• Parution de la brochure n°27 : « Pulsions d’empire »
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1110-Parution-de-la-brochure-no27

    Il est dorénavant banal de constater que, partout, les apparences se fissurent, les certitudes s’effritent, les discours officiels vacillent. La somnolence routinière dans laquelle nous vivions en Occident depuis deux ou trois générations est troublée, secouée par l’irruption d’un monde inconnu à l’inquiétante étrangeté qui sourd comme une pulsion incoercible.

    C’est un chaos qui monte, qui s’étend, un dérèglement généralisé où tout ce qui nous était familier s’effrite entre nos doigts. Les choses jusqu’ici évidentes ne le seront plus jamais, l’absurde, le délirant ou le terrifiant deviennent quotidiens, l’amnésie et le déni sont incorporés en réflexes de survie. Le présent angoisse, l’avenir s’estompe et, selon la formule des dissidents des totalitarismes, on ne sait même plus de quoi le passé sera fait.(...)

    #Politique, #Prospective, #Écologie, #Écologisme, #Islamogauchisme, #Progressisme, #Relativisme, #Article, #Création_sociale-historique, #Empire, #Totalitarisme
    #Analyses

  • Cités, Empires, Nations (3/3)
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1123-Cites-Empires-Nations-3-3

    Partie précédente disponible ici (.../...)

    15. Le germe des logiques totalitaires

    La tradition du nouveau est le propre de l’Occident, seule civilisation en rupture germinale avec le tabou universel qui règne dans les autres groupements humains, qui aspirent à conjurer l’innovation historico-sociale tout en la subissant à reculons. Le rapport créateur entre l’individu et l’institution social-historique est ce qui démarque l’Occident prométhéen et le rend unique. L’intelligentsia d’origine (...)

    / #Fargette G., #Dynamiques_Géopolitiques, #Politique, #Totalitarisme#Géopolitique, #Histoire, #Progressisme, #Islamogauchisme, #Article, #Anéantissement, #Génocide, #Empire, #Guerre

  • Cités, Empires, Nations (2/3)
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1122-Cites-Empires-Nations-2-3

    Partie précédente disponible ici (.../...)

    7. Le sabordage de la société de consommation

    Le XXe siècle a connu, dans sa seconde partie, un sursaut à partir de la constellation des nations occidentales, regroupées autour des États-Unis, face à la menace représentée par l’empire soviétique. Cela leur a permis, après la défaite sans retour du régime national-socialiste et de son affidé fasciste, d’user lentement, par l’endiguement, cet #Empire qui s’est avéré incapable d’affronter sur le long terme le (...)

    #Géopolitique, #Histoire, #Politique, #Progressisme, #Guerre, #Empire#Fargette_G. #Totalitarisme

  • Cités, Empires, Nations (1/3)
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1121-Cites-Empires-Nations

    Texte extrait du bulletin « Le Crépuscule du XXe siècle », n°38-39, mai 2021. 1. Les deux grandes innovations du XXe siècle La première a consisté dans le surgissement d’un régime totalitaire à partir de 1917 en Russie, dont l’analyse lucide demeure hors de portée de la plupart des héritiers de l’aspiration socialiste. Celle-ci, formulée dans les années 1840 comme un nouvel Évangile, s’est nécrosée au fur et à mesure de ses succès politico-militaires. Le processus a culminé dans l’établissement de régimes (...)

    / #Fargette G., #Dynamiques_Géopolitiques, #Politique, #Totalitarisme#Géopolitique, #Histoire, #Progressisme, #Islamogauchisme, #Article, #Anéantissement, #Génocide, #Empire, #Guerre

  • La storia infinita

    Legionari romani sulle Alpi? Battaglie navali sui nostri laghi? Raduni di streghe sul Ceneri? Ogni pietra, ogni dipinto, ogni spigolo di strada sussurra storie nascoste. La Svizzera italiana e l’intera Confederazione sono disseminate di numerose tracce, curiose e talvolta nascoste, che ci parlano del nostro affascinante passato. Le donne e gli uomini che hanno abitato il nostro territorio prima di noi, attraverso i millenni, hanno lasciato molte testimonianze. E ognuna è una storia che merita di essere raccontata e che evoca non solo ciò che ci siamo lasciati alle spalle, ma anche e soprattutto spiega il nostro presente.

    Nella prima stagione de «La storia infinita» intraprenderemo quattro avvincenti viaggi di scoperta nel tempo. Ci tufferemo nella Svizzera romana e scopriremo la straordinaria globalizzazione di duemila anni fa, quando facevamo parte di un impero che andava dalla Scozia ai deserti dell’Iraq. Parleremo di guerra: oggi è drammaticamente tornata in Europa, ma per tutto il Medioevo insanguinava anche la Svizzera italiana, campo di battaglia sul quale le potenze dell’epoca si sono contese il controllo sulle infinite ricchezze che transitavano dai passi alpini. Cercheremo poi di capire che cosa sia stata l’epoca dei baliaggi, quei tre secoli in cui l’attuale Canton Ticino è stato suddito della «feroce democrazia» svizzera. E infine racconteremo come le vie di comunicazione hanno forgiato la Svizzera italiana, dai primi intrepidi colonizzatori preistorici fino alla costruzione della rete stradale moderna nell’Ottocento: strade che hanno diffuso geni, idee e ricchezze, ma anche pandemie e violenze.

    https://www.rsi.ch/play/tv/programma/la-storia-infinita?id=15525805

    #histoire #Tessin #Suisse #guerres #pandémie #peste #Alpes #Empire_romain #commerce #migrations #bailliages_communs #bagliaggi #transports #série #vidéo #RSI #Jonas_Marti

    –> où je découvre notamment cet impostant mémorial du maréchal #Souvorov:
    https://seenthis.net/messages/978234

  • « Les statues, le nom des rues, ne sont pas innocents » : un guide pour décoloniser l’espace public - Basta !
    https://basta.media/les-statues-le-nom-des-rues-ne-sont-pas-innocents-un-guide-pour-decoloniser

    C’est une #rue discrète, perchée sur une colline résidentielle cossue du sud de #Marseille. Elle s’appelle impasse des Colonies. Au milieu de cette succession de maisons verdoyantes avec vue sur mer, une villa aux tuiles ocre porte un nom évocateur, L’oubli.

    L’oubli, c’est justement ce contre quoi s’élèvent les onze auteurs et autrices du #Guide_du_Marseille_colonial, paru le 1er septembre dernier aux éditions Syllepse [1]. Pendant deux ans, ces militants associatifs ont passé la #ville au peigne fin, arpenté les rues et fouillé les archives. Ils ont cherché les traces du #passé_colonial de ce port qui fut, entre le XIXe et le XXe siècle, la capitale maritime de l’#empire_français.

    https://www.syllepse.net/guide-du-marseille-colonial-_r_25_i_909.html

  • L’agression russe en Ukraine, ou le retour de la Guerre impériale
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1113-L-agression-russe-retour-de-la-guerre-imperiale

    Article de Gaïdz Minassian paru dans les pages « Analyse » du journal « Le Monde » du 21/03/2022. L’État fait la guerre et la guerre fait l’État. L’agression russe contre l’Ukraine démontre une fois de plus toute la pertinence de l’équation du sociologue américain Charles Tilly. La guerre bouleverse l’environnement, refaçonne les mentalités et transforme les nations. C’est le cas des belligérants russes et ukrainiens qui, depuis l’invasion de l’Ukraine, ont changé de paradigme, les premiers passant de la (...) Réactions à l’actualité

    #Réactions_à_l'actualité, #Minassian_G., #Géopolitique, #Histoire, #Article, #Empire, #Guerre, #GuerreImpériale #Totalitarisme

  • Écologie Politique, effondrement et écocratie
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie

    Début du chapitre V du #Livre « Éléments d’écologie politique. Pour une refondation » (Libres&Solidaires, 2021), pp. 153 —165. (...) V – Politiques de la nature et #Totalitarisme Ce n’est qu’ici, après avoir vu tant de notions, brassé tant d’idées, évoqué tant d’époques et de lieux, convoqué tant de cultures et d’auteurs, qu’il me semble que nous pouvons aborder raisonnablement l’aspect proprement politique de l’écologie politique. Tout ce qui précède devrait nous avoir permis de faire tomber les (...)

    / #Écologie_politique, #Lieux_Communs, #Politique, #Écologie, #Écologisme, #Écologie_(dé)coloniale, #Post-modernisme, #Empire, (...)

  • Wokisme et obscurantisme : articulations et complémentarités
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1112-Wokisme-et-obscurantisme

    Tribune publiée le 11 juillet dans « Front Populaire » en ligne, reprenant en partie le contenu du texte de présentation de la cartographie des mouvances anti-Lumières. Au cours des deux dernières décennies, deux ensembles politiques sont devenus très influents dans les sociétés occidentales : le « déconstructionnisme » (ou « #Progressisme » ou, dernièrement, « wokisme »), issu de divers fractions d’extrême-gauche, et le « fondamentalisme » (ou « obscurantisme », « communautarisme » ou néo-« tra­ditionalisme (...)

    #Écologie_dé_coloniale #Immigration #Le_gauchisme_radical-chic #Lieux_Communs, #Totalitarisme, #Politique, #Philosophie, #Écologie_politique, #Gauchisme, #Islamogauchisme, #Multiculturalisme, #Progressisme, #Post-modernisme, #Article, #Empire

    https://frontpopulaire.fr/o/Content/co12603185/wokisme-et-obscurantisme-articulations-et-complementarites

  • La radicalisation à #Rome
    https://laviedesidees.fr/La-radicalisation-a-Rome.html

    La dégradation de notre société présente de nombreuses analogies avec la crise de la République romaine. À partir du IIe siècle avant notre ère, violence, refus de réforme, intolérance engagèrent un processus de radicalisation, comme si les Romains ne parvenaient plus à faire société.

    #Histoire #Antiquité #empire

  • Élections 2022 : le règne oligarchique
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1109-Elections-2022-le-regne-oligarchique

    Les élections françaises suivent depuis des décennies une trajectoire en spirale descendante : chaque scrutin accentue les traits les plus régressifs du précédent. Les non-campagnes électorales n’arrivent même plus à cacher la nullité des prétendants tandis que le délabrement omniprésent de la société est devenu un fait admis. Ca­chée par une apparente continuité institutionnelle, la crise de régime larvée ré­vèle un chaos idéolo­gique et so­cial qui s’appro­fondit et nous fait entrer dans un univers de moins en moins fa­milier.

    Le paysage politique français semble se décou­per en trois ensembles distincts ; le parti du pou­voir, les partis-zombies et l’ensemble de la population.

    Le parti du pouvoir est le parti unique médiatico-oli­garchique, qui a progressivement émergé au fil des al­ternances électorales depuis au moins quarante ans.(...)

    #Électoralisme, #Empire, #Insignifiance, #LieuxCommuns, #Multiculturalisme, #Parti_médiatique, #Politique, #Progressisme, #Tract

  • Les trois Europes
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1108-Les-trois-Europes

    Premier chapitre éponyme du #Livre de Guy Hermet « #Histoire des nations et du nationalisme en Europe », 1996, Seuil, pp. 19-38. Les trois Europes Sans même considérer celle des citoyens romains de l’Antiquité, les premières identités collectives des Européens remontent à une époque très reculée : celle de la division des trois Europes qui demeure toujours présente. Considérer qu’il existe une Europe de l’Ouest et une autre de l’Est, avec entre les deux l’entité plus fuyante de l’Europe centrale, ne (...)

    #Dynamiques_Géopolitiques, #Hermet_G. #Totalitarisme, #Histoire, #Géopolitique, #Livre, #Création_sociale-historique, #Empire, #Type_anthropologique, (...)

  • La Russie et l’Ukraine : un regard civilisationnel (2/2)
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1100-La-Russie-et-l-Ukraine-un-regard-civilisationnel

    (.../...) Première partie disponible ici La grande frontière historique qui a existé pendant des siècles entre peuples chrétiens d’Occident et peuples musulmans et orthodoxes fournit la réponse la plus convaincante. Elle remonte à la division de l’Empire romain au IVe siècle et à la création du Saint #Empire romain au Xe siècle. Elle est restée à peu près stable pendant au moins cinq cents ans. En partant du nord, elle passe par les frontières actuelles entre la Finlande et la Russie, entre les États (...) #Dynamiques_Géopolitiques

    #Huntington S., #Histoire, #Géopolitique, #Empire, #Religion, #Guerre, #Type_anthropologique (...)

  • La Russie et l’Ukraine : un regard civilisationnel (1/2)
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1099-La-Russie-et-l-Ukraine-un-regard-civilisationnel

    Texte extrait du #Livre de Samuel Huntington « Le choc des civilisations », 1996, (Odile Jacob 1997), pp. 199-206 et 228-244. Le titre est de nous et les notes (toutes bibliographiques) ont été supprimées. On se reportera à nos remarques sur un précédent extrait du même livre pour les réserves d’usage. [Extrait du chapitre VI : La recomposition culturelle de la politique globale :] Les pays déchirés ou l’échec des changements de civilisations Pour qu’un pays déchiré réussisse à changer d’appartenance (...) #Dynamiques_Géopolitiques, #Huntington, #Géopolitique, #Histoire, #Religion, #Empire, #Guerre, #Type_anthropologique (...)

  • L’avènement du Sécularocène
    https://laviedesidees.fr/Meziane-Des-empires-sous-la-terre.html

    À propos de : Mohamad Amer Meziane, Des empires sous la terre. #Histoire écologique et raciale de la #sécularisation, La Découverte. La sécularisation n’a rien d’un modèle occidental qui se serait étendu lors de la décolonisation ; c’est, selon M. A. Meziane, le colonialisme lui-même qui l’a propagé comme un moyen de domination.

    #race #écologie #empire
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/20220420_bauberot.docx
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20220420_bauberot.pdf

  • L’ombre portée du XXe siècle
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1080-L-ombre-portee-du-XXe-siecle

    Texte extrait du bulletin de G. Fargette, « Le Crépuscule du XXe siècle », n°40, juillet 2021.

    On ne peut appréhender les glissements de terrain historiques en cours qu’en s’affranchissant des cadres idéologiques hérités. Toynbee, dès la fin des années 1940, avait perçu un fait massif encore largement potentiel : l’époque lui paraissait condamnée à connaître une “grande mêlée des peuples”, comme il s’en était produit à la fin de l’Age du bronze, vers 1200 av. J.-C., puis dans l’empire romain (d’où surgit le christianisme), ou encore au VIIème siècle à la suite de la longue guerre qui avait opposé l’empire perse et l’empire byzantin, et que l’islam mit à profit pour se faire empire puis, faute de victoire sur Constantinople, religion. L’historien britannique soulignait qu’il était impossible de préjuger de ce qui sortirait à terme des deux ou trois prochains siècles de cette nouvelle imbrication des populations. (...)

    #Fargette, #Politique, #Géopolitique, #Histoire, #Progressisme, #Article, #Démographie#Empire, (...)

  • Pour rappel, la France contemporaine a connu sa propre controverse sur le “rôle positif de la colonisation”, en particulier au moment de l’adoption de la loi du 23 février 2005 https://www.jeuneafrique.com/67587/archives-thematique/histoire-d-un-fiasco

    https://www.theguardian.com/commentisfree/2022/apr/04/pupils-benefits-empire-ignorance-royals-caribbean-windrush
    https://i.guim.co.uk/img/media/0e709d2cf9c1d0afd227c11d99e07a8015d4ebf2/0_13_3500_2100/master/3500.jpg?width=1200&height=630&quality=85&auto=format&fit=crop&overlay-ali

    Teaching the ‘benefits’ of the British empire is just another attempt to stoke the culture war
    Kojo Koram, 4 April 2022

    The legacy of empire still shapes the world. But Kemi Badenoch’s plan will ensure that ignorance reigns over this.

    If the Duke and Duchess of Cambridge need some comfort reading after their awkward Caribbean tour, they could do worse than turn to Tony Blair’s autobiography. In 1997, Britain’s new prime minister travelled to Hong Kong to oversee its handover to China. Years later, Blair described how he had struggled through a conversation with the Chinese president, Jiang Zemin, on a subject of UK-China history, because, in his own words, Blair had “only a fairly dim and sketchy understanding of what that past was”. The history being discussed was the opium wars, the very reason why Hong Kong had become British in the first place. Yet here was a boarding school and Oxbridge-educated prime minister who had next to no knowledge of the history that produced the very event he had travelled to oversee.

    The impression many ministers give today is that students in British classrooms are being bludgeoned with never-ending tales of Britain’s imperial crimes. This is why the government is now looking to rebalance the scales with a new curriculum that highlights the “benefits” of the British empire, as well as its negatives. Building on last year’s controversial Sewell report, the plans promoted by the equalities minister Kemi Badenoch are part of a wider campaign to move the teaching of empire away from what the government fears is a culture of victimisation and identity politics in schools, instead framing the legacy of empire as a debate of pros and cons. Was the empire wrong? Was it right? Which bits of the empire were naughty or nice?
    (...)

    #Grande_Bretagne #empire_britannique #postcolonialisme #enseignement

  • Impérialisme russe, Stefan Bekier, 2014
    https://blogs.mediapart.fr/stefan-bekier/blog/171214/imperialisme-russe

    Sergueï Nikolski, philosophe russe spécialiste de la culture, affirme que peut-être la pensée la plus importante pour les Russes « depuis la chute de Byzance jusqu’à aujourd’hui est l’idée de l’#empire et qu’ils sont une nation impériale. Nous avons toujours su que nous habitons un pays dont l’histoire est une chaîne ininterrompue d’expansions territoriales, de conquêtes, d’annexions, de leur défense, des pertes temporaires et de nouvelles conquêtes. L’idée de l’empire était une des plus précieuses dans notre bagage idéologique et c’est elle que nous proclamions aux autres nations. C’est par elle que nous surprenions, ravissions ou affolions le reste du monde. »

    (...) « L’Empire russe était nommé “la prison des peuples”. Nous savons aujourd’hui que ce n’était pas seulement l’État des Romanov qui méritait ce qualificatif », écrivait Mikhail Pokrovski, le plus remarquable historien bolchévique. Il prouvait que déjà le Grand-Duché de Moscou (1263-1547) et le Tsarat de Russie (1547-1721) étaient des « prisons des peuples » et que ces États ont été construits sur les cadavres des « inorodtsy », des peuples indigènes non russes.

    [...]

    « Impérialisme militaro-féodal »

    Au cours des siècles, jusqu’à l’effondrement de l’URSS en 1991, les peuples conquis et annexés par la Russie ont subi trois formes successives de domination impérialiste russe. « L’impérialisme militaro-féodal » fut la première, nommée ainsi par Lénine. Il n’est pas inutile de discuter quel mode d’exploitation y prédominait : féodal ou tributaire, ou encore, comme le préfère Youri Semenov, « politaire » (4).

    Ce débat est rendu actuel par les recherches les plus récentes d’Alexander Etkind. Il en découle que c’étaient des modes d’exploitation coloniaux qui dominaient alors : « aussi bien dans ses frontières lointaines que dans sa sombre profondeur, l’empire russe était un immense système colonial » ; « un empire colonial comme la Grande-Bretagne ou l’Autriche, mais en même temps un territoire colonisé, comme le Congo ou les Indes occidentales ». Le clou, c’est que « la Russie, en s’élargissant et en absorbant les très grands espaces, colonisait son propre peuple. C’était un processus de colonisation interne, une colonisation secondaire de son propre territoire. »

    C’est pour cette raison, explique Etkind, qu’il « faut concevoir l’impérialisme russe non seulement en tant qu’un processus extérieur, mais également en tant que processus interne » (5). Le servage – généralisé par la loi en 1649 – y avait un caractère tout autant colonial que l’esclavage des Noirs en Amérique du Nord, mais il concernait les paysans grands-russes ainsi que d’autres, considérés par le tsarisme comme « russes » : les paysans « petits-russes » (ukrainiens) et biélorusses. Etkind attire l’attention sur le fait que, même dans la Grande-Russie, les insurrections paysannes avaient un caractère anticolonial et que les guerres, par lesquelles l’empire écrasait ces révoltes, étaient coloniales. De manière paradoxale, le centre impérial de la Russie était en même temps une périphérie coloniale interne, au sein de laquelle l’exploitation et l’oppression des masses populaire étaient plus sévères que dans bien des périphéries conquises et annexées.

    sur la #colonialité comme fondement de l’exploitation du travail non salarié (dont les goulags), par delà la Russie https://seenthis.net/messages/955636

    #Russie #impérialisme

    • "transformer la guerre impérialiste entre les peuples en une guerre civile des classes opprimées contre leurs oppresseurs, en une guerre pour l’expropriation de la classe des capitalistes, pour la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, pour la réalisation du socialisme." voilà l’axe constitutif d’une révolution de 17 qui n’avait rien à faire avec la défense de l’État russe, impérialiste et guerrier.

      Les principes du socialisme et la guerre de 1914 1915, Lénine, 1915
      https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1915/08/vil19150800b.htm

      Pourquoi la Russie fait-elle la guerre ?

      En Russie, l’impérialisme capitaliste du type moderne s’est pleinement révélé dans la politique du tsarisme à l’égard de la Perse, de la Mandchourie, de la Mongolie ; mais ce qui, d’une façon générale, prédomine en Russie, c’est l’impérialisme militaire et féodal. Nulle part au monde la majorité de la population du pays n’est aussi opprimée : les Grands Russes ne forment que 43% de la population, c’est à dire moins de la moitié, et tous les autres habitants sont privés de droits, en tant qu’allogènes. Sur les 170 millions d’habitants de la Russie, près de 100 millions sont asservis et privés de droits. Le tsarisme fait la guerre pour s’emparer de la Galicie et étrangler définitivement la liberté des Ukrainiens, pour conquérir l’Arménie, Constantinople, etc. Le tsarisme voit dans la guerre un moyen de détourner l’attention du mécontentement qui s’accroît à l’intérieur du pays et d’écraser le mouvement révolutionnaire grandissant. Aujourd’hui, pour deux Grands-Russes, on compte en Russie deux ou trois “ allogènes ” privés de droits : le tsarisme s’efforce, au moyen de la guerre, d’augmenter le nombre des nations opprimées par Russie, d’accentuer leur oppression et de faire ainsi échec à la lutte pour la liberté que mènent les Grand-Russes eux mêmes. La possibilité d’asservir et de piller les autres peuples aggrave le marasme économique, car il arrive souvent que la source des revenus soit moins le développement des forces productives que l’exploitation semi féodale des “ allogènes ”. Ainsi, du côté de la Russie, la guerre porte un caractère foncièrement réactionnaire et hostile aux mouvements de libération.

      Qu’est-ce que le social chauvinisme ?

      Le social chauvinisme, c’est la “ défense de la patrie ” dans la guerre actuelle. De cette position découlent, par voie de conséquence, la renonciation à la lutte de classe pendant la guerre, le vote des crédits militaires, etc. Les social chauvins pratiquent en fait une politique antiprolétarienne, bourgeoise, car ils préconisent en réalité, non pas la “ défense de la patrie ” au sens de la lutte contre l’oppression étrangère, mais le “ droit ” de telles ou telles “ grandes ” puissances à piller les colonies et à opprimer d’autres peuples. Les social chauvins reprennent à leur compte la mystification du peuple par la bourgeoisie, selon laquelle la guerre serait menée pour la défense de la liberté et de l’existence des nations, et se rangent ainsi aux côtés de la bourgeoisie contre le prolétariat. Sont des social chauvins aussi bien ceux qui justifient et exaltent les gouvernements et la bourgeoisie d’un des groupes des puissances belligérantes que ceux qui, à l’instar de Kautsky, reconnaissent aux socialistes de toutes les puissances belligérantes un droit identique à la “ défense de la patrie ”. Le social chauvinisme, qui prône en fait la défense des privilèges, des avantages, des pillages et violences de “ sa propre ” bourgeoisie impérialiste (ou de toute bourgeoisie, en général), constitue une trahison pleine et entière de toutes les convictions socialistes et de la résolution du Congrès socialiste international de Bâle.

    • un discours de Wallerstein lu au public russe surpris en 1995 :

      Vos prochains présidents porteront des épaulettes. Vous ne pouvez rien avoir d’autre. Vous reprendrez la guerre froide avec l’Amérique parce que vous êtes un pays semi-périphérique spécialisé dans la création de nouveaux conflits

      https://twitter.com/kamilkazani/status/1517564831955660801

      On redécouvre même des textes oubliés, comme celui du philosophe Cornélius Castoriadis (1922-1997), Devant la Guerre. Les réalités (Fayard, 1981), qui expliquait que la Russie tendait à devenir « une société stratocratique », terme forgé à partir du grec « stratos » (armée) et « cratos » (le pouvoir), un pays « où le corps social de l’armée est l’instance ultime de la domination effective (…), le seul à être “idéologiquement” (ou imaginairement) efficace car incarnation organique et “naturelle” de l’idéologie et de l’imaginaire nationaliste, grand-russien, “impérial”, alors que l’idéologie du Parti devient de plus en plus insignifiante ».

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/04/22/guerre-en-ukraine-covid-19-penser-le-retour-du-tragique-en-europe_6123212_32

  • L’écologisme empêche l’émergence d’une écologie politique
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1091-L-ecologisme-empeche-l-emergence-d-une-ecologie-politiqu

    Reprise étoffée d’une présentation, raccourcie faute de temps, du livre « Éléments d’écologie politique – Pour une refondation » lors d’une rencontre de l’association Technologos le jeudi 10 février 2022.

    L’objectif du livre est double : d’une part tenter de s’opposer aux idéologies, aux mythes, aux éléments religieux qui polluent les courants de l’écologie politique et empêchent toute réflexion. Il s’agit donc d’une auto-critique car derrière les dérives actuelles les plus visibles et risibles aujourd’hui de (...)

    #Psychanalyse, #Démocratie_directe, #Prospective, #Histoire, #Écologie, #Lieux_Communs, #Anthropologie, #Écologisme, #Totalitarisme, #Conférence#Empire

  • Le vieux projet d’union du Sahara, source de méfiance entre le Mali et la France
    https://afriquexxi.info/article4952.html

    Depuis que le torchon brûle entre Paris et Bamako, le pouvoir militaro-civil malien accuse la France de jouer un double jeu dans le nord du pays. Une suspicion fantasmée, mais qui se nourrit (entre autres) d’un épisode bien réel : le projet français, à la fin des années 1950, de conserver le Sahara et d’en faire un territoire d’outre-mer à part entière. Retour sur l’éphémère existence de l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS).

    Simon Pierre, 23 mars 2022

    La crise de confiance entre les autorités françaises et le pouvoir militaro-civil au Mali a atteint son paroxysme en ce début d’année. Depuis le coup d’État d’août 2020, des politiciens et des activistes proches de la junte diffusent des interprétations particulières au sujet d’une éventuelle collusion des militaires de l’opération Barkhane avec l’ennemi djihadiste. Cette stratégie vise à transformer les échecs patents à écraser l’insurrection djihadiste en une accusation de complicité. Elle s’appuie sur les tentatives maladroites, à Paris, de ménager la chèvre et le chou entre les indépendantistes touaregs des régions de Kidal et de Ménaka et l’État malien, qui les considère comme des terroristes au même titre que les salafistes avec qui, il est vrai, ils ont collaboré en 2012. Dès lors, par une fausse transitivité, l’ancienne puissance coloniale ne serait pas seulement faible ou inefficace, elle collaborerait ouvertement avec les djihadistes dans le but, selon les versions, de détruire le Mali ou d’y justifier son occupation afin de s’accaparer les richesses naturelles du Nord.❞ (...)

    #Algérie #Décolonisation #Empire_colonial_français #Mali #Maroc #Mauritanie #Sahel #France #Sahara

  • https://aoc.media/analyse/2022/03/20/guerre-en-ukraine-comment-en-est-on-arrive-la



    Trois principaux facteurs expliquent le cheminement vers le conflit. Premièrement, la Russie n’a jamais accepté l’indépendance de l’Ukraine et l’idée que la Russie puisse devenir un État européen « normal ». Deuxièmement, le « dilemme de sécurité » a rendu difficile la résolution des points de vue contradictoires entre Ukraine et Russie. Troisièmement, la diffusion de la démocratie est devenue une question géopolitique.

    Alors que la séparation de l’Ukraine et de la Russie en 1991 fut qualifiée de « divorce civilisé », 30 ans plus tard, la Russie entreprend une invasion majeure de son voisin. Comment en est-on arrivé là ? Et comment ce conflit régional a-t-il provoqué ce que beaucoup qualifient de nouvelle guerre froide ? Il est inévitable d’essayer d’attribuer des responsabilités, mais il est également nécessaire d’examiner aussi objectivement que possible ce qui s’est passé et la raison pour laquelle cela est advenu, même si nous savons impossible une totale objectivité. Dans mon livre Ukraine and Russia : From Civilized Divorce to Uncivil War (Cambridge, 2019), je retrace le chemin parcouru depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991 jusqu’à la guerre qui a commencé en 2014, et qui connaît à présent une escalade dramatique.
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    Une grande partie de la propagande entourant le conflit consiste à tenter d’avancer des interprétations d’événements datant d’il y a des décennies, voire des siècles, pour justifier des revendications politiques en 2022. Au cœur de la discussion se trouve une question d’une simplicité trompeuse : l’Ukraine doit-elle être un État indépendant ou doit-elle faire partie de la Russie ?

    Il importe de comprendre que, dès l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, une grande partie de l’élite russe a rejeté l’idée que l’Ukraine puisse, ou doive être, un État totalement indépendant. Cette insistance, qui fait suite à des siècles de pensée nationaliste russe, est antérieure à l’expansion de l’OTAN, à la guerre en Irak et aux autres mesures américaines ou occidentales qui font l’objet de tant de récriminations. La pertinence et le caractère moral des décisions de l’Occident concernant la Yougoslavie, l’Irak, l’OTAN et bien d’autres sujets méritent largement d’être examinés. Mais ils n’expliquent en rien ni ne justifient l’invasion russe de l’Ukraine.

    L’Ukraine et la Russie sont entrées dans l’ère post-soviétique avec des conceptions très différentes de leur histoire commune. Pour une grande partie de l’élite ukrainienne, l’histoire de l’Ukraine est celle d’une colonie : exploitée, réprimée et brutalisée. Même si beaucoup cherchaient à maintenir des liens économiques étroits avec la Russie, le soutien à l’indépendance était très fort : lors du référendum sur l’indépendance organisé en décembre 1991, 90 % des Ukrainiens ont voté pour l’indépendance. Même à Donetsk et à Louhansk, les régions de l’est de l’Ukraine revendiquées par la Russie, le vote en faveur de l’indépendance était de 78 %. En Crimée, il était de 54 %.

    La Russie, quant à elle, n’envisage pas cette histoire comme celle d’une colonisation, mais comme celle de deux « nations fraternelles », où les « petits Russes » (les Ukrainiens) sont choyés par leurs « grands frères » russes. Pendant des siècles, le mythe fondateur de la Russie a été centré sur l’affirmation selon laquelle l’empire qui s’est développé à partir de Moscou depuis le XIVe siècle était l’héritier de la Rus de Kiev, une entité antérieure, centrée à Kiev, où les Slaves orientaux avaient accepté le christianisme sous la houlette du prince Volodymyr/Vladimir le Grand en 988. En revendiquant le titre d’héritière de Kiev, la Russie légitimait le pouvoir des tsars sur la base de motifs dynastiques et religieux, et étayait leur revendication selon laquelle tout le territoire qui avait fait partie de la Kiev médiévale, ou qui était peuplé de chrétiens orthodoxes orientaux, appartenait à la Russie.❞ (...)

    #Ukraine #Russie #occupation #guerre #colonialisme #colonisation #impérialisme #empire_russe

  • Dossier thématique : L’offensive militaire russe vers l’ouest
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1098-Dossier-thematique-L-offensive-russe

    Ce qui devrait surprendre n’est pas l’offensive de l’armée russe en Ukraine, mais son ampleur, d’ailleurs non circonscrite. La volonté expansionniste de la Russie s’exprimait depuis deux décennies pour qui voulait la voir, témoignant de la permanence de ses ressorts impériaux dont le #Totalitarisme communiste de l’URSS fut une expression modernisée. Le prétexte des populations russophones du Donbass fait le lien, celles-ci étant largement issue du remplacement démographique qui a succédé à l’Holodomor, (...)

    #Dossiers_thématiques, #Lieux_Communs, #Politique, #Géopolitique, #Histoire, #Progressisme, #Empire, #Guerre#Anéantissement #Génocide

  • Un texte long, complexe dont certains points mériteraient d’être discutés mais qui propose une intéressante perspective historique et permet d’analyser la guerre en Ukraine de manière comparatiste.

    https://aoc.media/analyse/2022/03/14/la-guerre-dukraine-passage-tragique-de-lempire-a-letat-nation

    En rêvant de la réunification des pays de l’ex-URSS, Vladimir Poutine entérine le passage d’un monde d’empires à une constellation d’États-nations, lesquels sont fondés sur le mythe d’un peuple unifié – peuple qu’il convient de créer en niant sa diversité (...)
    Il nous faut penser ensemble trois ordres de processus que nous avons l’habitude d’opposer, sur le mode d’un jeu à somme nulle : à savoir l’intégration croissante du monde dans ses différentes facettes – financière, marchande, technologique, scientifique, religieuse, artistique, etc. –, l’universalisation de l’État-nation comme forme légitime de domination territoriale, et la généralisation de consciences politiques et culturelles de type identitariste, d’orientation plus ou moins ethno-religieuse, à l’échelle aussi bien globale que nationale ou locale.

    Ces processus, eux-mêmes hétérogènes et nullement linéaires, constituent une synergie, au lieu de s’exclure ou de se contredire les uns et les autres comme nous le postulons généralement. Le lecteur comprend que je m’inscris à rebours de la plupart des interprétations qui ont cours sur la scène publique et même dans les débats universitaires.
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    En outre, je situe cette synergie à la lumière du passage d’un monde d’empires à un monde d’États-nation, au cours des 19e-21e siècles. Non qu’il s’agisse d’une succession en bonne et due forme de deux modèles de domination, au sens où l’entendrait l’évolutionnisme. Bien au contraire, ces derniers peuvent coexister, se superposent souvent et se compénètrent volontiers, ne serait-ce que dans l’imaginaire politique ou culturel. Il s’agit plutôt d’un basculement, d’un moment d’historicité qui donne matière à des configurations politiques complexes et à des recompositions permanentes, indissociables de la mémoire historique, plus ou moins traumatique, des combinatoires impériales des Anciens Régimes : en l’occurrence ceux de la Russie, de l’Autriche-Hongrie et des Reich allemands successifs qui se sont affrontés pendant deux siècles sur leurs confins respectifs, une fois disloqué, au 18e siècle, l’État polono-lituanien qui englobait Kiev.

    La destinée de la Crimée est emblématique de ces combinatoires impériales. Le nouvel Empire russe la ravit à l’Empire ottoman à l’issue des guerres de 1787-1792, tout en admettant l’autorité spirituelle du sultan-calife sur les Tatars musulmans de sa nouvelle possession et en obtenant réciproquement un droit de regard sur les orthodoxes des Balkans. En 1853-1856, la Russie perdit la guerre de Crimée face à la coalition anglo-franco-ottomane, humiliation sans conséquences territoriales qui ouvrit la voie à de grandes transformations politiques et sociales tant du côté russe que du côté ottoman. En 1918 le traité de Brest-Litovsk entre l’URSS et l’Allemagne reconnaissait la souveraineté de celle-ci sur la Crimée, une disposition que la défaite allemande rendit caduque quelques mois plus tard. En 1954 Khrouchtchev attribua la péninsule à la république soviétique d’Ukraine. Vladimir Poutine a donc beau jeu de présenter son annexion, en 2014, comme une simple « réunification », selon sa conception nationaliste de l’histoire.

    L’Ukraine, cas d’école

    De tous ces points de vue l’actuelle guerre d’Ukraine est un cas d’école. Elle nous rappelle d’abord que l’État-nation n’est pas soluble dans le marché. Comme en 1848, lorsque le triomphe du libre-échange était allé de pair avec le « Printemps des peuples », comme en Yougoslavie après la mort de Tito, la conversion de l’espace soviétique au capitalisme et son intégration au marché mondial sont allées de pair avec la naissance d’un système-régional d’États-nations. D’ailleurs le capitalisme dont il est ici question est d’État, par le truchement d’une poignée d’oligarques qui sont les fondés de pouvoir des dirigeants politiques, et n’a rien à voir avec l’économie de marché. Il est inutile de gloser sur l’intensité des sentiments nationalistes qui animent les dirigeants comme les peuples concernés. Ce nationalisme est pétri d’un imaginaire identitariste, en l’occurrence d’orientation religieuse, ce qui ne préjuge en rien, au demeurant, de son orientation politique.

    Moscou instrumentalise son Église orthodoxe au service de sa politique expansionniste en jouant sur la confusion entre Rus’ (l’obédience culturelle et religieuse orthodoxe) et Russie (l’État-nation, territorialisé), voire sur une sensibilité teintée de millénarisme. Kiev s’appuie sur une Église orthodoxe d’Ukraine, autocéphale, fondée en 2018 et reconnue par le patriarcat de Constantinople, schismatique aux yeux de l’Église orthodoxe ukrainienne assujettie au patriarcat de Moscou, afin de mettre en valeur la spécificité nationale dans une perspective démocratique et « européenne » qui laisse place au pluralisme religieux, notamment à l’Église uniate de rite grec catholique, principalement implantée dans l’ouest du pays, l’ancienne Galicie[1]. Mais, dans les deux cas, la puissance de l’imaginaire culturel et religieux est à l’œuvre, au prix de nombreuses simplifications historiques[2].

    Chose fascinante, la nation se forge in vivo sous nos yeux : par exaltation militariste de la grandeur russe à l’initiative de Vladimir Poutine et du patriarcat de Moscou, indifférents aux protestations d’une partie de l’intelligentsia russe ; par dé-russification linguistique et religieuse de l’Ukraine et mobilisation armée de nombre de ses citoyens face à l’envahisseur. Simultanément le système régional d’États-nations se reconfigure : l’Union européenne serre les rangs, l’Allemagne opère une mue diplomatique et stratégique radicale sous la houlette de son nouveau chancelier, la Finlande et la Suède sont tentées de tourner le dos à leur neutralité et caressent l’idée d’adhérer à leur tour à l’OTAN. Vladimir Poutine, meilleur serviteur de la nation ukrainienne et de l’Alliance atlantique – ainsi va l’Histoire, dans sa légendaire ironie (...)

    #Ukraine #Russie #guerre #empire #impérialisme #état-nation

  • Russie : L’imaginaire nationaliste-impérial
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1097-Russie-L-imaginaire-nationaliste-imperial

    ❝Partie éponyme extraite du chapitre V « La Force brute pour la Force brute » du #Livre « Devant la #Guerre » de Cornelius Castoriadis (Fayard, 1981, pp. 251-264, réed. « Guerre et théorie de la guerre. Écrits politiques 1945-1997, VI », Sandre 2016, pp. 317-330).
    Ce texte a été écrit il y a plus de quarante ans pour analyser les métamorphoses du régime russe, alors baptisé « URSS » – « quatre lettres et quatre mensonges » disait alors l’auteur. L’idée d’une « stratocratie », une société russe surdéterminée par (...)

    #Dynamiques_Géopolitiques, #Géopolitique, #Histoire, #Politique, #Prospective, #Empire, #Totalitarisme#Castoriadis

  • https://afriquexxi.info/article4919.html

    Aux origines coloniales de Barkhane (4)
    Maréchal (Lyautey), nous voilà !

    Rémi Carayol, 7 février 2022

    Figure de la conquête coloniale, le maréchal Hubert Lyautey, célèbre notamment pour avoir fait en sorte de « gagner les cœurs et les esprits » en Afrique du Nord, est aujourd’hui cité comme une référence par les officiers français. Ses méthodes, soi-disant humanistes, inspirent les stratèges qui élaborent les doctrines contre-insurrectionnelles et sont recyclées par les commandants de la force Barkhane au Sahel. Un héritage contestable, pourtant totalement assumé par les militaires.

    La franchise n’était pas la moindre des qualités du général François Lecointre lorsqu’il était encore en fonction. À plusieurs reprises au cours des quatre années qu’il a passées à la tête de l’armée française, de juillet 2017 à juillet 2021, ses interlocuteurs ont pu s’en rendre compte – et notamment les parlementaires, qui l’ont régulièrement auditionné. Ainsi, le 6 novembre 2019, c’est en toute simplicité que François Lecointre confie, devant les membres de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, que la doctrine de l’armée française, dans cette région où elle se bat depuis 2013, est en grande partie basée sur un logiciel certes actualisé, mais vieux de plus d’un siècle, et que l’une de ses références, en la matière, a pour nom Hubert Lyautey, une figure de la conquête coloniale, célèbre pour s’être battu en Indochine, à Madagascar et en Algérie, mais aussi pour avoir administré le Maroc et organisé la fameuse exposition coloniale de Paris en 1931.

    Il est un peu moins de 17 heures, ce mercredi, quand le général tire les choses au clair devant les députés : « Je décrirai notre vision de l’“approche globale” comme une stratégie de gestion de crise centrée sur les populations et sur leur perception du développement de la crise. Ce concept est hérité de notre aventure coloniale. Dans la manière dont les militaires français, de [Joseph] Gallieni à Lyautey, ont pensé l’établissement d’un empire colonial, il y avait d’abord une vision humaniste [sic] de la gestion de crise et de la guerre ». Le général marche sur des œufs. Il prend donc soin d’apporter cette précision : « Ne voyez pas dans mon propos un jugement, positif ou négatif, sur l’époque coloniale ». Pas d’ode à la colonisation donc. Pas de condamnation non plus. Mais ce constat : « J’observe simplement que ce qui fait le savoir-faire français dans la gestion de crise, c’est aussi cet héritage : nous entretenons depuis très longtemps la conception d’une approche globale et d’une victoire qui doit essentiellement être remportée dans les cœurs et les esprits
    des populations au secours desquelles nous venons dans les régions que nous cherchons à stabiliser. »

    (...)

    #Maroc #impérialisme #opérations_extérieures #Lyautey #armée_française #héritage_colonial