• Lakhdar Bentobbal, le combattant algérien qui rêvait d’une révolution agraire
    https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/lakhdar-bentobbal-le-combattant-algerien-qui-revait-d-une-revolution-agr

    Lakdar Bentobbal est un nom ignoré des Algériens d’aujourd’hui. Il fut pourtant en 1956-1957 un chef tout-puissant des maquis du Nord constantinois avant de devenir le troisième personnage du stratégique Comité de guerre avec Krim Belkacem et Abdelhamid Boussouf, pour disparaitre de la vie politique du pays après l’indépendance. C’est le seul des grands acteurs de la révolution algérienne à s’être entretenu durant cinq ans, entre 1980 et 1985, avec Daho Djerbal, alors jeune historien en quête de témoignages des héros de l’époque, et d’un de ses proches, Mahfoud Bennoun, disparu en 2004. Le livre devait être publié en 1985, mais pendant près de quarante ans, sa publication a été bloquée.

    #révolution_agraire #Lakdar_Bentobbal #évian #décolonisation #socialisme_agraire #algérie

  • En #Grèce, sur l’île d’Eubée dévastée par le feu, les habitants survivent dans un décor d’apocalypse

    Par Marina Rafenberg (Limni, envoyée spéciale) // photographies d’Enri Canaj
    Publié le 09 janvier 2022 à 01h56 - Mis à jour le 09 janvier 2022 à 15h30

    REPORTAGE

    En août 2021, plus de 50 000 hectares de l’île ont été anéantis par des #incendies. La plupart des aides promises par l’Etat grec se font toujours attendre, fragilisant les espoirs de reconstruction.

    Sur la route sinueuse qui mène à Limni, petite ville balnéaire du nord de l’île grecque d’Eubée, la pluie ruisselle sur les collines décharnées et les carcasses d’arbres brûlées, souvenirs d’un été cauchemardesque où le feu a détruit plus de 50 000 hectares. La terre a toujours la couleur du charbon mais sa consistance est boueuse. Le brouillard enveloppe le paysage de désolation où la nature est loin d’avoir repris ses droits. Des mules qui transportent des troncs entiers apparaissent dans la pénombre d’une soirée froide de novembre.

    La scène semble être sortie d’un film en noir et blanc du réalisateur grec Theo Angelopoulos. Avec le bruit des tronçonneuses, les poils se dressent. « Attention, c’est parti ! », s’exclament Dimitris Stamoulis et son ami Yannis. Perchés sur les hauteurs d’une falaise, les deux acolytes lancent une grume de bois vers le précipice. La terre tremble légè­rement. Plus bas, des collègues récupèrent les rondins pour construire des digues.

    Dans cette région dévastée en août par les flammes, les habitants craignent désormais de subir de fortes inondations et des éboulements de terrain. « Maintenant que les arbres ne sont plus là pour retenir les pluies, il y a un grand risque d’une nouvelle catastrophe, explique le trentenaire Dimitris Stamoulis, ­casquette sur la tête et barbe ébouriffée. On a évité qu’il y ait des morts sur l’île cet été. Mais au­jour­d’hui on craint d’enterrer du monde si les travaux anti-inondations n’avancent pas assez vite. »

    L’Etat a débloqué 24 millions d’euros, et 33 coopératives forestières, soit 600 personnes, s’affairent dans toute la région pour couper les arbres, installer des digues et des barrages. La plupart des ouvriers viennent du nord de la Grèce. Mais certains, comme Dimitris Stamoulis, sont des résiniers, au chômage depuis les flammes de l’été.

    Comme lui, environ 1 500 personnes vivaient de la résine du pin à Eubée. Elle sert à fabriquer des colles industrielles, des cosmétiques, de la peinture, ou le retsina, vin traditionnel grec. Jusqu’en 2020, sur les 6 500 tonnes produites dans toute la Grèce, 5 500 provenaient d’Eubée. L’exploitation de la résine apportait à l’île environ 5,5 millions d’euros de revenus chaque année. Une manne financière aujourd’hui disparue.

    « 35 % de la population est actuellement au chômage, constate, exaspéré, le maire de Limni, Giorgos Tsapourniotis. Nous attendons encore les aides de l’Etat… Malheureusement, nous sommes en Grèce et la bureaucratie ralentit tout le processus. » Le gouvernement s’est pourtant engagé à dépenser 500 millions d’euros, soit 0,3 % du PIB nominal, pour l’indemnisation, la restauration et la reconstruction. Des aides allant jusqu’à 8 000 euros ont été promises aux agriculteurs et aux entreprises ­touchés. Mais ils sont encore nombreux à les attendre.

    Emplois perdus

    Dans cette région de l’île, 300 maisons, une trentaine d’entreprises, plus de 300 bêtes et un millier de ruches ont brûlé, selon les estimations que le maire a dressées auprès des autorités. Station balnéaire un peu désuète de 2 000 âmes, Limni vivait du tourisme, et l’arrière-pays des terres agricoles et de la résine. Les maisons néoclassiques du petit port ont été épargnées mais sur les ­hauteurs quelques pins et bâtiments ont été attaqués par les flammes.

    Certains craignent que les touristes ne reviennent pas de sitôt. Giorgos Tsapourniotis redoute aussi l’exode des plus jeunes vers les villes : « Pour le moment, peu de familles sont ­parties, mais jusqu’à quand ? Tout le monde sait que si la situation ne s’améliore pas, il faudra envisager l’exil. Même si beaucoup d’habitants éprouvent un grand amour pour leurs terres et ne veulent pas s’y résoudre. »

    Dimitris Stamoulis, père d’un fils de 5 ans, a déjà fait l’expérience de la ville. En 2012, il avait quitté son ­village, Myrtias, situé à 5 kilomètres de Limni, pour Athènes, où il s’était reconverti en chauffeur de taxi. La crise sanitaire a eu raison de ses rêves de citadin. Début 2020, il est revenu dans son hameau, où « l’air était pur et la vue reposante ». Mais les flammes ont anéanti ses projets de résinier passionné, et son verger qu’il aimait tant. Il doit de nouveau trouver un autre métier.

    « Il faudra une trentaine d’années pour que les pins puissent repousser et être de nouveau exploitables. Je dois subvenir aux besoins de ma famille. C’est pourquoi j’ai accepté d’intégrer un programme de l’Etat qui, pendant sept ans, me permet de travailler à nettoyer les bois et à replanter des pins. » Un nouveau contrat qui lui rapporte 788 euros net par mois. Avec la collecte de résine, son salaire atteignait environ 1 000 euros net par mois. « Le travail avec les pins, c’est fini. C’est avec regret que je quitte ce métier. Je l’ai aimé, il me ­rapportait bien mais je n’ai plus le choix… Et je ne veux pas retenter une nouvelle aventure en ville », note-t-il avec amertume.

    Le père de Dimitris Stamoulis, Zisimos, travaillait lui aussi dans la résine. Dans les années 1980, 3 500 résiniers habitaient le nord de l’île. Au début des années 2000, une soixantaine d’enfants étaient encore inscrits à l’école du village. Elle n’existe plus. « Nos campagnes se désertifient. Le drame de cet été ne va évidemment pas améliorer cette tendance », soupire Zisimos Stamoulis dans son jardin bien entretenu, à Myrtias.

    Outre les emplois perdus et la nature réduite en cendres, le sexagénaire s’inquiète de la subsistance au quotidien. « L’hiver est rude dans le nord d’Eubée. Il nous faut des tonnes de branchages pour nous chauffer. D’ici trois ans, les bois saccagés ne pourront plus être utilisés. Va-t-on devoir acheter du pétrole ? Et donc dépenser près de 3 000 euros par an ? Personne ici n’en a les moyens. »

    A une dizaine de kilomètres de Myrtias, dans le village de Strofilia, un autre résinier broie du noir. Par des températures glaciales, cloîtré dans son garage près d’un poêle, Kostas Chatzis, 62 ans, se désole : « Notre métier va disparaître. » Blotti à ses pieds, son chihuahua, Rouf, n’avait pas l’habitude de passer autant de temps avec lui. D’ordinaire, dès l’aube, son maître était au travail. « Depuis trente-deux ans, après la fermeture des mines de pierre ponce de Limni, j’arpentais cette pinède qui a disparu en quelques minutes », raconte-t-il, emmitouflé dans son blouson.

    Pendant des années, il a entretenu la forêt, et percevait pour cela une aide de l’Etat. Ses deux fils sont aussi résiniers. Jusqu’à la fin des années 1990, peu de feux survenaient dans cette zone, affirme-t-il. « Le changement climatique est indéniable. Quand on vit si près de la nature, on le voit concrètement. Mais, dans les événements survenus cet été, il y a d’autres responsabilités. Pendant une décennie, les plans d’austérité ont laminé les moyens des pompiers, des gardes forestiers… »

    Kostas Chatzis dénonce aussi le manque de réaction des secours : « Ils ont laissé les forêts partir en fumée… Pendant trois jours, les Canadair étaient déployés dans le nord d’Athènes où un autre incendie s’était déclaré. Dans les alentours, les jeunes luttaient seuls contre les flammes pour protéger en priorité les maisons. » Ce n’est qu’au bout de dix jours, grâce au Mécanisme européen de protection civile, que les pompiers grecs et plus de 1 000 soldats du feu européens arrivés avec 230 véhicules et 9 avions ont réussi à maîtriser les différents incendies du pays, dont ceux d’Eubée.

    Pour autant, le dynamique sexagénaire ne veut pas se laisser abattre : « Il faudra du temps, plusieurs générations vont subir les conséquences de cette tragédie. Mais le vert va refaire partie de nos vies. » Il sait déjà ­comment faire face : « Il y a quelques années, j’avais investi dans 800 figuiers qui n’ont pas tous brûlé. Je vais développer un business de fruits secs et pousser mes fils sur cette voie. »

    Aides au compte-gouttes

    D’après l’Observatoire national d’Athènes (l’institut qui fait le relevé des catastrophes naturelles), le nombre de feux en Grèce en 2021 a augmenté de 26 % par rapport à 2020, et la superficie carbonisée a bondi de 450 %. Sous l’effet d’une vague de chaleur exceptionnelle, avec une canicule qui a duré plus de dix jours, les incendies ont été particulièrement violents et nombreux au mois d’août.

    Les autorités locales ont dénoncé le manque de pompiers, de moyens aériens, et de prévention. Durant la crise économique, le budget alloué aux brigades du feu est passé de 452 millions d’euros, en 2009, à 354 millions, en 2017, et n’a pas été suffisamment revalorisé depuis. En juin, deux mois avant les feux, le gouvernement avait promis d’investir près de 1,7 milliard d’euros pour lutter contre les incendies, grâce à des fonds européens et à la Banque européenne d’investissement.

    Le nombre de gardes forestiers a lui aussi été réduit dans tout le pays, passant de 1 200 à 500 en dix ans, selon l’Union nationale des employés des services forestiers. Des problèmes de gestion des forêts se posent aussi depuis des décennies : le débroussaillage des champs et l’élagage des arbres se font trop rares, les chemins d’accès pour les pompiers et les citernes dans les forêts sont quasi inexistants, et des cartes forestières ­précises manquent.

    A la sortie de la commune de Strofilia, au croisement de plusieurs routes, des agriculteurs sont réunis devant un conteneur blanc. Ce centre de lutte et de solidarité pour les victimes des incendies a été mis en place après les feux pour récolter des vivres, des médicaments et du foin pour les animaux.

    Autour de Babis Tsivikas, représentant du syndicat des agriculteurs d’Eubée, les plaintes fusent lors de cette réunion informelle, mi-novembre. « Pourquoi le premier ministre met-il tant de temps à venir sur place ? », lance un jeune résinier en chemise à carreaux. « Quand allons-nous recevoir l’argent promis ? », enchaîne un apiculteur aux traits tirés et à la barbe de plusieurs jours. « Où sont les représentants du ministère de l’agriculture ? », continue un éleveur quadragénaire à la carrure imposante.

    Le premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, est venu constater les dégâts le 14 décembre 2021. Accueilli à Istiaia par des manifestants énervés, vite écartés par des forces antiémeutes, il a annoncé la construction d’une nouvelle route afin de désenclaver la région, la mise en place d’une plate-forme, « Eubée après », sur laquelle tous les citoyens pourront faire leurs propositions pour aider à la reconstruction, et ­réitéré la promesse de dédommagements aux victimes.

    Devant une assemblée d’habitants d’Istiaia et de l’ensemble de la région, il a fait son mea culpa : « Le mois d’août a été traumatisant pour tout le monde, en premier lieu pour vous, car vous avez été confrontés à une immense catastrophe naturelle et écologique. C’était aussi une période très difficile pour nous. Des efforts immenses ont été déployés pour faire face à cet incendie. Mais nous n’y sommes pas parvenus. Je suis très honnête, je l’ai dit au Parlement, je le répète ici, malheureusement, ce feu nous a dépassés. »

    Un aveu qui n’apaise pas la colère. « Les agriculteurs, les professionnels du tourisme, tous les secteurs ont été touchés et n’ont pour l’instant reçu que des aides infimes, s’agace le syndicaliste Babis Tsivikas, assis sur une chaise en plastique devant la caravane blanche de Strofilia. Même les personnes qui ont perdu leurs maisons n’ont reçu que 2 000 ou 3 000 euros ! »

    Un responsable chargé de la reconstruction pour Eubée a été nommé par le gouvernement conservateur. « Il nous parle de master plan, d’investissements d’avenir, de construction de groupes hôteliers, d’éoliennes et de panneaux solaires, poursuit le trentenaire. Ils veulent qu’on devienne tous des entrepreneurs et, bien sûr, qu’un musée des résiniers soit créé pour que les futures géné­rations se souviennent du métier de leurs ancêtres. Nous sommes dans une situation ­tragicomique, mais nous n’avons pas envie de rire. »

    Installé à sa droite sur un tabouret, sirotant un verre de tsipouro, eau-de-vie traditionnelle, Giorgos Kedris ne mâche pas non plus ses mots. Sur les 1 200 oliviers qu’il possédait, seule la moitié va redevenir productive dans cinq ou six ans. Son champ est désormais rempli d’arbres aux branches dorées ou grisâtres, certains ont été déracinés. « Le ministère de l’agriculture donne 16 euros de dédommagement pour un olivier abîmé, mais rien que pour le planter, l’entretenir, l’arroser, ce n’est pas suffisant, ils se moquent de nous », s’énerve le cultivateur aux cheveux poivre et sel.

    Kostas Papagelis, apiculteur, arrive en pick-up gris au point de réunion. Il revient de Chalkida, à près de deux heures de route, où il a relocalisé les 50 ruches sauvées des flammes sur la centaine qu’il possédait autour de Strofilia. Le nord d’Eubée était parmi les régions grecques les plus prisées des apiculteurs en raison de son microclimat, sa biodiversité et ses forêts de pins préservées qui offraient des ­conditions idéales à la production d’un miel recherché.

    Environ 2 500 apiculteurs y exerçaient, et environ 40 % du miel de pin grec était produit sur l’île. « A Chalkida, au moins, il reste des fleurs à butiner, explique-t-il. La seule aide que ­j’obtiens provient de citoyens qui nous envoient des caisses de nourriture – des sirops et du pain de sucre – pour les abeilles. Je les en remercie mais c’est une goutte d’eau pour mes reines assoiffées ! »

    Recours au privé

    Prairies fertiles, vallées abondantes, Eubée, dont le nom signifie « bon bétail » en grec ancien, était aussi idyllique pour l’élevage. Dans le nord, des milliers d’éleveurs s’étaient installés sur ses terres riches, depuis des générations. Dans le village perché de Kourkouli, Vassilis Christodoulou a réussi à ­sauver 120 chèvres et moutons sur les 600 bêtes de son troupeau. Président de la commune de 200 habitants, il dit ne plus rien attendre du gouvernement. Il souhaiterait mettre en place une coopérative des éleveurs, éviter les intermédiaires et vendre à un meilleur prix la viande et le lait.

    Le quadragénaire a fait appel à la fondation Stavros Niarchos, du nom du célèbre armateur mort en 1996. « Puisque l’Etat n’est pas efficace, nous devons nous tourner vers le privé, estime Vassilis Christodoulou dans un café du village. La fondation est venue nous rendre visite avec un ingénieur agronome, un avocat, un comptable pour nous conseiller et proposer des projets concrets. »

    A une dizaine de kilomètres, au bout d’un chemin cabossé, dans le vallon de Kechries, Aris Tsoupros, 60 ans, serait partant pour la mise en place d’une coopérative. « Nous vendons notre lait 80 centimes alors que dans d’autres régions il est à 1,20 euro : pourquoi ? Il faut trouver une solution ! »

    Cet été, il a perdu 20 chèvres, il lui reste encore une cinquantaine de moutons. « Le ministère de l’agriculture propose 35 euros de dédommagement par bête, mais il faut compter près de 100 euros pour en racheter une. » Son fils, qui a perdu la moitié de son troupeau de 40 moutons, a déménagé à Athènes. « Il est parti mais moi, à mon âge, je ne vais pas refaire ma vie, lance-t-il. Je vais rester ici et me battre pour ma terre. »

    Alors, avec des amis et sous l’œil de Garyfallia, sa mère de 80 ans, Aris Tsoupros rebâtit un hangar, avant la naissance des agneaux qui approche. La retraitée mène à la baguette son fils, qui l’appelle ­ « l’architecte », mais elle prend aussi le temps de caresser le sanglier de 4 ans qu’elle a adopté. « Nous avons perdu des chevreaux, leurs fantômes nous hantent encore mais la vie reprend le dessus, assure la vieille femme. J’ai connu la guerre, la dictature, cette épreuve ne doit pas nous effrayer, nous allons retrouver nos collines verdoyantes. »

    A l’entrée d’un village désert, Thanassis Livadias, un marin qui a navigué sur toutes les mers du monde, avait nommé le restaurant qu’il avait ouvert à sa retraite Paradiso. « C’était pour moi l’endroit sur terre où je me sentais le mieux, mon jardin d’Eden, témoigne-t-il, ému. Les pins, les oliviers, les vergers, la flore et la faune si riches… Il ne reste rien. Désormais, nous nous regardons les uns les autres en nous demandons de quoi notre avenir sera fait… »

    A l’orée des bois, pourtant, il a trouvé il y a quelques jours des cyclamens et des repousses d’arbustes. Le soleil perce les nuages et la luminosité redonne des couleurs chatoyantes à la campagne. « Ça doit être le signe ­qu’Eubée va renaître. Malgré ma tristesse, je veux y croire. »

    https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2022/01/09/en-grece-la-difficile-reconstruction-de-l-ile-d-eubee-apres-les-incendies-de

  • 1938 : le monde ferme ses portes aux réfugiés

    Des réfugiés qui fuient en masse le nazisme, des gouvernements qui leur barrent l’accès à leur territoire, des exilés contraints d’embarquer clandestinement sur des bateaux de fortune, une diplomatie prête à donner des gages aux pires dictatures et néanmoins impuissante, comme l’atteste l’échec prévisible de la conférence d’Évian en 1938 : les analogies sont décidément troublantes entre l’attitude des États à l’égard des Juifs dans les années 1930 et celle qu’ils adoptent aujourd’hui à l’égard des réfugiés.

    Les États européens, obsédés par le « risque migratoire », mettent depuis de longues années toute leur énergie à tenir à distance les flux de migrants, demandeurs d’asile inclus, et à leur interdire l’accès à leurs territoires. Cette tendance a été poussée à son paroxysme au moment de la « crise migratoire » de 2015, face à l’afflux de réfugiés venus de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan ou d’Érythrée. Au point que plusieurs observateurs n’ont pu s’empêcher de faire le parallèle avec l’attitude qui fut celle des États, dans les années précédant la Seconde Guerre mondiale, à l’égard des Juifs fuyant le nazisme [1].

    Ce parallèle non seulement n’a rien de scabreux, mais il s’impose. Il n’a rien de scabreux car si les Juifs, à l’époque, sont persécutés, spoliés, humiliés, pourchassés, physiquement agressés, personne ne peut alors anticiper la « solution finale ». Il s’impose tant les analogies sont frappantes : la fermeture de plus en plus hermétique des frontières à mesure que la persécution s’aggrave et que les flux d’exilés augmentent ; des réfugiés contraints à embarquer clandestinement sur des bateaux de fortune avec l’espoir, souvent déçu, qu’on les laissera débarquer quelque part ; en guise de justification, la situation économique et le chômage, d’un côté, l’état de l’opinion dont il ne faut pas attiser les tendances xénophobes et antisémites, de l’autre ; le fantasme, hier, de la « cinquième colonne » – agitateurs communistes, espions nazis –, aujourd’hui de la menace terroriste ; et finalement une diplomatie qui n’hésite pas à pactiser avec les pires dictatures, hier pour tenter de sauver la paix (on sait ce qu’il en est advenu), aujourd’hui pour tenter d’endiguer les flux de réfugiés.

    L’évocation du passé donne, hélas, le sentiment que l’histoire bégaie : car la Realpolitik qui prenait hier le pas sur les préoccupations humanitaires continue aujourd’hui à dicter l’attitude des États, alors même qu’ils ont collectivement décidé d’accorder au droit d’asile une place éminente parmi les droits de l’Homme et se sont engagés à le respecter.

    Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la communauté internationale, inquiète des risques de déstabilisation engendrés par les masses de réfugiés qui, par centaines de milliers, fuient les guerres civiles, les dictatures, les persécutions, décide de se saisir du problème.

    Mais l’action diplomatique en faveur des réfugiés reste subordonnée à la défense par les États de leurs intérêts propres et de leurs prérogatives souveraines. Entre 1922 et 1928, une multitude d’« arrangements » sont passés sous l’égide de la Société des Nations, visant à accorder un minimum de protection aux réfugiés. C’est notamment le fameux « passeport Nansen » qui leur confère, à eux qui ne sont plus reconnus ni protégés par leur pays d’origine, un minimum d’existence juridique. Mais la portée de ces textes, applicables au départ aux réfugiés russes, puis aux Arméniens, puis aux Assyro-Chaldéens, est très limitée, tant par la faiblesse des garanties qu’ils confèrent que par leur absence de caractère obligatoire. Avec l’aggravation de la situation économique consécutive à la crise de 1929, les États n’hésitent pas à refouler ou expulser les réfugiés, considérés comme un fardeau. À l’approche de la guerre, viendront s’ajouter à ces considérations économiques des considérations de police et de sécurité.

    Des arrangements sans contrainte

    C’est dans ce contexte que les États vont être confrontés à la question des réfugiés provenant d’Allemagne puis, après l’Anschluss, d’Autriche. La diplomatie s’active timidement : un « arrangement provisoire intergouvernemental concernant le statut des réfugiés venant d’Allemagne » est signé le 4 juillet 1936, dont les dispositions sont reprises dans la convention du 10 février 1938 : les États s’engagent à délivrer aux réfugiés un titre de voyage ou un document tenant lieu de passeport ; lorsqu’ils les ont autorisés à séjourner, ils ne peuvent les expulser ou les refouler qu’en cas de risque pour la sécurité nationale ou l’ordre public, et, en aucun cas, vers l’Allemagne sauf « s’ils ont de mauvaise foi refusé de prendre les dispositions nécessaires pour se rendre dans un autre territoire ». Mais la convention n’est signée que par sept pays : la Belgique, la Grande-Bretagne, le Danemark, l’Espagne, la France, la Norvège et les Pays-Bas, et elle n’aura guère le temps, de toute façon, de produire des effets avant le déclenchement de la guerre.

    Ayant juridiquement toute latitude pour agir à leur guise, les États n’ont aucun scrupule à fermer leurs frontières. Les États-Unis s’en tiennent à la politique adoptée depuis l’Immigration Act de 1924 et à un quota annuel de 27 370 immigrants pour l’Allemagne et l’Autriche. Après l’Anschluss, le ministre de l’intérieur britannique, s’adressant à la Chambre de communes, affirme que le pays maintient sa tradition d’asile, mais qu’il faut « éviter de donner l’impression que la porte est ouverte aux immigrants de toutes sortes. Car alors de prétendus émigrants se présenteraient dans les ports en si grand nombre qu’il serait impossible de les admettre tous ; les services d’immigration auraient de grandes difficultés à décider qui devrait être admis et d’inutiles épreuves seraient imposées à ceux qui effectueraient un infructueux périple à travers l’Europe [2] ». Pour les Britanniques, au demeurant, la question centrale reste celle de la Palestine : depuis l’arrivée de Hitler au pouvoir, l’immigration est passée de 9 500 personnes par an à 30 000 en 1933 et à près de 62 000 en 1935. Alors que ce territoire apparaît comme le seul lieu de refuge potentiel pour les Juifs, la Grande-Bretagne, confrontée à l’hostilité des Arabes, remet en question son engagement en faveur de l’établissement d’un Foyer national juif : le Livre blanc du printemps 1939 limite le quota annuel d’immigrants vers la Palestine à 10 000 personnes par an pour les cinq années suivantes. Des navires de la Royal Navy patrouillent pour empêcher les réfugiés d’accoster. S’ils n’ont pas de certificat ils sont refoulés ou bien internés à Chypre, sur l’île Maurice ou en Palestine même.

    En France, en 1933, les premiers réfugiés passent facilement la frontière. Mais, très vite, les pouvoirs publics s’inquiètent de cet afflux des exilés et, dès la fin de l’année, l’attitude change : nombre de candidats à l’entrée sont refoulés et ceux qui, ayant réussi à entrer, ne sont pas en règle sont expulsés. L’arrivée au pouvoir du Front populaire marque une accalmie temporaire, mais la situation des réfugiés, considérés comme une menace pour la sécurité, voire comme une porte d’entrée pour les espions et les agitateurs, se dégrade à nouveau sous le gouvernement Daladier. En aucun cas, dit le ministre de l’intérieur de l’époque ,« la France ne saurait consentir à ouvrir ses frontières inconditionnellement et sans limitation à des individus par le fait seul qu’ils se prévaudraient de leur qualité de réfugiés. En effet l’état de saturation auquel nous sommes arrivés en matière d’immigration étrangère ne nous permet plus d’adopter une politique aussi libérale [3] ».

    La Suisse entrouvre sa porte aux réfugiés allemands en 1933 – mais ne peuvent se revendiquer de cette qualité que les personnes menacées pour leurs activités politiques. Une directive du Département fédéral de justice et police dit très explicitement que seuls les « hauts fonctionnaires, les dirigeants des partis de gauche et les écrivains célèbres » doivent être considérés comme réfugiés [4]. Les Juifs, eux, sont considérés comme de simples étrangers en transit et se voient reconnaître au mieux un droit de résidence temporaire, sans possibilité de travailler. Après l’Anschluss, le gouvernement décide la fermeture des frontières à tous ceux qui ne sont pas formellement habilités à entrer et l’expulsion de ceux qui sont en situation irrégulière. Pour faciliter le travail des autorités suisses amenées à faire le tri parmi les ressortissants du Reich, une négociation s’engage avec les autorités nazies pour que soit apposé un cachet spécial sur les passeports des Juifs – un grand J rouge de trois centimètres de hauteur – qui permet de repérer ceux qui doivent demander une autorisation spéciale pour entrer dans le pays [5].

    « Un seul serait déjà trop »

    Il n’est guère étonnant, dans ces conditions, que la #conférence_d’Évian, réunie en juillet 1938 pour chercher des solutions concrètes au problème des réfugiés juifs allemands et autrichiens, se solde par un échec [6]. Face à la détérioration de la situation et à la pression exercée par une partie de l’opinion publique, mais désireux aussi d’éviter un brusque afflux de réfugiés aux États-Unis, Roosevelt a en effet pris l’initiative de réunir une conférence internationale qui se tient à Évian du 6 au 15 juillet.

    Les représentants des 32 États présents, tout en affirmant leur implication dans le règlement de la question des réfugiés, se retranchent derrière des considérations économiques et politiques pour justifier la fermeture de leurs pays à l’immigration et le refus d’accueillir des réfugiés juifs.

    Les pays d’Europe occidentale se disent tous « saturés » : la Grande-Bretagne, la France, la Belgique, le Danemark, la Suède, la Suisse se déclarent les uns après les autres dans l’incapacité d’accueillir des réfugiés et n’envisagent d’accorder que des visas de transit. Le représentant de l’Australie déclare sans complexe que : « N’ayant aucun réel problème racial en Australie, nous ne sommes pas désireux d’en importer en encourageant une large immigration étrangère. » Et le délégué canadien, interrogé sur le nombre de réfugiés que son gouvernement pourrait envisager d’accueillir, répond : « Un seul serait déjà trop. »

    Même les pays d’Amérique du Sud, terres traditionnelles d’immigration, font part de leurs réserves : les uns invoquent la crise économique, les autres craignent de déplaire à l’Allemagne à laquelle les lient des accords commerciaux. La Colombie dit pouvoir accepter des travailleurs agricoles, l’Uruguay également, à condition qu’ils possèdent quelques ressources. Seule la République dominicaine de Trujillo offre d’accueillir 100 000 réfugiés juifs autrichiens et allemands, pour des raisons qui ont peu à voir avec la compassion humanitaire : c’est une occasion de « blanchir » une population jugée trop noire ; et cette offre généreuse vise aussi à redresser l’image d’un pays ternie par le massacre, en octobre 1937, à l’instigation des autorités, de milliers de Haïtiens travaillant dans les plantations.

    La conférence d’Évian se conclut donc sur un constat d’impuissance de la communauté internationale. Ce qui permet au journal allemand Reichswart d’ironiser : « Juifs à céder à bas prix – Qui en veut ? Personne !? » Hitler en effet peut triompher : personne ne veut accueillir ses Juifs.

    Impuissante, cette diplomatie est également sans scrupule, prête à toutes les concessions face à Hitler si tel est le prix à payer pour sauver la paix. Les orateurs à la tribune se bornent à exprimer le vœu d’« obtenir la collaboration du pays d’origine », pays jamais nommé et jamais stigmatisé pour ses agissements ; à aucun moment il n’est fait ouvertement mention du fait que ces réfugiés sont juifs, pour ne pas fournir un argument supplémentaire à la campagne fasciste contre les démocraties « enjuivées ». Dans la résolution finale, purgée de toute appréciation morale sur les persécutions, les termes « réfugiés politiques » sont remplacés par « immigrants involontaires » pour éviter de froisser le Troisième Reich.

    Le seul résultat concret de la conférence est la création d’un Comité intergouvernemental d’aide aux réfugiés allemands et autrichiens qui aura pour mission d’entreprendre « des négociations en vue d’améliorer l’état des choses actuel et de substituer à un exode une émigration ordonnée ». Aux yeux des pays occidentaux, en effet, de la même façon que la voie de la paix doit être recherchée en discutant avec Hitler, le problème des réfugiés ne peut être résolu qu’en accord avec les nazis.

    Les « petits bateaux de la mort »

    Visas refusés, frontières closes : les réfugiés sont acculés, en désespoir de cause, à prendre la mer, le plus souvent clandestinement. À la veille de la guerre, des dizaines, des centaines de bateaux, parfois des paquebots de ligne, souvent des bâtiments de fortune ou de contrebande qui ont pris leurs passagers en charge frauduleusement, naviguent sur les océans à la recherche d’un port où ils seront autorisés à débarquer : le Cairo part le 22 avril 1939 de Hambourg pour Alexandrie ; l’Usaramo pour Shanghai ; l’Orbita pour le Panama en juin 1939 ; l’Orinoco, vers Cuba [7]

    D’autres restent bloqués pendant des semaines ou des mois dans les ports roumains de la mer Noire ou sur le Danube. D’autres encore errent en Méditerranée, avec l’espoir vain de pouvoir accoster en Palestine. La presse française se fait l’écho de ces « vaisseaux fantômes » voguant de port en port sans qu’on laisse leurs passagers débarquer, ne serait-ce qu’en transit, transportant par milliers « ces hommes, ces femmes, ces enfants dont personne ne veut », qui sillonnent les mers en se heurtant à l’inhospitalité des côtes [8].

    Même ceux qui ont des papiers d’immigration en règle ne sont pas assurés d’être admis, comme le montre l’histoire cruelle du Saint-Louis. Ce paquebot transatlantique quitte Hambourg le 13 mai 1939 en direction de La Havane. Ses 937 passagers, presque tous des Juifs fuyant le Troisième Reich, sont en possession de certificats de débarquement émis par le directeur général de l’immigration de Cuba. Mais, dans l’intervalle, le président cubain a invalidé ces certificats. On interdit donc aux passagers de débarquer. Le bateau repart, et lorsqu’il passe le long des côtes de Floride une demande est adressée au président des États-Unis afin qu’il leur accorde l’asile – elle ne reçoit pas de réponse. Le 6 juin 1939, le Saint Louis reprend sa route vers l’Europe. In extremis, avant que le bateau ne soit contraint de revenir en Allemagne, le Jewish Joint Commitee réussit à négocier avec les gouvernements européens une répartition des passagers entre la Grande-Bretagne, la France, la Belgique et les Pays-Bas qui n’acceptèrent de les accueillir qu’à condition qu’il ne s’agisse que d’un transit dans l’attente d’une émigration définitive vers une autre destination. Temporairement sauvés, une majorité d’entre eux connaîtra le sort réservé aux Juifs dans les pays occupés par l’Allemagne.

    Les embarquements clandestins se poursuivent une fois la guerre déclenchée, les réfugiés prenant des risques croissants pour tenter de rejoindre clandestinement la Palestine depuis les ports de la mer Noire, à travers le Bosphore, les Dardanelles et la mer Égée. Un gigantesque marché noir s’organise, avec la bénédiction des nazis qui, avant la programmation de la « solution finale », y voient une façon de débarrasser l’Europe de ses Juifs. Beaucoup de ces « bateaux cercueils », comme on les a appelés, font naufrage, d’autres sont victimes des mines ou des sous-marins allemands, et les épidémies déciment ceux qui ont réussi à survivre [9]. Lorsque, ayant surmonté tous ces obstacles, y compris percé le blocus britannique, ils arrivent à Haïfa ou Tel-Aviv, ils sont, dans le meilleur des cas, arrêtés et incarcérés, sinon refoulés et contraints de reprendre la route vers la Bulgarie ou la Roumanie.

    On voit ici, comme un clin d’œil de l’histoire, la place géographiquement stratégique, déjà à l’époque, de la Turquie, qui contrôle la route empruntée par les réfugiés obligés de traverser les détroits du Bosphore et des Dardanelles. La Turquie interdit l’accès à son territoire aux réfugiés qui ne détiennent pas de visa pour la Palestine et, sous la pression de la Grande-Bretagne, ne laisse pas les bateaux faire escale dans ses ports, ce qui provoquera la catastrophe du #Struma (voir encadré). Décidément, on a parfois l’impression que l’histoire bégaie.
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    Le Struma

    Le 12 décembre 1941, 767 réfugiés juifs originaires de Bucovine et de Bessarabie – où sévissent les Einsatzgruppen – embarquent sur le Struma, un navire bulgare vétuste, prévu pour une centaine de passagers. Le navire part du port roumain de Constanza, sur la mer Noire, en direction d’Istanbul où les réfugiés espèrent pouvoir déposer des demandes de visa pour la Palestine. Le 16 décembre le bateau arrive dans un port turc au nord du Bosphore, mais la Grande-Bretagne fait pression sur la Turquie pour qu’elle l’empêche de poursuivre sa route. Le Struma reste ainsi bloqué 70 jours, pendant l’hiver 1941-1942, sur le Bosphore. Les réfugiés souffrent de la faim, de l’entassement. Ils finissent par être ravitaillés grâce aux dons des associations juives et avec l’aide de la Croix-Rouge. Les autorités turques décident de le refouler vers la mer Noire et le 23 février 1942 le bateau reçoit l’ordre d’appareiller : ce sont finalement les garde-côtes turcs qui doivent remorquer le Struma, hors d’état de naviguer. Quelques heures plus tard, il est touché par erreur par une torpille soviétique et coule rapidement. Il n’y aura qu’un seul survivant.)


    https://www.cairn.info/revue-plein-droit-2016-4-p-39.htm
    #fermeture_des_frontières #asile #migrations #réfugiés #juifs #histoire #Evian

  • Would You Hide a Jew From the Nazis?

    WHEN representatives from the United States and other countries gathered in #Evian, France, in 1938 to discuss the Jewish refugee crisis caused by the Nazis, they exuded sympathy for Jews — and excuses about why they couldn’t admit them. Unto the breach stepped a 33-year-old woman from Massachusetts named Martha Sharp.


    http://www.nytimes.com/2016/09/18/opinion/sunday/would-you-hide-a-jew-from-the-nazis.html?_r=0
    #délit_de_solidarité #histoire #asile #juifs #migrations #réfugiés

  • Refugee rhetoric echoes 1938 summit before Holocaust, UN official warns | World news | The Guardian

    http://www.theguardian.com/global-development/2015/oct/14/refugee-rhetoric-echoes-1938-summit-before-holocaust-un-official-warns

    The dehumanising language used by UK and other European politicians to debate the refugee crisis has echoes of the pre-second world war rhetoric with which the world effectively turned its back on German and Austrian Jews and helped pave the way for the Holocaust, the UN’s most senior human rights official has warned.
    UN human rights chief denounces Sun over Katie Hopkins ’cockroach’ column
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    Zeid Ra’ad Al Hussein, the UN high commissioner for human rights, described Europe’s response to the crisis as amnesiac and “bewildering”. Although he did not mention any British politicians by name, he said the use of terms such as “swarms of refugees” were deeply regrettable.

    #migrations #asile #réfugiés #seconde_guerre_mondiale #histoire

  • Mediapart | Bruxelles 2015 – #Evian 1938 : de sinistres résonances

    « Décidément l’histoire bégaie », c’est la conclusion de #Claire_Rodier membre du Gisti et vice-présidente du réseau Migreurop, et #Danièle_Lochak professeure émérite de droit de l’université Paris Ouest-Nanterre et membre du Gisti qui mettent en parallèle deux dates de l’histoire : Bruxelles 2015 et Evian 1938.

    http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2015/05/03/mediapart-bruxelles-2015-evian-1938-de-sinistres-resonances

    #réfugiés #asile #migration #histoire #juifs

  • Bruxelles 2015 – Evian 1938 : de sinistres résonances

    Bruxelles 2015 – Evian 1938 : de sinistres résonances
    1/5/15 Claire Rodier - Danièle Lochak

    « Décidément l’histoire bégaie », c’est la conclusion de Claire Rodier membre du Gisti et vice-présidente du réseau Migreurop, et Danièle Lochak professeure émérite de droit de l’université Paris Ouest-Nanterre et membre du Gisti qui mettent en parallèle deux dates de l’histoire : Bruxelles 2015 et Evian 1938.

    Bruxelles, avril 2015

    Un sommet européen extraordinaire est consacré aux « pressions migratoires en Méditerranée ». Après avoir observé une minute de silence en hommage aux victimes des naufrages qui, en quelques jours, ont provoqué la mort de plus de 1000 personnes en quête de protection en Europe, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne décident... de ne rien faire pour mettre fin à cette hécatombe. Pire : en renforçant les moyens de l’agence Frontex – dont la mission est de surveiller les frontières et de dissuader l’immigration irrégulière, pas de faire du sauvetage – et en annonçant qu’ils vont s’attaquer à la principale « source » du problème – l’incontrôlable Libye – pour bloquer les tentatives de départ, les 28 Etats membres de l’UE ont choisi de rendre encore plus difficile la traversée, de renchérir le prix du passage et de renvoyer des réfugiés dans les mains de leurs persécuteurs. Et ce, malgré les exhortations venant de toutes parts, notamment du Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés qui les invite depuis quatre ans à faire preuve de solidarité en accueillant des réfugiés. Le sommet se conclut sans aucun engagement ferme d’accueil des exilés dans les pays européens.

    Evian, juillet 1938

    L’adoption des lois raciales de Nuremberg en 1935 puis l’annexion de l’Autriche par Hitler précipitent plusieurs centaines de milliers de juifs dans les ambassades pour y demander des visas d’émigration. En vain... malgré les alertes du Haut-Commissaire pour les réfugiés (l’ancêtre du HCR d’aujourd’hui). A l’initiative de Roosevelt, désireux d’éviter un afflux massif de réfugiés aux Etats Unis, une conférence internationale réunit au mois de juillet 1938 les représentants de 31 pays à Evian pour discuter de l’installation dans des pays d’accueil des personnes persécutées en raison de leur race ou de leur religion. Après avoir évoqué avec beaucoup d’émotion le problème des réfugiés, les délégations abordent la question de leur éventuelle répartition dans leurs pays respectifs. À l’issue de neuf jours de discussion, il apparaît que les États ne sont pas prêts à leur ouvrir leurs portes. L’Angleterre n’a accepté de participer à la conférence qu’à la condition que n’y soit pas évoquée la possibilité d’émigrer en Palestine, alors sous mandat britannique. Les Etats Unis n’augmenteront pas leurs quota annuel d’immigrants - une trentaine de milliers toutes nationalités confondues. Quelques pays d’Amérique du Sud consentent à accepter des travailleurs agricoles. L’Australie, qui ne connaît pas de « problème racial réel » chez elle, juge inutile « d’en créer un » en accueillant des juifs (sic). La France n’en prendra pas : elle en est, selon le chef de sa délégation, « au point de saturation qui ne permet plus d’accueillir de nouveaux réfugiés sans une rupture d’équilibre de son corps social ».

    Dans la résolution finale de la conférence d’Evian, où les termes « réfugiés politiques » ont été remplacés par « immigrants involontaires » pour éviter de froisser le troisième Reich, aucun engagement n’est pris. Les centaines de milliers de juifs traqués par la violence nazie en Allemagne et en Autriche devront se contenter de l’annonce de la création d’un comité intergouvernemental « chargé d’entreprendre des négociations en vue d’améliorer l’état des choses actuel et de substituer à un exode une émigration ordonnée, en rapport avec les pays d’asile et d’établissement ».

    Décidément l’histoire bégaie.

    http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/010515/bruxelles-2015-evian-1938-de-sinistres-resonances

    #migrations