#embrigadement

  • En #France, les recherches sur la #question_raciale restent marginales

    Avec des relents de maccarthysme, une violente campagne politico-médiatique s’est abattue sur les chercheurs travaillant sur les questions raciales ou l’#intersectionnalité en France, les accusant de nourrir le « #séparatisme ». Dans les faits, ces recherches sont pourtant dramatiquement marginalisées.

    « L’université est une matrice intellectuelle, aujourd’hui traversée par des mouvements puissants et destructeurs qui s’appellent le #décolonialisme, le #racialisme, l’#indigénisme, l’intersectionnalité. » Lors de l’examen du projet de loi dit « séparatisme », à l’instar de la députée Les Républicains (LR) #Annie_Genevard, beaucoup d’élus se sont émus de cette nouvelle #menace pesant sur le monde académique.

    Que se passe-t-il donc à l’université ? Alors que des étudiants font aujourd’hui la queue pour obtenir des denrées alimentaires et que certains se défenestrent de désespoir, la classe politique a longuement débattu la semaine dernière de « l’#entrisme » de ces courants intellectuels aux contours pour le moins flous.

    Après les déclarations du ministre de l’éducation nationale Jean-Michel #Blanquer en novembre dernier – au lendemain de l’assassinat de #Samuel_Paty, il avait dénoncé pêle-mêle les « #thèses_intersectionnelles » et « l’#islamo-gauchisme » qui auraient fourni, selon lui, « le terreau d’une fragmentation de notre société et d’une vision du monde qui converge avec les intérêts des islamistes » –, Emmanuel #Macron a lui-même tancé, dans son discours des Mureaux (Yvelines), le discours « postcolonial », coupable, selon lui, de nourrir la haine de la République et le « séparatisme ».

    À l’Assemblée, Annie Genevard a invité à se référer aux « travaux » du tout récent #Observatoire_du_décolonialisme qui a publié son manifeste dans un dossier spécial du Point, le 14 janvier. Appelant à la « riposte », les signataires – des universitaires pour l’essentiel très éloignés du champ qu’ils évoquent et pour une grande partie à la retraite – décrivent ainsi le péril qui pèserait sur le monde académique français. « Un #mouvement_militant entend y imposer une critique radicale des sociétés démocratiques, au nom d’un prétendu “#décolonialisme” et d’une “intersectionnalité” qui croit combattre les #inégalités en assignant chaque personne à des identités de “#race” et de #religion, de #sexe et de “#genre”. » « Nous appelons à mettre un terme à l’#embrigadement de la recherche et de la #transmission_des_savoirs », affirment-ils.

    À Mediapart, une des figures de cette riposte, la sociologue de l’art #Nathalie_Heinich, explique ainsi que « nous assistons à la collusion des militants et des chercheurs autour d’une #conception_communautariste de la société ». Ces derniers mois, différents appels ont été publiés en ce sens, auxquels ont répondu d’autres appels. S’armant de son courage, Le Point a même, pour son dossier intitulé « Classe, race et genre à l’université », « infiltré une formation en sciences sociales à la Sorbonne, pour tenter de comprendre cette mutation ».

    Derrière le bruit et la fureur de ces débats, de quoi parle-t-on ? Quelle est la place réelle des recherches sur les questions raciales ou mobilisant les concepts d’intersectionnalité à l’université française ? La première difficulté réside dans un certain flou de l’objet incriminé – les critiques mélangent ainsi dans un grand maelström #études_de_genre, #postcolonialisme, etc.

    Pour ce qui est des recherches portant principalement sur les questions raciales, elles sont quantitativement très limitées. Lors d’un colloque qui s’est tenu à Sciences-Po le 6 mai 2020, Patrick Simon et Juliette Galonnier ont présenté les premiers résultats d’une étude ciblant une quinzaine de revues de sciences sociales. Les articles portant sur la « #race » – celle-ci étant entendue évidemment comme une construction sociale et non comme une donnée biologique, et comportant les termes habituellement utilisés par la théorie critique de la race, tels que « racisé », « #racisation », etc. – représentent de 1960 à 2020 seulement 2 % de la production.

    La tendance est certes à une nette augmentation, mais dans des proportions très limitées, montrent-ils, puisque, entre 2015 et 2020, ils comptabilisent 68 articles, soit environ 3 % de l’ensemble de la production publiée dans ces revues.

    Pour répondre à la critique souvent invoquée ces derniers temps, notamment dans le dernier livre de Gérard Noiriel et Stéphane Beaud, Race et sciences sociales (Agone), selon laquelle « race » et « genre » auraient pris le pas sur la « classe » dans les grilles d’analyses sociologiques, le sociologue #Abdellali_Hajjat a, de son côté, mené une recension des travaux de sciences sociales pour voir si la #classe était réellement détrônée au profit de la race ou du genre.

    Ce qu’il observe concernant ces deux dernières variables, c’est qu’il y a eu en France un lent rééquilibrage théorique sur ces notions, soit un timide rattrapage. « Les concepts de genre et de race n’ont pas occulté le concept de classe mais ce qui était auparavant marginalisé ou invisibilisé est en train de devenir (plus ou moins) légitime dans les revues de sciences sociales », relève-t-il.

    Plus difficile à cerner, et pourtant essentielle au débat : quelle est la place réelle des chercheurs travaillant sur la race dans le champ académique ? Dans un article publié en 2018 dans Mouvements, intitulé « Le sous-champ de la question raciale dans les sciences sociales française », la chercheuse #Inès_Bouzelmat montre, avec une importante base de données statistiques, que leur position reste très marginale et souligne qu’ils travaillent dans des laboratoires considérés comme périphériques ou moins prestigieux.

    « Les travaux sur la question minoritaire, la racialisation ou le #postcolonial demeurent des domaines de “niche”, largement circonscrits à des revues et des espaces académiques propres, considérés comme des objets scientifiques à la légitimité discutable et bénéficiant d’une faible audience dans le champ académique comme dans l’espace public – à l’exception de quelques productions vulgarisées », note-t-elle soulignant toutefois qu’ils commencent, encore très prudemment, à se frayer un chemin. « Si la question raciale ne semble pas près de devenir un champ d’étude légitime, son institutionnalisation a bel et bien commencé. »

    Un chemin vers la reconnaissance institutionnelle qu’ont déjà emprunté les études de genre dont la place – hormis par quelques groupuscules extrémistes – n’est plus vraiment contestée aujourd’hui dans le champ académique.

    Deux ans plus tard, Inès Bouzelmat observe que « les études raciales sortent de leur niche et [que] c’est une bonne chose ». « Le sommaire de certaines revues en témoigne. Aujourd’hui, de plus en plus, la variable de race est mobilisée de manière naturelle, ce qui n’était vraiment pas le cas il y a encore dix ans », dit-elle.

    Pour #Eric_Fassin, qui a beaucoup œuvré à la diffusion de ces travaux en France, « il y a une génération de chercheurs, ceux qui ont plus ou moins une quarantaine d’années, qui ne sursaute pas quand on utilise ces concepts ». « Il n’y a plus besoin, avec eux, de s’excuser pendant une demi-heure en expliquant qu’on ne parle pas de race au sens biologique. »

    #Fabrice_Dhume, un sociologue qui a longtemps été très seul sur le terrain des #discriminations_systémiques, confirme : « Il y a eu toute une époque où ces travaux-là ne trouvaient pas leur place, où il était impossible de faire carrière en travaillant sur ce sujet. » Ceux qui travaillent sur la question raciale et ceux qui ont été pionniers sur ces sujets, dans un pays si réticent à interroger la part d’ombre de son « #universalisme_républicain », l’ont souvent payé très cher.

    Les travaux de la sociologue #Colette_Guillaumin, autrice en 1972 de L’Idéologie raciste, genèse et langage actuel, et qui la première en France a étudié le #racisme_structurel et les #rapports_sociaux_de_race, ont longtemps été superbement ignorés par ses pairs.

    « Travailler sur la race n’est certainement pas la meilleure façon de faire carrière », euphémise Éric Fassin, professeur à Paris VIII. Lui n’a guère envie de s’attarder sur son propre cas, mais au lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, il a reçu des menaces de mort par un néonazi, condamné à quatre mois de prison avec sursis en décembre dernier. Il en avait déjà reçu à son domicile. Voilà pour le climat.

    Lorsqu’on regarde les trajectoires de ceux qui se sont confrontés à ces sujets, difficile de ne pas voir les mille et un obstacles qu’ils ou elles ont souvent dû surmonter. Si la raréfaction des postes, et l’intense compétition qui en découle, invite à la prudence, comment ne pas s’étonner du fait que pratiquement toutes les carrières des chercheurs travaillant sur la race, l’intersectionnalité, soient aussi chaotiques ?

    « La panique morale de tenants de la fausse opposition entre, d’un côté, les pseudo-“décoloniaux/postcoloniaux/racialistes” et, de l’autre, les pseudo-“universalistes” renvoie à une vision conspirationniste du monde de la recherche : les premiers seraient tout-puissants alors que la recherche qui semble être ciblée par ces vagues catégories est, globalement, tenue dans les marges », affirme le sociologue #Abdellali_Hajjat.

    Le parcours de ce pionnier, avec #Marwan_Mohammed, de l’étude de l’#islamophobie comme nouvelle forme de #racisme, ne peut là aussi qu’interroger. Recruté en 2010 à l’université Paris-Nanterre, avant d’avoir commencé à travailler la question de l’islamophobie, il a fini par quitter l’université française en 2019 après avoir fait l’expérience d’un climat de plus en plus hostile à ses travaux.

    « On ne mesure pas encore les effets des attentats terroristes de 2015 sur le champ intellectuel. Depuis 2015, on n’est plus dans la #disputatio académique. On est même passés au-delà du stade des obstacles à la recherche ou des critiques classiques de tout travail de recherche. On est plutôt passés au stade de la #censure et de l’établissement de “listes” d’universitaires à bannir », explique-t-il, égrenant la #liste des colloques sur l’islamophobie, l’intersectionnalité ou le racisme annulés ou menacés d’annulation, les demandes de financements refusées, etc.

    En 2016, il fait l’objet d’une accusation d’antisémitisme sur la liste de diffusion de l’#ANCMSP (#Association_nationale_des_candidats_aux_métiers_de_la_science_politique) en étant comparé à Dieudonné et à Houria Bouteldja. Certains universitaires l’accusent, par exemple, d’avoir participé en 2015 à un colloque sur les luttes de l’immigration à l’université Paris-Diderot, où étaient aussi invités des représentants du Parti des indigènes de la République. Qu’importe que ce chercheur n’ait aucun rapport avec ce mouvement et que ce dernier l’attaque publiquement depuis 2008… « Je suis devenu un indigéniste, dit-il en souriant. Pour moi, c’est une forme de racisme puisque, sans aucun lien avec la réalité de mes travaux, cela revient à m’assigner à une identité du musulman antisémite. »

    Abdellali Hajjat travaille aujourd’hui à l’Université libre de Bruxelles. « Lorsque l’on va à l’étranger, on se rend compte que, contrairement au monde académique français, l’on n’a pas constamment à se battre sur la #légitimité du champ des études sur les questions raciales ou l’islamophobie. Sachant bien que ce n’est pas satisfaisant d’un point de vue collectif, la solution que j’ai trouvée pour poursuivre mes recherches est l’exil », raconte-t-il.

    « Moi, j’ai choisi de m’autocensurer »

    #Fabrice_Dhume, qui mène depuis plus de 15 ans des recherches aussi originales que précieuses sur les #discriminations_raciales, notamment dans le milieu scolaire, a lui aussi un parcours assez révélateur. Après des années de statut précaire, jonglant avec des financements divers, celui qui a été un temps maître de conférences associé à Paris-Diderot, c’est-à-dire pas titulaire, est aujourd’hui redevenu « free lance ».

    Malgré la grande qualité de ses travaux, la sociologue #Sarah_Mazouz, autrice de Race (Anamosa, 2020) a, elle, enchaîné les post-doctorats, avant d’être finalement recrutée comme chargée de recherche au CNRS.

    Autrice d’une thèse remarquée en 2015, intitulée Lesbiennes de l’immigration. Construction de soi et relations familiales, publiée aux éditions du Croquant en 2018, #Salima_Amari n’a toujours pas trouvé de poste en France et est aujourd’hui chargée de cours à Lausanne (Suisse). Beaucoup de chercheurs nous ont cité le cas d’étudiants prometteurs préférant quitter l’Hexagone, à l’image de #Joao_Gabriel, qui travaille sur les questions raciales et le colonialisme, et qui poursuit aujourd’hui ses études à Baltimore (États-Unis).

    Derrière ces parcours semés d’obstacles, combien surtout se sont découragés ? Inès Bouzelmat a choisi de se réorienter, raconte-t-elle, lucide sur le peu de perspectives que lui ouvraient l’université et la recherche françaises.

    Certains adoptent une autre stratégie, elle aussi coûteuse. « Moi, j’ai choisi de m’autocensurer », nous raconte une chercheuse qui ne veut pas être citée car elle est encore en recherche de poste. « Dans ma thèse, je n’utilise jamais le mot “race”, je parle “d’origines”, de personnes “issues de l’immigration”… Alors que cela m’aurait été très utile de parler des rapports sociaux de race. Même le terme “intersectionnalité” – qui consiste simplement à réfléchir ensemble classe-race et genre –, je me le suis interdit. Je préfère parler “d’imbrication des rapports sociaux”. Cela revient au même, mais c’est moins immédiatement clivant », nous confie cette sociologue. « Le pire, c’est parler de “#Blancs”… Là, c’est carrément impossible ! Alors je dis “les Franco-Français”, ce qui n’est pas satisfaisant », s’amuse-t-elle.

    « Oui, il y a eu des générations d’étudiants découragés de travailler sur ces thématiques. On leur a dit : “Tu vas te griller !”… Déjà qu’il est très dur de trouver un poste mais alors si c’est pour, en plus, être face à une institution qui ne cesse de disqualifier votre objet, cela devient compliqué ! », raconte le socio-démographe Patrick Simon, qui dirige le projet Global Race de l’Agence nationale pour la recherche (ANR).

    La #double_peine des #chercheurs_racisés

    L’accès au financement lorsqu’on traite de la « race » est particulièrement ardu, l’important projet de Patrick Simon représentant, à cet égard, une récente exception. « On m’a accusé d’être financé par la French American Fondation : c’est faux. Mes recherches ont bénéficié exclusivement de financements publics – et ils sont plutôt rares dans nos domaines », indique Éric Fassin.

    « Il est difficile d’obtenir des financements pour des travaux portant explicitement sur les rapports sociaux de race. Concernant le genre, c’est désormais beaucoup plus admis. Travailler sur les rapports sociaux de race reste clivant, et souvent moins pris au sérieux. On va soupçonner systématiquement les chercheurs de parti-pris militant », affirme la sociologue Amélie Le Renard, qui se définit comme défendant une approche féministe et postcoloniale dans sa recherche. « Nous avons aussi du mal à accéder aux grandes maisons d’édition, ce qui contribue à renforcer la hiérarchisation sociale des chercheurs », ajoute-t-elle.

    https://www.youtube.com/watch?v=spfIKVjGkEo&feature=emb_logo

    Certains se tournent donc vers des #maisons_d’édition « militantes », ce qui, dans un milieu universitaire très concurrentiel, n’a pas du tout le même prestige… Et alimente le cercle vicieux de la #marginalisation de ces travaux comme leur procès en « #militantisme ».

    Pourquoi les signataires des différentes tribunes s’inquiétant d’un raz-de-marée d’universitaires travaillant sur la race, l’intersectionnalité, se sentent-ils donc assaillis, alors que factuellement ces chercheurs sont peu nombreux et pour la plupart largement marginalisés ?

    « J’ai tendance à analyser ces débats en termes de rapports sociaux. Quel est le groupe qui n’a pas intérêt à ce qu’émergent ces questions ? Ce sont ceux qui ne sont pas exposés au racisme, me semble-t-il », avance le sociologue Fabrice Dhume, pour qui les cris d’orfraie de ceux qui s’insurgent de l’émergence – timide – de ces sujets visent à faire taire des acteurs qui risqueraient d’interroger trop frontalement le fonctionnement de l’institution elle-même et son propre rapport à la racisation. « Dans ce débat, il s’agit soit de réduire ceux qui parlent au silence, soit de noyer leur parole par le bruit », affirme-t-il.

    « Il y a aussi une hiérarchie implicite : tant que ces recherches étaient cantonnées à Paris VIII, “chez les indigènes”, cela ne faisait peur à personne, mais qu’elles commencent à en sortir… », s’agace-t-il, en référence à une université historiquement marquée à gauche et fréquentée par beaucoup d’étudiants issus de l’immigration ou étrangers.

    Dans ce paysage, les chercheurs eux-mêmes racisés et travaillant sur les discriminations raciales subissent souvent une forme de double peine. « Ils sont soupçonnés d’être trop proches de leur objet. Comme si Bourdieu n’avait pas construit tout son parcours intellectuel autour de questions qui le concernent directement, lui, le fils de paysans », souligne Patrick Simon.

    La sociologue #Rachida_Brahim, autrice de La Race tue deux fois (Syllepse, 2021), raconte comment, lors de sa soutenance de doctorat, son directeur de thèse, Laurent Mucchielli, et le président du jury, Stéphane Beaud, lui ont expliqué qu’en allant sur le terrain racial, elle était « hors sujet ». « Le fait que je sois moi-même d’origine algérienne m’aurait empêchée de prendre de la distance avec mon sujet », écrit-elle.

    Au cours de notre enquête, nous avons recueilli plusieurs témoignages en ce sens de la part de chercheurs et singulièrement de chercheuses qui, pour être restés dans l’institution, ne souhaitent pas citer nommément leur cas (voir notre Boîte noire). « Ce sont des petites remarques, une façon insistante de vous demander de vous situer par rapport à votre sujet de recherche », raconte une chercheuse.

    De la même manière que les féministes ont longtemps dû répondre à l’accusation de confondre militantisme et sciences au sein des études de genres, les chercheurs racisés osant s’aventurer sur un terrain aussi miné que le « racisme systémique » doivent constamment montrer des gages de leur #objectivité et de leur #rigueur_scientifique.

    « Le procès en militantisme est un lieu commun de la manière dont ces travaux ont été disqualifiés. C’est la façon de traiter l’objet qui définit le clivage entre ce qui est militant et ce qui est académique. Sont en réalité qualifiés de “militants” les travaux qui entrent par effraction dans un champ qui ne reconnaît pas la légitimité de l’objet », analyse Patrick Simon.

    Comme les études de genre ont massivement été portées par des femmes, les questions raciales intéressent particulièrement ceux qui ont eu à connaître de près le racisme. Ce qui n’est pas, manifestement, sans inquiéter un monde universitaire encore ultra-majoritairement blanc. « Les chercheurs assignés à des identités minoritaires sont souvent discrédités au prétexte qu’ils seraient trop proches de leur sujet d’étude ; en miroir, la figure du chercheur homme blanc est, de manière implicite, considérée comme neutre et les effets sur l’enquête et l’analyse d’une position dominante dans plusieurs rapports sociaux sont rarement interrogés », souligne de son côté Amélie Le Renard.

    « Il y a eu des générations de chercheurs qui n’ont pas réussi à trouver leur place dans l’institution. Ce qui est intéressant, c’est que certains commencent à émerger et qu’ils appartiennent à des minorités. Et c’est à ce moment-là que des universitaires s’élèvent pour dire “ça suffit, c’est déjà trop”, alors qu’ils devraient dire “enfin !” », insiste Éric Fassin.

    Depuis quelques mois, et le tragique assassinat de Samuel Paty par un islamiste, les attaques à l’encontre de ces chercheurs ont pris un tour plus violent. Ceux qui travaillent sur l’islamophobie s’y sont presque habitués, mais c’est désormais tous ceux qui travaillent sur les discriminations ethno-raciales, la #colonisation, qui sont accusés d’entretenir un #esprit_victimaire et une rancœur à l’égard de l’État français qui armerait le terrorisme.

    « Quand le ministre de l’éducation nationale vous associe à des idéologues qui outillent intellectuellement les terroristes, c’est très violent », affirme une chercheuse qui a particulièrement travaillé sur la question de l’islamophobie et a, dans certains articles, été qualifiée de « décoloniale ».

    « Les termes employés sont intéressants. Qu’est-ce qu’on sous-entend quand on dit que les “décoloniaux infiltrent l’université” ou qu’on reprend le terme d’“entrisme” ? Cela dit que je n’y ai pas ma place. Alors que je suis pourtant un pur produit de l’université », analyse cette maîtresse de conférences d’origine maghrébine, qui ne souhaite plus intervenir dans les médias pour ne pas subir une campagne de dénigrement comme elle en a déjà connu. « C’est terrible parce qu’au fond, ils arrivent à nous réduire au #silence », ajoute-t-elle en référence à ceux qui demandent que le monde académique construise des digues pour les protéger.

    Le grand paradoxe est aussi l’immense intérêt des étudiants pour ces thématiques encore peu représentées dans l’institution. En attendant, l’université semble organiser – avec le soutien explicite du sommet de l’État – sa propre cécité sur les questions raciales. Comme si la France pouvait vraiment se payer encore longtemps le luxe d’un tel #aveuglement.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/080221/en-france-les-recherches-sur-la-question-raciale-restent-marginales?onglet

    #recherche #université #auto-censure #autocensure #assignation_à_identité #neutralité #décolonial

    ping @karine4 @cede

    • La grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf

      Pendant ces dernières heures, j’ai pris le temps de tenter une approche purement « comptable » (urgh) concernant la fameuse et néanmoins ridicule polémique à propos de la supposée « gangrène islamogauchiste » qui serait à l’œuvre au sein de nos respectables universités. Ce billet de recherche sera simple, et je vais d’abord dire ce qu’il n’est pas, suite aux quelques échanges bienveillants que j’ai pu avoir avec certain.e.s collègues qui auront le plaisir de se reconnaître – et je les remercie d’ailleurs sincèrement pour leurs remarques.

      Disclaimer, donc (comme on dit en bon français) : cette mini-étude n’a pas pour vocation à consolider les arguments des pourfendeurs de l’islamogauchisme. Il part simplement de l’expression « gangrène » et tend à leur montrer, chiffres à l’appui, qu’on est très très loin d’une explosion de ces concepts qu’ils ne maîtrisent pas (comme « intersectionnalité » ou « décolonial », qui renvoient par exemple tous deux à des positionnements épistémologiques et des fondements théoriques bien précis, n’en déplaisent à ceux qui sont trop fainéants pour n’y voir qu’une bouillasse méprisable, là où se trouve un champ d’intérêt extrêmement fécond et inspirant). En gros, l’idée n’est pas de dire « ne vous alarmez pas, confrères conservateurs, c’est en fait une idéologie marginale« , mais plutôt de dire « 1. il n’y a pas d’idéologie, mais de la recherche et 2. si on s’amusait à la compter, on obtient des résultats ridicules qui n’autorisent ni vos invectives, ni votre inculture sur ces sujets ».

      Et au passage, la grenouille dans le titre (pour être clair), ce sont bien ceux qui accusent l’université de dérives idéologiques. Spoiler : tout est idéologie de toute manière puisque tout peut être politique, et tous les corps de métier sont d’ailleurs traversés par des expériences militantes – et heureusement, c’est ça la démocratie ! Il y a autant de militantisme possible à l’université que dans la culture, le milieu associatif, le journalisme et même (mais si si si) le monde de l’entreprise. Donc cessons d’agiter des fantômes pour nous faire peur, et surtout cessons les chasses aux sorcières qui visent précisément les universitaires – les régimes qui organisent cela n’ont rien de démocratique, et ma crainte principale se loge bien là, d’ailleurs. Ma démarche est donc la suivante : vous voulez du sérieux ? On va faire la base de la démarche scientifique : regarder les faits et compter. Cela ne devrait pas être si compliqué que cela, tout le monde peut suivre.

      Je l’exprime ici, en tant que chercheur : ce que des esprits mal intentionnés et peu curieux nomment « islamogauchisme » constitue un ensemble d’études interdisciplinaires que je vous encourage à aller explorer, au moins par pure curiosité intellectuelle – comme je m’évertue, autant que faire ce peut, à lire un maximum d’approches variées. C’est tout le principe de la recherche. Pour pouvoir effectuer mon étude arithmétique, j’ai choisi d’utiliser quelques mots-clé souvent réexploités pour accuser les universitaires d’islamogauchisme : « décolonial », « intersectionnel », « intersectionnalité », « racisé », « racialisé » – puis, pour la blague, « islamogauchisme » et « islamogauchiste ». Je suis donc allé voir ce que nous donnaient 4 des moteurs de recherche scientifiques les plus utilisés : theses.fr et HAL pour la partie générale, puis CAIRN et Open Edition pour la partie plus directement dédiée aux sciences humaines.

      Pourquoi les sciences humaines et pas la sociologie, arguera l’esprit pingre ? Parce que les études dites intersectionnelles ou décoloniales occupent en fait un champ interdisciplinaire très vaste : on y retrouve les études anglophones, la sociologie, la géographie, la démographie, le droit, les sciences du langage, la philosophie, l’anthropologie, les sciences de l’information et de la communication, l’économie, la psychologie, les études littéraires ou encore les arts. Bref, inutile de taper comme un sourd sur cette pauvre sociologie qui se donne pourtant beaucoup de mal (avec des moyens dérisoires) pour comprendre la société qui nous entoure. Nous autres, scientifiques des SHS, sommes donc toutes et tous coupables, rassurez-vous. Et pourquoi, comme on me l’a demandé, ne pas inclure les expressions « gender studies » ou « écriture inclusive » ? Parce que faut pas non plus exagérer : faites donc une liste de toutes les notions de sciences humaines que vous ne comprenez pas et que donc, par définition, il faudrait arrêter d’étudier, et ça sera plus simple. Et si vous ne comprenez pas pourquoi « race », « postcolonial » ou « islam » n’y figurent pas, j’ai des réponses, mais elles ne sont pas dignes d’un carnet de recherche.

      Voici donc la première partie de cette rapide étude : elle est assez simple, puisqu’elle donne des données plutôt brutes. Pour chaque portail dédié à l’archivage des publications scientifiques, il s’est agi de rentrer simplement les mots-clé pour une simple recherche, puis de les transformer en pourcentage par rapport au total de publications répertoriées. De ce point de vue, on est loin du calcul statistique complexe (je rappelle à mon lectorat que je suis linguiste, que j’ai fait un Bac L à l’époque, et que je fais ce que je peux pour ne pas sombrer). Mais comme les pourfendeurs de l’islamogauchisme brandissent souvent la neutralité de la raison face à des chercheur.e.s qui, selon eux, auraient succombé à l’idéologie et à l’émotion, alors chiche : voici des chiffres, soit les représentants les plus aboutis du mythe de la prétendue neutralité scientifique et de l’objectivité rationnelle. Mieux : des données, de la data. Et le tout dans une infographie avec des couleurs et des dessins.

      Premier à passer sur le grill d’un simple comptage, le portail HAL répertorie un ensemble plutôt impressionnant de références scientifiques déposées. Toutes disciplines confondues, on arrive à un pourcentage excessivement faible concernant les mots-clés proposés. Ironie du sort : la seule publication qui sort lorsqu’on rentre le terme « islamogauchiste » est celle de Pierre-André Taguieff, à qui l’on attribue souvent à tort la naissance de cette expression bien connue des milieux d’extrême-droite (il n’en reste pas moins qu’il a largement participé à sa popularisation et à sa normalisation médiatique, sans être lui-même d’ailleurs sympathisant des milieux d’extrême-droite – je tiens ici à le préciser, avant qu’on ne m’accuse de manœuvre diffamatoire). Il convient également de signaler qu’on retrouve également dans ces publications des travaux qui critiquent justement les études décoloniales et intersectionnelles, ce qui fait monter artificiellement les chiffres – sans compter le fait que certaines publications cumulent plusieurs de ces mots-clés. Bref, pour le dire vite : ce pourcentage de 0,038 % est donc probablement surévalué.

      Sur Theses.fr, on remarque une légère augmentation des résultats en terme de pourcentages. Il faut dire ici, de surcroît, que le portail doctoral en question répertorie à la fois les thèses soutenues et les thèses démarrées, ce qui fait que là aussi, on se retrouve avec un cumul de travaux qui n’en sont pas tous au même stade – ce qui est à la fois heureux et bien normal, quand on connaît le processus doctoral, ses exigences et ses coups du sort. Quoiqu’il arrive, vous me direz (et vous aurez raison) que c’est bien gentil de mélanger des concepts de sciences humaines à des thèses de médecine ou de biologie moléculaire, mais qu’il faut être un peu sérieux – et que si pluridisciplinarité il y a, il faut donc aller regarder plus précisément du côté des domaines de recherche concernés. Je suis entièrement d’accord, donc allons-y.

      Et là, pas de surprise : sur CAIRN comme sur Open Edition, qui totalisent tous deux une masse non négligeable de publications répertoriées et accessibles pour les adeptes des sciences dites « molles » ou « subtiles », évidemment, le pourcentage augmente. Mais vous l’aurez remarqué : le pourcentage sur le total de publications répertoriées est très très loin d’être significatif, tout au contraire : on reste aux alentours des 2%, ce qui montre la faible représentativité des études décoloniales ou intersectionnelles. Et là, autre contre-argument : mais c’est facile de prendre le nombre de publications sur le total ! Evidemment, en 1992, on n’utilisait probablement pas ces notions en France ! Tout juste : attardons-nous donc sur l’évolution de ces mots-clé depuis 2011, histoire d’avoir une représentativité plus fine sur le total de publications. Mais même là, il faut se rendre à l’évidence : on est loin d’une écrasante hégémonie des études intersectionnelles, par exemple.

      CAIRN ne figure pas dans les résultats, tout simplement parce que son moteur de recherche ne permet pas de faire émerger des résultats annuels – sinon je l’aurais fait. Mais déjà, avec HAL, Theses.fr et Open Edition, on remarque les mots-clé incriminés sont bel et bien en augmentation depuis 2011, mais qu’ils rencontrent aussi un certain tassement depuis deux ans – ce qui est à vrai dire plutôt inquiétant, car cela souligne le retard de la France sur des questions de recherche qui sont assez largement investies ailleurs dans le monde (et pas qu’aux Etats-Unis, le grand Satan des néoréacs français) – sans pour autant que cela soit d’ailleurs associé à des postures militantes. Cela étant, le tassement de ces mots-clés depuis 2011 n’a de sens que si on regarde leur pourcentage total par rapport à l’évolution de l’ensemble des publications sur les portails en question. Regardons un peu.

      Les accusateurs d’islamogauchisme pourront se réjouir et pointer du doigt une tendance à la hausse ; cela dit, on remarque une dynamique différente en fonction du portail. Là où le nombre de thèses marque une augmentation qui reste régulière, par exemple, on ne peut que constater la faiblesse des pourcentages par an. C’est sur Open Edition que ce type de courbe reste le plus intéressant à analyser : on voit une évolution croissante, bien que timide, de l’intérêt pour les sujets que permettent d’analyser les études intersectionnelles et décoloniales, quelle que soit la discipline d’ancrage. Mais attention aussi : sur Open Edition, on se bat à coups de revues scientifiques notamment, et en regardant sur ce portail, vous trouverez une évolution nette des publications scientifiques qui critiquent en fait les études décoloniales et intersectionnelles – en d’autres termes, l’augmentation de publication n’est pas tant dû à l’ancrage épistémologique dans ces champs, mais aux débats interdisciplinaires qui surgissent en raison de leurs méthodes ou de leurs concepts. En bref, cette évolution montre plus une vitalité des débats (tiens tiens) qu’une homogénéisation des épistémologies et des méthodologies.

      Que dire après tout cela ? Qu’avant de juger un terme sur de simples rumeurs colportées sur une chaîne de télé trop racoleuse ou un réseau social trop électrique, il suffit d’aller lire. Parce que lire reste encore la meilleure réponse à apporter à l’ignorance, aux idées reçues, aux raccourcis commodes, aux paresses intellectuelles ou aux ignorances légitimes. Ne pas savoir, ce n’est pas grave : nous sommes toutes et tous ignares sur bien des sujets. Ne pas savoir et prétendre que l’on a pas besoin de savoir pour se faire une idée, c’est non seulement bête à manger du foin et dommage en général, mais c’est surtout dangereux pour nos fragiles régimes démocratiques – et surtout pour l’indépendance de la recherche. Au final, on a le droit de questionner, de débattre et de discuter autour de ces questions (et encore heureux) : mais faisons-le dignement.

      PS : Au passage, ce n’est plus la peine de commander une étude au CNRS concernant l’islamogauchisme, du coup.

      PS bis : Vous avez le droit de ne pas être d’accord avec ma démarche, bien entendu. Depuis la première publication de cette mini-étude sur Twitter, j’ai eu quelques messages un peu vifs : ceux qui disent que l’islamogauchisme n’aiment pas mes chiffres et m’accusent de ne pas mesurer « l’impact » par exemple, ou encore de ne pas vouloir voir la réalité derrière les chiffres (???). Et celles et ceux qui pensent qu’il ne faut pas donner du grain à moudre avec des chiffres. J’ai envie de répondre que dans ce genre de situation, il peut y avoir une pluralité de méthodes et de démarches, et que rien ne leur empêche de concorder à des moments opportuns. En tout cas, c’est ma modeste contribution, et ma modeste démarche.

      https://sysdiscours.hypotheses.org/352

      déjà signalé par @marielle ici :
      https://seenthis.net/messages/904269

  • Service national universel : pour un droit familial à l’objection de conscience (Slate.fr)
    http://www.slate.fr/story/178626/service-national-universel-snu-droit-familial-objection-conscience

    Cette mise en scène ne correspond pas à l’éducation que je souhaite pour mes enfants.

    Article édifiant, même si je ne vis pas pourquoi on ne défend pas directement un droit individuel du jeune…

    Le Service national universel résumé en neuf vidéos malaisantes (Les Inrocks)
    https://www.lesinrocks.com/2019/06/19/actualite/societe/le-service-national-universel-resume-en-neuf-videos-malaisantes

    Des vidéos de volontaires du Service national universel suscitent beaucoup de critiques, voire un profond malaise (il y a même eu des vrais malaises). En voici quelques unes qui parlent d’elles-mêmes.

    #éducation_mon_cul #dystopie #embrigadement #communication_patriotique #climat_malsain #gerbe

  • Alors mon petit soldat, ce brevet d’histoire-géo nouvelle formule ? (Laurence De Cock)
    https://blogs.mediapart.fr/edition/aggiornamento-histoire-geo/article/300617/alors-mon-petit-soldat-ce-brevet-d-histoire-geo-nouvelle-formule

    L’exercice se rattache à la partie du programme Les grands principes de la défense nationale (une des seules alternatives aux sujets portant sur la laïcité en EMC pour les examens). Ici l’enseignement moral et civique devient le service-après-vente du Ministère de la Défense. Ainsi, après l’intervention héroïque de l’armée française au Mali proposée à l’examen il y a quelques années, les concepteurs.trices du sujet du jour, ont, dans un instant de clairvoyance aiguë, préféré à l’étude exhaustive de l’exemplarité de notre armée lors du génocide des Tutsi du Rwanda, celle de l’intervention de gentils militaires auprès de population civiles victimes des intempéries. Trêve d’ironie. Tout dans ce sujet d’EMC est catastrophique, grotesque et choquant

    #éducation #collège #DNB #Brevet #EMC #armée_française #gerbe_d_honneur #valeurs_de_la_République #embrigadement #propagande

    En tant qu’enseignant.e.s rattaché.e.s au champ des sciences humaines et sociales nous devrions tou.te.s être révulsé.e.s par ce sujet tellement contestable qu’il invalide à lui seul tout le gain de cette nouvelle épreuve. Et puisqu’il faut se parler franchement, nous comprenons mal que des collègues impliqué.e.s dans la rédaction des épreuves puissent à ce point dévoyer nos missions par de telles propositions. Car s’il y a bien un endroit où tou.te.s, au-delà de nos clivages, devrions rester inflexibles, c’est sur les finalités critiques portées par nos disciplines, et ce quelle que soit la pression politique environnante.

  • Un faux prophète | ARTE Radio
    https://www.arteradio.com/son/61658673/un_faux_prophete

    Un « radicalisateur » raconte 10 années de #prison à fabriquer des djihadistes.
    Dans les années 90, Mohamed se radicalise en prison au contact de musulmans salafistes. Devenu imam autoproclamé, il exhorte à son tour des détenus à partir faire le djihad. A 40 ans, après 20 ans à l’ombre, celui que les surveillants surnommaient « Oussama Ben Laden » a aujourd’hui décroché et est sur la voie de la réinsertion. Il raconte le processus d’embrigadement derrière les barreaux, favorisé par la #violence et le #racisme à l’œuvre dans la détention.

    Super reportage où il apparaît très clairement que le système carcéral est un système qui accélère le basculement et la communauté créée par le groupe de coreligionnaires fait fonction de groupe sûr qui sera là quoi qu’il arrive. Cette communauté fait le travail social qui incomberait à l’État s’il faisait ce qui est dans ses prérogatives.
    La phrase qui résume tout : « Comment tu veux éduquer les gens par la souffrance ? »
    Le problème est fondamentalement que leur but n’est pas d’éduquer les gens. Par contre le problème des oligarques c’est de ne pas se rendre compte que cela crée une situation de quasi guerre civile qui finira bien par les emporter.
    Comme le rappait si bien Kery James à l’époque : « L’Amour nous a rayés »
    #islam #embrigadement #radio #audio

    • Cette communauté fait le travail social qui incomberait à l’État s’il faisait ce qui est dans ses prérogatives.

      Ben non. Ce qui fait défaut c’est des formes de socialisation, de reconnaissance et d’entraide qui soient à la fois affirmatives et conflictuelles, des communautés de lutte aptes à affronter la gestion des replis identitaires dont l’État fait son miel. C’est sur le blocage (soigneusement entretenu) de l’inventivité sociale que prospèrent ces organisations fascistes.

    • Pourtant c’est très clair quand Mohamed explique qu’à la sortie de prison, pouvoir être pris en charge, savoir où tu vas dormir, que tu vas pouvoir avoir à manger et pas te retrouver à la rue si tu fais partie des « frères mus » ça fait toute la différence et là le gars sait qu’il a un groupe derrière lui. On peut comparer à son expérience de la sortie à lui, ses difficultés et le fait qu’il ait tenu parce qu’il avait entamé de lui même un très gros travail de remise en question, ce qui est une exception.
      Quand il explique aussi le rapport au système scolaire excluant.
      Je ne comprends même pas de quoi tu parles quand tu dis

      des communautés de lutte aptes à affronter la gestion des replis identitaires dont l’État fait son miel.

      Je ne vois pas pourquoi tu parles de repli identitaire. Le gars explique à quel point c’est politique, à quel point le rejet violent et la souffrance que ces jeunes se prennent en pleine tête tout comme l’histoire impérialiste et coloniale leur retournent le cerveau : ça te fait bouillir ! Il n’y a plus qu’à pousser un petit peu. Qui peut supporter ça ? Si tu n’as pas une structure familiale en béton c’est impossible et même là… Il le répète plusieurs fois : l’état leur mâche le travail par son absence de protection et surtout la guerre qu’il mène contre les jeunes des quartiers populaires principalement noirs et arabes.
      Et puis la communauté musulmane pourrait tout à fait être une communauté de luttes structurante et émancipatrice, mais elle est l’objet de tant d’enjeux de la part des pouvoirs politiques qu’elle est noyautée.
      L’islam est une religion de luttes et de combats (cf Farid Esack qui a beaucoup travaillé là dessus et qui prône un islam de libération tout comme peut exister une théologie de la libération en Amérique latine).
      Pour les ravages de la position d’aliéné je renvoie à Frantz Fanon, irremplaçable.

    • Il n’y a pas de communauté musulmane mais des Musulmans aux intérêts et aspirations différentes et contradictoires (le pipo de la bourgeoise Boutledja faisant du pdt Ahmadinejad un héros « indigène » ne leurre que ceux qui veulent l’être). L’État ne protège rien d’autre que lui-même et l’orde social capitaliste, et ce par tous les moyens nécessaires, quitte à organiser un délaissement et une relégation graduées (de la chômeuse sans revenu au garçon qui avec ses pairs « tient les murs »). Rien de mieux pour un État xénophobe que de se forger ou de se choisir une opposition à sa main, des « adversaires » qui puissent servir de repoussoir (le FN ou les « radicaux islamistes » ici, le Hamas pour Israël depuis que cet état a fait ce choix au Liban en 1982 pour briser l’Op, etc) pour se donner un semblant de légitimité. Rien de mieux que de ruiner et d’interdire de fait les formes d’auto-organisation pour jeter dans les bras d’organisations fascistes ceux qui risqueraient de mettre en cause pratiquement ce qui se passe ici, pour fabriquer de l’allégeance, enterrer toute perspective d’émancipation.

      Je connais pas Farid Esack, mais lorsqu’il dit :

      Donc l’épreuve de justice dans le Coran ne consiste pas à savoir si tu te soulèves pour défendre tes propres droits. Tout le monde le fait, cela vient naturellement, et c’est très bien de le faire.. Mais l’épreuve coranique de l’engagement pour la justice consiste à savoir si tu peux te soulever en tant que témoins de Dieu dans la quête de la justice même si cela peut se faire contre ton pouvoir.

      je reconnais en sa parole un discours idéologique, c’est-à-dire sans attention aux faits, car non, en réalité, tout le monde ne se soulève pas pour « défendre ses droits ». Derrière cette pseudo évidence, il y justement la situation inverse, une impossibilité entretenue et construite, et qui fait le lit de tous les replis identitaires actuels, derrière et sous des figures sacrées (la patrie, dieu,...), et selon des modalités où l’obéissance, la soumission au chef sont impérativement requises. Et dans ce cas, non seulement ça ne se soulève pas (de combien de défaites ici faudrait il prendre la relève ?) mais ça s’aplatit...

      Ces logiques identitaires supposées répondre au chaos de la mondialisation capitaliste, permettre de s’arrimer dans la tempête de la concurrence dévastatrice et le désarroi, ne travaillent d’ailleurs pas seulement l’extrême droite française, ou les « radicaux » (fondamentalistes d’invention en fait) islamiques.
      Ce que je dis c’est que le besoin d’échapper ne serait-ce qu’un tant soit peu aux eaux glacées du calcul égoïste, n’impliquant pas nécessairement ces « solutions » mortifères. Non l’alternative n’est pas entre la barbarie capitaliste et la barbarie fasciste.

      Laissons de côté ses âneries théologiques (pléonasme ?) pour revenir un instant à Farid Esack :

      Ceci dit, j’ai évidemment un problème fondamental avec les réponses problématiques à l’hégémonie et au pouvoir, qui est si profondément ancrée dans la conscience occidentale. Et ce sont souvent ces personnes engagés dans – peu importe comment on les appelle, fondamentalistes ou radicaux musulmans – leur vision du monde est exclusiviste. Ce n’est pas une vision de liberté, ce n’est pas une vision libératrice. Leur vision du monde est plus que répugnante ! Donc je comprends que c’est une réaction à l’impérialisme, à l’occupation et au colonialisme. Mais, dans le même temps, ce n’est pas une vision que je partage.

      Des petits soldats des états fascistes, théologiques ou pas, on doit déplorer le malheur. Mais certainement pas pour admettre les rackets étatiques, religieux, militaires auxquels ils sont conduits à participer.

    • Rien de mieux que de ruiner et d’interdire de fait les formes d’auto-organisation pour jeter dans les bras d’organisations fascistes ceux qui…

      Si là tu parles des organisations politiques de gauche ou tout mouvement libertaire, syndical ou autre lol lol et relol. Je ne sais pas pourquoi tu parles d’interdiction mais la répression à l’œuvre contre les quartiers populaires (je te parle des cités où il y a plein de noirs et d’arabes) est sans commune mesure avec celle subie par les groupes que tu sembles évoquer. Va tenir un discours politique construit dans une mosquée et tu verras la répression immédiate qui s’en suivra.
      L’islam est une composante essentielle et indépassable de la politisation de ces quartiers, ne t’en déplaise. Et surtout, l’entre-soi et la défiance des organisations qui aspirent à l’autogestion, vis à vis des habitants des cités et de leurs valeurs est un invariant. Dans ces organisations il n’y a que des blancs et en option un noir ou un arabe qui s’est perdu en route et qui sert le plus souvent de caution aux blancs en question pour dire qu’ici on accueille tout le monde. Généralement il s’avère que l’heureux élu a tout pour plaire puisqu’il est souvent athée, et a soit pas trop de souci à être isolé en territoire hostile ou ne tient pas bien longtemps là.
      Quant à Houria Bouteldja je ne vois pas le rapport. On parle d’islam politique. Le parti des indigènes n’est pas un parti qui relève de cette catégorie et c’est encore moins un parti qui prône le changement social.
      Quant au :

      je reconnais en sa parole un discours idéologique

      euh…je ne vois pas où est le problème d’avoir un discours idéologique, c’est plutôt incontournable quand on fait de la politique non ?
      En fait la discussion est impossible parce que tu sembles nier toute possibilité d’action progressiste dans le cadre musulman.

      Concernant la communauté musulmane, tout groupe social appartenant à une minorité opprimée, va de fait faire communauté. Cela n’est pas du tout invalidée par le fait qu’elle est traversée par des contradictions, des rapports de classe internes ou tout autre rapport de domination quel qu’il soit.

      Enfin l’adjectif fasciste utilisé à tort et à travers pour parler de l’islam salafiste franchement ça saoule, c’est tellement à côté de la plaque. Ça fait référence au terme d’islamo-fasciste je suppose, qui est débile et en plus constamment utilisé par le pouvoir. La rhétorique utilisée par ces groupes n’a rien à voir avec le fascisme, les courants qui les traversent et les filiations qui les sous-tendent n’ont rien à voir avec le fascisme, ce sont d’autres références. Tu ne comprendras jamais ce qui peut agir dans ces mouvements si tu en restes à une comparaison avec le fascisme qui est une idéologie fondamentalement européenne.

      Je n’ai pas compris à quoi tu faisais référence quand tu disais « Laissons de côté ses âneries théologiques (pléonasme ?) » mais il est clair que nos positions n’ont pas un socle commun suffisant pour permettre un échange. Délégitimer la foi dans sa capacité à être un facteur ou un support de conscientisation politique révolutionnaire juste parce que ça ne correspond pas à sa propre construction politique, c’est limite.

    • Non, je parle pas de ces organisations, mais bien d’une autonomie politique des premiers concernés qui a été et reste empêchée (par ex, création de SOS Race par des ex-gauchos versés dans la com pour le compte du PS). Et ce n’est pas une simple question de répression, ça ne suffirait pas. Il est plus intéressant pour un État qui mène une guerre sociale de basse intensité de guider les conduites de ses adversaires, par exemple de privilégier un « retour au religieux ».
      Oui, la discussion est impossible dans ces conditions, je ne vais pas démentir point par point ce que tu écris lorsque tu m’attribues des positons qui ne sont pas les miennes. Ce théologien qui dit « la lutte est partout » a un discours idéologique au sens où sa position se fonde sur un déni massif de la réalité sur ce point comme sur d’autres. En l’occurrence c’est l’absence de luttes (pour « des droits » ou simplement pour l’existence), l’absence d’horizon politique qui fait le lit
      Je ne conteste pas que des croyants de quelque religion monothéiste que ce soit puissent agir dans un sens émancipateur. Lorsque l’on fait du neuf, on use de traditions, d’archaïsme (sans que ce soit nécessairement péjoratif, faut trier). Mais cela ne modifie qu’à la marge et ponctuellement (fut-ce pour plusieurs décennies, cf prêtres ouvriers ou théologie de la libération en Amérique du sud, ou chiisme dans l’Iran en révolution, mais pas après...) la fonction de maintien de l’ordre de la religion (cf les appels au calme des imams de quartier lors des émeutes de 2005, cf, la pression exercée par en bas contre tous ceux, et surtout celles, qui « devraient » être musulmans mais se comportent en koufars, etc.). La (dé)politisation sous la bannière de l’Islam est fascisante dans bien des cas : ordre moral, soumission à l’autorité comme béquille existentielle, exaltation du sacrifice, façon « viva la muerte », organisation des jeunes hommes en vue du contrôle de « la communauté » et en particulier des femmes, et de l’extermination, mise en place d’un « ordre social » terrible). Le fascisme ce n’est pas seulement un type de régime, c’est aussi des formes d’organisation - les moyens en disent long sur les fins -, c’est aussi une organisation des affects, voir par exemple
      Une introduction à la vie non fasciste
      http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4790
      Le rapport avec Boutledja ? L’idée même que l’islam soit une communauté. On a une politique qui part d’une identité donnée ou/et supposée.
      Un exemple d’auto-organisation : http://rapdocsonores.org

    • L’islam est une composante essentielle et indépassable de la politisation de ces quartiers, ne t’en déplaise.

      Cette phrase est historiquement fausse, en tout cas là comme ça sans ajouter de contours. Car si c’est le cas, c’est uniquement là maintenant récemment, à une époque très précise.

      Il y eu d’autres temps où les quartiers populaires, y compris ayant plein de musulmans, se politisaient autrement en dehors de ça, y compris tout en étant bien sûr musulmans à côté de ça pour certains.

      Puis, pour plein d’autres raisons croisées, la gauche est partie en fumée, le libéralisme a augmenté exponentiellement partout et s’est infiltré dans tous les mouvements, de moins en moins de crédit, etc.

      Mais donc ça veut bien dire qu’il y a d’autres moyens, non religieux, pour ces quartiers, de se politiser et de s’auto-organiser. Ça a existé, ça a marché et même parfois plutôt bien. Donc ça pourra un jour exister de nouveau, sans faire appel à la religion pour ça.

      Il n’y a absolument rien d’indépassable (merci pour le TINA inverse…).

    • Ayant fort longtemps habité dans une banlieue « rouge » où le PCF avait pour principal exigence la construction d’un commissariat contre les jeunes prolos « issus de l’immigration », je plussoie. Par ailleurs, issus de famille lointainement musulmanes ou pas, on se foutaient le plus souvent ouvertement de la/les religion/s. Avant SOS race, avant le « retour au religieux », c’est alors la diffusion de l’héro (et pas seulement la répression) qui permit de détruire les communautés de lutte qui se constituaient là.
      L’exemple algérien de la fin des années 80 est là lui aussi pour montrer que l’écrasement des révoltes, la défaite peut empêcher la reprise d’un mouvement d’émancipation, quitte à donner vie à la terreur du FIS. Encore une fois, l’’État veut des ennemis à sa main.

    • Non je maintiens. Je ne parle pas de politisation dans une organisation qui se revendiquerait forcément comme musulmane mais il ne peut y avoir un projet de fond politisé dans les cités qui apparaisse en contradiction avec les notions fondamentales de l’islam et plus globalement avec une culture politique propre à ces lieux. Je ne parle pas non plus de la religion dans les rapports individuels.
      L’état n’a pas besoin de privilégier un retour au religieux. C’est aussi la conséquence de l’échec des mouvements précédents, leur répression et les conséquences très dures pour les militants des cités qui ont participé aux luttes (voir le MIB). Il y a eu des luttes, des révoltes, des mouvements extrêmement importants mais la situation aujourd’hui est catastrophique, c’est cela qui est terrible. Le rapport colonial du pouvoir à ses lieux et ses habitants y est pour beaucoup.
      Les appels au calme des imams en 2005 ce sont ceux qui ont été médiatisés à dessein par les médias. Et de toute façon je ne parle pas des imams. Pour rester imam il faut un discours qui soit accepté par le pouvoir ou alors on se fait tout petit, petit. Ceux qui ont perpétré des attentats sont presque toujours en rupture avec les organisations traditionnelles autour des mosquées, avec les prêches.
      De la même façon, il n’y a pas de dépolitisation sous la bannière de l’islam dans le cas qui nous occupe, même s’il y a effectivement des courants dans l’islam qui prônent le fait de ne pas s’occuper de politique. Le terrorisme islamique est une politisation dans une direction qui est violente, avec un rapport à la mort spécifique à ses racines et à son idéologie.

      Le parti des indigènes de la république ne représente absolument personne dans les cités et absolument personne ne s’en revendique. C’est une histoire entre les medias et cette organisation, un bluff médiatique qui sert les deux parties.

      Je ne comprends pas non plus la comparaison avec l’Algérie puisque je parle des cités en France. D’autant plus que le FIS a été empêché d’accéder au pouvoir après des élections démocratiques qu’il avait remportées.

      Sinon je ne connais pas SOS Race. C’est un mouvement des quartiers populaires ?

    • Mais ça m’évoque surtout ce truc sur le FN d’Hénin-Beaumont qui fait des actions très conviviales, qui invite tout le monde, qui accueille les gens paumés ou un peu seuls, offre à bouffer et à boire, du divertissement, et se fait ainsi des affidés de personnes qui a priori n’en avaient rien à branler.

      Ah ouais c’est un bon exemple, c’est vrai !
      Concernant la notion de communauté je parle des musulmans en France et spécifiquement dans les cités.

    • Nedjib Sidi Moussa ("La frabrique du musulman", ) : « Ne rien céder aux illusions identitaires »
      https://www.revue-ballast.fr/nedjib-sidi-moussa

      ... récits dits « intégristes républicains » ou « islamo-gauchistes », présentés comme des exacts opposés [mais qui] ne sont, dans les faits, que les deux faces d’une même pièce menant à la confusion et la capitulation. Peut-on, par exemple, laisser dire que l’on défend la séparation des Églises et de l’État tout en soutenant l’installation des crèches de Noël dans les mairies ? Peut-on, au nom de la lutte antiraciste, s’allier avec des associations qui sont les émanations de formations intégristes ? Ce sont là des questions concrètes qui sont posées à des militants, collectifs ou organisations qui, en dépit de leur relative faiblesse numérique, possèdent une audience importante et peuvent donc influencer les débats dans un sens progressiste ou réactionnaire...

    • Je ne sais pas dans quel type d’action il est engagé mais je pense que son positionnement ne peut pas fédérer grand monde dans les cités. Je ne sais pas non plus de quel groupe il parle quand il évoque « les émanations de formations intégristes ». C’est ça qui est chiant avec les théoriciens qui parlent d’action, ils restent dans le flou dans leurs accusations et ça jette un discrédit d’ensemble. Mon propos concerne la base de la base, le local. Et je répète, dans les groupes qu’il évoque comme étant les exemples à suivre, je n’en connais pas qui aient une mixité raciale. Pourquoi ? S’interroge t’il là dessus ? Je ne l’ai jamais lu donc je ne sais pas s’il a une réponse. Pour moi ça discrédite d’emblée ces mouvements et ça participe de mon positionnement sur la question.
      Enfin, je voulais ajouter que prendre en compte l’islam dans son combat, ça ne veut pas du tout dire cracher sur les rapports de classe et le marxisme ou l’anarchisme. Je ne vois pas pourquoi il y aurait une opposition entre ces deux pôles. Le sentiment d’appartenance à une classe sociale opprimée est très présent dans les cités tout en se mêlant forcément aux rapports d’oppression raciale. L’intersectionnalité en action plutôt qu’en théorie dans les beaux colloques des universités parisiennes.

    • Le sentiment d’appartenance à une classe sociale opprimée est très présent dans les cités tout en se mêlant forcément aux rapports d’oppression raciale.

      Euh.. Comment te dire. Faut pas trop se voiler la face. Quand y a pas de politisation / conscientisation dans les quartiers y en a juste pas. Si on ne voit pas l’islamisation comme un mouvement politique d’extrême droite, et le renouveau des pratiques rigoristes comme un relais de ces courants on se mets le doigt dans l’œil.

    • Ben si, les cités sont très politisées. Qu’elles n’aient aucun relais dans les structures politiques traditionnelles ou les mouvements d’opposition que tu connais ou côtoies, c’est autre chose, mais les jeunes surtout, sont très politisés. Les émeutes par exemple sont des mouvements politiques et je pense que tu ne peux pas nier qu’elles sont fréquentes.
      L’islamisation je ne sais pas de quoi tu parles, ça ne veut rien dire en soi ou plutôt ça peut regrouper trop de choses différentes. Tout comme le "renouveau des pratiques rigoristes que tu cites, je ne sais pas de quoi tu parles exactement, quel groupe, quelles pratiques ?
      Concernant les mouvements qui sont dans un projet de terreur globale et d’attentats, je ne vois pas le rapport avec l’extrême droite du tout.
      En fait, vous appliquez une lecture classique gauche/droite facho/pas facho à des mouvements qui ne sont pas du tout dans ces grilles. Vous ne pouvez du coup pas analyser les choses comme ça, vous ne comprendrez pas.

  • Au camp d’entraînement des petits soldats d’Ukraine
    http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2016/08/19/au-camp-d-entrainement-des-petits-soldats-d-ukraine_4984763_4497186.html

    Même neutralisée (des modifications la rendent inapte au tir), l’arme paraît démesurée. Ada porte un tee-shirt rouge avec un petit chien noir et blanc à lunettes jaunes et des tongs roses : elle a 9 ans. La petite fille s’est déjà choisi un nom de guerre : Talisman. Comme tous ses camarades, une cinquantaine de jeunes âgés de 6 ans à 18 ans, elle passe une partie de ses vacances au camp d’été patriotique militaire des Azovets (#Ukraine).
    Préparer la résistance contre l’armée pro-russe

    Nous sommes à 35 kilomètres à l’ouest de Kiev, la capitale ukrainienne, dans une forêt à la lisière de la route E40, en direction de Jytomyr. Aucun panneau n’indique le lieu. Une simple banderole est accrochée à la grille d’entrée et deux drapeaux flottent dans la cour : celui de l’Ukraine et celui du camp d’été du régiment Azov – deux silhouettes bleues d’enfants soldats portant des fusils-mitrailleurs et des casques de combat sur fond jaune.

    Cette unité #paramilitaire #ultranationaliste...

    des petits soldats d’Ukraine

    on appelle ça des #enfants_soldats !!! #embrigadement
    #paywall

  • Comment devient-on djihadiste ?

    "L’offre djihadiste capte des jeunes qui sont en détresse du fait de failles identitaires importantes. Elle leur propose un idéal total qui comble ces failles, permet une réparation de soi, voire la création d’un nouveau soi, autrement dit une prothèse de croyance ne souffrant aucun doute. Ces jeunes étaient donc en attente, sans nécessairement montrer des troubles évidents. Dans certains cas, ils vivent des tourments asymptomatiques ou dissimulés  ; ce sont les plus imprévisibles, parfois les plus dangereux, ce qui se traduit après le passage à l’acte violent par des témoignages tels que  : «  C’était un garçon gentil, sans problème, serviable, etc.  » Dans d’autres cas, les perturbations se sont déjà manifestées à travers la délinquance ou la toxicomanie."

    "L’offre radicale répond à une fragilité identitaire en la transformant en une puissante armure. Lorsque la conjonction de l’offre et de la demande se réalise, les failles sont comblées, une chape est posée. Il en résulte pour le sujet une sédation de l’angoisse, un sentiment de libération, des élans de toute-puissance. Il ­devient un autre. Souvent, il adopte un autre nom. Voyez combien les discours des radicalisés se ressemblent, comme s’ils étaient tenus par la même personne  : ils abdiquent une large part de leur singularité. Le sujet cède à l’automate fanatique. Cela dit, il ne faut pas confondre expliquer et excuser  : l’analyse de la réalité subjective sous-jacente à ce phénomène ne signifie ni la folie ni l’irresponsabilité, sauf exception. De plus, le fait «  psy  » n’est pas un minerai pur, il se recompose avec le contexte social et politique.

    Les failles identitaires ne sont évidemment pas l’apanage des enfants de migrants ou de familles musulmanes, ce qui explique que 30 à 40 % des radicalisés soient des convertis. Ces sujets cherchent la radicalisation avant même de rencontrer le produit. Peu importe qu’ils ignorent de quoi est fait ce produit, pourvu qu’il apporte la «  solution  ». La presse a rapporté le cas de djihadistes qui avaient commandé en ligne l’ouvrage L’Islam pour les nuls . Aujourd’hui, l’islamisme radical est le produit le plus répandu sur le marché par ­Internet, le plus excitant, le plus intégral. C’est le couteau suisse de l’idéalisation, à l’usage des désespérés d’eux-mêmes et de leur monde."

    Fethi Ben­slama

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/11/12/pour-les-desesperes-l-islamisme-radical-est-un-produit-excitant_4808430_3224

  • L’anthropologue française Dounia Bouzar : « Daesh est plus proche du nazisme que des frères musulmans »
    http://lobservateurdumaroc.info/2015/11/13/lanthropologue-francaise-dounia-bouzar-daesh-est-plus-proche-d

    « Le chrétien qui ne coupe pas de têtes, on ne dit pas qu’il est modéré, on dit juste qu’il est chrétien. Donc ça va dans le même sens. Ça les rend presque laxistes de penser que les musulmans seraient des gens archaïques. Dans le livre, je raconte l’histoire de ce père qui coupe la tête des poupées de sa fille et qui en obtient la garde. Le juge a noté noir sur blanc que le papa « coupe la tête des poupées et ne veut pas que sa fille joue au parc ». Donc, pour le juge, c’est un monsieur « très musulman » ! C’est presque à mourir de rire, mais c’est très grave. Ça fait dix ans que je dis aux interlocuteurs français du gouvernement : « vous ne vous rendez pas compte, mais vous avez la même définition intégriste de l’islam que les radicalistes ! ». (...)

    #islam

    • Même si là c’est une unique source, c’est bien d’avoir un point de vue partant des cas réels d’embrigadement, et donc de l’état d’esprit de ces cas réels (et des méthodes précises employées sur elles et sur eux), et non pas en parlant de « La religion », « L’islam », « Les terroristes », dans des termes généraux et abstraits.

      Et ça montre qu’à la base, au moins pour tous ces cas là, l’embrigadement n’est pas en soi un truc lié à l’islam ni même à la foi religieuse des victimes. C’est un embrigadement sectaire, comme ça aurait pu se faire pour plein de sectes, sauf que là ça utilise le nom d’une religion très connue et très populaire comme enrobage.

    • Or, quand je parle de « dérive sectaire », ça veut dire que le rabatteur n’est pas dans la spiritualité, même pas dans le projet politique. Moi je distingue Daesh des frères musulmans. Daesh ne mélange pas la politique et la religion, Daesh a le projet d’exterminer tous ceux qui ne lui font pas allégeance. C’est plus proche du nazisme que des frères musulmans. Les frères musulmans mélangent la politique et la religion. Il y en a des pacifiques et des violents mais ils ne veulent pas exterminer le reste de la planète. Daesh, ce n’est pas qu’une politisation de l’islam, nous sommes quand-même dans autre chose.

      #secte #embrigadement #Daesh #nazisme

    • et pendant ce temps là , la miviludes était lancé après l’Ots , sur les traces de proies inoffensives , végans , mamies à visions , krisnas avec un appareil gendarmesque ubuesque ( hélicos etc) , des sectes là en face ? vs seriez pas islamotruc ?

    • La position que je maintiens devant les propos racistes qu’on m’inflige, c’est de comparer ces salopards aux nazis. Enfant, je n’ai pas voulu apprendre l’allemand parce que les récits entendus sur la guerre de 39/45 en france amalgamaient ’les allemands’ et ’les nazis’, d’ailleurs le mot ’Boche’ servait à ça.
      Je ne m’imaginais pas raciste, simplement j’entendais des personnes dire qu’elles tremblaient rien qu’à entendre parler allemand et par sentiment de protection envers ceux que j’aimais, je haïssais (à mon échelle d’enfant) les allemands. J’avoue donc avoir eu un comportement raciste envers l’ensemble des allemands jusqu’à ce qu’une tante m’explique que tous les allemands n’avaient pas été des fous sanguinaires et qu’il était donc injuste de porter sur eux la haine et la méfiance. Ça m’a vraiment soulagé, je croyais trahir les miens en reconsidérant ma position.
      Je sais, c’est le récit d’une petite fille, mais ça correspond bien aux fantasmes que lâchent aujourd’hui ces petits vieux de français gâtés à la mémoire défaillante, à qui le confort à tous les étages à su donner un esprit d’enfant derrière leurs jolis bulles frontières.

      Les loups sont entrés dans Paris

      http://www.arte.tv/magazine/karambolage/fr/le-mot-boche-chleu-et-fritz-karambolage
      Pour l’explication sur #Boche et #Chleuh (à l’origine nom des populations berbères du Maroc occidental).

    • Je pense que j’ai fait violence à l’extrême gauche lorsque j’ai démontré que ce n’était pas que des gens issus de l’immigration qui répondaient à l’appel de Daesh. Merah et Kouachi étaient certes des cas de radicalisation à cause de la discrimination sociale. Mais ça, c’est l’ancienne génération. Quand j’ai commencé à dire que 50% de ces jeunes étaient issus de familles catholiques de classe moyenne et supérieure, les politiciens ne m’ont pas crue. Le gouvernement est venu les voir dans mes séances pour y croire.

  • « Je travaillais les mains dans la chimie... », par Lémi (Article11)
    http://www.article11.info/?Je-travaillais-les-mains-dans-la

    « J’ai commencé à travailler à plein temps sur l’exploitation familiale en 1986, alors que j’avais à peine 18 ans ; je sortais tout juste de trois ans de formation au lycée viticole de Beaune. Ces cours, je les avais pris très au sérieux, parce que j’estimais ne pas avoir droit à l’erreur – surtout par rapport à mes parents, peu fortunés, qui finançaient mes études et la construction de la cave qu’ils destinaient à mon frère et à moi.

    Une fois le diplôme en poche, j’ai travaillé d’arrache-pied, sept jours sur sept. Nous avions en permanence le nez dans le guidon, d’autant que le domaine est vite passé de huit à seize hectares. Quand tu travailles autant, tu n’as pas vraiment le temps de réfléchir, de t’interroger sur ton métier. Tu fais comme les autres : tu écoutes les soi-disant spécialistes. En fait, tu cherches surtout à te faciliter la vie. »
    *

    « Un petit viticulteur reçoit régulièrement la visite de commerciaux de grandes boîtes chimiques, comme Sandoz, Bayer ou BASF. Ces gars te guident, te garantissent que tel produit sera « parfait pour toi ». Alors, tu l’achètes et tu penses avoir résolu tes problèmes.

    Tu n’as pas d’armes pour réfléchir autrement, parce que personne ne remet en cause ce modèle. Et puis, j’avais déjà été abreuvé du même discours à l’école. Mot pour mot ! Cette formation que j’ai suivie à Beaune avait pourtant très bonne réputation. Mais en fait d’études, j’avais surtout été matraqué de documents publicitaires édités par ces multinationales et d’incitations à recourir aux produits phytosanitaires chimiques.

    Je ne l’ai compris que bien plus tard, mais nos professeurs étaient probablement aussi victimes d’un état d’esprit disséminé au quotidien et dans les colloques. J’en arrive à penser qu’ils étaient embrigadés. À tel point qu’à l’époque ils nous décrivaient les vignerons qui tentaient de faire du bio comme des hippies attardés produisant une piquette écolo. Selon eux, leur démarche n’avait aucun intérêt. En trois ans de formation, je crois n’avoir bénéficié que d’une heure de cours sur les vins bio ou biodynamiques3.

    Pendant ma formation, on ne m’a jamais expliqué qu’il était possible de travailler autrement. Pire : les profs nous distribuaient des documents avec de belles photos couleur, estampillés au nom des grands labos : BASF, Bayer, Sandoz, etc. La première grappe de grenache que j’ai vue figurait sur une fiche ornée du logo de Bayer, avec au dos les indications pour combattre l’oïdium4 ou le mildiou sur ce cépage et la liste des produits à utiliser. Au cours de ma formation, j’ai dû apprendre ces éléments par cœur : ils faisaient partie intégrante des cours. »

    #viticulture #pesticides #vin

    • J’ai raté la photo du tracteur juste en face, sur le flanc de la montagne qui passe les produits chimiques sur les vignes, un nuage gris grand 10 fois comme lui tournoie, va se déposer sur la forêt, la route, les environs, gagne les maisons, on ferme les fenêtres pour ne pas respirer l’odeur infâme qui colle aux poumons. On n’a le droit de rien dire, le gars fait partie du pays, son père était lui aussi viticulteur. Réussir à détruire la terre, la santé, la nature environnante en moins de 20 ans et empoisonner le vin et des connaissances de plus de 2000 ans.
      #embrigadement #biodynamie

      « Outre les résidus de pesticide qu’ils contiennent, les vins industriels sont totalement aseptisés, transformés par les ajouts : gomme arabique, anti-oxydants, acide citrique, acide métatartrique, etc. Dans les cas extrêmes, il n’y aurait même plus la place d’inscrire le cépage s’il fallait énumérer sur la contre-étiquette l’ensemble des produits utilisés... Pour l’instant, seule la mention des sulfites est obligatoire ; le reste est invisible. C’est une exception dans l’agro-alimentaire, qui tient à la puissance du lobby français du vin « non bio ».