• CrimethInc. : Qu’est-ce qu’ils et elles veulent dire lorsqu’ils et elles parlent de paix
    https://fr.crimethinc.com/2020/06/05/quest-ce-quils-et-elles-veulent-dire-lorsquils-et-elles-parlent-de-pa

    Annotations :

    Comme chacun·e sait, sans les #émeutes de Ferguson, la plupart des gens n’auraient jamais entendu parler du meurtre de #Michael_Brown. Les policiers blancs tuent des centaines d’hommes noirs chaque année sans que la plupart d’entre nous n’en entendent parler. Le gouverneur Nixon veut nous faire croire que ce silence – l’absence de protestation et de perturbation – est la paix qui produira la #Justice. vous ne pouvez pas avoir de riches et de pauvres sans que la police n’impose la relation inégale qui existe concernant l’accès des personnes aux ressources dont elles ont besoin. Vous ne pouvez pas avoir de blanc·he·s, qui infléchissent et stabilisent cette division de (...)

    #polices #racisme #Etat #-USA #-Ferguson #pillage #pacification

  • Mort de George Floyd : à Minneapolis, le caractère multiracial des émeutes ébranle les certitudes des autorités, Laurent Borredon
    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/05/31/mort-de-george-floyd-a-minneapolis-le-caractere-multiracial-des-emeutes-ebra

    Des responsables de la communauté noire à la Maison Blanche, tout le monde a voulu voir, samedi, la main des militants « antifas » derrière les destructions. La réalité est bien plus complexe.

    « C’est notre ville » , explique, tout simplement, l’un des volontaires. Samedi 30 mai, Minneapolis (Minnesota) est à peine réveillée d’une nuit d’émeutes, qu’une nuée d’habitants équipés de pelles et de balais est déjà à l’œuvre pour nettoyer les décombres fumants, tout juste éteints par les pompiers à l’aube.

    A Midtown, sur Lake Street, et tout particulièrement à l’intersection avec Chicago Avenue, les stigmates sont sévères. Cinq jours après la mort de George Floyd – un Afro-Américain – lors de son interpellation par un policier blanc, Derek Chauvin, à South Minneapolis, et quelques heures seulement après l’annonce de l’inculpation de ce dernier pour meurtre, les destructions n’ont pas connu de répit.

    En l’absence de la police et de la Garde nationale, occupées, à l’est de la ville, à sécuriser les ruines du commissariat du troisième district, incendié la veille, et, à l’ouest, à bloquer l’accès au poste du cinquième district, encore debout, les casseurs ont eu toute la nuit pour passer leur rage sur les commerces de la rue, qui ont brûlé jusqu’aux dernières heures de la nuit. Ce n’est que vers 5 heures que les pompiers, accompagnés de membres de la Garde nationale, ont fait leur apparition. Les bâtiments ne sont déjà plus qu’un souvenir.

    Qui est le responsable de ce désastre ? Avec une belle unanimité, tout le monde a désigné les « antifas » , militants d’extrême gauche. Des groupes de casseurs qui seraient venus d’autres Etats. Un épouvantail bien commode.

    Emballement

    Pour les représentants traditionnels des Afro-Américains – l’un d’eux, lors d’une conférence de presse avec le gouverneur de l’Etat, a clairement pointé du doigt « les Blancs » –, cela permet de détourner l’attention de leur communauté, mais aussi de leur propre décalage avec une jeunesse en colère qui ne veut plus se satisfaire de prières et de citations de Martin Luther King. Les autorités locales, elles, diluent la responsabilité de leur échec patent et tentent de mettre un coin dans une mobilisation dont elles ne comprennent pas les ressorts. Quant au président Donald Trump, lui, qui a affirmé sans preuve que « 80 % des émeutiers venaient de l’extérieur de l’Etat » , il reste dans son registre habituel.

    L’emballement a atteint les chaînes d’information en continu, samedi. On a ainsi vu apparaître sur MSNBC un retraité de l’antiterrorisme expliquer doctement, confiné dans son bureau à des centaines de kilomètres du Minnesota, que de nombreux manifestants portaient des « signes distinctifs » des antifas. Et un bruit s’est même répandu comme une traînée de poudre dans la ville traumatisée : ce serait en fait des militants d’extrême droite qui seraient venus jeter de l’huile sur un feu déjà bien vif.

    En fin de journée, la réalité a rattrapé le fantasme. Le maire de Saint Paul, la ville sœur de Minneapolis, affirmait que « 100 % » des personnes arrêtées venaient de l’extérieur ? Elles n’étaient en fait que 4 sur 18, ont prouvé les registres de la prison du comté. L’édile a dû reconnaître, en fin de journée, son erreur. Au total, 83 % des interpellés vendredi dans l’agglomération venaient de l’Etat – l’exact inverse du chiffre cité par Donald Trump – et 56 % de Minneapolis-Saint Paul.

    A tous les niveaux, les officiels semblent avoir des difficultés à appréhender la réalité d’une rébellion multiraciale, qui rassemble la jeunesse afro-américaine, les immigrants d’origine somalienne, les Latinos et enfin les habitants, majoritairement blancs, des banlieues résidentielles. Entre le chômage et la fermeture des universités liés au confinement dû à l’épidémie de coronavirus, tous sont disponibles, simultanément, de manière inédite. Dans l’Etat voisin du Michigan, à Detroit, pas moins des deux tiers des personnes interpellées viennent ainsi des « suburbs ».

    Merci « d’être avec nous aujourd’hui »

    Cette réalité, samedi après-midi, les participants à la manifestation pacifique devant le commissariat du cinquième district n’avaient pas de problèmes à l’accepter. La majorité de l’assistance est blanche, et une intervenante n’hésite pas à remercier ces « alliés blancs » dans la lutte contre les violences policières subies par les minorités aux Etats-Unis.

    Elle balaye d’une phrase les condamnations des destructions de la nuit : « Je m’en fiche de Target [grand magasin incendié jeudi], de Wells Fargo [une banque dont les ruines fument encore derrière l’assemblée d’un petit millier de personnes]. Parce que vous savez qui n’ira jamais chez Target, chez Wells Fargo ? » « George Floyd », crie, de concert, la foule.

    Quelques minutes plus tard, une autre jeune femme noire issue du quartier remercie les mêmes « d’être avec nous aujourd’hui » et les exhorte à éduquer leurs enfants : « Vos enfants sont les policiers, les procureurs, les juges de demain. Ayez cette conversation [sur les discriminations raciales] à la table du dîner ce soir. » Face à elle, les manifestants opinent.

    Ce que les autorités ont bien compris, néanmoins, c’est l’échec de leur stratégie de maintien de l’ordre. Samedi soir, dès la tombée du couvre-feu, la police de Minneapolis, assistée de la police d’Etat, a dispersé violemment un groupe de manifestants qui quittait, pourtant, les lieux de la manifestation de l’après-midi. A la surprise générale, vu sa passivité des jours précédents. De New York à Los Angeles, en passant par Minneapolis, les autorités ont décidé, samedi, d’éteindre l’incendie à coups de matraques et de gaz lacrymogènes.

    #George_Floyd #Black_lives_matter #émeutes #riots

  • Mass anger erupts throughout the US in protests against police murder of George Floyd - World Socialist Web Site
    https://www.wsws.org/en/articles/2020/05/29/minn-m29.html

    Protests and demonstrations have erupted throughout the US in an explosive reaction to the police murder of George Floyd in Minneapolis, Minnesota.

    In Minneapolis, thousands gathered on the same block where Floyd was killed and marched to the Minneapolis Third Police Precinct building. Multiple fires were burning Thursday, including at the Third Police Precinct, which remains on fire at the time of writing. The Minnesota National Guard announced late last night that 500 soldiers had been activated and were preparing to deploy.

    Also late Thursday night, US President Donald Trump threatened to deploy the military against the demonstrators and shoot protesters. “I can’t stand back & watch this happen to a great American city, Minneapolis,” Trump tweeted. “Either the very weak Radical Left Mayor, Jacob Frey, get his act together and bring the City under control, or I will send in the National Guard & get the job done right.”

    #emeutes #george_floyd

  • « Plutôt mourir du Covid que de la faim », Clyde Marlo-Plumauzille , historienne, chargée de recherches au CNRS
    https://www.liberation.fr/debats/2020/05/27/plutot-mourir-du-covid-que-de-la-faim_1789586

    Les émeutes de la faim, qui semblaient appartenir au passé, ressurgissent avec la pandémie, et on sait toute la charge politique dont elles sont porteuses.

    « La faim nous tuera avant le coronavirus » (Angola, le Monde, 16 avril) ; « Ici, on a plus peur de mourir de faim que du coronavirus ! » (Mayotte, Charlie Hebdo, 6 avril) ; « Nous mourrons de faim » (Chili, El Mostrador, 18 mai). Des pays riches, comme des pays pauvres, de l’Amérique latine à la péninsule indo-pakistanaise en passant par l’Europe et l’Afrique, résonne la clameur des forçats de la faim dont les rangs ne cessent de s’étoffer sous l’effet de la crise du coronavirus. Partout, les associations d’aide alimentaire se retrouvent confrontées à une demande croissante. Les Restos du cœur, qui font face notamment à l’afflux des étudiants et des travailleurs pauvres, évoquent pour la France une multiplication « par deux ou par trois » du nombre de bénéficiaires.

    Selon une projection du Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU du 21 avril, le nombre de personnes au bord de la famine ne cesse d’augmenter et risque même de doubler, passant de 135 millions à 265 millions d’ici à la fin 2020 (1). Pour David Beasley, directeur du PAM, la conclusion à en tirer est sans nuance : « Nous sommes au bord d’une pandémie de la faim. »

    On pensait les « émeutes de la faim » révolues, appartenant très largement aux siècles qui nous précédaient. Elles avaient été ainsi une des formes principales du répertoire de la colère des sociétés européennes confrontées à la transformation et à la marchandisation de leur agriculture du XVIIe siècle jusqu’au milieu du XIXe siècle sous l’effet de la révolution industrielle. Elles avaient également pu éclore en Russie, à l’occasion des grandes manifestations de février 1917 à Saint-Pétersbourg et à Moscou, qui aboutiront au renversement du régime tsariste. Dans le courant des années 60-70, elles s’étaient déplacées dans les pays du Sud anciennement colonisés sous l’effet de l’explosion démographique et de la multiplication des conflits armés. En 2008, ou en 2011 à l’occasion des « printemps arabes », elles avaient encore fait l’actualité, sans pour autant qu’on s’en souvienne.

    Ces derniers mois pourtant, au Liban, au Chili ou encore au Venezuela, des mouvements de contestation éclatent dans les quartiers populaires et les banlieues des grandes villes. En Seine-Saint-Denis, le préfet les redoute (Canard enchaîné, 22 avril). Hommes et femmes se retrouvent à braver les couvre-feux et les mesures de confinement pour réclamer un simple droit, celui de manger (2).

    Passées comme présentes, ces émeutes demeurent les « formes élémentaires de la protestation » (Laurent Mucchielli) et la faim, toujours, se politise. C’est pour restituer cette part politique des contestations populaires d’Ancien Régime que l’historien britannique E. P. Thompson avait ainsi formulé l’expression d’« économie morale » (3). Dans son sillage, l’anthropologue James C. Scott avait quant à lui évoqué une « éthique de la subsistance » pour analyser les luttes et les arts de la résistance paysanne dans l’Asie du Sud-Est des années 60 (4).

    Si les formulations et les horizons d’attente de ces mobilisations sont en fonction de l’époque dans lesquelles elles se produisent, reste que, à travers le temps, elles partagent en commun d’interroger ce qui doit faire société et ce qui constitue une vie vivable. Aujourd’hui, elles s’invitent à nouveau dans le débat public, mais peinent toujours à être reconnues pour la charge politique dont elles sont porteuses, à savoir la défense d’une sécurité d’existence de toutes et tous. Les stratégies politiques et sanitaires mises en place continuent de faire largement l’impasse sur ces problématiques, préférant débloquer tout au plus quelques aides ponctuelles. Les élites économiques, quant à elles, déjà affairées à reprendre le contrôle du « monde d’après », entendent poursuivre une logique marchande néolibérale dont la volonté de croissance s’appuie sur la décimation des biens sociaux les plus élémentaires. Cette surdité est criminelle, et, pendant ce temps, de plus en plus d’hommes et de femmes se retrouvent à devoir « choisir entre mourir de faim ou mourir du coronavirus » (Belgique, la Libre, 18 mars).

    (1) https://insight.wfp.org/wfp-chief-warns-of-hunger-pandemic-as-global-food-crises-report-launche.
    (2) Revue de presse de Caroline Broué et Roxane Poulain, « la Faim plus dangereuse que le coronavirus », 1er mai, France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/radiographies-du-coronavirus/la-faim-plus-dangereuse-que-le-coronavirus.
    (3) « The Moral Economy of the English Crowd in the Eighteenth Century », Past and Present, 1971.
    (4) The Moral Economy of the Peasant. Rebellion and Subsistence in Southeast Asia, 1976.

    #pandémie #émeutes_de_la_faim

  • Parution des #Brochures n°26 & 26bis : « Écologie, pandémie & démocratie directe »
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1019-Parution-des-brochures-no26-26bis

    Ce texte fait partie de la brochure n°26 « #Écologie, pandémie & #Démocratie_directe » L’écologie #Politique dans la crise mondiale Elle sera bientôt en vente pour 3 € dans nos librairies. Les achats permettent notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies indépendantes (vous pouvez également nous aider à la diffusion). Elle sera également bientôt intégralement téléchargeable dans la rubrique brochures BrochuresL’écologie politique dans la crise mondiale — première partie (...) Brochures

    / #Lieux_Communs, #Médecine, Écologie, Politique, #Prospective, #Pandémie_2019-2020, #Article, #Écologisme, #Avant-gardisme, #Gauchisme, #Primitivisme, #Redéfinition_des_besoins, Démocratie directe, #Énergie, #Émeutes, (...)

    #Empire

  • La pref du 93, redoute des “émeutes de la faim”
    Confinement : le préfet de Seine-Saint-Denis s’alarme du "risque alimentaire" pour les plus précaires
    https://www.marianne.net/societe/confinement-le-prefet-de-seine-saint-denis-s-alarme-du-risque-alimentaire-

    Ce mercredi 22 avril, Le Canard enchaîné fait état d’un mail envoyé le 18 avril par Georges-François Leclerc, préfet de Seine-Saint-Denis, dans lequel le haut fonctionnaire s’inquiète du "risque alimentaire" qui menace les habitants les plus précaires du 93.

    Il redoute des “émeutes de la faim”. Selon Georges-François Leclerc, préfet de Seine-Saint-Denis, un "risque alimentaire" menace la partie la plus précaire de la population du 93. Ce mercredi 22 avril, Le Canard enchaîné fait état d’un mail envoyé le 18 avril par le haut fonctionnaire à son homologue Michel Cadot, préfet de la région Île-de-France.

    “Mon principal risque dans les quinze jours qui viennent est, si l’on excepte le risque sanitaire, le risque alimentaire”, indique Georges-François Leclerc, mentionnant également une situation tendue dans le département voisin du Val-d’Oise.

    “Nous comptons entre 15.000 et 20.000 personnes qui, entre les bidonvilles, les hébergements d’urgence et les foyers de travailleurs migrants, vont avoir du mal à se nourrir”, s’alarme-t-il.

    Deuxième département le plus peuplé d’Île-de-France et parmi les plus pauvres de l’Hexagone, la Seine-Saint-Denis subit de plein fouet les conséquences économiques du confinement : “L’économie souterraine, de rapine, ‘l’uber-économie’ et l’effondrement de l’intérim ont provoqué une baisse importante et brutale des revenus des précaires de Seine-Saint-Denis”, constate le préfet.

    Parmi les plus touchés par les difficultés alimentaires figurent selon lui “les enfants et les collégiens, qui ne vont plus à la cantine”. En mars dernier, le conseil départemental de Clichy-Sous-Bois a réquisitionné la cantine d’un collège afin qu’y soient préparés 1.500 repas par jour, relate le Canard. Aujourd’hui, le double serait requis pour couvrir les besoins quotidiens, de sorte qu’une deuxième cantine va faire chauffer ses fourneaux.

    SOUPES POPULAIRES

    Les bons alimentaires de 7 euros distribués par l’Etat aux plus précaires sont en nombre insuffisant. Les autorités n’en distribuent que 9.500 pour quinze jours, là où il en faudrait le double, selon le préfet. Devant les soupes populaires, “les files d’attente ne diminuent pas, et ce ne sont pas des habitués, ce sont des salariés”, confie un élu local au palmipède. Dans son mail, Georges-François Leclerc s’alarme : “Ce qui était jouable sur un mois de confinement ne le sera pas sur deux.”

    Les autorités semblent avoir reçu le message : la Caisse d’allocations familiales a annoncé le versement, à partir du 15 mai, d’une aide de 150 euros par foyer aux bénéficiaires de différentes prestations sociales, comme le RSA, ainsi que 100 euros par enfant à charge. De son côté, le ministère de la Ville et du Logement a promis ce lundi que le nombre de tickets alimentaires serait doublé. “L’objectif est de pouvoir venir en aide à plus de 90.000 personnes dans les prochains jours.” Le tout étant de tenir jusque-là.

    Par ailleurs, un ordre de grandeur partiel supplémentaire en contrepoint aux chiffres yolo cités, le RSA dans le 93
    http://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/seine-saint-denis-grace-a-cette-boutique-ecole-des-beneficiaires-du-rsa-v

    La Seine-Saint-Denis est le deuxième département de France, derrière le Nord, en pourcentage de la population au RSA.
    Ils sont plus de 100 000 bénéficiaires, répartis sur plus de 83 500 ménages. A titre de comparaison, Paris compte un peu plus de 62 200 foyers au RSA, le Val-de-Marne, plus de 43 100 et les Hauts-de-Seine, plus de 30 400.

    #précaires #bons_alimentaires_de_7_euros #émeutes_de_la_faim

  • « En prenant des mesures contre le virus on peut être amenés à prendre des décisions qu’on n’osait pas trancher à cause de la bien-pensance » (1/2)
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1014-En-prenant-des-mesures-contre-le

    Retranscription de la seconde émission « Offensive Sonore » consacrée à la discussion du texte « Premières remarques sur la crise ouverte par la pandémie », enregistrée le soir du vendredi 3 avril 2020 et mis en ligne le mardi 14 sur Radio Libertaire (89.4).

    Les corrections importantes ont été placées entre crochets.

    La base de la discussion était le brouillon, envoyé le 25 mars, du texte en question dont seules les deux premières parties étaient en ligne au moment de l’émission.

    Par ailleurs, pour éviter l’utilisation de Skype (Microsoft) ou de Watsapp (Facebook), le logiciel libre Jitsi Meet a été utilisé, Jami , également logiciel libre, ayant, malgré notre préférence a priori, présenté sur le coup une moindre qualité sonore et un inconfort d’enregistrement.

    #Lieux_Communs, #Politique, #Pandémie_2019-2020, #Entretien, #Totalitarisme, #Banlieue, #Psycho-sociologie, #Émeutes, Décence (...)

    #Décence_commune

  • Au sujet des nuits de révolte, par Claire Dujardin
    https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=1101570666871900&id=100010569303088

    Les nuits de révolte qui ont éclaté dans plusieurs villes en France, dont Toulouse, font suite à des contrôles de police violents qui ont eu lieu depuis le début du confinement à l’encontre d’habitants et habitantes de quartiers, le dernier en date, le 18 avril à Villeneuve la Garenne, ayant entrainé l’hospitalisation d’un homme de 30 ans qui prenait la fuite à moto à la vue des policiers.
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/19/a-villeneuve-la-garenne-enquete-ouverte-apres-un-accident-de-moto-impliquant
    Dès les premiers jours du confinement, plusieurs vidéos circulent sur les réseaux sociaux montrant des actes de violence de la part des forces de l’ordre.
    Selon le site collaboratif Rebellyon, « depuis le 8 avril, 5 personnes ont été tuées par la police, 3 autres ont été blessées gravement et 7 ont porté plainte pour violences policières ». https://rebellyon.info/Au-nom-de-la-lutte-contre-le-covid-19-la-22174
    Dans un communiqué du 27 mars 2020, plus d’une vingtaine d’associations et collectifs, dont « Egalité Trahie 31 » Égalité trahie 31
    , collectif qui lutte contre les contrôles au faciès à Toulouse, en appelle au ministre de l’intérieur et au directeur général de la police nationale afin « de veiller à ce que le maintien de l’ordre et les opérations de contrôle dans le cadre de la lutte contre l’épidemie de Covid 19 ne donnent pas lieu à des abus ».
    A Toulouse, la Depêche s’empresse de publier un article avec une photo d’incendie, informant que « les policiers ont été violemment pris à partie dans le quartier du Mirail » https://www.ladepeche.fr/2020/04/20/fusees-cocktails-molotov-grosses-pierres-des-policiers-pris-au-piege-diman
    Dans un article d’ActuToulouse, « un policier confie : Pour l’heure cela ressemble à des violences urbaines très classiques. A Marseille, il y a eu quelques heurts et violences car certaines familles liées au trafic n’avaient plus de quoi acheter à manger suite au tarissement de l’approvisionnement en produits stupéfiants. Mais ce n’est pas le cas sur Toulouse… » https://actu.fr/occitanie/toulouse_31555/toulouse-attaques-cocktail-molotov-policiers-tombent-dans-guet-apens-mirail_331
    Le lien entre les actes de violence qui ont eu lieu au Mirail et les évènements récents liés aux contrôles abusifs des forces de l’ordre partout en France ne fait aucune difficulté.
    Ces révoltes populaires ne sont pas les premières et ne seront pas les dernières. La colère sociale est forte en banlieue et dans le pays entier. Les manifestations des gilets jaunes se sont peut etre arrêtées mais "le mouvement est éternel" et reprendra.
    https://qg.media/2020/04/21/le-mouvement-des-gilets-jaunes-nest-pas-mort-il-est-eternel-par-priscillia-lud
    Le gouvernement a fait le choix de gérer la crise sanitaire en confinant l’entière population et en autorisant des sorties exceptionnelles, basées sur des critères flous et laissés à l’appréciation des forces de l’ordre, au détriment d’une politique de fabrication massive de masques et de tests auprès de la population.
    Les aller et venues des uns et des autres sont désormais laissés à l’appréciation des policiers.
    Or, la gestion policière de la crise sanitaire exacerbe l’exclusion sociale et la misère dans les quartiers déjà touchés par les inégalités, tandis que la police a les mains libres, plus que jamais.
    Plus de 138 mois de prison ferme ont été prononcés pour violations multiples de l’obligation de confinement depuis le 17 mars. https://lundi.am/Etat-d-urgence-sanitaire-et-violation-reiteree-du-confinement
    Pourtant, le délit de confinement est très probablement illégal, plusieurs QPC ont d’ores et déjà été déposées et des relaxes prononcées par les tribunaux. Les prisons sont surpeuplées et la gestion sanitaire des établissements pénitentiaires est particulièrement ardue, mais cela n’empêche pas le parquet de poursuivre et certains juges de mettre en détention.
    Michel Foucault nous rappelle, dans Surveiller et Punir, que la quarantaine est aussi l’occasion d’un « rêve » : celui d’une société disciplinaire, réalisant « la pénétration du règlement jusque dans les plus fins détails de l’existence […] Derrière les dispositifs disciplinaires, se lit la hantise des “contagions”, de la peste, des révoltes, des crimes, du vagabondage, des désertions, des gens qui apparaissent et disparaissent, vivent et meurent dans le désordre », le rêve politique de la peste. https://le1hebdo.fr/journal/numero/290/le-rve-politique-de-la-peste-3773.html
    Les quartiers populaires sont touchés de plein fouet par cette crise et les habitants habitantes sont sous contrôle. https://www.mediapart.fr/journal/france/280320/confinement-dans-les-quartiers-populaires-attention-aux-controles-sous-ten
    Les banlieuses francaises sont les grandes oubliées du confinement, selon la presse allemande. https://www.courrierinternational.com/article/vu-dallemagne-les-banlieues-francaises-grandes-oubliees-du-co
    Ce n’est pas nouveau. Les quartiers sont très souvent les oubliés, subissent les inégalités et les doubles peines très fréquemment, bénéficient de lois d’exception sans voir la couleur du droit commun.
    Pour plusieurs collectifs d’habitants et habitantes, il faudrait mettre en place un grand plan d’urgence sociale pour pallier aux difficultés quotidiennes rencontrées durant le confinement, pour faire face à la pénurie alimentaire, pour assurer une vraie continuation pédagogique, pour aider financièrement toutes les personnes qui n’ont plus de travail….faire de cette crise l’occasion unique de remettre de l’humain, des moyens financiers et des mesures concretes au service des habitants et habitantes.
    Au lieu de cela, le gouvernement laisse tout le monde se débrouiller et envoie la police.
    Les violences doivent etre dénoncées, toutes les violences.
    La violence systémique et raciste, la dérive autoritaire de l’État et la surveillance généralisée des comportements de la population doivent l’etre encore plus, et ce d’autant en cette période exceptionnelle d’état d’urgence où chacun doit être particulièrement vigilants à faire respecter les droits les plus élémentaires et les libertés fondamentales.

  • « Une épidémie est ce moment où se révèlent les gens qui adhèrent ou non à l’intérêt collectif » (2/2)
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1013-Une-epidemie-est-ce-moment-ou-se

    Suite de l’émission consacrée à la discussion du texte « Premières remarques sur la crise ouverte par la pandémie », enregistrée le soir du vendredi 1er avril 2020 et mis en ligne le vendredi 10 sur Radio Libertaire (89.4). Voir la première partie (.../...) « Il y a au moins deux catégories visibles de la société qui se considèrent à part de notre monde commun et cela va rester dans les esprits » C : Tu dis à moment dans le texte que les clivages entre bourgeoisie et quartiers vont s’accentuer, (...) #Comptes-rendus_d'interventions

    / #Lieux_Communs, #Politique, #Pandémie_2019-2020, #Entretien, #Totalitarisme, #Banlieue, #Psycho-sociologie, #Émeutes, Décence (...)

    #Décence_commune

  • Corona Chroniques, #Jour34 - davduf.net
    http://www.davduf.net/corona-chroniques-jour34

    Terrible photo dans Le Monde, prise à quelques kilomètres de Paris l’opulente, dans une petite ville arpentée dans une autre vie, bien avant Avant. Je crois reconnaitre certaines tours, le talus, les arbres, et tout près de là, la ville mitoyenne, #Montfermeil, c’est le décor des Misérables, d’Hugo et de Ladj Ly, le cliché du Monde a été pris à Clichy-Sous-Bois, épicentre de la révolte populaire des quartiers en 2005 (« révolte populaire des #quartiers » : c’est ainsi que la direction centrale des Renseignements généraux avait qualifiée les trois semaines de soulèvement des banlieues françaises, le rapport avait tant amusé le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas le Pyromane, que le directeur central des RG s’était rapidement fait limoger, le service bientôt couper la tête, avant que les événements soient dépolitisés et requalifiés un peu partout en #émeutes sans cause).

    La photo montre une file d’attente sans fin, des morts-de-faim, venus chercher un sac de vivres, quelques boissons, le minimum pour s’en sortir. Le Monde raconte les destins fauchés en un Corona, l’argent qui ne rentre plus, l’intérim même plus intérimaire. A la première distribution d’aide alimentaire, « 190 personnes se sont présentées, 490 la deuxième, puis 750. » Du reportage, des noms remontent, non pas fantômes, mais tenaces, des braves et des déterminés, comme à l’époque de #Zyed et #Bouna. L’association AC Le Feu, toujours vaillante.

    (Souvenirs émus de Claude Dilain, maire de la ville, pédiatre et socialiste, si seul et si désolé deux ans après les événements, abandonné par la plupart des pontes de la rue Solférino et des bonnes âmes, parties en campagne ailleurs)

    (...)

    A 20h, #OnGifle.

    Et à minuit, nouvelles alertes de terreur. A #Villeneuve_la_Garenne, un motard percute une voiture banalisée, sur le grand boulevard central, pas loin de la mairie. Des témoins racontent : lui roulait sans casque, un policier aurait délibérément ouvert sa portière, choc, jambe explosée ; sur une vidéo, on entend des cris de douleurs, un uniforme fait un garrot à la victime, le ton monte, des rumeurs circulent. La fachosphère se croit au Maryland, et se met en ordre de bataille, ordurière, sûre d’elle et des sondages de repli qui, partout, se multiplient. Au cœur de la nuit, un jeune homme enfourche un Vélib’ et courre chercher l’information, street-reporter d’une guerre qui ne dit pas son nom. C’est Taha Bouhafs, l’intrépide.

  • Leaderless rebellion : how social media enables global protests | Financial Times
    https://www.ft.com/content/19dc5dfe-f67b-11e9-a79c-bc9acae3b654
    https://www.ft.com/__origami/service/image/v2/images/raw/http%3A%2F%2Fprod-upp-image-read.ft.com%2Fd09ac932-f733-11e9-9ef3-eca8fc8f2d65?s

    The mass protests that have broken out during the past year in Asia, Europe, Africa, Latin America and the Middle East share other important characteristics. They are usually leaderless rebellions, whose organisation and principles are not set out in a little red book or thrashed out in party meetings, but instead emerge on social media. These are revolts that are convened by smartphone and inspired by hashtags, rather than guided by party leaders and slogans drafted by central committees.

    The rallying power of social media is a crucial enabler for leaderless movements. When the Hong Kong demonstrations broke out in June, Joshua Wong — the most high-profile democracy activist in the territory — was in jail. In Moscow, a month later, the Russian government moved swiftly to arrest Alexander Navalny, a leading opposition figure, but demonstrations continued without him. In Lebanon, France and Chile, authorities have searched in vain for ringleaders.

    Across the world, demonstrators are using similar technologies to organise and spread their messages. Messaging services that offer end-to-end encryption — such as Telegram — are hard to spy on and are very popular. Facebook groups and Twitter allow amorphous protest movements to crowdsource ideas and articulate grievances.

    Social media also allows a movement in one place to take inspiration from news of revolts in another. The occupation of the airport in Barcelona last week was a tactic borrowed from Hong Kong. Hong Kong demonstrators have been seen carrying the Catalan flag. The Sudanese and Algerian uprisings this year borrowed each other’s imagery and slogans — in a similar fashion to the Arab Spring revolts of 2011.

    Après avoir dit tout le mal qu’il pensait des mouvements européens, le Financial Times semble se réjouir de l’équivalent à Hong Kong. Va comprendre ;-)

    “Be formless, shapeless, like water” has been a rallying cry of almost five months of protests that have rocked Hong Kong. The slogan, originally coined by the city’s most famous son and kung-fu movie star Bruce Lee, embodies the nimble and creative strategies of protesters who have no leader and mostly mobilise through social media.

    Hong Kong’s worst political crisis in decades, triggered by the controversial extradition bill, has evolved into a youth-led movement demanding universal suffrage. Many protesters experienced their political awakening during the pro-democracy demonstrations of 2014 now known as the Umbrella Movement — which ended in failure, with several of its leaders imprisoned.

    The protesters learnt their lesson. Now, demonstrations are largely leaderless and decentralised with activists using social media to co-ordinate and mobilise anonymously in the shadow of China’s rapidly-expanding surveillance state. Once an idea gains traction online, smaller groups spin off to co-ordinate specific actions.

    Posters are shared in Telegram chat groups to thousands of followers, who print them out and post them around the city. Crowdfunding campaigns have raised more than $15m to pay for medical bills, legal fees and advertisements in international papers. And in a city where the iPhone is ubiquitous, Apple’s Airdrop function allows information to spread rapidly at protests, where people track police movements with regularly updated live maps. GitHub pages compile video feeds from news broadcasters for supporters watching at home.

    As the movement has evolved, radical protesters also use social media to gauge public opinion, adjusting and explaining the intensity of their violence to avoid alienating moderate supporters.

    #Mouvements_sociaux #Mouvements_connectés #Emeutes_2019 #Médias_sociaux

  • #Crises sociales, crises démocratiques, crise du #néolibéralisme
    21 OCTOBRE 2019
    PAR #ROMARIC #GODIN

    Les tensions sociales dans le monde ont un point commun : le rejet des #inégalités et de la perte de contrôle démocratique. Le moteur de la #contestation pourrait bien être la perte de pertinence face aux défis actuels du néolibéralisme, qui aggrave sa propre #crise et ouvre la porte à l’affrontement.

    Les militaires dans les rues de Santiago du #Chili, la place Urquinaona de #Barcelone en flammes, des barricades qui hérissent les rues de #Beyrouth… Pendant que la France politique et médiatique se passionne pour un voile, le monde semble s’embraser. Car ces scènes d’#émeutes violentes qui ont marqué les derniers jours ne sont pas isolées. Elles viennent après des scènes similaires en #Équateur, en #Haïti (où le soulèvement populaire se poursuit), en #Irak, en #Égypte, en #Indonésie, à #Hong_Kong, en #Colombie… Sans compter les mouvements moins récents au Zimbabwe, au Nicaragua, en Roumanie et en Serbie durant l’hiver dernier ou, bien sûr, le mouvement des #gilets_jaunes en France.

    Évidemment, il est possible de ne voir dans tous ces événements que des mouvements locaux répondant à des cas précis : la pauvreté endémique en Haïti, la persistance du militarisme de la droite chilienne, la dollarisation partielle ou totale des économies équatorienne et libanaise, le refus de l’#Espagne de reconnaître l’existence d’une « question catalane » ou encore l’aspiration démocratique de Hong Kong. Toutes ces explications sont justes. Mais sont-elles suffisantes ? Les mouvements sociaux ou démocratiques locaux ont toujours existé, mais qu’on le veuille ou non, la particularité du moment est bien qu’ils surgissent au même moment. Immanquablement, cet aspect contemporain des #révoltes sur les cinq continents amène à penser qu’il existe bien un lien entre elles.

    Le néolibéralisme veut vivre et aggrave sa propre crise

    Ce lien pourrait bien se trouver dans la grande crise dans laquelle le monde est entré en 2007-2008. Au-delà de ce qu’en retiennent la plupart des observateurs, le « grand krach » qui a suivi la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008, cette crise est bien plus profonde et elle s’est poursuivie jusqu’à nos jours. Car ce n’est pas une simple crise financière ou économique, c’est la crise d’un mode de gestion du capitalisme, le néolibéralisme, qui se fonde sur la mise au service du capital de l’État, la financiarisation de l’économie et la marchandisation de la société.

    Comme celle des années 1930 ou 1970, la crise actuelle remet en cause profondément le fonctionnement contemporain du capitalisme. Ces crises sont souvent longues et accompagnées de périodes de troubles. Comme l’a montré l’historien Adam Tooze dans Le Déluge (Les Belles Lettres, 2015), la crise de 1929 n’est pas le début d’une perturbation du capitalisme, laquelle a commencé pendant la Première Guerre mondiale et n’a réellement trouvé son issue qu’après cette Grande Guerre. Quant au néolibéralisme, il ne s’est imposé que dans les années 1990, vingt ans après le début de la crise de l’ancien paradigme.

    Aujourd’hui encore, la crise est longue et s’approfondit à mesure que le néolibéralisme se débat pour ne pas mourir. Or en voulant survivre, il pousse le monde dans l’abîme. Car, certes, le néolibéralisme a survécu au choc de 2008 et il a même pu revenir après 2010 pour proposer comme solutions au monde l’austérité budgétaire et les « réformes structurelles » visant à détruire les protections des travailleurs et des plus fragiles. Mais en cherchant à rester dominant, le néolibéralisme a encore approfondi sa propre crise.

    Le premier salut de ce système économique mondial a été en effet une fuite en avant dans la croissance menée principalement par un régime chinois soucieux de continuer à alimenter la demande occidentale, dont vit son système économique. Et cette fuite en avant s’est traduite par une surproduction industrielle inouïe qui n’est pas pour rien dans la dégradation brutale de la situation climatique actuelle. Quelques chiffres le prouveront aisément. La Chine produit en deux ans plus d’acier que le Royaume-Uni, qui fut longtemps le premier producteur mondial, en 150 ans et plus de ciment que les États-Unis au cours de tout le XXe siècle. Cette stratégie a échoué. Elle a conduit à un ajustement de l’économie chinoise qui a frappé directement ses fournisseurs émergents, du Brésil à l’Argentine en passant par l’Équateur et le Venezuela. Tous ont vu disparaître la manne des matières premières et ont dû ajuster leurs politiques.

    L’autre moteur de la sauvegarde du néolibéralisme a été la politique monétaire conçue comme un moyen d’éviter toute relance budgétaire dans les pays occidentaux, mais qui, en réalité, n’est parvenue à sauver que le secteur financier et les grands groupes multinationaux. Ce plan de sauvetage du néolibéralisme a profondément échoué. La croissance mondiale n’a pas redécollé et la productivité est au plus bas malgré la « révolution technologique ». Le secteur privé investit trop peu et souvent mal. Depuis quelques mois, l’économie mondiale est entrée dans une phase de nouveau ralentissement.

    Dans ces conditions, l’application continuelle des réformes néolibérales pour sauvegarder les marges des entreprises et les revenus des plus riches a eu également un effet aggravant. On l’a vu : les profits sont mal ou peu investis, la productivité ne cesse de ralentir et la richesse à partager est donc moins abondante. Mais puisque, pour réagir à ce ralentissement, on donne encore la priorité aux riches et aux entreprises, donc à ceux qui investissent mal ou peu, alors les inégalités se creusent encore plus. Dans cette logique, dès qu’un ajustement doit avoir lieu, on réclame aux plus modestes une part d’effort plus importante : par une taxe proportionnelle comme celle sur les appels Whatsapp au Liban, par la fin des subventions pour les carburants en Équateur ou en Haïti ou encore par la hausse du prix des transports publics au Chili. Toutes ces mesures touchent de plein fouet les besoins des populations pour travailler et générer des revenus.

    Quand bien même le différentiel de croissance rapprocherait les économies émergentes de celles de pays dits plus avancés et ainsi réduirait les inégalités au niveau mondial, dans tous les pays, les inégalités nationales se creusent plus que jamais. C’était le constat que faisait l’économiste Branko Milanović dans Inégalités Mondiales (2016, traduit par La Découverte en 2018) qui y voyait un retour de la question des classes sociales. C’est donc bien à un retour de la lutte de classes que l’on assiste au niveau mondial.

    Longtemps, on a pensé que la critique du néolibéralisme était un « privilège de riches », réservée aux pays les plus avancés qui ne connaissaient pas les bienfaits de ce système. D’une certaine façon, la hausse des inégalités était le prix à payer pour le développement. Et il fallait l’accepter au nom de ces populations que l’on sortait de la misère. Mais ce discours ne peut plus fonctionner désormais et c’est la nouveauté de la situation actuelle. La contestation atteint les pays émergents. Le coup d’envoi avait été donné dès 2013 au Brésil, juste après le retournement du marché des matières premières, avec un mouvement social inédit contre les mesures de Dilma Rousseff prévoyant une hausse du prix des transports publics. Désormais, la vague s’intensifie et touche des pays qui, comme le Chili, ont longtemps été présentés par les institutions internationales comme des exemples de réussite et de stabilité.

    Dans ces pays émergents, le ressort du néolibéralisme s’est aussi brisé. Son besoin de croissance et de concurrence le mène dans l’impasse : alors que la croissance est moins forte, la réalité des inégalités apparaît tandis que les hausses passées du niveau de vie font perdre de la compétitivité dans un contexte de ralentissement du commerce mondial. Le mirage d’un rattrapage des niveaux de vie avec les pays les plus avancés, la grande promesse néolibérale, disparaît avec les mesures déjà citées. Aucune solution n’est proposée à ces populations autre qu’une nouvelle paupérisation.

    Le retour de la question sociale

    Mais le néolibéralisme n’en a que faire. Enfermé dans sa logique de croissance extractiviste et comptable, il s’accroche à ses fantômes : la « théorie du ruissellement », la courbe de Laffer ou encore le « théorème de Coase » voulant que les questions de justice distributive doivent être séparées de la réalité économique. Il le fait grâce à un autre de ses traits saillants : « l’encadrement » de la démocratie. « L’économique » ne saurait relever du choix démocratique, il doit donc être préservé des « affects » de la foule ou, pour reprendre le mot devenu célèbre d’Emmanuel Macron, de ses « passions tristes ». Mais cet enfermement est de moins en moins possible alors que les inégalités se creusent et que la crise climatique s’exacerbe. Après cinq décennies de démocratie encadrée, les populations réclament que l’on prenne en compte leurs urgences et non plus celles des « marchés » ou des « investisseurs ».

    La crise actuelle du néolibéralisme a donc trois faces : une crise écologique, une crise sociale et une crise démocratique. Le système économique actuel est incapable de répondre à ce qui devient trois exigences profondes. Face à l’urgence écologique, il propose de répondre par les marchés et la répression fiscale de la consommation des plus faibles. Face à l’urgence sociale et démocratique, la réponse est l’indifférence. Car en réalité, répondre à ces demandes supposerait un changement profond de paradigme économique.

    Investir pour le climat supposerait ainsi de réorienter entièrement les investissements et de ne plus fonder l’économie uniquement sur une croissance tirée par les bulles immobilières et financières. Cela supposerait donc une remise à plat complète du système de création monétaire, ce qui est en germe dans le Green New Deal proposé aux États-Unis et qui effraie tant les économistes néolibéraux. Car, dès lors, la transition climatique ne se fera plus contre les classes sociales fragilisées mais avec elles. En assurant une redistribution massive des ressources au détriment des plus riches, on donnera ainsi aux classes les plus modestes les moyens de vivre mieux sans détruire la planète. Enfin, une association plus étroite des populations aux décisions permettrait de contrôler que ces dernières ne se font pas pour l’avantage des plus riches et du capital, mais bien de l’intérêt commun. Or, c’est précisément ce que le néolibéralisme a toujours rejeté : cette capacité de la démocratie à « changer la donne » économique. Précisément ce dont le monde a besoin aujourd’hui.

    Autrement dit : ces trois urgences et ces trois exigences sont profondément liées. Reposer la question sociale, c’est nécessairement aujourd’hui poser une question démocratique et écologique. Mais comme ce changement est profondément rejeté par le néolibéralisme et les États qui sont acquis à sa logique, il ne reste alors que la rue pour exprimer son besoin. C’est ce qui est sur le point de se cristalliser aujourd’hui. Selon les régions, les priorités peuvent être différentes, mais c’est bien un même système qui est remis en cause, ce néolibéralisme global. Au reste, tous les mouvements connaissent une évolution où la question démocratique et sociale se retrouve, parfois avec des préoccupations écologiques conscientes. Partout, donc, la contestation est profonde et touche au système économique, social et politique.

    Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux samedi 19 octobre, on voit des policiers espagnols frappant les manifestants indépendantistes catalans dans les rues de Barcelone. Sur le mur, un graffiti en catalan se détache : « aço és llutta de classe », « ceci est une lutte de classe ». Derrière la question nationale catalane s’est toujours placée la revendication d’une société plus juste et redistributive. Lorsque frappe la répression, cette réalité reprend le dessus. La volonté de reprendre le contrôle démocratique en Catalogne traduit aussi des priorités sociales et écologiques (un des condamnés par la justice espagnol, Raül Romeva, a été un élu écologiste avant de rejoindre le mouvement indépendantiste).

    En France, le mouvement des gilets jaunes ne s’est pas arrêté à une simple « jacquerie fiscale » et la fin de la hausse de la taxe carbone n’a pas mis fin au mouvement. Ce dernier a remis en cause la pratique démocratique du pays et la politique anti-redistributive du gouvernement et le mouvement a même rejoint les mouvements écologistes, comme l’a montré l’occupation d’Italie 2 début octobre. Les angoisses de « fin du mois » et de « fin du monde » commencent à converger. En Équateur, la situation est assez comparable : la lutte contre la fin des subventions à l’essence a permis de mettre en avant l’ampleur des inégalités touchant les populations autochtones, lesquelles sont depuis des années en révolte contre la logique extractiviste de gouvernements à la recherche de dollars.

    Au Liban, où sept personnes détiennent l’équivalent d’un quart du PIB, le rejet du plan de « réformes » prévoyant taxes pour les plus pauvres et privatisations s’est aussi accompagné d’un rejet du gouvernement qui, pourtant, regroupe l’essentiel des partis du pays. Ce lien entre mouvement social et démocratisation est également évident au Chili. À Hong Kong, la contestation démocratique contre un régime chinois qui cherche à tout prix à cacher la crise de son modèle économique a pris un tournant social évident.

    Cette crise n’est qu’un début. Rien ne permet d’espérer que cette crise néolibérale se règle rapidement, bien au contraire. Aux pressions sociales vont s’ajouter les catastrophes climatiques à répétition, comme celles qu’ont connues les Caraïbes depuis quelques années, qui ne feront que dégrader les conditions sociales. Surtout, les États semblent incapables de trouver d’autres solutions que celles issues du bréviaire néolibéral. Certes, en Équateur ou au Liban, les manifestants ont obtenu satisfaction avec le retrait des projets contestés. Au Liban, une mesure redistributive, une taxe sur les bénéfices bancaires a même été accordée. Mais ces victoires sont fragiles et, comme on l’a vu, elles n’épuisent ni les problèmes sous-jacents, ni les revendications démocratiques.

    Confronté à ce conflit permanent et à la contestation de son efficacité, le néolibéralisme pourrait alors se durcir et se réfugier derrière la « violence légitime » de l’État pour survivre. Comme Emmanuel Macron en France qui justifie toutes les violences policières, Pedro Sánchez en Espagne, qui n’a visité que des policiers blessés à Barcelone ce 21 octobre ou Sebastián Piñera, le président chilien invité du G7 de Biarritz en septembre, qui a fait ses annonces sous le regard de militaires comme jadis Augusto Pinochet… Ce dernier a ouvertement déclaré : « Nous sommes en guerre », à propos des manifestants. La guerre sociale devient donc mondiale et elle implique le néolibéralisme et ses défenseurs contre ses opposants.

    Devant la violence de cette guerre et l’incapacité des gouvernants à dépasser le néolibéralisme, on assisterait alors à une convergence du néolibéralisme, autrement dit de la défense étatique des intérêts du capital, avec les mouvements néofascistes et nationalistes, comme cela est le cas depuis longtemps déjà dans les anciens pays de l’Est ou, plus récemment, dans les pays anglophones, mais aussi désormais en Inde et en Chine. Le besoin de stabilité dont le capital a si impérieusement besoin ne pourrait alors être acquis que par une « militarisation » de la société qui accompagnerait sa marchandisation. Le néolibéralisme a prouvé qu’il n’était pas incompatible avec cette évolution : son laboratoire a été… le Chili de Pinochet, un pays alors verrouillé pour les libertés, mais fort ouvert aux capitaux étrangers. Ce retour de l’histoire pourrait être un présage sinistre qui appelle désormais à une réflexion urgente sur la construction d’une alternative sociale, écologique et démocratique.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/211019/crises-sociales-crises-democratiques-crise-du-neoliberalisme?onglet=full

  • M’sila (Algérie) : émeute du logement à la cité Ichbilia
    https://fr.squat.net/2019/10/08/msila-algerie-emeute-du-logement-a-la-cite-ichbilia

    Le dimanche 6 octobre 2019, à M’sila, la colère a grondé autour de la cité Ichbilia. De nombreux manifestants étaient dans la rue pour exiger au wali l’affichage de la liste des bénéficiaires de 1 262 logements publics locatifs dont la première liste avait été gelée il y a quelques mois. Les manifestants ont caillassé […]

    #Afrique #Algérie #émeutes #M'sila #procès
    https://fr.squat.net/wp-content/uploads/fr/2019/10/2019-10-06_Msila_emeutedulogement.mp4

  • #Roodepoort (Afrique du Sud) : le centre-ville complètement bloqué, pour de meilleures conditions de logement !
    https://fr.squat.net/2019/09/26/roodepoort-afrique-du-sud-le-centre-ville-completement-bloque

    Une partie de la population de Roodepoort, en banlieue ouest de Johannesburg n’en peut plus de subir des injustices concernant leurs conditions de logement. Dès 3h du matin le vendredi 20 septembre 2019, ça a chauffé dans les rues de Roodepoort. Aux alentours de 4h du matin, le centre-ville était complètement bloqué. On pouvait voir […]

    #actions_directes #Afrique #Afrique_du_Sud #émeutes

  • Les gilets jaunes et les millénaristes
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?325-les-gilets-jaunes-et-les-millenaristes

    Ce texte fait partie de la brochure n°24bis « Le mouvement des gilets jaunes » — seconde partie Chantiers de l’auto-organisation et clôtures idéologiques Voir ici la première brochure Elle est en vente pour 3 € dans nos librairies. Les achats permettent notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies indépendantes (vous pouvez également nous aider à la diffusion). Elle sera intégralement téléchargeable dans la rubrique brochures Sommaire : Retirer les crocs au parti-journaliste (Tract) (...) #Correspondances

    / #Lieux_Communs, #Politique, Gilets jaunes (2018-2019), #Insurrectionnalisme, #Gauchisme, #Avant-gardisme, #Lettre, #Assemblée, #Émeutes, (...)

    #Gilets_jaunes_2018-2019_ #Pseudo-subversion

  • Jérusalem (Israël-Palestine) : #émeutes du logement le vendredi 26 juillet
    https://fr.squat.net/2019/08/03/jerusalem-israel-palestine-emeutes-du-logement-le-vendredi-26-juillet

    Vendredi 26 juillet 2019, dans le quartier Wadi al-Hummus de Jérusalem-Est, des dizaines de Palestinien·ne·s ont participé aux mobilisations hebdomadaires du vendredi, cette fois pour protester en particulier contre les démolitions de logements qui ont lieu de façon intensive ces dernières semaines à Jérusalem-Est, généralement près du « mur de l’apartheid ». Des affrontements ont éclaté entre […]

    #Vidéos #militaires #Moyen-Orient #Palestine/Israël