succession de son défunt mari. Des démarches qui vont prendre du temps. Alors Lydia cherche du travail. Au Bénin, elle était infirmière. Mais son diplôme n’est pas reconnu en France. Elle trouve un emploi d’ #aide-soignante dans un #Ehpad de #Pontcharra (Isère), accumule les contrats.

      Pourtant, le préfet de Savoie vient de signifier à Lydia « une obligation de quitter le territoire français » ( #OQTF ). Une décision incompréhensible pour la jeune aide-soignante.

      https://www.leparisien.fr/societe/en-savoie-une-aide-soignante-menacee-d-expulsion-en-pleine-epidemie-22-11

      #renvois #expulsions #France #Savoie

    • Savoie : la justice confirme l’expulsion d’une aide-soignante en pleine crise sanitaire

      Le tribunal administratif de Grenoble rejette la requête déposée par Lydia Veyrat. Employée d’un Ehpad, cette aide-soignante béninoise résidant à Montmélian en Savoie conteste son obligation de quitter le territoire en pleine crise sanitaire.

      https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/savoie-la-justice-confirme-l-expulsion-d-une-aide-soignante-en-pleine-cri

    • Lydia Veyrat, aide-soignante béninoise menacée d’expulsion, va obtenir un titre de séjour

      Lydia Veyrat, employée dans un Ehpad d’Isère, va pouvoir obtenir un titre de séjour, ont annoncé vendredi les ministres Marlène Schiappa et Olivier Véran dans un communiqué commun.

      C’est un soulagement immense pour Lydia Veyrat. Cette aide-soignante béninoise, employée en CDI dans un Ehpad d’Isère, va pouvoir obtenir un titre de séjour lui permettant de rester en France, ont annoncé vendredi 27 novembre Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, chargée de la citoyenneté, et Olivier Véran, ministre de la Santé.

      « Je suis libérée ! Je vais pouvoir rester avec mes résidents [de l’Ehpad] et mes collègues, donner le meilleur de moi-même. Je vais continuer à me battre aux cotés de mes collègues dans cette crise sanitaire », a-t-elle confié à InfoMigrants, quelques heures après l’annonce, encore sous le coup de l’émotion.

      « Que je travaille en France, c’était le rêve de mon mari et il va pouvoir se réaliser. »

      Mariée à un Français avec qui elle a vécu pendant 20 ans au Bénin, Lydia Veyrat est arrivée en France en mai 2019 après la mort de son époux. Le couple avait prévu de venir s’installer dans l’Hexagone pour des raisons médicales, Monsieur Veyrat étant très malade. Cet ingénieur en électricité n’a malheureusement pas eu le temps d’arriver en France et est mort dans son pays.

      De son côté, Lydia Veyrat – qui avait déjà quitté son emploi d’infirmière au Bénin pour s’installer en France – a décidé de venir seule en Savoie afin de régler la succession de son mari. Elle a rapidement trouvé un emploi d’aide-soignante et avait signé un CDI dans un Ehpad en octobre dernier.

      Pourtant, son renouvellement de titre de séjour a été refusé et la soignante a reçu une Obligation de quitter le territoire français (OQTF), au motif, notamment, qu’elle ne serait pas assez intégrée à la société française.

      Le recours déposé par son avocat Me Didier Besson devant le tribunal administratif de Grenoble avait été rejeté lundi.
      Découragement

      « Mme Veyrat commençait vraiment à se décourager. Moi, je lui disais de tenir bon car je voyais l’ampleur de la couverture médiatique de l’affaire », a-t-il déclaré à InfoMigrants.

      Selon lui, « c’est vraiment le fait que Mme Veyrat soit soignante qui a débloqué les choses ». « J’ai d’autres cas de personnes [dans la même situation] qui sont aberrants » mais qui ne reçoivent pas de réponse favorable, souligne le conseil.

      « Les services de la préfecture de Savoie prendront l’attache de Madame Guinnou veuve Veyrat aujourd’hui pour formaliser cette décision », affirme le communiqué commun de Marlène Schiappa et d’Olivier Veran,

      Didier Besson, lui, dit s’attendre à ce que la préfecture « traîne la patte comme d’habitude ». « Il manque toujours un papier, après ils nous renvoient sur leur site. Il faut parfois que j’accompagne des personnes à la préfecture pour qu’ils acceptent d’enregistrer leur dossier », déplore-t-il. « Mais là, ils ne vont pas voir le choix, ils vont devoir plier. »

      https://www.infomigrants.net/fr/post/28801/lydia-veyrat-aide-soignante-beninoise-menacee-d-expulsion-va-obtenir-u

    • voir aussi :

      Finalement, Lydia Veyrat, infirmière béninoise venue en France pour y suivre son mari français et décédé depuis, travaillant en France comme aide-soignante auprès de patients COVID, ne sera pas expulsée ! La Préfecture de Savoie, devant la bronca sur les réseaux sociaux sans doute, lui remet une carte de séjour.

      https://seenthis.net/messages/888552

  • Covid-19 : Dans les Ehpad, une remontée des cas de contamination préoccupante
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/23/covid-19-dans-les-ehpad-une-remontee-des-cas-de-contamination-preoccupante_6

    Loin des chiffres vertigineux de la première vague, les établissements pour personnes dépendantes enregistrent néanmoins une hausse importante des infections depuis quelques semaines.

    « On est comme des vigies sur un bateau. On voit l’iceberg. Mais on ne sait pas à quelle vitesse il s’approche » : au CHU de Lille, « depuis une semaine » le professeur Eric Wiel voit « revenir doucement » les résidents de maisons de retraite parmi les malades du Covid-19 hospitalisés. « Il y a une augmentation des patients âgés, mais aucune modélisation mathématique ne peut dire si et quand une deuxième vague » touchera les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), affirme ce professeur de médecine, chef de pôle adjoint des urgences à l’hôpital.

    A ce stade, Santé publique France constate dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire publié jeudi 22 octobre « une augmentation particulièrement importante » des nouveaux cas de contamination dans les Ehpad. L’agence recense 6 290 cas au 11 octobre, contre 3 635 le 8 octobre. Une hausse de plus de 73 %, la plus forte depuis la fin du confinement et qui « concerne toutes les régions » . Une semaine plus tôt, Santé publique France observait déjà la détérioration de la situation à travers la forte hausse des foyers de circulation du virus dans les établissements. 304 #clusters étaient répertoriés, soit 20 % de la totalité (1 496), avec en moyenne 15 cas confirmés par foyer actif.

    « On voit monter plus fortement le taux d’incidence chez les plus de 65 ans que pour le reste de la population » , avance Hélène Junqua, directrice générale adjointe de l’agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine. Une tendance inquiétante, selon elle, « même si le dépistage systématique dans les Ehpad, dès qu’un cas apparaît, peut expliquer cette augmentation » .

    « Turn-over du personnel »

    Pour autant, parmi ces clusters, un certain nombre disparaissent sans avoir entraîné de décès. « A ce jour, nous comptons 248 résidents porteurs du virus au sein de nos 225 établissements, dont 80 % sont asymptomatiques » , indique le groupe Orpea, qui déplore 39 morts du Covid-19 depuis le 1er septembre parmi ses 225 Ehpad. Korian répertoriait quant à lui, dans ses 300 établissements, 9 nouveaux décès liés au virus en août, 23 en septembre et 48 en octobre. Loin du tribut payé par le groupe fin avril, soit 606 décès sur 23 000 résidents.
    Au total, 15 041 résidents d’Ehpad sont morts du Covid-19 depuis le 1er mars. Soit 44 % des victimes du virus (33 885). « On ne peut pas dire que la situation dérape de nouveau dans les Ehpad , estime Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Syndicat national des établissements et résidences privées pour personnes âgées. Elle est à ce stade encore sous contrôle. »

    De fait, la courbe des #décès a largement décru avant l’été, avant de reprendre doucement fin septembre. Du 24 septembre au 1er octobre, Santé publique France répertoriait 192 nouveaux décès, 142 du 5 au 11 octobre. Mais du 11 au 18 octobre, le nombre de morts a atteint 258. Soit près d’un tiers de l’ensemble des décès enregistrés la même semaine (764).

    Contrairement à la première vague, le virus frappe aujourd’hui autant les territoires ruraux que les métropoles. Fin septembre, 20 résidents sont morts du Covid-19 en l’espace d’un mois à l’#Ehpad Gloriande, à Séverac-le-Château (Aveyron). L’Ehpad de Notre-Dame-du-Bourg, à Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), a perdu 8 de ses pensionnaires, et la Résidence du Clair-Mont, à Roanne (Loire), 9. Même si la mort est loin de frapper comme au printemps, Santé publique France indique que « l’augmentation des nombres de cas de #Covid-19 parmi les résidents des Ehpad fait craindre une augmentation des décès dans les semaines à venir » .

    Comment expliquer ce regain de l’épidémie dans des établissements qui ont pour la plupart tiré les leçons de la première vague ? Santé publique France montre une reprise des contaminations en Ehpad à la fin du mois d’août, qui coïncide avec le retour des congés d’été et la rentrée scolaire . Pour Malika Belarbi, membre de la direction fédérale de la CGT, le virus circule du fait « du turn-over du personnel. On pallie le manque de personnel par des embauches de vacataires non ou peu formés aux mesures d’hygiène » .

    « On voit arriver la deuxième vague et on la craint même plus que la première : nos agents sont plus fatigués et nous n’avons pas le même vivier de renforts car les déprogrammations à l’hôpital sont moins nombreuses qu’au printemps » , s’inquiète Séverine Laboue, membre du bureau national de la Fédération hospitalière de France. En attendant, dès le premier cas de Covid, la plupart des directions d’Ehpad suspendent les visites des familles. Au risque – malgré elles – de mettre en péril la vie de leurs résidents qui parfois ne tient qu’à un fil, celui du lien avec leurs proches.

  • Covid-19 : à Saint-Etienne, « la situation est en train de nous échapper », Luc Chatel
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/22/covid-19-a-saint-etienne-la-situation-est-en-train-de-nous-echapper_6056963_

    Si la contamination poursuit sa hausse, les hôpitaux ne pourront bientôt plus accueillir de malades.

    Déjà soumise au couvre-feu nocturne depuis le 17 octobre, la métropole de Saint-Etienne voit la situation sanitaire se dégrader de jour en jour. Le chef-lieu de la Loire affiche désormais le plus haut niveau de contaminations du pays, avec un taux d’incidence de 807 cas sur sept jours pour 100 000 habitants, contre 370,5 de moyenne nationale, selon les dernières données de Santé publique France. Le département de la Loire a enregistré neuf décès en vingt-quatre heures, jeudi 22 octobre. A l’Hôpital privé de la Loire (HPL), deuxième plus gros établissement sanitaire de Saint-Etienne, après le centre hospitalier universitaire (CHU), le directeur, Janson Gassia, détaille : « Nous avons actuellement 54 patients Covid, alors qu’ils étaient 45 au plus haut de la première vague, début avril. »

    Très présent dans les médias pour critiquer les décisions gouvernementales face au coronavirus, dont l’instauration du couvre-feu et la fermeture des bars dans sa ville, le maire (LR) de Saint-Etienne se fait ces jours-ci plus discret. Alors qu’il affirmait, lundi 12 octobre sur RTL, qu’il n’y avait « aucun malade dans les #Ehpad stéphanois », Gaël Perdriau, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, a dû faire face une semaine plus tard à l’identification par l’agence régionale de santé (ARS) d’une dizaine de clusters dans des Ehpad.

    Pour Janson Gassia, « à ce rythme, nous allons atteindre le taux maximum d’occupation des lits [d’hôpitaux] d’ici deux semaines » . Il avait été recommandé la semaine du 12 octobre aux établissements de la Loire de déprogrammer 30 à 40 % des interventions non urgentes, or l’HPL et le CHU en sont à plus de 70 %. « Nous allons très vite devoir cesser toute intervention hors Covid » , prévient le professeur Franck Chauvin, directeur de la prévention au CHU de Saint-Etienne, président du Haut-Conseil de la santé publique et membre du conseil scientifique mis en place au printemps par le gouvernement. Jusqu’à présent, la situation avait pu être en partie régulée grâce à des transferts de malades : neuf patients stéphanois ont notamment été pris en charge la semaine du 12 octobre par le CHU de Clermont-Ferrand. « Nous avons également fait des transferts entre établissements du groupement hospitalier de territoire » , précise Janson Gassia.

    « Notre personnel est très fatigué »

    C’est en effet à cette échelle locale, qui couvre la Loire et le nord de l’Ardèche et qui regroupe une dizaine d’établissements hospitaliers sous la direction du CHU de Saint-Etienne, que s’organise au quotidien la gestion des lits. « Nous avons une conférence téléphonique quotidienne entre directeurs, du lundi au dimanche, pour évaluer la situation, précise le patron de l’HPL. C’est ce qui nous a permis jusque-là de répartir au mieux tous les patients. Mais nous en sommes à un stade où nous ne pouvons pas repousser les murs pour ouvrir de nouveaux de lits. Et notre personnel, qui est très impliqué et désormais bien formé à cette situation, commence à être très fatigué. » Une fatigue qui se ressent aussi chez les médecins généralistes. « Tout le monde est débordé, la situation est en train de nous échapper, constate avec dépit Nassira Drikeche, médecin généraliste dans le quartier populaire de Montreynaud. Depuis une dizaine de jours, ça n’arrête pas : les appels téléphoniques liés au Covid ont doublé et il y a beaucoup plus de cas positifs, notamment chez des patients asymptomatiques. C’est une catastrophe. »

    Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer la situation. « La population de Saint-Etienne est plus précaire que celle des autres métropoles, puisque 25 % des Stéphanois vivent sous le seuil de pauvreté , rappelle Régis Juanico, député (Génération.s) de la Loire, dont la circonscription recouvre une bonne partie de la ville. Or on sait que le virus atteint plus spécialement ces personnes. C’est une piste d’analyse, mais on n’a en réalité aucune explication satisfaisante. Rien ne permet pour l’instant de justifier l’ampleur de la progression. » Pour Franck Chauvin, comme pour l’ARS, « Saint-Etienne n’est peut-être que la première d’une série de villes qui seront tout aussi fortement touchées. Les courbes des autres départements sont très mauvaises. »

    75 % de plus de 70 ans

    A Saint-Etienne, comme dans d’autres villes affectées par la pandémie de Covid-19, l’âge des patients est un motif d’inquiétude. « Les plus de 70 ans représentent plus de 75 % des personnes atteintes du coronavirus qui entrent à l’hôpital ces derniers jours , indique Franck Chauvin. Or leur durée d’hospitalisation est plus longue et ils sont plus souvent admis en réanimation que les autres malades du Covid. C’est de là que vient l’essentiel de la tension. » C’est donc auprès de ce public qu’il faudrait et qu’il faudra agir prioritairement, selon lui. « On n’a pas mis en place de mesures de protection spécifiques pour ces personnes fragiles, qui se contaminent pour l’essentiel dans la sphère familiale, regrette-t-il. Elles doivent absolument continuer à mettre un masque quand elles se trouvent avec des plus jeunes, ventiler les pièces, se laver les mains, utiliser du gel hydroalcoolique et respecter les distances pendant les repas. » Ce que soulignent tous les observateurs stéphanois, c’est en effet la mauvaise application des gestes barrières : masque enlevé pour se faire la bise, pour se parler ou pour téléphoner, relâchement lors de réunions familiales, distanciation non respectée, etc.

    En attendant de pouvoir compter sur une remobilisation de la population, d’autres solutions sont à l’étude au sein de la préfecture de la Loire, où chaque lundi, un « point Covid » est organisé autour de la préfète et d’un grand nombre d’institutions concernées par la pandémie. « Un arrêté d’extension de l’alerte maximale à des communes voisines de la métropole, voire à tout le département de la Loire, est déjà dans les cartons » , précise un participant à ces réunions. Deux autres mesures ont été évoquées lors du dernier « point Covid » de la préfecture : l’avancée du couvre-feu à 19 heures et le reconfinement localisé.

    #hôpital #précarité #prévention_en_berne (on se demande pourquoi) #couvre-feu #reconfinement

    • Covid-19 : « Les citoyens doivent être davantage associés aux mesures à prendre face à l’épidémie », le turbo prof Franck Chauvin, cancérologue et professeur de santé publique à l’université Jean-Monnet, à Saint-Etienne, préside le Haut Conseil de santé publique et est membre du conseil scientifique sur le Covid-19. Propos recueillis par Chloé Hecketsweiler
      https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/23/covid-19-les-citoyens-doivent-etre-davantage-associes-aux-mesures-a-prendre-

      Le professeur de santé publique Franck Chauvin (...) et la nécessité d’une pédagogie tournée notamment vers les plus de 70 ans.

      Franck Chauvin (...) explique la difficulté d’évaluer les conséquences à long terme des mesures prises pour lutter contre l’épidémie, et la nécessité d’associer les citoyens à ces choix qui engagent toute la société.

      Il va falloir vivre avec le virus tout l’hiver, voire au-delà. Quelles sont les stratégies possibles ?

      Il y a trois solutions. La première consiste à laisser le virus se propager sans prendre de mesures restrictives. L’expérience de pays comme le Royaume-Uni au début de la pandémie ou le Brésil, par exemple, montre l’impossibilité d’une telle solution, inacceptable en termes de mortalité. Une autre stratégie est de faire du « stop and go » , c’est-à-dire qu’on contrôle la circulation du virus par des confinements entrecoupés de périodes de relâche, car le confinement ne peut durer indéfiniment. Soit enfin, on trouve un moyen de réduire le risque de façon chronique en protégeant les plus fragiles et en essayant de limiter la circulation parmi les autres. [une politique de suppression du virus n’est pas envisagée, c’est con pour les précaires de Saint_Étienne et d’ailleurs, ndc]

      La seconde vague est là. Comment éviter une catastrophe dans les hôpitaux ?

      L’analyse rétrospective des chiffres montre que, si, en mars, on avait été en mesure de protéger les plus de 70 ans, les hôpitaux n’auraient pas été débordés. Mais nous ne le savions pas à l’époque. Le conseil scientifique avait proposé à la sortie du confinement de maintenir une sorte de confinement volontaire pour ces personnes-là : cela avait été très mal perçu.

      Je pense qu’il faut faire beaucoup de pédagogie auprès de cette population car, au-delà d’un certain âge, le risque de formes graves de ce virus augmente de façon très importante. Ce message, difficile à recevoir pour ces personnes, est crucial à faire passer dans l’ensemble de la population.

      Il faut bien avoir en tête que, au-delà d’un seuil, obtenir la disparition totale du virus n’est plus possible, sauf en cas de découverte d’un médicament ou d’un vaccin très efficaces et massivement disponibles. Il est donc très probable que nous devions apprendre à vivre avec ce virus comme l’humanité l’a fait et le refera.

      Les grands-parents doivent-ils renoncer à voir leurs petits-enfants, à les embrasser ?

      Le problème est que nous n’avons pas conscience que des gens de notre propre famille puissent représenter un danger. Au bout d’un moment, les mesures barrières tombent. C’est probablement à ces occasions-là que les gens se contaminent.
      Je ne pense pas qu’il faille réduire les liens sociaux notamment entre générations. Il faut en créer d’une autre nature. Si les petits se sont lavé les mains, et si tout le monde porte un masque, le risque est limité. Il faut juste s’y habituer. On n’empêchera pas le virus de circuler – on n’en est plus là – mais on peut espérer le garder sous contrôle et limiter son impact dans les populations à risque.

      En quoi cette épidémie se distingue-t-elle des autres ?

      Le caractère exceptionnel de cette crise n’est pas l’épidémie elle-même : il y en a eu d’autres, de grande ampleur, comme la grippe asiatique de 1957-1958 ou la grippe de Hongkong en 1968-1969. Tous les hôpitaux étaient saturés, plus d’un million de personnes sont décédées dans le monde et pourtant personne n’en a parlé.

      Ce qui est exceptionnel, c’est que, cette fois, on a considéré que le sanitaire devait l’emporter sur tout le reste et cela dans pratiquement tous les pays du monde. Le caractère extrêmement brutal de l’épidémie a sidéré tout le monde, et les pays ont quasi tous fait le même choix, en confinant leur population pour sauver les hôpitaux et permettre la prise en charge de tous les patients.

      Aujourd’hui, on prend des décisions sans savoir sur le long terme si leur effet n’est pas finalement plus délétère que la maladie…

      Il y a avant tout une situation urgente à résoudre. Idéalement, quand on conseille de prendre telle ou telle mesure, on devrait être en mesure de dire ce qu’on en attend en matière d’efficacité, et ce que cela va coûter, c’est-à-dire quel sera l’impact des mesures. Cela dit, le bilan de la première vague commence à se préciser. Le rapport de la mission présidée par le professeur Pittet [https://www.vie-publique.fr/rapport/276679-gestion-de-crise-la-covid-19-et-anticipation-des-risques-pandemi donne de premiers éléments en matière de PIB [ produit intérieur brut ], de baisse de taux d’emploi ou de chute de la consommation.

      Ainsi, ce rapport note que le confinement a été responsable d’une chute de 10 points de PIB, à laquelle s’ajoutent les dépenses sociales engagées pour soutenir les secteurs touchés. Les économistes préciseront probablement ces coûts dans les mois qui viennent. Les effets induits commencent à être mieux connus aussi grâce à des études conduites par des équipes de recherche en sciences humaines et sociales. De l’autre côté, des simulations permettent d’estimer le nombre de décès qui ont été évités par cette mesure inédite. Ce sont ainsi probablement plusieurs dizaines de milliers de morts qui ont été empêchés.

      Avec ces données, n’est-il pas possible d’établir la balance coût-bénéfice du #confinement ?

      C’est très compliqué à faire, car cela repose sur le calcul des décès « évités » prenant en compte l’âge des patients. Un certain recul est nécessaire pour apprécier ce qu’on a gagné d’un côté et perdu de l’autre grâce à cette mesure dont on sait, de façon certaine, qu’elle a eu pour effet de limiter la saturation du système hospitalier. Et ce n’est absolument pas en période de crise que l’on peut conduire ce type de réflexion. Le caractère émotionnel est trop important et notre jugement risque d’être faussé.

      La question aurait néanmoins pu être soulevée entre les deux vagues…

      C’est en effet une question que doit poser la société. Et la réponse ne peut être que collective. Les décisions à prendre pour faire face à l’épidémie sont extrêmement impactantes, et c’est pourquoi les citoyens doivent y être davantage associés. Il est vrai que l’arrivée de cette seconde vague aussi rapidement a probablement empêché ce type de discussion au sein de la société, mais cela reste une discussion nécessaire.

      En matière de santé publique, notre société est organisée autour d’un certain nombre de pactes implicites ou explicites. Par exemple, la grippe est responsable de 10 000 décès par an environ, et ce dans une certaine indifférence. Nous acceptons collectivement que la vaccination ne soit pas systématique dans l’entourage des personnes à risque ou à l’hôpital. C’est bien un choix sociétal qui est fait.

      Il faudra donc attendre la fin de la crise aiguë pour connaître le coût des restrictions pour la société ?

      Ce sera le travail des économistes de nous éclairer sur ce point. On est en récession, le déficit de la Sécurité sociale sera probablement l’un des plus élevés de ces dernières années. Mais le problème, ce ne sont pas tant les chiffres que leur traduction pour la population. En France, l’impact social des mesures prises pour contenir l’épidémie a été retardé grâce à un système d’amortisseur extrêmement performant. Mais cet impact sera perceptible pour chacun d’entre nous, c’est certain. Le président de la République a rappelé aussi les répercussions de ces mesures sur les étudiants, avec le risque de décrochage, des difficultés à trouver des stages, sans parler de l’accès à l’emploi qui va être compliqué pour eux.

      L’impact va être significatif et diffus, avec des effets y compris sur la santé des gens. C’est pour cela que le confinement ne peut se concevoir qu’en dernière extrémité. Il faut que la situation soit dramatique pour aller dans cette direction et elle l’était en mars.

      Compte tenu des enjeux, les Français n’ont-ils pas leur mot à dire sur les mesures à prendre pour « vivre avec le virus » ?

      En période de crise, nous partons du principe que les instructions venues d’en haut sont forcément adoptées dans la population. Or, nous savons que ce n’est pas forcément le cas. Les 20-40 ans, pendant l’été, ont par exemple adopté leur propre stratégie face à l’épidémie. Ils ont eu massivement recours aux tests mais ont été probablement très laxistes sur les mesures barrières. Il faut qu’on trouve le moyen d’associer la population à la mise en œuvre de ces mesures.

      Il faut d’abord informer, éduquer, et engager notre responsabilité individuelle, car l’Etat ne pourra pas tout faire. La génération des 20-40 ans, quoi qu’on en pense, est extrêmement responsable et elle l’a montré par ce recours massif aux tests. Si on leur explique qu’en cas de test positif il faut rester sept jours chez soi, ne sortir qu’avec un masque et voir le moins de gens possible, je suis certain qu’ils le feront.

      Voilà à quoi ressemble ce brave médecin, "directeur de la prévention et de la santé des populations au CHU de Saint-Étienne."
      https://www.hcsp.fr/explore.cgi/personne?clef=2179

    • Covid-19 : premiers transferts de patients pour soulager les hôpitaux sous tension
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/23/covid-19-premiers-transferts-de-patients-pour-soulager-les-hopitaux-sous-ten

      Huit patients des hôpitaux de Roubaix et Tourcoing ont été transférés dans la nuit de jeudi à vendredi vers des établissements de la région lilloise, et huit autres d’Auvergne-Rhône-Alpes vers la Nouvelle-Aquitaine.

      Dommage qu’il n’y ait pas plus d’hostos dans le Loir et Cher et les Alpes de Haute Provence, les départements à faible prévalence du virus se font rares.

      Par ailleurs, la presse ne parle guère des transferts intra régionaux (par exemple de la Seine Saint-Denis vers les Yvelines) qui sont en cours depuis un moment.

  • L’ingénieur chasseur de Covid
    https://www.parismatch.com/Actu/Sante/L-ingenieur-chasseur-de-Covid-1707818

    Vanoli récupère des plans du vieux bâtiment, des points d’aération, effectue sa simulation en 3D. Effarement : « Je réalise que les particules contaminantes circulent de la zone #Covid vers la zone #Ehpad, séparées par une simple porte et un couloir. » C’est précisément l’endroit où les #soignants viennent souffler, autour de la fontaine à eau, en enlevant souvent leur #masque. Voilà sans doute pourquoi le #coronavirus a déjà infecté un quart du personnel et tué trois pensionnaires, alités dans les chambres les plus proches de ce sas. Il faut d’urgence le sécuriser et sensibiliser les soignants ; l’ingénieur préconise aussi l’ouverture des fenêtres. « Une mesure de bon sens, admet Sébastien Laurent, directeur adjoint de l’hôpital. Mais, il faut se souvenir qu’à l’époque les autorités sanitaires n’alertent pas sur la dimension aéroportée du virus. Cette modélisation nous ouvre les yeux. »

    #aération #aérosol #aérosols

  • Une employée de l’EHPAD Saint François d’Assise de la Croix-Rousse vient d’être licenciée - Rebellyon.info
    https://rebellyon.info/Une-employee-de-l-EHPAD-Saint-Francois-d-22525

    D’abord mise à pied conservatoire, Nadia a dû quitter son poste en plein service, escortée par la police après avoir été brutalisée par le directeur de l’Ehpad en personne, qui lui sommait de quitter les lieux sur le champ.

    Pour son dévouement pendant la période de confinement, une employée à l’EHPAD Saint François d’Assise, de Lyon la Croix-Rousse, vient d’être licenciée début Juillet .

    Elle explique avoir froissé sa hiérarchie en réclamant régulièrement le paiement de ses heures supplémentaires effectuées pendant le confinement. D’abord mise à pied conservatoire, elle a dû quitter son poste en plein service, escortée par la police après avoir été bousculée par Mr DUGOUR, directeur de l’EHPADle en personne, qui lui sommait de quitter les lieux sur le champ. Le malaise s’est cristallisé autour cette employée de l’Ehpad. Nadia Dias Bandeira, plongeuse au sein de la Société API Restauration, depuis le 16 Août 2019, dans la structure de l’Ehpad de Saint François d’Assises à la Croix-Rousse, juge son licenciement abusif. « En fait, tout cela à commencé lorsque j’ai commencé à demandé mes feuilles de salaires qui ne me parvenait pas, ainsi que les heures supplémentaires effectuées pendant la crise sanitaire ».

    #Ehpad

  • Michèle Delaunay, ex-ministre et médecin : « L’isolement individuel en Ehpad a été une erreur »
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/07/30/michele-delaunay-l-isolement-individuel-en-ehpad-a-ete-une-erreur_6047654_32


    La médecin et ex-ministre Michèle Delaunay à Hossegor (Landes), le 28 juillet.
    MARKEL REDONDO POUR « LE MONDE »

    La crise du Covid-19 est l’occasion de mettre en évidence les insuffisances des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes dans des situations d’urgence et de fin de vie, selon l’ancienne ministre.

    Médecin spécialisée en cancérologie cutanée, Michèle Delaunay, 73 ans, a été députée (PS) de la Gironde de 2007 à 2012, puis ministre déléguée de François Hollande, chargée des personnes âgées et de l’autonomie, de 2012 à 2014.
    Depuis 2016, elle préside le conseil d’administration de l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (Isped) de l’université de Bordeaux. Son dernier ouvrage, Le Fabuleux Destin des baby-boomers (Plon), évoque les questions vertigineuses posées par le vieillissement et la perspective de la mort en série des 20 millions de personnes de la génération née entre 1946 et 1973.

    Dès le début du confinement, vous avez alerté sur les dangers du virus dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), appelant à équiper en urgence le personnel, suggérant même aux familles qui le pouvaient de reprendre leurs proches avec eux. Pourquoi ?
    D’abord pour soustraire autant que possible des résidents au chaudron de contamination que pouvait devenir un Ehpad et à l’isolement qui leur était imposé.

    Mais plus structurellement parce que ces établissements ne sont pas suffisamment armés pour faire face à des morts en série. Les Ehpad, où résident 600 000 personnes en France, sont en théorie un lieu de vie et de soins. Mais ils sont de fait un lieu de fin de vie pour la très grande majorité des résidents, ce qui pose clairement la question de leurs moyens humains et matériels pour y faire face.
    Dès le début de l’épidémie, il a été évident que l’âge était un des principaux facteurs de risque de décès. J’ai été frappée par la première annonce, fin mars, d’une vague de décès par Covid-19 dans un Ehpad à Mougins [Alpes-Maritimes]. C’est la presse locale qui a révélé que douze résidents de cet établissement avaient succombé en quinze jours.

    #paywall

  • Le bilan journalier dérisoire de la pandémie en France, qui ne justifie en rien la VIOLENCE de ce gouvernement #EnMarche
    23 Juillet 2020 : Coronavirus : 7 nouveaux décès, près de 1000 nouveaux cas confirmés en 24 heures en France
    https://www.lefigaro.fr/sciences/coronavirus-7-nouveaux-deces-pres-de-1000-nouveaux-cas-confirmes-en-24-heur
    . . . . . . .
    Au cours des dernières 24h, 7 personnes hospitalisées ont perdu la vie des suites d’une infection au coronavirus.

    Selon les chiffres de la Direction générale de la santé (DGS) publiés ce mercredi 22 juillet, 6366 patients sont toujours pris en charge par les services hospitaliers, 455 d’entre eux sont en réanimation.

    « Le virus circule sur l’ensemble du territoire national », indique la DGS, en soulignant le nombre croissant de clusters. Sur les 561 détectés depuis le 9 mai, 212 sont encore en activité et 14 ont été découverts dans la journée.
    . . . . . . .
    #macro_lepenisme #maintien_de_l'ordre macronien #violence #épidémie #pandémie pas #en_vedette #imposture #confinement
    C’est pas à la une des #médias de #france #propagande #journulliste #journullistes #medias #politique #médiacrates #mass_merdias

    • Amputations, défigurations, fracas maxillo-facial ou dentaire, dilacération oculaire ou énucléation, fracas crânien, hémorragies cérébrales…

      Couvrez ces plaies que je ne saurais voir…
      Le 24 janvier 2019, le professeur Laurent Thines, neurochirurgien au CHU de Besançon, après avoir constaté les dégâts occasionnés par les #LBD, informe les pouvoirs publics et lance une pétition.
      https://www.legrandsoir.info/couvrez-ces-plaies-que-je-ne-saurais-voir.html
      Il écrit : « J’ai été particulièrement choqué par les photos prises et les lésions observées chez les personnes blessées lors des mouvements de manifestation. Beaucoup, très jeunes (potentiellement nos enfants), ont été mutilés alors qu’ils ne représentaient aucune menace spécifique ». Et d’ajouter : « amputation de membre, défiguration à vie, fracas maxillo-facial ou dentaire, dilacération oculaire ou énucléation, fracas crânien, hémorragies cérébrales engageant le pronostic vital et entrainant des séquelles neurologiques, autant de mutilations qui produisent de nouveaux cortèges de « Gueules cassées »…Tant de vies ont été ainsi sacrifiées (…)…Pour toutes ces raisons nous, soignants (médecins, chirurgiens, urgentistes, réanimateurs, infirmiers, aides-soignants…) apolitiques et attachés à l’idéal de notre pays, la France, au travers de la déclaration des Droits de l’Homme, de la Femme et du Citoyen, demandons qu’un moratoire soit appliqué sur l’usage des armes sublétales de maintien de l’ordre en vue de bannir leur utilisation lors des manifestations »(1) .

      Première parenthèse : on dit « létal » pour éviter « mortel », « bâton souple de défense » pour ne pas dire « matraque », « lanceur de balles de défense » pour cacher que le lanceur est une arme d’attaque, « forces de l’ordre » pour indiquer que la violence n’est pas imputable aux policiers, « blessures oculaires » pour que le vilain mot « éborgnement » ne soit pas prononcé.

      Seconde parenthèse : la revendication de l’ « apolitisme » des signataires nous ferait tousser comme un contaminé au Covid-19 si l’on ne comprenait pas qu’il signifie « de diverses opinions politiques ».

      Avec Cathy JURADO, Laurent THINES publie à présent un recueil de textes dont ils disent : « né au cœur des ronds-points et des manifestations de Gilets Jaunes, il témoigne de ce combat historique, par le biais d’une évocation poétique sans concession de la répression contre ce mouvement mais aussi de la ferveur et du courage des militants. Les droits d’auteur seront reversés intégralement au Collectif des Mutilés pour l’Exemple ».

      C’est publié par « Le temps des Cerises » , excellent éditeur qui a publié.

      Maxime VIVAS Pour participer à ce geste de solidarité, contactez : poemesjaunes@gmail.com
      Pour en savoir plus, lisez l’article ci-contre https://www.legrandsoir.info/feu-poemes-jaunes.html

      Note (1) La réponse au cours de l’année a été la violence policière répétée contre le personnel soignant, matraqué et gazé. En mars 2020, des policiers se sont rendus, à la nuit tombée, avec des véhicules de service aux gyrophares allumés, devant des hôpitaux pour y applaudir (à distance) le personnel soignant qui est aux premières lignes dans la lutte contre le Coronavirus. Dérisoire initiative d’un corps de métier qui bénéficie, pour « maintenir l’ordre » de masques de protection qui font défaut dans les hôpitaux et qui usa de la matraque si les soignants manifestaient pour en réclamer. Puis, les manifestations ont repris et les brutalités contre le personnel soignant aussi.

      #violence #violences_policières #police #répression #violences #violence_policière #emmanuel_macron #giletsjaunes #resistances #social #mutilations #mutilés #maintien_de_l'ordre #gilets_jaunes #justice #répression #violence #armes_non_létales #flashball #blessures #langage

    • Le Ségur de la honte ! Jean-Michel Toulouse, ancien directeur d’hôpital public - 22 juillet 2020
      https://pardem.org/actualite/1057-le-segur-de-la-honte

      Certes il était illusoire d’espérer que des décisions à la mesure des besoins de l’hôpital, du personnel et des patients seraient prises au Ségur de la Santé. Sauf à croire au miracle ! 


      Mais la réalité dépasse la fiction : trois syndicats se sont déshonorés en signant les « accords » séguro-macroniens. Non seulement les revendications répétées des personnels hospitaliers depuis de très longs mois ont été piétinées mais il ne subsiste aucun espoir que les problèmes de fond qui minent la santé publique soient réglés.


      Mais l’honneur et la lutte n’ont pas disparu. Ils étaient incarnés le 14 juillet entre République et Bastille à Paris et dans de nombreuses villes par les soignants qui manifestaient et par les 15 organisations médicales et non médicales, qui ont refusé d’être complices du Ségur de la honte.

      Ils ont signé : la #CFDT, #FO et l’ #UNSA - les syndicats les moins représentatifs dans de nombreux hôpitaux et chez les médecins. Après 6 semaines de négociation bâclées, voici ce qu’ont accepté ces organisations : 


      – Un « socle » de 7,6 milliards d’euros pour les personnels para-médicaux (infirmières, aides-soignantes, kinésithérapeutes, etc.) et non médicaux (administratifs, agents des services hos-pitaliers, techniciens divers, etc.) est attribué à 1,5 million d’hospitaliers : une augmentation de salaire versée en deux temps, soit 90 euros au 1er septembre prochain et 93 euros au 1er mars 2021. Au total 183 euros nets mensuels sont octroyés aux agents des hôpitaux et des #EHPAD. Ce qui ne rattrape même pas le blocage du point indiciaire depuis 10 ans ! En effet pour ce rattrapage il aurait fallu 280 euros nets mensuels. Il s’agit donc d’une obole qui montre le mépris du pouvoir pour les salariés, qualifiés de « héros » par Macron ! Il est vrai que la notion de héros est commode : elle dépolitise le problème et, en outre, un héros n’a pas de besoin ! 


      – Une « révision des grilles salariales » - sans autre précision - en avril 2021, et cela ne représentera que 35 euros nets mensuels en moyenne ! Voilà la reconnaissance macronnienne pour celles et ceux qui ont tenu le pays à bout de bras pendant 3 mois et ont limité les dégâts de l’incompétence de ce pouvoir.


      – La « revalorisation » des heures supplémentaires, des primes pour travail de nuit, mais « plus tard » et sans autre précision, ce qui signifie que ce sera indolore pour ce pouvoir !


      – La création de 15 000 postes - sans précision non plus - alors qu’il en faudrait 100 000. De plus, ces postes seront à discuter avec les directions d’établissement, ce qui n’est pas acquis !


      – S’agissant des médecins, le Ségur leur octroie 450 millions d’euros (au lieu de 1 milliard), et 16 « autres mesures » à venir… La principale étant la « revalorisation » de la prime de service exclusif qui passera de 490 euros à 700 euros nets mensuels pour les PHPT (Praticiens hospitaliers plein temps), puis à 1 010 euros en 2021, à condition que ces #PHPT aient 15 ans d’ancienneté...


      – Toujours pour les médecins, révision des grilles salariales mais au rabais (100 millions d’euros), et en 2021, avec la fusion des trois premiers échelons déjà prévue par le plan Buzyn, et en créant 3 échelons supplémentaires en fin de carrière, c’est-à-dire aux calendes grecques !


      – Enfin pour les jeunes médecins et les internes, 124 millions d’euros pour les indemnités aux jeunes praticiens, qui seront portées au niveau du SMIC horaire ! Mais sans revalorisation de leurs grilles indiciaires ! Et cela alors que 30 % des postes sont vacants. Pas de mesure sur les gardes et la permanence des soins. Ce n’est pas avec cela que l’hôpital public sera plus attractif ! On risque même assister à une fuite générale des compétences vers le privé.

      Volet 2 (organisation et investissement) : du pareil au même !
      Monsieur Véran, ministre de la Santé, déclare que ce plan n’est pas fait « pour solde de tout compte ». En effet ! Nous apprenons que ce ne sera pas 15 000 postes qui seront créés mais seulement 7 500 car les 7 500 autres sont déjà inscrits dans le collectif budgétaire prévu dans le plan Buzyn « Ma santé 2022 » ! 


      Ce plan Ségur, animé par Nicole Notat, annoncé par Macron et Castex, proclame que 20 milliards de plus sont alloués aux hôpitaux. Mais en réalité il y en a déjà 13 qui sont sensés contribuer à éponger les dettes des hôpitaux (sur une dette de 30 milliards), ce qui réduit à 6/7 milliards l’ensemble des autres mesures ! 
Notat, qui a remis son rapport sur le volet 2 le 21 juillet, poursuit donc son travail d’enfumage macronien. Ce volet n°2 se limite, en effet, à injecter, sur 4 à 5 ans, 6 à 7 milliards d’euros pour financer les bâtiments, les équipements et le numérique. 6 milliards en 4-5 ans pour l’ensemble de ces mesures alors que l’hôpital est rongé par l’austérité et la réduction de moyens depuis 30 ans ! Sans compter qu’il faudra partager avec le secteur privé « assurant des missions de service public » !

      Considérant l’état des hôpitaux publics, on voit le fossé abyssal qui sépare les besoins réels et cette aumône méprisante ! En guise « d’investissement massif » - comme le promettait Macron - ce ne seront que 2,5 milliards pour les établissements de santé (projets territoriaux de santé, Ville-Hôpital, pour « casser les silos » !), 2,1 milliards pour le médico-social et les EHPAD (rénovation d’un quart des places, équipement en rails de transfert, capteurs de détection de chute, équipements numériques) et 1,5 milliard pour l’investissement dans le numérique et « les nouvelles technologies » . Il est donc évident que ce plan est loin de permettre de « changer de braquet ». Alors que ce sont des milliers de lits qui ont été supprimés depuis 30 ans (quelque 12 000 ces 5 dernières années), le plan Véran-Notat prévoit 4 000 créations mais seulement « à la demande » et « en fonction des besoins » (évalués par qui ?), et pour des motifs de « grippe saisonnière ou d’autres pics d’activité exceptionnels ». En réalité pas un lit ne sera créé pour compenser la destruction systématique de nos hôpitaux. Le COPERMO (Comité interministériel pour la performance et la modernisation de l’offre de soins hospitaliers), véritable instrument de verrouillage de l’investissement dans les hôpitaux publics, sera supprimé et remplacé par un « Conseil national de l’investissement » qui « accompagnera les projets, établira les priorités, répartira les enveloppes uniquement pour ceux qui seront financés sur fonds publics (on ne voit pas comment l’hôpital public serait financé autrement…), ou qui seront supérieurs à 100 millions d’euros » ! Autant dire que seul change le nom du COPERMO mais qu’est conservé l’instrument de verrouillage des investissements hospitaliers ; même si l’intention de le faire cautionner par quelques élus est annoncée comme une mesure formidable !
Ce volet 2 traite de « déconcentration de la gestion des investissements » et envisage de donner plus de pouvoirs aux Délégations départementales des ARS et « aux territoires ». Mais l’on sait que ces Délégations doivent respecter les « plans régionaux de santé » décidés par les ARS... Cette association des élus est donc un leurre !

      Véran annonce que les tarifs de la T2A « vont continuer d’augmenter » les années prochaines, alors que cela fait 10 ans qu’ils baissent… Par ailleurs le ministre propose « de mettre en place une enveloppe qui permettra aux hôpitaux de sortir plus rapidement de ce système » et « d’accélérer la réduction de la part de la T2A... » . Face au caractère fumeux de ces propos il est raisonnable d’être circonspect !

      Parmi « les 33 mesures » annoncées, citons aussi la volonté d’ « encourager les téléconsultations » , de décloisonner l’hôpital, la médecine de ville et le médico-social mais sans mesure concrète, « libérer les établissements des contraintes chronophages » et autres baragouinage sans mesure concrète.


      Le gouvernement veut « une gouvernance plus locale » et une revitalisation des services. Les candidats chefs de service devront présenter un projet : mais c’est déjà le cas ! On ne voit pas très bien le changement… Les pôles sont maintenus, même si les hôpitaux seront libres d’en décider.


      S’agissant des Instituts de formation en soins infirmiers (#IFSI), le gouvernement propose de doubler les formations d’aides-soignantes d’ici 2025 et d’augmenter de 10% celles des #IDE (Infirmières diplômées d’Etat). Ces mesures s’imposaient car l’on sait que la « durée de vie professionnelle » d’une IDE est de 6 ans... Mais au lieu d’augmenter massivement les postes d’IDE et de renforcer les IFSI, le gouvernement « lance une réflexion sur une nouvelle profession intermédiaire entre les IDE et les médecins » … ce qui lui permettra de gagner du temps et ne résoudra pas les manques d’effectifs dans les services !


      S’estimant satisfait d’avoir « remis de l’humain, des moyens et du sens dans notre système de santé » le Ministre conclut en annonçant un autre « Ségur de la santé publique » pour la rentrée et un « comité de suivi » des volets 1 et 2 du Plan Ségur.

      Qui peut se faire encore des illusions après cet enfumage cynique ?
      L’aumône concédée aux soignants, loin de leurs revendications qui préexistaient au Covid-19, ne suffit même pas à corriger le blocage du point d’indice depuis 10 ans alors que des centaines de milliards d’euros sont offerts aux multinationales et au #MEDEF.


      Rien n’est dit sur les ordonnances Juppé de 1995, sur la loi #HPST (hôpital, patients, santé, territoire) de la ministre de la Santé de Sarkozy, Roselyne Bachelot, qui vient de faire un grand retour en qualité de ministre de la culture ! Rien sur les lois Touraine et Buzyn qui ont continué à fermer des lits et détruire des postes !

      Rien sur le matériel, les respirateurs, les médicaments, les postes à créer, les hôpitaux à moderniser ! Rien sur les lits de réanimation dont on a vu la pénurie pendant ces 6 derniers mois ! Rien sur les 30 000 morts dont le pouvoir est responsable, faute de production locale de masques, de gel hydro-alcoolique, de gants, de tenues de protection, de médicaments, alors qu’une autre vague de la Covid-19 menace ! Où est le plan de relocalisation des industries de santé ?

      La signature de cet « accord » par la CFDT, FO et l’UNSA est une infamie ! Et cela alors que ces syndicats savent que Macron-Castex vont remettre sur la table la contre-réforme des retraites ! 


      Ils prétendaient après le volet 1 que les « autres volets » Ségur arrivaient : investissement et financement des hôpitaux, réforme de la #T2A, organisation territoriale, et « gouvernance » de l’hôpital. Pipeau !


      Qui peut se faire encore des illusions après cet enfumage cynique ? 


      Qui peut encore gober les déclarations officielles faisant des soignants des héros alors qu’ils ont été maltraités, le sont et le seront encore après ce Ségur de la honte ?


      Comment l’hôpital public va-t-il s’en sortir alors que la France est en voie de paupérisation et qu’il y aura un million de chômeurs de plus à la fin de l’année ?

      Ce qu’il faut retenir, c’est que 15 organisations n’ont pas signé cet « accord » déshonorant ! Parmi lesquelles la CGT, Sud, l’AMUF, la Confédération des praticiens des Hôpitaux, le Syndicat Jeunes Médecins, l’Union syndicale Action Praticiens des Hôpitaux, le Syndicat des professionnels IDE, etc. Leur manifestation du 14 juillet contre ce « plan » Macron-Castex-Véran-Notat est le début de la réplique contre l’indécent « hommage » de ce pouvoir aux soignants ! Il faut espérer que le mouvement social n’en restera pas là ! Que les citoyens s’en mêleront !

      Un seul objectif s’impose à nous : virer ce pouvoir inféodé aux multinationales, à la finance et à l’Union européenne !

      #Santé #santé_publique #soin #soins #enfumage #baragouinage #ségur #capitalisme #économie #budget #politique #olivier_véran #nicole_notat #agnès_buzyn #jean castex #alain_juppé #roselyne_bachelot #marisol_touraine #paupérisation #médecine #hôpital #inégalités #médecins #médecine #services_publics #conditions_de_travail #infirmières #infirmiers #soignants #soignantes #docteurs #budget #argent #fric #ue #union_européenne

  • La France en marche EP40 - épilogue du Homardgate, le grand Téléshopping du 14 juillet . . . . .

    https://www.youtube.com/watch?v=DlJzgoioRIA

    Pas d’épisode spécial 14 juillet 2020, pour cause de vacances, mais celui de l’an dernier était pas mal !
    Et ça permet d’halluciner sur tout ce qui s’est passé depuis !

    Le merveilleux défilé du 14 juillet qui aura permis à notre glorieux monarque de mesurer son imbattable popularité, rien n’a changé,
    tout en ventant la collection 2019 de l’industrie française de l’armement pour nos richissimes clients étrangers !

    Dans cet épisode nous revenons également sur le destin tragique d’un bienfaiteur de l’humanité : François de Rugy, nouvelle victime du populisme galopant !

    Gloire à Maman Brigitte et à la main invisible !

    Voulez-vous en savoir + ?
    L’ordo libéralisme vous intéresse ? « Simple comme l’Europe » est un programme à visionner en famille pour mieux comprendre les enjeux de l’Union Européenne pour les nuls !
    https://www.youtube.com/watch?v=HytVgI6rXkE

    Cinéma : L’attaque des bots Russophiles - un thriller palpitant :
    https://www.youtube.com/watch?v=AW6HIs_5MXI

    Chanson française : venez twister avec le Fringant Gaétan Thomas et son succès au hit parade de la Start-up Nation « Si j’avais un barbouze » !
    https://www.youtube.com/watch?v=ki2DdroIG-Q

    • Rappels, sur la gestion du coronavirus en France
      C’est bien mieux que de balancer chiffres et courbes, à longueur de journées.

      Epidémie de Coronavirus : Le gouvernement est-il à la hauteur ? Va-t-on tous mourir ? Janvier 2020

      https://www.youtube.com/watch?v=f0kMeZkoir8

      Une fois de plus la Chine répand ces miasmes sur le monde ! L’épidémie de coronavirus progresse rapidement en Chine malgré les mesures radicales du gouvernement. Pendant ce temps Agnès Buzyn colle des affichettes dans les aéroports de France.
      Rappelons que la grippe saisonnière fait plus de 8000 victimes par ans, rien qu’en France. Il est donc inutile de paniquer, mais en cas d’aggravation du virus l’amateurisme du gouvernement Français ne peut que nous inquiéter.
      #coronavirus #chine #buzyn

      Coronavirus : Ça tousse en Haute-Savoie et dans l’économie mondiale. Février 2020

      https://www.youtube.com/watch?v=vqeeE-q_SNs

      Nouveau point sur l’épidémie de Coronavirus.
      Malgré des progrès sur la transparence, on peut difficilement faire confiance aux chiffres officiels Chinois. Agnès Buzyn est toujours pied et poing lié par l’OMS qui prépare le terrain pour les profits des groupes pharmaceutiques. Pendant ce temps des Anglais viennent tousser dans nos chalets, et les abrutis qui paniquent à cause du virus, devraient plutôt s’inquiéter pour leur emploi.
      #Chine #coronavirus #Wuhan

      Coronavirus : La stratégie de Macron nous a mis en DANGER ! (Et trop de Français sont cons) Mars 2020

      https://www.youtube.com/watch?v=S-feHm0MTS0

      Avez-vous entendu parler de l’immunité contrôlé ? C’est la stratégie majoritairement mené en Europe contre l’épidémie de « Sars-Cov-2 » jusqu’à ce que nos dirigeants se rendent compte qu’elle va faire des centaines de milliers de morts dans chaque pays.
      Les populations doivent réagir et prendre conscience de la gravité de la situation. Nous devons prendre des mesures radicales pour compenser nos erreurs et notre impréparation.
      Quant à nos « dirigeants », une fois cette crise passé, comme ils se sont bien occupés de nous, on va bien s’occuper d’eux !
      #immunité_contrôlé

      La Macronie ment sur l’inutilité des masques ! Fabriquons-les ! Mars 2020

      https://www.youtube.com/watch?v=eyMEBwKQwTo

      Alors que le 12 mars, le conseil scientifique du gouvernement recommandait d’assurer la disponibilité des masques chirurgicaux pour la population, 10 jours plus tard, ce même gouvernement martel qu’ils sont inutile, voire dangereux, car les gens seraient trop cons pour s’en servir correctement. Avec cette excuse bidon ils tentent de masquer la pénurie de masque, quitte à mettre la population en danger en nous décourageant d’utiliser ces protections.
      Tous les pays asiatiques sont consternés par les propos de notre gouvernement. Ils nous font honte !
      Les masques sont utiles ! A Hong-Kong les gens ont fabriqué leurs propres masques pour faire face à la pénurie le mois dernier, nous pouvons en faire autant !
      #EHPAD #masques

  • Révélations - Ehpad et Assurances Vie : Paradis Fiscaux, Opacité et Complicité d’État
    Par Maxime Renahy et Téo Cazenaves | 24 juin 2020| Le Média
    https://www.lemediatv.fr/articles/2020/revelations-ehpad-et-assurances-vie-paradis-fiscaux-opacite-et-complicite-

    Le business des Ehpad et des assurances-vie en France rapporte gros. Nous avons enquêté sur ces milliards d’euros qui s’envolent vers les paradis fiscaux. Les entreprises leaders dans ce marché de la vieillesse, organisées en poupées gigognes, finissent très souvent au Luxembourg, à Jersey ou vers d’autres paradis fiscaux, où les flux d’argent deviennent intraçables, sans que l’État, qui arrose copieusement les intérêts privés avec l’aide d’un fonds souverain émirati, ne trouve à y redire. Voyage en opacité organisée. (...)

    #Ehpad #paradisfiscal

  • Penser la famille aux temps du Covid-19
    http://mouvements.info/penser-la-famille-aux-temps-du-covid-19

    Par Céline Bessière, Emilie Biland, Sibylle Gollac, Pascal Marichalar et Julie Minoc

    Le raisonnement épidémiologique par ménage ne pose pas seulement problème du fait de son arrimage à la moyenne ; il est aussi problématique parce que toute la population ne vit pas « en famille » dans un domicile indépendant et que, là encore, les modes de vie ne se distribuent pas au hasard. Selon le recensement mené en 2016, 1,3 million d’adultes, soit 2 % de la population française, vivent « hors ménage » dans ce que l’INSEE appelle des « communautés ». Il s’agit de résidences universitaires, de foyers de travailleur·ses, de prisons, de communautés religieuses, de casernes militaires, etc.

    Ces formes collectives de logement, particulièrement propices à la propagation des épidémies, concernent des populations fragiles. Elles ont été les grandes oubliées des politiques de confinement mises en place. Ceci est d’autant plus malheureux que, comme on l’a appris depuis, le virus Sars-Cov-2 se caractérise par la faiblesse de son facteur de dispersion k : en d’autres termes, une minorité de clusters seraient responsables de la majorité des transmissions du virus28.

    Les prisons, où les personnes incarcérées sont en moins bonne santé que la population générale et où la promiscuité est la règle, sont devenues des « nids d’épidémies »29. Début mai aux États-Unis, près de 70 % des détenus de l’Établissement correctionnel de Lompoc, aux Etats-Unis, soit 792 personnes, ont ainsi été testées positives, avec une multiplication de cas en quelques jours30.

    Quantitativement, les maisons de retraite (dont les Ehpad) sont en France les structures de logement collectif les plus importantes, regroupant plus de la moitié des personnes vivant en « communautés » (environ 700 000)31. À la fin mai, un tiers des décès du Covid-19 comptabilisés avaient eu lieu dans les EHPAD et les établissements médico-sociaux.

    À partir du constat que l’épidémie a été plus grave là où les familles sont les plus étendues (voir #Seine-Saint-Denis), intéressante réflexion sur la famille.

    #violences_familiales #violences_conjugales #LGBTphobie #Ehpad #prison #confinement #démographie

    PS : Encore Covid = Asiatiques, en passant... On n’a pas encore de photo de Blanc·hes portant des masques ?

  • Crise sanitaire en Ehpad : la justice va ouvrir une enquête sur la Résidence du palais | Marsactu
    https://marsactu.fr/crise-sanitaire-en-ehpad-la-justice-va-ouvrir-une-enquete-sur-la-residence-

    Selon nos informations, la justice a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire sur la gestion de la crise sanitaire dans cet Ehpad chic du centre-ville de Marseille. Marsactu avait révélé plusieurs failles dans le dispositif mis en place par la maison de retraite.
    La résidence du Palais, située à deux pas du palais de justice à Marseille. (Image LC)
    Une quinzaine de morts en quelques jours, dont une bonne moitié officiellement déclarée comme dues au Covid-19. Une communication verrouillée y compris vis-à-vis des résidents et de leur famille. Des membres de l’équipe à qui l’on refuse le port du masque. En pleine crise du coronavirus, Marsactu avait révélé les failles dans la gestion sanitaire […]

    #Ehpad

  • « Le risque est d’oublier la dignité humaine des personnes âgées et vulnérables »
    https://lejournal.cnrs.fr/articles/le-risque-est-doublier-la-dignite-humaine-des-personnes-agees-et-vuln

    Interdiction des visites dans les Ehpad, isolement dans les chambres… Certaines mesures de protection des personnes âgées ou vulnérables prises durant la pandémie de Covid-19 posent question. Entretien avec le gériatre Régis Aubry, co-président de la Plateforme nationale pour la recherche sur la fin de vie, et Benoît Eyraud, sociologue au Centre Max Weber.

    [...]« En qualifiant [les résidents des Ehpad] de vulnérables, les pouvoirs publics ne se sont pas rendus compte qu’ils disqualifiaient leurs capacités à s’approprier et à ajuster les nouvelles règles sanitaires. »

    #Ehpad #réduction_des_risques #vieux #fin_de_vie

  • Bataille sur le montant de la prime promise dans les Ehpad du groupe Korian
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/05/26/bataille-sur-le-montant-de-la-prime-promise-dans-les-ehpad-du-groupe-korian_

    Alors qu’une grève a été lancée lundi au sein du groupe, la direction promet 1 500 euros à tous ses salariés, mais intègre dans cette somme celle déjà promise par l’Etat.

    Une prime peut en cacher une autre. Lundi 25 mai, jour de l’ouverture du « Ségur de la santé », une grève a été lancée au sein du groupe Korian, à l’appel de la CGT, FO et SUD, pour obtenir le versement d’une prime maison, en plus d’une autre promise par l’Etat, en reconnaissance des efforts des salariés durant la crise sanitaire due au Covid. En réponse au mouvement, la direction du groupe a promis de verser 1 500 euros à l’ensemble de ses 24 000 salariés en juillet. Un montant supérieur de 500 euros à celui promis, le 27 avril, par la directrice générale du groupe, Sophie Boissard.

    Selon les grévistes, cependant, le « compte n’y est pas » encore. Ils demandent que la prime maison s’ajoute intégralement à celle promise par le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, le 7 mai, pas seulement qu’elle la complète. « On ne veut pas seulement des remerciements symboliques, on veut les deux primes » , confie Cynthia Mouyombo qui a manifesté lundi avec une trentaine de salariés devant l’établissement Korian Les Merlettes à Sarcelles (Val-d’Oise).

    M. Véran s’était engagé, début mai, à verser une prime à « tous les personnels de tous les Ehpad de France, quel que soit leur statut » . Le montant promis est de 1 500 euros dans les quarante départements classés en rouge « où l’épidémie aura été la plus forte » . Il n’est en revanche que de 1 000 euros dans ceux classés en vert. Cette prime doit être entièrement financée par l’Assurance-maladie.

    « Pas satisfaits »

    « Nous proposons une prime majorée et élargie à tout le personnel. Mais il n’a jamais été question d’accorder deux primes. On attend le décret du gouvernement pour connaître les conditions exactes de l’octroi de la prime de l’Etat » , explique ainsi la directrice des ressources humaines de #Korian, Nadège Plou. Le mécanisme est toutefois déjà arrêté : Korian abondera la prime pour les salariés qui travaillent dans les zones vertes. En Ehpad, ils pourront obtenir jusqu’à 500 euros de l’entreprise. En clinique, ils pourraient se voir attribuer jusqu’à 1 000 euros, puisque la prime Véran pourrait être de 500 euros seulement, explique Mme Plou.

    « On n’est pas satisfaits du tour de passe-passe , déplore Albert Papadacci, délégué syndical central CGT au sein de l’entreprise. Korian ne va pas verser 1 500 euros aux 24 000 salariés, comme il le prétend. Il va donner à la moitié d’entre eux, ceux qui travaillent dans la zone verte, entre 500 et 1 000 euros. Si la direction avait versé fin avril la prime que nous réclamions depuis le 20 mars, nous aurions pu la cumuler avec celle de Véran. » Selon le syndicaliste, « la direction de Korian a souhaité que le gouvernement prenne un engagement financier pour pouvoir ensuite communiquer sur l’affichage d’une prime égale pour tous en se contentant de compléter le montant ».

    « On veut bien saluer les 1 500 euros promis lundi, mais Korian se rembourse sur la prime Véran » , regrette également Isabelle Jallais, déléguée générale centrale FO et infirmière dans un Ehpad à Fondettes, près de Tours.

    Les trois syndicats ont prévu de maintenir la pression sur la direction, qui promet la poursuite de négociations salariales avec les partenaires sociaux. Korian n’est pas le seul à avoir arrêté ce montage. Autre grand groupe commercial, Orpéa attend la publication du décret du gouvernement pour communiquer sur la prime complémentaire qu’il consentira à ses salariés. L’Etat a provisionné 506 millions d’euros au total pour les primes aux salariés des Ehpad qui seront versées en juillet. Que l’Assurance-maladie soit mise à contribution pour les personnels du privé comme pour ceux du public est une première.

    Des métastases de l’utilisation du chômage partiel au profit des employeurs, comme c’est étrange.

    #argent_public #Ehpad #grève #prime (et pas) #salaire...

  • De la difficulté à poursuivre un Ehpad, Rafaële Rivais
    https://www.lemonde.fr/argent/article/2020/05/16/de-la-difficulte-a-poursuivre-un-ehpad_6039847_1657007.html

    Au pénal, les plaintes contre ces établissements ont peu de chances d’aboutir. Au civil, les familles obtiennent des dommages et intérêts, lorsque les juges considèrent qu’ils ont manqué à leur obligation de sécurité de moyens.

    Après l’hécatombe qui s’est produite dans les Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), depuis le début de l’épidémie de coronavirus, plusieurs familles ont porté plainte contre certains d’entre eux, pour homicide involontaire, mise en danger de la vie d’autrui ou non-assistance à personne en danger. Les enquêtes qui pourront être ouvertes chercheront à déterminer si l’impératif de prudence qui s’impose aux gestionnaires a été respecté, compte tenu de l’état des connaissances qui était le leur.

    Ce n’est pas la première fois que des familles endeuillées intentent des actions pénales contre ces structures. L’étude de la jurisprudence montre qu’elles le font le plus souvent après qu’une personne âgée a mis fin à ses jours ou fait une fugue mortelle.

    C’est ainsi que Mme EX porte plainte contre deux Ehpad, après le décès, en novembre 2013, de sa mère qui, dans le premier, a tenté de se suicider en ingérant ses lunettes, et dans le second, s’est laissée mourir de faim. Elle explique qu’ils auraient dû la forcer à s’alimenter, la surveiller 24 heures sur 24 voire l’attacher – comme dans un hôpital psychiatrique.

    Aller et venir librement

    Sa plainte étant classée sans suite, elle en dépose une nouvelle, avec constitution de partie civile, pour homicide et blessures involontaires. Une instruction est ouverte, et les témoins entendus expliquent qu’« il n’entre pas dans la mission d’un Ehpad de se livrer à de tels actes de contrainte, sur une personne qui n’est ni malade, ni atteinte de démence sénile, mais qui ne manifeste plus l’envie de vivre ».
    En effet, les résidents « ont le droit à aller et venir librement », aux termes du code de l’action sociale et des familles (article L.311-3). A la différence des malades admis en hôpital psychiatrique, ils ne peuvent être entravés, afin qu’ils n’attentent pas à leurs jours.

    Le juge d’instruction rend donc une ordonnance de non-lieu, le 25 septembre 2017. Mme EX fait appel, mais l’ordonnance est validée par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Reims, le 19 avril 2018, puis par la Cour de cassation, le 28 mai 2019 (chambre criminelle, N° 18-83.951) : les juges estiment que « les actes volontaires de mise en danger auxquels pouvait s’exposer Mme EX ne sauraient engager la responsabilité des établissements et de leur personnel pour homicide et blessures involontaires ».

    Défenestration

    Les familles qui saisissent la justice civile ont plus de chances d’être entendues, bien que, en vertu, toujours, de l’article L.311-3 du code de l’action sociale et des familles, l’obligation de sécurité des Ehpad ne soit qu’une obligation de moyens, et non de résultat. Les magistrats estiment souvent que lorsque ces structures accueillent un patient atteint de la maladie d’Alzheimer, ils ont une obligation de moyens renforcée, comme le montre l’exemple suivant.

    Le 23 août 2015, M. EX décède, après être tombé par la fenêtre de sa chambre, située au deuxième étage. Ses trois filles assignent l’Ehpad, en lui reprochant d’avoir manqué à son obligation de sécurité : personne n’avait verrouillé l’entrebâilleur de sa fenêtre, ce qui n’aurait autorisé qu’une ouverture d’une dizaine de centimètres.

    L’Ehpad objecte qu’« il convient d’opérer une distinction entre les établissements psychiatriques disposant de moyens leur permettant de mettre en place une certaine contrainte et les Ehpad dont le principe demeure la liberté d’aller et de venir, les patients y étant admis sur leur propre volonté », comme c’était le cas ici. Son gestionnaire affirme que « quand bien même l’entrebâilleur aurait été fermé, rien n’empêchait [M. EX] de mettre fin à ses jours, soit en montant sur le toit-terrasse, soit en se rendant dans n’importe quelle autre pièce de l’établissement, soit en sortant dans la rue ».

    Obligation renforcée

    Il ajoute que « l’un des plaisirs de M. EX était de prendre soin de ses plantes qui se trouvaient sur le rebord de la fenêtre de sa chambre », et que « pendant des années, il s’est adonné à cette activité sans que cela ne pose de difficultés, ni au personnel de l’établissement, ni d’ailleurs aux membres de sa famille ». Il estime donc n’avoir pas commis de faute en ne verrouillant pas l’entrebâilleur.

    Néanmoins, le tribunal de grande instance de Marseille, le 7 septembre 2017, puis la cour d’appel d’Aix-en-Provence, le 24 janvier 2019, considèrent que l’Ehpad a manqué à son obligation de sécurité de moyens, qui était ici « renforcée ». Ils jugent que l’établissement aurait dû faire preuve de plus de « prudence », avec ce patient bénéficiant d’un suivi psychologique pour son « penchant dépressif, morose et suicidaire ». La cour confirme l’allocation de 20 000 euros, au titre du préjudice moral, à chacune des trois filles.

    Bracelet électronique

    Le même raisonnement prévaut, dans l’affaire suivante : en 2007, Mme W, 73 ans, est admise à l’Ehpad de Villevaudé (Seine-et-Marne), que gère la SNCF. Cinq ans plus tard, après qu’elle a tenté de fuguer, le directeur demande que ses filles la transfèrent dans un autre type d’établissement. Il leur explique que le sien n’est plus adapté à son état de santé, car il ne dispose pas d’une « unité Alzheimer fermée, sécuritaire 24 heures sur 24 ».

    Les filles refusent, soucieuses que leur mère ne perde pas ses repères. Le 6 mars 2013, après que Mme W a de nouveau fugué mais été retrouvée en vie, l’Ehpad lui pose un bracelet électronique, connecté à des capteurs installés sur deux portes de sortie. Néanmoins, le samedi 9 mars 2013, dans la soirée, elle disparaît à nouveau, sans que quiconque s’en aperçoive. Au milieu de la nuit, les pompiers et la police la découvrent en état d’hypothermie dans l’étang du parc. Elle décède quelques heures plus tard.

    Classement sans suite

    Ses filles portent plainte pour homicide involontaire, mais le procureur de la République de Meaux classe la plainte sans suite, en estimant l’infraction « insuffisamment caractérisée ». Elles engagent alors une action en responsabilité. La cour d’appel de Paris, qui statue le 7 mai 2018, considère que la SNCF, en acceptant la poursuite du contrat de séjour de Mme W, tout en sachant que l’établissement était inadapté, se devait d’une « obligation de moyens renforcée ».
    Or, juge-t-elle, « elle n’a pas satisfait à cette obligation », en n’équipant pas toutes ses portes de détecteurs et en ne clôturant pas le plan d’eau - alors que le problème de son accès lui avait été signalé. Ce « manquement » a « directement concouru à la sortie non détectée » de Mme EX et à son décès. La cour alloue à chacune des deux filles 10 000 euros en réparation de leur préjudice moral et 3 000 euros en réparation des souffrances endurées par leur mère.

    Noyade

    Lorsque le corps dans vie de Mme Z, malade d’Alzheimer, est retrouvé au fond d’une rivière proche de son Ehpad, le 2 décembre 2012, ses fils et sa belle-fille réclament 34 000 euros chacun au titre des souffrances endurées par leur mère, noyée dans l’eau glacée, et de leur préjudice moral. Ils affirment que l’établissement a manqué à son obligation de vigilance et de sécurité, en la laissant sortir, alors que son état de santé ne lui permettait d’aller et venir qu’à l’intérieur de l’établissement, et non à l’extérieur.

    Le tribunal de grande instance de Soissons les déboute, mais la cour d’appel Amiens, qui statue le 26 mars 2020, infirme son jugement. Elle considère que « les moyens de surveillance et de sécurité mis en œuvre par l’Ehpad étaient insuffisants pour qu’une personne âgée ne puisse s’échapper de l’établissement » : « Aucune surveillance physique n’[avait] été mise en place pour contrôler l’accès au portail ». La cour juge que « le manquement de l’Ehpad à son obligation de surveillance et de sécurité est donc établi ». Elle alloue la somme de 10 000 euros à chacun des plaignants.

    #Ehpad #justice

  • « On a vécu une tragédie » : pourquoi les Ehpad payent un si lourd tribut à l’épidémie due au coronavirus
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/05/06/on-a-vecu-une-tragedie-pourquoi-les-ehpad-payent-un-lourd-tribut-a-l-epidemi

    Plus de 12 700 résidents sont morts du Covid-19. « Le Monde » a enquêté sur les dessous de cette tragédie, résultat d’un manque de masques et de tests disponibles.

    Depuis le début l’épidémie, plus de la moitié des 25 531 victimes du Covid-19 vivaient en maison de retraite. Au total, quelque 12 769 résidents en Etablissements pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) sont morts depuis le 1er mars, selon le dernier bilan de Santé publique France. Parmi eux, 3 298 sont décédés à l’hôpital.

    Alors que les portes de leurs établissements s’ouvrent de nouveau aux familles, directeurs, soignants, médecins estiment avoir mené « une guerre sans arme », sur « un front sous-estimé » par le gouvernement avec des « directives ministérielles peu claires, inadaptées » et « corrigées » trop tard. Pour ces sentinelles du grand âge, des vies auraient pu être épargnées. « On a vécu une tragédie » , s’afflige Malika Belarbi, déléguée nationale CGT et aide-soignante dans les Hauts-de-Seine.

    Alors que les premières plaintes en justice de proches de résidents décédés visent l’Etat mais aussi des Ehpad privés lucratifs, « il n’est pas question que l’on paye l’addition pour tout le monde », prévient Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées (Synerpa). De bonne guerre ; elle braque les projeteurs sur les tutelles.
    « Force est de constater que quand Olivier Véran [ministre des solidarités et de la santé] a repris nombre de nos demandes, l’administration a déroulé derrière. Mais on a perdu un mois et demi. Un retard à l’allumage sans lequel, affirme-t-elle, on peut penser qu’il y aurait eu moins de morts. »

    Le secteur des Ehpad privés non lucratifs est tout aussi sévère contre l’exécutif. « Il y a eu un retard coupable de la prise en compte de la situation dans les Ehpad », lance Marie-Sophie Desaulle, présidente de la Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés (Fehap). Le gouvernement n’est toutefois pas le seul fautif, à ses yeux : « A chaque crise sanitaire, la France a pour réflexe de protéger la filière des soins, donc l’hôpital. A l’inverse, les pays nordiques, de culture anglo-saxonne, l’Allemagne notamment, prennent d’abord en compte la situation des personnes vulnérables. »

    Au sein de l’Etat, « la gestion de crise s’est faite, comme souvent en pareilles circonstances, de façon séquencée, observe l’ancienne secrétaire d’Etat, aujourd’hui présidente de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, Marie-Anne Montchamp. La surchauffe à l’hôpital a fait qu’on a manqué de cerveau disponible pour piloter les Ehpad sans, pour autant, laisser suffisamment la capacité aux acteurs de s’organiser sur le terrain ».

    Au ministère de la santé, on préfère voir dans ces mises en cause un « jeu d’acteurs » et l’on balaie les reproches. « Il n’y a eu aucun décalage entre la gestion de la crise à l’hôpital et dans les Ehpad. Elles ont été menées en même temps. La prise de conscience des problèmes a été simultanée. C’est irréfutable ! » , riposte-t-on dans l’entourage d’Olivier Véran. Preuve en est que « beaucoup de décisions ont été prises début mars pour le secteur médicosocial » : les visites en Ehpad ont ainsi été interdites dès le 6 mars, bien avant le confinement national.

    L’Etat a beau réfuter tout manquement, les Ehpad n’en ont pas moins livré bataille à armes inégales selon les territoires, notamment en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est. Si le virus a décimé plus de résidents à l’est qu’à l’ouest, le Covid-19 est entré partout : pas moins de 66 % des établissements ont déclaré un cas de contamination. Ouvrir la boîte noire de cette catastrophe permet d’en mesurer les ressorts.

    Des carences en masques

    Ce premier constat est unanime. Le manque de masques a conduit les soignants à transmettre le virus à des résidents qui l’ont payé de leur vie. La peur de la pénurie à tous les étages – au niveau de l’Etat, des Agences régionales de santé (ARS) et des directeurs d’Ehpad – a, de fait, conduit à un engrenage funeste.
    Depuis le début, assure le ministère, les Ehpad ont été « prioritaires ». Pourtant, la distribution de masques à large échelle n’a démarré que le 22 mars. Entre-temps, malgré un approvisionnement au gré des demandes, les Ehpad ont manqué de visibilité sur l’accès à de nouveaux stocks.

    L’Etat ayant réquisitionné la production nationale et les importations de masques jusqu’au 21 mars, il leur était quasi impossible de s’en procurer sur le marché. La peur du manque s’est répandue. Des directeurs les ont distribués au compte-gouttes. D’autant que protocole du ministère les y encourageait puisqu’il préconisait le port de masques en cas de Covid avéré ou suspecté. Et non de manière préventive. Certains directeurs ont même été jusqu’à les mettre sous clé.

    Le 22 mars, Olivier Véran annonce la distribution de 500 000 masques par jour. Dès lors, la doctrine évolue : tout Ehpad devra recevoir des masques à raison de deux par résident, « même s’il n’a pas de cas de Covid », précise le ministère.

    Malgré de multiples consignes envoyées aux ARS pour clarifier la ligne auprès des Ehpad, « un cafouillage » sur les règles de distribution a perduré, selon un acteur le dossier. Aide-soignante dans un Ehpad associatif à Montreuil, Maya (le prénom a été modifié) a vécu des situations qui l’ont révoltée : « J’ai vu des collègues, faute de masque et de surblouse, refuser de rentrer dans les chambres de malades du Covid. Des résidents sont alors restés sans médicament et sans manger. Les infirmières n’ont pas voulu aller non plus à leur chevet pour leur prodiguer leur traitement. Certaines avaient pourtant accès aux masques, contrairement aux soignants. »

    « Il y a eu une sous-estimation initiale des besoins des Ehpad parce que l’attention des pouvoirs publics a été concentrée uniquement sur ce qui se passait en réanimation, confirme Marc Bourquin, conseiller stratégique de la Fédération hospitalière de France (FHF). On peut le comprendre mais c’était une erreur, la suite l’a prouvée. Ce n’est pas faute d’avoir alerté sur la nécessité de traiter les Ehpad comme on a traité l’hôpital. »

    Un manque de tests

    A Chichilianne en Isère, le maire a déposé un bouquet de jonquilles sur la tombe de Georges Joubert au début du printemps. Le médecin urgentiste, venu pour tenter de réanimer l’ancien enseignant, dans sa chambre à la maison de retraite à Marseille, a obtenu qu’il soit testé in extremis, raconte sa fille, Catherine Duba Joubert. « Il l’a été sur son lit de mort alors que je demandais depuis des jours à la direction de l’établissement qu’il soit dépisté. » Le résultat indiquant qu’il était porteur du Covid-19 est arrivé après son décès… « Un test réalisé plus tôt aurait permis qu’il soit soigné », soupire celle qui a enterré son père le 8 avril au pied du mont Aiguille.

    Au sujet des tests, la critique des acteurs est presque aussi virulente. La ligne initiale du ministère a d’abord été restrictive : à partir de trois cas testés positif en Ehpad, il leur a été recommandé de cesser le dépistage, considérant que le foyer infectieux était identifié. Quand, le 30 mars, le Conseil scientifique chargé du suivi de l’épidémie indique « que les nouvelles capacités de tests diagnostiques devraient être prioritairement orientées vers les établissements médico-sociaux » , rappelle le ministère, il a « été alors décidé de flécher une immense majorité de ces nouvelles capacités de tests vers les Ehpad » .

    La doctrine a failli être fatale pour Jeanne Simon. Sur la foi d’une petite fièvre, cette résidente d’un Ehpad privé à Marseille a été placée dans l’aile des résidents qui montraient des symptômes du Covid. Trois tests consécutifs ont établi après coup qu’elle n’avait pas contracté la maladie. Jeanne a retrouvé sa chambre mais, regroupée une dizaine de jours avec des malades, elle a couru le risque d’être contaminée faute de test préalable.

    Comme la fille de Georges Joubert, Marina ne peut s’empêcher de penser que son père aurait pu être sauvé s’il avait été testé plus tôt. En convalescence dans un établissement privé à Sartrouville (Yvelines), « mon père n’a été testé que parce que l’hôpital où il devait être transféré a exigé qu’il le soit » . C’est seulement au lendemain de son décès que le test a révélé qu’il était positif.

    Certains Ehpad et quelques ARS se sont toutefois affranchis de la consigne des « trois tests maximum » pour dépister largement les résidents avant le 6 avril. L’ARS de la Nouvelle-Aquitaine a initié dès la fin mars un dépistage systématique des résidents et des personnels de tous les Ehpad dès la première suspicion de Covid. En Provence-Alpes-Côté d’Azur, le dépistage généralisé des résidents de l’Ehpad de Mauguio (Hérault) a permis de détecter des symptômes de la maladie jusque-là inconnus (diarrhée, chutes).

    Une prise en charge à l’hôpital inégale

    Tous les Ehpad touchés par le Covid ont été confrontés à la difficulté de la prise en charge des malades. D’une région à l’autre, les chances de pouvoir les hospitaliser quand leur état le permettait ont été très inégales. En Bourgogne-Franche-Comté, « nous avons eu beaucoup de refus de transferts de la part du SAMU ou des hôpitaux au début de la crise » , rapporte la patronne du Synerpa.

    Des refus liés à la saturation des hôpitaux, mais qui ont « été une perte de chance pour certains résidents, poursuit Mme Arnaiz-Maumé. Il a fallu attendre le 23 mars pour que le ministère installe une ligne directe permettant aux Ehpad de joindre le SAMU sans composer le 15, trop souvent saturé. » A partir de fin mars, rappelle de son côté le ministère, des lits ont été mis à disposition des Ehpad dans des hôpitaux de proximité.

    « Les chiffres montrent que les personnes âgées et même très âgées ont été, au final, très nombreuses à avoir été hospitalisées », fait-on valoir dans l’entourage d’Olivier Véran. De fait, un peu plus de 43 % des personnes hospitalisées pour Covid ont plus de 80 ans. Avec toutefois d’importants écarts régionaux. En Ile-de-France, 20 % des résidents d’Ehpad victimes du Covid sont morts à l’hôpital. Soit 1 000 sur environ 5 000, depuis le 1er mars. Dans les Hauts-de-France, ils sont environ 40 %.

    Un modèle à revoir

    La crise a aussi révélé les forces et des faiblesses des Ehpad. « Les établissements intégrés dans les filières gériatriques , relève M. Bourquin de la FHF, ont pu bénéficier de moyens supplémentaires : équipes mobiles de gériatrie, appel à des personnels hospitaliers, télé-expertise. »

    A l’inverse, un grand nombre d’Ehpad n’étaient pas préparés au choc. C’est le cas de petites structures communales démunies de tout matériel médical. Une partie de leurs résidents auraient eu sans doute plus de chances d’être sauvés s’ils avaient disposé d’appareil à oxygène mural, mais aussi d’aides-soignants ou de médecins généralistes alentours prêts à venir en renfort. « Ce constat ne fait qu’accréditer l’idée qu’il faut renforcer les liens des Ehpad avec l’ensemble des hôpitaux publics sur une même zone » , affirme M. Bourquin.

    Le bilan humain de la pandémie « surligne qu’on ne peut plus reproduire le modèle de l’Ehpad tel qu’il existe aujourd’hui » , abonde Jérôme Guedj, ex-député (PS) de l’Essonnne, missionné par Olivier Véran sur la protection des plus âgés pendant la crise.
    D’ores et déjà, à marche forcée, en traversant la tourmente, les Ehpad ont dû acquérir de nouveaux réflexes. « Nous avons fortement avancé, en quelques semaines, dans le traitement de difficultés que l’on essayait de surmonter depuis des années », se félicite l’entourage du ministre de la santé. La présence médicale a été renforcée, la téléconsultation déployée, des solutions de renforts en personnels ont été trouvées.

    La perspective du déconfinement et des effets du dépistage massif dans les Ehpad donnent toutefois déjà des sueurs froides à l’équipe d’Olivier Véran. Où trouver les nouveaux bénévoles qui suppléeront les soignants dépistés malades du Covid, qui ne pourront plus travailler ? Jérôme Guedj suggère la création d’une « réserve de volontaires pour le secteur médicosocial » que les départements, au titre du grand âge dans leurs compétences, pourraient organiser. « Certains ont été proactifs pendant la crise. Mais la plupart ont raté le coche » , assène l’ancien élu.

    Entre l’Etat et les départements qui cofinancent les Ehpad, un autre dossier brûlant est sur la table. Les Ehpad réclament plusieurs centaines de millions d’euros, « d’ici à l’été » , pour compenser leurs dépenses majorées par la crise et le manque à gagner du fait de l’arrêt des admissions. Emmanuel Maron a promis une prime pour tous les soignants. Les négociations commencent à peine pour savoir ce que chacun mettra de sa poche.

    #Ehpad

    • Ehpad : dans quelles conditions sont morts les résidents atteints du Covid-19 ?
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/05/06/ehpad-dans-quelles-conditions-sont-morts-les-residents-atteints-du-covid-19_

      La plupart des personnes âgées emportées par la maladie n’ont pas connu de détresse respiratoire aiguë, assurent les soignants. Mais il a été globalement compliqué de mettre en œuvre les soins palliatifs.
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      Comment sont-ils morts ? Ont-ils été accompagnés aux derniers moments de leur vie ? Ont-ils bénéficié de soins antidouleur lorsqu’ils en avaient besoin ? Telles sont les questions, lancinantes, que se posent les familles de ceux – et ils sont des milliers – auxquels le Covid-19, ces dernières semaines, a ôté la vie dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) où ils résidaient. Sans que leurs proches, le plus souvent, puissent venir leur dire adieu, ni même assister à leur mise en bière.

      Dans leur infortune, ces établissements ont eu une chance : la première vague de l’épidémie est survenue dans le Grand-Est, région plutôt bien dotée en matière de prise en charge du grand âge et d’organisation des soins palliatifs. Présent dans le Haut-Rhin dès début mars, le coronavirus atteint rapidement le Bas-Rhin. Le 15 mars, la barre du millier de cas déclarés est franchie dans le Grand-Est. Les hôpitaux sont au bord de la saturation. Dans les Ehpad, les premiers décès surviennent.
      Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : la pénurie de tests entrave le dépistage préventif dans les Ehpad
      « Dès ce moment-là, notre ARS [agence régionale de santé] nous a saisis pour répondre à la crainte que les résidents développent des symptômes insupportables et que personne ne s’en occupe », relate Véronique Legrain, médecin au Réseau alsacien de soins palliatifs. Très vite, cette structure de coordination appelle la dizaine d’équipes mobiles de soins palliatifs du territoire pour que chacune signale aux médecins coordinateurs des Ehpad de son secteur qu’elle est à leur disposition.

      Le réseau établit une liste de médicaments et de matériels nécessaires, puis propose un « protocole simplifié pour la prise en charge symptomatique de la dyspnée sans intention de sédation et de la détresse respiratoire avec sédation profonde chez un patient âgé “Covid +” en Ehpad » – protocole qui sera par la suite amplement relayé sur tout le territoire français. Enfin, il organise une astreinte d’infirmières libérales susceptibles de venir en renfort, la nuit, dans les Ehpad. A partir du 30 mars, une astreinte téléphonique avec numéro vert est mise en place, pour laquelle gériatres et experts en soins palliatifs se relaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept pour répondre aux sollicitations des Ehpad. Environ quinze appels sont reçus par jour. Avec toujours les mêmes questions : « Est-ce que je demande un transfert à l’hôpital ? » ; « Est-ce que je limite les soins ? », « Si oui, avec quels médicaments ? »

      « Fantasme collectif »

      « A partir de là, la situation est devenue à peu près contrôlable », résume Brigitte Klinkert. La présidente du conseil départemental ne le cache pas : le Haut-Rhin n’était pas préparé à l’augmentation subite des décès survenue dans la deuxième quinzaine de mars. « On parle souvent de vague, mais chez nous cela a été un véritable tsunami, rappelle-t-elle. Dans les Ehpad, la question de l’accompagnement en fin de vie s’est alors posée de manière cruciale. Et la situation a entraîné des situations difficiles, avec parfois un accompagnement insatisfaisant. » Le Haut-Rhin compte 74 Ehpad, soit 7 183 places. Au total, 2 088 résidents y ont été suspectés ou confirmés « Covid + ». Le 28 avril, 630 d’entre eux étaient morts, dont 578 sur le lieu de vie et 52 à l’hôpital.

      Morts comment ? Moins mal, semble-t-il, que ce que l’on a pu craindre. Tous les soignants que nous avons interrogés le répètent : les personnes âgées emportées par le Covid n’ont pas toutes connu une détresse respiratoire aiguë, tant s’en faut. « Les équipes du Grand-Est nous avaient avertis que certains patients mourraient en s’étouffant. C’est ce que nous voulions absolument éviter, et nos propositions thérapeutiques sont allées dans ce sens-là. Mais en fait, heureusement, ces décès difficiles ne sont pas la majorité », affirme Claire Fourcade, vice-présidence de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP). « On est dans un fantasme collectif d’asphyxie, on imagine toutes ces personnes âgées, seules dans leur chambre, en train de s’étouffer. La réalité est beaucoup plus nuancée. On peut mourir du coronavirus par épuisement, sans passer par la détresse respiratoire », confirme Véronique Legrain.

      « Sur les 29 résidents de notre Ehpad, 27 ont été atteints du Covid, et douze en sont morts, détaille Xavier Mattelaer, médecin de soins palliatifs à la clinique de la Toussaint, grosse structure médicale située au cœur de Strasbourg (Bas-Rhin) dont l’Ehpad a dû gérer un cluster. « Au départ, on se disait : “Ils sont tous âgés, ils ont tous des comorbidités, donc ils vont tous mourir d’une détresse respiratoire horrible.” Mais, finalement, on a eu onze patients asymptomatiques – dont une résidente qui va fêter mercredi prochain ses 100 ans est qui est en pleine forme. Et sur les douze résidents que nous avons perdus, il y a eu des détresses respiratoires, mais ça n’a pas été la règle. »

      A La Roselière (Kunheim, Haut-Rhin), Ehpad doté d’un médecin et de huit infirmières, on déplore douze morts sur 115 résidents. Mais aucun cas de détresse respiratoire aiguë. « La plupart sont morts durant la journée, quasiment d’un instant à l’autre. Comme si l’infection avait accéléré leur dégradation générale avant qu’ils n’arrivent à des complications pathologiques extrêmes », avance le docteur Marc Bouché, président du conseil d’administration de l’établissement. Au centre départemental de repos et de soins (CDRS) de Colmar (Haut-Rhin), le bilan que donne le chef du pôle médical, Stéphane Carnein, est plus contrasté : sur la trentaine de résidents (sur 340) décédés ces dernières semaines, « certains sont clairement morts du Covid et l’on a mis en place, quand il le fallait, les protocoles de fin de vie qui avaient été prévus ». Autrement dit : beaucoup d’oxygène pour les aider à respirer le mieux possible et, si cela ne suffisait pas, une sédation profonde et continue.

      Dans ces trois Ehpad du Grand-Est, pourtant relativement privilégiés sur le plan médical, le personnel n’en a pas moins été démuni devant l’ampleur et la brutalité des événements. Comment, dès lors, s’étonner que les structures défavorisées aient été débordées ? Partout, les remontées sont les mêmes : dans les établissements en difficulté, ce ne sont pas tant les produits sédatifs qui ont manqué que le manque de personnel, et de personnel formé. « Le plus souvent, les Ehpad sont en lien conventionnel avec une équipe de gériatrie hospitalière et une équipe de soins palliatifs. Mais, dans une crise aiguë comme celle-là, lorsqu’il n’y a la nuit qu’une aide-soignante pour l’ensemble des résidents, les conseils par téléphone ne suffisent pas », souligne la docteure Véronique Fournier, présidente du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie. Une réalité qu’a vécue de près la docteure Pauline Rabier, de l’équipe mobile de gériatrie de l’hôpital AP-HP du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), qui participe depuis le début de l’épidémie à la régulation d’une vingtaine d’Ehpad dans ce secteur de la région parisienne, soit environ un millier de résidents.

      « Morts brutales »

      « Dans 70 % de ces établissements, j’ai vu des médecins coordinateurs et des médecins prescripteurs extraordinaires, qui ont géré les fins de vie quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre, raconte-t-elle. Mais quand il n’y avait ni médecin ni infirmière de nuit, la prise en charge des détresses respiratoires a parfois été extrêmement compliquée. Certains malades ont pu être transférés d’urgence à l’hôpital, mais, le plus souvent, ça n’a pas été possible. Et le personnel s’est retrouvé seul pour accompagner des patients qui sont morts de manière parfois extrêmement brutale. Quand il y a 30 décès en quinze jours dans de telles conditions, comment parler de soins palliatifs ? Il y a des soignants qui ont vu des morts franchement pas confortables. »

      En Normandie, zone relativement épargnée par l’épidémie, la cellule éthique régionale mise en œuvre au début de la crise sanitaire est pilotée par le professeur Grégoire Moutel, chef du service de médecine légale et droit de la santé au CHU de Caen. « Nous venons d’avoir une réunion de toutes les cellules régionales, et le constat est le même partout : même si de très bonnes choses ont été faites dans certains Ehpad, les soins palliatifs n’ont globalement pas pu être mis en œuvre correctement », estime-t-il.

      Car l’accompagnement de fin de vie, ce n’est pas seulement des médicaments, ni même un personnel soignant attentif et aidant. La présence des proches, elle aussi, en est un élément essentiel. Or, les proches étaient interdits de visites. Certains n’ont même été prévenus qu’après le décès, d’autres se sont vu refuser l’accès au dossier médical. « Il y a donc légitimement des gens dans le doute, qui ne savent pas si leurs proches ont bénéficié d’un accompagnement de qualité avant de mourir », conclut M. Moutel.

  • Entre retards de diagnostic et traitements interrompus, les répercussions du Covid-19 inquiètent
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/05/02/cancers-avc-maladies-cardiovasculaires-l-onde-de-choc-du-covid-19_6038430_32

    Selon les acteurs de santé, les dégâts collatéraux chez des patients souffrant de cancers ou de maladies cardiovasculaires pourraient faire davantage de morts en France que le Covid-19.

    Le bilan définitif du nombre de victimes dû au coronavirus n’est pas encore connu que l’on perçoit déjà l’onde de choc provoquée par le virus sur d’autres pathologies. La sidération et la gestion de crise ont, en effet, eu des effets indirects sur des maladies lourdes. Selon les acteurs de santé, s’il faudra du temps pour avoir des chiffres, les #dégâts_collatéraux pourraient faire davantage de morts en France que le Covid-19.

    Au cœur de la première région touchée par le virus, le Grand-Est, le docteur Thierry Arnaud, médecin généraliste à Mulhouse (Haut-Rhin), responsable de SOS-médecins et pilier de la régulation du SAMU local, estime que « le bilan sera lourd pour les malades hors Covid ». Selon lui, les cas de « syndrome de glissement » dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (#Ehpad) sont nombreux, et les altérations graves de pathologies sont courantes. « Certains, dit-il, ont préféré ne pas faire leur chimio par peur de l’hôpital et dans notre région, les scanners ayant été réservés aux patients Covid, un choix a été fait entre les différentes gravités, à cette échelle, c’est du jamais-vu. »

    Consultations en baisse

    En Ile-de-France, la crise a fait chuter les consultations de 40 % chez les généralistes, de près de 70 % chez les spécialistes et l’activité des urgences a régressé. « Les Franciliens ont eu moins recours aux soins, précise l’agence régionale de santé d’Ile-de-France, ce qui peut malheureusement engendrer, pour les cas les plus graves, des décès. » Pour l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), l’inquiétude porte surtout sur « la baisse importante et inquiétante de fréquentation des services hospitaliers d’#oncologie et sur la filière de prise en charge des cancers ».

    En cancérologie, les premières victimes des retards de prise en charge sont les enfants. L’Institut Curie, à Paris, a vu le nombre des urgences et consultations pédiatriques reculer de 30 %. « Or, chez eux, explique Daniel Orbach, chef de service pédiatrie à Curie, la tumeur cancéreuse se développe très rapidement, quelques jours suffisent, le défaut de diagnostic a des conséquences graves, surtout en termes de séquelles fonctionnelles, sur l’os ou la rétine par exemple. » Les premiers symptômes du cancer étant souvent banals, les familles ont préféré maintenir leurs enfants confinés plutôt que de consulter. « Parmi ceux que nous suivons, relate le docteur Orbach, des parents ont voulu décaler des consultations, on a dit non. Notre crainte, c’est la hausse du nombre de tumeurs plus étendues qu’elles n’auraient dû l’être. »

    Les adultes sont aussi concernés par ces retards de diagnostic, notamment pour les formes de cancer les plus agressives, comme celui du poumon. A Curie, le professeur François Le Tourneau, chef du département de l’oncologie médicale, assure que « pendant trois semaines, au lieu de 15 à 20 personnes par jour aux urgences, on n’avait que 2 à 3 patients ; fin avril, on est entre 5 et 10, et on s’attend à une vague de surdiagnostics à des stades plus graves ». Un constat partagé par l’autre grand institut français de lutte contre le cancer, Gustave-Roussy, dans le Val-de-Marne. Les urgences ont perdu 50 % de leur fréquentation. « On a envoyé des messages d’information aux 15 000 personnes inscrites dans nos fichiers, on a eu moins de 10 % de réponses », déplore Stéphane Pardoux, directeur adjoint de l’Institut. « Pour le suivi des patients, certains, ajoute-t-il, ont refusé des dates d’opération chirurgicale, la peur du Covid a anesthésié les esprits. »

    « Certains étaient décédés entre-temps »

    Les maladies cardiovasculaires ont également subi de plein fouet la crise due au coronavirus. En soins intensifs en #cardiologie à l’hôpital la Pitié-Salpétrière, à Paris, l’activité a baissé de plus de 15 % au bloc opératoire. Le chef du service, le professeur Johanne Silvain, ajoute que la cardiologie à la Pitié-Salpétrière a dû décaler trois quarts des opérations programmées. « Quand on a rappelé des patients pour fixer des dates, certains étaient décédés entre-temps », dit-il.

    En cardiologie, le temps de réaction est vital. Mi-avril, une Parisienne de 65 ans a subi un gros infarctus à son domicile, mais préférant restée confinée, elle n’a appelé personne car les symptômes étaient mineurs. Sept jours plus tard, elle est conduite à la Pitié-Salpétrière. Elle meurt d’une « rupture cardiaque », phénomène rare. Les médecins constateront les effets du temps perdu.

    Mais les dégâts collatéraux du Covid n’ont pas touché que les zones affectées par le virus. En Nouvelle-Aquitaine, le docteur François Rouanet, chef du pôle de neurosciences cliniques à l’hôpital Pellegrin à Bordeaux (Gironde), a vu, pendant vingt jours, le nombre d’#AVC baisser de 50 %. « On ne sait pas ce qu’ils sont devenus. La pathologie, elle, n’a pourtant pas disparu, cela nous fait craindre une hausse brutale des accidents et de la mortalité. » La peur du virus a joué. Le docteur Rouanet l’observe chez ses patients. « Certains ne font pas leur prise de sang, ce qui ouvre la voie à de graves hémorragies cérébrales. On a aussi des patients qui n’ont pas renouvelé leur médicament, aspirine ou anticoagulant, l’AVC peut survenir dans la semaine qui suit. »

    Dans les Ehpad, des résidents qui se laissent mourir

    Les Ehpad, enfin, ont durement subi les effets collatéraux du SARS-CoV-2. Pour Marc Bourquin, à la Fédération hospitalière de France (FHF), « en isolant strictement les résidents, on les a protégés, mais ce confinement sévère nous fait craindre une deuxième vague de décès ». Les dégâts psychosomatiques ont, selon lui, donné lieu à de nombreux syndromes d’abandon, conduisant les gens à se laisser mourir. Et le défaut de suivi des maladies chroniques a aggravé, voire compromis, la santé de patients déjà fragile.

    Les médecins ont alerté, dès mars, sur les dangers encourus par les résidents des Ehpad ne souffrant pas du Covid-19 à cause des mesures prises contre le virus. « Le 8 avril, avec la FHF, confie Florence Arnaiz-Maumé, de la Fédération d’Ehpad privés Synerpa, nous avons dit au premier ministre et au ministre de la santé que s’ils ne rouvraient pas les visites, on allait vers un autre drame. Le 13 avril, le chef de l’Etat les autorisait. »

    Il faudra donc du temps pour évaluer les dégâts sur les autres pathologies. Mais il est un chiffre que l’on ne connaîtra pas, celui des personnes mortes chez elles par défaut de soins. Les certificats de décès ne fournissent aucune information à ce sujet.

    #mort_par_défaut_de_soins

  • Coronavirus : en France, avoir un bilan final du nombre de morts prendra plusieurs mois, Henri Seckel et Chloé Hecketsweiler
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/05/02/coronavirus-en-france-avoir-un-bilan-final-prendra-plusieurs-mois_6038434_32

    Seule la généralisation du certificat de décès électronique permettrait un décompte précis des morts en temps réel.

    Soyons clairs : il est aujourd’hui impossible d’établir avec précision le nombre de victimes du Covid-19 en France. Les chiffres en temps réel avancés çà et là sont tantôt des hypothèses qui risquent d’être infirmées une fois l’épidémie achevée, tantôt l’addition de décès attribués avec certitude ou presque au virus, mais qui omet des milliers de cas. Le bilan quotidien du directeur général de la santé (DGS), Jérôme Salomon, se range dans la seconde catégorie. Vendredi 1er mai, il était de 24 594 décès causés par le SARS-CoV-2.

    Jusqu’à fin mars, le DGS n’annonçait que la mortalité « en milieu hospitalier », relayant le nombre de décès transmis chaque jour par les hôpitaux à Santé publique France (SPF) par l’intermédiaire du système Si-Vic (système d’information pour le suivi des victimes de situations sanitaires exceptionnelles), mis en place après les attentats de 2015. Au 1er mai, on dénombrait 15 369 décès à l’hôpital.

    De nombreux biais
    Depuis début avril sont comptabilisés, en outre, les décès survenus dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et autres établissements sociaux et médico-sociaux, remontés grâce à un système équivalent à Si-Vic mis en place en cours de l’épidémie. Près de 7 200 institutions, dont 4 500 Ehpad, sur les quelque 10 000 du pays ont transmis des données à SPF. Au 1er mai, 9 225 morts étaient recensés en #Ehpad – les 3 215 résidents morts après leur transfert à l’hôpital sont comptabilisés parmi les décès en milieu hospitalier.

    Reste la troisième catégorie, l’angle mort de cette pandémie : les #décès_à_domicile. Le syndicat de médecins généralistes MG France avance le nombre de 9 036 décès entre le 1er mars et le 19 avril, après extrapolation de chiffres fournis par 2 339 généralistes (sur 55 000 environ dans l’Hexagone). Ce total obtenu par une simple règle de trois est dénué de robustesse scientifique, mais d’évidence, il existe « en ville » une surmortalité liée au Covid-19 absente des statistiques.

    Par souci de transparence, le DGS a commencé à donner les chiffres de la mortalité de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), qui ne les dévoile d’habitude qu’une fois par an. Cette statistique est très fiable – tous les certificats de décès atterrissent à l’Insee – mais ne renseigne pas sur la cause des décès. On sait donc que 106 732 personnes sont mortes en France entre le 1er mars et le 19 avril 2020 (dont 25 514 à domicile), contre 84 927 (dont 20 055 à domicile) sur la même période en 2019. Mais 21 805 morts en plus d’une année à l’autre (dont 5 459 à domicile) ne signifient pas 21 805 morts du Covid-19 : « La hausse est liée à l’épidémie, sans qu’il ne soit possible à ce jour d’en estimer la part attribuable précise », souligne SPF.

    Car les biais sont nombreux. Le confinement a permis d’éviter des décès liés aux accidents de la circulation ou du travail, ainsi que la propagation de maladies infectieuses ou virales hors coronavirus. A l’inverse, certaines pathologies n’ont pas été traitées correctement du fait de l’encombrement du système de soins, entraînant des décès évitables en temps normal. Il faut encore tenir compte de la hausse naturelle de la mortalité au sein d’une population vieillissante comme la nôtre. Bref, l’équation est complexe.

    Une seule institution sait la résoudre en France : le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (#CépiDc), qui dépend de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Mais il lui faut du temps. En effet, une fois qu’un médecin a rempli un #certificat_de_décès – à l’hôpital, en Ehpad ou à domicile –, le volet administratif parvient rapidement à l’Insee, mais le volet médical, un document papier sur lequel figure la cause du décès, met plusieurs semaines à parvenir au CépiDc, après être passé par les mairies puis les agences régionales de santé.

    Le médecin peut aussi, par le système baptisé #CertDc, remplir sur Internet un certificat de décès électronique qui parvient alors immédiatement au CépiDc. Mais ce système est méconnu, il n’élimine pas totalement la paperasse, alors les médecins l’utilisent peu : aujourd’hui, seuls 20 % des décès sont certifiés par CertDc, presque uniquement des décès à l’hôpital.

    Fin avril, le CépiDc avait reçu un peu plus de 8 000 certificats portant la mention Covid-19. « Je commence seulement à recevoir des certificats papier avec la mention Covid-19, ceux des morts de février », explique Claire Morgand, directrice adjointe du CépiDc, dont les modélisations prédictives, basées sur les certificats déjà reçus, situent le bilan actuel « entre 35 000 et 38 000 décès avec Covid-19 avéré ou suspecté », en incluant les morts à domicile.

    « A tâtons »

    Pour le bilan finalisé de la pandémie en France, prévient-elle, « il faudra attendre entre douze et dix-huit mois après le dernier décès ». Car il faudra, pour cela, avoir reçu tous les certificats et les avoir codés selon un processus chronophage, après avoir décrypté les formulaires remplis à la main par les médecins. Le CépiDc ne compte que quatre #codeurs – ils étaient 12 en 2012, il n’y en aura plus qu’un en 2021, après les départs en retraite non remplacés. Ils sont 50 en Allemagne – où il faut coder 900 000 décès par an, contre 600 000 en France. « Il y a une discordance entre l’importance de notre mission et nos moyens, regrette Claire Morgand. La visibilité finit par arriver, mais beaucoup trop tard. »

    Des chiffres de mortalité précis en temps réel offriraient une vision rapide et plus fine de l’évolution d’un virus, notamment sur le plan géographique, faciliteraient l’organisation des soins – la montée en charge des hôpitaux par exemple – et la réflexion autour de mesures de santé publique telles que le confinement. « Aujourd’hui, les décisions sont prises sur la base des tendances – une hausse, un plateau, une descente. S’ils avaient des indicateurs fiables et immédiats, les politiques prendraient des décisions plus fermes. Là, on voit qu’ils y vont à tâtons », estime Mme Morgand. A ce stade, les modélisations des épidémiologistes sont basées sur une estimation de la létalité du virus (le nombre de décès par rapport au nombre de personnes infectées) : des données réelles leur permettraient d’être plus précis.

    La crise actuelle accélérera-t-elle la dématérialisation de la certification des décès ? Pas sûr, craint Mme Morgand : « On a lancé ce système après la canicule de 2003, où l’on n’avait pas été capables de compter nos morts. On l’a relancé après la grippe H1N1 en 2009. Et puis le soufflé est retombé, on n’a pas mis les moyens nécessaires, et il ne se passe plus rien. Aujourd’hui, on n’est toujours pas capables de compter nos morts. »

    Sans doute est-ce marginal, mais n’y a-t-il pas des imprécisions sur les motifs de décès, qu’ils soient attribués au Covid-19 sans test ou scanner sur la base d’un diagnostique erroné, et, réciproquement, des décès du au Covid-19 attribués à d’autres causes ?

    #Covid_19 #mortalité

  • Ehpad Korian : le « coût des repas journalier dépasse à peine 4 euros par jour de matières premières par résident pour les quatre repas quotidiens ».
    Le géant des Ehpad Korian a programmé 54 millions d’euros de dividendes malgré le désastre sanitaire
    https://www.nouvelobs.com/economie/20200429.OBS28133/le-geant-des-ehpad-korian-a-programme-54-millions-d-euros-de-dividendes-m


    #EHPAD #covid-19 #mort #vieux #dividendes

    • Ehpad : le groupe Korian fait pression sur des familles
      de résidents décédés

      https://www.mediapart.fr/journal/france/300420/ehpad-le-groupe-korian-fait-pression-sur-des-familles-de-residents-decedes

      Après le deuil, des familles de victimes passent à l’attaque contre le premier opérateur français de maisons de retraite médicalisées, où le Covid-19 a fait des ravages, provoquant la mort de 606 personnes. À ce jour, au moins quatorze plaintes ont été déposées par des parents de personnes âgées mortes après avoir contracté le virus dans des établissements Korian.
      Dix plaintes ont été enregistrées par le parquet de Grasse pour les décès survenus dans l’Ehpad La Riviera de Mougins, dans les Alpes-Maritimes, le plus touché, où 37 personnes ont été emportées par le virus. Les tests réalisés le 6 avril à Mougins sur les 73 survivants sont accablants : 23 personnes sont indemnes, soit seulement un cinquième de l’effectif initial.

      [...] Dans les Hauts-de-Seine, où l’Ehpad Bel-Air de Korian à Clamart a également été contaminé, deux familles ont adressé des plaintes au parquet de Nanterre. Mais celui-ci se montre plus lent à la détente qu’à Grasse et n’a encore ouvert aucune enquête.

      [...] En attendant que la justice donne suite à leurs plaintes, les familles endeuillées de la région parisienne doivent faire face à un autre stress : les pressions dont elles sont l’objet de la part du groupe Korian. Car depuis l’onde de choc provoquée par les premiers articles de presse consacrés à l’hécatombe dans ses maisons de retraite, le groupe a engagé une contre-offensive méthodique, destinée à faire taire les critiques et redresser une image abîmée. Un impératif pour une entreprise cotée en bourse, dont le cours a perdu 30 % de sa valeur depuis le début de la crise... Le groupe, très rentable et en forte croissance, a réalisé en 2019 un bénéfice net de 136 millions d’euros, en progression de 10,4 % sur l’année précédente, pour un chiffre d’affaires de 3,612 milliards.

      Pour l’aider à gérer sa communication de crise, Korian a recours, depuis 2019, aux services de l’agence de communication Havas, en la personne de Vincent Deshayes, directeur au sein du pôle influence de Havas après avoir exercé pendant six années comme conseiller en communication, d’abord à l’Élysée sous la présidence de François Hollande, puis dans plusieurs cabinets ministériels.

      [...] Le 20 avril, Korian a annoncé son intention de porter plainte en diffamation contre Libération, suite à l’enquête parue ce jour-là sous le titre « Dans les Ehpad Korian “engloutis par la vague” du Covid 19 ».

      En outre, selon nos informations, deux proches de personnes décédées à l’Ehpad Bel-Air de Clamart ont reçu des courriers menaçants de la part d’un cabinet d’avocats parisien missionné par la directrice de l’établissement, pour s’être permis de critiquer publiquement la manière dont Korian avait géré l’épidémie... Dans l’un de ces courriers, l’avocat développe l’argumentaire [suivant] : « Les propos que vous tenez publiquement portent atteinte à l’honneur et à la considération de l’établissement Bel-Air, de ses salariés et de son encadrement. Si le groupe peut mettre les propos que vous tenez sur le compte d’une émotion en raison de la situation particulière que nous vivons actuellement, elle ne peut admettre que vous diffamiez publiquement le groupe alors que ce dernier est pleinement mobilisé pour lutter contre cette pandémie. »

      [...] De nombreux membres du personnel de Korian craignent désormais de s’exprimer, d’autant qu’une fracture s’est dessinée entre leurs représentants. Tandis que l’UNSA, le syndicat majoritaire, affiche ouvertement son soutien à la direction, un front CGT-SUD-FO fait entendre de vives critiques.

      #société_d'abandon #omerta #plaintes_en_justice #UNSA

  • Féministes néo-écossaises luttant contre le féminicide — Déclaration sur la fusillade de masse commise à Portapique la semaine dernière
    https://tradfem.wordpress.com/2020/04/25/feministes-neo-ecossaises-luttant-contre-le-feminicide-declaratio

    Nouvelle-Écosse, 24 avril 2020 – Nous avons le cœur lourd face à la perte de 22 personnes innocentes dans la pire fusillade de masse de l’histoire de notre pays. Nous sommes indignées que les femmes et les jeunes filles de notre province continuent de subir une violence aussi extrême aux mains de leurs proches dans l’endroit où elles devraient se sentir le plus en sécurité – dans leurs propres communautés.
    En tant que féministes, militantes et spécialistes du domaine de la violence masculine contre les femmes et les filles, nous savons que la plupart des meurtres de masse commencent par de la violence à domicile. Les premières victimes des hommes qui tuent sont souvent les épouses, les partenaires et les enfants. Les sévices et les agressions soutenues dont elles sont victimes sont souvent les signes les plus évidents de la future violence de masse de meurtriers. Ces schémas de violence et d’agressions commencent des jours, des mois, voire des années avant les meurtres.
    Il devient de plus en plus évident que la fusillade de masse des samedi 18 et dimanche 19 avril a commencé par des actes de torture et de violence envers la partenaire du meurtrier. Des médias ont indiqué que le meurtrier se serait battu avec sa partenaire lors d’une fête. En rentrant chez lui avec elle, cette violence de l’homme s’est intensifiée. Il l’a ligotée et lui a infligé « une agression grave » selon la Gendarmerie Royale du Canada. Elle a réussi à s’échapper et à se cacher dans le bois. L’homme a ensuite tué 22 personnes innocentes, dont 12 femmes et une jeune fille. Cette information est importante. Elle nous dit que la haine des femmes a été le carburant de cette tuerie, dont une bonne part semble avoir été planifiée à l’avance.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://www.rapereliefshelter.bc.ca/blog/nova-scotian-feminists-fighting-femicide-statement-mass-shootin
    #féminicide #violences_masculines #patriarcat #Canada

    • #Quebec : « Je m’avoue vaincue » : des « anges gardiens » démissionnent Magdaline Boutros - 25 Avril 2020
      https://www.ledevoir.com/societe/sante/577715/des-infirmieres-a-bout-je-m-avoue-vaincue
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      Se disant épuisées et à bout de souffle, des infirmières et des préposées aux bénéficiaires commencent à hisser le drapeau blanc.
      Valérie Gilbert travaillait au CHSLD Fernand-Larocque, à Laval, où 85 % des résidents sont infectés par la COVID-19. Vendredi, elle a remis sa démission.
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      « Je lève mon drapeau blanc, je m’avoue vaincue. Je quitte ce bateau qui coule plus rapidement que le Titanic. »
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      « Mais est-ce qu’il y a quelqu’un qui est au courant de ce qu’on nous impose, d’à quel point nos droits sont brimés en ce moment ? » se questionne-t-elle.
      Dans les derniers jours, cette mère de famille a appris que son employeur exigeait d’elle qu’elle travaille désormais trois fins de semaine par mois. « Tous les temps partiels ont été rehaussés à temps plein, on nous oblige à faire des shifts de nuit et c’est sans compter le temps supplémentaire obligatoire. On ne sera pas plus avancés si on est plein à démissionner ou à tomber en congé de maladie. »
      Et même là, les billets de médecin sont régulièrement contestés par les établissements, nous rapportent plusieurs travailleurs de la santé.

      « On doit maintenant étaler notre vie privée pour que les gens des ressources humaines évaluent notre dossier et décident s’ils nous obligent à travailler à temps plein ou si nos contraintes liées à notre vie familiale ou à nos problèmes médicaux [sont suffisantes et justifiées à leurs yeux] », indique une infirmière auxiliaire du CISSS de la Montérégie-Est qui a requis l’anonymat par crainte de représailles.

      Elle dit aussi réfléchir « plus que jamais » à démissionner. « Le public […] n’est pas au courant que tous nos droits sont brimés et que nous n’avons plus aucune qualité de vie et moins de reconnaissance que jamais. Que nous sommes intimidées, menacées et j’en passe. Plus de fériés, plus de vacances. Menace d’amende pour non-présence sur nos quarts de travail. […] Plus de port d’attache. Plus de quart de travail fixe. […] On ne sait même pas si on a encore le droit de démissionner, et sous peine de quoi ? » poursuit cette mère de jeunes enfants dont le conjoint travaille sur la route cinq jours par semaine.
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      Une limite à la résilience
      « Avec l’arrêté ministériel, nos gestionnaires peuvent faire ce qu’ils veulent de nous », souffle également une infirmière du CISSS de Lanaudière qui a requis l’anonymat. Cette dernière a appris cette semaine qu’elle devait aller prêter main-forte en CHSLD, ce qu’elle fera.

      « Je vais avoir 100 patients à ma charge alors que je n’ai jamais travaillé avec cette clientèle. J’ai beaucoup de résilience, mais il y a quand même des limites à la résilience », s’indigne-t-elle, rappelant que si elle fait une faute professionnelle, elle en sera tenue responsable devant son ordre professionnel.

      #violence #harcèlement #management #coronavirus #covid-19 #CHSLD #Ehpad #travail #esclavage #capitalisme au pays de #justin_trudeau