• Gilles Deleuze et la Palestine
    https://lestempsquirestent.org/fr/numeros/numero-7/gilles-deleuze-et-la-palestine

    Nous évoquerons (...) les quatre éléments qui nous paraissent centraux dans l’analyse deleuzienne de ce conflit (une théorie de la colonisation, le parallèle avec les populations autochtones d’Amérique, le statut du génocide palestinien et l’instrumentalisation de l’antisémitisme). Enfin, nous esquisserons quelques pistes de réflexion plus contemporaines à partir de Deleuze, notamment concernant la victoire de ce qu’il appelle les « forces aveugles de la guerre » à laquelle nous sommes en train d’assister.

    edit "C’est un #génocide, mais où l’extermination physique reste subordonnée à l’évacuation géographique : n’étant que des Arabes en général, les #Palestiniens survivants doivent aller se fondre avec les autres Arabes. L’extermination physique, qu’elle soit ou non confiée à des mercenaires, est parfaitement présente. Mais ce n’est pas un génocide, dit-on, puisqu’elle n’est pas le “but final” : en effet, c’est un moyen parmi d’autres. " G. Deleuze, « Grandeur de Yasser Arafat », 1984.

    #Palestine #colonisation_de_dépeuplement #Gilles_Deleuze #Israël

    • En vertu de cette colonisation de « dépeuplement », une des grandes idées développées dans le texte de Deleuze et Sanbar est le parallèle historique entre le peuple palestinien et les populations précolombiennes massacrées par les colons européens lors de la conquête de l’Ouest. C’est ce qui explique que les Palestinien·nes soient assimilé·es dès le titre aux « Indien·nes », au sens des « Peaux-Rouges ». L’argument, qui naît de leurs conversations communes, a une portée heuristique mais également explicative. Dans les sciences politiques ou dans l’histoire des relations internationales, on explique généralement le soutien des États-Unis par une des quatre modalités suivantes : soit un argument géopolitique selon lequel Israël est un allié stratégique dans une région clef ; soit un argument militaire selon lequel Israël est un laboratoire pour tester des techniques de contre-insurrection ; soit un argument idéologique qui attribue au sionisme chrétien ou à l’AIPAC une influence importante sur le Congrès américain ; soit un argument moral qui prend acte des atrocités de la Shoah et se perpétue progressivement sur cette ligne. Bien que cette quadruple lecture, avec tous les niveaux d’enchevêtrement possibles, soit largement partagée, la thèse Sanbar/Deleuze est qu’en reconnaissant les crimes de guerre, les nettoyages ethniques ou les génocides des Palestinien·nes, les États-Unis devraient reconnaître leur propre histoire coloniale – et donc le génocide des Amérindien·nes. En effet, selon Sanbar et Deleuze, le parallèle entre l’histoire palestinienne et l’histoire américaine éclaire singulièrement le soutien des États-Unis à Israël  : contre les explications habituelles (et parfois tendancieuses) qui interprètent ce soutien par « la puissance d’un lobby sioniste », les auteurs avancent l’idée d’une « destinée commune » entre ces deux pays. La naissance de la jeune Nation américaine s’est faite avec le sang des Native Americans, massacres que les Américain·es se sont empressé·es de transformer en une lutte des « forces civilisationnelles » aux valeurs chrétiennes contre des sauvages dénués de toute morale, notamment par l’entremise d’un récit cinématographique suprémaciste. Selon Deleuze et Sanbar, les Américain·es voient donc dans le projet sioniste le miroir de la grandeur de leur Nation et de son histoire (blanche). L’interprétation deleuzienne rejoint les analyses décoloniales : Deleuze interprète le soutien américain non pas seulement comme un calcul politique, mais comme un choix structurel en lien avec la défense d’intérêts coloniaux et impériaux, et avec la réticence à reconnaître les violences foncières et ethniques subies par les Palestinien·nes. En ce sens, il met au premier plan la question de la justice historique et du droit international.

      #États-Unis #histoire_coloniale #suprémacisme #ethnocratie

  • #Ethnocracy | #Oren_Yiftachel

    http://www.upenn.edu/pennpress/book/14250.html

    For Oren Yiftachel, the notion of ethnocracy suggests a political regime that facilitates expansion and control by a dominant ethnicity in contested lands. It is neither democratic nor authoritarian, with rights and capabilities depending primarily on ethnic origin and geographic location. In Ethnocracy: Land and Identity Politics in Israel/Palestine, he presents a new critical theory and comparative framework to account for the political geography of ethnocratic societies.

    According to Yiftachel, the primary manifestation of ethnocracy in Israel/Palestine has been a concerted strategy by the state of “Judaization.” Yiftachel’s book argues that ethnic relations—both between Jews and Palestinians, and among ethno-classes within each nation—have been shaped by the diverse aspects of the Judaization project and by resistance to that dynamic. Special place is devoted to the analysis of ethnically mixed cities and to the impact of Jewish immigration and settlement on collective identities.

    Tracing the dynamics of territorial and ethnic conflicts between Jews and Palestinians, Yiftachel examines the consequences of settlement, land, development, and planning policies. He assesses Israel’s recent partial liberalization and the emergence of what he deems a “creeping apartheid” whereby increasingly impregnable ethnic, geographic, and economic barriers develop between groups vying for recognition, power, and resources. The book ends with an exploration of future scenarios, including the introduction of new agendas, such as binationalism and multiculturalism.

    Oren Yiftachel is Professor of Geography and Urban Studies at Ben-Gurion University in Israel.

    #frontières #géopolitique #israël #palestine #bibliographie

    • L’idée que le sionisme est un ethnonationalisme typique XIXe siècle, ce n’est pas nouveau, c’est même assez fondamental.

      Par exemple, encore assez récemment, c’est abordé dans ce commentaire sur le bouquin de Shlomo Sand de 2008 : Aux origines du roman national israélien
      http://www.laviedesidees.fr/Aux-origines-du-roman-national.html

      Les nations, au sens moderne du terme, ne préexistaient pas au nationalisme. Toutefois, le nationalisme a été protéiforme, ce qui a amené Hans Kohn, « en 1944, avec la publication de son ouvrage d’une large portée L’Idée du nationalisme, [à élaborer] sa célèbre théorie de la dichotomie qui lui valut autant adeptes que d’opposants ». Kohn considère en effet deux familles de nationalismes aux effets radicalement différents : d’une part, un nationalisme libéral et civique, de cooptation, insistant sur l’adhésion volontaire et consciente de l’individu à la nation, qui triomphera à l’ouest de l’Europe et aux États-Unis non sans vicissitudes ; d’autre part, un ethnonationalisme, essentialiste, biologisant et « volkiste », pour lequel l’appartenance de l’individu à la nation est prédestinée. Cette conception triomphera en Europe centrale et orientale, dans des États où les élites aristocratiques, sur la défensive au sein de leur « empire », privilégieront un nationalisme sans démocratie.

      De la mythistoire à l’histoire reconstituée

      C’est dans cette matrice intellectuelle, où chaque État forge sa propre histoire, que va naître le mythe national du futur État israélien, avec la Bible comme support de base.

  • Max Blumenthal en interview à la télé norvégienne il y a trois jours : comparaison d’Israël avec ISIL (il l’appelle JSIL).

    C’est très intéressant, tout ce qu’il dit est vrai et patenté, mais je ne suis personnellement pas sur de la pertinence de la comparaison JSIL et ISIL. Dans le sens ou j’ai l’impression que c’est contre-productif. Ce n’est quand même pas la même histoire ni les même objectifs, mais le mérite de Max Blumenthal et de rappeler avec force qu’Israël st un état ethnocratique en inquiétante dérive fasciste

    – Israel mister de unge - Nyheter, tv og radio fra hele verden - NRK.no
    http://www.nrk.no/verden/_-israel-mister-de-unge-1.12040369

    Israel mister de unge

    – Varselklokkene ringer i USA og Israel, skriver en amerikansk-jødisk avis. Et generasjonsskifte utfordrer USAs sterke støtte til Israel.

    #israël #palestine #colonisation #occupation #ethnocratie