• #Lobby du #plastique : 2,5 millions d’euros par an pour continuer de polluer

    Les industriels ont consacré 2,5 millions d’euros pour inciter les pouvoirs publics à abandonner des textes visant à réduire la pollution, notamment plastique, selon un #rapport inédit de #Zero_Waste_France. Reporterre y a eu accès en amont et a enquêté sur les coulisses de ce #lobbying au Parlement.

    Toutes les marques utilisatrices, les producteurs, les géants du recyclage... On savait le lobby de l’emballage puissant, mais pas à quel point. Il a dépensé 2,5 millions d’euros en 2025 pour lutter contre la règlementation française visant à sortir du #tout-jetable, selon le rapport de Zero Waste France « Le lobbying décomplexé des industriels de l’emballage » à paraître le 8 octobre, auquel Reporterre a eu accès en amont en exclusivité.

    Couverts jetables, pailles, cotons-tiges… Alors que la loi #Antigaspillage_pour_une_économie_circulaire (#Agec) prévoyait une réduction de 20 % des emballages plastiques à usage unique entre 2021 et 2025, leur mise sur le marché a tendance à augmenter.

    Entre-temps, d’autres textes législatifs qui auraient aidé à baisser notre consommation de plastique, comme la #taxe_plastique, ont été torpillés l’an dernier. Derrière ce recul environnemental, le poids du lobbying des acteurs de l’emballage, donc, mesuré et documenté pour la première fois grâce aux données du registre des représentants d’intérêts de la Haute autorité de transparence pour la vie publique (HATVP) épluchées par Zero Waste France.

    Il comprend des marques fans de la matière plastique pour leur emballage, comme #L’Oréal, mais surtout des producteurs de plastique, représentés par #Plastalliance, #Polyvia ou #Elipso ; enfin, les mastodontes du recyclage comme #Paprec, #Suez ou #Veolia — Reporterre zoome sur ces trois derniers dans un prochain article.

    L’Oréal contre la taxe plastique

    Sur le front s’activent des marques très connues, pas prêtes à abandonner ce contenant léger, pratique, bon marché et support marketing rêvé comme L’Oréal, qui a mobilisé sa force de frappe. Le fleuron du groupe #LVMH détenu par le milliardaire Bernard Arnault a œuvré en sous-main pour que l’intérêt privé prime.

    « Limiter l’impact financier d’une nouvelle taxe plastique pour les entreprises », c’est écrit noir sur blanc comme action d’influence exercée auprès des décideurs publics par L’Oréal en 2025 et déclarée dans le registre de la HATVP.

    Pour se justifier, le leader des cosmétiques assure à Reporterre soutenir « une juste application du principe du pollueur-payeur et contribuer à ce titre à la #Responsabilité_élargie_du_producteur (#REP) des emballages ménagers. Nous nous sommes opposés à l’instauration d’une nouvelle taxe plastique qui ferait doublon avec ce dispositif ». La taxe a finalement été abandonnée, marquant une première victoire du lobby du plastique en 2025. Et elle n’a pas fait sa réapparition dans le projet de loi de finances pour 2027.

    Les fausses informations du lobby du plastique

    Comment le lobby du plastique s’y prend-il pour parvenir à ses fins ? D’abord, il réussit à minimiser le #danger que représente pour la planète ce matériau dérivé du #pétrole via les fédérations qui représentent ses producteurs, Plastalliance, Polyvia et Elipso.

    Si elles sont inconnues du grand public, elles sont très coutumières des arcanes du Parlement. Il s’agit du lobby de l’emballage le plus actif : ces trois organisations ont multiplié les déclarations d’actions d’#influence pour préserver le droit à polluer de leurs membres auprès de la HATVP.

    Elles trouvent ensuite des relais au sein du Parlement pour soutenir leurs propos, comme #Vincent_Louault, sénateur Les Indépendants-République et territoires d’Indre-et-Loire. « La France ne participe pas au fait que les océans soient dégueulasses. Le coup de la paille dans le nez des tortues, ça ne marche pas. Demandez à l’IA [intelligence artificielle], elle va vous dire que l’Europe est le continent qui pollue le moins », soutient à Reporterre l’élu, habituel porte-voix de l’industrie plasturgique.

    Zero Waste France rappelle pourtant que le pays produit deux fois plus d’ordures que la moyenne mondiale. Elle dénonce aussi le « #colonialisme_des_déchets » en rapportant que les nations riches engendrent bien plus de détritus et qu’en 2021, notre pays en exportait 800 000 tonnes en matière plastique.

    S’agissant des risques pour la #santé, « quand on nous dit qu’on a du plastique dans les testicules et le cerveau, c’est des fake news », lance Vincent Louault, agriculteur de profession qui s’est illustré en bataillant pour le retour des pesticides néonicotinoïdes. Or, les études existent.

    Devant la caméra de « Complément d’enquête », il a lui-même admis avoir usé de fausses informations pour défendre l’#acétamipride. Et il est également le conseiller agriculture choisi par Édouard Philippe (Horizons) pour l’élection présidentielle 2027 selon Contexte.

    En tout cas, « les #microplastiques sont présents dans tous les organes humains », selon un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, qui s’émeut de « corrélations inquiétantes entre la présence de plastiques et l’altération de certains organes, voire l’apparition de pathologies ».

    Pour la droite, le plastique, c’est fantastique

    Malgré tout, en 2026, le slogan « Le plastique, c’est #fantastique » est toujours d’actualité pour Plastalliance : la fédération plasturgique l’a choisi pour souhaiter la bonne année en janvier sur le réseau social LinkedIn.

    Interrogé par Reporterre, #Joseph_Tayefeh, secrétaire général de Plastalliance, se réjouit des perspectives d’augmentation de la production plastique pourtant dénoncée par les ONG.

    Ses arguments résonnent fortement avec ceux répétés en boucle par le sénateur de droite Vincent Louault. Joseph Tayefeh joue sur la corde sensible en insistant sur « les risques de pertes d’#emplois si les industriels français sont soumis à davantage de règles », appuie le lobbyiste. « Je ne suis pas amoureux du plastique, mais je me bats contre tout ce qui porte atteinte aux intérêts de l’#industrie française », revendique Vincent Louault en écho.

    Le patron de Plastalliance avoue « échanger essentiellement avec des parlementaires centristes, de droite et d’extrême droite, les partis qui s’intéressent le plus aux questions industrielles ». « Les élus de droite sont les auteurs de l’immense majorité des amendements pro-emballage », assure d’ailleurs Marine Bonavita, responsable plaidoyer de Zero Waste France.

    Le deuxième lobby de la plasturgie, Elipso, remercie aussi Vincent Louault sur LinkedIn, ainsi qu’une autre parlementaire, #Manon_Bouquin, à l’époque députée devenue sénatrice le 27 septembre sous les couleurs du Rassemblement national.

    Et ce, pour « leur présence et leurs interventions sans langue de bois » à l’occasion de la convention annuelle Elipso 2026. Elle n’a pas répondu à Reporterre, de même qu’Elipso, pas plus que le député de la droite républicaine #Laurent_Wauquiez, qui a âprement lutté contre la taxe plastique.

    Des #amendements coécrits avec le lobby du plastique

    Quant à Polyvia, le principal syndicat professionnel de l’industrie française de la plasturgie, Zero Waste France n’a pas pu intégrer dans son addition le budget que cette organisation a consacré en 2025 au lobbying. Et pour cause, il n’apparaît pas dans le registre de la HATVP. Polyvia invoque auprès de Reporterre un « souci technique » et confesse un montant conséquent, de 545 000 euros… Qui s’ajoute encore à la somme révélée par l’ONG.

    #Xavier_Chastel, le directeur général de Polyvia, se défend dans un premier temps que son groupement d’entreprises soit un lobby. Il a pourtant déjà été épinglé pour avoir mené une campagne publicitaire polémique pro-plastique.

    Et Polyvia n’hésite pas à contacter directement les faiseurs de lois, comme le 16 octobre 2025 : dans un courriel auquel Reporterre a eu accès, la fédération « demande aux parlementaires de supprimer » la taxe plastique, tout simplement.

    Mis devant le fait accompli, le patron admet « échanger avec le cabinet du ministre de l’Écologie et les parlementaires », tout en se défendant de « passer des amendements ». Dans son courriel, Polyvia argumente toutefois ainsi : « La taxe envisagée risque de dégrader significativement la compétitivité des matériaux plastiques sans pour autant améliorer les performances en matière et de recyclage des emballages ».

    Entendu cinq sur cinq par le sénateur Vincent Louault, qui a repris l’argumentaire de Polyvia dans un de ses amendements. « Je travaille avec les fédérations de professionnels, notamment celles du plastique, qui me font remonter des alertes, consent le parlementaire. Quand elles me semblent justifiées, je les recontacte et nous coécrivons les amendements. »

    « L’industrie se dit : “Cool, on en a un acquis à notre cause” »

    En l’occurrence, il a déposé 14 amendements en commission et 10 en plénière sur le projet de loi portant sur diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne (Ddadue), le deuxième texte récent clé dans la bataille de l’emballage. Il devrait revenir en discussion au Parlement prochainement.

    Et dans une publication LinkedIn, Plastalliance ne se cache pas d’une réelle coconstruction de la loi en rendant compte d’une rencontre avec Vincent Louault accompagnée du hashtag #ddadue. « Je suis un des seuls parlementaires à m’intéresser à l’#industrie_plastique alors forcément, elle se dit : “Cool, on en a un acquis à notre cause” », commente le législateur.

    Le lobby des industriels de l’emballage sait regrouper ses forces pour défendre ses intérêts dans les coulisses du Parlement. Il n’hésite pas non plus à verdir son image en utilisant celle d’élus, idéalement, à la fibre écologiste… C’est le cœur du second volet de cette enquête à paraître le 8 octobre.

    ▻https://reporterre.net/Lobby-du-plastique-2-5-millions-d-euros-par-an-pour-continuer-de-polluer
    #emballages #pollution

  • #Allemagne : un « #centre_d'opportunités » pour intégrer les migrants sans titre de séjour

    Un “centre d’opportunités” situé dans l’est de l’Allemagne propose aux migrants qui risquent l’expulsion un parcours vers l’intégration, la #valorisation de leurs #compétences et un #emploi. Ce projet pilote va accompagner quelque 200 personnes sur un an.

    Lancé le 1er juin dans le Land de Brandebourg, la région autour de Berlin, un "centre d’opportunités" s’est fixé comme objectif de mieux intégrer dans le système éducatif et sur le #marché_du_travail les personnes sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire mais ne pouvant être expulsées pour diverses raisons.

    Cela concerne entre autres les personnes bénéficiant d’un séjour toléré (#Duldung) : leur demande d’asile a certes été rejetée, mais elles ne peuvent retourner dans leur pays d’origine pour des raisons souvent administratives (absence de documents d’identité ou d’accord de réadmission) ou médicales. Le centre s’adresse aussi aux migrants dont la situation juridique est encore en cours de clarification.

    Le but est d’aider ces personnes à intégrer le marché du travail et, à terme, de leur offrir une voie leur permettant de rester en Allemagne.

    Le “centre d’opportunités” doit accompagner entre 200 à 300 personnes par an et proposer des cours de langue, des formations professionnelles, des parcours éducatifs et des passerelles vers l’emploi ou des stages. Actuellement, une centaine d’hommes, de femmes et de mineurs profitent déjà du projet.

    Le premier cours d’allemand, qui compte 17 participants - originaires principalement du Cameroun, du Kenya, d’Afghanistan et d’Afrique du Sud -, a débuté cette semaine. Bon nombre de ces étudiants étaient auparavant hébergés au centre de premier accueil d’#Eisenhüttenstadt.

    “L’intégration est à la fois une offre et un effort individuel. L’intégration, c’est du travail pour les deux parties. Le pays crée de réelles opportunités et les immigrés y participent activement en fonction de leurs moyens”, a déclaré René Wilke, ministre de la Migration et de l’Intégration du Land de Brandebourg (l’Allemagne fédérale est composée de 16 régions appelées Länder) lors de la cérémonie d’ouverture de la structure le 21 août.

    “L’immigration ne devient pas automatiquement un atout", a-t-il ajouté. "Elle nécessite des lois, des règles claires, des structures efficaces et du temps. Elle nécessite une société prête et disposée à accueillir des personnes, à les laisser s’épanouir et à faire preuve de curiosité. À adopter ce qui est utile et à rejeter ce qui ne convient pas. Elle a besoin de nouveaux arrivants qui acceptent et respectent les conditions existantes”.

    Un quart de la population active sera bientôt à la retraite

    Le Land de Brandebourg table sur une pénurie d’environ 120 000 travailleurs d’ici 2031 et affirme que les ressortissants étrangers seront indispensables pour combler ce déficit et soutenir la croissance et l’#emploi.

    Selon le ministre René Wilke, dans certaines régions, entre 25 et 30% de la population active actuelle pourrait prendre sa retraite d’ici cinq ans. Les secteurs des transports, de la logistique, de l’hôtellerie, du commerce de détail, de l’agriculture et des services de santé devraient être particulièrement touchés.

    L’Autorité centrale en charge des étrangers du Land de Brandebourg (ZABH) a enregistré 6 089 nouvelles arrivées l’année dernière, soit une baisse d’environ 25% par rapport à 2024. Les principaux pays d’origine étaient l’Ukraine, l’Afghanistan, la Syrie, la Russie et la Turquie.

    Les données officielles du gouvernement indiquent qu’entre janvier et décembre 2025, 1 275 droits de séjour sont arrivés à échéance dans le Brandebourg.

    Les statistiques nationales montrent aussi qu’en Allemagne, à la fin de l’année dernière, 361 000 demandeurs d’asile bénéficiaient d’un statut de protection en cours d’examen, ce qui signifie qu’aucune décision juridique n’avait encore été rendue concernant leur demande d’asile, les empêchant de s’intégrer dans le pays.

    Par ailleurs, on estime à 178 000 le nombre de personnes dont la demande d’asile n’a pas été acceptée ou qui ont perdu leur statut de protection et qui sont donc passibles d’expulsion. Parmi elles, environ 140 000 personnes, soit 79%, bénéficiaient d’un séjour toléré, (Duldung), qui n’a pas été renouvelé.

    L’#AfD réclame des centres d’expulsions, et non pas d’insertion

    Le "centre d’opportunités" est salué par les associations. "Ces personnes suivent une formation, elles ont un emploi, et les services de l’immigration ne leur permettent plus de travailler, ou ne les autorisent même pas à commencer, ou encore ne leur accordent tout simplement pas de titre de séjour", a résumé Kirstin Neumann, porte-parole du Conseil des réfugiés de Brandebourg interrogée par la radio publique RBB, reconnaissant que ce centre est un premier pas dans la bonne direction.

    Mais la militante veut aller plus loin et renforcer plus largement les structures de ce type au niveau local, plutôt que de soutenir une poignée de personnes dans un unique centre.

    De son côté, le parti d’extrême droite et anti-immigration AfD a organisé une manifestation devant le centre le jour de son inauguration. Selon le président du groupe parlementaire de l’AfD au parlement régional, Hans-Christoph Berndt, les personnes présentes sur le site devraient être placées en rétention administrative. "L’Allemagne doit rester le pays des Allemands. C’est pourquoi nous disons non au ’centre d’opportunités’. Les demandeurs d’asile déboutés doivent quitter le pays”, a-t-il insisté.

    ▻https://www.infomigrants.net/fr/post/73322/allemagne--un-centre-dopportunites-pour-integrer-les-migrants-sans-tit
    #sans-papiers #intégration
    ping @karine4

  • « Mais alors, vous êtes pour la traduction automatique ? »

    Réponse à quelques arguments courants en faveur de l’intelligence artificielle générative (9)

    Le 1er décembre 2025, l’Atelier d’écologie politique de Toulouse lançait un manifeste, aussitôt signé massivement par des membres de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) et de l’éducation nationale (EN) déclarant adopter une posture d’objection de conscience face au déploiement des technologies d’IA générative (IAg) dans leurs institutions. Le manifeste, que nous vous incitons à signer, justifie cette position par trois considérations majeures : le gouffre énergétique et matériel qu’implique le développement de l’IA, et dans le contexte de crise climatique, son caractère écocidaire ; les désastres sociaux, géopolitiques, économiques qu’engendre cet accélérateur des infrastructures industrielles ; enfin le futur dystopique (désinformation, dépendance, attaques contre la démocratie…) que nous promettent les mégafirmes aux commandes du développement de l’IA. Depuis le lancement de ce manifeste, l’Atecopol (Atelier d’Écologie Politique de Toulouse) s’est lancé dans un travail politique et pédagogique non seulement remarquable mais absolument indispensable. Nous n’entrevoyons qu’une minime partie des conséquences que pourrait avoir l’éclatement de la bulle financière liée à l’IA, mais les manifestations du réchauffement climatique – qu’accélèrent à une vitesse inouïe les data centers nécessaires à l’IA – sont, cet été, d’ores et déjà très concrètes. C’est ce qui nous amène à reproduire, avec son autorisation, l’argumentaire détaillé produit par l’Atecopol. Comprenant 12 réponses à des objections entendues régulièrement (au-delà de la cantine ou de la salle des profs), il constitue un outil précieux pour mener le combat contre l’adhésion à toutes sortes de mythes et de mensonges. Il contribue aussi et surtout à construire un autre imaginaire politique, à dessiner un monde différent que celui que nous promet l’IA : entreprise à laquelle le Collectif Les mots sont importants s’associe pleinement.

    Ce qu’en pensent les traducteurs et traductrices professionnelles.

    Plusieurs traducteur·ices nous ont interpellé·es sur la phrase suivante du manifeste : « Nous sommes par ailleurs conscient·es que le terme « IAg » recouvre des applications très diverses, dont certaines sont déjà largement intégrées à nos pratiques, telles que la traduction ou la transcription automatique. » Cette phrase ne visait pas à cautionner ces pratiques en soi (des « exceptions » qui seraient légitimes), mais prenait acte du fait que certains usages d’IAg avaient déjà produit une sorte d’effet de cliquet dans nos institutions. Il s’agit notamment de trois usages : i) le peaufinage de textes en anglais rédigés par des scientifiques avant publication, ii) la traduction de pages web dans des langues complètement inconnues de nous, pour pouvoir les lire, et iii) la transcription automatique d’entretiens en sociologie, qui semble s’être imposée comme norme dans certains laboratoires. Nous ne pensons pas que les individus puissent à eux seuls défaire les verrouillages technologiques, et nous voulions signifier que l’objection de conscience face à l’IAg n’implique pas de se défaire personnellement de tous les attachements qui ont été produits dans ces institutions ou qui le seront. Cela étant dit, les usages de traduction et transcription par IAg posent des problèmes profonds dont nous n’avions pas forcément conscience en écrivant cette phrase. Les traducteur·ices qui nous ont interpellé·es considèrent ainsi que les trois usages cités sont problématiques. Nous souhaitons relayer ici leurs arguments, qui nous semblent justes et méritent d’être connus. Leur texte ci-dessous décrit également plus largement la problématique liée à la traduction face à la vague de l’IAg. Il a été écrit par des traducteur·ices des collectifs En Chair et En Os et IA-lerte générale.

    Faut-il faire des exceptions ?

    Le passage du manifeste sur la traduction peut être compris comme la suggestion que certains usages de l’IAg seraient « moins graves » que d’autres et que des « exceptions » pourraient leur être accordées dans l’objection de conscience. Contre cette idée, et d’autant plus peut-être que le manifeste prend les limites planétaires comme point de départ, il nous semble difficile de ménager des exceptions à l’usage quotidien de l’IA, comme si la traduction ou la transcription vocale constituaient moins un « gouffre énergétique et matériel » (nous reprenons les termes du manifeste) que les autres usages de l’IA. Au « caractère écocidaire » de l’IA doit aussi s’ajouter son coût social (des travailleureuses des mines à celleux des data centers). Si l’on doit absolument prévoir des « exceptions », cela ne doit-il pas se faire à l’aune d’une étude bénéfices-risques pour l’humain et pour la planète ?

    La question de l’emploi

    Le caractère « moins grave » de l’usage de la traduction automatique est parfois défendu au motif que celle-ci n’intervient généralement pas en remplacement d’un·e traducteurice de métier mais pour des situations ponctuelles et bénignes. Or, même dans un tel cas, l’entraînement des modèles de langage repose sur des données produites par des personnes. On sait qu’une partie de ces données ont été volées (par exemple, Meta a admis avoir entraîné son modèle sur une base de données de livres piratés, et c’est probablement le cas pour Mistral aussi. Mais même lorsque les données ont été acquises « légalement », leur exploitation repose sur une exception au droit d’auteur (« exception TDM » de 2019) dont la légitimité et la cohérence avec la Convention de Berne (qui régit le droit d’auteur) sont remises en cause. TOUTE sortie machine, qu’il s’agisse de « traduction » ou plus largement de génération de texte, repose donc sur l’exploitation illégitime et possiblement illégale de données sous droit d’auteur. Par ailleurs, toute utilisation de la traduction automatique donne de la légitimité à cet outil, et participe donc à la disqualification des traducteur·ices et à la dégradation de leurs conditions de travail et de rémunération. Cela rend caduc l’argument selon lequel « ça ne vole le travail de personne ».

    Les cas i) et ii) (peaufinage d’un texte écrit en anglais, et traduction de pages web) posent la question de la capacité des chercheur·euses à analyser de manière critique la traduction ou correction produites. On peut supposer qu’ils ont recours à l’IA parce qu’ils n’ont pas confiance en leurs compétences linguistiques, sont structurellement débordés et espèrent gagner du temps. Dans ces conditions, ils seront tentés de « croire » aveuglément au texte produit par l’IA et ne seront pas en mesure d’en déceler les problèmes – qui existent. D’ailleurs, sans cette foi accordée à la sortie machine, il n’y a pas de raison d’y recourir puisque c’est extrêmement fatiguant de repasser derrière. Rien ne garantit donc que la sortie machine, en particulier sur le travail spécialiste et très ciblé des collègues, soit plus satisfaisante que la rédaction d’un·e collègue plus ou moins à l’aise dans la langue cible. Pourquoi ne pas admettre qu’un texte écrit dans une langue qui n’est pas la langue maternelle du chercheur n’a pas à être parfait (et qu’on n’a pas forcément besoin que tout soit en « anglais international », d’ailleurs) ?

    Le cas ii) pose également la question des langues « minorisées ». Si elles sont toutes « traduites » en anglais, elles cesseront alors inéluctablement d’être des langues d’expression scientifique, et la légitimité de la recherche dans ces langues « rares » en souffre. Or le multilinguisme (des scientifiques et en général), et la traduction humaine de l’état de l’art, est bien plus désirable que l’illusion de la transparence des langues que permettrait la traduction-machine.

    Pour le cas iii) (transcription des entretiens), nous ne sommes pas sociologues et nous garderons donc de répondre sur cette question. Un très bon interlocuteur en la matière serait le sociologue Juan Sebastian Carbonell, qui vient de sortir un livre sur l’IA (Un taylorisme augmenté, Amsterdam). Une transcriptrice décrit ici son travail et explique en quoi il se différencie d’une transcription automatique. De manière générale, il faut se méfier de l’idée que l’IA a « tout changé » : ce qu’elle a changé, c’est surtout l’acceptabilité sociale de l’automatisation totale de certaines tâches.

    L’argument du gain de temps

    En général, il faut s’interroger sur l’impression de gain de temps, l’illusion d’optique qui consiste à croire qu’il est moins chronophage de corriger un texte existant que de faire le travail soi-même. Cette impression vient beaucoup du côté « rassurant » d’avoir un texte devant soi plutôt que de partir d’une page blanche. Et c’est d’autant plus rassurant qu’on est par ailleurs fatigués, angoissés… Cela vaut pour les collègues comme pour les étudiants. Pour ce qui est de la traduction, la profession est unanime quant au fait que la post-édition (correction de sorties machines) ne représente aucun gain de temps significatif, mais une grande perte de sens et de bien-être au travail.

    Dans un contexte universitaire, si le recours aux IAg dans nos professions semble si séduisant malgré tout, c’est parce que nous n’avons plus le temps de faire correctement notre métier. Nous croulons sous les tâches annexes et, pour des choses qui relèvent de notre cœur de métier, nous devons aller plus vite, parce que nous avons une exigence de rentabilité. La question n’est pas de « gagner » du temps (en lâchant sur la qualité), mais de réfléchir à quoi serait occupé ce temps prétendument « gagné » : à répondre à plus de mails et d’appels à projets (rédigés et évalués par IA), à corriger plus de copies, à faire des heures sup de cours payées en-dessous du SMIC, à publier ET périr à petit feu ? Nos désirs de concession à l’IAg ne sont qu’une conséquence du publish or perish et de la dégradation de nos conditions de travail.

    Repenser la communauté universitaire ?

    Plutôt que de céder aux sirènes de l’IAg, peut-être faudrait-il repenser l’esprit de coopération au sein de la communauté universitaire, et nous entraider davantage en mutualisant nos compétences (par exemple linguistiques), notamment au sein des labos. Cela demande du temps, ainsi qu’une reconnaissance et une valorisation de cet effort collaboratif. Là où l’IAg a pour but de détricoter les liens sociaux, accepter notre dépendance vis-à-vis des autres (collègues qui nous aident, professionnels qu’on rémunère…) nous semble un modèle plus sain, plus propre aussi à la diffusion des compétences (comme le plurilinguisme) — un modèle pluriel, incarné, qui n’efface pas toutes les compétences et limites individuelles derrière la puissance algorithmique.

    ▻https://lmsi.net/Mais-alors-vous-etes-pour-la-traduction-automatique
    #IA #AI #intelligence_artificielle #traduction #objection_de_conscience #transcription #ESR #recherche #université #IAg #écocide #coût_social #emploi #travail #exploitation #langues_minorisées #multilinguisme #efficacité #temps
    via @fil

  • Le taux d’emploi pour les immigrés en Europe atteint un niveau record - InfoMigrants
    ▻https://www.infomigrants.net/fr/post/72623/le-taux-demploi-pour-les-immigres-en-europe-atteint-un-niveau-record

    Le taux d’emploi pour les immigrés en Europe atteint un niveau record
    Par RFI Publié le : 24/07/2026
    Les personnes immigrées dans l’Union européenne n’ont jamais autant eu accès à l’emploi, d’après une étude allemande. La plus forte progression concerne les populations de migrants hors UE.
    Plus de 68 % des personnes vivant dans un pays autre que celui où elles sont nées ont un emploi, un taux record d’après une étude de la fondation Rockwool à Berlin. Les migrants intra-européens sont même moins touchés par le chômage que les populations locales. L’accès à l’emploi se généralise pour les populations immigrées en Europe, même si cette réalité cache de fortes disparités. La plus forte progression concerne par exemple les populations de migrants hors Union européenne. Désormais deux tiers d’entre eux sont officiellement intégrés au marché du travail contre moins de 60 % en 2017. « Les immigrés s’adaptent de plus en plus aux besoins du marché du travail européen, ils sont plus flexibles, peuvent plus facilement se rendre dans les pays ou les régions qui ont besoin de leur force de travail », explique Tommaso Frattini, professeur d’économie à l’université de Milan et l’un des co-auteurs de l’étude.
    En revanche, même si le phénomène concerne toutes les populations - locales comme immigrées -, les femmes venues de pays hors Union européenne sont les moins intégrées au marché du travail.
    « Une des explications, c’est que ces femmes arrivent souvent en Europe via le regroupement familial, c’est-à-dire qu’elles rejoignent un compagnon qui travaille déjà sur le continent et leurs compétences à elles sont moins adaptées au marché du travail. C’est un potentiel inexploité, si l’Europe trouve le moyen de mieux les intégrer, cela pourrait aider à combler les besoins de main-d’œuvre. »
    Autre potentiel inexploité mis en avant par ce rapport : les immigrés les plus éduqués trouvent rarement un travail en accord avec leur niveau d’études. Améliorer la reconnaissance des diplômes fait partie des pistes.

    #Covid-19#migration#migrant#UE#economie#emploi#immigration#sante

  • Handicap : « Les #critères_d'attribution_de_l'AAH devraient se situer au regard d’une perspective d’emploi » - Les Echos
    ▻https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/handicap-les-criteres-dattribution-de-laah-devraient-se-situer-au-regard-du

    Il serait temps que les départements renoncent à n’attribuer l’allocation aux adultes handicapés qu’aux personnes sans emploi et qui, selon elles, ne seraient pas susceptibles de travailler plus d’un mi-temps. Explications du haut fonctionnaire Philippe Garabiol.

    [...]

    De fait, pour réduire le coût financier de l’AAH pour les départements, il n’existe que deux solutions : réduire l’accès à l’AAH par des verrous administratifs ou accroître le flux de sortie du dispositif par l’emploi. La seconde est plus vertueuse que la première. Pour cette raison, il serait temps que les MDPH renoncent à n’attribuer l’AAH qu’aux personnes sans emploi et qui, selon elles, ne seraient pas susceptibles de travailler plus d’un mi-temps.

    Cette interprétation des textes en vigueur, nonobstant le débat sur son assise juridique et son caractère discriminatoire à l’égard de certains types de handicap, représente un véritable épouvantail pour les employeurs désireux de recruter des travailleurs handicapés et condamne ceux-ci aux emplois dans le secteur protégé.
    Les critères d’attribution de l’#AAH devraient clairement se situer au regard d’une perspective d’#emploi et non au regard d’une incapacité totale ou partielle d’emploi, ce qui correspond d’ailleurs à la volonté du législateur.

    ▻https://justpaste.it/e4p7t

    faire travailler les #allocataires pour faire des économies en versant davantage d’#AAH_différentielle (qui prennent en compte le salaire).

  • La France du Nord et de l’Est victime de la mondialisation, celle du Sud et de l’Ouest en pleine dynamique
    ▻https://theconversation.com/la-france-du-nord-et-de-lest-victime-de-la-mondialisation-celle-du-

    La fracture entre villes et campagnes s’est imposée comme l’une des principales clés de lecture des inégalités territoriales françaises. Pourtant, les dynamiques régionales dessinent une autre géographie. Héritée de la désindustrialisation, une ligne de partage séparant le Nord et l’Est du Sud et de l’Ouest continue de structurer l’économie et les trajectoires sociales du pays.

    #emplois #désindustrialisation #mondialisation

  • #Anthony_Edo et #Hillel_Rapoport, économistes : « L’impact de l’immigration sur le #taux_d’emploi des natifs est globalement neutre »

    Dans leur essai « L’Impact de l’immigration sur le marché du travail », les deux économistes passent en revue plus d’une centaine d’études menées sur les effets de l’immigration sur le marché du travail, afin de livrer une analyse scientifique sur une question largement débattue dans le champ politique.

    Anthony Edo, chercheur au Centre d’études prospectives et d’informations internationales, et Hillel Rapoport, professeur à l’université Paris-I - Panthéon-Sorbonne et à la Paris School of Economics, soulignent, dans leur ouvrage L’Impact de l’immigration sur le marché du travail (Les Presses de Sciences Po, 144 pages, 9 euros), qu’en de nombreux cas les immigrés, de par leurs compétences productives et leurs qualifications, ne représentent pas une concurrence directe pour les natifs.
    Votre ouvrage propose une synthèse d’un grand nombre d’analyses académiques consacrées aux effets de l’immigration sur le marché du travail. A quelle conclusion arrivez-vous ?

    Hillel Rapoport. Pour étudier un tel sujet, un préalable s’impose : il faut se départir d’une approche intuitive, largement répandue. Celle-ci s’appuie sur l’idée que, lorsque l’offre d’un bien augmente sur un marché, les prix devraient baisser. Suivant cette logique, si l’on accroît la présence de travailleurs sur le marché du travail, par exemple du fait de flux migratoires, alors la compétition pour l’accès aux emplois devrait s’accentuer et les perspectives d’emploi des personnes nées dans le pays concerné diminuer, au même titre que le niveau moyen des salaires. Or ce n’est pas la conclusion à laquelle on aboutit.

    Anthony Edo. Nous constatons en effet un impact globalement neutre de l’immigration sur le salaire moyen et le taux d’emploi des natifs. L’immigration est souvent assimilée à un choc d’offre sur le marché du travail. Or, l’étude que nous avons menée nous montre que les choses sont bien plus complexes : le facteur travail n’est absolument pas homogène. Les immigrés n’ont pas forcément les mêmes compétences productives, les mêmes qualifications que les natifs. Ces derniers ne sont donc pas « remplaçables » dans de nombreux cas, et des complémentarités peuvent même apparaître entre immigrés et natifs.

    ▻https://www.lemonde.fr/emploi/article/2026/01/22/anthony-edo-et-hillel-rapoport-economistes-l-impact-de-l-immigration-sur-le-
    #économie #impact #migrations #emploi #marché_du_travail #livre #immigration

    ping @karine4 @reka

    –—

    ajouté à la métaliste sur le lien entre #économie (et surtout l’#Etat_providence) et la #migration... des arguments pour détruire l’#idée_reçue : « Les migrants profitent (voire : viennent POUR profiter) du système social des pays européens »...
    ►https://seenthis.net/messages/971875

    • L’impact de l’immigration sur le marché du travail

      Cet ouvrage analyse les effets de l’immigration sur le marché du travail, largement débattus dans le champ politique et discutés par les médias.

      Les effets de l’immigration sur le marché du travail sont largement débattus dans le champ politique et discutés par les médias. Ils intéressent aussi, et depuis longtemps, les économistes qui cherchent à savoir si des flux migratoires affectent les salaires et l’emploi au sein des pays d’accueil et, le cas échéant, de quelle manière.

      Synthèse des analyses académiques les plus pertinentes sur la question, cet ouvrage établit plusieurs faits. Ainsi, en moyenne, l’immigration n’a guère d’impact significatif sur le salaire et le taux d’emploi des natifs. Pour autant, un effet moyen proche de zéro ne signifie pas qu’il est négligeable pour tout le monde : il peut, en pratique, améliorer les opportunités professionnelles de certains et produire plus de concurrence pour d’autres.

      ▻https://www.pressesdesciencespo.fr/FR/book/?GCOI=27246100641930

  • « Stop à la traque aux pauvres dans le Finistère » : devant le tribunal de Brest, 230 personnes manifestent en soutien aux allocataires du RSA | Le Télégramme
    ▻https://www.letelegramme.fr/finistere/brest-29200/stop-a-la-traque-aux-pauvres-dans-le-finistere-devant-le-tribunal-de-br

    Des allocataires du #RSA ont porté plainte contre le Département du #Finistère pour #harcèlement. L’audience au tribunal a lieu ce lundi. Une manifestation s’est tenue juste avant.

    ▻https://media.letelegramme.fr/api/v1/images/view/6a30067bcf841ad37c0cdda1/web_golden_xxl/6a30067bcf841ad37c0cdda1.1
    Plus de 200 personnes ont répondu, ce lundi devant le tribunal de Brest, à l’appel à manifester contre la politique RSA du Département du Finistère. (Photo David Cormier/Le Télégramme)

    « Stop à la traque aux pauvres dans le Finistère. » Environ 230 personnes se sont rassemblées ce lundi 15 juin 2026, vers midi, devant le tribunal judiciaire de Brest. Elles répondaient à l’appel à manifester contre la politique du département du Finistère concernant les allocataires du revenu de solidarité active (RSA). Elles estiment que le Département harcèle des allocataires afin qu’ils finissent par renoncer à leurs droits.

    #guerre_aux_pauvres et #paywall

    • « Ce n’est pas à la collectivité de subvenir aux besoins de votre enfant » : au tribunal de Brest, le procès du RSA
      ▻https://www.mediapart.fr/journal/france/160626/ce-n-est-pas-la-collectivite-de-subvenir-aux-besoins-de-votre-enfant-au-tr

      Six #allocataires du #RSA attaquaient en justice le président du département du Finistère pour harcèlement moral institutionnel en raison des #contrôles_intensifs auxquels ils sont soumis. Lundi, le procès s’est transformé en bataille de réquisitoires pour ou contre le revenu de solidarité active et ses conditions d’attribution.

      Brest (Finistère).– « En quoi estimez-vous être harcelé ? » La question formulée par le président du tribunal, Christophe Subts, avec une bonhomie presque naïve revient comme un leitmotiv. Elle revêt une importance cruciale pour les six plaignant·es et va constituer le fil rouge de l’audience qui s’est tenue le 15 juin au tribunal judiciaire de Brest jusque très tard dans la soirée.

      Ces six allocataires du RSA (revenu de solidarité active), ainsi que la CGT et la Confédération paysanne, ont formé une citation directe, une procédure accélérée à l’égard de Maël de Calan, président (divers droite) du conseil départemental, et de son ancien directeur des services chargé de l’emploi, de l’insertion et du logement, Romain Chantelot. Ils s’érigent contre les contrôles « humiliants » diligentés par le département pour les bénéficiaires du RSA dans le Finistère, qui constituent selon eux un « harcèlement moral institutionnel » de la part des deux pilotes de la politique du département en matière sociale.

      Les réponses des allocataires sont livrées la gorge serrée, la voix tremblante et les yeux embués. Tous et toutes racontent la paralysie face à la surenchère administrative de la cellule de contrôle du département. L’impression de ne jamais pouvoir répondre aux demandes, ni même de se faire entendre par leurs interlocuteurs, ces agent·es toujours anonymes, regrettent-ils.

      Procédure inédite

      L’enjeu est de taille, et inédit. C’est en effet la première fois qu’une telle procédure vise deux personnes et non pas des institutions, comme c’est le cas lorsqu’une contestation est portée au tribunal administratif. L’avocat des plaignant·es entend s’inscrire dans le prolongement de l’arrêt « France Télécom ». En janvier 2025, la Cour de cassation a consacré dans le droit le #harcèlement_moral_institutionnel en condamnant définitivement l’ancien patron de France Télécom, Didier Lombard, et son ex-numéro deux, Louis-Pierre Wenès, dans l’affaire de la vague de suicides survenue dans les années 2000 chez l’opérateur.
      De par son caractère original, la tentation de faire un procès symbolique était forte. Avant l’audience, près d’une centaine de manifestant·es se sont rassemblé·es devant le tribunal en soutien. Sur le carré d’herbe attenant, ils et elles ont dressé des barnums et installé un barbecue d’où émanaient des effluves de merguez.

      À la barre, Maël de Calan est apparu particulièrement confiant ; les remarques du président, souvent sceptique à l’endroit des plaignant·es, le confortant dans ce sens. Vêtu d’un costume bleu marine, il a pénétré dans l’enceinte du palais de justice en faisant des « V » de la victoire alors que surgissaient des huées de la part des manifestant·es.

      Franck Carpentier, avocat des plaignant·es, a insisté sur le caractère systémique de ces contrôles mis en œuvre par une cellule dédiée au sein du département. Cellule qui a visiblement rempli son office puisque, entre 2023 et 2025, le nombre d’allocataires du RSA dans le Finistère est passé de 18 000 à 13 500, soit une baisse de 25 % contre − 3,4 % au niveau national.

      « L’ordre de grandeur interpelle. Les contrôles sont massifs et exclusifs », estime l’avocat, qui dénonce une « mécanique qui se met en place ». Et de rappeler que le département « doit accompagner » les allocataires du revenu de solidarité et, « le cas échéant », les sanctionner en cas de défaut de mobilisation ; mais « ne doit pas contrôler par le menu les comptes bancaires ».

      Contrôles acharnés

      L’illustration concrète de ces propos est venue de Vianney Begos, demandeur d’emploi de 30 ans. Comme pour chacun·e des plaignant·es, il a dû prouver qu’il ne dissimulait pas de revenus complémentaires, ce que le département affirme. Ainsi, il raconte comment la cellule de contrôle s’est échinée à lui réclamer des documents inexistants, « comme des relevés bancaires sur une année pour une banque dont je n’ai été client que six mois ». Faute de pouvoir les fournir, il a été radié plusieurs mois.

      L’homme a tenté de monter une entreprise de dépannage informatique. Mais elle a périclité, car son handicap l’empêche d’occuper « un travail classique ». Son handicap n’étant pas reconnu comme tel, il ne peut toutefois pas toucher l’allocation aux adultes handicapés. Il a souffert de dépression et a été contraint de retourner vivre chez ses parents, qu’il a aidés dans leur ferme.

      « Mais ne croyez-vous pas qu’il est normal d’être contrôlé si vous touchez le RSA en ayant une entreprise ? », interroge le président. Le plaignant, facilement déstabilisé, réplique que les contrôles ont surtout consisté à vérifier la provenance de « sommes modiques », des virements de ses proches de « 35 ou 80 euros » pour son anniversaire. Et à devoir les justifier par des attestations manuscrites, accompagnées des pièces d’identité des donateurs « alors qu’il y a leur nom » sur les relevés. Rien qui semble choquer le président.

      De fait, l’audience dérive de manière insidieuse sur la légitimité ou non des plaignant·es à percevoir le RSA. Pierre Dauly témoigne à son tour de son parcours. Charpentier (« beau métier », commente [jaloux ?] le président ), il ne peut pas occuper un emploi à temps plein depuis une chute de 7 mètres sur un chantier au début de sa carrière, il y a plus de quinze ans. L’homme anime des ateliers de menuiserie. « Le BTP est un milieu dur, on y pousse à la tâche, explique-t-il. Là, j’ai trouvé une manière de travailler pour me préserver. » Il poursuit : « J’ai des raisons d’être au RSA, je ne suis pas Superman qui peut faire quarante heures par semaine. »

      Des explications qui ne convainquent guère l’avocate des prévenus, Me Stéphanie Zaks. « Vous êtes sur un des métiers les plus en tension du Finistère ! » Elle lui rappelle par ailleurs qu’il ne respecte pas les termes du contrat d’engagement qui contraint les bénéficiaires du RSA à chercher un emploi de manière active.

      Face au président, il exprime d’une voix forte et assurée son expérience face aux contrôleurs de la cellule dédiée. « Je suis tombé sur des gens serviables et d’autres agressifs, voire infects. Je suis désolé, mais certains m’ont jugé avec des valeurs morales sur mes choix de vie. » Et notamment sur le fait qu’il réside au #squat des Roches blanches, situé à Douarnenez.

      Les deux années de contrôle subies l’ont heurté au point que son médecin lui a prescrit des anxiolytiques et des antidépresseurs pour dompter ses crises d’angoisse récurrentes. « Est-ce un contrôle légitime ? », s’enquiert le président. « Je ne suis pas contre le contrôle mais la manière dont il est fait », répond Pierre Dauly. « C’est intrusif, comme peut l’être un contrôle fiscal », enchaîne le président, confirmant que les deux hommes ne parlent pas la même langue. « On n’est pas obligé de prendre les gens de haut ou d’être infantilisant. Vous ne l’avez pas vécu », rétorque le plaignant sans jamais se démonter.

      Pierre Dauly rapporte aussi que les contrôleurs, « qui se prennent pour des espions », n’hésitent pas à mener une enquête sur Internet pour trouver des éléments à charge contre les personnes dont ils gèrent le cas. « Je l’ai mal vécu, j’ai trouvé cela intrusif. » Le président rétorque : « Un trafiquant de stupéfiants, on regarde sur les réseaux s’il arbore des liasses de billets. » « C’est de l’acharnement », reprend le plaignant. Le juge persiste, faussement candide : « L’imagination des fraudeurs peut être impressionnante… »

      Deux visions de la société

      De quoi agacer l’avocat des plaignant·es. « Mes clients sont présentés comme des marginaux, qui font le choix de la paupérisation, qui vivent par l’assistanat, car ils font le choix d’entreprendre pour ne pas être sous le salariat », recadre Me Franck Carpentier.

      Car ce sont bien deux visions du monde qui se sont affrontées tout au long de l’audience qui s’est étirée de 15 heures à plus de 1 heure du matin. Celui dans lequel Maël de Calan et son numéro deux travaillent « douze à quatorze heures par jour », au service, notamment, des bénéficiaires du RSA, dixit leur avocate. Et cet autre monde où les parties civiles n’auraient pas fait les bons choix de vie. Si rien n’a été verbalisé clairement, il y a eu pléthore d’insinuations. Comme le fait que deux des plaignantes soient #diplômées du supérieur et ont choisi une voie jugée plus hasardeuse et moins rentable, celle de l’agriculture.

      Jeanne Degude, exploitante agricole – qui explique ne pas faire du RSA « un projet de vie » –, s’est vu reprocher par le président, puis par l’avocate des deux prévenus, de ne pas réclamer de pension alimentaire au père de son enfant dont elle est séparée. « Ce n’est pas à la collectivité de subvenir aux besoins de votre enfant », tranche le président. Des propos « humiliants », répond la plaignante.
      Cécile Weyer, agricultrice de 39 ans, a dû quant à elle se justifier à propos de sa séparation. L’avocate des prévenus lui a demandé si elle n’aurait pas déclaré sa rupture à tort alors que le nom de son ex figurerait encore sur sa boîte aux lettres. La jeune femme dément en bloc et explique alors que la présomption de conjugalité repose sur le fait qu’elle utilise encore leur compte joint sur lequel elle est à découvert, et qu’elle ne peut donc pas clore.
      Très marquée par la situation, elle confie avoir eu des « pensées suicidaires » face à ces contrôles. « J’ai eu envie d’en finir, je me sentais humiliée. J’ai 39 ans et je dois demander à ma sœur de m’acheter des protections hygiéniques parce que je ne peux pas le faire, détaille-t-elle, la gorge nouée. Je suis suivie par un psychiatre et sous traitement. Cela me tient en vie avec mon entourage… » Là encore, on lui demande pourquoi elle ne s’oriente pas vers un #emploi salarié.

      Le département dénonce un procès politique

      De son côté, Maël de Calan et sa défense n’ont cessé de mobiliser tout le champ lexical du mensonge, de la manipulation. Pour Me Stéphanie Zaks par exemple, ce procès relève du « coup de com’ politique ». Une manœuvre pour affaiblir la loi « pour le plein emploi » qui institue quinze heures de #travail hebdomadaire pour les allocataires du RSA.
      Avec beaucoup de solennité, le président du département assure aussi que ce procès vise à lui nuire sur le plan politique. « Cette citation n’est ni faite ni à faire. Elle a été bâclée dans le contexte des élections municipales pour faire polémique à temps », fait-il valoir. Maël de Calan ne retient pas ses coups et fustige nommément des plaignant·es qui ne sont pas pour lui des « allocataires lambda ».
      Il martèle que quatre plaignant·es seraient des militant·es « d’extrême gauche », un motif de décrédibilisation de leur démarche à ses yeux. Il en veut pour preuve le soutien de certain·es d’entre eux à des candidat·es LFI lors des élections. Il questionne aussi leur appartenance au syndicat agricole classé à gauche, la Confédération paysanne.
      Maël de Calan assure payer le fait d’avoir mis au jour « un système », à savoir la volonté de ces plaignant·es de rester travailleurs et travailleuses indépendantes pour éviter de se plier aux contraintes du salariat – seul horizon enviable selon lui, semble-t-il. Et son avocate n’a cessé d’expliquer que les plaignant·es n’ont pas déclaré d’importantes sommes d’aides familiales et qu’ils ont donc fraudé. Les prévenus évoquent aussi la trentaine de cas évoqués par la CGT en soutien à la plainte, qui, selon le département, cumuleraient « 240 000 euros non déclarés, et 40 000 euros de RSA à rembourser .

      Le tribunal s’est aussi transformé en longue tribune en faveur de la politique de solidarité, d’insertion et d’emploi. Au point que le président s’impatiente alors que les 22 heures approchent : « Il ne reste pas les merguez de la CGT ? Je commence à avoir faim. »

      Les huit témoins cités par les prévenus – dont certains travaillent pour le département – ont tous couvert de louanges la politique menée par Maël de Calan et ses résultats, dont lui-même se gargarise. L’élu se vante notamment d’avoir débloqué une enveloppe de 10 millions sur cinq ans pour sa politique d’insertion, détournant les débats de la question centrale, à savoir le caractère harcelant des contrôles.

      En fin de soirée, le procureur a indiqué s’en « remettre à la sagesse du président », comme la procédure en citation directe le lui permet. Maël de Calan a demandé que la CGT soit condamnée à 10 000 euros de dommages-intérêts pour procédure abusive. Dans la soirée, un communiqué des services de Maël de Calan a été envoyé à la presse pour donner sa vision des débats du jour. Son titre : « Le département démontre l’absence de tout harcèlement, la CGT rend des comptes »_. Le tribunal rendra sa décision le 7 septembre.

      Et la question se posera de faire appel, si on en croit ce cr.

      edit
      un extrait de Ration
      ▻https://www.liberation.fr/economie/social/harcelement-moral-contre-proces-politique-au-tribunal-le-dialogue-de-sour

      l’avocate de la défense [des responsables départementaux] plonge dans les dossiers, en quête de failles et de mensonges. Elle leur fait aussi confirmer, quand elle en a trouvé un, leur engagement politique, associatif ou syndical.

      Face à Vianney Begos, elle détache ses mots pour dire qu’il a été trouvé des montants « très importants » sur son compte courant : 1 300 euros. Il répond : « C’est le peu de RSA que j’avais mis de côté et des sommes reçues de ma famille. »

      tête à claques veut « étendre la méthode finistérienne au plan national »


      Maël de Calan, président du conseil départemental du Finistère
      Procès du RSA dans le Finistère : « C’est du harcèlement, ça ? »
      ▻https://www.letelegramme.fr/bretagne/proces-du-rsa-a-brest-cest-du-harcelement-ca-7064602.php

      #l'emploi_c'est_la_loi #travailleurs_indépendants #justice #notables_de_l'insertion #loi_pour_le_plein_emploi #plein_emploi

  • Réforme de la prime d’activité : la Cour des comptes propose d’en exclure les bénéficiaires de l’AAH - ASH |
    ▻https://www.ash.tm.fr/autonomie/reforme-de-la-prime-dactivite-la-cour-des-comptes-propose-den-exclure-les-ben

    Recentrer la #prime_d'activité sur les ménages les plus pauvres ? C’est la préconisation des Sages pour maintenir un régime soutenable sur le plan financier, estimant que la prestation a peu d’influence sur le retour à l’emploi.
     
    C’est à peine un peu plus de deux mois après l’entrée en vigueur de l’extension de la prime d’activité à 3 millions de ménages supplémentaires, depuis le 1er avril 2026, que la Cour des comptes a choisi de tacler le bilan de ce dispositif d’aide au pouvoir d’achat des travailleurs les plus modestes dans un rapport réalisé à la demande de la commission des finances du Sénat et dévoilé le 10 juin 2026.

    Rédigé à partir des données compilées par la Drees et avec l’aide des chercheurs de l’Institut des politiques publiques (IPP), le document dresse un bilan mitigé des dix années d’existence de ce dispositif, né en 2016 de la fusion du revenu de solidarité active (RSA) et de la prime pour l’emploi (PPE), suggérant d’en réformer le fléchage.

    #AAH #emploi #paywall #guerre_aux_pauvres

  • Le Mouvement national des chômeurs et précaires sollicite un échange avec la CARSAT | Le Club
    ▻https://blogs.mediapart.fr/mncp/blog/270526/le-mouvement-national-des-chomeurs-et-precaires-sollicite-un-echange

    Dans nos associations, partout sur le territoire, nous accompagnons régulièrement des personnes confrontées à des ruptures de droits, des retards de traitement, des informations contradictoires ou encore des demandes de remboursement parfois très importantes de la part de #France_Travail. Face aux nombreux dysfonctionnements, nous demandons à rencontrer la présidente de la #CNAV, Patricia Bocciarelli.

    Création d’une commission d’enquête sur l’augmentation de la pauvreté chez les seniors
    ▻https://www.petitsfreresdespauvres.fr/sinformer/actualites/creation-commission-enquete-pauvrete-seniors

    Il y a un an à Marseille
    ▻https://www.laprovence.com/article/edition-marseille/3979090/a-la-carsat-solidarite-avec-patrice-immole-par-le-feu.html

    Marseille : à la Carsat, solidarité avec Patrice, qui s’est immolé par le feu pour sa retraite

    #pauvreté #chômage #surnuméraire #retraite #mncp

  • « L’immigration renforce l’incitation à la formation et l’arrêt de l’immigration réduit cette incitation »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/05/13/l-immigration-renforce-l-incitation-a-la-formation-et-l-arret-de-l-immigrati

    « L’immigration renforce l’incitation à la formation et l’arrêt de l’immigration réduit cette incitation »
    Chronique de Pierre-Cyrille Hautcœur
    Directeur d’études à l’EHESS (Ecole d’économie de Paris)
    Les récents propos de François Ruffin qui s’est déclaré « hostile à l’immigration pour le travail » provoquent des débats justifiés sur un terrain trop souvent réservé à l’idéologie. Choisir des politiques appropriées demande, de fait, de prendre en compte un grand nombre d’effets indirects, et de penser à long terme. Quoi de mieux que d’observer le cas de la restriction de l’immigration la plus importante de l’histoire : celle des Etats-Unis dans les années 1920 ? Après des afflux importants d’immigrés à partir des années 1880, le pays a établi des barrières à l’encontre des Asiatiques, juste avant la première guerre mondiale, et en 1920, a imposé des quotas sévères aux Européens.
    Une étude américaine d’octobre 2025, « Immigration Restrictions and Natives’ Intergenerational Mobility : Evidence from the 1920s US Quotas » (« restrictions en matière d’immigration et mobilité intergénérationnelle des autochtones : les enseignements tirés des quotas des années 1920 »), apporte une analyse quantitative détaillée de cet épisode. James Feigenbaum, Yi-Ju Hung, Marco Tabellini et Monia Tomasella y exploitent la numérisation complète des recensements états-uniens. Ils analysent l’impact à long terme de ces quotas sur le devenir des différentes catégories sociales et professions. Grâce à ces données, ils peuvent distinguer les zones géographiques directement affectées par l’immigration et éviter de confondre l’effet des quotas avec d’autres évolutions. Ils montrent ainsi que l’impact varie considérablement selon les groupes sociaux et professionnels.
    Globalement, les Noirs pauvres, qui sont les plus directement concurrencés par les immigrés peu qualifiés, ne bénéficient pas significativement de la baisse de cette concurrence. En ce qui concerne les autres catégories sociales, elles voient leur situation se détériorer : une partie se retrouve à remplir des emplois peu qualifiés qui étaient occupés par les migrants, alors qu’auparavant elles bénéficiaient d’une complémentarité de leurs qualifications avec cette population récemment arrivée. C’est particulièrement observable pour tous ceux qui n’ont pas pu ou voulu se déplacer vers les régions les plus dynamiques : leurs salaires en 1940 ont pris un retard important par rapport aux plus mobiles.
    Cette complémentarité entre immigrés et natifs peut se comprendre de la manière suivante : il est d’autant plus intéressant de se spécialiser dans des tâches plus complexes, dès lors qu’il y a des gens – par exemple ceux qui ne parlent pas anglais – qui ne peuvent pas y prétendre, mais qui peuvent occuper des tâches plus simples. L’immigration renforce l’incitation à la formation, et a contrario l’arrêt de l’immigration réduit cette incitation.
    Les auteurs montrent ainsi que les travailleurs natifs des régions les plus affectées par les quotas se forment plutôt moins après les années 1920. Et cela explique près de la moitié de la réduction de leurs perspectives de carrière et de salaire. Pourtant, parmi les natifs, tous ne sont pas logés à la même enseigne : les personnes issues des catégories sociales supérieures échappent à cette détérioration : plus mobiles, mieux protégées par des réseaux de sociabilité permettant des reconversions, elles augmentent leur avantage par rapport aux classes moyennes.
    Ce cas doit nous faire réfléchir sur les mécanismes qui rendent l’immigration profitable pour les Français d’aujourd’hui : il n’est pas nécessaire de faire venir des gens plus qualifiés, mais plutôt ceux qui sont indispensables pour accomplir les tâches qui demandent beaucoup de travail, par exemple dans le soin et la santé. Cela serait même utile de les intégrer pleinement au marché du travail en les régularisant, comme en Espagne. En même temps, il faut encourager l’investissement, la recherche et la formation pour créer de nouveaux emplois qualifiés et faciliter la mobilité sociale et professionnelle. C’est l’absence de telles perspectives qui crée la frustration des catégories sociales qui se croient menacées par l’immigration. Et le repli sur soi n’améliorera pas leur situation.

    #Covid-19#migration#migrant#france#immigration#economie#sante#integration#naturalisation

  • #Retraite_progressive : en un an, au moins deux fois plus de Français sont en demande
    ▻https://www.liberation.fr/economie/social/retraite-progressive-en-un-an-au-moins-deux-fois-plus-de-francais-sont-en

    Pour bénéficier de ce système qui permet de percevoir une partie de sa #retraite tout en continuant de cotiser, il faut avoir validé au moins 150 trimestres et avoir une activité réduite selon son statut (salarié, fonctionnaire ou indépendant). Par exemple, pour les salariés, le #temps_partiel doit être compris entre 40 % et 80 % d’un temps plein. Fin 2024 déjà, une hausse de près de 17 % des demandes progressives était observée en un an. Résultat, 31 300 assurés du régime général en bénéficiaient.

    Le dispositif est en effet apparu comme un amortisseur face au recul de l’âge légal de départ à 64 ans engagé par la réforme des retraites de 2023. Dans le même temps, ce départ progressif a aussi été rendu possible pour les fonctionnaires (pas comptabilisé dans les chiffres de l’Assurance retraite qui concernent les salariés du privé). Autre changement majeur qui peut expliquer un regain d’intérêt pour le départ progressif : depuis le 1er septembre 2025, il est possible d’opter pour cette option non plus à 62 ans comme la loi le prévoyait, mais dès 60 ans.

    Des ajustements qui ont forcément eu un impact sur la hausse des demandes, mais qui peuvent aussi être « le signe de conditions de travail qui incitent à partir plus tôt », dit Frédéric Lerais, économiste à la tête de l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires). Car la plupart du temps, la retraite progressive implique une baisse de pouvoir d’achat. « En plus des revenus du salaire réduit dû au temps partiel, on reçoit une partie de sa retraite dont les indemnités sont plus basses que le niveau de salaire », détaille Frédéric Lerais.

    A la CGT cette hausse des demandes de #retraite_anticipée n’étonne pas, « car avec la réforme des retraites et le recul de l’âge de départ, elle répond à un besoin », analyse Denis Gravouil, secrétaire confédéral, qui regrette tout de même que les patrons conservent le droit de refuser un temps partiel, et donc la possibilité pour les employés de partir en avance. En matière de retraite anticipée, le syndicat observe deux profils très demandeurs : les travailleurs qui ont des soucis de santé et ceux qui ont déjà cumulé leurs vingt-cinq années les mieux rémunérées sur lesquelles sont calculées les retraites du privé pour percevoir des indemnisations au taux maximum.

    « Cette tendance confirme celle observée depuis la réforme Touraine qui prévoit un allongement de la durée de cotisation et depuis laquelle des actifs veulent raccrocher plus tôt même s’il leur manque des trimestres et avec une décote », observe Denis Gravouil. Et d’ajouter : « S’il permet pour certains de réduire leur temps de travail en fin de carrière, le dispositif ne règle pas les problèmes structurels liés à la réforme des retraites, et, avec une baisse des revenus de certains retraités, accroît les inégalités. »

    #emplois_vieux

  • « Jamais tranquille » : l’épuisante recherche du prochain contrat pour les millions de Français en emploi court
    ▻https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/02/02/jamais-tranquille-l-epuisante-recherche-du-prochain-contrat-pour-les-million

    Pour les plus de 6 millions de Français en emploi court et les 4,7 millions à temps partiel, il faut toujours penser au job d’après. Une course qui pèse sur le quotidien.

    ▻https://justpaste.it/ki81r

    #emploi_précaire

    • La France face à l’explosion des CDD ou des missions d’intérim courtes
      ▻https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/03/27/emploi-la-france-face-a-l-explosion-des-contrats-de-tres-courte-duree_667445

      Les chiffres des signatures de contrat, en revanche, témoignent d’une transformation récente beaucoup plus nette. La part des contrats de travail de courte durée dans les embauches a significativement progressé en vingt-cinq ans. Sur 46,2 millions d’embauches recensées en 2024, 21,1 millions l’ont été en #CDD, 20,7 millions en #intérim et seulement 4,4 millions en CDI. Et 81 % sont des contrats de moins d’un mois, contre 76 % début 2000. Cette évolution s’accompagne d’une forte réduction de leur durée. Selon l’Unédic, 35 % des CDD étaient alors d’une journée en 2024, 77 % étaient des CDD de moins d’un mois − dont près de la moitié d’une journée − et seulement 12 % d’une durée comprise entre un et trois mois.
      La tendance s’observe particulièrement dans le tertiaire, comme dans l’hébergement médico-social, l’audiovisuel ou la restauration. « Le développement du secteur des services dans les années 2000 va de pair avec un raccourcissement de la durée des contrats », analyse Marion Mauchaussée, maîtresse de conférences à l’université catholique de Lille et chercheuse associée au Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) du Conservatoire national des arts et métiers.


      Cette dissymétrie entre la répartition des emplois par statut et le flux des embauches s’explique en partie par le phénomène de réembauche : nombre de salariés, souvent jeunes, comptent plusieurs contrats courts chaque année, parfois avec le même employeur. En 2024, 76 % des embauches ont été des réembauches par un ancien employeur, dont 97 % en CDD ou intérim.
      Le marché du #travail se caractérise ainsi par un fort dualisme contractuel. Si le CDI, gage de stabilité et de progression salariale, reste la norme, une large part des actifs reste confinée dans la précarité des CDD et de l’intérim sur lesquels repose la flexibilité. Ces derniers ont des salaires moins élevés et convertissent difficilement leurs contrats en CDI. « La dualité n’existe pas seulement dans le type de contrat, mais aussi dans l’évolution de la carrière. D’un côté, entre gérer une carrière en CDI, progresser, voir sa rémunération augmenter, et de l’autre, multiplier des contrats de plus en plus courts, sans perspective de carrière à plus long terme », précise Marion Mauchaussée.

      ▻https://justpaste.it/e5lfs

  • Derrière les chiffres de #maël_de_calan, des allocataires finistériens du #rsa racontent un #coaching contre-productif et décourageant
    ►https://splann.org/rsa-finistere-coaching

    Lundi 30 mars, Maël de Calan a rendez-vous au tribunal. Cité à comparaître pour « harcèlement moral institutionnel » par la CGT et six bénéficiaires du #revenu de solidarité active (RSA). Nouveau chapitre d’une expérimentation politique controversée, jugée « positive » par le président (apparenté LR) du Département du #finistère, mais « humiliante » et « inutile » par les premiers concernés. L’article Derrière les chiffres de Maël de Calan, des allocataires finistériens du RSA racontent un coaching contre-productif et décourageant est apparu en premier sur Splann ! | ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne.

    #Libertés_et_droits_humains #bimbamjob #chômage #conseil_départemental_du_finistère #emploi #précarité #social #solidarité #speed_dating #travail

  • #AGS : la #cour_des_comptes s’attaque au filet de sécurité des #salariés
    ▻https://lenouveauparadigme.fr/ags-la-cour-des-comptes-sattaque-au-filet-de-securite-des-salarie

    Sous couvert d’équilibre #budgétaire, la haute juridiction financière ouvre la voie à une remise en cause d’un des dispositifs les plus protecteurs pour les salariés en cas de #faillite d’entreprise.

    Perdre son #emploi est toujours une épreuve. Mais le perdre parce que son #entreprise s’effondre, parfois du jour au lendemain, l’est encore davantage. Dans ces moments-là, un mécanisme discret mais essentiel entre en jeu : l’#Association pour la #gestion du #régime de #garantie des #créances des salariés, plus connue sous le sigle AGS.

    Créé en 1973, ce #dispositif repose sur un principe simple et profondément #social. Lorsqu’une entreprise n’est plus en mesure de payer ses salariés, la #collectivité des #employeurs prend le relais. Concrètement, l’AGS avance les #salaires, les #indemnités et certaines créances dues aux #travailleurs, puis tente de récupérer ces sommes lors de la #liquidation de l’entreprise. Sans ce mécanisme, des centaines de milliers de personnes se retrouveraient sans #revenu du jour au lendemain.

  • Emploi : les jeunes n’hésitent plus à quitter leur CDI
    ▻https://www.alternatives-economiques.fr/emploi-les-jeunes-nhesitent-plus-a-quitter-leur-cdi/00118095

    Les ruptures de CDI explosent chez les jeunes depuis la crise sanitaire. Si beaucoup l’ont choisi et y gagnent en opportunités, d’autres s’exposent à un déclassement durable, révélant un marché du travail davantage polarisé.

    #emploi #CDI #mobilité #démission #fuite

    • ▻https://shs.cairn.info/revue-cereq-bref-2026-2-page-1?lang=fr

      Le CDI n’est plus un gage automatique de stabilité : depuis 2020, de nombreux jeunes quittent plus souvent un CDI après leurs premières années de vie active, selon les données des enquêtes Génération. Le secteur d’activité joue un rôle clé : certains offrent des parcours de stabilisation malgré des interruptions de CDI, quand d’autres exposent davantage à des ruptures subies et des sorties durables du marché du travail. Entre stabilité et précarité, se dessine une carte sectorielle des débuts de carrière.

  • L’IA est une menace pour 5 millions de salariés en France, selon une étude
    ▻https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/03/18/l-ia-une-menace-pour-5-millions-de-salaries-en-france_6672064_3234.html

    La généralisation de l’intelligence artificielle dans les entreprises menace particulièrement les métiers les plus rémunérés, selon une étude de la Coface et de l’Observatoire des emplois menacés et émergents.

    Eliott Jabès l’assume : il a décidé de stopper les recrutements de développeurs pour sa start-up de commerce en ligne Stockly en raison des gains de productivité offerts par l’intelligence artificielle (IA). L’entrepreneur préfère renforcer la formation de ses 100 salariés. « On a vu au quatrième trimestre 2025, notamment avec la dernière version de Claude, un vrai saut en matière de productivité. Alors qu’elle augmentait jusqu’alors de 10 % à 50 % selon les cas avec les différents outils d’IA, là on a pu multiplier ce gain par deux ou trois », affirme l’entrepreneur.

    Cet exemple reste, pour le moment, une exception en France. Mais il résonne avec tous les plans de réductions d’effectifs, réalisés ces derniers mois, liés à l’essor de cette technologie dans le monde. Fin 2025, pour le seul mois d’octobre, les employeurs américains ont annoncé 153 000 licenciements, dont 31 000 étaient justifiés par le recours à l’IA, selon le cabinet de reclassement Challenger, Gray & Christmas.

    A l’heure actuelle, 3,8 % de l’emploi est fragilisé par le déploiement de l’IA générative, selon une étude de la compagnie d’assurance-crédit Coface et de l’Observatoire des emplois menacés et émergents (OEM) à paraître le 1er avril. « Cette estimation se base sur ce que vivent aujourd’hui les entreprises françaises : on déploie des chatbots, on se sert d’un modèle de langage plus ou moins encadré », décrit Aurélien Duthoit, économiste chez Coface et coauteur de l’étude.

    #paywall

  • Berlin veut accélérer l’accès des demandeurs d’asile au marché du travail - InfoMigrants
    ▻https://www.infomigrants.net/fr/post/70070/berlin-veut-accelerer-lacces-des-demandeurs-dasile-au-marche-du-travai

    Berlin veut accélérer l’accès des demandeurs d’asile au marché du travail
    Par Emma Wallis Publié le : 04/03/2026
    Le gouvernement allemand veut supprimer une série de restrictions qui retardent l’accès à l’emploi pour de nombreux migrants. Dans le cadre de ce plan, les demandeurs d’asile seraient automatiquement autorisés à travailler après trois mois passés en Allemagne.
    Le ministre allemand de l’Intérieur a déclaré au tabloïd Bild am Sonntag le 22 février : « Les migrants qui viennent en Allemagne devraient travailler, et cela devrait se faire rapidement. » Alexander Dobrindt, membre du parti conservateur bavarois CSU, a ainsi dévoilé son « plan d’accès rapide à l’emploi » (Sofort-in-Arbeit-Plan).
    Dans le cadre de ce plan, les demandeurs d’asile seraient automatiquement autorisés à occuper un emploi après trois mois passés en Allemagne, même si leur procédure d’asile n’est pas encore terminée, et quel que soit leur lieu de résidence.
    Actuellement, un demandeur d’asile a besoin d’obtenir une autorisation des autorités s’il souhaite commencer à travailler au bout de trois mois de présence en Allemagne. Par ailleurs, les personnes vivant dans un centre d’accueil n’ont, dans la grande majorité des cas, pas le droit d’occuper un emploi. Le nouveau plan vise à supprimer ces restrictions.
    Le ministre estime que l’intégration passe avant tout par le monde du travail. « L’objectif est de faire participer les membres de la société à travers leur profession », a-t-il expliqué au journal télévisé Tagesschau. La suppression des barrières d’accès à l’emploi fait partie de l’accord de coalition signé entre les conservateurs et les sociaux-démocrates du SPD, qui forment ensemble le gouvernement actuel.
    Les demandeurs d’asile qui travaillent seraient autorisés à conserver leurs allocations, a expliqué un porte-parole d’Alexander Dobrindt au journal Bild. "Leurs revenus seront pris en compte s’ils perçoivent des prestations sociales, par exemple pour le logement."Le porte-parole a aussi rappelé que la procédure de demande d’asile se déroulera indépendamment du fait qu’une personne travaille ou non.
    Travailler ne sera pas un avantage pour son dossier. « Les nouvelles règles ne modifient ni le déroulement, ni l’issue de la procédure d’asile », ajoutant que « le fait qu’une personne travaille ou non n’a aucune influence sur la décision finale concernant l’octroi ou le refus d’un statut de protection », précise le porte-parole.
    Le porte-parole du ministre a toutefois averti que les personnes dont la demande d’asile a déjà été rejetée, celles qui refusent de coopérer avec les autorités, tentent de dissimuler leur identité ou mentent sur les raisons qui les ont poussées à fuir leur pays d’origine, seront exclues des nouvelles règles d’accès à l’emploi. « Toute personne dont la demande d’asile est rejetée doit quitter le pays », a aussi rappelé le porte-parole du ministère de l’Intérieur. Il a aussi souligné que les employeurs doivent être conscients que la personne qu’ils emploient risque de voir sa demande d’asile rejetée. Le gouvernement allemand, qui avait récemment essuyé de nombreuses critiques pour avoir décidé de réduire les cours de langue et d’intégration, affirme que le travail est un moyen encore plus efficace pour s’intégrer.
    Les projets du ministre de l’Intérieur ne sont pas une idée entièrement nouvelle. Au niveau local, dans la commune de Saale-Orla située dans l’État fédéré de Thuringe, par exemple, les dirigeants conservateurs s’emploient déjà à intégrer les demandeurs d’asile au plus vite au marché du travail.En mars 2024, Christian Herrgott, secrétaire général de la CDU en Thuringe, avait estimé qu’il était important de rendre le travail obligatoire tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des centres d’hébergement. « Nous veillons à ce que les personnes hébergées dans les centres d’accueil ne participent pas seulement au nettoyage des espaces communs, à l’intérieur et à l’extérieur du centre, mais nous cherchons également à les impliquer dans des travaux pour la municipalité. Nous essayons de leur proposer des tâches simples, comme le nettoyage ou le jardinage, qu’ils peuvent effectuer même sans grande connaissance de la langue allemande, ou de compétences ou qualifications particulières », avait expliqué Christian Herrgott à la chaîne de télévision publique Phoenix.
    Les travailleurs sociaux, les conseils locaux et les associations collaborent ensuite afin de trouver des offres d’emploi adaptées aux demandeurs d’asile dans leur région. S’il estime que la démarche a porté ses fruits, Christian Herrgott note qu’elle demande « des efforts particuliers » car il ne s’agit pas seulement de trouver un emploi adapté, mais aussi de transporter les personnes du centre d’hébergement jusqu’à leur lieu de travail. À l’époque, le conservateur affirmait que la majorité des adultes avaient réagi « très positivement » à ces projets et souhaitaient y participer

    #Covid-19#migration#migrant#allemagne#asile#emploi#sante#droit#politiquemigratoire

  • Les aides aux entreprises, un « pognon de dingue » ? - Alter Echos
    ▻https://www.alterechos.be/les-aides-aux-entreprises-un-pognon-de-dingue

    Dans une note publiée en mai 2025, Éconosphères évaluait le montant des aides aux entreprises privées belges à 51,9 milliards d’euros en 2022. Avant que la Banque nationale de #belgique ne produise sa propre estimation quelques mois plus tard. Avec toujours la même interrogation : ces aides sont-elles efficaces ? Et les évalue-t-on assez ?

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    #fiscalité #emploi