• #Liban, un pays dans la tourmente

    Comment le Liban, « la Suisse de l’Orient », a-t-il sombré dans le chaos ? Alors que la double explosion du 4 août dernier dans le port de Beyrouth a remis au jour la gabegie et la corruption de la classe politique qui gangrènent cet Etat d’Asie occidentale, ce documentaire remonte le cours tourmenté de l’histoire de cette jeune nation à l’identité forgée par 18 communautés religieuses. En donnant la parole à des membres des services de renseignement, à des journalistes et à des artistes, il montre comment ce pays, au cœur des enjeux géopolitiques depuis sa création, s’est retrouvé piégé dans la poudrière du Moyen-Orient.

    –-> documentaire que j’ai regardé sur arte, mais qui n’est plus disponible sur leur site web (et pas trouvé sur youtube non plus).
    Une présentation du documentaire ici :

    https://www.moustique.be/27227/liban-un-pays-dans-la-tourmente

    #documentaire #film_documentaire
    #guerre_civile #camps_de_réfugiés #réfugiés_palestiniens #Arafat #histoire #Empire_ottoman #OLP #Israël #détournement_d'avions #guerre_des_six_jours #Moyen-Orient #Union_soviétique #Syrie #religion #massacres #nettoyages_ethniques #nettoyage_ethnique #Beyrouth #Hafez_al-Assad #Falanges #Bachir_Gemayel #Menahem_Begin #fragmentation #milices #Armée_du_Liban_Sud (#ALS) #Ariel_Sharon #Galilée #Paix_en_Galilée #invasion_israélienne #Philip_Habib #Sabra_et_Chatila #massacre_de_Sabra_et_Chatila #armes #USA #Etats-Unis #attentats-suicides #Hezbollah #Iran #enlèvements #violence #Ronald_Reagan #accord_de_Taëf #Rafik_Hariri #Hassan_Nasrallah #Bachar_al-Assad #révolution_du_Cèdre #guerre_du_Liban

  • Sur la frontière gréco-turque, à l’épicentre des tensions

    L’Union européenne entend sanctionner la politique de plus en plus expansionniste de la Turquie, qui ravive en Grèce les souvenirs des conflits du passé. Ligne de rupture, mais aussi d’échanges entre Orient et Occident, la frontière gréco-turque ne respire plus depuis la crise sanitaire. De #Kastellorizo à la #Thrace en passant par #Lesbos, les deux pays ont pourtant tant de choses en commun, autour de cette démarcation qui fut mouvante et rarement étanche.

    Petite île aux confins orientaux de la Grèce, Kastellorizo touche presque la #Turquie. Le temps s’écoule lentement dans l’unique village, logé dans une baie profonde. En cette fin septembre, de vieux pêcheurs jouent aux cartes près des enfants qui appâtent des tortues dans les eaux cristallines. Devant son café froid, M. Konstantinos Papoutsis observe, placide, l’immense côte turque, à guère plus de deux kilomètres, et la ville de Kaş, son seul horizon. « Nous sommes une île touristique tranquille, assure cet homme affable qui gère une agence de voyages. Je l’ai répété aux touristes tout l’été. » Attablée autour de lui, la poignée d’élus de cette commune de cinq cents âmes reprend ses propos d’un air débonnaire : « Il n’y a aucun danger à Kastellorizo ! »

    Un imposant ferry, qui paraît gigantesque dans ce petit port méditerranéen, vient animer le paysage. Parti d’Athènes vingt-quatre heures plus tôt, il manœuvre difficilement pour débarquer ses passagers, parmi lesquels une cinquantaine d’hommes en treillis et chapeaux de brousse. Les soldats traversent la baie d’un pas vif avant de rejoindre les falaises inhabitées qui la dominent. « C’est une simple relève, comme il y en a tous les mois », commente M. Papoutsis, habitué à cette présence.

    Selon le #traité_de_Paris de février 1947 (article 14), et du fait de la cession par l’Italie à la Grèce du Dodécanèse, les îles dont fait partie Kastellorizo sont censées être démilitarisées. Dans les faits, les troupes helléniques y guettent le rivage turc depuis l’occupation par Ankara de la partie nord de Chypre, en 1974, précisent plusieurs historiens (1). Cette défense a été renforcée après la crise gréco-turque autour des îlots disputés d’Imia, en 1996. La municipalité de Kastellorizo refuse de révéler le nombre d’hommes postés sur ses hauteurs. Et si les villageois affichent un air de décontraction pour ne pas effrayer les visiteurs — rares en cette période de Covid-19 —, ils n’ignorent pas l’ombre qui plane sur leur petit paradis.

    Un poste avancé d’Athènes en Méditerranée

    Kastellorizo se trouve en première ligne face aux menaces du président turc Recep Tayyip Erdoğan, qui veut redessiner les cartes et imposer son propre #partage_des_eaux. Depuis les années 1970, les #îles du #Dodécanèse font l’objet d’un #conflit larvé entre ces deux pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). La Turquie conteste la souveraineté grecque sur plusieurs îles, îlots et rochers le long de sa côte. Surtout, elle est l’un des rares pays, avec notamment les États-Unis, à ne pas avoir signé la convention des Nations unies sur le droit de la mer (dite #convention_de_Montego_Bay, et entrée en vigueur en 1994), et ne reconnaît pas la revendication par la Grèce d’un plateau continental autour de ses îles. Athènes justifie dès lors leur #militarisation au nom de la #légitime_défense (2), en particulier depuis l’occupation turque de Chypre et en raison d’une importante présence militaire à proximité : la marine et l’armée de l’air turques de l’Égée sont basées à İzmir, sur la côte occidentale de l’Asie Mineure.

    Si proche de la Turquie, Kastellorizo se trouve à 120 kilomètres de la première autre île grecque — Rhodes — et à plus de 520 kilomètres du continent grec. Alors que l’essentiel de la #mer_Egée pourrait être revendiqué par Athènes comme #zone_économique_exclusive (#ZEE) (3) au titre de la convention de Montego Bay (voir la carte ci-contre), ce lointain îlot de neuf kilomètres carrés lui permet de facto de jouir d’une large extension de plusieurs centaines de kilomètres carrés en Méditerranée orientale. Or, faute d’accord bilatéral, cette ZEE n’est pas formellement établie pour Ankara, qui revendique d’y avoir librement accès, surtout depuis la découverte en Méditerranée orientale de gisements d’#hydrocarbures potentiellement exploitables. À plusieurs reprises ces derniers mois, la Turquie a envoyé dans le secteur un bateau de recherche sismique baptisé #Oruç_Reis, du nom d’un corsaire ottoman du XVIe siècle — surnommé « #Barberousse » — né à Lesbos et devenu sultan d’Alger.

    Ces manœuvres navales font écho à l’idéologie de la « #patrie_bleue » (#Mavi_Vatan). Soutenue par les nationalistes et les islamistes, cette doctrine, conçue par l’ancien amiral #Cem_Gürdeniz, encourage la Turquie à imposer sa #souveraineté sur des #zones_disputées en #mer_Noire, en mer Égée et en #Méditerranée. Ces derniers mois, M. Erdoğan a multiplié les discours martiaux. Le 26 août, à l’occasion de l’anniversaire de la bataille de Manzikert, en 1071, dans l’est de la Turquie, où les Turcs Seldjoukides mirent en déroute l’armée byzantine, il avertissait la Grèce que toute « erreur » mènerait à sa « ruine ». Quelques semaines plus tard, le 21 octobre, lors d’une rencontre avec les présidents chypriote et égyptien à Nicosie, M. Kyriakos Mitsotakis, le premier ministre grec conservateur, accusait la Turquie de « fantasmes impérialistes assortis d’actions agressives ».

    Sous pression en août dernier, Athènes a pu compter sur le soutien de la République de Chypre, de l’Italie et de la France, avec lesquelles elle a organisé des manœuvres communes. Ou encore de l’Égypte, avec laquelle elle vient de signer un accord de partage des #zones_maritimes. Déjà en conflit ouvert avec son homologue turc sur la Syrie, la Libye et le Caucase, le président français Emmanuel Macron s’est résolument rangé aux côtés d’Athènes. « C’est un allié précieux que l’on voudrait inviter à venir sur notre île », déclare l’adjoint à la municipalité de Kastellorizo, M. Stratos Amygdalos, partisan de Nouvelle Démocratie, le parti au pouvoir. À la mi-septembre 2020, la Grèce annonçait l’acquisition de dix-huit Rafale, l’avion de combat de Dassault Aviation.

    « Erdoğan se prend pour Soliman le Magnifique. Mais il perd du crédit dans son pays, la livre turque s’effondre. Alors il essaie de redorer son image avec des idées de conquêtes, de rêve national… », maugrée de son côté M. Konstantinos Raftis, guide touristique à Kastellorizo. La comparaison entre le sultan de la Sublime Porte et l’actuel président turc revient fréquemment dans ce pays qui fit partie de l’Empire ottoman durant quatre siècles (de 1430, date de la chute de Salonique, à l’indépendance de 1830). La résistance hellénique a forgé l’identité de l’État grec moderne, où l’on conserve une profonde suspicion à l’égard d’un voisin encombrant, quatre fois plus riche, six fois plus grand et huit fois plus peuplé. Cette méfiance transcende les clivages politiques, tant le #nationalisme irrigue tous les partis grecs. Athènes voit aujourd’hui dans la doctrine de la « patrie bleue » une politique expansionniste néo-ottomane, qui fait écho à l’impérialisme passé.

    À l’embouchure du port de Kastellorizo, la silhouette d’une mosquée transformée en musée — rare vestige de la présence ottomane — fait de l’ombre à un bar à cocktails. L’édifice trône seul face aux vingt-six églises orthodoxes. La Constitution précise que l’orthodoxie est la « religion dominante » dans le pays, et, jusqu’en 2000, la confession était inscrite sur les cartes d’identité nationales. La suppression de cette mention, à la demande du gouvernement socialiste, a provoqué l’ire de la puissante Église orthodoxe, plus de 95 % des Grecs se revendiquant alors de cette religion. « Pendant toute la période du joug ottoman, nous restions des Grecs. Nos ancêtres ont défendu Kastellorizo pour qu’elle garde son identité. Nous nous battrons aussi pour qu’elle la conserve », s’emballe soudainement M. Raftis.

    Son île a dû résister plus longtemps que le reste du pays, insiste le sexagénaire. Après le départ des Ottomans, Kastellorizo, convoitée par les nations étrangères pour sa position géographique aux portes de l’Orient, a été occupée ou annexée par les Français (1915-1921), les Italiens (1921-1944), les Britanniques (1944-1945)… L’îlot n’est devenu complètement grec qu’en 1948, comme l’ensemble des îles du Dodécanèse. Depuis, il arbore fièrement ses couleurs. Dans la baie, plusieurs étendards bleu et blanc flottent sur les balcons en encorbellement orientés vers la ville turque de Kaş (huit mille habitants). Le nombre de ces drapeaux augmente quand la tension s’accroît.

    Trois autres grands étendards nationaux ont été peints sur les falaises par des militaires. En serrant les poings, M. Raftis raconte un épisode qui a « mis les nerfs de tout le monde à vif ». À la fin septembre 2020, un drone d’origine inconnue a diffusé des chants militaires turcs avant d’asperger ces bannières d’une peinture rouge vif, évoquant la couleur du drapeau turc. « C’est une attaque impardonnable, qui sera punie », peste l’enfant de l’île, tout en scrutant les quelques visages inconnus sur la promenade. Il redoute que des espions viennent de Turquie.

    « Les #tensions durent depuis quarante ans ; tout a toujours fini par se régler. Il faut laisser la Turquie et la Grèce dialoguer entre elles », relativise pour sa part M. Tsikos Magiafis, patron avenant d’une taverne bâtie sur un rocher inhabité, avec une vue imprenable sur Kaş. « Les querelles sont affaire de diplomates. Les habitants de cette ville sont nos frères, nous avons grandi ensemble », jure ce trentenaire marié à une Turque originaire de cette cité balnéaire. Adolescent, déjà, il délaissait les troquets de Kastellorizo pour profiter du bazar de Kaş, du dentiste ou des médecins spécialisés qui manquent au village. Les Turcs, eux, ont compté parmi les premiers touristes de l’île, avant que la frontière ne ferme totalement en mars 2020, en raison du Covid-19.

    À Lesbos, les réfugiés comme « #arme_diplomatique »

    À 450 kilomètres plus au nord-ouest, au large de l’île de Lesbos, ce ne sont pas les navires de recherche d’hydrocarbures envoyés par Ankara que guettent les Grecs, mais les fragiles bateaux pneumatiques en provenance de la côte turque, à une dizaine de kilomètres seulement. Cette île montagneuse de la taille de la Guadeloupe, qui compte 85’000 habitants, constitue un autre point de friction, dont les migrants sont l’instrument.

    Depuis une décennie, Lesbos est l’une des principales portes d’entrée dans l’Union européenne pour des centaines de milliers d’exilés. Afghans, Syriens, Irakiens ou encore Congolais transitent par la Turquie, qui accueille de son côté environ quatre millions de réfugiés. En face, le rivage turc se compose de plages peu touristiques et désertes, prisées des passeurs car permettant des départs discrets. Les migrants restent toutefois bloqués à Lesbos, le temps du traitement de leur demande d’asile en Grèce et dans l’espoir de rejoindre d’autres pays de l’espace Schengen par des voies légales. Le principal camp de réfugiés, Moria, a brûlé dans des conditions obscures le 8 septembre, sans faire de victime grave parmi ses treize mille occupants.

    Pour M. Konstantinos Moutzouris, le gouverneur des îles égéennes du Nord, ces arrivées résultent d’un calcul stratégique d’Ankara. « Erdoğan utilise les réfugiés comme arme diplomatique, il les envoie lorsqu’il veut négocier. Il a une attitude très agressive, comme aucun autre dirigeant turc avant lui », accuse cette figure conservatrice locale, connue pour ses positions tranchées sur les migrants, qu’il souhaite « dissuader de venir ».

    Il en veut pour preuve l’épisode de tension de mars 2020. Mécontent des critiques de l’Union européenne lors de son offensive contre les Kurdes dans le nord de la Syrie, le président turc a annoncé l’ouverture de ses frontières aux migrants voulant rejoindre l’Europe, malgré l’accord sur le contrôle de l’immigration qu’il a passé avec Bruxelles en mars 2016. Plusieurs milliers de personnes se sont alors massées aux portes de la Grèce, à la frontière terrestre du Nord-Est, suscitant un renforcement des troupes militaires grecques dans ce secteur. Dans le même temps, à Lesbos, une dizaine de bateaux chargés de réfugiés atteignaient les côtes en quelques jours, déclenchant la fureur d’extrémistes locaux. « Nous ne communiquons plus du tout avec les autorités turques depuis », affirme M. Moutzouris.

    Athènes assume désormais une ligne dure, quitte à fermer une partie de sa frontière commune avec la Turquie aux demandeurs d’asile, en dépit des conventions internationales que la Grèce a signées. Le gouvernement a ainsi annoncé mi-octobre la construction d’un nouveau #mur de 27 kilomètres sur la frontière terrestre. Au début de l’année 2020, il avait déjà déclaré vouloir ériger un #barrage_flottant de 2,7 kilomètres au large de Lesbos. Un ouvrage très critiqué et jugé illégal par les organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits humains. Un projet « absurde », juge M. Georgios Pallis, pharmacien de l’île et ancien député Syriza (gauche). Plusieurs sources locales évoquent une suspension de la construction de ce barrage. Le gouvernement, lui, ne communique pas à ce sujet.

    « Les réfugiés payent la rupture du dialogue gréco-turc », déplore M. Pallis entre deux mezze arrosés de l’ouzo local, près du port bruyant de Mytilène, dans le sud de l’île. « Des retours forcés de migrants sont organisés par les gardes-côtes grecs. » En septembre, le ministre de la marine se targuait, au cours d’une conférence de presse, d’avoir « empêché » quelque dix mille migrants d’entrer en 2020. Un mois plus tard, le ministre de l’immigration tentait, lui, de rectifier le tir en niant tout retour forcé. À Lesbos, ces images de réfugiés rejetés ravivent un douloureux souvenir, analyse M. Pallis : « Celui de l’exil des réfugiés d’Asie Mineure. » Appelé aussi en Grèce la « #grande_catastrophe », cet événement a fondé l’actuelle relation gréco-turque.

    Au terme du déclin de l’Empire ottoman, lors de la première guerre mondiale, puis de la guerre gréco-turque (1919-1922), les Grecs d’Asie Mineure firent l’objet de #persécutions et de #massacres qui, selon de nombreux historiens, relèvent d’un #génocide (4). En 1923, les deux pays signèrent le #traité_de_Lausanne, qui fixait les frontières quasi définitives de la Turquie moderne et mettait fin à l’administration par la Grèce de la région d’İzmir-Smyrne telle que l’avait décidée le #traité_de_Sèvres de 1920 (5). Cet accord a aussi imposé un brutal #échange_de_populations, fondé sur des critères religieux, au nom de l’« #homogénéité_nationale ». Plus de 500 000 musulmans de Grèce prirent ainsi le chemin de l’Asie Mineure — soit 6,5 % des résidents de Lesbos, selon un recensement de 1920 (6). En parallèle, le traité a déraciné plus de 1,2 million de chrétiens orthodoxes, envoyés en Grèce. Au total, plus de 30 000 sont arrivés dans l’île. Ils ont alors été péjorativement baptisés les « #graines_de_Turcs ».

    « Ils étaient chrétiens orthodoxes, ils parlaient le grec, mais ils étaient très mal perçus des insulaires. Les femmes exilées de la grande ville d’İzmir étaient surnommées “les prostituées”. Il a fallu attendre deux générations pour que les relations s’apaisent », raconte M. Pallis, lui-même descendant de réfugiés d’Asie Mineure. « Ma grand-mère est arrivée ici à l’âge de 8 ans. Pour s’intégrer, elle a dû apprendre à détester les Turcs. Il ne fallait pas être amie avec “l’autre côté”. Elle n’a pas remis les pieds en Turquie avant ses 80 ans. »

    Enfourchant sa Vespa sous une chaleur accablante, M. Pallis s’arrête devant quelques ruines qui se dressent dans les artères de #Mytilène : d’anciennes mosquées abandonnées. L’une n’est plus qu’un bâtiment éventré où errent des chatons faméliques ; une autre a été reconvertie en boutique de fleuriste. « Les autorités n’assument pas ce passé ottoman, regrette l’ancien député. L’État devrait financer la reconstruction de ces monuments et le développement du tourisme avec la Turquie. Ce genre d’investissements rendrait la région plus sûre que l’acquisition de Rafale. »

    En #Thrace_occidentale, une population musulmane ballottée

    Dans le nord-est du pays, près de la frontière avec la Turquie et la Bulgarie, ce passé ottoman reste tangible. En Thrace occidentale, les #mosquées en activité dominent les villages qui s’élèvent au milieu des champs de coton, de tournesols et de tabac. La #minorité_musulmane de Grèce vit non loin du massif montagneux des #Rhodopes, dont les sommets culminent en Bulgarie. Forte d’entre 100 000 et 150 000 personnes selon les autorités, elle se compose de #Roms, de #Pomaks — une population d’origine slave et de langue bulgare convertie à l’#islam sous la #domination_ottomane — et, majoritairement, d’habitants aux racines turques.

    « Nous sommes des citoyens grecs, mais nous sommes aussi turcs. Nous l’étions avant même que la Turquie moderne existe. Nous parlons le turc et nous avons la même #religion », explique M. Moustafa Moustafa, biologiste et ancien député Syriza. En quelques mots, il illustre toute la complexité d’une #identité façonnée, une fois de plus, par le passé impérial régional. Et qui se trouve elle aussi au cœur d’une bataille d’influence entre Athènes et Ankara.

    Rescapée de l’#Empire_ottoman, la minorité musulmane a vu les frontières de la Grèce moderne se dessiner autour d’elle au XXe siècle. Elle fut épargnée par l’échange forcé de populations du traité de Lausanne, en contrepartie du maintien d’un patriarcat œcuménique à Istanbul ainsi que d’une diaspora grecque orthodoxe en Turquie. Principalement turcophone, elle évolue dans un État-nation dont les fondamentaux sont la langue grecque et la religion orthodoxe.

    Elle a le droit de pratiquer sa religion et d’utiliser le turc dans l’enseignement primaire. La région compte une centaine d’écoles minoritaires bilingues. « Nous vivons ensemble, chrétiens et musulmans, sans heurts. Mais les mariages mixtes ne sont pas encore tolérés », ajoute M. Moustafa, dans son laboratoire de la ville de #Komotini — aussi appelée #Gümülcine en turc. Les quelque 55 000 habitants vivent ici dans des quartiers chrétiens et musulmans érigés autour d’une rivière méandreuse, aujourd’hui enfouie sous le béton. M. Moustafa n’a presque jamais quitté la Thrace occidentale. « Notre minorité n’est pas cosmopolite, nous sommes des villageois attachés à cette région. Nous voulons juste que nos descendants vivent ici en paix », explique-t-il. Comme de nombreux musulmans de la région, il a seulement fait ses études supérieures en Turquie, avant de revenir, comme aimanté par la terre de ses ancêtres.

    À cent kilomètres de Komotini, la Turquie demeure l’« État parrain » de ces musulmans, selon le traité de Lausanne. Mais l’influence de celle que certains nomment la « mère patrie » n’est pas toujours du goût de la Grèce. Les plus nationalistes craignent que la minorité musulmane ne se rapproche trop du voisin turc et ne manifeste des velléités d’indépendance. Son statut est au cœur de la discorde. La Turquie plaide pour la reconnaissance d’une « #minorité_turque ». La Grèce refuse, elle, toute référence ethnique reliée à une appartenance religieuse.

    La bataille se joue sur deux terrains : l’#éducation et la religion. À la fin des années 1990, Athènes a voulu intégrer la minorité dans le système d’éducation publique grec, appliquant notamment une politique de #discrimination_positive et offrant un accès facilité à l’université. Les musulmans proturcs plaident, eux, pour la création de davantage d’établissements minoritaires bilingues. Sur le plan religieux, chaque partie nomme des muftis, qui ne se reconnaissent pas mutuellement. Trois représentants officiels sont désignés par la Grèce pour la région. Deux autres, officieux, le sont par les musulmans de Thrace occidentale soutenus par Ankara, qui refuse qu’un État chrétien désigne des religieux.

    « Nous subissons toujours les conséquences des #crises_diplomatiques. Nous sommes les pions de leur jeu d’échecs », regrette d’une voix lasse M. Moustafa. Le sexagénaire évoque la période qui a suivi le #pogrom dirigé principalement contre les Grecs d’Istanbul, qui avait fait une quinzaine de morts en 1955. Puis les années qui ont suivi l’occupation du nord de #Chypre par la Turquie, en 1974. « Notre minorité a alors subi une violation de ses droits par l’État grec, dénonce-t-il. Nous ne pouvions plus passer le permis de conduire. On nous empêchait d’acheter des terres. » En parallèle, de l’autre côté de la frontière, la #peur a progressivement poussé la communauté grecque de Turquie à l’exil. Aujourd’hui, les Grecs ne sont plus que quelques milliers à Istanbul.

    Ces conflits pèsent encore sur l’évolution de la Thrace occidentale. « La situation s’est améliorée dans les années 1990. Mais, maltraités par le passé en Grèce, certains membres de la minorité musulmane se sont rapprochés de la Turquie, alimentant une méfiance dans l’imaginaire national grec. Beaucoup de chrétiens les considèrent comme des agents du pays voisin », constate M. Georgios Mavrommatis, spécialiste des minorités et professeur associé à l’université Démocrite de Thrace, à Komotini.
    « Ankara compte des milliers d’#espions dans la région »

    Une atmosphère de #suspicion plane sur cette ville, sous l’emprise de deux discours nationalistes concurrents. « Les gens de l’extrême droite grecque nous perçoivent comme des janissaires [soldats de l’Empire ottoman]. Erdoğan, lui, nous qualifie de soydas [« parents », en turc] », détaille d’une voix forte Mme Pervin Hayrullah, attablée dans un café animé. Directrice de la Fondation pour la culture et l’éducation en Thrace occidentale, elle se souvient aussi du passage du président turc dans la région, fin 2017. M. Erdoğan avait dénoncé les « discriminations » pratiquées par l’État grec à l’égard de cette communauté d’origine turque.

    Une chrétienne qui souhaite rester anonyme murmure, elle, que « les autorités grecques sont dépassées. La Turquie, qui est bien plus présente sur le terrain, a davantage de pouvoir. Ankara compte des milliers d’espions dans la région et donne des millions d’euros de budget chaque année au consulat turc de Komotini ». Pour Mme Hayrullah, qui est proche de cette institution, « le consulat ne fait que remplir une mission diplomatique, au même titre que le consulat grec d’Edirne [ville turque à quelque deux cents kilomètres, à la frontière] ». L’allure du consulat turc tranche avec les façades abîmées de Komotini. Surveillé par des caméras et par des gardes en noir, l’édifice est cerné de hautes barrières vertes.

    « La Grèce nous traite bien. Elle s’intéresse au développement de notre communauté et nous laisse exercer notre religion », vante de son côté M. Selim Isa, dans son bureau calme. Le président du comité de gestion des biens musulmans — désigné par l’État grec — est fier de montrer les beaux lustres et les salles lumineuses et rénovées d’une des vingt mosquées de Komotini. « Mais plus les relations avec la Turquie se détériorent et plus le consulat étend son influence, plus il revendique la reconnaissance d’une minorité turque », ajoute M. Isa, regard alerte, alors que l’appel du muezzin résonne dans la ville.

    À l’issue du sommet européen des 10 et 11 décembre, l’Union européenne a annoncé un premier volet de #sanctions contre la Turquie en raison de ses opérations d’exploration. Des mesures individuelles devraient cibler des responsables liés à ces activités. Athènes plaidait pour des mesures plus fortes, comme un embargo sur les armes, pour l’heure écarté. « C’était une proposition-clé. Nous craignons que la Turquie s’arme davantage. Sur le plan naval, elle est par exemple en train de se doter de six #sous-marins de type #214T fournis par l’#Allemagne, explique le diplomate grec Georgios Kaklikis, consul à Istanbul de 1986 à 1989. M. Erdoğan se réjouit de ces sanctions, qui sont en réalité minimes. » Le président turc a réagi par des #rodomontades, se félicitant que des pays « dotés de bon sens » aient adopté une « approche positive ». Bruxelles assure que d’autres mesures pourraient tomber en mars 2021 si Ankara ne cesse pas ces actions « illégales et agressives ».

    https://www.monde-diplomatique.fr/2021/01/PERRIGUEUR/62666
    #Grèce #Turquie #frontière #asile #migrations #réfugiés
    #Oruc_Reis #murs #Evros #barrières_frontalières #histoire

    ping @reka

    –—

    #terminologie #mots #vocabulaire :
    – "Le traité (de Lausanne) a déraciné plus de 1,2 million de chrétiens orthodoxes, envoyés en Grèce. Au total, plus de 30 000 sont arrivés dans l’île. Ils ont alors été péjorativement baptisés les « #graines_de_Turcs »."
    – "Les femmes exilées de la grande ville d’İzmir étaient surnommées “les prostituées”."

    –-> ajoutés à la métaliste sur la terminologie de la migration :
    https://seenthis.net/messages/414225

    ping @sinehebdo

  • Crises des islams et crises globales

    Louis de Colmar

    https://lavoiedujaguar.net/Crises-des-islams-et-crises-globales

    L’idéologie occidentale a tendance à présenter l’« islam » comme un tout cohérent, ainsi qu’à confondre l’augmentation de la médiatisation de la question dite islamique avec un renforcement de la cohésion de l’islam. Or, je dirais que l’on assiste exactement au contraire, c’est-à-dire à un processus d’implosion de l’islam : jamais encore, sans doute, la conflictualité interne à l’islam n’aura été aussi forte, aussi exacerbée…

    Ce que nous pouvons constater aujourd’hui, c’est l’échec de la greffe « nationale » (au sens occidental du terme) tentée au sortir de la Première Guerre mondiale tout particulièrement au Moyen-Orient. Ce rejet est devenu manifeste lors de l’effondrement de l’antagonisme structurant du XXe siècle entre la version libérale classique et la version dirigiste, en particulier léniniste, du capitalisme, qui a eu lieu durant la guerre d’Afghanistan, et qui aura été marqué par l’effondrement de l’URSS en 1989.

    L’effondrement de l’URSS, qui n’est que l’expression la plus visible de l’effondrement de la perception et de l’intelligibilité « classique » du capitalisme issues de la conscience historique du XIXe siècle, a ainsi ouvert la boîte de Pandore des contradictions géopolitiques qui avaient été mises sous le boisseau des illusions progressistes. (...)

    #islam #crise #implosion #conflictualité #capitalisme #URSS #effondrement #Afghanistan #Gilles_Kepel #Iran #Empire_ottoman #religion #nomades #migrants #errance #déracinement #État #France #Karl_Polanyi #Nedjib_Sidi_Moussa

    • Peut-être peut-on souligner le cas particulier de l’État français qui, parce qu’il a, plus que tous les autres, privilégié significativement le pôle politique aux dépens du pôle religieux, est de ce fait confronté à une crise de cohésion étatique plus forte que ses voisins, car plus bridé qu’eux dans ses capacités de rééquilibrage. Il est ici sans doute symptomatique que le ministère chargé du maintien de l’ordre soit également celui qui s’occupe des élections et des cultes...

  • Le sultan-calife : Une réminiscence ottomane dans la Turquie contemporaine – par Eric Juillot
    https://www.les-crises.fr/le-sultan-calife-une-reminiscence-ottomane-dans-la-turquie-contemporaine-

    Atrabilaire et sanguin « Tout ce qu’on peut dire d’un chef d’État qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c’est : allez d’abord faire des examens de santé mentale »[1] : c’est en ces termes injurieux que le président turc Erdogan a commenté, le 24 octobre dernier, la volonté du président […]

    #Géopolitique #Empire_Ottoman #Recep_Tayyip_Erdogan #Géopolitique,_Empire_Ottoman,_Recep_Tayyip_Erdogan

  • Astonishing Chapters from the Life of David Ben Gurion In the Ottoman Empire - رصيف 22
    https://raseef22.com/article/1074609-astonishing-chapters-from-the-life-of-david-ben-gurion-in-the-otto

    It will probably come as a shock to many that the founder of Israel, David Ben Gurion, lived some of his most formative years in Turkey - a period in which he developed his character, honed his identity as well as his cultural, educational, intellectual, social and political foundations. This period in Ben Gurion’s life reveals to us many important secrets, firstly surrounding the personality of Ben Gurion, and secondly on the concept of Zionism during its early stages - especially as held by the major figures of the Zionist movement who would go on to participate in the foundation of the State of Israel, such as Ben Gurion - Israel’s first Prime Minister - and his friend Yitzhak Ben-Zvi - one of the major figures during the foundation of the State and Israel’s second and longest-serving president. Perhaps the most peculiar development was the discovery by Ben Gurion and Ben-Zvi of Zionism while living unde Ottoman rule - for the duo’s aspirations were inextricably linked to loyalty to the Ottomans and Ottoman society, which they loved and defended like any other Ottoman citizen - regardless of their religious, national or ethnic affiliations.

    While it may no longer be possible to politically build upon this discovery - with the suitable moment for that having long passed - it nonetheless was an important matter in Ben Gurion’s time and era during the early twentieth century: for it is probable that the Zionist project at that time was not planning to create a separate state independent from the Ottoman Empire, but a social and collective state, or a refuge or sanctuary specific to Jews which could offer them a safe haven to escape the persecution they encountered in both Eastern and Western European states. The most important aspect of such a project was for Jews to become Ottoman citizens, no longer holding Russian nationality or that of some other persecuting state. If so, the trajectory of the Zionist movement could have been significantly altered if the conception of Zionism as held by Ben Gurion and his likes was contained by the Ottoman state: for at the time, these figures preferred cooperation with the Ottoman state over seeking support from the English and French.

    #sionisme #turquie #empire_ottoman

  • Save the Date & Call for Papers for the 8th International Symposium on the History of Cartography: Mapping the Ottoman Realm International Cartographic Association

    https://icaci.org/cfp-8th-international-symposium-on-the-history-of-cartography

    Since its massive expansion under Sultans Selim I (1512-20) and Suleiman the Magnificent (1520-66), the Ottoman Empire extended from the Algerian shores to Georgia in the Caucasus and from Hungary in the heart of Europe to Yemen on the shores of the Indian Ocean. Albeit in a long decline thereafter, the core of this multi-cultural conglomerate survived into the early 20th century, before it finally disintegrated after World War I. Throughout these five centuries, the Ottomans deeply influenced these heterogeneous countries with at times closer or looser ties to the metropolis Constantinople, leaving a multi-faceted cartographic legacy behind.

    The symposium is open to everyone with an interest in the cartography of the (former) Ottoman countries during, but not limited to, the 16th to 20th centuries. The symposium will focus on two main themes:

    #cartographie #empire_ottoman #turquie

    cc @alaingresh

  • Toutes les tolérances
    http://www.laviedesidees.fr/Toutes-les-tolerances.html

    La #tolérance est-elle la dernière vertu des modernes ? Tolérer l’autre, c’est d’abord souffrir une présence, nous rappelle utilement Denis Lacorne dans ce panorama des formes sociales et politiques de la tolérance, de l’empire ottoman aux sociétés multiculturelles.

    Livres & études

    / tolérance, modernité, #multiculturalisme, #empire_ottoman, #Lumières

    #Livres_&_études #modernité

  • Les cartes de l’Empire
    http://www.laviedesidees.fr/Les-cartes-de-l-Empire.html

    Quelles étaient les représentations mentales occidentales du Moyen-Orient au tournant du XXème siècle ? En étudiant le champ restreint de la #cartographie, Daniel Foliard s’attache à dessiner une « carte mentale » de la pensée impériale britannique.

    Livres & études

    / #empire_ottoman, #Empire_britannique, cartographie, #Bible

    #Livres_&_études

    • Dislocating the Orient: British Maps and the Making of the Middle East, 1854-1921, Foliard
      http://www.press.uchicago.edu/ucp/books/book/chicago/D/bo25793846.html

      Dislocating the Orient, British Maps and the Making of the Middle East, 1854-1921, Daniel Foliard
      320 pages | 45 halftones, 2 line drawings | 7 x 10 | © 2017

      While the twentieth century’s conflicting visions and exploitation of the Middle East are well documented, the origins of the concept of the Middle East itself have been largely ignored. With Dislocating the Orient, Daniel Foliard tells the story of how the land was brought into being, exploring how maps, knowledge, and blind ignorance all participated in the construction of this imagined region. Foliard vividly illustrates how the British first defined the Middle East as a geopolitical and cartographic region in the nineteenth and early twentieth centuries through their imperial maps. Until then, the region had never been clearly distinguished from “the East” or “the Orient.” In the course of their colonial activities, however, the British began to conceive of the Middle East as a separate and distinct part of the world, with consequences that continue to be felt today. As they reimagined boundaries, the British produced, disputed, and finally dramatically transformed the geography of the area—both culturally and physically—over the course of their colonial era.
       
      Using a wide variety of primary texts and historical maps to show how the idea of the Middle East came into being, Dislocating the Orient will interest historians of the Middle East, the British empire, cultural geography, and cartography.

      Contents
      • Introduction
      • Part I. From Sebastopol to Suez (1854–1869)
       The Mid-Victorian Perspective: A Fragmented East
       Labeling the East
       Maps for the Masses?
      • Part II. A Shifting East in the Age of High Imperialism (1870–1895)
       Oriental Designs
       Virtual Travel in the Age of High Imperialism
      • Part III. The Fabrication of the Middle East (1895–1921)
       Seeing Red?
       Enter Middle East
       Falling Into Places
      • General Conclusion

      Très alléchant !

      EDIT : The University of Chicago Press a pour seuls points de vente en Europe : Gand (décidément !), Florence et Berlin.
      :-(

    • Daniel Foliard revient dans Dislocating the Orient sur les origines du Moyen-Orient, tant dans les termes que dans les représentations mentales occidentales de la région. En huit chapitres suivant la chronologie de l’évolution des investissements européens entre l’Égypte et l’Inde, l’auteur retrace, à travers l’histoire du développement de la cartographie moderne, les transformations intervenues au cours du lent déclin de l’Empire ottoman entre la fin de la guerre de Crimée et les négociations de paix de 1918-1921.

      Cet ouvrage s’inscrit dans une historiographie fournie dont le dernier acte d’importance date de 2011, avec le retentissant A Line in the Sand de James Barr (Londres : Simon and Schuster, 2011).

      Dans la suite, ou plutôt en #antépisode (#prequel en québécois,…) de Une Ligne dans le Sable, ouaouh !
      https://seenthis.net/messages/592523

  • Collector analyses depiction of Holy Land under Ottomans by cartographers, travellers | Jordan Times

    http://www.jordantimes.com/news/local/collector-analyses-depiction-holy-land-under-ottomans-cartographers-tra

    AMMAN — The former minister of water, energy and planning Hisham Khatib is also a collector of historical maps, manuscripts, photographs and paintings related to the Ottoman period in the Holy Land.

    #cartographie_historique #cartographie #empire_ottoman #moyen_orient

  • La Turquie fille de la guerre
    http://www.laviedesidees.fr/La-Turquie-fille-de-la-guerre.html

    Près d’un siècle après la fin de la Première #guerre_mondiale, l’historienne Odile Moreau remet la Turquie au centre, et souligne l’importance de ce conflit pour le destin turc. Si l’Empire ottoman est entré en guerre aux côtés de l’Allemagne, c’est en effet la #république de Turquie qui en sortira.

    Livres & études

    / #empire_ottoman, guerre mondiale, république

    #Livres_&_études

  • LA BIBLIOTHÈQUE NUBAR

    http://www.bnulibrary.org/index.php/fr/a-propos/la-bibliotheque-nubar
    Pour celles et ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Arménie dans et après l’Empire ottoman, tout est là :

    La Bibliothèque Nubar de l’UGAB a été fondée en 1928 à l’initiative de Boghos Nubar Pacha. Sa direction fut confiée à Aram Andonian, qui travaillait depuis la fin de la Grande Guerre comme secrétaire au service de la Délégation nationale arménienne à Paris. Dans l’esprit de ses fondateurs, la Bibliothèque Nubar doit servir de lieu de rassemblement, de conservation et d’étude de tout le patrimoine de l’ancien monde arménien ottoman, détruit au cours du génocide. Sa création à Paris découle de la volonté de Boghos Nubar d’assurer la pérennité et l’épanouissement d’une vie arménienne en diaspora, capable de nourrir les générations futures et la reconstruction d’une Arménie sur ses terres historiques. Il n’est pas surprenant à cet égard que Boghos Nubar ait fondé la bibliothèque et la Maison des Étudiants arméniens (à la Cité internationale universitaire de Paris) au même moment et dans la même perspective. Ces circonstances originelles expliquent la dimension prise progressivement par la Bibliothèque Nubar de l’UGAB au cours de ses plus de 80 années d’existence : à la fois un lieu d’érudition et de culture sur le Moyen-Orient et l’ancien monde arménien ottoman, et un centre de ressources sur la question arménienne et sur l’histoire du génocide des Arméniens.

    #arménie #empire_ottoman

  • Transfaires d’empire. Ottomans et Russes, pour une histoire croisée

    Olivier Bouquet
    De #Turquie, de Russie et d’ailleurs [Texte intégral]
    Transfaires d’#empire
    Etienne Forestier-Peyrat
    Une autre histoire des relations russo-ottomanes [Texte intégral]
    Trois moments de la frontière caucasienne (1900-1918)
    Zaur Gasimov
    Science Transfer to Turkey [Texte intégral]
    The Life and Work of the Linguist #Ahmet_Caferoğlu (1899-1975)
    Marc Toutant
    De l’indigénisation soviétique au #panturquisme académique [Texte intégral]
    Un cas de #transfert_culturel ambigu
    Olivier Bouquet
    Une coproduction impériale [Texte intégral]
    Saint-Pétersbourg-Istanbul : transfaires cartographiques (XVIIIe-XXe siècles)
    Elena Astafieva
    Fonder et acheter, étudier et s’approprier, construire et reconfigurer [Texte intégral]
    Les trois temps de la transformation du « domaine copte » en église Saint-Alexandre Nevsky à Jérusalem (1856-1896)
    Özgür Türesay
    Un récit de voyage ottoman sur la Russie [Texte intégral]
    Les Souvenirs du Nord (Şimâl hâtıraları, 1912) de Celâl Nuri
    Marc Aymes et Olivier Bouquet
    Transfaires d’ailleurs [Texte intégral]
    Postface

    http://ejts.revues.org/5220
    #Empire_Ottoman #histoire #Russie #revue
    via @ville_en

    • Une coproduction impériale. Saint-Pétersbourg-Istanbul : transfaires cartographiques (XVIIIe-XXe siècles)

      Cet article repose sur l’exploitation d’un corpus de seize cartes produites par une société géographique russe active dans la seconde moitié du XIXe siècle. Chacune d’entre elles offre la particularité d’avoir été annotée et partiellement traduite en turc-ottoman, probablement par les services de l’administration militaire ottomane. À partir d’une approche comparée des savoirs cartographiques constitués dans les deux pays, l’étude souligne dans un premier temps l’ambivalence de la cartographie, à la fois instrument de domination et lieu de collaboration scientifique et technique entre Saint-Pétersbourg et Istanbul. Une telle mise en perspective éclaire dans un second temps les représentations géographiques dont les annotations des cartes rendent compte : projection d’un imaginaire ottoman sur l’espace impérial voisin, saisie de l’autre et appréhension de soi. Mais elle invite à un autre type d’approche proposée dans un dernier temps. Si le domaine de la #cartographie fut en effet le lieu de transferts culturels particuliers, les cartes en question sont à analyser comme « matières à transfaire » topographique et toponymique : instruments de mise en forme de codes uniformisés et témoignages de conceptions géographiques ottomanes certes, mais également résultats matériels d’une coproduction impériale.


      http://ejts.revues.org/5296
      #cartographie_historique

  • Sykes-Picot 100 years on

    THE MODERN frontiers of the Arab world only vaguely resemble the blue and red grease-pencil lines secretly drawn on a map of the Levant on May 16th 1916, at the height of the first world war. Sir Mark Sykes and François Georges-Picot were appointed by the British and French governments respectively to decide how to apportion the lands of the Ottoman empire, which had entered the war on the side of Germany and the central powers. The Russian foreign minister, Sergei Sazonov, was also involved. The Allies agreed that Russia would get Istanbul, the sea passages from the Black Sea to the Mediterranean, and Armenia; the British would get Basra, Hafia and southern Mesopotamia; and the French a slice in the middle, including Lebanon, Syria and Cilicia (in modern-day Turkey). Palestine would be an international territory. In between the French- and British-ruled blocs, large swathes of territory, mostly desert, would be allocated to the two powers’ respective spheres of influence. Italian claims were added in 1917. But after the defeat of the Ottomans in 1918 these lines changed markedly with the fortunes of war and diplomacy. Sykes-Picot has become a byword for imperial treachery. George Antonius, an Arab historian, called it a shocking document, the product of “greed allied to suspicion and so leading to stupidity”. It was, in fact, one of three separate and irreconcilable wartime commitments that Britain made to France, the Arabs and the Jews. The resulting contradictions have been causing grief ever since.


    http://www.economist.com/blogs/graphicdetail/2016/05/daily-chart-13?fsrc=scn/tw/te/bl/ed/sykespicot100yearson
    #histoire #Moyen-Orient #frontières #visualisation #cartographie #monde_arabe #colonialisme #Empire_Ottoman

  • Images of refugees

    I came across this painting last week, when I was searching for images to illustrate a lecture on the late Ottoman refugee crises. It’s the first proper lecture in an honours module I’m teaching on refugees and statelessness in world history, c.1900–1951. That ‘c.’ allows a lot of wiggle room: in this lecture I briefly go back as far as the Russian annexation of the Crimea—the first time round, that is—in 1783. But most of the lecture treats the fifty years or so from the consolidation of Russian rule in the Caucasus in the 1860s to the Balkan wars of 1912 and 1913: a half-century when millions of Muslims left the Russian imperial borderlands, and the new Christian nation-states that had broken away from the Ottoman empire, and sought refuge in the empire’s truncated (but still extensive) territories. This painting is by Pyotr Nikolayevich #Gruzinsky, a prince of the Georgian royal family, and therefore a member of the Russian imperial aristocracy, in the mid-nineteenth century. It surprised me somewhat for its sympathetic depiction of Muslim refugees being forced out of the Caucasus in the decades when Russia’s grip on the mountains was consolidated.

    https://singularthings.wordpress.com/2015/09/28/images-of-refugees
    #peinture #art #réfugiés #Empire_ottoman #histoire #asile #migrations #Russie #Caucase #réfugiés_musulmans
    cc @reka

  • Des états à l’Empire

    Cette semaine d’"Histoire Vivante" est consacrée à l’Empire Ottoman (1299 à 1923). Nous sommes au Collège de France en compagnie d’Henry Laurens titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe qui, après des années consacrées à l’Histoire de la Palestine, agrandit son territoire de recherche pour l’orienter en direction de l’Empire Ottoman.

    Dimanche 11 octobre 2015, vous pouvez découvrir sur RTS Deux : « La fin des Ottomans : Les nations contre l’Empire », une série documentaire de Mathilde Damoisel (France / 2015) :

    « Installé sur trois continents, carrefour géographique et culturel sans égal, mosaïque de peuples et terre des trois grandes religions monothéistes, l’Empire ottoman a rayonné pendant des siècles. Sa disparition progressive a eu un impact considérable, dont les effets se font encore sentir aujourd’hui. »
    Entretien avec Yves Ternon et Ahmet Insel

    Rencontre avec Yves Ternon, historien spécialiste des questions de crime contre lʹhumanité. Avec lui, on voyage de lʹapogée à la chute de lʹEmpire Ottoman (1299 à 1923).

    En deuxième partie Frédéric Pfyffer est en compagnie dʹAhmet Insel, politologue et économiste. Ahmet Insel enseigne et coordonne le consortium des universités françaises pour la coopération au sein de lʹUniversité de Galatasaray en Turquie.

    http://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/7141215-les-ottomans-1-5.html

    Entretien avec Henry Laurens

    Premier épisode de ce grand entretien réalisé avec Henry Laurens, dans son bureau au Collège de France autour de la question de la recherche dans le champ de lʹhistoire et des liens qui existent entre la Palestine et lʹEmpire Ottoman. Henry Laurens est professeur au Collège de France et titulaire de la chaire dʹhistoire contemporaine du monde arabe.

    http://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/7141222-les-ottomans-2-5.html

    Entretien avec Henry Laurens

    Suite de cette rencontre au Collège de France avec le professeur Henry Laurens, historien et titulaire de la chaire dʹhistoire contemporaine du monde arabe autour des questions de lʹémergence du nationalisme dans lʹEmpire Ottoman et sur lʹimplication des interventions répétées de lʹOccident dans cette région du monde.

    http://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/7141224-les-ottomans-3-5.html

    Entretien avec Henry Laurens

    Dans cet épisode, dernière partie de ce grand entretien fait auprès dʹHenry Laurens au Collège de France à Paris autour de la question judéo chrétienne, de la rencontre du #wahabisme et dʹun certain #Ibn_Quelle qui serait la traduction possible de l’émergence de l’#Intégrisme.

    http://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/7141223-les-ottomans-4-5.html

    Entretien avec la réalisatrice

    Rencontre avec #Mathilde_Damoisel, réalisatrice des documentaires « La fin des Ottomans : Les nations contre l’Empire » que vous pourrez découvrir dimanche soir sur RTS Deux :

    « L’histoire de la chute du grand Empire ottoman signe la fin d’un règne de plusieurs siècles, qui dominait une grande partie des régions européennes et orientales. Ce #documentaire propose une exploration historique des faits marquants pour mieux appréhender les enjeux d’aujourd’hui - dans ces régions.

    Six siècles durant, l’Empire ottoman a imposé sa puissance sur trois continents et sept mers. Un empire immense, terre des lieux saints, des trois monothéismes, mosaïque de langues, de cultures et de religions - sans comparaison dans l’histoire des hommes. Une puissance exceptionnelle. Pourtant, il aura fallu moins d’un siècle pour que cet empire s’effondre. Sur ses ruines s’est dessiné le monde moderne.

    L’ambition de ce documentaire en deux parties est double : dire la richesse et la puissance politique, économique et culturelle de l’Empire ottoman vers 1876 quand sa fin s’annonce et comprendre combien notre présent demeure façonné par sa disparition. »

    http://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/7141221-les-ottomans-5-5.html

    #nationalisme #Empire_Ottoman #Turquie #ex-Yougoslavie #histoire

  • Le fantôme de la frontière hongroise
    http://www.laviedesidees.fr/Le-fantome-de-la-frontiere-hongroise.html

    La crise des réfugiés irakiens et syriens a réactivé, un peu partout en Europe, la peur du choc des civilisations. L’histoire de la frontière entre la Hongrie et l’Empire ottoman livre pourtant des enseignements fort différents. Au XVIIIe siècle, cette route migratoire, très empruntée par les marchands, s’apparentait bien davantage à une zone de contacts qu’à un mur infranchissable.

    Essais & débats

    / #frontières, #empire, #propagande, #nationalisme

    #Essais_&_débats

  • Gender and Genocide in the Ottoman Empire

    http://www.sciencespo.fr/newsletter/archive-c7ad4f7c2b1fa8168ae532c489455121.html

    Mercredi 15 avril | 17h00

    Dans le cadre du Groupe de recherche du CERI « Réflexion sur la violence de masse », une rencontre de l’Encyclopédie en ligne des violences de masse en collaboration avec le programme Presage et le Centre d’histoire de Sciences Po

    A Gendered Rereading of the Armenian Genocide and its Immediate Aftermath

    Lerna Ekmekcioglu, MIT School of Humanities

    Scorched Days in Istanbul : restoring their self to the lost children

    Anne Barseghian, grand-daughter of Berdjouhi Barseghian, cotranslator of her memoirs Jours de cendres à Istanbul

    #empire_ottoman #génocide #turquie #arménie #meurtres_de_masse

    Présidence : Claire Andrieu, Sciences Po-CHSP-CERI, rédactrice en chef de l’Encyclopédie en ligne des violences de masse

    Discutant : Hakan Seckinelgin, London School of Economics, Visiting Fellow at the CERI-Sciences Po

    Responsable scientifique : Claire Andrieu, Sciences Po-CHSP-CERI, rédactrice en chef de l’Encyclopédie en ligne des violences de masse

    CERI-56 rue Jacob, 75006 Paris / Salle de conférences

    INSCRIPTION OBLIGATOIRE (ci-dessous)

  • The Ottoman Empire’s First Map of the Newly Minted United States

    What did the United States look like to Ottoman observers in 1803? In this map, the newly independent U.S. is labeled “The Country of the English People” (“İngliz Cumhurunun Ülkesi”). The Iroquois Confederacy shows up as well, labeled the “Government of the Six Indian Nations.” Other tribes shown on the map include the Algonquin, Chippewa, Western Sioux (Siyu-yu Garbî), Eastern Sioux (Siyu-yu Şarkî), Black Pawnees (Kara Panis), and White Pawnees (Ak Panis).

    The Ottoman Empire, which at the time this map was drawn included much of the Balkans and the Middle East, used a version of the Turkish language written in a slightly modified Arabic script. Ottoman script works particularly well on maps, because it allows cartographers to label wide regions by elongating the lines connecting individual letters.

    This appears to be the first Ottoman map of the United States, but Ottoman maps of North America have a much longer history. The first were the 16th-century nautical charts of the famous Ottoman cartographer Piri Reis. Some of the last, drawn before the new Turkish Republic switched to Latin script in 1928, show air routes spanning the continental U.S.

    American relations with the Ottoman Empire in the 19th century were either commercial or missionary. American missionaries to the empire first tried to win Christian converts. But after meeting with little success, they turned to creating schools to spread the much more popular American gospel of English fluency and engineering excellence.

    At times, the mercantile and missionary impulses came into conflict, such as when Greek Christians rebelled against the Ottoman sultan. Many Americans felt their government had a moral duty to stand with co-religionists against a Muslim despot. The U.S. government, however, felt a more pressing duty to stand with its merchants and sea captains, who’d been doing brisk business with the sultan. Supposedly, it was in recognition of U.S. support of the establishment that the empire later sided with the Union during America’s own civil war.

    Click on the image to reach a zoomable version, or visit the map’s page in the digital collections of the Osher Map Library, University of Southern Maine.

    http://www.slate.com/blogs/the_vault/2014/10/16/history_of_the_ottoman_empire_ottoman_map_of_the_united_states_in_1803.html?w

    #cartographie_historique #histoire #cartographie #carte #visualisation #Empire_ottoman

  • Quand Paris et Londres refaisaient le Moyen-Orient sur le dos des Arabes - Rue 89

    http://rue89.nouvelobs.com/2014/06/28/quand-paris-londres-refaisaient-moyen-orient-dos-arabes-253272

    Il y a presque cent ans, les puissances coloniales entérinaient le dépeçage de l’Empire ottoman. Diplomates rapaces, Lawrence d’Arabie en embuscade : récit de la mise en place d’un ordre aujourd’hui chancelant.

  • Notice à l’exposition “Dismantling the Archive: ...
    http://levant.tumblr.com/post/76118150102

    Notice à l’exposition “Dismantling the Archive: Representation, Identity, Memory in an Ottoman Family” @ #salt #galata, #istanbul (2014).

    #salt_galata #art #expo #turquie #empire_ottoman #histoire #famille #bourgeoisie #sisli #galatasaray