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  • Covid-19 : en Calabre, des hôpitaux en souffrance
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/23/covid-19-en-calabre-des-hopitaux-en-souffrance_6060779_3244.html

    Miné par un endettement très lourd et de lourds soupçons d’infiltration mafieuse, le système sanitaire calabrais – en Italie, la santé est du ressort des régions – a été placé sous tutelle d’un commissaire extraordinaire depuis 2010. Depuis, en dix ans, aucun des problèmes structurels auxquels la région est confrontée n’a connu ne serait-ce qu’un commencement de réponse. En 2007, un contrat avait été signé entre l’Etat et la région prévoyant la construction de cinq hôpitaux, afin de résoudre le problème du sous-équipement. Par la suite, ce nombre a été réduit à trois. Finalement, treize ans après cet accord, rien n’a été fait. Pire, plusieurs structures ont été démantelées. A une trentaine de kilomètres de Reggio Calabria, la plaine de Palmi, qui rassemble plus de 160 000 habitants, est une des parties les plus délaissées de la région. Dans cette zone, les quatre petits hôpitaux qui existaient encore, au début des années 2000, ont été « rétrogradés » en « maisons de santé », et le chantier de grand hôpital prévu par le contrat Etat-région de 2007 n’a pas encore commencé. « Depuis plus de dix ans que les commissaires extraordinaires gèrent la région, ils n’ont fait que fermer des structures, et encourager les départs de personnes qui n’ont pas été remplacées », accuse l’écrivain Mimmo Gangemi, ancien cadre technique de l’agence de santé de Palmi, qui a assisté ces dernières années au lent démantèlement du système.
    Depuis plusieurs semaines, le poste de commissaire est vacant, et le feuilleton de la nomination du nouveau responsable a provoqué dans tout le pays un mélange d’amusement et de consternation. Début novembre, Saverio Cotticelli, qui occupait le poste depuis 2018, a été démis de ses fonctions après une désastreuse prestation à la télévision, dans laquelle il s’est montré incapable de dire quelles étaient les disponibilités de la région en matière de soins intensifs, et semblait découvrir en direct qu’il aurait dû élaborer un plan d’urgence contre le coronavirus. Son successeur annoncé, Giuseppe Zuccatelli, a dû renoncer après quelques jours, pour avoir déclaré au printemps que les masques ne servaient à rien. Quant au troisième candidat pressenti, Eugenio Gaudio, ancien recteur de l’université romaine de la Sapienza, il a vite jeté l’éponge, affirmant que sa femme « ne voulait pas aller s’installer à Catanzaro [le siège de la capitale régionale] ». Comme si le tableau n’était pas assez sombre, le président du conseil régional, Domenico Tallini (Forza Italia, droite modérée), a été arrêté jeudi 19 novembre pour des soupçons de malversations en lien avec la puissante ’Ndrangheta, la Mafia calabraise.
    Face à cette situation ubuesque en pleine urgence sanitaire, le gouvernement a appelé au secours le chirurgien Gino Strada, fondateur de l’ONG Emergency, pour installer des hôpitaux de campagne dans la région. Comme dans un pays en guerre. Habitué depuis des années à fonctionner avec des bouts de ficelle, le personnel sanitaire calabrais déploie pourtant, face à la crise, des trésors d’invention. A Gioia Tauro, dans la plaine de Palmi, un complexe de quarante lits pour les malades du Covid a été déployé en quelques jours, avec le soutien de la Croix-Rouge italienne, mais les personnels manquent de tout. « Les commissaires nous coupent toutes les ressources depuis des années, mais ils se gardent bien de mettre un terme aux vrais gaspillages, aux factures payées plusieurs fois ou aux dépenses aberrantes, comme ce local administratif de 3 000 mètres carrés, à Palmi, où travaillent à peine 20 personnes, pour un loyer annuel de plus de 200 000 euros versé à un propriétaire jouissant de grosses protections », confie sur le parking désert un habitant résigné, sous couvert d’anonymat. Depuis des années, les Calabrais, comme des millions d’autres habitants du sud du pays, ont pris l’habitude, en cas de maladies graves, de prendre l’avion pour se faire soigner dans les structures ultramodernes de Lombardie, de Vénétie ou d’Emilie-Romagne. Ce tourisme médical interne, en constante augmentation, a un coût exorbitant pour les régions les plus pauvres du pays, et procure un surcroît de ressources aux plus riches – les indemnités versées par les régions du Sud à celles du Nord sont estimées à 5 milliards d’euros par an –, alimentant encore le déséquilibre. Mais, en temps de pandémie, les frontières intérieures du pays se referment, si bien que les habitants se trouvent livrés à eux-mêmes, conscients du fait que les hôpitaux locaux auront à peine les moyens de les soigner

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