• Maltraitances : les sœurs du Bon Pasteur retiennent leurs archives pour éviter un scandale
    20 février 2021 Par Sarah Boucault
    https://www.mediapart.fr/journal/france/200221/maltraitances-les-soeurs-du-bon-pasteur-retiennent-leurs-archives-pour-evi


    D’ex-jeunes filles placées dénoncent les violences subies, il y a plusieurs décennies, dans les foyers de la congrégation. Réunies dans une association, elles réclament réparation. L’institution, elle, s’organise pour préserver son image et limite l’accès aux dossiers.

    Reno* a toujours un trou dans le genou gauche. Une marque indélébile de son passage au foyer du Bon Pasteur à Loos, dans le Nord, de 1960 à 1964. Un jour, alors qu’elle refusait de laver à nouveau le sol qu’elle venait d’astiquer, une sœur l’a poussée violemment, pour la punir, dans des escaliers en brique. « J’ai atterri les mains et les genoux en sang et n’ai reçu aucun soin. Je me suis soignée avec un chiffon, se souvient-elle. Le lendemain, j’avais des cloques pleines de pus. » La septuagénaire, dépressive chronique, est encore marquée au fer rouge par ce placement traumatisant, à l’âge de 13 ans.
    Marie-Christine Vennat, Sylvie et Éveline Le Bris, le 15 janvier 2021. © SB Marie-Christine Vennat, Sylvie et Éveline Le Bris, le 15 janvier 2021. © SB
    Comme quinze autres femmes, elle est membre de l’association « Les Filles du Bon Pasteur », créée en décembre dernier. Ces anciennes pensionnaires, placées par des juges des enfants, ont décidé de s’unir pour dénoncer les maltraitances qu’elles ont subies, il y a des décennies, dans les maisons censées les protéger, gérées par la congrégation catholique du Bon Pasteur.

    Elles demandent des excuses publiques à la congrégation et au gouvernement, un dédommagement, la gratuité des soins physiques et psychologiques, et la récupération des points retraite pour le travail effectué gratuitement.

    Plus largement, elles sont plus de 800 « anciennes » sur un forum et 177 sur une page Facebook à échanger et à se soutenir. Beaucoup racontent maltraitances et violences – même si une partie affirme que les sœurs les ont aussi sauvées de familles néfastes et que leur placement a été une opportunité pour recevoir une éducation.

    Dans ce long cheminement de réparation, il est une étape essentielle : la restitution de leur dossier. Elles y découvrent la manière dont on parlait d’elles, les raisons de leur placement, des secrets de famille. Autant d’éléments éclairants et douloureux, qu’elles mettent des années à digérer. Au Bon Pasteur, l’épreuve s’avère plus brutale qu’ailleurs, car la congrégation exerce un contrôle strict sur les informations qui pourraient nuire à son image.

    Fondé en 1835 à Angers, le Bon Pasteur a pour vocation alors de « sauver » les jeunes filles de la débauche. Au pic de son activité, en 1940, la congrégation catholique compte 350 institutions dans quarante pays, 10 000 religieuses et 50 000 jeunes filles. Dans les années 1950 et 1960, des milliers d’adolescentes y sont placées, partout en France, par des juges pour enfants, dont le statut est créé par l’ordonnance de 1945 pour protéger les mineurs de familles considérées comme défaillantes.

    « Contrairement aux garçons, la délinquance des filles n’inquiète pas la société, explique Véronique Blanchard, historienne. On les protège alors du vagabondage, qui pourrait se transformer en prostitution. » À l’époque, si 95 % des garçons qui sont enfermés le sont pour des faits pénaux, ce n’est le cas que pour seulement 36 % des filles.

    Les trois quarts des jeunes filles qui entrent au Bon Pasteur ont entre 12 et 16 ans. « Beaucoup sont victimes d’agressions sexuelles, et considérées comme fautives et responsables », indique David Niget, historien. Le placement de Reno, par exemple, est la conséquence des abus sexuels de son père sur sa sœur. Même configuration pour Éveline Le Bris, la présidente de l’association : les viols d’un voisin la conduisent loin de sa famille, jusqu’à son enfermement.

    Aujourd’hui, la honte de l’étiquette « mauvaise fille » est toujours vive, et la colère, intense. « Ces femmes ont intégré le mal que la société pensait d’elles, souligne Véronique Blanchard. La culpabilité colle à la peau. »

    Marie-Christine Vennat devant le centre d’observation des Tilleuls, au Bon Pasteur d’Angers, en 1964. © DR Marie-Christine Vennat devant le centre d’observation des Tilleuls, au Bon Pasteur d’Angers, en 1964. © DR

    Dans la plupart des institutions, l’humiliation et la culpabilisation sont la règle. À l’arrivée, chaque fille subit un test de virginité. Marie-Christine Vennat, pensionnaire à Angers et Orléans entre 1964 et 1967, raconte que le médecin du Bon Pasteur lui a introduit un doigt dans le vagin. « Sans gant, ni spéculum, précise-t-elle. J’ai hurlé comme un cochon. Il m’a dit : “C’est bien.” Il y a deux ans, ma gynéco m’a appris que c’était un viol. » Dans le cadre de la Commission indépendante des abus sexuels dans l’Église (Ciase), qui rendra ses conclusions à la fin 2021, 6 500 victimes ont été entendues, dont des femmes passées au Bon Pasteur.

    Pour ces adolescentes éprises de liberté, les journées sont rythmées par le silence, les prières et le travail. Parmi les humiliations : la confiscation des biens personnels et des lettres des proches, les corvées de ménage à genoux, le drap sur la tête quand on a uriné au lit, le cachot, les cheveux rasés après les fugues, le parloir pour les visites, les rares soins et le manque de serviettes hygiéniques, qu’il faut récupérer usagées dans la poubelle. Certes, dans les années 1960, ces traitements ne sont pas inhabituels dans les institutions religieuses comme laïques.

    Mais Marie-Christine Vennat se souvient d’une scène effroyable : « Cette sœur nous hurlait dessus, nous battait. Un jour, elle a explosé la tête d’une fille sur le lavabo, elle était en sang. J’étais pétrifiée, je n’avais jamais vu une telle violence de ma vie. »

    Et les jeunes filles cousent ou blanchissent jusqu’à 8 heures par jour, pour des entreprises ou des particuliers, en échange d’une rémunération insignifiante. « Au bout de trois et demi, on m’a donné l’équivalent de 4 euros, témoigne Éveline Le Bris. J’ai pu aller deux fois chez le coiffeur et m’acheter un pull. » Selon leurs aptitudes, déterminées par un test, certaines étudient. D’autres sont considérées comme inaptes. « À 21 ans, elles sortent démunies et sous-qualifiées par rapport à ce qu’elles auraient pu faire à l’extérieur, précise David Niget. Dans un contexte où le CAP est créé, peu le passent car les sœurs prétextent souvent qu’elles sont trop bêtes. »

    Éveline Le Bris au Bon Pasteur d’Angers, le 21 juillet 1963. © DR Éveline Le Bris au Bon Pasteur d’Angers, le 21 juillet 1963. © DR

    Aujourd’hui, pour se réapproprier leur histoire et être reconnues comme victimes, les anciennes pensionnaires doivent avant tout récupérer leur dossier. Depuis 2002, la loi autorise les personnes qui ont été placées à le faire. Ces documents sont des archives publiques mais peuvent être conservées dans les institutions privées, du moment qu’elles respectent la loi en vigueur et qu’elles proposent un accueil similaire à celui préconisé dans le public.

    Quand Éveline Le Bris se rend au Bon Pasteur d’Angers, le 4 septembre 2020, pour consulter son dossier, le choc est rude. Placée en 1963, elle découvre qu’elle est décrite ainsi : « Tête baissée, mine renfrognée, cheveux roux mal coiffés tombant sur les yeux, Éveline a une présentation très défectueuse. C’est une fille genre vulgaire et fruste. » Pendant deux heures, une sœur du Bon Pasteur lui lit l’intégralité de son dossier. Mais « une fois encore, c’était elle qui me disait ce que j’avais fait, s’indigne la septuagénaire. On aurait dit Germinal. Elle m’a même dit : “Si c’est écrit, c’est que ça doit être vrai.” Je me suis pris une nouvelle avoinée morale. »

    Plus tard, elle récupère le dossier d’un autre placement, à l’Aide sociale à l’enfance du Mans (ASE), dans la Sarthe, cette fois. La violence des informations est similaire mais, au service des archives départementales, elle est reçue par deux assistantes sociales laïques : « Elles étaient émues et outrées. Sans me plaindre, elles étaient de mon côté. À Angers, au Bon Pasteur, ce n’était pas le cas. J’étais chez elles. »

    « Chez elles. » Avec son service d’archives « maison », le Bon Pasteur oblige les anciennes pensionnaires à revenir dans l’enceinte du traumatisme. Le service, structuré, a des normes de sécurité et de conservation exigeantes, et même, une archiviste à plein temps. Peu d’institutions offrent un tel trésor, ce qui permet à la congrégation de pratiquer une politique de contrôle. À huis clos, elles reconnaissent les sévices. « On m’a expliqué que me forcer à manger le vomi que je venais de dégurgiter dans mon assiette était de la maltraitance », rapporte Marie-Christine Vennat.

    Mais « lors d’une consultation, c’est intrusif de discuter de son intimité avec un travailleur social ou une sœur, remarque Adélaïde Laloux, doctorante en archivistique, qui travaille sur les dossiers d’enfants placés. Ces pratiques, répandues et légales, sont à l’origine de nouvelles formes de maltraitance ».
    Chercheurs non grata

    Autre différence avec les structures publiques : une attestation de communication des dossiers interdisant aux intéressées d’en divulguer le contenu – un document que les sœurs ont fait signer jusqu’à la fin 2018 au moins. Parfois, elles ne remettent même pas de double.

    Centre d’observation des Tilleuls au Bon Pasteur d’Angers, siège de la congrégation. © SB Centre d’observation des Tilleuls au Bon Pasteur d’Angers, siège de la congrégation. © SB
    Diffuser son propre dossier est pourtant autorisé, dans les limites fixées par la loi (respect de la vie privée d’autrui, anonymat des professionnels, respect de l’ordre public). « Encore un exemple de violence qui se perpétue », juge David Niget.

    Des descendants se voient aussi refuser l’accès au dossier de leur mère, alors que la loi prévoit que si la personne placée est décédée, ses enfants et petits-enfants peuvent le consulter. Si la personne est en vie, la loi indique également que la personne « peut mandater un tiers de son choix pour procéder à la consultation en son nom ».

    Pourtant, depuis plusieurs mois, Daniel R. se retrouve face à un mur. « Ma mère est d’accord mais elle ne veut pas le faire elle-même, raconte l’homme de 62 ans. J’ai demandé son dossier au Bon Pasteur, cinq ou six fois, par mail ou par téléphone. » Plusieurs fois, Daniel R. a reçu la même réponse : « Conformément à la loi, seule votre maman peut consulter son dossier. »

    Avec les chercheurs, surtout, le Bon Pasteur pratique une véritable rétention d’informations. Dès les années 1980, de nombreux historiens qui brûlent d’accéder à cette pépite archivistique aux rails et rayonnages impeccables se heurtent à un mur. Tous s’accordent à dire qu’obtenir une autorisation du Bon Pasteur est plus difficile qu’ailleurs.

    Pourtant, les dossiers personnels des jeunes filles sont des archives publiques auxquelles les chercheurs ont généralement accès, sur dérogation. « Il semblerait que la congrégation considère que mes travaux sont ‘‘à charge’’ », constate Véronique Blanchard, autrice de plusieurs livres sur le sujet, qui n’a jamais vu l’ombre d’une archive.

    En 2014, au terme de décennies de lutte, cinq historiens voient tout de même les portes s’ouvrir. Dirigée par Magdalena Franciscus, sœur progressiste, la congrégation met 15 000 euros sur la table (la moitié d’un poste, complété par Angers Loire Métropole) et « commande » une enquête. Mais les sœurs ne cessent de répéter depuis qu’elles attendent le livre (sortie prévue fin 2021) avant de recevoir d’autres chercheurs…

    Le Bon Pasteur est en droit de conserver ses archives en son sein. Ce qui pose problème, ce sont les refus d’accès successifs, sans raison valable. Si ces archives dormaient dans un bâtiment public, la congrégation serait dans l’obligation de justifier son opposition. « D’emblée, le Bon Pasteur n’instruit pas la demande, c’est un refus immédiat, sans trace », pointe David Niget.

    Quand on lui demande pourquoi les archives ne sont pas transférées, la directrice des archives départementales de Maine-et-Loire, Élisabeth Verry, répond : « Deux kilomètres de papier, c’est énorme. » Avec des archives colossales, classées au millimètre et un service d’accueil dédié, on comprend entre les lignes que le Bon Pasteur est en position de force.

    Une fois sur place, d’anciennes pensionnaires constatent par ailleurs que leur dossier a été dépouillé. « Je me souviens de tests d’évaluation, où j’avais écrit, à chaque ligne : “Je veux ma liberté”, s’étonne Sylvie*, passée par le Bon Pasteur d’Angers, en 1967. Ils ont disparu. »

    Lire aussi

    Enfants placés : accusée de trahison, la majorité affiche son malaise Par Pauline Graulle, Jérôme Hourdeaux et Manuel Jardinaud
    Aide sociale à l’enfance : l’offensive des enfants placés Par Jérôme Hourdeaux
    Dans le Nord, le partenariat public-privé s’étend au placement des enfants mineurs Par Elsa Sabado
    Usul. Aide sociale à l’enfance : le service public invisible Par Rémi Liechti et Usul
    Pédophilie dans l’Eglise : notre dossier Par La rédaction de Mediapart

    David Niget, membre de l’équipe de recherche de 2014, confirme : « Les dossiers ont été triés et nettoyés. Si on compare à d’autres institutions, ceux du Bon Pasteur sont deux fois moins épais. Des éléments personnels des filles ont été détruits. Le manque de place et la méconnaissance sont l’explication naïve ; cela arrive aussi dans le public. Mais il y a aussi une probable décision politique pour supprimer tout ce qui peut faire désordre. » Impossible de déterminer la date ni le volume des archives détruites. Sans l’accord des archives départementales, la destruction d’archives publiques est interdite depuis 2008.

    Une réalisatrice, qui tourne un film sur le Bon Pasteur, a aussi essuyé plusieurs refus. Alors qu’elle suit Éveline Le Bris, volontaire pour le tournage, elle demande à filmer sa consultation de dossier. « Notre protocole de consultation ne prévoit pas que les entretiens soient filmés et enregistrés », répond le Bon Pasteur. À l’ASE du Mans, à l’inverse, les caméras étaient bienvenues.

    La seule réaction publique de la congrégation date de novembre 2019, dans Le Courrier de l’Ouest. Patricia Diet, sœur provinciale (France, Pays-Bas, Belgique et Hongrie) et psychologue convertie sur le tard, formule des excuses : « Là où l’objectif était de retrouver la joie de vivre et la dignité personnelle, nous reconnaissons que des comportements inadaptés sont parfois venus ternir des intentions louables. Je le regrette profondément et demande pardon pour ces attitudes qui ont provoqué incompréhension et souffrance. » Mais elle ne s’adresse pas directement aux femmes concernées.

    En décembre dernier, sollicitée par Mediapart, sœur Marie-Luc Bailly, la remplaçante de Patricia Diet, en arrêt, admettait « des méthodes éducatives qui aujourd’hui nous feraient frémir », mais pondérait, en insistant sur le nombre de jeunes filles sauvées et en réduisant les victimes à deux femmes isolées : « Ces deux femmes sont très meurtries, elles ont le sentiment que l’on n’a pas pris leur demande au sérieux. Tous les trois, quatre ans, leur demande revient à la charge. Elles ont pourtant été rencontrées bien des fois. »

    La congrégation internationale du Bon Pasteur, basée à Rome et contactée à de nombreuses reprises par Mediapart, renvoie vers la congrégation française. Même refus du côté du Vatican, où le cardinal João Braz de Aviz, en charge des instituts de la vie consacrée et des sociétés de vie apostolique, et dernier responsable avant le pape, a décliné nos demandes d’interview.

    Dans le paysage catholique français, toutefois, d’autres voix s’élèvent. « Pour les sœurs du Bon Pasteur, il y a une sorte de choc frontal et une part de déni, observe Véronique Margron, la présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref). Pourtant, pour faire la distinction entre ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné, il faut aller au bout de la vérité, là où des personnes ont subi des violences qu’elles n’auraient jamais dû subir. Il faut pouvoir exprimer sa honte, et plus que des excuses, il faut des actes. »

    Avis similaire chez Vincent Neymon, secrétaire général adjoint et porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF) : « Aucune institution ne doit échapper aux révélations de faits coupables qui ont pu avoir lieu en son sein. Ces institutions doivent non seulement chercher la vérité sur ces faits, mais aussi sur les silences ou les mensonges qui ont cherché à couvrir les personnes coupables. »

    Du côté de l’État français, la porte n’est pas fermée. « Cela mériterait un travail de recherche à part entière, note Emmanuelle Masson, porte-parole du ministère de la justice, qui ajoute que rien d’officiel n’a pour l’instant été lancé. Le transfert des archives vers le public est aussi une piste de réflexion. »

    D’autres pays ont, eux, entamé le travail de reconnaissance. En Australie, une grande enquête parlementaire a été menée, et des excuses sans équivoque figurent sur le site de la congrégation. Aux Pays-Bas, un rapport universitaire, commandé par le gouvernement, conclut au travail forcé.

    Fin 2020, 140 Néerlandaises ont ainsi reçu les excuses du ministère de la justice et un dédommagement de 5 000 euros chacune. Dans un courrier adressé aux victimes, en néerlandais, Patricia Diet convient que « les pratiques n’ont pas été correctes ». En Irlande, les enquêtes et les excuses se succèdent pour reconnaître la maltraitance dans les couvents des Magdalene Sisters, cousines du Bon Pasteur.

    « Dans la congrégation, la peur de la contagion du système irlandais prédomine, affirme David Niget. On pense encore pouvoir mettre le couvercle sur la marmite. Mais j’ai bon espoir pour qu’il y ait une reconnaissance un jour. Grâce à #MeToo, le statut de victime est aujourd’hui possible. Même si le moment de reconnaissance va être douloureux et conflictuel. »

  • Catherine Corless, bonne fée des enfants oubliés d’Irlande
    https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2021/01/21/catherine-corless-bonne-fee-des-enfants-oublies-d-irlande_6067007_4500055.ht


    L’historienne Catherine Corless (à droite) et Carmel Larkin, survivante du « home » de Tuam en 2019, lors d’une veillée pour les 796 victimes de Tuam.
    CHARLES MCQUILLAN / GETTY IMAGES / AFP

    PORTRAITLes recherches de cette historienne locale ont conduit à la reconnaissance, mi-janvier, des responsabilités de l’Etat et de l’Eglise catholique dans la maltraitance et le décès de 9 000 enfants, au sein des « maisons pour mères et bébés », entre 1922 et 1998.

    « Tout a commencé sur cette table de cuisine », ont pris l’habitude de relater les journalistes anglo-saxons qui ont eu la chance de rencontrer Catherine Corless, chez elle, dans sa ferme familiale de Tuam (grosse bourgade du comté de Galway, dans l’ouest de l’Irlande).

    A 66 ans, cette historienne ­amatrice, grand-mère au doux visage mais au sourire rare, est devenue une véritable héroïne en Irlande. Seule, donc, depuis sa table de cuisine, cette femme modeste mais déterminée est parvenue à exhumer un passé national douloureux et honteux, à redonner voix et dignité à des dizaines de victimes et à obliger l’Etat irlandais et l’Eglise catholique à reconnaître leurs torts.

    • Sans son travail obstiné, l’enquête publique qui a conclu, à la mi-janvier, que 9 000 enfants étaient morts entre 1922 et 1998 dans les « maisons pour mères et bébés » irlandaises, n’aurait jamais eu lieu.

      Ces dizaines de structures, éparpillées dans tout le pays et tenues par des institutions religieuses, dissimulaient les grossesses des femmes non mariées, jugées honteuses aux yeux d’une société et d’un clergé misogynes. Les femmes y étaient rudement traitées, leurs enfants étaient systématiquement placés par les nonnes dans des familles d’accueil ou d’adoption. Le manque de soin, d’hygiène et d’amour était tel que la mortalité infantile y était affolante.

      Une héroïne

      Mercredi 13 janvier, le gouvernement irlandais a multiplié les louanges à l’égard de Catherine Corless, « héroïne de notre pays » pour le leader des travaillistes, Alan Kelly.

      Elle est née à Tuam, et enfant, comme tous les gamins de la ville, elle connaissait le home, une sévère bâtisse entourée de hauts murs gris, une « maison pour mères et bébés » tenue par les sœurs du Bon Secours depuis les années 1920. L’institution a fermé en 1961, ses bâtiments ont été détruits et le site en partie remplacé par des logements communaux.

      Catherine Corless se rappelle des enfants du home, « ils étaient très calmes, peureux et misérables ». Dans l’école qu’elle fréquente petite fille, ils sont placés au fond de la classe et on ne leur adresse pas la parole.

      Un autre souvenir la poursuit : pour imiter un de ses camarades et faire une blague, elle tend un vieux papier de bonbon vide à une fillette. « Sur le moment, j’ai trouvé ça drôle. Mais, les années passant, j’ai compris l’impact de ce geste pour ces enfants qui n’avaient jamais de douceurs, même pas à Noël. Cela m’a hantée », raconte-t-elle à la BBC Radio 4 en 2017.

      A l’origine, un petit sanctuaire

      Au début des années 2010, cette ancienne secrétaire dans une usine textile, qui s’est arrêtée de travailler pour élever ses quatre enfants, est intriguée par la découverte d’un petit sanctuaire, avec quelques fleurs et un ours en peluche, aménagé sur le site du home.

      Elle apprend qu’en 1975 deux garçons qui jouaient à cet endroit ont découvert des petits squelettes au fond d’un trou en déplaçant une plaque de béton. Passionnée d’histoire locale et de généalogie (elle a suivi des cours du soir sur le sujet), Catherine Corless contacte les autorités locales. Le siège des sœurs du Bon Secours, à Cork (dans le sud de l’­Irlande), lui répond qu’il n’a plus les registres du home de Tuam. Elle n’a pas davantage de succès au conseil du comté, à Galway : on lui refuse l’accès aux documents au prétexte qu’elle n’a pas de diplôme universitaire.

      Elle ne se décourage pas, obtient les plans du cadastre, consulte des cartes anciennes à la bibliothèque universitaire de Galway et, minutieusement, reconstitue l’aspect du home avant sa destruction. « Personne ne voulait savoir, j’étais en colère, c’est ce qui m’a motivée », confie-t-elle à la BBC. Le registre d’état civil de Galway finit par lui répondre : des certificats de décès d’enfants au home sont bien disponibles.

      Aucune trace de sépultures

      Entre 2011 et 2013, Catherine Corless débourse 4 euros pour chacun d’eux. Il y en a 796 au total sur la période 1921-1961… Des nouveau-nés et des enfants, âgés de 9 ans au plus, morts de pneumonie, de « négligence » , de « malnutrition » ou de « tuberculose ».

      L’historienne vérifie dans les cimetières du comté : aucune trace de sépultures de pensionnaires du home. Elle en est convaincue : les restes humains retrouvés sur le site sont bien ceux de ces enfants. Quant à l’excavation dans laquelle ils ont été placés, elle découvre avec horreur qu’elle correspond à l’emplacement d’une ancienne fosse septique. En mai 2014, après des mois d’indifférence, ses découvertes font enfin la « une » de l’Irish Mail on Sunday. Acculé, le gouvernement irlandais de l’époque diligente des fouilles à Tuam et lance une commission d’enquête.

      En 2017, les fouilles donnent raison à Mme Corless : les restes ne sont pas ceux d’enfants morts de la Grande Famine, au milieu du XIXe siècle, comme la rumeur le prétendait à Tuam, mais bien ceux des enfants du home.

      Interrogée par le Guardian en 2014, Catherine Corless expliquait en vouloir moins aux gens de Tuam, restés si longtemps silencieux, qu’à l’Eglise catholique. « C’est elle qui a dit que le sexe hors mariage était un péché, qui blâmait toujours les femmes, jamais les hommes, qui a martelé ça dans la tête des gens. »

      Désormais honorée par les plus prestigieuses facultés du pays (Trinity College et University College Dublin), cette femme discrète dit avoir entrepris ses travaux « pour les enfants morts », pour leur redonner une dignité. Mais elle a aussi expliqué qu’un secret de famille l’avait poussée à aller de l’avant. C’est seulement après la mort de sa mère qu’elle a découvert que celle-ci était une enfant « illégitime », née hors mariage. « J’aurais tellement voulu briser ce silence avec elle », confiait Catherine Corless à la BBC en 2018.

  • Les enfants volés d’Angleterre sur France 5

    https://www.france.tv/documentaires/societe/951473-les-enfants-voles-d-angleterre.html

    Au Royaume-Uni, les services sociaux sont financièrement encouragés à retirer leurs #enfants à des parents soupçonnés de maltraitance ou jugés à l’avance incapables d’assumer leur rôle, à l’instar des #mères_célibataires ou des couples désargentés. Proposés à l’adoption, ces enfants ne retrouveront jamais leur famille. En 2015, 7740 enfants étaient en attente d’adoption par des couples, aux revenus aisés, qui peuvent dresser en ligne leur profil idéal de recherche. La loi impose le silence aux parents et aux journalistes qui ne peuvent raconter leur drame sous peine de condamnations judiciaires.

    réalisé par : Pierre Chassagnieux, Stéphanie Thomas

    Il faut voir ce documentaire accablant sur les #maltraitances infligées aux enfants (et à leurs parents). On y voit les services sociaux anglais complices de #traffic_sexuel des enfants. Un #tabou non relayé.

    #documentaire #enfance_volée #services_sociaux #pédophilie #prostitution #reification_liberale #guerre_aux_pauvres #vols_de_bébés

  • L’Eglise catholique, tyrannique et mafieuse, derrière le scandale des bébés volés de Franco

    https://www.franceculture.fr/histoire/derriere-le-proces-des-bebes-voles-en-espagne-le-spectre-dune-eglise-m

    Il manque : église pédophile, sexiste, violente, puissante, rétrograde, etc...

    Sous Franco démarrait en Espagne un vaste scandale de vols d’enfants, confisqués à leurs parents à la naissance parce qu’ils étaient républicains, mères célibataires ou couples adultères. La pratique mafieuse a perduré après la mort du dictateur à la faveur d’un lien étroit avec l’Eglise catholique.

    #catholicisme

    • Ce mardi 7 mars 2017, 80 adolescentes ont fugué de leur foyer « foyer sûr, vierge de l’ascension » pour dénoncer l’exploitation sexuelle, les viols et violences dont elles sont victimes à l’intérieur même de ce centre d’accueil pour mineurs. 60 d’entre elles ont été ramenées de force par la Police Nationale Civile, puis enfermées à clé dans une petite pièce.
      Dans la matinée du 8 mars, un incendie s’est déclenché dans cette même pièce et a provoqué la mort de plus de 40 jeunes filles de 14 à 17 ans.

      #enfance_volée #église_catholique

  • Rafle des années 60 : des enfants autochtones ont été vendus à l’étranger | ICI.Radio-Canada.ca
    http://ici.radio-canada.ca/regions/manitoba/2016/09/28/004-enfants-autochtones-vendus-rafle-autochtones-sixties-scoop.shtm

    Une enquête de CBC révèle que certains enfants autochtones retirés de leur famille pendant la rafle des années 1960 ont été vendus à l’étranger.

    Connue en anglais sous le nom de « Sixties Scoop », cette politique gouvernementale a arraché des milliers d’enfants autochtones à leur famille pour les faire adopter par des familles blanches au Canada, aux États-Unis et en Europe.

    #peuples_premiers #peuples_autochtones #nations_premières #kidnapping #vol_d_enfants

  • Des enfants groenlandais enlevés de force à leur famille en 1951 par le gouvernement danois pour une « expérience » ont reçu cette semaine les excuses du gouvernement danois...

    Beklager « eksperimentet » mot grønlandske barn - NRK Verden - Utenriksnyheter og -dokumentarer

    http://www.nrk.no/verden/beklager-_eksperimentet_-mot-gronlandske-barn-1.12618900

    22 grønlandske barn ble tvangsflyttet fra sine hjem i 1951. Bare åtte av dem lever fortsatt. Denne uken fikk de endelig en unnskyldning fra Redd Barna.

  • Les nourrissons volés du #Chili

    Au Chili, des nourrissons ont été séparés de leurs mères à la naissance, pour être vendus ou donnés en adoption de manière illégale sous la dictature d’Augusto Pinochet, dans les années 70 et 80, principalement. Aux mères, on disait le plus souvent que leur bébé était mort. Un trafic révélé en avril 2014 par un article de presse du centre d’investigation en ligne Ciper. Le site chilien dévoilait deux cas liés à un curé de l’aristocratie. Depuis, des centaines d’enfants illégalement adoptés et de mères cherchant leur enfant sont sortis de leur silence des classes sociales hautes et basses, tout au long du Chili. Jusqu’ici, depuis que le scandale a éclaté, 4 familles se sont retrouvées.

    http://www.rfi.fr/emission/20141217-chili-bebes-voles-naissance-adoption-pinochet

    #enfants_volés #dictature

    • Deux associations/sites cités dans le reportage:
      Nos Buscamos extraña anuncios para frenar el tráfico de niñas y niños en Chile
      http://www.nosbuscamos.org/sites/nosbuscamos.org/files/styles/800x600/public/field/image/nosbuscamos-cuenta-publica.png?itok=IfBesC-E
      http://www.nosbuscamos.org
      Hijos y Madres del Silencio

      Los Hijos y Madres del Silencio somos un grupo de personas en constante búsqueda... víctimas de un mal que se ha hecho sin mesura, un mal que simplemente no tiene nombre. Somos madres que buscan a sus hijos, así como también hijos que buscan a sus madres o familias biológicas.

      En medio de este dolor, tratamos de encontrar una luz que nos lleve a la verdad. Nuestro objetivo es ayudarnos mutuamente de forma desinteresada con datos e información, contarnos nuestras penas y alegrías, apoyarnos. ¡Nos entendemos, nos damos ánimo y nos queremos!

      Este grupo está compuesto principalmente por chilenos y españoles, pero no estamos solos. Estamos en contacto y apoyados por personas y fundaciones de Argentina, USA, Inglaterra, Irlanda, Italia, Holanda y Alemania, lo que nos permite abrir nuestro abanico de búsquedas.

      En un principio comenzamos sólo chilenos (creíamos que éramos los únicos), pero NO, somos muchos en el mundo los que buscamos. Los bebés fueron apropiados (adopciones ilegales) por familias en diversos países y lamentablemente esta forma de operar se ha repetido en muchos lugares. Gracias a los fuertes lazos de verdad, de amor, de lucha y de solidaridad con Madres e hijos del Silencio de otros países es que emprendemos juntos un camino por la verdad, para encontrarnos y recuperar nuestro derecho a la identidad.

      Tenemos la suerte de contar con amigos y amigas de otras nacionalidades muy humanos, con mucha experiencia, capaces, luchadores y fuertes. Esperamos descubrir dónde se encuentran nuestras familias y la de todos aquellos que buscan sin cesar a sus hijos e hijas arrebatados.

      Esperamos de todo corazón que seamos un medio de ayuda para todos, sólo nosotros sabemos la tristeza el dolor el desamparo y la angustia de vivir así!

      http://ec12.cdn.cincopa.com/CuadroCoco.jpg?o=4&res=9&cdn=ec&p=y&pid=414575&ph3=zonzvzslii4dcdm
      http://hijosymadresdelsilencio.blogspot.ch/p/entrada.html

  • #Enfants pauvres placés de force en Suisse : ils parlent - Le nouvel Observateur
    http://rue89.nouvelobs.com/2014/09/14/enfants-pauvres-places-force-suisse-les-victimes-parlent-254837

    Jusqu’en 1981 en Suisse, 100 000 enfants de la pauvreté ont été placés de force dans des familles ou des institutions. De plus en plus de victimes franchissent le mur de la honte pour demander reconnaissance et réparation. Rencontres avec notre partenaire swissinfo.ch.

    « Je suis né à Fribourg en 1954 dans une grande misère et j’ai été confié à l’assistance publique à 3 ans avec mes deux frères. J’ai connu la malnutrition, les sévices corporels et autres abus sexuels. Mais surtout le manque d’affection. A côté de l’orphelinat, il y avait des militaires. Un jour, j’étais seul dans la cour et un officier dans son bel uniforme a parlé avec moi. Le lendemain, il m’a apporté un jouet, et je lui ai demandé : “tu ne voudrais pas être mon papa ?” Il m’a expliqué que ce n’était pas si simple.

    Dès 14 ans, j’ai été placé chez des paysans : il fallait trimer et je m’endormais à l’école. En trois ans, j’ai gagné 15 francs. Je suis ensuite retourné en institution et j’ai passé un CFC de ferblantier, mais j’ai dû arrêter ce travail après quatre ans pour cause de problèmes physiques. Ce qui m’a soutenu dans ma vie, c’est le sport. A force d’efforts, je suis devenu maître de sport.

    Un fois ouvert l’accès aux archives, j’ai appris que ma mère n’était pas partie, comme on me l’avait dit, mais que, abandonnée par mon père, un vagabond, elle ne pouvait pas nous nourrir. Elle avait demandé de l’aide, mais non, les autorités nous ont séparés. J’ai aussi découvert que j’avais une sœur de 66 ans dans le canton d’Argovie. Je l’ai rencontrée, quelle émotion ! “

    #pauvreté #civilisation

  • « En Australie, des enfants ont été arrachés à leurs proches » - Libération
    http://www.liberation.fr/monde/2014/02/18/en-australie-des-enfants-ont-ete-arraches-a-leurs-proches_981136
    On a évoqué ici le drame des enfants groenlandais arrachés à leur famille pour les envoyer au Danemark afin d’y recevoir une éducation en conformité avec les standards européens.
    http://seenthis.net/messages/132136
    ainsi que les enfants de l’île de la Réunion envoyé en France pour soi-disant améliorer leur condition sociale.
    http://seenthis.net/messages/228946

    En Australie 100 000 enfants aborigènes ont été capturés au début du XXè siècle dans le but d’anéantir la culture aborigène, et finalement, exterminer les #aborigènes eux-mêmes.

    L’Australie est une colonie de peuplement, et selon les idées évolutionnistes raciales du milieu du XIXe siècle, les Aborigènes étaient voués à l’extinction. Et c’est quasiment ce qu’il s’est passé. La population métisse par contre est allée croissant. Des justifications humanistes ont été avancées pour l’assimilation de ces enfants à la population européenne. Mais le but restait l’extinction des populations autochtones par « absorption biologique » et dilution des origines aborigènes en quelques générations.

    Cette histoire a fait l’objet d’une enquête dont le rapport "Bringing them home" a été publié en 1997
    https://www.humanrights.gov.au/publications/bringing-them-home-report-1997

    This report is a tribute to the strength and struggles of many thousands of Aboriginal and Torres Strait Islander people affected by forcible removal. We acknowledge the hardships they endured and the sacrifices they made. We remember and lament all the children who will never come home.

    We dedicate this report with thanks and admiration to those who found the strength to tell their stories to the Inquiry and to the generations of Aboriginal and Torres Strait Islander people separated from their families and communities.

    En 2002, le gouvernement australien admet mais bon hein
    http://www1.rfi.fr/actufr/articles/031/article_16290.asp

    Les résultats du dernier recensement révèlent une nouvelle tendance dans la population australienne : la reconnaissance et la revendication de ses origines indigènes. Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus profond de réconciliation nationale entre les communautés aborigènes et blanches de cette île-continent. Toutefois, la population reste toujours opposée sur l’opportunité de présenter des excuses officielles aux peuples autochtones.

    Un 2008, le gouvernement présente des excuses aux populations aborigènes survivantes
    Les excuses du gouvernement aux Aborigènes
    http://www.survivalfrance.org/actu/3074

    Aujourd’hui, nous rendons hommage aux peuples indigènes de cette terre, les plus anciennes cultures encore vivantes de l’humanité.

    Nous pensons aux mauvais traitements qu’ils ont subis.

    Nous pensons en particulier au sort des générations volées, ce sombre chapitre de l’histoire de notre nation.

    Il est désormais temps pour notre nation de tourner une nouvelle page de l’histoire de l’Australie en reconnaissant les torts du passé pour se tourner avec confiance vers l’avenir.

    Nous présentons nos excuses pour les lois et les politiques des Parlements et gouvernements successifs qui ont infligé une peine, une douleur et une perte profondes à nos compatriotes australiens.

    Nous présentons en particulier nos excuses aux enfants aborigènes et insulaires du Détroit de Torres qui ont été enlevés à leurs familles, à leurs communautés et à leurs pays.

    Pour la peine, la souffrance et les blessures de ces générations volées, de leurs descendants et de leurs familles laissées derrières elles, nous demandon pardon.

    Aux mères et pères, aux frères et sœurs, pour avoir séparé des familles et des communautés, nous demandons pardon.

    Et pour l’atteinte à la dignité et l’humiliation infligées à un peuple fier de lui-même et de sa culture, nous demandons pardon.

    Nous, Parlement australien, demandons respectueusement que ces excuses soient reçues dans le même esprit que celui dans lequel elles sont présentées, en tant que mise en œuvre du processus de guérison de la nation.

    Pour l’avenir, nous avons à cœur que cette nouvelle page de l’histoire de notre grand continent puisse maintenant être écrite.

    Nous faisons aujourd’hui ce premier pas en reconnaissant le passé et en nous tournant vers un avenir qui englobera tous les Australiens.

    La réponse des deux organisations représentantes des aborigènes
    Let the healing begin
    https://www.humanrights.gov.au/news/speeches/response-government-national-apology-stolen-generations

    May I begin by acknowledging the Ngunnawal peoples – the traditional owners of the land where we meet today and pay my respects to you and to your elders.

    I have been asked by the National Sorry Day Committee and the Stolen Generations Alliance; the two national bodies that represent the Stolen Generations and their families, to respond to the Parliament’s Apology and to talk briefly about the importance of today’s events.

    I am deeply honoured to be entrusted with this responsibility and to participate in today’s proceedings.

    I am particularly honoured to do so in my capacity as Aboriginal and Torres Strait Islander Social Justice Commissioner at the Human Rights and Equal Opportunity Commission. The inaugural Social Justice Commissioner, Professor Mick Dodson, was the Co-Commissioner of the national inquiry, along with the then President, the late Sir Ronald Wilson, that culminated in the Bringing them home report. The next Social Justice Commissioner, Dr Bill Jonas, contributed greatly to the understanding of the report and the importance of its findings.

    Today is an historic day.

    It’s the day our leaders – across the political spectrum – have chosen dignity, hope and respect as the guiding principles for the relationship with our first nations’ peoples.

    Génération volée : un douloureux devoir de mémoire
    http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/generation-volee-un-douloureux-35344

    D’après la commission d’enquête, au moins 100 000 enfants soit 10 % des enfants aborigènes furent ainsi retirés à leurs parents, et chaque famille aborigène a été affectée, sur une ou plusieurs générations sur la période allant de 1910 à 1970. Si la commission a mis en exergue les nombreux cas d’éloignements forcés, de tromperies par des agents gouvernementaux ou d’enlèvements sous la menace, elle a aussi noté que certaines familles aborigènes s’étaient séparées volontairement de leurs enfants.

    La plupart des enfants étaient placés dans des institutions religieuses ou charitables et y étaient formés comme ouvriers agricoles pour les garçons et domestiques pour les filles, avec interdiction de parler leurs langues natales et de fréquenter des aborigènes.

    #enfants #génocide #Australie

  • Un morceau de bonheur arraché à l’enfer
    http://blogs.afp.com/makingof/?post/argentine-un-morceau-de-bonheur-arrache-a-l-enfer

    « Ils ne se sont rien approprié. Ils n’ont fait que suspendre la vérité pendant un certain temps ». Nous sommes début août à Buenos Aires. Celui qui s’exprime ainsi s’appelle Guido Montoya Carlotto. Pendant 36 ans, il a cru s’appeler Ignacio Hurban. Il vient de découvrir qu’il a été un des 500 bébés volés pendant la dictature militaire argentine, entre 1976 et 1983. Et qu’il est, en réalité, le petit-fils d’Estela de Carlotto, la présidente de la célèbre organisation des Grands-mères de la Place de Mai. Source : Making-of

  • Près de 800 squelettes de bébés découverts dans un ancien couvent en Irlande
    http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/06/04/pres-de-800-squelettes-de-bebe-decouverts-dans-un-ancien-couvent-en-irlande_

    Près de 800 squelettes de nouveau-né ont été découverts dans une cuve en béton, à côté d’un ancien couvent catholique de la ville de Tuam en #Irlande. Entre 1925 et 1961, ce lieu a accueilli des jeunes mères célibataires tombées enceintes hors mariage.

    « Quelqu’un m’avait mentionné l’existence d’un cimetière pour nouveau-nés, mais ce que j’ai découvert était bien plus que cela », a déclaré l’historienne Catherine Corless, à l’origine de cette découverte. C’est en réalisant des recherches sur les archives d’un ancien couvent de Tuam – aujourd’hui reconverti en lotissement – que l’historienne a découvert que 796 enfants avaient été enterrés sans cercueil ni pierre tombale. Ces nouveau-nés auraient été enterrés secrètement par les sœurs du couvent de Bon-Secours.

    #enfants #mères_célibataires #couvent #religion

  • Les « Réunionnais de la Creuse » : pourquoi cinquante ans de silence ? - Le nouvel Observateur
    http://rue89.nouvelobs.com/2014/02/18/les-reunionnais-creuse-pourquoi-cinquante-ans-silence-250027
    #déplacements_forcés #enlèvements

    Au début des années 60, Michel Debré, alors député d’outre-mer, est obsédé par la « surnatalité » qui grève La #Réunion. Plein de nobles sentiments, il entreprend de drainer de jeunes Réunionnais vers des départements vieillissants comme la Creuse, le Tarn ou le Cantal.

    Immatriculés « #pupilles_de_l’Etat », des #enfants – dont certains ont encore leurs parents – sont expédiés en métropole, à 9 000 kilomètres de chez eux, par la direction départementale des Affaires sanitaires et sociales (DDASS). Placés dans des familles paysannes, certains vivent heureux. D’autres font face à la solitude, au déracinement et au #racisme ordinaire. L’expérience se solde par des #suicides et des troubles psychiques.

    Ce mardi, les députés se prononcent sur « la responsabilité morale [de l’Etat] » dans ce transfert de plus de 1 600 enfants réunionnais, mené entre 1963 et 1982.

    http://rue89.nouvelobs.com/sites/news/files/styles/asset_img_full/public/assets/image/2014/02/enfantsdelacreuse.jpg

  • Comment des enfants groënlandais furent arrachés à leur famille pour être scolarisés au Danemark...

    Voici une histoire qui me rappelle furieusement l’histoire émouvante racontée dans le film "Rabbit-Proof Fence" du réalisateur Phillip Noyce d’après un livre de Doris Pilkington, sorti en 2002.

    http://www.imdb.com/title/tt0252444

    C’est l’histoire de trois petites filles aborigènes enlevées de force à leur mère par un représentant du gouvernement australien en 1931, pour être "éduquées" à l’occidentale à des milliers de kilomètres de là où elles viennent, dans des "camps-écoles" prévus à cet effet.

    ici, c’est Louise Fontain, une jeune groenlandaise de 9 ans qui est séparée de sa famille pour être scolarisée au Danemark dans le cadre de ce que le gouvernement appelle « une expérience »... Les autorités affirment que c’est seulement pour une année. Un beau jour de 1967, elle dit au revoir à ses parents depuis le pont du bateau qui l’emmène à Copenhague. Louise ne reviendra que quand elle aura 16 ans, elle aura pratiquement oublié sa langue maternelle...


    Louise Fontain a aujourd’hui 55 ans (en 2013) et vit en Norvège depuis 1983.

    De 1961 à 1976, 1 615 enfants groenlandais âgés de neuf ans ont été envoyés au Danemark dans des familles d’accueil pour être scolarisés, et acquérir la langue et la culture danoise.


    Enfants groenlandais à leur arrivée à la gare d’Odense en 1966

    L’objectif "déclaré" était que ces enfants devaient revenir au Groënland pour devenir "l’élite" du pays... Louise raconte qu’elle a été élevée durement, parfois battue par un couple qui n’avait pas d’enfant et « qui avait reçu une enfant de 9 ans complètement formée qui venait d’une culture complètement différente qu’ils ne comprenaient pas ». D’autres enfants sont passés de famille en famille, ils ont vraisemblablement vécus des épisodes dramatiques mais n’en parlent jamais. Dans les familles d’accueil, il y avait beaucoup de violence envers ces enfants « venus d’ailleurs ».

    Pour Louise, la perte de la langue a été fatale puisque ses parents ne parlent que Groënlandais (ils ne parlent pas Danois bien que le Groënland soit une colonie danoise). Elle n’a jamais réussi à l’apprendre à nouveau.

    Louise : « Lorsque j’étais à Copenhague, ma famille d’accueil me disait souvent que si je me comportais mal, ils me renverraient au Groenland dans un sac postal et que je ne serai bonne qu’à faire la pute sur le port. »

    Cette histoire est racontée dans un absolument magnifique documentaire radio de 43 minutes, « L’histoire d’une vie oubliée » malheureusement en danois et norvégien de sorte que vous ne pouvez pas vraiment en profiter. Cela dit, si vous êtes scandinavophone, le lien est ci-dessous.

    –-----

    Source : NRK - Tok barna fra familien - Fordypning
    http://www.nrk.no/fordypning/tok-barna-fra-familien-1.10989288

    Opplevde barneeksperiment på Grønland

    Bare ni år gammel ble norsk-grønlandske Louise Fontain sendt vekk fra hjem og familie på Grønland, som del av et omstridt dansk utdanningseksperiment. Den lille jenta visste ikke at hun aldri skulle komme tilbake.

    #groenland #enfance #colonisation #arctique #danemark

    • En complément, lire aussi :

      Greenland demands apology for Danish child experiments | IceNews - Daily News

      http://www.icenews.is/2009/08/14/greenland-demands-apology-for-danish-child-experiments

      In 1951, Denmark’s government approved a social experiment where 22 children were taken from their homes in Greenland and moved to Denmark where they were immersed in Danish language and culture. The idea was to create a new elite group of Danish-thinking Greenlanders and return them to take a leading role in their country’s education system.

      22 Children

      http://22children.tumblr.com

      “A life with a damaged identity obviously cannot be restored.”

      These are the words of Doris Jakobsen, Siumut MP in the Danish Parliment, speaking on behalf of 22 children.

      In 1951, the Danish government removed these 22 children from their homes and families in Greenland and relocated them to mainland Denmark. The children were selected and relocated with the intention of being integrated into Danish society and indoctrinated in Danish culture. According to one news source, the conductors of this experiment hoped “to create a new elite group of Danish-thinking Greenlanders and return them to take a leading role in their country’s education system.”

      The Anguish of Looking Back

      http://www.dfi.dk/Service/English/News-and-publications/FILM-Magazine/Artikler-fra-tidsskriftet-FILM/68/The-anguish-of-looking-back.aspx

      Louise Friedberg’s debut feature “The Experiment” (working title) shines a light on a dark chapter of Danish history. Denmark, today a small, relatively peaceful country with an international reputation as a climate-friendly nation of bicyclists, until 1953 was a colonial power wielding its might to commit state-sanctioned abuse against Greenlandic children.


      http://jyllands-posten.dk/uknews/ECE4191410/public-apology-demanded-over-colonial-experiment?service=printversio

      Public apology demanded over colonial experiment

      An official apology is being sought for a Danish experiment using Greenlandic children as ‘guinea pigs’ A group of 22 children lost their language, culture and family when they were moved from Greenland to Denmark in 1951, according to Politiken...

      A group of 22 children lost their language, culture and family when they were moved from Greenland to Denmark in 1951, according to Politiken newspaper.

      Prime Minister Lars Løkke Rasmussen is now being urged to issue a public apology for the experiment, which used 22 Greenlandic children aged between five and eight years old as ‘guinea pigs’.

    • A little bit more about Najavaraq alias Louise Fontain

      http://cornersofeurope.org/storytelling-by-kasia-julia-pastuszak

      Bodil Mette Louise Amalie Fontain named Najavaraq by her family. Born in Greenland.
      Lives on an organic mountain farm the last 11 years – 40 km from Hattfjelldal, 500 meters above sea level, 9 km to nearest neighbor.
      Married to a farmer and carpenter Torbjørn, mother of 5 children and photographer of the title.1

      She entitled her story in a very simple yet very deep way: This is the reason to live this life as I do here in Hattfjelldal… The story began in Greenland, in the time, when as a ten year old Greenlandic girl she had to go to Denmark to live with a Danish family. Together with other Greenlandic children, she had to go through a process of compulsory re-education. When she came back to Greenland after many years spent in Denmark, she no longer remembered her mother tongue. She’d lost her language and her song… That’s where her search for identity, belonging and acceptance began. And it was only when she’d moved to Hattfjelldal that through the work with her hands she reclaimed her language and found again her song…

    • Louise Fontain (Greenland)

      Louise is a Greenland-born photographer and freelance journalist who also runs a small farm Hattfjelldal, Norway. She wrote the script for the film documentary Siuaasat aqqutaanni, which was shown by KNR-TV (the Greenlandic Broadcasting Corporation) and at the Tromsø International Indigenous Festival. She has also held a number of photographic exhibitions in Greenland, Norway and Denmark, the last of which focussed on Greenland?s hunters and fishermen who are feeling under increasing pressure in the face of their nation´s industrialisation.

      http://sermitsiaq.ag/node/65788

      http://sermitsiaq.ag/sites/default/files/imagecache/etherna-fullwidth/smsq_migrate/images/00017/Fontain_udst7_17504a.jpg

    • Merci @reka, c’est rare d’avoir de l’info sur le Groenland. Dans la série danoise « Borgen » il y a un épisode qui parle du Groenland, il est question d’un référendum pour l’indépendance du Groenland, on sent qu’il y a un lourd passé colonial et un racisme anti-inuite très fort. J’avait au lycée une copine islandaise qui me disait beaucoup de mal du Groenland, elle me disait que c’était un pays d’alcooliques et de repris de justice. J’avais été surprise par le racisme soudain de cette copine vis a vis du Groenland.

      Sur le référendum en question voici ce qu’en dit Wikipédia

      Le 25 novembre 2008, a été organisé un référendum consultatif portant sur l’autonomie de l’ile, où les habitants ont très majoritairement voté en faveur d’un plan d’autonomie vis-à-vis du Danemark. Selon des résultats officiels définitifs, 75,5 % des suffrages exprimés ont voté en faveur d’un régime d’autonomie élargie.
      Le nouveau régime, soutenu par Copenhague, prévoit, entre autres, de donner au Groenland le pouvoir sur sa police, ses tribunaux, et ses garde-côtes, de faire du groenlandais, qui est une langue inuite, la langue officielle. Il accorde également aux Groenlandais le droit de contrôle sur leurs propres ressources (pétrole, gaz, or, diamants, uranium, zinc, plomb). Le texte, soumis à la population, proposait, au total, des transferts de compétence dans trente domaines. Il est entré en vigueur le 21 juin 2009, jour de la fête nationale du Groenland. Néanmoins seules les dispositions qui relèvent des compétences transférées dans le statut d’autonomie de 1978 s’appliquent. En particulier, la politique étrangère, la défense nationale, la politique monétaire constituent un domaine conservé par le pouvoir central danois10. Les Groenlandais peuvent participer à des négociations internationales sur des sujets qui les concernent exclusivement, sauf sur les questions de défense et de sécurité. Cet accord ne limite pas les pouvoirs constitutionnels du Danemark. Il est réaffirmé que les affaires internationales, la défense et la politique de sécurité, sont affaires du Royaume de Danemark. En outre, le gouvernement du Groenland peut envoyer des représentants au sein des missions diplomatiques danoises à l’étranger pour faire valoir les intérêts groenlandais. Enfin, tout projet de loi concernant le Groenland doit faire l’objet d’observations de la part du Parlement groenlandais avant que le Folketing (le Parlement danois) n’adopte (ou ne refuse) le texte. Ce procédé concerne aussi les projets d’ordonnance administrative, auquel cas c’est le gouvernement groenlandais qui se charge de l’observation.
      En cas de doute dans la dévolution des pouvoirs, une cour constituée de deux représentants du gouvernement danois, deux représentants du gouvernement groenlandais et trois membres de la Cour Suprême danoise nommés par le président de celui-ci doivent trancher. Si aucun accord n’est trouvé, les membres de la Cour Suprême ont le dernier mot11.
      Le parti Inuit Ataqatigiit, qui milite pour un Groenland indépendant, a obtenu, lors des dernières élections législatives de l’ile le 2 juin 2009, 43,7 % des voix au scrutin anticipé, soit près du double du score qu’il avait réalisé lors d’une consultation en 2005. Inuit Ataqatigiit, qui a pour dirigeant Kuupik Kleist, disposera de 14 sièges sur 31 au Parlement, contre sept précédemment [réf. nécessaire].

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Groenland
      Au sujet des enlèvements d’enfants par le Danemark, Wikipédia ne le mentionne pas. Je ne suis pas contributrice de Wikipédia, mais ça serait pas mal de faire un paragraphe sur le colonialisme et ses effets au Groenland. Ça fait partie de l’histoire et c’est important de savoir ce qui a été commis au nom de « la civilisation ». Ça rejoint ce que tu disait mardi sur l’histoire et sa subjectivité.