• #Opération_Bangui : une histoire de sang, de science et d’exploitation biomédicale

    Au début des années 1990, une recherche vaccinale secrète sur le #VIH est menée en #République_centrafricaine. Si elle n’aboutit pas et reste longtemps dans l’ombre, elle éclaire aujourd’hui les débats sur les #essais_cliniques, l’accès aux traitements, et plus largement une forme particulière d’#exploitation encore peu discutée : l’#extractivisme_biomédical.

    C’est cette histoire que je raconte dans un #livre paru récemment : Opération Bangui. Promesses vaccinales en Afrique postcoloniale. En tant que sociologue et pharmacien, professeur à la faculté de pharmacie de l’Université de Montréal, mes intérêts de recherche portent sur les enjeux reliés aux politiques pharmaceutiques (ou à leur absence) dans différents contextes. Je questionne notamment les ambiguïtés des politiques pharmaceutiques et des logiques de santé mondiale à travers la recherche biomédicale, l’accès et l’usage des médicaments.

    Une recherche camouflée en #Afrique centrale

    En République centrafricaine, le VIH se diffuse massivement dans les années 1980. Cela se voit dans les hôpitaux de la ville, mais aussi au sein de groupes tels que les travailleuses du sexe ou les militaires plus exposés par leurs conditions de travail, d’éloignement et les rapports de pouvoir qui augmentent les risques de transmission sexuelle.

    Les militaires sont d’ailleurs de plus en plus nombreux au début des années 1980, recrutés notamment avec le soutien de la France, pour asseoir le pouvoir en place. Ceci offre aux chercheurs de l’#Institut_Pasteur de #Bangui, capitale du pays, des accès privilégiés à cette population pour l’intégrer dans ses recherches. En effet, cet Institut, fondé juste après l’indépendance du pays, redéfinit le lien postcolonial en participant dans sa mission à la #santé_publique centrafricaine avec le ministère de la Santé, mais en restant scientifiquement et administrativement sous la tutelle de l’Institut Pasteur de Paris, structurellement soutenu par des financements gouvernementaux français.

    L’occasion précipite l’extraction : fin 1989, un appel d’offres pour des financements internationaux conséquents amène des chercheurs français à proposer la mise en place d’une recherche secrète. Elle vise à caractériser les virus des militaires centrafricains, surveiller leur taux d’infection et essayer de potentiels vaccins qui semblent sur le point d’être découverts. Le sceau du secret permet aux différentes parties d’avancer sans attirer l’attention, ni celle de la concurrence scientifique pour les chercheurs français, ni celle des médias internationaux pour le sommet des autorités politiques locales.

    Ceci contribue de fait à exclure les médecins et chercheurs locaux qui se trouvent ainsi laissés dans l’ignorance, ou dans l’incapacité d’être partie prenante de recherches dont leur population est la première concernée.

    Au vu des forts taux d’infection dans la population militaire, la transformation des militaires en objets de recherche représente non seulement un avantage scientifique pour démontrer l’efficacité d’un potentiel vaccin, mais aussi stratégique en permettant une économie de coût substantielle alors que les essais cliniques au Nord se chiffrent dans les années 1990 en dizaines de millions de dollars.

    La branche production de l’Institut Pasteur de Paris, qui opère via le laboratoire pharmaceutique #Pasteur-Mérieux_Sérums_et_Vaccin, est l’infrastructure industrielle qui peut profiter d’une telle recherche. Il ne manque alors qu’un terrain d’#expérimentation, que fournit opportunément la cohorte des militaires centrafricains.

    La matière première de la recherche

    C’est ainsi que les militaires de la garde présidentielle et des forces armées centrafricaines sont progressivement inclus dans cette recherche à partir de 1990. Des échantillons de sang sont prélevés une à deux fois par an. Les militaires représentent de bons objets de recherche, faciles à trouver dans leurs casernes. Plus de 11 000 prélèvements sont ainsi réalisés sur quelque 3000 militaires.

    Mais les militaires ne sont pas que des objets disciplinés, ils demeurent aussi des sujets sensibles politisés. Cette subjectivité politique se réaffirme à partir de 1993 lors d’une première mutinerie qui fait suite au non-paiement des soldes, puis de manière plus retentissante en 1996 et 1997 quand des militaires de la garde présidentielle font face aux forces loyalistes. Les autorités françaises, qui ont contribué au recrutement et à la formation de ces deux structures rivales, éteignent partiellement l’incendie par l’envoi de troupes militaires. La situation postcoloniale qui a permis la recherche dans un premier temps est aussi celle qui en précipite la fin.

    Les recherches menées à Bangui sont forcées de s’arrêter et sont ensuite transférées vers d’autres pays. Les questions de recherche sont alors déplacées dans d’autres sites du réseau international des instituts Pasteur. La recherche à Bangui s’arrête, mais l’infrastructure de recherche (données, échantillons, idées de recherche, etc.) est sauve.

    Quand la recherche devient-elle « extractive » ?

    Outre le secret qui a invisibilisé l’opération Bangui depuis ses débuts, il reste un grand malaise dans la communauté scientifique à en parler encore aujourd’hui. Les principaux promoteurs de cette recherche sont restés généralement très évasifs à son sujet. L’histoire de cette initiative secrète met en lumière une forme particulière d’exploitation dans la recherche : l’extractivisme biomédical.

    Celui-ci repose sur l’extraction de #sang et de #données_biologiques afin de produire des connaissances scientifiques, susceptibles ensuite d’être valorisées sur le plan industriel et commercial. À la différence de l’extractivisme minier, cette exploitation ne porte pas sur des ressources naturelles issues du sol, mais sur des corps humains. Elle s’inscrit néanmoins dans des #rapports_de_pouvoir comparables, marqués par de fortes asymétries entre les lieux où la recherche est menée et ceux où ses résultats sont valorisés.

    Le cas de l’opération Bangui permet d’en comprendre les mécanismes. Les militaires centrafricains sont d’abord considérés comme une population « à risque », définie principalement par son taux élevé d’infection. Cette catégorisation tend à réduire des individus au statut de ressource scientifique, presque « naturelle », en faisant passer au second plan leurs conditions de vie, leurs relations sociales et leur position dans une hiérarchie militaire.

    Cette logique s’inscrit ensuite dans un contexte postcolonial qui facilite l’#appropriation de cette cohorte de recherche. Les liens étroits entre les autorités françaises et centrafricaines, ainsi que la centralisation des infrastructures scientifiques et industrielles en France, permettent aux institutions du Nord de conserver le contrôle des données, des échantillons et des orientations de la recherche.

    Enfin, les connaissances produites grâce à ces prélèvements sont susceptibles d’être valorisées à travers des publications, des financements, des recherches internationales et, potentiellement, des brevets. Pourtant, rien n’est prévu pour favoriser le développement des capacités de recherche locales ni pour garantir légalement que les populations ayant rendu cette recherche possible puissent bénéficier des retombées médicales de ces travaux.

    Du point de vue de la santé publique, l’opération Bangui sera d’ailleurs nulle pour les premières personnes concernées : le taux de nouvelles infections par le VIH reste presqu’inchangé chez les militaires entre 1988 et 1996, date à laquelle les chercheurs quittent le pays. C’est cette dissociation entre production scientifique, capacité locale et accès aux soins qui constitue le cœur du problème.

    Résonnances actuelles

    Aucun vaccin contre le VIH n’aura finalement été développé ni testé à Bangui. Même si un vaccin avait bel et bien vu le jour, on peut douter que la population centrafricaine aurait eu un accès prioritaire. Cette incertitude n’est pas propre à cette recherche : elle traverse encore aujourd’hui de nombreux programmes de recherche biomédicale internationale. Si les appels à des financements publics pour la recherche sont nombreux, rares sont ceux qui conditionnent ces investissements à un accès garanti aux traitements ou aux vaccins qui pourraient en résulter.

    Aujourd’hui encore, des traitements préventifs du VIH, testés en Afrique, mais inaccessibles aux populations concernées, tels que le lénacapavir, sont au cœur de chantages économiques sur la vie. Ces expériences, et leur récurrence, montrent que la question d’une recherche juste ne se limite pas au respect du consentement lors des essais cliniques. Elle concerne aussi la manière dont sont organisés et pensés dès la recherche les valorisations économiques et politiques des découvertes et l’accès effectif aux soins et à la prévention.

    L’histoire de l’opération Bangui rappelle ainsi que la recherche biomédicale n’est jamais neutre. Elle est inscrite dans des rapports sociaux, politiques et économiques qui déterminent qui bénéficie réellement du progrès scientifique. Interroger ces mécanismes au-delà des procédures de bioéthique, c’est ouvrir un débat essentiel sur la justice et la responsabilité dans le financement et la production mondiale des savoirs médicaux, et dans l’accès à des médicaments ou des vaccins essentiels qui en découlent.

    https://theconversation.com/operation-bangui-une-histoire-de-sang-de-science-et-dexploitation-b
    #science #recherche #extractivisme

    • Opération Bangui. Promesses vaccinales en Afrique postcoloniale

      Cette enquête fait la lumière sur un chapitre méconnu de l’histoire du #sida dans les années 1980 et 1990 : la recherche menée en République centrafricaine par des scientifiques venus de #France et des États-Unis qui croyaient être sur le point de trouver un vaccin. Dans le rôle des ressources vivantes, une cohorte de militaires locaux, et dans celui des bénéficiaires, les puissances postcoloniales. Ces travaux secrets avaient un nom de code : opération Bangui.

      Par le récit vivant d’une affaire exceptionnelle, ce livre révèle un mode d’accaparement des richesses : l’extractivisme biomédical. En plaçant les processus de valorisation des corps et des vies au cœur de sa réflexion, Pierre-Marie David plaide ici pour une restitution historique, matérielle et politique de la part africaine dans la recherche scientifique et médicale, étape essentielle d’une nécessaire décolonisation de la santé mondiale.

      https://luxediteur.com/catalogue/operation-bangui
      #livre

  • Espoirs et défis d’un changement écologiste à #Lyon
    https://metropolitiques.eu/Espoirs-et-defis-d-un-changement-ecologiste-a-Lyon.html

    Depuis 2020, les #écologistes et leurs alliés dirigent Lyon et sa #métropole. L’exercice de ce premier mandat révèle que les changements promis pendant la campagne électorale se sont heurtés à des difficultés institutionnelles et politiques. À l’occasion du scrutin municipal de mars-juin 2020, les commentateurs ont à maintes reprises évoqué une « vague verte » pour qualifier les changements de majorité apparus dans plusieurs villes. Lyon fit alors figure d’emblème, notamment parce que la ville #Essais

    / métropole, #élections, #élections_municipales, #alternance, #ancrage_local, écologistes, Lyon

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-cadiou.pdf

  • Développer l’ingénierie participative par le recours aux savoirs des #communs fonciers
    https://metropolitiques.eu/Developper-l-ingenierie-participative-par-le-recours-aux-savoirs-des

    Les #communes_rurales expriment de longue date un besoin d’ingénierie pour les aider dans la gestion de leur territoire. Face à l’inadéquation des réponses de l’État, l’idée de recourir à l’expérience collective de gestion des communs fonciers ouvre de nouvelles perspectives. L’ingénierie territoriale est définie comme l’ensemble des savoirs professionnels dont ont besoin les collectivités et les acteurs locaux pour conduire le développement ou l’aménagement durable des territoires. Elle #Essais

    / communs, #ingénierie_territoriale, #participation, communes rurales, #ANCT

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-lerique.pdf

  • Essais nucléaires en Polynésie : une loi pour mettre fin au déni de l’État
    https://disclose.ngo/fr/article/essais-nucleaires-en-polynesie-loi-pour-mettre-fin-au-deni-etat

    Fin janvier, l’Assemblée nationale a voté une proposition de loi visant à combler le manque de reconnaissance des victimes des essais nucléaires en Polynésie française. Le texte, qui doit encore être examiné par le Sénat, est le résultat d’une commission d’enquête parlementaire qui s’appuie en grande partie sur les révélations publiées par Disclose il y a cinq ans. La députée Mereana Reid Arbelot, co-rédactrice du texte, revient sur le parcours de cette loi potentiellement historique, et explique en quoi elle pourrait mettre un terme à soixante ans de déni de la part de l’État. Lire l’article

  • #Rome, ville improductive ?
    https://metropolitiques.eu/Rome-ville-improductive.html

    Alors que le Jubilé a pris fin, Dominique Rivière tempère l’image de Rome comme ville improductive. Rappelant son histoire industrielle écrasée par la dimension patrimoniale évidente de la Ville éternelle, l’autrice invite aussi à considérer le rôle ambigu de ce #patrimoine dans la fabrique de la #rente urbaine. Rome, ville à la notoriété mondiale, est cependant souvent vue comme métropole incomplète : capitale touristifiée, livrée en pâture aux grands promoteurs, souffrant de la prééminence #Essais

    / Rome, #Italie, rente, patrimoine, #périphérie, #mobilisation, #industrie

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-riviere_dossierrome.pdf

  • L’Assemblée nationale s’engage en faveur des victimes des explosions nucléaires
    https://www.obsarm.info/spip.php?article728

    29 janvier 2026, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité la proposition de loi (PPL) pour rendre effective l’indemnisation de toutes les populations et le personnel impactés par les 210 explosions nucléaires de la France réalisées entre 1960 et 1996 au Sahara et en Polynésie. Quasi jour pour jour trente ans après le dernier essai, Xouthos, sur l’atoll de Fangataufa, le 27 janvier 1996. Un tir souterrain qui a provoqué, lui aussi, des fuites radioactives. Soixante-six ans après la (…) #Essais_nucléaires

    / #Victimes_du_nucléaire, #Essais_nucléaires, #La_une

  • Carte de séjour, des banlieues lyonnaises aux scènes internationales (1980-1990)
    https://metropolitiques.eu/Carte-de-sejour-des-banlieues-lyonnaises-aux-scenes-internationales-

    L’histoire de Carte de séjour, groupe de rock emblématique des années 1980, raconte une aventure politique, culturelle et sensible des banlieues populaires. Philippe Hanus nous invite à sortir de la « géographie morale » qui stigmatise les grands ensembles en mettant en lumière la trajectoire incarnée et vivifiante de « l’arab rock ». Je les ai vus dans leurs répétitions tout au début. Si tu veux, ça nous a fait plaisir que des mecs qui étaient considérés comme des « rouilleurs » se sont #Essais

    / #musique, #Lyon, #banlieue, #Rillieux-la-Pape, #racisme, #discrimination, #émancipation, #arab_rock

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-hanus.pdf

  • Les multiples enjeux de la végétalisation des cours d’école
    https://metropolitiques.eu/Les-multiples-enjeux-de-la-vegetalisation-des-cours-d-ecole.html

    Bien-être, santé, #jeu libre, inclusion ou construction du lien social : la dynamique contemporaine de #végétalisation des cours d’école ouvre un ensemble de perspectives, constituant selon Romain et Sylvain Wagnon un bon terrain d’expérimentation pour les politiques de transition écologique. La végétalisation des cours d’école s’impose depuis quelques années comme un levier des politiques éducatives. Portée par de nombreuses collectivités locales, cette dynamique peut résulter d’une prise de #Essais

    / #changement_climatique, #enfants, #ville_à_hauteur_d'enfants, #école, #éducation, santé, maison de santé, jeu, (...)

    #santé #maison_de_santé
    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-wagnon-wagnon.pdf

  • Municipales 2026 : la conversion communale de #La_France_insoumise
    https://metropolitiques.eu/Municipales-2026-la-conversion-communale-de-La-France-insoumise.html

    Au moment où La France insoumise (LFI) souhaite renforcer son ancrage local, les #élections_municipales de 2026 constituent un enjeu important pour crédibiliser et institutionnaliser son action, comme le montre Rémi Lefebvre, chercheur en science politique. ---- À l’approche des élections municipales de mars 2026, la revue Métropolitiques a souhaité publier une série d’articles questionnant les enjeux socio-politiques de ce scrutin et les évolutions de l’action publique observées dans les #Essais

    / élections municipales, #vote, La France insoumise, #communalisme, #municipalisme, radicalité

    #radicalité
    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/lefebvre5.pdf

  • La #voirie parisienne à l’épreuve de ses résidus
    https://metropolitiques.eu/La-voirie-parisienne-a-l-epreuve-de-ses-residus.html

    Au XIXe siècle, l’usage des routes et des voies parisiennes génère boues et poussières : leur maintenance est un enjeu constant. Paul Lesieur revient sur cette difficulté qui occupe les services de la ville, gestionnaires et ingénieurs. La constitution du réseau routier français au XIXe siècle ne repose pas uniquement sur le tracé des routes à l’échelle du territoire. Il est en priorité nécessaire de garantir la pérennité de l’infrastructure. Or, les sources de dégradation sont multiples. #Essais

    / #déchets, voirie, #Second_Empire, #histoire, #histoire_urbaine, #route, #infrastructures, #Paris

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_lesieur.pdf

  • La #voirie parisienne à l’épreuve de ses résidus
    https://metropolitiques.eu/La-grande-voirie-parisienne-a-l-epreuve-de-ses-excretas.html

    Au XIXe siècle, l’usage des routes et des voies parisiennes génère boues et poussières : leur maintenance est un enjeu constant. Paul Lesieur revient sur cette difficulté qui occupe les services de la ville, gestionnaires et ingénieurs. La constitution du réseau routier français au XIXe siècle ne repose pas uniquement sur le tracé des routes à l’échelle du territoire. Il est en priorité nécessaire de garantir la pérennité de l’infrastructure. Or, les sources de dégradation sont multiples. #Essais

    / #déchets, voirie, #Second_Empire, #histoire, #histoire_urbaine, #route, #infrastructures, #Paris

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_lesieur.pdf

  • Biodéchets : le tri à la source, et après ?
    https://metropolitiques.eu/Biodechets-le-tri-a-la-source-et-apres.html

    Les communes incitent désormais la population à trier leurs #déchets alimentaires. Selon la chercheuse Élisabeth Lehec, l’organisation collective pour les gérer est peu compatible avec une réduction des déchets sur le long terme. Fin 2024, une minorité de Français avait accès au tri à la source des #biodéchets, selon Le Monde ; près de la moitié de la population, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe). Que le verre soit jugé à moitié vide ou à moitié plein, une nouvelle sémantique #Essais

    / déchets, #déchets_organiques, biodéchets, #services_urbains, proximité, #réseaux, #compostage, #méthanisation

    #proximité
    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_lehec.pdf

  • Biodéchets : le tri à la source, et après ?
    https://metropolitiques.eu/Le-tri-a-la-source-des-biodechets-des-menages-et-apres.html

    Les communes incitent désormais la population à trier leurs #déchets alimentaires. Selon la chercheuse Élisabeth Lehec, l’organisation collective pour les gérer est peu compatible avec une réduction des déchets sur le long terme. Fin 2024, une minorité de Français avait accès au tri à la source des #biodéchets, selon Le Monde ; près de la moitié de la population, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe). Que le verre soit jugé à moitié vide ou à moitié plein, une nouvelle sémantique #Essais

    / déchets, #déchets_organiques, biodéchets, #services_urbains, proximité, #réseaux, #compostage, #méthanisation

    #proximité
    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_lehec.pdf

    • 47 % des déchets alimentaires ménagers sont constitués de
      gaspillage, c’est-à-dire de déchets constitués de produits consommables.

  • À l’Ouest, du nouveau
    https://metropolitiques.eu/A-l-Ouest-du-nouveau.html

    Depuis les années 1990, le paysage électoral a été dominé en #Allemagne par l’opposition Est-Ouest. Or, les résultats des #élections législatives de 2025 font apparaître des géographies partisanes en pleine évolution à l’Ouest. Lors des élections parlementaires allemandes de février 2025, le score atteint par le parti d’extrême droite AfD a franchi la barre symbolique des 20 % et l’a placé en deuxième position derrière les conservateurs (CDU et CSU), clairement devant les sociaux-démocrates #Essais

    / élections, #vote, Allemagne, #géographie_électorale, #cartes, #cartographie, #politique

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_roth-lecuyer-hirschhausen.pdf

  • Un pas de côté à propos de la « ville à hauteur d’enfants »
    https://metropolitiques.eu/Un-pas-de-cote-a-propos-de-la-ville-a-hauteur-d-enfants.html

    Pour Fanny Vuaillat, la démarche « #ville_à_hauteur_d'enfants » ne questionne pas suffisamment les conceptions et pratiques adultes de la ville. Elle invite à réellement prendre en compte les expériences urbaines des #enfants, notamment dans leur dimension sensible. On ne compte plus ces dernières années les invocations de « la ville à hauteur d’enfants ». Elles fleurissent dans les rapports, de l’Ademe à Bouygues Immo, comme dans les démarches de labellisation de politiques urbaines, comme à Lille, Paris, #Essais

    / enfants, #âge, #espace_public, #urbanisme, ville à hauteur d’enfants

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-vuaillat.pdf

  • Essais nucléaires français en Algérie – Déclaration conjointe de 20 organisations
    https://www.obsarm.info/spip.php?article705

    Nous, les organisations signataires — dont l’Observatoire des armements —, à l’occasion de la Journée internationale contre les #Essais_nucléaires du 29 août 2025, exprimons notre profonde inquiétude face au passage de plus de six décennies depuis le début de la série d’essais nucléaires menés par la France dans le Sahara algérien entre 1960 et 1966. Ces essais comprenaient 17 explosions nucléaires, ainsi que 40 essais complémentaires sous-critiques, laissant un lourd héritage de (…) #Essais_nucléaires

    / Essais nucléaires, #Victimes_du_nucléaire, #Mouvements_de_paix_et_de_désarmement, #La_une

  • « Toxique » : les parlementaires dénoncent l’omerta sur les essais nucléaires dans le Pacifique
    https://disclose.ngo/fr/article/toxique-les-parlementaires-denoncent-lomerta-sur-les-essais-nucleaires-dan

    « Déni de réalité », « silence obstiné »… Quatre ans après les révélations de Disclose, la commission d’enquête parlementaire sur les essais nucléaires en Polynésie française confirme l’ampleur de la dissimulation orchestrée par l’État depuis les années 1960. Les élu·es appellent à une refonte intégrale du régime d’indemnisation des victimes civiles et militaires. Lire l’article

  • La #construction politique des besoins en logements
    https://metropolitiques.eu/La-construction-politique-des-besoins-en-logements.html

    Estimer le nombre de logements à construire n’est pas une simple opération technique mais engage, derrière le choix des paramètres, des visions politiques du présent et de l’avenir. Alexandre Coulondre et Claire Juillard éclairent les controverses dont ce chiffrage fait l’objet. 500 000 ? 300 000 ? 100 000 ? Quel est le besoin de logements neufs en France chaque année ? Entre 2021 et 2025, pas moins de dix exercices de chiffrages ont tenté de répondre à cette question. Publiés par des auteurs #Essais

    / #logement, construction, #transition_écologique, #expertise

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-coulondre-juillard.pdf

  • Un dictionnaire franco-tahitien du nucléaire en #Polynésie

    Trente ans d’#essais_nucléaires français en Polynésie ont laissé des traces profondes dans l’environnement et dans la société. En s’appuyant sur de récentes déclassifications d’#archives, l’historien Renaud Meltz en retrace l’#histoire à travers un dictionnaire franco-tahitien mis en ligne début 2025.

    En 1964, le Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP) ouvre à Papeete. Pourquoi la France fait-elle le choix de rapatrier ses essais nucléaires en Polynésie après les premiers essais dans le Sahara ?
    Renaud Meltz1 Dès 1961, un an après les premiers essais nucléaires et alors que la guerre d’Algérie s’oriente vers la négociation de l’indépendance, la France cherche deux sites de secours pour remplacer ceux de Reggane (pour les essais atmosphériques) et In Ecker (pour les souterrains) dans le Sahara. Après avoir abandonné la piste d’essais en métropole, notamment en Corse, en raison d’oppositions locales, l’État fait le choix de la Polynésie, qu’il avait déjà considéré en 1957. L’Algérie lui avait alors été préférée pour sa proximité géographique avec l’Hexagone et l’impossibilité logistique de rallier Papeete par vol direct ou avec escale sur un territoire français.

    La Polynésie est finalement retenue pour trois raisons. Tout d’abord, son isolement géographique à l’égard de pays étrangers, en particulier les atolls de Fangataufa et Moruroa, dans l’archipel des Tuamotu, en comparaison de La Réunion ou de la Nouvelle-Calédonie, respectivement proches de l’Afrique et de l’Australie. Ensuite, pour des raisons géopolitiques. Le général de Gaulle, alors président de la République, n’est pas mécontent de replanter, via le #CEP, le drapeau français dans un Pacifique vu comme un lac anglo-américain. Conçu comme projet industriel modernisateur d’un des rares territoires ultramarins qui n’a pas choisi l’indépendance, le CEP est l’occasion de développer l’économie de l’archipel pour le rattacher à la France.

    Enfin, le choix de la Polynésie n’est pas exempt d’un exotisme implicite, particulièrement visible dans les brochures d’information que l’armée distribue à ses troupes : toutes contiennent des représentations aussi bien des paysages balnéaires que des vahinés, ravivant l’imaginaire de la Polynésienne lascive et sexuellement disponible aux hommes blancs.

    Comment la population locale accueille-t-elle le CEP et ces premiers essais nucléaires ?
    R. M. Placés devant la politique étatique du fait accompli, les élus polynésiens parviennent à obtenir des compensations du général de Gaulle. Après une première phase de doute, marquée par des protestations officielles scientifiquement fondées et des pétitions de femmes, le boom économique qu’engendre le CEP éteint les contestations au temps des essais aériens, pourtant les plus polluants. En effet, les emplois au CEP étant nettement plus rémunérateurs que toute autre activité salariée dans l’archipel, c’est l’ensemble de la société polynésienne qui se mobilise pour bénéficier du Centre, aussi bien pour ses salaires que pour les effets de ruissellement qu’il génère, comme les nombreuses constructions immobilières pour loger ses cadres militaires ou civils. Sur une population de 80 000 habitants dans les années 1960, on estime à 10 000 le nombre de Polynésiens ayant directement travaillé pour le CEP au cours des trois décennies d’essais.

    Les choses changent à la fin des années 1970, avec l’essor du Front de libération de la Polynésie. Le CEP devient alors la pierre de touche des indépendantistes qui, par-delà les inquiétudes sanitaires, l’accusent de déraciner la population, de la rendre consumériste et de l’arracher à ses pratiques traditionnelles. À ce moment, la société polynésienne et la vie politique se polarisent – pour ou contre le CEP.

    Au-delà de la Polynésie, les essais nucléaires français dans le Pacifique ont des répercussions internationales.
    R. M. En effet, car si les États-Unis et le Royaume-Uni soutiennent la France, les pays voisins de la Polynésie estiment au contraire le Pacifique saturé d’essais nucléaires. L’Australie et la Nouvelle-Zélande appellent ainsi à dénucléariser cet océan à travers le traité de Rarotonga, en 1985, que la France considère comme une attaque à son égard. Dans le même temps, les nouvelles nations du Pacifique, à commencer par les Fidji, portent leurs propres revendications à partir des années 1980-1990 contre le colonialisme nucléaire français, à travers un répertoire d’actions proprement polynésien (festivals, danses, chants, etc.) qui contribue à diffuser l’information sur le nucléaire.

    Aux États riverains s’ajoutent, à partir des années 1970, les ONG – notamment Greenpeace, qui mène des campagnes en mer pour rendre visible le combat contre les essais nucléaires. La réponse française à leur endroit va jusqu’à l’attentat, en juillet 1985, dans le port d’Auckland, contre le Rainbow Warrior, un navire de Greenpeace, qui coûte la vie à un membre de l’équipage et constitue le premier acte terroriste sur le sol néo-zélandais.

    De plus en plus mal vue dans le Pacifique, la France tente de jouer la carte de la diplomatie scientifique auprès des gouvernements voisins, en fournissant son expertise scientifique et technologique dans la mesure des retombées radioactives. Force est de constater que cette stratégie rate sa cible. Lorsque Jacques Chirac décide en 1995 d’une dernière campagne d’essais nucléaires, on observe une coagulation de l’opinion publique mondiale hostile à cette décision.

    Presque trente ans après les derniers essais, peut-on aujourd’hui estimer l’impact environnemental et sanitaire des 193 essais nucléaires à Fangataufa et Moruroa ?
    R. M. Au niveau sanitaire, malgré la communication lénifiante des autorités militaires et des mesures de contrôle préalables, on observe un échec du gouvernement du risque dès le premier tir, le 2 juillet 1966, à Moruroa. Alors que la fenêtre météo pour cet essai atmosphérique se dégrade, l’armée maintient le tir et, une fois les retombées avérées sur les Gambier, refuse de distribuer des solutions d’iode ou d’évacuer de manière curative les 500 habitants et les quelques dizaines de civils et militaires qui se trouvent à Mangareva.

    En d’autres termes, sous prétexte de ne pas alarmer la population, on laisse délibérément des gens – dont des enfants – se faire arroser par le nuage radioactif, au risque de dépasser les seuils prévus, afin d’éviter une remise en cause des essais nucléaires, voire de la présence française en Polynésie. D’autres incidents du même acabit se produisent lors de tirs suivants, notamment à #Tureia, l’atoll peuplé le plus proche de #Moruroa. À chaque fois, l’armée dissimule les retombées pour ne pas compromettre la poursuite des essais nucléaires.

    De leur côté, les conséquences environnementales sont de deux ordres. D’une part, les conséquences directes des essais nucléaires, qui voient la contamination par les radionucléides des eaux des lagons des sites, la disparition d’une espèce d’oiseau endémique sur un atoll, malgré le projet d’un retour au statu quo ante, et la fragilisation par les tirs souterrains du socle de Moruroa, dont l’effondrement pourrait créer un tsunami susceptible d’engloutir Tureia. D’autre part, les conséquences indirectes liées au CEP, qui a agrandi le port de Papeete, stimulé le boom immobilier sur les pentes du volcan de Tahiti et le développement de l’automobile… Autant d’activités qui ont conduit à la dégradation de la qualité de l’eau du lagon aussi à Tahiti.

    Vous rapportez tous ces éléments dans un dictionnaire historique en français et en tahitien. Pourquoi le publier maintenant ? Et pourquoi sous cette forme ?
    R. M. L’histoire du CEP s’est longtemps heurtée à la non-communicabilité de ses archives régaliennes, car l’État jugeait qu’elles contenaient un certain nombre de documents proliférants, c’est-à-dire susceptibles d’amener à la prolifération des essais nucléaires, alors que la France a signé en 1998 le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. C’est seulement en juillet 2021 que le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé la déclassification des archives, hors sources proliférantes. Dès lors a pu s’écrire l’histoire du CEP.

    Par-delà nos publications scientifiques, nous avons choisi de raconter cette histoire sous la forme d’un dictionnaire bilingue en mettant en ligne, au fil de l’eau, des notices rédigées par des spécialistes de plusieurs disciplines. Du fait de son statut, la Polynésie française peut adapter les programmes scolaires et enseigner le fait nucléaire. Alors qu’il existe peu d’ouvrages spécialisés sur la question et que le livre imprimé demeure un bien peu accessible dans les archipels, un dictionnaire sous forme numérique, conciliant exigence scientifique et clarté pédagogique, nous paraissait la formule la plus à même de toucher les jeunes, tout en nourrissant la communauté scientifique internationale.

    D’autre part, à la requête des autorités locales et des associations d’anciens travailleurs du nucléaire, nous avons traduit l’ensemble des notices, et nous le faisons désormais en lien avec l’Académie tahitienne, de façon à proposer la première ressource savante sur le nucléaire en tahitien et un nouveau corpus de littérature scientifique susceptible d’être étudié dans les filières de langues polynésiennes.

    https://lejournal.cnrs.fr/articles/un-dictionnaire-franco-tahitien-du-nucleaire-en-polynesie
    #Tahiti #dictionnaire #nucléaire

  • La fabrique des jumeaux numériques urbains : le cas de Dassault Systemes
    https://metropolitiques.eu/La-fabrique-des-jumeaux-numeriques-urbains-le-cas-de-Dassault-System

    Provenant du monde de l’industrie, les jumeaux numériques sont de plus en plus mobilisés dans la gestion urbaine. Or, ces outils, présentés par les acteurs privés qui les conçoivent comme un moyen de « faire parler la ville », leur permettent surtout de parler à travers eux. Alors que les villes se précipitent pour devenir « intelligentes », les jumeaux numériques urbains émergent comme une nouvelle promesse techno-utopique : une réplique numérique testable et modifiable de la ville. Pourtant, leur essor #Essais

    / #ville_numérique, #smart_city, #économie_numérique, #plateformisation, #technologie

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_steiner.pdf

  • La crise du chiffonnage à #Paris (1900-1939)
    https://metropolitiques.eu/La-crise-du-chiffonnage-a-Paris-1900-1939.html

    Les chiffonniers ont marqué l’histoire des représentations de Paris. Dans les années 1940, leur disparition signe la fin d’un monde professionnel du recyclage, victime de l’industrialisation du traitement des #déchets privilégiant l’incinération et la mise en décharge. Pendant le premier tiers du XXe siècle, la région parisienne devient l’une des métropoles les plus urbanisées et industrialisées de l’Europe continentale. Les conséquences environnementales de la croissance démographique et les changements #Essais

    / déchets, Paris, #banlieue, #chiffonnier, #hygiène, #incinération, #collecte_des_ordures, #histoire

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_ramon.pdf

  • #Essais_nucléaires en #Polynésie : « Vu de Paris, ce n’était qu’un désert liquide »

    Près de 30 ans après la fin des essais nucléaires en Polynésie, une commission parlementaire tente de faire reconnaître le préjudice des populations locales. Pour le chercheur Alexis Vrignon, « l’histoire n’est pas terminée ».

    Pendant trente ans, entre 1966 et 1996, la France a effectué 193 essais nucléaires en Polynésie, sur les atolls de #Mururoa et de #Fangataufa. Dans l’air, puis sous l’océan à partir de 1974. Près de 170 000 habitants auraient été exposés à des radiations. Les explosions atmosphériques ont dispersé des substances radioactives, notamment de l’iode, susceptible d’entraîner des cancers. D’après les recherches de l’Institut national de la #santé et de la recherche médicale, entre 1998 et 2002, la Polynésie arrivait en tête du funeste classement du taux d’incidence du #cancer de la thyroïde le plus élevé au monde.

    Pour tenter de faire reconnaître le #préjudice et de réparer les conséquences de ces essais, la députée de Polynésie #Mereana_Reid-Arbelot (Gauche démocrate et républicaine) a initié une #commission_d’enquête à l’Assemblée nationale. Stoppés par la dissolution en juin 2024, les travaux ont repris mardi 6 mai. En filigrane, les auditions permettent de mettre en lumière la question du colonialisme et de ses survivances. Pour Alexis Vrignon, maître de conférences à l’université d’Orléans, coauteur de Des bombes en Polynésie, les essais nucléaires français dans le Pacifique (éd. Vendémiaire, 2022), cette commission d’enquête illustre la difficile « reconnaissance du fait nucléaire ».

    Reporterre — Les essais nucléaires en Polynésie ont pris fin en 1996, mais l’histoire est-elle pour autant terminée ?

    #Alexis_Vrignon — Pas du tout. Au départ, la communication officielle du Commissariat à l’énergie atomique a été de dire qu’une fois le Centre d’expérimentations du Pacifique (CEP) démantelé, 1996 marquait la fin du nucléaire en Polynésie. Tout l’effort d’une partie de la société polynésienne au début des années 2000 a consisté à rappeler combien cette histoire ne pouvait pas se conjuguer au passé et à souligner les implications présentes.

    Ces enjeux ont été peu à peu pris en compte de manière chaotique et la question n’a jamais vraiment quitté l’espace public polynésien. La commission d’enquête qui a lieu en ce moment à l’Assemblée nationale est l’héritière de tous ces tâtonnements, ces hésitations et ces erreurs, qui illustrent les problèmes des pouvoirs publics face à la reconnaissance du fait nucléaire.

    Dans quel contexte la #France a-t-elle démarré ces essais nucléaires en Polynésie ? Pourquoi ce territoire ?

    Ils émergent dans le contexte historique de la #décolonisation, puisque les premiers essais nucléaires français ont eu lieu dans l’#Algérie encore colonie française, mais il était évident qu’à partir des #accords_d’Évian de 1962, cette solution ne pouvait durer et qu’il fallait un autre lieu. Plusieurs localisations ont dès lors été envisagées, certaines en France métropolitaine, notamment dans les Alpes et en Corse, avant d’être rapidement écartées, parfois pour des raisons géologiques, mais aussi et surtout, politiques. Dès lors, la France s’est rapidement tournée vers les outre-mer.

    Les atolls de Moruroa et Fangataufa ont été choisis. Cette décision s’est prise au début des années 1960 dans un contexte particulier de réaffirmation impériale. En 1956, la loi-cadre Defferre avait permis aux outre-mer de bénéficier d’une plus grande autonomie. Sauf qu’à partir de l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle en 1958, les choses ont changé, il n’a plus été question d’aller vers l’autonomie totale des anciennes colonies africaines et des territoires d’outre-mer. La Polynésie fut alors choisie, sans consulter la population, ni les élites politiques locales.

    Les essais nucléaires ont-ils continué malgré une connaissance de leurs effets sanitaires et environnementaux ?

    À travers les archives militaires et locales, on constate que l’administration avait claironné à toute la Polynésie que les essais nucléaires allaient être propres et qu’il n’y aurait aucun problème. Après l’#essai_Aldébaran de 1966, qui a exposé les habitants des #îles_Gambier aux rayonnements ionisants et contaminé les citernes d’eau de pluie qu’ils buvaient, elle a été mise en porte-à-faux et c’est à partir de là qu’une culture du secret s’est développée.

    Les autorités ont ensuite tenté de limiter les risques en déplaçant parfois des populations, mais les questions de #sécurité n’étaient clairement pas leur priorité. Elles ont par exemple envoyé un avion dans un nuage radioactif afin d’effectuer des prélèvements. Il y avait aussi des bateaux militaires qui traversaient des zones sous le panache radioactif et à qui on ne disait pas grand-chose.

    Y a-t-il eu des résistances à l’époque ?

    La société polynésienne n’a jamais été totalement unanime. Mais entre 1962 et 1966, la mobilisation locale a été importante, notamment derrière le député #John_Teariki, qui a tenté de faire revenir le gouvernement sur sa décision de création du site d’expérimentations. Il s’appuyait sur la documentation scientifique des conséquences des essais nucléaires américains entre 1946 et 1958 dans les îles Marshall.

    Il insistait aussi sur la connaissance qu’avaient les Polynésiens de leur propre environnement, notamment des poissons qui se déplacent sur de longues distances et peuvent passer dans des zones contaminées avant d’être pêchés. Seulement, les autorités françaises se sont efforcées de marginaliser ces oppositions et de favoriser la montée en puissance des partis politiques liés au gaullisme, plus proches du pouvoir en place à Paris.

    À partir de 1974, les essais nucléaires sont devenus souterrains. En quoi menacent-il encore aujourd’hui l’écosystème des atolls ?

    Pour des raisons avant tout diplomatiques, vis-à-vis des Australiens et des Néo-Zélandais, la France a fait ce choix et réalisé d’importants #forages_offshore. Puisque ces essais fragilisaient notamment l’anneau corallien autour de Fangataufa, la majorité d’entre eux ont été effectués sur l’atoll de #Mururoa. Ces sites sont encore aujourd’hui étroitement monitorés, car les experts redoutent qu’une partie des atolls se décroche et entraîne un tsunami menaçant tout l’archipel, ou bien qu’ils s’ouvrent et libèrent des radio-éléments susceptibles de se disperser partout.

    Plus globalement, que sait-on des effets à long terme des radiations en Polynésie ?

    À l’heure actuelle, il s’agit encore de la question la plus délicate, car on manque de données permettant de mesurer pleinement les effets sanitaires sur les populations. Certaines archives cruciales, comme celles de l’hôpital Jean-Prince de Papeete [à Tahiti] n’ont pas encore été consultées car elles viennent tout juste d’être localisées. La Polynésie est un territoire grand comme l’Europe, mais éclaté sur énormément d’îles, ce qui rend plus complexes les études historiques et épidémiologiques. Ce que l’on sait, c’est qu’en 2023, près de la moitié des #indemnisations acceptées par le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires provenaient de Polynésie.

    Dans quelle mesure ces essais relèvent-ils des mêmes logiques coloniales que pour le scandale du chlordécone aux Antilles ?

    Il y a bien sûr des parallèles : quand ces scandales se développent, ce sont sur deux territoires en situation coloniale, c’est-à-dire dont les institutions et les rapports sociaux sont déterminés par ce rapport qui perpétue une inégalité de statuts et de droits entre les populations locales colonisées et les populations colonisatrices.

    En Polynésie, personne n’a été consulté en amont et les essais nucléaires ont été beaucoup plus facilement envisagés par les autorités françaises en outre-mer que dans les Alpes ou en Corse. S’ajoute toute une série de présupposés sur ces espaces qui, vus depuis Paris, n’étaient rien d’autre qu’une sorte de désert liquide où il était plus facile d’installer une base d’essais nucléaires, peu importe les risques sanitaires et environnementaux.

    Peut-on imaginer qu’un jour une enquête parlementaire s’ouvre sur les essais nucléaires réalisés par la France en Algérie ?

    Pour la Polynésie, les procédures de déclassification et de dérogations d’archives ne datent que de 2021, elles ont permis d’établir une chronologie des faits et de documenter ce que les autorités savaient ou non. À ce moment-là, l’historien Renaud Meltz, chargé de la création de l’observatoire de l’héritage du CEP, avait soulevé la question : pourquoi ne pas faire la même chose pour les archives liées aux essais nucléaires en Algérie, qui sont encore peu connus ?

    Mais face aux relations complexes qu’entretiennent la France et l’Algérie, la ministre de la Mémoire et des Anciens combattants d’alors, Geneviève Darrieussecq lui avait opposé une fin de non-recevoir. Ce ne serait pas irréaliste et, en tant qu’historien, je ne peux qu’y être favorable. Mais l’accès aux archives ne sera qu’une première étape, car dès lors que l’on connaît mieux les faits, il faut tenter de les résoudre, et c’est là que les choses les plus difficiles commencent.

    https://reporterre.net/Essais-nucleaires-en-Polynesie-Vu-de-Paris-ce-n-etait-qu-un-desert-liqui

    #désert #désert_liquide #géographie_du_vide #radioactivité #histoire #colonialisme #colonisation

    ping @reka

  • #Salonique au tournant du XXe siècle : un moment de centralité culturelle dans une périphérie impériale
    https://metropolitiques.eu/Salonique-au-tournant-du-XXe-siecle-un-moment-de-centralite-culturel

    À la veille de son rattachement à la #Grèce en 1912, Salonique est une périphérie dynamique de l’Empire ottoman. En y documentant l’essor du #cinéma, Tunç Yildirim donne à voir une ville ouverte sur l’Europe occidentale, dont l’effervescence culturelle rivalise avec celle d’Istanbul. Au XIXe siècle, l’Empire ottoman est considéré par les grandes puissances occidentales comme l’homme malade de l’Europe. Tout au long du siècle, il subit de nombreuses pertes territoriales, en particulier dans les Balkans où de #Essais

    / #Turquie, Grèce, Salonique, cinéma, #culture, #Empire_ottoman, #Thessalonique, #histoire

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_yildirim.pdf

  • Atolls irradiés : enquête après les essais nucléaires en Polynésie
    https://www.terrestres.org/category/series/atolls-irradies

    En Polynésie, l’héritage des essais nucléaires français est inscrit dans la chair et dans le sang des habitants.
    Sébastien Philippe et Tomas Statius
    Toxique. Enquête sur les essais nucléaires français en Polynésie

    Entre 1960 et 1996, la France a fait exploser 210 bombes nucléaires : 17 dans le désert du Sahara algérien puis 193 en Ma’ohi Nui, l’autre nom de la Polynésie. Les « essais » nucléaires, que nous nommerons plutôt « expérimentations », ont fait de très nombreuses victimes — la plupart des 23 maladies radio-induites aujourd’hui reconnues sont des cancers graves — et ont provoqué des dégâts écologiques considérables. Pourtant, les ravages des bombes nucléaires sont longtemps restés largement ignorés.

    En 2021, le chercheur Sébastien Philippe et le journaliste Tomas Statius publient le livre Toxique : Enquête sur les essais nucléaires français en Polynésie. L’ouvrage est accompagné de la mise en ligne des « Moruroa Files » par les médias Disclose et Interprt. Basée sur 2000 documents déclassifiés et étayée par des modélisations scientifiques, cette enquête fait enfin la lumière sur les conséquences des expérimentations nucléaires en Ma’ohi Nui.

    Les auteurs y démontrent ce que militant·es et lanceur·euses d’alerte dénoncent depuis des décennies : environ 110 000 personnes ont été dangereusement exposées à la radioactivité. C’est-à-dire la quasi-totalité de la population des archipels polynésiens à l’époque des essais nucléaires. « En Polynésie, écrivent les auteurs de Toxique, l’héritage des essais nucléaires français est inscrit dans la chair et dans le sang des habitants ».

    Depuis 2024, une commission d’enquête française se penche sur les conséquences des essais nucléaires en Polynésie, dans l’idée de proposer une éventuelle refonte de la loi de 2010 relative à l’indemnisation des victimes. Après une suspension liée à la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024, les auditions ont repris en janvier 2025. Le rapport final est attendu pour le mois de juin 2025.

    Comment les premier·es concerné·es vivent-ils et elles avec cet héritage, et comment mènent-ils et elles, au quotidien, la lutte contre le déni de leur parole et de leurs expériences ? Que peut apprendre le mouvement antinucléaire hexagonal de leurs combats pour la vérité, la justice et la réparation face à la contamination et au mensonge d’État ?

    Naïké Desquesnes et Léna Silberzahn, respectivement journaliste et chercheuse, se sont rencontrées lors d’un rassemblement antinucléaire et féministe en 2019 à Bure. Dans les trois textes de ce dossier, elles cherchent à éclairer les vécus et les combats des survivant·es, selon une perspective attentive aux questions du genre et de la colonialité.

  • Banlieues populaires, « banlieues chéries » : imaginaires, révolutions et réalités sociales du XIXe siècle à nos jours
    https://metropolitiques.eu/Banlieues-populaires-banlieues-cheries-imaginaires-revolutions-et-re

    À l’occasion de l’ouverture de l’exposition « Banlieues chéries » du Musée de l’histoire de l’immigration, Métropolitiques publie un extrait de son catalogue, où Emmanuel Bellanger met en lumière l’histoire sociale et politique des représentations des banlieues populaires. Vertes, bleues, noires et rouges, les banlieues sont une déclinaison de couleurs, de teintes et de nuances. Au commencement, prédominaient dans les environs de la #capitale les « banlieues vertes », rurales, paysannes et maraîchères, dont #Essais

    / capitale, #histoire, #métropole, #banlieue, #quartiers, #quartiers_populaires, #exposition

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-bellanger_banlieues_cheries.pdf