• Vers une histoire de la violence , Le Courrier Suisse, 3 novembre 2019, par Francois Cusset
    https://lecourrier.ch/2019/11/03/vers-une-histoire-de-la-violence

    Vers une histoire de la violence
    La violence parle le langage du pouvoir. Le terme a toujours été le pivot d’un « tour de magie ancestral », selon ­l’historien François Cusset, qui consiste à agiter le « fantasme d’une violence imminente » pour justifier une violence « présente, dûment rationalisée ». L’histoire de la violence ? « Une histoire de la stigmatisation et de l’asservissement des populations. »
    dimanche 3 novembre 2019 François Cusset
    Vers une histoire de la violence
    Déploiement de la police montée lors des manifestations du 1er mai 2019 à Paris. FLICKR/CC/JEANNE MENJOULET
    Analyse

    Quand l’oligarchie athénienne qualifie de « barbare », il y a 2500 ans, l’immense majorité de la population extérieure à l’oligarchie – femmes, non-propriétaires, esclaves, étrangers, ennemis –, ce mot suffit à justifier par avance la violence d’Etat qui pourra être exercée contre eux. Et l’opération est plus explicite encore quand le conseiller à la sécurité nationale du président George W. Bush déclare en 2002 : « Un Etat voyou est n’importe quel Etat que les Etats-Unis déclarent tel ». Au-delà de la paranoïa belliqueuse post-11 septembre, l’arbitraire revendiqué de la formule sert à soumettre la justice à la puissance, ancestral coup de force rhétorique qui rappelle que si, comme le posait jadis (Blaise) Pascal le janséniste, « la justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique », l’équilibre de ces deux pôles reste une vue de l’esprit, et l’usage officiel de la force sera toujours le meilleur moyen de s’arroger les vertus de la justice.

    Les exemples ne se comptent plus de cette vieille prestidigitation des pouvoirs, consistant à agiter le fantasme d’une violence imminente, et archaïque, pour justifier une violence présente, dûment rationalisée. Les migrants qu’on rafle et qu’on expulse pour le danger supposé de certains d’entre eux ou juste, à mots de moins en moins couverts, pour les emplois et les allocations qu’on ne peut pas distribuer sans limites, ni faire violence à ceux qui y auraient vraiment droit. Le missile israélien qui déchiquette quelques familles dans les territoires palestiniens pour l’attentat terroriste qu’ils seraient là-bas, d’après les services secrets, en train de fomenter dans l’ombre.

    Ou encore, moins spectaculaire, le militant écologiste qu’on jette en prison pour avoir arraché des plants de maïs, comme si les pesticides et les OGM n’exerçaient pas la plus grande des violences sur les corps et les biotopes. Et le jeune punk délogé avec brutalité de sous une porte cochère parce que sa forme de vie ou ses atours sont associés par la bien-pensance publique au parasitisme, au vandalisme ou à l’égoïsme anti-social. On n’est jamais très loin de l’autre bout du spectre, où la jeune femme venue déposer plainte pour agression sexuelle et le citadin gay pour insulte homophobe se voient reprocher plus ou moins implicitement un accoutrement ou des choix d’existence qui feraient violence à la bienséance voire à l’ordre public. Par cette inscription, cette façon de légitimer les arbitraires d’Etat, par les méfiances et les rancœurs qui relient les uns et les autres, la violence, bien plus que la déflagration d’un instant, est une chaîne de conséquences, une émotion circulatoire, le piège d’un circuit sans fin.

    C’est le premier problème que posent le mot et le concept de violence, qui rend difficile le travail nécessaire, mais délicat pour historiciser ces questions. Faire une histoire de la violence, pour en comprendre les formes d’aujourd’hui et l’usage tactique dans les luttes de résistance, est donc hautement problématique. Car si la violence légitime est exercée au nom d’une violence antérieure, pour « pacifier » les sociétés comme on le dit depuis la Seconde Guerre mondiale, alors tout dans une telle histoire risque bel et bien d’être à double lecture. Et de fait, le grand tournant historique ici, autour des conquêtes coloniales et de la naissance de l’Etat moderne, sur une longue période qui va du XVIe au XIXe siècles, nous a toujours été présenté comme celui d’une atténuation et d’un encadrement juridique et politique (voire « civilisationnel ») de la violence – alors que l’historiographie récente a pu enfin démentir cette approche et démontrer que les violences d’Etat et les violences coloniales ont été bien pires, par leur bilan quantitatif comme leur ordre normatif, que la conflictualité ordinaire, celle de la vie sociale traditionnelle ou des luttes intercommunautaires, qu’elles étaient censées réduire.

    A l’insécurité résiduelle, avant le Code pénal et l’éclairage nocturne, de nos villes et nos villages, où en effet on pouvait impunément détrousser le visiteur ou occire le manant, l’Etat moderne a substitué ses cadres coercitifs, normalisateurs et centralisateurs, et sa passion punitive légale, à mesure que se creusait le fossé entre le danger objectif et la sanction pénale : entre les années 1980 et aujourd’hui, par exemple, pendant que chutaient en France les taux d’homicides, mais aussi de délits pénaux moindres, la population carcérale a été multipliée par 2,3, « inutilement » en somme.

    Pour compléter ces deux axes majeurs de l’histoire politique moderne – conquête coloniale et formation de l’Etat – on peut ajouter que celle-là s’est prolongée, une fois acquises les indépendances nationales sur les continents concernés (de 1802 pour Haïti à 1962 pour l’Algérie), sous la forme d’un endocolonialisme1 du cru, entretenu par la tutelle économique et morale des anciennes métropoles, ou des nouvelles puissances. Quant à celle-ci (la formation de l’Etat), elle est ce qui a permis aux guerres entre nations voisines, qui avaient toujours existé, d’acquérir une forme rationnelle et systématique et une échelle absolument inédite, qui culminèrent avec les deux guerres mondiales et leur mobilisation totale des corps et des esprits – pas besoin d’être un naïf anarchiste pour y voir une conséquence directe de l’inflation de la forme-Etat, d’un Etat « paroxystique ». Plus simplement dit : Napoléon fait édicter les codes civil et pénal, mais il ravage l’Europe ; les papes de la Renaissance sauvent les âmes des autochtones, mais en en faisant massacrer les corps ; la France apporte en Afrique du Nord l’éducation publique et quelques infrastructures, mais aussi la torture et le racisme d’Etat ; et si lois et normes se sont imposées peu à peu dans les foyers et les rues, d’Occident d’abord, y limitant les risques de désordres imprévus, ce fut avant tout sur les cadavres, innombrables, des insurgés de 1848, des communards de 1871, des mineurs de 1947 ou des refuzniks les plus têtus des années 1970 – ou encore, pour que nous vivions en paix à l’ère du « zéro mort » policier, sur les cadavres de Malik Oussékine, Carlo Giuliani ou Rémi Fraisse. Ou juste les 3000 blessures graves infligées par les policiers français en 30 samedis de « gilets jaunes ».

    En plus de la colonisation qui aurait sorti les peuples primitifs de l’arriération guerrière, et de l’Etat moderne qui aurait pénalisé les arbitraires locaux et les violences interindividuelles (jusqu’aux duels, dont la pratique disparaît enfin au début du XXe siècle), le troisième pilier de cette histoire de la modernité comme pacification sociale et restriction de la violence est à trouver du côté de la civilité. A partir du XVIIe siècle, la civilité est diffusée par les manuels de savoir-vivre et les nouvelles règles descendantes, prônées par l’aristocratie puis la bourgeoisie, ces règles neuves qui recommandent de ne pas se moucher dans la nappe, de discuter au lieu de frapper, d’être pudique et mesuré en toutes occasions.

    C’est la grande thèse du sociologue Norbert Elias sur le « processus de civilisation » comme intériorisation des normes et autorépression de la violence. Sauf qu’elle a été mal comprise, et que même Elias, plus subtil que ses exégètes, en énumérait les limites : la violence des barrières sociales qu’instaurent ces normes ; le mal-être et les complexes imputables à cette privatisation de l’existence ; et surtout les exceptions de taille que sont, au fil de ce processus de trois siècles, les mouvements sociaux qu’on massacre, l’Etat qui punit injustement, les peuples colonisés qui n’ont pas droit à un traitement aussi civil, les guerres de plus en plus longues et sanglantes qui dérogent à tout cela. Difficile, en un mot, de tracer ici le fil continu d’une histoire unidirectionnelle, qui verrait quand même, grosso modo, dans l’ensemble, réduite la violence collective et pacifiées les mœurs communes.

    La pire violence est rationnelle

    Une histoire de la violence à l’ère moderne doit donc être surtout une histoire de la stigmatisation et de l’asservissement des populations sous le prétexte, multiforme et récurrent, d’en prévenir, d’en punir, d’en empêcher ou d’en « civiliser » la violence première – autrement dit, la violence instinctuelle, barbare, inéduquée, infantile, subjective, incontrôlable, là où la violence punitive, parce que légitime, et ne s’appelant donc plus violence, serait rationnelle, légale, élaborée, légitime, adulte, objective, mesurée.

    Certitude intemporelle : le pouvoir n’existe que pour pointer et endiguer une violence qu’il dit originelle. Et que celle-ci soit ou non un mythe, son discours infini sur elle et ses actes officiels contre elle finissent par la faire exister, au moins dans nos esprits rompus à l’idée qu’à l’origine est la violence (du Big Bang, de l’accouchement, ou du sauvage que personne encore n’a sauvé de lui-même) et qu’au terme d’une évolution digne, se trouverait l’apaisement (par les lois, l’éducation, l’ordre, la culture, les institutions, sans même parler du commerce).

    C’est précisément ce postulat profondément ancré, ce postulat d’une violence chaotique des origines à endiguer et à prohiber, qu’une véritable contre-histoire de la violence, ou une histoire des usages de la catégorie de violence, doit avoir à cœur de démonter – de mettre à nu. C’est aussi capital, et moralement faisable, que de démonter, sous l’occupation, le mensonge des affiches de propagande nazie qui présentaient la résistance comme violence sauvage et terrorisme meurtrier. Car ce récit des origines nous voile les vérités de l’histoire, à l’instar des fictions sur « l’état de nature », bien sûr introuvable dans l’histoire réelle, qui sous-tendent les simplismes de droite, avec leur méchant Léviathan venu encadrer le chaos effrayant où « l’homme est un loup pour l’homme », aussi bien que les angélismes de gauche, avec leur bon sauvage rousseauiste et leur civilisation venue corrompre l’humain pacifique. Il n’y a pas de bon sauvage ni de loup-pour-l’homme qui tiennent : loin de ces mythes, il y a les dialectiques de l’histoire, qui ont fait de l’Etat moderne comme de la civilité partout promue des forces à double effet, émancipatrices et répressives, autorisant une rupture avec la tradition aussi bien qu’une re-normalisation coercitive.

    Pendant ce temps, les violences insurrectionnelles décriées et brutalement réprimées, au présent de leur irruption, par les classes dirigeantes, furent la seule communauté réelle d’un peuple que tout divisait par ailleurs et, bien souvent, le seul moyen d’obtenir des avancées effectives sur le terrain du droit, des conditions de vie et de travail, de l’égalité sociale et des libertés civiles – au fil de trois siècles d’émeutes et d’insurrections noyées dans le sang, mais sans lesquelles les quelques progrès de l’histoire moderne n’eurent jamais été obtenus.

    La violence instinctuelle existe évidemment, mais elle n’est que ponctuelle, là où la violence instituée, rendue invisible par les dispositifs de justification étatico-normatifs, dévaste et tue partout et en continu. « Le plus dangereux, dans la violence, est sa rationalité », concluait Michel Foucault en 1979. Les montages financiers ultra-complexes qui mettent en faillite des pays lointains, les exploits technologico-industriels qui mettent en danger la pérennité de la vie sur Terre, ou les trésors d’intelligence stratégique et de créativité esthétique déployés pour produire à l’excès et vendre n’importe quoi ne cessent, aujourd’hui, d’en apporter la désolante illustration – outre qu’ils rappellent que derrière les guerres et les massacres, les sexismes qui tuent et les racismes qui assassinent, la violence la plus dévastatrice aujourd’hui est sans conteste la violence de l’économie. Et ce, d’abord sur les psychés, exsangues, humiliées, pressurisées, réduites à la haine de soi et à l’horizon bouché des rivalités constantes, dont on ne se libère qu’en sautant par la fenêtre.

    Notes
    1. ↑ Forme de néocolonialisme où, malgré l’indépendance nationale, le pays colonisé reste économiquement et politiquement sous l’emprise du colon.

    L’auteur est historien des idées et professeur à l’Université de Nanterre. Récente publication : Le déchaînement du monde : logique nouvelle de la violence, La Découverte, 2018.

    Article paru (version longue) dans Moins !, journal romand d’écologie politique, dossier : « La violence en question », n°43, oct.-nov. 2019.

  • CAMPEMENTS DE MIGRANTS SANS-ABRI : COMPARAISONS EUROPÉENNES ET RECOMMANDATIONS

    Depuis quelques années, les campements de migrants sans-abri défraient la chronique. Présents dans certains quartiers ou à la périphérie des #villes, ils suscitent des réactions indignées ou exaspérées. Désignés comme un retour des #bidonvilles, ils sont principalement habités par des immigrés aux situations variées : demandeurs d’asile et réfugiés aux dossiers incorrectement traités, ressortissants européens roms, sans-papiers… Ces sites sont régulièrement évacués puis repeuplés. #Visibilité et volume du problème distinguent la France, particulièrement #Paris. C’est ce que montre une enquête réalisée en 2018 dans six capitales européennes (#Bruxelles, #Berlin, #Bucarest, #Londres, #Madrid et #Rome). En ce qui concerne les migrations, la prise en charge des dossiers y repose sur le droit national et les moyens de sa mise en oeuvre. Mais, dans ces métropoles, les autorités locales ont davantage la main face aux campements que dans les villes françaises. Il serait judicieux de s’inspirer de leurs réalisations, tant en ce qui concerne le recensement que le traitement des phénomènes. Comparaison et coopération s’imposent d’autant plus que la dimension proprement européenne de l’#errance et de la grande indigence s’avère cruciale. En tout état de cause, la situation et la politique française, singulièrement à Paris, méritent d’être appréciées à l’aune de ce qui se déroule dans d’autres pays européens. La France ne saurait se résoudre à une #banalisation que l’on ne rencontre pas ailleurs.


    http://www.fondapol.org/etude/campements-de-migrants-sans-abri-comparaisons-europeennes-et-recommandatio
    #campements #migrations #sans-abri #sans-abrisme #SDF #réfugiés #asile #France #rapport #urban_matter #migrerrance

    ping @isskein @karine4

  • https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/communique-de-presse/2018/12/le-defenseur-des-droits-publie-son-rapport-exiles-et-droits

    Le Défenseur des droits publie son rapport « Exilés et droits fondamentaux, trois ans après le rapport Calais »

    À défaut d’une politique nationale assurant un véritable accueil des primo-arrivants, les collectivités locales et les associations caritatives sont contraintes d’agir seules, dans un contexte où se maintient une pénalisation de certains actes de solidarité. Le Défenseur des droits recommande donc d’élargir l’immunité pénale à tous les actes apportés dans un but humanitaire.

    Outre les effets de la politique migratoire de l’Union européenne qui contribuent à réduire de manière drastique les voies légales d’immigration en Europe, l’’externalisation de la frontière britannique en France demeure l’une des principales causes de la reconstitution des campements de fortune à Calais, Grande-Synthe ou Ouistreham, puisqu’elle empêche les exilés qui le souhaitent d’atteindre la Grande-Bretagne. Le Défenseur des droits recommande donc au gouvernement de dénoncer les accords conclus avec la Grande-Bretagne.

    #police #dublin #touquet #noborder #calais #état #raciste

    • Migrants : le Défenseur des droits dénonce une « dégradation » dans les campements depuis 2015

      Le Défenseur des droits Jacques Toubon a dénoncé mercredi une « dégradation » de la situation sanitaire et sociale des migrants vivant sur des campements en France depuis trois ans, avec « des atteintes sans précédents aux droits fondamentaux ».

      Face à une politique « non-accueil », les migrants « se retrouvent dans un état de dénuement extrême, dépourvus de tout abri et ayant comme première préoccupation celle de subvenir à leurs besoins vitaux : boire, se nourrir, se laver », déplore Toubon dans un rapport sur les campements de Calais, Paris, Grande-Synthe (Nord) et Ouistreham (Calvados). « Les difficultés à trouver des solutions durables aggravent le phénomène », estime-il, en déplorant des « stratégies de dissuasion et d’invisibilisation sur le territoire national menées par les pouvoirs publics ».

      En 2015 déjà, Toubon avait dénoncé dans un rapport sévère la situation des migrants dans le bidonville de la « Jungle » à Calais, qui comptait alors plus de 4 000 personnes, et a été démantelé depuis, de même que les grands campements parisiens.

      Mais « la situation s’est en réalité nettement dégradée », note le Défenseur, qui pointe les opérations d’évacuation régulièrement menées par les pouvoirs publics. « Loin d’être conformes aux exigences du droit à un hébergement inconditionnel », ces mises à l’abri « contribuent à la constitution de nouveaux campements » par leur caractère « non durable », assure-t-il dans ce document reprenant divers avis rendus depuis 2015.

      Toubon déplore aussi, pour ces mises à l’abri, le recours à des centres pour étrangers fonctionnant « comme des centres de transit » avec « des critères de tri ». « En lieu et place d’une véritable politique d’accueil, les pouvoirs publics ont préféré mettre en œuvre une politique essentiellement fondée sur la police des étrangers, reflétant une forme de +criminalisation des migrations », assure-t-il dans ce rapport publié au lendemain

      Il s’inquiète particulièrement des méthodes policières, avec des évacuations « pour empêcher tout nouveau point de fixation » et des contrôles d’identité « pour contrôler le droit au séjour ». « Pour servir ces opérations, différentes pratiques ont pu être observées telles que l’usage de gaz lacrymogène », assure-t-il dans ce rapport publié au lendemain de la journée internationale des migrants.

      Faisant état d’« une détérioration sans précédent de la santé des exilés », avec un « développement inquiétant des troubles psychiques », il s’inquiète particulièrement pour les mineurs, « laissés à leur sort » en raison du caractère « largement inadapté et sous-dimensionné des dispositifs » existants.

      Dans ce contexte Toubon souligne le rôle des collectivités locales « contraintes d’agir », et celui des associations qui « se substituent de plus en plus fréquemment aux pouvoirs publics » mais « sont de plus en plus empêchées d’agir ». Le Défenseur déplore enfin des « entraves persistantes à l’entrée dans la procédure d’asile » qui « viennent grossir les rangs des exilés contraints de vivre dans la clandestinité ».

      Mettant en garde contre une « logique d’externalisation de la gestion des flux migratoires », il formule plusieurs propositions, dont la suspension du règlement de Dublin confiant au pays d’enregistrement l’examen de la demande d’asile.

      https://www.liberation.fr/france/2018/12/19/migrants-le-defenseur-des-droits-denonce-une-degradation-dans-les-campeme

    • France: Police harassing, intimidating and even using violence against people helping refugees

      French authorities have harassed, intimidated and even violently assaulted people offering humanitarian aid and other support to migrants, asylum seekers and refugees in northern France in a deliberate attempt to curtail acts of solidarity, a new report by Amnesty International has found.

      Targeting solidarity: Criminalization and harassment of people defending migrant and refugee rights in northern France reveals how people helping refugees and migrants in #Calais and #Grand-Synthe are targeted by the police and the court system.

      “Providing food to the hungry and warmth to the homeless have become increasingly risky activities in northern France, as the authorities regularly target people offering help to migrants and refugees,” said Lisa Maracani, Amnesty International’s Human Rights Defenders Researcher.

      “Migrants and refugees did not simply disappear with the demolition of the ‘Jungle’ camp in 2016 and more than a thousand men, women and children are still living precarious lives in the area. The role of human rights defenders who offer them support is crucial.”

      Two-and-a-half years after the destruction of the so-called ‘Jungle’ camp, more than 1,200 refugees and migrants, including unaccompanied children, are living in tents and informal camps around Calais and Grande-Synthe. They have no regular access to food, water, sanitation, shelter or legal assistance and are subject to evictions, harassment, and violence at the hands of the police.

      One Afghan man told Amnesty International that he was beaten on his back with a baton by police during a forced eviction, and another described how a police officer had urinated on his tent. An Iranian man told Amnesty International: “I left my country looking for safety, but here I face police abuse…The police come every day to take my tent and clothes.”

      The number of camps and tents destroyed in Calais and Grande-Synthe increased last year, with 391 evictions carried out in the first five months of 2019 alone. Once evicted, migrants and refugees are at increased risk of violence and abuse. One local woman who provides migrants with help, told Amnesty International that she witnessed police spray migrants with teargas in the face while they were sleeping in her garden.

      Verbal and physical abuse part of daily routine

      The increased number of evictions is a consequence of France’s “no attachment points” policy, which attempts to deter people from staying in the area by ensuring that camps are not set up. While authorities have put in place an outreach service to enable refugees and migrants access reception centres and asylum offices in France, these centres are a long way from Calais and Grande-Synthe and sometimes there is not enough capacity to accommodate them. In order to alleviate their suffering, human rights defenders have attempted to fill the gap and provide the essential support and services that the French state is failing to offer.

      Instead of recognizing the importance of their work, authorities have obstructed, intimidated, harassed and in some cases started baseless prosecutions and even used violence.

      Several human rights defenders told Amnesty International that acts of intimidation, threats of arrest and abuse have become “part and parcel of their daily work.” One humanitarian worker told Amnesty International that she was violently pushed to the ground and choked by police in June 2018 after she had filmed four officers chasing a foreign national in Calais.

      A report last year by four organisations found that there had been 646 instances of police harassment and abuse against volunteers between November 2017 and June 2018. There have been 72 recorded instances this year, but the real figure is likely to be much higher.

      Eleonore Vigny who took part in the Human Rights Observers project in Calais said that intimidation of volunteers had spiked last summer, with police employing new harassment techniques. “In April and May 2018 there were several body searches, especially of female volunteers, sometimes done by male officers. There was also an escalation in insults, and people have been pushed, sometimes to the ground…Recently we received more threats of legal suits, and threats of arrests.”

      When reporting mistreatment of refugees, migrants, and human rights defenders, complainants say that they are not taken seriously. Charlotte Head, a volunteer who made several complaints about police behaviour to the police’s internal investigatory body, was warned that her complaints were “defamatory in character” and could constitute a “crime”.

      One local human rights organization, Cabane Juridique, filed more than 60 complaints to different authorities and bodies between January 2016 and April 2019. In May 2019, the French Ministry of Justice told Amnesty International that regional courts had received just 11 complaints since 2016, and only one was being investigated by prosecutors.

      Stress, anxiety and the fear of prosecution

      Human rights defenders told Amnesty International that they feel the pressure on them is increasing and having a negative impact on all aspects of their lives. Some have experienced insomnia, stress and anxiety whilst others describe the impact of prosecutions as debilitating.

      Loan Torondel who had been working in Calais told Amnesty International: “I feel that I am caught between the acute needs of people I am trying to help and the intimidation of French authorities who are trying to hamper humanitarian activities and label our activities as crimes. This is not a sustainable working environment for us, and it is the people we help who pay the consequences."

      One human rights defender told Amnesty International: “For the volunteers it’s very difficult. They are scared. We brief them on security and the context and they get scared. We struggle to recruit new volunteers.”

      But despite the harassment, many of those interviewed by Amnesty International are determined to carry on with their vital work. One local volunteer told Amnesty International that she is thankful for the presence of the migrants and refugees: “They have made us more human, they have enriched our lives.”

      “Rather than attempting to make the lives of migrants and refugees as difficult as possible, French authorities should take concrete measures to alleviate their suffering and provide shelter and support to all those living on the streets,” said Lisa Maracani.

      “It is also time to defend the defenders. Rather than treating human rights defenders as the enemy, the authorities should see them as a vital ally, and celebrate acts of solidarity and compassion rather than criminalizing them.”

      BACKGROUND

      Human rights violations faced by human rights defenders must be viewed within the context of the treatment of the people whose rights they defend. It is essential that the rights of refugees and migrants are respected. This means improving the asylum and reception system in France, providing safe and legal routes to the UK and reforming the European asylum system to remove the requirement laid down in the Dublin rules that asylum-seekers seek protection in their first country of entry.

      https://www.amnesty.org/en/latest/news/2019/06/france-police-harassing-intimidating-and-even-using-violence-against-people
      #France

      Le #rapport:
      https://www.amnesty.org/download/Documents/EUR2103562019FRENCH.PDF

  • No place of safety. The inside story of how women fleeing domestic violence lost their refuge

    The Bureau of Investigative Journalism has been following the stories of six of the seven women housed in that shelter for the past three months as they have been buffeted around the social services system, from hotels, to council meetings, to lonely flats. The seventh woman has dropped off everyone’s radar.


    https://www.thebureauinvestigates.com/stories/2017-10-16/no-place-of-safety
    #violence_domestique #femmes #sécurité #disparitions #services_sociaux #errance #refuge #maison #logement #hébergement #UK #Angleterre

  • « Ils photographient la France en marchant. »

    http://www.lemonde.fr/festival/article/2017/07/05/ils-photographient-la-france-en-marchant_5155900_4415198.html

    Depuis le 1er mars, les photographes du collectif #Tendance_floue parcourent l’Hexagone à pied, se passant le relais tous les huit jours. Une déambulation photographique sans cahier des charges, si ce n’est celui de la performance créative et poétique.

    L’idée était dans les cartons depuis quelques années, bien avant que le candidat Macron ne se mette « en marche ». L’aventure Azimut a, finalement, été lancée le 1er mars dernier : une marche photographique menée en relais par le collectif Tendance Floue et invités. Vingt-trois photographes qui marchent l’un après l’autre, sans itinéraire ni cahier des charges, avec pour seule contrainte d’être à l’heure au rendez-vous fixé avec celui ou celle qui lui succède.

    Le budget, minime, laisse à chacun le choix de dormir dans des hôtels bon marché, chez l’habitant ou sous tente. Un cheminement par étapes, sur les départementales, les sentiers forestiers ou les routes de montagne, pour une création collective, « l’œil » du marcheur changeant tous les huit jours. /.../

    #photo #photographie #photographe #itinérance #errance #marche

  • Intro/éditorial de Quinzaine d’hospitalité, du 05 janvier au 21 juin 2017
    https://passeursdhospitalites.files.wordpress.com/2017/06/quinzaine-passeurs-dhospitalitc3a9s-40.pdf

    Nous assistons visiblement à la mise en place d’une politique d’hyperprécarisation, dans le cadre de laquelle aucun abri, tente, cabane, n’est toléré, et l’activité associative, accusée de créer des « points de fixation », est entravée. C’est le cas depuis plusieurs années à #Zeebruges, port belge d’où partent des ferries pour le Royaume-uni, ça a été le cas pendant les mois qui ont suivi la destruction du campement de #Steenvoorde, dans le Nord, à proximité d’une aire d’autoroute, en juillet 2016. C’est le cas à Calais depuis la destruction du bidonville du 24 octobre au 2 novembre 2016, dans le Dunkerquois depuis l’incendie du camp de réfugié-e-s de #Grande-Synthe dans la nuit du 10 au 11 avril 2017, à #Paris autour de la porte de #la_Chapelle depuis l’expulsion du 9 mai 2017.

    Lorsque malgré la #précarité et le #harcèlement le nombre de personnes devient trop important ou leur visibilité trop grande pour les autorités, celles-ci procèdent à leur expulsion et à leur #dispersion dans les #CAO (Centres d’Accueil et d’Orientation) ou les #CHUM (Centres d’Hébergements d’Urgence – Migrants).

    Cette politique participe de la création d’un corridor du #non-accueil allant de la frontière italo-française à la frontière franco-britannique en passant par la région parisienne, caractérisé par une systématisation des violences et des violations des droits de la part de la police et des autorités.

    Tel est pour les exilé-e-s le portrait d’une frontière à l’autre de la France d’aujourd’hui.

    #précarisation #France #invisibilité #visibilité #migrerrance #in/visibilité #violence #frontières #expulsions #ancrage #errance #fixation #Belgique

    • Témoignage d’une personne travaillant pour borderline sicilia :

      « Si l’un d’entre eux vient à disparaître, aucun signalement n’est fait. L’argent continue ainsi à arriver, alors que la personne n’est plus là »

      Alexander Graf Lambsdorff, vice-président du parlement européen (47’25’’) :

      « Au niveau européen, nous posons le cadre. Nous définissons la politique d’asile commune. Nos directives stipulent que les mineurs isolés doivent bénéficier d’un accueil adapté. Mais la mise en oeuvre de cet accueil relève des Etats membres, pas de l’Union européenne. Je ne vois pas quelle institution pourrait exercer ce contrôle, à moins que quelqu’un appelle la commission et dise : ’tel Etat membre ne respecte pas les règles fixées par l’Union européenne. Dans ce cas précis, la commission peut déclencher une procédure dite d’infraction. Est-ce que ça va aider les enfants là-bas ? J’en doute, car il s’agit d’une procédure juridique et politique. L’aide concrète doit être apportée sur place. On peut avoir l’impression que les instances européennes se débarrassent du problème sur les Etats membres, qu’elles refusent d’assumer leurs responsabilités. Ce n’est pas le cas. Simplement, toute tentative de contrôle serait vouée à l’échec, car nous ne connaissons pas les spécificités de Palerme, Rome, Milan, Madrid ou Munich. Les administrations locales les connaissent, mais pas Bruxelles. Par conséquent, on risque de vous décevoir, ce n’est pas à l’Union européenne de superviser les détails sur place »

      –-> réflexion de la journaliste (très pertinente), après les mots de Graf Lambsdorff :

      « Les institutions européennes, ne peuvent donc rien faire pour ces enfants. Il n’y a personne à Bruxelles pour empêcher les détournements d’argent dans les centres d’accueil de Sicile. Aucune instance, qu’elle soit nationale ou européenne, pour contrôler si les conditions d’accueil sont conformes aux droits de l’enfant, que ce soit dans le centre pour mineurs de Melilla ou dans les camps grecs. Et les cas d’abus, y sont fréquents. »

      #MNA #mineurs_non_accompagnés #film #asile #migrations #réfugiés #enfants #enfance #Melilla #Maroc #Espagne #disparitions #Idomeni #Grèce #documentaire #Macédoine #prostitution #Europol #détention_administrative #rétention #Italie #business #Pozzallo #hotspot #Rome #camps_de_réfugiés #viols #violence #Brême #Allemagne #clandestinisation #migrerrance #errance #détournement_d'argent

    • Une association qui vient en aide aux migrantes (parfois mineures) qui se prostituent :
      PIAM

      È un’associazione laica con sede in Asti
      composta da operatori sociali italiani e migranti.
      Dal 2000 ci occupiamo di donne e immigrazione,
      con particolare attenzione alle persone
      che si prostituiscono

      http://www.piamonlus.org

    • L’UE reste une institution aux mains des Etats : tant que ça ne changera pas pour évoluer vers une République européenne dotée des moyens d’agir les politiques qui y sont décidées ne seront appliquées que de manière inégale.

    • Letter to Minister Mouzalas on Detention of Unaccompanied Children in Greece

      I am writing to you to express Human Rights Watch’s deep concern at the dramatic increase in the number of unaccompanied migrant children detained in “protective custody” in police station cells and pre-removal detention centers across Greece. I urge you to immediately end this practice and find space for those unaccompanied children currently in custody in open facilities with decent living conditions where they can receive care and counseling, and have access to legal aid and other basic services.

      https://www.hrw.org/news/2017/08/02/letter-minister-mouzalas-detention-unaccompanied-children-greece

  • Penser les cultures du #transitoire. #Spatialités migrantes.

    L’Europe vit une « crise » que les médias présentent comme majeure, celle dite « des réfugiés ». Sur fond d’attentats terroristes, de guerres multiples aux Proche et Moyen-Orient, et face à un Monde dont l’instabilité semble désormais être devenue la norme, les sociétés européennes ne cessent d’avoir à penser les formes de l’accueil et de l’hospitalité. Celles-ci se retrouvent fortement mises à l’épreuve par de nouvelles formes de #mobilités. Ces nouvelles migrations, massives, qu’Alain Tarrius (1989) identifie comme étant à l’origine d’une mondialisation de l’« #entre-pauvres », organisée en #territoires_circulatoires de l’économie souterraine, sont aussi celles, géopolitiques, de migrants-exilés piégés dans les nasses des contraintes et règles juridiques de l’Union européenne, la complexité du droit d’asile, et qui se trouvent de fait entraînés dans un #exil nomade qui s’apparente à des formes d’#errance (Bolzman 2014).


    http://www.espacestemps.net/articles/penser-les-cultures-du-transitoire
    #migrations #transit #réfugiés #asile #provisoire #Grande-Synthe #Calais #campement #multiculturalisme #migrerrance #attente #piège
    via @ville_en

  • Parler des camps du XXIe siècle

    L’idée de « camp » a été, dans l’histoire, associée aux troupes, aux armées en campagne, puis à l’emprisonnement, à la concentration forcée, et même à l’extermination de masse, au génocide. En ce début de xxie siècle, le camp est indissociable des #migrations humaines par contrainte. Les camps de migrants, de #réfugiés, de #déplacés, d’#exilés sont des points d’arrêt dans l’#errance, des étapes : selon le cas des #lieux_d’accueil ou des espaces de #rétention.

    Le phénomène des camps, dans le monde entier, est devenu d’une importance considérable. Il est ici situé dans le temps et l’espace, analysé de manière à décrire ces situations, et en même temps montré dans sa réalité humaine et quotidienne.


    http://www.editions-tredaniel.com/parler-des-camps-du-xxie-siecle-p-6542.html

    #livre #camps #accueil #encampement

    • #Livre, #parution :
      Migrations, exils, errances et écritures

      Ecrire les migrations, les #errances et les exils, c’est se tourner vers les problématiques des #déplacements et des #passages. Se pose alors la question de la définition de l’#écriture_migrante, définition nécessairement mouvante selon que l’on s’intéresse aux #artistes qui choisissent la problématique de l’exil pour mettre en scène un questionnement identitaire ontologique ou à ceux qui, ayant eux-mêmes subi ou choisi l’exil, transforment leur propre exil en un exercice d’espoir dans un double mouvement mnémonique et didactique. Qu’il s’agisse d’une #littérature de migrants ou sur les migrants, d’exils politiques ou d’exils imaginaires, l’esthétique de la #migrance se construit dans la fracture et dans la perte pour réaffirmer le droit à la vie à travers une nouvelle éducation du regard : celui du sujet sur lui-même et sur l’autre, celui de l’autre sur l’étranger. Dès lors l’exil ne saurait se concevoir simplement comme une expérience purement physique et accidentelle, mais devient la condition même de notre relation à autrui, bouleversant les frontières commodes entre le dedans et le dehors. L’expérience de l’exil conduit ainsi le sujet à hanter les marges du langage, à s’ouvrir à d’autres langues, pour devenir cet « hôte [...] dont le métier est de demeurer vulnérable à de multiples présences étranges, qui doit garder ouvertes à tous les vents les portes de son logis du moment ».

      http://www.pressesparisouest.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=296:migrations-exils-

  • Citation :

    Les #guerres_civiles, les #conflits_ethniques ou religieux provoquent des mouvements de population qui, en termes quantitatifs, n’ont pas de précédent dans l’histoire de l’humanité. Ces #crises posent clairement un problème de #territorialité dans la mesure où
    elles créent la pire des #exclusions, le #déracinement par l ’#exil. La
    #mémoire et le #culte du #territoire perdu deviennent alors la trame même du #lien_social. Les dizaines de millions de personnes #réfugiées sur les #lignes-frontières ou « #déplacées » rappellent que les #exodes d’aujourd’hui seront peut-être les #diasporas de demain.

    (p.11)

    Tiré de Bonnemaison « Le lien territorial entre frontières et identités », in Géographies et cultures , 1996

    #migration #asile

    • Plus loin dans l’article...

      Par sa seule existence, la #frontière permet à des centaines de milliers de personnes, « vrais » #réfugiés d’un conflit ou combattants vaincus mais toujours armés, de bénéficier de la #protection de la « #communauté_internationale » et de son #assistance_humanitaire, dans un pays limitrophe. La seule marge de manoeuvre du pouvoir central du pays d’accueil concerné réside dans le choix de la région d’installation des #camps_de_réfugiés. On autorisera cette installation dans des régions marginales dont on n’a que faire, mais on l’interdira partout où elle pourrait faire obstacle à des activités économiques ou touristiques lucratives.

      (pp.12-13)

    • Et plus loin...

      Dans ce contexte, le véritable accueil est bien souvent celui, spontané ou non, que donnent les #populations_locales sur le territoire desquelles l’installation des réfugiés a été tolérée par un pouvoir central indifférent ou contraint. En fait, les réfugiés s’imposent d’autant plus qu’ils sont nombreux et n’ont plus rien à perdre. Si le territoire est la #richesse des #pauvres, ce sont les plus pauvres qui doivent encore partager leurs maigres ressources.
      Dans les aires d’accueil, plusieurs logiques territoriales s’affrontent. Celle de la géopolitique internationale, fondée sur le principe du respect des frontières s’impose à celle, toute pragmatique, d’un pouvoir national qui voit son autorité sur le territoire s’affaiblir. Les espaces incertains qui en résultent deviennent des sanctuaires rêvés pour toutes sortes de troupes armées. Dans ce contexte, la logique de survie des réfugiés - lorsqu’ils ne sont pas sur les routes de l’#errance - se mesure aux quelques mètres carrés, au besoin chèrement défendus, d’une hutte de branchages. Quant aux sociétés locales, elles voient leurs territoires envahis, leur économie bouleversée et leurs règles sociales et politiques mises à mal par ces germes de chaos. On sait comment ce type de situation inextricable a conduit certains pays, par exemple le Liban, à la plus meurtrière des guerres civiles ... ou à des situations inextricables, comme dans la région de Kivu dans l’Est du Zaïre, où la spirale de l’interminable guerre civile se double d’un conflit frontalier dramatique.

      (p.13)

  • Une nuit à la rue avec les #roms

    #Eric_Roset, photographe, réalise un livre sur les roms. Nous passons la nuit avec lui. Premier arrêt derrière un bâtiment public. Une dizaine de roms dorment là, tapis de mousse sur le gravier, ou plutôt : essaient. 21h, à peine le temps d’échanger quelques mots arrivent deux gendarmes -lampes torches sur les visages- qui intiment l’ordre à tout le groupe de dégager "Dégagez". Et pour aller où ? -N’importe où mais pas là. « Dégagez » c’est un mot que les roms connaissent très, très bien. Toujours bouger, pour aller.. nulle part. Alors dix, quinze, vingt fois par jours, si ce n’est plus, ils « dégagent », obéissent à l’illégalité de ces éloignements forcés. La police use à répétition de la contrainte pour obliger les personnes précaires à se déplacer sans cesse. Parmi les personnes précaires, elle en cible arbitrairement certains. La police a ses têtes de turc et les roms ont le profil. ils s’exécutent respectueusement, se déplacent, évitent le conflit. Ils racontent que certains policiers leur demandent d’aller à un endroit, d’où sont chassés d’autres roms au même moment pour aller là où ils se trouvent. Les groupes se croisent et se retrouvent en quelque sorte encerclé par deux polices qui leur demandent d’aller là où les autres doivent en dégager. Kafkaïen. Inutilité de mettre des personnes en mouvement, sans rien proposer d’autre qu’un harcèlement répétitif. Mobilisation des forces de police à vide qui seraient bien mieux utilisées à faire, par exemple, respecter le code de la route, verbaliser ceux qui le transgressent, mettent leur vie ou celles d’autres en danger ; des forces de police qui seraient par exemple plus utiles en protégeant les citoyen-ne-s contre les nuisances sonores, la criminalité. Notre police, dans cette situation, est payée pour faire la chasse aux pauvres. Et l’argent du contribuable sert là à activer un déplacement sans fin, sans résultats. Cette situation en devient presque risible tellement elle est absurde. Combien de policiers engagés en plus cette année ? 19, rien qu’en ville, et combien au canton ? Cela fait cher la chasse aux pauvres. Et si on investissait plutôt dans le social, la santé, l’éducation maintenant, d’une manière plus durable ?

    http://commecacestdit.blog.tdg.ch/archive/2013/11/04/une-nuit-dehors-avec-les-roms-249362.html

    #Genève #Suisse #police #géographie_de_la_nuit #discrimination #errance #mobilité

    cc @albertocamiphoto