• DE LA TOUTE PUISSANCE DES PRÉDATEURS HAUT-PLACÉS

    [TW : #Violences_psychologiques]

    [TW : Mention de suicide]

    Ce texte est long, mais il mérite d’être lu. Il vous raconte ce que c’est que l’emprise.

    Vous êtes autorisé·es et même plus que bienvenu·es à le partager largement.

    -- — — — — — — — — — — — — — — — — — -

    Novembre dernier, j’ai pris la décision de quitter ma thèse et la licence dans laquelle je donnais cours pour les mêmes raisons qui ont poussé mon amie, que nous allons appeler « Ewilan », à mettre fin à sa vie.

    J’ai rencontré cet enseignant — partons sur « M. Ts’liche » — en L3, quand j’étais enceinte, isolée dans une ville éloignée de Nancy et dans un couple qui battait déjà de l’aile, traumatisée par un premier accouchement assez violent. Vulnérable, donc, comme je l’avais déjà été souvent, avec mon profil psy assez lourd dont la tentative de suicide à 17 ans.

    Quelle bouffée d’air frais quand ce professeur, directeur de la licence, s’intéresse à vous ! Quel soulagement que ces longues heures passées à discuter par messenger, cette conversation presque ininterrompue et de plus ne plus intime alors que vous vous sentiez si perdue et désœuvrée. C’est même moi qui, un jour, ai initié un contact physique : je l’ai pris dans mes bras à la fin de l’année, si reconnaissante de cette attention qu’il m’offrait, un peu angoissée à l’idée de quitter la formation — et lui ! — pour l’été. Qu’est-ce que j’allais pouvoir faire dans ma vie si vide ?

    Mais ouf ! la conversation ne s’arrête pas à la faveur de l’été. Elle ne s’arrête jamais, en fait. Heureusement, parce qu’on en a besoin. De plus en plus, et très vite. Vous sentez bien que le ton devient un peu ambigu, un peu dragueur, mais ce n’est pas bien méchant que ce ton badin légèrement séducteur, et puis vous pouvez bien le supporter en échange de cette narcissisation dont vous aviez tant besoin. Ce n’est même pas désagréable en fait, vous êtes un peu « l’élue », la complice à qui on envoie des petits sms pendant les cours ou les colloques, à travers laquelle on fait passer des petites infos au reste de la promo. Celle si spéciale à qui il raconte toute sa vie, ses anciennes aventures, ses « casseroles » comme on dit. Il vous trouve merveilleuse quand vous vous êtes si souvent sentie indésirable. La gratitude pour toute cette attention vous fait donner ce qu’il attend, des mots et des gestes attentionnés. Vous êtes prête à tout pour continuer d’être « aimée ».

    Très vite, le prix à payer augmente. Le #chantage_affectif, les gestes ou propos hors limites que vous acceptez néanmoins tôt ou tard, la perspective d’être abandonnée étant bien plus terrible que celle de céder à la fin d’une scène durant laquelle on vous a reproché de dire non à une main un peu trop baladeuse, de mettre une photo de profil vous représentant avec votre conjoint, ou encore de prétendre boire un verre avec vos camarades à la fin des cours alors qu’il avait prévu ce créneau chaque semaine spécialement pour vous. Vous vous faites enfermer, prétendument sans qu’il y pense, dans une image de duo qu’il entretient férocement, en « chuchotant » à grand bruit devant la promo entière un compliment déplacé, en vous demandant devant elle si vous « allez bien » en plein cours ou pourquoi vous n’avez pas pensé à son café à lui quand vous revenez de la machine après la pause. Un jour, il vous demande même, devant toute votre bande de copines de fac, de lui mettre un morceau de gâteau dans la bouche sous le prétexte qu’il tient sa pipe dans une main et son paquet de tabac dans l’autre. Vous êtes gênée, mais c’est seulement de la maladresse, il ne se rend pas compte, vous n’allez pas le blesser pour ça, enfin ! Parallèlement, il supporte assez mal que vous vous entichiez de nouveaux·elles ami·es, et vous trouve des raisons de les considérer finalement assez nocif·ves. Cette copine que vous appréciez particulièrement, par exemple, essaie de vous « voler » votre sujet de mémoire, ne le réalisez-vous donc pas ? Et ce professeur qui vous a prêté un livre après une conversation sympathique, vous devriez vous en méfier, c’est un feignant obsédé par le pouvoir. D’ailleurs, vous entrez dans ses petites mesquineries, il se moque auprès de vous d’à peu près tout le monde et, flattée de cette marque d’intimité et de confiance, vous entrez dans ce petit jeu-là comme dans les autres. La confusion, quant à elle, s’est installée depuis un moment : si vous avez tant peur qu’il vous « quitte », c’est forcément que vous avez des sentiments que vous n’osez pas vous avouer.

    J’ai passé presque une année dans cette relation perverse qui m’étouffait chaque jour un peu plus, comme un moucheron dans une toile, l’étau d’autant mieux resserré grâce à cette impression donnée à tout notre entourage commun que nous étions une entité indéboulonnable — ainsi que l’impression que l’on couche ensemble, accessoirement.

    Le hasard de la vie m’a fait passer une soirée avec un amour passé : je me suis rappelé ce que c’était, justement, l’amour, et réalisé que cette relation qui me préoccupait et m’angoissait toujours davantage n’en était pas. C’est ce qui m’a donné le courage de mettre fin à tout ça.

    On ne se libère néanmoins pas de M. Ts’liche sans frais, et la vague de #violence verbale a été terrible. Je m’étais servie de lui, grâce à moi il savait « ce que l’étron ressent lorsqu’on tire la chasse », et quand il a été question de me faire participer à un colloque alors que j’étais en M1 seulement, j’ai été rassurée sur mes craintes d’être injustement avantagée : « t’as pas besoin de craindre que je te favorise, parce que là j’aurais plutôt envie de t’enfoncer la tête sous l’eau jusqu’à ce que tu te noies ».

    La vague de violence directe est passée, les vacances d’été aidant. Je suis arrivée en M2 le cœur serré d’angoisse, j’étais honteuse et dégoutée par cette histoire, je me sentais coupable, me disais que c’était un peu de ma faute, que j’avais pêché par narcissisme, que j’avais forcément, à un moment ou à un autre, laissé la porte ouverte, sinon il n’aurait pas pu s’y engouffrer si facilement. Et l’année suivante j’ai malgré tout fait une thèse avec lui. Parce que j’étais persuadée que c’était avec lui ou pas du tout — il avait tout fait pour construire cette certitude –, et j’avais travaillé si dur pour avoir des résultats excellents et des chances optimales d’obtenir ce contrat doctoral. On m’avait même dit que si je renonçais à mon projet de thèse à cause de lui, je le laissais gagner deux fois. Alors j’y suis allée. J’ai tâché de feindre une relation cordiale, de faire un effort pour que ce doctorat se passe au mieux. Je me suis convaincue qu’il n’avait pas réalisé le tort qu’il m’avait causé, aussi, et qu’une nouvelle page pouvait commencer, un retour à des échanges de travail normaux dans des conditions à peu près saines.

    Évidemment, c’était se voiler la face. Durant ces années de doctorat, je n’ai pas été encadrée, pas présentée, pas soutenue. J’ai été maltraitée. Ma tentative de relation à peu près cordiale le temps de cette thèse n’a pas vraiment rencontré de succès — au début, les petits reproches sur mon manque d’intérêt pour sa vie personnelle m’ont demandé un certain art de l’esquive ; après, j’ai été ballotée entre le fait d’être ignorée et celui de me faire décourager. Je me suis sentie marginalisée, mise de côté de tous les colloques, des pots et repas de doctorants, des événements où j’étais censée être intégrée. J’ai tenté d’en parler, il m’a alors laissé penser que c’était le fait des autres doctorant·es, décidé·es à activement m’exclure — surtout une parmi elleux, jalouse que soit arrivée une « autre jolie femme ». Une conversation à cœur ouvert avec la « jolie femme » nous aura permis de découvrir, bien plus tard malheureusement, la manière dont nous avions été roulées dans la farine, elle apprenant qu’elle était manipulatrice et jalouse, moi qu’il fallait se méfier de moi et de mes ambitions carriéristes me poussant à détruire tout et tout le monde sur mon passage. Diviser pour mieux régner. J’ai réalisé que je serai punie à jamais d’avoir osé m’extraire — dans une certaine mesure seulement pourtant — de cette emprise, et qu’il m’avait prise en thèse pour des raisons qui n’avaient pas l’air très bienveillantes.

    J’ai dû payer mes postures politiques, aussi. Subir des interventions grossières lors de mes communications (quelle désagréable expérience de se faire couper la parole pour entendre « Mais bien sûr, que les réalisatrices s’approprient les héroïnes, et après les noirs feront des films pour les noirs et les pédés (sic) feront des films pour les pédés ! »). La dernière année a été la pire : j’avais de plus ne plus de mal à rester de marbre, et on en est arrivé à une relation où M. Ts’liche ne se donne même plus la peine de ne pas répondre « Ah non ! » sur un ton similaire à « plutôt crever » quand on lui suggère de me convier à un repas d’après soutenance. Ce jour-là, j’ai compris qu’il fallait définitivement admettre que je n’avais plus droit à la moindre foutue considération ou once de respect. Mais aussi que, au fond, je n’étais jamais totalement sortie de cette emprise, que j’avais encore peur qu’il m’en veuille, et que j’attachais encore de l’importance à son regard sur moi. Qu’il était encore en mesure de me faire du mal. Je ne pouvais plus le supporter, faire semblant et fermer ma gueule, alors je me suis rendue à l’évidence : tant pis pour la thèse, il devenait vital de partir.

    Cette prise de conscience et de parole a son élément déclencheur, évidemment : j’ai tenu bon toutes ces années en me mettant comme limite que je réagirais et parlerais si je le vois faire ça à une autre. Je me disais qu’il y avait peu de risques : il n’est plus tout jeune, et puis il m’a après tout dit lui-même qu’il n’avait pas l’habitude de faire ça, que j’étais « exceptionnelle ».

    Il y a bien eu cette jeune masterante, un été pendant une semaine de colloque, qu’il avait fait venir et avec qui il entretenait une relation très visiblement malsaine. J’ai entendu alors des propos très déplacés de la part des autres universitaires . Certains ont même participé à la « fête » à coup de « blagues » dégradantes dans l’indifférence (presque) générale. Mais elle n’était là que pour la semaine et n’était pas son étudiante à lui. Je me suis rassurée, malgré mon écœurement, en me disant que son éloignement géographique la protégeait de lui.

    Et puis il y a eu Ewilan, sa nouvelle doctorante arrivée en 2019. On se connaissait déjà un peu et s’appréciait, partageant des affinités humaines et politiques, mais on s’est vraiment liées d’amitié en devenant collègues. Puis, peu de temps après la rentrée, j’ai été témoin d’une scène intrigante : j’ai vu M. Ts’liche arriver dans la pièce où nous étions, saluer bruyamment et ostensiblement son autre doctorante et tourner le dos à Ewilan, pourtant à deux mètres à peine, indifférent à ses timides tentatives de le saluer.

    « J’ai rêvé ou il ne t’a pas dit bonjour ?

    – Ah non tu n’as pas rêvé, il me fait la gueule et m’ignore depuis cet été. »

    Alors, elle m’a tout raconté. La relation malsaine qu’ils avaient depuis sa L3, où il l’emmenait et l’exhibait partout au début, lui envoyait des sms même dans la nuit, lui faisait des confidences intimes. Parfois lui criait dessus, mais finissait par lui mettre un bras autour des épaules en lui disant « Mais Ewilan, vous savez bien que si on se dispute tous les deux c’est parce qu’on s’aime trop. ». Jusqu’au jour, à la fin de son master, où, pour un prétexte bidon, il l’a « abandonnée » pour la punir de d’avoir « manqué de loyauté », ne lui offrant de l’attention plus que par miettes, suffisantes néanmoins pour qu’elle reste sous contrôle. Elle aussi, il l’a marginalisée après l’avoir rendue dépendante de son attention continuelle, profitant de la vulnérabilité psychologique qu’elle présentait également pour la malmener.

    Je crois que ça a été pire pour Ewilan. Elle était plus jeune et plus fragile que je ne l’avais été, et surtout elle n’a pas eu la chance d’être celle qui stoppe tout ça, de reprendre un peu de contrôle, de réinvestir au moins un peu une place de sujet après avoir été si longtemps un objet. Je peux imaginer, pour l’avoir tant craint, le sentiment d’abandon et de rejet insupportable qu’elle a dû ressentir.

    La voilà celle à qui il refaisait subir ça. La voilà, la fin de ma capacité à encaisser silencieusement ; en novembre dernier, j’ai commencé certaines démarches pour partir et pour dénoncer les agissements de M. Ts’liche — qui ont le plus souvent été bien peu entendues, mis à part par une personne qui m’a montré tout de suite le soutien dont j’avais désespérément besoin et que je remercie du fond du cœur.

    J’accuse M. Ts’liche, 6 ans après le début de toute cette histoire, de harcèlement moral, de violences psychologiques et d’abus de son pouvoir et de sa position hiérarchique, et ce notamment et dans les cas les plus graves pour mettre sous emprise des jeunes femmes vulnérables.

    Je reproche à un certain nombre de personnes une complaisance inacceptable face à tout cela. J’ai encaissé des « plaisanteries » pleines de sous-entendus sans que ces personnes ne se soucient de comment je vivais une relation dont les indices extérieurs semblaient plus les amuser que les inquiéter. J’ai raconté mon histoire, tâché de faire part de mon mal-être personnel et de mes inquiétudes pour les suivantes et souvent je n’ai trouvé qu’un mur, une minimisation des actes que j’avais subi ; on m’a demandé de me taire et de laisser tomber toute volonté de procédures pour éviter que ça rejaillisse sur toute l’équipe et porte préjudice à la licence. Certains de mes interlocuteurs ont admis le tempérament toxique de M. Ts’liche mais ne semblaient pas vouloir y faire quoi que ce soit. Il a même ses défenseur·euses acharné·es, qui semblent considérer que sa sympathie avec elleux prouve qu’il est sympathique avec tout le monde, loyaux·ales jusqu’au bout, qui trouvaient toutes les bonnes raisons de justifier ses comportements abusifs, qu’il est pour le coup loin de ne réserver qu’à ses proies : ses colères terribles quand il n’obtient pas ce qu’il veut, ses humiliations publiques, etc.

    Ce mail, je l’écris depuis des mois dans ma tête en en repoussant depuis autant de temps la rédaction. Je savais déjà comme je voulais le finir : « à partir de maintenant et pour la suite, vous ne pourrez plus faire comme si vous ne vous rendiez pas compte ». Ewilan m’a prise de court. Ewilan qui concentrait l’essentiel de mes inquiétudes, dont j’avais également fait part à certains enseignants de mon équipe pédagogique. Elle me parle depuis des mois de son mal-être, de ses idées noires. J’ai fait ce que j’ai pu pour qu’elle ne se sente pas seule, puis pour la convaincre qu’elle pouvait partir, qu’il n’était pas tout puissant en dépit de ses efforts pour nous en convaincre. « J’suis pas prête », qu’elle disait. Elle est partie finalement, pas comme je voulais, en me laissant une demande très claire que j’honorerai du mieux que je peux. Avec tout juste quelques mots en cadeau de départ, mon Ewilan peut se vanter d’avoir chez moi fait partir toute la colère, et d’avoir envoyé un gros stock de courage et de détermination.

    Car certains diront qu’elle est facile, ma place. Opportuniste, même. Aucun doute que je serai traînée dans la boue, taxée de manipulatrice. Je suis prête. Parce que c’est faux, elle n’est pas facile cette place, elle ne me fait et ne me fera rien gagner. Elle me demande d’être courageuse. Je ne veux punir personne, même pas M. Ts’liche. Je veux juste que les opportunités de recommencer lui soient retirées, je veux juste que soit refusé tout ça, qu’importe si ça demande de sortir de son confort ou de la facilité. Plus jamais de M. Ts’liche, plus jamais d’Ewilan. Ça suffit.

    J’aimerais bien que vous soyez courageux et courageuses, vous aussi.

    https://medium.com/@Camille_Thizbel/de-la-toute-puissance-des-pr%C3%A9dateurs-haut-plac%C3%A9s-d875001c28a6
    #suicide #ESR #enseignement_supérieur #témoignage #Camille_Zimmermann #culpabilité #harcèlement #contrat_doctoral #maltraitance #marginalisation #emprise #peur #sentiment_d'abandon #abus_de_pouvoir #harcèlement_psychologique #harcèlement_moral #complaisance #plaisanteries #manipulation #prédation

    • Omerta mode d’emploi

      Hier, jeudi 10 septembre 2020, nous avons republié sur Academia du texte émouvant de Camille Zimmermann à la mémoire de sa consœur doctorante qui avait mis fin à ses jours. Est-ce son témoignage ou plutôt la pression syndicale qui a pesé ? Ce matin, la présidence s’est fendu d’une lettre au personnel de l’Université de Lorraine.

      La lettre de Prof. Pierre Mutzenhardt, Président de l’Université de Lorraine, Président de la commission Recherche et Innovation de la CPU, a connu une large diffusion et n’était en rien confidentielle : nous la reproduisons en l’assortissant d’une petite explication de texte.

      –—

      À : « all-ncy-ens » <all-ncy-ens@univ-lorraine.fr>, « all-ncy-ater-ens » <all-ncy-ater-ens@univ-lorraine.fr>, « all-ncy-lecteur-ens » <all-ncy-lecteur-ens@univ-lorraine.fr>, all-ncy-biatss@univ-lorraine.fr
      Cc : « president » <president@univ-lorraine.fr>
      Envoyé : Vendredi 11 Septembre 2020 09:04:13
      Objet : [all-ncy] Evénement tragique

      Mesdames, Messieurs,

      Une doctorante de notre établissement a mis fin à ces jours au début du mois d’août. Il s’agit d’un événement plus que terrible et dramatique. Très rapidement, avec la directrice de l’école doctorale, nous avons été en contact avec la famille de la doctorante et avons, je l’espère, respecté au mieux ses volontés. Nous avons pu rencontrer ses parents à la fin du mois d’août.

      Il apparaît que ce drame pourrait être lié en partie aux conditions de sa thèse et à son environnement professionnel. En conséquence, l’ouverture d’une enquête du CHSCT sera proposée le vendredi 11 septembre lors d’un CHSCT exceptionnel de l’établissement pour examiner ces conditions de travail et faire des recommandations.

      Par ailleurs des témoignages récents, indépendants de ce que peuvent diffuser les réseaux sociaux, font état de faits qui pourraient être qualifiés de harcèlement. Ils m’ont amené à diligenter une enquête administrative rapide qui a pour but d’établir les faits de manière contradictoire et d’en tirer toutes les conséquences.

      J’ai également suspendu de manière conservatoire le professeur et directeur de thèse de la doctorante le temps de l’investigation administrative pour protéger l’ensemble des personnes y compris lui-même.

      Enfin, nous devons être attentifs également aux jugements hâtifs, à ne pas confondre ce qui relève de témoignages avec les accusations qui se propagent sur les réseaux sociaux. Si les réseaux sociaux peuvent être des révélateurs de situations, ils sont aussi devenus des armes qui blessent, harcèlent et propagent trop souvent la haine. Nous avons pu nous en rendre compte à d’autres occasions.

      Très attaché aux valeurs de notre établissement, je m’engage à prendre toutes les mesures qui apparaîtront nécessaires à l’issue de cette enquête pour s’assurer qu’une telle situation ne puisse pas se reproduire. Le doctorat est, en effet, une période très importante dans le développement de la carrière d’un chercheur. Il appartient à l’établissement de garantir que cette période soit la plus fructueuse possible dans un contexte professionnel favorable pour les doctorants.

      Bien cordialement,
      Prof. Pierre Mutzenhardt
      Président de l’Université de Lorraine
      Président de la commission Recherche et Innovation de la CPU

      –---

      Il me semble que cette correspondance est parfaitement exemplaire du fonctionnement de l’omerta qui pèse sur les violences faites aux femmes à l’Université, dans le cadre d’un fonctionnement universitaire analogue à l’emprise mafieuse, comme l’ont récemment argumentés des collègues anthropologues1.

      Considérons le courriel.

      En premier lieu le président met en cause directement la formation doctorale dispensée par l’université. Ce serait la famille — laisse entendre le président — qui s’est ouvert du lien fait le lien entre le suicide et la thèse. Au vu du bruit sur les réseaux sociaux, on se serait attendu à ce que le président s’adresse à l’ensemble de la communauté universitaire, étudiant·es inclus·es.

      –---

      Courriel adressé à l’ensemble des personnesl de l’Université de Lorraine, le 10 septembre 2020

      « Mesdames, Messieurs, cher(e)s collègues,

      Je vous prie de trouver ci-dessous l’ordre du jour du prochain CHSCT programmé le vendredi 11 septembre 2020 :
      Point 1 – Adaptation des conditions de rentrée et déroulement du 1er semestre 2020-2021 – mesures complémentaires (pour avis)
      Point 2 – Modification du programme 2020 des visites du CHSCT (pour avis)
      Point 3 – Procédure d’analyse à déterminer suite à l’événement grave survenu à l’Institut Régional du Travail (pour avis)
      Point 4 – Procédure à mettre en place suite à la survenue d’un événement grave susceptible de présenter un lien avec les conditions de travail (pour avis)

      Meilleures salutations,
      Pierre Mutzenhardt
      Président de l’UL »

      –----

      Que nenni ! Si le jeudi 10 septembre, les personnels de l’Université de Lorraine ont été informé de l’ordre du jour du CHSCT, seuls les personnels du site nancéen de l’UFR Arts Langages Littératures (ALL) se trouvent informés de ce que la présidence nomme pudiquement l’« événement tragique ». L’Université de Lorraine dans son entièreté n’est pas concernée par le suicide d’une de ses étudiant·es : ni les étudiant·es, ni même les autres enseignant·es-chercheur·ses, directeurices de thèses des UFR de médecine et de sciences ne sont alerté·es ou sensibilisé·es à l’idée que la présidence prend ce très grave problème à bras le corps. Presque personne ne sera donc informé avant qu’éventuellement la presse locale ou un blog de l’ESR ne s’en empare.

      Soit.

      Balkanisons les pratiques inappropriées vis-à-vis des femmes.

      Le message semble avoir été écrit à la va-vite, ce qui est pour le moins curieux pour ce type de communication présidentielle hautement sensible : coquilles, phrases contournées, expressions inappropriées. C’est davantage sous le coup de l’urgence que dans le cadre d’une politique plus large, mûrement réfléchie, qu’il a pris la décision d’écrire aux Nancéen·nes d’ALL. Le président a refusé de recourir à l’écriture inclusive, pourtant recommandée dans une affaire relevant des violences faites aux femmes. À ce titre, la formulation conclusive choisie pourrait heurter :

      « Très attaché aux valeurs de notre établissement, je m’engage à prendre toutes les mesures qui apparaîtront nécessaires à l’issue de cette enquête pour s’assurer qu’une telle situation ne puisse pas se reproduire. Le doctorat est, en effet, une période très importante dans le développement de la carrière d’un chercheur. Il appartient à l’établissement de garantir que cette période soit la plus fructueuse possible dans un contexte professionnel favorable pour les doctorants ».

      On peut s’étonner, puisque l’affaire a été ébruitée par une femme qui choisissait de mettre fin à sa thèse, que le seul masculin soit retenu pour désigner les hommes et les femmes qui se trouvent en situation de domination. On peut s’étonner de même — je pourrais même m’en offusquer si j’étais maîtresse de conférences à l’Université de Lorraine — du ton plus que maladroit employé. L’objet du message, la formule de salutation finales, l’usage de « blessures » portées par les réseaux sociaux, alors que c’est un suicide qui est à l’origine de la communication présidentielle. Sous la plume du président, il ne s’agit pas de prendre en charge avec tact et empathie la douleur, l’empathie, la colère, l’émotion qui pourrait saisir enseignant·es et étudiant·es. Un problème de plus à régler dans une rentrée très chargée, voire apocalyptique.


      *

      Venons-en aux faits.

      L’Université — soit la présidence et la directrice de l’École doctorale — a été informée du suicide de la doctorante. La famille, devine-t-on, fait connaître ses volontés, dont on ne saura rien, mais que le président espère « avoir respecté au mieux ». La famille, rencontrée fin août,a fait le lien entre le suicide et ce que le président désigne de manière euphémisée comme « aux conditions de sa thèse et à son environnement professionnel ». Il faut donc attendre le 11 septembre pour le Comité Hygiène Sécurité et Conditions de Travail (CHSCT) soit réuni, saisi quelques heures avant la publication par Camille de son texte sur Medium. Selon nos informations et la « formule magnifiquement trouvée par notre admin[istration] », il s’agit du point 4. « Procédure à mettre en place suite à la survenue d’un événement grave susceptible de présenter un lien avec les conditions de travail ». Le président suit ici strictement le droit : il informe le CHSCT du suicide à la rentrée, et inscrit le point concernant une enquête à l’ordre du jour.

      Le président ajoute cependant quelque chose de surprenant.

      « Par ailleurs des témoignages récents, indépendants de ce que peuvent diffuser les réseaux sociaux, font état de faits qui pourraient être qualifiés de harcèlement. Ils m’ont amené à diligenter une enquête administrative rapide qui a pour but d’établir les faits de manière contradictoire et d’en tirer toutes les conséquences ».

      Sortant du sujet de la correspondance, M. Pierre Mutzenhardt informe ses lecteurices de plusieurs choses : les témoignages de harcèlement ou, à tout le moins de conduite inappropriée, ont circulé sur les « réseaux sociaux » ; la parole se déliant, d’autres témoignages ont été portés avec insistance à ses oreilles. Cet ensemble, qui établirait quelque fondement à l’accusation grave de harcèlement, le font diligenter une enquête administrative. Il précise que l’enquête sera

      « rapide qui a pour but d’établir les faits de manière contradictoire et d’en tirer toutes les conséquences ».

      Il faut attendre longtemps pour apprendre que c’est le directeur de thèse qui est mis en cause. Nous savons par le recoupement du témoignage, qu’il s’agit du directeur de thèse de la doctorante qui est visé par les deux procédures, soit Christian Chelebourg2. Il n’est pourtant pas nommé ; mais désigné par son statut de professeur et sa fonction de direction de thèse. C’est le premier volet du dispositif du silencement : la responsabilité du professeur n’est engagée que dans le cadre de l’« environnement de travail » dans lequel il exerce, bien qu’il soit seul « suspendu à titre conservatoire ». Il ajoute qu’il prend cette mesure « pour protéger l’ensemble des personnes y compris lui-même ».

      L’environnement de travail est-il en cause ? Les témoignages qui ont paru sur Internet, les personnes qui se sont confiées à moi, font état de sérieux problèmes rencontrés par différentes étudiant·es et différentes enseignant·es titulaires et non-titulaires par la proximité professionnelle de M. Chelebourg. Elles n’ont pas mentionné d’autres comportements déviants. En revanche, ce qu’elles précisent, c’est qu’elles n’ont pas trouvé de soutien ou d’écoute de la part de certains collègues masculins, qui ont reconnu à demi-mot une certaine capacité de nuisance, s’empressant de préciser que « ce n’est pas un monstre ». D’autres enseignantes ont fait état d’une inquiétude, craignant des mesures de rétorsion si elles évoquaient la procédure à la demande des étudiant·es. Sans chercher à justifier pourquoi ce type de discours est tenu — ni à minimiser les responsabilités qu’il y aurait à n’avoir pas protégé les étudiant·es de comportements apparemment connus — je propose ainsi de voir dans l’environnement de travail le deuxième niveau de silencement : minimiser le comportement malfaisant ; faire comme si ce dernier n’était pas problématique, de la part des collègues dudit professeur.On comprend que les hordes féministes sont à la porte de l’Université et menaceraient l’ordre patriarchal qui y règne. Faisons-les taire.

      Le troisième dispositif de silencement est construit par le président lui-même. Plutôt que de reconnaître la souffrance vécue par des femmes sous la responsabilité de son Université, M. Pierre Mutzenhardt choisit une autre stratégie : la minimisation des faits, la dénonciation de rumeurs et, plus grave, la protection du mis en cause.

      « Enfin, conclut-il, nous devons être attentifs également aux jugements hâtifs, à ne pas confondre ce qui relève de témoignages avec les accusations qui se propagent sur les réseaux sociaux. Si les réseaux sociaux peuvent être des révélateurs de situations, ils sont aussi devenus des armes qui blessent, harcèlent et propagent trop souvent la haine. Nous avons pu nous en rendre compte à d’autres occasions ».

      À la lecture de ce paragraphe, je me suis étouffée3. Une femme est morte, peut-être à cause du comportement de son directeur de thèse, mais c’est ce dernier que le président de l’Université de Lorraine entend protéger. Il le fait en prenant une mesure conservatoire, au motif que « si les réseaux sociaux peuvent être des révélateurs de situations, ils sont aussi devenus des armes qui blessent, harcèlent et propagent trop souvent la haine ». Il le fait aussi en donner un signal aux agresseurs : ce sont vous, « victimes » d’une cabale publique, vous qui est le cœur et l’âme de l’Université qu’il me faut défendre ; celles et ceux qui se sentent « heurtées » par le courriel sont ainsi prévenu·es : l’Université de Lorraine n’a pas vocation à les prendre soin d’elleux.

      Balkanisation de l’information, ato-défense collective en formation de tortue romaine, mesure conservatoire à titre de protection : la stratégie est limpide et antithétique avec celles que plusieurs assocations féministe ou savantes, l’Association des sociologues des enseignant·es de l’enseignement supérieur en tête, préconisent. Il ne m’appartient pas de juger si c’est une façon de se protéger lui-même contre quelques mandarins qui grimperaient aux rideaux. Ce que je sais, depuis lundi, c’est que l’omerta, ce silencement patiemment construit au sein de l’Université de Lorraine, a pu tuer.

      Camille a souhaité être courageuse.

      Soyons désinvoltes. N’ayons l’air de rien.

      Addendum. Lundi 14 septembre 2020, vers 9h30, avant suppression entre 11h42 et 11h45.

      Sur Facebook et Twitter, l’Université de Lorraine écrit ton nom, professeur. Et le sien aussi.

      https://academia.hypotheses.org/25555

  • DE LA TOUTE PUISSANCE DES PRÉDATEURS HAUT-PLACÉS | by Camille Zimmermann | Sep, 2020 | Medium

    https://medium.com/@Camille_Thizbel/de-la-toute-puissance-des-pr%C3%A9dateurs-haut-plac%C3%A9s-d875001c28a6

    Novembre dernier, j’ai pris la décision de quitter ma thèse et la licence dans laquelle je donnais cours pour les mêmes raisons qui ont poussé mon amie, que nous allons appeler « Ewilan », à mettre fin à sa vie.

    J’ai rencontré cet enseignant — partons sur « M. Ts’liche » — en L3, quand j’étais enceinte, isolée dans une ville éloignée de Nancy et dans un couple qui battait déjà de l’aile, traumatisée par un premier accouchement assez violent. Vulnérable, donc, comme je l’avais déjà été souvent, avec mon profil psy assez lourd dont la tentative de suicide à 17 ans.

    Quelle bouffée d’air frais quand ce professeur, directeur de la licence, s’intéresse à vous ! Quel soulagement que ces longues heures passées à discuter par messenger, cette conversation presque ininterrompue et de plus ne plus intime alors que vous vous sentiez si perdue et désœuvrée. C’est même moi qui, un jour, ai initié un contact physique : je l’ai pris dans mes bras à la fin de l’année, si reconnaissante de cette attention qu’il m’offrait, un peu angoissée à l’idée de quitter la formation — et lui ! — pour l’été. Qu’est-ce que j’allais pouvoir faire dans ma vie si vide ?

  • Gwénola Sueur et Pierre-Guillaume Prigent - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=Rw0sRBrfqLo

    « Histoire et usage du syndrome d’aliénation parentale contre les mères séparées en France »
    Gwénola Sueur, Association de mères séparées
    Pierre-Guillaume Prigent, Université de Bretagne Occidentale

    Conférence présenté dans le cadre du forum intitulé « L’aliénation parentale : une menace pour les femmes et les féministes », le 26 avril 2018 à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

    (pas vu) #SAP

  • Dans le secret de « la Famille », une communauté religieuse très discrète en plein Paris
    https://pastebin.com/ySSgRJpu

    La Famille, c’est le nom de cette communauté basée dans l’est de Paris, dont les 3000 membres ne se marient qu’entre eux. Pour la première fois, certains témoignent, et dénoncent un fonctionnement sectaire.
    Une fête religieuse célébrée par la communauté à Villiers-sur-Marne, aux Cosseux. La Famille compte 3000 membres, mais seulement huit patronymes.
    , Nicolas Jacquard

    Juste avant un coup de tronçonneuse (?), une des branches de cette secte qui a réussi, le catholicisme.

    #catholicisme #secte

  • Pourquoi elles ne partent pas : sous l’emprise d’un pervers narcissique – Révolution Féministe
    https://revolutionfeministe.wordpress.com/2020/06/14/pourquoi-elles-ne-partent-pas-sous-l-emprise-dun-perv


    Je n’aime toujours pas ce concept qui décontextualise les #violences_masculines, mais la description de l’#emprise est particulièrement éclairante.

    Je pense que ce n’est pas uniquement ça qui nous empêche de partir. Au début oui, mais l’emprise est quelque chose de très compliqué à comprendre. Quand ça a commencé, ce cycle tension/violence/gentillesse/accalmie, je pensais vraiment qu’il allait changer, d’autant que ces périodes de violence étaient quand même relativement espacées. On a vécu trois ans à Paris, et pendant cette période, les violences étaient plus espacées. Là, effectivement, ces périodes de gentillesse m’ont empêchée de partir. Pourtant, avant la première gifle, j’avais déjà reçu beaucoup d’insultes mais, au début, ces périodes d’accalmie m’empêchaient de partir. Je me disais « bon, quand même, il n’est pas si terrible que ça » ; à chaque fois, je reprenais espoir. Mais en réfléchissant à tout ça, au bout d’un moment, il y a une emprise qui se met en place, j’étais devenue incapable de vivre par moi-même, de sortir de mon jardin, c’est plutôt ça qui m’a empêchée de partir. Je ne me voyais plus capable de faire quoi que ce soit en dehors de mon jardin, c’est-à-dire en dehors de lui.

    Surtout quand il a fait jouer ma « puanteur », ma nullité etc., j’étais tellement dévalorisée que je ne me voyais pas reprendre un travail quelconque. Et l’argent était à lui, moi je n’avais rien, très vite au bout de quelques années, je n’avais plus rien, et il me le faisait bien sentir. J’étais coincée en fait. C’est beaucoup plus compliqué que ça, les femmes vous disent : « je ne pars pas à cause des enfants, à cause de la maison, à cause de mon travail ». En fait, on ne part pas parce qu’on ne peut pas partir. Et ça c’est difficile à expliquer et à comprendre.

  • Agressions sexuelles : le « système d’abus » des frères de Saint-Jean
    https://www.mediapart.fr/journal/france/280519/agressions-sexuelles-le-systeme-d-abus-des-freres-de-saint-jean

    Les frères de Saint-Jean dénoncent pour la première fois le « système d’abus » qui s’est installé au sein de cette communauté touchée par de nombreux scandales sexuels. La commission « SOS abus » pointe la responsabilité de plusieurs dirigeants de la congrégation, dont son fondateur, mais aussi l’incurie de la hiérarchie catholique.

    #Enquête #emprise,_Rome,_Communauté_Saint-Jean,_abus_sexuels,_Vatican,_pédophilie,_Eglise_catholique,_A_la_Une

  • #Liora_Farkovitz : Comment se défendre au tribunal de la famille face à un ex-conjoint agresseur
    https://tradfem.wordpress.com/2019/03/31/comment-se-defendre-au-tribunal-de-la-famille-face-a-un-ex-conjoi

    La 8e Conférence accueillait notamment, M. Lundy Bancroft, qui s’active depuis plus de dix ans dans des dossiers de mères victimes de violence conjugale ayant perdu la garde de leurs enfants face à leur agresseur au Tribunal de la famille. Bien connu comme co-fondateur du Battered Mothers Testimony Project (Projet de témoignage des mères violentées) au Massachusetts, M. Bancroft est également l’auteur de trois ouvrages sur la dynamique et les répercussions de la violence conjugale : Why Does He Do That ?, The Batterer as Parent et When Dad Hurts Mom. Il s’est mérité le Prix Pro Humanitate 2004, décerné par le North American Resource Center for Child Welfare, pour son livre The Batterer as Parent (L’agresseur comme parent).

    Les mères violentées tiennent tête aux préjugés

    Les sept conférences précédentes sur les enjeux de garde des mères violentées ont validé et quantifié une situation de crise émergente pour la justice et les droits de la personne dans nos tribunaux de la famille. Des juges livrent des enfants maltraités aux agresseurs mêmes auxquels leurs mères protectrices avaient de peine et de misère réussi à échapper. Mais pour la première fois dans l’histoire de la conférence, Bancroft a fait de l’autodéfense contre cette injustice le thème des rencontres et des allocutions de la conférence de cette année.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : http://www.suite101.com/content/author-lundy-bancroft-teaches-battered-mothers-to-fight-back-a331711#ixzz1
    #mères_violentées #violences_masculines #isolement #emprise #droits_de_la_personne

  • « Pourquoi fait-il cela ? »
    https://tradfem.wordpress.com/2019/03/31/pourquoi-fait-il-cela

    ÉCOUTEZ LES VOIX DE CES FEMMES :

    Il a deux personnalités. J’ai l’impression de vivre avec le Dr Jekyll et Mr Hyde.

    Il ne veut pas réellement me faire mal. Il perd simplement le contrôle.

    Le reste du monde le trouve merveilleux. Je ne sais pas ce qui, chez moi, le fait disjoncter.

    Il est OK quand il est à jeun. Mais lorsqu’il a bu, attention !

    J’ai l’impression que rien de ce que je fais n’arrive à le contenter.

    Il m’a fait peur à quelques reprises, mais il ne touche jamais aux enfants. C’est un père formidable.

    Il me traite de noms dégoûtants et une heure plus tard, il veut faire l’amour. Je n’y comprends rien.

    Il me joue dans la tête parfois.

    Ce qu’il y a, c’est qu’il sait vraiment comment je fonctionne.

    Pourquoi fait-il cela ?

    Voilà les mots de femmes qui décrivent leur anxiété et leur conflit interne à propos de leur couple. Chacune d’entre elles sait que quelque chose va mal – très mal – mais elle n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Chaque fois qu’elle pense avoir compris le fonctionnement de son partenaire, avoir compris ce qui le trouble, il se passe quelque chose de nouveau, quelque chose change. Les pièces du puzzle refusent de s’agencer.

    Chacune de ces femmes tente de faire sens des hauts et des bas d’une relation qui est devenue comme un manège de foire.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://www.docdroid.net/py03/why-does-he-do-that.pdf
    #violences_masculines #emprise #trouble

  • « J’ai pris le merlin pour la tuer et la hache pour la finir »
    http://www.epris-de-justice.info/jai-pris-le-merlin-pour-la-tuer-et-la-hache-pour-la-finir

    « J’ai tué ma femme. Je viens me rendre. » Il est minuit passé, dimanche 10 août 2014, lorsque Jean, 79 ans, se présente à la caserne Margueritte à Rennes. Petit, en plein pendant la Seconde Guerre mondiale, il a grandi un temps dans des baraquements non loin. C’est pour ça qu’il a choisi cette caserne, à une dizaine de kilomètres de chez lui, pour se constituer prisonnier. Margueritte, il connaît. Le retraité est si calme que les gendarmes lui font répéter. Il réclame un verre d’eau, puis s’accuse avec les mêmes mots.

    • Au quotidien, Jean, qui a « toujours été dur, très très dur », selon sa sœur Odette, n’épargne pas Yolande. Les anecdotes malheureuses se sont succédé pendant les deux jours de procès. « Il la traitait souvent de "fille de divorcée" », accuse Laurence, « la meneuse » pour son père. « Elle avait pas le droit de cueillir du persil, elle cueillait mal », hurle de douleur Claudine, la benjamine, dernier témoin de la première journée. Elle poursuit, tout essoufflée : « Quand elle allait chez le coiffeur, il lui disait qu’elle était moche. Je peux vous dire plein de choses, il n’arrêtait pas. »
      « Elle avait pas le droit »

      Le lendemain matin, c’est au tour d’Odette de déposer. Elle y va calmement, après que son frère, trop agité, a été expulsé, en vociférant jusque derrière les lourdes portes dorées. « Elle avait le droit de rien, elle n’était qu’une feignante. » Silence. « A la fin, elle n’avait plus le droit de faire ses courses, sa cuisine. Elle avait pas le droit de sortir de table avant qu’il sorte. » Silence. « Elle avait très mal aux pieds. Je lui avais dit d’aller voir la pédicure, mais mon frère ne voulait pas. » Silence. « Elle a vécu un calvaire ma belle-soeur ; un calvaire elle a vécu. Oui, on peut dire un calvaire. » Long long silence.

      Yolande n’avait pas non plus le droit de recevoir. A l’heure du thé, « il fallait ranger vite fait les tasses pour pas que monsieur se rende compte, se rappelle une voisine. Alors la plupart du temps, on allait chez moi, c’était plus pratique. » Pas le droit non plus d’utiliser l’eau comme elle voulait. Pas le droit de se doucher comme bon lui semblait. Pas de le droit de tirer la chasse, surtout pas la nuit. « Elle a été obligée de mettre un seau dans sa chambre, rage Laurence. C’est même pas des économies, c’est juste pour l’emmerder. »

      Une fois, Yolande a eu le droit. Ou plutôt le permis. « Alors le permis de conduire, c’est encore autre chose… se remémore Laurence, sur un ton blasé. Monsieur avait un cancer du rein, donc il a dit à maman de passer son permis pour l’emmener là où il voulait. Elle avait 42 ans... Elle l’a eu du premier coup. Une fois revenu de l’hôpital, il a récupéré très vite. Il l’a emmenée conduire dans les remparts de Saint-Malo. Elle a paniqué. C’était terminé. »

      #culture_du_viol #patriarcat #emprise #féminicide

    • Avec en toile de fond les acteurs et traumatisés des violences de la #guerre_d'algérie
      Est-ce qu’un jour des historiens mesureront l’impact que cette guerre a eu sur les femmes et les enfants de ces soldats ?
      Les témoignages de faits terribles ne manquent pas, violence, abandon, maltraitance et surtout, aucun remord avouable, parce qu’un soldat doit supporter l’horreur.
      #soumission_à_l'armée
      #colonisation
      #mariage

    • Mon avis que c’est plutôt son goût pour l’ordre et la domination qui l’ont fait rentrer dans l’armée, ce qu’il y a vu et fait ont mis la dernière couche.
      Il est l’exemple exacerbé et poussé jusqu’au bout de la domination masculine et du patriarcat : l’emprise sur sa femme, l’emprise sur ses filles qui n’ont droit à aucune existence en tant que telle à part le servir. Il y en a beaucoup, beaucoup d’autres que lui sans forcément le passage à l’acte final.

    • @ninachani je ne suis pas en train d’excuser ce criminel, je souligne le rôle de la guerre d’Algérie en toile de fond.

      Commettre des crimes ordonnés par un Etat légitime l’immonde et détruit toute notion d’humanité pour ériger la violence en norme. Il faut une sacré résistance pour ne pas renoncer à penser l’avenir et sombrer dans un comportement de violence.

      Vu les tabous et inconnus qui règnent encore sur cette *$# !& de guerre coloniale d’Algérie, je fais l’hypothèse que les femmes et les enfants des soldats ont payé un lourd tribu à leur retour. Cette guerre a alimenté la haine raciale et exacerbé l’idée qu’il y aurait des êtres humains indignes de vivre comme les algériens ou les femmes. Mais aussi que les hommes rentrés n’ont eu aucun soutien et que beaucoup ont ensuite menés des vies suicidaires.

      Je n’ai pas envie de noter ici les familles détruites que je connais à la suite du retour de la guerre d’Algérie, souvent il est difficile de les faire parler.

    • @touti Je n’ai pas pris ton commentaire comme une excuse de ses actes. Mais il n’était pas appelé, il était soldat de métier, et en plus dans les paras. D’où mon insistance sur sa personnalité qui l’a poussé à faire ce choix et surtout d’y rester dans l’armée.

  • Les abus sexuels au sein du couple, une #violence faite aux #femmes à ne pas négliger | Sans Compromis
    https://sanscompromisfeministeprogressiste.wordpress.com/2017/08/02/les-abus-sexuels-au-sein-du-couple-une-violence-faite-aux-femmes-a-ne-pas-negliger

    L’#emprise est le fait de dépersonnaliser l’autre pour se l’approprier. L’autre est déplacé petit à petit ou brutalement de sa place de sujet à celle d’objet qui doit donner satisfaction à tout prix. En matière de sexualité, on peut imaginer combien l’emprise peut être délétère. Un mécanisme entraîné par l’idéalisation du couple et de la sexualité véhiculée par les médias et par la pornographie.

  • Les #femmes victimes, responsables ? – A dire d’elles
    https://sandrine70.wordpress.com/2017/01/06/hollande-sauvage-les-femmes-victimes-responsables

    Mais pourquoi n’est-elle pas partie, au risque de sa vie, ne serait-ce que pour ses enfants ? Oui, certaines femmes le font, parfois, et de plus en plus, parce qu’elles pensent qu’elles veulent protéger leurs enfants, parce qu’elles pensent aussi qu’elles vont être aidées, parce qu’aujourd’hui, la parole sur le sujet est un peu plus libre. 
    Malheureusement, souvent, cela se termine mal pour elles : 120 à 140 femmes assassinées par an, des batailles pour l’autorité parentale et la #justice qui souvent n’hésite pas à laisser la garde des enfants -même partielle, à des pères violents. Alors oui, aussi, tous les humains ne sont pas égaux devant les actes de #survie. Tous les humains ne savent pas réagir « au mieux » face aux #violences subies par leurs enfants et par eux-mêmes. Certains sont plus influencés par la puissance paternelle que d’autres. Certaines ont plus la capacité que d’autres de s’en sortir, peut-être.

    Ce n’est pas une raison pour dire que celles qui ne le font pas sont responsables ou complices des violences. Pour ma part, je n’absous pas par principe (ni ne juge par principe) les mères qui « auraient su » pour le #viol de leurs #enfants par le père ou le beau-père. Mais le déni et l’#emprise sont des mécanismes puissants qui font que je n’affirmerais pas non plus « par principe » qu’elles sont complices. 

    Lorsque tout sera mis en place dans la #société (au-delà d’affiches souvent culpabilisantes :« osez parler ») ! pour que les femmes et les enfants qui souhaitent dénoncer les violences soient entendus, lorsque les témoignages arriveront par dizaines qu’elles ont été entendues par la #police et par leur entourage, accueillies avec compréhension par le médecin, aidées dans leurs démarches auprès des services publics, dans leurs recherches de logements, qu’on aura suffisamment fait planer la menace de rétorsion judiciaire à l’homme violent pour que celui-ci n’ait pas un sentiment d’impunité ou de bon droit, lorsque la violence envers les femmes ne sera pas étalée partout dans les images de la culture pornographique qui nous envahissent, alors oui peut être, il sera temps de se poser cette question.

  • Belle qui tient captive

    Diérèse, interrogation
    Hypothèse ; imagination.

    DIÉRÈSE : Définition de DIÉRÈSE
    http://www.cnrtl.fr/lexicographie/di%C3%A9r%C3%A8se

    A.− LING. Prononciation en deux syllabes distinctes de deux voyelles successives d’un même mot.

    Belle qui tiens ma vie [Captive dans tes yeux,]— Wikipédia
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Belle_qui_tiens_ma_vie

    [...]

    Pourquoi fuis-tu mignarde
    Si je suis près de touai,

    [...]

    Approche donc ma belle
    Approche, toi mon bien,

    [...]

    MIGNARDE : Définition de MIGNARDE
    http://www.cnrtl.fr/definition/mignarde

    A. − Littér. [En parlant d’une pers. ou de ce qui la caractérise physiquement ou moralement] Qui est gracieux, délicat, joli.

    POSSESSION : Définition de POSSESSION
    http://www.cnrtl.fr/definition/possession

    I. − Fait de posséder.
    A. − Fait de posséder quelque chose.
    1. Fait d’avoir à soi, de disposer en maître de (quelque chose) et pouvoir en tirer profit et jouissance.

    FUIR : Définition de FUIR
    http://www.cnrtl.fr/definition/fuir

    A.− Emploi intrans.
    1. [L’accent est mis sur la cause du déplacement (menace, difficulté) ; le suj. désigne une pers.]
    a) Se sauver en toute hâte pour échapper à une personne, à une chose, importunes ou menaçantes.

    Une question : pourquoi,

    Les Petits Chanteurs de Passy — Wikipédia
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Petits_Chanteurs_de_Passy

    dans l’illustration sonore de l’article WP, ne prononcent-ils pas les strophes : 4, 6 ni 7 ?

    Strophes non entendues :

    Belle qui tiens ma vie — Wikipédia
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Belle_qui_tiens_ma_vie

    Mon âme voulait être
    Libre de passions,
    Mais Amour s’est fait maître
    De mes affections,
    Et a mis sous sa loi
    Et mon cœur et ma foi.(bis)

    [...]

    Je meurs mon angelette,
    Je meurs en te baisant.
    Ta bouche tant doucette
    Va mon bien ravissant.
    À ce coup mes esprits
    Sont tous d’amour épris.(bis)

    Plutôt on verra l’onde
    Contre mont reculer,
    Et plutôt l’œil du monde
    Cessera de brûler,
    Que l’amour qui m’époint
    Décroisse d’un seul point.(bis)

    #emprise

  • Dix ans de prison pour une femme ayant tué son mari incestueux
    C’est monstrueux de reprocher sa « passivité » à une victime de #violences conjugales. Maintenant, on connait l’#emprise des personnes violente et l’état de #sidération des victimes. Elle devait avoir un avocat de merde ! Sans compter qu’elle lui règle son compte le lendemain du #suicide de son fils...
    http://www.liberation.fr/societe/2014/10/28/dix-ans-de-prison-pour-une-femme-ayant-tue-son-mari-incestueux_1131295

    Au cœur de l’audience, la présidente de la cour, Catherine Paffenhoff, a en revanche longuement questionné la #passivité de l’épouse face à ce mari tyran, gros consommateur d’alcool, la non-dénonciation des coups, des incestes. « On avait peur de lui, il nous terrifiait », a répondu l’une de ses filles.

    #femmes #justice

  • Réinsertion, d’anciennes prostituées témoignent | La-Croix.com
    http://www.la-croix.com/Actualite/France/Reinsertion-d-anciennes-prostituees-temoignent-2013-11-25-1065900

    Pour les victimes de la traite, venues de l’étranger, l’#emprise psychologique prend diverses formes. « On sait qu’au Nigeria, on fait passer à certaines jeunes filles un “pacte vaudou” avant leur départ pour la France, où elles sont mises sur le trottoir.Elles ne peuvent rompre ce pacte au risque que le malheur s’abatte sur elles ou leur famille », indique Grégoire Théry.

    La crainte pour ses propres enfants maintient aussi les prostituées dans l’étau. « L’enfant reste au pays, le réseau ou la famille complice a la main sur lui, cela suffit à exercer un contrôle très efficace sur les personnes que l’on met sur le trottoir », fait observer le militant associatif. Même sans proxénète, Rosen a, pour sa part, longtemps craint de se voir retirer ses enfants. « Malgré l’horreur, les violences que je subissais, j’avais peur de me confier aux services sociaux, confie-t-elle. J’étais tétanisée, je me sentais coupable, alors je ne disais rien. »

    « L’emprise psychologique est le problème majeur, relève également la psychiatre Muriel Salmona, spécialisée dans la prise en charge des victimes de violences (2). Souvent, le scénario s’est construit dès l’enfance, au travers de violences sexuelles, d’une dévalorisation profonde qui fait croire aux jeunes femmes qu’elles ne sont “bonnes qu’à ça”, que le corps est à disposition. » Conséquence, poursuit le médecin, « la mémoire traumatique parle souvent à leur place, colonise leur esprit. Cela conduit également à une dissociation, à une anesthésie émotionnelle qui leur permet – en apparence – de supporter les pires violences. Les proxénètes et les clients jouent de cela ».

    #prostitution

  • Le secteur privé prend le contrôle sur la COP19 et le climat

    http://www.france.attac.org/articles/le-secteur-prive-prend-le-controle-sur-la-cop19-et-le-climat

    A l’occasion de la nouvelle conférence internationale sur le climat de Varsovie (Pologne - COP19 - 11-22 novembre), et deux ans avant celle que le gouvernement français veut accueillir à Paris (aéroport du Bourget), près de 140 organisations et réseaux du monde entier, dont près de trente français, publient une déclaration intitulée « Le secteur privé prend le contrôle sur la COP19 et le climat ».

    Extension des marchés carbone défaillants et dangereux, plus d’emprise des secteurs privés et lobbies pétroliers sur les négociations, moins de régulations contraignantes et à la hauteur des enjeux, voilà l’horizon qu’on nous construit alors que la crise climatique s’accélère au détriment de la survie des populations et des écosystèmes.

    #climat #Varsovie #marchés_carbone #Varsovie #COP19 #lobbies #contrôle #emprise #pétroliers #secteur_privé #UnionEuropéenne #charbon #

    @rezo