• « Gilets jaunes » : « Pour la gauche, l’antifascisme ne doit pas être une option », Sarah Kilani, médecin hospitalier, militante écologiste et membre du Comité Syrie-Europe après Alep ; Thomas Moreau, urbaniste, militant antifasciste, communiste libertaire et membre du collectif Agitations autonomes.
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/15/sarah-kilani-et-thomas-moreau-l-antifascisme-n-est-pas-une-option_5398007_32

    Si la gauche peut appuyer le pôle progressiste des « #gilets_jaunes », elle se doit de critiquer ses éléments d’extrême droite, estiment deux militants écologiste et antifasciste dans une tribune au « Monde ».

    Tribune. N’émergeant pas directement des formes traditionnelles de contestation, le mouvement des « gilets jaunes » déboussole la gauche. Entre soutien inconditionnel et mépris affiché, toutes les positions envers la mobilisation se déclinent. Chacun accole sa #grille_de_lecture, s’appuyant sur les éléments fascisants (agressions homophobes, racistes, complotisme à propos du traité de Marrakech…) ou sur les #blocages efficaces (Amazon, dépôts pétroliers, le fabricant de lacrymogène Alsetex) pour valider sa thèse. Et pour cause : le mouvement est labile, changeant selon les espaces géographiques et sociologiques, variant d’un barrage à l’autre, d’un jour sur l’autre. Il a aussi sa dynamique interne.

    D’interclassiste, il évolue de plus en plus vers des bases prolétariennes par l’implication de militants de gauche, de #syndicalistes, du comité pour Adama [association créée après la mort d’Adama Traoré, lors de son interpellation en 2016 par les gendarmes du Val-d’Oise]. Face à ce phénomène protéiforme de colère sociale fourre-tout dont la nature réelle reste difficile à définir, mais justifiée par les bas salaires, le creusement des inégalités et, aussi, la crise institutionnelle instaurée par un exécutif qui a longtemps méprisé les corps intermédiaires et les classes subalternes, il est plus que légitime que la #gauche se soit posé la question de sa participation. Celle-ci se doit cependant dans tous les cas de rester d’une très grande fermeté à l’égard de l’extrême droite et des revendications qui lui sont propres.

    Très souvent décriés par cette gauche, ce sont pourtant les antifascistes qui ont avant tout évacué du mouvement, à plusieurs reprises, des militants fascisants, pendant que d’autres ont choisi une complaisance silencieuse devenue douteuse ; voire énoncent la possibilité de nouer des alliances sur le terrain avec eux. Ainsi, #Eric_Hazan dans un entretien à Mediapart, le 7 décembre, affirmait que la présence de l’extrême droite « ne [le] gênait pas », et de poursuivre « les ennemis de mes ennemis ne sont pas vraiment mes amis, mais un peu quand même ».

    Discours conciliant

    On peut s’étonner qu’une telle déclaration ne fasse pas un tollé général et qu’elle soit passée relativement inaperçue. La Ve République et ses structures économiques ont beau évoluer apparemment inexorablement vers un étatisme autoritaire et une dé-démocratisation, nous ne pouvons faire preuve d’un tel relativisme et affirmer qu’elle est un ennemi équivalent ou voire plus fondamental que l’extrême droite. La normalisation de ce discours conciliant avec les diverses expressions racistes n’est-elle pas la preuve d’une crise des représentations politiques de la gauche et de l’anticapitalisme ?

    Derrière le signifiant vide du gilet jaune se mobilisant contre la figure repoussoir d’Emmanuel Macron, on retrouve certes des militants habituels qui, face aux échecs politiques et syndicaux accumulés de ces dernières années, cèdent aux sirènes du « mouvementisme » et du « bougisme » aveugles à la première mobilisation collective venue sous prétexte qu’il se passe « quelque chose ». Mais c’est bien par ailleurs l’hégémonie du mythe populiste – populisme « dégagiste » fantasmant un peuple capable de s’unir malgré ses divergences pour renverser les élites — comme moteur de complaisance qu’il faut remettre en question.

    Une bonne partie de la gauche est passée avec armes et bagages de la théorie critique, de l’analyse des structures et de la stratégie de la #lutte_des_classes dans le camp du populisme, ayant comme stratégie politique et discursive l’opposition d’« un peuple » naturalisé (demos ou ethnos) contre les parasites du haut (les banques, l’élite), mais aussi parfois du bas (les assistés, les immigrés d’aujourd’hui et d’hier) « profitant de la redistribution ». Ce discours devenu hégémonique, imposant de taire les désaccords, considérés dès lors comme secondaires, entre les composantes du « peuple » – notamment sur les questions du racisme, de l’immigration, du féminisme et de l’homophobie – au nom de l’union stratégique, semble mettre en échec désormais le seul rempart qui permettait jusque-là d’éviter que « les extrêmes se rejoignent » : l’antifascisme.

    Critique intransigeante

    Ce refus du collectif pour ce rassemblement d’individus nus face à l’Etat et son appareil répressif, tout comme l’oscillation constante entre « révolution nationale » et sociale sont à combattre. L’implication du mouvement social semble changer actuellement : le centre de gravité des « gilets jaunes » évolue avec, peut-être, à la clé, un retour d’une base classiste organisée contre celle d’un populisme de gauche confus (type Mouvement 5 Etoiles) ; une logique d’action directe de blocage de la production et de la distribution l’emportant sur celle de la représentation.

    Si une partie de la gauche veut appuyer le pôle progressiste de ce mouvement, elle ne peut en aucun cas se passer de formuler une critique intransigeante de ce qu’il contient de revendications nationalistes et d’éléments d’extrême droite. Pour cela, il faut donc en terminer avec le dangereux mythe populiste, ennemi fondamental et historique de l’indispensable antifascisme. Car ici, l’ennemi de mon ennemi ne saurait en aucun cas, en aucune circonstance, être mon ami. Si tant est que l’extrême droite soit vraiment l’ennemi du capitalisme et de la dé-démocratisation, rien n’étant moins sûr. Pour beaucoup d’acteurs associatifs, syndicaux, politiques, institutionnels, nous sommes à la croisée des chemins : union des populismes ou union des énergies anticapitalistes, barbarie ou socialisme.

    • Ce serait bien que le monde définisse ce qu’est pour lui la gauche.

      #Lille la ville de #martine_aubry (gauche).

      Vendredi soir, froid de canard, pluies verglaçantes. Des trains bloqués, 100 000 foyers sans électricité.
      Les #SDF restent dehors, le plan grand froid n’a pas encore été initialisé par la ville, entre autres. Echange de balles avec la préfecture, pour passer le temps.
      La ville de Lille consacre toutes ses ressources financières à l’élection de #Miss_France.

      Ecologie, toujours à Lille, c’est la guerre contre les opposants à la bétonisation. Guerre violente.

      gauche dans le gouvernement macron, combien de ministres anciennement ou toujours #PS ?

      On aurait bien besoin de médecin hospitalier dans le département, et de militants écologistes dans la métropole.

      Drôles de zigs, celles et ceux qui publient des lettres ouvertes dans l’#immonde, surtout quand ils veulent sauver la #gauche caviar qui s’engraisse, omniprésente.



    • Dans une tribune datée du 20 avril 2009, parue sur Le Monde et intitulée « De l’affaire #Coupat à l’affaire Hazan ? », une quinzaine d’éditeurs apportaient leur soutient à leur collègue, #Éric_Hazan, alors interrogé par les services de la Sdat pour avoir éditer L’insurrection qui vient. Le sous-titre de la tribune était « Au nom de la lutte contre le »terrorisme« , la liberté d’expression est menacée. » Rien que pour ça, il valait la peine de l’exhumer des archives de l’internet pour la faire figurer dans notre revue papier consacrée à l’affaire de #Tarnac. Mais il y a mieux. Parmi les signataires de la tribune figurait une certaine #François_Nyssen, alors directrice des éditions Actes Sud et aujourd’hui #Ministre_de_la_Culture. Inspiré par cette coïncidence foruite, un fidèle amateur de lundimatin, lecteur également de la version papier, nous a fait parvenir une lettre adressée à la Ministre pour l’inviter à prolonger sa solidarité à l’heure où démarrent le procès de l’affaire Tarnac.


  • Je voudrais revenir sur ces histoires de cartes du vote du premier tour : en gros, l’essentiel de ce que j’ai vu circuler, ce sont des cartes de France avec une représentation du candidat qui est arrivé en tête. Les variations jouent sur la finesse des découpages (jusqu’aux stations de métro de Paris, assez chouette), ou jouent sur la prise en compte des densités de population.

    Mais j’ai d’autres questions…

    1. Pourquoi ne voit-on quasiment que ces « cartes géographiques », et pas d’autres représentations ? Avec le risque, comme pour les élections précédentes, de traiter une question politique (et, évidemment, avant tout le vote FN) par la géographie.

    Je veux dire qu’on comprend assez bien que ce n’est pas le climat et la courbe des températures qui déterminent le choix des électeurs, et donc l’utilisateur de ces cartes plaque forcément sa propre grille d’analyse sur ces représentations géographiques (le chômage, la ruralité…). C’est-à-dire qu’on multiplie les cartes géographiques, alors même qu’on ne représente généralement pas une question liées à la géographie.

    En gros : comme représentations graphiques du vote, je ne vois quasiment que ces cartes qui, grosso modo, ne m’apprennent rien. Et surtout : rien par elles-même.

    2. Je suis très gêné par cette façon de représenter systématiquement (uniquement) le premier arrivé dans chaque région. Je ne suis pas certain que ça dise grand chose.

    Par exemple, si je prends Marseille, j’ai Mélanchon en tête (25%). Si je prends Montpellier, j’ai encore Mélanchon en tête (31%). En gros c’est pareil. Sauf qu’à Marseille, Le Pen est seconde avec 24%, alors qu’à Montpellier elle se ramasse en 4e position avec 13%. Du coup, avec toutes ces cartes représentant le premier choix, j’ai deux situations qui me semblent très différentes avec le même code couleur.

    Or je n’ai pas vu réellement de représentations plus riches que simplement « le premier », ou plusieurs cartes « le score de machin à tel endroit ».

    3. Pour l’instant je n’ai vu qu’une seule représentation graphique qui ne soit pas une carte : une courbe liant le taux de chômage au score du FN, pour une sélection de grandes villes. Ça fonctionne (évidemment ?), mais ce n’est pas non plus totalement convainquant, parce qu’il y a dans le lot des contre-exemples assez spectaculaires (Saint-Denis notamment, où Le Pen fait juste 10% « malgré » un taux de chômage à 23%).

    4. Parfois des considérations sur le niveau d’étude, le niveau de revenu, l’âge des électeurs, et les résultats des candidats, mais je n’ai vu aucune représentation graphique de tout ça.

    5. Il me semble que le gros non-dit, c’est le rapport entre le vote Mélanchon et le vote Le Pen. Quels sont les rapports et les différences entre les électeurs des deux ? Est-ce qu’il y a des aspects « statistiques » qui feraient ressortir le fait que, malgré certaines caractéristiques qui sembleraient prédéterminer le vote, le choix passe à l’un ou à l’autre. Pourquoi, par exemple, avec une même classe d’âge ou une même condition de souffrance sociale, on vote FN ou Insoumis.

    6. Autre approche : plutôt que de chercher des déterminants au vote (telle catégorie de population vote pour Untel), est-ce qu’il y a des indicateurs qui permettraient de savoir, en creux, que telle catégorie ne vote pas pour Untel ? (Et donc : représentations graphiques qui vont bien.) C’est un peu la logique de Bourdieu sur le goût, il disait qu’il ne pouvait pas réellement prédire ce qu’aimerait telle personne à partir de son milieu socio-économique, mais qu’en revanche il pouvait assez bien prédire ce qu’elle n’aimerait pas.

    Bref, est-ce qu’il existe des représentations graphiques montrant « qui ne vote pas Untel », « dans quelle condition on n’aura pas de vote FN », « quelles catégories ne votent pas Mélanchon »… ?

    • 7. Est-ce qu’il y a des représentations des changements de vote ? Pour Trump-Clinton, le NY Times avait fait une immense carte montrant l’évolution du vote par rapport à la précédente présidentielle, ça donnait une sorte de « carte météo des vents », avec des vecteurs en fonction de l’intensité du changements.

      7b. Gros éceuil des représentations des « changements de vote » : le cas de Hamon. Tous les graphiques « comparatifs » affichent une carte de France bien remplie des votes pour Hollande en 2012, et une carte entièrement blanche pour Hamon aujourd’hui. Le gros souci dans une telle comparaison, c’est que, de l’aveu même de Ségolène (qui a tout de même la candidate du parti socialiste en 2007), « notre candidat » des socialistes n’est pas Hamon, mais Macron.

      8. Comme d’habitude, le plus gros parti de France est celui des gens qui ne votent pas. Est-ce que là encore, on a des représentations qui prennent en compte les absentions, et notamment leur évolution. Par exemple : est-ce que certains candidats mobilisent plus ou moins des gens qui ne votaient pas auparavant (soit par absention, soit parce que jeunes adultes) ?

    • 9. Pour revenir à cette représentation basée sur le « premier arrivé », est-ce qu’on ne se retrouve pas avec des représentations totalement caricaturales, parce qu’on joue sur des écarts tellement faibles entre les candidats qu’il suffit de quelques points pour avoir du « tout noir » ou « tout vide ». Par exemple :

      La carte donne vraiment l’impression d’un effondrement total de l’UMP/LR. Mais Fillon a fait, au premier tout, un score quasiment identique à Chirac en 2002 (et Chirac a été élu au deuxième tour).

      Est-ce que ce type de représentation n’accentue pas cet énorme défaut du système électoral, qui repose sur le principe « le gagnant emporte tout » (winner takes all). Et de fait, à s’habituer à ne voir que ce genre de cartes après une élection, est-ce qu’on ne rend pas légitime ce qui est pourtant l’aspect le plus problématique du système.

    • A signaler un intéressant article sur le cas de Nantes où les votes sont analysés à la fois en fonction de leur diversité géographique et sociale. Par de cartographie simpliste mais un souci de montrer au contraire les clivages qui traversent la ville : Nantes, un bastion socialiste partagé entre les votes Macron et Mélenchon par Christophe Batardy & Jean Rivière http://www.metropolitiques.eu/Nantes-un-bastion-socialiste.html


      Si je comprends bien une série d’autres monographies urbaines devraient arriver.
      Ceci s’inscrit dans un ensemble plus large d’études de géographie et de sociologie électorale de terrain dans la même revue : les territoires du vote http://www.metropolitiques.eu/Les-territoires-du-vote.html
      A surveiller aussi les travaux généralement à l’échelle nationale de l’équipe de Cécile Colange et Michel Bussi à Rouen, avec plusieurs études antérieures dans Cybergéo : https://search.openedition.org/index.php?q=colange&s=Cybergeo+%3A+revue+europ%C3%A9enne+de+g%C3

    • Même si le vote est éminemment multifactoriel, il n’en reste pas moins un fait social et peut donc être pensé comme tel.
      Aucune des variables explicatives habituelles n’est pertinente à elle seule. Tu trouves toujours des contre-exemples que ce soit avec l’âge, le sexe, l’éducation, la CSP, etc.
      Ce qui implique donc qu’il faut chercher ailleurs.

      Si tu réfléchis, par exemple, au fait que se déclarer anti système était plutôt attractif que répulsif, cela implique que les grilles de lecture doivent être changées, et cette idée commence à bien faire son chemin.

      Mon hypothèse de départ, c’est que la variable explicative est l’exposition à la concurrence et le risque de déclassement inhérent. Cela transcende à peu près tous les clivages et toutes les classifications. La différence, ensuite, se fait en fonction des causes estimées comme fabricantes des surnuméraires : si l’on pense que c’est la dynamique capitaliste, on ira chez Mélenchon et si on n’a pas la culture politique nécessaire, on ira à l’explication facile et on ira donc chez Le Pen.

      Ceux qui s’estiment à l’abri iront chez Fillon ou Macron, puisqu’ils garantissent clairement la perpétuation du système d’exclusion dans le bon sens.

      Et ceux qui estiment que c’est foutu pour eux ont autre chose à faire que de la politique ou vont aussi voter Le Pen plus pour que tout le monde en prenne plein la gueule que pour que ça pète.

      Du coup, c’est assez difficile à représenter avec une carte, même s’il existe des déterminismes sociologiques : les déclassés ou en voie de déclassement sont expulsés de plus en plus loin des centres de dynamisme économique, lesquels sont de plus en plus concentrés dans et autour des grandes métropoles régionales : suffit de suivre les axes des « pendulaires », utilisateurs de TGV et d’avions ainsi que les zones d’inflation immobilière pour trouver les électeurs de Fillon (les héritiers et rentiers, par définition bien à l’abri) ou de Macron (les jeunes cadres dynamiques dont les salaires continuent à bien exploser et pour lesquels, la mondialisation est une joyeuse cour de récréation).

      Les perdants sont dans les petites villes moyennes qui sont en train de couler, les pris en otage du rêve de la France de propriétaires qui ne peuvent suivre le travail qui s’en va à cause de la déflation immobilière de leur bled qui n’est plus attractif, dans les cambrousses où les inégalités sont criantes entre les rentiers de la PAC, les résidences secondaires des urbains intégrés et les autochtones paysans en train de crever (parce que les emplois de petit fonctionnariat qui permettaient aux familles de survivre sont en train d’être rapatriés vers les métropoles), les précaires qui sont maintenus dans leur merde pour qu’ils soient obligé de louer leur bras à la demande et à vil prix ; économie de colonie, avec le SMIC comme plafond de verre pour les trois secteurs qui tournent encore : le tourisme, l’agriculture, l’accueil des riches vieux, plus, en partie, l’accueil des surnuméraires des villes : pauvres, enfants de famille d’accueil (la famille d’accueil de gamins des villes à problèmes est devenu le revenu d’appoint n°1 de mon coin, loin devant les job administratifs des femmes d’agriculteurs).

      Voilà, voilà.

      Mais on peut ne pas voir les chose comme ça ; il y a juste que la plupart des analystes appartiennent encore à la catégorie des gagnants de métropoles, ce qui leur file une certaine myopie sociale.

    • Beaucoup d’analyses du vote dans l’entretien avec Emmanuel Todd (la première partie), les cartes ne viennent d’ailleurs qu’à la fin des considérations :
      https://www.youtube.com/?&v=TZkejys9Iz8

      Edit : @vanderling fait remarquer que la deuxième partie du débat est consacrée au choix de l’abstention ou du vote de barrage. Comme ça n’est pas le sujet du présent thread (consacré à l’analyse du premier tour), je renvois ceux qui sont intéressés par ce sujet-là au flux lancé par @sinehebdo :
      https://seenthis.net/messages/594094

    • Sur le site du Yeti, une tribune écrite par Éric Hazan, commandée puis refusée par le journal Le Monde.
      http://yetiblog.org/index.php?post/2459

      90% des Parisiens ont voté pour Emmanuel Macron
      L’année 2015 a été la plus chaude jamais enregistrée à #Paris ; en 2016, l’exposition Jeff Koons a attiré le plus grand nombre de visiteurs depuis la fondation du Centre Pompidou ; en 2017, les votes parisiens pour Emmanuel #Macron ont atteint le score de 90%. Ces deux derniers records ne sont pas sans points communs : leurs détenteurs sont par leur parcours des professionnels de la persuasion. Jeff Koons a été courtier en matières premières à Wall Street et cette expérience l’a sans doute armé pour convaincre de riches amateurs – dont Bernard Madoff, qui purge depuis une peine de 150 ans de prison pour escroquerie – que ses lapins gonflables et ses cochons en sucre représentaient la pointe même de l’avant-garde. Emmanuel Macron a affuté à la banque Rothschild des capacités de conviction qui lui ont permis, entre autres, de piloter avec succès le rachat par Nestlé des laits en poudre de Pfizer pour quelque neuf milliards d’euros. Autre point qui les rapproche : le kitsch, dont un échantillon a été offert au peuple lors de la soirée des résultats au Louvre – Jeff Koons n’aurait pas fait mieux.

      On pourrait penser que le score de Macron à Paris, très supérieur à la moyenne nationale (89, 68 contre 66, 06%) est lié à des modifications sociologiques, au poids d’une vaste couche de designers, conseillers en entreprise, programmateurs et autres créatifs qui se serait reconnue dans un jeune cadre supérieur non conformiste lançant sa présidence comme une start-up. Ce poids a sans doute été déterminant pour donner à la ville les deux municipalités socialistes – ce qui nous vaut entre autres bienfaits la canopée des Halles, le massacre de la Samaritaine et demain la tour Triangle. Mais l’explication ne tient pas pour expliquer le triomphe parisien de Macron : au premier tour, il n’est en tête que dans la moitié des arrondissements, l’autre moitié se partageant entre les circonscriptions les plus riches où c’est Fillon qui l’emporte (52% dans le 7e, 50% dans le 8e, 58% dans le 16e) et les plus populaires où la somme des voix de Mélenchon et Hamon l’emporte sur le vote Macron.

      S’il faut chercher une explication sociologique aux 90% de Macron, c’est plutôt de l’autre côté qu’il faut se tourner. Sa victoire est arithmétiquement liée à la faiblesse du camp adverse. Mme Le Pen a fait à Paris un aussi mauvais score que son père en 2002 : un bulletin sur dix (au lieu d’un sur trois à l’échelle nationale). C’est qu’en poussant les pauvres hors des vingt arrondissements, on a chassé du même coup ceux dont la colère dévoyée nourrit d’ordinaire le vote Front national. Mme Le Pen obtient ses moins mauvais résultats dans les quartiers les plus huppés, dans les 7e, 8e, 15e et 16e arrondissements, avec sans doute les voix de Sens commun et de la Manif pour tous. Mais tout près de là, dans les zones qu’on dit « périurbaines », le vote FN est deux ou trois fois supérieur à ce qu’il est à Paris.

      On peut chipoter sur les 90% de Macron, estimer qu’avec plus de 20% d’abstentions et plus de 10% de votes blancs et nuls – outre le nombre certainement élevé de ceux qui ont voté pour lui malgré leurs convictions – cette victoire n’est pas un plébiscite. Reste que ceux qui avaient choisi Mélenchon et Hamon au premier tour se sont laissés massivement convaincre d’aller voter Macron au second (plus de 90% de votes Macron dans le 19e et le 20e arrondissements où Mélenchon était en tête au premier tour). C’est le résultat d’une campagne médiatique sans précédent lancée tout au long de l’entre-deux tours – et même avant – sur deux axes : d’un côté le panégyrique d’un candidat « seul devant l’Histoire » et le récit partout répété de « son parcours époustouflant » ; de l’autre le danger que représente pour « nos valeurs » et pour « la République » une victoire de Mme Le Pen, victoire que n’importe quel bon élève de CM1 pouvait juger impossible au lendemain du premier tour – à peine plus de 20% des voix et pas d’alliance possible (l’élève ne pouvait pas prévoir le mariage avec Debout la France, quelques miettes dans la corbeille). À un tir de barrage médiatique aussi massif, de l’Obs à BFM TV, du Monde au Figaro, on peut voir plusieurs causes convergentes : les réelles capacités de séduction de Macron envers les journalistes ; la constatation que les ventes montaient en flèche quand Emmanuel et Brigitte étaient en couverture ; la convergence d’intérêts entre les propriétaires des médias et un homme de leur milieu, dont ils connaissent les idées et les projets (oui, les journalistes ont leur indépendance par rapport aux propriétaires, mais dans certains cas…).

      Ce qui ressort en tout cas de ce vote massif, c’est un sentiment d’absurdité. Absurde, un mécanisme qui amène au pouvoir suprême un homme dont on ne sait rien et qui a fondé son succès sur une capacité rare à ne rien dire (sur la quatrième de couverture de son livre, Révolution, pas une ligne de texte, juste sa photographie en pleine page). Absurde, un système qui donne une majorité écrasante à cet homme pour éviter un danger largement imaginaire. Absurde surtout, cette focalisation sur des élections dont nous sentons tous qu’elles n’ont rien à voir avec nos vies, qu’elles se déroulent sur une sorte de tapis volant au dessus de nos têtes. Les luttes à venir feront passer les 90% parisiens de Macron pour ce qu’ils sont : une diversion inespérée ou un objet transitionnel comme disent les psychanalystes en parlant des doudous des enfants. Plus dure sera la chute.

      #Éric_Hazan


  • 50 expressions insupportables - Le blog de Bernard Gensane
    http://bernard-gensane.over-blog.com/2017/01/50-expressions-insupportables.html

    Le monde professionnel a bien des spécificités, dont celui d’être un formidable outil de création d’expressions ridicules qui ont la particularité de se répandre comme une trainée de poudre, et de se reproduire comme des Aliens.
     
    La vie pro est telle qu’elle réussit néanmoins à nous imposer l’utilisation de ce sabir grotesque, que nous finissons par parler couramment, et avec le plus grand naturel, nous rendant à notre tour passablement risible.
     
    Force est de constater que si vous n’entrez pas dans le moule en baragouinant vous aussi la prolangue « qui va bien » (hérissement de poils momentané), vous serez certainement moins prise au sérieux que votre concurrent à l’embauche.

    #novlangue

    • @philippe_de_jonckheere intéressant, j’ai pris ta liste et j’ai sélectionné des trucs que j’ai fait, parfois consciemment, parfois sans m’en rendre compte, parfois simplement « entrainé par le groupe » (genre tu le fais parce que si tu le fais pas t’es tricard).

      Essentiellement pendant ma période onusiene (en anglais donc, mais les expressions et les intentions sont les même sauf l’effet snobisme en moins puisque les expressions son anglaises) et au Diplo pour une occurence :

      – revenir vers quelqu’un
      – faire une propal
      – traiter le sujet
      – communiquer
      – être full ou être overbooked
      – Faire une prèse
      – Insérer des slides
      – Attendre un retour
      – Bypasser ou over rule
      – Forwarder un mèl 
      – Reporter directement à Untel
      – Envoyer un Scud
      – Etre multi-tâches (ou multi-cartes dans mon cas)
      – Gérer
      – Etre le point focal
      – Checker mes mèls
      – Avoir un réseau personnel
      – Prioritiser
      – Déléguer
      – Synthétiser
      – Elargir la recherche
      – Généraliser
      – Prendre Untel à part
      – être positif (au contraire d’être négatif et pourrir l’ambiance, ce que tu es et fait quand tu te permets d’avoir des « réserves » sur certaines « décisions managériales » douteuses)

      Tout cela est important pour une discussion sur #travail #emploi et plus généralement comment on met les gens dans certaines conditions au boulot.

    • Et une de mes perles préférées aura été celle d’un responsable de domaine (je crois que l’on appelle cela un manager ) déclarer : « je n’ai pas de sujet avec ce sujet ».

      Ces derniers temps j’ai travaillé à un roman qui se passe en open space et je pensais de prime abord faire l’impossible pour intégrer le plus possible cette nove langue dans le récit pour comprendre qu’il était en fait bien plus puissant, au contraire, d’écrire les choses en bon françaispour faire entendre comment c’est étrange quand les choses sont correctement exprimées, et, par déduction logique, comment elles sont abominables dans la nove langue.

    • @reka en fait ce roman sur lequel je suis en train de travailler s’intitule Elever des chèvres en Ardèche, je t’en copie colle un extrait :

      Dernièrement j’avais eu un petit différend avec mon directeur fonctionnel, comme on dit, je l’avais trouvé dans son bureau pour lui expliquer que s’agissant de sa dernière demande d’étude de faisabilité d’installation d’une application d’enregistrement des sessions de nos prestataires ― je m’excuse pour le remarquable enchâssement de génitifs, fréquent dans l’informatique et dans le langage de l’entreprise, un mouchard sur le PC des intérimaires , si vous préférez, n’hésitez pas à m’interrompre quand certains détails techniques de la conversation vous donnent de la difficulté, une question n’est jamais stupide, il vaut mieux passer pour un idiot cinq minutes que de rester un idiot toute sa vie, il n’y a pas de tabou entre nous, pas de sujets non plus ― j’avais un problème, un sujet , comme on dit, pour ne pas dire problème , que je n’avais pas hésité de qualifier de philosophique , je voulais surtout éviter le mot politique ― même sujet politique ne serait pas bien passé ―, tant je trouvais que sa demande n’était pas très respectueuse de l’intimité des personnes pour lesquelles cette application serait installée. Il a beaucoup tiqué, me demandant si j’étais sérieux, puis se rendant compte, on ne sait jamais avec moi paraît-il, que je l’étais, tout ce qu’il y a de plus sérieux, il s’est d’abord, avec une belle constance que je dois lui reconnaître, employé à m’expliquer qu’il y avait dans cette demande d’étude des enjeux financiers pour la Très Grande Entreprise, cliente de la Très Grande Entreprise qui m’employait encore au début de l’année, que de déroger à cette étude de conception risquerait surtout de m’attirer des ennuis. Il devenait contrarié quand je lui faisais remarquer qu’en fait je préférais avoir des ennuis que de devoir contribuer, d’une façon ou d’une autre, à ce que je commençais à appeler par son nom, c’est-à-dire une saloperie, une vraie saloperie ai-je dit finalement ― me retenant, in extremis , de dire ce que je pensais vraiment, une putain de saloperie . Un peu à court d’arguments mon patron m’a signifié qu’il me trouvait irréaliste, qu’il ne me prenait pas au sérieux et qu’il fallait vivre ― qu’il fallait donc réfléchir aux conditions d’installation d’un programme qui permettrait d’enregistrer de fond en comble toutes les actions, clics, copies d’écran et saisies des prestataires ― et que sinon il y avait élever des chèvres en Ardèche. Pour nous détourner de mon sujet, de mon problème philosophique, des fois j’exagère, je lui ai promis que lors de mes prochaines vacances dans les Cévennes, je ne manquerai pas de lui rapporter un pélardon de la Cezarenque. « Un quoi ? » a-t-il demandé.

    • Vous le savez sans doute, mais sachez que ce genre de logiciel existe, pour Windows, et que ce n’est pas bien cher en plus, et que ça s’installe à distance, dès qu’on a les droits sur le réseau. Et que vraiment ça enregistre tout.
      Mais que ça n’est opposable juridiquement qu’à la condition que l’enregistré en ait été prévenu, par exemple en lui faisant signer une charte informatique (de 50 pages en caractères 6pt, qu’il n’aura probablement pas lues, mais ce n’est pas important, il faut juste qu’il la signe).

    • en avance de phase
      capitaliser des savoirs, du code, etc.
      escalader
      monter en compétence
      sortir de sa zone de confort : injonction pour t’envoyer au front prendre tous les risques : « faut que tu sortes de ta zone de confort ! »
      valoriser un savoir-faire, une expérience, même pourrie, c’est la raconter de manière positive, pour pouvoir mieux la vendre

    • @intempestive Une fuite en Egypte sort le premier mars, tu penses bien que je ferai de la #shameless_autopromo ici. Elever des chèvres en Ardèche n’est pas tout à fait fini, il faut encore que j’en harmonise ses trois parties et en plus il y en quatre ou cinq (romans) qui doivent passer avant a priori.

      @reka Merci ! (fidèle lecteur), je dois tenter d’aller relever tes légendes du Bahaus demain, j’aimerais bien y parvenir pour être quitte de tant d’encouragements.

      @biggrizzly Je sais bien que ces saloperies existent, je ne le sais que trop hélas. Apparemment le projet a été abandonné il sembe qu’une certaine montée au créneau (comme on dit en nov langue ) des syndicats ait été entendue. Du toute façon j’avais finalement dit que je refusais catégoriquement de travailler là-dessus.

      En revanche sur ton commentaire à propos de la nov langue , je pense que si l’on n’a pas d’ambition on peut très bien y résister, et du coup courir sans cesse le risque de ne pas être compris (ce que j’aime bien).

      @tetue, oui je les connais bien aussi celles-là surtout la fameuse confort zone (parce que @simplicissimus a raison, pas vraiment inventée ici toutes ces saloperies)

    • On m’a offert une fois un roman pour m’aider à supporter la vie en entreprise (j’t’jure), L’Open space m’a tuer… dont je n’ai jamais réussi à finir la lecture, tant ça me rappelait des situations vécues. Comme si c’était à nous de nous adapter à ce monde de merde ! Nan mais zut quoi.

    • Dans ma région, est apparu le concept de « Loire Valley », sûrement le pendant de la « Silicon Valley » version « french tech ».

      L’autre jour à la télé sur ARTE dans 28 minutes où il était question de la fermeture de Fessenheim et de transition énergétique, j’ai entendu le mot « target » dans une phrase pour dire « cible ». Le jeune « manager » d’EDF s’est corrigé immédiatement car il devait s’être rappelé qu’il était à l’antenne pour un public et non dans une réunion de travail.

      @reka : qui dit « trop bien », je suggère « too much » mais c’est peut-être déjà un peu « has been » ...

      Désolé mais aujourd’hui, je dois prendre ma douche avant 9 heures, « deadline »

      #jargon

    • Quand je bossais encore en salarié j’ai récolté dans la collection #langage_commercial un « les enfants sont notre cœur de cible »
      @philippe_de_jonckheere merci pour l’éclat de rire, j’ai hâte également !
      Il y a un Godard où les personnages se rassemblent avec un verre à la main et insèrent dans toutes les phrases qu’ils échangent des versets publicitaires, je compte sur vous pour me dire lequel !



    • Pour compléter cet excellent texte d’Eric Hazan, il est intéressant de se demander « qu’est-ce que cet Israël dont on veut nous interdire le boycott ? »
      Un enfant du complexe militaire américain (occidental ?), de quelques ultra-racistes américains (français ?) très fortunés et de juifs américains (occidentaux ?) mentalement bloqués dans une conception raciste et fantasmée du monde.

      Israël les Fondations américaines financent massivement les colonies.
      http://www.courrierinternational.com/article/israel-des-fondations-americaines-financent-massivement-les-c

      En France aussi les dons au Fonds National Juif (KKL) acteur majeur de la colonisation, et à bien d’autres organisations juives israéliennes sont défiscalisés. De plus plusieurs indices font penser à une infiltration des services de police français par les intérêts israéliens.

      http://www.slate.com/blogs/the_slatest/2015/01/06/netanyahu_american_donors_small_group_funds_huge_share_of_israeli_prime.html?

      http://newobserveronline.com/us-aid-to-israel-jumps-to-11-million-dollars-per-day

      La colonisation américaine de la Palestine :

      US presence in Israel’s military and settler fronts, and its active financial and material support of both, is an unprecedented milestone reached by the Zionist movement. Because the US offers the Zionist network its core support, the US is directly implicated in the ongoing colonization of Palestine. - See more at: http://mondoweiss.net/2015/11/american-colonization-palestine/#sthash.OKy6Gtd3.dpuf

      The US supports the Israeli occupation through nonprofits, corporations, and the military, but it does not stop with remote arrangements. The Israeli occupation is a settler project that requires human bodies as well as military force. The US is Israel’s prized source of ideological Jewish Zionists, which immigrate to Palestinian lands as illegal settlers. A recent study reveals that about 60,000 American Jews live in the West Bank, comprising 15% of the total settler population. American Jewish immigration to the West Bank is encouraged by economic incentives in the form of subsidized housing in settlements and easier loans, offered by the Israeli government and the financial assistance of American nonprofits such as Nefesh B’Nefesh, whose core mission is to inspire and facilitate Aliyah (Jewish immigration to Israel).

      As Sara Yael Hirschhorn writes in “Israeli Terrorists, Born in the U.S.A.”, American Jewish immigrants describe their settlement in Palestine as a liberal duty, “in the language of American values and idealism,” as pioneers in the ever-expanding Israeli frontier. This yearning to settle in Palestine is reminiscent of the American colonialist rhetoric of “manifest destiny”, used to validate US expansionism in Native American lands and subsequently native dispossession and ethnic cleansing. Thus, the conception and practice of American settler-colonialism (as it persists within the US today) is exported with American settlers to occupied Palestine.

      American settler-colonial violence has an exceptional history in Palestine. The massacre of 29 Palestinian Muslims at the Ibrahimi Mosque by American-Israeli settler, anti-Arab extremist Baruch Goldstein (called a “great saint” by a Hebron Fund director) in 1994 is the most infamous case of settler-terrorism in Palestine. Recent events of settler-terror include the firebombing of the Dawabsheh house in the West Bank village of Duma on July 31st, 2015. A Palestinian baby was burned alive and his parents killed. Three of the four Israeli youths caught by the Shin Bet for their accused involvement – are from the United States.

      Over two thousand Americans have joined the Israeli army, providing manpower to the occupation of Palestine as foreign “lone soldiers,” indistinguishable from their Israeli-born compatriots. The involvement of these American-born Israeli soldiers, in the violation of the human and national rights of the Palestinian people, is commonplace. As soldiers of occupation, they oversee the demolition of Palestinian homes, the restriction of Palestinian movement, and the daily violence against Palestinian civilians. American-born Israeli soldiers were on the frontlines during Israel’s 2014 onslaught in Gaza, where they were ordered to deliberately target civilians and civilian infrastructure.

      These are just a few examples of how the US engages in the transfer of colonial bodies (both settlers and soldiers) to an ever-expanding Israel.
      – See more at: http://mondoweiss.net/2015/11/american-colonization-palestine/#sthash.OKy6Gtd3.dpuf

      #Israël #États-Unis #France #organisations-sionistes #complexe-militaire #refus-du-droit #occident-qui-tue #colonisation #Palestine #BDS #Boycott #défiscalisation #racisme



  • La langue des maîtres et sa fabrique
    http://lmsi.net/La-langue-des-maitres-et-sa

    Après dix ans de travail critique au sein du collectif Les mots sont importants, si l’on doit caractériser à grand traits la langue des maîtres, on peut dire qu’elle repose sur une logique binaire au fond très ancienne, déjà à l’œuvre dans la novlangue totalitaire ou coloniale décrite par Orwell : euphémisation de la violence des dominants (État, patronat, pression sociale masculiniste, hétérosexiste et blanco-centriste), et hyperbolisation de la violence des dominé-e-s... (...) Source : Les mots sont importants



  • Article11 - Préparatifs pour la prochaine fois - Serge Quadruppani
    http://www.article11.info/?Preparatifs-pour-la-prochaine-fois#forum37957

    Une critique de Fantomas du livre Premières Mesures Révolutionnaires (d’Hazan & Kamo à La Fabrique) - postée en commentaire d’une recension :

    À propos :
    Ce monde particulièrement lugubre l’est surtout parce qu’il montre bien l’une des menaces fondamentales que l’ennemi essaye de nous inculquer : il n’y a pas d’issue, il n’y a pas d’au-delà possible, il n’y a pas de but. L’insurrection est son propre but, une façon de vivre suffisamment durable pour qu’on oublie comment elle commence, tout comme le Comité invisible a aujourd’hui oublié comment commence une insurrection. Alors que le projet anthropocentrique de l’humanité est un projet de maîtrise de l’humain par l’humain, de la totalité, le Comité invisible est sans cesse résigné à des pertes de contrôle définitives, comme même la notion du temps. Même les maoïstes du PCMLM, qui au moins pensent sortir de cet univers par la dialectique et la lutte de classes, visent un dépassement. Mais ici, on reste dans ce monde, il est seulement ravagé par la guerre, en deux camps sans fin, dans une sorte d’apocalypse pauvre et tenace, qui ressemble à certains films de politique fiction de série B.

    Devant un projet aussi médiocre, qui incite plutôt à la soumission actuelle – qui au moins ne trouve pas ses joies dans des ateliers mécaniques et des mairies envahies par des expulsés –, il ne sera ici commenté qu’un seul des désaccords plus fondamentaux que ce texte fait aussi surgir : ce que les auteurs disent de l’« assemblée générale ».

    « Un autre réflexe est, au moindre mouvement, de faire une assemblée générale et de voter. C’est une erreur. Le simple enjeu du vote, de la décision à remporter, suffit à changer l’assemblée en cauchemar, à en faire le théâtre où s’affrontent toutes les prétentions au pouvoir. Nous subissons là le mauvais exemple des parlements bourgeois. L’assemblée n’est pas faite pour la décision, mais pour la palabre, pour la parole libre s’exerçant sans but. »

    Dire que voter transforme une assemblée en cauchemar est une vision qui ne correspond pas, en tout cas, à celles qui ont eu lieu en Argentine en 2002. Le but était la palabre plus qu’ailleurs – ce but n’était pas avoué mais but quand même –, et l’on votait beaucoup : voter faisait partie de la palabre. Le vote y a aussi été utilisé pour le pouvoir, mais surtout contre tout pouvoir, pour brouiller toutes les cartes. Bref, voter était parfaitement réjouissant.

    Les parlements « bourgeois », quant à eux, votent justement sans décider quoi que ce soit : les décisions sont prises avant le vote, par les centrales des partis. Le vote ne donne lieu, dans ces assemblées, à aucunes prétentions au pouvoir : le pouvoir, comme la décision, a son siège dans des antichambres moins exposées au public. Enfin, prétendre que la palabre, la parole libre, est celle qui s’exerce sans but, est bien le témoin de ce désarroi de gens sans buts, qui n’en veulent pas. Parler sans but n’intéresse pas particulièrement les assemblées qui jouissent des urgences dont l’histoire est l’accélérateur, et dont l’insurrection est la preuve. Les assemblées qui sont aujourd’hui les plus proches de cette définition – pas faite pour la décision, mais pour la palabre – sont les pseudo-débats télévisés, où il n’y a pas non plus de vote, et qui se veulent, non sans raison, les lieux privilégiés de la parole libre s’exerçant sans but.

    Le Comité invisible trouve qu’il y a fort peu de décisions à prendre, si peu qu’il ne faut pas les prendre, mais que les décisions doivent s’emparer de nous. Je prends plusieurs milliers de décision par jour, et je cherche par ailleurs à prendre la décision qui contient toutes les autres. Il s’agit d’acquérir une maîtrise de ce qui est. Cette décision nécessite plusieurs assemblées générales de l’humanité, qui décident, pas nécessairement d’ailleurs par le vote, mais même de cela ce sont ces assemblées qui décideront. Une décision qui s’emparerait de moi est aux antipodes d’une décision qui me réalise, qui m’accomplit. Celle-là se projette, et se prépare. Voilà tout ce qui sépare la téléologie moderne de cette « insurrection qui vient », que je combattrai avec férocité si elle avait lieu dans le vaste monde que nous traversons en insatisfaits plutôt que dans l’imagination pauvre de quelques pauvres.

    4. Le phénomène de ce petit ouvrage est étrange, parce qu’il est à la fois familier et étranger à chacun. C’est une flèche qui ne se trompe pas de direction. Elle est tirée avec force, mais sans portée. Elle se termine à nos pieds ou dans un nuage, dans le trop court et dans le trop vague, tant l’insurrection finale paraît absurde et peu souhaitable, à nous-mêmes qui souhaitons des insurrections.

    La faiblesse de la méthode, l’ignorance très inquiétante de l’histoire, la perte de recul et de vue d’ensemble, sont les autres étrangetés d’un ouvrage qui mesure quelle est la distance entre les particuliers éparpillés d’aujourd’hui et leur propre insatisfaction, entre les moyens d’un constat qui n’a plus les moyens d’une analyse, et le dérisoire d’un projet qui a perdu son but.

    C’est sans doute par cette infirmité qui s’est généralisée que ‘L’insurrection qui vient’ nous est suffisamment familier pour que nous examinions ce curieux objet si hostile au même ennemi que nous et où, pourtant, nous reconnaissons son influence à chaque pas.


  • De la révolte comme d’un art appliqué aux barricades / Hazan, Kamo, Zizek, Horvat

    http://strassdelaphilosophie.blogspot.fr/2013/09/de-la-revolte-comme-dun-art-applique.html

    La rentrée se décline sur le mode croisé de la révolte appelée par #Eric_Hazan, #Kamo, #Slavoj_Zizek et #Srecko_Horvat. La #barricade en serait comme une scène possible, celle de toute #insurrection : un #objet #rebelle à nos savoirs, à nos catégories de rangement. Elle n’entre en aucune classe, hors classe et hors #genre. Si d’habitude un objet s’inclut dans un #ensemble qui le collecte ou qui prend le nom d’une collection, la barricade se compose de choses tout à fait #réfractaires à une mise en ordre de ce qui se laisse #ordonner selon un #concept. Elle est faite de barriques autant que de futilités, futilis étant la fente, la fuite qui ouvre la barrique à des usages multiples. La barricade selon Eric Hazan est un amas, un tas, une composition d’objets disparates qui témoigne de la #lutte, de ce qui passe entre les #classes, faisant appel à des clous autant que des moellons, pavés, planches, cerceaux métalliques dans une disproportion qui appelle tous ceux qui ne jouissent d’aucune reconnaissance. Elle les ouvre à une forme commune, un #communisme qui n’est pas celui du genre ou de l’#espèce ni d’ailleurs de la classe #sociale.

    La lutte est #interstice, fusion des classes en une #Commune qui témoigne de l’espace d’une véritable cité, d’une cité bouleversée. Y naissent des histoires d’amours et des pactes d’alliance, des chevauchements affectifs et des figures de l’enfance que la littérature elle-même pourra s’approprier en faisant de tous les misérables un foisonnement de singularités rebelles. Et comment la barricade peut-elle fendre l’#ordre_établi et lui inoculer des grains de sables capables d’enrayer la machine du #pouvoir ? Quelles mesures décider dans la disparités des barricades, placées hors l’autorité des sciences politiques ? Un ensemble de questions qui pousseront Hazan et Kamo à adopter les Premières mesures révolutionnaires. L’immonde du monde d’aujourd’hui qui ne répond plus à rien, cet ordre #mondial qui confine à l’équivalence de tout, sans aucune #dignité ni aucune forme de #subjectivité, cet #immonde réclame une #critique capable de rompre l’éternel retour du même, la #restauration de l’ordre toujours reconstitué par-delà le #désordre des barricades. L’insurrection ne peut s’insurger vraiment, devant l’ordre mondial, qu’en prenant la forme d’une #insurrection irréversible et irrespectueuse des principes moraux qui protègent les nantis. Elle advient au nom d’un ailleurs et d’un incommensurable, d’un monde qui soit avant tout un monde autre, inventif, créatif, contrant le ressassement de la même organisation.

    #Sciences_Politiques #Philosophie #Histoire #Livres

    • Littérature romantique ; la dignité se trouve partout, elle se pratique et se vit chez nombreux. La subjectivité est certes prisonnière mais pas chez tous.
      L’ insurrection ? quelle nouvelle violence cache ce mot échevelé ?
      L’ autre monde ? cela se crée quotidiennement.


  • « Vue d’aujourd’hui, la #Révolution française est une immense leçon d’optimisme » - Entretien - Basta !
    http://www.bastamag.net/article2964.html

    Que peut nous enseigner aujourd’hui la Révolution française ? Une crise économique, des privilèges établis, une dette terrible, une aspiration du peuple à l’égalité et au bonheur... La situation de 1789 ferait-elle écho à la nôtre ? Entretien avec #Eric_Hazan, éditeur et écrivain, qui invite à garder vivante la mémoire de ces moments d’incandescence révolutionnaire, à en préserver l’inspiration, face à ceux qui ne voudraient y voir qu’un « trouble malencontreux venu bouleverser de façon sanglante le mouvement général vers le libéralisme ».

    • J’ai vraiment apprécié la lecture du livre et son auteur est réellement une figure intellectuelle impressionnante, mais je suis dubitatif sur le point suivant :

      C’est le principal enseignement de la Révolution : avoir eu lieu. Cela nous montre que les évènements qui semblent les plus improbables, voire impossibles, peuvent survenir. En cela, c’est un événement très encourageant pour aujourd’hui.

      J’ai vaguement l’impression qu’une espérance révolutionnaire formulée ainsi, réduite à « gardons espoir ça peut arriver » est surtout le marqueur d’un terrible échec idéologique de notre part.

      Ou pour le dire autrement en recopiant une note que j’ai publiée ailleurs lors du passage de l’auteur par chez nous :

      “La Révolution française est là pour nous rappeler que l’inimaginable est toujours possible.” disait l’autre soir, l’éditeur Éric Hazan à propos de son dernier livre consacré au sujet. Et de suggérer qu’il ne fallait pas l’oublier en ces temps de « There is no alternative ».
      Depuis, je ne peux m’empêcher de penser que peut-être, oui, nous en sommes là : en être réduits à espérer l’inimaginable faute d’être en capacité d’imaginer d’autres possibles où nous projeter.
      Aspirer à l’inimaginable : triste défaite de la pensée critique ?

    • J’avoue, j’ai un peu le même ressenti que l’auteur (mais je n’ai pas encore lu son livre). Dans le contexte actuel d’immobilisme intégral face à la main mise du secteur privé sur les biens publics, la désintégration des services sociaux, les dérives de la finances au frais des contribuables, je n’imagine pas d’issue équilibrée résultant d’un dialogue et d’un débat équitable entre le pouvoir et les citoyens. Simplement parce que ce dialogue n’existe pas. Alors oui, par dépit de vivre dans une démocratie qui n’entend pas la voix de sa population, la révolution est un espoir intime. Je ne sais pas si cette situation est un échec de notre part ou une défaite de la pensée critique, j’ai surtout le sentiment qu’on ne nous as pas entendu. Trop de bruits dans la presse traditionnelle qui embrasse, avec les socialos et une frange d’intellos médiatisés qui se réclament de la gauche, les prérogatives du néolibéralisme soutenues traditionnellement par la droite. Maintenant l’autre donnée que je trouve inquiétante et qui ne trouve pas de similarité avec la révolution, c’est la montée de l’extrême droite.

    • Je crois que c’est la penser collectivement qui l’a fait échouer. Il y a indéniablement des idées soutenues par certains, des combats pas si lointains menés par d’autres mais pas de passerelles pour les relier. C’est peut-être là un des effets les plus pervers (et souhaité ?) du cloisonnement des sciences humaines et plus généralement de tous les domaines qui touchent les activités humaines. Pour le dire vite, il serait nécessaire que des personnes comme Lordon tissent des liens avec des personnes comme Rabhi, etc...