Le stockage de CO₂, la « solution miracle » moins efficace qu’espéré Foued Boukari/edel
Longtemps présenté comme une solution miracle à la crise du réchauffement climatique, le stockage du CO₂ dans le sol semble perdre du crédit. Dernier revers en date, une récente étude a revu fortement à la baisse la quantité de CO₂ que la terre peut stocker en toute sécurité.
Le stockage du CO₂ est au cœur de la stratégie climatique de nombreux pays. Le principe de cette technologie est simple : installer des filtres sur les cheminées des usines d’industrie lourdes, comme les cimenteries, les raffineries ou les hauts-fourneaux, pour capter une partie du CO₂ avant qu’il ne soit rejeté dans l’atmosphère, pour ensuite l’enfouir à des centaines de mètres sous terre.
On compte à ce stade une quarantaine de sites de stockage de CO₂ à travers le monde. Mais jusqu’à présent, les différents sites n’arrivent à enfouir qu’environ 50 millions de tonnes de CO₂ par an, alors que l’activité humaine rejette dans l’atmosphère chaque année au moins 36 milliards de tonnes de CO₂. Cela correspond à environ 0,1% des émissions annuelles mondiales . Les résultats sont donc plutôt mitigés, pour ne pas dire très décevants.
Système coûteux
Le stockage de CO₂ présente surtout une longue liste de problèmes sans solutions : risques de fuites ou de pollution, très énergivore ou encore très coûteux. "Sur une usine, il y a un surcoût à mettre une technologie de captage pour récupérer le CO₂", explique dans La Matinale de la RTS Thomas Le Guenan, géo-ingénieur spécialisé dans le stockage du carbone.
« Ce n’est pas tellement que c’est cher, c’est que personne ne veut payer pour obtenir le bénéfice qui est essentiellement de la décarbonation », ajoute-t-il. A ce stade, il n’existe aucun modèle économique rentable sans subventions publiques.
Selon une étude commandée par le Conseil fédéral en 2023, la construction d’un système suisse de captage et de stockage du carbone coûterait plus de 16 milliards de francs, dont 1 à 2 milliards de coûts d’exploitation annuels.
Utilisation de l’industrie fossile
Le stockage de CO₂ peut également avoir des utilisations problématiques. Certaines industries fossiles enfouissent par exemple du CO₂ dans des poches souterraines à moitié vide où se trouve du pétrole. Elles prolongent ainsi l’exploitation pour extraire encore plus de pétrole.
« Dans les pays où l’on produit des hydrocarbures, on peut injecter le CO₂ pour pousser le gaz ou le pétrole qui reste dans les pores pour qu’ils ressortent », précise Lyesse Laloui, professeur de géo-ingénierie de séquestration de CO₂ à l’EPFL. "Donc on extrait plus d’hydrocarbures et en même temps, on met plus de CO₂".
Les lobbies de l’industrie fossile poussent d’ailleurs fortement le captage et le stockage de CO₂ comme une solution miracle, ce qui leur permet aussi d’avoir une étiquette « verte » sans réduire leurs émissions de CO₂.
Potentiel de stockage revu à la baisse
Malgré tout, certains scientifiques et pays, dont la Suisse, soutiennent encore cette solution. Cela peut s’expliquer par le fait que ces projets étaient au départ motivés par l’idée que les coûts finiraient par baisser et que le potentiel d’enfouissement était illimité.
Une étude publiée début septembre dans la revue Nature montre cependant que ce n’est pas le cas. Les scientifiques estiment que quelque 1460 milliards de tonnes de CO₂ pourraient être stockés en toute sécurité dans des formations géologiques, soit près de dix fois moins qu’estimé auparavant.
Et selon l’étude, une utilisation de la totalité des capacités de stockage ne permettrait de réduire le réchauffement que de 0,7°C.
Remise en question
Ces nouvelles connaissances risquent de remettre en question la stratégie climatique de nombreux pays ayant misé sur cette technologie.
Le captage et le stockage de CO2, qui capte surtout des milliards de francs d’argent public et renvoie aux générations futures la responsabilité, le risque et les coûts du stockage, n’est pas la solution miracle longtemps imaginée.
Plus que jamais, la principale solution efficace face au changement climatique reste la réduction drastique de nos émissions de gaz à effet de serre.
Source : ▻https://www.rts.ch/info/environnement/2025/article/stockage-de-co-une-solution-miracle-aux-resultats-decevants-29009457.html
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