• Coupe du monde 2022 : des « esclaves » népalais morts au Qatar sur les chantiers

    D’après l’ambassadeur du Népal à Doha, le Qatar est une « prison à ciel ouvert ». Une trentaine d’ouvriers ont trouvé refuge dans la représentation diplomatique.

    Publié le 26 septembre 2013 à 11h09 - Mis à jour le 03 octobre 2013 à 12h34

    Dans un rapport publié jeudi, Amnesty international accuse le pays de ne pas mener les réformes qui pourraient améliorer la situation.

    D’après des documents confiés par l’ambassade du Népal à Doha au journal britannique The Guardian, au moins 44 ouvriers népalais employés sur des chantiers de construction des sites de la #Coupe_du_monde 2022 au #Qatar sont morts entre le 4 juin et le 8 août. Jeunes pour la plupart, ils ont été victimes d’attaques et insuffisances cardiaques ainsi que d’#accidents sur leur lieu de travail. Tous exerçaient dans des conditions d’exploitation qui s’apparentent à de l’#esclavage moderne.

    L’émirat affiche la part de travailleurs #migrants rapportée à sa population la plus importante au monde. Plus de 90 % de la main-d’œuvre est composée d’immigrés et, d’après The Guardian, « 1,5 million d’ouvriers supplémentaires doivent être recrutés pour construire les stades, les routes, les ports et les hôtels nécessaires au bon déroulement du tournoi » de #football. Les Népalais comptent pour 40 % d’entre eux, et plus de 100 000 se sont rendus au Qatar l’an passé. Ils constituent la main-d’œuvre principalement employée pour l’organisation du #Mondial.

    Au rythme actuel des décès sur les chantiers au Qatar, au moins 4 000 ouvriers pourraient mourir dans l’Emirat avant même le coup d’envoi du Mondial 2022, a accusé la Confédération internationale des syndicats dans les colonnes du Guardian jeudi

    UNE « PRISON À CIEL OUVERT »

    L’enquête du Guardian évoque des éléments qui démontrent une vaste exploitation des ouvriers étrangers, du #travail_forcé – parfois par 50 °C –, un refus d’accès à l’eau potable – pourtant gratuite – et des violations multiples des normes internationales en matière de droit des travailleurs. Dans des conditions sanitaires alarmantes, certains de ces ouvriers étrangers dorment à douze dans une chambre d’hôtel insalubre, en proie aux maladies.

    Le voyage depuis le plateau himalayen jusqu’aux déserts de la péninsule arabique coûte une fortune aux migrants, obligés de s’endetter pour payer les agences qui prennent en charge leur transfert. Les taux d’intérêt de leurs emprunts sont exorbitants – le journal parle de 36 %. Sur place, ils sont souvent payés avec plusieurs mois de retard, et leurs salaires retenus pour les empêcher de fuir. Certains ont vu leurs passeport ou pièces d’identité confisqués. 

    Un jeune ouvrier de 27 ans, Ram Kumar Mahara, raconte au quotidien britannique qu’il a gardé le ventre vide pendant vingt-quatre heures, après douze heures de travail et une nuit entière : « Quand je me suis plaint, mon chef m’a chassé du camp de travail. J’ai dû mendier la nourriture des autres travailleurs parce qu’il refusait de me payer. »

    Le corps d’un garçon de 16 ans a été renvoyé à sa famille seulement six semaines après que le jeune homme fut arrivé dans l’émirat pour travailler. D’après l’ambassadeur népalais à Doha, le Qatar est une « prison à ciel ouvert ». Une trentaine d’ouvriers ont trouvé refuge dans la représentation diplomatique.

    Selon Aidan McQuaid, directeur de « Anti-Slavery International », les documents publiés par The Guardian jeudi « laissent indiquer du travail forcé, et ça a même l’air d’aller au-delà ». « Ce n’est pas vraiment un secret, mais il n’y a pas d’effort concerté de la part des autorités qatariennes pour y mettre fin », a expliqué M. McQuaid à l’AFP.

    « AUCUNE EXCUSE »

    Le Comité suprême Qatar 2022, structure chargée de préparer la Coupe du monde, s’est dit « profondément préoccupé par ces allégations visant certains prestataires et sous-traitants du site de construction de Lusail City et considère la question avec le plus grand sérieux ».

    « Comme tous ceux qui ont vu les photos et lu l’article (du Guardian), nous sommes choqués », a ajouté le Comité organisateur de la compétition. « Il n’y a aucune excuse pour que les ouvriers soient traités ainsi au Qatar ou ailleurs... La santé, la sécurité et le bien-être de tous ceux qui travaillent à la préparation de la Coupe du monde 2022 sont de la plus haute importance pour le Comité d’organisation. Le tournoi doit aider à l’amélioration de la vie des travailleurs au Qatar ».

    Selon un des ses porte-parole, la FIFA va « entrer en contact avec les autorités du Qatar, et la question sera également discutée lors de la réunion du comité exécutif sur le point Coupe du monde 2022 au Qatar les 3 et 4 octobre 2013 à Zurich. » Les autorités, assure-t-on, ont lancé une enquête.

    #qatargate #fifa

    https://www.lemonde.fr/sport/article/2013/09/26/des-esclaves-nepalais-morts-au-qatar-sur-les-chantiers-de-la-coupe-du-monde_

  • Une caissière licenciée après une fausse couche déboutée par les prud’hommes Le Figaro avec AFP - 25 Septembre 2019
    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/une-caissiere-licenciee-apres-une-fausse-couche-deboutee-par-les-prud-homme

    Licenciée en 2016 par son employeur, cette caissière se voit déboutée par les prud’hommes. Elle avait fait une fausse couche après avoir porté de lourdes charges au travail.

    Une caissière victime d’une fausse couche au travail qui contestait son licenciement en 2016 devant les prud’hommes de Bobigny a été déboutée mercredi, selon son avocat.

    « C’est extrêmement décevant mais nous allons interjeter appel, nous irons jusqu’au bout », a déclaré Maître Montasser Charni. « Il semble que le conseil des prud’hommes ait déconnecté le licenciement de la fausse couche subie par ma cliente », a-t-il précisé. L’avocat n’avait pas encore eu connaissance des motivations du jugement. L’avocat du supermarché rebaptisé Marché Frais, Maître Norbert Thomas, n’a pas pu être joint.

    Ayélé Ajavon avait fait une fausse couche à quatre mois et demi de grossesse sur son lieu de travail du magasin O’Marché frais de La Courneuve. Elle avait été convoquée quelques semaines après son retour au travail après deux mois d’arrêt maladie, en vue de son licenciement, intervenu quatre mois après la fausse couche pour « fautes liées à l’exécution de son contrat ». « On lui reprochait des erreurs de caisse », précise Maître Charni. Ayélé Ajavon a toujours nié ces erreurs de caisse, expliquant que sa caisse étant reliée à une console centrale, des articles ont pu être ajoutés sans qu’elle en ait connaissance. Ayélé Ajavon estimait que son licenciement était directement lié à sa fausse couche, causée selon elle par ses conditions de travail. Selon son avocat, elle avait porté des charges lourdes avant de perdre les eaux derrière son tapis de caisse.

    #Femmes #prudhommes #droit_du_travail #justice #droits_sociaux #caissière #grande_distribution #travail #santé #esclavage

  • Le scandale Epstein ébranle un laboratoire du MIT
    https://www.lemonde.fr/international/article/2019/09/08/le-scandale-epstein-ebranle-un-laboratoire-du-mit-et-le-new-york-times_55079

    Avant sa première condamnation, Jeffrey Epstein s’est montré généreux envers les grands scientifiques de la côte Est, parmi lesquels des prix Nobel de Physique, qu’il recevait sur son île privée des Bahamas, où se déroulaient en partie ses agressions sexuelles. A défaut d’être complice, chacun fermait l’œil. Ce système aurait permis à M. Epstein d’acheter le silence de chacun pour cacher ses méfaits. La donne change après sa première condamnation de 2008. Ceux qui ont continué de le fréquenter l’ont fait en connaissance de cause, en se masquant, tel Joichi Ito (nul dans le débat américain n’a défendu qu’Epstein avait à l’époque purgé sa peine).

    M. Ito dirigeait le Media Lab depuis 2011. Ce centre de recherche explore de nombreuses disciplines, notamment la technologie numérique, la robotique et la neurobiologie. Son budget annuel est de 80 millions de dollars, et financé notamment par Comcast, Exxon, Google, Nike, PepsiCo and Salesforce. Chaque année, il décerne un « prix de la désobéissance » d’un montant 250 000 dollars à ceux qui « mettent en cause les normes, les règles ou les lois qui permettent aux injustices de perdurer dans la société ». En 2018, il avait récompensé le mouvement #metoo, né du scandale Weinstein, prédateur sexuel d’actrices. Il ne sera pas décerné en 2019.

    A défaut d’être complice, chacun fermait l’œil.
    ou
    A défaut d’être aveugle, chacun était complice.

    #male_gaze #fraternité #déni #allié
    #femmes #science #esclavage #culture_du_viol
    #prix_nobel #grand_homme #sexisme_geek

  • How Slavery Shaped American Capitalism
    https://jacobinmag.com/2019/08/how-slavery-shaped-american-capitalism

    En Allemagne la raison pour la forme dogmatique et extrémiste de la définition du droit à la propriété et du droit d’y appliquer un contrôle total est dû à l’influence des Etats Unis depuis la création de l’état allemand occidental. Les réactions énervés des propriétaures dans l’actuel débat autour de la limitation des loyers à Berlin en est l’expression. L"intérêt commun compte peu quand il est l’expression des besoins immédiats de personnes physiques contrairement aux capitalistes et personnes juridiques dont les droits individuels sont rarement contestés. On comprend l’importance de la lutte contre le racisme.pour chacun de nous. Il ne faut jamais céder à la discrimination raciale ou sexiste.

    Slave-owners were particularly afraid of allowing democratic control over property because they were literally afraid of their property. They were haunted by the threat of slave insurrections, as well as foreign armies turning their slaves into enemy soldiers through offers of freedom (as the British had recently done). Einhorn concludes that “if property rights have enjoyed unusual sanctity in the United States, it may be because this nation was founded in a political situation in which the owners of one very significant form of property thought their holdings were insecure.”

    L’article du Jacobin continue en décrivant les conséquences des normes constitutionnelles.

    The resulting balance of strong property protections and weak regulatory and taxing power ... helped shift American capitalism onto the low road . In addition to the profound effect of slavery on America’s enduring racial inequality, slavery’s legacy for American capitalism may thus be found more in the structural constraints on US politics than in its direct contributions to the nineteenth-century American economy.

    Aujourd’hui ce problème touche de plus en plus de nations à cause de l’influence qu’exerce l’impérialisme étatsunien par sa stratégie déstructrice. Les techniques du state building censés éliminer le chaos laissé par les « guerres des peuples immatures » comprennent bien sûr l’extension des définitions juridiques étatsuniennes de la propriété privé aux pays à pacifier.

    #USA #Allemagne #racisme #constitution #propriété_privée #esclavage #impérialisme

  • #Fatou_Diome : « La rengaine sur la #colonisation et l’#esclavage est devenue un fonds de commerce »

    L’écrivaine franco-sénégalaise s’exprime sans filtre sur son enfance, l’immigration, le féminisme, ou la pensée « décoloniale » qui a le don de l’irriter…

    Fatou Diome écrit comme elle parle, avec fougue et sensibilité. Que ce soit dans ses romans ou dans ses prises de paroles publiques, l’auteure franco-sénégalaise use avec habileté de cette langue piquante qui frôle parfois la satire. Dans son premier roman à succès, Le Ventre de l’Atlantique (éd. Anne Carrière, 2003), elle donnait la parole à cette jeunesse sénégalaise piégée dans le désir d’Europe et ses mirages tragiques. Les œuvres de Fatou Diome offrent aussi une voix aux femmes, héroïnes du quotidien quand les maris migrent (Celles qui attendent, éd. Flammarion, 2010) ou disparaissent tragiquement, comme dans son nouveau roman, Les Veilleurs de Sangomar (éd. Albin Michel), en librairie le 22 août.

    Installée à Strasbourg depuis vingt-cinq ans, Fatou Diome observe et critique sa société d’origine et son pays d’accueil. En vingt ans de carrière, elle a publié une dizaine de romans, de nouvelles et un essai remarqué en 2017, Marianne porte plainte ! (éd. Flammarion), véritable pamphlet contre les discours identitaires, racistes, sexistes et islamophobes. Dans cet entretien, Fatou Diome s’exprime sans filtre sur son enfance aux marges, l’immigration, le féminisme, ou la pensée « décoloniale » qui a le don de l’irriter…
    D’où vient votre nom, Diome ?

    Fatou Diome Au Saloum, région située sur la côte sud du Sénégal, les Diome sont des Sérères-Niominkas, des Guelwaar. Il est dit que ce peuple était viscéralement attaché à sa liberté.
    Pourtant, écrivez-vous dans Le Ventre de l’Atlantique, votre nom suscitait la gêne à Niodior, votre village natal…

    Oui, car je suis née hors mariage d’un amour d’adolescents. A cette époque, j’étais la seule de l’île à porter ce nom car mon père est d’un autre village. Enfant, je ne comprenais pas pourquoi la simple prononciation de mon nom suscitait le mépris. J’ai compris plus tard que ce sentiment de gêne diffuse que je ressentais autour de moi venait du fait que j’étais supposée être « l’enfant du péché ».

    Cette ostracisation était d’autant plus injuste que l’idée « d’enfant illégitime » n’existait pas chez les Sérères animistes jusqu’au milieu du XIXe siècle et la domination des religions monothéistes. Jusque-là, au contraire, avoir un enfant des fiancés avant le mariage était le meilleur moyen de s’assurer que le prétendant était fertile. C’était même une tradition dans l’aristocratie sérère notamment, où la lignée était matrilinéaire. « Domou Djitlé », qui signifie « enfant illégitime », est une expression wolof, qui n’existe pas en sérère.
    Comment enfant affrontiez-vous cette marginalisation ?

    En renonçant à ceux qui me calomniaient. Cette indépendance m’est venue des conseils de mon grand-père maternel, un marin qui, dans l’Atlantique, devait sans cesse trouver des solutions. Je l’accompagnais souvent en mer. Quand le vent soufflait trop fort et que je pleurais, il me lançait : « Tu crois que tes pleurs vont nous ramener plus vite au village ? Allez, rame ! » C’est une leçon que j’ai retenue : les jérémiades ne sauvent de rien.
    A quel moment vous êtes-vous réappropriée votre nom ?

    A l’école. L’instituteur, qui était lui-même marginalisé car étranger, m’a expliqué le sens du diome : la dignité. C’était énorme ! La « bâtarde du village » était donc la seule à s’appeler dignité ! (Rires)

    Et puis un jour, j’ai rencontré mon père. C’était un homme adorable, un sculptural champion de lutte ! Ma mère avait eu de la chance d’aimer cet athlète magnifique ! Porter son nom est une fierté. Je suis le fruit d’un amour absolu, un amour souverain qui n’a demandé nulle permission aux faux dévots.
    Etre une enfant illégitime, c’était aussi risquer de ne pas survivre à la naissance…

    Oui et je dois la vie sauve à ma grand-mère maternelle, qui m’a accueillie au monde, dans tous les sens du terme. C’est elle qui a fait la sage-femme. Elle aurait pu m’étouffer à la naissance comme le voulait la tradition, mais elle a décidé de me laisser vivre et de m’élever. Elle me disait souvent que je n’étais pas illégitime mais légitimement vivante, comme tout enfant.
    Cette jeune grand-mère vous a allaitée. Quelle fut votre relation avec elle ?

    Très forte. Elle était et restera ma mamie-maman. Jusqu’à sa mort, je l’appelais Maman. Enfant, je dormais avec elle. Plus tard, j’insistais pour faire la sieste avec elle lors de mes visites. Comme un bébé, je gardais une main sur sa poitrine. Ma grand-mère, j’en suis convaincue, était la meilleure mère possible pour moi. Pardon pour l’autre dame…
    Votre mère…

    Oui. Avec elle, j’avais étrangement une relation de grande sœur. Et plus tard, je l’ai prise sous mon aile car j’étais plus combative et plus indépendante qu’elle. J’ai choisi ma vie, elle non. Et c’est pour cette raison que j’ai dit dans Le Ventre de l’Atlantique que « j’écris, pour dire et faire tout ce que ma mère n’a pas osé dire et faire ». Elle a par exemple subi la polygamie, une maladie que je n’attraperai jamais.
    Qu’aviez-vous à dire quand vous avez commencé à écrire à 13 ans ?

    Ecrire était une nécessité. Il me fallait comprendre pourquoi, par exemple, telle tante me câline devant mes grands-parents puis me traite de « bâtarde » en leur absence. L’écriture s’est imposée à l’âge de 13 ans, lorsque j’ai quitté le village pour poursuivre mes études en ville. Pour combler ma solitude, je noircissais des cahiers. Une fois, j’ai même réécrit Une si longue lettre de Mariama Bâ. Dans ma version vitaminée, les femmes n’étaient plus victimes de leur sort, mais bien plus combatives. J’aime celles qui dansent avec leur destin, sans renoncer à lui imposer leur tempo.

    Vous épousez ensuite un Alsacien et vous vous installez à Strasbourg. En France, vous découvrez une autre forme de violence, le racisme. Comment y avez-vous survécu ?

    En m’appropriant ce que je suis. J’ai appris à aimer ma peau telle qu’elle est : la couleur de l’épiderme n’est ni une tare ni une compétence. Je sais qui je suis. Donc les attaques des idiots racistes ne me blessent plus.
    Etre une auteure reconnue, cela protège-t-il du racisme ?

    Reconnue ? Non, car la réussite aussi peut déchaîner la haine. On tente parfois de m’humilier. C’est par exemple ce policier des frontières suspicieux qui me fait rater mon vol car il trouve douteux les nombreux tampons sur mon passeport, pourtant parfaitement en règle. Ou ce journaliste parisien qui me demande si j’écris seule mes livres vus leur structure qu’il trouve trop complexe pour une personne qui n’a pas le français comme langue maternelle. Ou encore cette femme qui, dans un hôtel, me demande de lui apporter une plus grande serviette et un Perrier… Le délit de faciès reste la croix des personnes non caucasiennes.
    La France que vous découvrez à votre arrivée est alors bien éloignée de celle de vos auteurs préférés, Yourcenar, Montesquieu, Voltaire…

    Cette France brillante, je l’ai bien trouvée mais on n’arrête pas de la trahir ! Il faut toujours s’y référer, la rappeler aux mémoires courtes. Cette France, elle est bien là. Seulement, les sectaires font plus de bruit. Il est temps que les beaux esprits reprennent la main !
    Qui la trahit, cette France ?

    Ceux qui lui font raconter le contraire de ce qu’elle a voulu défendre. Pour bien aimer la France, il faut se rappeler qu’elle a fait l’esclavage et la colonisation, mais qu’elle a aussi été capable de faire la révolution française, de mettre les droits de l’homme à l’honneur et de les disperser à travers le monde. Aimer la France, c’est lui rappeler son idéal humaniste. Quand elle n’agit pas pour les migrants et les exploite éhontément, je le dis. Quand des Africains se dédouanent sur elle et que des dirigeants pillent leur propre peuple, je le dis aussi. Mon cœur restera toujours attaché à la France, et ce même si cela m’est reproché par certains Africains revanchards.

    Vous vivez en France depuis 1994. Les statistiques officielles démontrent la persistance de discriminations en matière de logement ou de travail contre notamment des Français d’origine africaine dans les quartiers populaires. Que dites-vous à ces jeunes Noirs ?

    Qu’ils prennent leur place ! Vous savez, au Sénégal, un jeune né en province aura moins de chance de réussir que celui issu d’une famille aisée de la capitale. La différence, c’est qu’en France, cette inégalité se trouve aggravée par la couleur. Ici, être noir est une épreuve et cela vous condamne à l’excellence. Alors, courage et persévérance, même en réclamant plus de justice.
    Cette course à l’excellence peut être épuisante quand il faut en faire toujours plus…

    Si c’est la seule solution pour s’en sortir, il faut le faire. Partout, la dignité a son prix. On se reposera plus tard, des millénaires de sommeil nous attendent.

    Vous avez suivi une formation en lettres et philosophie à l’université de Strasbourg avec un intérêt particulier pour le XVIIIe siècle. Que pensez-vous des critiques portées par le courant de pensée « décoloniale » à l’égard de certains philosophes des Lumières ?

    Peut-on éradiquer l’apport des philosophes des Lumières dans l’histoire humaine ? Qui veut renoncer aujourd’hui à L’Esprit des lois de Montesquieu ? Personne. Les Lumières ont puisé dans la Renaissance, qui s’est elle-même nourrie des textes d’Averroès, un Arabe, un Africain. C’est donc un faux débat ! Au XVIIIe siècle, la norme était plutôt raciste. Or Kant, Montesquieu ou Voltaire étaient ouverts sur le monde. Ils poussaient déjà l’utopie des droits de l’homme. On me cite souvent Le Nègre du Surinam pour démontrer un supposé racisme de Voltaire. Quel contresens ! Ce texte est une ironie caustique. Voltaire dit à ses concitoyens : « C’est au prix de l’exploitation du nègre que vous mangez du sucre ! »

    Par ailleurs, chez tous les grands penseurs, il y a souvent des choses à jeter. Prenez l’exemple de Senghor. Sa plus grande erreur d’emphase et de poésie fut cette phrase : « L’émotion est nègre, la raison hellène. » Cheikh Anta Diop, bien qu’Africain, était un grand scientifique quand Einstein était doté d’une grande sensibilité. Cette citation est donc bête à mourir, mais devons-nous jeter Senghor aux orties ?

    On constate tout de même une domination des penseurs occidentaux dans le champ de la philosophie par exemple…

    Certaines choses sont universelles. Avec Le Vieil Homme et la mer, Hemingway m’a fait découvrir la condition humaine de mon grand-père pêcheur. Nous Africains, ne perdons pas de temps à définir quel savoir vient de chez nous ou non. Pendant ce temps, les autres n’hésitent pas à prendre chez nous ce qui les intéresse pour le transformer. Regardez les toiles de Picasso, vous y remarquerez l’influence des masques africains…
    Vous estimez donc que le mouvement de la décolonisation de la pensée et des savoirs, porté par un certain nombre d’intellectuels africains et de la diaspora, n’est pas une urgence ?

    C’est une urgence pour ceux qui ne savent pas encore qu’ils sont libres. Je ne me considère pas colonisée, donc ce baratin ne m’intéresse pas. La rengaine sur la colonisation et l’esclavage est devenue un fonds de commerce. Par ailleurs, la décolonisation de la pensée a déjà été faite par des penseurs tels que Cheikh Anta Diop, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor ou encore Frantz Fanon. Avançons, en traitant les urgences problématiques de notre époque.
    A l’échelle de la longue histoire entre l’Afrique et l’Occident, ce travail de décolonisation de la pensée, débuté il y a quelques décennies, n’est peut-être pas achevé ?

    Je pense, comme Senghor, que nous sommes à l’ère de la troisième voie. Nous, Africains, ne marchons pas seulement vers les Européens ; eux ne marchent pas que vers nous. Nous convergeons vers la même voie, la possible conciliation de nos mondes. La peur de vaciller au contact des autres ne peut vous atteindre quand vous êtes sûr de votre identité. Me concernant, ce troisième millénaire favorise la rencontre. Je sais qui je suis, je ne peux pas me perdre en Europe car, non seulement je récite mon arbre généalogique, mais je séjourne régulièrement dans mon village.

    Après tous les efforts de Senghor, Césaire, Fanon, en sommes-nous encore à nous demander comment nous libérer de l’esclavage et de la colonisation ? Pendant ce temps, où nous stagnons, les Européens envoient Philae dans l’espace… L’esclavage et la colonisation sont indéniablement des crimes contre l’humanité. Aujourd’hui, il faut pacifier les mémoires, faire la paix avec nous-mêmes et les autres, en finir avec la littérature de la réactivité comme le dit si bien l’historienne Sophie Bessis.
    Cette histoire dramatique, loin d’être un chapitre clos, continue pourtant de marquer le présent des Africains et les relations avec d’anciennes puissances coloniales…

    Pour moi, il y a plus urgent. La priorité, c’est l’économie. Faisons en sorte que la libre circulation s’applique dans les deux sens. Aujourd’hui, depuis l’Europe, on peut aller dîner à Dakar, sans visa. Le contraire est impossible ou alors le visa vous coûtera le salaire local d’un ouvrier. Pourquoi attendre une forme de réparation de l’Europe, comme un câlin de sa mère ? Pourquoi se positionner toujours en fonction de l’Occident ? Il nous faut valoriser, consommer et, surtout, transformer nos produits sur place. C’est cela l’anticolonisation qui changera la vie des Africains et non pas la complainte rance autour de propos tenus par un de Gaulle ou un Sarkozy.
    On sent que ce mouvement vous irrite…

    Je trouve qu’il y a une forme d’arrogance dans cette injonction et cette façon de s’autoproclamer décolonisateur de la pensée des autres. C’est se proclamer gourou du « nègre » qui ne saurait pas où il va. Je choisis mes combats, l’époque de la thématique unique de la négritude est bien révolue.
    Votre roman Le Ventre de l’Atlantique (2003) a été l’un des premiers à aborder le thème de la migration vers l’Europe. Que dites-vous à cette jeunesse qui continue de risquer sa vie pour rejoindre d’autres continents ?

    Je leur dirai de rester et d’étudier car, en Europe aussi, des jeunes de leur âge vivotent avec des petits boulots. Quand je suis arrivée en France, j’ai fait des ménages pour m’en sortir, après mon divorce. J’ai persévéré malgré les humiliations quotidiennes et les moqueries au pays.

    Si je suis écrivain, c’est parce que j’ai usé mes yeux et mes fesses à la bibliothèque. J’ai toujours écrit avec la même rigueur que je nettoyais les vitres. Aux jeunes, je dirai que l’école a changé ma vie, elle m’a rendue libre.
    La tentation est grande de partir vu le manque d’infrastructures dans de nombreux pays africains. Comment rester quand le système éducatif est si défaillant ?

    La responsabilité revient aux dirigeants. Ils doivent miser sur l’éducation et la formation pour garder les jeunes, leur donner un avenir. Il faudrait que les chefs d’Etat respectent plus leur peuple. Il n’y a qu’à voir le silence de l’Union africaine face au drame des migrants. Quand les dirigeants baissent la tête, le peuple rampe.
    Quel regard portez-vous sur le durcissement de la politique migratoire européenne ? Dernier acte en date, le décret antimigrants adopté par l’Italie qui criminalise les sauvetages en mer…

    L’Europe renforce sa forteresse. Mais qui ne surveillerait pas sa maison ? Les pays africains doivent sortir de leur inaction. Pourquoi n’y a-t-il pas, par exemple, de ministères de l’immigration dans nos pays ? C’est pourtant un problème majeur qui touche à l’économie, la diplomatie, la santé, la culture. Si l’Afrique ne gère pas la situation, d’autres la géreront contre elle. Elle ne peut plus se contenter de déplorer ce que l’Europe fait à ses enfants migrants.

    Vous avez écrit sur la condition féminine, le rapport au corps de la femme au Sénégal et la fétichisation dont vous avez été victime en France en tant que femme noire. Vous sentez-vous concernée par le mouvement #metoo ?

    Je comprends ce combat, mais je considère qu’Internet n’est pas un tribunal. Les femmes doivent habiter leur corps et leur vie de manière plus souveraine dans l’espace social et public. Il faut apprendre aux jeunes filles à s’armer psychologiquement face aux violences, par exemple le harcèlement de rue. Il faut cesser de se penser fragiles et porter plainte immédiatement en cas d’agression.
    La lutte contre les violences faites aux femmes revient aussi aux hommes…

    En apprenant aux femmes à habiter leur corps, à mettre des limites, on leur apprend aussi à éduquer des fils et des hommes au respect. Le féminisme, c’est aussi apprendre aux garçons qu’ils peuvent être fragiles, l’agressivité n’étant pas une preuve de virilité, bien au contraire. Me concernant, malgré la marginalisation à laquelle j’ai été confrontée, je ne me suis jamais vécue comme une femme fragile, ni otage de mon sexe, mes grands-parents m’ayant toujours traitée à égalité avec les garçons.
    Vous sentez-vous plus proche du féminisme dit universaliste ou intersectionnel ?

    Je me bats pour un humanisme intégral dont fait partie le féminisme. Mon féminisme défend les femmes où qu’elles soient. Ce qui me révolte, c’est le relativisme culturel. Il est dangereux d’accepter l’intolérable quand cela se passe ailleurs. Le cas d’une Japonaise victime de violences conjugales n’est pas différent de celui d’une habitante de Niodior ou des beaux quartiers parisiens brutalisée. Lutter pour les droits humains est plus sensé que d’essayer de trouver la nuance qui dissocie. Mais gare à la tentation d’imposer sa propre vision à toutes les femmes. L’essentiel, c’est de défendre la liberté de chacune.

    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/08/25/fatou-diome-la-rengaine-sur-la-colonisation-et-l-esclavage-est-devenue-un-fo

    #interview #féminisme #racisme #approche_décoloniale #post-colonialisme #décolonialisme #pensée_décoloniale #xénophobie #migrations #émigration #discrimination #décolonisation_de_la_pensée #Afrique #Senghor #Césaire #Fanon #libre_circulation #anticolonisation #féminisme #humanisme_#intégral #relativisme_culturel #droits_humains #liberté

    • Quelques perles quand même:

      L’Europe renforce sa forteresse. Mais qui ne surveillerait pas sa maison ?

      Il faut apprendre aux jeunes filles à s’armer psychologiquement face aux violences, par exemple le harcèlement de rue. Il faut cesser de se penser fragiles et porter plainte immédiatement en cas d’agression.

      déçu...

    • @sinehebdo, j’ajouterais :

      C’est une urgence pour ceux qui ne savent pas encore qu’ils sont libres. Je ne me considère pas colonisée, donc ce baratin ne m’intéresse pas. La rengaine sur la colonisation et l’esclavage est devenue un fonds de commerce. Par ailleurs, la décolonisation de la pensée a déjà été faite par des penseurs tels que Cheikh Anta Diop, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor ou encore Frantz Fanon. Avançons, en traitant les urgences problématiques de notre époque.

      Mais celle-ci par contre est selon moi au coeur des politiques xénophobes que l’Europe et les pays qui la composent mettent en oeuvre :

      La #peur de vaciller au contact des autres ne peut vous atteindre quand vous êtes sûr de votre #identité.

  • Jesus versus Salvini. Les esclaves de l’agro-industrie

    Dans le sud de l’Italie, le réalisateur suisse Milo Rau réalise un film sur le Nouveau Testament dont les actrices et acteurs sont des migrant·es.

    Aktuell verfilme ich in Süditalien das Neue Testament. Jesus, der übers Wasser geht, das letzte Abendmahl, schließlich die Passion Christi: All das findet diesen Sommer noch einmal statt, in den Flüchtlingslagern und vor filmhistorischer Kulisse in Matera. Die Kreuzigung ist auf den 6. Oktober in Matera geplant, die Auferstehung auf den 10. Oktober im Nationaltheater in Rom – in Anwesenheit von Politikerinnen der auseinanderfallenden italienischen Regierungskoalition und hoher Würdenträger des Vatikans.

    Die Sache begann durch einen Zufall. Meine Stücke touren oft in Italien, und als Matera zur europäischen Kulturhauptstadt 2019 ernannt wurde, bekam ich eine Mail: Ob ich inszenieren wolle in der Stadt, in der Pasolini und Mel Gibson ihre Jesusfilme drehten? Ich entschied mich, die Passion Christi zu verfilmen und begann mit dem Casting. Pasolinis Jesus, Enrique Irazoqui, spielt in unserem „Neuen Evangelium“ Johannes den Täufer; Maia Morgenstern, die Heilige Maria von Mel Gibson, wird noch einmal die Mutter des christlichen Propheten darstellen.

    Die römischen Soldaten werden von Polizisten verkörpert, die sonst Flüchtlingslager schließen. Und Pontius Pilatus gibt ein gemäßigter Materaner Politiker, der wie der historische Pilatus die Politik Roms unwillig – aber im Endeffekt natürlich widerstandslos – exekutiert.

    Doch die Hauptrollen dieses „Neuen Evangeliums“ werden von Migrant*innen, Kleinbauern und Aktivist*innen gespielt. Denn der Reisende, der sich dem Stiefelabsatz nähert, landet mitten in dem, was Karl Marx einst die „ursprüngliche Akkumulation“ genannt hat. Ein auf eine halbe Million Menschen geschätztes Heer von afrikanischen Sklavenarbeitern vegetiert in den über die Landschaft verteilten Lagern und Gettos dahin, nur um auf Tomaten- oder Orangen­plantagen für eine Handvoll Euro pro Tag ausgebeutet zu werden.

    Umgekehrte Globalisierung

    Sklaven sind diese Menschen, weil sie keine Papiere haben, weil sie in Schulden stecken, weil sie aufgrund des Dublin-Abkommens weder vor noch zurück können. Eine Art umgedrehte ­Globalisierung hat Süditalien zum ­Laboratorium des ultraliberalen Kapitalismus gemacht: Während im ausgehenden 20. Jahrhundert die Produktionsbetriebe zur billigen Arbeit gebracht wurden, wird im beginnenden 21. Jahrhundert die Arbeitskraft nach Europa geschleust. Das System ist ausweglos: Bezahlen die Kleinbauern die Erntearbeiter nicht miserabel, können sie nicht zu den Preisen produzieren, die die Discounter Lidl und Penny ihnen pro Kilo zahlen.

    Fast die komplette italienische Agrarindustrie wird so von mafiösen Zwischenhändlern kontrolliert, an reguläre Verträge ist nicht zu denken. Dass Salvini dieser Tage die italienische Regierung implodieren lässt, ist gewissermaßen konsequent. Der Staat hat sich aus dem Süden Italiens ohnehin seit Jahrzehnten zurückgezogen, Gesetze existieren nur auf dem Papier. Wie zur Zeit des römischen Kaisertums sehnen sich die Menschen nach charismatischer Herrschaft. Oder eben nach Gerechtigkeit.

    Was wäre einleuchtender, als hier den sozialrevolutionären Mythos der Jesusbewegung ins 21. Jahrhundert zu holen? Gottes Sohn ist in unserem „Neuen Evangelium“der Kameruner Yvan Sagnet, ein ehemaliger Plantagenarbeiter und Aktivist. Als seine Apostel*innen treten Bewohner*innen der Flüchtlingslager in Erscheinung, von den großen Konzernen in den Ruin getriebene Bauernaktivisten, Sexarbeiterinnen. Nächste Woche startet parallel zum Jesus-Dreh mit einem Marsch aus den Lagern die Kampagne „Rivolta della Dignità“ („Revolte der Würde“), die faire Arbeits- und Lebensbedingungen für Flüchtlinge, globale Reisefreiheit und ein Bürgerrecht für alle fordert.

    Jesus versus Salvini, Gerechtigkeit versus Ausbeutung – noch nie habe ich vor Ort ein Projekt so wenig erklären müssen. Und vielleicht nicht ganz unpassenderweise wird kurz vor unserem Jesus-Film in Matera ein Film abgedreht, der sich ganz klassisch mit der Rettung der Welt vor dem Bösen befasst: die neue James-Bond-Folge.

    https://taz.de/Jesus-versus-Salvini/!5616152

    #migration #agro-industrie #captialisme #esclavage_moderne

  • American Capitalism Is Brutal. You Can Trace That to the Plantation. - The New York Times
    https://www.nytimes.com/interactive/2019/08/14/magazine/slavery-capitalism.html

    This is a capitalist society. It’s a fatalistic mantra that seems to get repeated to anyone who questions why America can’t be more fair or equal. But around the world, there are many types of capitalist societies, ranging from liberating to exploitative, protective to abusive, democratic to unregulated. When Americans declare that “we live in a capitalist society” — as a real estate mogul told The Miami Herald last year when explaining his feelings about small-business owners being evicted from their Little Haiti storefronts — what they’re often defending is our nation’s peculiarly brutal economy. “#Low-road_capitalism,” the University of Wisconsin-Madison sociologist Joel Rogers has called it. In a capitalist society that goes low, wages are depressed as businesses compete over the price, not the quality, of goods; so-called unskilled workers are typically incentivized through punishments, not promotions; inequality reigns and poverty spreads. In the United States, the richest 1 percent of Americans own 40 percent of the country’s wealth, while a larger share of working-age people (18-65) live in poverty than in any other nation belonging to the Organization for Economic Cooperation and Development (O.E.C.D.).

    #capitalisme #etats-unis #inégalités #esclavage #exploitation

  • Inde : des travailleuses des champs privées de leur utérus « pour améliorer leur rendement »
    RTBF, le 18 juin 2019
    https://www.rtbf.be/info/monde/detail_inde-des-travailleuses-des-champs-privees-de-leur-uterus-pour-ameliorer-

    Beed : High hysterectomy rate among sugarcane cutters signals unethical medical practices, poor work conditions
    Meena Menon, First Post, le 16 juin 2019
    https://www.firstpost.com/india/beed-high-hysterectomy-rate-among-sugarcane-cutters-signals-unethical-med

    Voir des histoires analogues de par le monde sexiste ici :
    #contraception_forcée

    #Inde #femmes #pauvres #stérilisation #hystérectomie #utérus #discriminations #sexisme #classisme #capitalisme

  • « Vos toilettes propres, nos propres papiers » Maxime Vancauwenberge - 17 Juin 2019 - Solidaire
    https://www.solidaire.org/articles/vos-toilettes-propres-nos-propres-papiers

    Ils et elles sont entre 100 000 et 150 000 en Belgique. Travailleurs et travailleuses sans-papiers. Hormis l’aide médicale urgente et la scolarisation de leurs enfants, les personnes sans-papiers ne jouissent d’aucun droit et ne reçoivent aucune aide. Beaucoup sont employées dans certains secteurs comme l’Horeca, la construction, et le nettoyage.

    « Elles ont peur parce qu’elles sont sans papiers. Elles ont peur des conséquences par rapport à leur employeur », commence Magali Verdier, l’animatrice du MOC (Mouvement ouvrier chrétien) qui coordonne la Ligue des Travailleuses Domestiques, juste avant le début de l’entretien. Nous voilà immédiatement plongés dans le quotidien des personnes sans-papiers : vivre caché et dans la peur. Mais depuis quelques mois, des travailleuses domestiques sans-papiers ont décidé de sortir de l’ombre. Elles revendiquent l’application de la Convention Internationale C189, ratifiée par la Belgique en 2011, qui garantit le respect de certains droits élémentaires comme un salaire minimum, le paiement des heures supplémentaires et la possibilité de porter plainte contre l’employeur en cas d’abus. Elles revendiquent également la possibilité de pouvoir rester légalement en Belgique et de pouvoir ainsi contribuer à la sécurité sociale de notre pays.

    « Le plus dur c’est de ne plus voir sa famille »
    « Je suis venue en Belgique un peu avant 2008 parce que je n’arrivais plus à joindre les deux bouts avec mes deux enfants lorsque leur papa nous a quittés. Je suis aide-soignante mais je travaillais souvent plusieurs mois sans être payée en Afrique. Je ne savais plus quoi faire. Mes enfants sont restés au Cameroun. Je ne savais pas où j’allais. Je ne pouvais pas emmener mes petits bouts avec moi. Je les ai laissés chez mes parents. Ils s’en sortent avec le peu que je leur envoie. Ils me manquent beaucoup. Je me sacrifie pour eux. J’aimerais pouvoir les revoir un jour. Ma maman aussi m’a demandé si elle allait me revoir avant de mourir », explique Lucie, la gorge nouée, avant d’éclater en sanglots. « C’est cela qui est vraiment le plus dur : ne plus pouvoir voir sa famille », confirme Alexandra, qui n’a pas pu assister à l’enterrement de son père. Alexandra est originaire de la Colombie, qu’elle a quittée il y a plus de 10 ans. Elle ne se voit pas retourner là-bas à présent. Elle se sent chez elle en Belgique. « Nous sommes beaucoup comme toi, Lucie. Il faut se battre », s’exclame Naima. Elle aussi, elle a quitté son pays, le Maroc, il y a plus de 10 ans, en laissant tout derrière elle. Là-bas, elle travaillait dans une banque mais n’était presque pas payée. « Je ne m’en sortais pas. » Elle a préféré tenter sa chance en Belgique.

    Maricel est un peu plus âgée. Elle a quitté les Philippines il y a 11 ans afin de pouvoir offrir un avenir à ses enfants restés aux pays. « Je discute avec eux chaque jour via Messenger mais je ne les ai pas vus depuis que je suis partie. Je suis aussi devenue grand-mère entre-temps et j’aimerais pouvoir voir mes petits-enfants… »

    « Certains me demandent de travailler pour 7 euros de l’heure »
    En Belgique, leur situation est cependant loin d’être enviable. Comme tous les sans-papiers, elles sont souvent utilisées comme main-d’œuvre corvéable à merci. « En 2008, j’ai commencé à travailler ici pour 800 euros par mois. De 8h du matin à 8h du soir. Je me suis enfuie. À présent, je suis payée 1 300 euros. Je travaille de 7h du matin à 7h du soir. Les employeurs savent que tu n’as pas de papiers. Ils savent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent », raconte Maricel.

    « La situation se dégrade, précise Lucia. Des employeurs osent me demander des choses qu’ils n’osaient pas il y a plusieurs années. Certains me demandent aujourd’hui de travailler pour 7 euros de l’heure et me raccrochent au nez lorsque je refuse ».

    « Après la crise, l’employeur a diminué mon salaire. Mais je n’ai rien osé dire parce que je n’ai pas de papiers », enchaîne une autre. « Nous sommes des esclaves. C’est ça ou la rue. Et même quand tout se passe bien avec l’employeur et qu’on est bien payée, il y a tout le reste. On est par exemple angoissée dans un bus, même quand on a acheté un ticket, parce qu’on risque un contrôle de police et d’être envoyée en centre fermé », continue Lucia.

    Alexandra estime qu’elle a de la chance : « De mon côté, je suis super-bien payée. J’ai aussi droit à des congés payés et des congés maladie. » En fait, elle gagne un peu plus que le salaire minimum. C’est ce qui symbolise le mieux la condition de ces travailleuses : être complètement à la merci de son employeur et s’estimer chanceuse lorsque celui-ci n’en profite pas.

    « Nous voulons sortir de l’ombre »
    « En tant que travailleuse domestique, on est tout au fond du panier. Nous travaillons dans les soins aux personnes, nous occupons des enfants, des gens malades, des personnes âgées. Mais nous sommes vraiment précarisées, et c’est ça notre lutte. On veut rendre cette réalité visible », explique Lucia. « Nous faisons partie intégrante de l’économie. Nous remplissons des tâches essentielles dans la société. Nous voulons sortir de l’ombre », continue Lucie.

    « Le syndicat m’a rendu l’espoir que je pouvais améliorer ma situation. La Ligue nous permet de nous rendre compte que notre situation n’est pas unique. Que beaucoup d’autres sont dans notre situation. La Ligue nous aide beaucoup. J’espère qu’on va pouvoir rassembler toutes les femmes dans notre situation », s’enthousiasme Naima.

    Magali Verdier, l’animatrice du MOC, explique que la Ligue des Travailleuses Domestiques a en effet pour but de mettre en avant la situation très précaire dans laquelle les femmes sans-papiers se retrouvent, de lutter collectivement, d’intéresser les médias, et d’aller chercher du soutien dans la société. « La Ligue des Travailleuses Domestiques fait partie intégrante de la CSC et du combat plus large mené par l’organisation syndicale auquel les femmes de la Ligue prennent part également. »

    « Je suis optimiste. C’est déjà pas mal. Je pense que nous allons y arriver », dit Naima. « Moi aussi ! » répond Alexandra. Elles rient. Après deux heures de discussions, nous demandons si nous pouvons faire une photo d’elles. Elles hésitent. Certaines préfèrent se mettre de dos. Elles s’encouragent mutuellement et décident finalement de faire la photo à visage découvert. Pour sortir de l’ombre.

    #emploi #travail #femmes #sans-papiers #travailleuses domestiques #esclavage #luttes_sociales #Syndicats #syndicalisation #Belgique

    • Ouf,

      Voilà, c’est fini... Ce samedi, à partir de 23h30, Laurent Ruquier présentera l’ultime numéro d’On n’est pas couché de la saison sur France 2. Il sera entouré pour la dernière fois de Charles Consigny et Christine Angot, dont les départs de l’émission ont été annoncés la semaine dernière. L’animateur souhaite effectivement revoir en profondeur le format de son émission, à l’antenne depuis 2006 et dont les audiences se sont grandement essoufflées cette saison. Avec 925 000 téléspectateurs en moyenne (14% de PDA), le talk-show a rarement dépassé la barre du million de fidèles en audience linéaire et en a égaré près de 200 000 par rapport à la saison 2017-2018. La faute à un plateau souvent faiblard et à une diffusion de plus en plus tardive.

      yahoo.com

      Face au tollé provoqué par sa déclaration, Christine Angot a présenté ses excuses dans un communiqué :

      « Je regrette de ne pas avoir réussi à me faire comprendre dans l’émission du 1er juin et d’avoir blessé par mes propos. Mon intention était à l’opposé (...) explique-t-elle (...) J’ai voulu rapprocher les deux crimes contre l’humanité que sont l’esclavage et la Shoah, tout en prenant soin de spécifier la différence fondamentale de méthode dans la déshumanisation, d’un côté exterminer les personnes, de l’autre leur retirer leur humanité pour en faire des objets de commerce qu’on achète et qu’on vend.

      L’expression "en bonne santé" était cependant absurde », a-t-elle encore reconnu, avant de préciser qu’elle considérait qu’« indifférencier les souffrances infligées par ces crimes me paraît dangereux. L’indifférenciation pouvant conduire à l’indifférence. »

      La femme de lettres « regrette » encore de ne pas avoir « su trouver les mots » pour exprimer sa pensée avant de conclure : « Mon travail est de me faire comprendre. Je m’excuse d’y avoir échoué. Il me tenait à cœur d’éloigner la concurrence victimaire dont certains jouent. »

      Salutations attentives,

      Fabienne Abbou - Chargée de la médiation des programmes

      http://m.mediateur.francetv.fr/emissions/le-mediateur-des-programmes/vos-messages/trouver-les-mots_573860

      Ne pas réussir à se faire comprendre sur le plateau d’ONPC ne demande pas beaucoup de travail. Cette émission étant une des plus emblématique gabegie du service public.

  • Témoignages : le #travail_forcé, l’autre facette de l’enfer que vivent les migrants détenus en #Libye

    Agriculture, travaux ménagers, construction de bâtiments… En Libye, les migrants enfermés dans les centres de rétention officiels sont forcés de travailler pour des employeurs libyens, sans rémunération et avec la complicité des autorités.

    « Régulièrement, des Libyens viennent nous chercher en prison et nous forcent à travailler pour eux », affirme à InfoMigrants John*, un migrant érythréen enfermé dans le centre de détention officiel de #Zintan, au sud de Tripoli.

    « Lorsque j’étais au centre de Tarek-el-Matar [à Tripoli, ndlr], des hommes en armes choisissaient parmi nous des personnes pour les forcer à travailler », explique à son tour Landry, un migrant camerounais qui vit aujourd’hui en Tunisie, joint par InfoMigrants.

    « On travaille de 8h du matin à la tombée de la nuit »

    La rédaction d’InfoMigrants a récolté nombre de témoignages qui racontent la même histoire : des employeurs libyens qui entrent dans les centres officiels, avec la complicité des gardes, pour choisir plusieurs migrants et les obliger à travailler toute la journée. Le soir, ils sont re-déposés au centre, sans avoir perçu la moindre rémunération.

    Il existe en Libye 16 centres de détention officiels où s’entassent environ 6 000 migrants, selon les estimations d’Amnesty International données fin 2018. C’est là que les migrants interceptés en mer par les garde-côtes libyens sont envoyés.


    « On travaille de 8h du matin à la tombée de la nuit. Si la tâche donnée n’est pas terminée, ils peuvent nous forcer à travailler toute la nuit », précise encore Landry.

    Cette main-d’oeuvre gratuite est ainsi réquisitionnée pour travailler dans la construction de bâtiments, dans les champs d’oliviers ou la récolte de tomates, dans l’agriculture mais aussi effectuer des travaux ménagers. Les femmes, sont, elles, forcées de se prostituer ou d’effectuer des tâches domestiques chez des particuliers.

    « Nous en avons entendu parler sur les réseaux sociaux mais nous n’avons pas la confirmation que cela existe », déclare à InfoMigrants Sasfa Msehli de l’Organisation internationale des migrations (OIM) en Libye.

    Ce phénomène n’est pourtant pas nouveau. Il est documenté depuis plus de deux ans. Un rapport du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme (HCDH) et de la mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul) publié fin 2016 faisait déjà état de travaux forcés dans les centres de détention gérés par les autorités libyennes.

    « Si on refuse de les suivre, ils nous torturent et nous tuent »

    Des migrants « ont été forcés de travailler afin d’économiser suffisamment de fonds pour pouvoir sortir de détention. Après avoir travaillé toute la journée, certains sont ramenés dans les centres de détention le soir. D’autres sont détenus sur le lieu de travail pendant des semaines ou des mois », écrivent les auteurs du rapport.

    En décembre 2018, un rapport produit par les mêmes institutions réitère les observations de 2016. « Les hommes migrants et réfugiés sont régulièrement retirés de leur captivité pour effectuer des travaux manuels forcés […] », peut-on lire dans le document.

    Ces travaux forcés se font, par définition, sous la menace. « Si on refuse de les suivre, ils nous torturent, parfois nous tuent », signale Moussa, un Camerounais qui est passé par le centre de détention de Zouara, à l’ouest de Tripoli.

    « Lorsque je travaillais dans les champs, des hommes en armes contrôlaient ce que nous faisions. Si ça ne leur convenait pas ou si on s’arrêtaient quelques minutes, ils nous frappaient », assure de son côté Landry.

    Tous racontent aussi les privations de nourriture lors de leur journée de travail, sous le soleil brûlant de Libye. « Ils nous donnent seulement un morceau de pain et de l’eau », déplore John, toujours enfermé au centre de Zintan. « Le travail est très éprouvant, certains s’évanouissent ».

    « Les autorités légitiment cette pratique »

    Comment les migrants sont-ils choisis par les exploitants ? Souvent, ce sont les personnes les plus fortes physiquement qui sont désignées. « Si tu es costaud en Libye, tu es mort. Tu es réquisitionné pour toutes les tâches », se souvient Moussa.

    Le Camerounais explique aussi que les « anciens » ont plus de risques d’être exploités. « Les gardes ont espoir que les nouveaux arrivants puissent récupérer de l’argent de leur famille pour payer leur libération. Alors ils préfèrent envoyer les plus anciens pour les travaux forcés car ils savent qu’ils n’ont plus aucune chance de se faire de l’argent avec eux ». En d’autres mots, les plus anciens ne représentent plus aucun intérêt financier pour les gérants des centres de détention et sont donc à la merci des trafiquants.

    « Les autorités légitiment cette pratique », estime Hassiba Hadj-Sahraoui, conseillère aux affaires humanitaires de Médecins sans frontières (MSF), contactée par InfoMigrants. « Les employeurs passent des arrangements avec les gardes des centres de détention. Souvent, ils reçoivent de l’argent des trafiquants en échange de main d’œuvre gratuite ».

    Selon elle, les centres de détention sont une source de revenus pour de nombreux Libyens. « Tout le monde se fait de l’argent sur le dos des migrants, à tous les niveaux. Cela explique en partie que ces centres existent encore ».

    « Le système de détention libyen est en fait un système d’exploitation »

    Les travaux forcés ne se limitent pas à l’extérieur des prisons. Au sein même des centres de détention, certains migrants sont exploités par le personnel.

    « J’ai dû déboucher des toilettes du centre à mains nues, mais j’ai aussi été forcé de décharger des armes dans un entrepôt situé à quelques mètres de la prison », glisse Landry.

    Une pratique confirmée dans le rapport de 2018 du HCDC et de la Manul. Selon les auteurs, les migrants sont forcés de travailler « à l’intérieur des installations, notamment le nettoyage, la cuisine, le déchargement d’objets lourds et le lavage des véhicules des fonctionnaires de la DCIM [le département de lutte contre la migration illégale, chargé des centres de détention, ndlr] ».

    « Le système de détention libyen est en fait un système d’exploitation », déplore Hassiba Hadj-Sahraoui.
    Depuis 2016, l’Union européenne (UE) a signé un accord avec la Libye, permettant de fournir un appui logistique et matériel aux garde-côtes libyens. Pour les ONG, cet accord rend les États européens complices des exactions commises sur les migrants en Libye. En début de semaine, un collectif d’avocats a déposé plainte à la Cour pénale internationale (CPI) contre l’Union européenne pour « crimes contre l’humanité ».

    https://www.infomigrants.net/fr/post/17333/temoignages-le-travail-force-l-autre-facette-de-l-enfer-que-vivent-les
    #centres_de_détention #asile #migrations #réfugiés #esclavage_moderne
    ping @reka

    • Libye, loin des yeux, loin du cœur : reportage dans les centres de détention

      5 000 à 6 000 réfugiés et migrants sont détenus de façon arbitraire dans les centres de détention libyens qui dépendent du ministère de l’Intérieur basé à Tripoli.

      Ces derniers mois, leur situation s’est encore aggravée à cause du conflit qui a éclaté début avril entre le gouvernement libyen reconnu par les Nations unies et basé à Tripoli (GNA) et les forces de l’Armée Nationale Libyenne (ANL). Toutefois, malgré des appels répétés à la protection et à l’évacuation des réfugiés et des migrants détenus, ceux-ci ont peu de chances de parvenir en lieu sûr dans un avenir proche. Par ailleurs, nombre d’entre eux sont renvoyés de force dans ce même cycle de violences et de détention en Libye par les garde-côtes libyens soutenus par l’Union européenne.

      Loin de la zone de combat, des centaines de personnes restent enfermées pour une durée indéterminée, dans des conditions néfastes, dans des centres de détention où elles sont exposées aux maltraitances et à la mort, et poussées au désespoir.

      Dans le djebel Nafousa, une région montagneuse au sud de Tripoli, des personnes nécessitant une protection internationale et enregistrées auprès du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en tant que réfugiés ou demandeurs d’asile, ont été abandonnées dans des centres de détention depuis des mois, voire des années, sans aucune assistance.

      De septembre 2018 à mai 2019, au moins 22 personnes sont décédées dans les centres de détention de Zintan et de Gharyan, principalement de la tuberculose. Parmi les morts se trouvaient des jeunes hommes, des femmes et un enfant de huit ans.

      Dans le centre de détention de Zintan, quelque 700 personnes étaient enfermées dans un entrepôt agricole surpeuplé, tandis que 200 autres étaient confinées dans un ensemble de petits bâtiments.

      https://www.msf.fr/actualites/libye-loin-des-yeux-loin-du-coeur-reportage-dans-les-centres-de-detention

  • Christine Angot, l’esclavage et la justification de l’ordre du monde
    https://joaogabriell.com/2019/06/03/christine-angot-et-la-justification-de-lordre-du-monde

    Outre leur dimension spécifiquement négrophobe, les propos de Christine Angot lors de l’émission On n’est pas couché ce samedi 1er juin sur la « différence fondamentale » entre shoah et esclavage industriel pratiqué par les européens contre les populations africaines, sont pour moi une des facettes de la conception eurocentrée du racisme[1]. A savoir une approche du racisme dont la compréhension n’a évidemment pas pour but d’y mettre fin, mais plutôt d’en avoir une lecture opportuniste et superficielle, et dont la finalité est la justification de l’ordre du monde. Ici je vise la façon dont les mots comme « racisme », « génocide » sont définis par les Etats ou les instances internationales sous pilotage occidental et repris ensuite par des personnages publiques. Source : Le blog de (...)

    • en réaction à cette hiérarchisation entre « génocide » et « esclavage », beaucoup pour insister sur l’importance de tel ou tel crime, utilisent dès lors du coup le mot de génocide pour désigner toutes les situations coloniales afin de « prouver » que c’était vraiment grave. Malheureusement cela revient au final à entériner la hiérarchisation qu’il revient au contraire de critiquer. Toutes les situations coloniales ne relèvent pas de génocide au sens d’un programme intentionnel d’extermination, ms toutes les situations coloniales produisent de l’extermination comme résultat. Et surtout c’est le fait colonial en tant que tel qu’il faut disqualifier, pas juste certains épisodes précis, car c’est le fait colonial qui crée les conditions pour que certaines de ses expressions les plus spectaculaires – génocide, esclavage – soit possible.

      #esclave #génocide #shoah #hiérarchisation #Histoire #racisme #Christine_Angot #colonisation

    • Il était si courant que les esclaves soient tués durant leur déportation, que les assureurs refusèrent de les rembourser
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_du_Zong

      Le massacre du Zong (anglais : Zong Massacre) est le meurtre estimé à 142 esclaves à partir du 29 novembre 1781, sur le Zong, navire négrier britannique de Liverpool qui se livrait au commerce triangulaire pour le compte du Gregson slave-trading syndicate (« syndicat du commerce d’esclaves Gregson »).

      Comme pratique courante, le syndicat avait pris une assurance sur les vies des esclaves du navire. Quand suite à des erreurs de navigation, le Zong allait se retrouver à court d’eau potable selon les estimations erronées, l’équipage jette des esclaves par-dessus bord pour les noyer, en partie pour assurer la survie du reste de l’équipage et de sa cargaison d’esclaves, mais aussi pour empocher l’assurance sur les esclaves, en ne perdant pas d’argent sur les esclaves qui seraient mort de soif.

      Quand le Zong arrive au port de Black River en Jamaïque, il fait une demande aux assureurs afin d’obtenir la compensation pour la perte des esclaves. Lorsque les assureurs refusent de payer, l’affaire est résolue en justice (Gregson v Gilbert (1783) 3 Doug. KB 232). Le jugement déclare que dans certaines circonstances, tuer des esclaves de manière délibérée était légal et que les assureurs pourraient devoir rembourser la mort des esclaves. Mais le Lord juge en chef d’Angleterre et du pays de Galles, William Murray, rend un jugement contre le syndicat propriétaire des esclaves à cause de nouvelles preuves suggérant que le capitaine et son équipage étaient en faute.

      https://www.youtube.com/watch?time_continue=38&v=1lXowB_FJu4

  • #CHAM, Memories of colonial slavery: a photographic investigation

    I started the Cham (1) project with the urgency of answering this question: How was made possible the deportation of twelve million men and women from African continent to the Americas and Europe. How was organized the social, political and moral consensus around the slave trade for four centuries, and then, how it was possible to erase this tragedy of the collective memory of the West countries (and not only), even in textbooks? Have the memories of slavery, discarded by the rails of official history, survived to this day and, if so, in what forms, in what practices and places? How these memories, repressed by some, preserved by others, define our everyday relationships, our perception of others and the place of everyone in society?


    http://www.nicolalocalzo.com/en/the-cham-project

    #photographie #esclavage #mémoire #Nicola_Lo_Calzo #traite #traite_négrière #commerce_triangulaire

    ping @albertocampiphoto @reka @philippe_de_jonckheere

  • Le génocide voilé

    « Les #Arabes ont razzié l’#Afrique_subsaharienne pendant treize siècles sans interruption. La plupart des millions d’hommes qu’ils ont déportés ont disparu du fait des traitements inhumains.
    Cette douloureuse page de l’#histoire des peuples noirs n’est apparemment pas définitivement tournée. La #traite_négrière a commencé lorsque l’émir et général arabe #Abdallah_ben_Saïd a imposé aux #Soudanais un #bakht (accord), conclu en 652, les obligeant à livrer annuellement des centaines d’#esclaves. La majorité de ces hommes était prélevée sur les populations du #Darfour. Et ce fut le point de départ d’une énorme #ponction_humaine qui devait s’arrêter officiellement au début du XXe siècle. »


    http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Continents-Noirs/Le-genocide-voile

    #esclavage #déportations #livre #racisme
    ping @reka

    On me signale ce livre, que je signale du coup à mon tour.
    Elle me l’a signalé avec ce commentaire :

    c’est sur la #traite_arabe, qui a saigné l’Afrique bien plus longtemps , en plus grand nombre, et plus inhumaine aussi (car tous ces esclaves ont bien peu de descendants dans les pays arabes) et en accouchant, tout autant que l’autre, d’un #racisme_anti-noirs très fort.

    (indispensable pour saisir l’immensité de l’horreur libyenne).

    Pas tout récent, il est sorti en 2008...

  • Les #Antilles_françaises enchaînées à l’#esclavage.

    Le système criminel de la traite et de l’esclavage a permis à la #France de devenir au XVIIe et XVIIIe siècles l’une des toutes premières puissances mondiales. Surtout, l’esclavage a déterminé une nouvelle #hiérarchie_socio-raciale et participé à la fondation de l’#économie_capitaliste. Une #histoire mondiale, centrale, souffrant de nombreux poncifs, qui reste donc étrangement méconnue.

    Ainsi, aujourd’hui, comment les enfants de la colonisation et de la #traite ne considéreraient-ils pas comme une injustice le traitement que la France réserve à leur histoire - notre histoire commune ? A fortiori lorsqu’ils sont parmi les premières victimes de l’#exclusion_sociale...

    Cette série enregistrée aux Antilles (#Guadeloupe et #Martinique) dévoile les travaux les plus récents et contre quelques idées reçues sur une histoire ô combien complexe.

    https://www.franceculture.fr/emissions/series/les-antilles-francaises-enchainees-a-lesclavage
    #colonisation #colonialisme #Haïti #capitalisme #racisme #races

    –------------

    Reportage radio en 4 épisodes :
    Au nom du #sucre, crimes et profits

    « Vous connaissez l’espérance de vie d’un esclave ? 35 ans... » René Bélénus, historien. Comment l’économie sucrière insulaire produit une société esclavagiste.

    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/les-antilles-francaises-enchainees-a-lesclavage-14-au-nom-du-sucre-cri
    #plantation #plantations

    Entre deux #abolitions (1794-1848) : l’#émancipation des #esclaves

    « L’#abolition de #1794 est une #fausse_abolition » René Bélénus, historien. De 1794 à 1848, récit d’un long processus d’abolition.

    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/les-antilles-francaises-enchainees-a-lesclavage-24-entre-deux-abolitio

    Un passé qui ne passe pas

    « Nous avons l’impression d’emmerder les Français avec notre histoire... » Jacqueline Jacqueray, présidente du #Comité_International_des_Peuples_Noirs. Malgré la politique de l’#assimilation, le #traumatisme de l’esclavage perdure.

    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/les-antilles-francaises-enchainees-a-lesclavage-34-un-passe-qui-ne-pas

    #Chlordecone, un polluant néocolonial

    « Nous sommes dans l’assimilation pure et dure » Isbert Calvados. Quand le chlordecone contraint à l’abandon de sa culture d’origine.

    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/les-antilles-francaises-enchainees-a-lesclavage-44-chlordecone-un-poll
    #néo-colonialisme #pesticides #industrie_agro-alimentaire #agriculture

  • Fresque à l’Assemblée nationale à Paris...

    Cette #fresque trône dans mon lieu de travail, l’@AssembleeNat. C’est censé est un truc commémoratif. Imagine-t-on des Juifs représentés ac l’imagerie antisémite pour une commémoration ? Ces traits sont des caricatures issus d’une longue tradition européenne. C’est + qu’une honte


    https://twitter.com/MMonmirel/status/1127591340131454977?s=19
    #racisme #néo-colonialisme #art_de_rue #street_art #commémoration #mémoire #caricature #Africains #Noirs #esclavage #préjugés #mémoire

    ping @reka

  • Travail forcé et exploitation coloniale : souvenons-nous Olivier Lecour Grandmaison - 10 Mai 2019 - Investigaction
    https://www.investigaction.net/fr/travail-force-et-exploitation-coloniale-souvenons-nous

    Légitimé et défendu, sous la Troisième République, par de nombreux hommes politiques, juristes et professeurs d’université notamment, le travail forcé a, sous différentes formes, été la règle dans les possessions françaises jusqu’à son abolition tardive le 11 avril 1946. Rares sont ceux qui, comme la philosophe Simone Weil, ont dénoncé « les déportations massives » des « indigènes » et le recours meurtrier au travail forcé en Afrique française et en Indochine.

    « L’exploitation [coloniale] a été perpétrée si souvent (…) avec une telle cruauté, par l’homme blanc sur les populations arriérées du monde, qu’on fait preuve (…) d’une insensibilité totale si on ne lui accorde pas la place d’honneur chaque fois que l’on parle du problème colonial. »
    Karl Polanyi (1944)

    Le 11 avril 1946, après de nombreux atermoiements, l’Assemblée nationale constituante votait enfin la proposition de loi de Félix Houphouët-Boigny tendant à la suppression « immédiate » du travail forcé dans les colonies françaises.

    Quelques jours auparavant, ce député était intervenu à la tribune pour dénoncer la situation des « indigènes » toujours soumis à des formes exceptionnelles et particulièrement brutales d’exploitation. Usant d’une anaphore qui lui a permis de brosser un tableau précis des pratiques coloniales, il déclarait : « il faut avoir vu ces travailleurs usés, squelettiques, couverts de plaies, dans les ambulances ou sur les chantiers ; il faut avoir vu ces milliers d’hommes rassemblés pour le recrutement, tremblant de tout leur corps au passage du médecin chargé de la visite ; il faut avoir assisté à ces fuites éperdues (…) vers la brousse ; (…) il faut avoir vu ces théories d’hommes, de femmes, de filles, défiler silencieusement, le front plissé, le long des chemins, qui mènent au chantier. (…) L’indigène ne peut plus comprendre ni admettre ce servage, cent cinquante après la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et cent ans après l’abolition de l’esclavage. »

    Précision essentielle : ce travail forcé – tâches de construction, transport de marchandises, entretien des agglomérations… – est imposé de façon autoritaire et souvent violente aux autochtones qui n’ont commis ni crime ni délit. En effet, les hommes et les femmes visés ne sont pas des individus condamnés à une peine privative de liberté prononcée par un tribunal, à laquelle viendrait s’ajouter celle des travaux forcés ; cette obligation concerne les populations civiles de l’empire dont les membres sont « sujets indigènes », soit l’écrasante majorité des individus. Légitimé et défendu, sous la Troisième République, par de nombreux hommes politiques, juristes et professeurs d’université notamment, le travail forcé a, sous différentes formes, été la règle dans les possessions françaises jusqu’à son abolition tardive le 11 avril 1946.

    Ainsi fut construit, par exemple, le chemin de fer destiné à relier Brazzaville à Pointe-Noire, sur la côte atlantique. Bilan de cet “exploit”, réputé témoigner de la glorieuse « mise en valeur » du Congo français : 17000 morts « indigènes » pour la réalisation des 140 premiers kilomètres et un taux de mortalité sur ce chantier de 57% en 1928. Qui a livré ce dernier chiffre ? Un anticolonialiste farouche ? Non, le ministre des Colonies, André Maginot, dans une déclaration faite devant une commission ad hoc de la Chambre des députés. L’entreprise chargée des travaux ? La Société de construction des Batignolles dont la prospérité est en partie liée aux nombreux contrats remportés dans les possessions françaises. Son héritier et successeur n’est autre que le groupe bien connu aujourd’hui sous le nom de SPIE-Batignolles. En 2013, Jean Monville, ancien PDG de ce groupe, rappelait benoîtement « la fierté de ce qu’on avait fait dans le passé, de notre professionnalisme et de notre engagement dans nos “aventures” d’outre-mer ». (Le Monde, 21 mai 2013). Nul doute, les descendants de ceux qui sont morts à l’époque apprécieront la délicatesse de ces propos.

    Réformé mais jamais véritablement supprimé, le travail forcé a ainsi perduré sous la Troisième République, le régime de Vichy et dans les colonies passées aux côtés de la France libre. A preuve, les orientations soutenues par Félix Éboué, gouverneur général de l’Afrique équatoriale française, pendant la Seconde Guerre mondiale. Souvent présenté comme un grand humaniste, qui a toujours défendu les droits de l’homme, Éboué, comme la majorité de ses pairs, ne s’est jamais prononcé dans ses écrits pour l’abolition immédiate du travail forcé. De même les résistants prestigieux qui, à partir du 30 janvier 1944, se réunissent à Brazzaville pour définir la politique à mettre en œuvre dans les territoires d’outre-mer.

    Inaugurée par le général de Gaulle, cette conférence doit prendre une décision relativement à cette forme particulière de labeur. En raison de « l’effort de guerre », les représentants de la France libre, rassemblés dans la capitale du Congo français, décident de prolonger le travail forcé pour une durée de cinq ans ! En métropole, ils n’ont de cesse de dénoncer le Service du travail obligatoire (STO) établi par les autorités de Vichy le 16 février 1943 ; dans les colonies, ils trouvent normal d’imposer aux « indigènes » de vingt à vingt-cinq ans reconnus aptes, mais non incorporés à l’armée, un Service obligatoire du travail (SOT). Subtilité des sigles et triomphe du relativisme politico-juridique. De là ces indignations sélectives et hexagonales cependant que dans les possessions ultra-marines la condamnation cède le pas à l’acceptation.

    Rares sont ceux qui, comme la philosophe Simone Weil, ont dénoncé « les déportations massives » des « indigènes » et le recours meurtrier au travail forcé en Afrique française et en Indochine. En dépit de ses protestations, exprimées dès 1943 alors qu’elle a rejoint la Direction de l’Intérieur de la France libre dans la capitale du Royaume-Uni, S. Weil n’a pas été entendue. Tout comme André Gide et Albert Londres une quinzaine d’années auparavant. Voilà qui aide à comprendre les lenteurs de l’Assemblée nationale constituante à la Libération.

    Joli tableau, n’est-il pas, de la très glorieuse colonisation française toujours présentée, par de nombreux contemporains, comme une entreprise généreuse destinée à apporter la civilisation aux peuples qui en ignoraient jusque-là les bienfaits. Cette sinistre réécriture de l’histoire prospère avec la caution de quelques faiseurs de livres – A. Finkielkraut, P. Bruckner et E. Zemmour, notamment – qui prennent leur ignorance et leurs audaces prétendues pour de brillantes découvertes. Ils n’hésitent pas à se dire amis de la connaissance et de la vérité ; sur ces sujets, comme sur beaucoup d’autres, ils ne sont que de vulgaires idéologues qui traitent les faits établis en chiens crevés. Demeurent de pauvres écholalies qui réhabilitent un discours impérial-républicain forgé sous la Troisième République. Audaces intellectuelles ? Stupéfiante régression et grand retour du roman national.

    Source : Le Blog d’Olivier Lecour Grandmaison https://blogs.mediapart.fr/olivier-le-cour-grandmaison/blog

    #esclavage #france #exploitation #Congo_français #déportation #SPIE-Batignolles #STO #SOT #roman_national #Simone_Weil (la Philosophe)

  • BALLAST | Andalousie : la mer de plastique et le fantôme de Juan Goytisolo
    https://www.revue-ballast.fr/almeria

    Les #migrants sont d’abord venus du #Maroc et d’#Algérie. À par­tir de la fin des années 1990, ils ont été rejoints par des per­sonnes venues d’#Afrique sub-saha­rienne, de l’#Équateur et d’#Europe de l’Est. L’économie de la région bat­tait son plein : les fils des #Alpujarras, le flanc méri­dio­nal de la #Sierra_Nevada, des­cen­daient de la mon­tagne pour ache­ter un lopin, rare­ment plus de deux ou trois hec­tares, y ins­tal­laient une #serre, ache­taient des semences de #tomate ou de salade au dis­tri­bu­teur local, puis employaient, léga­le­ment ou non, des #tra­vailleurs_immi­grés pour de courtes durées (payés par­fois à l’heure ou à la jour­née) afin de faire le tra­vail qu’ils ne vou­laient plus faire. Les marges à la revente, variables entre les dif­fé­rents pro­duits selon les cours, étaient bonnes, en rai­son du faible coût de main d’œuvre — au maxi­mum 5 000 pese­tas (190 francs, soit envi­ron 29 euros) par jour à la fin des années 1990. Mais l’intérêt éco­no­mique était ailleurs : le cli­mat, les serres et la tech­nique du #sablage 4 per­met­taient de pro­duire toute l’année, et donc d’approvisionner les super­mar­chés euro­péens pen­dant l’hiver. Alors, très vite, les villes ont gros­si à la péri­phé­rie d’#Almería. El Ejido, qui n’était qu’un petit bourg agri­cole en 1950, est deve­nue une ville de plus de 50 000 âmes. Les fer­mettes (#cor­ti­jos) tenaient encore debout, quoique déla­brées et par­fois sans eau ni élec­tri­ci­té ; elles ser­vaient au loge­ment des migrants #sans-papiers, quand ceux-ci n’habitaient pas un abri de for­tune, fabri­qué avec des chutes de plas­tique.

    #exploitation #esclavage #racisme #violence #agriculture

  • Les Antilles françaises enchaînées à l’esclavage (3/4) : Un passé qui ne passe pas
    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/les-antilles-francaises-enchainees-a-lesclavage-34-un-passe-qui-ne-pas

    "Nous avons l’impression d’emmerder les Français avec notre histoire..." Jacqueline Jacqueray, présidente du Comité International des Peuples Noirs. Malgré la politique de l’assimilation, le traumatisme de l’esclavage perdure.
    Mémorial du Morne de la Mémoire,1480 noms donnés à des esclaves libérés après 1848

    Il y a une méconnaissance totale de l’#esclavage aujourd’hui, parce que dès l’#abolition, on a mis en place un mécanisme de l’#oubli. Ce qui prend le relais entre 1848 et 1946, c’est le thème de l’#assimilation. C’est-à-dire nous sommes français depuis 300 ans. René Bélénus

    Le 23 mai 1998, 40 000 Martiniquais, Guadeloupéens, Africains, Guyanais et Réunionnais défilaient de la République à la Nation. Une date qui ouvrait, 150 ans après le décret d’abolition de Victor Schoelcher, un début de prise de conscience en France. Au même moment, Lionel Jospin prononçait son fameux « Tous nés en 1848 », qui jetait le trouble au sein d’une #communauté_antillaise meurtrie par des décennies de silence...

    Pendant la grande marche de 1998, le mot d’ordre était : penser à nos parents qui ont vécu le martyr de l’esclavage colonial. Nous avons fait cette marche silencieuse et nous étions 40 000. Emmanuel Gordien

    Il faudra attendre 2001 pour que la traite négrière soit reconnue comme un #crime_contre_l'humanité (#loi_Taubira) et 2006 pour qu’une journée commémorative (le 10 mai) voit le jour... Mais face à l’étendue du crime, les stèles et les journées du souvenir ne suffisent pas...

    Lorsque vous dites à quelqu’un qu’il est esclave, vous lui supprimez sa généalogie et son histoire. Nous ne sommes pas des descendants d’esclaves, nous sommes des descendants d’africains réduit en esclavage et qui ont été déportés et ça c’est fondamental, ça change tout. Jacqueline Jacqueray

    Les séquelles, tant du côté des descendants d’esclaves qu’au sein de la société antillaise, sont toujours bien vivaces...

    #Antilles #Antilles_françaises #racisme

  • « Naissance d’une nation, naissance d’une contestation », aux origines d’une conscience politique
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/04/30/naissance-d-une-nation-naissance-d-une-contestation-aux-origines-d-une-consc

    Qui a vu [...] Naissance d’une nation, œuvre profondément #raciste mais fondatrice du #cinéma hollywoodien ?

    [...]

    Le documentaire pointe à ce titre une curieuse concomitance entre l’essor du cinéma aux #Etats-Unis et l’une des plus grandes #régressions qu’aient jamais connues les Etats-Unis, l’instauration des « lois #Jim_Crow », qui séparent la population américaine en deux catégories : les Blancs et les « colorés », alors que l’#esclavage a été aboli en 1865.

    #Hollywood #racisme

  • Performances by Grace Ndiritu and Laurent d’Ursel - Healing the Museum - Impassible musée et impossible passé Ce Jeudi 2 mai 2019 à partir de 13h45 au Musée de l’Afrique de Tervuren

    FR
    “Tout passe sauf le passé” c’est le nouveau projet du Goethe-Institut Bruxelles en collaboration avec les Goethe-Instituts en Italie, en Espagne, en France et au Portugal sur le thème des héritages coloniaux dans les collections européennes. Le focus est surtout fait sur les approches artistiques et discursives autour des résidus de l’époque coloniale qui sont toujours visibles aujourd’hui aux musées, dans les archives photographiques et dans l‘espace public.

    Le 2. Mai commence à 13:45 h avec des performances de Grace Ndiritu ("Healing the Museum") et Laurent d’Ursel ("Impassible musée et impossible passé. Un transrace en colère invente le droit d’impropriété") au AfricaMuseum Tervuren, qui abordent le sujet de manière artistique.

    Langue : EN / FR

    NL
    “Alles vergaat, behalve het verleden” is het nieuwe, grootschalige project van het Goethe-Institut Brussel over de omgang met het koloniale erfgoed in België, Frankrijk, Italië, Portugal en Spanje. Centraal staat de artistiek-discursieve aandacht voor een verleden dat in musea, de openbare ruimte en regionale beeldarchieven aanwezig blijft.

    Op 2 mei vinden in het AfrikaMuseum Tervuren vanaf 13.45 uur twee openbare performances plaats van Grace Ndiritu ("Healing the Museum") en Laurent d’Ursel ("Impassible musée et impossible passé. Un transrace en colère invente le droit d’impropriété") , die het thema vanuit artistiek perspectief benaderen. ’s

    Taal : EN / FR

    DE
    „Alles vergeht, außer der Vergangenheit“ ist das neue, großangelegte Projekt des Goethe-Institut Brüssel. Es konzentriert sich auf den Umgang mit dem kolonialen Erbe in Belgien, Frankreich, Italien, Portugal und Spanien. Im Zentrum steht die künstlerisch-diskursive Auseinandersetzung mit einer Vergangenheit, die in den Museen, im öffentlichen Raum und in den Bildarchiven der Region gegenwärtig bleibt.

    Am 2. Mai gibt es ab 13:45 Uhr zwei öffentliche Performances von Grace Ndiritu ("Healing the Museum") und Laurent d’Ursel ("Impassible musée et impossible passé. Un transrace en colère invente le droit d’impropriété") im AfrikaMuseum Tervuren, die sich aus künstlerischer Perspektive dem Thema annähern.

    Sprache : EN / FR

    Sources : https://www.facebook.com/events/883762708636077 &
    https://iselp.be/index.php/fr/evenements/tout-passe-sauf-le-passe

    #décolonisation #Musée_de_Tervuren #Afrique #Congo #Tervuren #belgique #colonies #esclavage #massacre #terreur #mine #minerai #Union_Minière #caoutchouc #colonisation #RMCA #Royal_Museum_for_Central_Africa

  • Le tabou de la traite arabo-musulmane des Africains : 14 siècles d’esclavage et 17 millions de victimes | Epoch Times
    https://m.epochtimes.fr/le-tabou-de-la-traite-arabo-musulmane-des-africains-14-siecles-desclava

    La traite des Noirs par les Arabes commença en 652 après J.-C., lorsque le général Abdallah ben Sayd imposa à Khalidurat, souverain du royaume de Nubie – un territoire situé entre le sud de l’Égypte et le nord du Soudan d’aujourd’hui –, la livraison de plus de 300 esclaves par an à travers la mise en place d’un traité appelé bakht.

    Dès lors, le commerce des esclaves noirs ne cessa de s’amplifier, gagnant une large part de l’Afrique. Il finira par s’étendre de la côte ouest du continent jusqu’à l’océan Indien, en passant par la mer Rouge.

    Un système de traite à grande échelle

    Bien qu’il soit difficile de donner des chiffres précis quant au nombre des victimes de ce sinistre trafic, plusieurs chercheurs comme Salah Trabelsi, Tidiane N’Diaye ou Malek Chebel, s’appuyant sur des documents d’époque ainsi que les travaux plus récents d’historiens comme Ralph Austen et Paul Bairoch, estiment que le nombre d’esclaves noirs concernés par la traite arabo-musulmane – également appelée traite trans-saharienne et orientale – serait compris en 15 et 17 millions.

    Sans compter les victimes collatérales tuées dans les combats pendant les rapts, et les captifs blessés ou jugés trop faibles pour être déportés qui étaient exécutés sur place.

    Selon Tidiane N’Diaye – anthropologue et écrivain franco-sénégalais, spécialiste des civilisations africaines et auteur du livre Le génocide voilé qui s’intéresse à la traite trans-saharienne et orientale –, pour une personne déportée, trois ou quatre autres étaient tuées.

    #esclavage

    • Il faudrait peut-être ne plus utiliser le mot « tabou » pour des choses connues de longue date. Aussi loin que je m’en souvienne, tous les bouquins traitant de la traite consacraient au moins un petit chapitre à la traite arabe (même si elle était souvent moins fouillée).
      Même la traite africaine n’est pas « tabou » pour les mêmes raisons.