• Ce que le film Après Demain ne vous a (toujours) pas dit emmanuelwathelet - 23 Décembre 2018 - leblogduradis , Investigaction
    https://leblogduradis.com/2018/12/23/ce-que-le-film-apres-demain-ne-vous-a-toujours-pas-dit & https://www.investigaction.net/fr/ce-que-le-film-apres-demain-ne-vous-a-toujours-pas-dit

    Si le film  Demain  a été un tel succès et qu’il a touché tant la société civile que les décideurs politiques et le monde marchand, pourquoi les résultats sont-ils aussi minces ? Désolé, le film  Après Demain  ne vous apportera pas de réponse, même s’il est obligé de faire un constat d’échec du bout des lèvres. Pire : le nouveau documentaire de Cyril Dion, accompagné cette fois par la journaliste environnementale Laure Noualhat, est confus, trompeur et très intéressé. Ils y confirment l’indigence de leur analyse économique et politique, mais aussi l’incapacité à se défaire de leurs œillères. La caution « autocritique » qu’aurait dû apporter Noualhat fait un « flop » qu’on ne saurait attribuer qu’à l’ (auto)censure ou à l’ignorance. Essayons de comprendre.

    Je ne vais pas faire traîner un scoop qui n’existe pas. Lorsque j’ai écrit ma première critique sur le film Demain https://www.investigaction.net/fr/ce-que-le-film-demain-ne-vous-a-pas-dit – un article abondamment relayé et je vous en remercie ! – j’ai très précisément expliqué l’erreur originelle de Cyril Dion et Mélanie Laurent :  le fait d’occulter l’acteur le plus important de la société capitaliste, c’est-à-dire le capitaliste lui-même !  Et je vous le donne en mille, qui est à nouveau absent de ce second opus ? Bingo, le capitaliste ! Comme si le changement climatique pouvait se résoudre sans rapport de force, sans luttes et qu’il n’y avait pas, à la base de l’inaction politique, des intérêts complètement opposés.

    Les « lobbies et multinationales » ne sont évoqués dans le film qu’une seule fois et ils sont considérés comme les  causes  des dérèglements et non comme les  conséquences  du mode de production spécifique qu’est le capitalisme. Le problème ? Nous pousser à croire qu’il suffirait de réguler ces derniers pour que tout aille mieux. D’autre part, la seule fois que le terme « capitalisme » est prononcé, c’est pour en blâmer la version « triomphante », un peu comme lorsque Edwy Plenel nous assure que le capitalisme n’est pas « spontanément » démocratique. https://leblogduradis.com/2018/12/19/trois-questions-a-edwy-plenel Il suffirait de lui forcer la main, quoi… On est là dans le vocabulaire des « excès » du capitalisme qu’il faudrait juguler et dans le refus de considérer qu’un capitalisme « sans excès » n’est tout simplement pas possible. https://leblogduradis.com/2018/01/02/comprendre-les-fusions-dentreprises-partie-1

    L’article qui suit est structuré de la façon suivante : je montre que Dion et Noualhat nient la dimension systémique du capitalisme, qu’ils occultent les victoires des capitalistes, qu’ils font croire que les capitalistes font partie de la solution et non pas du problème et, enfin, qu’ils souscrivent à la dangereuse idéologie du volontarisme, mettant tout le poids de la responsabilité sur les individus. Enfin, je reviens sur trois points essentiels à la critique : la question de la rentabilité économique des « solutions » qu’ils proposent, leur faisabilité réelle ou fantasmée et, enfin, le danger d’une approche psychologisante.

    Premier point donc, Cyril Dion et Laure Noualhat ignorent (ou feignent d’ignorer) qu’en régime de propriété privée, les acteurs économiques sont en concurrence. Pour survivre, c’est-à-dire ne pas tomber en faillite ou être rachetés, ils n’ont d’autres choix que vendre plus et diminuer leurs coûts. Deux aspects inconciliables avec le respect de l’environnement et le respect des travailleurs. J’ai détaillé précisément ces mécanismes dans une série d’articles sous forme de dialogues sur le Blog du radis. https://leblogduradis.com/2018/01/02/comprendre-les-fusions-dentreprises-partie-1

    Il est important de noter ici que même un producteur « local » de fruits et légumes est soumis aux mêmes règles : la proximité d’une grande enseigne de distribution à côté de chez lui le place de facto en situation de concurrence. Personne ne peut se soustraire à ces lois, quelle que soit la forme juridique adoptée, coopératives comprises. Or, à ce jeu, ce sont toujours les économies d’échelle qui gagnent, autrement dit les gros acteurs économiques. Les « petits pas » font marcher ceux qui peuvent se le permettre, les « gilets jaunes » continueront à aller chez Aldi. Non par choix mais par nécessité.

    Si on veut changer ce principe, il faut en changer les règles fondamentales, celles du capitalisme.  Après Demain  reconnaît que les seules initiatives qui durent dans le temps sont celles qui ont pu intégrer des élus locaux. Bien sûr, puisqu’il y a là l’amorce d’une modification structurelle. Mais comme les élus locaux sont bien peu de choses au regard des grandes enseignes et des grandes industries, il faudrait pouvoir convaincre les élus nationaux, les parlementaires européens, voire toucher l’échelle mondiale. Là où les décisions se prennent vraiment…c’est-à-dire là où les lobbies sont sur le terrain depuis le départ ! La récente campagne « l’affaire du siècle » exprime – enfin !- publiquement que les petits pas ne peuvent suffire, mais elle fait preuve de naïveté en ne mettant pas en cause le système dans ses structures.

    https://www.youtube.com/watch?v=SISSUVzzn5U

    Second point,  Après Demain  continue d’affirmer quant à lui que les fameux « petits pas » peuvent, de proche en proche, changer le monde, comme si, entre-temps, les capitalistes regardaient le nouveau monde advenir sans broncher. C’est évidemment complètement faux. Il ne sera pas nécessaire de lister de façon exhaustive, depuis la diffusion de  Demain,  les preuves de l’inaction environnementale – une inaction qui, dans un contexte de réchauffement, correspond à une régression puisqu’elle ne suppose pas le statu quo. Il ne sera pas non plus nécessaire de lister les régressions pures et simples. Pour autant, rappelons quand même quelques faits marquants.

    D’abord la prolongation pour cinq ans de l’autorisation du glyphosate dans l’Union européenne, ensuite la signature du CETA (on sait qu’en favorisant le commerce, on augmente la pollution) et enfin l’autorisation donnée par Macron pour le forage par Total en Guyane https://www.lejdd.fr/Societe/guyane-un-projet-de-mine-dor-au-coeur-dune-polemique-3707831 avec des conséquences environnementales désastreuses. Le New York Times a listé pas moins de 78 lois fédérales contre le climat https://www.nytimes.com/interactive/2017/10/05/climate/trump-environment-rules-reversed.html décidées par l’administration Trump. En France, la nouvelle loi de finance allège le barème pour les véhicules les plus polluants, https://www.alternatives-economiques.fr/malus-auto-mal-climat/00087527 alors que nous savons les marchés incapables d’anticiper sur le long terme en ce qui concerne le prix du baril (aucune chance qu’il explose pour cause de rareté). Les Britanniques autorisent à nouveau l’exploitation du gaz de schiste, https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/09/12/au-royaume-uni-sur-la-ligne-de-front-du-gaz-de-schiste_5353867_3234.html cette année a une nouvelle fois battu un record dans la production et la consommation de pétrole https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/petrole-les-records-de-production-et-de-consommation-d-or-noir-explosen et la consommation de pesticides a encore augmenté en 2017 en France. https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/petrole-les-records-de-production-et-de-consommation-d-or-noir-explosen On sait par ailleurs que Lafarge, GDF-Suez et leurs petits copains financent les sénateurs climato-sceptiques outre-Atlantique, http://ecologie.blog.lemonde.fr/2010/10/26/des-industriels-europeens-manoeuvrent-contre-la-loi-sur-le-cli et grâce à la London School of Economics, il est possible d’avoir une vue sur tous les litiges concernant les lois touchant au changement climatique http://www.lse.ac.uk/GranthamInstitute/climate-change-laws-of-the-world/?fromyear=2015&toyear=2018&country=all&side_a=all&side_b=all&side_c=all&class dans le monde… Tout ça ne concerne que les derniers mois ou années. Vive les petits pas pour changer le monde !

    En réalité, il y a un abîme séparant l’augmentation réelle de la conscience du changement climatique chez les citoyens du monde, et l’absence de décisions réelles, influentes. Et pour cause ! Les décisions nécessaires, comme je le répète inlassablement, obligeraient à revoir l’ensemble du système de production capitaliste. Comme ceux qui font les lois sont aussi ceux qui en profitent, aucune chance que cela change.

    Troisième point, et non des moindres.  Après Demain  essaie même de nous faire croire que les acteurs économiques capitalistes font partie de la solution et pas du problème ! Ils parlent de « changer les entreprises de l’intérieur » et donnent une véritable tribune à Emmanuel Faber, PDG de Danone. Dans un émouvant (sarcasme) extrait de discours, celui-ci avance sans sourciller que leur objectif est de « servir la souveraineté alimentaire des populations ». Heu, en fait, non. Le but de Danone est de faire du profit. Pas de répondre exactement à une demande. Sinon, on ne jetterait pas autant de bouffe, on ne nous droguerait pas au sucre, etc. Selon le film pourtant, même les grosses multinationales comme Danone peuvent devenir « responsables », au sens écologique et social du terme. Danone sera (au futur, quand même) labellisé Bcorp en 2020 et sa filiale US l’est déjà. Alors, preuve que j’exagère ?

    Moi, c’est le genre d’info qui m’interpelle, et du coup je vais voir de plus près. B Corporation est un organisme privé de certification. Pour être certifié, il faut rencontrer une série de critères sociaux et environnementaux. D’accord, mais lesquels ? C’est là que ça se complique, parce que selon la taille de votre entreprise et votre secteur d’activité, les exigences seront différentes. Une espèce de certification à la carte, dont le processus est éminemment opaque et le résultat par conséquent impossible à juger. De plus, le label s’obtient sur base de ce que vous déclarez et personne a priori ne viendra vérifier. Enfin, on sait que la plupart des grandes multinationales ont d’innombrables filiales et travaillent avec des fournisseurs qui, eux, ne sont pas susceptibles d’être certifiés. Facile du coup de rejeter la responsabilité au cas où un scandale devait éclater. J’appelle ça de l’enfumage…

    Quatrième point, le documentaire  Après Demain  joue la carte de la culpabilisation des individus. La parole est donnée à Anne Hidalgo, maire de Paris, et Nicolas Hulot, ancien ministre de la transition écologique, lequel affirme qu’il n’y a pas non plus « un million de gens qui descendent dans la rue pour demander de manger bio ». Alors qu’évidemment, quand il s’agit du foot, tout le monde est sur les Champs-Élysées ! Que dire ? D’abord que c’est faux. La marche pour le climat à Bruxelles le 2 décembre 2018 a réuni 75000 personnes. Le chiffre est à peine croyable pour la petite capitale belge. Résultat ? Deux jours plus tard, à la Cop24, le premier ministre belge Charles Michel se faisait remplacer par la ministre du développement durable Marie-Christine Marghem laquelle y rejetait deux directives pour le climat. https://www.rtbf.be/info/dossier/la-prem1ere-soir-prem1ere/detail_climat-le-face-a-face-entre-m-c-marghem-et-juliette-boulet-de-la-coaliti

    Les individus, eux, se mobilisent. C’est au niveau institutionnel, et donc structurel, que ça coince, comme expliqué plus haut. Mais il n’empêche que c’est une habitude : si le changement climatique n’est pas combattu à sa juste valeur, c’est la faute aux gens qui n’en font pas assez, comme l’expliquait sans rire Élise Lucet au JTerre de quelques joyeux Youtubeurs. On est dans la veine du discours volontariste https://leblogduradis.com/2018/09/18/354 voulant que le chômeur porte la responsabilité de ne pas avoir de travail, que le bonheur dépend de son développement personnel ou qu’il appartient à chacun de faire attention à ses données personnelles.

    Ce n’est pas tout. Comme je l’expliquais déjà dans mon article sur le film  Demain https://www.investigaction.net/fr/ce-que-le-film-demain-ne-vous-a-pas-dit , l’immense hypocrisie de Cyril Dion est de faire croire que, parce que des alternatives existent, elles seraient accessibles à tous. Or, il est maintenant évident qu’acheter équitable, bio, respectueux des animaux et des personnes, c’est payer plus cher. Par exemple,  Après Demain  évoque une école Montessori. Magnifique, d’autant qu’on y paie en proportion de ses revenus…c’est-à-dire entre 150 et 400€/mois, soit entre 10 et 28 fois plus cher qu’une année de licence à la fac https://www.campusfrance.org/fr/cout-etudes-superieures-france-frais-inscription ! Et de passer vite à autre chose comme si c’était normal, comme si le premier « gilet jaune » venu pouvait se le payer.

    Le film évoque aussi des potagers sur des toits plats de bâtiments de la Poste. Le PDG, Philippe Wahl, y est tout sourire mais tout le monde « oublie » de nous dire que les postiers motivés sont bénévoles et que la responsabilité leur revient de tout mettre en place et de gérer. On n’appelle pas ça du travail gratuit ?

    D’autant qu’il n’est pas étonnant que Cyril Dion et Laure Noualhat se focalisent tant sur la nourriture, le secteur où il est le plus facile de « penser local ». Alors on est obligé de faire des petits arrangements avec la vérité, mine de rien, pour les autres secteurs économiques. Par exemple en ce qui concerne l’énergie éolienne. Bien sûr, on passe sous silence le coût environnemental de leur fabrication et de leur acheminement, mais surtout on s’efforce de taire que jamais l’éolien ne pourra satisfaire nos besoins énergétiques actuels, comme le répète régulièrement Jean-Marc Jancovici. Sinon, il faudrait remettre en question le principe même de croissance, consubstantiel au capitalisme.
    https://www.youtube.com/watch?v=1aCHN6dytVY

    Grâce à Arrêts sur images https://www.arretsurimages.net/articles/les-six-peches-du-film-apres-demain , on découvre d’autres éléments bien nauséabonds. Ainsi, les mérites d’Enercoop, une coopérative de production d’électricité verte, sont vantés dans le docu…mais sans dire qu’elle est partenaire de Kaizen, une revue fondée par Cyril Dion himself. Le conflit d’intérêts ne s’arrête pas là puisque Pocheco, une entreprise dont la publicité est faite dans  Demain  mais aussi dans  Après Demain , est un actionnaire important de la même revue ! L’histoire de cette dernière entreprise est d’ailleurs un cas d’école. En effet, depuis la diffusion du film  Demain , Emmanuel Druon, le directeur prônant un « management alternatif », est rattrapé par des accusations lui reprochant d’être harcelant et tyrannique. http://labrique.net/index.php/thematiques/lutte-des-classes/914-exclusif-pocheco-lettre-verte-non-recommande Entre-temps, le marché du papier s’est écroulé, la boîte n’était plus rentable, elle a licencié en masse et a effectué un glissement de l’industrie vers la consultance, pour donner des conseils à L’Oréal et à…Danone ! Chassez la rentabilité financière par la porte, elle reviendra par la fenêtre.

    Et puisqu’il faut bien remplacer par quelque chose les considérations matérielles concrètes qu’il est trop difficile de tordre à son avantage, Dion et Noualhat s’embarquent dans des considérations psychologisantes. Peu importe la vérité, tant qu’on raconte une belle histoire qui donne envie d’y croire (sic). What ? Au chapitre des belles histoires racontées par de beaux conteurs, on aura au moins cette fois échappé à Pierre Rabhi (qui avait lui aussi reçu Emmanuel Faber, PDG de Danone…). Pourtant, Cyril Dion, qui aime placer ses amis comme on vient de le voir, avait cofondé avec Rabhi le mouvement des Colibris. Faut croire qu’ils ont été tous deux légèrement échaudés par le dossier que Jean-Baptiste Malet a consacré au « paysan » dans l’édition d’août 2018 du Monde diplomatique. https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981

    Qu’importe, les premières « stars » venues feront l’affaire, comme l’écrivain à succès Harari, recommandé par Zuckerberg, Obama et Gates. On comprendra qu’il ne représente pas un gros risque pour le capitalisme. On retrouve une énième fois Rob Hopkins, grand prêtre du mouvement dit de la Transition, qui continue de faire semblant de croire à une « révolution tout en douceur » en dépit de l’évidence (argumentée) et Nicolas Hulot qui, au moment du tournage n’avait pas encore démissionné. Oui, ça la fout mal au moment de la diffusion, on perd un peu de son pouvoir de persuasion quand on a reconnu entre-temps sa plus parfaite impuissance, même avec le pouvoir qui était le sien. Last but not least, la parole est donnée à plusieurs reprises à Muhammad Yunus, le « banquier des pauvres » qui avait reçu le prix Nobel de la paix en 2006. Son credo ? Le business au service de la résolution des problèmes… Sauf que le microcrédit ne sort personne de la misère, qu’il est inaccessible aux plus pauvres, https://www.investigaction.net/fr/Microcredit-et-auto-entreprise qu’il masque le rapport de causalité faisant que certains sont obligés d’y souscrire https://www.investigaction.net/fr/Microcredit-et-auto-entreprise , etc. Bref, on est loin d’une idée révolutionnaire.

    Le film  Après Demain  est une fable bourrée de conflits d’intérêts, d’inexactitudes, de faux enthousiasme et d’ignorance politico-économique. Cyril Dion et sa comparse faussement critique Laure Noualhat ont même le culot de terminer par un extrait du discours de Martin Luther King pour montrer la puissance des histoires, la force des rêves. Au même titre que Jean-Baptiste Malet a révélé que, dans la légende du colibri relayée abondamment par Rabhi, le petit oiseau finalement meurt d’épuisement, nous devrions peut-être rappeler à Cyril Dion que Luther King a été assassiné et que le racisme envers les afro-américains est toujours féroce. Permettez-moi d’avoir des rêves plus positifs…pour après  Après Demain .

    https://www.youtube.com/watch?v=OPLt-yd0jQo&t=838s

    #demain #aprés_demian #Cyril_Dion # laure_noualhat #enfumage #occultation #capitalisme #changement_climatique #lobbies #multinationale #volontarisme #local #Gilets_Jaunes #glyphosate #ue #union_européenne #CETA #pollution #petits_pas emmanuel_faber, PDG de #Danone #Bcorp #B_Corporatio #certification #enfumage #anne_hidalgo #nicolas_hulot #marie-christine_marghem #Élise_Lucet #JTerre #Montessori #GiletsJaunes #La_Poste #philippe_wah #travail_gratuit énergie_éolienne #éolien #enercoop #kaizen #conflit_d_intérêts #pocheco #emmanuel_druon #pierre_rabhi #colibris #rob_hopkins #transition #muhammad_yunus #microcrédit #fable #ignorance #Martin_Luther_King


  • Benjamin Griveaux, pêcheur à la dérive

    https://blogs.mediapart.fr/romaric-godin/blog/270518/benjamin-griveaux-pecheur-la-derive

    Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a, ce dimanche dans Le Parisien, remis une couche de cette justification philosophique. Dans une tribune où, selon une technique de communication bien connu, il inverse l’accusation à son profit et déclare que « l’homme pauvre est au cœur du combat » du gouvernement et où donc, par la grâce de son bras droit, Emmanuel Macron devient le « président des pauvres », il s’appuie sur une citation de Confucius.

    Cette citation est un lieu commun de la pensée libérale. Elle déclare que si un homme a faim, il lui est plus utile de lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson.

    Citer Confucius n’est pas anodin. Le penseur chinois n’est pas qu’une aimable référence d’une « philosophie orientale » à la mode, c’est le pilier du conservatisme de la Chine impériale. C’est une pensée du respect des hiérarchies et de l’ordre.

    Or, rien n’est plus contestable, en vérité. Apprendre à pêcher, est-ce vraiment la solution contre la faim ? S’il n’y a plus de poisson (parce qu’il y a eu de la pêche intensive, par exemple), s’il n’est pas possible légalement de pêcher (parce que la zone de pêche a été privatisée par exemple), servira-t-il à celui qui a faim de pêcher ? Et s’il peut pêcher, celui qui a faim pourra-t-il vivre de sa seule pêche ou devra-t-il vendre à vil prix le produit de sa pêche à celui qui lui a appris à pêcher, de sorte que lui et sa famille risque d’avoir encore faim malgré son savoir ?

    En réalité, si « l’homme pauvre » a faim, ce n’est pas parce qu’il ne sait pas pêcher, c’est parce qu’on a rendu son savoir de pêcheur inutile. Et qu’il ne peut plus vivre de l’activité qu’on lui propose. Pendant trente ans, ceux qui se sont repus de dépenses fiscales et d’avantages fiscaux, ceux qui ont exfiltré leur richesse à l’étranger, ceux qui ont délocalisé, ont détruit des savoirs-faire et n’ont pas investi dans la population française. Et puis ils se tournent maintenant vers le pauvre en le jugeant responsable et en lui faisant la leçon.


  • « Emmanuel Macron veut liquider le modèle social français » - Entretien avec Frédéric Farah - Le Vent Se Lève
    http://lvsl.fr/macron-liquider-modele-social-farah

    Aujourd’hui, après 30 ans de réformes pour ne pas dire de #régressions, Emmanuel Macron et autres Fillon demandent avec plus ou moins de brutalité d’épouser une voie allemande en matière sociale, c’est-à-dire d’accélérer la #liquidation de notre modèle social. Pour eux, il faut désormais soumettre l’#économie française à marche forcée à ce projet européen dont la forme brutale s’est exprimée dans les pays du sud et particulièrement en Grèce. Yannis Varoufakis l’a bien dit : l’objectif de Schäuble est l’État social français. Jean-Claude Juncker a quant à lui clairement dit que la loi El Khomri était le minimum que pouvait faire la France. Macron c’est la version high tech de ce projet tandis que François Fillon incarne la version Tweed et défense des clochers, mais en définitive il s’agit de la même histoire.

    #marchandisation #précarité

    • L’objectif essentiel de la flexibilité sur le marché du travail est de modérer les salaires qui ne sont perçus que comme un coût. A en croire les Macron et autres Fillon pour ne citer que ceux-là, nous aurions à faire à un marché du travail ultra rigide.
      Nous montrons dans le livre qu’il n’en est rien. Depuis 1980 , le recours aux emplois temporaires a été multiplié par 5 pour l’intérim, par 4 pour les CDD et par 3 pour les CDD et les contrats aidés. Pire encore, la littérature scientifique révèle clairement qu’il n’est pas possible d’établir de lien positif entre une plus grande flexibilité et une création d’emplois ou une réduction du chômage.
      L’OCDE pourtant chantre du libéralisme est revenu sur sa croyance en la flexibilité. En 2004, elle reconnaissait que les mesures de flexibilisation n’étaient pas la martingale en matière d’emploi. La flexibilité permet parfois des ajustements plus rapides des besoins en main d’œuvre mais ne crée pas d’emplois.

      et

      Le marché du travail français est largement flexible et la loi El Khomri ne créera probablement aucun emploi. Lorsque l’autorisation administrative de licenciement a été supprimée en 1987, combien d’emplois ont été crées dans la foulée ? Tout simplement aucun. Au cours des Trente glorieuses, le marché du travail a vu naitre le SMIC, les contrats à durée indéterminée, une protection sociale élargie, le chômage a-t-il cru ? Absolument pas.

      #flexibilité #emploi #libéralisme #fable_moderne


  • Histoire de l’étrangère

    Une #fable du monde moderne et sa morale.

    Quelques années avant ma naissance, mon père connut une étrangère récemment arrivée dans notre village.

    Depuis le début, mon père fut subjugué par cette personne, si bien que nous en arrivâmes à l’inviter à demeurer chez nous. L’étrangère accepta et depuis lors elle fit partie de la famille. Moi je grandissais, je n’ai jamais demandé d’où elle venait, tout me paraissait évident. Mes parents étaient enseignants : ma maman m’apprit ce qu’était le bien et ce qu’était le mal et mon père m’apprit l’obéissance.

    Mais l’étrangère c’était une conteuse, une enjôleuse. Elle nous maintenait, pendant des heures, fascinés par ses histoires mystérieuses ou rigolotes. Elle avait la réponse à tout ce qui concernait la politique, l’histoire ou les sciences. Elle connaissait tout du passé, du présent, elle aurait presque pu parler du futur ! Elle fit même assister ma famille à une partie de ootball pour la première fois. Elle me faisait rire et elle me faisait pleurer. L’étrangère n’arrêtait jamais de parler, ça ne dérangeait pas ma Maman.

    Parfois maman se levait, sans prévenir, pendant que nous continuions à boire ses paroles.
    Je pense qu’en réalité, elle était à la cuisine pour avoir un peu de tranquillité (Maintenant je me demande si elle n’espérait pas avec impatience qu’elle s’en aille). Mon père avait ses convictions morales, mais l’étrangère ne semblait pas en être concernée. Les blasphèmes, les mauvaises paroles, par exemple, personne chez nous, ni voisins, ni amis, ne s’en seraient permis.

    Ce n’était pas le cas de l’étrangère qui se permettait tout, offusquant mon père et faisant rougir ma maman. Mon père nous avait totalement interdit l’alcool. Elle, l’étrangère, nous incitait à en boire souvent. Elle nous affirmait que les cigarettes étaient fraîches et inoffensives, et que pipes et cigares faisaient distingué. Elle parlait librement (peut-être trop) du sexe. Ses commentaires étaient évidents, suggestifs, et souvent dévergondés. Maintenant je sais que mes relations ont été grandement influencéespar cette étrangère pendant mon adolescence.

    Nous la critiquions, elle ne faisait aucun cas de la valeur de mes parents, et malgré cela, elle était toujours là !

    Cinquante ans sont passés depuis notre départ du foyer paternel. Et depuis lors beaucoup de choses ont changé : nous n’avons plus cette fascination. Il n’empêche que, si vous pouviez pénétrer chez mes parents, vous la retrouveriez quand même dans un coin, attendant que quelqu’un vienne écouter ses parlotes ou lui consacrer son temps libre… Voulez-vous connaître son nom ?

    Nous, nous l’appelons… #Télévision ! Il faudrait que cette belle histoire soit lue par tout le monde.

    Attention :
    Maintenant, elle a un époux qui s’appelle #Ordinateur
    … un fils qui s’appelle #Portable
    ... une fille qui s’appelle #Tablette
    … et un neveu pire que tous : lui, c’est #Smartphone !
    et ils se lient tous ensemble pour nous éloigner les uns des autres !!!

    #écrans #numérique

    • Très critiquable ... Le genre de mail qui circule le vendredi après-midi (par chaîne de messagerie), et qui surprend lorsqu’on la reçoit dans sa boîte mail...

      Volà le genre de morale que retiendra la génération précédent la génération Y ... Les objets connectés nous éloignent les uns des autres ; c’est simple à retenir comme idée, non ? :)

    • Voilà ce que j’ai répondu à l’expéditeur pour provoquer une réflexion :

      Resterait juste à rajouter, où peut-on encore réellement trouver du temps libre pour pouvoir se rapprocher les un.e.s des autres ?

      Je suis persuadé que cette possibilité de se rapprocher les uns des autres a été bien écornée par la machine économique du toujours plus.

      Le smartphone, l’ordinateur et la télé, nous contraignent d’abord à aller travailler pour servir cette machine économique, au détriment du lien social que nous aurions pu développer à la place de produire des chiffres.

      « Plus de lien, moins de biens » est le slogan des « décroissants », du moins de ceux qui considèrent que les ressourcs de la planète Terre ne sont pas illimitées, et qu’à la place de « travailler plus pour gagner plus »,

      « on pourrait vivre plus sobrement pour une meilleure qualité de vie ».



  • Histoire moraliste sur l’impôt des plus riches qui circule par chaîne de messagerie

    Le principe des impôts semble pouvoir s’expliquer par une logique assez simple. Mais beaucoup pourtant, ne le saisissent pas toujours ... Comme c’est la saison des taxes, laissez-moi vous l’expliquer en termes simples que tout le monde peut comprendre.

    Imaginons que tous les jours, 10 amis se retrouvent pour boire une bière et que l’addition totale se monte à 100 euros. (On reste dans le simple : cela ferait 10 euros par personne !)

    Mais nos 10 amis décidèrent de payer cette facture selon une répartition qui s’inspire du calcul de l’impôt sur le revenu !

    Ce qui donna ceci :
    · Les 4 premiers (les 4 plus pauvres !), ne paient RIEN.
    · Le 5ème paye 1 euro
    · Le 6ème paye 3 euros
    · Le 7ème paye 7 euros
    · Le 8ème paye 12 euros
    · Le 9ème paye 18 euros
    · Le dernier (le plus riche !) paye 59 euros.

    Les dix hommes se retrouvèrent chaque jour à boire leur bière
    et semblaient assez contents de leur arrangement.
    Jusqu’au jour où le tenancier décida de leur faire une remise de fidélité !
    « Comme vous êtes de bons clients, j’ai décidé de vous faire une remise de 20 euros sur la facture totale...
    ....vous ne payerez donc désormais vos 10 bières que 80 euros ! »

    Le groupe décida de continuer à payer la nouvelle somme de la même façon qu’ils auraient payé leurs taxes. Les 4 premiers continuèrent à boire gratuitement.
    Mais comment les 6 autres, (les clients payants) allaient-ils diviser les 20 euros de remise de façon équitable ???

    Ils réalisèrent que 20 euros divisé par 6 faisaient 3,33 euros.
    Mais, s’ils soustrayaient cette somme de leur partage, alors le 5ème et 6ème homme devraient être payés pour boire leur bière !!!
    Le tenancier du bar suggéra qu’il serait plus équitable de réduire l’addition de chacun d’un pourcentage du même ordre.

    Il fit donc les calculs ... ce qui donna ceci :
    · Le 5ème homme, comme les quatre premiers ne payeront plus rien. (un pauvre de plus !)
    · Le 6ème payera 2 euros au lieu de 3 (33% réduction)
    · Le 7ème payera 5 euros au lieu de 7 (28% de réduction)
    · Le 8ème payera 9 euros au lieu de 12 (25% de réduction)
    · Le 9ème payera 14 euros au lieu de 18 (22% de réduction)
    · Le 10ème payera 50 euros au lieu de 59 euros (16% de réduction)

    Chacun des six « payants » paya moins qu’avant et les 4 premiers continuèrent à boire gratuitement !!

    Mais ...une fois hors du bar, chacun compara son économie :
    « J’ai eu seulement 1 euro sur les 20 euros de remise ! », dit le 6ème en désignant du doigt le 10ème il ajouta : « Lui, il en a eu 9 !!! »
    « Ouais ! dit le 5ème, j’ai seulement eu 1 euro d’économie moi aussi ... »
    « C’est vrai ! » s’exclama le 7ème « pourquoi le 10ème aurait-il 9 euros d’économie alors que je n’en ai eu que deux ? ..
    ... c’est anormal que ce soit le plus riche qui bénéficie de la plus importante réduction ! »
    « Attendez une minute » cria le 1er homme, « nous 4 n’avons rien eu du tout ... donc, ce système exploite les pauvres !!! »

    Les 9 hommes cernèrent le 10ème et l’insultèrent ... et le lendemain notre 10ème homme, (le plus riche !) ne vint pas boire sa bière !
    Aussi, les 9 autres s’assirent et burent leur bière sans lui.

    Mais quant vint le moment de payer leur note, ils découvrirent quelque chose d’important : Ils n’avaient pas assez d’argent pour payer ne serait-ce que la moitié de l’addition !

    Et cela, mes chers amis, est le strict reflet de notre système d’imposition.

    Les gens qui payent le plus de taxes tirent le plus de bénéfice d’une réduction d’impôts, mais ceux qui ne paient pas d’impôt s’estiment lésés !

    Taxez les plus forts, accusez-les d’être riches et ils risquent de ne plus se montrer désormais ...et d’aller boire leur bière à l’étranger !!!

    Moralité :
    Pour ceux qui ont compris ...aucune explication n’est nécessaire !!!

    Pour ceux qui n’ont pas compris ...aucune explication n’est possible !

    David R. Kamerschen, professeur d’#économie.

    #fable_renversée


  • Fable - France Info
    http://www.franceinfo.fr/education-jeunesse/le-sens-de-l-info/fable-1181373-2013-10-20

    « La conception mystique vise à émanciper le sujet lecteur et à lui reconnaître une existence propre, déliée d’une inféodation ou d’une conformité au livre. L’histoire des lecteurs ne peut se ramener à celle de leurs livres » La fable mystique, tome II - Michel de Certeau.

    Michel Serres et Michel Polacco parlent du mot fable, et Michel Serres précise que les fables datent d’un passé fabuleux et qu’elles témoignent de visions du monde oubliées, comme par exemple le fétichisme.

    #éducation
    #Michel_Serres
    #Michel_polacco
    #fable
    #jeunesse
    #société
    #culture


  • Fascinnant et angoissant objet filmique non identifié d’ #Arnaud_Des_Pallières « Disneyland, mon vieux pays natal »
    http://www.youtube.com/watch?v=76U5DTEwltk

    Le film est une commande d’arte pour la série Voyage, Voyage. Arnaud des Pallières a pu tourner le film qu’il souhaitait, malgré le regard intransigeant de Disney. La société, à l’idée de 45 minutes consacrées à son site sur une chaîne à laquelle ils n’ont habituellement aucun accès, accepte le projet du cinéaste. Des Pallières, malin, demande à Disney de dresser une liste de tout ce qu’il souhaitent interdire dans le film. Méthode qui lui permet de réaliser l’œuvre qu’il entend, sans subir une censure après coup. Le résultat est prodigieux. Arnaud des Pallières réalise son film en DV, triture les images, les sons, transformant son film en un voyage expérimental au cœur du monde Disney. Un monde effrayant, triste et morbide. Lorsque des Pallières monte en boucle la courte image d’un Mickey embrassant un enfant, il nous fait ressentir une sorte de folie, d’existence vide et répétitive qui décrit à la perfection ce monde factice. Ces parades, ces déguisements, ces jeux provoquent paradoxalement une impression de tristesse tenace, comme lorsque l’on assiste à un spectacle de clown. Les enfants sont sommés de s’amuser dans cet univers spécialement fabriqué à cet effet. Mais pourquoi s’amuser à ce moment précis ? Comment soutenir la pression des parents inquiets à l’idée que leurs chères têtes blondes n’éprouvent pas un plaisir à la mesure de leur attente ? Il y’a une sorte de suspens qui se crée, d’angoisse latente qui transforme Disneyland en cauchemar. Des Pallières veut réinjecter de la réalité dans ce monde factice, cette entreprise qui s’est réappropriée les grands contes européens pour les transformer en histoires inoffensives, bien éloignées de leurs premières vertus qui étaient d’aider les enfants à grandir. Disney prend en otage ces personnages, ainsi que les enfants qu’il souhaiterait voir à jamais prisonniers de ce monde idyllique. Martin Wheeler (collaborateur attitré d’Arnaud des Pallières, tout comme le chef opérateur de Godard Julien Hirsch et le mixeur Jean-Pierre Laforce qui, chacun, participent pleinement à la création des œuvres du cinéaste) compose une bande sonore étrange, décalée, qui accentue l’angoisse du film, son aspect hypnotique et cauchemardesque.

    #Documentaire #Expérimental #Cinéma #Fable #Société_du_spectacle #Vidéo