• Quelle évolution des droits à l’assurance chômage ? (1979-2020) - Mathieu GREGOIRE, Claire VIVES, Jérôme DEYRIS - IRES
    http://www.ires.fr/index.php/etudes-recherches-ouvrages/etudes-des-organisations-syndicales/item/6177-quelle-evolution-des-droits-a-l-assurance-chomage-1979-2020


    Cette recherche vise à objectiver sur le long terme (1979-2019) les évolutions des droits à indemnisation des chômeurs en portant une attention particulière aux salariés à l’emploi discontinu.

    Pour comprendre l’évolution des droits à l’assurance chômage depuis 1979, le rapport débute par une étude sur l’évolution sur 40 ans du taux de couverture en reconstituant des séries inédites et montrant notamment que la part des chômeurs indemnisés n’a jamais été aussi basse qu’à la fin des années 2010 (chapitre 1). Dans un second temps, l’étude retrace l’évolution de la règlementation de 1979 à 2019 (chapitre 2).
    Le rapport présente ensuite (chapitres 3 à 6) le cœur de cette recherche : la construction d’un simulateur destiné à objectiver l’évolution des droits pour des profils particuliers de salariés. L’outil permet de calculer, pour tout cas constitué d’une trajectoire particulière d’emploi-chômage de 120 mois, les droits générés, mois par mois, dans le cadre de chacune des 10 principales conventions retenues entre 1979 et 2019. Il permet ainsi à la fois d’étudier les droits pour des trajectoires d’emploi très diverses et de comparer ces droits pour quarante ans de réglementation. Trois principaux types de trajectoires sont étudiés : les trajectoires des salariés stables, celles des salariés à l’emploi discontinu ayant des contrats de plus d’un mois et celles des salariés à l’emploi discontinu ayant des contrats de moins d’un mois.

    L’étude donne ainsi à voir des dynamiques de l’indemnisation du chômage qui échappent, pour partie, à une analyse fondée sur les seules évolutions, réformes après réformes, des règles d’indemnisation. Elle montre notamment une inversion complète, entre 1979 et 2019, de la hiérarchie de l’indemnisation pour les salariés à l’emploi discontinu les plus précaires. Alors que ceux qui étaient les plus exposés au chômage en 1979 étaient les plus indemnisés, c’est l’inverse qui se produit en 2019 : leur indemnisation est d’autant plus forte que leur chômage est faible. Aussi cette étude permet-elle de s’interroger sur une transformation profonde du dispositif d’indemnisation du chômage qui, pour ces salariés, relève désormais moins d’une logique d’assurance face à un risque que de ce celle d’un compte d’épargne ou d’une prime pour l’emploi.
    Elle donne aussi à voir à quel point la réforme de 2019 est constitutive d’un effondrement historique de l’indemnisation pour les salariés à l’emploi discontinu.

    #assurance_chômage #emploi_discontinu #emploi

    • Alors que plus de 8 millions de salariés ont été placés en chômage partiel en avril, certains affirment avoir tout de même travaillé, en toute illégalité.

      Près d’un mois après, la colère ne retombe toujours pas pour Stéphane. Salarié dans un grand groupe de services en région toulousaine, il se souvient encore de cet appel reçu « le 28 avril à 18 h 30 » par son « n + 2 » . S’il est en télétravail depuis le début du confinement, instauré à la mi-mars pour tenter de freiner l’épidémie due au coronavirus, il ne compte pas ses heures. Projets, formations, ateliers… « Je travaillais même plus qu’en temps normal » , assure-t-il.
      Pourtant, en cette fin avril, son « n + 2 » lui apprend qu’il allait être mis au chômage partiel et que cette mesure était même rétroactive au 1er avril. « Tout le travail que j’ai fait pour le groupe, c’est l’Etat et le contribuable qui l’ont payé » , raconte-t-il, amer. Et alors qu’il devait débuter une mission début mai, « ils sont allés dire à mon futur client que j’avais demandé à être mis au chômage partiel pour garder mes enfants, et que donc je ne pourrai pas travailler. Ce qui est faux » . Le « coup de grâce » pour Stéphane.

      Il essaye de protester, en faisant part de ses doutes quant au bien-fondé et à la légalité de cette mesure. « On me rétorque : “Si ça te pose un cas de conscience, libre à toi de rester…” , avec un sourire ironique. J’étais très énervé, ils ont fait ça dans mon dos. »

      Plus de 8 millions de salariés en chômage partiel

      Le chômage partiel existait déjà avant la crise, mais il a été assoupli par le gouvernement pour prévenir les licenciements massifs : les sociétés qui voient leur activité baisser ou les entreprises contraintes de fermer peuvent y recourir. Leurs employés perçoivent alors une indemnité correspondant, en moyenne, à 84 % de leur salaire net, financée par l’Etat et l’Unédic. Et si l’employeur le souhaite, libre à lui de compenser la différence et d’assurer, ainsi, le maintien de la paye à son niveau habituel.
      En avril, plus de 8 millions de salariés étaient au chômage partiel, selon les derniers chiffres du ministère du travail. Depuis mars, ce sont plus d’un million d’entreprises qui ont sollicité une autorisation d’activité partielle.

      Mais combien ont tenté de profiter de la situation ? Selon une étude du cabinet Technologia, menée entre avril et mai auprès de 2 600 élus du personnel, « 24 % des employés en chômage partiel total auraient été amenés à poursuivre leur activité à la demande de l’employeur » . Et plus de 50 % des personnes interrogées considèrent que « des demandes d’activité interdites ont eu lieu »
      .
      Si la ministre du travail, Muriel Pénicaud, expliquait début avril privilégier « la confiance a priori et les contrôles a posteriori » envers les entreprises, elle a annoncé il y a quelques jours un renforcement des contrôles de la part des directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte), afin de détecter des fraudes. Ainsi le ministère faisait-il savoir, dans un communiqué diffusé à la mi-mai :
      « La mise en activité partielle de salariés auxquels il est demandé parallèlement de (télé) travailler, ou des demandes de remboursement intentionnellement majorées par rapport au montant des salaires effectivement payés figurent parmi les principales fraudes identifiées par l’administration. »

      « C’était du chantage »

      C’est ce à quoi est confrontée Pauline, employée dans une petite agence de communication en région parisienne. Quelques jours après l’annonce par le gouvernement de l’assouplissement du dispositif, elle est informée par sa direction qu’elle est placée en chômage partiel à 50 %, « de façon assez vague, et sans plus de précision sur les horaires à respecter » . Alors elle s’organise avec ses collègues et décide de ne travailler que les après-midi, « entre 14 heures et 18 heures » . Mais très vite, les horaires débordent :
      « On recevait des demandes de la direction à longueur de journée. Ils nous envoyaient des e-mails avec en objet des “urgent” ou des points d’exclamation. Il fallait être très réactif. Parfois, la veille, ils nous demandaient de travailler le lendemain matin plutôt que l’après-midi, ce qu’on faisait. Mais après on avait des réunions à 14 heures, à 16 heures… »

      Or dans cette petite entreprise, sans délégué syndical ni direction des ressources humaines, il n’est pas évident de se faire entendre. « On a tenté d’alerter, mais ils sont restés sourds, explique-t-elle. Ils nous disaient : “Nous aussi on est stressés, on travaille beaucoup, mais c’est indispensable pour la société.” C’était du chantage. » Et à la fin du mois d’avril, Pauline s’aperçoit que son salaire net a baissé de quelques dizaines d’euros, son employeur n’ayant pas souhaité payer la différence malgré le travail réalisé à temps plein.

      « On craint tous pour nos emplois »

      « C’est difficile pour un salarié de s’opposer , regrette Michel Beaugas, secrétaire confédéral de Force ouvrière (FO), chargé de l’emploi et des retraites. En plus, avec le télétravail, il se retrouve souvent isolé, sans les collègues autour, donc c’est encore plus compliqué. Et certains ne savent même pas dans quelle situation ils sont. Ils ne découvrent qu’à la fin du mois qu’ils ont été placés en chômage partiel. »

      Frédéric, chargé de la relation client dans une entreprise du secteur du tourisme en région parisienne, s’était, lui, porté volontaire pour travailler malgré son chômage partiel total. Deux heures tous les matins, en avril, pour « dépanner les collègues » . Mais, comme dans le cas de Pauline, très vite la situation évolue. « On me demande aussi de travailler l’après-midi. C’était des SMS, des messages WhatsApp, des e-mails…, explique-t-il. On m’alertait sur mon téléphone sur tel ou tel sujet urgent. Je devais me connecter trois ou quatre fois par jour. » Et la « bienveillance » du début disparaît. Alors qu’il passe à 10 % d’activité en avril, il informe sa direction qu’il ne pourra pas faire plus, du fait de la garde de ses enfants :
      « On m’a répondu : “C’est dur pour tout le monde, il faut le faire.” Avec nos collègues, on en parle, on se dit qu’on devrait moins se connecter, moins travailler, ne pas être aussi réactifs. Mais personne ne le fait, parce qu’on pense à notre poste. On est dans une situation compliquée, on craint tous pour nos emplois après cette crise. C’est une sorte de compétition qui s’est installée. »

      Et si, pour la plupart des salariés interrogés, la perte financière est minime, tous ressentent une « faute morale » et un « cas de conscience » d’être payés par l’Etat alors qu’ils poursuivent leur travail. « C’est quand même gênant de recevoir cette aide, explique Pauline. Ça donne l’impression qu’ils se sont servis de nous pour faire des économies. »

      « Il faut que de vrais contrôles soient mis en place, plaide Michel Beaugas. Il ne faut pas qu’il y ait une ou deux sanctions pour l’exemple. Aujourd’hui, avec les e-mails, les messages… il y a moyen de savoir si le chômage partiel a été respecté ou pas. »

      « J’ai gardé toutes les preuves »

      Tous ont d’ailleurs pris soin d’enregistrer et de faire des captures d’écran des messages reçus et des appels passés de la part de leur direction. Pour se protéger, au cas où… Stéphane explique ainsi :
      « J’ai gardé toutes les preuves, c’est l’avantage du télétravail. Tous les jours je recevais 30 à 40 e-mails alors que je suis censé être en chômage partiel. On nous demandait de tout justifier par Skype, par message, de ce qu’on avait fait, et de ce qu’on était en train de faire, donc j’ai tout gardé là aussi. »

      Frédéric, lui, compte bien s’en servir si son emploi venait à être supprimé au cours des prochains mois, pour « négocier de meilleures conditions de départ en les menaçant d’aller aux prud’hommes ». « Ça ne me ressemble pas, mais j’ai atteint un niveau de défiance », poursuit-il.

      Et tous évoquent une « cassure » entre leur entreprise, leur direction et eux. Alors que Pauline est toujours au chômage partiel, « sans savoir jusqu’à quand » , cet épisode « l’a dégoûtée ». « Je réfléchis à partir » , assène-t-elle. C’est aussi le cas de Stéphane, qui a récemment mis à jour son CV sur LinkedIn et s’est mis « en recherche active » : « Je ne crois plus dans ce groupe, qui abuse de l’Etat et de la solidarité. Cette crise et ce confinement ont finalement été un révélateur de son management. Je n’ai plus confiance en eux. »
      * Tous les prénoms ont été modifiés.

      #emploi_gratuit #employeurs #chômage_partiel

  • India extends lockdown as virus cases rise - Asia Times
    https://asiatimes.com/2020/05/india-extends-lockdown-as-virus-cases-rise

    India extended its coronavirus lockdown until the end of May on Sunday as it reported its biggest single-day jump in cases, but said some sectors would be permitted to open up to ease the economic pain. The lockdown affecting 1.3 billion people – the world’s largest – has been in force since late March and has been devastating for India’s poor, with millions of migrant workers losing their jobs.“Lockdown measures to contain the spread of Covid-19 will continue” until at least May 31, the Home Affairs Ministry said in a statement.

    #Covid-19#migrant#migration#Inde#travailleurs-migrant#confinement#santé#emploi

  • Sortie du livre « Te plains pas, c’est pas l’usine - L’exploitation en milieu associatif »
    https://infokiosques.net/spip.php?article1756

    Sorti la veille du grand confinement, le livre est véritablement disponible à partir du 11 mai 2020, en librairie et dans les lieux militants. Le collectif Niet !éditions a le plaisir de vous annoncer la sortie de « Te plains pas, c’est pas l’usine », de Lily Zalzett et Stella Fihn. Le secteur associatif emploie en France 1,8 million de personnes, et il a bonne presse. Quand on travaille dans une association, on est censé y trouver du sens, on est censé être en adéquation avec des valeurs et non (...) #ailleurs

    https://niet-editions.fr/catalogue/te-plains-pas-cest-pas-lusine
    https://niet-editions.fr
    https://lists.riseup.net/www/subscribe/nietinfos

  • Le géant français des centres d’appel met en danger ses travailleurs dans le monde entier
    https://www.bastamag.net/Teleperformance-leader-mondial-call-center-centre-d-appel-droit-de-retrait

    La multiplication des cas de Covid-19 contractés sur les lieux de travail révèle que de nombreuses entreprises ont fait passer leur profit avant la santé et la sécurité de leurs salariés. C’est le cas de Teleperformance, leader mondial des call-centers, qui doit prendre les mesures nécessaires pour protéger ses travailleurs face au Covid-19. Inconnue du grand public, Teleperformance est la face cachée de l’économie numérique. Ses 330 000 salariés, répartis dans 80 pays, sont chargés d’assurer le service (...) #Débattre

    / A la une, #Multinationales, #Conditions_de_travail, Emploi

    #Emploi_

  • Life vs livelihood debate rages in virus-hit India - Asia Times
    https://asiatimes.com/2020/05/life-vs-livelihood-debate-rages-in-virus-hit-india

    Squeezed in the back of a truck with 30 others and facing a 1,500-kilometer journey to his village in Gorakhpur, Ajay Srivastava was a worried man. The 40-year-old pipe factory worker had shelled out his last remaining rupees for the ride home after India suddenly locked down the nation to guard against the coronavirus.“We were living off our savings and now even that’s getting depleted,” said Srivastava while still about 1,000 kilometer from his home in eastern India. “The last we got paid was on March 22. For the local government we don’t matter since we can’t vote here. The factory owner ensured we got food because he wanted to see us around whenever he restarted his business.”

    #Covid-19#migrant#migration#travailleurs-migrants#Inde#emploi#accidents#décès#vulnérabilité#santé#faim#confinement

  • ’There is no future’: the refugees who became pawns in Erdoğan’s game - The guardian

    The investigation has shown how, after leaving the quarantine camps, some people ended up on the streets of Izmir. Others, including children, were put into a detention facility in Ankara. Some of the Syrians have been threatened with deportation to “safe zones” in northern Syria. These people are what remains of Turkey’s “leverage” over the EU. Their stories are just a handful of those who risked and lost much at the European border in March.

    #Covid-19#Turquie#Réfugiés#Quarantaine#Emploi#Pauvreté#Pandémie#migrant#migration

    https://www.theguardian.com/global-development/2020/may/08/erdogan-turkey-refugees-pawns-game

  • Coronavirus : « L’esclavage fait son retour en Inde », qui sape son droit du travail
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/05/12/coronavirus-l-esclavage-fait-son-retour-en-inde-qui-sape-son-droit-du-travai

    A Lucknow, capitale régionale, les autorités avancent qu’en raison des « circonstances actuelles » il faut laisser « une certaine flexibilité » au patronat. Cela permettra, disent-elles, de « protéger les emplois existants » et d’en fournir « aux migrants qui reviennent dans l’Uttar Pradesh », ayant dû abandonner les grandes métropoles de l’Inde où ils travaillaient lorsque le virus a fait son apparition.

    #Covid-19#migrant#migration#Inde#travailleurs-migrants#droits#esclavage#santé#vulnérabilité#pandémie#emploi

    • Réforme profonde ou retour un siècle en arrière ? La suspension par ordonnances du droit du travail dans plusieurs Etats de l’Inde soulève l’indignation générale. A l’approche du déconfinement, programmé lundi 18 mai, plusieurs grandes régions très peuplées ont subitement jeté aux orties l’arsenal de lois qui régissent les relations entre employeurs et employés.

      Que c’est laid, rétablir l’esclavage ! Nous on a la libéralisation du temps de travail, c’est la même chose mais ça sonne mieux. Et soixante heures... pareil !
      #racisme #journalisme

  • ‘Broad Unemployment Could Reach 16 Million in Turkey in the Aftermath of Covid-19’ - Bianet english
    According to a recent report by the Research Center of DİSK Confederation, the broad unemployment in Turkey was 8 million 427 thousand in February. The highest unemployment was recorded among young women in urban areas with 36 percent

    #Covid-19#Turquie#Economie#Emploi#Chomage#Pandémie#migrant#migration

    https://www.bianet.org/english/labor/224171-broad-unemployment-could-reach-16-million-in-turkey-in-the-aftermath-

  • Brésil : avec le confinement, la bourgeoisie découvre les tâches ménagères
    Chantal Rayes, Libération, le 8 mai 2020
    https://www.liberation.fr/planete/2020/05/08/bresil-avec-le-confinement-la-bourgeoisie-decouvre-les-taches-menageres_1

    Non que l’on épie le voisinage, mais il faut bien le dire, le spectacle de la bourgeoisie blanche brésilienne s’adonnant aux tâches ménagères, ça accroche le regard. Samedi soir, dans un bel immeuble en béton brut. Chiffon à la main, une jeune femme, de celles qui sont nées pour être servies, s’attaque aux vitres de la cuisine, pendant que son conjoint passe la serpillière. Ils auront résisté jusqu’au bout, avant de se résoudre, Covid-19 oblige, à se passer de l’armada de domestiques à leur service. Et c’est un choc culturel pour ces 11% de foyers qui emploient les 6,5 millions de travailleurs domestiques du Brésil. En grande majorité des travailleuses, de couleur.

    La « domestica » est si ancrée dans l’imaginaire national qu’elle a son jour à elle (le 27 avril) dans le calendrier brésilien des commémorations. Souvent, l’intéressée elle-même trouve inconcevable que madame, monsieur nettoient les WC, fussent-ils les leurs. Plus maintenant. Le confinement a radicalement changé le mode de vie. Du moins provisoirement. La bourgeoisie découvre cette pièce de la maison où elle ne mettait jamais les pieds : la buanderie. La lessive, le ménage, « ça irrite les mains », justifie Ligia Kogos, la dermato des riches de São Paulo, dont la clinique reste ouverte malgré la quarantaine. Seuls 2% des Brésiliens disposent d’un lave-vaisselle. A quoi bon, quand on a la bonne ? « Si j’avais su… » soupire D., un cadre qui termine ses journées derrière l’évier. Dans le partage des tâches (l’autre nouveauté du confinement), madame se charge du linge, mais a aboli le repassage. Maintenant qu’on s’y colle, on est moins exigeant. On s’équipe. Sur Google, les recherches sur les aspirateurs robot ont quadruplé. Et dire que Cleide trouvait la bonne trop « lente »… « Je me rends compte du temps que ça prend, les tâches domestiques », confie candidement cette pédiatre à la Folha de S. Paulo, tandis que Mayra, cadre, avoue se sentir « mal » dans son rôle de patronne, qui « semble dériver de notre passé esclavagiste ».

    Selon un sondage, 70% des foyers ayant recours au travail domestique y ont renoncé en raison de la quarantaine, mais seulement 39% d’entre eux ont maintenu la paye de la bonne (un chiffre probablement surévalué), pendant que les 30% restants ont licencié leur employée. Sans indemnités, puisque l’écrasante majorité des domesticas – mais aussi des diaristas, les femmes de ménage à la journée, encore plus précarisées – n’est pas déclarée. Reste un bon 30% de patrons qui, Covid-19 ou pas, ne se passent pas de la bonne, confinée avec eux. Telle cette domestica décédée à Rio, après avoir été infectée par sa patronne revenue d’Italie, qui n’avait pas jugé bon de la prévenir de son état de santé. L’affaire avait fait grand bruit, poussant les syndicats à appeler à « libérer la bonne ». D’autres services jugés essentiels par les riches ont été maintenus. Tel le gardiennage de leurs immeubles ultra-sécurisés ou encore ces hommes de ménage qui nettoient les parties communes et vont d’étage en étage pour retirer la poubelle…

    #coronavirus #Brésil

    • J’étais en confinement dans une famille petite-bourgeoise qui reçoit chaque semaine pendant une demi-journée une dame noire qui nettoie leur maison... Au début, toute la charge de travail s’est retrouvée sur la maman, bien sûr, et il a fallu se mettre autour d’une table pour partager les tâches. Et là les deux filles (17 et 19 ans), qui n’avaient jamais fait plus de ménage que range ta chambre, débarrasse la table et vide le lave-vaisselle, ont appris à voir les tâches domestiques et à prendre leur part (ce que le papa savait déjà faire). C’était assez classe, belle expérience pour tout le monde. Sauf que personne n’a réussi à soulager la maîtresse de maison du rangement quotidien des parties communes, qui est un truc un peu trop fin.
      #ménage #inégalités #emploi_domestique #service

      J’avais déjà lu des trucs sur cette épidémie en deux temps dans des écrits de militant·es du Brésil : classes aisées mondialisées qui ramènent le virus dans leurs valises hypermobiles puis classes populaires incapables de se confiner (logements exigus et nécessité de sortir bosser).

  • Travail en temps de Covid-19 : une enquête de la CGT sonne l’alarme avant le déconfinement
    https://www.franceculture.fr/economie/travail-en-temps-de-covid-19-une-enquete-de-la-cgt-sonne-lalarme-avant

    Pire encore, 31% des salariés déclare avoir continuer à travailler malgré le chômage partiel total ou l’arrêt maladie. « Ceci est illégal et s’apparente à du travail au noir » dénonce-t-on à l’Ugict. Ce phénomène semble s’être concentré dans le secteur privé pour les salarié·es en chômage partiel total et dans la fonction publique pour celles et ceux placé.e.s en autorisation spéciale d’absence.

    #covid19 #travail_confiné #travail_déconfiné

  • Les élèves qui décrochent du système scolaire sont en difficulté pour entrer dans le marché du travail. Ils sont aussi très exposés au chômage et au sous-emploi durant leur vie #école #élèves #échec #emploi #chômage

    https://sms.hypotheses.org/19807

    Les décrocheurs scolaires sont aujourd’hui nombreux à quitter le système éducatif sans diplôme. Ils sont ainsi exposés au chômage et au sous-emploi en début de vie active. Avec la crise, cette exposition se prolonge bien au-delà de la période d’insertion sur le marché du travail. Et même si une partie d’entre eux acquiert finalement une qualification, leur destinée professionnelle reste largement marquée par l’insécurité de l’emploi ou des emplois de mauvaise qualité. Dans ces conditions, quitter le système scolaire (collège, lycée général, lycée professionnel ou centre de formation pour apprentis) sans diplôme apparaît bien comme un risque socio-économique.

    Les pouvoirs publics sont bien conscients de cette inégalité qu’ils désignent sous le nom de « décrochage scolaire ». Ils en ont fait le cheval de bataille de leur politique éducative et entendent ainsi réduire ce risque qui concerne actuellement un jeune sur six.

    • Une nouvelle définition politique du soin (ici pour une trad viteuf)

      For many of us, the last few weeks have marked a new phase of our corona-lives—a dark and lonely corridor that stretches before us, no end in sight. Earlier, we counted this crisis in days and weeks. Now we are coming to see that this virus will in all likelihood be with us for months and years. We can’t stand social distancing any longer, but we also can’t stop, because there is no infrastructure in place to safely allow us to go back to school and work.

      A Community Health Corps is one place to start to build a new movement that heals us and our body politic, and that will allow us—all of us—to survive a pandemic, and then, to thrive.
      Our federal leadership remains ruinous. President Trump, obsessed with ratings, still cannot seem to think beyond the twenty-four-hour news cycle. In the last week he first insisted he would reopen things in May, then abandoned the idea, perhaps having learned that he lacked the necessary power. He then cast around for others to blame, taking to Twitter to cheer on tiny and malevolent groups of protesters calling for a reopening the economy, damn the consequences. Tragically, in the wake of the president’s remarks, Governor Brian Kemp of Georgia announced he would let many businesses resume operations, though the state is flush with new cases, and there is no viable plan for containment going forward. Trump tried to walk back his remarks, saying he disagreed with Kemp, but the damage was done, and Georgia is proceeding full-steam ahead. The press to return to school and work will only intensify, for all of us—while Georgia, and other states that are making similar rumblings, have nothing to offer their citizens but decimation.

      What other way forward is there, over these coming months? As in the early phase, leadership and vision is going to come from elsewhere. It’ll come from reality-based local leaders, perhaps from Congress, and from us. As the timescale of our response to COVID-19 shifts to months and years, it’s time to ask: The day after all this is over, what do we want the world we share to look like? What are we willing to fight for? And how do we connect a long-term vision of that world worth fighting for with the things we need to do to mitigate the damage now?

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      Any response to the moment has to address two, twinned crises: the threat of a virus run out of control, and the carnage being visited on working people and families by the measures we need to undertake to contain the virus. While COVID-19 cuts its deadly swath from coast to coast, the disease follows the same patterns of inequality we’ve always seen embedded in the U.S. landscape, where the death rate for predominantly African American counties is six-fold higher than in predominantly white counties across the country, and where this crisis is just heaped upon others, which have been plaguing these communities for generations.

      Meanwhile, as millions of Americans stay at home in solidarity with their neighbors to protect them from infection, the economic contraction has come at great cost to families and individuals, dragging them to the brink in the most spectacular economic collapse since the 1930s. We are in the middle of a disaster scene today, aided and abetted by a political culture that has rushed to give corporations billions in bailouts but has largely hung ordinary people out to dry. Food pantries are running empty as farmers—themselves facing bankruptcy—plow their crops into the soil. Last week, the number of people who filed for unemployment benefits surged to more than twenty-six million. Poorer families and school districts don’t have the resources for online learning, meaning that we are leaving millions of kids behind. Rent strikes are popping up from coast to coast.

      We must build for a better future, not just climb out of the rubble of this pandemic, brush ourselves off, and start up in the same place we found ourselves in January 2020.
      With a disruption looming that may be as severe as the Great Depression, our ambition to confront it should be at the same scale. But our answer to these twin immediate crises must connect to a broader politics and vision that addresses the deep structural roots of the problems we face in America. We must build for a better future, not just climb out of the rubble of this pandemic, brush ourselves off, and start up in the same place we found ourselves in January 2020. In our earlier pieces in these pages, we’ve argued for a new politics of care, one organized around a commitment to universal provision for human needs; countervailing power for workers, people of color, and the vulnerable; and a rejection of carceral approaches to social problems. The question now is how to connect that vision to programmatic responses that address the needs of the moment and beyond. We need to aim at “non-reformist reforms”—reforms that embody a vision of the different world we want, and that work from a theory of power-building that recognizes that real change requires changing who has a say in our political process.

      Here’s one such reform: a massive new jobs program. Call it the Community Health Corps. Funded federally and organized locally, it would put millions of Americans to work caring for one another, and with far more sweeping goals than just turning around the sky-rocketing unemployment figures we see today. It would serve our needs for a vast force that can track and trace the virus, but add to it workers who can support those in need, all while securing our health and building real solidarity among us. Such a program, operating all around the country, in rural and urban areas alike, could help us get through this pandemic and mitigate the cataclysmic employment dislocation of the coming months and years.

      In truth, this is just a new form of an old idea—a Works Progress Administration (WPA) for an age of pandemics. But the aim is larger, to bring us through the crisis by calling into being government as we wish it to be—caring for us, bringing us together, while also enabling us to live our different lives. It would go beyond providing care to communities by stitching back together the personal connections among us torn asunder by our self-enforced isolation and by building power together, as workers and patients are tied to each other through the act of caregiving. It wouldn’t just create jobs to fill a hole during the crisis—it would develop skills and foster solidarity that will form the basis of the post-crisis economy, too.

      What jobs are needed? Start with contact tracing. The need here is straightforward and urgent. We cannot shelter in place forever, but reopening without measures to track the virus and sequester those exposed runs the same risk of swamping the health care system—infections and deaths will just come roaring back. Beyond the medical tragedy, such an outcome would also make a mockery of the sacrifices that millions of Americans have made over the past few months. That’s why every serious plan for reopening requires a massive scale-up in testing and contact tracing. The better we are at catching cases, notifying contacts, and supporting people who are sick or sequestered, the better control we will have over the virus, and the more “normal” life can be for those unexposed.

      Think of the people hired for contact tracing as virus detectives, who also have the under-appreciated skill of being able to talk to others with ease and empathy. They will engage people infected with SARS-CoV-2 (the virus that causes COVID19) in a process of recalling everyone they’ve seen and everywhere they’ve been for days, while recording all this information in detail. They will then reach out to these contacts, advise them on testing and quarantine, refer them for testing, and link them to necessary resources to help them through their quarantine, from start to finish. Despite all the talk about technological shortcuts, this old-fashioned shoe-leather epidemiology is going to be the mainstay of our next phase of attempts to control COVID-19. Contact tracing in its most basic form has been around since the smallpox outbreaks in Leicester in the United Kingdom in the 1870s. We know how to do it, and it can be scaled up locally.

      Shoring up the foundations of U.S. health care by valuing care itself isn’t just the first step towards a more rapid, effective response to health threats in the future. It will also move us toward a new politics of care, that starts from the ground up.
      Technology can help supplement these human tasks but cannot replace them. The idea that apps alone will solve the problem of contact tracing is the product of the technological “solutionism” that writers such as Evgeny Morozov have rightly argued is endemic to our culture today: the notion that no matter the problem, an app can efficiently solve it. Why won’t apps be a silver bullet? For one thing, they raise serious privacy issues, especially if they are not voluntary. There are technical issues too. It will be difficult for some technologies, like those that rely on GPS, to distinguish true contacts from false ones in crowded, dense urban environments. The myriad apps under development now have not been beta-tested, let alone rolled out in the midst of a pandemic at such a scale. It also isn’t clear that app developers have spent time talking to the potential end-users of their products, building their tools to meet the needs of, and benefit from the expertise and experience of, local health departments. Finally, technological solutions almost always leave out many of those who lack full participation rights in a digitally enabled society. For example, in the rush to move our financial transactions online and replace paper money with electronic payments with apps from banks and start-ups such as Venmo, we’ve left out many from low-income communities, particularly from communities of color. Apps can help make contact tracing more effective, but we need to act now, hiring people to do this work that no app can do.

      Spend a moment imagining a day in the life of a contact tracer working in Queens or Sioux Falls and you quickly see why an app alone cannot address the rippling crises that SARS-CoV-2 unleashes in every family. You also see the insufficiency, even, of contact tracing alone. Imagine you reach out to your first contact, who has tested positive and been sent home because they do not require hospitalization. Someone who has just learned that they have been exposed will have a myriad of important questions and needs. A father may wonder how, if he cannot leave his room, he will get food to his kids who are home from school. A shift worker who is wrongly fired for being sick will need help accessing unemployment insurance and legal support. A daughter may need help finding someone to provide essential daily care for a mother with dementia. Someone living alone will need help to walk the dog. We will need another group of workers to help them navigate these kinds of problems, which will require a mix of social work, advocacy, and even perhaps basic legal skills or the ability to make referrals to those who have them real-time.

      Those going out to trace contacts are going to find more than just SARS-CoV-2 in the places they visit. There will be some homes they call where no one has been exposed to the virus, but where families are struggling to make ends meet, having trouble with their landlords or their utility companies, or struggling with lost or unhelpful health insurance. Recent data has shown that during this pandemic domestic abuse has become “more frequent, more severe and more dangerous” and that mental health and substance issue on the rise. We can’t just walk away from these people, our neighbors in crisis. In the narrowest sense, ignoring these needs will make it harder for people to keep social distancing. In a broader sense, if we use our politics at a time of existential need to impose an unlivable life on our fellow citizens—if we fail those for whom staying at home might be more dangerous than the virus—we will tear away at the fabric of solidarity and trust that we need to maintain the shared project that is democracy.

      Right now we’re leaving help with all of this largely to individuals, families, and voluntary support. Most of us know people who are cutting corners with social distancing because they just can’t meet their daily needs any other way. In the next phase of the pandemic, we will need a much more precise and effective system of sequestering people if we are to get and keep the virus under control. While the mutual aid networks springing up around the country can handle a few requests for support, as we scale-up testing, the need of these kinds of social services and economic aid will explode. This can’t be handled simply as a matter of volunteerism even if “conservatives dream of returning to a world where private charity fulfilled all public needs.”

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      What is the alternative to genuine, public support for those who must remain isolated? Doctors Jim Yong Kim and Harvey Fineberg made the case in the New York Times recently that the ill, and their exposed families, should all be moved to facilities where they could be isolated from each other and the wider community, but they didn’t provide much guidance on how to do this humanely. Nor did they grapple with what it might mean to propose this sort of measure in a country with our history of state violence, especially as visited on families of color, who are vastly overrepresented among the sick today. We need to protect families from their sick loved ones, but forcibly warehousing families or the mildly symptomatic is not the way. We need a politics of support and care, not separation and deprivation. It’s clear that following public health advice isn’t as easy as it sounds—and its costs do not fall evenly. So we need support people to undertake this act of solidarity.

      We need a politics of support and care, not separation and deprivation.
      Alongside the test-and-trace brigade, then, we need other brigades too. We need a cadre of social workers who can provide specific help to individuals infected and affected by COVID, to enable them to follow public health and medical advice. We need a vastly scaled up testing workforce. Some will be dressed up in personal protective equipment (PPE), working at drive-through testing sites, visiting apartment buildings and nursing homes, and stationed outside of grocery stores and other businesses that remained highly trafficked even in the midst of the pandemic.

      Others will be working in labs or transporting samples, helping to process the millions of tests we will need each week, possibly each day. If evidence mounts that early intervention and close monitoring is essential to saving lives, we will also need a new brigade of health workers who can make virtual or home visits. We can additionally train local workers to help us gather evidence—for example mapping local health and services needs through surveys, building on successful models of community-based research, and working to better guide local programs. These programs will not only help us understand and respond to the spread of the virus but help us build better health programs when it recedes.

      We also need to address the explosion of infections in the workplace. We’ve seen outbreaks, large and small in meat processing plants across the country, in Amazon warehouses and Walmarts, leading to walkouts and lawsuits. As more and more businesses re-open, employees and employers need help to keep themselves and their customers and clients safe. Areas for employees and customers must be re-configured to maximize social distancing, and new workplace protocols need to be developed. Employers should be held responsible for taking the steps needed to protect their workers and the public, and some of this will likely not come without a stronger role for labor—via labor-management commissions, for example. An infection control brigade could work in cooperation with employees and employers, advising them on best practices in infection control, and assuring that supplies of PPE, from masks to gloves to physical barriers like plexiglass shields for cashiers are available. They can also ensure that early signs of failures in infection control are discovered and addressed immediately.

      We are already seeing small steps in this direction. In Massachusetts, Partners in Health (PiH), which has experience building community health workforces in places hit by disease and disaster around the globe, has been asked by the state to spearhead their new contact-tracing program. In a matter of weeks, they have hired and trained close to a thousand people for these important and complex jobs. Aware of the importance of the work and the demands of the job, PiH is paying them the same rate as U.S. Census takers, $27 an hour, providing them with health insurance and making an emphasis on hiring the unemployed and building a diverse workforce. About 17,000 people have applied for these jobs, showing that there is clearly a deep pool of people willing and able to do this work. That should come as no surprise, given the staggering loss of work in recent weeks and the inadequacy of the current government supports, and the outpouring of support we’ve seen in communities and mutual aid networks. People want to help. We just need to organize them.

      The problem is, while these efforts are admirable, state-level programs are vastly underpowered and underfunded. Before the crisis public health departments employed fewer than 2,000 contact tracers in the country. The best estimate we have projects that we will need to hire as many as 300,000 of them to address this outbreak. We have cohorts to build on for caseworkers and legal support too. One such pool derives from so-called community health worker (CHW) programs, which have a long history both in the United States and around the world.

      The United States is sicker now with COVID-19, but we’ve been sick for long while in many other ways.
      Today, we have about 120,000 community health care workers in cities and towns around the country doing health education and prevention work, collecting data, making links between local residents and the services they need. They are most often from the communities they serve and which have been underserved historically by the patchwork of a health system we have in the United States. In the context of need for testing-tracing-isolating in the age of COVID-19, local CHWs will go a long way to establishing trust and comfort in these troubling times. Contact tracers too should be recruited from local communities. Having a neighbor show up at your door (or on your screen) asking about your health and your personal contacts is more likely to be successful than a phone vibrating in your pocket telling you that you make have come in contact with someone with COVID-19.

      There are also models for the caseworker and legal support component in the medical-legal partnerships (MLPs) that have emerged all around the U.S. in recent years. Driven by the recognition that illness—and healthcare costs—are shaped by factors that doctors alone cannot control (like access to safe housing and benefits), hospitals and non-profits around the country have hired legal professionals to assist clinicians, social workers, and case managers address larger structural issues affecting patients’ health and well-being. As of early 2019 there were MLPs active in about 330 hospitals and health centers in 46 states with evidence that MLPs can improve patient health outcomes and well-being, improve mental health, remove barriers to health care for low-income families, increase access to stable housing and other social support.

      The idea is to build on these successes, which operate in small and disjointed ways, by integrating them into a federally funded Works Progress Administration for the age of COVID-19 and its aftermath. It will require significant federal funding, especially as states are forced into austerity by plummeting tax revenues and balanced budget requirements. But the cost will be small compared to the recent $2 trillion stimulus. Reports show that we can scale up contact tracing for just a few billion dollars—a fraction of the bailout we’ve handed over to big businesses. Some in Congress have already seen the need, and a federal bill awaiting the president’s signature provides some funds that could go towards such jobs, along with the massive scale up in testing that we need—though not nearly enough. Even a vastly larger program, hiring five million Americans for the duration of the crisis, would still cost less than the corporate bailout. This is a deal, if we consider what it can do to help not only save lives but also help employ people and buffer us against economic depression.

      We could also mold the program to help shore up the present and future of those who are at grave risk, but not of dying from COVID-19. Many young people today are facing down a terrifying future. With more than twenty-six million unemployed and more to come, who will hire someone just out of high school? How will students get that first job to pay off their college loans?

      By whatever accident of grace, young people are least at risk of developing serious complications of COVID-19, making them an obvious priority for a jobs program. The staggering health disparities of the pandemic make another priority clear. We need care workers who are from, and trusted, in local communities, both to reach those most in need, and to help build resources and power in those same communities. We also should demand a program that can hire those who are hardest hit by this downturn, and who we’ve cast aside for too long.

      This means not focusing only on workers who are already highly skilled (much less volunteers, who will always skew toward those who need not worry about their daily bread). Some of these new recruits will need significant training, but we should not think of that as a problem—these are the same jobs we will need after COVID-19, and we have chronic shortages of exactly those skills nursing care and home health care workers that we will need to address this pandemic. And many of these jobs will use skills that come far more quickly: contact tracers can be trained in days, as can those who they will deliver food, masks, and hand sanitizer to families.

      We know from the work of those who study the impact of jobs guarantees—including programs that have been running for many years in other countries—that such programs can be scaled up quickly, and provide essential counter-cyclical stability, as well discipline the private labor market. Especially now, creating alternatives to exploitative jobs is urgent, the only right thing to do. Many “essential jobs”—in janitorial positions, as cashiers in grocery stores, delivery workers—look a lot like forced labor today. With few exceptions, if you quit, you aren’t eligible for unemployment, and other forms of support like those elusive $1200 checks are too small, and not available to many. A Community Health Corps could provide better jobs, driving up the pay of those workers that we call essential, but do not pay that way. If these Corps jobs stick around (folded in, perhaps, to a Medicare for All program), they can help not only address our needs for care, but also our needs for decent work—and our needs to benefit collectively from the talents of so many who are now relegated to the margins, locked up or tossed away. We can also build the Corps as a springboard for further training, where those who have served their country can be funneled into higher education, in a new GI Bill for the age of COVID-19.

      Getting back to normal was never going to be a solace for many in our country. Business as usual is precisely what has made us all more vulnerable to disasters like the one we are currently experiencing.
      The United States may have the most technologically advanced health care system in the world, but we’re leading the number of worldwide coronavirus cases because we’ve badly trailed other industrialized nations in health outcomes for years. Many of the hardest-hit communities in the COVID-19 pandemic have been reeling from long-term health crises, from the opioid epidemic and deaths of despair in Appalachia to the burden of maternal deaths and the ongoing HIV epidemic in the South, to an explosion of obesity across the country with its downstream effects: type 2 diabetes, hyperlipidemia, high blood pressure, cardiovascular disease, and cancer. The United States is sicker now with COVID-19, but we’ve been sick for long while in many other ways.

      Beyond helping to manage the current crisis, then, a Community Health Corps would help to improve the health of people historically left out of the circle of care. For too long we’ve focused at the top, spending on expensive, technologically advanced specialty care, while neglecting primary and community care and underpaying caregivers themselves. Even in the midst of the pandemic, community health centers, which should be the core of our health approach, have teetered on financial ruin. Meanwhile, the domestic workers and home health aides who perform the essential act of care have been underpaid and left out of federal labor protections. Not to mention that much of the work of caring is still done at home, falling disproportionately on women and people of color.

      Shoring up the foundations of U.S. health care by valuing care itself isn’t just the first step towards a more rapid, effective response to health threats in the future. It will also move us toward a new politics of care, that starts from the ground up, in the places, we live, work and socialize. A politics that builds power among the caregivers, as the act of caring becomes publicly recognized and compensated for the productive work it is. Done right—and without the racialized and gendered exclusions that characterized the WPA—these new jobs can be a source of power for those who have never been fully allowed a voice in our democracy.

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      To scale this up quickly, we will need to bring together organizations like Partners in Health, who are experienced at mobilizing in a community though largely in the global South, and who are trusted and effective in their work on health, with local organizations, working on civil, social and economic rights such as national groups like the Center for Popular Democracy and Community Change, and their diverse roster of local community organizations.

      Will it be easy to get our creaking, divided democracy to funnel resources into these programs? Probably not. But COVID-19 is conspiring to show us, all at once and in a way that no one can ignore, how central care is to a healthy society.
      Over the past four decades we’ve seen the erosion of government as a force for good in people’s lives, most often by design as conservatives have looked to shrink the state, weaken its effectiveness, and privatize its functions. Liberals have gone along and lost their faith in the kind of government that built their political base while helping millions in the modern era, starting with the New Deal, and the civil rights, social and economic programs that were the hallmark of the Great Society period in the 1960s. The U.S. state is so weak and untrusted right now that banks have had to take over as the vehicle for the provision of many of the billions just released under the emergency appropriations by Congress, as many Americans cursed the IRS because of delays in the small checks they were promised in COVID-19 relief.

      A Community Health Corps could be part of the remedy—in terms of the direct services and employment it could offer millions of Americans, in the ways in which this effort could lift up the health and well-being of so many, and also in terms of renewing faith in the power of government to help. The Corps would also be a prophylaxis—a first line in the response to the next challenges we face, whether it’s a seasonal return of COVID-19 or another pandemic, or the monumental troubles that climate change will rain down on our communities.

      It would also serve as a model, a test of one essential component of a Green New Deal: the creation of millions of good green jobs. Green jobs, after all, are not just in construction, and many directly benefit health. That is why the most compelling versions of such a proposal prioritize new care work jobs, as well as jobs restoring our trails and parks, and even making a place for the artists and writers whose work is some of the greatest legacy of the WPA. Some of these jobs might even be initiated as part of the Community Health Corps. With so little traffic on the roads, there is no better time to build bike lanes—and green housing too, if the safety of workers can be assured. Greening our cities and improving housing for low-income communities are an essential component of a healthier society, as well as a healthier planet. Climate change is the largest foreseeable threat to our health; we can start to address this looming crisis right now, as we combat this pandemic.

      We need more than a jobs program at this moment of national crisis, to be sure. We also need more SARS-COV-2 tests, more basic income, and better data about the pandemic, to name just a few. But rising up from under the cruel weight of this pandemic, we should also aim for something lasting and better. Getting back to normal was never going to be a solace for many in our country. Business as usual is precisely what has made us all more vulnerable to disasters like the one we are currently experiencing.

      Will it be easy to get our creaking, divided democracy to funnel resources into these programs? Probably not. But COVID-19 is conspiring to show us, all at once and in a way that no one can ignore, how central care—writ large, broadly conceived—is to a healthy society. Rudolf Virchow, the father of social medicine, once said: “Medicine is a social science and politics is nothing else but medicine on a large scale. Medicine as a social science, as the science of human beings, has the obligation to point out problems and to attempt their theoretical solution; the politician . . . must find the means for their actual solution.” A Community Health Corps is one actual solution, one place to start to build a new movement that heals us and our body politic, and that will allow us—all of us—to survive a pandemic, and then, to thrive.

      GREGG GONSALVES, AMY KAPCZYNSKI

      #soin #santé #politique_du_soin #santé_communautaire #pandémie #recherche_des_contacts #emploi #agents_de_santé_communautaire #aptitude_à_parler #médecine_sociale vs #solutionnisme_technologique #green_new_deal

  • Aide aux entreprises et nationalisation des salaires : qui paiera le « quoi qu’il en coûte » de Macron
    https://www.bastamag.net/chomage-partiel-garde-d-enfants-teletravail-nationalisation-des-salaires-q

    En prenant en charge une partie des salaires, via le chômage partiel, en aidant les entreprises ou les indépendants, en annonçant quelques mesures pour les plus démunis, l’État joue, même imparfaitement et avec retard, son rôle protecteur. Une question demeure en suspens : les grandes entreprises, les grosses fortunes et le secteur financier seront-ils mis à contribution ? « Tout sera mis en œuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises quoi qu’il en coûte ». En prononçant ces mots (...) #Décrypter

    / A la une, #Capitalisme, #Protections_sociales, Emploi

    #Emploi_

  • Les jobs créés grâce à internet, un secteur en plein boom : interview d’Antonio Casilli - Radio - Play RTS
    https://www.rts.ch/play/radio/forum/audio/les-jobs-crees-grace-a-internet-un-secteur-en-plein-boom-interview-dantonio-casi

    Antonio Casilli, professeur de sociologie du numérique à Télécom Paris, revient sur ces « jobs du dernier kilomètre », chauffeurs-livreurs qu’on ne remarquait pas avant mais qui, avec le confinement, sont non seulement plus visibles mais surtout assurent le boom de livraisons commandées en ligne toujours plus nombreuses.

    #travail #santé #GigEconomy #COVID-19

    ##santé
    https://www.rts.ch/2020/04/20/16/00/6469712.image/16x9/scale/width/640

  • Coronavirus : l’Etat vole au secours d’Air France avec une aide à hauteur de 7 milliards d’euros
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/04/25/coronavirus-l-etat-vole-au-secours-d-air-france-avec-une-aide-a-hauteur-de-7

    La compagnie aérienne va bénéficier de prêts bancaires et de prêts directs de l’Etat mais sa nationalisation « n’est pas à l’ordre du jour », précise Bruno Le Maire. Le gouvernement néerlandais a promis, lui, 2 à 4 milliards d’euros pour aider KLM.

    Un plan « historique » pour « sauver notre compagnie nationale » . Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire n’a pas hésité sur les mots ni sur les moyens pour soutenir Air France. Les Etats français et néerlandais ont ainsi promis des aides massives pour sauver le groupe de transport aérien Air France-KLM face aux conséquences désastreuses de l’épidémie liée au coronavirus, avec, au total, une dizaine de milliards d’euros de prêts.

    Air France va recevoir une enveloppe de 7 milliards d’euros, a indiqué le ministre de l’économie, lors d’une interview au journal de 20 heures de TF1. Cette aide se décomposera de 4 milliards de prêts bancaires garantis à 90 % par l’Etat et 3 milliards de prêt direct de l’Etat. M. Le Maire a, en revanche, souligné que la nationalisation de la compagnie n’était « pas à l’ordre du jour » , alors que l’option avait pu être évoquée. (...)

    Alors que la quasi-totalité de ses avions sont cloués au sol, Air France-KLM fait face à une situation critique. Les mesures annoncées vendredi sont prises « pour sauver les 350 000 emplois directs et indirects qui vont avec » , a indiqué M. Le Maire.
    Ce soutien « n’est pas un chèque en blanc » , a-t-il toutefois souligné. « Nous avons fixé des conditions à Air France. Des conditions de rentabilité, car c’est l’argent des Français donc il faut qu’Air France fasse un effort pour être plus rentable, et des conditions écologiques. Air France doit devenir la compagnie aérienne la plus respectueuse de l’environnement de la planète. C’est la condition à laquelle je suis le plus attaché » , a-t-il affirmé. (...)

    #Air_France #écologique #transports_aérien #économie

  • Les escargots : web série antivirale
    http://tv.lapesto.fr/videos/watch/64178646-707f-4606-b770-7611bdab5b00

    Après avoir trouvé dans des feuilles d’épinards deux escargots baptisés Coco et Virus, j’ai décidé de les adopter comme animaux de compagnie, et de réaliser avec eux une web série destinée à devenir…. antivirale !

    À chaque épisode, nous tenterons une sérénade à trois pour exprimer notre confinement subi et réfléchir sur la situation actuelle - des gesticulations angoissantes des gouvernements aux espoirs les plus fous qui naissent de cette expérience internationale d’un bouleversant arrêt du monde. Un éloge de la lenteur fait à toute vitesse pour tenter de trouver une issue cinématographique et politique aux paradoxes de notre temps !

    Dans ce premier épisode - Les présentations -, en guise de prologue, vous découvrirez les trois protagonistes qui, tout confinés chez eux qu’ils sont, entendent bien ouvrir, à leur rythme, quelques fenêtres pour faire respirer nos imaginaires.

    #Les_escargots #journal_de_confinement #confinement #web_serie #films

  • « Si on ne peut pas produire de spectacles à la rentrée, le pire s’annonce » : le coronavirus, crash test pour le secteur de la culture, Michel Guerrin, Brigitte Salino
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/04/21/le-coronavirus-crash-test-pour-le-secteur-de-la-culture_6037247_3246.html

    ENQUÊTE La crise sanitaire a provoqué un violent coup d’arrêt dans le monde des arts et des spectacles, qui ne compte plus les événements annulés ou repoussés. Cinémas, librairies, théâtres et musées ne savent pas s’ils vont pouvoir tenir ainsi au-delà de l’été.

    Tous les deux jours, Richard Patry va au cinéma. Le sien, à Elbeuf (Seine-Maritime), où il est né et habite, là où tout a commencé. Il l’a acheté à 24 ans avec l’argent des banques. A 55 ans, il possède 74 écrans, surtout en Normandie. Il a une tendresse pour son Grand Mercure. Il n’y a plus d’affiches dans le hall. Personne à la caisse. Il descend dans la grande salle, s’assoit au milieu. « Et là, parfois, je suis en larmes. » Pas un spectateur depuis le 14 mars. Quand il fait ses courses, il passe devant le bâtiment et croise son public, dans la rue, à distance.

    Jean-Marc Pailhole pleure, lui aussi, quand il se rend dans son Cargo de nuit, une salle de concert de 350 places à Arles (Bouches-du-Rhône). « Dans le silence, j’entends la musique des concerts passés, j’entends les gens heureux, et je repars avec mon blues. » Jean-François Chougnet, lui, dirige le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), à Marseille : « C’est horrible, les œuvres sont comme abandonnées. » Parfois, il les prend en photo. Pour se donner du moral, il jette un œil sur le jardin qui surplombe la mer, « magnifique en cette saison » . Olivier Haber pilote la Seine musicale, salle de 6 500 places à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Il lâche : « Tous les jours, je fais le deuil des spectacles que j’annule. »

    Il y a 2 000 cinémas en France, 2 500 salles de musique, 3 000 librairies, 1 200 musées, 16 000 bibliothèques, 1 000 théâtres. Un maillage du territoire unique au monde. Des lieux en dur, comme on dit, où se retrouve le public toute l’année. Des lieux qui donnent le tempo de la France culturelle et tissent du lien social. « On se rend compte maintenant qu’ils sont précieux pour notre santé mentale » , confie Jean-Marc Pailhole.

    Ces lieux sont petits ou gros, privés ou publics, appellent le silence ou la clameur, mais leurs patrons se retrouvent dans cette phrase de Shakespeare, relayée par le metteur en scène Peter Brook et Olivier Mantei, directeur du Théâtre des Bouffes du Nord et de l’Opéra-Comique, à Paris : « The readiness is all [“il faut être prêt à tout”]. »

    « De la sidération à la dépression »

    Nous avons écouté une trentaine de ces directeurs. Pour comprendre ce qu’ils ressentent et ce qu’ils font. « Je suis passé de la sidération à la dépression » , résume Richard Patry. Ils ont dû accepter des fermetures bien plus longues que prévu. Oublier les spectacles passés, qui marchaient fort, dit Olivier Mantei. Ecouter du chant grégorien, comme le fait Chris Dercon, président du Grand Palais, à Paris. Hervé Chandès, directeur de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, relit Paul Virilio, qui a théorisé la notion d’accident planétaire, ou médite un bout de papier griffonné par l’artiste Raymond Hains : « Aujourd’hui, c’est quand même formidable parce que c’est aujourd’hui. »

    Des directeurs touchés par le virus se soignent. Certains gagnent leurs lieux pour soutenir les rares agents sur place, qui multiplient les rondes pour prévenir les cambriolages ou les inondations, alors que d’autres veillent à ce que les œuvres ne soient pas infectées par des insectes. Les patrons de cinéma font tourner le projecteur numérique pour le maintenir en état. Les couturières de la Comédie-Française fabriquent des masques à la maison avec leurs machines à coudre, tandis que les soixante comédiens, « des lions en cage » , qui perdent 40 % de revenus depuis qu’ils ne sont plus sur scène, jouent pour le site en ligne. Les danseurs et musiciens de l’Opéra de Paris, qui sont des sportifs de haut niveau, s’entraînent tant bien que mal chez eux ou ailleurs. Dans les jardins du château de Versailles, les plantations printanières vont bon train. A la Bibliothèque nationale de France, les 3 000 places de lecture sont désertes, mais la climatisation tourne pour protéger les 40 millions de documents. Beaucoup s’évertuent à rassurer les personnels, payés sans pouvoir travailler et qui imaginent « un scénario de fin du monde » .

    Drôle de vie que d’attendre des jours meilleurs sans les voir venir. Depuis qu’Emmanuel Macron a parlé, le 13 avril, c’est la douche froide pour ceux qui pensaient rouvrir en avril, mai, juin ou juillet. Les patrons de grosses salles de concert disent déjà que l’automne sera périlleux. D’autres affirment que tant qu’il n’y aura pas de vaccin, donc pas avant 2021, les lieux culturels seront fragiles. Dix-huit mois de fermeture, c’est ce que recommande l’une des Académies régionales des sciences d’Allemagne pour les grandes salles de spectacle. Une éternité.

    Septembre, le juge de paix

    Aussi certains ont pris les devants avant même que M. Macron ne parle. Laurent Bayle, le patron de la Philharmonie, à Paris, a annulé tous les concerts dans sa salle de 2 400 places jusqu’à la fin août. Cyrille Bonin a fait de même pour Le Transbordeur (1 800 places), à Villeurbanne (Rhône). Olivier Haber ne voit pas comment accueillir la chanteuse Björk à la Seine musicale, fin juillet. « Il faut oublier et avancer. »

    Les librairies surtout, les cinémas aussi, aux jauges plus modestes, s’accrochent aux branches et espèrent pouvoir ouvrir avant l’été. Et si c’était septembre ? « Ne parlez pas de malheur ! » , répond Richard Patry. L’expression « small is beautiful » est néanmoins une valeur en hausse. Les libraires font leur inventaire, rangent, rafraîchissent leur vitrine. Plusieurs en France déposent déjà un livre ou un petit paquet à leurs clients. « On est prêt à ouvrir du jour au lendemain » , dit Rémy Ehlinger, qui tient la librairie Coiffard, à Nantes, et prépare aussi la rentrée littéraire. Comme les livres n’arrivent pas, il les lit sur ordinateur. « Pas sur tablette, je déteste. »

    Le juge de paix des théâtres, après la trêve estivale qui a fauché Avignon, c’est septembre. « Si on ne peut pas produire de spectacles à la rentrée, le pire s’annonce » , lâche Bertrand Thamin, président du Syndicat national du théâtre privé. « Oui, mais nous sommes sur un fil » , confie Pierre-Yves Lenoir, codirecteur du Théâtre des Célestins, à Lyon.

    Entendez : c’est bien beau d’ouvrir, mais dans quelles conditions pour le public, le personnel, les artistes, quand on sait que le virus raffole des lieux clos ? Le public se frôle, se touche, se parle, s’embrasse. Sur scène, les musiciens soufflent, les chanteurs hurlent, les choristes sont soudés, les comédiens s’enlacent, se battent, crient, postillonnent. « On représente tout ce qu’il ne faut pas faire » , dit Stéphane Lissner, en pensant aux 2 700 places et au plateau immense et souvent foisonnant de l’Opéra Bastille. « La culture incarne le partage physique et émotionnel », ajoute Christian Thorel, de la librairie Ombres blanches, à Toulouse.

    Le public reviendra-t-il ?

    Il faudra faire avec des mesures barrières, variables selon l’art et la jauge, selon que le public bouge ou est assis. Ne pas oublier les personnels. Le groupe de protection sociale Audiens a confié au professeur François Bricaire une étude visant à édicter des règles sanitaires dans la culture. En fait, tous les lieux planchent déjà sur la question. Au Prodiss, syndicat qui réunit la filière musicale, les idées fusent, dont certaines finiront dans un plan pour l’automne : certificats de santé, prise de température, distribution de masques et de gel, sas de sécurité avant la salle, heures d’arrivée imposées, jauge réduite… « Et pourquoi pas une prise de sang, tant qu’on y est, ou une interdiction aux plus de 60 ans ? » , raille un directeur de salle.

    Car la question divise. Certains sont prêts à toutes les contraintes pour rouvrir, tel Jean-Marc Pailhole : « Sinon on va devenir fous… » D’autres s’interrogent. Il n’est pas évident, avec un masque, de communier avec une rock star. « Comment imaginer un spectateur masqué tous les trois sièges alors que les comédiens ne le seront pas ? » , renchérit Eric Ruf, administrateur de la Comédie-Française. Comment imaginer des files d’attente de 300 mètres ? « D’accord pour réduire la jauge des cinémas de 50 %, mais au-delà, ça n’a plus de sens » , dit Richard Patry, qui préside aussi la Fédération nationale des cinémas français.

    C’est le public qui décidera, en venant ou pas. Les millions de Français qui, pendant des mois, auront dévoré des films à la télévision ou à travers des plates-formes, en toute sécurité depuis leur salon et pour pas cher, prendront-ils le risque de la salle ? « C’est ma plus grande angoisse » , répond Richard Patry. Un sondage répond oui, un autre non. Trop tôt pour savoir.

    Cela dépendra aussi du porte-monnaie des Français, alors que la récession et le chômage pointent. Mais aussi de l’offre des lieux culturels. Au début du confinement, on a cru que les fermetures du printemps provoqueraient un engorgement à l’été et à l’automne. Aujourd’hui, c’est le contraire qui se profile. Une grande partie du secteur culturel est portée par des stars souvent étrangères, dépendant d’une chaîne mondialisée, lourde, coûteuse et risquée. Leur pénurie se profile jusqu’à décembre. Si, en plus des avions qui ne volent pas, le déconfinement varie d’un pays à l’autre…

    « On n’aura pas les blockbusters cet été »

    Prenons l’exemple du cinéma. « Pour une vraie reprise, il faudra des films forts. Pas sûr que nous les aurons » , s’inquiète François Aymé, président de l’Association française des cinémas d’art et essai. « On n’aura pas les blockbusters cet été » , ajoute Richard Patry, citant uniquement Mulan, de Niki Caro, produit par Disney, dont la sortie a été repoussée de mars à juillet, et Tenet, de Christopher Nolan, programmé pour le 22 juillet. Un autre film Disney, Raya et le dernier dragon, est même reporté à 2021. Et puis, plusieurs films qui devaient être tournés au printemps ne seront pas prêts pour l’automne. Et même s’il y aura le 25e James Bond, qui ne sortira finalement qu’en novembre, « le succès des salles reposera surtout sur des films français de qualité » , veut croire François Aymé.

    C’est encore plus problématique pour les salles de musiques populaires. Les très grosses ont fait une croix sur les pointures mondiales et les tournées maousses, comme celles de Madonna ou Elton John. Les moyennes sont également en mal de stars. « L’automne sera très dur car tout est à l’arrêt, plus personne ne prend le risque de programmer » , dit Olivier Haber, patron de la Seine musicale. Même constat pour Cyrille Bonin, celui du Transbordeur. « Comme toutes les salles de mon rang, je ne vois pas comment programmer mes 70 dates de septembre à décembre, qui sont pourtant des mois cruciaux. Je peux prendre un jeune groupe lyonnais, mais le public viendra-t-il ? »

    Et puis, de gros spectacles ne seront pas prêts à la rentrée, faute d’avoir pu répéter pendant l’été. C’est le cas de Starmania, prévu à la Seine musicale du 22 septembre au 31 décembre. 100 000 billets déjà vendus. Mais Olivier Haber juge « irréaliste » de pouvoir ouvrir à cette date. Dans un autre genre, La Walkyrie, de Wagner, doit être donnée fin novembre à l’Opéra de Paris. C’est loin, novembre, mais des répétitions étaient prévues cet été. « On va avoir un gros problème » , commente Stéphane Lissner.

    La rentrée littéraire sera elle aussi allégée. Quant au paysage des expositions temporaires, il s’appauvrit de semaine en semaine. Le coup est rude quand on sait qu’elles tirent la fréquentation des musées. L’été pourri a déjà eu raison de « Pharaons superstars », prévue au MuCEM de Marseille jusqu’au 17 août, et aussi du sulfureux artiste anglais Damien Hirst, qui devait exposer à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, à Paris.

    Le match des milliardaires repoussé

    L’automne suit la même spirale négative. On s’attendait à un match de haut vol entre les frères ennemis de l’art contemporain, les milliardaires François Pinault et Bernard Arnault. Mais l’inauguration de la Collection François Pinault, logée dans la Bourse du commerce, au cœur de Paris, qui devait d’abord avoir lieu en juin avant d’être reportée à la mi-septembre, vient d’être décalée à nouveau, au printemps 2021. Les finitions du bâtiment, « gelées » par le confinement, les incertitudes et un accueil du public à repenser expliquent le report d’un site que son directeur, Martin Bethenod, qualifie joliment de « Belle au bois dormant » .

    En octobre, Bernard Arnault prévoit toujours dans sa Fondation Louis-Vuitton, au Bois de Boulogne, et pour cinq mois, l’exposition de toutes les promesses et de tous les dangers, soit la collection Morozov (Picasso, Renoir, Matisse, Monet…), conservée dans trois musées russes. Un gros pari : dépenser des millions d’euros en espérant les retrouver avec la billetterie. Bref, il s’agit de rééditer « le coup » magistral de la collection Chtchoukine, 1,2 million d’entrées en 2016 et 2017. Mais les conditions ne seront plus les mêmes. « Il faut s’adapter pour exister, explique Jean-Paul Claverie, qui conseille Bernard Arnault. On retravaille la scénographie pour fluidifier les foules, il y aura des réservations obligatoires, on ouvrira tôt le matin et on fermera tard le soir. On y croit ! Il faut retrouver de l’optimisme ! » On peut néanmoins se demander si la date sera maintenue, d’autant qu’une quinzaine de convois sont prévus entre la Russie et la France pour faire venir les œuvres.

    L’automne est bien la saison de tous les dangers. Etre fermé sera dramatique. Mais être ouvert peut l’être aussi. Le scénario catastrophe ? Faire venir à la Philharmonie des chefs et orchestres à des coûts importants qui se produisent devant une salle pleine à 70 % ou 80 %, le public étant rebuté par les mesures barrières ou une deuxième vague de contagion. « On se retrouve vite avec 2 ou 3 millions d’euros dans la vue » , dit Laurent Bayle.

    D’autant que le public du théâtre, du classique ou de l’opéra est en bonne partie constitué des aînés qui, comme le pense Stanislas Nordey, pourraient faire défection. « Ils vont nous manquer et on va leur manquer » , ajoute le directeur du Théâtre national de Strasbourg. Même crainte pour les théâtres privés où, en plus, les acteurs sont souvent des séniors, affirme Bertrand Thamin : « Auront-ils le droit de jouer ? »

    Un boulot « déprimant »

    Avec un printemps rayé de la carte culture, un été meurtri et un automne périlleux, tous les patrons de musées et de salles de spectacle revoient les agendas. « Un boulot dingue et déprimant » , entend-on partout. Annuler ou reporter ? C’est le dilemme. Annuler est plus facile, mais douloureux et coûteux. Reporter l’est moins, mais c’est épuisant et incertain. Parfois, il n’y a pas le choix, tant les calendriers des lieux et des artistes sont chargés.

    Les musées reportent souvent. La Réunion des musées nationaux, à Paris, travaille sur 25 expositions en même temps. Compliqué. Compliqué aussi, cafardeux surtout, pour les nombreux musées qui ont travaillé trois ans sur une exposition accrochée au mur à la mi-mars et fauchée par le virus. C’est le cas de « Picasso, baigneuses et baigneurs », au Musée des beaux-arts de Lyon, qui a coûté 1 million d’euros sur les 1,7 million dont le musée dispose pour sa programmation annuelle. « J’y vais tous les jours, c’est affreux » , dit la directrice, Sylvie Ramond, qui envoie régulièrement au personnel, de son ordinateur, une image commentée parmi les 150 œuvres au mur.

    Sylvie Ramond a surtout obtenu du principal prêteur, le Musée Picasso de Paris, de pouvoir garder les œuvres jusqu’au 24 août. Elle voudrait plus longtemps, tant elle sait l’été menacé. La Philharmonie a également prévu pour l’été une exposition du maître espagnol et voudrait la prolonger. Pas simple pour le Musée Picasso de dire oui à tout le monde, alors qu’il avait 1 200 œuvres hors les murs à l’heure du confinement. « On a fait tourner les ordinateurs et joué au chamboule-tout, ça épuise » , dit son président, Laurent Le Bon.

    Et puis, tous les lieux culturels voient l’argent s’évaporer à mesure que les jours passent. « La période est un crash test » pour la culture, ajoute Laurent Le Bon. D’autant que personne n’était assuré pour une imprévisible pandémie. Le ministère de la culture leur a demandé de chiffrer les dégâts en plusieurs scénarios. Chacun brandit des millions, qui sont plus des pertes d’activité que des pertes d’argent, oubliant aussi les économies faites. Reste que l’ardoise globale des lieux culturels sera lourde, dépassant le milliard. Sans parler d’autres acteurs culturels, souvent plus touchés, artistes et auteurs en premier, techniciens, associations de proximité et une ribambelle de métiers.

    Souffrances comparées

    La vraie question, pour ces lieux en dur, c’est de savoir qui va souffrir le plus et qui est vraiment menacé. Olivier Mantei, qui dirige à la fois un lieu public bien subventionné, l’Opéra-Comique, et un privé qui l’est très peu, le Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, cerne trois cas de figure : « Les établissements subventionnés à 70 % et plus vont bien tenir, car ils ont de quoi payer leurs frais fixes. Ceux qui sont autour de 50 % de subventions résisteront tant bien que mal. Ceux dont la subvention est très largement sous les 50 % vont souffrir. »

    Dans le premier cas, on trouve la Comédie-Française, le Théâtre national de Strasbourg, ou la Bibliothèque nationale de France, qui vivent en très grande partie de l’argent de l’Etat. On trouve aussi des milliers de lieux (musées, opéras, théâtres, bibliothèques, certains cinémas) financés, eux, par des villes. « Ce modèle de service public, où la billetterie n’est pas centrale, restera solide » , parie Sylvain Amic, directeur de plusieurs musées à Rouen et en Normandie. Leur seul risque, à tous, est de voir leur subvention rognée, tant l’Etat et les villes seront submergés par les urgences à cause du virus. « A nous de nous débrouiller avec nos riches collections si on perd des crédits » , répond Sylvain Amic.

    Deuxième cas, les nombreux lieux « mixtes » – à peu près autant de subventions que de ressources propres (billetterie, location d’espaces, mécénat). Les marques les plus connues, souvent à Paris, en font partie : Opéra de Paris, Louvre, Centre Pompidou, Philharmonie… L’arrêt de la billetterie va les fragiliser. Avec circonstances aggravantes pour l’Opéra de Paris, qui a de grosses charges fixes, perd beaucoup d’argent quand il est à l’arrêt et a déjà vu s’envoler 18 millions d’euros lors des grèves contre la réforme des retraites. Ces établissements publics n’ont pas droit au chômage partiel et doivent payer leurs salariés – un coût sévère si ça dure jusqu’à Noël. Ils devront sans doute serrer leurs frais, abandonner des projets, privilégier les plus rentables. Mais certains ont un fonds de roulement pour tenir. Et ils sont trop prestigieux pour chanceler, d’autant plus pour disparaître.

    Le troisième cas est le plus inquiétant. Dans le public, il y a le Grand Palais, autofinancé à 85 %, ou le château de Versailles, à 70 %. Versailles, qui vend jusqu’à 30 000 tickets par jour en août, et dont 80 % du public est étranger – on ne le reverra pas de sitôt –, prévoit 80 millions de pertes d’activité d’ici à décembre. Mais les salaires sont payés par l’Etat, qui ne le lâchera pas. Ni le Grand Palais.

    Non, l’inquiétude vise d’abord le secteur privé – librairies, cinémas, théâtres, galeries d’art, musées, salles rock ou clubs de jazz. Leur personnel est souvent en chômage partiel, mais sans vente de billets ou de livres, ces lieux peuvent rarement payer les charges. Et leur trésorerie est souvent exsangue.

    Grands travaux mis en sommeil

    Le Prodiss estime à 590 millions d’euros les pertes de chiffre d’affaires des musiques populaires de mars à mai. La suite sera pire. « La déflagration sera massive tant des salles sont fragiles » , dit Malika Seguineau, directrice du Prodiss. « Le Transbordeur tiendra jusqu’à début septembre, après je ne sais pas » , affirme Cyrille Bonin, inquiet pour les salles plus petites que la sienne. Et que feront les actionnaires des très grosses ? « Le producteur à gros cigare qui s’en met plein les poches, c’est fini depuis longtemps » , dit Olivier Haber.

    Les 1 200 cinémas privés sont dans la même galère, avec 300 millions de pertes d’activité à la fin mai. François Aymé ajoute que les deux premiers mois de 2020 ont été « effroyables » (moins 24 % de fréquentation). Les salles d’art et d’essai et celles situées au centre des villes reçoivent des aides spécifiques, mais pas de quoi éviter de voir les finances plonger dans le rouge si le confinement dure des mois. Sans recettes, le rouge arrivera en mai pour la plupart des théâtres privés, affirme Bertrand Thamin. Antoine Mory, qui travaille pour les six théâtres parisiens de Jean-Marc Dumontet, ajoute que la scène privée ne tient que lorsqu’elle joue longtemps la même pièce. « Des spectacles ont été stoppés net par le confinement. Nous sommes assez solides, mais d’autres théâtres pourraient disparaître. » Notamment, selon Bertrand Thamin, « ceux qui ont subi un ou deux bides avant le virus ».

    Pour les libraires, l’Association pour le développement de la librairie de création a dû dégager en urgence 5 millions d’euros. « On va avoir beaucoup de demandes » , prédit Didier Grevel, son directeur. Dans son enseigne nantaise, Rémy Ehlinger a perdu 140 000 euros de chiffre d’affaires sur le mois de mars. Il dit pouvoir tenir jusqu’à septembre. Mais les librairies, pilotées par des passionnés, souvent assises sur un stock solide, font de la résistance depuis si longtemps…

    Trois cas de figure donc, mais aussi un avantage pour les lieux publics sur les lieux privés. Sauf que les premiers, sur un point précis, pourraient souffrir fort : des travaux de construction et de rénovation pourraient être décalés par un Etat désargenté et des mécènes introuvables. Ce qui n’est pas sans poser problème. Le Grand Palais doit fermer en janvier 2021 pour une rénovation chiffrée à 466 millions d’euros. « Je n’imagine pas un abandon, car ces travaux sont indispensables » , dit Chris Dercon. D’autant que le bâtiment doit servir aux Jeux olympiques de 2024. La Bibliothèque nationale de France, dont les rayonnages seront saturés en 2023, attend un nouveau bâtiment, construit hors de Paris, pour 90 millions d’euros. Le Centre Pompidou pourrait fermer en 2023 pour trois ans, afin de bénéficier d’une cure de jouvence chiffrée à 200 millions. Versailles doit trouver 10 millions chaque année pour son entretien, et son corps central nord attend une rénovation estimée à 100 millions d’euros. Que vont devenir tous ces projets ?

    Personne n’imagine pourtant le modèle culturel français s’écrouler, à la différence des Etats-Unis, où 10 000 musées sont menacés de faillite et où la plupart des 50 000 employés des salles de cinéma sont au chômage sans indemnités. Certains disent même, à l’instar de l’économiste Jean-Michel Tobelem, que le virus est le signe que la chaîne culturelle doit aller vers plus de « sobriété » . Pourquoi pas une offre plus modeste, qui ne cherche plus les foules, et made in France ? Nos responsables y songent, mais ils pensent encore plus, au-delà de multiples aides sectorielles, au grand plan de relance annoncé par Emmanuel Macron. La culture en sera, mais à quel niveau ? « Elle n’est plus une priorité depuis longtemps, et elle doit le redevenir » , demandent Olivier Mantei et Stéphane Lissner. Ce n’est pas gagné.

    #crise_sanitaire #culture #économie #emploi #intermittence

  • Pour rappel, dans le journal du Dimanche, c’est-à-dire le jour précédent l’intervention de Macron annonçant la réouverture des écoles à partir du 11 mai, on croyait savoir, « de source gouvernementale » :
    https://www.lejdd.fr/Politique/coronavirus-emmanuel-macron-veut-encore-serrer-la-vis-3961388

    Ensuite, il n’y aura vraisemblablement pas de rentrée des classes avant l’été – donc pas avant septembre. En tout cas pour les écoles primaires et maternelles, dont les élèves ne peuvent se plier aux fameuses « mesures barrière ». De source gouvernementale, on indique que « le plus probable est un report généralisé à la fin de l’été », des petites classes jusqu’aux universités – d’autant que l’annulation des épreuves du bac est déjà actée.

    Dites les pingouins, votre « source gouvernementale », c’est pas Blanquer par hasard ? Le ministre qui apprend ses propres « décisions » par voie de presse…

    • On pointe à raison que cette relance prématurée de l’école tient à la nécessité de remettre au moins une partie des parents dans l’emploi qui fait la valeur de notre économie en les libérant de leurs enfants plutôt que de leur filer un pognon de dingue avec le chômage partiel mais c’est oublier que le plaidoyer pour le retour à l’école souligne aussi qu’arrêter de mars à septembre c’est risquer de gâcher une bonne habitude qui prépare d’ailleurs à celle de l’emploi (l’école c’est l’école du travail, c’est le travail).
      De plus, il y a là un enjeu immédiat de maintien de l’ordre. Une politique qui s’en tiendrait à une logique sanitaire ouvrirait la voie à la multiplication des « sauvageons » dans des quartiers populaires dont on ne sait jamais tout fait comment ils peuvent rester contrôlables, à un moment ou l’économie informelle en général est en rideau et ou quelque 2 à 300 000 personnes (et leurs familles) dépendent des emplois informels d’un commerce de drogues (de 20 balles/jour à 500 balles la semaine, sans même parler de ceux qui touchent au benef) en grande difficulté d’approvisionnement et d’exercice (confinement). Une situation qui prive de revenu des centaines de milliers de personnes tout en les laissant dans un otium qui ne tarde pas à se révéler moins mignon que celui décrit dans les journaux de confinement est dangereuse.
      Donc, oui, la classe dominante et les dirigeants se tâtent. Et puis finalement, faut décider.

      #maintien_de_l'ordre #emploi #travail #école #revenu

  • Coronavirus : la crise sanitaire exacerbe la fracture sociale et politique, Daniel Cohen, Yann Algan, Bruno Cautrès et Luc Rouban
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/18/coronavirus-la-crise-sanitaire-exacerbe-la-fracture-sociale-et-politique_603

    Selon le baromètre du mois d’avril du Cevipof, seule la moitié des sondés considèrent que les Français sont traités à égalité par les mesures gouvernementales.

    Les résultats de la vague d’avril 2020 du Baromètre de la confiance politique du centre de recherche de Sciences Po (Cevipof) montrent que, si l’épidémie a suscité une mobilisation massive des Français et des services publics, l’unanimité de façade masque bien des failles. En France, plus encore qu’au Royaume-Uni et en Allemagne, la crise sanitaire a révélé et exacerbé les fractures sociales. Le confinement, « fait social total » pour reprendre une formule chère aux sociologues, n’a pas fermé la porte aux inégalités et aux tensions politiques. Dans de nombreux domaines, il les a aiguisées.

    L’#emploi est un indicateur très révélateur pour expliquer ces tensions. L’enquête confirme tout d’abord les résultats déjà collectés par l’Insee et Pôle emploi. Un tiers des personnes interrogées sont au chômage partiel auquel s’ajoutent 6 % de commerçants qui doivent fermer boutique, un autre tiers doit continuer à travailler sur place, malgré le confinement, tandis que presque 30 % des sondés peuvent travailler de chez eux.

    Inégalités territoriales

    Le télétravail est sans surprise la marque des catégories favorisées, les cadres notamment. Ils sont 44 % à pouvoir le faire. A l’autre bout, seulement 3 % des ouvriers y ont accès, 55 % d’entre eux étant au chômage partiel. Les inégalités territoriales sont de même ampleur : 47 % de ceux qui vivent à Paris ou dans son agglomération sont passés en télétravail contre 20 % de ceux qui vivent dans le Nord-Est. Cette configuration de l’espace social est parfaitement reflétée dans les préférences partisanes des personnes. Les électeurs de Marine Le Pen ne sont que 14 % à télétravailler. Les électeurs d’Emmanuel Macron et de Benoît Hamon sont respectivement 41 % et 44 % à pouvoir le faire. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon sont, à l’aune de ce critère, dans la moyenne nationale.

    44 % des cadres peuvent télétravailler. Alors que seulement 3 % des ouvriers y ont accès, 55 % d’entre eux étant au chômage partiel.
    Si 58 % des personnes interrogées déclarent que la crise due au coronavirus a renforcé la solidarité entre les Français, ce sentiment se vit très différemment selon la situation en emploi : ils sont 62 % à le penser parmi ceux qui sont au télétravail, mais 54 % parmi ceux qui travaillent in situ. Deux blocs bien distincts s’opposent sur le partage des efforts face à la crise. Si 92 % des électeurs de Mme Le Pen et 94 % des électeurs de M. Mélenchon soutiennent les mesures économiques, le chômage partiel notamment, seule la moitié des sondés considèrent que les Français sont traités à égalité par les mesures gouvernementales, et cette part tombe à 34 % parmi les électeurs de La France insoumise et 45 % parmi les électeurs de Marine Le Pen.
    Forte demande de protectionnisme économique

  • Tribune de la faim. « Privés de jobs, cloîtrés, les étudiants les plus démunis sont tenaillés par la faim et l’angoisse »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/15/universite-prives-de-jobs-cloitres-les-etudiants-les-plus-demunis-sont-tenai

    Ils et elles sont des milliers actuellement confinés dans des conditions dramatiques, dénoncent dans une tribune au « Monde » plus d’un millier d’universitaires.

    Tribune. La faim. Vous avez bien lu. C’est elle qui menace les étudiants restés confinés dans les logements de leur centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous) ou dans leurs studios de location. Depuis un mois déjà, restaurants universitaires, épiceries solidaires et autres relais d’alimentation habituels ont fermé leurs portes. Les campus déserts prennent l’allure de no man’s land.

    Les étudiants qui le pouvaient ont rejoint leur famille. Mais pas les étrangers, pas ceux qui vivent loin de leurs proches ou « en rupture de ban », pas les précaires enfin. Tous ceux-là sont restés isolés, parfois sans connexion Internet, voire sans ordinateur – à plusieurs kilomètres du premier supermarché, s’il peut encore leur être utile. Privés de leurs jobs étudiants, ils n’ont d’autre choix que de rester cloîtrés, tenaillés par la faim. La faim et l’angoisse. Celle qui naît du sentiment d’avoir été oublié de tous.

    Comment en sommes-nous arrivés là ? Les Crous se félicitent d’avoir adopté des « dispositifs d’urgence » : distributions de bons d’achat dématérialisés, prises de contact par téléphone, mises à disposition de paniers repas… En réalité, tributaires de leurs méthodes de recensement et d’évaluation sociale, de tels dispositifs ont moins apaisé la faim que la mauvaise conscience.

    La mobilisation de la société civile

    Leurs rouages se sont empêtrés dans des monceaux de formulaires et de pièces justificatives, interdisant à nombre d’étudiants d’accéder aux soutiens auxquels ils ont droit. Aux lourdeurs administratives et au manque de moyens, humains et financiers, s’est ajoutée l’absence d’information claire et accessible : serveurs saturés, standards téléphoniques occupés, aucun affichage papier sur les campus, assistantes sociales en sous-effectif…

    Pis, loin de prendre la mesure de l’urgence, le Centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous) aggrave les conditions de vie des plus vulnérables en exonérant de loyer seulement les étudiants qui ont pu regagner leur foyer familial. Tous ceux qui n’ont pu faire autrement que de rester sont mis en demeure de payer. Or, ce sont précisément les plus démunis, ceux que le confinement plonge dans la déréliction.

    Face à cette incurie, la société civile s’est mobilisée. Sur le campus bordelais, par exemple, un collectif composé d’étudiants, de doctorants et de maîtres de conférences s’est constitué pour venir en aide aux étudiants. Grâce aux dons recueillis en ligne, le collectif « Solidarité continuité alimentaire Bordeaux » a livré près de 800 colis alimentaires, sur environ 950 demandes enregistrées. Son action courageuse, menée dans le respect des mesures sanitaires, a été couverte par la presse.

    Besoin d’une aide d’urgence organisée par le gouvernement

    Des actions comparables prennent forme ailleurs. Comble de malchance, la cagnotte en ligne ouverte par le collectif a été bloquée, le gestionnaire du site arguant de mesures de sécurité. Ce blocage a contraint les bénévoles à œuvrer sur leurs deniers personnels, puis à suspendre leurs activités, le 10 avril. Depuis, les demandes continuent d’affluer, sans aucune réponse possible. Certains étudiants ont maintenant passé plusieurs jours sans manger…

    Ce qui est fait pour les sans-domicile-fixe et dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ne l’est toujours pas pour ces invisibles. Question aux universités : pourquoi n’ont-elles pas débloqué d’urgence leurs fonds de solidarité étudiants ? Même si certaines universités ont déjà mis en place des actions d’aide sociale, elles ne sauraient, vu l’ampleur des besoins, se substituer à une aide d’urgence organisée par le gouvernement.

    Quand les pouvoirs publics responsables ne répondent plus et que les bonnes volontés sont dans l’impasse, comment éviter l’escalade ? Isolés, sous-alimentés, incapables de payer leur loyer, a fortiori de continuer d’étudier, certains ont perdu tout espoir. Comment les empêcher de craquer ? Des cas de suicide ou de décès sur les campus ont été déjà été signalés dans la presse. Ces tragédies augurent-elles de la catastrophe à venir ? Que faire pour empêcher le pire d’arriver ?

    Porter assistance aux étudiants

    Les solutions ne peuvent venir que des responsables au plus haut niveau : ceux qui ont entre leurs mains le pouvoir de décider. Autrement dit, le Cnous et le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, dont il dépend. C’est à eux qu’il revient d’agir vite, c’est eux que nous interpellons !

    Nous proposons les mesures suivantes : l’annulation immédiate de tous les loyers Crous ; la simplification et l’accélération de toutes les procédures d’aide alimentaire, financière, et informatique, associée à une communication sur le terrain ; la mise en œuvre d’une assistance psychosociale adaptée ; enfin, et il s’agit du simple bon sens, la subordination de la « continuité pédagogique » à la certitude de pouvoir manger à sa faim.

    Car exiger d’étudiants qu’ils continuent d’apprendre et d’être évalués le ventre vide n’est pas seulement absurde, mais cruel et inhumain. C’est ajouter à la peur du lendemain l’angoisse d’échouer. Face à cette pression intolérable, c’est la vie de milliers d’étudiants qui est aujourd’hui menacée. Comme notre président s’y est engagé dans son allocution du 13 avril, il revient au gouvernement de leur porter assistance. Maintenant.

    Premiers signataires : Etienne Balibar, professeur émérite de philosophie politique, université Paris-10-Nanterre ; Ludivine Bantigny, maîtresse de conférences en histoire contemporaine, université de Rouen ; Marc Crépon, directeur de recherches en philosophie, CNRS/ENS/PSL ; Pierre Antoine Fabre, directeur d’études, EHESS ; Bernard Friot, professeur émérite de sociologie, université Paris-10-Nanterre ; Mathilde Larrère, maîtresse de conférences en histoire politique du XIXe siècle, université Gustave-Eiffel ; Frédéric Le Roux, professeur des universités, mathématiques, Sorbonne université ; Jean-Claude Monod, directeur de recherches au CNRS) ; Willy Pelletier, sociologue, université de Picardie, coordinateur général de la fondation Copernic ; Guislaine Refrégier, maîtresse de conférences en biologie, université Paris-Saclay ; Marina Seretti, maîtresse de conférences en philosophie, université Bordeaux-Montaigne ; Nathalie Sigot, professeure d’économie, université Paris-I-Panthéon-Sorbonne ; Barbara Stiegler, professeure de philosophie politique, université Bordeaux-Montaigne ; Constance Valentin, CR CNRS Physique, université de Bordeaux ; Michelle Zancarini-Fournel, professeure émérite d’histoire, université Claude-Bernard-Lyon-1.
    La liste complète des signataires est accessible en cliquant sur ce lien
    https://sites.google.com/view/signataires-tribune-de-la-faim/accueil

    « Les prochaines semaines risquent d’être très compliquées » : confinés et sans job, la vie sur le fil des étudiants précaires, Alice Raybaud, 01 avril 2020
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2020/04/01/les-prochaines-semaines-risquent-d-etre-tres-compliquees-confines-et-sans-jo

    Alors que près de la moitié des jeunes financent leurs études grâce à des petits boulots, nombreux sont ceux qui se retrouvent en difficultés financières depuis le début du confinement. Des aides se déploient.

    Trois kg de féculents, des conserves et des produits d’hygiène. Tel est le contenu des paniers qui sont distribués, depuis le 18 mars, à des centaines d’étudiants bordelais confinés dans leurs cités universitaires. Gantés, masqués et toujours un par un, ce sont des doctorants, post-doctorants et maîtres de conférences des universités de la métropole qui se chargent bénévolement de la livraison : une urgence face à la situation de « détresse » de certains jeunes, alertent-ils par le biais de leur collectif, Solidarité : continuité alimentaire Bordeaux.

    Suspension des loyers

    « Avec la fermeture des restaurants universitaires, on s’est rendu compte que certains étudiants n’avaient pas mangé depuis quarante-huit heures, raconte un des membres du collectif. Plus que la continuité pédagogique, l’enjeu est surtout, aujourd’hui, celui de la continuité alimentaire. » Le collectif, qui a lancé une cagnotte en ligne, recense à ce jour plus de 650 demandes sur le campus et a effectué 460 livraisons de paniers, principalement dans les logements Crous.
    « Plus que la continuité pédagogique, l’enjeu est surtout, aujourd’hui, celui de la continuité alimentaire », un membre du collectif bordelais
    Au niveau national, 40 % des étudiants qui résident dans des logements du Crous sont restés sur place, indique le Centre national des œuvres universitaires. Ce public déjà fragile ne bénéficiera pas de la suspension des loyers, annoncée pour tous ceux qui ont quitté les lieux pour rejoindre leur famille, et qui ne paieront donc plus leur logement à partir du 1er avril et jusqu’à leur retour.

    « Pour la majorité des étudiants qui nous contactent, la perte d’un job ou d’un stage est venue se rajouter à une vulnérabilité antérieure, ce qui rend leurs dépenses courantes très compliquées », observe-t-on du côté du collectif bordelais, qui demande la suppression des loyers Crous pour tous. Les étudiants aux emplois souvent précaires sont en effet parmi les premiers à pâtir du confinement. Ces pertes de revenus viennent fragiliser des budgets déjà sur le fil, dans un contexte où près d’un étudiant sur deux travaille pour financer ses études, et où un sur cinq vit déjà sous le seuil de pauvreté (IGAS, 2015).

    « Difficile de se concentrer sur les cours »

    Depuis septembre, Marion, 20 ans, étudiante en science du langage à la Sorbonne-Nouvelle, encadrait les enfants de sa ville de Grigny (Essonne) sur les temps périscolaires. « Mais comme je suis en “contrat volant”, c’est-à-dire qu’on m’appelle seulement selon les besoins, je ne toucherai rien jusqu’à la réouverture des écoles », déplore la jeune femme, qui vit dans un appartement avec son père, au chômage, son frère et sa sœur. Ses revenus permettaient de payer les factures et la nourriture de la famille. « Les prochaines semaines risquent d’être très compliquées », s’inquiète Marion, qui cherche sans relâche un autre job dans un magasin alimentaire. Alors qu’elle s’occupe des devoirs de sa fratrie confinée et qu’elle a dû composer quelques jours avec une coupure d’électricité, « se concentrer sur les cours à distance est difficile », confie-t-elle.

    Pour Claire (le prénom a été modifié), 21 ans, en master métiers de l’enseignement à Colmar, c’est « le flou ». « A la bibliothèque où je travaille, on nous a promis de faire le maximum pour que notre rémunération soit maintenue, mais rien n’est encore sûr. L’aide aux devoirs, qui me permettait de payer ma nourriture, c’est devenu impossible, confie-t-elle. Il faudra diminuer les frais de courses. » Juliette (le prénom a été modifié), étudiante en lettres modernes de 20 ans, faisait de la garde d’enfant, sans contrat. Un « bon plan », habituellement. « Mais dans cette situation, cela veut dire : pas de compensation, et je n’ai pas d’économies de côté, souffle-t-elle. Heureusement, je suis confinée chez ma famille en Bretagne, avec moins de dépenses. Je regarde pour bosser dans une agence d’intérim, en usine, mais mes parents ne sont pas rassurés à l’idée de me laisser sortir… »

    Aides sociales d’urgence

    Pour répondre à ces situations de #précarité, les Crous s’organisent pour délivrer davantage d’aides ponctuelles. Dix millions d’euros supplémentaires ont été débloqués, mardi 31 mars, par le ministère de l’enseignement supérieur. « Des directives nationales nous permettent de monter nos dotations jusqu’à 560 euros, à destination des étudiants nationaux comme internationaux, et cumulables avec les bourses », explique Claire Maumont, responsable du service social au Crous de Poitiers, qui observe qu’un tiers des dernières demandes émanent d’#étudiants touchés par une perte d’#emploi et jusque-là inconnus de leurs services. Pour elle, « l’enjeu, dans cette période difficile, est de garder le lien avec nos étudiants : nos services réalisent du porte-à-porte dans les cités universitaires, avec médecin et infirmière, pour nous assurer de la #santé et de l’alimentation de nos résidents. »

    Encouragées par des directives ministérielles, certaines universités mettent également en place des #aides_sociales_d’urgence, à partir des fonds de la Contribution de vie étudiante et de campus (CVEC). A l’université de Bordeaux, les étudiants en difficulté peuvent par exemple bénéficier d’une aide mensuelle de 200 euros. « On peut décider d’accorder une aide plus importante au cas par cas, et de délivrer des #bons_alimentaires sous forme de carte prépayée en cas d’urgence », précise Anne-Marie Tournepiche, vice-présidente Vie de campus de l’université, qui s’attend à une « augmentation importante des demandes d’aides financières dans les prochains jours ». En outre, les étudiants #autoentrepreneurs pourront bénéficier de l’aide exceptionnelle de 1 500 euros annoncée le mardi 17 mars par le ministère de l’économie.

    Bons alimentaires, aides ponctuelles des universités… Ces mesures ne seront pas suffisantes sur le long terme pour l’Union nationale des étudiants de France (UNEF). « Ces aides sont aléatoires selon les établissements, et parfois compliquées à obtenir, explique Mélanie Luce, présidente du syndicat étudiant. Quant aux aides du Crous, débloquer dix millions d’euros apportera un nouveau souffle mais ne permettra pas de répondre à toutes les situations si le confinement se poursuit. D’autant qu’il y aura des répercussions sur la longueur, notamment sur les jobs d’été, qui sont essentiels pour de nombreux étudiants. » L’UNEF, qui demande la mobilisation de fonds étatiques plus « massifs » s’inquiète aussi de la situation des #étudiants_étrangers, « pour la plupart non éligibles aux #bourses et ne pouvant accéder à toutes les aides d’urgences, qui comptaient sur un job pour vivre et sont désormais dans une situation catastrophique », rappelle Mélanie Luce.

    « Les plus précaires au front »

    C’est le cas de Noélia, étudiante péruvienne de 20 ans, en licence d’espagnol à la Sorbonne-Nouvelle. Grâce à un #job de baby-sitter, en contrat étudiant sur une #plate-forme en ligne, elle arrivait jusque-là « plus ou moins » à gérer ses mois. Mais depuis que Noélia ne peut plus entrer en contact avec l’enfant qu’elle gardait, la plate-forme ne lui a facturé aucune heure.

    « Je ne sais pas si j’aurai le droit au #chômage_partiel. J’ai demandé mais n’ai toujours pas reçu de réponse. Je n’ai plus d’économies car j’ai tout dépensé avec une maladie pour laquelle je suis allée à l’hôpital le mois dernier. Heureusement, je suis hébergée par des amis, mais comment est-ce que je vais faire pour continuer à les aider à payer le #loyer et la nourriture ? Et comment être sûre que je pourrai avoir mes papiers français, pour lesquels on m’a demandé de justifier d’un revenu de 650 euros mensuels ? »

    Pour certains étudiants, notamment ceux qui travaillent dans des grandes surfaces, l’arrêt de leur job n’était pas une option. Lucas, 22 ans, a accepté d’augmenter ses heures dans le magasin bio où il travaille. « Cela me permettra de me renflouer », concède-t-il. Solène, 21 ans, a, elle, essayé de faire valoir son #droit_de_retrait dans son magasin de Dourdan (Essonne). « On me l’a refusé, prétextant la mise en place de protections sanitaires. Sinon, c’était l’abandon de poste et je ne peux pas me le permettre, avec le prêt étudiant de 20 000 euros que je viens de contracter. » Solène se rend donc chaque jour au magasin, avec la peur de rapporter le virus chez elle et de contaminer ses proches. Désabusée, elle déplore : « Ce sont les plus précaires, les petits employés, qu’on envoie au front. »

    #confinement #Crous #dette #prêt_étudiant #premiers_de_corvée #premières_de_corvée