#Lobby du #plastique : 2,5 millions d’euros par an pour continuer de polluer
Les industriels ont consacré 2,5 millions d’euros pour inciter les pouvoirs publics à abandonner des textes visant à réduire la pollution, notamment plastique, selon un #rapport inédit de #Zero_Waste_France. Reporterre y a eu accès en amont et a enquêté sur les coulisses de ce #lobbying au Parlement.
Toutes les marques utilisatrices, les producteurs, les géants du recyclage... On savait le lobby de l’emballage puissant, mais pas à quel point. Il a dépensé 2,5 millions d’euros en 2025 pour lutter contre la règlementation française visant à sortir du #tout-jetable, selon le rapport de Zero Waste France « Le lobbying décomplexé des industriels de l’emballage » à paraître le 8 octobre, auquel Reporterre a eu accès en amont en exclusivité.
Couverts jetables, pailles, cotons-tiges… Alors que la loi #Antigaspillage_pour_une_économie_circulaire (#Agec) prévoyait une réduction de 20 % des emballages plastiques à usage unique entre 2021 et 2025, leur mise sur le marché a tendance à augmenter.
Entre-temps, d’autres textes législatifs qui auraient aidé à baisser notre consommation de plastique, comme la #taxe_plastique, ont été torpillés l’an dernier. Derrière ce recul environnemental, le poids du lobbying des acteurs de l’emballage, donc, mesuré et documenté pour la première fois grâce aux données du registre des représentants d’intérêts de la Haute autorité de transparence pour la vie publique (HATVP) épluchées par Zero Waste France.
Il comprend des marques fans de la matière plastique pour leur emballage, comme #L’Oréal, mais surtout des producteurs de plastique, représentés par #Plastalliance, #Polyvia ou #Elipso ; enfin, les mastodontes du recyclage comme #Paprec, #Suez ou #Veolia — Reporterre zoome sur ces trois derniers dans un prochain article.
L’Oréal contre la taxe plastique
Sur le front s’activent des marques très connues, pas prêtes à abandonner ce contenant léger, pratique, bon marché et support marketing rêvé comme L’Oréal, qui a mobilisé sa force de frappe. Le fleuron du groupe #LVMH détenu par le milliardaire Bernard Arnault a œuvré en sous-main pour que l’intérêt privé prime.
« Limiter l’impact financier d’une nouvelle taxe plastique pour les entreprises », c’est écrit noir sur blanc comme action d’influence exercée auprès des décideurs publics par L’Oréal en 2025 et déclarée dans le registre de la HATVP.
Pour se justifier, le leader des cosmétiques assure à Reporterre soutenir « une juste application du principe du pollueur-payeur et contribuer à ce titre à la #Responsabilité_élargie_du_producteur (#REP) des emballages ménagers. Nous nous sommes opposés à l’instauration d’une nouvelle taxe plastique qui ferait doublon avec ce dispositif ». La taxe a finalement été abandonnée, marquant une première victoire du lobby du plastique en 2025. Et elle n’a pas fait sa réapparition dans le projet de loi de finances pour 2027.
Les fausses informations du lobby du plastique
Comment le lobby du plastique s’y prend-il pour parvenir à ses fins ? D’abord, il réussit à minimiser le #danger que représente pour la planète ce matériau dérivé du #pétrole via les fédérations qui représentent ses producteurs, Plastalliance, Polyvia et Elipso.
Si elles sont inconnues du grand public, elles sont très coutumières des arcanes du Parlement. Il s’agit du lobby de l’emballage le plus actif : ces trois organisations ont multiplié les déclarations d’actions d’#influence pour préserver le droit à polluer de leurs membres auprès de la HATVP.
Elles trouvent ensuite des relais au sein du Parlement pour soutenir leurs propos, comme #Vincent_Louault, sénateur Les Indépendants-République et territoires d’Indre-et-Loire. « La France ne participe pas au fait que les océans soient dégueulasses. Le coup de la paille dans le nez des tortues, ça ne marche pas. Demandez à l’IA [intelligence artificielle], elle va vous dire que l’Europe est le continent qui pollue le moins », soutient à Reporterre l’élu, habituel porte-voix de l’industrie plasturgique.
Zero Waste France rappelle pourtant que le pays produit deux fois plus d’ordures que la moyenne mondiale. Elle dénonce aussi le « #colonialisme_des_déchets » en rapportant que les nations riches engendrent bien plus de détritus et qu’en 2021, notre pays en exportait 800 000 tonnes en matière plastique.
S’agissant des risques pour la #santé, « quand on nous dit qu’on a du plastique dans les testicules et le cerveau, c’est des fake news », lance Vincent Louault, agriculteur de profession qui s’est illustré en bataillant pour le retour des pesticides néonicotinoïdes. Or, les études existent.
Devant la caméra de « Complément d’enquête », il a lui-même admis avoir usé de fausses informations pour défendre l’#acétamipride. Et il est également le conseiller agriculture choisi par Édouard Philippe (Horizons) pour l’élection présidentielle 2027 selon Contexte.
En tout cas, « les #microplastiques sont présents dans tous les organes humains », selon un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, qui s’émeut de « corrélations inquiétantes entre la présence de plastiques et l’altération de certains organes, voire l’apparition de pathologies ».
Pour la droite, le plastique, c’est fantastique
Malgré tout, en 2026, le slogan « Le plastique, c’est #fantastique » est toujours d’actualité pour Plastalliance : la fédération plasturgique l’a choisi pour souhaiter la bonne année en janvier sur le réseau social LinkedIn.
Interrogé par Reporterre, #Joseph_Tayefeh, secrétaire général de Plastalliance, se réjouit des perspectives d’augmentation de la production plastique pourtant dénoncée par les ONG.
Ses arguments résonnent fortement avec ceux répétés en boucle par le sénateur de droite Vincent Louault. Joseph Tayefeh joue sur la corde sensible en insistant sur « les risques de pertes d’#emplois si les industriels français sont soumis à davantage de règles », appuie le lobbyiste. « Je ne suis pas amoureux du plastique, mais je me bats contre tout ce qui porte atteinte aux intérêts de l’#industrie française », revendique Vincent Louault en écho.
Le patron de Plastalliance avoue « échanger essentiellement avec des parlementaires centristes, de droite et d’extrême droite, les partis qui s’intéressent le plus aux questions industrielles ». « Les élus de droite sont les auteurs de l’immense majorité des amendements pro-emballage », assure d’ailleurs Marine Bonavita, responsable plaidoyer de Zero Waste France.
Le deuxième lobby de la plasturgie, Elipso, remercie aussi Vincent Louault sur LinkedIn, ainsi qu’une autre parlementaire, #Manon_Bouquin, à l’époque députée devenue sénatrice le 27 septembre sous les couleurs du Rassemblement national.
Et ce, pour « leur présence et leurs interventions sans langue de bois » à l’occasion de la convention annuelle Elipso 2026. Elle n’a pas répondu à Reporterre, de même qu’Elipso, pas plus que le député de la droite républicaine #Laurent_Wauquiez, qui a âprement lutté contre la taxe plastique.
Des #amendements coécrits avec le lobby du plastique
Quant à Polyvia, le principal syndicat professionnel de l’industrie française de la plasturgie, Zero Waste France n’a pas pu intégrer dans son addition le budget que cette organisation a consacré en 2025 au lobbying. Et pour cause, il n’apparaît pas dans le registre de la HATVP. Polyvia invoque auprès de Reporterre un « souci technique » et confesse un montant conséquent, de 545 000 euros… Qui s’ajoute encore à la somme révélée par l’ONG.
#Xavier_Chastel, le directeur général de Polyvia, se défend dans un premier temps que son groupement d’entreprises soit un lobby. Il a pourtant déjà été épinglé pour avoir mené une campagne publicitaire polémique pro-plastique.
Et Polyvia n’hésite pas à contacter directement les faiseurs de lois, comme le 16 octobre 2025 : dans un courriel auquel Reporterre a eu accès, la fédération « demande aux parlementaires de supprimer » la taxe plastique, tout simplement.
Mis devant le fait accompli, le patron admet « échanger avec le cabinet du ministre de l’Écologie et les parlementaires », tout en se défendant de « passer des amendements ». Dans son courriel, Polyvia argumente toutefois ainsi : « La taxe envisagée risque de dégrader significativement la compétitivité des matériaux plastiques sans pour autant améliorer les performances en matière et de recyclage des emballages ».
Entendu cinq sur cinq par le sénateur Vincent Louault, qui a repris l’argumentaire de Polyvia dans un de ses amendements. « Je travaille avec les fédérations de professionnels, notamment celles du plastique, qui me font remonter des alertes, consent le parlementaire. Quand elles me semblent justifiées, je les recontacte et nous coécrivons les amendements. »
« L’industrie se dit : “Cool, on en a un acquis à notre cause” »
En l’occurrence, il a déposé 14 amendements en commission et 10 en plénière sur le projet de loi portant sur diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne (Ddadue), le deuxième texte récent clé dans la bataille de l’emballage. Il devrait revenir en discussion au Parlement prochainement.
Et dans une publication LinkedIn, Plastalliance ne se cache pas d’une réelle coconstruction de la loi en rendant compte d’une rencontre avec Vincent Louault accompagnée du hashtag #ddadue. « Je suis un des seuls parlementaires à m’intéresser à l’#industrie_plastique alors forcément, elle se dit : “Cool, on en a un acquis à notre cause” », commente le législateur.
Le lobby des industriels de l’emballage sait regrouper ses forces pour défendre ses intérêts dans les coulisses du Parlement. Il n’hésite pas non plus à verdir son image en utilisant celle d’élus, idéalement, à la fibre écologiste… C’est le cœur du second volet de cette enquête à paraître le 8 octobre.
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#emballages #pollution













