• L’#Allemagne suspend les « #transferts_Dublin »

    A cause de la pandémie de coronavirus, Berlin a mis en pause les renvois de demandeurs d’asile vers d’autres pays européens. En revanche, les expulsions vers des pays tiers sont toujours possibles.

    Le ministre allemand de l’Intérieur a affirmé cette semaine que les renvois vers d’autres pays de l’UE dans le cadre du règlement de Dublin n’auront plus lieu « jusqu’à nouvel ordre ».

    Un porte-parole a assuré sur la chaîne publique allemande ARD que la Commission européenne été les Etats membres de l’UE seraient informés très prochainement de cette décision. Néanmoins, selon l’ARD, les expulsions vers des pays tiers peuvent toujours avoir lieu.

    L’Office fédéral des migrations et des réfugiés (BAMF) avait déjà informé auparavant les tribunaux administratifs allemands que « l’Office suspend tous les transferts Dublin jusqu’à nouvel ordre ». Ceux-ci seraient intenables en raison des restrictions de voyage et des fermetures dues au Covid-19.

    Le BAMF précise que cette suspension ne veut pas dire que les Etats qui adhèrent au règlement de Dublin (les membres de l’UE, l’Islande, la Norvège, la Suisse et le Lichtenstein) ne seront plus dans l’obligation d’assumer leurs responsabilités en matière de droit d’asile dans l’avenir.

    Les #expulsions ne s’arrêtent pas

    Les autorités allemandes avaient suspendu fin février les renvois vers l’Italie, le pays actuellement le plus durement touché par la pandémie. Une partie du monde politique et des ONG de défense des migrants comme Pro Asyl ont appelé le gouvernement à Berlin à étendre ce moratoire à toutes les expulsions de demandeurs d’asile.

    Pour le député de gauche Ulla Jelpke, « les expulsions vers des pays tiers doivent être suspendus tout comme les transferts Dublin d’autant que les systèmes de soins sont très fragiles dans beaucoup de pays d’origine. »

    Pour le moment, le ministère allemand de l’Intérieur n’a toujours pas annoncé un moratoire complet des expulsions. Il note au contraire que beaucoup de pays refusent eux-aussi l’entrée d’étrangers sur leur territoire ou limitent les possibilités d’entrée à un très petit nombre de personnes. L’Allemagne va donc pour l’instant continuer à procéder aux expulsions vers les pays « où celles-ci sont encore possibles dans le contexte actuel ». De plus, le ministère rappelle que « les expulsions dépendent de la capacité des Etats fédérés allemands à les mener et de l’état de santé des étrangers concernées ».

    Que va-t-il arriver au règlement de Dublin ?

    Il est encore peu clair si le règlement de Dublin va être totalement suspendu son. Si c’était le cas, explique la ARD, des personnes pourront demander l’asile en Allemagne dans le futur même s’ils sont arrivés par un autre pays européen.

    La procédure actuelle prévoit qu’une personne doit faire sa demande d’asile dans le premier pays par lequel il est entré en Europe.

    En 2019, l’Allemagne a procédé à plus de 8.400 renvois dans le cadre de la procédure Dublin. La majorité des expulsés étaient des Albanais, des Nigérians et des Géorgiens.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/23716/l-allemagne-suspend-les-transferts-dublin
    #Dublin #règlement_Dublin #renvois_Dublin #asile #migrations #réfugiés #coronavirus

    –—

    ajouté à la métaliste sur les procédures d’asile en lien avec le coronavirus :
    https://seenthis.net/messages/834052

    ping @karine4

  • Coronavirus : les centres de rétention administrative se vident

    Bâtonniers, associations, contrôleur général des lieux de privation de liberté réclament la fermeture des CRA, alors que les risques de contamination sont élevés et les expulsions de plus en plus illusoires.

    « On va s’apercevoir qu’on peut vivre sans politique de lutte contre l’immigration irrégulière. » Dans la bouche d’un cadre du ministère de l’intérieur, la remarque a de quoi faire sourire. Depuis plusieurs jours, les centres de rétention administrative (CRA) se vident un à un. D’après les données de plusieurs associations, jeudi 19 mars au soir, environ 360 personnes en situation irrégulière se trouvaient encore enfermées, soit trois fois moins que la veille, alors que la capacité de rétention avoisine les 1 500 places sur le territoire, réparties sur une vingtaine d’établissements.

    Le plus grand de France, au Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), était par exemple à moitié vide avec moins de 120 personnes retenues jeudi soir, tandis qu’elles étaient au nombre de neuf dans le CRA de Coquelles (Pas-de-Calais), sept à Bordeaux et deux à Metz. Certains établissements ont même fermé cette semaine, parmi lesquels ceux d’Hendaye (Pyrénées-Atlantiques), de Geispolsheim (Bas-Rhin) ou de Guadeloupe. « Dans un mois ou deux, ils seront tous vides », prédit le cadre de la police.

    Sollicité, le ministère de l’intérieur n’a pas donné suite, mais la principale explication à ce phénomène tient aux décisions de remise en liberté prises par les juges des libertés et de la détention, amenés à se prononcer sur les prolongations de placements.

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/21/les-centres-de-retention-administrative-se-vident_6033939_3224.html
    #détention_administrative #rétention #France #asile #migrations #réfugiés #coronavirus #centres_de_rétention_administrative

    • #Assignation_à_résidence avant #expulsion : les obligations de pointage doivent être suspendues

      Face au confinement, des personnes étrangères sont placées devant un dilemme : se déplacer en préfecture ou au commissariat pour respecter le pointage dans le cadre des procédures d’expulsion – s’exposant ainsi elles-mêmes ainsi que les autres au risque de propagation du virus – ou interrompre le pointage, au risque d’être déclarées « en fuite » par l’administration.

      Depuis le 16 mars, la France entière est placée en confinement, avec des restrictions de circulation prévues par un décret du même jour. Conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé de du conseil scientifique, l’objectif prioritaire des autorités françaises est en effet de réduire les risques de transmission du virus et de protéger toute la population, notamment les plus vulnérables.

      Par décret du 20 mars, les personnes étrangères qui faisaient l’objet, avant la déclaration de l’état d’urgence sanitaire, d’une mesure d’expulsion (obligation de quitter le territoire, décision de transfert Dublin) assortie d’une assignation à résidence (AAR), ont pourtant appris que le confinement ne leur est pas complètement applicable.

      Prévue à l’article L.561-2 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers, l’AAR « expulsion » prévoit en effet une obligation de pointer régulièrement (jusqu’à une présentation quotidienne, dimanches et jours fériés compris) auprès d’un commissariat ou d’un guichet de préfecture pour démontrer que la personne ne cherche pas à se soustraire à la surveillance de l’administration et à l’exécution de son renvoi du territoire. Le non-respect de cette obligation peut avoir de lourdes conséquences pour les personnes : peine de prison pouvant aller jusqu’à 3 ans et interdiction judiciaire du territoire.

      Il est aberrant que le gouvernement n’ait pas exempté ces personnes de déplacement dans le contexte actuel, alors même que les appels à la « responsabilité collective » et les slogans « sauvez des vies, restez chez vous » sont de mise dans le discours public et sur les réseaux sociaux.

      Les personnes concernées font face à une situation d’autant plus incompréhensible que l’exécution à court terme des mesures d’expulsion apparaît illusoire : les frontières se ferment les unes après les autres partout dans le monde. Quel intérêt à maintenir le contrôle sur ces personnes durant cette période, puisqu’elles sont de toute façon confinées comme une grande partie de la population ?

      Sur le terrain, tout le monde est désemparé face à l’injonction paradoxale : certaines préfectures (Loiret) interrogées par La Cimade affirment que les personnes doivent continuer à se présenter, sous peine d’être considérées « en fuite », alors que d’autres (Bouches du Rhône) indiquent que leurs guichets sont fermés et que les présentations doivent cesser. Les personnes étrangères comme les services de l’État ne savent donc plus à quel saint se vouer.

      Les personnes concernées – notamment beaucoup de familles avec enfants mineurs – sont soumises à une double anxiété, bien compréhensible : celle relative à la protection de leur santé et celle d’être exposées à des déclarations « en fuite » qui vont complexifier leur parcours administratif, voire des sanctions pénales légales en cas de non-respect des pointages.

      La Cimade demande donc au ministre de l’intérieur de prendre sans délai une instruction pour suspendre l’exécution des assignations à résidence en cours, afin de ne pas rajouter inutilement du stress aux personnes concernées et de mettre enfin pleinement en œuvre les consignes sanitaires nécessaires à la préservation de toute la collectivité.

      https://www.lacimade.org/assignation-a-residence-avant-expulsion-les-obligations-de-pointage-doiven

  • #Métaliste autour de la #détention_administrative en lien avec la #crise_sanitaire (#coronavirus, #covid-19)

    #asile #migrations #réfugiés #rétention #renvois #expulsions

    –----

    Articles généraux :

    Conseil de l’Europe | Libérer les migrants en détention administrative pendant la crise du Covid-19

    https://seenthis.net/messages/834730

    –----
    A mettre en lien aussi avec la métaliste sur les procédures d’asile :
    https://seenthis.net/messages/834052

    ping @thomas_lacroix @isskein @karine4

  • Lisa O’Carroll

    Migrants whose visas expire during the present coronavirus pandemic will not face removal, the government has said in an updated immigration advice notice.

    Foreign nationals whose leave to remain in the country expires between 24 January and 31 May who cannot leave the country because of travel restrictions or self-isolation relation to Covid-19 can get a visa extension until 31 May.

    They need to contact the Coronavirus Immigration Help Centre.

    The Home Office is also altering the rules on applications for long term visas. It is temporarily allowing migrants apply for long term UK visas from within the country instead of requiring applicants to leave and apply from their home country, it said in an updated immigration advice note here.❞

    #migrants #covid-19 #RoyaumeUni #expulsion

  • Les autorités congolaises rapatrient près de 1.500 Burundais de #Goma

    Les autorités congolaises ont rapatrié près de 1.500 Burundais en situation irrégulière à Goma, dans la province du #Nord-Kivu. Il s’agirait des membres d’une #secte fuyant des exactions dans leur pays d’origine, parmi lesquels il y aurait des personnalités impliquées dans un putsch manqué.

    Le gouverneur du Nord-Kivu, Carly Kasivita Nzanzu, a déclaré à VOA Afrique que « ces Burundais n’avaient pas de statut de réfugiés mais ils ont réussi, à la surprise des autorités, à traverser la province du Sud-Kivu, frontalière avec le Burundi, pour se masser à Goma », chef-lieu de sa province.

    « Ils se réclament d’une secte mystico-religieuse, ’#Ezebya', en conflit avec l’église catholique dont ils sont des dissidents et affirment fuir des exactions », a révélé M. Kasivita.
    « Ce qui a écœuré les habitants de Goma, c’est que ces Burundais soutenaient que la RDC est leur terre promise. Nous avions le devoir de faire respecter les lois de l’immigration car il y a une histoire entre le Congo et ses voisins et nous sommes encore victimes aujourd’hui pour avoir accepté des réfugiés rwandais dans notre pays en 1994 », a expliqué le gouverneur.

    Selon les autorités, le service des migrations les a d’abord ramenés de Goma à Kavivira, post-frontalier entre le Sud-Kivu et le Burundi, et ensuite vers leur pays.

    Selon une dépêche de l’AFP, les services de sécurité congolais auraient identifié des personnalités impliquées dans un coup d’Etat manqué au Burundi.

    « Nous avons reçu beaucoup d’appels du Burundi, des gens qui affirment que leurs enfants ont été amenés de force en RDC, dans ce groupe, par des parents ou des proches, sans leur consentement », a affirmé M. Kasivita.

    Pour certains défenseurs des droits de l’homme, les autorités congolaises devaient quand-même tenir compte du droit humanitaire international pour assurer la protection de ceux de ces Burundais dont la survie dépend d’un asile.

    « Les autorités congolaises devaient examiner leur situation au cas par cas et voir s’il s’avérait que certains ont réellement fui des exactions. Les rapatrier, comme cela a été fait, les met en danger alors que le droit international protège quiconque fuit son pays pour des raisons de survie, » a estimé le coordonnateur du Comité des droits de l’homme et du développement (CODHOD), Henri Christian Longendja.

    L’Est de la RDC connaît une situation instable depuis les années 90 due, entre autres, par la présence de nombreux groupes armés et mouvements rebelles.

    https://www.voaafrique.com/a/pr%C3%A8s-de-1-500-burundais-en-situation-irr%C3%A9guli%C3%A8re-%C3%A0-goma-rapatri%C3%A9s/5332547.html
    #Congo #réfugiés_burundais #RDC #renvois #expulsions

    • La RDC expulse plusieurs centaines de Burundais « en séjour illégal »

      La République démocratique du Congo (RDC) a expulsé mardi plusieurs centaines de Burundais – plus de 1.600 selon des médias locaux – accusés de séjour illégal dans la région de Goma, dans l’est du pays. Après avoir vécu en clandestinité à Goma, le chef-lieu de la province du Nord-Kivu, plus de 1.609 personnes – en majorité des femmes et enfants mais tous de nationalité burundaise – ont été rapatriées mardi vers leur pays d’origine, a indiqué le site d’information LINTERVIEW.CD.

      Cette opération s’est déroulée à Bukavu, chef-lieu de la province voisine du Sud-Kivu où les deux bateaux qui les transportaient ont accosté mardi matin, après une nuit dernière sur le lac Kivu.

      Leur présence à proximité de Goma a été signalée vendredi par les habitants aux autorités congolaises, d’après le ministre provincial de l’Intérieur de Nord-Kivu, Jean Bosco Sebishimbo.

      « Nous avons constaté qu’il y a plus de 1.400 Burundais en séjour irrégulier », a déclaré sur place le gouverneur de la province du Nord-Kivu, Carly Nzanzu Kasivita.

      « Ils se disent réfugiés mais n’ont jamais acquis le statut de réfugié », a-t-il ajouté.

      Les services de sécurité congolais ont identifié « parmi ces immigrés (…) des personnalités impliquées dans un coup d’État manqué au Burundi », a avancé la présidence de la République sans autre précision.

      Ces « immigrés » agissent « sous le label de la secte mystico-religieuse Ezebya, dissidente de l’Eglise catholique burundaise », selon le communiqué de la présidence parvenu à l’AFP.

      Cette secte est en conflit avec l’église catholique « dont ils sont des dissidents et affirment fuir des exactions », selon M. Kasivita.

      Ses membres sont des adeptes de la prophétesse Zebiya, qui assure avoir eu des visions de la Vierge dans le nord du Burundi.​

      https://afrique.lalibre.be/47881/la-rdc-expulse-plusieurs-centaines-de-burundais-en-sejour-illegal

  • #Métaliste autour de l’éventuelle #suspension de la #procédure_d'asile en raison de la #crise_sanitaire... mais aussi d’autres éléments en lien avec la procédure d’asile, dont le #règlement_Dublin

    #coronavirus #covid-19 #asile #migrations #réfugiés #auditions #renvois_Dublin

    ping @thomas_lacroix @karine4 @isskein

    –---

    A mettre en lien avec la question de la #rétention - #détention_administrative :

    https://seenthis.net/messages/835410

  • Comment l’Europe contrôle ses frontières en #Tunisie ?

    Entre les multiples programmes de coopération, les accords bilatéraux, les #équipements fournis aux #gardes-côtes, les pays européens et l’Union européenne investissent des millions d’euros en Tunisie pour la migration. Sous couvert de coopération mutuelle et de “#promotion_de_la mobilité”, la priorité des programmes migratoires européens est avant tout l’externalisation des frontières. En clair.

    À la fois pays de transit et pays de départ, nœud dans la région méditerranéenne, la Tunisie est un partenaire privilégié de l’Europe dans le cadre de ses #politiques_migratoires. L’Union européenne ou les États qui la composent -Allemagne, France, Italie, Belgique, etc.- interviennent de multiples manières en Tunisie pour servir leurs intérêts de protéger leurs frontières et lutter contre l’immigration irrégulière.

    Depuis des années, de multiples accords pour réadmettre les Tunisien·nes expulsé·es d’Europe ou encore financer du matériel aux #gardes-côtes_tunisiens sont ainsi signés, notamment avec l’#Italie ou encore avec la #Belgique. En plus de ces #partenariats_bilatéraux, l’#Union_européenne utilise ses fonds dédiés à la migration pour financer de nombreux programmes en Tunisie dans le cadre du “#partenariat_pour_la_mobilité”. Dans les faits, ces programmes servent avant tout à empêcher les gens de partir et les pousser à rester chez eux.

    L’ensemble de ces programmes mis en place avec les États européens et l’UE sont nombreux et difficiles à retracer. Dans d’autres pays, notamment au Nigeria, des journalistes ont essayé de compiler l’ensemble de ces flux financiers européens pour la migration. Dans leur article, Ils et elle soulignent la difficulté, voire l’impossibilité de véritablement comprendre tous les fonds, programmes et acteurs de ces financements.

    “C’est profondément préoccupant”, écrivent Maite Vermeulen, Ajibola Amzat et Giacomo Zandonini. “Bien que l’Europe maintienne un semblant de transparence, il est pratiquement impossible dans les faits de tenir l’UE et ses États membres responsables de leurs dépenses pour la migration, et encore moins d’évaluer leur efficacité.”

    En Tunisie, où les investissements restent moins importants que dans d’autres pays de la région comme en Libye, il a été possible d’obtenir un résumé, fourni par la Délégation de l’Union européenne, des programmes financés par l’UE et liés à la migration. Depuis 2016, cela se traduit par l’investissement de près de 58 millions d’euros à travers trois différents fonds : le #FFU (#Fonds_Fiduciaire_d’Urgence) de la Valette, l’#AMIF (Asylum, Migration and Integration Fund) et l’Instrument européen de voisinage (enveloppe régionale).

    Mais il est à noter que ces informations ne prennent pas en compte les autres investissements d’#aide_au_développement ou de soutien à la #lutte_antiterroriste dont les programmes peuvent également concerner la migration. Depuis 2011, au niveau bilatéral, l’Union européenne a ainsi investi 2,5 billions d’euros en Tunisie, toutes thématiques confondues.

    L’écrasante majorité de ces financements de l’UE - 54 200 000 euros - proviennent du #Fond_fiduciaire_d'urgence_pour_l'Afrique. Lancé en 2015, lors du #sommet_de_la_Valette, ce FFU a été créé “en faveur de la stabilité et de la lutte contre les #causes_profondes de la migration irrégulière et du phénomène des personnes déplacées en Afrique” à hauteur de 2 milliards d’euros pour toute la région.

    Ce financement a été pointé du doigt par des associations de droits humains comme Oxfam qui souligne “qu’une partie considérable de ses fonds est investie dans des mesures de #sécurité et de #gestion_des_frontières.”

    “Ces résultats montrent que l’approche des bailleurs de fonds européens vis-à-vis de la gestion des migrations est bien plus axée sur des objectifs de #confinement et de #contrôle. Cette approche est loin de l’engagement qu’ils ont pris (...) de ‘promouvoir des canaux réguliers de migration et de mobilité au départ des pays d’Europe et d’Afrique et entre ceux-ci’ (...) ou de ‘Faciliter la migration et la mobilité de façon ordonnée, sans danger, régulière et responsable’”, détaille plus loin le rapport.

    Surveiller les frontières

    Parmi la vingtaine de projets financés par l’UE, la sécurité des frontières occupe une place prépondérante. Le “#Programme_de_gestion_des_frontières_au_Maghreb” (#BMP_Maghreb) est, de loin, le plus coûteux. Pour fournir de l’équipement et des formations aux gardes-côtes tunisiens, l’UE investit 20 millions d’euros, près d’un tiers du budget en question.

    Le projet BMP Maghreb a un objectif clairement défini : protéger, surveiller et contrôler les #frontières_maritimes dans le but de réduire l’immigration irrégulière. Par exemple, trois chambres d’opération ainsi qu’un système pilote de #surveillance_maritime (#ISmariS) ont été fournis à la garde nationale tunisienne. En collaboration avec le ministère de l’Intérieur et ses différents corps - garde nationale, douane, etc. -, ce programme est géré par l’#ICMPD (#Centre_international_pour_le_développement_des_politiques_migratoires).

    “Le BMP Maghreb est mis en place au #Maroc et en Tunisie. C’est essentiellement de l’acquisition de matériel : matériel informatique, de transmission demandé par l’Etat tunisien”, détaille Donya Smida de l’ICMPD. “On a fait d’abord une première analyse des besoins, qui est complétée ensuite par les autorités tunisiennes”.

    Cette fourniture de matériel s’ajoute à des #formations dispensées par des #experts_techniques, encore une fois coordonnées par l’ICMPD. Cette organisation internationale se présente comme spécialisée dans le “renforcement de capacités” dans le domaine de la politique migratoire, “loin des débat émotionnels et politisés”.

    "Cette posture est symptomatique d’un glissement sémantique plus général. Traiter la migration comme un sujet politique serait dangereux, alors on préfère la “gérer” comme un sujet purement technique. In fine, la ’gestionnaliser’ revient surtout à dépolitiser la question migratoire", commente #Camille_Cassarini, chercheur sur les migrations subsahariennes en Tunisie. “L’ICMPD, ce sont des ‘techniciens’ de la gestion des frontières. Ils dispensent des formations aux États grâce à un réseau d’experts avec un maître-mot : #neutralité politique et idéologique et #soutien_technique."

    En plus de ce programme, la Tunisie bénéficie d’autres fonds et reçoit aussi du matériel pour veiller à la sécurité des frontières. Certains s’inscrivent dans d’autres projets financés par l’UE, comme dans le cadre de la #lutte_antiterroriste.

    Il faut aussi ajouter à cela les équipements fournis individuellement par les pays européens dans le cadre de leurs #accords_bilatéraux. En ce qui concerne la protection des frontières, on peut citer l’exemple de l’Italie qui a fourni une douzaine de bateaux à la Tunisie en 2011. En 2017, l’Italie a également soutenu la Tunisie à travers un projet de modernisation de bateaux de patrouille fournis à la garde nationale tunisienne pour environ 12 millions d’euros.

    L’#Allemagne est aussi un investisseur de plus en plus important, surtout en ce qui concerne les frontières terrestres. Entre 2015 et 2016, elle a contribué à la création d’un centre régional pour la garde nationale et la police des frontières. A la frontière tuniso-libyenne, elle fournit aussi des outils de surveillance électronique tels que des caméras thermiques, des paires de jumelles nocturnes, etc…

    L’opacité des #accords_bilatéraux

    De nombreux pays européens - Allemagne, Italie, #France, Belgique, #Autriche, etc. - coopèrent ainsi avec la Tunisie en concluant de nombreux accords sur la migration. Une grande partie de cette coopération concerne la #réadmission des expulsé·es tunisien·nes. Avec l’Italie, quatre accords ont ainsi été signés en ce sens entre 1998 et 2011. D’après le FTDES* (Forum tunisien des droits économiques et sociaux), c’est dans le cadre de ce dernier accord que la Tunisie accueillerait deux avions par semaine à l’aéroport d’Enfidha de Tunisien·nes expulsé·es depuis Palerme.

    “Ces accords jouent beaucoup sur le caractère réciproque mais dans les faits, il y a un rapport inégal et asymétrique. En termes de réadmission, il est évident que la majorité des #expulsions concernent les Tunisiens en Europe”, commente Jean-Pierre Cassarino, chercheur et spécialiste des systèmes de réadmission.

    En pratique, la Tunisie ne montre pas toujours une volonté politique d’appliquer les accords en question. Plusieurs pays européens se plaignent de la lenteur des procédures de réadmissions de l’Etat tunisien avec qui “les intérêts ne sont pas vraiment convergents”.

    Malgré cela, du côté tunisien, signer ces accords est un moyen de consolider des #alliances. “C’est un moyen d’apparaître comme un partenaire fiable et stable notamment dans la lutte contre l’extrémisme religieux, l’immigration irrégulière ou encore la protection extérieure des frontières européennes, devenus des thèmes prioritaires depuis environ la moitié des années 2000”, explique Jean-Pierre Cassarino.

    Toujours selon les chercheurs, depuis les années 90, ces accords bilatéraux seraient devenus de plus en plus informels pour éviter de longues ratifications au niveau bilatéral les rendant par conséquent, plus opaques.

    Le #soft_power : nouvel outil d’externalisation

    Tous ces exemples montrent à quel point la question de la protection des frontières et de la #lutte_contre_l’immigration_irrégulière sont au cœur des politiques européennes. Une étude de la direction générale des politiques externes du Parlement européen élaborée en 2016 souligne comment l’UE “a tendance à appuyer ses propres intérêts dans les accords, comme c’est le cas pour les sujets liés à l’immigration.” en Tunisie.

    Le rapport pointe du doigt la contradiction entre le discours de l’UE qui, depuis 2011, insiste sur sa volonté de soutenir la Tunisie dans sa #transition_démocratique, notamment dans le domaine migratoire, tandis qu’en pratique, elle reste focalisée sur le volet sécuritaire.

    “La coopération en matière de sécurité demeure fortement centrée sur le contrôle des flux de migration et la lutte contre le terrorisme” alors même que “la rhétorique de l’UE en matière de questions de sécurité (...) a évolué en un discours plus large sur l’importance de la consolidation de l’État de droit et de la garantie de la protection des droits et des libertés acquis grâce à la révolution.”, détaille le rapport.

    Mais même si ces projets ont moins de poids en termes financiers, l’UE met en place de nombreux programmes visant à “développer des initiatives socio-économiques au niveau local”, “ mobiliser la diaspora” ou encore “sensibiliser sur les risques liés à la migration irrégulière”. La priorité est de dissuader en amont les potentiel·les candidat·es à l’immigration irrégulière, au travers de l’appui institutionnel, des #campagnes de #sensibilisation...

    L’#appui_institutionnel, présenté comme une priorité par l’UE, constitue ainsi le deuxième domaine d’investissement avec près de 15% des fonds.

    Houda Ben Jeddou, responsable de la coopération internationale en matière de migration à la DGCIM du ministère des Affaires sociales, explique que le projet #ProgreSMigration, créé en 2016 avec un financement à hauteur de 12,8 millions d’euros, permet de mettre en place “ des ateliers de formations”, “des dispositifs d’aides au retour” ou encore “des enquêtes statistiques sur la migration en Tunisie”.

    Ce projet est en partenariat avec des acteurs étatiques tunisiens comme le ministère des Affaires Sociales, l’observatoire national des migrations (ONM) ou encore l’Institut national de statistiques (INS). L’un des volets prioritaires est de “soutenir la #Stratégie_nationale_migratoire_tunisienne”. Pour autant, ce type de projet ne constitue pas une priorité pour les autorités tunisiennes et cette stratégie n’a toujours pas vu le jour.

    Houda Ben Jeddou explique avoir déposé un projet à la présidence en 2018, attendant qu’elle soit validée. "Il n’y a pas de volonté politique de mettre ce dossier en priorité”, reconnaît-elle.

    Pour Camille Cassarini, ce blocage est assez révélateur de l’absence d’une politique cohérente en Tunisie. “Cela en dit long sur les stratégies de contournement que met en place l’État tunisien en refusant de faire avancer le sujet d’un point de vue politique. Malgré les investissements européens pour pousser la Tunisie à avoir une politique migratoire correspondant à ses standards, on voit que les agendas ne sont pas les mêmes à ce niveau”.

    Changer la vision des migrations

    Pour mettre en place tous ces programmes, en plus des partenariats étatiques avec la Tunisie, l’Europe travaille en étroite collaboration avec les organisations internationales telles que l’#OIM (Organisation internationale pour les migrations), l’ICMPD et le #UNHCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés), les agences de développement européennes implantées sur le territoire - #GiZ, #Expertise_France, #AfD - ainsi que la société civile tunisienne.

    Dans ses travaux, Camille Cassarini montre que les acteurs sécuritaires sont progressivement assistés par des acteurs humanitaires qui s’occupent de mener une politique gestionnaire de la migration, cohérente avec les stratégies sécuritaires. “Le rôle de ces organisations internationales, type OIM, ICMPD, etc., c’est principalement d’effectuer un transfert de normes et pratiques qui correspondent à des dispositifs de #contrôle_migratoire que les Etats européens ne peuvent pas mettre directement en oeuvre”, explique-t-il.

    Contactée à plusieurs reprises par Inkyfada, la Délégation de l’Union européenne en Tunisie a répondu en fournissant le document détaillant leurs projets dans le cadre de leur partenariat de mobilité avec la Tunisie. Elle n’a pas souhaité donner suite aux demandes d’entretiens.

    En finançant ces organisations, les Etats européens ont d’autant plus de poids dans leur orientation politique, affirme encore le chercheur en donnant l’exemple de l’OIM, une des principales organisations actives en Tunisie dans ce domaine. “De par leurs réseaux, ces organisations sont devenues des acteurs incontournables. En Tunisie, elles occupent un espace organisationnel qui n’est pas occupé par l’Etat tunisien. Ça arrange plus ou moins tout le monde : les Etats européens ont des acteurs qui véhiculent leur vision des migrations et l’État tunisien a un acteur qui s’en occupe à sa place”.

    “Dans notre langage académique, on les appelle des #acteurs_épistémologiques”, ajoute Jean-Pierre Cassarino. A travers leur langage et l’étendue de leur réseau, ces organisations arrivent à imposer une certaine vision de la gestion des migrations en Tunisie. “Il n’y a qu’à voir le #lexique de la migration publié sur le site de l’Observatoire national [tunisien] des migrations : c’est une copie de celui de l’OIM”, continue-t-il.

    Contactée également par Inkyfada, l’OIM n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien.

    Camille Cassarini donne aussi l’exemple des “#retours_volontaires”. L’OIM ou encore l’Office français de l’immigration (OFII) affirment que ces programmes permettent “la réinsertion sociale et économique des migrants de retour de façon à garantir la #dignité des personnes”. “Dans la réalité, la plupart des retours sont très mal ou pas suivis. On les renvoie au pays sans ressource et on renforce par là leur #précarité_économique et leur #vulnérabilité", affirme-t-il. “Et tous ces mots-clés euphémisent la réalité d’une coopération et de programmes avant tout basé sur le contrôle migratoire”.

    Bien que l’OIM existe depuis près de 20 ans en Tunisie, Camille Cassarini explique que ce système s’est surtout mis en place après la Révolution, notamment avec la société civile. “La singularité de la Tunisie, c’est sa transition démocratique : l’UE a dû adapter sa politique migratoire à ce changement politique et cela est passé notamment par la promotion de la société civile”.

    Dans leur ouvrage à paraître “Externaliser la gouvernance migratoire à travers la société tunisienne : le cas de la Tunisie” [Externalising Migration Governance through Civil Society : Tunisia as a Case Study], Sabine Didi et Caterina Giusa expliquent comment les programmes européens et les #organisations_internationales ont été implantées à travers la #société_civile.

    “Dans le cas des projets liés à la migration, le rôle déterminant de la société civile apparaît au niveau micro, en tant qu’intermédiaire entre les organisations chargées de la mise en œuvre et les différents publics catégorisés et identifiés comme des ‘#migrants_de_retour’, ‘membres de la diaspora’, ou ‘candidats potentiels à la migration irrégulière’", explique Caterina Giusa dans cet ouvrage, “L’intérêt d’inclure et et de travailler avec la société civile est de ‘faire avaler la pilule’ [aux populations locales]”.

    “Pour résumer, tous ces projets ont pour but de faire en sorte que les acteurs tunisiens aient une grille de lecture du phénomène migratoire qui correspondent aux intérêts de l’Union européenne. Et concrètement, ce qui se dessine derrière cette vision “gestionnaire”, c’est surtout une #injonction_à_l’immobilité”, termine Camille Cassarini.

    https://inkyfada.com/fr/2020/03/20/financements-ue-tunisie-migration
    #externalisation #asile #migrations #frontières #Tunisie #EU #UE #Europe #contrôles_frontaliers #politique_de_voisinage #dissuasion #IOM #HCR #immobilité

    Ajouté à la métaliste sur l’externalisation des frontières :
    https://seenthis.net/messages/731749#message765330

    Et celle sur la conditionnalité de l’aide au développement :
    https://seenthis.net/messages/733358#message768701

    ping @karine4 @isskein @_kg_

  • Dans les #vignobles sud-africains, les ouvriers agricoles noirs vivent l’enfer
    https://reporterre.net/Dans-les-vignobles-sud-africains-les-ouvriers-agricoles-noirs-vivent-l-e

    L’#Afrique_du_Sud est le neuvième producteur de #vin mondial et le tourisme viticole génère des milliards de rands — la monnaie locale — chaque année. Les chenin blanc et les syrah sud-africains sont notamment appréciés parce qu’ils sont bon marché. Et pour cause : à 18,68 rands (1,15 euro) par heure, le salaire minimum des travailleurs agricoles est l’un des plus bas du pays. 25 ans après la fin de l’#apartheid, alors que 73 % des terres agricoles appartiennent toujours à des fermiers blancs — une proportion sans doute encore plus élevée dans la province du Cap-Occidental —, les conditions de vie des quelque 100.000 Noirs et « Coloured » (les Métis) qui travaillent dans les vignobles de la région n’ont pas beaucoup changé.

    #viticulture #esclavage #pesticides #santé_au_travail #inégalités #alcoolisme #alcoolisation_fœtale #logement_insalubre #exploitation #dettes #expulsions #précarisation #injustices

  • "Ils m’ont emballé comme un colis" : le cri de détresse d’un Camerounais expulsé de Turquie

    Dans une série de vidéos publiées à la mi-février, un homme est emballé dans du film plastique à bord d’un avion de la #compagnie_aérienne Turkish Airlines. Ces images ont largement circulé au Cameroun, pays d’origine de ce passager, et ont suscité une vague d’indignation. La rédaction des Observateurs de France 24 a pu recueillir le témoignage de cet homme qui dénonce un traitement violent et humiliant de la part de cette entreprise et des autorités turques.

    Notre rédaction a pu identifier une série de quatre #vidéos montrant un incident à bord du vol numéro TK667 reliant Istanbul et Yaoundé la nuit du 27 au 28 janvier 2020.

    https://twitter.com/Ehuzud/status/1229365329727512576?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E12

    Cette première vidéo montre le moment où le passager a commencé à protester contre son expulsion. Elle a été filmée par sa compagne qui se trouvait non loin. À la fin de la vidéo, une hôtesse de la compagnie #Turkish_Airlines, reconnaissable à son uniforme, l’empêche de filmer.

    https://twitter.com/abelamundala/status/1229288299216461824?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E12

    Cette deuxième #vidéo montre le moment où les trois hommes qui entourent le passager commencent à lui retirer le film plastique qui entoure son torse. Ces images ont également été filmées par sa compagne.

    Ces deux vidéos ont été publiées dès le 28 janvier sur Facebook et ont été transmises à l’influenceur camerounais #David_Eboutou par une passagère de l’avion Istanbul Yaoundé. On y voit le passager libéré de la plupart de son enveloppe de plastique et les hommes qui l’entourent essayer de le libérer du scotch et des menottes qu’il a aux chevilles.

    En observant attentivement la série de vidéos, on voit clairement que l’homme est menotté à l’aide de sangles en plastique noir au niveau des poignets et de menottes aux chevilles. Par-dessus, ses vêtements ont été rajoutées plusieurs couches de #film_plastique, consolidées avec du large #scotch transparent.

    Un des trois hommes qui entoure le passager porte un rouleau de ce type de scotch à la main. On aperçoit également un masque chirurgical qui pend aux oreilles du passager et qu’il portait probablement avant de manifester sa colère à bord.

    « On m’a dit que mon visa était un faux et on m’a arrêté »
    La rédaction des Observateurs de France 24 a pu retrouver cet homme. Emmanuel Fosso Someon Chedjou, 47 ans, est marchand de chaussures à Douala au Cameroun. Il a fourni plusieurs documents à notre rédaction permettant de prouver qu’il a bien effectué ce voyage et qu’il a été expulsé de l’aéroport d’Istanbul. Notre rédaction a également pu discuter avec six passagers qui étaient à ses côtés dans le centre de détention de l’aéroport. Tous ont livré un témoignage concordant avec le sien.


    Je voulais me rendre à Dubaï avec ma compagne pour acheter un stock de chaussures et j’ai fait appel à une agence de voyage pour tout préparer. C’était ma première fois et j’ai compris trop tard que je m’étais fait arnaquer.

    Le vol pour Dubaï passait par Istanbul avec une #escale de 8 heures, c’était le 21 janvier.

    Sur cette photo prise avant le départ, on voit que le voyage entrepris par #Emmanuel_Chedjou et sa compagne vers Dubai devait durer du 21 au 29 janvier.

    Quand nous sommes arrivés ma compagne est restée dans la zone de transit et j’ai voulu sortir de l’aéroport faire une course, vu que notre temps d’attente était très long. Arrivé au contrôle des passeports, on m’a dit que mon visa de transit était un faux et on m’a arrêté. On m’a emmené dans une sorte de centre de détention et j’ai retrouvé là-bas ma compagne qui avait été arrêtée entre temps.

    Ce document, en turc et en anglais, détaille qu’Emmanuel Chedjou est décrété « #passager_non_admissible », ou INAD dans le jargon de l’aviation pour le motif suivant : « Visa ou permis de résidence contrefait ».

    Un selfie pris par Emmanuel Chedjou dans l’aéroport d’Istanbul, reconnaissable à son plafond, peu de temps avant son arrestation.

    On m’a confisqué mon téléphone et on m’a demandé de signer des papiers que je ne pouvais pas lire puisqu’ils étaient en turc. J’ai aussi demandé à parler à un avocat et les officiers qui étaient là ont refusé.

    Je ne savais pas exactement qui étaient ces officiers, si c’étaient des policiers, des gendarmes ou des agents de sécurité. Ils ne portaient pas d’uniformes.

    Deux jours plus tard, ils ont voulu me déporter une première fois, le 23 janvier. J’ai protesté en disant que je voulais poursuivre mon voyage vers Dubaï et les officiers m’ont frappé. Un fois arrivé sur la passerelle de l’avion, j’ai protesté à nouveau et crié. À ce moment-là, l’équipage et le pilote de Turkish Airlines sont sortis et ont refusé de me prendre à bord. Ils ont demandé à ce que je sois pris en charge par le HCR.

    Mais il n’en a rien été.

    « Ils ont pris les rouleaux de film plastique utilisés pour emballer les valises »

    J’ai continué de subir des tabassages et des menaces pour que je rentre dans mon pays. Le 28 janvier vers 13 h ils sont venus me chercher pour me rapatrier sur un vol vers Yaoundé, au Cameroun. J’ai protesté à nouveau et cette fois ils m’ont mis dans une pièce spéciale.

    Il y avait une dizaine d’officiers et ils s’y sont mis à plusieurs pour me maîtriser. Ils ont d’abord mis des sangles en plastique à mes pieds et à mes poignets, puis de véritables menottes en métal. Ensuite ils ont rempli ma bouche de mouchoirs et l’ont fermée avec du scotch.

    Enfin, ils ont pris deux grands rouleaux de film plastique, ceux qui sont utilisés dans les aéroports pour emballer les valises. Ils m’en ont mis des couches et des couches du cou jusqu’aux pieds, si bien que c’était absolument impossible de bouger. À ce moment-là, j’ai vraiment commencé à avoir du mal à respirer.

    Trois d’entre eux m’ont mis dans un fauteuil roulant et m’ont emmené dans un avion qui partait pour Yaoundé. À l’intérieur ils m’ont porté comme un colis jusqu’à mon siège.

    Quand les passagers étaient tous installés et qu’il restait environ 15 minutes avant le décollage, j’ai réussi à cracher les mouchoirs qui étaient coincés dans ma bouche et j’ai pu crier à l’aide.

    Les passagers ont tout de suite réagi quand ils m’ont vu et ont protesté pour qu’on me libère de tout ce plastique. Ma compagne était dans l’avion elle m’a vu ainsi et a pris deux vidéos pour garder des preuves.

    Mes habits s’étaient déchirés quand je me battais avec les policiers et j’ai demandé à récupérer mon bagage à main pour me changer. Dans la poche de mon jean déchiré, que j’avais laissé sur mon siège, il y avait 2 400 euros en liquide que j’avais pris pour commercer à Dubaï. Quand l’officier m’a rendu le pantalon, les poches étaient vides. Il m’a dit : « tu as déjà de la chance, on va te tuer ».

    « Ils m’ont laissé dans un hall pendant deux jours sans rien à manger »

    Après tout ça, une hôtesse de Turkish Airlines m’a accompagné à l’extérieur de l’avion dans lequel était restée ma compagne, qui s’est donc envolée pour Yaoundé. Elle m’a demandé pourquoi j’étais sous escorte et je lui ai dit qu’il était inacceptable de traiter les gens de cette manière, que j’étais malade et que j’avais besoin de soins. Elle m’a laissé dans un hall de l’aéroport, devant un bureau de Turkish Airlines, sans rien. J’étais obligé de mendier pour manger.

    Au bout de deux jours, un homme qui se présentait comme le chef du personnel de Turkish Airlines m’a dit : « on ne peut pas te soigner et tu ne peux pas rester en Turquie, tu restes ici sans te laver, tu vas choisir un pays où on va te déposer et tu vas partir ». Ensuite, des officiers sont venus me chercher pour me ramener au centre de détention.
    Une nuit, un des policiers qui m’avait emballé dans du plastique m’a dit en m’apportant un café qu’ils allaient m’emmener à Abuja, au Nigeria. Je lui ai répondu que ce n’est pas mon pays et que c’est très loin de chez moi. Il m’a dit que c’est à côté [800 kilomètres séparent Abuja de Douala, NDLR].

    À ce moment-là j’étais vraiment épuisé, je n’en pouvais plus et j’ai fini par céder. J’ai pris la carte d’embarquement pour ce vol et ils m’ont mis de simples menottes pour m’emmener dans l’avion. Une fois que j’étais assis ils les ont enlevées et sont sortis de l’appareil.

    La carte d’embarquement d’Emmanuel Chedjou pour le vol d’Istanbul à Abuja.

    Je suis arrivé à #Abuja dans la nuit du 30 au 31 janvier et une dame rencontrée dans l’avion m’a aidé à organiser mon voyage en voiture jusque chez moi. Je suis arrivé à la maison le 4 février [soit deux semaines après son arrivée en Turquie, NDLR].

    Entre l’agence de voyage qui m’a arnaqué et ce qu’il s’est passé à Istanbul, j’ai perdu environ 7 millions de francs CFA, soit 10 590 euros [des chiffres que notre rédaction n’a pas pu vérifier de façon indépendante, NDLR]. Avec cet échec, j’ai donc perdu non seulement mon capital mais j’ai aussi perdu toute crédibilité dans ma communauté. Plus personne ne veut commercer avec moi. Je veux dénoncer la compagnie Turkish Airlines et ces officiers qui m’ont humilié. Je veux aujourd’hui me faire dédommager et, si c’est possible, je porterai plainte.

    « Ils prenaient les téléphones des Noirs mais pas ceux des Blancs »

    Emmanuel Chedjou dénonce par ailleurs un traitement discriminatoire dans le centre de détention où sont mis en attente tous les passagers n’ayant pu passer les frontières de l’aéroport. Selon lui, les personnes noires sont systématiquement privées de leurs téléphones portables et sont détenues dans une pièce séparée.

    Un avis partagé par un autre passager resté détenu pendant 6 jours à la même période que lui, #Johnny_Mabaya, un Congolais de 20 ans.

    Moi, contrairement à Emmanuel, je ne parle pas l’anglais. Il y avait donc un gros problème de communication et ça générait beaucoup de tensions. On nous servait de la nourriture quasi immangeable et on nous frappait régulièrement. Tous les téléphones des Noirs étaient confisqués, mais pas ceux des Blancs. On était aussi tous détenus dans une pièce séparée.

    Le jour où ils ont emballé Emmanuel dans du plastique on a entendu beaucoup de cris, et tout d’un coup, ça s’est arrêté. On a compris qu’ils avaient réussi à lui fermer la bouche. Quelques jours plus tard c’était mon tour, j’ai essayé de protester moi aussi, mais j’ai vite cédé par peur qu’ils me fassent la même chose.

    Deux femmes, l’une Congolaise et l’autre Camerounaise, nous ont confirmé que les ressortissants africains étaient traités différemment. Un passager ukrainien détenu brièvement au même endroit nous a confirmé qu’il avait pu garder son téléphone portable dans le centre de détention.

    Que se passe-t-il à l’aéroport d’Istanbul ?

    Très peu d’associations de défense des réfugiés et d’avocats spécialistes de ce domaine ont accès au centre de détention de l’aéroport d’Istanbul. D’après nos recherches, plusieurs avocats de l’ONG « Refugee Rights Turkey » ont pu le visiter, mais l’organisation a décliné notre demande d’interview.

    L’autorité administrative de l’aéroport est responsable de cet endroit, comme le précise la loi sur les obligations des transporteurs aériens du 7 novembre 2015. Cependant, les responsabilités sont partagées : la compagnie aérienne s’assure du retour au pays le plus rapide possible du passager non admissible sur le sol turc et l’entreprise gestionnaire de l’aéroport veille à ce que le temps d’attente soit passé dans un endroit dédié et dans des conditions dignes et sécurisées.

    Aucun texte de loi turc ne précise quelles unités de police ou de sécurités privées sont chargées d’escorter les passagers à bord des avions, ni de quels moyens ils disposent légalement pour les contrôler s’ils refusent d’obtempérer. Selon un ancien cadre de l’aviation civile turque, les compagnies aériennes font appel à des services de sécurité privée pour ce type de cas. Une affirmation que nous n’avons pas été en mesure de vérifier.

    Selon Piril Erçoban, coordinatrice de l’association turque de défense des réfugiés Mütleci-der, les images de l’expulsion d’Emmanuel Chedjou sont « révoltantes ».

    « Peu importe le statut de la personne, cette pratique est inacceptable. Ça ne peut être légal. Les autorités doivent prendre des mesures administratives et légales contre les personnes responsables et ne plus tolérer ce type de pratiques dans les zones frontalières ou de transit ».

    La Direction générale de la gestion des migrations (DGMM en turc), branche du ministère de l’Intérieur turc, a déclaré le 22 février sur Twitter que « de telles pratiques ne peuvent absolument pas être acceptées » et annoncé que « deux enquêteurs ont été missionnés » pour établir les faits avant que « le nécessaire soit fait concernant les responsables ».

    « Le passager concerné a essayé d’entrer dans notre pays avec un faux document le 21 janvier et son entrée n’était pas autorisée. L’étranger concerné a été soumis à trois tentatives de renvoi les 21, 22 et 27 janvier. Il n’a pas pu être renvoyé en raison de sa résistance et parce qu’il a retiré ses vêtements dans l’avion lors de la dernière tentative. Il a finalement été renvoyé le 30 janvier lors d’une quatrième procédure », détaille l’institution dans son communiqué.

    Notre rédaction a contacté la compagnie aérienne Turkish Airlines pour obtenir des explications sur cet incident. Cette dernière n’a pas répondu à nos questions. Nous publierons sa réponse quand elle nous parviendra.❞

    https://observers.france24.com/fr/20200221-turquie-cameroun-expulsion-avion-turkish-airlines-passa

    #renvois #renvois_forcés #asile #migrations #réfugiés #Turquie #réfugiés_camerounais #Cameroun #déshumanisation #inhumanité #dignité #Emmanuel_Fosso_Someon_Chedjou #expulsion #déportation
    #menottes #sangles

    ping @karine4 @isskein @reka

  • La sécurité intérieure a refusé l’entrée aux Etats-Unis du directeur de Forensic Architecture
    Hakim Bishara, Hyperallergic, le 19 février 2020
    https://agencemediapalestine.fr/blog/2020/02/23/19784

    Organisée par Sophie Landres, l’exposition actuelle au MOAD met en lumière plus d’une douzaine d’enquêtes percutantes de Forensic Architecture. Elles incluent une enquête sur une frappe de drone par la CIA au Pakistan ; une analyse de l’assassinat d’un barbier par la police de Chicago qui a conduit à une investigation par le maire et le département de police de la ville ; une enquête sur l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien ; et une enquête sur le bombardement israélien de la ville palestinienne de Rafah qui a forgé la décision récente de la Cour pénale internationale d’ouvrir une investigation sur la possibilité de crimes de guerre israéliens.

    Le groupe a fait du bruit à la Biennale Whitney en 2019 avec une vidéo — Triple-Chaser (2019) — qui reliait le groupe Safariland, une compagnie dirigée par l’ancien vice-président du musée Whitney Warren Kanders, à des crimes de guerre à Gaza. La vidéo a provoqué une action juridique contre Safariland par le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains. Le groupe a plus tard demandé que son travail soit retiré de l’exposition, peu avant que Kanders n’annonce sa démission.

    En conjonction avec l’exposition du MOAD, Forensic Architecture lance une enquête jointe avec des groupes locaux sur les violations des droits humains dans le centre de détention de Homestead en Floride, où les enfants migrants auraient été detenus dans des conditions inhumaines. True to Scale ouvre au public demain, le 20 février.

    Les Etats-Unis bloquent l’entrée d’un chercheur qui expose les violations israéliennes des droits humains
    Maureen Clare Murphy, Electronic Intifada, le 21 février 2020
    https://agencemediapalestine.fr/blog/2020/02/23/les-etats-unis-bloquent-lentree-dun-chercheur-qui-expose-les-vi

    Quand Weizman s’est rendu à l’ambassade américaine à Londres pour réitérer sa demande de visa, un employé lui a demandé de fournir des informations détaillées sur ses voyages des quinze dernières années. Il lui a aussi demandé de nommer tous ses contacts qui auraient pu déclencher l’algorithme, a dit Weizman aux médias..

    Weizman a dit qu’il avait refusé de fournir des informations supplémentaires à l’ambassade parce que le faire « aurait pu faire courir des risques aux personnes dont il aurait donné les noms » .

    L’année dernière, les Etats-Unis ont interdit l’entrée du pays à Omar Barghouti, un militant palestinien des droits humains, co-fondateur du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions.

    L’administration de Trump a aussi révoqué le visa de la procureure générale de la Cour pénale internationale à cause de ses efforts d’ailleurs frustrés pour poursuivre des investigations sur des crimes de guerre qui auraient été perpétués par les forces américaines en Afghanistan.

    Les fonctionnaires américains ont aussi menacé d’imposer des sanctions ou de chercher à poursuivre pénalement des responsables de la Cour pénale internationale s’ils poursuivaient leurs investigations dans des crimes de guerre qui auraient été commis par Israël.

    Voir aussi ici :
    https://seenthis.net/messages/826651

    Et sur ce sujet, une liste d’expulsions aux frontières israéliennes ici :
    https://seenthis.net/messages/364741

    #Palestine #USA #Eyal_Weizman #Forensic_Architecture #censure #criminalisation_des_militants #criminalisation_des_universitaires #criminalisation_des_artistes #maccarthysme #Expulsion #Frontière

  • Interior expulsa a otros 36 malienses a Mauritania desde Canarias

    Un nuevo vuelo de #Frontex partió desde Tenerife Norte el pasado 17 de febrero con 51 personas a bordo, de las cuales ninguna era mauritana.

    El Ministerio del Interior continúa expulsando a migrantes desde Canarias hacia un país que no es el suyo. El pasado lunes 17 de febrero febrero, un nuevo vuelo de la Agencia Europea de Fronteras (Frontex), el tercero en lo que va de año, partió desde el aeropuerto de Tenerife Norte hacia Mauritania con 51 personas a bordo. Tal y como ha reconocido el Mecanismo Nacional de Prevención de la Tortura, ninguna de ellas tenía nacionalidad mauritana. En concreto, la mayoría de ellas procedía de Malí (36), 13 eran senegalesas, una de Gabón y otra de Costa de Marfil.

    Durante el operativo de deportación los técnicos examinaron las condiciones del embarque, la documentación relativa a las devoluciones y, además, se realizaron tres entrevistas durante el vuelo. No ha sido hasta este miércoles 19 cuando se han notificado en el Defensor del Pueblo los detalles de la deportación, a pesar de que Televisión Española ya había adelantado este martes que un vuelo de Frontex con medio centenar de migrantes había salido desde Tenerife.

    A pesar de las denuncias sociales que han recibido estas expulsiones ejecutadas por el Gobierno de España, ya son 139 los migrantes deportados por el Ejecutivo, aprovechando el acuerdo bilateral que firmó en 2003 con Mauritania. De esta cifra, 106 son malienses, de los cuales al menos 14 expresaron su voluntad de solicitar protección internacional por la situación de conflicto que atraviesa su país de origen, donde, según Acnur, a diario se detectan secuestros, ataques a escuelas y hospitales, asesinatos, vulnerabilidad infantil y agresiones sexuales. Aún así, este grupo fue internado en el CIE de Hoya Fría y enviado a Mauritania el 20 de enero.

    Interior justifica estas devoluciones asegurando que el acuerdo con Mauritania se aplica también a quienes, a pesar de no tener nacionalidad mauritana, hayan pisado el país durante su itinerario. Sin embargo, de acuerdo con los autos de internamiento a los que tuvo acceso Canarias Ahora, estas 14 personas coincidieron en que habían partido desde Senegal hacia el Archipiélago de forma directa.

    Distintas ONG como la Comisión Española de Ayuda al Refugiado (CEAR) o el Servicio Jesuíta a Migrantes así como la Unión Progresista de Fiscales han denunciado estas expulsiones exprés. Además, CEAR ha asegurado que, una vez en manos de las autoridades mauritanas, los malienses son trasladados hasta la frontera con Malí, quedando de nuevo expuestos ante la guerra.

    https://www.eldiario.es/canariasahora/365diasmigraciones/Interior-expulsa-malienses-Mauritania-Canarias_6_997460253.html

    #expulsions_sud-sud #asile #migrations #réfugiés #expulsions #renvois #déportation #réfugiés_maliens #Mauritanie #Espagne #Canaries #îles_canaries

    ping @karine

  • Eyal Weizman barred from U.S. ahead of #Forensic_Architecture retrospective - Archpaper.com

    https://archpaper.com/2020/02/eyal-weizman-barred-from-us

    Cette histoire est proprement invraisemblable, mais authentique. C’est un authentique cauchemar.

    #Eyal_Weizman was preparing to fly to Miami from his home of London for the opening, he received an email from the U.S. Embassy informing him that his visa had been revoked and he would not be allowed to travel to the United States.
    When Weizman went to apply for another visa, an interviewer at the Embassy told him that an “algorithm” had identified him as a security threat due to people he had interacted with, places he had traveled recently, or an unidentified combination of the two. When given the opportunity to “speed up the process” by giving names he felt might have been the cause for setting off alarms, Weizman refused.

    • A Hard Lesson for Migrants Who Give Up: There May Be No Welcome Mat Back Home

      Jessica Kablan, 27, came back to Ivory Coast seven months pregnant by a man she had turned to for protection on the road.Credit...Yagazie Emezi for The New York Times

      THIAROYE-SUR-MER, Senegal — The fishing village has long sent its men to sea, but after foreign trawlers scraped the bottom clean, the men began coming back empty-handed. It has long sent its men abroad for work, too, but their luck is often no better.

      Last November, when El Hadji Macoura Diop, a 37-year-old fisherman, failed to reach Europe by boat, he could not bring himself to call his wife and tell her he was giving up. “I knew it would just destroy her,” he said.

      Hard as it is to leave home for an unknown land and an uncertain future, coming back, migrants say, can be even harder. Often, they feel ashamed to admit defeat, especially to families that may have scrimped to raise money for their trip. And they struggle to reintegrate into the societies they left behind.

      In 2010, when he was 19, Yaya Guindo fled his life herding cattle in a small farming village in Ivory Coast. Last winter, after eight years on the road working in construction and at restaurants, he returned, broken and defeated, from a detention center in Libya.

      He tried to go home, he said, but his friends mocked him. “I didn’t have anything,” he said. “I was embarrassed.”

      The experiences of Mr. Diop and Mr. Guindo are far from unusual. Researchers estimate that one out of four people who migrate in search of opportunity return to their country of birth — some by choice, others not.

      Just since 2017, the International Organization for Migration has helped more than 62,000 migrants return to 13 countries in West and Central Africa, transported on charter flights and buses arranged by the agency. Many said they wanted to go home after being detained in abysmal conditions in Libyan detention centers, like one in Tajoura that was bombed in early July, killing more than 50 people.

      Once back, they are offered help reintegrating, including temporary shelter, pocket money, job training and psychological counseling.

      “These people left for a reason, and if you don’t address that, they will keep dying at sea,” said Florence Kim, a spokeswoman for the International Organization for Migration, which runs the program. “If you give people what they needed in the first place, they don’t need to take the risks.”

      The organization placed Mr. Guindo in a training program as a restaurant worker in a trendy neighborhood of Abidjan, the largest city in Ivory Coast. Other returning migrants have been given training as carpenters, tailors or shopkeepers.

      But after the initial support, the migrants are on their own.

      “We’re trying not to create a parallel system where migrants who are coming back to their country would have better service than Ivorians who chose not to leave,” Lavinia Prati, a reintegration officer for the International Organization for Migration.

      The transition can be rocky.

      Mr. Guindo, for example, has angered his employers by skipping work to play basketball for a local club. He says he needs to maintain good relations with the club because it is giving him housing in exchange for playing.

      Yet as hard as it is to adjust, Mr. Guindo said he was staying put.

      “I saw people dying of hunger, I saw women raped, men beheaded,” he said. “What I saw, what I lived, what I heard — I would not leave again.”

      Another returnee to Ivory Coast, Jessica Kablan, 27, came back seven months pregnant by a man she had turned to for protection on the road. Although the nature of the relationship was intrinsically coercive, it seemed to her the best choice she could make under the circumstances. When her boyfriend back home — who had helped pay for her trip — realized she was pregnant, he ended the relationship.

      She does not blame him.

      “I came back with a child,” she said. “How could he accept that?”

      Meliane Lorng, a psychologist who counsels returning migrants through the International Organization for Migration, says the women with children often don’t tell their families that they are back, “because the infant is the living testimony that they were raped.”

      Uncounted other migrants, like the fisherman, have returned on their own, without the help of humanitarian agencies.

      Thiaroye-sur-Mer has been a major source of migration for more than a decade. Hundreds of men have tried to reach Europe — mainly Spain. Everyone knows the migrant motto, “Barca ou barzakh”: Wolof for “Barcelona or die.”

      Some make it. Some die trying. And some return, said Moustapha Diouf, himself a returned migrant, who created a community center for them.

      To the outsider, Thiaroye-sur-Mer can seem like an idyllic place, not somewhere people would be eager to leave: Men sit on the beach, mending their nets, while children play in the surf. But when they do come back home, migrants often get a stark reminder of why they left in the first place.

      One recent day, Mr. Diop, the fisherman who abandoned his attempt to reach Europe, and his five partners came back to shore with about 100 small silver fish called sardinella in their nets. Once the owner of the boat got his share, they would earn about a dollar each, he said.

      There was a time when some migrants setting off in hopes of a better life left right from the shores of the village by pirogue, the colorfully painted wooden canoes used for fishing. More recently, the grapevine has advised them to go by air to Morocco, where Senegalese do not need visas, and then catch passage across the Mediterranean with a smuggler.

      From the roofs of the village houses, the view of the ocean goes on forever. It is easy to imagine that Europe might be just beyond the horizon. And it is possible to forget, if only for a moment, the many dangers of the journey.

      Often, it is the women who encourage the men to migrate.

      Mr. Diop’s mother, Fatou Ndaw, 55, chose him to go because he was the oldest of three brothers, and a fisherman. “He was the one who knows how to read the signs of the ocean,” she said.

      Mr. Diop tried twice.

      On his first attempt, in 2006, he headed for the Canary Islands. Along the way, he watched as six people from his village died after bouts of vomiting and dehydration, their bodies tossed overboard with a prayer.

      Mr. Diop landed, but he was deported two days before an uncle living in Spain arrived to claim him, he said.

      To pay for his second attempt, last fall, Mr. Diop’s mother sold her jewelry; his wife, Mbayang Hanne, saved the money that she earned frying doughnuts under a tent on the beach and selling them with coffee.

      Mr. Diop bought a round-trip plane ticket to Casablanca, where he did not need a visa and could stay with a childhood friend. From there, he took a bus to Tangier and boarded a boat for Spain.

      This time, his boat was stopped before it reached international waters. Mr. Diop says he was fingerprinted and dropped at the Algerian border. He walked 16 hours with other migrants until a car picked them up and took them to Casablanca.

      In Casablanca, the weather was bad and the boats were not running. He slept on the street in the rain. His round-trip ticket on Royal Air Maroc was expiring in two days. Homesick and miserable, Mr. Diop called his parents. They advised him to use the ticket to return home.

      He spent some sleepless nights agonizing over whether to call his wife, and decided not to.

      At the airport back in Dakar, he did not even have enough money for a taxi. A stranger took pity on him and drove him home.

      To Mr. Diop’s relief, his wife was out when he got there — but all that did was put off the inevitable. When she returned, she was shocked to find him in the house.

      It was hard to explain why he had failed when so many others had succeeded. Some of his neighbors, Mr. Diop felt, were judging him. But others told him it was not his fault.

      “Europe doesn’t belong to anybody,” he recalled their telling him. “If God decides, one day you’ll have breakfast in Europe. Never give up.”

      And he has not. Mr. Diop says he is not discouraged by deaths he has seen on the migrant path. It is simply part of the risk, he says.

      He and his family are saving for him to leave again.

      https://www.nytimes.com/2019/09/15/world/africa/africa-migrants-return-home.html

    • Video: Sent back to Ivory Coast, illegal migrants face stigma, rejection

      https://youtu.be/n3moMpBDD64

      It’s the contradiction of Ivory Coast. While its economy is one of the most dynamic in Africa, more and more of its people are setting out into the desert towards the Mediterranean in a bid to reach Europe. Some succeed, but for others, the journey is cut short and they are sent back to Ivory Coast. Returning home is often difficult as it comes with a sense of failure and rejection from their loved ones. Our Abidjan correspondents report.

      https://www.france24.com/en/20180905-focus-ivory-coast-returnees-illegal-migrants-europe-libya-mediter

    • Ivory Coast: the migration challenge

      Ivory Coast is one of the major departure points for migrants travelling illegally to Europe. Without a job or a tangible future in their country, many risk their lives seeking a better one abroad. To combat this pattern, the European Union is working in conjunction with the International Organization for Migration (IOM). Collective reintegration projects, such as business partnerships between returning migrants and members of their community, aim to discourage risky irregular migration through sustainable work and dialogue at home. To see how it works, Euronews travels to Ivory Coast, which recently hosted the African Union-European Union summit.

      Abidjan, Ivory Coast’s economic capital, is one of West Africa’s most highly urbanised cities. But behind its apparent success story, and despite being among the world’s biggest exporters of cacao, coffee and bananas, Ivory Coast is still plagued by poverty, which affected nearly half the population in 2015. Many young people faced with unemployment try to reach Europe. According to the IOM and the EU, among the 155.000 migrants who reached Europe between January and November 2017, most came from West Africa.

      Europe isn’t the Eldorado

      We meet Jean-Marie in the capital Abidjan. He is one of many who was seduced by the prospect of a better life beyond his country’s borders. A promising football talent, he was lured to Tunisia by a so-called “sports agent” who took his money and disappeared.

      “In the first weeks everything went well, I only understood it was a scam after a while because I never saw that person again, he disappeared with the 2.500 euros I gave him,” Jean-Marie Gbougouri tells us. “So, in the end, I was stuck over there, I had nothing left. So for me, Eldorado is not necessarily Europe. Of course, we all dream of going to Europe, but not in those conditions. I’m in good shape, but taking a boat to Italy isn’t going to change my situation. So I’d rather go home and invest my energy in my own country and see what happens.”

      The IOM helped Jean-Marie return home and set up a business as a chicken farmer. Voluntary return and its follow-up are priorities for the EU, which funds the IOM’s projects. According to the EU’s foreign policy chief, Federica Mogherini, interviewed by Euronews, the EU has helped 14,000 people return home this year.

      Once home, the migrants need assistance says the IOM’s director in Ivory Coast, Marina Schramm: “There is this point of failure which is why it is extremely important for us to work on the psychological and psychosocial support, create an identity again, build self-confidence. And I think therefore training is extremely important, having a diploma makes someone out of you again, not just someone that came back with nothing.”

      Boosting cacao revenue

      To prevent Ivory Coast’s youth from leaving, there need to be jobs for them. The country is the world’s biggest producer of cacao, most of which is consumed as chocolate in Europe and North America. But cocoa farmers in Africa are deeply affected by the fluctuating prices of cocoa. Overproduction this year caused prices to drop.

      Moreover, what Ivory Coast lacks, says Euronews’ Isabel Marques da Silva, is the processing industry.

      “A cooperative working in the fair trade business gets better prices for its cacao. But the added value is in the transformation process, which does not takes place in Ivory Coast. So in the end, the farmers get less than 10 percent of the price of a chocolate bar made and sold in Europe,” she says.

      There are exceptions like the Société Coopérative Equitable du Bandama, in the town of M’Brimbo, northeast of Abidjan. It brings together Ivory Coast’s first certified organic and fair trade cocoa producers.

      Thanks to this certification they have developed their own trade channels and are therefore spared the price fluctuations of the regular market. The next step would be to make the chocolate locally.

      “We’ll need funding, or at least someone to help train us locally so that we can make the chocolate here,” says SCEB president Jean Evariste Salo. “In Europe, people are tired of eating toxic food, they’re starting to ask for organic produce: organic is the future.”

      Boosting digital growth

      Entrepreneurship in Africa is booming as is the digital economy.

      Computer engineer Guiako Obin is the co-founder of Babylab, a Fab Lab where local children in the deprived neighbourhood of Abobo in Abidjan can come and learn about computers, upcycling and coding.

      “What we need is to lobby local authorities in order to copy what’s being done in other parts of Ivory Coast and Africa,” Guiako tells us.

      The development of digital opportunities was at the heart of the recent EU-Africa Business Forum in Abidjan.

      According to Stefano Manservisi, head of International Cooperation and Development at the EU, “(The priority is) interconnectivity, access to basic information, and access to services which are more transparent, more affordable, in terms also of the relationships between people and the administration, but also people and the market.”

      The forum took place ahead of the EU-African summit, where leaders agreed on four key priorities for the coming years including economic opportunities for youth, peace and security, mobility and migration, and cooperation on governance.

      –-> #vidéo on:

      https://www.euronews.com/2017/12/05/ivory-coast-the-migration-challenge

    • Migrants de retour en Côte d’Ivoire (1/6) : Ibrahim raconte l’enfer libyen

      Des migrants dans un centre de détention, en Libye, avant d’être rapatriés dans leur pays, le 2 décembre 2017

      RFI vous propose une série de reportages sur ces Ivoiriens qui ont tenté de migrer vers l’Europe en partant de la grande ville de l’ouest de la Côte d’Ivoire, Daloa. Si le phénomène a ralenti aujourd’hui, il y a encore deux ans, ce sont des centaines de jeunes hommes, de jeunes femmes et même d’enfants qui tentaient chaque mois de prendre la très dangereuse route de la Libye dans l’espoir d’embarquer sur un radeau en direction de l’Italie. Ibrahim Doumbia, 31 ans, est l’un d’entre eux. Pour lui, l’enfer a duré plus d’un an.
      Publicité

      Dans son petit atelier de couture en bord de route à Daloa, Ibrahim Doumbia raconte un rêve d’Europe qui a viré au cauchemar, dès le désert nigérien. « Tu sais, les gens parlent beaucoup de la mer, la mer. Mais là où les gens restent beaucoup, c’est dans le désert. Le désert, c’est un cimetière, confie-t-il. S’il y a un problème d’eau qui arrive à un moment, même à ton frère, le peu d’eau qu’il te reste, tu ne peux pas lui donner. Celui qui nous transporte, souvent, il veut même sortir avec une de nos sœurs, mais la fille ne peut pas refuser, parce que si elle refuse, nous restons tous bloqués dans le désert. »

      En Libye, l’enfer continue. A Bani Walid d’abord. La captivité, le travail forcé, les coups, le viol pour les femmes. Puis une évasion. Arrivé à Tripoli, il tente la traversée vers l’Italie avec des dizaines d’autres, sur deux radeaux de fortune. « Il y avait la tempête. Ce n’était pas facile. Il y avait trop de vagues. Et ils ont commencé à couler. Nous, on était obligés de nous éloigner un peu. Parce que, si d’autres essayaient de plonger dans la mer pour les remonter, nous tous risquions de couler. On les a regardés mourir. On ne pouvait pas. »

      Neuf mois dans un camp pour migrants assimilé à une « prison »

      Après cet échec : de nouveau la détention dans un camp pour migrants. « Moi, je suis resté dans cette prison pendant neuf mois. Chaque jour que Dieu fait, on voyait l’un de nos frères qui mourait. Souvent, vers trois heures du matin, ils venaient et frappaient tout le monde. Chacun essayait d’appeler ses parents, pour qu’ils essaient de tout faire pour les libérer de cette prison-là. »

      Rapatrié il y a deux ans, Ibrahim est un survivant. Hanté chaque nuit par les images de cette aventure dramatique, il s’estime chanceux de s’en être sorti. Aujourd’hui, il tente de dissuader les candidats au départ.

      http://www.rfi.fr/fr/afrique/20190313-migrants-retour-cote-ivoire-16-ibrahim-raconte-conditions-periple-libye

    • Migrants de retour en Côte d’Ivoire (2/6) : une réinsertion incertaine


      Des migrants ivoiriens venus de Libye, de retour au pays, le 20 novembre 2017

      RFI vous propose une série de reportages sur ces Ivoiriens qui ont tenté de migrer vers l’Europe en partant de la grande ville de l’ouest de la Côte d’Ivoire, Daloa. Chaque mois, des jeunes hommes, des jeunes femmes et même des enfants décident de prendre la très dangereuse route de la Libye dans l’espoir d’embarquer sur un radeau en direction de l’Europe. Des jeunes qui travaillent pour économiser un pécule pour partir, souvent avec l’aide de leur famille. Malheur à ceux qui doivent rentrer au pays où l’emploi stable se fait rare.
      Publicité

      Jean Martial vient d’obtenir un petit local ou il peut vendre ses fripes. A 35 ans, il a déjà tenté une fois de « partir à l’aventure », mais il s’est cassé les dents en Libye. Pour prendre la route, Jean Martial avait travaillé afin d’économiser 800 000 francs CFA, environ 1 200 euros. Et pour lui permettre de revenir, sa famille lui a envoyé de l’argent.

      Pour autant, cet échec n’a pas fait disparaître son envie d’Europe. « L’Europe, c’est le rêve de chaque personne ici. Si vous voyiez la misère et la souffrance que nous traversons. Aujourd’hui, si tu es en Europe, par la grâce de Dieu tu trouves un petit boulot, tu peux t’occuper de ta famille. Là-bas, au moins, le fonctionnaire est bien payé, le petit débrouillard est bien payé. »

      « Ce qui manque ici, ce sont les opportunités pour les jeunes »

      L’ONG italienne CeVi (Centro di volontariato internazionale) est arrivée en 2006 à Daloa, ville considérée il y a encore deux ou trois ans commela plaque tournante ivoirienne des départs vers l’Europe. CeVi fait notamment de la sensibilisation, auprès des populations et des autorités, et aide ceux qui sont revenus, les « retournés » à se réinsérer.

      « Ce qui manque ici, ce sont les opportunités pour les jeunes et surtout une perspective de stabilité. Parce que, quand on est commerçant, on ne sait jamais combien on va gagner dans le mois, si on va pouvoir envoyer les enfants à l’école, explique Laura Visentin de CeVi. Daloa, c’est vrai, est une grande ville. Mais au final, c’est comme si c’était un village, parce qu’il n’y a pas d’usine. Au-delà de la fonction publique, il n’y a pas d’entreprises. Et le problème c’est que, si un enfant demande un million pour partir, la famille cotise. Mais si un enfant demande un million pour commencer un petit business ici, la famille ne donne pas. »

      Ces dernières années, les stratégies des ONG, des autorités ou des grandes agences semblent porter leurs fruits. Les départs de Daloa ont manifestement baissé, mais le phénomène existe toujours.

      http://www.rfi.fr/fr/afrique/20190314-migrants-retour-cote-ivoire-26-reinsertion-avenir-cevi

    • Migrants de retour en Côte d’Ivoire (3/6) : le récit de Junior, 9 ans

      Migrants au large des côtes libyennes, le 19 juin 2017.

      RFI vous propose une série de reportages sur ces Ivoiriens qui ont tenté de migrer vers l’Europe en partant de la grande ville de l’Ouest de la Côte d’Ivoire, Daloa. Si le phénomène a un peu ralenti aujourd’hui, il y a encore deux ans, ce sont des centaines de personnes qui tentaient chaque mois de prendre la très dangereuse route de la Libye dans l’espoir d’embarquer sur un radeau en direction de l’Italie. Des hommes, des femmes, et même des enfants, souvent seuls. Junior avait neuf ans quand il a tenté de rejoindre l’Europe avec le rêve de devenir ingénieur.
      Publicité

      Junior a désormais onze ans et un regard d’acier. Dans son quartier, tout le monde le considère comme un petit génie de l’électronique. Quand il est parti, il n’avait que neuf ans. L’aventure a duré douze mois. Son âge ne lui a pas épargné la faim, la soif, les coups ou la captivité. Ni même d’assister à des meurtres pour rien ou presque. « Il y a le désert, pour le traverser aussi c’était dur. On peut venir là, prendre une lame, te tuer parce que tu as bu l’eau ou bien parce que tu as payé le pain et mangé. On peut arracher ton argent, prendre une lame, te tuer... »

      Un beau matin, Junior a volé l’argent que cachait son père et est parti sans le dire à personne. Direction l’Europe pour devenir ingénieur. « Si j’avais réussi, j’aurais pu aider ma famille, parce que j’ai des petits frères. Il y a beaucoup de mes amis qui sont partis, c’est pour ça que j’ai pris la route. Je peux partir, si je vois que ça ne va pas encore. Je peux retenter. Ou bien je prends une autre route, si je vois qu’il y a une autre route, je peux prendre ça. Ma famille n’a rien, je peux l’aider. »

      « Tu partais pour aller faire quoi là-bas, à ton âge ? »

      Vendeur de pneus rechapés, M. Amossa, le père de junior, a des yeux pleins d’admiration pour ce petit garçon qui lui a donné des mois d’angoisse. « Quand il est revenu, je lui ai demandé : "Tu partais pour aller faire quoi là-bas, à ton âge ?" Il m’a répondu qu’il partait pour développer sa connaissance. Comme lui-même, il aime faire les fabrications. S’il y a délestage, il y a des trucs qu’il fabrique, il donne à sa grand-mère et puis ça alimente la maison. Je ne sais pas comment il a fabriqué tout ça. Au début, c’est vrai, je lui ai dit de rester tranquille, de continuer son étude… S’il veut aller à l’aventure pour se chercher, ça viendra avec le temps. »

      http://www.rfi.fr/fr/afrique/20190315-migrants-retour-cote-ivoire-3-6-junior-9-ans-recit

    • Migrants de retour en Côte d’Ivoire (4/6) : la honte et la gêne après l’échec

      Migrants ivoiriens rapatriés de Libye à leur arrivée à l’aéroport d’Abidjan, lundi 20 novembre 2017.

      Toute la semaine, RFI vous propose une série de reportages sur ces Ivoiriens qui ont tenté de migrer vers l’Europe, en partant de Daloa. Cette ville, la troisième du pays, est la plus grande de l’ouest de la Côte d’Ivoire. Elle a longtemps été considérée comme un point de départ majeur des Ivoiriens vers l’Europe mais, pour beaucoup, le voyage s’est arrêté avant, souvent en Libye. Pour ces hommes et ces femmes, le retour à Daloa est alors synonyme de honte.
      Publicité

      Elle souhaite se faire appeler Mimi. Partie pour la Libye afin de gagner l’Europe, elle n’a jamais pu traverser la Méditerranée. Au bout de sept mois de calvaire, elle a été rapatriée à Abidjan par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

      « La manière dont tu rentres au pays, ce n’est pas celle que tu as décidée, ce n’est pas cette manière-là que tu as voulue. On est rentré avec désespoir. On s’est dit qu’on a vraiment perdu du temps, notre argent… On a perdu plein, plein de choses. On n’a vraiment pas le moral. Je me disais que je préférais encore la mort que de revenir comme ça », se confie-t-elle.

      La honte d’avoir menti à sa mère et d’avoir pris son argent. La honte de l’échec, aussi. Les premières semaines, Mimi se cache chez une de ses sœurs, à Abidjan. Puis elle fait un accident vasculaire cérébral (AVC). « Trop de pensées », dit-elle.

      Soignée, elle finira, plusieurs mois après, par retourner à Daloa garder la maison de sa mère qui, à son tour, est partie à Abidjan suivre des soins. A Daloa, le sentiment de honte est encore plus fort et elle ne quitte quasiment pas sa cour.

      « Comme je suis moi-même de Daloa, c’est mon voyage qui m’empêchait de venir m’installer ici à cause de la honte, de la gêne. Le fait de partir et de ne pas avoir réussi le voyage, les gens vont mal l’interpréter. Voilà pourquoi je suis dans mon coin. Je suis là, je ne fais rien pour le moment et tout cela me stresse encore plus. Je suis malade depuis mon retour. Je prends des médicaments pour éviter trop de stress et, par conséquent, je suis renfermée, trop renfermée. Avant, ce n’était pas ça ma vie », témoigne-t-elle.

      Malgré tout, Mimi a un projet, celui d’ouvrir une échoppe de jus de fruits sur la rue qui passe devant sa cour. Plus une thérapie qu’un business.

      http://www.rfi.fr/fr/afrique/20190316-cote-ivoire-migrants-retour-libye-daloa-mediterranee-oim-europe-echec-h

    • Migrants de retour en Côte d’Ivoire (5/6) : sensibilisation auprès des « mamans »

      Des migrants africains secourus au large de la Libye en août 2018.

      Toute la semaine RFI vous propose une série de reportages sur ces Ivoiriens qui ont tenté de migrer vers l’Europe en partant de Daloa. Cette ville, la troisième du pays, est la plus grande de l’ouest de la Côte d’Ivoire a longtemps été considérée comme un point de départ majeur des Ivoiriens vers l’Europe. Aujourd’hui, du constat de tous, le phénomène a fortement ralenti. La répression de quelques passeurs et la sensibilisation de masse sont passées par là. Sensibilisation mieux ciblée aussi, notamment envers les « mamans ».
      Publicité

      Dans cette cour du quartier Orly, de Daloa, comme chaque mercredi, une douzaine de mamans du quartier se retrouvent pour discuter, boire le thé et manger des bonbons. Parmi ces femmes, Awa Touré.

      « Il y a beaucoup de mamans dont les enfants sont partis. Toutes les mamans se décarcassent pour avoir l’argent pour donner aux enfants qui s’en vont. Mais, moi, mon enfant n’est pas parti. C’est mon seul garçon. Il est commerçant et vend des pneus. Je lui ai dit : « il ne faut pas partir ». Il est resté. Je veux qu’il reste à côté de moi et puis, je me débrouille. L’argent que je touche, je le lui donne. Je veux qu’il ait un magasin à lui », raconte-t-elle.

      La famille, et les mères en particulier, sont souvent pourvoyeuses de fonds pour les candidats au départ. Du coup, ces mamans sont, depuis quelque temps, la cible de la sensibilisation de la part d’ONG. Laura Visentin de l’organisation italienne CeVi, est présente à Daloa, depuis douze ans.

      « On faisait de la sensibilisation avec les jeunes parce que l’on pensait que c’était nos cibles dans la mesure où ce sont eux qui partent. Mais après, on a compris que souvent, ce sont les mamans elles-mêmes qui poussent les enfants à partir et là, nous avons commencé à faire de la sensibilisation avec elles, à montrer des documentaires sur le désert et sur la traversée de la mer. Il y a beaucoup de mamans qui ont commencé à pleurer. Elles ont dit : « Mais moi, j’ai envoyé mon enfant comme ça. Je ne savais pas que c’était comme ça. Personne ne nous a dit ». Et c’est à partir de là que la pression de la famille a diminué un peu et aujourd’hui, les mamans, au lieu d’encourager, elles découragent », explique Laura Visentin.

      Si ce facteur n’est pas le seul qui explique la baisse du nombre de départs de Daloa depuis deux ans, « c’en est un », estiment les acteurs sur le terrain.

      http://www.rfi.fr/fr/afrique/20190317-cote-ivoire-migrants-retour-daloa-ong-cevi-laura-visentin-sensibilisati

    • Migrants de retour en Côte d’Ivoire (6/6) : la lutte contre les passeurs

      Une centaine de migrants ivoiriens rapatriés de Libye, le 20 novembre 2017 (photo d’illustration).

      RFI vous propose une série de reportages sur ces Ivoiriens qui ont tenté de migrer vers l’Europe en partant de Daloa. Cette ville, la troisième du pays, est la plus grande de l’ouest de la Cote d’Ivoire a longtemps été considérée comme un point de départ majeur des Ivoiriens vers l’Europe. Aujourd’hui, du constat de tous, le phénomène a fortement ralenti. La sensibilisation est passée par là. Mais la répression aussi. Aujourd’hui selon le gouvernement, une cinquantaine de passeurs dans tout le pays ont été condamnés.
      Publicité

      Adama est un repenti. Arrivé d’Abidjan il y a environ cinq ans, il a été pendant deux ans et demi un passeur. Lui préfère le terme de « démarcheur », qui aidait les candidats au départ à atteindre l’Europe, en moyenne une quinzaine par mois.

      « A cette époque-là, j’étais à Daloa. Quand je prenais quelqu’un, bien avant qu’il décolle, je discutais avec la famille. Si on finissait par tomber d’accord, on donnait le chemin au niveau des différents correspondants qu’on avait dans les différentes villes. Quand il arrivait à Agadez, la famille payait le restant d’argent. A l’époque, de la Côte d’Ivoire à la Libye, on prenait 600 000 francs CFA. De la Côte d’Ivoire en Italie, on prenait 900-950 000. »

      Adama a passé un an en prison à cause de son activité. Aujourd’hui, il fait de la sensibilisation lorsqu’il n’est pas dans sa petite menuiserie ouverte aux quatre vents. Il y a quelques années encore, Daloa comptait une trentaine de passeurs, selon lui. La plupart se serait volatilisée.

      La migration ralentit. Conséquence de la politique des autorités, estime Yaya Sylla, premier adjoint au maire, à commencer par la lutte contre ces passeurs.

      « Dans un premier temps, il s’agit de récupérer celui qui le fait. C’est plus facile de le repérer s’il n’est pas de Daloa. Ensuite, nous jouons au niveau de la sensibilisation. Et en tant qu’autorité, nous faisons en sorte de pouvoir mettre la jeunesse au travail. Parce que tout part de là. Nous avons mis beaucoup de programmes en place pour l’emploi des jeunes. »

      Depuis des années, ce sont les ONG et les organisations de jeunesse qui sont en première ligne pour dissuader les candidats au départ de prendre la route, et leurs familles de les soutenir.

      http://www.rfi.fr/fr/afrique/20190318-cote-ivoire-serie-migrants-passeurs-daloa

    • Côte d’Ivoire : retour de Libye de migrants ivoiriens

      Migrants ivoiriens rapatriés de Libye à leur arrivée à l’aéroport d’Abidjan, lundi 20 novembre 2017.

      Quelque 155 migrants ivoiriens en Libye ont été rapatriés lundi soir à Abidjan. Ces candidats à l’émigration en Europe, dont le voyage s’est arrêté en Libye, ont été accueillis par la direction des Ivoiriens de l’étranger et l’Organisation internationale pour les Migrations.
      Publicité

      Dans la zone charter de l’aéroport d’Abidjan les enfants courent et s’amusent sur les tapis à bagages à l’arrêt. Les parents souvent épuisés par leur périple, parfois gênés de revenir sous les objectifs des appareils photos ou de caméras de télévision, aimeraient que les formalités d’enregistrement soient expédiées pour pouvoir aller se reposer.

      http://www.rfi.fr/fr/afrique/20171121-cote-ivoire-migrants-libye-retour-abidjan-reportage

  • 3 heures, Jalil est menotté : « On vient te chercher pour l’aéroport, prépare-toi »

    Comment vit-on en centre de rétention, où la France place les étrangers qu’elle veut expulser ? Mediapart entreprend une série exceptionnelle sur celui de #Marseille : conditions de vie, #violence, rôle des juges, des policiers ou des médecins… Dans ce premier article, Jalil, jeune Afghan, découvre soudain l’enfermement.


    https://www.mediapart.fr/journal/france/160220/3-heures-jalil-est-menotte-vient-te-chercher-pour-l-aeroport-prepare-toi?o
    #renvois #expulsions #France #témoignage #asile #migrations #réfugiés #déboutés #CRA #détention_administrative #rétention
    ping @karine4 @isskein

  • Migrants expulsés à #Melilia : « L’Espagne n’a pas commis de violation » (#CEDH)

    Selon la Cour européenne des droits de l’homme, l’Espagne n’a pas commis de violation en renvoyant au Maroc des migrants qui tentaient de franchir Melilia.

    La Cour européenne des droits de l’homme vient de rendre son verdict dans l’affaire de l’expulsion, en 2014, à Melilia, de deux migrants malien et ivoirien par les autorités espagnoles. Dans son arrêt, rendu ce jeudi 13 février, la juridiction a conclu que l’Espagne n’a commis aucune violation.

    L’affaire concerne le renvoi immédiat au Maroc de deux ressortissants malien et ivoirien qui ont tenté, le 13 août 2014, de pénétrer sur le territoire espagnol de manière irrégulière en escaladant les clôtures qui entourent Melilia, sur la côte nord-africaine.

    Dans son arrêt, la Cour a estimé « que les requérants se sont mis eux-mêmes dans une situation d’illégalité lorsqu’ils ont délibérément tenté, le 13 août 2014, d’entrer en Espagne en franchissant le dispositif de protection de la frontière de Melilia, à des endroits non autorisés et au sein d’un groupe nombreux, en profitant de l’effet de masse et en recourant à la force. Ils ont par conséquent décidé de ne pas utiliser les voies légales existantes permettant d’accéder de manière régulière au territoire espagnol. »

    Dans leur requête, les deux migrants avaient notamment affirmé qu’au moment de leur appréhension par la garde civile espagnole, ils n’ont pas « eu la possibilité de s’exprimer sur leur situation personnelle, ni d’être assistés par des avocats ou des interprètes », accusant sur cette base les autorités espagnoles de violations de la convention européenne des droits de l’homme.

    Rendu par la Grande chambre de la Cour européenne, l’arrêt de ce jeudi vient à rebours de celui prononcé en octobre 2017, et qui avait conclut à l’existence de plusieurs « violations » imputables aux autorités espagnoles.

    https://www.medias24.com/migrants-expulses-a-mellila-l-espagne-n-a-pas-commis-de-violation-cedh-761
    #CourEDH #push-back #refoulements #droits_fondamentaux #droits_humains #Espagne #devoluciones_en_caliente #justice (euh...) #migrations #asile #réfugiés #frontières

    ping @isskein @karine4

    • El Tribunal de Estrasburgo cambia de criterio y avala las devoluciones en caliente

      La Gran Sala del Tribunal Europeo de Derechos Humanos (TEDH) ha avalado las devoluciones en caliente en la frontera española y con ello anula su condena a España de 2017 por estas prácticas. El Tribunal considera que los migrantes denunciantes «se pusieron ellos mismos en una situación de ilegalidad al intentar entrar deliberadamente en España por la valla de Melilla».

      Estrasburgo ha concluido que «la falta de un estudio individualizado» de cada caso, como obliga el Convenio Europeo de Derechos Humanos, «podía atribuirse al hecho de que los solicitantes no habían utilizado los procedimientos oficiales de entrada existentes para ese fin, y que, por lo tanto, [la devolución] había sido una consecuencia de su propia conducta».

      Según el fallo, en la legislación española existen «varios medios posibles» de entrada al país por la vía regular, por lo que las personas devueltas «podrían haber solicitado un visado o protección internacional, en particular en el puesto fronterizo, pero también en las representaciones diplomáticas y consulares de España en sus respectivos países de origen o tránsito o bien en Marruecos». La Corte destaca entre las vías de acceso legal a España las oficinas de asilo creadas en el paso fronterizo de Melilla.

      Las ONG denuncian los obstáculos a los que se enfrentan las personas subsaharianas para acceder a estas salas y la dificultad para llegar a España a través de vías legales y seguras. No obstante, el Tribunal responde que «el mero hecho -no discutido por el Gobierno - de que se presentasen en Beni Enzar muy pocas solicitudes de asilo antes del 1 de septiembre de 2014 no permiten la conclusión de que el Estado demandado no había proporcionado un acceso efectivo a ese cruce fronterizo».

      Según expone la sentencia, a lo largo del procedimiento ante la Gran Cámara «los demandantes no alegaron que tratasen de entrar en territorio español alguna vez por medios legales. Sólo en la audiencia de la Gran Cámara declararon que habían intentado acercarse a Beni Enzar [puesto fronterizo] pero habían sido ’perseguidos por oficiales marroquíes». El argumento de la dificultad de acceso a las salas de asilo de la frontera no ha convencido a la Gran Sala. «En ningún momento los demandantes habían alegado que la obstáculos encontrados fueron responsabilidad de las autoridades españolas. Por lo tanto, la Corte no estaba convencida de que, en el momento de los hechos, los demandantes hubieran tenido razones convincentes para no utilizar el puesto fronterizo».

      De esta manera, la Corte rompe con el criterio de los magistrados que estudiaron el caso en primera instancia, que concluyeron en 2017 que la expulsión inmediata de N.D y N.T el 13 de agosto de 2014 violó el Convenio Europeo de los Derechos Humanos, en relación a la prohibición de los retornos colectivos y la obligación de garantizar el derecho de recurso efectivo de las personas devueltas.

      Los denunciantes, de origen maliense y marfileño, se encontraban entre los centenares de personas que intentaron saltar la valla de Melilla el 13 de agosto de 2014. Alrededor de 70 migrantes permanecieron durante horas sentadas en lo alto de la alambrada más próxima a España. Finalmente, todos ellos descendieron por una escalera colocada por la Guardia Civil y, tras pisar suelo español, todos fueron esposados y entregados de forma inmediata a las fuerzas marroquíes.
      El giro de Estrasburgo

      En su sentencia de 2017, el Tribunal de Estrasburgo dio la razón por unanimidad a N.D. y N.T, de Mali y Costa de Marfil, respectivamente. Cuando ambos ciudadanos fueron esposados por los agentes españoles para ser devueltos a Marruecos, nadie les preguntó su nombre. No los identificaron ni les ofrecieron el acceso a un abogado ni a un intérprete, como establecen diferentes acuerdos internacionales de los que España forma parte, como la Convención de Ginebra, y como marcaba la Ley de Extranjería vigente en ese momento, meses después reformada a través de la Ley de Seguridad Ciudadana en un intento de regular estas prácticas.

      La Corte concluyó entonces que la expulsión inmediata de dos ciudadanos de origen subsahariano a Marruecos violó el Convenio Europeo de los Derechos Humanos que prohíbe los retornos colectivos y obliga a garantizar el derecho de recurso efectivo de las personas devueltas. El TEDH sostenía que los denunciantes «no tuvieron la oportunidad de explicar sus circunstancias para recibir asistencia de abogados, intérpretes o personal médico», lo que impedía de facto la posibilidad de solicitar asilo.

      «El Tribunal ha observado que los denunciantes habían sido expulsados y enviados a Marruecos en contra de sus deseos y que las medidas se adoptaron en ausencia de toda intervención administrativa o judicial previa», sentenció Estrasburgo en 2017. En este sentido, el Tribunal alegó que «existe un vínculo claro entre la expulsión colectiva y el hecho de que se les impedía acceder a un recurso que les hubiera permitido presentar su queja a una autoridad competente y obtener una minuciosa revisión de sus solicitudes antes de su devolución». No había duda, concluían, de que los hechos ocurrieron bajo jurisdicción española.

      Tras ser entregados a las autoridades marroquíes por los guardias civiles, N.D. y N.T fueron trasladados a la comisaría de la policía de Nador, y luego a Fez, a más de 300 kilómetros de Melilla, en compañía de los 75 a 80 inmigrantes que habían intentado entrar en Melilla en la misma fecha. El Tribunal Europeo ordenó entonces a España indemnizar a cada uno de ellos con 5.000 euros.

      Tirando de los mismos argumentos que el Partido Popular, el Gobierno español defendió estas expulsiones ante Estrasburgo y anunció que no abordaría ninguna reforma al respecto hasta conocer la decisión definitiva del Tribunal Europeo de Derechos Humanos. «No hay una expulsión sino una prevención de entrada», alegó la Abogacía del Estado en el documento enviado a Estrasburgo. Los migrantes, añadió, «no lograron superar la línea policial» por lo que no entraron «en la jurisdicción española».

      La hipótesis del Ejecutivo, conocida como la «frontera flexible», fue la base levantada por el exministro del PP Jorge Fernández Díaz para justificar las expulsiones inmediatas en Ceuta y Melilla. Según su argumentario, el suelo español no empezaba a los pies de la valla hispano-marroquí, sino que su inicio estaría ligado a la línea imaginaria formada por los agentes de la Guardia Civil. No habría, insisten, una ’devolución en caliente’ sino un ’rechazo en frontera’. A su juicio, los migrantes no habrían entrado a España a pesar de sortear la alambrada fronteriza.

      En 2018, el Gobierno devolvió en caliente a 658 personas en las fronteras de Ceuta y Melilla, 51 más que el año anterior, según las cifras del Ministerio del Interior aportadas en una respuesta remitida a la exsenadora de Unidas Podemos Maribel Mora.

      Las devoluciones en caliente fueron regularizadas en la legislación española en 2015 por el Gobierno de Mariano Rajoy a través de la figura del «rechazo frontera», incluida en una disposición de la Ley de Seguridad Ciudadana. Esta semana, el Constitucional ha empezado a analizar los artículos de la llamada ’Ley Mordaza’ cuestionados en el recurso, incluida la disposición adicional primera que regula las devoluciones en caliente.

      https://www.eldiario.es/desalambre/Estrasburgo-devoluciones_en_caliente-derechos_humanos_0_994951426.html

    • Feu vert européen aux #expulsions_express de migrants

      L’Espagne n’a pas bafoué les droits humains en expulsant « à chaud », sans décision administrative ou judiciaire, deux migrants africains de son enclave de Melilla, dans le nord du Maroc, a statué la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) dans un arrêt rendu jeudi à Strasbourg. La décision, définitive, est une surprise puisqu’elle inverse un arrêt rendu en 2017, qui donnait raison aux deux requérants et condamnait Madrid.

      Au-delà du cas de ces deux ressortissants, malien et ivoirien, l’Espagne a expulsé de façon expéditive, depuis une quinzaine d’années, des centaines de « sauteurs », ces migrants d’Afrique subsaharienne qui franchissent à mains nues les grilles, hautes de plus de 6 mètres et hérissées de lames tranchantes, qui séparent du Maroc les villes de Ceuta et Melilla, seules frontières terrestres entre l’Afrique et l’Europe. Parvenus en territoire espagnol, les migrants étaient reconduits au Maroc sans avoir pu faire valoir leur droit à une assistance juridique ou médicale ni déposer une demande d’asile. Au mépris du droit européen, opposé aux expulsions collectives, et de la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés.

      Pour Claire Rodier, du Groupe d’information et de soutien des immigré.e.s (Gisti), cofondatrice du réseau Migreurop, une telle décision est « catastrophique » en ce qu’elle « valide des pratiques contraires au droit international », et « s’inscrit dans un climat politique qui justifie le recours à l’illégalité des Etats ». Quelques exemples : « Les interdictions de débarquement des bateaux humanitaires en Méditerranée, de porter secours à leurs passagers, l’accord Turquie-UE de 2016… »

      Pour la responsable d’ONG, l’arrêt de Strasbourg est un nouveau cas où « les juges suivent les politiques ». La Hongrie, souligne-t-elle, procède à des expulsions illégales. La France aussi, à la frontière italienne, même si elle s’en défend.

      L’argument de la CEDH, qui reproche aux migrants de « choisir » la violence au lieu de se présenter aux postes frontières en faisant la queue avec les touristes, scandalise Claire Rodier car il « ignore une situation pourtant connue de tous et dénoncée depuis des années : les migrants noirs ne peuvent approcher des guichets frontaliers, tant du côté espagnol que marocain, tout est fait pour les empêcher d’y accéder. » Dès lors, ils n’ont pas le « choix », la voie illégale est la seule possible.

      https://www.liberation.fr/planete/2020/02/13/feu-vert-europeen-aux-expulsions-express-de-migrants_1778340
      #migrations #réfugiés #asile #machine_à_expulser

    • "El fallo de Estrasburgo significa que si entras de manera irregular no te amparan los derechos"

      Los impulsores del caso que ha llevado las devoluciones en caliente al Tribunal de Estrasburgo consideran que la decisión de la corte es «peligrosa» porque responsabiliza a los migrantes de poner en una situación de ilegalidad y les niega el amparo de los convenios europeos por infringir una norma

      Peligrosa, decepcionante, sin memoria histórica y sin empatía. Así han calificado este jueves los impulsores de la causa la decisión de la Gran Sala del Tribunal Europeo de derechos de Humanos (TEDH) que avala las devoluciones en caliente de migrantes en las vallas de Ceuta y Melilla y, por extensión, a todas las fronteras de la Unión Europea.

      «Es difícil encontrar palabras ante un texto jurídico redactado sin conciencia, sin memoria histórica, sin imaginación y sin empatía», ha afirmado en rueda de prensa Wolfgang Kaleck, fundador del Centro Europeo de Derechos Constitucionales y Humanos (ECCHR), la organización alemana que llevó al tribunal de Estrasburgo el caso de los dos jóvenes subsaharianos expulsados automáticamente tras saltar la valla de Melilla en 2014. Ganaron en primera instancia, por unanimidad de todos los jueces, pero menos de tres años después, también por unanimidad, el mismo tribunal con diferentes magistrados ha anulado la condena a España y ha cambiado de opinión.

      «Estamos sorprendidos. Afirmar que los demandantes tenían otra posibilidad legal [de entrar en España] es ir contra la realidad», ha criticado Kaleck. «No hay maneras legales para encontrar refugio en Europa. Por eso violan alguna regla», ha especificado, en referencia al fallo de la corte, que responsabiliza a los dos demandantes de ponerse ellos mismos «en una situación de ilegalidad al intentar entrar deliberadamente por la valla de Melilla». Para Kaleck, asumir esto significa «negar el Convenio de Derechos Humanos de la Unión Europea y la Convención de Ginebra sobre los refugiados».

      https://twitter.com/centre_IRIDIA/status/1227983447404285953?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E12

      El problema fundamental, según ha destacado Hanna Hakiki, abogada de la asociación alemana, es que la sentencia considera probado que había jurisdicción europea dentro de la valla y que se produjo una expulsión sin garantías, pero que al mismo tiempo existían vías legales para acceder que no los demandantes no utilizaron. Por eso la corte no encuentra una violación del Convenio Europeo de Derechos Humanos, en concreto, al recurso efectivo de su expulsión. «Es una interpretación punitiva de la protección, significa que si entras de manera irregular no te amparan los derechos del Convenio Europeo de Derechos Humanos», ha lamentado. «Creo que esta es una perspectiva peligrosa que va contra el Derecho Internacional», ha advertido la abogada.

      Hakiki ha recordado que el el TEDH ha asumido la postura del representante de España durante la vista del recurso que el Gobierno interpuso ante la condena de 2017. Según afirmó este representante, se puede pedir asilo en los puestos fronterizos y en las embajadas y consulados españoles en otros países. «Esto es falso y todos lo saben, desde el Defensor del Pueblo Español hasta el Alto Comisionado de las Naciones Unidas para los Refugiados (ACNUR)», ha esgrimido la letrada.

      En la misma línea se ha pronunciado Gonzalo Boye, abogado defensor de los migrantes de la causa, que ha destacado «contradicciones» en la sentencia y ha pedido paciencia para analizarla en profundidad. «Confío en que este fallo no cree doctrina. Que no haga historia», ha deseado el letrado, que también defiende al expresidente de la Generatitat de Catalunya Cales Puigdemont. Según Boye, «es muy preocupante que cualquier personas que infrinja una norma —en este caso, una administrativa— pierda los derechos que le amparan. Esta decisión, en un caso penal, puede ser muy peligrosa», ha sentenciado el abogado.

      «Ya no hay tribunal de derechos humanos»

      «Creo sinceramente que el Tribunal Europeo de Derechos Humanos ha dejado de ser una referencia en Derechos Humanos», ha lamentado José Palazón, activista y presidente de la fundación Pro Derechos de la Infancia (Prodein) de Melilla, que lleva años denunciando públicamente las vulneraciones de derechos y la violencia empleada contra los migrantes por parte de las fuerzas de seguridad españolas y marroquíes. «Enfadado y sorprendido con esas 17 personas que llaman jueces», ha afirmado estar Palazón, el más contundente en la crítica.

      «Ya no hay tribunal de derechos humanos, hay un tribunal del derecho de los Gobiernos y corporaciones fascistas que crecen en toda Europa, que se deja influenciar y tiene miedo de defender los derechos humanos», ha proseguido el activista. «¿Será que a los negros les gusta saltar la valla?», se ha preguntado irónicamente para recordar que para los subsaharianos es imposible acercarse a la frontera entre Marruecos y España de otra forma. «Nos han robado una institución. Han ganado esta partida, pero la lucha sigue», ha afirmado.

      Por su parte, Kaleck ha recordado que su organización tiene pendientes otros procesos similares a este por devoluciones en otras fronteras de la Unión Europea y que esta decisión «no es una solución», por eso ha hecho un llamamiento al Gobierno español para que legisle "de acuerdo a la Constitución a la Convención de Derechos Humanos de la UE. «En 20 años, este tribunal se avergonzará de esta decisión».

      https://www.publico.es/sociedad/devoluciones-caliente-fallo-estrasburgo-significa-entras-manera-irregular-no

    • L’Espagne et l’Union européenne pourront faire prévaloir la protection des frontières européennes sur le #droit_d’asile

      La Cour européenne des droits de l’Homme (Cour-EDH) vient de rendre une décision favorable aux autorités espagnoles, en entérinant la pratique dite des « refoulements à chaud » des personnes tentant de rejoindre les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Alors même qu’une autre formation de la Cour avait condamné l’Espagne en 2017 pour cette pratique illégale[1], sa Grande Chambre a décidé cette fois que ce pays n’avait pas violé les droits des exilé·e·s qui avaient déjà franchi sa frontière en les renvoyant de façon expéditive et violente vers le Maroc. Par cette décision extrêmement grave, la Cour-EDH légitime le principe du refoulement généralisé. Par ailleurs, elle entérine l’impossibilité de déposer une demande d’asile en cas de franchissement illégal d’une frontière, et salue la bonne collaboration avec le Maroc dans la répression des exilé·e·s.

      Les personnes migrantes se heurtent aux pratiques de refoulement tout au long de leurs parcours aux frontières extérieures de l’UE, qui s’étendent toujours plus aux Sud et à l’Est. Elles y sont confrontées lorsqu’elles tentent de traverser le Sahara[2] ou les Balkans[3], ou tentent de fuir l’enfer libyen[4]. Cette réalité – qui, pour les cas les plus dramatiques mène à la mort – concerne aussi l’intérieur du territoire européen, comme l’illustrent les renvois récurrents de personnes migrantes aux frontières françaises avec l’Italie et l’Espagne[5]. Les pratiques de refoulement se multiplient et sont devenues une forme de gestion de plus en plus normalisée des mobilités illégalisées, qu’il faudrait entraver à tout prix.

      Depuis au moins deux décennies, les personnes migrantes subissent les violences des garde-frontières espagnols lors de leurs tentatives d’entrée dans les enclaves de Ceuta et Melilla. Les militaires marocains ne sont pas en reste : de multiples rapports d’ONG démontrent que le Maroc procède régulièrement à de violentes répressions et rafles pour éloigner les exilé·e·s de la frontière[6].

      Malgré cette réalité ancienne et documentée, la Cour-EDH conclut dans son arrêt du 13 février que l’Espagne n’a commis aucune violation, estimant « que les requérants [s’étaient] mis eux-mêmes dans une situation d’illégalité » en tentant de franchir la frontière de Melilla hors d’un poste-frontière habilité. Elle ajoute qu’« ils ont par conséquent décidé de ne pas utiliser les voies légales existantes permettant d’accéder de manière régulière au territoire espagnol ». Argument fallacieux s’il en est de considérer que seul·e·s pourraient être protégé·e·s du refoulement les exilé·e·s entré·e·s par un poste frontière habilité ou qu’ils/elles pourraient déposer sans entrave une demande d’asile au consulat. Pourtant, de nombreuses organisations de défense des droits – dont les rapports ont été sciemment ignorés par la Cour – ont pu documenter que les personnes noires sont particulièrement traquées par les forces sécuritaires marocaines, empêchées d’atteindre les postes frontières des enclaves. L’accès aux bureaux d’asile de Ceuta et Melilla (mis en place en 2015) leur est donc impossible, ne leur laissant d’autres choix que de tenter d’escalader les clôtures et leurs lames tranchantes, ou de prendre la mer, au péril de leur vie[7].

      La Cour européenne des droits de l’Homme, en revenant sur la condamnation de l’Espagne, donne un signal fort aux États européens pour la généralisation de ces pratiques violentes de refoulement et la légitimation de l’externalisation de l’asile. En effet, en estimant qu’un État membre peut limiter le droit de demander protection sur son territoire à certains lieux ou à certaines circonstances, la Cour cautionne des pratiques contraires au droit international, que l’UE essaye de longue date de promouvoir : empêcher l’arrivée de celles et ceux qui cherchent protection, soit en érigeant des barrières physiques ou juridiques, soit en sous-traitant ses obligations à des pays notoirement hostiles aux personnes migrantes.

      Les associations signataires condamnent fermement la décision de la Cour-EDH. Nous refusons que le principe de non-refoulement, pierre angulaire du droit d’asile, soit remis en cause au nom de la politique d’externalisation et de protection des frontières de l’UE et ses États membres. Nous soutenons les personnes migrantes dans l’exercice de leur liberté de circulation, et combattons les violences et le racisme qu’elles subissent tout au long de leurs trajectoires illégalisées.

      https://www.lacimade.org/presse/lespagne-et-lunion-europeenne-pourront-faire-prevaloir-la-protection-des-f

      –-> Communiqué inter-associatif signé par le réseau Migreurop, dont La Cimade est membre, publié à la suite d’une décision rendue par la Cour européenne des droits de l’Homme sur les « refoulements à chaud » en Espagne.

  • Emprisonnés, torturés : le sort d’exilés soudanais rejetés par l’Europe

    Au terme d’une enquête entre l’Europe et le Soudan, Mediapart et ses partenaires du collectif The Migration Newsroom ont retrouvé la trace d’exilés soudanais expulsés de France, des #Pays-Bas ou d’#Italie. Tous racontent les menaces subies à leur retour, voire les tortures. De quoi interroger les relations privilégiées entretenues par plusieurs États de l’UE avec la #dictature.

    Jalal a disparu. Plus personne n’a de nouvelles du jeune Soudanais depuis quelques semaines. Expulsé de #France le 28 novembre, l’homme originaire du Darfour nourrissait des regrets. « Devant l’Ofpra [l’office chargé d’attribuer le statut de réfugié – ndlr], il n’a pas raconté son histoire », se lamente un membre d’une association de soutien aux exilés. Résultat, l’office a rejeté logiquement sa demande. Et Jalal a quitté la France sans avoir pu être entendu, malgré une demande de réexamen déposée lors de son passage en centre de rétention. « Je ne veux pas rentrer, je risque de mourir là-bas », expliquait-il dans une interview, quelques semaines avant son départ.

    Dès son arrivée à l’aéroport de Khartoum, en novembre dernier, Jalal est interrogé par des policiers soudanais, selon plusieurs de ses proches que nous avons pu joindre. Ces agents lui posent les mêmes questions qu’à d’autres de ses concitoyens contactés au cours de cette enquête : par où est-il passé lors de son voyage ? Qui a-t-il rencontré ? Qu’a-t-il dit aux autorités françaises dans le cadre de sa demande d’asile ? L’État soudanais se montre très friand de ces informations : on avait d’ailleurs interrogé Jalal sur des éléments similaires lors d’un rendez-vous au consulat en France.

    À Khartoum, ce « débrief » des exilés de retour au pays est l’apanage du Service des renseignements généraux, le nouveau nom du NISS, le puissant service de renseignement soudanais, rebaptisé au printemps dernier après la destitution d’Omar el-Béchir, dictateur pendant trois décennies visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour « génocide » au Darfour et « crimes contre l’humanité ».

    À l’aéroport, l’entretien avec les policiers ne dure pas. Jalal sort au bout d’une quarantaine de minutes et se rend chez des amis. Dans la foulée, il passe un coup de fil à Stéphanie, jeune Française avec laquelle il est en contact. Jalal lui annonce son projet de rallier Sennar, une ville à 300 kilomètres au sud de la capitale. Avant cela, il doit juste passer dire bonjour à un proche à Omdurman, une ville qui fait face à Khartoum de l’autre côté du Nil.

    C’est alors qu’il est arrêté par les policiers et emmené en prison – c’est un ami qui rapporte la nouvelle, le jour même, à Stéphanie en France. Jalal est enfermé dans une cellule, seul. Interrogé pendant quatre jours, matin et soir.

    Il n’a pas subi de violences physiques, a-t-il confié à l’un de ses proches, Hamad, que nous avons pu joindre. Mais derrière les barreaux, les policiers l’ont interrogé sur son voyage en France ainsi que sur les relations entretenues en exil. « Ils voulaient savoir qui étaient les Soudanais qu’il a vus en France », relate Hamad. Les officiers semblaient savoir tout de son retour au pays : chez qui il a séjourné, les gens croisés au cours de sa seule journée de liberté… « Il n’a pas été arrêté par hasard. À Khartoum, il y a 4 ou 5 millions de personnes, il était probablement surveillé. »

    Alors que le Soudan est l’une des destinations les plus risquées vers lesquelles la France expulse, trente ressortissants de ce pays ont été renvoyés à Khartoum, entre 2014 et 2018, depuis les centres de rétention de l’Hexagone. Si l’on ajoute ceux que la France a renvoyés vers un autre pays de l’Union européenne (susceptible de les expulser à leur tour), le nombre grimpe à plus de 285, d’après Eurostat. En parallèle, « il y a eu 73 retours volontaires en 2017, et 43 en 2018 », avance le ministère de l’intérieur.

    Pendant que plusieurs associations se battent pour faire cesser ces renvois, à commencer par la Cimade et Amnesty International, ce sont plus de 700 Soudanais qui ont été placés en rétention l’an dernier, avec ou sans expulsion à la clef, une partie d’entre eux étant libérés après un recours (ou autre raison).

    Ce qu’il advient de ceux qui atterrissent à Khartoum ? Personne ne le sait. « Et on n’a pas les moyens de vérifier », confiait un diplomate interrogé en février 2019. Cette question fait l’objet d’une véritable cécité de la part des gouvernements européens, dont certains entretiennent une relation privilégiée avec le Soudan, pays clé de la Corne de l’Afrique aux frontières sud de l’Égypte et de la Libye.

    C’est pourquoi Mediapart, en collaboration avec le collectif The Migration Newsroom, a enquêté pendant plusieurs mois entre la France, le Soudan, les Pays-Bas et l’Italie pour retrouver la trace de quinze expulsés d’Europe (interviewés pour certains à Khartoum même). Et les brimades qu’ils racontent tous, les menaces, voire les tortures subies à leur renvoi au pays, obligent à questionner les relations privilégiées entretenues par plusieurs pays de l’UE avec le Soudan.

    Depuis la France, en particulier, Jalal n’est pas le seul à avoir été expulsé et emprisonné, si l’on en croit les témoignages de deux anciens hommes incarcérés à la prison de Bahri, Mohammed S., célèbre dissident, et Khaled (dont nous préférons taire le vrai prénom). Emprisonnés entre mars et novembre 2017, ils répercutent les confidences de deux de leurs compatriotes, codétenus, renvoyés de France après le rejet de leur demande d’asile. Le premier est originaire de la partie orientale du pays, a grandi à deux pas de la frontière avec l’Érythrée ; le second, venu du Darfour, est zaghawa, une ethnie dont les foyers de population sont à cheval entre le Soudan et le Tchad.

    À leur atterrissage à Khartoum, les policiers s’attardent sur leurs profils : ils veulent tout savoir de la demande d’asile du premier, qui avoue s’être fait passer pour érythréen en France afin d’obtenir plus facilement des papiers. Ils soupçonnent le second d’être un espion pour un groupe armé qui se bat pour la libération du Darfour. Tous deux affirment avoir été torturés à de multiples reprises, avant d’être libérés.

    Leur description correspond à celle de deux exilés que la France a renvoyés à la même époque : Mohammed H. et Omar H. En centre de rétention, à Oissel (Seine-Maririme), tous deux avaient reçu la visite d’officiels soudanais, parmi lesquels des militaires, présents en France pour faciliter l’identification et l’éloignement forcé de déboutés de l’asile. L’expulsion survient quelques semaines seulement après cette visite. En permettant celle-ci, la France les a-t-elle mis en danger ? Pas impossible.

    Paris vient d’accorder sa protection, en décembre, à un Soudanais « identifié » en Belgique par une mission similaire. Dans cette décision favorable que Mediapart a pu consulter, la Cour nationale du droit d’asile, basée à Montreuil, écrit sans détour : « Le fait que les autorités soudanaises l’ont interrogé [en Belgique – ndlr] le 21 septembre 2017 sur sa famille et ses activités donne des raisons sérieuses de penser que les craintes de M. d’être placé en détention à son arrivée à Khartoum et maltraité par des membres des forces de sécurité soudanaises sont fondées. »

    Il faut aussi raconter l’histoire de Rami, originaire du Darfour, qui s’était trouvé une famille d’adoption à Nantes, sous l’aile de Françoise, retraitée investie dans le milieu associatif local. « Je l’appelle Raminou, vous pouvez lui demander », rigolait-elle au téléphone. Puis le 3 août dernier, Rami, marqué par son passage en Libye, est renvoyé à Khartoum après un long séjour au centre de rétention de Rennes et le rejet de sa demande d’asile. À l’aéroport Charles-de-Gaulle, les policiers français lui lient les mains et les pieds, le portent jusqu’à l’appareil à bras-le-corps. « Ils m’ont emmené dans l’avion comme un mouton, c’était très humiliant », raconte l’homme que nous avons pu joindre au Soudan, installé depuis dans l’est du pays.

    Les policiers français livrent ensuite Rami aux autorités locales. « L’échange » intervient dans le même bureau par lequel Jalal a transité, contrairement à ce qu’indiquent les autorités françaises selon lesquelles « la remise [des expulsés] se fait au pied de l’avion ». Sur la porte d’entrée, il est écrit « Enquêtes » en arabe. Rami comprend rapidement qu’il s’agit du bureau des services de sécurité soudanais. Pendant quarante-cinq minutes, il a le droit à un débrief en règle. Les fonctionnaires veulent tout savoir de son voyage : « Pourquoi est-il parti en Europe ? Qui a-t-il rencontré sur son chemin ? Comment a-t-il financé le voyage ? Qu’a-t-il dit aux autorités européennes dans le cadre de sa demande d’asile ? »

    Le récit d’Ibrahim, renvoyé le 3 décembre dernier après trois années en France, est en tout point comparable. La même escorte. Les mêmes liens qui lui scient les pieds et les bras dans l’avion (« La police m’avait dit que si je refusais de monter, j’allais un an en prison »). La même arrivée à Khartoum. Le même bureau, où lui sont posées les mêmes questions. Il se trouve que le jeune homme, en 2016, avait été arrêté à Karthoum dans le cadre de manifestations, et qu’il avait été emprisonné pendant treize jours. Alors Ibrahim n’a pas envie que l’on fouille son passé : « Je leur ai dit tout ce qu’il voulait savoir. » Nom, numéro de téléphone, ville d’origine.

    Quand on l’interroge aujourd’hui sur le changement de gouvernement à Khartoum et la fin du règne d’Omar el-Béchir (à l’issue d’un mouvement de contestation populaire, en avril dernier), Ibrahim laisse parler son amertume : « Le NISS n’a pas changé, tout comme la police. La seule chose qui a changé, c’est le président. »

    Ces persécutions à l’encontre des « retournés », de fait, ne datent pas d’hier. Mediapart et The Migration Newsroom ont pu reconstituer, aussi, le parcours de huit autres ressortissants soudanais appréhendés entre 2015 et 2017, menacés et violentés. Six ont notamment été renvoyés de Jordanie, en décembre 2015, dont quatre se sont retrouvés sous écrou à leur arrivée, entre quatre et vingt-deux jours. Tous font état de nombreuses violences et de mauvais traitements.

    Un autre a été expulsé des Pays-Bas le 8 décembre 2017. Son récit ? En tout point semblable à celui des expulsés de France. Lui aussi a été livré directement par la police néerlandaise au service de renseignement soudanais. Lui aussi a été débriefé de longues minutes sur le contenu de sa demande d’asile ou le déroulement de son parcours migratoire. Mais à l’issue de l’entretien, le jeune homme a été emmené, pieds et poings liés, dans le quartier d’Al-Sahafa à Khartoum, dans un bâtiment des Services de renseignement.

    Il y a été enfermé pendant treize jours, torturé et frappé à de multiples reprises à coups de tuyaux en fer.

    À sa sortie, les fonctionnaires soudanais l’ont assigné à résidence, avec l’obligation de venir signer chaque jour une feuille de « présence ». Il a refusé et il est entré en clandestinité.

    Au « frigo »

    Expulsé d’Italie en septembre 2017, Ahmed* a passé, lui, trois mois en prison. Sa santé en pâtit encore aujourd’hui. « Douleurs dans la poitrine, problème d’estomac, maux de têtes », égrène le jeune homme quand nous le rencontrons dans la capitale soudanaise, fin décembre 2019. Voilà deux ans qu’il se cache bien loin de la ville et de la surveillance policière qui s’y déploie. Il travaille dans la construction, confie-t-il, pour nourrir sa famille. Il vit au sud du Darfour, près de la frontière centrafricaine.

    Le récit qu’il fait de son passage en prison est glaçant. Ahmed y séjourne dès sa sortie de l’aéroport. Ce jour-là, il n’est pas le seul à être renvoyé : une dizaine de ressortissants soudanais sont expulsés avec lui. Comme pour Jalal, Rami ou Ibrahim, le jeune homme, trente ans, est livré, dès sa descente d’avion, par son escorte italienne aux policiers du NISS. Arrivé dans les bureaux du service de sécurité soudanais, les fonctionnaires le questionnent. Ahmed est membre d’une ethnie darfouri non arabe, les Dadjo, particulièrement ciblée pendant le génocide au milieu des années 2000. Une grande partie a passé la frontière pour se réfugier au Tchad. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’Ahmed a décidé de quitter le pays. « Quand j’étais à l’université, j’étais assez actif politiquement, confie-t-il. À mon retour, le NISS pensait que j’avais donné des informations à des agences “étrangères” sur ce qui se passait au Darfour. »

    Au terme de son interrogatoire, d’une petite quarantaine de minutes, les policiers lui attachent les mains et recouvrent son visage d’un sac. Il est emmené en voiture à la prison de Shendi, l’un des complexes du NISS. Ahmed est installé dans une petite cellule, seul, dans le noir. C’est là qu’il est enfermé pendant trois mois, d’après le récit qu’il en fait. Les policiers l’interrogent à cinq reprises, avec des questions portant sur son séjour en Europe, les informations qu’il aurait pu livrer sur le Soudan : « Si je ne répondais pas aux questions, les officiers étaient de plus en plus nombreux dans la pièce. Au maximum, ils étaient sept autour de moi. Une fois, ils ont menacé de me tuer. »

    En prison, Ahmed est témoin de nombreux actes de torture, notamment un jeune homme électrocuté par les militaires. L’un des traitements les plus cruels auxquels il est soumis ? D’incessantes variations de température dans sa cellule. Soit les policiers arrêtent la climatisation – et c’est la fournaise. Soit, ils la poussent au maximum, le froid est alors glacial. De nombreux militants, interrogés dans une enquête de la BBC, ont décrit des pratiques similaires lors de la révolution soudanaise. Ce type de cellule, surnommée le « frigo », aurait été utilisé depuis 2009 par la police soudanaise pour faire craquer les détenus.

    Au bout de trois mois, Ali est relâché. Non sans quelques précautions de la part de ses anciens geôliers : « Ils ont pris son numéro de téléphone. Après ma sortie, ils m’appelaient tous les jours. Il me disait : “Si tu fais quelque chose, on viendra te chercher. Nous connaissons ta famille, si tu disparais, nous irons les chercher” », témoigne le jeune homme.

    Ali a finalement quitté Khartoum au bout de quarante-cinq jours. Là où il habite, pas de réseau. Il n’a plus eu de nouvelles des policiers. Mais la crainte est toujours là. « Il n’y a pas de droit au Darfour. Il y a des hommes en armes dans la rue, sans aucun mandat. Comment voulez-vous que la situation ait changé ? »

    Il y a plusieurs années déjà, Amnesty International s’était inquiété, dans deux rapports, des risques pour les exilés soudanais renvoyés en particulier depuis la Belgique et l’Italie, après le refus de leur demande d’asile. En décembre 2017, l’Institut Tahrir annonçait que plusieurs demandeurs d’asile en provenance de Belgique avaient ainsi été violentés à leur retour – des conclusions mises en doute un an plus tard par un rapport du CGRA, l’équivalent de l’Ofpra outre-Quiévrain.

    Un accord conclu entre l’Italie et le Soudan, en août 2016, avait aussi été éventé, quelques semaines plus tard, à la suite du renvoi de quarante exilés soudanais par charter. Cet accord a depuis été dénoncé par des militants des droits humains et des avocats – la procédure judiciaire est toujours en cours.

    Côté français, un article de StreetPress avait, en 2017, dévoilé l’existence de liens entre la dictature et Paris : échanges d’informations, visite d’officiels soudanais dans les centres de rétention pour faciliter l’expulsion de ressortissants vers leurs pays d’origine… « Aucun accord n’a été conclu avec les autorités soudanaises et il n’y a pas eu de nouveaux contacts depuis la mission de 2017, oppose aujourd’hui le ministère de l’intérieur. On ne peut donc pas parler de “partenariat” avec les autorités soudanaises. »

    Interrogé sur le cas de ces exilés dont le retour au pays s’avère dangereux, la place Beauvau se borne à des commentaires d’ordre légal : « Une mesure d’éloignement ne peut être décidée que si elle est conforme aux conventions internationales ratifiées par la France (Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et de protection des libertés fondamentales et Convention de Genève relative au statut des réfugiés). » En effet.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/110220/emprisonnes-tortures-le-sort-d-exiles-soudanais-rejetes-par-l-europe

    #renvois #expulsions #retour #Soudan #réfugiés #asile #migrations #réfugiés_soudanais #torture #prison #emprisonnement

    signalé par @karine4
    ping @isskein @reka @_kg_

    –-------------

    voir aussi ce qui s’était passé lors de renvois de #réfugiés_sri-lankais depuis la #Suisse...

    ODAE roman | Un Sri lankais passe deux ans en prison après son renvoi : la CourEDH condamne la Suisse
    https://seenthis.net/messages/578094

  • Entre expulsion et retour volontaire, la frontière est fine

    Une nouvelle sémantique s’est construite au sein de l’Union européenne : celle du « retour volontaire » des migrants irréguliers. Découvrez sur le blog « Dialogues économiques » l’analyse du politologue #Jean-Pierre_Cassarino, qui travaille depuis de longues années sur la #migration_de_retour et met en garde contre l’utilisation abusive du terme « #retour » dans le discours politique.

    À l’heure des fake news et des décodex, les mots prennent des tournures ambivalentes. Langue de bois et autres artefacts langagiers construisent, au-delà des mots, des murs. Des murs qui n’ont plus d’oreilles et brouillent notre compréhension. Derrière cet appel incessant au « retour », résonnent les mots de Patrick Chamoiseau : « Ils organisent le fait que l’on n’arrive jamais1 ».

    Contrôles aux frontières, centres de détention, identification par empreintes digitales ou encore quotas d’expulsions ont fleuri dans tous les pays européens. Ces dispositifs ont germé sur le terreau fertile des discours sur le « retour » des migrants, diffusés dans les États membres et au sein de l’Union européenne.

    Avec la première vague migratoire venue des Balkans, cette nouvelle terminologie s’est affirmée au cours des années 1990 au point de devenir hégémonique aujourd’hui. Basée sur la dichotomie entre « #retour_volontaire » et « #retour_forcé », elle a été accréditée par l’#Organisation_internationale_pour_les_migrations (#OIM). Elle prend corps dans divers mécanismes comme « l’#aide_au_retour_volontaire » en France qui propose aux migrants irréguliers de retourner dans leur pays moyennant #compensation_financière.

    À travers une multitude d’entretiens réalisés en Algérie, au Maroc et en Tunisie avec des migrants expulsés ou ayant décidé de rentrer de leur propre chef, Jean-Pierre Cassarino, enseignant au Collège d’Europe et titulaire de la Chaire « Études migratoires » à l’IMéRA (Marseille), en résidence à l’IMéRA et enseignant au Collège d’Europe (Varsovie) revient sur l’utilisation trompeuse de ces catégories.

    La #novlangue du retour forcé/retour volontaire

    Dans 1984, George Orwell construisait une véritable novlangue où toutes les nuances étaient supprimées au profit de dichotomies qui annihilent la réflexion sur la complexité d’une situation. C’est oui, c’est non ; c’est blanc, c’est noir ; c’est simple. Toute connotation péjorative est supprimée et remplacée par la négation des concepts positifs. Le « mauvais » devient « non-bon ». Dans le livre d’Orwell, cette pensée binaire nie la critique vis-à-vis de l’État et tue dans l’œuf tout débat.

    Aujourd’hui, les instances internationales et européennes produisent un #discours_dichotomique où le retour volontaire se distingue du retour forcé. En 2005, le Conseil de l’Europe, écrit dans ses « Vingt principes directeurs sur le retour forcé » : « Le retour volontaire est préférable au retour forcé et présente beaucoup moins de #risques d’atteintes aux #droits_de_l’homme. C’est pourquoi il est recommandé aux pays d’accueil de l’encourager, notamment en accordant aux personnes à éloigner un délai suffisant pour qu’elles se conforment de leur plein gré à la décision d’éloignement et quittent le territoire national, en leur offrant une #aide_matérielle telle que des #primes ou la prise en charge des frais de transport, en leur fournissant des informations détaillées dans une langue qui leur est compréhensible sur les programmes existants de retour volontaire, en particulier ceux de l’Organisation internationale des migrations (OIM)2. »

    Pour Jean-Pierre Cassarino, la #coercition s’applique pourtant dans les deux cas. L’Allemagne par exemple, considère l’Afghanistan comme un pays sûr. Elle a signé un accord avec ce dernier pour le « retour » volontaire et forcé des Afghans en situation irrégulière. Mais « les migrants qui ont été expulsés d’#Allemagne ont été forcés d’accepter le retour volontaire », explique Jean-Pierre Cassarino. Un des interrogés afghans témoigne ainsi : « On m’a demandé de signer et j’étais en détention, je ne voulais plus rester enfermé, j’avais peur ». Dans ce cas, parler de « retour volontaire » affirme un aspect positif. C’est un mécanisme politique plus facilement accepté par le public.

    Pour l’OIM, le retour volontaire concerne la personne qui signe une #déclaration dans laquelle elle accepte de retourner dans son pays. Dans ce cas et en règle générale, on lui offre le billet de retour. À l’inverse, dans le cas du retour forcé, la personne est contrainte, par ordre de la préfecture, de quitter le territoire. Elle est souvent accompagnée d’une #escorte de #rapatriement qui est coûteuse pour le gouvernement. Le retour volontaire n’est pas qu’une question sémantique, c’est aussi une question financière. On estime entre 10 000 et 15 000 euros une #reconduite_forcée à la frontière contre 2 000 à 4 000 pour un retour volontaire3. Dans tous les cas, dans cette dichotomie, la décision individuelle du migrant compte de moins en moins.

    Que se cache-t-il derrière le mot retour ?

    Peut-on utiliser le même mot pour un #migrant_rapatrié dans un pays en guerre, pour celui qui est renvoyé parce qu’illicite et pour celui qui décide, de sa propre initiative, de revenir au pays ? Difficile de nier l’aspect pluriel du retour migratoire.

    Jean-Pierre Cassarino explique comment la terminologie du « retour » s’assimile à l’#expulsion, par #manipulation_politique. Il se réfère à Albert Camus. Dans L’homme révolté, Camus plaide pour la #clarté_terminologique, parce qu’il ne faut pas « pactiser avec la propagande ». « Si une personne est expulsée de son pays elle n’est pas ‘retournée’ au pays. Les chercheurs travaillent de fait sur l’expulsion quand ils parlent de retour. »

    « Éjecté volontaire » ou « déplacé poétique », écrit l’écrivain Patrick Chamoiseau pour faire contrepoids.

    Retour pour le développement ?

    L’ampleur qu’a pu prendre « le retour » dans les instances internationales repose aussi sur la promotion du #développement dans les pays d’origine. Jean-Pierre Cassarino et son équipe de chercheurs ont interrogé 700 migrants tunisiens de retour en questionnant l’influence de l’expérience migratoire sur l’#entreprenariat. En mars 2014, un partenariat avait été signé entre la Tunisie et l’Union européenne pour faciliter l’acquisition de #compétences aux jeunes Tunisiens afin de leur permettre, une fois rentrés, de « développer des activités économiques rentables ».

    Qu’en est-il dans les faits ? Les migrants qui se sont insérés facilement dans le marché du travail avaient achevé leur séjour migratoire par eux-mêmes en affirmant leur souhait de revenir au pays. Qu’ils aient fini leurs études, qu’ils veuillent créer leur entreprise ou qu’ils aient atteint leurs objectifs en France, tous ont pu réunir les opportunités, le temps et les ressources nécessaires pour construire un projet de retour. Ici le « retour volontaire » prend tout son sens. Jean-Pierre Cassarino parle de cycle migratoire « complet ».

    Mais tous les migrants n’ont pas eu cette chance. La décision relève parfois d’un choix par défaut. Une socialisation difficile, des problèmes familiaux ou la précarité peuvent pousser la personne à rentrer à contrecœur. Pire, l’expérience migratoire peut être brutalement interrompue par une obligation à quitter le territoire. Pour ces migrants qui ne peuvent achever leur cycle (qu’il soit incomplet ou interrompu), de sérieuses difficultés se présentent sur la route du retour. Ils ont beaucoup plus de mal à s’insérer dans le monde professionnel.

    En approchant le retour par la complétude des #cycles_migratoires, Jean Pierre Cassarino montre qu’il n’y a pas qu’une façon de revenir et que la durée du séjour a des conséquences sur le développement dans le pays d’origine. C’est un appel à repenser les usages politiques et sémantiques du « retour » ; à remettre en question des notions qui s’inscrivent dans les inconscients collectifs. C’est un rappel à ce que Václav Havel écrit dans Quelques mots sur la parole : « Et voilà justement de quelle manière diabolique les mots peuvent nous trahir, si nous ne faisons pas constamment preuve de prudence en les utilisant ».

    Références :
    – Cassarino, Jean-Pierre (2014) « A Reappraisal of the EU’s Expanding Readmission System », The International Spectator : Italian Journal of International Affairs, 49:4, p. 130-145.
    – Cassarino, Jean-Pierre (2015) « Relire le lien entre migration de retour et entrepreneuriat, à la lumière de l’exemple tunisien », Méditerranée, n° 124, p. 67-72.

    https://lejournal.cnrs.fr/nos-blogs/dialogues-economiques-leco-a-portee-de-main/entre-expulsion-et-retour-volontaire-la
    #expulsion #retour_volontaire #mots #sémantique #vocabulaire #migrations #asile #réfugiés #dichotomie #prix #coût

    Autres mots, @sinehebdo ?
    #migration_de_retour
    #migrant_rapatrié
    « #éjecté_volontaire »
    « #déplacé_poétique »

    ping @_kg_ @karine4

  • La Grèce veut accélérer les expulsions

    La Grèce a commencé à renvoyer près de 30 demandeurs d’asile déboutés par jour vers la #Turquie. C’est la conséquence d’une nouvelle #loi sur l’immigration.

    Le ministre du développement Adonis Georgiadis a affirmé lundi 27 janvier que le nouveau gouvernement grec renvoyait actuellement « autour de 30 migrants par jour et que le Turquie les acceptait ». L’annonce a été faite sur les ondes de la radio Real à Athènes.

    Depuis le 1er janvier 2020, le gouvernement grec a mis en place une loi censée accélérer les procédures de demandes d’asile. Avant cela, par manque de personnel, les renvois vers la Turquie étaient quasiment à l’arrêt. L’un des principes de la nouvelle législation est d’obliger ceux dont la demande d’asile a été rejetée à passer par une évaluation juridique en vue de faire appel de la décision. Avant cette loi, les migrants #déboutés n’avaient qu’à remplir un simple formulaire pour repousser leur expulsion pendant des mois, voire des années.

    Des îles surpeuplées

    Les organisations humanitaires n’ont pas manqué de critiquer cette nouvelle mesure, même si l’accord entre l’Union européenne et la Turquie entré en vigueur en 2016 prévoit bien le retour des migrants dont la demande d’asile est rejetée vers la Turquie.

    En Grèce, les camps de migrants sont extrêmement surpeuplés. D’après l’agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), 112.300 réfugiés et migrants se trouvaient dans le pays fin 2019. Depuis le début de l’année, l’UNHCR estime que quelque 2.000 migrants supplémentaires sont arrivés par la Turquie. Plus de 40.000 personnes se trouvent ainsi actuellement sur les îles grecques et plus de 70.000 en Grèce métropolitaine.

    La majeure partie des nouveaux arrivants sont originaires d’Afghanistan, puis de la Syrie et des territoires palestiniens. Les femmes représentent 22% des migrants, les enfants 33%. D’après l’UNHCR, « environ 15% des enfants, la plupart d’Afghanistan, sont non-accompagnés ou ont été séparés de leurs proches. »

    Accélérer les procédures

    Selon le quotidien grec Ekathimerini « on s’attend à ce que le nouveau ministre pour la migration et l’asile accélère les expulsions et les retours face à la crainte d’une augmentation du nombre d’arrivées par la Turquie avec l’arrivée du printemps. »

    Toujours d’après le journal, le Bureau européen d’appui en matière d’asile a déployé « 550 personnes en plus » en Grèce pour aider à accélérer les procédures de demandes d’asile. Les retours vers la Turquie seraient « la priorité » du nouveau ministre selon Ekathimerini.

    Ce #durcissement de la législation intervient alors que la Grèce fait face à la colère grandissante de sa population, notamment sur les îles où les camps de migrants sont saturés. Pour rassurer les Grecs, le gouvernement a ainsi tweeté la semaine dernière que « l’arrivée de migrants est en baisse, en métropole et sur les îles ».

    https://www.infomigrants.net/fr/post/22433/la-grece-veut-accelerer-les-expulsions
    #renvois #expulsions #machine_à_expulser #Grèce #accélération_des_procédures