• Magouilles, nazisme et violence : un policier repenti se livre, « Être de gauche est vu comme être vulnérable, un peu comme ce qui est prêté aux femmes », Mathieu Rigouste
    https://www.mediapart.fr/journal/france/211218/magouilles-nazisme-et-violence-un-policier-repenti-se-livre?onglet=full

    Nicolas a récemment quitté la #police. Il venait de commencer sa carrière dans une unité de la gare du Nord, à Paris. Entre références à Hitler et ultravirilisme, il raconte un quotidien marqué par l’ennui, les magouilles et la #violence. Et comment la sensation de devenir « violent et #raciste » l’a fait renoncer au métier.

    Le fonctionnement intime du pouvoir policier est difficile à observer. Lorsqu’un chercheur y est accepté, les policiers ne lui donnent à voir que ce qu’ils veulent bien. Les témoignages d’anciens policiers ayant rompu assez clairement avec l’institution et le métier pour les décrire sans filtre sont extrêmement rares (voir en Boîte noire).

    Nicolas Garnier (les prénom et nom ont été changés) a quitté la police ces dernières années. Entre références à Hitler et ultravirilisme, il dépeint un quotidien marqué par l’ennui, les magouilles et la violence. Ce qu’il raconte permet de mieux décrire la mécanique de production des pratiques policières. Il a préféré rester anonyme, par « peur de recevoir des menaces » de ses anciens collègues.

    Il était affecté gare du Nord, là où ont été contrôlés en mars 2017 trois ex-lycéens en voyage scolaire qui ont porté plainte contre l’État pour contrôle discriminatoire. L’audience a eu lieu en octobre 2018 au tribunal de grande instance de Paris. Les trois lycéens ont été déboutés le 17 décembre mais ont décidé de faire appel.

    Nicolas a mal vécu son passage dans la police. « Il y a encore quelque chose de coincé, comme si je n’avais pas réglé cette affaire », confie-t-il. Son profil est assez répandu dans les bases de l’institution policière. Il a été socialement construit comme un mâle blanc de « classe moyenne ». Mais sa subjectivité n’est pas représentative des policiers de voie publique. Comme il le reconnaît, il était très marginal dans son commissariat et n’a jamais connu aucun autre policier qui ait, comme lui, rompu avec le métier « par principe ». Identifié à « un gauchiste » par ses collègues, il sait qu’on ne lui montre certainement pas tout. Un de ses collègues prévenait ainsi les autres : « N’allez pas trop loin devant Nicolas. » Les pratiques qu’il rapporte peuvent donc être considérées comme une partie émergée de l’intimité du pouvoir policier.

    L’utilité, la vengeance et l’action
    Nicolas Garnier est né à Paris au début des années 1990, son père est enseignant et sa mère employée. Sa scolarité a été « classique bien qu’un peu douloureuse ». À la suite d’un bac pro, il cherche « un boulot pour être utile aux gens ». Il pense à la police. Lorsqu’on lui demande d’où venait cette idée, il est catégorique : « Les reportages à la télévision me donnaient toujours une vision positive de la police, dans le sens où je me disais, “c’est bien, ils arrêtent des mauvaises personnes, ils sont utiles”. Je m’identifiais à eux, j’avais envie d’être comme eux. » La mystification du #pouvoir_policier joue un rôle fondamental dans l’engagement mais aussi dans la fabrication de l’agent de police.

    Nicolas rapporte une autre dimension de son enrôlement. « Dans mon adolescence, j’ai été agressé environ six fois, par des Noirs et des Arabes. Je ne m’étais pas particulièrement dit “les Noirs et les Arabes sont des méchants”, je m’étais juste dit “il y a des cons et faut empêcher les cons d’agir”. » Le pouvoir policier attire des personnes désireuses de mettre en œuvre leurs conceptions personnelles de la justice. On y trouve nécessairement une part importante d’engagements basés sur des ressentiments racistes, sexistes et de classe. « Je suis blanc, j’ai été agressé deux fois au couteau, une fois dans le hall de mon immeuble, le jour de mon anniversaire, donc il y avait aussi une sorte de rancœur en moi, je pense, qui m’a motivé. »

    Nicolas évoque aussi l’un des motifs d’engagement les plus répandus, « le besoin d’action ». Mais il porte dessus un regard désormais critique. « Je vous dis ça avec du recul, je pense que j’aurais pu travailler en association si j’avais vraiment voulu, mais je devais avoir un besoin de décharge d’agressivité, une envie d’utiliser la #force. Je pense que c’est ce que je recherchais. Voilà, une sorte de besoin de #vengeance, d’utilité et d’#action. »

    Sélectionner et préparer le corps policier
    Après un premier échec au concours des cadets de la République, Nicolas Garnier est pris l’année suivante. La formation a lieu rue Albert dans le XIIIe arrondissement parisien, à côté d’Olympiades. Un chef commence par exiger qu’il se coupe les cheveux. L’enseignement se concentre sur le sport et les interventions mais aborde aussi « le pénal, la légitime défense et le code de la route ». Les concurrents sont notés et classés. En fonction de leur rang, ils choisissent parmi des postes à pourvoir. Le concours permet de repérer ceux qui sont employables et disciplinables pour mieux évacuer les ingérables. Les « profils de gaucho » comme le sien semblent acceptés « tout comme ceux profondément fainéants, même avec des notes très basse, un absentéisme, et une volonté par les formateurs de les exclure ».

    Selon l’ancien policier, il s’agit « de garder à tout prix de la main-d’œuvre pour l’institution ». Nicolas est « plutôt bien classé » et demande la brigade des réseaux ferrés. « C’est comme ça que je suis arrivé à gare du Nord. J’étais content, je me suis dit : “Il va y avoir de l’action”. » Sa détermination reste intacte durant la formation. « Ça allait encore, ma vision, ça s’arrêtait à un milieu très #viriliste et enfantin, un peu gamin, qui cherche à se moquer des autres, à bizuter, mais ça ne m’avait pas tant choqué. »

    Durant son premier stage dans un commissariat parisien, il note « une sorte de flemme à travailler ». Selon Nicolas Garnier, ses anciens collègues « cherchent à #en_faire_le_moins_possible et essaient d’éviter certaines affaires et même d’éviter les affaires en général ». Son second stage a lieu dans une grande gare parisienne où il décrit encore « une ambiance de planqué ». Malgré l’écart de plus en plus évident entre la fiction, la formation et le terrain, le jeune homme reste déterminé à travailler selon l’image qu’il avait de la police.

    Lors de stages auprès des unités d’élite du Raid, la présentation des #armes et des techniques d’intervention participe à renforcer une culture de l’« action ». Une initiation au maintien de l’ordre avec des compagnies de CRS institue en profondeur cet « #esprit_de_corps policier » fasciné par « l’intervention ». Ces dispositifs permettent aussi de repérer les marginaux et les contrevenants.

    « Une brigade un peu spéciale »
    Lorsqu’il est finalement affecté gare du Nord, Nicolas Garnier déchante vite. « Je suis tombé dans une brigade un peu spéciale, ambiance #fasciste, qui prônait le nazisme. Quelques-uns avaient une allégeance à Hitler et les autres étaient complices, sans avoir les mêmes mots mais prenaient quand même bien plaisir à faire des insultes racistes. »

    Selon l’ancien policier, chez les collègues de son unité, « la construction politique est soit absente, soit un cliché de l’#extrême_droite ». Ils votent tous Front national et leurs discussions quotidiennes évoluent dans un « fourre-tout idéologique avec Marine et les étrangers en tête ». On peut imaginer qu’ils sont à ce titre relativement représentatifs des 47 % de policiers et militaires qui assumaient voter FN dans une enquête du Cevipof, le Centre de recherches politiques de Sciences Po, publiée en 2017.

    Dans le commissariat, la hiérarchie est représentée par une major, un brigadier et des lieutenants qui passent de temps en temps. Ils n’ont pas ce type de propos devant les agents qui s’en gardent eux aussi lorsqu’un gradé entre dans la pièce. « Il y avait quand même une sorte de honte auprès de la hiérarchie. »

    Dans la gare, l’unité surveille notamment les fraudes aux portiques et les trains arrivant d’Amsterdam. Les policiers de cette unité travaillent ensemble depuis longtemps, ils se voient chez les uns et les autres. Il y a « un Guadeloupéen » parmi eux. « Ça amenait toujours des situations extrêmement gênantes et cependant, lui-même partageait des a priori extrêmement discriminants, mais pas de manière aussi franche que les autres, mais il était souvent d’accord sur les agissements et les attitudes méprisantes à l’égard des minorités. »

    Cette brigade « un peu spéciale » est en fait complètement intégrée au fonctionnement normal de l’institution policière.

    L’ancien policier se souvient aussi de l’importance du #sexisme dans l’équipe et dans l’institution. « Ça imprègne tout le corps policier, c’est omniprésent, c’est un milieu viriliste. » Il évoque des manières de prendre « à la rigolade » les dépôts de #plainte_pour_viol. Mais aussi des situations révélatrices de la multiplicité des violences rendues possibles par le pouvoir policier. Il évoque par exemple un policier qui tentait d’extorquer des vidéos érotiques personnelles à une femme venue porter plainte contre son ex-compagnon qui la menaçait de les publier. Les violences sexistes des policiers s’inscrivent elles aussi dans une culture dominante. « Être de gauche est vu comme être vulnérable, un peu comme ce qui est prêté aux femmes », résume Nicolas Garnier.

    L’ancien policier a fini par comprendre que la culture policière ne s’accommode pas seulement des pratiques violentes et discriminatoires. Elle les légitime et les valorise. Nicolas Garnier raconte ainsi comment ses collègues « avaient tabassé un mec à l’arrière du commissariat ». L’homme avait perdu une dent, les policiers avaient filmé la scène et se passaient la #vidéo sur un téléphone. « Ils étaient fiers, ils y faisaient référence de temps en temps. »

    Un autre policier pouvait cracher sur un SDF allongé au sol juste pour impressionner les collègues. La formation à cette #culture_de_violence s’opère quotidiennement au contact des pratiques policières banalisées. Nicolas Garnier se souvient qu’une fois, où il devait maintenir au sol « un type insupportable, qui insultait tout le monde », l’homme leur avait craché sur les chaussures. Son collègue lui avait dit : « Tiens, je vais te montrer comment faire. » Il avait essuyé sa chaussure sur la personne menottée. « C’est une sorte de formation, décrypte l’ancien policier. D’abord, c’est de l’humiliation et puis l’envie de renvoyer à l’autre sa violence. »

    Nicolas Garnier en est sûr : « Cette idéologie, c’était ce qui les faisait tenir au travail, ils s’accrochaient coûte que coûte à ces idées, peut-être pour donner du sens à leur #travail. »

    Contrôler les corps « africains », « nord-africains » et « méfiants »
    Cette idéologie participe effectivement à légitimer des pratiques quotidiennes. Nicolas Garnier perçoit chez ses collègues « une satisfaction à user de la violence contre les minorités noires et arabes ».

    « C’était vraiment ce qui leur plaisait. C’était vraiment leur truc. Quand on contrôlait, il y avait un vrai mépris envers ces personnes. D’une manière générale, tout ce qui n’avait pas des codes entre guillemets bourgeois, soit une manière de s’habiller dans les codes des gens qui ont de l’argent. Mais des Blancs aussi, s’ils avaient des signes de #pauvreté sur eux, n’avaient le droit qu’à très peu de respect. »

    L’ex-policier précise que cela s’exprimait « par des tons très secs, des boutades à peine déguisées devant les personnes, toujours en gardant les limites de ne pas être ouvertement insultant ».

    Nicolas Garnier reconnaît que « la majorité des personnes qui se faisaient contrôler étaient des personnes non blanches » mais il lui paraît « difficile » d’évaluer si les contrôles étaient effectués au faciès. « C’était plus imprégné, il y avait un état d’esprit, selon lequel les #Noirs et les #Arabes étaient des sous-personnes, des “sous-races”, dont il fallait contrôler les actions. Mais ce n’était pas dit par la hiérarchie. »

    Ces pratiques de contrôle des corps prennent pourtant forme à l’intérieur d’un cadre institutionnel. Les documents de formation aux Gestes techniques du professionnel d’intervention (GTPI) assurent que « l’important lors d’une intervention est de figer la situation afin de ne pas en perdre le contrôle et de restreindre toutes les possibilités d’action de(s) l’interpellé(s) ». Des textes juridiques précisent les gestes, attitudes et postures auxquelles se conformer. « Les fonctionnaires doivent mettre en œuvre un comportement de surveillance ou de prévention, ralentir, s’arrêter, intervenir », tout en « travaillant en autonomie ». C’est dans cet espace d’« autonomie » relative que sont mises en œuvres les pratiques réelles du maintien de l’ordre social.

    La posture du policier doit s’adapter au statut social de la personne et du territoire qu’il doit contrôler. « Dans les quartiers sensibles, explique un document de formation, il convient de se déplacer en restant toujours vigilant. » La discrimination des corps est elle aussi instituée.

    Lorsqu’ils interviennent sur appel de la radio, les policiers reçoivent des messages désignant « en général des personnes non blanches ». « Donc ce n’était pas notre choix de contrôle », insiste Nicolas Garnier. Ses documents de formation enseignent à décrire une personne par des « types » issus de l’#ethnologie_coloniale : « Caucasien, méditerranéen, moyen-oriental, maghrébin, asiatique/eurasien, amérindien, indo-pakistanais, métis/mulâtre, africain/antillais, polynésien et mélanésien (dont “canaques”). »
    _
    Nicolas se souvient que dans les communications radio, on employait surtout « Nord-Africain » et « Africain ». Ces dispositifs de profilage racial amorcent une chaîne de pratiques de surveillance et de contrôle, de brimades et de coercitions marquant les corps reconnus comme « Africains » et « Nord-Africains » par les policiers.

    « Ce qui était ciblé, ce n’était pas forcément une couleur mais plus une attitude où on sentait de la méfiance chez la personne », assure l’ex-policier. Cette focalisation détermine le ciblage de corps « méfiants » parce que régulièrement confrontés aux #violences_policières et aux discriminations. Cette disposition de la pensée policière à repérer ce qui se méfie d’elle détermine des pratiques de ségrégation et de prédation, ainsi qu’une prétention à soumettre tout ce qui se sent menacé par l’ordre social et le pouvoir policier.

    Le monopole de la violence légale
    Tout comme cette « brigade un peu spéciale », les violences policières s’intègrent sans difficulté dans les dispositifs législatifs et judiciaires chargés de les contrôler. Si l’#État revendique effectivement le monopole légitime de la violence, il dispose surtout de son monopole légal.

    Durant la formation aux cadres juridiques d’emploi de la force, on présente aux élèves policiers le « code de déontologie », on distribue des livrets informatifs sur « la démocratie », « les libertés individuelles et collectives » qui permettent de légitimer l’existence d’un cadre éthique, moral, légal. Ce rituel autorise l’entrée dans un champ où les pratiques réelles peuvent prendre des formes très éloignées des principes mis au fronton de l’institution.

    C’est ainsi que durant sa formation aux GTPI, Nicolas Garnier apprend à mettre des menottes. On lui indique les zones du poignet qui peuvent être douloureuses, en expliquant qu’il faut « essayer de ne pas faire mal ». Ce qui rend possible la diffusion de pratiques de coercition d’autant plus facilement qu’on vient d’enseigner les zones douloureuses.

    Après une courte réflexion, Nicolas Garnier se souvient d’ailleurs : « Pendant la formation, on nous a dit qu’effectivement, si la personne ne se laissait pas faire, il était possible d’appuyer sur ses menottes pour créer des douleurs au poignet, ça c’était officiel aussi, et qu’une fois que la douleur avait été créée, la personne avait plus tendance à se laisser faire. »

    S’il insiste pour rappeler que « l’idée principale c’est tout de même d’infliger le moins de douleur possible », l’ancien policier explique qu’on lui a pourtant bien enseigné « des clefs de bras, des coups de poing et coups de pieds, type boxe française, des points de pression ». « Même si on nous disait qu’il ne fallait pas mettre de coups, donc je ne sais pas pourquoi on nous l’enseignait, mais on nous apprenait tout de même à mettre des coups. »

    Les violences policières les plus quotidiennes n’entrent pas en conflit avec le cadre judiciaire. Nicolas Garnier se souvient ainsi d’un contrôle d’identité « sur un type, sans raison ». L’homme s’enfuit en courant mais les policiers réussissent à le rattraper. Il est alors coincé dans un local et ne peut s’enfuir. « Et là, je sens chez mes collègues qu’il y a une montée, chez moi aussi, de violence et d’agressivité, qu’ils ont déchargé sur ce type en usant de la force qui était complètement disproportionnée. » « Il n’y avait pas nécessité de l’écraser par terre, de lui mettre les menottes extrêmement fortes. » Mais « au niveau de la loi, ils arrivent encore à se couvrir, ça peut passer », reconnaît Nicolas Garnier.

    L’#impunité_judiciaire quasi totale dont bénéficient les crimes policiers est assez bien connue. Mais les violences quotidiennes sont elles aussi couvertes par la collaboration de l’institution judiciaire. L’ex-agent de police se souvient qu’un de ses collègues avait mis un coup de genou dans le ventre d’« un minot de 14 ans qui faisait vraiment chier en insultant », « pour le faire taire ». L’adolescent avait ensuite été interpellé et emmené au poste.

    Dans son procès-verbal (P.-V.), le collègue ment et écrit que le petit a tenté de lui mettre « un coup de boule ». Au tribunal, un magistrat vient voir le policier en question et le félicite : « Bravo pour votre interpellation. On a revu les caméras et effectivement on a bien vu le coup de boule qu’il a essayé de vous mettre. » Nicolas considère qu’on peut parler d’une forme de « collusion dans le mensonge entre la justice et la police ».

    Les compétences en droit des officiers de police judiciaire permettent de faire entrer la réalité des pratiques dans les cadres de la loi. L’ancien policier se souvient ainsi de techniques consistant pour l’officier à faire reprendre les P.-V. par les agents lorsque ce qu’ils avaient déclaré ne permettait pas de « prendre l’affaire » parce que le parquet l’aurait refusée. Au sujet d’un pseudo-fraudeur, Nicolas Garnier confie : « Donc on a changé la réalité, on l’a mis à la poubelle, on a refait un P.-V., on a menti sur le procès-verbal et on a dit qu’il avait effectivement fraudé. » Il arrivait aussi « qu’on invente des insultes ».

    Puis il décrit un fait moins connu. « Quand on se fait insulter par quelqu’un, on rajoute des insultes au magistrat dans la plainte. Exemple : le type nous dit “sale flic de merde” et on rajoute “les juges je me les fous au cul, jamais j’aurais quoi que ce soit”. Il y a une sorte de mépris de la justice dans le corps policier. On dit qu’ils sont laxistes, que les délinquants se sentent en liberté. »

    Les policiers savent aussi s’arranger avec la loi. Nicolas Garnier confirme un fait déjà connu de l’inspection générale de l’administration. « Ça se fait, une ou deux fois par mois de se mettre un “outrage à agent”, c’est, je ne sais plus, entre 200 et 500 euros, qui tombent, grâce au service d’aide aux victimes et ils touchent leur cachet même si la personne est insolvable. Et dans ce cas, on n’invente pas des insultes, on provoque, on cherche la personne. »

    Fabriquer et discipliner le corps policier
    Lorsque je lui demande pourquoi si peu de policiers rompent comme il l’a fait, Nicolas Garnier explique que son expérience de la police le fait penser à celle de Milgram, réadaptée à la télévision en « Jeu de la mort ». Et il ajoute : « Après, il faut aussi se demander pourquoi on veut rentrer dans la police à la base. C’est l’un des éléments mis en avant par l’historien Maurice Rajsfus pour expliquer la subjectivité policière : on ne devient pas impunément policier. »

    L’ancien policier pense reconnaître une « sorte de perversion de l’usage de la force, prétendument légitime, une sorte de #jouissance liée à la situation de supériorité ». Il considère cela comme une compensation. « Ce métier est dur, alors ils arrivent à tenir en trouvant une compensation, en étant des connards. Je le perçois comme ça. Dans mon cas, c’est peut-être ce qui serait arrivé, j’aurais fini par trouver des compensations en déchargeant mon agressivité sur certaines personnes. Et je me serais dit “c’est normal”. On finit par s’habituer, se dire “c’est pas énorme”, et ça peut grimper. Parce que dans ce milieu, la violence est vraiment répandue. On finit par penser banales des choses qui ne le sont pas. Moi, j’ai pu m’en rendre compte grâce à des références extérieures mais je ne sais pas si tout le monde peut s’en rendre compte. »

    La formation passe aussi par des pratiques de défiance et d’intimidation pour faire respecter « l’esprit de corps ». « Il y a des bizutages, certains collègues te prenaient en photo en train de dormir pour faire pression sur toi. » Nicolas Garnier pose des questions sur le temps matinal passé à « ne rien faire au commissariat » et ne rit pas aux blagues racistes. On lui fait comprendre qu’il est « emmerdant ».

    Puis un jour, un collègue l’intercepte et lui explique « entre quatre yeux, avec un ton menaçant », qu’il a intérêt à se « tenir à carreau » parce que « la police c’est une grande famille, on est très solidaires entre nous, si jamais il y en a un qui commence à causer des problèmes, on sait le régler… » Alors, Nicolas décide de pas trop « ouvrir sa gueule ».

    Cette chaîne de programmation commence à transformer Nicolas Garnier en policier de terrain. « C’est un métier difficile et je sentais que j’étais en train de rentrer dans une sorte de mimétisme avec mes collègues, je pense que j’étais en train de devenir comme eux. Je commençais à avoir des réflexions racistes sur les Noirs et les Arabes. Je me suis dit que c’était quand même bizarre que je commence à penser comme ça. »

    L’ancien policier se souvient d’« une nana complètement folle, qui nous insulte pendant qu’on la ramène au commissariat ». « Je sens que je commence à monter en agressivité. » La femme est amenée « dans un autre endroit du poste, où il y a moins de monde ». Elle crache alors sur un des collègues que Nicolas appréciait particulièrement.

    « Là, ça m’a fait vriller et j’attrape la nana, je l’amène au sol de façon violente. Comme mes collègues avaient fait pendant la course-poursuite contre l’autre type, je me suis mis à faire pareil en fait. Un usage de la force disproportionné en raison d’une agressivité qui monte en soi. Je lui mets le visage par terre pour qu’elle ne nous crache pas dessus, de façon trop forte par rapport à ce qu’elle avait fait. »

    Mais à la différence de nombreux autres policiers, Nicolas Garnier est resté socialisé dans un groupe d’amis qui fissurent son formatage. « Je me suis dit “merde, qu’est-ce que t’es en train de faire et de devenir ?” Soit je commençais à coller, soit je partais. » Nicolas Garnier finit par décider de rompre avec la police.

    Toutes les situations décrites par Nicolas Garnier ont eu lieu en l’espace d’une seule année. Elles décrivent un monde de violences déterminé par la position de pouvoir des policiers sur les #corps qu’ils contrôlent. Alors qu’il évoque les techniques d’intervention, Nicolas note qu’on lui avait appris à ne pas regarder dans les yeux une personne plus grande que soi, « pour ne pas qu’elle se sente en supériorité, toujours cette idée de domination ».

    Les pratiques policières sont structurées par les systèmes sociaux de domination. Une brigade néonazie s’intègre bien dans les cadres du pouvoir policier parce que la violence et les discriminations, légales et illégales, font partie intégrante des répertoires réels du maintien de l’ordre social. Ce ne sont pas des accidents, pas des dysfonctionnements, ce sont les productions d’une machinerie institutionnelle qui remplissent des fonctions rationnelles pour la reproduction d’une société inégalitaire.

    Mathieu Rigouste est chercheur indépendant en sciences sociales. Il est l’auteur, notamment, de La Domination policière : une violence industrielle (La Fabrique, 2012) et État d’urgence et business de la sécurité (Niet, 2016).

    Nicolas Garnier a pris contact avec le chercheur après avoir découvert son travail sur internet, afin de restituer ce qu’il a vu et entendu. « Je ne m’étais pas tant posé de questions sur la police à ce niveau, et du coup je me suis dit que vous pourriez être une oreille pour entendre ce que j’avais à dire. Et qui en ferait peut-être quelque chose d’utile. »

    Contactée pour réagir au témoignage de l’ancien policier, la préfecture de police de Paris n’a pas donné suite.

  • Help ! Quand on parle très mal allemand, comment trouver l’endroit où l’on peut écouter ces voix et chansons de poilus, de soldats irlandais, indiens, etc. enregistrés en prison lors de la Première guerre mondiale ?

    Ces documents ont l’air hallucinants !

    Des voix de poilus de 14-18 retrouvées à Berlin : écoutez ces enregistrements, ils ont plus de 100 ans !

    Plus de 2 000 enregistrements de soldats français, réalisés pendant leur détention, sont sorties des archives allemandes et désormais consultables.

    https://www.francetvinfo.fr/societe/guerre-de-14-18/des-voix-de-poilus-de-14-18-retrouvees-a-berlin_3023969.html

    Les archives sonores semblent être ici : http://www.sammlungen.hu-berlin.de/sammlungen/78

    Et le 16 novembre, pour les Francilien·nes : https://www.maisondelaradio.fr/evenement/cinema-sonore/meme-morts-nous-chantons

    • @jef_klak Les archives ne sont pas ouvertes au public, des consultations à des fins de recherche sont possibles.
      Demande d’accès www.lautarchiv.hu-berlin.de
      Il y a une exposition du 04.05.2018 – 25.11.2018

      Musée de l’histoire de la ville de Spandau / Citadelle
      Am Juliusturm 64
      13599 Berlin

      Téléphone
      +49 (30) 35 49 44-0

      Téléphone pour réservation
      +49 (30) 33 97 87 74

      Fax
      +49 (30) 35 49 44-296

      Site Web
      www.zitadelle-berlin.de

      Courriel
      info@zitadelle-berlin.de

    • L’expo actuelle dans la citadelle traite un autre sujet :

      Nachbarn hinter Stacheldraht – Das Engländerlager Ruhleben und Kriegsgefangenschaft 1914 bis 1921
      http://www.zitadelle-berlin.de/museengalerien/sonderausstellung
      Communiqué de presse
      http://www.zitadelle-berlin.de/wp-content/uploads/2018/04/Pressemitteilung-Abstrakt-dt.pdf

      On peut écouter quelques documents sonores dans le contexte de cet article:

      Erster Weltkrieg: Tonaufnahmen im Kriegsgefangenenlager - SPIEGEL ONLINE
      http://www.spiegel.de/einestages/erster-weltkrieg-tonaufnahmen-im-kriegsgefangenenlager-a-1049784.html

      Um ein „Stimmen-Museum der Völker“ zu schaffen, führte ein Berliner Lehrer Zwangs-Tonaufzeichnungen von Insassen deutscher Kriegsgefangenenlager durch. So entstand ein ethisch höchst fragwürdiger Rassen-Katalog - der für die Forschung dennoch wertvoll ist.

      d’autres sources :

      Tonaufnahmen von Kriegsgefangenen - Die Stimmen der Welt (Archiv)
      https://www.deutschlandfunkkultur.de/tonaufnahmen-von-kriegsgefangenen-die-stimmen-der-welt.1001.de

      Vor exakt 100 Jahren, am 27. Oktober 1915, wurde die Königlich Preußische Phonographische Kommission unter strengster Geheimhaltung gegründet. Von diesem Zeitpunkt an nahmen deutsche Wissenschaftler in brandenburger Kriegsgefangenenlagern die Sprache und die Musik verschiedenster Ethnien auf. Der berliner Sprachwissenschaftler Wilhelm Doegen träumte von einem Museum der Stimmen der Völker, die deutschen Militärs vom Einsatz von Kolonialtruppen in Europa. Geblieben ist eine einzigartige akustische Sammlung vieler Kulturen der Welt. Und Spuren der Biographien sind heute noch auffindbar. Susanne Arlt nahm sich des interessanten Themas an.

      Das ist Jasbahadur Rai. Zum Zeitpunkt dieser Aufnahme ist er gerade mal 23 Jahre alt. Jasbahadur Rai stammt aus Indien, genauer gesagt aus der Provinz Darjeeling. Er ist ein Gurkha – ein nepalesischer Soldat im Dienst der britischen Armee.

      „Jeder Regentropfen fällt in das überlaufende Meer. Wir kamen auf Befehl der Briten nach Deutschland. Hört, hört, nun hört, wir kamen auf Befehl der Briten. Drei Wasserströme in einem Dorf in Nepal. Wasser fließt ohne Pause. Wir sterben nicht, aber selbst lebendig leben wir nicht. Die Seele schreit auf.“
      Sensibel und schmerzerfüllt

      Die Gurkhas gelten als hartgesotten, als furchtlos und geschickt. Angeblich ziehen sie in jeden Krieg mit dem Schlachtruf: Lieber sterben, als ein Feigling sein. Doch was der 23-jährige an diesem heißen Sommertag im Juni 1916 in den Schalltrichter des Aufnahmegeräts der Phongraphischen Kommission spricht, klingt nicht furchtlos. Schon gar nicht hartgesotten. Es klingt sensibel und schmerzerfüllt.

      Phonographierte Klänge - Restauro
      https://www.restauro.de/phonographierte-klaenge

      Phonograph? Wachswalzen? Galvanos? Die Ausstellung „Phonographierte Klänge – Photographierte Momente“ im Ethnologischen Museum in Berlin beeindruckt mit einzigartigen Ton- und Bilddokumenten aus deutschen Kriegsgefangenenlagern im Ersten Weltkrieg. Die Tonaufnahmen sind häufig die ältesten historischen Aufnahmen von Sprachen weltweit, die Forschungsergebnisse stoßen deshalb schon auf großes Interesse der Wissenschaft.

      Wilhelm Doegen - Verfolgte deutschsprachige Sprachforscher
      http://zflprojekte.de/sprachforscher-im-exil/index.php/catalog/d/182-doegen-wilhelm

      Geb. 17.3.1877 in Berlin, gest. 3.11.1967 in Berlin.

      D. ist ein problematischer Fall in diesem Katalog: er ist hier aufgenommen, weil er 1933 entlassen wurde.[1] D. hatte in Berlin zunächst Volkswirtschaft studiert, dann zu den neueren Philologien (Englisch, Französisch) und der Germanistik gewechselt. In diesem Rahmen hatte er 1899 ein Semester in Oxford studiert, wo er unter dem Einfluß von H. Sweet die Phonetik als sein künftiges Arbeitsgebiet entdeckte. Nachdem er 1902 seinen Militärdienst geleistet hatte, machte er 1904 in Berlin sein Staatsexamen mit einer Arbeit über »Die Verwendung der Phonetik im englischen Anfangsunterricht« und unterrichtete seit 1905 an Berliner Gymnasien. Bereits 1913 hatte er eine systematische Methodik des Ausspracheunterrichts vorgelegt, mit dem Schwerpunkt bei prosodischen Fragen: »Sprach- und Lehrproben. Ein Beitrag zur Methodik des neusprachlichen Unterrichts«.[2] Phonetische Forschungen betrieb er mit einer breiteren Orientierung, nicht zuletzt in Verbindung mit der Erfindung/Verbesserung der technischen Apparaturen. 1909 erfand er ein eigenes Aufnahmegerät, den Doegen-Lautapparat. Vor diesem Hintergrund war bei ihm die Ausspracheschulung Arbeitsschwerpunkt, s. seine »Auswahl französischer Poesie und Prosa«[3] und »Passages from English Literature illustrating British national character with preliminary exercises in language«.[4] Eine Pionierrolle hatte er bei der Fokussierung von prosodischen Fragen, in Hinblick auf die er diese Bände auch mit Schallplatten ausstattete. In diesen Arbeiten finden sich z.T. ausführliche Intonationsanalysen, so z.B. als Anhang zu dem Band zum Französischen von 1928. In den 20er Jahren publizierte er darüber hinaus im Umfeld der kulturkundlichen Bewegung zum Englisch- und Französischunterricht, mit den in diesem Zusammenhang üblichen »völkerkundlichen« Stereotypen.

      Die Welt im Ton
      http://www.freiburg-postkolonial.de/Seiten/Lange-Welt-im-Ton.htm

      »Menschenfresser« in Sonderlagern
      Wie kam es überhaupt dazu, dass im Jahr 1915 ein indischer Sikh in einem deutschen Kriegsgefangenenlager in den Trichter eines Grammophons sprach? Hintergrund für die groß angelegte Tonsammlung im Ersten Weltkrieg war die weltpolitische Situation: Das Deutsche Reich und seine Bündnispartner (Österreich-Ungarn, das Osmanische Reich und Bulgarien) kämpften 1915 gegen die Armeen Belgiens, der Entente-Staaten England, Frankreich und Russland sowie gegen Soldaten aus den von der Entente abhängigen und kolonialisierten Ländern in Afrika, Asien und Ozeanien. Da die Kolonialsoldaten oftmals als »Kanonenfutter« benutzt und an die vorderste Frontlinie geschickt wurden, kamen viele von ihnen um. Überlebende wurden in die Gefangenenlager der so genannten Mittelmächte gebracht. Während in den österreichisch-ungarischen Lagern vor allem Gefangene von der Ostfront, also Soldaten aus der russischen Armee landeten, gelangten in deutsche Lager auch Gefangene von der Westfront in Flandern und später Frankreich.

      Die Präsenz von kämpfenden Afrikanern, Asiaten, Neuseeländern und vielen anderen in Europa führte auf deutscher Seite zu heftigen Reaktionen. Bereits kurz nach Kriegsausbruch gingen reißerische Artikel durch die deutsche Presse, in denen auf die Verwendung von »Menschenfressern« in den gegnerischen Armeen verwiesen wurde. Sie legten den Entente-Staaten den Einsatz von Kolonialsoldaten als militärische Schwäche aus und behaupteten eine Verletzung des Völkerrechts. Die Gründe für den starken öffentlichen Reflex lagen jedoch nicht nur in der propagandistischen Absicht, die Kriegsgegner zu destabilisieren, sondern reichten tiefer. Hauptanklagepunkt vieler Autoren war die Tatsache, dass die »Kulturvölker« der Franzosen und Engländer sich der Hilfe von so genannten »Naturvölkern« – Völkern ohne Industrie, Schrift und Geschichtsschreibung – bedienten, um das »Kulturvolk« der Deutschen zu bekämpfen. Diese Konstellation durchbrach die bis 1914 herrschende imperiale Weltordnung, nach der die selbst ernannten »Kulturvölker« darin paktierten, die »Naturvölker« zu unterwerfen, und sich als am weitesten »fortgeschrittene« Menschen verstanden, die die Welt »rechtmäßig« beherrschen durften.

      Detail - Staatliche Museen zu Berlin
      https://www.smb.museum/nachrichten/detail/ankuendigungen-der-sonderstellungen-zum-themenjahr-aufbruch-weltbruch-1914-i

      Phonographierte Klänge - photographierte Momente

      Ton- und Bilddokumente aus deutschen Kriegsgefangenenlagern des Ersten Weltkrieges

      Veranstalter: Museum Europäischer Kulturen und Ethnologisches Museum
      Dauer: 10.10.2014 - 06.04.2015

      #Berlin #musée #histoire #guerre_14-18 #éthnographie #éthnologie #colonialisme

  • Le #Japon mêle technologies de pointe et traditions. Mais connaissez-vous leurs oreillers #sextoys qui ont une dimension plus profonde que le seul plaisir sexuel ? #Vidéo (ethno et non porno) de Manon Bril

    https://sms.hypotheses.org/11184

    #manon_bril, #sextoy, #sexe, #pratique, #vidéo, #plaisir, #japon, #ethnologie, #technologie, #tradition, #oreiller, #rêve, #sexualité,

  • Le #Japon mêle technologies de pointe et traditions. Mais connaissez-vous leurs oreillers #sextoys qui ont une dimension plus profonde que le seul plaisir sexuel ? #Vidéo (ethno et non porno) de Manon Bril

    https://sms.hypotheses.org/11184

    #pratique, #sexe, #sextoy, #plaisir, #service, #jouet, #sociologie, #anthropologie, #ethnologie, #vidéo, #rêve, #fantasme

  • Comment #juger un #migrant quand on ne connait pas sa #culture ? Cette question fait l’objet de #débats parmi les acteurs (magistrats, chercheurs, associatifs, etc.). Un film-recherche diffusé en partenariat avec #CNRS-Images

    http://sms.hypotheses.org/10574

    #juger, #juge, #jugement, #migrant, #migration, #immigré, #émigré, #débat, #acteur, sociologie, #ethnologie, #documentaire, #film-recherche, #CNRS, #magistrat, #association, #culture, #Maghreb, #Turquie, #Afrique, #dialogue, #formation, #tribunal

  • Philippe Descola, À chacun ses animaux, 2009
    https://sniadecki.wordpress.com/2018/03/06/descola-animaux

    Ces deux exemples illustrent un fait plus général. Partout, les communautés humaines forment avec des communautés animales des collectifs hybrides dont les caractéristiques sont très variables selon la nature des espèces fréquentées et selon le type de contrôle exercé sur elles. C’est évidemment notable dans le cas des civilisations de pasteurs pour qui le bétail est une composante intrinsèque de la société, mais c’est aussi évident partout ailleurs, que les animaux soient chassés et apprivoisés, apprivoisés sans être chassés, chassés sans être apprivoisés, élevés sans être chassés, chassés et élevés, ni chassés ni élevés, utilisés pour leur viande, pour leurs produits secondaires, pour l’énergie qu’ils fournissent, comme substitut des humains dans les échanges ou dans les sacrifices, comme sources de symboles, modèles de classification ou pour n’importe quelle autre fonction. Chacune de ces formules caractérise un mode particulier de cohabitation et d’interaction entre des humains et des espèces animales à chaque fois spécifiques qui rend illusoire toute définition universelle de ce que seraient des « animaux libérables ».

    #Philippe_Descola #ethnologie #animaux #libération_animale #antispécisme #ethnocentrisme

  • Eduardo Kohn – Comment pensent les forêts – Zones Sensibles
    http://www.zones-sensibles.org/eduardo-kohn-comment-pensent-les-forets

    Les #forêts pensent-elles ? Les chiens rêvent-ils ? Dans ce livre important, #Eduardo_Kohn s’en prend aux fondements même de l’anthropologie en questionnant nos conceptions de ce que cela signifie d’être humain, et distinct de toute autre forme de vie. S’appuyant sur quatre ans de recherche ethnographique auprès des Runa du #Haut_Amazone équatorien, Comment pensent les forêts explore la manière dont les Amazoniens intéragissent avec les diverses créatures qui peuplent l’un des #écosystèmes les plus complexes au monde. Que nous l’admettions ou non, nos outils anthropologiques reposent sur les capacités qui nous distinguent en tant qu’humains ; pourtant, lorsque nous laissons notre attention ethnographique se porter sur les relations que nous tissons avec d’autres sortes d’êtres, ces outils – qui ont pour effet de nous aliéner du reste du monde – se révèlent inopérants. Comment pensent les forêts entend répondre à ce problème. Cet ouvrage façonne un autre genre d’outils conceptuels à partir des propriétés étranges et inattendues du monde vivant lui-même. Dans ce travail revolutionnaire, Eduardo Kohn entraîne l’anthropologie sur des chemins nouveaux et stimulants, qui laissent espérer de nouvelles manières de penser le monde, monde que nous partageons avec d’autres sortes d’êtres.

    merci @fil #ethnographie #livre

    une ressource sonore ici
    Rencontre dans le cadre du cycle « Les Classiques contemporains en sciences humaines et sociales », avec Eduardo Kohn, Philippe Descola, Grégory Delaplace et Frédéric Keck.
    http://www.quaibranly.fr/fr/expositions-evenements/au-musee/rendez-vous-du-salon-de-lecture-jacques-kerchache/details-de-levenement/e/comment-pensent-les-forets-37464

  • Recension : M. Sahlins, Critique de la sociobiologie, 1976
    https://sniadecki.wordpress.com/2018/01/07/descola-sahlins

    En revanche, sa critique du réductionnisme biologique met à jour le substrat idéologique de l’entreprise sociobiologique et c’est cette épistémologie critique, principalement développée dans la deuxième partie de l’ouvrage, qui retient le plus l’attention.

    L’auteur s’attache en effet à montrer les mutations idéologiques du concept de sélection naturelle, c’est-à-dire le passage d’une représentation de l’aptitude adaptative comme un avantage relatif et génétiquement induit, permettant d’accroître la capacité reproductive d’un individu, à une conception volontariste selon laquelle l’organisme exerce une activité consciente visant à une valorisation génétique de ses biens, c’est-à-dire à l’obtention de l’avantage reproductif net maximal en fonction d’un investissement parental donné. Le processus de la sélection de parenté apparaît dès lors gouverné par les mêmes principes que la prise de décision économique dans un marché concurrentiel. Cette homologie est très significative, car la sociobiologie « scientifique » se révèle ainsi pour ce qu’elle est réellement : non pas une discipline « rectrice » pour les sciences humaines mais, bien au contraire, un avatar biologisant de la théorie économique marginaliste.

    #sociobiologie #ethnologie #anthropologie #Marshall_Sahlins #Philippe_Descola

  • Une ethnographie de la sorcellerie
    https://lejournal.cnrs.fr/articles/une-ethnographie-de-la-sorcellerie

    Dans certains pays d’Afrique centrale, des accusations de sorcellerie peuvent conduire à des violences graves sur les habitants. Mais qu’entend-on par « sorcellerie » ? L’anthropologue Andrea Ceriana Mayneri nous entraîne dans un imaginaire sorcellaire qui renvoie à des réalités sociales, religieuses et politiques complexes.

  • Quentin Schnapper, L’étrange défaite de la gauche. Approche ethnographique du porte-à-porte socialiste lors des municipales de 2014 à Toulouse
    http://lectures.revues.org/23343

    Alors que, en ciblant prioritairement les « abstentionnistes de gauche », le porte-à-porte « modernisé » doit permettre aux socialistes de renouer avec des classes populaires auxquelles ils ne parlent plus6, sa mise en œuvre concrète ne respecte que peu les préconisations officielles. Les responsables des Sections toulousaines préfèrent avant tout concentrer leurs efforts sur les quartiers qui votent habituellement à gauche afin de mobiliser leur « clientèle électorale ». Dans un parti dominé, à Toulouse comme ailleurs, par les classes intellectuelles supérieures et les fonctionnaires, les Sections les plus dynamiques sont situées au cœur de la ville ; au contraire, la mobilisation militante dans les « banlieues » est laborieuse en raison de la faiblesse numérique des socialistes sur ces territoires qu’ils ont désertés depuis de nombreuses années7. Ce n’est donc que dans l’urgence des derniers jours de la campagne que les militants se rendent dans les quartiers populaires pour tenter de convaincre les abstentionnistes de se rendre dans l’isoloir.

    #sociologie #politique #ethnologie #anthropologie #parti-socialiste

  • #collapsologie #ruines #catastrophe #capitalisme #ecologie
    Le Monde des Livres
    #ethnologie #japon #oregon
    #matsutake

    La mondialisation et le champignon
    C’est l’histoire d’un champignon, appelé matsutake, dont raffolent les riches Japonais depuis des siècles, à tel point qu’il servait de cadeau précieux pour honorer alliances, mariages et amitiés. Mais l’exploitation industrielle des forêts japonaises, de la fin du XIXe siècle à 1945, -conduisit à sa disparition totale à partir des années 1950. Or, cette même exploitation industrielle, dans un contexte écologique différent, l’a au contraire fait pousser en masse à l’autre bout du Pacifique, dans les forêts de l’Oregon, dès les années 1970. Une foule hétéroclite de cueilleurs s’est alors ruée sur cette manne : des hippies ou vétérans de la guerre du Vietnam fuyant les foules urbaines, des Latinos clandestins se cachant de la police, des montagnards des minorités ethniques d’Asie du Sud-Est (recrutés par l’armée américaine lors de sa croisade anticommuniste, au-jour-d’hui réfugiés politiques) cherchant mieux que les salaires de misère proposés dans les grandes villes. Via une cascade d’intermédiaires - acheteurs, trieurs, grossistes, revendeurs -, un trafic alimente désormais quotidiennement par avion boutiques et restaurants de luxe des mégapoles japonaises.
    C’est cette histoire extraordinaire qu’Anna Tsing, anthropologue à l’université de Californie à Santa Cruz, raconte avec talent dans son ouvrage, où se mêlent étroitement l’étude ethnologique de ces communautés humaines précaires et l’étude écologique des équilibres instables entre -espèces. Ces relations entre -humains et non-humains, que l’auteur appelle des « agencements », sont donc à la fois le produit d’une mondialisation capitaliste ravageuse - pour les forêts comme pour les hommes - et l’origine de l’une des formes de cette mondialisation reliant les deux rives du Pacifique.
    Mais au-delà de cette histoire, en soi palpitante, qui nous emmène également, à des fins -comparatives, dans les forêts du Yunnan (sud de la Chine), du Japon et de Laponie, le champignon permet à Anna Tsing de dépasser de façon fulgurante la vision communément admise de ce que sont l’économie, la politique et la science, par une nouvelle approche issue du constat suivant : le capitalisme mondialisé n’est plus seulement un vecteur de progrès de la condition humaine, il est aussi, par l’extension continuelle de sa prédation, celui de la destruction de la planète et de la fragilisation de ses habitants, -humains et non-humains.
    « Regarder autour de nous »
    Néanmoins, au lieu de se conten-ter de s’opposer à cette destruction (ce qui est certes -nécessaire mais suppose un objectif illusoire de retour du progrès dans le « droit chemin »), l’auteure invite à « chercher du côté de ce qui a été ignoré, de ce qui n’a jamais concordé avec la linéarité du progrès », à observer ce qui se passe au milieu des ruines laissées par la prédation capitaliste. Car c’est là que se nouent, selon elle, ces enchevêtrements porteurs non pas d’alternative, mais de vie, tout simplement. Même s’il s’agit d’agencements locaux, fugaces et temporaires, « il nous faut regarder autour de nous plutôt qu’en avant ». Elle propose ainsi un nouveau « travail politique » visant à faire émerger ce qu’elle appelle des « communs latents ». « Quand on vit dans l’indéterminé, de telles lueurs constituent la politique », un ici et maintenant encore préférable au bien commun rédempteur et utopique que promettait un progrès désormais jugé inatteignable.
    Une autre façon de faire de la politique, mais aussi de la science. Car de même que l’économie capitaliste supprime la variété des ressources pour n’en sélectionner et n’en dupliquer ad nauseam qu’une seule (la plus rentable), -détruisant les autres au passage, la science néodarwinienne de la sélection génétique néglige ce que montrent les avancées les plus récentes de la « bio-écologie » : une espèce n’évolue pas « contre » son environnement ou les variétés concurrentes, mais en fonction de leurs interrelations et des événements historiques. « La nature pourrait sélectionner des relations, bien plus que des individus ou des génomes », note Anna Tsing.
    « En distillant des principes généraux, les théoriciens espèrent que d’autres les compléteront avec des cas particuliers (...). C’est un véritable arsenal intellectuel qui aide à consolider le mur entre concepts et histoires, et concrètement tout cela assèche l’importance de la sensibilité », proteste Anna Tsing, qui prône au contraire une « nouvelle alliance entre l’observation et le travail de terrain », résumée par le terme « prêter attention », en particulier à ce qui pousse entre les ruines. Le premier être vivant qui a surgi sur le sol irradié -d’Hiroshima en 1945 était un champignon.
    Antoine Reverchon

  • Pierre Clastres : « L’État c’est la division de la société entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent
    https://comptoir.org/2017/05/18/pierre-clastres-letat-cest-la-division-de-la-societe-entre-ceux-qui-comman

    <i>Au Comptoir cette semaine, nous nous intéressons à Pierre Clastres, ethnologue français né il y a 83 ans cette semaine et mort il y a 40 ans cette</i> …

  • L’ethnologue Jeanne Favret-Saada raconte la sorcellerie en Mayenne : « J’ai dû me faire désenvoûter »
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/l-ethnologue-jeanne-favret-saada-raconte-la-sorcellerie-en

    En 1972, Jeanne Favret-Saada, ethnologue, racontait dans l’émission « Entre chien et loup » son travail sur la sorcellerie en Mayenne. Elle avait appris à parler le langage de la sorcellerie, ce qui lui avait permis de recueillir des témoignages de sorciers...

    #radio #ethnologie #sorcières

  • L’ethnologue Jeanne Favret-Saada raconte la sorcellerie en Mayenne : « J’ai dû me faire désenvoûter »
    http://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/l-ethnologue-jeanne-favret-saada-raconte-la-sorcellerie-en


    pas encore écouté

    Cette émission donne la parole à #Jeanne_Favret-Saada, ethnologue, qui a travaillé en #Mayenne sur la #sorcellerie paysanne. Elle démontra que les « désensorceleurs » étaient de très efficaces thérapeutes de l’âme et qu’ils inventèrent des thérapies extrêmement raffinées. L’auteur de l’essai, Les mots, la mort, les sorts : La Sorcellerie dans le bocage, partageait le fruit de ses enquêtes dans l’émission « Entre chien et loup ».

    #radio #ethnologie

  • La #ville vécue
    http://www.laviedesidees.fr/La-ville-vecue.html

    Anthropologue de la ville, Michel Agier revient sur ses recherches dans un ouvrage qui fait le point sur les concepts qui permettent de « penser la ville » aujourd’hui, à l’aune de ses espaces délaissés ainsi que des activités de ceux qui l’habitent.

    Essais & débats

    / ville, #sociologie, #anthropologie, #ethnologie

    #Essais_&_débats

  • La Pensée des contes – François Flahault

    http://www.francoisflahault.fr/contes.php

    texte intégral en PDF librement accessible sur le site.

    Les centaines de contes qui ont circulé depuis des siècles ou des millénaires dans toute l’Eurasie et le bassin méditerranéen constituent un immense patrimoine culturel. Dans la diversité de leurs intrigues, ils se répondent les uns aux autres. Cendrillon parle aussi bien à un Chinois ou un Japonais qu’à un Français ou un Italien. Ce sont des miroirs énigmatiques de notre commune humanité.

    En quel point de nous-mêmes nous touche tel conte ? Et celui-ci, et celui-là, avec leurs nombreuses variantes ? Quelle secrète cohérence relie entre eux les contes ? Comment, de conte en conte, les mêmes motifs reviennent-ils, avec des variations significatives ou des inversions, comment s’inscrivent-ils dans des structures singulières, elles-mêmes liées à des problématiques existentielles différentes ? Telles sont les questions qui sont à l’origine de l’enquête commencée dans ma jeunesse et longuement, indéfiniment poursuivie.

    « Une philosophie en germe », écrivait Lévi-Strauss à propos des mythes ou contes amérindiens. La formule vaut aussi pour les contes européens. Relevant d’une pensée narrative et non pas conceptuelle, ils explorent des aspects de la condition humaine que la tradition philosophique occidentale a délaissés. Comment concilier l’infini désir d’exister qui anime chacun de nous avec la nécessité d’exister à plusieurs, donc de limiter ce désir ? Comment faire notre chemin à partir de la génération dont nous sommes issus pour rejoindre celle où nous devons trouver notre place ? Comment l’attachement peut-il transmettre le viatique d’une force de vie, mais être aussi un cadeau empoisonné ?

    Les contes sont un pont vers d’autres cultures, il nous aident à aller au devant de formes de pensée non-européennes. Tâche qui aujourd’hui, en un temps de mondialisation des échanges intellectuels, est devenue indispensable. Ce n’est pas en continuant d’affirmer son universalité prétendue que la pensée occidentale dépassera les partis pris qui, à son insu, l’ont modelée. C’est en se confrontant à d’autres formes de pensée, y compris celles qui ne répondent pas à ses critères de rationalité.

    Auteur et livre cité dans la conf. de Jeanne Favret-Saada http://seenthis.net/messages/374810

    #contes #ethnologie #anthropologie

  • Tim Robinson, cartographe de l’espace multiple
    http://www.larevuedesressources.org/tim-robinson-cartographe-de-l-espace-multiple,2807.html

    Curieux parcours que celui de cet Anglais du Yorkshire, né en 1935, qui, après de solides études de #Mathématiques à Cambridge et une carrière d’enseignant et de plasticien qui l’a amené à voyager à travers l’Europe jusqu’en Turquie et à vivre successivement à Istanbul, Vienne et Londres, décide en 1972 de renoncer à une carrière de plasticien abstrait, adepte de Naum Gabo et Barbara Hepworth, admirateur de Mondrian et reconnu par l’avant-garde sous le pseudonyme maternel de Timothy Drever, pour partir vivre (...)

    #Etudes

    / #Irlande, Mathématiques, #Ethnologie, #Habiter, #Géographie, #géopoétique, #Cartographie, Folding (...)

    #Folding_Landscape

  • L’excellent blog Sounding Out ! publie en ce moment une série d’articles autour d’#Alan_Lomax, à l’occasion du centenaire de sa naissance

    « The Problem of Alan Lomax, or The Necessity of Talking Politics During the Lomax Year »
    http://soundstudiesblog.com/2015/04/09/the-problem-of-alan-lomax-or-the-necessity-of-talking-politics-dur

    Mark Davidson’s piece will introduce our collection with an exploration into the Alan Lomax “branding” as either saint or sinner with a call for transparency, context, and accuracy with regard to current scholarship and repatriation efforts surrounding the recordings Lomax made over six decades of work.

    « Alan Lomax’s Southern Journey and the Sound of Authenticity »
    http://soundstudiesblog.com/2015/04/16/alan-lomaxs-southern-journey-and-the-sound-of-authenticity

    Parker Fishel‘s post considers how Alan Lomax fashioned himself—as both a collector and a publisher of other peoples’ music. The complexity of this task is inherent in the social and political ramifications of “saving” sound by making it “ours,” both in terms of singular ownership of singular recordings that had previously “belonged” to a community as well as the extent to which this practice brought these sounds to the wider culture.

    Here, Fishel invites the reader to consider this complicated history that surrounds collecting and copyrighting folk music, what (and whom) the practice has excluded as well current performers who have been inspired by this preservation of our sound culture to perpetuate the practice: making it “theirs” and “ours” once again.

    #son #ethnologie #folk #musique