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  • Les universités qui n’appliquent pas les droits d’inscription majorés pour les étudiants étrangers recadrées par le ministre de l’enseignement supérieur
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/04/21/etudiants-etrangers-le-ministre-de-l-enseignement-superieur-tance-les-univer

    Les universités qui n’appliquent pas les droits d’inscription majorés pour les étudiants étrangers recadrées par le ministre de l’enseignement supérieur
    Par Soazig Le Nevé
    Les universités ont beau être autonomes, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche a tenu à les recadrer, en annonçant, mardi 21 avril, le plan Choose France for Higher Education, destiné à renforcer l’attractivité de l’enseignement supérieur français. Philippe Baptiste a taclé les chefs d’établissement qui ne jouent pas le jeu des droits d’inscription majorés à l’égard des étudiants extracommunautaires, soit 2 895 euros par an en licence (contre 178 euros pour un étudiant français ou originaire de l’Union européenne) et 3 941 euros l’année en master (contre 254 euros). Un décret viendra prochainement les contraindre à appliquer cette politique, indique le dossier de presse du ministère.
    Ces tarifs reviennent « seulement [à] 30 % du coût de la formation », a estimé M. Baptiste dans un entretien au Parisien, le lundi 20 avril. Ils restent très inférieurs à ceux pratiqués aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, a-t-il relevé. D’ici deux à trois ans, selon lui, la mesure pourrait rapporter environ 250 millions d’euros par an aux universités.« Même si ça progresse chaque année, nous sommes à seulement 10 % d’étudiants extracommunautaires qui paient les droits différenciés », a chiffré le ministre. Désormais, « la règle, ce sont les droits différenciés ; et l’exception, c’est l’exonération ». Chaque université conservera la possibilité d’exonérer jusqu’à 10 % des étudiants extracommunautaires, essentiellement dans le cadre d’accords de coopération avec des établissements étrangers qui prévoient des exonérations réciproques.
    La possibilité de pratiquer des droits différenciés avait été introduite par la stratégie baptisée « Bienvenue en France » en 2019, mais elle est restée peu appliquée par trois quarts des établissements qui y voient une enfreinte aux valeurs universitaires d’ouverture et de partage des savoirs. A la rentrée 2024‑2025, sur 111 500 étudiants concernés, quelque 11 100 se sont acquittés d’un tarif plein, tandis que 14 700 en ont été exonérés totalement, et 85 700 partiellement, selon une note des services statistiques du ministère publiée en janvier.
    « Les universités ne pourront plus édicter des exonérations massives », a prévenu M. Baptiste, qui veut réserver ses faveurs à « des cas très précis », qui pourront même toucher en sus une bourse du gouvernement français. Des « profils » doivent être « priorisés », trop peu présents parmi les étudiants nationaux et ceux issus de l’Union européenne. « Nous avons besoin de 40 000 ingénieurs et 40 000 techniciens par an si nous voulons réindustrialiser le pays », a-t-il illustré, citant le besoin de « talents étrangers » dans les domaines du numérique, de l’intelligence artificielle, de la physique quantique et des biotechnologies.
    La France « élargit son attractivité à de nouvelles zones dans le monde », grâce à l’arrivée croissante d’étudiants indiens (+ 63 % depuis 2018) et par une forte dynamique dans les pays africains anglophones dont le Nigeria (+ 112 %), salue ainsi le dossier de presse du ministère qui y voit la confirmation de « la capacité du système français à attirer des talents issus de toutes les grandes régions du monde » au-delà de la francophonie.Dans la communauté universitaire, les réactions au recadrage des universités sur les droits d’inscription sont vives. « Je veux réaffirmer que la science n’a pas de frontière », déclare au Monde Lamri Adoui, président de l’université de Caen-Normandie et à la tête de l’association France Universités. Il refuse « la vision caricaturale d’étudiants étrangers qui seraient uniquement un coût, alors qu’ils rapportent aussi en matière de consommation, de diplomatie et d’élévation du niveau d’éducation ».
    M. Adoui s’étonne de la « volonté centralisatrice » du ministre, « un coup porté à l’autonomie des établissements ». « En matière de bourses et d’exonérations, il faut accepter une décentralisation de la décision, explique-t-il. Des universités vont chercher à attirer des profils d’étudiants sur des disciplines et spécialités qui constituent leur signature scientifique, quand d’autres vont chercher d’abord à répondre aux besoins en emplois de leur territoire. Une application stricte et uniforme des droits différenciés ne tient pas. »
    Dire que les frais majorés ne couvrent que « 30 % » du coût de la formation « n’a absolument aucun sens, et le ministre le sait », souligne aussi, sur le réseau BlueSky, Julien Gossa, chercheur spécialiste des politiques d’éducation à l’université de Strasbourg. « Un étudiant qui paye 2 895 euros l’inscription dans une licence de sciences humaines et sociales va parfois payer deux à trois fois le coût de sa formation », poursuit-il.
    De son côté, le syndicat Snesup-FSU relève que « le ministre ne se pose pas la question de l’impact de cette mesure discriminatoire sur la poursuite d’études en doctorat et donc sur l’effort de recherche dans les laboratoires, publics comme privés », pas plus qu’il n’explique « qui va devoir “trier” les étudiants pour déterminer ceux et celles qui auront les moyens de payer ou qui pourront bénéficier de bourses pour “talents” ».« Le gouvernement enfonce encore le clou », estime L’Union étudiante, qui dénonce « une attaque raciste ». La FAGE rappelle que ces mêmes étudiants sont déjà visés par « la suppression de l’éligibilité aux APL [aides personnalisées au logement] »
    Le plan de Philippe Baptiste répond point par point à un rapport de la Cour des comptes publié en mars 2025, qui déplorait le manque de « stratégie nationale » pour attirer « les talents ». La France se distingue d’autres pays par « un manque d’objectifs qualitatifs explicites » et de « priorisation », estimaient les magistrats financiers à propos du plan Bienvenue en France. Ils suggéraient de garantir, pour les « publics prioritaires de la stratégie d’attractivité », une offre plus étoffée de bourses et de renforcer « la durée et le montant des bourses du gouvernement français ». Deuxième pays d’accueil en 1980, la France était quatrième en 2017, selon l’Unesco. En 2023, elle n’était plus qu’au 8e rang, derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie, l’Allemagne, le Canada, la Russie et la Turquie.

    #covid-19#migrant#migration#france#etudiant#politiquemigratoire#enseignementsuperieur#sante

  • Les universités qui n’appliquent pas les droits d’inscription majorés pour les étudiants étrangers recadrées par le ministre de l’enseignement supérieur
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/04/21/etudiants-etrangers-le-ministre-de-l-enseignement-superieur-tance-les-univer

    Philippe Baptiste a taclé les chefs d’établissement qui ne jouent pas le jeu des #droits_d’inscription majorés à l’égard des #étudiants_extracommunautaires, soit 2 895 euros par an en licence (contre 178 euros pour un étudiant français ou originaire de l’Union européenne) et 3 941 euros l’année en master (contre 254 euros). Un décret viendra prochainement les contraindre à appliquer cette politique, indique le dossier de presse du ministère.

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    « Même si ça progresse chaque année, nous sommes à seulement 10 % d’étudiants extracommunautaires qui paient les droits différenciés », a chiffré le ministre. Désormais, « la règle, ce sont les droits différenciés ; et l’exception, c’est l’exonération ». Chaque #université conservera la possibilité d’exonérer jusqu’à 10 % des étudiants extracommunautaires, essentiellement dans le cadre d’accords de coopération avec des établissements étrangers qui prévoient des exonérations réciproques.

    La possibilité de pratiquer des droits différenciés avait été introduite par la stratégie baptisée « #Bienvenue_en_France » en 2019, mais elle est restée peu appliquée par trois quarts des établissements qui y voient une enfreinte aux valeurs universitaires d’ouverture et de partage des savoirs. A la rentrée 2024‑2025, sur 111 500 étudiants concernés, quelque 11 100 se sont acquittés d’un tarif plein, tandis que 14 700 en ont été exonérés totalement, et 85 700 partiellement, selon une note des services statistiques du ministère publiée en janvier.

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    Dire que les frais majorés ne couvrent que « 30 % » du coût de la formation « n’a absolument aucun sens, et le ministre le sait », souligne aussi, sur le réseau BlueSky, Julien Gossa, chercheur spécialiste des politiques d’éducation à l’université de Strasbourg. « Un étudiant qui paye 2 895 euros l’inscription dans une licence de sciences humaines et sociales va parfois payer deux à trois fois le coût de sa formation », poursuit-il.

    De son côté, le syndicat Snesup-FSU relève que « le ministre ne se pose pas la question de l’impact de cette mesure discriminatoire sur la poursuite d’études en doctorat et donc sur l’effort de recherche dans les laboratoires, publics comme privés », pas plus qu’il n’explique « qui va devoir “trier” les étudiants pour déterminer ceux et celles qui auront les moyens de payer ou qui pourront bénéficier de bourses pour “talents” ».

    « Le gouvernement enfonce encore le clou », estime L’Union étudiante, qui dénonce « une attaque raciste ». La FAGE rappelle que ces mêmes étudiants sont déjà visés par « la suppression de l’éligibilité aux APL [aides personnalisées au logement] ».

    L’université de Strasbourg veut radier des étudiants étrangers pour défaut de paiement
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/04/22/l-universite-de-strasbourg-veut-radier-des-etudiants-etrangers-pour-defaut-d

    Leur année universitaire est sur le point de s’achever, mais l’université de Strasbourg ne leur délivrera ni attestation ni diplôme, car ces étudiants en master sont considérés comme n’ayant jamais été inscrits dans l’établissement. Depuis la mi-avril, 47 étudiants étrangers, majoritairement venus d’#Afrique, sont dans une impasse administrative, au motif qu’ils ne sont pas parvenus à s’acquitter intégralement des frais de scolarité majorés, qui s’élèvent à 3 941 euros l’année, soit 16 fois plus que pour un étudiant français ou européen inscrit dans le même cursus.

    [...]

    Une zone grise demeure, alors que ces étudiants ont pour la plupart suivi tous les cours, passé leurs examens au premier semestre et reçu leur convocation pour ceux du second. « Ils ont bénéficié d’une inscription pédagogique, mais elle doit être suivie d’une inscription administrative qu’ils n’ont jamais eue », justifie la vice-présidente Rachel Schurhammer.

    Pour tenter de s’acquitter des quelque 4 000 euros de frais d’inscription, des étudiants se sont endettés, se sont mis à travailler de nuit, ont pris des emplois précaires avec un nombre d’heures dépassant les 20 autorisées par le ministère de l’intérieur, qui n’auraient pas suffi à gagner suffisamment d’argent.

    Pour obtenir leur #visa, par ailleurs, ils ont dû placer une somme de 7 400 euros sur un compte bancaire. « Pour deux années de master, il faut donc qu’ils versent 8 000 euros. En ajoutant les 7 400 euros, on aboutit ainsi à plus de 15 000 euros la formation, calcule Pascal Maillard. Sauf qu’à 90 % ces étudiants sont originaires des pays les plus pauvres de la planète : 15 000 euros au Sénégal, au Togo, au Tchad, au Maroc ou en Algérie, c’est une somme vertigineuse qui représente un équivalent de 45 000 à 50 000 euros pour nous. »

    #enseignement_supérieur

  • « Une stratégie très opportuniste » : sur Parcoursup, ces familles qui passent du privé au public dans l’espoir d’améliorer leurs dossiers
    https://www.liberation.fr/societe/education/une-strategie-tres-opportuniste-sur-parcoursup-ces-familles-qui-passent-d

    « Pour #Parcoursup, il vaut mieux être dans le top 5 de sa classe dans un #lycée moyen que dans le top 10 d’un très bon lycée », résume Patricia (prénom modifié). C’est ce raisonnement qui l’a poussée à remettre sa fille Estelle (prénom modifié) dans le public avant le bac, après une parenthèse de deux ans dans le privé sous contrat. « C’est la meilleure décision que j’ai prise », dit-elle.

    [...]

    Et elle est loin d’être la seule à raisonner de la sorte. « Ce n’est pas anecdotique : sur une cohorte de 200 à 250 élèves de seconde, j’ai facilement une quinzaine de demandes de familles qui veulent revenir du privé vers le public en espérant avoir un meilleur dossier scolaire pour Parcoursup », observe Gérard Heinz, membre de l’exécutif national du Syndicat des personnels de direction de l’éducation nationale (SNPDEN-Unsa) et proviseur d’un lycée polyvalent du Maine-et-Loire.

    [...]

    Les familles qui font le choix de basculer du privé au public en espérant multiplier leur chance de réussite pour la suite viennent le plus souvent de milieux « favorisés ou très favorisés », constate Gérard Heinz. Beaucoup inscrivent leurs enfants dans le privé au collège « pour éviter ce qu’elles perçoivent comme le maillon faible du système éducatif et préserver un certain entre-soi social », décrypte-t-il. Au lycée, ces parents deviennent plus pragmatiques. Ils regardent les filières proposées, les options, les débouchés possibles. Or les classes préparatoires les plus prestigieuses sont majoritairement publiques, rappelle Gérard Heinz. Les mêmes familles qui fuient le public au collège y reviennent au lycée lorsque l’orientation devient décisive. « Ce n’est pas seulement du consumérisme, c’est une stratégie très opportuniste », résume le proviseur.

    #enseignement_privé

  • Centre d’Action Laïque - Deux heures de philo et citoyenneté, une urgence démocratique
    https://www.laicite.be/deux-heures-de-philo-et-citoyennete-une-urgence-democratique

    Aujourd’hui, au vu de la montée des radicalismes, de l’autoritarisme et des mensonges dans le monde mais aussi en #belgique, nous n’avons plus le luxe de considérer l’apprentissage de la citoyenneté comme secondaire. Ainsi, deux heures de #philosophie et citoyenneté constituent désormais une urgence démocratique. Dans ce cadre, il faut rappeler que la démarche philosophique proposée dans ce cours neutre, est bien celle du décentrement. En d’autres termes, l’élève est invité à se décentrer de ses positions pour prendre en compte d’autres positions sur tous les sujets de société, condition fondamentale du respect du pluralisme démocratique. Ainsi, le dialogue inter-convictionnel ne peut être confondu avec le cours de philosophie et citoyenneté. Bien que nécessaire, il se limite au dialogue (…)

    #enseignement

  • [Direct vidéo] Discutez avec les autrices de notre enquête sur les #Lycées_Agricoles bretons, ce lundi 9 mars à 20 h
    https://splann.org/emission-direct-enquete-lycees-agricoles

    Faustine Sternberg et Chloé Richard sont les co-autrices de l’enquête « Lycées agricoles bretons : le privé creuse son sillon », parue fin octobre 2025 dans nos colonnes. Elles répondront à vos questions lors d’une #émission_en_direct, présentée par Pierre-Yves Bulteau, sur YouTube, ce 9 mars, à partir de 20 h. L’article [Direct vidéo] Discutez avec les autrices de notre enquête sur les lycées agricoles bretons, ce lundi 9 mars à 20 h est apparu en premier sur Splann ! | ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne.

    #Industrie_agroalimentaire #La_vie_de_« Splann !_ » #agriculture #agroécologie #agroindustrie #biodiversité #éducation #enseignement #Enseignement_agricole #enseignement_catholique #lycée #lycée_catholique #The_Land #youtube_live

  • Baisse démographique et dynamiques public-privé : vers une ségrégation scolaire accrue dans les grandes villes ?
    https://www.ipp.eu/actualites/baisse-demographique-et-dynamiques-public-prive-vers-une-segregation-scolaire-ac

    - Dans la capitale, le secteur privé sous contrat a maintenu des classes remplies malgré la baisse démographique, si bien que la quasi-intégralité de la diminution des effectifs a été absorbée par le secteur public.

    – À effectifs presque constants dans le privé mais en forte contraction au niveau global, la part de l’enseignement privé augmente mécaniquement à Paris : +4,5 points de pourcentage en CP depuis 2016 et +3,3 points en 6e depuis 2020.

    – Si l’évolution des effectifs du privé parisien prolonge la tendance observée depuis le début de la baisse démographique, cette dynamique se poursuivra au cours de la prochaine décennie (horizon pour lequel les effectifs peuvent être anticipés avec fiabilité) : la part du privé atteindrait 33,6% en CP en 2030 et 49,4% en 6e en 2035.

    – À Paris, entre 2020 et 2024, la part des élèves de 6e issus de catégories sociales très favorisées qui s’inscrivent dans un collège privé sous contrat est passée de 49% à 55%. Sous les hypothèses retenues pour les projections, cette proportion atteindrait 72% en 2035.

    #école #Paris #enseignement_privé #mixité_sociale

    • Pour enrayer cette dynamique ségrégative et maintenir un équilibre entre secteurs d’enseignement dans les villes confrontées à la baisse démographique, il apparaît nécessaire de répartir plus équitablement les fermetures entre les établissements publics et privés sous contrat. À Paris, le maintien de la part actuelle du privé en CP (27,5 %) impliquerait que, pour trois classes fermées dans le public, une classe soit également fermée dans le privé. En 6e, le maintien de la part actuelle du privé (38,7 %) supposerait un ajustement plus marqué : pour trois classes fermées dans le public, deux devraient l’être dans le privé.

      Cette année à Paris il y aura 90 suppressions de postes dans le privé, pour 224 dans le public, ce qui fait une contribution du privé de 28.7%. Ce qui me semble être une évolution notable, même si elle n’est toujours pas à la hauteur... et que le public a accumulé un « excès » de suppression de postes par rapport au privé les années précédentes, qu’il faudrait corriger en mettant bien plus à contribution le privé dans les années à venir.

  • « L’âge d’or est terminé » : pourquoi nos écoles de commerce sont dans la tourmente – L’Express
    https://www.lexpress.fr/campus/lage-dor-est-termine-pourquoi-nos-ecoles-de-commerce-sont-dans-la-tourmente

    Cela fait des semaines que le dossier passe discrètement de main en main. Dans le monde feutré de l’enseignement supérieur privé, rien n’a filtré des négociations en cours mais ceux qui se sont plongés dans l’épaisse liasse de documents et de rapports financiers se sont posé à chaque fois la même question : combien vaut réellement Y School, ce groupe d’écoles post-bac dont le centre névralgique est à Troyes, dans l’Aube ? Dans la corbeille de la mariée, un ensemble de quatre établissements : une école de commerce et de management, une autre spécialisée dans les métiers du tourisme, une troisième dans le design et enfin, une école de la deuxième chance dédiée aux décrocheurs. Près de 2 000 élèves au total.

    En septembre dernier, lors de la rentrée scolaire, la pépite du groupe, South Champagne Business School – anciennement ESC Troyes - n’a accueilli aucun étudiant sortant du cycle de classe préparatoire. A l’issue du concours national, ceux que le logiciel d’affectation a envoyés à Troyes, ont décliné la proposition, préférant « cuber » leur dernière année de classe prépa ou partir vers d’autres cieux, souvent dans une université à l’étranger. Un désamour qui a frappé d’autres grandes écoles. Sur les 26 business schools ouvertes au concours post-prépa, 9 n’ont pas fait le plein à l’automne dernier, d’après les relevés du Sigem, le système d’intégration aux grandes écoles de management. « Ce phénomène dure maintenant depuis près de trois ans », souffle Anne Rivière, sa présidente. L’arithmétique est implacable. Moins d’étudiants, ce sont des comptes plus difficiles à équilibrer alors que les investissements explosent et que les subsides de l’Etat et des collectivités locales fondent.
    Des fermetures inévitables

    A bas bruit, une tempête est en train de s’abattre sur l’enseignement supérieur privé. Et notamment le monde des écoles de commerce. Deux poids lourds du secteur, le Collège de Paris et le groupe Talis Education Group ont été placés en procédure de sauvegarde en décembre dernier, première étape avant le redressement judiciaire. Une poignée de petits établissements régionaux ont déjà fermé leurs amphithéâtres et d’autres sont à vendre. Pour tenter de résister, certains préfèrent unir leurs forces, fusionner ou carrément succomber aux appels du pied d’investisseurs étrangers ou de financiers aux poches plus remplies. Ainsi, le groupe AD éducation a déboursé près de 300 millions d’euros pour avaler le pôle Léonard de Vinci, situé à la Défense. Derrière AD Education, le fonds d’investissement Ardian, l’un des plus puissants en Europe.

    « L’âge d’or des écoles de management est terminé », assène Emmanuel Métais, le directeur général de l’Edhec. Périphrase prudente pour signifier que le secteur va être drôlement secoué : regroupements, fusions, restructurations… « On ne peut exclure des fermetures pures et simples », s’inquiète Delphine Manceau, présidente de la Conférence des grandes écoles et de Neoma Business School. Curieux paradoxe que ce modèle tricolore. Alors que l’on dit les Français fâchés avec l’économie et le monde des affaires, le pays pointe à la quatrième place mondiale en termes de nombre d’écoles de management rapporté à la population, après les Etats-Unis, la Chine et le Royaume-Uni. Certaines d’entre elles trustent même les meilleures places dans les classements mondiaux. Un monde très hétérogène où l’excellence académique côtoie le pire des officines. Des stars comme HEC ou l’Essec, mais aussi des « boutiques » où la masse salariale du corps professoral représente à peine 20 % du budget… Une jungle où la réglementation est défaillante et les contrôles insuffisants.

    D’un côté, de grandes institutions, autorisées par le ministère de l’Enseignement supérieur à délivrer des diplômes de grade licence, master ou doctorat. De l’autre, des écoles qui proposent des formations de niveau bac + 3 ou bac + 5, les fameux titres RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) délivrés par France Compétences et le ministère du Travail. Trois ou cinq années d’études professionnalisantes pour les étudiants, mais aucun diplôme à la sortie. « Honnêtement, c’est l’un des volets administratifs les plus mal gérés de France », s’agace Julien Gossa, maître de conférences à l’université de Strasbourg et spécialiste des politiques publiques d’éducation. Un flou savamment entretenu par certaines écoles qui profitent de l’angoisse des familles soucieuses d’offrir un avenir à leur progéniture, en les noyant sous une offre surabondante, parfois à la qualité médiocre. Pire, une curieuse pratique s’est répandue en toute légalité : des écoles sorties de nulle part ont grandi un peu partout sur le territoire en louant les titres RNCP à d’autres établissements qui avaient, eux, pignon sur rue. Le projet de loi bientôt en discussion au Sénat et peaufiné par le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, devrait remettre davantage de cadre et de contrôles dans un système qui en était curieusement dépourvu. « La mise en place d’un label Qualiopi +, qui validera désormais la qualité pédagogique des écoles et pas seulement des process, est une avancée majeure », se félicite Antoine Prodo, président de l’association des Entreprises éducatives pour l’emploi (3E).

    Louable effort mais qui ne ralentira pas le tic-tac de l’horloge. Car la crise est structurelle. D’abord parce que la démographie estudiantine est en train de se retourner. « Le nombre de bacheliers va rester stable jusqu’en 2029 avant de diminuer, puis carrément chuter à partir de 2033. On est donc face à une offre de formations qui a explosé ces dernières années et une demande qui s’apprête à reculer. Le cocktail idoine pour faire éclater la bulle », prévient Julien Gossa.
    Attirer les étudiants coûte que coûte

    La situation est d’autant plus tendue que la source des financements publics s’est fortement tarie ces dernières années. Bon nombre de business schools sont ce qu’on appelle des écoles consulaires qui dépendaient, parfois depuis près d’un siècle, des subsides des chambres de commerce. Or ces dernières ont coupé le robinet. « Pour certains établissements, cela représentait quasiment un quart de leur budget », souligne Frédéric Fréry, professeur à l’ESCP et à CentraleSupélec. S’ajoute la crise des finances publiques. Beaucoup d’écoles ont surfé sur le développement extraordinaire de l’apprentissage depuis la loi de 2018. Certes, le nombre d’apprentis est passé de 400 000 à un million en une poignée d’années. Mais le coût de cette politique a été faramineux et les caisses de l’Etat sont vides. Depuis deux ans, les primes versées aux entreprises ont été sérieusement rabotées tout comme les prises en charge directement versées aux écoles. Le piège s’est refermé sur celles qui avaient métamorphosé les apprentis en vache à lait. « Lorsque les financements diminuent ou que les règles se durcissent, l’impact sur les marges et la trésorerie sont immédiats », constate froidement Eloic Peyrache, le directeur général d’HEC.

    La conséquence ? Une compétition de plus en plus rude pour attirer de nouveaux étudiants. Pour toutes les écoles, même les plus prestigieuses, cette quête est presque devenue existentielle. Pour les établissements plus modestes ou moins bien cotés, les budgets consacrés au marketing ou à la publicité se sont envolés. Salons étudiants, plateformes des call centers, tout est bon pour appâter ces nouveaux « clients ». D’autant que le vivier dépasse désormais largement le cadre de nos frontières. L’enseignement supérieur est devenu un marché mondial. « Les jeunes qui concourent chez nous regardent souvent aussi vers l’Angleterre, l’Espagne, la Suisse ou les Etats-Unis », explique Thomas Lagathu, directeur du concours SESAME, une banque d’épreuves permettant d’intégrer des écoles postbac. Certains signent pour rejoindre l’Université canadienne Mc Gill ou la London School of Economics avant même l’annonce des résultats Parcoursup.

    Pour continuer à attirer les meilleurs talents, il faut aussi garder son rang. Comprendre : sa place dans les classements internationaux, comme ceux du Financial Times. Décrocher aussi les éminents labels Equis ou AACSB, gage de qualité des enseignements. « L’excellence académique nécessite énormément d’investissements », confirme Vincenzo Vinzi, le directeur de l’Essec. En clair des professeurs et de la matière grise qu’il faut dénicher partout sur la planète et convaincre de venir faire de la recherche en France pour publier dans de grandes revues académiques. « Concrètement, cela veut dire offrir à ces chercheurs des heures d’enseignements réduites, l’accès à des bases de données, à des IA compétitives, à des doctorants pour leur permettre de travailler en équipe », liste Isabelle Huault, la directrice générale de l’emlyon Business School.

    L’attractivité se cristallise aussi sur les infrastructures. C’est qu’il faut désormais proposer aux élèves des lieux où ils pourront vivre la « meilleure expérience étudiante » possible. Espaces de socialisation, fab lab, jardins paysagers… « Le campus est devenu un élément statutaire », reconnaît Isabelle Huault. L’école lyonnaise a ainsi déboursé 150 millions pour construire un nouveau site de 30 000 mètres carrés en plein cœur de la ville. En juin dernier, c’est HEC qui a présenté les premières esquisses de son nouvel écrin de Jouy-en-Josas, une transformation radicale de son campus historique. Un projet à 230 millions d’euros.

    Pour capter de nouveaux étudiants, il faut aussi aller les chercher là où ils vivent. « On ne s’en sortira pas en s’enfermant dans le microcosme nombriliste français », estime François Thérin, le nouveau directeur de l’ICN Business School, qui regarde notamment en direction de l’Inde, l’Afrique, de l’Asie ou du Moyen-Orient. En 2024, l’ICN a signé un partenariat avec GEDU Global Education, groupe britannique présent dans 12 pays et rassemblant 60 000 étudiants. « Cela nous donne des opportunités que nous n’aurions jamais eues autrement », reconnaît François Thérin.

    Dans ce contexte de plus en plus tendu et compétitif, de nombreuses écoles activent le levier des frais de scolarité, qui ne cessent de grimper ces dernières années. En 2025, HEC a franchi la barre des 70 000 euros pour l’ensemble de son programme grande école. Les sommes à débourser pour l’Essec, l’ESCP, l’Edhec ou l’emlyon tournent, elles, autour de 60 000 euros. Or les établissements de milieu et de bas tableau ont tendance à s’aligner sur les premiers de la classe. Une facture qui peut avoir un effet dissuasif. « C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles les candidats qui n’arrivent pas à intégrer une école dans le top 5 du classement peuvent préférer cuber ou rejoindre des universités comme Paris-Dauphine après leur prépa », explique Alain Joyeux, le président de l’association des professeurs de classes préparatoires économiques et commerciales. « Nos frais de scolarité sont toutefois inférieurs à ceux de nos concurrents internationaux. Avec des moyens moindres, nos écoles sont très bien représentées dans les classements mondiaux. C’est ce que j’appelle le miracle à la française », répond Vincenzo Vinzi. A voir si ce modèle va survivre à une autre révolution, déjà en cours. Celle de l’intelligence artificielle qui pourrait bien bouleverser encore un peu plus l’équilibre économique de ces cathédrales de l’éducation.

  • « Trois ans d’études chèrement payées et je n’ai toujours rien de mieux que le bac » : quand l’enseignement supérieur privé laisse ses étudiants sur le carreau
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/02/17/trois-ans-d-etudes-cherement-payees-et-je-n-ai-toujours-rien-de-mieux-que-le

    #paywall merci si vous le trouvez quelque part sur la toile ...

    Le récit est un tout petit peu différent du titre de l’article puisque la jeune diplômée se retrouve sous #OQTF faute de diplôme valide. Sacré arnaque ces écoles.

  • #IA dans l’enseignement et la recherche : veille de janvier 2026
    https://academia.hypotheses.org/63764

    1. Politique publique d’enseignement et de recherche Outils internes d’IA En France, le CNRS a annoncé la mise à disposition d’un chatbot interne, « Emmy », basé sur Mistral AI en vertu d’un accord avec l’entreprise : https://next.ink/brief_article/le-cnrs-va-proposer-son-chatbot-iagen-emmy-a-ses-agents-et-proscrire-les-autre En parallèle, les autres outils … Continuer la lecture →

    #Actualités_/_News #Amérique_du_Nord #Asie #De_la_publication_en_SHS #Enseignement #Europe #Politique_de_la_recherche #World_-_Ailleurs_dans_le_monde #Intelligence_artificielle

  • Pour un enseignement supérieur gratuit : Ingé·e·s Sans Frais se mobilise

    La hausse des frais d’inscription s’installe progressivement dans les écoles d’ingénieur·es, accélérant la libéralisation de l’enseignement supérieur et fragilisant l’accès aux études. Face à cette offensive généralisée, le collectif Ingé·es Sans Frais se mobilise pour défendre un modèle public, gratuit et émancipateur.

    Comme un disque rayé dont on commence à connaître la petite musique, la libéralisation de l’ESR continue d’être mise en œuvre par les gouvernements successifs. Depuis 20 ans, la quasi-gratuité de l’enseignement supérieur est attaquée. Déjà, l’ensemble des écoles d’ingénieur·es sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, de la Défense, du Commerce et de l’Industrie ont vu leurs frais s’élever à plusieurs milliers d’euros. Après le plan Bienvenue en France – qui concernait les étudiant·es étranger·ères dans tous les établissements – et les nombreuses hausses de frais d’inscription dans les écoles d’ingénieur·es publiques du ministère de l’Industrie (écoles Centrale par exemple). La majorité des écoles d’ingénieur·es sous la tutelle du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ont des frais autour de 620€ par an.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/01/03/pour-un-enseignement-superieur-gratuit-inge%c2

    #enseignement

  • IA et faux positifs : pourquoi certains détecteurs se fourvoient
    https://actualitte.com/article/128425/technologie/ia-et-faux-positifs-pourquoi-certains-detecteurs-se-fourvoient

    Des détecteurs d’écriture générée par intelligence artificielle peuvent attribuer une forte probabilité « IA » à des textes dont l’origine humaine est parfaitement établie, comme la Déclaration d’Indépendance des États-Unis, signée le 4 juillet 1776... OpenAI indique avoir observé ce type de faux positifs, tandis que Turnitin, acteur très présent dans l’enseignement, rappelle que ses indicateurs ne doivent pas servir seuls à sanctionner un étudiant.

    #IA #Stylistique #Enseignement

  • What ties do French Universities have to Israel?

    Why map the ties between French Universities and Israel?

    Since early 2024, in response to the ongoing genocide in Palestine perpetrated by the state of Israel, students and staff of French universities increased pressure on their institutions to cut ties with companies and Israeli universities complicit in this crime against humanity. Students and staff have been calling for the academic boycott of Israel for many years prior, because Israeli academic institutions have been complicit in the commission of apartheid, colonization, and occupation against the Palestinian people for many decades. This website serves as an information source in support of their activities, and for anyone else interested in this issue.

    Based on a variety of sources, including the CORDIS-website with EU funded research projects, university websites, results from Freedom of Information requests and the work of Dr. Maya Wind, this website maps institutional ties that are current as of March 2025. It builds on research by Stop Academic Complicity and students and staff at various French universities, and is a work in progress.
    What does this overview show?

    This overview focuses on the ongoing multi-year partenerships between Israeli universities and French universities. There is two types of these institutional ties, ones conclued by bilateral contrats, others founded by the European Union through the Horizon Europe funding programme for research and innovation (from 2021 to 2027).

    French universities is understood as public academic institutions. Therefore, this overview does not include private academic institutions neither universities’ investments - such as foundations -, which do not publish their portfolios.

    In line with the calls of the international BDS movement, the overview focuses on institutional ties and does not include collaborations between individual academics. We mapped all ties between French universities and Israeli academic institutions, since all Israeli academic institutions are documented and known to be actively complicit in the violation of Palestinian rights. This makes them subject to the PACBI/BDS call for academic boycott.

    Others important types of relationship are excluded or missing from this overview: university partenerships with Israeli companies, neither campanies that has long-term relations with major international military security companies that provide arms and technologies to the Israeli Defence Forces and/or are involved in ongoing cooperation with the Israeli arms industry.

    https://academiccomplicity.fr
    #université #complicité #Israël #cartographie #visualisation #France #ESR #coopération #collaboration #recherche #enseignement_supérieur

  • Le SNPTES dénonce le fait de soumettre nos collègues étrangers, fonctionnaires ou contractuels, à un #examen_civique payant

    Le SNPTES condamne le double discours de certains politiques qui souhaitent encourager la venue de talents scientifiques étrangers et qui, parallèlement, leur compliquent la vie.

    Comme si cela ne suffisait pas… à partir du 1er janvier prochain, nos établissements publics de l’enseignement supérieur et de la recherche vont être confrontés à un nouveau problème… En effet, une proportion importante de nos collègues étrangers, contractuels ou même fonctionnaires, seront désormais soumis à de nouvelles démarches lorsqu’ils auront besoin, notamment, de solliciter une carte de résident ou une #carte_de_séjour pluriannuelle. En particulier, les personnes visées seront soumises à un examen civique sous forme d’un très scolaire ou infantilisant #QCM… Cet #examen, cerise sur le gâteau, sera payant !

    Le SNPTES précise que cela concernera nos collègues contractuels en #CDD ou #CDI, nos collègues contractuels doctorantes et #doctorants, nos collègues personnels ouvrier (PO) des CROUS, mais aussi nos collègues de nationalité étrangères à l’Union européenne (UE) qui seraient pourtant #fonctionnaires stagiaires ou #titulaires ITA-ITRF de catégorie A, #chercheurs et #enseignants-chercheurs.

    Concernant ces dernières catégories, le SNPTES rappelle en effet que depuis très longtemps des collègues étrangers à l’Union peuvent, fort heureusement, devenir fonctionnaires français sans pour autant être soumis à l’obligation d’acquérir la #nationalité française. Le SNPTES précise, pour les réactionnaires ou grincheux qui nous liraient, que certains de ces collègues fonctionnaires renoncent à devenir français tout simplement parce que cela les conduirait à couper tout lien ou toute possibilité de séjourner temporairement dans leur pays d’origine.

    Concrètement, cela pourrait signifier que les collègues fonctionnaires, contractuels de droit public et PO des CROUS qui échoueraient à cet examen civique seraient désormais en situation irrégulière. Bienvenue dans le pays des droits de l’homme !

    Le SNPTES interpelle donc notre ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace sur la stupidité de cette procédure kafkaïenne qui, de surcroît, est totalement à l’opposé du souhait ministériel d’attirer des #talents scientifiques internationaux en initiant, par exemple, l’opération “#Choose_France_for_Science”.

    Le SNPTES interpelle aussi les directions de nos établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche sur la nécessité d’aider les collègues concernés à se dépatouiller dans ce labyrinthe administratif. Nos directions, comme cela existe dans quelques établissements universitaires pour nos étudiants internationaux, doivent mettre en place, avec les préfectures, des cellules destinées, au sein de nos services, à faciliter les démarches de nos collègues.

    Enfin, le SNPTES constate que, là aussi, des officines privées ont déjà repérer le bon filon et s’apprêtent à proposer leurs services payants à celles et ceux qui sont soumis à cet examen.

    https://www.snptes.fr/index.php?lvl=notice_display&id=16627
    #université #ESR #enseignement_supérieur #France #recherche #étrangers #racisme

    ping @karine4

  • Communiqué de presse – #Formation des professeur· es : des « débats de société et théoriques » désormais interdits en SES ?

    Malgré les nombreuses alertes du monde éducatif (https://www.apses.org/communique-conference-associations-professeurs-specialistes-recrutement-profe), la #réforme de la #formation_initiale des professeur·es se concrétise. Le ministère élabore actuellement le « #référentiel de formation du professorat du #second_degré pour les futurs enseignants », qui définit les attendus du nouveau Master Enseignement et Éducation (M2E), formation suivie pendant deux ans par les futur·es lauréat·es des #concours. En Sciences économiques et sociales, le projet du ministère est inquiétant.

    Enseigner les #sciences_sociales sans place pour le #débat ?

    Alors que les économistes débattent de la taxe Zucman et de l’imposition des patrimoines, alors que des concepts comme celui de classe sociale sont en permanence interrogés en sociologie, le ministère de l’Éducation nationale réussit l’exploit d’écarter tout débat en #SES. En effet, le référentiel est très clair sur les « visées de la formation des enseignants dans la discipline » : « l’enseignement [des SES] repose essentiellement sur l’étude des fondamentaux […] ; son objet n’est pas la présentation de #débats, qu’ils soient de société ou théoriques, ni la participation des élèves à ce type de débats qui sont souvent réducteurs et facteurs de #relativisme. »

    Formation ou formatage ?

    Depuis la réforme Blanquer du #lycée, l’enseignement des SES s’est rétrécit à la présentation de notions et mécanismes, sans lien apparent avec des questions qui se posent dans le #débat_public. Désormais, l’objectif du ministère est à la fois limpide et terrifiant : empêcher d’aborder avec les élèves les débats éclairés par nos disciplines. Pas de débat sur les politiques à mener face à la dégradation du vivant, ou face aux inégalités sociales ? Pas de débat sur les effets du protectionnisme et du libre-échange, ni sur les effets des innovations sur l’emploi ?

    Non seulement cette approche est une grave remise en cause de ce qui fait la légitimité scientifique des sciences sociales, mais elle induit une conception de la formation des enseignant⋅es très problématique, qui, dès lors, s’apparente plus à du #formatage. L’enseignement des SES nécessite des enseignant·es formé·es à la pluralité des approches théoriques existantes en sciences sociales. Une formation didactique est tout aussi importante, afin de présenter ces débats scientifiques sans relativisme et de rendre possible la construction de situations d’apprentissage qui permettent aux élèves d’accéder aux arguments mobilisés et de devenir des citoyen⋅nes critiques, capables de prendre part au débat public.

    L’École doit être le lieu de l’apprentissage de la démocratie, pas du déni. L’APSES exige le retrait de ce #référentiel_de_formation et sa réécriture complète.

    L’APSES rappelle l’urgente nécessité d’un bilan des programmes de SES et de la #réforme_Blanquer du #lycée, qui continue de brutaliser les élèves et les personnels.

    https://www.apses.org/formation-et-debats-en-ses
    #it_has_begun #éducation #France #interdiction #enseignement

  • Face à l’#IA générative, l’#objection_de_conscience

    #Manifeste pour l’#enseignement_supérieur et l’#éducation_nationale

    Nous, membres de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) et de l’éducation nationale (EN), déclarons adopter une posture d’objection de conscience face au déploiement des technologies d’#IA_générative[1] (#IAg) dans nos institutions.

    L’objection de conscience désigne le #refus individuel, mais aussi collectif en tant qu’il est publiquement partagé, de prendre part à une activité que l’on perçoit comme incompatible avec des #valeurs fondamentales.

    Dans le cas présent, nous considérons que le déploiement de l’IAg dans les institutions de l’ESR et de l’EN est incompatible avec les valeurs de #rationalité et d’#humanisme que nous sommes censé·es représenter et diffuser.

    Trois considérations majeures justifient cette position. Pour des raisons de concision, ce manifeste ne les développe pas mais on trouve dans la littérature scientifique de quoi les étayer solidement[2].

    Considération 1.

    L’IAg est un gouffre énergétique et matériel tel que personne ne peut prétendre qu’elle soit compatible avec les grands engagements internationaux tels que l’#Accord_de_Paris sur le climat, et plus généralement avec la #protection_du_vivant. Accepter le déploiement de l’IAg, c’est amplifier le dépassement des limites planétaires. Ceci est une attitude résolument anti-humaniste eu égard à la gravité de la situation. Le caractère écocidaire de l’IAg est en soi une raison suffisante pour en refuser le déploiement au sein de nos institutions.

    Considération 2.

    L’IAg représente un #choix_technologique qui agit comme un accélérateur des #infrastructures_industrielles sur lesquelles repose le secteur du #numérique : #mines, #datacenters, #centrales_électriques, usines de matériel électronique, etc. Ainsi, outre les problèmes de #pollution massive déjà évoqués, ce sont les lourds dégâts sociaux associés à ce système qui se voient renforcés : #travail prolétarisé dans les usines de fabrication et ultraprolétarisé dans le « #travail_du_clic », non-respect des #droits_humains, conflits d’usage (#eau, #métaux, #énergie), rapports extractivistes et néo-coloniaux entre pays du Nord et du Sud, #déstabilisation_géopolitique des régions minières, etc. Dans tous ces domaines, la compétition effrénée à laquelle se livrent les acteurs de l’IAg mènera aux méthodes les plus sauvages et prédatrices. Il nous semble inacceptable de contribuer à une telle dynamique par nos pratiques pédagogiques et scientifiques.

    Considération 3.

    La #banalisation des IAg dans le grand public alimente des usages qui ouvrent la voie à un futur dystopique – qui est, pour partie, déjà là : multiplication des vidéos deepfake, #désinformation à grande échelle par des « usines à trolls », #dépendance affective aux compagnies virtuelles, intensification du #marketing_digital et des #escroqueries, etc. Plus généralement, il permet à des mégafirmes d’accumuler un pouvoir démiurgique, mégafirmes dont les dirigeants ne font pas mystère de leurs projets mégalomaniaques, eugénistes et de leur détestation de la #démocratie. Nos institutions ne peuvent soutenir de telles techno-oligarchies, y compris de manière indirecte.

    *

    Le support principal de l’objection de conscience est le refus de participer à une activité qui contrevient à des valeurs fondamentales. Dans le cas de l’IAg, les trois considérations ci-dessus permettent d’assurer cette #posture au regard de nos missions d’éducation et de diffusion des savoirs.

    Face à ces analyses globales, les arguments les plus fréquents de légitimation de l’introduction de l’IAg dans nos institutions apparaissent immédiatement irrecevables[3]. Notamment, l’idée commune selon laquelle la diffusion de l’IAg dans nos sociétés serait « inéluctable » ne remet aucunement en cause la pertinence de l’objection de conscience. En effet, le principe de l’objection de conscience, voire de toutes les formes de #résistance, consiste à s’opposer à ce qui contrevient à nos valeurs fondamentales non pas parce que l’on pense que l’on va « gagner », mais parce que l’on a la certitude que c’est ce qui est juste et digne, ici et maintenant. Par ailleurs, contrairement à d’autres technologies délétères déjà profondément implantées dans nos sociétés, l’apparition des IAg est récente et par conséquent ses usages ne sont pas profondément intégrés dans nos pratiques professionnelles. Ainsi, l’effet de « verrouillage sociotechnique » empêchant tout retour en arrière n’est pas encore pleinement là avec les IAg et il est encore effectivement possible d’exercer un refus.

    Engagements

    Nous, membres de l’ESR et de l’EN signataires de ce manifeste nous engageons à :

    – adopter face au déploiement des IAg dans nos institutions une posture d’objection de conscience. Face à un phénomène qui nous dépasse mais dont nous savons qu’il est mortifère, nous choisissons d’opposer un refus net, indiscutable, et politique parce qu’il est partagé : nous ne les utiliserons pas, à moins d’y être expressément contraint·es, dans nos cours, dans nos communications, dans nos recherches, dans nos activités administratives. Nous refuserons, autant que nos situations individuelles nous le permettent, de participer à des projets ou à des activités qui les mobilisent (enregistrement et compte-rendu automatique de réunion ; activité pédagogique ; formation à l’usage, fût-il qualifié de raisonné ou éthique, etc.). À tout le moins, nous exprimerons publiquement notre malaise profond face à ces pratiques. Nous sommes par ailleurs conscient·es que le terme « IAg » recouvre des applications très diverses, dont certaines sont déjà largement intégrées à nos pratiques, telles que la traduction ou la transcription automatique. S’il n’est pas réaliste de tout remettre en cause, il s’agit au moins de stopper ce qui peut encore l’être.

    – afficher dans nos activités, nos signatures mails, nos publications, nos diaporamas, etc. notre ralliement à ce manifeste via un logo et/ou le lien vers le présent texte. L’enjeu est de ne jamais laisser l’IAg apparaître dans nos milieux professionnels « comme si de rien n’était » et d’afficher partout dans nos sphères d’activité que « cela ne va pas de soi ». Parvenir à ouvrir des discussions sur le sujet par cet affichage permettrait déjà d’éviter une banalisation qui, dans des institutions prescriptrices comme les nôtres, se confond avec de la promotion.

    – promouvoir autant que possible une réflexion collective sur la place du numérique dans nos institutions. Si les arguments que nous opposons au déploiement de l’IAg nous permettent en effet de refuser une nouvelle « escalade numérique », nous savons également que le système sociotechnique du numérique dans son ensemble est sujet aux mêmes questionnements. Le « stop » opposé à l’IAg pourrait ainsi être l’ouverture d’une séquence d’évaluation de nos dépendances plus générales à un système problématique, qui permette de s’engager vers la « sobriété numérique »[4] en vue d’aboutir à un numérique effectivement soutenable.

    [1]Les IA génératives constituent un type particulier de système d’Intelligence Artificielle, destiné à générer du texte, des images, des sons, des vidéos, sur la base de modèles de langage (LLM pour Large Language Model) entraînés sur de vastes corpus de données.

    [2]Une bibliographie indicative est proposée en fin de document.

    [3]Celles et ceux qui souhaitent des éléments de discussions plus précis sur ce type d’arguments (l’IA « souveraine », l’IA « sobre », la « praticité », l’IAg « inéluctable », etc.) pourront par exemple consulter le texte « Oui mais l’IAg… » publié sur le site web de l’Atécopol de Toulouse.

    [4]Pour aller plus loin sur ce sujet voir : affiche 10 de l’exposition « Pour la sobriété numérique dans l’ESR » (https://www.irit.fr/exposition-sobriete-numerique).

    –-
    Voici deux logos qui permettront aux signataires d’afficher leur adhésion à cette position. Chacun·e est invité·e à choisir le logo qui lui convient en fonction du contexte et/ou de ses préférences.

    https://atecopol.hypotheses.org/13082
    #intelligence_artificielle #résistance #éducation #ESR #université #enseignement #limites_planétaires #extractivisme #néo-colonialisme #désobéissance

  • Le #sondage IFOP sur l’#antisémitisme dans l’#enseignement_supérieur est stoppé

    L’#enquête commandée par le ministère de l’enseignement supérieur a été discrètement interrompue, vendredi 28 novembre, sans que qui que ce soit revendique la décision d’y avoir mis fin. Un #recours devant le #Conseil_d’Etat a été déposé par plusieurs organisations syndicales, la Ligue des droits de l’homme et six enseignants-chercheurs.

    « The survey is closed » (« l’enquête est close ») : depuis vendredi 28 novembre, dans la soirée, toute personne cherchant à répondre au #questionnaire sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur voit ce message apparaître. Qui a pris la décision de mettre un terme prématuré à l’opération, dix jours après son lancement ? Le mystère reste entier : l’institut de sondages #IFOP, chargé de sa diffusion, le #Cevipof (le Centre de recherches politiques de Sciences Po, qui doit en exploiter les résultats) et le ministère de l’enseignement supérieur ont refusé de répondre aux sollicitations du Monde, lundi 1er décembre.
    A peine le #sondage avait-il été envoyé, mardi 18 novembre, par un courrier du ministère de l’enseignement supérieur aux chefs d’établissement universitaire, que la polémique commençait à enfler. Ceux-ci étaient invités à « relayer auprès de l’ensemble de[s] personnels [–] enseignants, enseignants-chercheurs, chercheurs, ingénieurs, techniciens ou administratifs » – un lien permettant d’accéder au #questionnaire dans le cadre d’une #enquête_nationale sur l’antisémitisme au sein de l’enseignement supérieur. Ce programme de recherche avait été annoncé par le ministre, #Philippe_Baptiste, le 29 avril.
    Cependant, les présidents d’université ont mis leur veto, lundi 24 novembre, par le truchement de leur association représentative, France Universités, refusant de cautionner cette enquête au vu d’« un certain nombre de problèmes dans sa conception et [d]es questions posées ». Après plusieurs questions sur l’antisémitisme à l’université et de manière plus générale, les sondés étaient interrogés sur l’image qu’ils avaient d’#Israël et sur les responsabilités du conflit israélo-palestinien.

    Chaque répondant devait compléter son âge, son genre, sa fonction professionnelle, le type d’établissement et l’académie où il exerce, le plus haut diplôme détenu, le code postal de son lieu de résidence, mais aussi son appartenance ou sa proximité avec un parti politique, ainsi que sa religion éventuelle.

    Absence de validation scientifique

    Réunis en assemblée générale, lundi, la cinquantaine d’enseignants de Sciences Po rattachés au département de sciences politiques ont acté la nécessité d’une « discussion collective » sur la question de la récolte des données et du risque d’#instrumentalisation_politique des sondages. Selon les informations du Monde, une journée d’études sera organisée par la direction scientifique de l’établissement, au printemps 2026, afin de définir une « politique plus explicite » en matière de commande de sondage par un acteur public.

    En effet, toute commande d’un projet de recherche doit passer devant une commission de scientifiques en vue d’obtenir une validation. Cela n’a pas été le cas pour cette enquête. « Les deux chercheurs chargés de l’étude n’en ont référé à personne, ce qui pose encore plus problème quand il s’agit d’un sondage de cette ampleur, commandé par le ministère », explique une source à Sciences Po.

    Un recours devant le Conseil d’Etat a été déposé, vendredi, par plusieurs organisations syndicales membres de la FSU, la Ligue des droits de l’homme et six enseignants-chercheurs. Ils estiment que, sous le couvert de l’anonymat, le questionnaire invite l’intéressé à renseigner des données qui, combinées entre elles, sont susceptibles de mener à son identification.
    Ils évoquent également le lien d’accès au questionnaire, par le biais de Google, pour atteindre le serveur de l’IFOP, qui pourrait être à l’origine d’une collecte des adresses IP des personnes répondant au sondage. « Il est possible à quiconque de remplir ce questionnaire et de l’envoyer, y compris de manière mal intentionnée, ce qui revient à permettre l’instrumentalisation de cette enquête afin d’aboutir à des résultats qui ne seront pas fidèles à la réalité et aux convictions de la communauté universitaire », font-ils valoir.

    « Interroger les enquêtés sur leurs opinions politiques et leur demander leur religion fait entrer d’emblée l’enquête dans le périmètre des données à caractère sensibles du point de vue des libertés et des droits fondamentaux et, de ce fait, mérite une protection spécifique », poursuivent-ils, soulignant que le traitement statistique n’a pas donné lieu à un avis du Conseil national de l’information statistique, l’organisme qui assure la concertation entre les producteurs et les utilisateurs de la statistique publique.

    https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/12/01/le-sondage-ifop-sur-l-antisemitisme-dans-l-enseignement-superieur-est-stoppe
    #ESR #université #interruption #résistance

  • Pour une #université libre de philosophie

    Une boîte. Voilà dans quoi l’étudiant se trouve enfermé. Il se cogne, cherche des issues mais ne parvient pas à lever le couvercle. Michel Foucault et Gilles Deleuze nous alertait déjà en leur temps. Qu’en est-il aujourd’hui ? À part préparer son employabilité sur le marché, que fait l’étudiant ?

    À l’image de la plupart de ses enseignants, ce n’est pas la puissance créatrice de la matière qui anime l’étudiant en #philosophie, mais bien au contraire les méthodes et notions qu’il faut apprendre pour les recracher telles quelles ensuite. En somme, il s’agit d’un savoir dont le seul et unique but est de nous faire fonctionner comme des machines et faisant ainsi de la philosophie — entre beaucoup autres — une pure industrie, un savoir-faire plus pauvre que jamais.

    Comme le rappelait lucidement Michel Foucault en 1971, l’université fait partie de ces institutions qui ont l’air indépendantes mais qui ne le sont en aucun cas. Sa prétendue fonction de transmission de savoirs n’est que pure apparence, la première étant de maintenir au pouvoir une certaine classe sociale excluant ainsi une autre de l’accès aux instruments du pouvoir. Au même moment, son ami et collègue Gilles Deleuze théorisa, aux côtés de Félix Guattari, le #rhizome désignant une structure évoluant en permanence dans toutes les directions horizontales et exempte de hiérarchie. Ce concept s’applique à l’université et a été expérimenté à la création de l’#Université_de_Vincennes (1969-1980) dont Foucault et Deleuze furent des figures de premier plan. Aujourd’hui, force est de constater que l’université est restée au statut d’arbre par opposition au rhizome.

    Dans l’ouvrage Deleuze aujourd’hui (PUF, 2025), Thomas Detcheverry souligne que : « {…} l’#éducation traditionnelle éteint l’#esprit_critique des élèves, elle renforce le pouvoir social des oppresseurs. »1 L’état actuel de l’université en témoigne plus que jamais. Particulièrement en philosophie, où la #liberté initiale d’une telle matière s’en trouve bafouée. La discipline a été considérablement codifiée de sorte à restreindre sa dimension créatrice dont Deleuze et Guattari firent l’éloge dans Qu’est-ce que la philosophie ? (Minuit, 1991). Cette observation appelle ainsi à repenser un nouveau mode d’enseignement à l’université dont les bases furent instaurées par l’Université expérimentale de Vincennes. Thomas Detcheverry aborde ses fondamentaux qui pourraient servir de socle à une nouvelle université libre :

    – Une volonté de promouvoir la #pluridisciplinarité et la recherche théorique contemporaine.

    – L’ouverture à un public plus large afin de démocratiser l’accès à l’#enseignement_supérieur.

    – Son fonctionnement par système modulaire et personnalisé plutôt que par système hiérarchique, linéaire et standardisé.

    – Un certain #engagement_politique.

    – L’implication directe des étudiants dans les décisions institutionnelles ou la conception des cours.

    – Des expérimentations pédagogiques non-conventionnelles (séminaires participatifs, ateliers pratiques, rejet des structures hiérarchiques traditionnelles, modes d’évaluations flexibles adaptés à l’abandon des programmes rigides.)2

    Il ne s’agit pas ici de renier les modes classiques de l’enseignement tels que le cours magistral mais, plus simplement, d’en repenser la portée et son utilité aux yeux de chacun. La théorie deleuzienne de la « boîte à outils » étant parfaitement concevable, en ce que le #cours_magistral peut permettre à chacun de retirer ce qui lui paraît le plus pertinent afin de construire ensuite ses propres problèmes. De même, le cours magistral comme le séminaire participatif demeurent des lieux de rencontres uniques où le flux de paroles et de connaissances prime sur une transmission autoritaire du savoir. Le rhizome plutôt que l’arbre.3

    Un chemin est possible. Une sortie de cette boîte dans laquelle, élèves comme enseignants, ne cessent de se cogner est envisageable. Cette boîte est à la fois image de la pensée et réalité effective, en ce sens que le cours dispensé dans une salle close, parfois pendant des heures, illustre la transmission de ce savoir-faire machinique qui ne laisse que peu de place aux questions de fond, à l’échange. Un lieu doublement clos donc, tant physiquement qu’intellectuellement. Transmission autoritaire ou flux de paroles limité, l’enseignement philosophique demeure purement arborescent. Le rhizome plutôt que l’arbre.

    Tout comme sa méthode. Bien tracé, clinique, elle aussi nous enferme et reste pourtant maîtresse de notre devenir. À l’oral ou à l’écrit, recracher hiérarchiquement ce qui nous a été transmis prive l’esprit de sa création. Le savoir flotte en eaux bien connues. Aucune perspective, aucun esprit critique ne semblent envisageables. Les attendus sont prédéterminés, c’est oui ou non. On ne se situe jamais au milieu, où une ligne de fuite est toujours possible. Il faut apprendre Platon, Kant, Nietzsche et Hegel de manière autoritaire. Il n’est pas question de savoir en quoi certaines de leurs pensées me traversent, ce qu’elles me permettent de créer. De même, ces pensées demeurent insuffisamment actualisées et questionnées. L’apprentissage méthodique plutôt que l’apprentissage créateur. « Faire population dans un désert, et pas espèces et genres dans une forêt. » disait Claire Parnet.4 En renonçant à la création, à l’émancipation, à la véritable démocratisation de l’institution scolaire, nous peuplons une forêt qui ne cesse de grandir. Le rhizome plutôt que l’arbre.

    Pas d’idées justes, justes des idées.5 Opposer et s’opposer aux structures autoritaires du champ social qui court-circuitent le savoir et muent en robot, en machine une majorité d’élèves qui se doivent d’effectuer chaque geste selon des règles bien établies. Il faut juste des idées et renier les idées justes. Thomas Detcheverry souligne encore : « L’institution scolaire est un espace de pratiques d’enseignement répressives qui soumet les corps par son système hiérarchisé, ses examens de connaissance ou son fonctionnement punitiviste ; mais c’est aussi une machine de constitution de subjectivités, des corps et des cerveaux disponibles à l’insertion dans l’entreprise et employables au service du capital. »6 Entendez par employables ce qui est automatisable et donc foncièrement opposé à la notion de travail à laquelle Bernard Stiegler souhaita revenir à travers une politique industrielle des technologies de l’esprit. Répéter encore et encore les mêmes faits, les mêmes gestes et les mêmes paroles. Le rhizome plutôt que l’arbre.

    Tout mène ainsi à ce que Bernard Stiegler nomma la disruption : « Il tente à présent (le consumer capitalism) de compenser l’extrême désenchantement provoqué par l’épuisement des systèmes sociaux en se radicalisant — en devenant purement, simplement et absolument computationnel, imposant à toute activité un entendement automatique à travers les algorithmes de la société réticulaire, qui prennent de vitesse toute critique de la raison. La raison s’en trouve systématiquement court-circuitée. La réalité de la disruption, c’est la perte de raison. »7 Une perte de raison qui mène à l’accomplissement du nihilisme, radicalisation qui rend inévitable l’autodestruction en ce sens qu’elle épuise les sociétés qu’elle exploite en s’épuisant elle-même insiste Stiegler. Le rhizome plutôt que l’arbre.

    Lutter ainsi contre l’entendement automatique d’une société réticulaire en transformant l’institution scolaire et notamment l’université en un espace libre serait une première grande étape mais la tâche semble colossale. Colossale tant beaucoup s’y plaisent et restent aveugles (du moins silencieux) devant la débâcle en cours. Il faut transpercer le couvercle de la boîte, s’extirper de celle-ci. Le rhizome plutôt que l’arbre.

    1, 2, 6 Camille Chamois et Thomas Detcheverry, Deleuze aujourd’hui, Paris, Puf, 2025, p.96, p.105, p.104.

    3 J’emprunte cette expression à Thomas Detcheverry.

    4, 5 Gilles Deleuze et Claire Parnet, Dialogues, Paris, Champs, Flammarion, 1996, p.34, p.15.

    7 Bernard Stiegler, Dans la disruption : comment ne pas devenir fou ?, Paris, Actes Sud, Babel, 2016, p.70.

    https://blogs.mediapart.fr/batiste-tritsch/blog/141125/pour-une-universite-libre-de-philosophie
    #pédagogie

  • [Nouvelle enquête] Dans les #Lycées_Agricoles privés bretons, l’agro-industrie s’impose et l’écologie s’efface
    https://splann.org/nouvelle-enquete-lyces-agricoles-prives-bretons

    Pendant que l’agro-industrie tisse sa toile dans les conseils d’administration des principaux lycées agricoles privés bretons, la Région leur a alloué, ces dix dernières années, 53 millions d’euros de subventions facultatives. Un choix qui fragilise l’enseignement agricole public comme la transition vers l’agroécologie. L’article [Nouvelle enquête] Dans les lycées agricoles privés bretons, l’agro-industrie s’impose et l’écologie s’efface est apparu en premier sur Splann ! | ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne.

    #Industrie_agroalimentaire #agriculture #agroécologie #agroindustrie #conseil_régional_de_bretagne #éducation #Enseignement_agricole #enseignement_catholique #Enseignement_privé #jean-marc_esnault #lobbying #The_Land

  • Nicolas Cadène - Une enquête sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur | Facebook
    https://www.facebook.com/nicolas.cadene/posts/pfbid077wyw3SNouvJ8wJFET8VPadMKGkYh7hrmUHDaoZCwAZzuHnmdfuS4V79BCybCUxkl

    Une enquête sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur est non seulement possible, mais nécessaire. Elle est indispensable pour comprendre, prévenir et protéger. MAIS l’enquête diffusée cette semaine par le ministère n’est pas acceptable. Pourquoi ?

    👉 Parce qu’elle interroge les personnels sur leurs opinions politiques, géopolitiques ou idéologiques : sympathie pour la Palestine, Israël, jugements sur les partis politiques, etc.
    Un employeur public n’a pas le droit de sonder les opinions de ses agents, même anonymement (d’autant, qu’en l’espèce, l’anonymat n’est pas total). C’est un principe fondamental de neutralité et de liberté d’opinion.

    👉 Parce qu’elle mélange tout : actes antisémites, opinions sur Israël, représentations des Juifs, positionnement politique et même soutien à la cause palestinienne (le soutien à la cause palestinienne n’est absolument pas constitutif d’antisémitisme)…
    Scientifiquement, cela brouille complètement l’objet de l’étude et entretient des confusions graves.

    👉 Parce qu’elle associe, dans les mêmes tableaux, le soutien à la cause palestinienne et l’antisémitisme.
    C’est une confusion conceptuelle majeure, qui risque de délégitimer des opinions politiques parfaitement légales et même légitimes.

    👉 Parce qu’elle est diffusée par voie hiérarchique, ce qui place les personnels dans une position ambiguë : répondre à des questions sensibles sous l’autorité de leur employeur.

    👉 Parce qu’elle transite par un lien Google, entreprise américaine, alors que l’on traite de données sensibles, au mépris de la souveraineté numérique et des bonnes pratiques RGPD.

    👉 Parce que ce n’est pas une enquête institutionnelle neutre, mais un sondage d’opinion classique plaqué sur un objectif ministériel, avec un risque évident de lectures politiques.

    👉 Enfin, parce que ce type de questionnaire risque d’alimenter des clivages, au lieu de renforcer la protection nécessaire des étudiants et personnels juifs, qui doit être l’enjeu central.

    Enquêter sur l’antisémitisme ? Oui, absolument.

    Mais à condition de respecter :
    – la neutralité de l’État,
    – la liberté d’opinion des agents,
    – une méthodologie rigoureuse,
    – une protection stricte des données,
    – et une focalisation claire sur les actes, faits, expériences et mécanismes réels.
    Ce n’est pas le cas ici (ce qu’ont relevé plusieurs universitaires).
    Et c’est précisément pour cela qu’il faut le dire.
    Enquête accessible ici, pour vous faire votre propre avis... :
    https://drive.google.com/file/d/1Mp_2qJ9dl4ZyveKH62LkFk6491EkYq2I/view

    • REFUSONS LE PROJET D’ENQUÊTE NATIONALE SUR L’ANTISÉMITISME DANS L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET LA RECHERCHE
      https://www.ldh-france.org/le-projet-denquete-nationale-sur-lantisemitisme-dans-lenseignement-super

      (...) L’examen, tant de la méthodologie d’enquête que du questionnaire prévu, semble comporter de graves dangers.

      Utiliser un recensement (tous les personnels sollicités par leur hiérarchie pour répondre à un questionnaire, ainsi que toutes les étudiantes et tous les étudiants par leurs établissements) n’est pas une opération courante et ne semble pas avoir fait l’objet des déclarations nécessaire auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) ou d’une étude d’impact relative à la protection des données (article 35 du règlement général de protection des données – RGPD).

      Le processus d’enquête retenu semble loin de garantir l’anonymisation et donc la protection des personnes répondantes. Il contient au contraire des questions dont le rapprochement est propre à permettre l’identification de chaque répondante et répondant.

      Le recours à un lien de redirection Google, une entreprise soumise à la juridiction américaine, interroge sur sa compatibilité aux règles fixées par le RGPD.

      La transmission du questionnaire par la voie hiérarchique place les personnels dans une situation ambiguë au regard de leur lien de subordination. Il ne peut y avoir de consentement libre et éclairé à répondre à des questions aussi sensibles dans un tel cadre.

      Des questions dites sensibles vont être posées. Or, il n’appartient pas à l’Etat de collecter des données sur les opinions religieuses ou politiques des agents publics. La liberté d’opinion est un principe constitutionnel garanti. Le ministère ne peut, sans enfreindre les dispositions de la loi de 1983 sur le statut des fonctionnaires, ni solliciter, ni traiter de telles données, même sous couvert d’anonymat. Le détail des informations collectées (par université, par UFR, etc.) inquiète sur l’usage qui pourrait en être fait.

      #enquête_politique #fichage

    • Antisémitisme : les présidents d’université s’opposent à la diffusion d’un sondage commandé par le ministère de l’enseignement supérieur
      https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/25/antisemitisme-les-presidents-d-universite-s-opposent-a-la-diffusion-d-un-son

      Quelle sera la portée d’une enquête sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur si les présidents d’université se refusent à la relayer ? Selon les informations du Monde, l’association France Universités a informé le #ministère_de_l’enseignement_supérieur, dans un courrier lundi 24 novembre, qu’au vu d’« un certain nombre de problèmes dans sa conception et les questions posées », elle ne cautionnerait pas le sondage de 44 pages établi par l’IFOP censé permettre de « quantifier le phénomène ».

      Certaines questions ont suscité l’émoi dans la communauté universitaire, « y compris auprès des responsables administratifs et juridiques des établissements [quant au] respect du RGPD [le règlement général sur la protection des données, et à la] neutralité de l’Etat », relève France Universités. Depuis le 18 novembre, les enseignants-chercheurs et personnels administratifs de l’enseignement supérieur sont invités par le ministère à répondre à ce sondage qui les conduit à se prononcer notamment sur le conflit israélo-palestinien, mais aussi à indiquer leur appartenance ou leur proximité avec un parti politique ainsi que leur religion éventuelle.

      « Cette enquête repose sur une méthodologie scientifique et des questions élaborées par les chercheurs du #Cevipof », le centre de recherches politiques de #Sciences_Po, a répondu le ministère dans un communiqué lundi, soir. « La participation est facultative et le choix de la diffuser et d’y répondre est naturellement laissé à l’entière discrétion des établissements et de leurs personnels », poursuit-il, tout en précisant que « le Cevipof garantit la confidentialité absolue de l’ensemble des données recueillies qui seront hébergées sur des serveurs hautement sécurisés ».

      « Aucune crédibilité »

      L’enquête, pour l’heure hébergée sur le cloud de Google, comprend deux volets, l’un à destination des #étudiants et l’autre du personnel. Les résultats seront exploités par deux chercheurs, experts en statistiques et analyses de données et des attitudes et comportements politiques au Cevipof dans le cadre d’un programme de recherche qu’avait annoncé le ministre Philippe Baptiste, le 29 avril.

      Après des questions sur l’antisémitisme à l’#université et en général, on interroge l’opinion des sondés sur l’image d’Israël et les responsabilités du conflit israélo-palestinien : « Selon vous, qui porte la plus grande responsabilité dans la poursuite du conflit israélo-palestinien : Avant tout les Israéliens ? Avant tout les Palestiniens ? Autant les uns que les autres ? », ou encore « Quand vous pensez à la situation d’Israël, de laquelle des deux opinions suivantes êtes-vous le plus proche : “Israël est un pays puissant qui mène une politique agressive vis-à-vis de ses voisins” ou “Israël est un petit pays qui se défend contre des pays voisins, dont certains souhaitent le détruire” ? »

      En fin de questionnaire, chaque répondant doit compléter son âge, son genre, sa fonction professionnelle, le type d’établissement et l’académie où il exerce, le plus haut diplôme détenu, le code postal de son lieu de résidence, mais aussi son appartenance ou sa proximité avec un parti politique ainsi que sa religion éventuelle.

      Largement diffusé sur les réseaux sociaux depuis le 22 novembre, ce questionnaire peut en conséquence être complété par quiconque a connaissance de son lien, qu’il appartienne ou non à l’enseignement supérieur.

      « Je pensais être dans un établissement d’un ministère laïque où mes opinions personnelles, tant philosophique, politique, religieuse, n’avaient pas lieu d’être, ce à quoi je me suis toujours tenu, commente le professeur émérite à l’Institut national des sciences appliquées de Toulouse Gilles Motet. Je ne comprends pas l’intérêt que peut porter le ministère à mes opinions sur ces sujets, d’autant plus que, sans identification du répondant, pléthore de personnes hors enseignement supérieur vont interférer sur les résultats. Aucune crédibilité ne pourra donc être apportée à l’opinion qui sera dite générale. »

      Le professeur des universités se dit aussi « sidéré » par le fait que certaines questions présupposent « une acceptation de faits comme hypothèse » et que d’autres questions « imposent une réponse dans une liste proposée » en l’absence du choix de réponse « sans opinion ». De plus, au cours du sondage, il est impossible de revenir en arrière et aucune confirmation des réponses n’est demandée en fin de questionnaire.

      « Nous vous demandons de la retirer »

      Interrogé, le Cevipof affirme au Monde que la méthodologie utilisée pour cette enquête est « classique ». « Toutes les garanties ont été mises en place pour préserver l’anonymat des répondants » de sorte que « ni le ministère ni le centre de recherche ne disposeront des données individuelles ainsi recueillies par l’IFOP ». Les répondants sont par ailleurs « volontaires », et le lien de ce questionnaire auto-administré en ligne est « entièrement géré par l’IFOP », ajoute-t-on.
      Pour le collectif d’universitaires RogueESR, « l’envoi d’un questionnaire politique à des agents du service public est une première : il viole le principe de neutralité institutionnelle ». Il souligne le risque de réidentification des répondants par le #croisement_de_variables.

      « Etant donné tous les problèmes que soulève cette enquête, nous vous demandons instamment de la retirer », ont écrit, dans une lettre au ministre, lundi, le Snesup, SUD-Education, la Ligue des droits de l’homme, l’Association pour la #liberté_académique, la Coordination antifasciste pour l’affirmation des libertés académiques et pédagogiques, l’Observatoire des atteintes à la liberté académique et Stand Up For Science. Ils rappellent que la loi du 13 juillet 1990 contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie prévoit que chaque année, la Commission nationale consultative des droits de l’homme remet un rapport sur la lutte contre le racisme.

      Interrogée, la direction de l’#IFOP n’avait pas encore donné suite lundi soir à la sollicitation du Monde.

  • Je reviens du futur
    https://absolument-tout.net/je-reviens-du-futur

    Depuis septembre dernier, je fais une série d’ateliers sur les IA génératives pour des étudiant·es de l’IUT de Tours. J’interviendrai au second semestre dans une autre université, sans doute aussi avec des lycéen·nes et des profs du secondaire, évidemment en adaptant le contenu de la présentation au public et aux circonstances. Je suis un peu surpris du nombre de sollicitations que j’ai déjà reçues, parce que j’ai l’impression de dire des évidences, mais manifestement beaucoup de personnes sont un peu perdues, entre les injonctions à renoncer à ChatGPT, à ses oeuvres et à ses pompes, d’un côté, et le discours proprement délirant des marchands d’IA, de l’autre.

    Du coup j’ai fait un petit site pour présenter mon cours :

    • Quand je dis « Bienvenue dans les métiers de la post-édition, camarades » chaque fois qu’une nouvelle corporation du tertiaire (graphistes, juristes, devs, journalistes, etc.) commence à s’inquiéter des effets de l’IA sur son métier, ce n’est pas par cruauté, c’est très littéral : « ce qui va arriver au travail », ce n’est pas que le boulot de juriste ou de dev va disparaître. Il se trouvera simplement dévalorisé. Ceux qui possèdent des compétences désignées comme obsolètes perdront peut-être leur emploi, mais ils seront promptement réembauchés à l’usine pour devenir les assistants de machines qui, quoi qu’on raconte, ne servent pas à grand chose sans supervision humaine.

      Le boulot portera un autre nom mais sera fait par les mêmes personnes, payées deux fois moins à produire vingt fois plus avec une qualité moindre.

      […]

      Ça veut dire arrêter de fétichiser le respect des formes imposées, et redonner de la valeur à une réflexion manifestement personnelle, en donnant aux élèves les moyens de l’articuler avec leurs propres mots. Ça veut dire les faire lire et écrire et parler en classe, avec des ambitions modestes quant au volume mais pas quant à la qualité. Ça veut dire leur apprendre à s’exprimer avec précision et clarté, au lieu de les entraîner à produire des dissertations qu’ils n’ont pas envie d’écrire et que les profs seraient ravis de ne pas avoir à lire.

      Ça veut dire permettre aux élèves de trouver leur voix, au lieu de leur apprendre à écrire comme la machine.

      (Parce que je vous garantis que les enfants des bourgeois continueront à apprendre à écrire convenablement, à parler des langues étrangères, à programmer, de la même manière qu’on leur apprend toujours la musique, quand bien même devenir instrumentiste n’est plus un choix de carrière très porteur)

      #IA #automatisation #travail #apprentissage #enseignement

  • Billet de RogueESR du 11 novembre

    Retrouvez ce billet, avec les références et liens cliquables, paginé à l’adresse suivante :

    https://rogueesr.fr/liberte-academique-neutralite-loyaute-et-devoir-de-reserve-ii

    Pour mémoire, le prochain séminaire de Politique des Sciences aura lieu le mercredi 12 novembre de 17h00 à 20h30 à l’EHESS :

    https://rogueesr.fr/politique-des-sciences-2025-2026

    Nous nous réjouissons de chaque signe, si ténu soit-il, de vitalité de l’Université contre le rouleau compresseur de l’austérité, de la bureaucratie managériale et de l’insignifiance, en marche depuis plus de deux décennies, déjà. Ainsi, après Saclay l’an dernier, les collègues de Sorbonne Université tentent de reprendre pied face à une bureaucratie aussi autoritaire qu’incompétente, médiocre et dépourvue d’éthique. Les enjeux sont identiques : empêcher l’adoption de statuts conférant les pleins pouvoirs à la bureaucratie par un féodalisme qui dévitalise l’établissement. Hauts les cœurs !

    Le billet qui suit a été écrit avant la censure d’inspiration trumpiste d’un colloque savant au Collège de France. Nous partageons la vive émotion de la communauté scientifique face à cette violation frontale de la liberté académique.

    https://carep-paris.org/annonce/communique-de-presse-le-college-de-france-cede-aux-pressions-et-annule-

    Si vous avez raté le début…

    Dans le premier volet de ce billet, nous avons défini les principes sur lesquels repose la liberté académique :

    https://rogueesr.fr/liberte-academique-principes-et-enjeux-du-debat

    C’est une liberté négative en ceci qu’elle suppose une protection contre toute intrusion de pouvoir qui la menace de l’extérieur (pouvoir politique, pouvoir religieux, pouvoir économique, pouvoir administratif et bureaucratique). Mais il s’agit surtout d’une liberté positive qui suppose la possibilité effective de mener des recherches, de concevoir des enseignements et de décider collégialement des règles, des standards, des procédures et des limites. La liberté académique se conçoit ainsi comme un point d’articulation entre éthique scientifique et principe d’autonomie de l’Université.

    Qui doit bénéficier de la liberté académique ?

    La liberté académique est nécessaire à l’activité scientifique et universitaire, qui repose sur un questionnement endogène et vise à créer des savoirs comme un commun de la connaissance, qu’aucun intérêt particulier ne peut s’approprier. L’Université se fonde sur une interrogation illimitée qui ne prend aucune fin pratique et monnayable comme préalable et dont la méthode est la disputatio entre pairs. Cela exclut évidemment les usurpateurs publicitaires se faisant passer pour essayistes ou chercheurs, les lobbies et think-tanks mais aussi, par exemple, la recherche et développement du secteur privé. Le ministère, les rectorats, l’administration des établissements et leurs bureaucraties sont extérieurs à l’Université. En conséquence, les règles électorales des conseils centraux sont en violation directe du principe de liberté académique. Il en va de même avec toute instance de contrôle ou de pilotage bureaucratique (comme le Hcéres) fondé sur des normes exogènes à l’Université (comme les Contrats d’Objectif, de Moyens et de Performances (COMP) ou les KeyLabs).

    La liberté académique n’est pas une affaire de statut, ni d’établissement de rattachement, mais de fonction : celles et ceux qui publient des travaux scientifiques — des (enseignants-)chercheurs statutaires mais aussi, par exemple, des doctorants, des post-doctorants ou des ingénieurs de recherche — doivent bénéficier de protections, de droits et de devoirs dans ce cadre ; il en va de même pour le fonctionnement des équipes pédagogiques. La liberté académique suppose la plus faible division du travail possible dans les équipes de recherche et d’enseignement. Pour autant, la transmission de gestes, de manières de faire et de discuter, de styles, de mœurs, de standards d’exigence suppose un encadrement des jeunes chercheuses et chercheurs. Si les jeunes chercheurs ne doivent pas être les exécutants d’un P.I. qui ne pratique plus la recherche, la période de formation suppose certaines limites à leur autonomie. Nous reviendrons longuement sur la question des statuts et des garde-fous, ainsi que sur les étudiantes et les étudiants, qui sont partie prenante de l’Université, et disposent de droits et d’obligations spécifiques.

    « Neutralité », « pluralisme », « devoir de réserve », « loyauté »

    Parmi les attaques, désormais permanentes, contre la liberté académique, les plus pernicieuses sont perpétrées au nom d’une conception délibérément dévoyée du concept. Communiqués de presse ministériels, chartes d’inspiration trumpiste imposées aux établissements par les présidences de région, chartes sans la moindre valeur juridique qu’universitaires et chercheurs sont sommés de signer, règlements intérieurs et changement de statuts violant la liberté académique et le droit. Nous entendons clarifier ici quatre concepts qui reviennent de manière répétitive dans ces attaques par décomposition du sens. Disons le tout de go : les universitaires et les chercheurs, quel que soit leur statut, ne sont ni soumis à un quelconque « devoir de réserve » ni à la moindre sorte de « neutralité » et encore moins à une supposée « loyauté » vis-à-vis de leur établissement. L’Université est sous le régime de la liberté académique, tous les devoirs liés à la fonction publique y étant subordonnés. La liberté académique est bordée par l’éthique académique d’un côté et par le droit commun de l‘autre. L’éthique académique ne saurait avoir la « neutralité » pour valeur. La disputatio n’est pas un « pluralisme » d’opinion. Il serait impensable que les faits, les preuves, les analyses critiques soient tus pour ne pas froisser des croyances ou des opinions — à plus forte raison quand ces croyances sont celles de lobbies suprémacistes, intégristes et obscurantistes. S’il existe, de fait, un pluralisme d’écoles de pensée au sein de nombres de disciplines, aucune norme académique ne stipule qu’il faille un équilibre des temps de parole de différents courants dans une même conférence. Si les tentatives périodiques de fondamentalistes du marché d’interdire les travaux des économistes critiques sont problématiques, ce n’est pas au nom d’un nécessaire « pluralisme » mais parce que ces menées obscurantistes violent la liberté académique.

    Loyauté

    Les universitaires (au sens large) ne sont soumis à aucun devoir de loyauté. La loyauté fait référence au principe de subordination hiérarchique dans l’exercice des fonctions. Les professeurs sont nommés par le président de la République ; les maîtres de conférences sont nommés par le ministre. Aucun président d’université, aucun recteur, aucun directeur de laboratoire, aucun directeur d’UFR, aucun responsable administratif n’est le supérieur hiérarchique d’un universitaire. Les universitaires et les chercheurs doivent rester étrangers à toute prétendue loyauté envers l’établissement ou envers la bureaucratie, et plus encore envers une « marque » universitaire. En revanche, ils sont soumis à l’éthique académique. En ce sens, ils doivent faire preuve de loyauté au sens où ils doivent faire preuve d’honneur, de probité, d’intégrité et de déontologie, et respecter les normes et les valeurs du travail savant. Seuls les pairs en sont garants.

    Neutralité institutionnelle

    Le « principe de neutralité », « principe fondamental du service public » selon le Conseil constitutionnel, s’applique à l’« administration » et aux « autorités responsables » des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Les usagers, pour leur part, « disposent de la liberté d’information et d’expression à l’égard des problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels. Ils exercent cette liberté à titre individuel et collectif. » Seules la bureaucratie et l’administration de l’enseignement supérieur et la recherche sont donc soumis au principe de neutralité, compris comme l’absence d’expression d’opinions politiques ou religieuses et, a fortiori, d’attache politicienne. L’usage des listes professionnelles par des présidents d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche pour appeler à voter pour tel ou tel candidat à la présidence de la République contrevient ainsi au principe de neutralité. L’Udice et France Universités, les deux associations de défense des intérêts de la bureaucratie, contreviennent en permanence au principe de neutralité puisqu’elles défendent des options politiques — comme la volonté d’en finir avec le statut de fonctionnaire dans l’ESR ou d’augmenter les frais d’inscriptions. Le principe de neutralité ne désigne en aucun cas le silence sur les implications politiques et sociales des faits établis dans le cadre d’une recherche scientifiquement adéquate, ni le principe de musèlement de la production savante lorsqu’elle contrevient à des opinions exprimées par des groupes de pression. Le principe millénaire des franchises universitaires est une conséquence de ce principe de mise à l’abri de l’espace de délibération, de critique et de réflexion interne à l’Université. Les deux franchises principales sont la suspension du pouvoir de police et l’existence d’un pouvoir juridictionnel de l’Université, avec ses juridictions et son dispositif de sanctions disciplinaires. Parce que la disputatio entre pairs et l’éthique académique doivent, seuls, régir l’activité académique, les forces de l’ordre ont interdiction d’intervenir dans l’enceinte des campus universitaires — les exceptions sont les flagrants délits, les catastrophes et les interventions sur réquisition du Parquet. Au cours de la dernière décennies, les violations des franchises universitaires se sont multipliées, les présidences cédant aux pressions ministérielles et acceptant sans nécessité les interventions policières dans les établissements sur pression des préfets ou du ministère. Les parlementaires de la droite illibérale tentent régulièrement de mettre fin aux franchises universitaires, qui ont pourtant survécu même à l’Inquisition, en créant un délit d’intrusion dans les campus universitaires.

    Devoir de réserve

    Le devoir de réserve est une notion issue de la jurisprudence et non des textes de loi. Le devoir de réserve est la conséquence de la neutralité institutionnelle pour les personnels de la fonction publique, qui se doivent d’observer une retenue (réserve) dans l’expression de leurs opinions, faute de quoi ils s’exposent à une sanction disciplinaire (et non pénale). Les décisions du conseil constitutionnel de 1984 et 2010 rappellent qu’universitaires et chercheurs ne sont pas soumis au devoir de réserve, puisqu’ils sont sous le régime de la liberté académique. Ils ont un devoir éthique de dire le vrai sur le monde. En revanche, même dans le cadre de prises de paroles dans les médias, les présidences d’établissements de l’ESR ne peuvent faire mention de leurs opinions politiques ou religieuses, même s’ils sont issus du corps professoral : dès lors qu’ils n’exercent plus les fonctions de professeurs et même s’ils en garde le titre, les fonctions administratives leur impose la plus grande retenue.

    Neutralité axiologique

    Le concept de « neutralité axiologique » est périodiquement brandi dans des tribunes néo-maccarthystes de la presse illibérale pour disqualifier la participation des universitaires aux débats politiques et sociaux. L’usage confusionniste du concept date d’un temps où des universitaires conservateurs ont voulu faire de Max Weber un anti-Marx et ont interprété le concept de « neutralité axiologique » comme une incompatibilité de l’activité scientifique avec tout positionnement politique. La neutralité axiologique signifie l’indépendance réciproque entre la quête de vérité et les valeurs éthiques et politiques, tant dans la production que dans la réception des connaissances scientifiques. Autrement dit, ce que je crois devoir être ou ce que je crois être bon ne doit avoir aucune incidence opératoire dans l’établissement des faits, des théories, des modèles, des hypothèses causales. Les questions disputées doivent être tranchées — si cela se peut, et quand cela est possible — sur la seule base de l’appareil de preuves disponible, et selon des normes de corroboration et de véridiction propres aux disciplines. L’activité scientifique n’exige aucune neutralité — au sens d’indifférence — dans le choix et la construction des sujets, en particulier dans un monde comme le nôtre où temps, finances et cognition sont des ressources finies. Les valeurs sont ici inévitables et mêmes bienvenues pour décider collégialement donc délibérativement de l’allocation de ces ressources. A qui voudrait consacrer l’intégralité de la recherche scientifique au dénombrement des poux, nous pouvons raisonnablement rétorquer que ce n’est pas une bonne conception de la science, et qu’il y a bien mieux à faire.

    Si la circonscription exacte du domaine de l’habitus de recherche, de la pratique scientifique et de la structuration des collectifs savants concerné par la neutralité axiologique est elle-même objet de disputatio, reste qu’on peut affirmer qu’il existe des zones de neutralité, et qu’elles ne sauraient recouvrir tout ce qu’on entend par science. Le principe de disputatio et la reconnaissance par les pairs constituent donc le critère par lequel la quête collective de vérité par le monde académique se distingue spécifiquement. Dès lors que la liberté académique est définie comme liberté positive liée à un engagement collectif visant à la « recherche désintéressée de la vérité », la responsabilité des universitaires devant la société apparaît comme une partie intégrante de cette liberté. Subséquemment, le concept de neutralité axiologique affirme le devoir pour les scientifiques d’élucider le sens et la portée des convictions et des prises de position des acteurs sociaux mais aussi bien les présupposés axiologiques (normatifs) qui structurent implicitement le contenu de certains concepts au cœur de l’action sociale.

    La notion de Wertfreiheit i.e. de neutralité axiologique, étant souvent dévoyée, et exigeant prudence et précaution pour prévenir ses usages fautifs, peut-être serait-il préférable de la réserver à de telles discussions académiques et de l’éviter dans les textes prescriptifs.

    _____________________________________________
    Rogues mailing list
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    #liberté_académique #Ensignement_supérieur #enseignement #recherche #neutralité_fonctionnaire #neutralité_axiologique #liberté_expression #franchise_universitaire #contre_pouvoir

  • #Palestine au #Collège_de_France : la protestation de #François_Héran

    _Titulaire de la chaire « Migrations et sociétés » au Collège de France, François Héran rend publique la lettre qu’il a adressée à son administrateur, Thomas Römer, à propos de l’#annulation du #colloque sur la Palestine de son collègue #Henry_Laurens._

    Paris, 9 novembre 2025

    Lettre à #Thomas_Römer,
    administrateur du Collège de France

    Cher Thomas,

    Malgré mon nouveau statut de retraité, tu as bien voulu m’inclure parmi les destinataires de ton message sur l’annulation du colloque de notre collègue Henry Laurens. Je t’en remercie.

    En lisant ton message envoyé à la presse, je découvre que, loin d’être l’apanage du #wokisme, la #cancel_culture peut aussi inspirer l’administration du Collège. Il fallait du courage pour donner des leçons d’#objectivité et d’#intégrité_scientifique à Henry Laurens, qui compte seulement à son actif quelques dizaines d’ouvrages sur la question d’Orient et les affaires de Palestine. Notre collègue, à l’évidence, ne maîtrise pas les enjeux du débat dans un domaine aussi brûlant.

    Il était bon de rappeler aussi qu’en la matière, les partis pris d’un hebdomadaire bien connu pour son traitement rigoureux des faits ont plus de #légitimité qu’un professeur occupant sa chaire depuis vingt-deux ans. On se demande comment ce dernier a osé inviter à son colloque un ancien chef de la diplomatie de l’UE ou un ancien premier ministre, aux côtés d’intervenants capables d’exprimer un large éventail de savoirs et d’opinions, alors qu’il était si simple d’inviter uniquement des intervenants validés par la #Licra.

    Ton message me suggère qu’une révision du règlement intérieur du Collège s’impose de toute urgence :

    Les professeurs qui souhaitent traiter de questions d’#actualité dans des colloques, des cours ou des séminaires risquant de donner lieu à #controverses, devront désormais soumettre la liste des participants à l’autorisation de l’administrateur.

    1. Ils devront également s’assurer de l’assentiment du ministre de la Recherche. Si l’on objecte que la détention d’un doctorat d’informatique ne donne aucune légitimité à intervenir dans des questions de science politique ou d’orientalisme (selon le principe de la séparation des ordres posé en d’autres temps par Pascal), on rappellera dûment aux professeur-es qu’il n’y a pas de plus haute autorité qu’un tweet ministériel.
    2. Le recrutement des professeur-es sera désormais soumis au tribunal de l’opinion publique et médiatique, selon une procédure à déterminer.
    3. Le règlement intérieur proclamera dans son préambule que la notion d’« #engagement », jadis inhérente au libre exercice de la recherche, est désormais désuète. Elle sera donc bannie du Collège. Il faudra effacer de la mémoire de notre institution toute référence aux grands intellectuels, littéraires ou scientifiques, qui se sont aventurés à sortir de la « #neutralité » telle qu’elle est strictement définie dans ton message et dans celui du ministre. On veillera aussi à tenir compte de cet impératif dans la préparation du 500e anniversaire de la fondation du Collège.

    Ces modifications du règlement contribueront, je n’en doute pas, à défendre le Collège. La fable se trompe : mieux vaut la prospérité du Chien que l’indépendance du Loup.

    En te renouvelant, cher Thomas, mes meilleures salutations,

    In dubio pro libertate
    François Héran*

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    Post Scriptum : l’argumentaire du colloque

    Ayant choisi de rendre publique ma lettre à l’administrateur du Collège de France, j’ajoute l’argumentaire du colloque, qui a été transmis à l’ensemble des professeurs. Comme à l’accoutumée chez Henry Laurens, c’est de la science historique de haut niveau, précise et rigoureuse. Pas une ligne, pas un mot, qui justifie le soupçon d’antisémitisme.

    Avec l’ouverture de la « question d’Orient » dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, la Palestine, qui dispose du statut particulier de Terre sainte, devient le lieu névralgique des relations internationales européennes. Durant les décennies qui précèdent la Grande Guerre, les luttes d’influence entre les puissances européennes se multiplient, chacune se présentant comme la protectrice d’une communauté religieuse. Alors que la France et la Russie étendent respectivement leur influence sur les catholiques et les orthodoxes, les Anglais se présentent comme les protecteurs des juifs en Palestine. C’est dans ce cadre que s’inscrit le mouvement sioniste.

    Si la France se voit reconnaître une primauté d’influence à l’issue des guerres balkaniques, les Britanniques profiteront de l’alliance nouée avec le mouvement sioniste lors de la Première Guerre mondiale pour s’arroger un mandat sur la Palestine. La période du mandat britannique est essentielle pour la mise en place des acteurs contemporains que sont le mouvement national palestinien et le mouvement sioniste. Pris dans une double obligation entre les uns et les autres, les Britanniques sont dans l’incapacité de trouver une solution politique satisfaisante pour les deux parties, que ce soit un État palestinien unitaire, une division en cantons ou un partage territorial. Ils doivent ainsi faire face à une révolte palestinienne, puis à une révolte juive. Non sans arrière-pensées, ils délèguent le dossier à l’ONU qui, avec le vote du plan de partage de novembre 1947, provoque une guerre entre Arabes et sionistes, puis, après le 15 mai 1948, une guerre israélo-arabe.

    Dans ce conflit de longue durée, les Européens s’identifient largement à l’État d’Israël. Dans les années 1950 et 1960, la France et l’Allemagne lui fournissent les armements qu’il demande, mais la priorité pour l’État hébreu est d’obtenir l’aide militaire américaine, qui ne devient substantielle qu’après la guerre de juin 1967.Après cette guerre, les « discussions à quatre » voient un rapprochement des positions de la Grande-Bretagne et de la France sur la nécessité d’un retrait des territoires occupés contre une reconnaissance de l’État d’Israël, mais la question de la prise en compte du facteur palestinien reste ouverte.

    S’ouvre ainsi un dialogue euro-arabe. Ce dernier mènera à la résolution de Strasbourg de 1975, appelant Israël à se retirer des territoires palestiniens occupés et à reconnaître les droits nationaux du peuple palestinien, puis à une nouvelle déclaration en 1977 appelant à la création d’une patrie pour le peuple palestinien, et marquant pour la première fois l’opposition européenne à la construction de colonies israéliennes dans les territoires occupés. L’étape la plus importante demeure la déclaration de Venise du 13 juin 1980, qui parle de solution juste et préconise l’intégration de l’OLP dans les discussions de paix.

    Deux niveaux d’action sont à considérer. Le premier est celui de la politique propre à chaque État, le second est celui de l’action collective de la Communauté, devenue Union européenne, le tout étant pris dans le jeu complexe des relations transatlantiques. De fait, la présence de l’Union est forte dans le domaine économique, aussi bien par le traité d’association UE-Israël, qui fait de l’État hébreu le premier partenaire commercial de l’Union, que par le financement des institutions palestiniennes à partir du processus d’Oslo. Néanmoins, l’Europe n’est que simple observatrice des négociations du processus d’Oslo, et si le « quartet » des années 2000 lui reconnaît un rôle, c’est dans un cadre impuissant à faire accepter une solution politique satisfaisante.

    L’Europe est ainsi prise entre le poids de son héritage colonial et impérial, son identification culturelle avec Israël, la charge représentée par sa culpabilité dans la destruction des juifs d’Europe durant la Seconde Guerre mondiale, l’importance de ses relations économiques, technologiques et scientifiques avec l’État hébreu, la montée de l’indignation d’une partie de son opinion publique, marquée par l’accusation d’apartheid et aujourd’hui de génocide dans la guerre de Gaza.

    La question est de savoir si les États européens vont, dans leur grande majorité, reconnaître l’État palestinien et exercer des pressions envers l’État hébreu, en particulier dans le domaine de l’économie, ou s’il s’agit là plutôt de faux-semblants destinés à masquer une impuissance, voireune adhésion, liées à leurs héritages historiques et à leurs engagements géopolitiques. Il n’en reste pas moins que l’Europe, dans sa globalité, est un des grands théâtres d’affrontements du conflit israélo-palestinien, en particulier dans les opinions publiques. En un sens, c’est une bonne part de l’identité européenne qui est en jeu, aussi bien dans l’interprétation de son passé que dans la définition de son identité à venir.

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    Adage juridique latin : Dans le doute, pour la liberté
    *
    François Héran explique l’immigration à Bruno Retailleau

    https://blogs.mediapart.fr/francois-heran/blog/101125/palestine-au-college-de-france-la-protestation-de-francois-heran-0

    #censure #France

    • Annulation d’un colloque sur la Palestine : lettre du conseil académique de « #Jewish_Voice_for_Peace »

      Plus de 120 universitaires représentant le Conseil académique de l’organisation américaine Jewish Voice for Peace expriment leur #inquiétude et leur #indignation face à l’#annulation par le Collège de France du colloque « Palestine et Europe ». « Lorsqu’une institution aussi prestigieuse se laisse contraindre à censurer des activités universitaires, elle risque de perdre son #indépendance et son intégrité académiques, mais elle crée également un précédent inquiétant. »

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      À Thomas Römer, administrateur du Collège de France
      et Philippe Baptiste, Ministre de l’Enseignement supérieur
      Le 10 novembre 2025

      Le Conseil académique de Jewish Voice for Peace* écrit pour exprimer son inquiétude et son indignation face à l’annulation par le Collège de France du colloque « Palestine et Europe », sur la base d’#attaques_médiatiques infondées et de #pressions exercées par le ministère français de l’Éducation.

      Nous comprenons que l’annulation du symposium, prévu depuis plusieurs mois, n’est intervenue qu’après la publication d’un article dans l’hebdomadaire conservateur français #Le_Point, le 7 novembre, qualifiant à tort le symposium de promoteur de l’#antisémitisme, ce qui a incité le ministre de l’Enseignement supérieur, #Philippe_Baptiste, à l’annuler, ce qu’il a fait. De plus, la justification fournie pour cette décision recherchait le recours à l’excuse fallacieuse de « garantir la rigueur scientifique », bien qu’aucune preuve n’ait été fournie à l’appui de cette affirmation. En effet, comme cela s’est déjà produit auparavant, cette justification s’avère être un bouclier pour commettre une #injustice, en censurant de manière injuste la #recherche_scientifique légitime et les conférences consacrées à sa diffusion.

      En tant que plus de 120 universitaires issus de diverses disciplines représentant le Conseil académique de Jewish Voice for Peace*, nous représentons un large éventail de domaines académiques liés aux études juives et l’histoire de l’antisémitisme, y compris les études sur le génocide. Nous nous opposons à toute forme d’antisémitisme, comme nous nous opposons à toutes les formes de racisme. Nous rejetons également tous les efforts visant à utiliser l’ accusation d’antisémitisme à des fins de censure ou pour supprimer des points de vue sur Israël et la Palestine qui devraient être entendus et discutés. L’accusation d’antisémitisme doit être réservée à toutes les occasions où elle est véritablement méritée. Mais l’utilisation fallacieuse et spécieuse de cette accusation pour mettre fin à des travaux universitaires légitimes et à un débat ouvert non seulement sape sa force morale, mais sert les objectifs de la censure. Au contraire, nous vous exhortons à défendre les principes largement partagés de la #liberté:universitaire : la publication et la diffusion des travaux universitaires, la libre recherche dans les #universités et le #débat_public dans les sociétés démocratiques.

      Nous connaissons bien les travaux universitaires des participants cités dans le projet de symposium et attestons de la grande qualité de leurs recherches universitaires et de leurs présentations publiques : leurs publications répondent aux normes les plus élevées en matière de #rigueur_académique, d’ #impartialité et d’#érudition. Il n’y a aucune preuve d’antisémitisme dans le programme qui a été publié, et toute allégation contraire repose sur une fausse représentation de ces universitaires et de leurs travaux. Les participants sont issus de certaines des plus prestigieuses universités d’Europe, où leurs travaux universitaires ont été entièrement examinés et approuvés. Le programme du symposium reflète à juste titre l’état actuel des discussions universitaires et des débats publics sur #Gaza et #Israël/#Palestine de manière plus générale. Nous vous exhortons à ne pas supprimer les discussions universitaires sur des questions d’#intérêt_public, même lorsque les passions s’exacerbent. Seul un engagement en faveur d’une vie intellectuelle ouverte et fondée sur des preuves peut permettre de replacer ces questions dans leur juste perspective et servir à la fois les objectifs universitaires et un débat public éclairé.

      Nous attirons votre attention sur les calomnies proférées par la LICRA, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme. Non seulement cette organisation mène une campagne diffamatoire contre le symposium , mais elle est depuis longtemps considérée comme un groupe dont la crédibilité scientifique est très limitée, concentrant ses efforts sur des campagnes visant à attiser les peurs et à enflammer la haine anti-arabe/musulmane/palestinienne. Le ministère de l’Enseignement supérieur et le Collège de France ne devraient pas se laisser influencer par un groupe dont les références scientifiques sont manifestement faibles et dont les objectifs sont polémiques, diffamatoires et incendiaires, sapant ainsi les critères mêmes des normes intellectuelles appliquées dans les universités françaises les plus prestigieuses. De plus, les établissements d’enseignement ont l’obligation, en période de tensions politiques exacerbées, d’acquérir et de diffuser des connaissances, de prendre en considération un large éventail de points de vue et de créer les conditions propices à un débat et à un jugement publics éclairés. Le #colloque que vous avez annulé proposait précisément cela.

      Lorsqu’une institution aussi prestigieuse que le Collège de France se laisse contraindre à censurer des activités universitaires, elle risque non seulement de perdre son #indépendance et son intégrité académiques, mais elle crée également un précédent inquiétant pour les universités qui luttent pour maintenir leurs normes internes et leurs procédures d’autogestion en ces temps de plus en plus autoritaires.

      Soyons clairs : la décision d’annuler cet événement important est un acte de censure, qui permet aux propos arbitraires et incendiaires circulant dans les médias de servir de base à une décision qui aurait dû être, et qui devrait être aujourd’hui, selon toute norme raisonnable, de soutenir le symposium et ses objectifs. Lorsque des sujets « sensibles » sont ouvertement abordés et débattus par le public, les points de vue scientifiques peuvent être affinés et diverses perspectives peuvent être ouvertement discutées et débattues. La communauté universitaire internationale s’est traditionnellement appuyée sur le Collège de France pour maintenir ces normes, malgré les demandes croissantes des groupes politiques et des responsables gouvernementaux. C’est ni plus ni moins que son #autonomie très admirée qui est en jeu, une autonomie qui a inspiré les collèges et les universités du monde entier. Nous appelons donc le Collège de France à maintenir ses principes les plus élevés et à revenir sur sa décision, afin de permettre au symposium de se dérouler avec son programme publié et important.

      Nous demandons également au ministère français de l’Enseignement supérieur de revoir le processus qui a conduit à une décision aussi malavisée, privilégiant une opinion publique incendiaire et mensongère au détriment de critères scientifiques. Cette décision aurait dû refléter l’autonomie de l’université. Le refus de modifier le jugement scientifique ou professionnel en réponse à une intervention extérieure aurait défendu cette autonomie et reflété à la fois les normes scientifiques du Collège et son attachement à la liberté académique et à la liberté de recherche.

      –-

      *Le Conseil académique de Jewish Voice for Peace est un réseau de chercheurs qui se consacrent à la promotion de la vision et des valeurs de JVP https://www.jewishvoiceforpeace.org. Forts de notre engagement commun en faveur des valeurs juives progressistes et de la libération de la Palestine, nous organisons des actions de solidarité avec la lutte pour la liberté du peuple palestinien dans les milieux éducatifs et universitaires. Nous mettons à profit nos compétences en tant que chercheurs, éducateurs et écrivains pour développer une analyse critique de la censure contemporaine sur la Palestine. Nous nous opposons à l’utilisation de l’accusation d’antisémitisme pour censurer ou criminaliser les discours critiques à l’égard du traitement réservé aux Palestiniens par l’État d’Israël. Nous défendons les droits du travail, la liberté académique et les droits d’association dans l’enseignement supérieur et confirmons les valeurs fondamentales de Jewish Voice for Peace.

      https://blogs.mediapart.fr/jewish-voice-peace-conseil-academique/blog/111125/annulation-dun-colloque-sur-la-palestine-lettre-du-conseil-academiqu
      #ESR #recherche #science #enseignement_supérieur

    • Comment le Collège de France en est venu à annuler un colloque scientifique sur la Palestine

      La décision de suspendre l’événement, prise le 9 novembre par l’administrateur de l’établissement, crée un précédent. Des universitaires dénoncent le rôle joué par le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui aurait contribué à faire du colloque un « #événement_politique ».

      Pourquoi un colloque universitaire consacré à la Palestine a-t-il été annulé au Collège de France ? La question est posée après la décision prise par l’administrateur de l’établissement de déprogrammer un événement intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », qui devait se tenir les 13 et 14 novembre, coorganisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep Paris).

      Les motivations ayant conduit à cette décision radicale – du jamais-vu depuis le Second Empire, quand le cours d’Ernest Renan fut « suspendu jusqu’à nouvel ordre » par l’empereur Napoléon III, le 26 février 1862 – interpellent dans leur enchaînement. A en croire Thomas Römer, l’administrateur du Collège de France, elle s’est imposée « en réaction à la polémique entourant la tenue » de l’événement.

      La « polémique » a démarré avec un article du Point, publié le 7 novembre. Sous le titre « Un colloque propalestinien à haut risque », le média formule l’hypothèse de « deux journées à tendance pro-Hamas ». La liste des intervenants « ne laiss[ant] aucune place au doute », « le colloque sera propalestinien, antisioniste et décolonial », décrète l’hebdomadaire. La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), interrogée, y voit même un cas d’« entrisme pur et simple ».

      « Foire antisioniste »

      Dès sa parution, l’article est posté sur X par la Licra, qui annonce « saisir » le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, car il s’agit d’un « colloque antisioniste » et d’un « dévoiement » du Collège de France. Le 8 novembre, sur Europe 1, la vice-présidente de la ligue, l’avocate Galina Elbaz, décrit les intervenants comme des « personnalités très sulfureuses qui ont toutes eu des prises de position qui flirtaient avec l’#apologie_du_terrorisme ». Une « #foire_antisioniste » où se seraient retrouvés « défenseurs du #Hamas, militants de #BDS [Boycott Désinvestissement Sanctions], éditorialistes d’#Al-Jazira », insiste la Licra.

      Ces accusations, qui insistent sur le financement du #Carep par des fonds qataris et l’accusent d’œuvrer en sous-main pour les #Frères_musulmans, indignent Salam Kawakibi, le directeur exécutif du centre de recherche. « Nous ne sommes ni des agents du Qatar ni des Frères musulmans, déclare-t-il. Nous sommes financés par un fonds privé, et nous dépendons de l’#Arab_Center_for_Policy_Studies, le plus prestigieux think tank arabe basé à Doha et qui compte des antennes à Washington, Beyrouth, Amman, Tunis, Madrid et Paris. » Le fondateur du centre, Azmi Bishara, vient plutôt de la gauche laïque. Le conseil d’orientation du Carep Paris est dirigé par Denis Bauchard, un diplomate respecté à la retraite, ayant été ambassadeur, notamment en Jordanie et au Canada.

      Le Carep a également été accusé par Le JDD d’avoir choisi à dessein le 13 novembre, qui coïncide avec le 10e anniversaire des attentats du Bataclan et des terrasses, à Paris, et du Stade de France, à Saint-Denis (Seine-saint-Denis). La date a en réalité été proposée par l’administration du Collège de France.

      Dans un communiqué annonçant l’annulation de l’événement, dimanche 9 novembre, Thomas Römer a tenu à rappeler la « stricte neutralité de l’établissement au regard des questions de nature politique ou idéologique ». En tant que « responsable de la sécurité des biens et des personnes, ainsi que de la sérénité des événements », il explique par ailleurs n’avoir d’autre choix que de renoncer « face à la polémique, mais aussi aux risques qui se manifestent autour de ce colloque ».

      Le Collège de France a indiqué au Monde, mardi 11 novembre, que le colloque « ne contrevenait pas aux règles générales en matière de #liberté_académique », mais a souligné que « la question de la pluralité des analyses a été publiquement mise en cause par différents acteurs », ce qui aurait suffi à compromettre la tenue de l’événement. « La violence des mises en cause sur les réseaux sociaux nous a fait craindre des risques liés à d’éventuels débordements aux abords et au sein de l’amphithéâtre », ajoute-t-on.

      Henry Laurens, coorganisateur du colloque au titre du Collège de France, est l’historien français le plus reconnu sur le Proche-Orient. Contacté par Le Monde, il a souhaité s’en tenir à son « devoir de réserve et aux strictes règles de la collégialité ». Des proches le disent très affecté par les accusations d’antisémitisme portées par plusieurs polémistes. Une source interne au Collège de France estime que « l’annulation du colloque est désastreuse : elle a causé plus de bruit et de dommages que n’en aurait causé sa tenue ».
      « Tout cela est assez emblématique de ce qui se passe dans le monde académique avec des approches très orientées, un regard très militant sur la question du Proche-Orient », juge, à l’inverse, Yonathan Arfi, le président du Conseil représentatif des juifs de France, qui se félicite que le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche se soit « largement fait écho du fait que cela dépassait le cadre usuel pour la #recherche_publique ». Dès l’annonce de l’#annulation du colloque, dans un tweet, le ministre, Philippe Baptiste, a en effet salué une « décision responsable d’une institution qui doit symboliser l’excellence du savoir (…) et, pour cela, être le lieu du débat dans toute sa #pluralité, ouvert à tous les courants de pensée ».

      « Je doute que vous soyez en mesure de garantir un débat »

      M. Baptiste n’a pas été un simple spectateur dans cette affaire. Au lendemain de la publication de l’article du Point, il a adressé une lettre à l’administrateur du Collège de France, que Le Monde s’est procurée. Dès les premières lignes, M. Baptiste considère que ce colloque fait l’objet d’une « vive #polémique ». « Sans préjuger des propos qui seront effectivement tenus, je ne peux que constater, à la lecture du programme, un parti pris sur un sujet délicat et fortement polémique », acte-t-il. Avant de mettre en garde M. Römer : « Au vu de ce programme, je doute que vous soyez en mesure de garantir un débat où le pluralisme des idées puisse pleinement s’exprimer. »
      Conscient que son statut de ministre « dans un Etat de droit » lui interdit d’empêcher la tenue d’une manifestation scientifique, Philippe Baptiste poursuit d’une phrase sibylline : « C’est mon rôle de le faire respecter [le code de l’éducation et le principe de liberté académique], et ce y compris dans le contexte de ce colloque, bien que je sois personnellement en profond désaccord avec l’angle retenu par celui-ci. »

      L’entourage du ministre assure au Monde que « c’est la décision exclusive du Collège de France que de choisir d’annuler le colloque » et qu’il n’y a eu « aucune pression » exercée par M. Baptiste. « Un événement comme celui-ci, avec la visibilité qu’il avait acquise au fil des jours, était porteur de risques de troubles à l’ordre public », justifie-t-on sans préciser sous quelle forme auraient pu avoir lieu ces troubles. C’est par « un écosystème de chercheurs, dont certains se sont émus du programme », ajoute-t-on, que le ministre a été informé, le 6 novembre, de la tenue de ce colloque.

      Selon nos informations, un groupe d’universitaires appelé « réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », structure fédérative associant huit universités et des associations dont la Licra, a produit de nombreux échanges entre les 8 et 10 novembre. Dans cette boucle qui compte des dizaines de membres de sensibilité plutôt pro-israélienne, on affirme que « certains collègues ont lâché la rampe et ne font plus aucune distinction entre leur expertise scientifique et leur #militantisme », qu’ils ont « pris l’habitude de se servir de leurs diplômes et de l’autorité morale qui en émane pour faire passer ce qui est tout bonnement de l’ordre de la #propagande [propalestinienne] ».

      On y évoque aussi la nécessité de prendre des « mesures coercitives pour les faire rentrer dans le cadre ». Enfin, on y raille le débat de clôture du colloque du Carep, qui prévoyait des prises de parole de l’ancien chef de la diplomatie française Dominique de Villepin, de la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, et de l’ex-haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Josep Borrell.

      « Accablant »

      Historienne et politiste, directrice de recherche au CNRS, Stéphanie Latte Abdallah devait intervenir au cours de l’une des tables rondes sur « Le sionisme comme projet européen d’expansion coloniale ». Elle confie être « choquée » par cette annulation et balaie tout caractère univoque dans les exposés prévus. « Il s’agit d’un colloque qui a un sujet scientifique, la Palestine et l’Europe, et des intervenants qui sont les meilleurs spécialistes de cette question, explique-t-elle. Les choix scientifiques relèvent des libertés académiques et non de la décision d’un ministre. En revanche, quand un colloque clairement politique est organisé au Sénat, le 10 novembre, par l’organisation israélienne #Elnet, financée par le gouvernement de Nétanyahou, cela ne semble poser de problème à personne. » Un autre intervenant, qui préfère garder l’anonymat, ironise : « Faudra-t-il aussi, à chaque colloque sur Israël, inviter un chercheur présentant le point de vue palestinien ? »

      Quant au panel de clôture, « il était bien séparé de la dimension purement scientifique », précise Mme Latte Abdallah. « Faire intervenir Dominique de Villepin, Josep Borrell et Francesca Albanese était un acte conclusif politico-diplomatique, centré sur des questions de #droit_international par des figures qui le portent, en plein génocide, dans un contexte où il nous oblige plus encore », décrit-elle en soulignant que « tout se passe comme si, au lieu de faire respecter le droit international, il était au contraire devenu une cible et quelque chose de dangereux ».

      Parmi les universitaires, plusieurs dénoncent une censure. D’après le politiste Fabien Jobard, directeur de recherches au CNRS et membre de l’Observatoire des atteintes à la liberté académique, « tout cela est vraiment accablant ». « Le ministre a dérogé au principe de respect de la liberté académique, et il le sait. Dans un même courrier, le ministre dit qu’il est le garant de la liberté académique, mais qu’il se garde d’agir pour la garantir. »

      Alors que le colloque était programmé depuis plusieurs mois, les organisateurs s’étonnent d’un tel revirement. « Sous couvert de garantir la #scientificité, le ministre justifie ainsi une intervention politique dans le champ de la recherche, en contradiction avec sa mission première : protéger la liberté académique », écrivent dans un communiqué, le 10 novembre, les responsables de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe du Collège de France et le Carep.

      Appel à la démission

      Cette annulation va « créer un précédent dangereux : il suffira désormais d’un article polémique ou d’un tweet ministériel pour censurer un colloque jugé “sensible”. Accuser ces chercheurs d’antisémitisme ou de militantisme revient à disqualifier sans fondement leurs travaux, pourtant validés par leurs pairs et publiés dans les revues scientifiques les plus prestigieuses, alertent-ils. La recherche n’a pas vocation à être équilibrée politiquement : elle doit reposer sur la compétence, la méthode et la probité intellectuelle. »

      « C’est le ministre qui a transformé ce colloque en événement politique, et c’est une première, observe l’une des intervenantes, qui souhaite taire son nom. Cela brouille toute possibilité d’une réflexion scientifique, équitable et compréhensive. On voit monter ce côté trumpiste, c’est comme une restriction de notre périmètre de recherche, alors même qu’il y a une énorme incompréhension du conflit et un manque de culture générale et de connaissance de l’histoire. »

      L’association France Universités, qui réunit les chefs d’établissement, indique avoir découvert « avec stupeur » cette annulation. Dans un communiqué daté du 10 novembre, elle exprime son incompréhension et une « vive inquiétude » à l’égard des libertés académiques. Près d’un millier de chercheurs, enseignants, étudiants ont signé une pétition dénonçant « la volonté délibérée d’empêcher la recherche académique sur Israël-Palestine, dès lors qu’elle contrevient aux cadres intellectuels portés par les soutiens à la politique israélienne », qu’ils jugent « extrêmement préoccupante ». Demandant une « réponse à la hauteur des enjeux », ils appellent à la démission de Philippe Baptiste.

      https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/11/comment-le-college-de-france-en-est-venu-a-annuler-un-colloque-scientifique-

    • Annulation du colloque « La Palestine et l’Europe » au Collège de France : « Cette interdiction ouvre la voie à une ère de censure institutionnelle »

      Dans une tribune au « Monde », un collectif de plus de 300 universitaires, parmi lesquels Jean-François Bayart, Judith Butler et Pierre-Cyrille Hautcœur, s’élève contre l’annulation de l’événement. Ils y voient une « atteinte sans précédent à la liberté académique ».

      N ous, membres de la communauté scientifique, chercheurs, enseignants, étudiants et citoyens attachés à l’indépendance du savoir, exprimons notre profonde inquiétude face à l’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », initialement prévu au Collège de France.
      Cette décision, prise à la suite d’un article polémique et de pressions directes exercées par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, constitue une atteinte sans précédent à la liberté académique en France. Sous prétexte de garantir l’intégrité scientifique, le ministère a légitimé une intervention politique dans le champ de la recherche, en contradiction avec sa mission première : protéger l’indépendance des universitaires et la pluralité des approches scientifiques.

      Issus d’universités prestigieuses telles que l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse), la School of Oriental and African Studies de Londres, l’université d’Amsterdam, l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et le Centre national de la recherche scientifique, à Paris, ou la Queen Mary University of London, les intervenants ont été injustement discrédités, sur la base d’amalgames et d’accusations infondées. Leur compétence, leur rigueur et la reconnaissance internationale de leurs travaux ne sauraient être effacées par des campagnes de dénigrement.
      Des principes mis en péril
      La recherche n’a pas vocation à plaire ni à se conformer à un « équilibre politique » dicté par le pouvoir. Elle repose sur la méthode, la critique, le débat argumenté, des principes aujourd’hui mis en péril. En confondant évaluation scientifique et contrôle idéologique, cette interdiction ouvre la voie à une ère de censure institutionnelle, où des calomnies médiatiques suffiraient à bâillonner la réflexion universitaire.

      Nous refusons que la France suive cette pente. Nous refusons que le Collège de France devienne le réceptacle d’une telle dérive. Nous affirmons que la mission des universités et des institutions de recherche n’est pas de conforter le pouvoir, mais d’éclairer la société.
      Nous appelons le Collège de France à revenir sur sa décision et à garantir la tenue de ce colloque dans le respect de la liberté intellectuelle. Nous appelons le ministère à honorer son devoir de protection de la recherche, non à en devenir le censeur. Et nous appelons la communauté scientifique tout entière, en France et en Europe, à défendre fermement le principe fondateur de toute science : le droit de penser librement.
      ¶Parmi les signataires : Michel Agier, anthropologue, directeur d’études EHESS ; Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po ; Frédéric Bauden, professeur à l’université de Liège ; Jean-François Bayart, professeur à l’IHEID (Genève) ; Sophie Bessis, historienne ; Karim Emile Bitar, enseignant à Sciences Po ; Judith Butler, professeure distinguée à l’université de Californie ; Bernard Chazelle, professeur à Princeton ; Delphine Dulong, professeure à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne ; François Héran, professeur honoraire au Collège de France ; Pierre-Cyrille Hautcœur, directeur d’études à l’EHESS ; Michel Kaplan, président honoraire de l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne ; Catherine Mayeur-Jaouen, professeure d’histoire contemporaine à Sorbonne Université ; Maurice Sartre, professeur honoraire à l’université de Tours. Liste complète des signataires à retrouver ici : https://docs.google.com/document/d/1p3GSo7mWGeE_0kWoqF_PcYMicwkzm9wK/edit

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/11/interdiction-du-colloque-la-palestine-et-l-europe-au-college-de-france-cette

    • Colloque annulé au Collège de France : les manœuvres d’universitaires pro-Israël

      L’interdiction du colloque « Palestine et Europe » qui devait se tenir au Collège de France les 13 et 14 novembre suscite de nombreuses réactions. Entre stupéfaction et dénégation, le temple du savoir vacille. Comment une telle décision, portant une si grave atteinte à la liberté académique et d’enseignement a-t-elle été prise ? Le Collège de France et son administrateur ont fait l’objet de pressions orchestrées notamment par un collectif d’avocats, en coordination avec un réseau de chercheurs, le #RRA (#Réseau_de_recherche_sur_le_racisme_et_l’antisémitisme), qui a largement échangé par courriels pour parvenir à ses fins. Nous avons pu consulter ces échanges, dont la lecture révèle une entreprise coordonnée de délégitimation, de délation et d’influence.

      « Nous avons adressé un courrier à l’administrateur du Collège de France, plus copie au ministre de l’Enseignement, hier par e-mail. J’imagine que notre courrier et toutes les autres initiatives ont permis cette annulation. Bravo à tous. #Déborah_Journo »

      Par ce mail triomphal, l’avocate Déborah Journo s’enorgueillit d’avoir contribué à l’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe », coorganisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études de Paris (Carep Paris), qui devait se dérouler au Collège de France les 13 et 14 novembre et qui vient d’être déprogrammé par Thomas Römer - l’administrateur de ce prestigieux établissement.

      Le message de l’avocate est adressé à une centaine d’universitaires, regroupés sous le nom de RRA, Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme. Cette structure a été créée en 2019 et a son siège et sa direction à l’université de Picardie. Elle se présente comme un « dispositif contractuel » regroupant « des unités de recherche rattachées à différents partenaires » publics et privés. La plaquette énumère : « Universités, CNRS, associations, institutions publiques ou privées. » Ce RRA se propose de fédérer « les unités de recherche et laboratoires », de renforcer « les synergies » et d’organiser des colloques. Sa direction revendique environ 500 membres, qui communiquent beaucoup entre eux.

      Dans la boucle de mails, des membres du réseau jubilent après l’interdiction du colloque du Collège de France :

      « Je ne boude pas le plaisir de voir ce colloque annulé », lâche une chercheuse (#Danielle_Delmaire, de l’université de Lille).

      « Bravo... j’ose espérer que cela puisse nous servir au sein de nos établissements pour faire jurisprudence. Vaillamment », ajoute une autre, tout aussi satisfaite (#Véronique_Benzaken, Paris-Saclay).

      D’autres encore espèrent que la punition fera office d’avertissement : « L’idée d’inviter des politiques dans un colloque académique – fût-il orienté, malfaisant et non pluraliste – tentera moins de personnes. » (#Paul_Audi, Paris-Descartes).
      Lobby

      Pour bien comprendre ce qui se joue dans ces échanges, il faut remonter au 7 novembre dernier.

      Ce jour-là, l’hebdomadaire Le Point publie un article de son rédacteur en chef #Erwan_Seznec dénonçant la tenue, « au Collège de France », de ce que ce magazine appelle un « colloque propalestinien à haut risque », qui « réunira », selon Seznec, « des personnalités aux positions radicales ».

      L’article provoque une nouvelle panique morale dans le monde politique et médiatique, mais aussi universitaire : au sein du groupe RRA, on perçoit le colloque comme « un autre signe du basculement progressif dans la légitimation et la banalisation des actions antijuives sous couvert d’antiracisme et d’anticolonialisme » - dixit le politologue retraité Pierre-André Taguieff.

      Ce samedi 8 novembre, l’avocate Déborah Journo explique aux universitaires du RRA qu’elle écrit au ministre de l’enseignement pour « dénoncer ce colloque au sein d’un établissement public sous sa tutelle ». Le colloque est annulé et, deux jours plus tard, l’avocate se félicite de l’efficacité de son action.

      Déborah Journo est avocate, elle déclare sur LinkedIn « consacrer l’essentiel de [son] activité à des actions de lobbying auprès du gouvernement, des institutions, des ONG ». Elle est également signataire d’une tribune publiée en août dernier, et sobrement titrée : « Non, il n’y a pas de génocide à Gaza. » Après le 7-Octobre, elle a fondé l’association Actions Avocats, qui mène des actions de lobbying ou des actes juridiques notamment pour défendre « toutes les victimes du racisme, de l’antisémitisme et du terrorisme ».

      Le Collège de France, temple du savoir et de la rigueur scientifique, aurait-il été influencé par l’action de l’avocate lobbyiste ? C’est en tout cas ce dont se targue l’intéressée.

      Rappelons qu’officiellement, c’est au nom de la « sérénité des débats » et du « respect de l’intégrité scientifique » que le colloque qui devait se tenir les 13 et 14 novembre a été annulé par l’administrateur du Collège de France Thomas Römer.

      Pour le chercheur à l’origine du colloque, Henry Laurens, c’est bien « la question de la liberté académique qui est en jeu ». Il exprime des réserves quant à la possibilité de pouvoir encore l’exercer à l’avenir : « Il y a déjà un colloque qui est prévu sur Gaza avec mon collègue Didier Fassin. Au mois de décembre, on verra pour ce colloque-là. »

      #Dénigrement

      Les membres du groupe d’universitaires constitué autour de RRA tiennent des propos dénigrants et calomniateurs à l’égard de leurs collègues investis dans les études autour de la Palestine. Paul Audi écrit par exemple :

      « Personnellement je crois ces gens capables de tout. Il y a un an j’ai fait une émission de radio face à Henry Laurens, et je l’ai vu accumuler des contre-vérités et des mensonges en s’abritant derrière son “autorité”. C’était ahurissant. Ce professeur n’est pas autre chose qu’un militant. »

      Le sérieux méthodologique des enseignants et chercheurs ainsi incriminés est sans cesse remis en cause. Ils sont accusés d’être avant tout des militants, au mieux négligents sur le plan scientifique, au pire antisémites. « De Didier Fassin à Henry Laurens et quelques autres, académo-militants qui occupent le terrain, le Collège de France est en passe de devenir le Collège de la France antijuive », écrit très sérieusement #Pierre-André_Taguieff.

      « Il ne faut pas se tromper de sujet. Il faut avoir balayé le programme de ce colloque […] pour mesurer à quel point il n’a rien à voir avec le périmètre académique et pourquoi il s’agit effectivement d’un meeting », estime quant à lui l’historien Emmanuel Debono.

      Délation, fichage, calomnies : la chasse est ouverte

      Dans ce climat d’insultes et de dénigrement, certains échanges entre universitaires les mieux gradés laissent apparaître une véritable #chasse_aux_sorcières visant les chercheurs travaillant sur les questions palestiniennes, au-delà du seul cas du colloque au Collège de France.

      Le samedi 8 novembre 2025, le directeur de Sciences Po Strasbourg, Emmanuel Droit, s’inquiète de l’invitation, dans son IEP, de la chercheuse Stéphanie Latte Abdallah. Ne pouvant, dit-il, « pas faire grand-chose en interne », il écrit à son réseau afin d’obtenir des informations qui lui serviraient à prévenir la présidence de l’université de Strasbourg contre cette historienne et anthropologue : « Que savez-vous à propos de Stéphanie Latte-Abdallah ? [...] Si jamais vous avez des infos sur cette chercheuse du CNRS me permettant d’alerter la présidence de l’Unistra, je vous en serai reconnaissant. »

      Les réponses aux relents nauséabonds ne tardent pas : « Clairement militante pro-palestinienne étant elle-même d’origine palestinienne Tte sa production universitaire est là-dessus Ses interventions aussi » (#Régine_Waintrater, Paris-Cité).

      La qualité de chercheuse de Stéphanie Latte Abdallah est également attaquée dans ce climat calomniateur qui règne dans le groupe RRA : « Elle fait toutes ces déclarations douteuses dans les médias, clairement pas scientifiques, a-historiques et non vérifiées », écrit #Évelyne_Chayes (CNRS).

      Enfin l’initiateur de cette traque, #Emmanuel_Droit, répond : « Merci oui en faisant des recherches, je viens de voir qu’elle n’a que le mot génocide à la bouche.... »

      Un informateur confie à Blast que ces personnes, importantes au sein de la hiérarchie du monde universitaire, exercent une influence considérable, capable de museler les voix contestataires : « Ils ont beaucoup de pouvoir. Ils ont beaucoup de moyens d’intimider les autres. Donc, il y a beaucoup de gens qui se taisent par #peur. » De plus, « ils ne veulent pas que tout ce qui est relatif à la reconnaissance du génocide puisse être audible », analyse une autre source.

      Un autre encore nous indique que « sous une apparence et des valeurs républicaines et de laïcité, il se joue beaucoup d’ostracisme et un double discours qui s’est envenimé après le 7 octobre en soutenant Israël mais sans jamais le revendiquer vraiment ».

      Dans une autre boucle de mails, un historien propose de constituer, avec l’aide du réseau RRA, des fiches sur les intervenants du colloque annulé sur la Palestine : « Je souhaite constituer un petit groupe de volontaires pour travailler sur l’épluchage des bios de ces intervenants. Il faut du pédigrée et du verbatim, et constituer la revue de presse accablante que cet aréopage mérite. Merci de me contacter si vous souhaitez réfléchir et mettre en œuvre, rapidement, ce travail de salubrité publique. Bien à vous, Emmanuel Debono. »

      Connivences politiques

      Plusieurs membres du RRA se félicitent en outre d’avoir influencé la position de ministres dans une décision aussi sensible que celle de l’annulation du colloque prévu au Collège de France.

      L’une de ces membres, #Déborah_Levy, écrit ainsi le 9 novembre : « Les ministres Aurore Bergé et Philippe Baptiste, prévenus depuis jeudi dernier (les alertes que vous faites remonter ici sont donc précieuses), ont demandé à l’administrateur du Collège de France d’annuler ce colloque, eu égard au risque élevé de trouble à l’ordre public et afin de garantir la sécurité des personnes. »

      À plusieurs reprises, les liens de proximité et de courtoisie entre ces universitaires et l’exécutif apparaissent au fil des échanges. Le 1er novembre, #Isabelle_de_Mecquenem (université de Champagne-Ardenne) évoque ainsi « une invitation à échanger avec le ministre de l’Enseignement supérieur », avant de préciser que la rencontre n’aura finalement pas lieu en raison de « l’instabilité politique ».

      À la lecture des échanges, une inquiétude sourde de voir leur #responsabilité engagée dans la décision d’interdire le colloque apparaît chez certains membres du RRA : « Chers amis, Aucun d’entre nous n’est responsable de l’annulation du colloque. A ma connaissance, en tout cas, nous n’avons pas demandé une telle chose. Comme beaucoup d’autres, nous avons fait état de notre effarement devant la programmation d’un meeting politique au Collège de France, où il ne faisait aucun doute que les échanges “scientifiques“ annoncés étaient de la poudre aux yeux. Albanese ? Villepin ? Peut-être en invitée surprise aurions-nous vu monter à la tribune Rima Hassan… »

      On retiendra de cette histoire qu’un colloque organisé avec et par des personnalités et des scientifiques confirmés et respectés, tels que Salam Kawakibi - directeur du Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris - ou encore Henry Laurens, a pu être interdit entre autres sous la pression d’un #lobbying d’universitaires aux positions ouvertement favorables au gouvernement d’Israël.

      D’autre part, cet événement confirme la volonté d’empêcher la tenue de manifestations scientifiques consacrées à l’histoire de la Palestine, lorsqu’elles ne sont pas agréées par les milieux pro-israéliens. Plus grave encore, les participants font l’objet de manigances et malveillances susceptibles d’affecter leur carrière universitaire.

      La LDH, (Ligue des droits de l’Homme) dans un communiqué publié hier soir, résumait la situation en ces termes : « Cette décision interroge sur l’exercice de la liberté académique et la nécessaire diffusion auprès des citoyens du travail scientifique. (...) Les chercheurs doivent pouvoir librement, indépendamment de toutes pressions directes ou indirectes, organiser des événements scientifiques sur le thème, sous le format et les modalités qui leur paraissent appropriés. »

      Contactée ce mardi 11 novembre au sujet de l’implication du RRA dans l’annulation du colloque, #Céline_Masson, la directrice de la structure universitaire, n’a pas souhaité répondre à nos questions : elle a tenu à préciser que le RRA n’avait aucun lien avec l’annulation du colloque.

      https://www.blast-info.fr/articles/2025/colloque-annule-au-college-de-france-les-manoeuvres-duniversitaires-pro-i

    • Le colloque scientifique sur la Palestine connaît un succès inédit en ligne

      Annulé par le Collège de France, l’événement consacré à la relation entre la Palestine et l’Europe se tient les 13 et 14 novembre dans les locaux du Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris, devant un public très nombreux, mais à distance.

      Entrera ? N’entrera pas ? Sur un trottoir parisien, jeudi 13 novembre à 8 h 15, une cinquantaine de personnes patientent dans une file d’attente devant le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep). Les locaux sont exigus, 35 places maximum, et tout le monde ne pourra pas y pénétrer, prévient un agent de sécurité. Par petits groupes, on se questionne, pour savoir qui dispose ou non d’une invitation nominative pour assister au colloque scientifique « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines ».

      Les entrées se font au compte-goutte. Arrive Henry Laurens, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, suivi de plusieurs intervenants. A quelques exceptions près, tous sont des chercheurs représentant des institutions universitaires prestigieuses à Londres, Madrid, Amsterdam, Montréal, Rome ou encore Bruxelles.
      L’incompréhension se lit sur les visages, l’inquiétude aussi. Comment le Collège de France a-t-il pu en venir à annuler cette rencontre académique ? Comment ce lieu du savoir ouvert à tous a-t-il pu « se refermer comme une huître sous la pression d’un article du Point puis du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche ? », interroge un couple de retraités, dans la file d’attente.
      « Conditions dégradées »
      L’administrateur de l’établissement, Thomas Römer, avait annoncé l’annulation de l’événement, le 9 novembre, « face à la polémique, mais aussi aux risques qui se manifestent autour » – tels que « d’éventuels débordements aux abords et au sein de l’amphithéâtre », avait-on précisé au Monde. Dans un courrier adressé le 8 novembre à M. Römer, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, avait confié être « personnellement en profond désaccord avec l’angle retenu » par le colloque tout en rappelant l’« entière responsabilité » de l’administrateur s’il décidait de le maintenir.
      L’événement a lieu malgré tout, ces 13 et 14 novembre, mais « dans des conditions très sensiblement dégradées, au regard, notamment, de la taille de la salle, par rapport à celles initialement prévues », a convenu le juge du tribunal administratif de Paris, saisi en référé de cette annulation par plusieurs collectifs de chercheurs et associations, le 12 novembre. Du fait de cette réorganisation dans un autre lieu et de la transmission des échanges en visioconférence, il a estimé que les libertés académique, d’expression et de réunion n’étaient pas atteintes, rejetant ainsi les pourvois formés contre le Collège de France.

      « Bienvenue dans la seule salle parisienne qui a osé accueillir ce colloque », démarre Salam Kawakibi, le directeur exécutif du Carep, co-organisateur de l’événement. Le petit auditoire, qui se tient pour partie debout, est décuplé à distance, plus de 500 personnes suivant les échanges en direct sur YouTube.
      En guise d’introduction, le chercheur en sciences politiques évoque un souvenir remontant à 2002, à Alep, en Syrie : « J’organisais à l’Institut français un colloque scientifique sur la pensée religieuse et la réforme dans le monde musulman. C’était l’époque où le pouvoir autoritaire de Bachar [Al-Assad, l’ex-président syrien] était à son apogée, voulant surveiller les respirations avant même les idées. Pourtant, le colloque a eu lieu. Les agents de sécurité sont venus, ils ont posé des questions, ont pris des notes, fait leur rapport. Mais personne n’a empêché le colloque avant qu’il ne commence. »
      « Droit de penser sans tutelle »
      En France, en 2025, « certains imaginent la recherche comme un débat télévisé », regrette le chercheur : « Ils n’ont pas compris que la science ne cherche pas l’équilibre entre les opinions mais la vérité (…). Nous revendiquons, le droit de penser sans tutelle, de discuter sans permission et de chercher sans peur. On peut interdire les colloques mais on ne peut pas interdire les questions. »
      « Malgré les pressions, les censures, le colloque se tient et nous ne pouvons que nous en féliciter », souligne l’ex-ambassadeur Denis Bauchard, président du conseil d’administration du Carep, avant de lancer les travaux, avec un exposé d’Henry Laurens. « Nous sommes en train de vivre une atteinte en règle contre les libertés académiques et l’indépendance de la recherche, renchérit auprès du Monde Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po et vice-président du conseil d’administration du Carep. On est dans un moment incroyable, où l’on juge de la recherche à partir de traits qui sont prêtés à certains chercheurs de façon mensongère, au lieu de juger un travail sur la qualité et la rigueur scientifique de ce qui est produit. Aujourd’hui nous n’allons pas parler de “la Palestine”, mais de “la relation entre l’Europe et la Palestine”. Et c’est un vrai sujet de recherche qui a été très peu pratiqué. »
      Josep Borrell, ex-haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, dont l’intervention est prévue en clôture des échanges, confie également sa « surprise » : « En Espagne, on ne peut pas imaginer qu’un ministre dise à une université ce qu’elle doit faire ou pas. »

      https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/13/annule-le-colloque-scientifique-sur-la-palestine-connait-un-succes-inedit-en

    • La justice valide l’annulation du colloque du Collège de France, et c’est grave

      Le tribunal administratif de Paris a rejeté les recours contre l’annulation du colloque sur la Palestine et l’Europe qui devait se dérouler au sein du prestigieux établissement. Une décision dangereuse, fondée sur des éléments douteux, qui catalyse la mise en danger des libertés académiques.

      MercrediMercredi 12 novembre au soir, le tribunal administratif de Paris a rejeté les recours référés-liberté formés contre l’annulation du colloque intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », qui devait se tenir au Collège de France jeudi 13 et vendredi 14 novembre.

      Trois jours plus tôt, dimanche 9 novembre, l’administrateur du Collège de France, Thomas Römer, a décidé d’annuler le colloque, dont le programme et les intervenants étaient connus et annoncés depuis des mois, « en réaction à la polémique » initiée par un article du Point publié le 7 novembre.

      Le 8 novembre, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, s’était fendu d’une lettre d’une tartufferie rare adressée à Thomas Römer, prétendant à la fois défendre les libertés académiques comme des « principes fondamentaux de notre État de droit » tout en intervenant contre ces dernières. Il faisait part de son « désaccord avec l’angle retenu » et regrettait « l’impact durable » que l’organisation de ce colloque serait « susceptible d’avoir sur l’image de l’institution ».

      De son côté, le juge des référés a estimé que dans la mesure où les organisateurs de l’événement ont réussi à le maintenir aux mêmes dates dans un nouveau lieu – en l’occurrence les locaux exigus du Centre arabe de recherches et d’études politiques (Carep), co-organisateur de l’événement, à Paris –, « il n’est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’expression, à la liberté de se réunir et à la liberté académique de nature à justifier l’intervention du juge des référés dans un délai de quarante-huit heures ».
      « Un inadmissible coup porté aux libertés académiques »

      Les dizaines d’intervenants venus des quatre coins du monde, qui avaient organisé leur emploi du temps pour être présents à Paris et dont les déplacements et frais de séjour étaient déjà payés pour une somme totale avoisinant les 50 000 euros, n’ont en effet pas été privés de parole.

      « Mais il est inexact de dire que le colloque a pu se tenir, juge l’avocat Raphaël Kempf, qui avait été saisi par des organisateurs et des participants pour déposer un recours contre cette annulation et a décidé de saisir le Conseil d’État. Un colloque comme celui-ci, ce n’est pas seulement des communications, c’est aussi des échanges, des rencontres, des discussions. Par définition, la science naît de ces moments de dialogues et de débats. Or, ceux-ci ne sont pas possibles dans une salle avec une jauge de trente-cinq personnes, réduite encore par la nécessité de mettre des caméras pour diffuser le colloque en direct. »

      Celui-ci aurait dû avoir lieu dans l’amphithéâtre Marguerite-de-Navarre du Collège de France, qui peut accueillir plus de 460 personnes et dispose de dispositifs de traduction simultanée, nécessaires pour un colloque à dimension internationale.

      Pour Raphaël Kempf, « cette décision est une prime à l’ignorance et une incitation à la censure » et « constitue un inadmissible coup porté aux libertés académiques, au débat d’idées et à la possibilité de diffuser les résultats de la recherche académique ».

      Deux éléments interrogent particulièrement la décision du tribunal administratif de valider l’annulation. Le premier est la défense produite par le Collège de France, fondée essentiellement sur des graffitis vus dans la rue quinze jours avant l’ouverture du colloque et sans lien avec ce dernier.

      L’établissement avait alors déposé une plainte, que Mediapart a pu consulter, pour « dégradation ou détérioration légère d’un bien par inscription, signe ou dessins » après avoir découvert, le 3 novembre, « des graffitis mentionnant le conflit entre Israël et la Palestine, mentionnant aussi deux noms de professeurs tel que [Henry] Laurens, titulaire de chaire d’histoire contemporaine du monde arabe, et [Patrick] Boucheron, titulaire de chaire histoire des pouvoirs en Europe occidentale XIIIe et XVIe siècle, évoquant ses thèmes durant leurs cours. On y retrouve aussi des phrases mentionnant “Hamas Tueurs Violeur” [sic] ».

      Le gardien de la paix qui enregistre la plainte précise ensuite : « aucune violence [n’]a été commise envers ces deux professeurs » ; « aucun harcèlement n’a été commis envers ces deux professeurs » ; « aucune autre dégradation n’a été commise ».

      Si l’historien Patrick Boucheron n’avait rien à voir avec le colloque sur la Palestine et l’Europe, Henry Laurens, un des meilleurs historiens du Proche-Orient en France, en était l’organisateur. On se retrouve donc dans la situation ubuesque où des tags visant un professeur au Collège de France aboutissent à l’annulation du colloque que celui-ci devait organiser…

      Rappelons pour mémoire l’indignation inverse qui avait traversé la France lorsque des tags désignant des enseignants accusés d’islamophobie étaient apparus sur les murs de l’université de Grenoble. Ici, non seulement ces attaques sur les murs d’une institution académique n’ont suscité aucune indignation, mais elles ont abouti à la silenciation de celui qui en était victime.

      Le second élément est l’implication dans l’affaire du collectif Actions Avocats, une association fondée « pour lutter contre la recrudescence des actes antisémites en France, lutter contre l’apologie du terrorisme et pour la libération des otages encore entre les mains de l’organisation terroriste Hamas ».

      Ce collectif avait écrit le 8 novembre au ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, pour lui faire part de « sa vive préoccupation concernant le colloque ».

      Actions Avocats rappelait dans cette lettre le fait que « la France a officiellement adopté la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste) qui précise notamment que la “négation du droit à l’autodétermination du peuple juif” ou “l’application de standards différents à Israël” peuvent constituer des formes contemporaines d’antisémitisme ».

      Rappelons que cette définition est très controversée et que le juriste états-unien Kenneth Stern, qui a pourtant contribué à la forger, juge désormais que « loin de faciliter la lutte simultanée contre l’antisémitisme et contre les préjugés dogmatiques visant Israël, la tentative de censurer toute critique d’Israël la rend plus difficile ».

      Dans une boucle d’e-mails d’un groupe d’universitaires appelé « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », Déborah Journo, présidente d’Actions Avocats, écrit : « Nous avons adressé un courrier à l’administrateur du Collège de France + copie au ministre de l’enseignement hier par e-mail. J’imagine que notre courrier et toutes les autres initiatives ont permis cette annulation. Bravo à tous. »

      L’administrateur du Collège de France, Thomas Römer, n’ayant pas répondu à nos sollicitations, la chaîne qui a abouti à cette annulation demeure incertaine. Pression médiatique organisée par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et Le Point ? Rôle de ce « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme » outillé juridiquement par l’association Actions Avocats ? Pression liberticide du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche dans sa lettre adressée à Thomas Römer ? Ou initiative personnelle de ce dernier, ainsi qu’il l’a laissé entendre devant les professeurs du Collège de France réunis lundi 10 novembre dans l’urgence ?

      Un autre doute émerge : le Germano-Suisse Thomas Römer, bibliste et grand spécialiste de l’Ancien Testament, a-t-il pu agir par crainte que ses recherches en Israël et en Cisjordanie soient compromises s’il laissait ce colloque se tenir en l’état dans sa prestigieuse institution ?
      « Un précédent d’une extrême gravité »

      Sa décision, lourde de conséquences, a, quoi qu’il en soit, fait réagir non seulement un collectif de prestigieux universitaires, qui estime que « cette interdiction ouvre la voie à une censure institutionnelle », mais aussi une partie des professeur·es du Collège de France, qui juge que cette annulation « crée un précédent d’une extrême gravité ».

      « Bien que conscients des pressions qui pesaient sur sa tenue et des responsabilités administratives qui en découlent, nous regrettons cette décision qui fait prévaloir, de façon disproportionnée, les questions de sécurité sur le respect de la liberté académique, objet de menaces croissantes en de nombreux endroits du monde », écrivent ainsi les quatorze professeur·es.

      L’annulation de ce colloque, remplacé par des communications à huis clos au goût d’ersatz, fait aussi rejaillir d’anciennes querelles, notamment celles qui ont opposé les islamologues et « djihadologues » François Burgat et Gilles Kepel, encore vives alors que la France se souvient, ce 13 novembre, des attentats de Paris et de Saint-Denis commis il y a tout juste dix ans.

      L’article du Point a ainsi mis directement en cause François Burgat, sans lien avec le colloque, mais qui fut directeur du Carep. En avril, ce centre de recherche, indépendant mais financé par des fonds publics qataris, avait apporté son soutien à ce directeur de recherche émérite au CNRS, alors que celui-ci était jugé pour apologie du terrorisme à la suite d’un message sur X où il affirmait avoir « infiniment plus de respect et de considération pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël ». Des faits pour lesquels le tribunal d’Aix-en-Provence l’a relaxé fin mai.

      Quant au « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », où l’on retrouve les noms de Pierre-André Taguieff, de l’historien Emmanuel Debono ou encore d’Emmanuel Droit, directeur de Sciences Po Strasbourg, il relaye dans ses échanges d’e-mails l’obsession ancienne de Gilles Kepel, relayée par la chercheuse aux thèses complotistes et farfelues Florence Bergeaud-Blackler sur l’entrisme des Frères musulmans en France.

      Le colloque y est présenté comme une offensive frériste destinée à faire vaciller l’université française. « Les Frères et leurs collaborateurs ont un objectif précis : ils veulent administrer le chaos ; […] donc dans l’ordre a. semer la zizanie dans les démocraties occidentales ; b. profiter du chaos pour gagner du terrain en termes de pouvoirs », assure une maître de conférences en psychologie membre de ce réseau.

      Reprenant la rhétorique également présente dans le rapport très controversé commandé par le ministère de l’intérieur sur les Frères musulmans, elle explique encore que l’université est investie « comme terrain fertile principal pour semer la zizanie par exemple entre collègues, entre étudiants, au sein des directions et décanats de facs ».

      Mais outre ces rejeux de querelles plus médiatiques qu’académiques déjà anciennes, l’annulation du colloque s’inscrit évidemment dans les effets de long terme du massacre du 7-Octobre et de l’anéantissement de Gaza.

      L’article du Point a ainsi dénoncé un colloque qui risquait de se muer en « deux journées à tendance pro-Hamas ». Il pointait notamment la présence, parmi les modérateurs, de l’anthropologue Véronique Bontemps, en précisant qu’elle avait fait l’objet d’une procédure disciplinaire pour « apologie du terrorisme ».

      Signalée par des collègues sur la plateforme Pharos pour avoir relayé sur une liste interne un tract de Solidaires étudiant-e-s appelant, le 8 octobre 2023, au « soutien indéfectible à la lutte du peuple palestinien dans toutes ses modalités et formes de lutte », cette chercheuse avait dû effectivement s’en expliquer devant sa hiérarchie.

      Le fait qu’elle ait condamné les massacres de civils dans deux messages suivants et pris ses distances avec le communiqué du syndicat n’avait pas empêché une convocation dénoncée par nombre de chercheurs.

      « Après deux ans de génocide, on a l’impression d’être revenus au point de départ : c’est-à-dire que le simple fait de parler de la Palestine peut vous valoir des accusations d’apologie du terrorisme. À ce sujet, Le Point a écrit que j’avais fait l’objet d’une procédure disciplinaire du CNRS pour “apologie du terrorisme”, sans préciser que j’avais été blanchie de cette accusation », explique-t-elle aujourd’hui à Mediapart.

      L’état des libertés académiques, notamment quand il est question de la Palestine, sera tout bientôt de nouveau à l’ordre du jour puisque, le 16 décembre, doit se tenir, toujours au Collège de France, une journée d’études intitulée « Politics and Poetics on the Ruins of Gaza » (« Politique et poésie sur les ruines de Gaza »), organisée par le professeur Didier Fassin.

      Le titulaire de la chaire « Questions morales et enjeux politiques dans les sociétés contemporaines » assure à Mediapart qu’il a reçu « l’assurance de l’administrateur du Collège de France qu’il ne sera[it] pas annulé » même s’il ne doute pas que son colloque fera « l’objet d’attaques et de pressions ».

      https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/131125/la-justice-valide-l-annulation-du-colloque-du-college-de-france-et-c-est-g

  • #Écoles_d’ingénieurs publiques : des frais d’inscription deux à trois fois plus élevés en 2026-2027
    https://www.leparisien.fr/etudiant/etudes/ecoles/ecoles-dingenieurs-publiques-des-frais-dinscription-deux-a-trois-fois-plu

    Au lendemain des délibérations de Centrale Supélec, la CDEFI [Conférence des Directeurs d’Ecoles Françaises d’Ingénieurs] avait donc réagi en se positionnant en faveur de « la modulation des droits d’inscription dans les écoles d’ingénieurs publiques, associée à quelques grands principes établis par l’État pour encadrer cette régulation d’un nouveau type ». Un engagement fort réitéré lors de la conférence de presse de rentrée le 15 octobre dernier.

    Parmi ses objectifs, les membres de la CDEFI entendent revoir leur modèle économique, ce qui passe par « identifier et développer les sources de financement propres (formation continue, partenariat, internationalisation) » mais aussi « défendre une modulation socialement juste des droits d’inscription ».

    [...] « Déjà que notre formation est élitiste, cela risque de s’accentuer. »

    En effet, même si plus de la moitié des élèves #ingénieurs choisissent les écoles publiques, plus de 53 % des étudiants sont issus de CSP+ dont les parents exercent en profession libérale ou en tant que cadre ou enseignant. Un argument qui fait mouche justement, auprès des écoles qui estiment que la majorité des familles continueront d’avoir les moyens financiers.

    « On ne va pas multiplier par dix les frais d’inscription, rassure Eric G. Et on sait que passer de 600 à 1.200 euros pour les familles qui s’intéressent aux écoles d’ingénieurs, si on se base sur les origines sociales actuelles, ça ne changera pas grand-chose, il faut être honnête. » « Mais tous les parents n’aident pas financièrement leur enfant », réagit Cyprien Plane.

    Le représentant étudiant demande un cadrage national de la part du ministère pour éviter les dérives, « sinon, ce sera catastrophique ». « Je vois mal les étudiants faire le dos rond même si on ne sait pas encore quelle ampleur cela va prendre dans les écoles. » Pour Cyprien Plane, le risque à terme, c’est que l’État se désengage complètement.

    Un sentiment partagé à l’unanimité par les différents acteurs. « Oui, c’est une crainte qui n’est pas du tout dans l’intérêt des missions que l’on défend vis-à-vis du service public. L’État doit continuer d’intervenir », tranche Carole Deumié. L’exemple qui revient en boucle dans les #écoles_d’ingénieurs est celui des IEP qui ont été les premiers établissements publics à pratiquer les frais modulés. Or, les droits de scolarité ne font qu’augmenter d’année en année. Ainsi, en 2025, les tarifs pour une année de master à Sciences Po Paris peuvent atteindre 20.380 euros.

    #enseignement_supérieur