• Témoignage Twitter sur les #boys_club à l’école des Gobelins, par Kelsi Phụng.

    #Racisme #Queerphobies #Gaslighting #Cinéma_d'Animation

    Storytime.

    J’ai besoin de parler des dynamiques qui m’ont traumatisé-e pendant 4 ans d’études au sein des Gobelins, dans une classe remplie de personnes cis blanches avec lesquelles je n’avais aucunement ma place.

    J’ai besoin d’en parler parce que j’ai la nausée rien qu’à l’idée de croiser une personne qui m’a traumatisé-e au sein de ma promotion et qui vient de mettre les pieds pour la semaine dans la petite ville dans laquelle je réside actuellement. Une parmi tant d’autres, dans une classe remplie de personnes cis blanches qui m’ont enfoncé-e pendant 4 ans dans une dépression dont je ne suis pas sorti-e. Des dynamiques qui m’ont tellement bouffé-e de l’intérieur que je n’ai jamais eu le courage d’en extérioriser les ressorts.

    Quand je suis arrivé-e aux Gobelins, j’avais beaucoup d’espoir et d’ambition. Je pensais pouvoir échanger avec des personnes talentueuses et ouvertes d’esprit, dans un milieu qu’on considère comme artistique alors qu’il se rapproche plus, en réalité, d’une industrie compétitive, individualiste et écrasante des plus faibles. Les plus faibles, c’est les personnes qui n’arrivent pas à s’intégrer à la majorité active : les boys clubs.

    Les boys clubs sont d’une efficacité remarquable : ils ont le temps de balancer des blagues misogynes, racistes et homophobes et de bosser selon ce qu’on exige d’eux. Les plus faibles, les minorités, reçoivent, que ça leur soit adressé ou non, les propos qui les dénigrent de plein fouet. C’est la charge mentale des minorités. Et laissez-moi vous dire que je me la suis farcie à chaque minute passée dans ma classe.

    Quand j’ai eu le malheur (oui, le malheur) de rapporter l’impact de ces dynamiques aux personnes en charge de la coordination de nos classes, on m’a demandé de : faire des efforts. De leur faire confiance. D’accepter de RIRE avec eux.

    J’ai commencé cette école en 2014. Je n’avais pas Twitter. Je n’avais pas de référent-e queer racisé-e engagé-e. Pas d’exemples. Je ne savais pas quelle était ma légitimité à l’ouvrir. Je ne connaissais pas le fabuleux travail de @Napilicaio.

    J’ai donc ravalé ce que je croyais (littéralement) être ma “fierté”. Je devais leur accorder leur chance. Alors j’ai rassemblé mon courage malgré ma fatigue. Je leur ai proposé d’aller voir ensemble des films qui pouvaient peut être les aider à ouvrir leur regard sur nos vies. Et j’ai cru que ça allait marcher. Mais leur retour sur un biopic qui mettait en scène un protagoniste homosexuel m’a glacé-e. Ils l’ont résumé à un film “avec des bites qui claquent” tout du long, pas à même d’être critiqué selon son histoire.
    Là, j’ai compris que je mettais les pieds en enfer. Les semaines s’enchaînent. Je débarque dans la classe et j’en entends un gueuler une trentaine de fois par jour “Faggot !”. C’est sa nouvelle expression préférée.

    A longueur de journée, ils dénigrent les femmes, les homosexuel-les, les personnes racisées. Ils se cherchent “une meuf”. Quelle qu’elle soit. Ils veulent pécho. Il paraît qu’en section photo, “elles sont grave bonnes”. “Sauf elle, pourquoi elle a atterri là, elle”. Leur fond d’écran : des femmes hypersexualisées, en maillot de bain. J’essaie de les sensibiliser, puisqu’il paraît que c’est mon rôle : essayer de m’intégrer, ouvrir le dialogue. Je leur parle d’homophobie, je leur parle de slutshaming, je leur parle d’hypersexualisation.

    Je les vois déshumaniser une de mes camarades. Elle se fait convoquer. On lui demande pourquoi elle porte des vêtements “trop courts”. Elle se défend. Mais on doit s’intégrer, après tout, ils ont l’air de bien rigoler.
    Dans l’œil de l’équipe pédagogique, c’est ceux qu’on entend le plus fort, qui réussissent le mieux les exercices, qui savent rigoler, venir en cours à l’heure et avec le sourire, à qui on doit l’ambiance merveilleuse qu’ils semblent propager.

    Je me dis que j’ai un problème. Que ça doit pas être si grave de les entendre dire que “c’est trop gay”, ils doivent pas en connaître beaucoup des gays. Alors en soirée, j’essaie de jouer leur jeu, je raconte mes aventures, comme eux viennent de le faire.
    On me dit “Ew, commence pas à raconter ça”. Je me tais. Un autre soir, il y en a un qui demande des conseils par rapport à son couple à notre table. Ah, pardon ! Je dois la fermer, je suis pédé-e, j’ai failli oublier !

    Heureusement, dans ma classe, il y avait des meufs qui se considéraient #féministes. Heureusement, dans ma classe, il y avait des meufs blanches hétérosexuelles qui se considéraient féministes. Alors je leur dis que c’est homophobe. Je leur dis que je n’en peux plus de ces piques à longueur de journée. Alors elles demandent au boys club “Mais ça va, non, c’était pas méchant ?” et le boys club leur répond “Mais clair, faut pas abuser”.

    Heureusement, dans ma classe, il y avait des meufs blanches hétérosexuelles féministes. Heureusement parce que sinon, je n’aurais pas compris qu’il fallait que je pardonne les “bêtises” qu’exprime le boys club chaque jour : c’est de l’ignorance, il paraît !
    Alors j’accepte ce postulat. De l’ignorance ? Mais les ressources et les mots que je leur apporte sur un plateau, est-ce que ça les laisse toujours dans l’ignorance ? Après tout, il y a des luttes plus importantes, alors je me laisse m’effacer.
    Alors on parle. On parle d’écologie, avec mes amies blanches hétérosexuelles féministes. Alors on parle. Alors on parle et puis un jour je découvre des personnes queer racisées sur les réseaux.

    Alors on parle et pendant qu’on parle je découvre grâce aux réseaux que je suis non-binaire. Alors on parle et pendant qu’on parle je découvre grâce aux réseaux que j’ai le droit de ne pas me laisser marcher sur les pieds.
    Alors on parle et pendant qu’on parle je leur demande si on ne pourrait pas se passer de la projection d’un film qui a remplacé volontairement ses protagonistes asiatiques par des personnes blanches.
    Alors on me dit d’arrêter de parler, que je vais peut-être trop loin. Alors plus tard on parle d’autre chose mais j’en reparle, de mon intérêt pour mon histoire, de mon intérêt pour comprendre les rouages de la #colonisation qu’a vécue ma famille.

    Alors on parle et un jour avec une de mes amies blanches hétérosexuelles féministes, on regarde un documentaire sur le génocide des Khmers Rouges et à son issue, elle me dit que ce visionnage lui a donné envie de manger thaï.

    Alors j’ai envie de craquer, j’ai envie de pleurer. Mais je me dis qu’elle ne prendra pas bien ma colère ou les pleurs que je n’arrive plus depuis longtemps à faire sortir de mon corps. Alors je prends un temps et je lui explique qu’elle ne peut pas dire ça.
    Je lui explique que ça n’a rien à voir et que la comparaison est déplacée. Je lui explique que ça me blesse mais tout ce qu’elle entend, c’est que j’implique qu’elle est raciste.

    Alors toute une nuit, alors qu’on doit travailler jour et nuit sur nos films de fin d’études respectifs, elle m’explique à quel point c’est violent que je lui exprime mon indignation. Elle m’explique sa peine et le lendemain, elle me dit qu’elle n’en a pas fermé l’œil.
    (Elle, c’est la personne que je redoute de croiser dans la ville où je réside actuellement. Elle, c’est une militante écologiste médiatisée dont je ne prendrai même pas la peine d’écrire le nom)
    Alors dans ma classe on en parle à voix basse pendant que j’essaie de rattraper mon retard et de ravaler, encore une fois, mon intégrité.

    Alors dans ma classe il se dit que je m’exprime trop fort sur le racisme, alors dans ma classe il se dit que je sous-entends que le racisme les concerne. Alors dans ma classe il se dit que je devrais. Peut-être. Me taire, encore.
    Généreuse, mon amie blanche hétérosexuelle féministe, m’exprime en aparté ce qu’il se dit de moi. Généreuse, elle me fait réviser la communication non-violente et me propose de parler de racisme avec humour. Avec même, si cela s’exprime à l’écrit, des émoticones.

    Je suis à bout. Je suis au bout de mes quatre ans dans cette école.

    J’entends les meufs blanches hétérosexuelles féministes se targuer d’avoir fait évoluer la mentalité du boys club. J’entends le boys club, quand elles ne sont plus là, noter qui est la + “bonne”, la + “salope”, la + “dégueue”.

    Fin 2018. L’école est finie. Je les ai laissé-e-s de côté, je suis parti-e de Paris parce que je n’avais pas les moyens d’y rester. Je peine à commencer mon activité en indépendant-e. J’ai envie de pleurer tout le temps.
    Je repense à ces années passées à m’écraser. Je repense à ces amies blanches hétérosexuelles féministes qui n’ont pas hésité à me gaslighter à la minute où j’ai osé me défendre face à leur racisme ou à leur transphobie.
    Je repense au boys club qui m’aura fait me sentir comme la pire des merdes pendant ces 4 ans. Qui m’aura fait me sentir comme risible, ridicule, trop sensible puis trop véner-e. Qui m’aura fait me taire et me dégoûter de moi-même.
    Je repense à l’équipe pédagogique qui n’aura jamais cherché à comprendre tout ce que je devais affronter pour venir à l’école. La charge de leurs remarques, la charge de les voir rire autour de ce qui construit une part importante de mon identité.

    Je repense au fait d’avoir dû me découvrir dans ce contexte scolaire, de m’être mis-e en danger chaque jour sans que cela ne soit jamais considéré ni remis en question.

    Les mois passent et au début de 2019, je retombe sur le groupe Facebook de ma classe à la suite d’une annonce d’offre d’emploi. Je vois que leurs soirées se déroulent maintenant au Comptoir Général. Je leur exprime mon dégoût. L’un d’entre elleux juge bon d’assumer et de faire des blagues sur la colonisation, la fabrication de son smartphone par mes comparses asiatiques, l’esclavage, même. Personne ne le remet à sa place. A la même période, je remarque l’enchaînement de mèmes qu’iels s’amusent à poster sur le groupe. Il y en a un qui compare l’un des mecs de ma classe à un vétéran de la Guerre du Vietnam. Jungle, paysage apocalyptique, bombardements.

    Je déroule le fil. Je vois un GIF supposé humoristique qui fait défiler des photographies d’enfants vietnamiens calcinés par le napalm. Je vois les likes. Les likes du boys club. Les likes des meufs blanches hétérosexuelles féministes. Je. Vomis.
    Je leur écris un message d’adieu, leur expliquant l’inacceptable de la situation présente et passée. Iels réagissent par l’ironie, le mépris ou la morale inversée. “J’ai fait un test ADN, j’ai 0,5% de sang asiat, tu peux rien me dire”. “Tu me traites pas de blanc, sale raciste”.

    Je mets du temps à me remettre de l’impact qu’a eu cette classe et cette école sur moi-même. J’ai mis du temps à me reconstruire, à me retrouver pour pouvoir avoir assez de confiance en moi pour ne plus me laisser marcher sur les pieds.

    Aujourd’hui, je cherche à créer des histoires pour lutter contre notre invisibilisation en tant que minorités et pour mettre en lumière les ravages que cause l’hégémonie cis hétérosexuelle blanche tout au long de notre vie.
    Je cherche aussi à montrer l’importance du collectif, l’entraide et notre besoin immense de repères et de solidarités non-mixtes.

    Aujourd’hui malheureusement, ces personnes qui m’ont marqué-e à vif ont les jobs les plus gratifiants de notre industrie, les mieux payés et les plus reconnus.
    Aujourd’hui, je ne peux plus mettre le pied dans un open space sans redouter de retomber face à ces dynamiques. Je travaille tant bien que mal en freelance en attendant de pouvoir développer mes projets plus conséquents en CHOISISSANT mes équipes.
    Et je vous jure que je ferai tout pour qu’elles soient constituées de mes adelphes queer et racisé-e-s les plus resplendissant-e-s et que notre identité pourra briller comme jamais.

  • Je me souviens de Gabriel Matzneff (Élise Thiébaut, Le Club de Mediapart, 12.01.20)
    https://blogs.mediapart.fr/elise-thiebaut/blog/120120/je-me-souviens-de-gabriel-matzneff

    C’était notre monde. Notre contexte. Nos horizons. Et il nous a fallu beaucoup de temps, d’efforts et de péripéties pour que notre réalité dépasse leur fiction. Oui, nous avons été capables, finalement, de reprendre à notre compte cette #liberté-sexuelle qui s’exerçait trop souvent à nos dépens. Et ce n’est sans doute pas un hasard si en même temps que sont dénoncées les #violences_sexuelles et #sexistes grâce au mouvement #MeToo, surgit enfin une autre parole #féministe autrement plus émancipatrice sur le corps, sur la sexualité, sur le plaisir.

  • #Donovan_Cleckley : Le legs d’Andrea Dworkin demeure vibrant
    https://tradfem.wordpress.com/2020/01/04/le-legs-dandrea-dworkin-demeure-vibrant

    Fondé sur la domination masculine et la subordination féminine, le genre lui-même n’existerait plus tel que nous le connaissons. Au lieu de cela, les humains exprimeraient des personnalités individuelles, libérées des stéréotypes de genre imposés par la société.

    Dworkin voulait plus qu’une simple réforme — elle voulait une révolution de notre compréhension de l’amour et de la sexualité. Alors, peut-être pour la première fois, nous pourrions découvrir notre véritable humanité « dans la tendresse, le respect de soi et un respect mutuel absolu ». En ce qui concerne ses détracteurs qui lui attribuaient la conviction que tout rapport sexuel était un viol, elle a écrit ceci :

    « Si vous croyez que ce que les gens appellent le sexe normal est un acte de domination, où un homme désire tellement une femme qu’il va utiliser la force contre elle pour exprimer son désir, si vous croyez que cela est romantique, que c’est la vérité sur le désir sexuel, alors si quelqu’un dénonce l’usage la force dans un rapport sexuel, on dirait que cette personne dénonce le rapport sexuel. Si la conquête est votre mode de compréhension de la sexualité, et que l’homme est censé être un prédateur, et que des féministes arrivent ensuite et disent, non, désolé, c’est l’usage de la force, c’est un viol — beaucoup d’écrivains masculins ont tiré la conclusion que j’affirmais que tout rapport sexuel un viol. »

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://www.feministcurrent.com/2019/09/09/andrea-dworkins-legacy-lives-on-a-review-of-last-days-at-hot-slit
    #féministes_libérales #pro-prostitution #féministes_radicales #violences_masculines #sexualité #anthologie_féministe

    • Une brève histoire des hurluberlus Paul Laity
      http://www.entelekheia.fr/2016/11/20/une-breve-histoire-des-hurluberlus

      Paul Laity revisite sur le ton de l’humour la gauche britannique de l’époque de George Orwell et les rapports de ce dernier avec ceux qu’il avait appelé « les hurluberlus de la gauche ». Inutile de dire que nous avions exactement les mêmes en France.

      Pour reprendre le terme d’Orwell, les racines du #gauchisme « hurluberlu » sont similaires de chaque côté de la Manche, nommément l’Owenisme en Grande-Bretagne et en France, le socialisme utopique et ses dérivés. Différence culturelle oblige, les nôtres étaient moins épris de vélocipède, de végétarisme, de laine brute et de grand air que les Britanniques ; la version hexagonale les voulait laïcards, républicains, scientistes, athées et bouffeurs de curés, avec malgré tout parfois, comme chez leurs congénères anglo-saxons, des penchants mystiques qui les conduisaient volontiers au spiritisme. #Victor_Hugo est le chef de file des aînés de ce type « d’hurluberlus », mais d’autres noms connus du XIXe siècle l’ont rejoint au panthéon des exaltés du guéridon, par exemple #Camille_Flammarion, #Victorien_Sardou, #Delphine_de_Girardin, #Henri_Bergson qui s’adonnait à des recherches psychiques (hypnose, lucidité somnambulique, médiumnité) ou encore #Jules_Verne, etc. Cette tendance se perpétuera chez les #surréalistes, en particulier avec l’écriture automatique d’André Breton et au-delà, dans l’art moderne et contemporain, dans le « psychologisme » qui imprègne toute la gauche ainsi que dans le #pédagogisme actuel – Ainsi, malgré ce qu’écrit l’auteur dans sa conclusion, la question de l’héritage idéologique du socialisme utopique et de la gauche « hurluberlue » historique déborde très largement des seuls écologistes pour embrasser toute la gauche libérale moderne.

      « Le socialisme », a écrit #George_Orwell dans son célèbre Quai de Wigan (1936), attire à lui « avec une force magnétique tous les buveurs de jus de fruit, les nudistes, les porteurs de sandales, les obsédés sexuels, les quakers, les charlatans naturopathes, les pacifistes et les féministes d’Angleterre ». De façon mémorable, sa tirade contre ces « hurluberlus » s’étend dans d’autres passages du livre aux « végétariens à barbes flétries », aux « Jésus de banlieue » uniquement préoccupés de leurs exercices de yoga, et à « cette tribu lamentable de femmes de haute vertu, de porteurs de sandales, de buveurs de jus de fruits qui affluent vers l’odeur du ‘progrès’ comme des mouches à viande vers un chat mort. »


      Andrew Muir, architecte consultant de la ville-jardin de Letchworth, portant ce qui s’appelait à l’époque un « costume rationnel » et des sandales. Crédit photo, First Garden City Heritage Museum du Letchworth Garden City Heritage

      Les #stéréotypes et caricatures des hurluberlus de la #classe_moyenne s’inscrivent profondément dans la culture nationale anglaise. Pendant tout le XIXe siècle, Punch Magazine a brocardé les obsessionnels de la santé qui recherchaient une vie plus pure dans le chou bouilli et l’antialcoolisme. Une histoire d’Aldous Huxley, The Claxtons, qui anticipait la philippique d’Orwell, dresse le tableau d’une famille bourgeoise puritaine, radicale et aveuglée sur elle-même : « Dans leur petite maison sur le terrain communal, comme les Claxton vivaient une belle, une spirituelle vie ! Même le chat était végétarien » . Et plus tôt cette année, le Daily Mail, tabloïd de droite, a tourné le Guardian en dérision (pour la énième fois, sans aucun doute) en l’accusant d’être dirigé par, et pour, des « porteurs de sandales ». C’est une pique encore censée suggérer la même chose qu’à l’époque d’Orwell : une naïveté fumeuse, une pseudo-supériorité morale et une vie de bohème méritoire – certainement un monde bien éloigné des valeurs de pragmatisme et de décence de l’Angleterre censément « véritable ».

      La férocité des caricatures « d’hurluberlus » d’Orwell trahissent une certaine anxiété sur la liberté sexuelle, mais vise en général directement leur travers le plus évident – leur sérieux. Les hurluberlus veulent que le monde devienne un endroit moins cruel, moins bassement commercial, plus beau. Leurs plaisirs sont sains, « naturels » et énergiques. (Quand j’étais enfant, mes parents dépeignaient certaines personnes comme très « riz complet et bicyclettes »). La mentalité de ces progressistes contre-culturels veut à tout prix que tout soit sain et aide à s’améliorer. L’un des objets de raillerie d’Orwell est donc une « gueule de bois de la période de #William_Morris » [1] qui propose de « niveler le prolétariat ‘par le haut’ (jusqu’à son niveau à lui) par la méthode de l’hygiène, des jus de fruit, du contrôle des naissances, de la poésie, etc. » Dans son roman Un peu d’air frais (1939), nous rencontrons « le professeur Woad, un chercheur psychique » : « Je connaissais le genre. Végétarisme, vie simple, poésie, culte de la nature, se roulant dans la rosée avant le petit-déjeuner… ce sont tous soit des maniaques de l’alimentation naturelle, ou alors ils ont quelque chose à voir avec les boy-scouts – dans les deux cas, ils sont toujours partants pour la Nature et le Grand air. »

      La satire d’Orwell dans le Quai de Wigan s’inscrivait dans le cadre d’une cause particulière et urgente : la formation d’une #politique radicale, populaire (non-hurluberlue) et réaliste pour faire front à la menace montante du fascisme. (Peu après avoir remis le manuscrit de son livre à son éditeur, Victor Gollancz, il entamait son voyage à Barcelone pour y rejoindre le camp républicain de la guerre civile d’Espagne). A ses yeux, les hurluberlus – avec les « marxistes chevelus mâchouillant des polysyllabes » – donnaient mauvaise allure au socialisme. Il impliquait aussi qu’ils étaient superficiellement dévoués à la cause socialiste mais au bout du compte, bien plus préoccupés par leur propre pureté morale que par l’exploitation de la classe ouvrière. Mais à qui exactement Orwell pensait-il quand il a lancé ses invectives ? Qui étaient les hurluberlus ?

      Il avait fait le choix de ne jamais mentionner par écrit qu’il s’était lui-même commis avec beaucoup de personnages de la #contre-culture, à commencer par sa tante, Nellie Limouzin, une bohème dont le mari, socialiste, soutenait fidèlement le mouvement espérantiste, et les Westrope, qui possédaient la librairie de Hampstead où il travaillait au milieu des années 30. Francis Westrope avait été objecteur de conscience pendant la guerre et adhérait au Parti travailliste indépendant ; son épouse, Myfanwy, militait pour les droits des femmes – et les deux étaient des espérantistes passionnés. Sa grande admiratrice et conseillère Mabel Fierz [2] également, vivait dans une grande maison de Hampstead Garden et penchait pour un socialisme mystique et spirituel.

      Les amis et membres de sa famille ont sans nul doute influencé les portraits d’Orwell dans une certaine mesure, mais il avait toute une tradition politico-culturelle en ligne de mire. Elle s’étendait aux sectes millénaristes socialistes des années 1830 et 1840 inspirées par le réformateur #Robert_Owen et son journal, le New Moral World (le Nouveau monde moral). Les « hurluberlus » étaient sur-représentés dans ces communautés modèles – Catherine et Goodwyn Barmby, par exemple, qui s’agacèrent du ton insuffisamment puriste du mouvement Owenite et formèrent l’Église Communiste (ses organisations-sœurs comprenaient les #White_Quakers de Dublin et le #Ham_Common_Concordium de Richmond.) [3] Ils prêchaient diverses prophéties #New_Age, ainsi que le végétarisme, l’#hydrothérapie, les cheveux longs et le port de sandales. Au fil des années, #Goodwyn_Barmby se mua en figure christique, avec de longs cheveux blonds flottant sur les épaules ; ensemble, le jeune couple arpentait les rues de Londres avec un chariot où il puisait des tracts qu’il distribuait en haranguant les passants.

      Le renouveau #socialiste de la fin du XIXe siècle était lourdement investi de croyances « hurluberlues ». Comme l’a écrit Michael Holroyd, c’était largement a partir « d’ #agnostiques, #anarchistes et #athées ; de #réformistes du costume [4] et du régime alimentaire ; d’#économistes, de #féministes, de #philanthropes, de #rationalistes et de #spirites tentant tous de détruire ou de remplacer le #christianisme » que le renouveau s’est opéré. L’activiste #Henry_Hyndman, un disciple d’Engels et le fondateur de la Social Democratic Federation (SDF, fédération socialiste démocratique) en 1881, désespérait comme Orwell de ce type de tocades morales. « Je ne veux pas que le mouvement » , martelait-il, « soit un dépotoir de vieux hurluberlus, d’humanitaires, de #végétariens, d’anti-vivisectionnistes, d’anti-vaccinationnistes, d’artistes du dimanche et toute cette espèce. »  Sans surprise, William Morris et ses amis au sein de la SDF décidèrent de s’en séparer et fondèrent leur propre groupe en 1884, la plus anarchique (et sexuellement radicale) Ligue socialiste. La #Fabian_Society , [5] qui débutait au même moment, était un groupe dissident de la #Fellowship_of_the_New_Life (Compagnons de la nouvelle vie), une communauté éthico-spirituelle (et végétarienne).

      C’était également l’époque de la #Vegetarian_Cycling_Society (Société des Cyclistes Végétariens) et des clubs nés autour de l’hebdomadaire socialiste #The_Clarion, qui visait à #« amener le citadin à entrer plus fréquemment en contact avec la beauté de la nature, et faire progresser l’idéal d’une vie plus simple, d’un mode de vie modéré et d’une élévation de la pensée. » #George_Bernard_Shaw qui, en tant que végétarien porteur de laine brute, naturelle et tricotée à la main, entretenait une relation de proximité avec les hurluberlus, a résumé les deux impulsions différentes du socialisme du temps : l’une tenait à « organiser les docks » , l’autre à « s’asseoir au milieu des pissenlits ».

      Le saint patron des pique-niqueurs au milieu des pissenlits était #Edward Carpenter, et Orwell l’avait clairement à l’esprit. Ancien vicaire anglican qui avait été l’invité de Thoreau, auteur d’un long poème whitmanesque, ‘Vers La Démocratie’ , Carpenter prônait un socialisme spirituel et le retour à la nature. A la suite d’une vision, il avait acheté une petite exploitation rurale à Millthorpe, près de Sheffield, où il faisait pousser ses propres légumes. Il était végétarien et prêchait le contrôle des naissances ainsi que le mysticisme oriental ; il avait écrit The Intermediate Sex (Le Sexe intermédiaire) , le premier livre qui présentait l’homosexualité sous un jour positif à être largement diffusé en Angleterre. Il avait pour habitude de se baigner nu à l’aube en compagnie de son domestique et amant, et sa vie était dénoncée comme scandaleuse et immorale.


      Edward Carpenter devant son cottage de Millthorpe, dans le Derbyshire, 1905. Il porte une paire des célèbres sandales de style indien qu’il fabriquait lui-même et une veste, un bermuda, une cravate et une large ceinture de sa propre conception. Crédits Sheffield Archives, Carpenter Collection, Box 8/31 a.

      Plus que n’importe qui d’autre, Carpenter a été responsable de l’introduction des sandales dans la vie britannique. Quand son ami Harold Cox partit pour l’Inde, Carpenter le chargea d’envoyer une paire de sandales du Cachemire à Millthorpe. La paire en question comprenait une lanière qui remontait de la semelle, passait par-dessus les orteils et s’accrochait à la cheville. « J’ai rapidement éprouvé une joie à les porter », écrivit Carpenter. « Et au bout de quelque temps, j’ai décidé d’en fabriquer. » Les chaussures, décida-t-il, étaient « des étouffoirs en cuir » . Il prit des leçons auprès d’un bottier de Sheffield et arriva « vite à fabriquer beaucoup de paires pour moi-même et plusieurs amis. » (Il en offrit une paire à Shaw, mais elles lui sciaient les pieds et il renonça à les porter en jurant de ne jamais y revenir.) Plusieurs disciples firent le pèlerinage à Millthorpe, y compris, dans les souvenirs de Carpenter, une réformiste du costume – « Son nom était Swanhilda quelque chose » , qui avait marché des kilomètres, sous une pluie battante, seulement vêtue d’une robe de serge bleue grossièrement coupée et de sandales qui s’enfonçaient dans la boue presque à chaque pas. Un des domestiques de Carpenter à Millthorpe, George Adams, entreprit aussi de fabriquer des sandales. Quand il se brouilla avec son maître, il déménagea dans la toute nouvelle ville-jardin de Letchworth, dans le Hertfordshire, et y ouvrit un petit commerce de sandales.

      Letchworth occupe une place spéciale dans l’histoire des hurluberlus. « Un jour cet été » , écrivait Orwell dans le Quai de Wigan, « je traversais Letchworth quand le bus s’est arrêté pour laisser monter deux hommes âgés d’allure affreuse. Tous deux très petits, roses, joufflus et tous deux tête nue, ils devaient avoir dans les soixante ans. Ils étaient habillés de chemises couleur pistache et de shorts kakis dans lesquels leurs énormes arrière-trains étaient si boudinés que vous auriez pu en étudier chaque fossette. Leur arrivée fit courir un léger frisson d’horreur sur l’impériale du bus. L’homme assis à côté de moi… murmura ‘des socialistes’. Il avait probablement raison », continue le passage. « Le Parti travailliste indépendant tenait son université d’été dans la ville. » (Orwell néglige de mentionner qu’il y assistait lui-même).

      La ville-jardin de #Letchworth, une expérience en urbanisme inaugurée en 1904 – une utopie d’air frais et de vie rationnelle – devint instantanément une Mecque pour les amoureux de la vie simple et acquit une réputation nationale de ville « hurluberlue » : sandales et scandales à foison. Un de ses deux architectes originels, Raymond Unwin, avait été l’un des associés de Carpenter au sein du socialisme de Sheffield (et un végétarien). Un ancien résident a offert une description du « citoyen typique de la ville-jardin » : il portait des sandales, ne mangeait pas de viande, lisait William Morris et Tolstoï, et possédait deux tortues « qu’il cirait périodiquement avec la meilleure des huiles de moteur Lucas. » Les végétariens de la ville ouvrirent le Simple Life Hotel (l’hôtel ‘Vie Simple’), qui comprenait un magasin de produits alimentaires naturels et un restaurant réformiste alimentaire. Un membre de la famille quaker Cadbury ouvrit un pub sans alcool, la Skittles Inn (l’Auberge des Quilles), où il faisait un fructueux commerce de chocolat chaud et de Cydrax, un vin de pomme sans alcool. (Ce qui inspira un commentaire sur une vie « toute en quilles et sans bière » [6] à G.K Chesterton, et plus tard une raillerie à John Betjeman dans son poème Huxley Hall, « Ni mon dîner végétarien, ni mon jus de citron sans gin/ ne peuvent noyer mon hésitante conviction selon laquelle nous pourrions bien être nés dans le péché ».)

      Les dimanches, les Londoniens faisaient des excursions en train pour étudier l’étrange collection d’espérantistes vêtus de blouses et de théosophistes de Letchworth ; une bande dessinée d’un journal local dressait même le tableau comique de visiteurs d’un zoo d’humains. « Papa, je veux voir comment on les nourrit ! » , y réclame un enfant. Les panneaux indicateurs pour les visiteurs y signalaient : « Direction Les Lutins Raisineux Porteurs de Sandales À Pointes Longues », « Par Ici Pour Le Pub Non-toxique » et « Direction Les Mangeurs de Bananes Hirsutes » . Annie Besant, une théosophiste militante du contrôle des naissances, y ouvrit l’école St. Christopher – où le Parti travailliste indépendant tenait sa réunion d’été – et qui aujourd’hui encore offre exclusivement de la nourriture végétarienne (ses élèves admettent se rabattre sur McDonald’s).


      Dessin de Louis Weirter, publié dans le journal local The Citizen, 1909. Crédits image, First Garden City Heritage Museum de la Letchworth Garden City Heritage Foundation

      Les années 1920 et 1930 offraient nombre de tendances contre-culturelles propres à faire frémir Orwell. Un pacifisme de type jusqu’au-boutiste s’était davantage généralisé au milieu des années 30 qu’à n’importe quelle autre époque de l’histoire britannique. Il y avait aussi une manie du grand air (associée à un développement des loisirs) et d’un mode de vie hygiénique et non raffiné. Les adhésions au club cycliste du Clarion atteignirent leur apogée au milieu des années 30, et un nombre sans précédent de citadins en bermudas et chemises à col ouvert s’entichèrent d’hôtels de jeunesse et de randonnées pédestres. « Le droit de vagabonder » à travers vallons, coteaux et landes devint une cause de gauche et la randonnée de masse, un acte politique parfois nuancé de mysticisme de la nature. En 1932, l’écrivain S. P. B. Mais conduisit seize mille personnes dans le parc naturel des South Downs pour y admirer le lever du soleil sur Chanctonbury Ring (malheureusement, le ciel était nuageux ce matin-là). Le mouvement de retour à la nature prenait d’autres formes aussi. À Marylebone en 1928, la Nature Cure Clinic (clinique de cure naturelle) ouvrait ses portes, avec des idées homéopathiques venues de l’Est via l’Allemagne. Les fruits crus et les jus de légumes y étaient considérés nécessaires à l’élimination des toxines. Et dans les mêmes années 30, le Dr Edward Bach vantait les vertus curatives des essences de fleurs qu’il avait découvertes en recueillant des gouttes de rosée sur des plantes, à l’aube.

      Le #nudisme organisé fit son apparition en Grande-Bretagne à la fin des années 1920. L’un de ses premiers centres à s’ouvrir a été Sun Lodge, à Upper Norwood au sud-est de Londres. A partir de 1928, les membres de la #Sun_Bathing_Society (société des bains de soleil) se retrouvaient les week-ends pour s’imprégner des rayons salutaires et revigorants et pour d’autres activités comme la « danse rythmique. » Les habitants locaux s’agglutinaient autour de la clôture pour tenter d’entrapercevoir les baigneurs en puris naturalibus. En 1929, la police dut intervenir au Welsh Harp Reservoir, à côté de Wembley, pour protéger les naturistes contre des émeutiers. En dépit de la controverse qu’il suscitait, le mouvement #nudiste prit de l’ampleur. En 1932, une lettre au Times en appela à la reconnaissance des bénéfices du culte du soleil - « en moins qu’un costume de bain. » - Ses signataires comprenaient George Bernard Shaw et C. E. M. Joad, philosophe populaire, socialiste, pacifiste, enthousiaste de la campagne (et peut-être le modèle du “Professeur Woad » d’Orwell). Joad était convaincu des vertus des siestes « nu au soleil », même seulement sur des criques désertes. Le ridicule n’était jamais loin. Dans le film I See Ice (1938), George Formby chantait - « Une photo d’un camp nudiste/ Dans mon petit album d’instantanés/ Très jovial mais un peu humide/ Dans mon petit album d’instantanés. » -

      #Leslie_Paul, fondateur des Woodcraft Folk, une alternative antimilitariste aux scouts ouverte aux garçons comme aux filles, se décrivait comme un « socialiste du style d’Edward Carpenter, épris d’une vision mystique de l’Angleterre. » En 1933, cinq cent jeunes membres des Woodcraft Folk campèrent autour d’une pierre levée de l’âge du bronze, dans le Herefordshire, pour y écouter un exposé sur les alignements de sites. [7] Deux garçons étaient accroupis dans une cage d’osier au sommet du monument. (Aujourd’hui, le propriétaire de la terre sur laquelle se dresse la Queen Stone préfère ne pas donner sa localisation exacte pour ne pas encourager la tenue de séances.) Paul, qui était écrivain et journaliste, passait le plus clair de son temps dans un cottage de la campagne du Devonshire. Un ami local, Joe, avec des poils sur la poitrine « épais et bouclés » comme un « matelas de fils de fer » aimait à s’allonger nu au soleil, à déclarer sa passion pour Tolstoï et à dénigrer les chaussures de cuir. « Le végétarisme était dans l’air du temps progressiste », écrivit plus tard Paul. « De nouveaux magasins de nourriture offraient de quoi satisfaire de fantastiques nouveaux goûts. … j’ai bu un mélange de lait malté, d’eau chaude et d’huile d’olive qui passait pour avoir les plus heureux effets sur le colon et les nerfs. » C’était un admirateur de l’Union Soviétique, un socialiste et un pacifiste. « Le #pacifisme avait une extraordinaire affinité avec le végétarisme », se souvenait-il, « de sorte que nous vivions d’énormes saladiers de bois emplis de salade aromatisée à l’ail, de lentilles et de pignons de pin garnis de poireaux. Nous respirions la santé. »

      Orwell a participé à deux universités d’été en 1936 : l’une à Letchworth et l’autre organisée par #The_Adelphi, un magazine pour qui il écrivait, dans une grande maison de Langham, près de Colchester. L’éditeur et fondateur du journal était le critique John Middleton Murry, un pacifiste et socialiste d’un type spirituel et poète qui avait acquis la maison dans l’espoir d’en faire le foyer d’une nouvelle forme de communauté égalitaire. (« Dans cette simple et belle maison, notre socialisme est devenu réalité » , écrivait-il. « Il me semblait que nous avions atteint une nouvelle sorte d’immunité contre l’illusion. ») Tous les invités étaient mis à contribution pour aider à la bonne marche du centre : Orwell était très demandé à la plonge, où il employait des talents cultivés lors de ses jours de pauvreté à Paris. Au cours d’une des discussions, il asséna apparemment à son auditoire, en majorité des gens de la classe moyenne, qu’ils ne « reconnaîtraient même pas un mineur ou un débardeur s’il en entrait un dans la pièce. » Murry finit par penser que le Centre Adelphi tenait trop de l’atelier d’idées : les socialistes qui y résidaient manquaient de la discipline qu’apporte le rude labeur physique.
Son projet suivant fut une ferme pacifiste.

      Il y a cent autres exemples de socialistes épris de ‘vie simple’ qui auraient suscité le mépris d’Orwell. Mais, malgré tous ses efforts, la longue et riche histoire des « hurluberlus » continua au-delà des années 1930 jusqu’aux éléments de la Campagne pour le Désarmement Nucléaire, les #hippies et les #Verts. (Et au-delà de l’Angleterre aussi, bien sûr.) Dans les années 1960, un restaurant végétarien a effacé un siècle de moqueries en adoptant fièrement le nom « Les Hurluberlus ». De bien des façons, la situation s’est retournée contre Orwell. Les personnages comme Edward Carpenter et Leslie Paul peuvent désormais être considérés comme les pionniers de l’anti-capitalisme écologiste moderne. L’environnementalisme est de plus en plus une cause et de moins en moins une distraction d’excentrique.

      Beaucoup de choses qu’Orwell considérait comme hurluberlues sont aujourd’hui à la mode. Il y a trois millions et demi de végétariens en #Grande-Bretagne, le yoga fait de plus en plus partie de la vie quotidienne des classes moyennes, et des pilules homéopathiques sont avalées par millions. (Malgré tout, ces tendances suggèrent, encore plus que du temps d’Orwell, une volonté d’auto-préservation et un style de vie égoïste, le contraire d’une volonté authentique de changer le monde.)

      Inévitablement, alors que des aspects hurluberlus ont été absorbés dans le courant dominant, d’autres pratiques et croyances étranges prennent leur place et sont ridiculisées par la majorité. Dans l’esprit du Quai de Wigan , on pourrait dire de l’anti-capitalisme d’aujourd’hui qu’il attire avec une force magnétique tous les écolos forcenés, les fruitariens organiques, les scooteristes à batterie solaire, les enthousiastes des naissances dans l’eau, les pratiquants de sexe tantrique, les fans de world music, ceux qui vivent dans des tipis, les porteurs de pantalons de chanvre et les accros aux massages ayurvédiques d’Angleterre. Quant aux sandales, les journalistes du Daily Mail _ peuvent bien conserver la mémoire de l’association entre hurluberlus d’antan et pieds quasi-nus, mais les longues queues devant les boutiques Birkenstock devraient les y faire réfléchir à deux fois. La vie simple est peut être aussi illusoire aujourd’hui qu’hier, mais nous sommes tous devenus des porteurs de sandales.

      Paul Laity est rédacteur littéraire au sein de la vénérable London Review of Books. En 2001, il a publié la Left Book Club Anthology (l’Anthologie du club du livre de gauche) , (Weidenfeld & Nicolson)
      Traduction Entelekheia
      [1] William Morris, peintre, dessinateur de papier peint, écrivain et l’une des figures de proue d’un mouvement conjuguant art et artisanat, l’Arts and Crafts.
      [2] La première à avoir reconnu le talent d’Orwell. Elle l’aida à faire publier son premier livre en le portant elle-même à un agent littéraire qui le transmit à un éditeur, Victor Gollancz. Le livre, Down and Out in Paris and London, parut en 1933.
      [3] Une communauté socialiste utopique également connue sous le nom « Alcott House ».
      [4] Les réformistes du costume militaient contre le corset, pour le pantalon féminin, pour que les femmes s’habillent de façon adaptée à la mode des vélocipèdes, pour le port de sous-vêtements hygiéniques en laine, et plus généralement pour le port de vêtements pratiques, dits « rationnels ».
      [5] Club politique de centre-gauche, socialiste et réformiste créé en 1884. Gorge Bernard Shaw et Herbert George Wells en faisaient partie. La Fabian Society , qui se décrit aujourd’hui comme progressiste, existe toujours au sein du Parti travailliste. Elle est aujourd’hui alignée sur le néolibéralisme européiste de Tony Blair.
      [6] Jeu de mots sur un proverbe anglais. Littéralement, « la vie n’est pas toute faite de bière et de quilles », signifiant « la vie n’est pas toujours facile ».
      [7] Théorie loufoque sur des lignes imaginaires (également appelées « ley lines ») censées relier des sites préhistoriques de façon occulte.

      #culpabilisation #Gauche #Histoire_des_idées #Libéralisme #Socialisme_utopique #espéranto #hurluberlu #hurluberlue

      Cet article est paru dans Cabinet Magazine http://www.cabinetmagazine.org/issues/20/laity.php sous le titre ‘A Brief History of Cranks’.

  • #Grenoble : communiqué d’habitant.e.s de la Malaprise à propos des perquisitions du 26 novembre
    https://fr.squat.net/2019/12/05/grenoble-communique-de-la-malaprise

    Le 26 novembre, six lieux situés à Grenoble ou alentours (ZAD, coloc et squats) ont été perquisitionnés dans le cadre de l’enquête sur des incendies de 2017 à 2019. L’article publié sur cric-grenoble.info fait un bilan de ces opérations. Ce communiqué exprime la position d’habitant.e.s de la Malaprise et d’anciens habitants ayant participé au processus […]

    #féministes_&_queers #perquisition #Roms

  • #Grenoble : retour sur l’opération de fichage et #perquisition menée le 26 novembre 2019
    https://fr.squat.net/2019/11/28/grenoble-retour-sur-l-operation-de-fichage-et-perquisition-menee-le-26-nov

    Ce texte a pour but d’informer le plus précisément possible sur comment ont été menées les opérations, sur ce que les flics cherchaient, quelles questions ils posaient et les raisons de leur présence. Raisons détaillées dans la commission rogatoire qu’on a réussi à avoir et qui se trouve ici. Pour info, il était quasi impossible […]

    #Ahwahnee #Le_38 #Roybon #sans-papiers

  • #Grenoble : retour sur les perquisitions et interrogatoires du 22 janvier 2019 suite aux incendies de gendarmeries de Grenoble et Meylan
    https://fr.squat.net/2019/11/05/grenoble-retour-sur-les-perquisitions-et-interrogatoires-du-22-janvier-201

    Le 22 janvier 2019 au matin, 4 perquisitions ont eu lieu chez des camarades des milieux anarchiste et féministe de Grenoble. Elles ont été menées dans le cadre d’une enquête sur les incendies des gendarmeries de Grenoble et Meylan survenus en septembre et octobre 2017. Un appartement squatté, un appartement loué et une maison squattée […]

    #féministes_&_queers #Fontaine_38_ #La_Villeneuve #perquisition

  • La légende d’Ito Noé Erwan de Keramoal - 16 Septembre 2019 - Les cenobites tranquilles .fr

    Amis de la liberté d’opinion et du gratin de courgettes réunis, bonjour ! Nous sommes le Lundi 16 septembre 2019 et c’est la date qui correspond au 30è et dernier jour de fructidor, dédié au panier. Le panier, comme son nom l’indique (du latin panarium) est, à l’origine, une corbeille destinée à recevoir du pain.

    Le 16 septembre 1923 fut une date fatale pour Itõ Noe, féministe et anarchiste Japonaise, puisque c’est le jour de son assassinat par un escadron de la police militaire. Le responsable militaire, un certain Amakasu, fut condamné à 10 ans de prison mais très vite remis en liberté. Itô Noé est une pionnière du mouvement féministe au Japon. A 16 ans elle est diplômée de l’école de filles Ueno à Tokyo. Elle était née en Janvier 1895 sur l’île de Kukuoka. Très jeune elle est contrainte à un mariage forcé qu’elle finit par fuir. Elle trouve refuge chez son professeur d’anglais, le poète Dadaïste et libertaire Jun Tsuji qui fut le premier à traduire les travaux de Stirner en japonais. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants (2). Elle sera la rédactrice en chef de la revue culturelle Seito-sha qui, comme chacun le sait, signifie « Le bas bleu ».

    Elle devient romancière et publie des textes de critique sociale et traduira les écrits d’Emma Goldman ; c’est en 1914 qu’elle va rencontrer Sakae Osugi. Lorsque le journal de ce dernier est interdit par la police, elle prend sa défense dans Seito-sha. Sa véritable histoire d’amour avec Osugi commence en 1916, mais celui-ci sera victime de la jalousie d’une ancienne maitresse qui le poignardera. L’épisode va provoquer un vrai scandale dans ce Japon traditionaliste qui va dénoncer leur immoralité. Elle va vivre avec Osugi avec qui elle aura quatre filles et travaillera à développer le mouvement anarchiste tout en continuant à traduire Emma Goldman et Kropotkine. Dans la confusion qui suivit le tremblement de terre du 1er septembre 1923, elle est arrêtée avec Osugi et un neveu âgé de six ans. Tous trois seront massacrés par la police. Itô Noé avait 28 ans. Pour en savoir plus et si joliment raconté, je vous invite à découvrir « la légende d’Itõ Noé » sur le site Antiwar song’s https://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=fr&id=39287 si celui-ci existe toujours.

    Allez, merci de votre visite, portez vous bien et à bientôt peut-être.

    Source : http://lescenobitestranquilles.fr/2019/09/la-legende-dito-noe

    #Ito_Noé #féministe #anarchiste #japon #critique_sociale #Emma_Goldman #Kropotkine

  • Missives, des livres osés et féministes, au sens large
    http://www.lesmissives.fr

    Missives est site #collaboratif de critiques de #livres. La multiplication des publications #féministes est enthousiasmante. Pour y voir plus clair, nos chroniques présentent et donnent des avis sur les romans, bandes dessinées ou essais – anciens et récents – que nous avons aimés. Pour que se mêlent actions et réflexions, vive les livres et vive la sororité !

  • Nouvel album de Keb’ Mo’ - Oklahoma (2019), avec plusieurs chansons politisées

    This is My Home
    https://www.youtube.com/watch?v=9Irip5pIRb4

    A rajouter sur la compilation de chansons anti-#Donald_Trump :
    https://seenthis.net/messages/727919

    Put a Woman in Charge
    https://www.youtube.com/watch?v=FciQeRGYFlw

    #Féministe, à rajouter sur la liste de chansons féministes chantées par des #hommes de @mad_meg :
    https://seenthis.net/messages/710091

    Oklahoma
    https://www.youtube.com/watch?v=fEoKAMpth54

    A propos de l’histoire méconnue de l’émeute raciste de Tulsa, Oklahoma, la destruction le 1er juin 1921 du quartier noir le plus florissant des Etats-Unis (sur Greenwood Avenue, entre Archer et Pine, le « Black Wall Street »), un danger et un affront pour les blancs aux alentours qui n’ont pas fait de quartier : 300 Noirs furent massacrés, 800 blessés, 10.000 sans abris, plus de 40 bâtiments détruits, et des milliers endommagés... Voir par exemple ici :

    Le massacre de BLACK WALL STREET
    B. World Connection,
    http://www.bworldconnection.tv/grandeur-noire/le-massacre-de-black-wall-street

    #Musique #Musique_et_politique #USA #Keb_Mo #blues
    #Tulsa #Racisme #Massacre #Black_Wall_Street

  • La Yegros Ft. Soom T - Tenemos Voz (Official Video)
    https://www.youtube.com/watch?v=pM-DCpu59Gs

    Dernier clip féministe de La Yegros (https://seenthis.net/messages/766899) avec Soom T
    Et très joli réal, avec toute l’animation en peinture image par image. Aucune idée s’ils l’ont vraiment fait physiquement comme ça, ou par ordi, mais sur le même principe.

    "Tenemos voz y condición
    De mujeres libres sin opresión
    Caricias suaves para el amor
    Dulces palabras, también perdón
    Pero no quieras opacar
    Las alegrías con maldad
    Vas a gritar y vas a llorar
    Toda la vida en soledad

    Fuera de aquí con tu maldad
    Yo no te creo no cambiaras
    Fuera de aquí, no vuelvas mas
    Ya somos libres y somos mas

    Somos millones,
    Somos la voz de la que ya no habla
    Soom T en la casa
    No calla, no calla

    So my child, get to the bottom of the test and know why we are divine
    The woman going to get right out of the mess, I’ll get up in a soul that she found inside
    So we ran fast like a bullet in the air and we are gonna gerra gerra up this night
    A warrior rise in the middle of a life and know what make you divine.

    Tenemos voz y condición
    De mujeres plenas con decisión
    Vamos nadando en la intuición
    Y perdonando cuando hay amor

    Pero no quieras opacar
    Las alegrías con maldad
    Vas a gritar y vas a llorar
    Toda la vida en soledad

    Vos yo, somos el aliento que ahulla en las sombras
    Vos yo, somos el aliento que ahulla, que ahulla X2

    I can’t be silent in the face of injustice in this life
    I can’t stand by in the midst of a poor sister’s suffering cries
    For many brave sisters who are not divided must unite in the fight
    Come now lady listen, I see your eyes glisten under the sunlight

    #femmes #sororité #louve #force
    @mad_meg jme dis que ça peut te plaire

  • N°1 Archives privées contemporaines : quel traitement ? quel devenir ? - vendredi 16 mars 2018, 11h-13h
    https://vimeo.com/319003179

    Conception : Reine Prat (coordinatrice générale de l’événement), intervenant.es : Emilie Blanc, Adam Evrard, Valentin Gleyze et Adelin.e Leménager (doctorant.es Université Rennes 2), Elvan Zabunyan (historienne de l’art contemporain, professeur à Rennes 2), Ewen Chardronnet (artiste, commissaire d’expositions), Alain Carou (BnF), Catherine Gonnard (Ina), Catherine Lord (artiste, écrivaine).

    Après la projection du court-métrage « Nathalie Magnan, théoricienne des médias » de Christophe Écoffet, Cyril Thomas et Gilles Beaujard, interrogent les frontières du #genre et le rôle majeur de Nathalie Magnan pour l’enseignement et la diffusion des pensées #féministes et #queer nord-américaines en France. Cette introduction est conclue par Elvan Zabunyan qui évoque ses rencontres avec la théoricienne des médias. Ewen Chardronnet propose une navigation à travers les #archives de #Nathalie_Magnan en datavisualisation à partir de l’outil Zotero. Catherine Gonnard intervient du double point de vue de documentaliste à l’Ina et de militante engagée dans les archives féministes et lesbiennes. Alain Carou précise dans quelles conditions la BnF accueillera et s’attachera à valoriser, dans toutes leurs dimensions, ses archives. Catherine Lord revient sur les spécificités des archives Lgbtq et présente un slide-show, réalisé à partir d’une sélection des quelques 25 000 photographies numériques personnelles de l’activiste, ce qui suscite une forte émotion dans la salle.

  • Mathilde Larrère : « Les féministes actuelles devraient se revendiquer de la Commune »
    https://www.liberation.fr/debats/2019/03/22/mathilde-larrere-les-feministes-actuelles-devraient-se-revendiquer-de-la-

    L’enseignante-chercheuse à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée déplore un manque d’intérêt, de la part des militantes d’aujourd’hui, pour les révolutions du XIXe siècle. Elle rappelle en quoi l’insurrection de 1871 a été un moment majeur de l’histoire des femmes. Source : Libération

    • Parce que semi #paywall :

      Mathilde Larrère : « Les féministes actuelles devraient se revendiquer de la Commune »
      Gabriel Pornet, Libération, le 22 mars 2019

      Pour l’historienne Mathilde Larrère (1), limiter le féminisme et la citoyenneté à la question du droit de vote est une erreur, conduisant à effacer des mémoires une partie essentielle de notre passé politique. Elle souligne l’importance des communardes et l’implication constante des femmes dans les révoltes populaires.

      Quelle est la différence entre le rôle joué par les femmes durant la Commune et durant les autres révolutions ?

      Ce qui progresse, avec la Commune, c’est qu’on les accepte plus comme combattantes. En 1830, il y avait quelques femmes sur les barricades, pas beaucoup, et certaines y allaient déguisées en hommes. C’était pareil en 1848 : elles préparaient les cartouches, jouaient un rôle à l’arrière. En 1871, elles réussissent à faire des bataillons de femmes et tiennent même quelques barricades. La plus célèbre est celle de la place Blanche, même si son existence est discutée.

      Certaines femmes portent un uniforme pendant la Commune ?

      Oui. Durant les procès, on leur reproche par exemple d’avoir été arrêtées avec un pantalon… Elles ne font pas partie de la garde nationale, mais le réclament, et certaines mettent un semblant d’uniforme, un pantalon, comme une revendication – sans compter que c’était effectivement plus pratique pour combattre.

      Selon Jacques Rougerie, sous la Commune, les préoccupations ne sont pas à proprement parler « féministes »… (2)

      Jacques Rougerie a fait l’erreur classique, à savoir réduire le féminisme à la question du droit de vote. Au XIXe siècle, le fait qu’on le leur refuse n’est pas le premier problème des femmes. La revendication n’est pas absente, mais elle n’est pas prioritaire. Elles se battent beaucoup plus pour le droit au travail, pour la suppression des dispositions inégalitaires du code civil et surtout pour la fin de l’incapacité civile des femmes mariées, mais aussi pour le droit à l’instruction, pour le droit d’avoir des armes… Si on prend ça en compte, alors on peut considérer qu’il y a des demandes féministes clairement formulées au cœur de la Commune. Simplement, elles ne réduisent pas le citoyen et le pouvoir politique au seul bulletin et demandent bien plus que l’accès aux urnes.

      Qu’obtiennent-elles concrètement ?

      Elles obtiennent une forme d’engagement, de la part de la Commune, à établir l’égalité salariale (difficile de savoir si ça a été mis en place ; cela semble avoir été le cas dans quelques ateliers associatifs). Elles acquièrent aussi, ce qui est très important dans leur esprit, la reconnaissance des concubines et des enfants illégitimes : les pensions pour les femmes de gardes nationaux tués doivent désormais être également versées aux femmes non mariées. C’est fondamental, surtout que dans le milieu ouvrier, on se marie très peu. Elles obtiennent aussi l’interdiction de la prostitution, un combat important contre la domination masculine : il y a de beaux textes de Louise Michel à ce sujet. Les femmes sont aussi très mobilisées dans le domaine de l’instruction. Elles créent notamment des écoles de filles et envisagent également une éducation beaucoup plus mixte.

      On connaît bien Louise Michel, mais qui sont les autres militantes sous la Commune ?

      Nathalie Le Mel, Elisabeth Dmitrieff, André Léo, Blanche Lefebvre, Victorine Brocher, Marguerite Tinayre, Aglaé Jarry… et toutes les militantes de l’Union pour la défense de Paris et les soins aux blessés, qui pour beaucoup n’ont laissé que leur nom au bas de deux affiches et dont on sait peu de choses. Sociologiquement, Dmitrieff, aristocrate russe immigrée, est une exception : s’il y a quelques institutrices, comme Louise Michel, la plupart sont des femmes du peuple, exercent des petits métiers, souvent dans le textile ou les « métiers de bouche » : blanchisseuses, couturières, chapelières, chocolatières, confiseuses…

      Les communardes ont-elles conscience d’être dominées, à l’intérieur même du mouvement, par les hommes ?

      Oui, en tout cas pour certaines, c’est clair. André Léo, par exemple, en a parfaitement conscience (3). Les hommes communards sont les produits d’une époque où l’on envisage difficilement, depuis un siècle, de donner la parole aux femmes.

      Le socialisme, sous la Commune, est moins tourné vers les femmes que ne l’étaient le saint-simonisme et le fouriérisme au début du siècle ?

      Pierre-Joseph Proudhon est passé par là… Même si c’est compliqué : on retient une phrase atroce de lui alors qu’avant, il a eu des propos beaucoup plus favorables à l’égalité. De toute façon, le mouvement ouvrier, en tout cas à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, est objectivement machiste. Au lieu de demander l’égalité, ils considèrent que les femmes sont responsables de la baisse des salaires, que ce sont des travailleuses concurrentielles, des briseuses de grève.

      Comment les communardes sont-elles traitées par les versaillais lors de la répression ?

      Dans les combats, elles sont tuées comme les hommes. Mais durant les procès, on commence par leur poser des questions différentes. On leur demande toujours, par exemple, si elles ont combattu parce qu’elles étaient amoureuses d’un homme. Impossible d’imaginer qu’elles aient pu se battre parce qu’elles en avaient envie. « Quelle était votre relation » sous-entendue sexuelle, « avec tel ou tel communard ? » etc. S’agissant des punitions prononcées par les conseils de guerre, la peine de mort reste une exception pour les femmes, et les rares peines capitales prononcées à leur encontre ont été commuées en travaux forcés. D’autre part, ce qui n’apparaît pas dans les archives des procès et qui est pourtant très présent dans la manière dont la population les voit, c’est la légende des « pétroleuses » : elles auraient provoqué les incendies à Paris, alors qu’aucune n’est inculpée pour ça.

      D’où vient cette image des « pétroleuses » ?

      Ça vient de la presse, beaucoup. Je pense qu’il y a un tel refus de la femme en politique, et pire, de la femme révolutionnaire, qu’on la rend responsable de tout. C’est une façon de leur refuser à nouveau le statut de combattante. Dans l’esprit des versaillais, ce sont les lâches qui allument les incendies. Pourtant, même Maxime Du Camp, qui est un anticommunard de première, ne reprend pas le mythe des « pétroleuses ». En revanche, c’est très présent dans l’iconographie. Ça fait aussi penser au vieux symbole de la « sorcière », d’une certaine manière. Ça fait longtemps qu’il y a cette association entre les « mauvaises femmes » et le « feu ». Surtout, les communardes sont considérées par les versaillais comme des prostituées, des femmes aux mœurs légères.

      Les féministes actuelles se revendiquent-elles de la Commune ?

      Non, mais elles devraient. Dans les milieux féministes, et même parmi les chercheuses en histoire de femmes, on s’intéresse plus à ce qui se passe après, à partir d’Hubertine Auclert : un féminisme plus bourgeois, tourné vers le droit de vote. Parmi les militantes d’aujourd’hui, pour schématiser, on garde Olympe de Gouges, et on oublie tout ce qu’il y a au milieu, toutes les femmes populaires et socialistes de 1830, de 1848 et de la Commune. Bon, il y a Louise Michel, mais enfin, c’est la seule, et encore… Pourtant, chaque révolution ouvre des possibles pour les femmes et elles s’en sont toujours saisi, notamment en s’organisant de manière non mixte, en écrivant, en prenant la parole… Les grandes revendications sociales du XIXe siècle ont été portées par les femmes autant que par les hommes, et on ne le dit pas assez. Quand les révolutions meurent, elles sont les premières victimes : il y a toujours un double retour à l’ordre, politique et sexiste.

      (1) Auteure de l’Histoire comme émancipation (avec Laurence De Cock et Guillaume Mazeau, Agone, 2019) et Des intrus en politique – Femmes et minorités : dominations et résistances (avec Aude Lorriaux, Editions du Détour, 2017).

      (2) Jacques Rougerie, Paris insurgé, la Commune de 1871, 1995, dans la Commune et les Communards, Gallimard, 2018, p.73.

      (3) André Léo dans la Sociale du 8 mai (via Jacques Rougerie, op.cit.) : « Beaucoup de républicains n’ont détrôné l’Empereur et le bon Dieu que pour se mettre à leur place. La femme […] doit demeurer neutre et passive sous la direction de l’homme : elle n’aura fait que changer de confesseur. »

    • C’est fatiguant ces « les féministes devraient faire comme ci ou comme ca ». Les féministes ne sont pas un troupeau d’ignorantes de l’histoire et les féministes font le travail d’historicisation. C’est aux non féministes de se mettre au boulot, chercheur·euses, enseignant·es, bibliothécaires.... En particulier aux spécialistes de la Commune qui en efface la portée féministe et méprise cet aspect de la période. C’est à ses collègues qu’elles devraient prodigué ses bons conseils, pas au féministes. C’est pas comme si les historiennes féministes n’avaient pas été l’objet de décrédibilisation, comme si c’était les féministes qui caricaturaient les luttes pour en évincé les femmes et en faire une réduction au suffragisme vis à vis de la Commune. D’ailleurs la période de la commune est bien connue aussi pour sa lutte sur l’éducation des filles et j’ai pas l’impression qu’on réduise cette période au suffragisme. Au XIXeme il y a aussi la lutte des pionnières dans les professions interdites aux femmes, médecines, avocates, jugesses, peintureuses... Celleux qui s’en tape et qui effacent l’histoire des femmes, est-ce vraiment les féministes ?

    • Les Louises - Femmes de la Commune
      https://macommunedeparis.com/2019/03/08/louises-les-femmes-de-la-commune-par-eloi-valat
      https://www.eloivalat.com

      Alphonsine, Rosine, Louise, Rosalie, Séraphine, Eulalie, Paule... couturière, ouvrière mécani­cienne, institutrice, lavandière, giletière, écrivaine... et ambulancière, cantinière, pointeuse d’artillerie, combattante... fusillée, emprisonnée, déportée... et salie, humiliée, oubliée...

      Les femmes de la Commune ont élevé le cœur de l’idéal des hommes de la Commune. Dès le 18 mars, premier jour de la révolution parisienne, au son du tocsin, les femmes et les enfants de Montmartre s’opposent vivement à l’enlèvement des canons de la butte par la troupe, obtiennent des soldats (“vous ne tirerez pas sur le peuple !”) la fraternisation avec la foule, entourent les soldats, arrêtent les chevaux, coupent les harnais…
      Privées du droit de vote et de représentation, elles ne participeront pas aux délibérations de la Commune. Organisées dans les comités d’arrondissement, les clubs, l’Union des femmes pour la dé­fense de Paris et les soins aux blessés, elles vont bousculer le paternalisme gouailleur de leurs compagnons révolutionnaires en réclamant la fin de l’exploitation, la part égale à travail égal, l’affranchissement de tous...

      Ce livre, chronique poétique en images, rend hommage aux Louises, citoyennes de la Commune qui ont voulu « considérer les douleurs générales de l’humanité comme rentrant dans la cause commune des déshérités » (Louise Michel)

  • #femmes* en #grève/ Vrouwen* Staking (3/3)
    http://www.radiopanik.org/emissions/les-promesses-de-l-aube/femmes-en-greve-vrouwen-staking-3-3-

    Une Grève des Femmes*/ Grève Féministe se prépare pour le 8 mars prochain, à l’initiative du Collecti.e.f 8 maars.

    Le Collecti.e.f 8 maars, indépendant des partis et syndicats, rassemble des femmes de tous horizons dans la volonté commune d’organiser une grève des femmes* en Belgique le 8 mars 2019, journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

    Depuis septembre 2018, des assemblées nationales réunissent tous les mois plus d’une centaine de femmes pour organiser cette journée d’action conçue comme une première étape pour obtenir des avancées concrètes.

    Toutes les femmes du pays sont invitées à – rendre visibles leurs réalités et les différentes oppressions qui s’y mêlent, leurs colères et leurs envies et en parler autour d’elles (télécharger matériel de mobilisation ici) – se rencontrer pour (...)

    #FMinistes #féministes #fministe #grève,femmes,FMinistes,féministes,fministe
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/les-promesses-de-l-aube/femmes-en-greve-vrouwen-staking-3-3-_06320__1.mp3

  • RBG est un #documentaire de Julie Cohen et Betsy West sur la juge de la cour suprême américaine, #Ruth_Bader_Ginsburg, connue pour ses positions #féministes et #anti-Trump, et qui a aujourd’hui 85 ans.
    https://www.imdb.com/title/tt7689964/?ref_=fn_al_tt_1

    La chanson du film, I’ll Fight, est interprétée par #Jennifer_Hudson, est donc très politisée :
    https://www.youtube.com/watch?v=ho0aVZHQnNM

    Les paroles :
    https://genius.com/Jennifer-hudson-ill-fight-lyrics

    #Musique #Musique_et_politique

  • #Turin (Italie) : deux textes en solidarité avec l’Asilo expulsé
    https://fr.squat.net/2019/02/26/turin-italie-deux-textes-en-solidarite-avec-l-asilo-expulse

    Dissocié-e-s et balances, bien que Gouines&PDs ! Indymedia-Nantes, 21 février 2019 À propos de violence et d’anormalité dans le défilé contre l’expulsion de l’Asilo et les arrestations. À l’aube du 7 février à Turin, Chiara Appendino et sa clique étoilée* assument la responsabilité politique d’évacuer de manière militaire l’Asilo, occupé depuis 24 ans. Six compagnon-ne-s […]

    #artistes #Asilo_occupato #féministes_&_queers #Italie #opération_Étincelle

    • Merci!

      Patti Smith
      “Land”
      1975

      X-Ray Spex
      “Oh Bondage! Up Yours!”
      1977

      The Bags
      “Survive”
      1978

      The Slits
      “Typical Girls”
      1979

      Crass
      “Walls (Fun in the Oven)”
      1979

      Bush Tetras
      “Too Many Creeps”
      1980

      Neo Boys
      “Rich Man’s Dream”
      1980

      The Brat
      “Attitudes”
      1980

      Kleenex
      “Hitch-hike”
      1980

      Vivien Goldman
      “Private Armies”
      1981

      The Raincoats
      “No One’s Little Girl”
      1982

      Vulpes
      “Me Gusta Ser una Zorra”
      1983

      Sonic Youth
      “Flower”
      1985

      Mecca Normal
      “Man Thinks ‘Woman’”
      1987

      Fugazi
      “Suggestion”
      1988

      Fifth Column
      “She Said ‘Boom’”
      1990

      Bikini Kill
      “Feels Blind”
      1991

      7 Year Bitch
      “Dead Men Don’t Rape”
      1992

      L7
      “Pretend We’re Dead”
      1992

      Slant 6
      “What Kind of Monster Are You?”
      1993

      Bratmobile
      “Cool Schmool”
      1993

      PJ Harvey
      “50 Ft. Queenie”
      1993

      Huggy Bear
      “Her Jazz”
      1993

      Hole
      “Violet”
      1994

      Spitboy
      “What Are Little Girls Made Of?”
      1995

      The Julie Ruin
      “Crochet”
      1998

      Le Tigre
      “Hot Topic”
      1999

      Sleater-Kinney
      #1 Must Have”
      2000

      New Bloods
      “Oh, Deadly Nightshade!”
      2008

      White Lung
      “I Believe You“
      2014

      Priests
      “And Breeding”
      2014

      G.L.O.S.S.
      “G.L.O.S.S. (We’re From the Future)“
      2015

      Downtown Boys
      “Monstro”
      2015

      Pour la #playlist de chanteuses féministes que @mad_meg a rassemblé :
      https://seenthis.net/messages/392880

      #Musique #Musique_et_politique #Femmes #Féministes

  • « Un #écoféminisme à la française ? Les liens entre mouvements féministe et écologiste dans les années 1970 en France

    S’appuyant sur un dépouillement systématique de revues #écologistes (La Gueule ouverte et Le Sauvage) et #féministes (Sorcières, des femmes en mouvement, etc.) ainsi que sur des entretiens menés avec des journalistes et des militant·e·s, cet article revient sur la période qui, en France après les événements de mai 1968, a vu la réémergence des mouvements écologiste et féministe et les tentatives de quelques acteurs/actrices de ces mouvements sociaux pour les faire converger. Nous analysons particulièrement trois aspects de ces convergences : les tentatives de rencontres et de coalitions entre le mouvement écologiste et certaines féministes, l’articulation théorique proposée à partir de 1974 par Françoise d’Eaubonne autour du concept d’éco-féminisme, et l’intérêt grandissant porté à l’écologie par des féministes différentialistes situées à la jonction de différents mouvements sociaux. Cet article permet d’éclairer la spécificité de la situation française au moment où, à la fin des années 1970, émerge un mouvement écoféministe transnational. »

    https://journals.openedition.org/genrehistoire/3798

  • #Chabestan (05) : occupation du #château_Laric
    https://fr.squat.net/2019/01/24/chabestan-05-occupation-du-chateau-laric

    Voilà maintenant une quinzaine de jours que le château Laric de Chabestan (région de Gap) est réouvert. Ce bâtiment à l’abandon depuis 10 ans était une colonie de vacances du CIE des dockers de Marseille, qui a fermé ses portes à cause de normes trop conséquentes. Nous occupons ce bâtiment pour le mettre à la […]

    #féministes_&_queers #Hautes-Alpes #ouverture

  • #Grenoble : perquiz en lien avec l’incendie de la gendarmerie de la nuit du 20 au 21 septembre 2017
    https://fr.squat.net/2019/01/22/grenoble-perquiz-en-lien-avec-l-incendie-de-la-gendarmerie-de-la-nuit-du-2

    PERQUIZ A GRENOBLE EN LIEN AVEC L’INCENDIE DE LA GENDARMERIE DE LA NUIT DU 20 AU 21 SEPTEMBRE 2017. Aujourd’hui 22 janvier 2019, au moins 4 perquisitions ont eu lieu à Grenoble vers 7h du matin dans le milieu feministe / anarchiste. 1 appartement squatté à #La_Villeneuve, 1 maison squattée à Saint-Martin d’Hères, 1 […]

    #féministes_&_queers #Fontaine_38_ #perquisition

  • #Maggie_Mellon : Le gouvernement écossais favorise des politiques qui vont faire du mal aux enfants ; avec d’autres féministes, j’ai bien l’intention de les contrer.
    https://tradfem.wordpress.com/2019/01/06/maggie-mellon-le-gouvernement-ecossais-favorise-des-politiques-qu

    Un article au sujet de cinq jeunes transgenre nous a permis de mieux voir les personnes derrière les gros titres. En effet, les enfants et les jeunes méritent mieux qu’être l’objet de politiques, d’accords entre adultes ou de débats sur ce qui est bon pour eux. Voilà pourquoi je m’oppose fermement au choix du gouvernement écossais d’adopter une série de mesures qui vont faire du mal aux enfants.

    De grâce, regardons derrière les gros titres des journaux, et voyons les vraies personnes. Les femmes sont de vraies personnes. D’autres femmes, et moi-même, qui sommes de vraies personnes, nous opposons à la falsification de la réalité de ce que représente l’idéologie transgenre.

    Je suis une femme de 64 ans qui a eu la plupart du temps une vie heureuse. Mais quand j’avais 9, 10, 11 ans, et un peu plus, j’étais très malheureuse de constater que, contre ma volonté, j’étais condamnée à être une femme.

    Je ne me « sentais » pas femme. Je ne pouvais pas envisager l’idée de devenir une femme. Cela signifiait avoir des seins, des règles, un destin de femme mariée, de servitude et de bébés. Les attentes physiques et sociales du fait « d’être une femme » m’horrifiaient.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://www.commonspace.scot/articles/13575/maggie-mellon-scotgov-embracing-policies-which-will-harm-children-i-an
    Maggie Mellon, militante féministe et ancienne assistante sociale spécialisée dans la protection de l’enfance, déclare que le gouvernement écossais se prépare à adopter des mesures concernant les questions transgenre qui risquent d’être nocives pour les enfants, et elle affirme qu’un nombre croissant de femmes y sont opposées.
    #Ecosse #Transgenrisme #féministes

  • http://offensivesonore.blogspot.com/2018/11/emma-goldman-vivre-ma-vie.html

    Emma Goldman - Vivre ma vie

    Emission du 23 novembre 2018, enregistrement fait à la libraire Quilombo, qui organisait un débat à l’occasion de la traduction intégrale de son autobiographie magistrale « Vivre ma vie. Une anarchiste au temps des révolutions » (L’échappée) avec Laure Batier et Jacqueline Reuss, les deux traductrices. Née en 1869 dans l’Empire russe, Emma Goldman s’exile aux États-Unis à 16 ans. Pauvreté, exploitation et désillusions l’y attendent. Elle plonge alors à corps perdu dans le chaudron politique et intellectuel. Activiste et conférencière anarchiste aussi célèbre que redoutée, elle sillonne au gré des luttes une Amérique en pleine ébullition. Expulsée en 1919 vers la Russie, accueillie chaleureusement par Lénine, elle découvre une réalité qu’elle ne cessera de dénoncer avec courage tout en poursuivant son inlassable combat pour l’émancipation.

    #audio #radio #offensive_sonore #radio_libertaire #audio #Emma_Goldman #anarchisme #anarchiste #iww #féminisme #histoire #mouvement_ouvrier #antimilitarisme #féministe

  • #Barcelone : #La_Llamborda résiste ! #expulsion de la Llamborda, vendredi 26 octobre
    https://fr.squat.net/2018/10/23/barcelone-la-llamborda-resiste-expulsion-de-la-llamborda

    Vendredi 26 octobre 2018, tentative d’expulsion de la Llamborda, au 125 rue Amílcar, espace occupé depuis plus de 6 ans, où beaoucoup d’activités ont eu lieu, avec une forte présence anarcha-féministe. Le squat a déjà survécu à deux tentatives d’expulsion. Nous appelons à votre soutien à partir de 8h30 du matin pour faire échouer le […]

    #Catalogne #féministes_&_queers