• #Eusko basque : quand utiliser une #monnaie_locale déclenche un réflexe coopératif

    Lancée en 2013, l’#Eusko_basque est la principale monnaie locale en Europe. Une étude menée à #Bayonne montre que son usage ne favorise pas seulement les #circuits_courts, mais il semble aussi rendre les utilisateurs… plus coopératifs.

    Alors que la guerre des monnaies fait rage, entre le dollar, l’euro ou même le yuan, la question des monnaies locales revient sur le devant de la scène. Les monnaies locales complémentaires, ou monnaies locales convertibles, sont des dispositifs monétaires mis en place à l’échelle d’un territoire pour favoriser l’#économie_locale. Échangeables à parité avec l’euro (1 eusko = 1 euro), mais utilisables uniquement au sein d’un réseau restreint d’acteurs – commerçants, associations, institutions –, elles visent à réorienter la consommation vers des circuits courts.

    Si leurs dynamiques ont largement nourri la réflexion théorique, les monnaies locales complémentaires font l’objet de bien moins d’analyses empiriques sur leurs #retombées concrètes. Elles n’en demeurent pas moins un phénomène significatif au sein des initiatives d’#innovation_sociale. Plus de 4 500 expériences de ce type ont été recensées dans la littérature au cours des trente dernières années.

    En France, l’Eusko, lancée en 2013 au Pays basque, est souvent citée comme un modèle. Avec plus de 5400 utilisateurs, 4,4 millions d’euskos en circulation et un volume de transactions de 6,5 millions d’euskos en 2024, il s’agit de la première monnaie locale d’Europe. Mais l’usage de ces monnaies peut-il avoir un effet sur les comportements individuels ? Notre étude menée à Bayonne montre que l’usage de l’Eusko ne favorise pas seulement les circuits courts, il semble aussi rendre les utilisateurs… plus coopératifs.
    Lab-in-the-field

    Pour explorer cette hypothèse, nous avons conçu une expérience de type « lab-in-the-field », c’est-à-dire un test comportemental inspiré des méthodes expérimentales classiques mais réalisé dans un cadre naturel. Ici, les cafés et librairies du centre-ville de #Bayonne.

    Nous avons recruté plus de 300 volontaires pour jouer à un jeu dit de « l’ultimatum », une expérience bien connue en économie comportementale. Le principe est simple : un joueur, le « proposeur », propose une partition d’une somme d’argent avec un autre joueur, le « répondant ». Ce dernier peut accepter ou rejeter l’offre. En cas de refus, aucun des deux ne gagne. Dans cette version de l’expérience, chaque participant prend sa décision avant de connaître celle de l’autre. Cette méthode permet d’évaluer les préférences de manière isolée, ainsi que les seuils d’acceptabilité de chacun.

    Mais cette fois, la nouveauté résidait notamment dans la monnaie utilisée pour jouer : certains participants jouaient avec des euros, d’autres avec des Euskos. Nous voulions savoir si la seule présence de cette monnaie locale, qui incarne un engagement collectif, pouvait influencer les choix des joueurs.

    Déclencheur de coopération

    Les résultats sont frappants. Les utilisateurs réguliers de l’Eusko se montrent significativement moins enclins à rejeter les offres lorsqu’ils jouent avec la monnaie locale plutôt qu’en euros. Autrement dit, face à une offre jugée imparfaite, ils choisissent plus souvent de l’accepter quand l’interaction se déroule en eusko. Ce comportement reflète une baisse de la réciprocité négative, c’est-à-dire une moindre tendance à « punir » une proposition perçue comme « injuste ».

    https://www.youtube.com/watch?v=65s6UKa9khI

    En revanche, un tel effet n’est observé chez les non-utilisateurs de l’Eusko, les échantillons ayant été randomisés. Nous en concluons que c’est bien l’usage régulier de la monnaie locale, et non une quelconque différence individuelle préalable, qui déclenche ce réflexe coopératif.

    #Valeurs communes

    Pourquoi une simple monnaie aurait-elle ce pouvoir ? Notre étude avance une interprétation théorique : l’Eusko active des intentions collectives déjà présentes chez ses utilisateurs. Autrement dit, en manipulant la monnaie, les participants se reconnectent à un engagement latent envers la solidarité locale. La monnaie devient un marqueur de valeurs communes, à la fois symboliques et morales, qui influe sur la manière dont les joueurs interprètent la situation.

    Ce mécanisme peut être éclairé par la théorie dite des « buts-cadres » ou goal-framing theory), selon laquelle notre comportement est façonné par des objectifs activés de manière contextuelle. Trois types de cadres coexistent : le cadre hédonique avec la recherche du plaisir/bien-être immédiat, le cadre de gain avec la recherche d’un intérêt personnel matériel à long terme et le cadre normatif avec l’adhésion à des règles et valeurs collectives.

    Dans ce contexte, l’Eusko ne crée pas de nouvelles motivations. Elle semble réactiver un cadre normatif préexistant chez les utilisateurs réguliers : un rapport au collectif, à la solidarité et à la coopération. En rendant ces objectifs saillants, la monnaie infléchit leur comportement de manière moins compétitive, plus conciliante.

    Relocaliser l’économie

    Le changement de monnaie dans cette expérience n’a pas modifié le comportement des « proposeurs », qui ont dans l’ensemble proposé une répartition équitable. Sans doute en raison du caractère public de l’expérience et d’un biais de désirabilité sociale ? L’effet observé concerne uniquement les « répondants », ceux qui acceptent ou refusent une offre. Les résultats confirment une intuition partagée par de nombreux acteurs de l’économie sociale et solidaire : les dispositifs alternatifs comme les monnaies locales ne sont pas neutres.

    L’Eusko, comme d’autres monnaies locales en France, a souvent été défendu pour sa capacité à relocaliser l’économie et à renforcer les circuits courts. Cette étude montre qu’elle pourrait aussi jouer un rôle plus subtil mais tout aussi important : renforcer les normes de coopération au sein d’une communauté engagée. Ces résultats relancent les débats sur le rôle des outils monétaires dans la transformation sociale. Ils suggèrent une voie prometteuse pour la recherche : analyser non seulement les effets économiques directs de ces innovations, mais aussi leur capacité à façonner les représentations mentales et les comportements collectifs.

    Si des dynamiques identitaires liées au contexte basque sont parfois évoquées pour expliquer le succès de l’Eusko, celui-ci semble toutefois davantage porté par un contexte socio-politique fertile façonné par des décennies de mobilisation territoriale et de construction de la #confiance.

    https://theconversation.com/eusko-basque-quand-utiliser-une-monnaie-locale-declenche-un-reflexe
    #Pays_Basque #économie #relocalisation

    • Dire ainsi, que l’utilisation de l’Eusko permet une diminution de la spéculation n’est qu’hypocrisie. Si certes la monnaie ne permet pas une certaine financiarisation de l’économie locale directement, elle est totalement indexée aux processus d’accélération du poids de la valeur abstraite dans la totalité économique et politique du capital.

      […]

      Beaucoup tentent un « retour » à la valeur d’usage, face au manque de sens d’une économie qui s’émancipe des rapports humains. Seulement, c’est oublier que la valeur d’usage n’existe que parce qu’il y a une valeur d’échange, c’est à dire abstraite et mesurée par le temps de travail nécessaire à la production d’une marchandise. Valeur d’échange et d’usage sont les deux faces d’une même pièce. L’Eusko, en cherchant à revaloriser le local et l’agriculture paysanne, participe en réalité à invisibiliser la valeur abstraite pourtant toujours sous jacente. D’une manière encore plus désespérante, le capitalisme a besoin de ces initiatives, a priori porteuses de sens, pour pouvoir les ravaler dans le système de valorisation.

      #capitalisme #critique_de_la_valeur #wertkritik #Eusko

    • Grâce à elle, devraient pouvoir se réaliser la transition écologique, la sauvegarde de la langue basque, la protection de l’agriculture paysanne, la réduction de la spéculation financière, un soutien de l’économie local, le financement d’associations et enfin la protection du commerce de proximité… Rien que ça !

      Caricaturer l’objet de la critique pour mieux asseoir son propos de critique plus solidement critique que les critiques tronquées pas assez critiques. La flemme.

    • Pourtant il me semble que chacun des points a été utilisé à un moment, par ci, par là, sur tel ou tel support, pour mettre en avant l’eusko (qui sur la com officielle, qui sur Bizi, qui sur telle assoc ou tel groupe qui l’utilise, etc). Ce n’est pas la com officielle qui utilise tout ça d’un coup, mais moi je me rappelle avoir lu peu ou prou chacun de ces points au fil des années.

  • Le Coopek, une nouvelle #monnaie complémentaire numérique de portée nationale - Localtis.info - Caisse des Dépôts
    http://www.localtis.info/cs/ContentServer?pagename=Localtis/LOCActu/ArticleActualite&jid=1250271716871&cid=1250271688306

    Pour les porteurs du projet la couverture nationale est importante. Car « les particuliers achètent localement, mais les entreprises très peu », a expliqué Gérard Poujade, cofondateur de la monnaie Coopek, directeur de la Scic SA Coopek, et maire du Séquestre (Tarn), lors d’une présentation à la presse le 26 octobre 2016. Le Coopek a donc été conçu dès le départ avec cette dimension nationale alors que les autres monnaies complémentaires, comme l’Eusko ou le Bou’sol restent quant à elles locales et ont peut-être moins d’ambition quant à l’impact économique.

  • Interview à Bayonne de la Fondation MRA du syndicat basque ELA, le lieu qui a contribué entre autre Bizi (et donc Alternatiba), EHLG (la chambre d’agri alternative), la monnaie locale Eusko, etc. L’épicentre de la résistance écolo-sociale ! :D

    10 ans de travail en Iparralde | Enbata
    http://www.enbata.info/articles/10-ans-de-travail-en-iparralde

    Le syndicat ELA est présent depuis 10 ans en Iparralde via la Fondation Manu Robles-Arangiz. L’interview Alda ! de l’équipe qui gère et anime le travail quotidien de la Fondation MRA en Iparralde apporte un éclairage sur le travail mené durant ces 10 dernières années et sur l’avenir d’ELA et de la Fondation MRA en Iparralde.

    #Bayonne #ELA #syndicalisme #écologie #EHLG #eusko #monnaie_locale #Bizi #Alternatiba #Pays_Basque