• Monde académique 1/5 - Le privé fait la leçon

    Les #coupes_budgétaires sont drastiques depuis des années dans les universités suisses. En 2027, 2,4 milliards de francs devront être coupés. Or qui dit moins de #soutien_public, dit augmentation des #taxes_d'études et augmentation des #financements_privés. Quels risques pour la #liberté_académique ? Alors que l’Université de Fribourg inaugure un centre financé par la Mobilière, une manifestation a lieu, à Genève, contre l’#austérité qui vise le monde académique.

    https://www.rts.ch/audio-podcast/2026/audio/monde-academique-1-5-le-prive-fait-la-lecon-29250571.html
    #ESR #université #privatisation #Suisse #facs
    #audio #podcast

  • #Lettre_ouverte d’#Anne_Fraïsse Présidente de l’Université de Montpellier Paul-Valéry au Président de la république

    Monsieur le Président,

    On meurt dans vos Universités. On meurt dans mon Université. D’excès de travail, de stress, d’usure, de désespoir, d’indifférence. Malgré nos alertes, le ministre de l’Enseignement Supérieur minimise la situation : « ce n’est pas Zola ».

    Dans mon université, en 5 ans, il y a eu 4 suicides de personnels titulaires (le précédent remontait à 25 ans), 3 crises cardiaques au travail, 2 AVC sans compter les arrêts de travail longue maladie pour burn-out. Cette année, dans notre communauté, 3 fonctionnaires en activité sont morts. Certes, ces décès ont des causes multiples mais les statistiques sont là et ce bilan pour une université de 1003 titulaires (576 enseignants et 427 administratifs) pour 23000 étudiants révèle des conditions de travail insupportables.

    Nous venons de voter notre sixième budget en déficit ; notre université est une des moins dotées et, plus grave, des moins encadrées de France (11 départements à moins de 50 %, voire 40 % d’encadrement en enseignants titulaires). À toujours entendre parler de déficit ou de sous-dotation, on perd sans doute la conscience de ce que travailler dans une université sous-encadrée veut dire réellement au quotidien. « Recrutez des ATER et des contractuels, c’est moins cher que des titulaires pour un même travail » nous dit-on. Non, pas pour un même travail. Dans un département sous-encadré, les titulaires enseignants doivent recruter des vacataires, organiser leurs emplois du temps, les encadrer ; c’est 10 000, 12 000 heures à distribuer à des personnes qui en font en moyenne 40 ou 50 dans l’année, qui ne connaissent que tardivement les horaires où elles sont disponibles, qui ne peuvent assurer aucune tâche non financée (encadrement des thèses, des mémoires, des stages, organisation des services et des emplois du temps …). Que se passe-t-il quand, à la rentrée, 20 TD de 45 étudiants n’ont pas d’enseignant dans un même département ? Pour ne pas pénaliser leurs étudiants, ce sont les professeurs et les maîtres de conférences qui assurent ces groupes en plus de leur service, quels que soient le nombre d’heures et le travail supplémentaire, quelles que soient l’amplitude horaire ou l’accumulation des heures dans une même journée. Dans ces départements, la totalité des enseignants titulaires font plus du double de leur service, sans parler de leur temps de recherche. À Montpellier Paul-Valéry, cela représente plus de 16500 heures pour 75 collègues quasiment en double service ou plus. Et cela dure depuis plus de 10 ans. Ce n’est pas « un ressenti », comme le dit Monsieur le Ministre, mais une réalité dure et désespérante pour ceux qui aiment leur travail et le service public. Les tâches administratives sont confiées à des contractuels qu’il faut former et qui s’en vont dès qu’ils trouvent mieux (jusqu’à 1600 euros de prime annuelle en moins qu’ailleurs n’incite pas à s’attarder).

    Depuis plus de 10 ans nous sommes en surchauffe, en travail forcé, en déséquilibre permanent, jamais sûrs d’arriver à remplir nos missions faute de bras. Nous l’avons dit, répété, crié : il est urgent de créer des postes, de revenir à des dotations pour charges de service public à la hauteur du nombre d’étudiants accueillis, de rétablir un modèle d’allocation des moyens qui répare les injustices, qui soit clair et transparent.

    Mais non, il n’y aura pas de nouveau modèle, répète Monsieur le Ministre qui « n’y croit pas ». Nous restons donc depuis 15 ans le seul pays d’Europe où l’argent de l’État est distribué aux universités sans critères connus, dans la plus totale opacité et injustice. Pour un étudiant de même discipline une université peut recevoir deux fois moins qu’une autre. Pourquoi ? Personne ne le sait, aucune justification aux plafonds d’emplois, à la dotation de l’État, aux demandes de fermeture de formations ; seulement des arguments imparables : pas d’argent, pas de postes ; pas de postes, trop d’étudiants ; trop d’étudiants, déficit ; déficit, pas d’argent ; et on reprend la boucle comme des hamsters qui tournent dans leur roue.

    C’est historique, pourquoi changer ? Parce que, Monsieur le Président, les conséquences de ce refus sont funestes. Pour ne pas pénaliser leurs étudiants, pour ne pas négliger leurs recherches, nos collègues perdent leur santé et parfois leur vie. Et cette année, ils perdent aussi l’espoir de voir s’améliorer leur situation. Aucune création de postes pour cette campagne d’emplois, pas de recrutement de fonctionnaires, qu’importe votre taux d’encadrement, votre nombre d’étudiants ; pas de discussion, pas de négociation, qu’importe l’injustice. Tant pis si les plus pauvres payent pour les plus riches ; c’est le sens de l’histoire. Enfin, le chantage pour ceux qui résistent : si vous laissez des créations dans la campagne d’emplois, vous ne les aurez pas et vous n’aurez pas non plus le renouvellement des postes vacants, libérés par retraite, mutation ou mort. On meurt dans mon université et je me refuse à choisir dans quels départements seront les prochains morts. Notre demande est légitime, nous ne voulons pas y renoncer. Aveuglement, indifférence, mépris, volonté de soumettre sans écouter, c’est ce que vit aujourd’hui ma communauté. Zola dénonçait les injustices d’une société qui pour ménager les plus riches écrasait les plus pauvres. La situation de mon université, c’est bien du Zola, Monsieur le Président.

    Savoir et se taire c’est être complice, je ne peux pas taire cette injustice. Pouvoir agir et ne rien faire c’est être coupable, vous savez maintenant ce que zéro création de postes veut dire pour une université comme la mienne.

    Permettez-moi, Monsieur le Président, de vous saluer comme les gladiateurs saluaient celui qui finançait les jeux et présidait à leur destinée : « Morituri te salutant ».

    Anne Fraïsse
    Présidente de l’Université de Montpellier Paul-Valéry

    https://www.univ-montp3.fr/fr/communiques/lettre-ouverte-danne-fra%C3%AFsse-pr%C3%A9sidente-de-luniversit%C3%A9-de
    #université #France #ESR #facs #conditions_de_travail #décès #suicide #usure #désespoir #indifférence #déficit #sous-dotation #service_public #santé #taux_d'encadrement

  • #Tufts_University student #Rumeysa_Ozturk held by ICE in Louisiana, protesters demand release

    Hundreds of people gathered at Powder House Park on Wednesday, to demand the release of Rumeysa Ozturk, a Turkish PHD student at Tufts University, who was arrested by federal agents Tuesday night.

    The 30-year-old graduate student and Fulbright Scholar was detained Tuesday by federal agents in Somerville. A representative of the Department of Homeland Security said the student “engaged in activities in support of Hamas.” She’s now being held at an ICE Detention Center in Central Louisiana.

    “The university campus should absolutely be a place for the free and open exchange of ideas and the fact that someone can just be disappeared into the abyss for voicing an idea is absolutely horrifying,” said rally attendee Sam Wachman.

    Detained on #Somerville sidewalk

    A neighbor’s surveillance video showed the moments Ozturk was cornered by about six plain clothes ICE agents on her Somerville sidewalk, then handcuffed and taken away.

    City leaders in neighboring Medford, where the university is located, joined the rally after seeing the video.

    “This is the exactly the wrong thing for America. This is the wrong thing for Medford. I know it’s not what our community stands for and I think we need to really see robust action from the state government here in Massachusetts to say that we’re not going to let this happen here,” said Medford City Council president Zac Bears.

    Officials with the Department of Homeland Security say DHS and ICE investigations found Ozturk engaged in activities supporting Hamas. “A visa is a privilege not a right. Glorifying and supporting terrorists who kill Americans is grounds for visa issuance to be terminated. This is commonsense security,” said a DHS spokesperson.
    Ozturk wrote op-ed in Tufts Daily

    It comes as the Trump administration is cracking down on college students who’ve voiced support for the pro-Palestinian movement. Rally organizers say last year Ozturk helped write an op-ed in the Tufts Daily calling for the university to acknowledge genocide in Palestine and separate from companies with ties to Israel.

    “This should be a safe haven for international students,” said Wachman. “Boston is a hub of international thought and it’s known for its universities and if the Trump administration is going to essentially kneecap Boston by making international students feel unsafe here, I mean that’s something we can’t just sit back and watch.”

    “What they’re saying, and reality have no bearing, they’ll just say anything as long as they get the result which they want which is to create an environment of fear,” said rally attendee David Fleig. “There’s no respect for the law there’s no respect for diversity, there’s no respect for our Bill of Rights- where is it going to end?”

    Ozturk’s attorney says no charges have been filed against her.

    The attorney also filed a writ of habeas corpus petition to get Ozturk released, and the judge has given immigration officials until Friday to respond.

    https://www.cbsnews.com/boston/news/tufts-university-student-rumeysa-ozturk-detained-protest

    #doctorante #étudiante #USA #répression #Etats-Unis #trumpisme #arrestation #déportation #renvoi #expulsion #étudiants_étrangers #ESR #université #facs #censure

    • Ordre a été donné de ne garder que des crétins haineux qui ne savent pas lire, seulement alimentés par sonde en foxnews burger et soda.
      De très bons électeurs pour les fascistes.

    • The US government is effectively kidnapping people for opposing genocide

      Rumeysa Ozturk, a visa holder, was snatched off the streets by Ice agents and sent to a detention center 1,000 miles away for opposing war crimes in Gaza

      The abductors wore masks because they do not want their identities known. On Tuesday evening, Rumeysa Ozturk exited her apartment building and walked on to the street in Somerville, Massachusetts – a city outside Boston – into the fading daylight. Ozturk, a Turkish-born PhD student at Tufts University who studies children’s media and childhood development, was on her way to an iftar dinner with friends, planning to break her Ramadan fast.

      In a video taken from a surveillance camera, she wears a pink hijab and a long white puffer coat against the New England cold. The first man, not uniformed but wearing plain clothes, as all the agents are, approaches her as if asking for directions. But he quickly closes in and grabs her by the wrists she has raised defensively toward her face.

      She screams as another man appears behind her, pulling a badge out from under his shirt and snatching away her phone. Soon six people are around her in a tight circle; she has no way to escape. They handcuff her and hustle her into an unmarked van. Attorneys for Ozturk did not know where Immigration and Customs Enforcement (Ice), the US homeland security department that has become Trump’s anti-immigrant secret police, had taken the 30-year-old woman for almost 24 hours.

      In that time, a judge ordered Ice to keep Ozturk, who is on an F-1 academic visa, in Massachusetts. But eventually, her lawyers learned that their client had been moved, as many Ice hostages are, to a detention camp in southern Louisiana, more than 1,000 miles (1,600km) from where she was abducted.

      In the video, before she is forced into the van, Ozturk looks terrified, confused. She may well have thought she was being robbed by street thugs; she did not seem to understand, at first, that she was being kidnapped by the state. She tries to plead with her attackers. “Can I just call the cops?” she asks. “We are the police,” one of the men responds. Ozturk remains imprisoned; she has been charged with no crime. In the video of her arrest, a neighbor can be heard nearby, asking: “Is this a kidnapping?”

      The answer is yes. Ozturk is one of a growing number university students who have been targeted, issued arrest warrants, or summarily kidnapped off the streets by Ice agents. She joins the ranks of include Mahmoud Khalil, the Syrian-born Palestinian former graduate student and green card holder from Columbia University; Alireza Doroudi, an Iranian-born mechanical engineering doctoral student at the University of Alabama; Yunseo Chung, a 21-year-old Columbia undergraduate who was born in South Korea but has long been a green card holder after immigrating to the United States with her parents at the age of seven; and Momodou Taal, a dual British and Gambian citizen who is studying for a graduate degree at Cornell University and has gone into hiding after receiving a summons from Ice to turn himself in for deportation proceedings.

      Many of these students had some connection – however tenuous – to anti-genocide protests on campuses over the past year and a half. Taal and Khalil, in different capacities, were leaders of protests for Palestinian rights at their respective universities. Chung attended one or two demonstrations at Columbia. Ozturk co-authored an op-ed in the Tufts student newspaper that cited credible allegations that Israel was violating international human rights law in Gaza and called on the university president to take a stronger stance against the genocide. In a statement regarding her arrest, a DHS spokesperson said: “Investigations found Ozturk engaged in activities in support of Hamas.” They meant the op-ed.

      The state department claims that some of these students have had their visas or permanent resident status rescinded – in a video of the arrest of Mahmoud Khalil, taken by his pregnant wife, agents proclaim that his student visa has been revoked, but when they are informed that he has a green card, they say: “We’re revoking that too.” This unilateral revocation of green card protections, without notice or due process, is illegal. But that is not the point – the Trump administration clearly thinks of immigrants as a population with no rights that they need respect.

      Rather, the point is that Trump administration’s promise to crack down on student protests against Israel’s genocide in Gaza has the effect of articulating a new speech code for immigrants: no one who is not a United States citizen is entitled to the first amendment right to say that Israel is committing a genocide in Gaza, or that the lives of Palestinians are not disposable by virtue of their race.

      It is up to those us who do have citizenship to speak the truth that the Trump administration is willing to kidnap people for saying: genocide is wrong, Israel is committing it against Palestinians in Gaza, and Palestinians, like all people, deserve not only the food and medicine that Israel is withholding from them, and not only an end to Israel’s relentless and largely indiscriminate bombing, but they deserve freedom, dignity and self-determination. This has become an unspeakable truth in Trump’s America. Soon, there will be other things we are not allowed to say, either. We owe it to one another to speak these urgent truths plainly, loudly and often – while we still can.

      Here is another truth: that the US’s treatment of these immigrants should shame us. It was once a cliche to say that the US was a nation of immigrants, that they represented the best of our country. It is not a cliche anymore. For most of my life as an American, it has been a singular source of pride and gratitude that mine was a country that so many people wanted to come to – that people traveled from all over the world to pursue their talent, their ambition and their hopefulness here, and that this was the place that nurtured and rewarded them.

      It may sound vulgar to speak of this lost pride after Ozturk’s kidnapping – all that sentimentality did nothing, after all, to protect her, and may in the end have always been self-serving and false. But as we grapple with what America is becoming – or revealing itself to be – under Donald Trump, I think we can mourn not only the lost delusions of the past but the lost potential of the future.

      Ozturk – a student of early childhood education, and someone brave enough to take a great personal risk in standing up for what she thought was right – seems like a person the US would be lucky to have. Instead we are punishing her, terrorizing her, kidnapping her and throwing her away. She deserves better, and so do all of our immigrants – hopeful, struggling people who mistook this for a place where they could thrive. Who, in the future, will continue to think of the US as a place where immigrants can make a difference, can prosper? Who will share their gifts with us now?

      https://www.theguardian.com/commentisfree/2025/mar/28/rumeysa-ozturk-tufts-trump-immigration-gaza

    • Rumeysa Öztürk, PhD student from Turkey, among scores of people detained in the US

      The student was snatched by ICE officers while on her way to break her Ramadan fast.

      On March 25, Rümeysa Öztürk, a 30-year-old Turkish national and Ph.D. student at Tufts University in Massachusetts, was arrested by U.S. Immigration and Customs Enforcement (ICE) agents near her residence in Somerville. The arrest occurred as Öztürk was en route to meet friends and break her Ramadan fast.

      Öztürk was detained without prior notice to Tufts University officials. Despite a federal judge’s order requiring 48 hours’ notice before moving Öztürk out of Massachusetts, the student was nevertheless transferred to the Central Louisiana ICE Processing Center. According to CNN, “On Friday, [March 28] a judge in Boston ordered Öztürk not to be deported until she can determine whether the Boston court has jurisdiction to decide if Öztürk was lawfully detained — a decision that drew praise from Öztürk’s lawyers.”

      Öncü Keçeli, a spokesperson for Turkey’s Ministry of Foreign Affairs, confirmed efforts by the Turkish government to secure the student’s release, including consular and legal support. According to reporting by CNN International, “Öztürk is one of several international university students facing deportation following a Trump administration order to crack down on pro-Palestinian demonstrations on college campuses.”

      Öztürk’s arrest was reportedly linked to an op-ed she co-wrote last year in Tufts’ student newspaper. The authors called on the “university to acknowledge the Palestinian genocide, apologize for University President Sunil Kumar’s statements, disclose [the university’s] investments and divest from companies with direct or indirect ties to Israel.”

      Responding to Öztürk’s arrest, Secretary of State Marco Rubio suggested she was engaged in disruptive behavior. “If you apply for a visa to enter the United States and be a student, and you tell us that the reason why you’re coming to the United States is not just because you want to write op-eds, but because you want to participate in movements that are involved in doing things like vandalizing universities, harassing students, taking over buildings, creating a ruckus, we’re not going to give you a visa,” Rubio reportedly said. The Department of Homeland Security (DHS) spokesperson Tricia McLaughlin accused Öztürk of “glorifying and supporting terrorists.” Friends have said that, other than co-writing the op-ed, Öztürk was not involved in pro-Palestinian protests.

      On March 31, the Student Press Law Center and 13 other free speech and journalism organizations released a statement condemning what happened to Öztürk, writing that the basis on which she was detained was “a blatant disregard for the principles of free speech and free press within the First Amendment.”

      Meanwhile, in Turkey, the leader of the main opposition Republican People’s Party (CHP), Özgür Özel, condemned the detention of Öztürk in the strongest possible terms. Other politicians also condemned the detention, including the leader of the DEVA party, Ali Babacan, who stated that “supporting Palestine was not a crime but a conscientious responsibility.” Turkey’s Minister of Justice Yılmaz Tunç also condemned the detention of Öztürk during a meeting, saying the action is proof that “there is no freedom of thought and human rights are not respected in so-called democratic countries.”

      On April 3, university President Sunil Kumar defended Öztürk in a court document filed on the student’s behalf. “The University has no information to support the allegations that she was engaged in activities at Tufts that warrant her arrest and detention,” wrote Kumar, according to news reports.

      https://globalvoices.org/2025/04/04/rumeysa-ozturk-phd-student-from-turkey-among-scores-of-people-detained

  • 40% de budget en moins : la Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne suspend le prêt entre bibliothèque (PEB)
    https://academia.hypotheses.org/59575

    14 février 2024 Dans notre dernière lettre d’actualités, nous vous vous faisions part de nos incertitudes liées à la potentielle baisse de 23% de notre budget. Le budget de la BIS arrêté pour 2025 est finalement en réduction de plus … Continuer la lecture →

  • Le #RN déclenche le #cyberharcèlement d’une universitaire de Toulon enregistrée à son insu

    La députée RN #Laure_Lavalette a diffusé un #enregistrement clandestin d’une juriste de la faculté de Toulon qui commentait pendant son cours un tract de #La_Cocarde étudiante, syndicat étudiant d’#extrême_droite, déclenchant une vague de #haine contre elle sur les #réseaux_sociaux.

    L’opération semble avoir été savamment orchestrée. Ce mardi 4 février, comme l’a révélé Le Monde, la maîtresse de conférences en droit public à l’université de Toulon #Hélène_Hurpy découvre des dizaines de #tracts déposés sur les tables de son amphithéâtre par La Cocarde étudiante, syndicat étudiant d’extrême droite. Une pratique normalement proscrite à l’intérieur de l’université, y compris pendant les élections étudiantes qui avaient lieu les 4 et 5 février.

    S’emparant d’un tract, la juriste se lance dans un commentaire de droit sur le texte, qui appelle notamment à mettre fin aux bourses d’excellence pour les étudiants étrangers. En 2024, la faculté a sélectionné trois étudiants étrangers en master et leur a attribué une bourse de 950 euros par mois pour les aider à suivre leur cursus en France. Au nom de la « #priorité_nationale », La Cocarde étudiante, en pleine campagne pour les élections internes, défend une réorientation de ces sommes aux profits des « étudiants français dans le besoin ».

    Sur un ton posé, Hélène Hurpy, spécialiste de droit public, donne son analyse des revendications de La Cocarde étudiante. « Ça, c’est ce qu’on appelle une discrimination et évidemment pour un motif totalement illégitime au sens de l’article 14 de la Cour européenne des droits de l’homme et à l’encontre de l’article premier de la Constitution… que je vous encourage à tous relire », avance-t-elle. « C’est pour cela qu’il y a des partis politiques qui sont à traiter en l’occurrence différemment d’autres partis politiques », poursuit la juriste, en précisant qu’elle vise « tous ceux qui vont à l’encontre de cet article premier de la Constitution française qui pose les caractères de notre République » une et indivisible.

    L’enseignante-chercheuse ne sait pas qu’elle est alors enregistrée et qu’à peine trois heures plus tard, un extrait d’une minute trente de son intervention sera diffusé sur X par la députée #Rassemblement_national (RN) du Var Laure Lavalette, qui dit avoir été interpellée par « de nombreux étudiants scandalisés » par ces propos.

    La députée dénonce une intervention « outrancière et anti-RN de Mme Hurpy, maître de conférences à l’université de Toulon ». Elle conseille à la juriste de relire l’article de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen selon lequel « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

    Bien que son parti politique n’ait pas été cité par l’universitaire, la mention d’un parti prônant des mesures discriminatoires et contraires à la Constitution a manifestement suffi à l’élue – qui n’a pas répondu aux sollicitations de Mediapart – pour qu’elle se sente visée. Il est vrai que les liens entre le RN et La Cocarde étudiantes sont des plus étroits. Des députés RN comme Alexandre Loubet et Gaëtan Dussausaye en sont issus et bon nombre de dirigeants du syndicat ont une double affiliation et certains sont des collaborateurs parlementaires d’élus RN, comme le racontait récemment une enquête de Mediapart.
    Tweet supprimé

    Le message de la très médiatique Laure Lavalette a d’ailleurs été immédiatement relayé par La Cocarde étudiante, et en particulier par Quentin Macullo, assistant parlementaire du député RN Guillaume Bigot, grand habitué des plateaux de CNews.

    Le cyberharcèlement de l’enseignante commence peu après la mise en ligne de l’enregistrement et ce, malgré des propos s’en tenant à de strictes considérations d’ordre juridique. Un déluge de commentaires violents suit la publication de Laure Lavalette sur le réseau d’Elon Musk. « Il va falloir faire quelque chose car il y en a assez que l’extrême gauche soit si influente dans les universités », lance un internaute. « Encore une pro-migrants et pro-droits de l’homme », s’offusque un autre, quand un troisième dénonce un « prêchi-prêcha dégoulinant de bons sentiments pour une fois de plus tordre la Constitution suivant leur interprétation bolchévique du monde ».

    D’anciens étudiants de l’universitaire interviennent également sur X : « Je l’ai eue comme prof et je confirme qu’elle avait bien ce discours de gauche déconnectée. » Une motion d’étudiants en droit de deuxième année du master justice, procès et procédures est, au contraire, venue apporter son soutien à Hélène Hurpy.

    L’universitaire a décidé de porter plainte et de signaler l’enregistrement, illégal et passible de poursuites pénales, aux plateformes qui le diffusent. « J’ai envie d’agir pour dénoncer les faits, je ne veux pas que ce soit invisibilisé car cela va se répéter », a expliqué au Monde l’enseignante-chercheuse, qui a reçu la protection fonctionnelle de son université.

    Ce dimanche, le tweet de Laure Lavalette, resté en ligne jusqu’à samedi, avait été supprimé. La bonne cliente des plateaux télé, qui a commencé sa carrière militante à Renouveau étudiant, un groupuscule violent d’extrême droite affilié au Front national, a peut-être été sensible à ce rappel du droit. Elle n’a pas répondu aux sollicitations de Mediapart, pas plus que La Cocarde étudiante, qui n’a, malgré ce happening, remporté aucun siège dans aucun des conseils centraux de l’université.

    Née d’une scission de l’#UNI, #La_Cocarde_étudiante a été créée en 2015 et connaît un nouvel essor depuis 2022. Cheval de Troie du RN dans les facs, La Cocarde assume des positions identitaires ouvertement racistes, comme lorsque le syndicat avait rendu en 2023 un vibrant hommage au théoricien racialiste Dominique Venner, mort dix ans plus tôt.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/090225/le-rn-declenche-le-cyberharcelement-d-une-universitaire-de-toulon-enregist
    #université #ESR #enseignement_supérieur #facs #syndicat_étudiant

    ping @karine4

  • Essor de l’#enseignement_privé, asphyxie des #universités : l’Etat joue contre son camp

    Mathis d’Aquino, doctorant à Sciences Po Bordeaux, estime que les pouvoirs publics doivent cesser de financer l’offre d’enseignement supérieur privée et de placer les universités dans une situation financière intenable.

    La chronique de fin d’année 2024 sur les aides à l’embauche d’apprentis1 soulève des interrogations quant au financement de l’enseignement supérieur privé. Depuis la réforme de 2018 sur l’#apprentissage, le secteur privé lucratif du supérieur connaît une croissance exponentielle, portée par la création massive de #centres_de_formation_d’apprentis (#CFA), captant les fonds publics de l’apprentissage.

    Soutenues par un cadre législatif aussi libéral qu’obsolète, ces écoles jouissent d’une agilité déconcertante, là où les #universités_publiques subissent une #rigidité_structurelle. Le privé se déploie très vite, sur des niches sectorielles qui s’étendent du design jusqu’au droit.

    Mais ce « succès » repose sur une demande artificielle créée par des dispositifs marchands, et sur un soutien de l’État dont il est difficile de comprendre les justifications.

    Les #écoles_privées s’insèrent en effet dans un maquis informationnel, où l’#opacité devient une stratégie. La recherche empirique que j’ai menée à Bordeaux entre 2023 et 2024 révèle que familles et étudiants peinent à distinguer les degrés de reconnaissance d’une formation.

    Certaines écoles vendent comme « #diplôme_d’Etat » de simples titres #RNCP [#Répertoire_national_des_certifications_professionnelles, NDLR.], alors que ces derniers ne sont qu’une #certification par le ministère du Travail de l’adéquation entre la #formation et les #besoins_économiques à un instant T, sans contrôle de la qualité des enseignements délivrés.

    De même, les établissements privés jouent du halo terminologique qui entoure les noms des diplômes, comme « Bachelor » (terme non réglementé) ou « Mastère », jouant clairement sur l’ambiguïté avec le « Master » délivré par les universités publiques et reconnu, lui, par l’État. Malheureusement pour les étudiants qui peinent – légitimement – à s’y retrouver, un petit « e » en plus, ce sont de grandes opportunités en moins.

    Au-delà de cette #confusion délibérément entretenue, les stratégies de captation versent parfois dans la #publicité_mensongère. En 2023, la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) a mis en lumière l’usage illégal de mentions telles que « #licence » ou « #master », facilement observable dans les #salons_d’orientation et sur Internet.

    Ces salons eux-mêmes, prétendument conçus pour éclairer les familles, deviennent des vitrines biaisées où les écoles lucratives sont surreprésentées. Ils sont devenus un véritable maquis d’où les familles ressortent désorientées, ce qui est un comble.

    Discours trompeurs

    Il est d’autant plus difficile de s’y retrouver que les établissements privés développent un discours transformant leurs vices en vertus. L’absence d’un corps professoral permanent, remplacé par des intervenants qui font quelques tours et puis s’en vont, est ainsi valorisée comme une marque de #professionnalisation, masquant en réalité une incapacité à recruter et maintenir des enseignants qualifiés.

    Plus généralement, les écoles privées s’approprient le discours dominant sur « l’#employabilité » (relayé par les pouvoirs publics) en proposant des formations en #alternance rendues « gratuites » grâce aux #aides_publiques. Dans un contexte de réduction des aides à l’embauche d’apprentis, la contraction des offres de contrat d’apprentissage va rendre cette promesse de « gratuité » plus difficile à tenir, exigeant des étudiants et de leurs familles qu’ils redoublent de vigilance.

    De la même façon, l’argument du recrutement « hors #Parcoursup » masque leur incapacité à répondre aux critères de la plate-forme d’accès à l’enseignement supérieur, tout en jouant sur les peurs et imaginaires des étudiants. Mais aujourd’hui ces établissements créent des alternatives telles que #ParcoursPrivé, revendiquant un rôle d’#anti-Parcoursup, tout en mimant son modèle.

    Dépendance aux #subventions_publiques

    Dernier ingrédient pour assurer au privé un avenir radieux : l’injection de #subventions. La loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » de 2018 a conduit à une explosion du supérieur lucratif, en faisant sauter toutes les barrières à l’entrée dans la création d’une école, et en finançant le secteur privé via l’apprentissage.

    Ces écoles, qui derrière des noms rutilants sont souvent des Centres de Formation d’Apprentis (CFA), ne pourraient survivre sans ces aides publiques, qu’elles défendent naturellement avec une ardeur révélatrice. La « réussite » actuelle de la politique d’apprentissage ne dépend que des financements à guichet ouvert, alimentant des profits privés, à l’heure où les #universités sont, elles, assoiffées (d’aucuns diront volontairement ?).

    Une des solutions récemment avancées par les pouvoirs publics était de créer un #label attestant de la qualité des formations. Mais on ne dénombre déjà pas moins d’une trentaine de labels dans le supérieur ! Ce chaos normatif reporte sur les familles la responsabilité du tri, alors qu’elles sont déjà perdues dans cet univers saturé de certifications. L’État a la responsabilité de faire le ménage, y compris au sein des gros groupes (chez qui pantouflent par ailleurs certains architectes de la loi de 2018).

    Ce nettoyage est d’autant plus important qu’en parallèle, les universités publiques, en sous-financement chronique, envisagent de fermer des formations et des campus. Cette #asphyxie_budgétaire accélère la privatisation du supérieur et place l’État dans une position intenable de grand financier du privé et de grand désengagé du public.

    La privatisation de l’#enseignement_supérieur pose de graves questions de #démocratie, de contrôle et de qualité. Par son financement aveugle et sa passivité réglementaire, l’État soutient sur fonds publics un système qui finance des profits privés.

    À l’heure où les universités luttent pour leur survie, il est urgent que l’État reprenne la main : en régulant fermement, en surveillant les pratiques abusives et en soutenant et valorisant ses établissements publics, où la qualité de la formation et de la recherche est assurée.

    L’État doit défendre ses propres établissements, réguler le secteur privé bien au-delà de la simple apposition d’un label, et ne pas faire reposer sur des familles endettées, déçues et désemparées, la #responsabilité de choisir l’incertain.

    https://www.alternatives-economiques.fr/essor-prive-asphyxie-universites-letat-a-contre-emploi-lens/00113661
    #privatisation #ESR #enseignement_supérieur #France #financement #facs #université #régulation

  • Colère immense
    À Sciences Po-Grenoble, l’externalisation du ménage se passe déjà mal
    Depuis un mois, les agents de ménage de Sciences Po-Grenoble ne sont plus en contrat direct avec l’établissement mais avec un géant de la sous-traitance, Atalian. Salaires versés en retard, sous-effectif, suppression de semaines de congés… Les salariés constatent déjà une dégradation de leurs conditions de travail. https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/081224/sciences-po-grenoble-l-externalisation-du-menage-se-passe-deja-mal
    #capitalisme_esclavage

  • ABC des #procédures_disciplinaires pour violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur et la recherche


    Un #abécédaire pour quoi faire ?

    - Face aux violences sexistes et sexuelles trouver les premières informations permettant de découvrir rapidement les réponses juridiques à mettre en œuvre.
    - Fournir aux non-spécialistes quelques moyens clairs de s’orienter dans les procédures et d’agir à bon escient.

    Un abécédaire pour qui ?

    - Toute personne témoin, victime, intervenant·e de la communauté universitaire
    - (étudiant·e·s, enseignant·e·s, personnels BIATSS) et notamment membres des sections disciplinaires.

    Un abécédaire par qui ?

    - Laure Ignace, juriste et formatrice, www.laureignaceformation.fr
    - Catherine le Magueresse, doctoresse en droit privé et sciences criminelles, ex-Présidente de l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT Libres et Egales)
    - Les membres du conseil d’administration de l’Association nationale des études féministes (ANEF)

    Un abécédaire à lire comment ?

    - Des notions de droit classées par ordre alphabétique.
    - Des liens hypertexte pour accéder aux documents originaux.
    - Des éléments bibliographiques pour prolonger la connaissance.

    Vie de l’abécédaire : La publication des articles est datée : s’agissant d’un site dynamique, des actualisations peuvent être apportées en permanence, les lectrices et lecteurs sont invité·e·s à faire connaître les modifications souhaitables.
    https://abcdroit-vss.fr

    #ESR #enseignement_supérieur #VSS #violences_sexistes #violences_sexuelles #université #facs #manuel #guide #justice

    ping @_kg_

  • L’#extrême_droite s’enracine dans les #universités

    Pour sa première rencontre avec des étudiants, le nouveau ministre français de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, #Patrick_Hetzel, a choisi de se rendre à une conférence de l’#Union_nationale_interuniversitaire (#UNI), un syndicat radicalisé à l’extrême droite, dont des adhérents ont commis des violences et dont un ancien responsable s’est affiché avec un néonazi. C’est faire peu de cas de la présence de plus en plus agressive de l’extrême droite dans les universités. Un des derniers exemples en date : l’agression d’un étudiant de Solidaires à Paris fin septembre.

    Cela faisait à peine quatre jours qu’Axel, étudiant en sciences politiques à l’université Paris-Panthéon-Assas, avait repris les cours. Ce vendredi 27 septembre peu avant midi, cet adhérent de Solidaires étudiants sort de la fac pour sa pause déjeuner. « Juste devant le portail, il y avait une petite dizaine de militants d’extrême droite qui tractaient pour une manif en faveur de Philippine (jeune femme tuée une semaine auparavant par un homme sous OQTF, dont l’extrême droite a fait un symbole du « laxisme » en matière d’immigration, NDLR). C’étaient des militants que l’on a déjà vu tracter pour les #Natifs (groupuscule qui regroupe d’anciens de #Génération_identitaire, dissous en 2021) et la #Cocarde_étudiante (#syndicat d’extrême droite). J’ai montré assez fermement que je ne voulais pas de leur #tract. Puis j’ai vu sur un panneau un #sticker de la Cocarde. Je l’ai recouvert d’un sticker antifa. J’ai été alpagué par un des gars qui m’a mis un coup d’épaule, pas violent mais intimidant, en me demandant ce que je faisais là. J’ai suivi mon chemin sans rien dire, me faisant traiter de baltringue et de connard. » A 12h02, Axel envoie alors un message que nous avons consulté à des amis, prévenant de la présence de fachos agressifs devant la fac.

    Mais arrivé au métro quelques dix minutes plus tard, il sent une présence derrière lui, et a à peine le temps de se retourner qu’il se retrouve propulsé au sol et frappé sur le corps et au visage. « J’ai hurlé, et ils ont pris la fuite, ça a duré quelques secondes mais c’était très violent. » Il a deux dents cassées et 10 jours d’arrêt de travail. Il a déposé plainte le lendemain, et deux passants ont témoigné en sa faveur.

    Les fantômes d’Assas la brune

    Dans cette université d’Assas, où est né le GUD (Groupe Union Défense, une bande de gros bras agressant violemment les étudiants de gauche) il y a 56 ans, l’incident rappelle de bien mauvais souvenirs. Dans les années 1970 et 1980, l’établissement était devenu le fief de l’extrême droite, avec une neutralité bienveillante de la direction et du corps enseignant -beaucoup de profs étaient ouvertement d’extrême-droite, comme le député Front national Jean-Claude Martinez. Les étudiants de gauche rasaient les murs, jusqu’à une relative normalisation dans les années 2000. « Aujourd’hui, hormis en droit, explique une étudiante, les étudiants sont soit peu politisés, soit plutôt de gauche. »

    Mais depuis quelques années, les traditions brunes de l’établissement semblent connaître un certain renouveau. Le 23 mars 2023, des étudiants d’Assas qui se rendaient à la manifestation contre la réforme des retraites, ont été agressés au niveau du Panthéon par une quinzaine de gros bras. « Un étudiant a eu le nez cassé. Les agresseurs étaient casqués, masqués, et avec des gants coqués », raconte un militant. Sur les réseaux sociaux, l’action est revendiquée par l’extrême droite, sous un sigle nauséabond : « #Waffen_Assas ».

    Les références nauséabondes au nazisme ont refleuri depuis le 7 octobre. La semaine dernière, un « Heil Hitler » a été tagué dans les toilettes. L’an dernier, sur les murs ont été collés des stickers détournant le logo d’uue association étudiante, marquée à gauche (« #Assas_in_Progress », transformé en « SS in progress ») et agrémentés d’une #croix_gammée.

    Des enseignants se sont aussi lâchés. Des étudiants ont signalé à la direction un chargé de TD qui aurait fait un #salut_nazi, quelques jours après la tuerie perpétrée par le Hamas le 7 octobre 2023.

    Pour les étudiants engagés à gauche, les liens étroits entre le #GUD et la Cocarde étudiante sont clairs : « La veille des élections des conseils de l’université de novembre 2022, une croix celtique du GUD avait été taguée devant la fac et le lendemain, des hommes habillés en noir et masqués avec des parapluies distribuaient agressivement des tracts pour la Cocarde Assas, bousculant les gens qui refusaient les tracts. » Sur les réseaux sociaux, #Luc_Lahalle, actuel assistant parlementaire de l’eurodéputée RN Catherine Griset, une intime de Marine Le Pen, posait en compagnie de Alois Vujinovic, un proche du chef du GUD, #Marc_de_Cacqueray, condamné à six mois de prison ferme en janvier 2019 pour des dégradations commises autour de l’Arc de Triomphe lors de la manifestation des gilets jaunes du 1er décembre 2018.

    À Lorient, des étudiants de l’UNI partisans de Zemmour impliqués dans des agressions et menaces

    Le 9 octobre dernier, à Lorient, Les Soulèvements de la Terre organisait une rencontre dans un bar-restaurant végétarien de la ville. Des étudiants d’extrême droite sont repérés à un arrêt de bus, à quelques 100 mètres du lieu. Des militants de gauche les photographient. Parmi eux, l’un est reconnu : Brieg L.

    « À un moment, raconte un militant de gauche présent ce jour-là, les camarades qui les observent les voient passer des cagoules et commencer à charger dans notre direction. Ils nous ont prévenus, des participants sont sortis, et les agresseurs ont finalement renoncé. Ils sont restés en embuscade dans une rue perpendiculaire, mais repérés, ils ont fini par fuir ». Une pantalonnade de pieds nickelés qui néanmoins inquiète, tant la situation à la fac de Lorient est tendue depuis un an.

    Dans la nuit du 30 septembre, les murs de l’université ont été recouverts de tags signés du GUD - « Radicalisez-vous contre la vermine gauchiste » - et s’en prenant à l’Union pirate, syndicat étudiant de gauche, la bête noire de l’extrême droite.

    En décembre dernier, des tracts anonymes avaient été retrouvés dans la fac, avec ces mots : « Comment déglinguons-nous l’Union pirate ? ». Avec un QR code qui, une fois scanné, renvoyait à une vidéo où l’on voyait un homme tirer sur le drapeau de ce syndicat, avec ce commentaire : « Comment nous déglinguons l’Union pirate. » « C’est un appel au meurtre », juge un étudiant. Or, la vidéo en question a été postée sur les réseaux sociaux via un compte utilisé par un certain Brieg L. - le même qui a tenté de s’en prendre aux Soulèvements de la Terre. Il a récemment été entendu par la police dans l’affaire de la vidéo du simulacre d’exécution.

    Or Brieg L., qui a milité pour Zemmour lors de la campagne pour la dernière présidentielle, est aussi de l’Union nationale interuniversitaire (UNI), comme en témoigne cette photo où il pose fièrement après un collage d’affiches. L’UNI : le syndicat auquel le ministre de l’Enseignement supérieur a rendu visite le 12 octobre dernier…

    L’UNI, syndicat radicalisé

    L’UNI, auquel le ministre dit avoir rendu visite pour « entendre [leurs] propositions et inquiétudes », est un syndicat historiquement lié à l’aile dure de la droite gaulliste qui s’est radicalisé à l’extrême droite. Créé en 1968 pour contrer le gauchisme dans les facs avec l’aide du Service d’Action civique (SAC, sorte de police parallèle, dissous en 1982), l’UNI, malgré des positions très droitières, était jusqu’à très récemment toujours resté fidèle à la droite dite « « républicaine ». #Olivier_Vial, son président - qui conseille par ailleurs les maires de stations de montagne dans leurs actions de lobbying anti-écologiste, est membre du bureau politique des Républicains.

    En 2013, il déclarait s’opposer à toute « alliance et accord avec l’extrême droite ». Une ligne balayée moins d’une décennie plus tard : au deuxième tour de la présidentielle de 2022, l’UNI a appelé à voter contre Emmanuel Macron.

    « L’UNI et #Génération_Z, quand j’y étais, c’était la même chose », explique Christopher, qui a un temps adhéré aux deux organisations, avant de partir, effrayé par leur extrémisme raciste. Étudiant à Dijon en 2022, c’est par le biais de l’UNI qu’il a fini par rejoindre les jeunes zemmouriens : « L’UNI joue un peu le rôle de rabatteur, se souvient-il. Ils se présentent comme un syndicat étudiant de droite, mais sans plus. Ils sont cools, ils organisaient des fêtes sympas, mais ils étaient aussi chez Zemmour, et c’est tout naturellement que j’ai fini aussi chez Génération Z. A Dijon, c’était la même organisation ». Propos racistes et antijuifs, croix gammées taguées dans une cité, chants nazis, homophobes et négrophobes : Christopher est reparti effrayé par ce qu’il a vu et a fini par tout raconter à Blast et au média local Kawa TV.

    Un ancien responsable de l’UNI pose près d’une croix gammée

    À Dijon, l’un des plus fervents partisans des Zemmour est un certain #Iannis_Moriaud. Lui aussi un ancien responsable de l’UNI dans ses années étudiantes - il s’est présenté sur une des listes du syndicat en 2014 - et resté très proche de ses amis militants de l’époque . Ce qui ne l’empêche pas d’avoir des sympathies néonazies : en 2022, il se fait photographier avec #Maxime_Brunerie, le militant d’extrême droite qui a tiré sur Jacques Chirac le 14 juillet 2002. Mais, stupide étourderie, l’agrandissement de la photo révèle un élément inattendu de la décoration intérieure : un drapeau nazi, et des tasses ornées de la croix gammée.

    Nombreux sont les militants d’extrême droite adhérents ou proches de l’UNI, ce syndicat choyé par le ministre. Ainsi, le 7 avril dernier, deux activistes du groupuscule #Nemesis ont perturbé le carnaval de Besançon en brandissant des pancartes xénophobes devant la tribune : « Violeurs étrangers dehors » et « Libérez nous de l’immigration ». L’une d’elle, #Yona_Faedda, placée en garde à vue, collait il y a quelques mois encore des affiches pour l’UNI.

    À un niveau plus institutionnel, le président de l’UNI dans les Alpes maritimes, #Andrea_Orabona, est devenu le suppléant du député RN #Lionel_Tivoli, réélu aux dernières législatives, tandis que dans ce même département, le secrétaire général de l’UNI, #Gabriel_Tomatis, était en même temps responsable départemental du #RNJ (les jeunes du Rassemblement national) et collaborateur de la députée RN #Alexandra_Masson.

    C’est donc certains des plus radicaux des étudiants qu’Hetzel a choisi d’honorer de sa présence en priorité, bien loin désormais de ce qui reste la droite dite républicaine. Ancien prof de gestion à Assas et Lyon III, les deux universités françaises les plus gangrenées par l’extrême droite, ancien recteur d’université, Patrick Hetzel évolue dans le monde universitaire depuis trois décennies. Il en connaît parfaitement tous les rouages et tous les acteurs, et sait donc parfaitement à qui il parle lorsqu’il s’adresse à l’UNI…

    https://www.blast-info.fr/articles/2024/lextreme-droite-senracine-dans-les-universites-1Dtcjtq5QuOP87ODJNIMUg

    #facs #ESR

    • Patrick Hetzel, coup de barre à droite dans l’enseignement supérieur

      https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/11/15/patrick-hetzel-coup-de-barre-a-droite-dans-l-enseignement-superieur_6394606_

      L’ex-député Les Républicains du Bas-Rhin devenu ministre enchaîne les polémiques, assumant ses prises de position conservatrices. L’absence de projet clair pour les universités et la recherche inquiète la communauté scientifique.
      Par Soazig Le Nevé

      Sur le trottoir, en face de la Sorbonne, des lauréats de la promotion 2024 de l’Institut universitaire de France se sont rassemblés pour lire à haute voix le discours qu’ils n’ont pas été autorisés à adresser , dans le grand amphithéâtre, au ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Vendredi 18 octobre, les signataires – 68 enseignants-chercheurs sélectionnés par un jury international pour la qualité exceptionnelle de leurs recherches – voulaient profiter de la cérémonie pour lui exprimer leur « vive inquiétude, suscitée par [s]es implications et prises de position ».

      Depuis sa nomination comme ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche au sein du gouvernement de Michel Barnier, le 21 septembre, l’ex-député (Les Républicains, LR) du Bas-Rhin, âgé de 60 ans, alimente les polémiques. Samedi 12 octobre, il s’est ainsi rendu à la tribune du congrès de l’UNI, syndicat étudiant marqué à droite, qui, lors de l’élection présidentielle de 2022, n’avait pas appelé à voter pour Emmanuel Macron au second tour face à la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen.

      Le 1er novembre, sur CNews, Patrick Hetzel a regretté que le directeur de Sciences Po ait levé – dans l’attente des conclusions de la section disciplinaire – la suspension prise à l’encontre de quatre étudiants accusés d’avoir filmé, lors d’un « forum carrière », une mobilisation du comité Palestine pointant du doigt l’implication de sociétés françaises dans la guerre entre Israël et le Hamas. « A titre personnel, je serais favorable à leur exclusion, a déclaré le ministre à l’antenne. Depuis mon arrivée, je ne fais que rappeler la loi et indiquer qu’il faut de la fermeté et qu’à aucun moment nos établissements ne doivent être instrumentalisés. » Dans la foulée, sur le réseau social X, il a dénoncé le choix du conseil d’administration de Sciences Po Strasbourg de rompre ses liens avec l’université israélienne Reichman, décision qu’il assimile à une « prise de position politique ».

      « Bâton de maréchal »

      Son entrée au gouvernement a donné lieu à une exhumation par des enseignants et des chercheurs des interventions du député Hetzel sur les bancs de l’Assemblée nationale et sur les réseaux sociaux. Elles retracent l’itinéraire d’un tenant d’une droite conservatrice, s’opposant au mariage pour tous en 2013, à l’extension de la procréation médicalement assistée aux femmes seules et aux couples lesbiens en 2021, à la constitutionnalisation du droit à l’avortement en 2024. Sur le plan scientifique, sa demande d’une autorisation de recours à l’hydroxychloroquine avant même les résultats des essais cliniques durant la pandémie de Covid-19 a laissé pantoise une partie de la communauté universitaire.

      L’Alsacien, qui avait piloté le programme de Michel Barnier lorsqu’il était candidat à la primaire des Républicains en 2021, est venu à la politique sur le tard. Professeur de sciences de gestion à l’université, il est d’abord passé par la haute fonction publique : recteur de l’académie de Limoges (2005-2007), conseiller éducation du premier ministre François Fillon (2007-2008) puis directeur général de l’enseignement supérieur (2008-2012) au moment où entrait en application la loi relative aux libertés et responsabilités des universités portée par Valérie Pécresse, alors ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche.

      Dans un style aimable et discret, ce fils d’hôteliers-restaurateurs de la petite commune de Sarre-Union (Bas-Rhin), qui parlait exclusivement l’alsacien chez lui et a appris la langue française à l’école, n’en a pas moins échafaudé un véritable plan de carrière jusqu’à obtenir un ministère – son « bâton de maréchal », raillent ses détracteurs.

      En 2006, alors qu’il est recteur de l’académie de Limoges après un brillant parcours universitaire – doctorat, agrégation, habilitation à diriger des recherches –, son nom est soufflé au premier ministre d’alors, Dominique de Villepin (2005-2007). Mais il échouera à le recruter, face à l’opposition d’une élue de la Corrèze, Bernadette Chirac, qui voulait « garder son recteur d’académie », se souvient Patrick Gérard, lequel dirigeait le cabinet du ministre de l’éducation nationale de l’époque, Gilles de Robien. Pour sortir de la crise du CPE (contrat première embauche), M. de Villepin nommera Patrick Hetzel à la tête d’une commission du débat national université-emploi.

      « Limoges est l’une des plus petites académies et le recteur affichait une modestie de bon aloi », se souvient Dominique Antoine, ex-secrétaire général du ministère de l’éducation nationale, qui fut très étonné de le voir nommé, deux ans plus tard, conseiller éducation au cabinet du premier ministre François Fillon. « Ma deuxième surprise est venue en 2012, quand il m’a annoncé qu’il serait député. Il était très assuré de son fait, il avait visiblement tout organisé », poursuit le haut fonctionnaire, qui comprend alors que « Patrick Hetzel est un homme de réseaux ».

      « Fermeté bienvenue »

      Universitaire, haut fonctionnaire ou député LR : dans quelle peau se glisse désormais Patrick Hetzel en prenant les rênes du ministère de la rue Descartes ? « Il ne sera pas dans la politicaillerie, mais dans les sujets de fond », veut croire son ami Patrick Gérard, qui reconnaît que, sur les bancs de l’Assemblée, l’ex-député a pu avoir une « expression personnelle » correspondant en partie à ses valeurs religieuses. D’après ses proches, le #luthérien Patrick Hetzel n’est pas du genre à renier ses engagements pour embrasser « une pensée mainstream ».

      A l’UNI, Olivier Vial se réjouit encore d’avoir accueilli le nouveau ministre lors de son congrès – « une “tradition” qu’honorent tous les ministres de droite » depuis 2009, date à laquelle il a pris la présidence du syndicat. Il voit en lui « une fermeté bienvenue : quand il y a un obstacle, il ne le contourne pas, il va au fond du problème, comme sur les blocages étudiants et sur la dérive islamo-gauchiste », déroule-t-il.

      Sa proposition, lancée en avril alors qu’il était encore député, de mener une enquête sur « l’entrisme idéologique et les dérives islamo-gauchistes dans l’enseignement supérieur » pourrait bien reprendre forme. « La science ne doit pas se confondre avec le militantisme », martèle le ministre dans Le Figaro le 21 octobre, suscitant les railleries de ceux qui le renvoient à l’épisode de l’hydroxychloroquine et lui collent une étiquette « anti-science ». Ses amis le disent « meurtri » par une telle accusation. Ils rappellent un contexte, celui du printemps 2020 en Alsace, avec des morts et des avions transportant des malades pour qu’ils soient soignés en Allemagne.

      Auprès des présidents d’université, la première action du ministre, vendredi 4 octobre, a été de leur faire parvenir un rappel à « leur responsabilité dans la préservation des libertés académiques et leur rôle dans la prévention de risques éventuels pour la sécurité au sein de leur établissement » lors de « manifestations et prises de position de nature politique, en lien avec le conflit au Proche-Orient ». « C’était un peu comme s’il nous avait dit qu’on pouvait nous aussi passer en conseil de discipline ! », s’étrangle l’un d’entre eux, encore ébahi d’une telle défiance.

      L’inconnue de la feuille de route

      Les prévisions budgétaires pour 2025 sont en berne, une vague d’inquiétude traverse les chefs d’établissement du supérieur, contraints de débourser 500 millions d’euros de plus qu’en 2024 pour financer diverses mesures dans le cadre de la réduction du déficit public. Lors de l’assemblée générale de leur association, France Universités, aucune réponse n’est venue de la part du ministre. « L’échange était très convenu, relate un participant. Pas d’orientation claire sur la recherche et sur la formation, rien de construit concernant une feuille de route ou sur ses priorités… »

      Quel sera le poids de celui que ses détracteurs voient comme un « simple professeur de gestion » pour discuter des grandes orientations nationales avec les organismes de recherche ? « Cette connaissance fine des enjeux scientifiques, il ne l’a pas », estime un chef d’établissement. Un autre garde le souvenir d’un Patrick Hetzel, alors directeur de l’enseignement supérieur, « ne répondant pas aux courriers », et même « se planquant quand il avait à traiter un sujet compliqué, par exemple la création de l’université Paris-Saclay. Sa prudence confinait à la lâcheté, alors que nous avions besoin d’un interlocuteur ».

      Une dernière inquiétude naît avec le retour d’un projet de loi sur l’immigration au mois de janvier. Un an après la censure par le Conseil constitutionnel de l’instauration d’une caution de retour pour les étrangers non européens et de l’inscription dans la loi d’une différenciation des frais d’inscription – mesures envisagées par le précédent gouvernement –, le volet étudiant de la future loi reste un mystère. Patrick Hetzel a simplement indiqué qu’il ferait « des propositions » au ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau.

      #étudiants_étrangers

  • Recours massif aux enseignants précaires : « La réalité, c’est que l’université n’a plus les moyens de fonctionner »

    C’est chaque année l’opportunité d’une forme de consécration : en août, l’université Grenoble-Alpes a consolidé sa position dans le top 150 des « meilleures » universités mondiales, selon le très scruté classement de Shanghaï. Immédiatement, l’établissement s’est félicité de ces « bons résultats » qui confirment, à ses yeux, « la pertinence de la politique scientifique mise en œuvre » en son sein. Mais derrière cette belle image internationale, une machinerie bien moins reluisante se dessine en coulisse : celle d’une université dont les enseignements sont, en grande partie, tenus à bout de bras par des enseignants précaires, essorés par l’institution.

    De plus en plus, faute de titulaires suffisants pour assurer tous les cours, l’université de Grenoble en est réduite à bricoler pour faire tourner ses formations, avec toujours davantage de contractuels mais aussi de vacataires – ces enseignants payés « à la tâche », près de 6 000 par an. Les chiffres sont marquants : l’établissement compte à présent trois vacataires pour un enseignant titulaire, et 135 vacataires pour 1 000 étudiants (la moyenne nationale est à 80 pour 1 000). Dans nombre de disciplines, plus de la moitié des enseignements sont désormais remplis par des contrats précaires.

    « Ça, c’est clairement ce que ne disent pas les palmarès internationaux ou les statuts d’excellence dont se prévaut l’université », ironise Moïra Courseaux, en thèse de biologie à Grenoble-Alpes, membre d’un collectif de doctorants vacataires qui s’organise sur le campus pour faire porter la voix de ces précaires.

    Une explosion des vacataires

    Cette situation, loin de ne concerner que le cas grenoblois, est en fait devenue banale dans l’enseignement supérieur public français. En avril, un rapport de l’association Nos services publics pointait une « explosion »du recours aux enseignants vacataires dans les universités. Leur nombre a augmenté de 30 % en sept ans, indique cette note, qui estime que les vacataires représentent aujourd’hui les deux tiers des personnels enseignants.

    Les trous dans les formations qu’ils permettent de combler équivalent aux services à temps plein de 25 000 enseignants-chercheurs, d’après des données de la DGRH (direction générale des ressources humaines). Mais sans coûter le même prix : une heure de vacation revient à une université environ cinq fois moins cher qu’une heure de cours donnée par un titulaire (50 euros contre 300 euros en moyenne). Et permet surtout d’éviter aux établissements la prise en compte progressive de l’ancienneté d’un enseignant fonctionnaire.

    Là est le nerf de la guerre : en 2007, la loi LRU a donné à chaque établissement la responsabilité de ses finances, et cela notamment concernant ses recrutements. En parallèle, les budgets accordés aux universités n’ont pas augmenté, voire ont chuté, les amenant à réduire leur masse salariale et à geler des postes de titulaires… sans que ni le besoin de formation ni le nombre d’étudiants diminuent (ce dernier a même augmenté de 25 % entre 2008 et 2021).

    En cette rentrée, le budget prévu pour l’enseignement supérieur et la recherche dans le projet de loi de finances connaît une légère hausse (de 89 millions d’euros). Mais les mesures en faveur de la rémunération des agents publics, décidées plus tôt, resteront à la charge des universités en 2025, quand les aides à l’apprentissage seront par ailleurs rabotées… ce qui tendra mécaniquement les budgets des facultés.

    Pas de quoi rassurer à Grenoble, où « on est dans une situation financière très mauvaise, et déjà en plein plan d’austérité », souligne Gwenaël Delaval, enseignant-chercheur en informatique et cosecrétaire général de la section CGT. Pour l’année 2024, le déficit de l’université devrait dépasser les 10 millions d’euros. « Alors quand les profs partent à la retraite, ils ne sont plus remplacés pendant deux ou trois ans, raconte Théo Maurette, doctorant en urbanisme et membre du collectif de vacataires. Mais pendant ce laps de temps, il faut quand même du monde pour faire tourner la machine. »

    Si la vacation avait été créée pour rémunérer des professionnels qui viendraient intervenir ponctuellement dans des formations, les universités l’ont peu à peu détournée de sa fonction initiale. Et ce sont désormais des jeunes chercheurs en thèse ou en attente de poste qui abattent ces heures en masse. « On a institutionnalisé le recours à ces contrats précaires, qui bouchent les trous de façon pérenne à bien des endroits », poursuit Théo Maurette. « La réalité c’est que l’université n’a plus les moyens, structurellement, de fonctionner, et ce n’est que du rafistolage »,abonde Gwenaël Delaval.

    Une précarité à la limite de la légalité

    Désormais, même les cours magistraux en viennent à être assurés par des vacataires, notamment au niveau licence. C’est à cette mission que Pauline (son prénom a été modifié) , doctorante en sciences humaines, a été affectée lors de sa troisième année de thèse. Lorsqu’elle commence, en janvier, après avoir été prévenue en décembre de cette année-là, il lui faut monter de toutes pièces ce cours – bien plus chronophage que les travaux dirigés (TD), initialement dévolus aux vacataires.

    Avec une rémunération fixée à environ 40 euros l’heure de cours, « je pense que cela revenait à 2 euros l’heure de travail réel, entre les préparations de séances, les corrections de copies, les surveillances d’examens non rémunérées », raconte la jeune femme. Mais, y compris quand il s’agit de TD, la rémunération des vacataires se situe le plus souvent « en deçà du smic si on la rapporte au temps de travail effectif », souligne le rapport de Nos services publics.

    Pauline finit par travailler à perte, puisque ses trajets entre son laboratoire, à Lyon, et l’université, à Grenoble, ne sont pas remboursés – comme tous les vacataires. Pas vraiment encadré par un contrat en bonne et due forme, ce type d’emploi à la tâche ne fournit, de manière générale, aucune protection à l’enseignant qui le réalise… et qui se retrouve soumis à des conditions précaires souvent à la limite de la légalité.

    A commencer par les retards de paiement systématiques : « On s’est rendu compte, après une enquête interne, que la majorité des vacataires devaient attendre entre trois et six mois, parfois plus, pour être payés », rapporte Théo Maurette, qui explique être dans l’attente du paiement de vacations réalisées entre février et avril. Une situation qui va à l’encontre de la loi imposant, depuis 2022, une mensualisation de paiement – que peu d’établissements respectent dans les faits.

    Le président de l’université Grenoble-Alpes, Yassine Lakhnech, assure qu’une « procédure a bien été mise en place pour permettre la mensualisation ». « Il y a encore des composantes qu’on doit accompagner pour qu’elle soit appliquée. Mais rien ne permet d’affirmer que ces retards concerneraient la majorité des vacataires », estime la présidence, qui n’a pas chiffré les délais de rémunération.

    Les vacations ne permettent pas non plus de cotiser pour le chômage, la Sécurité sociale ou la retraite, et n’offrent aucune sécurité de l’emploi. « Si les heures ne sont pas réalisées, pour maladie ou parce que la faculté a décidé de les annuler au dernier moment, pas de paiement » , réprouve Théo Maurette.

    Une pression insidieuse

    Sur le campus, la mobilisation a commencé à s’organiser en 2021, après la radiation d’une doctorante vacataire par Pôle emploi, qui refusait de prendre en compte le décalage entre les dates de travail effectué et celles de son paiement. Si à l’époque l’université s’était impliquée en faveur de ce cas individuel, le collectif de doctorants vacataires regrette aujourd’hui une « absence de dialogue » avec la présidence sur les enjeux qui touchent collectivement leur catégorie. « Je les ai reçus trois ou quatre fois ces dernières années », réfute Yassine Lakhnech, pour qui l’enjeu principal, concernant cette explosion des emplois courts, se situe dans le « sous-financement chronique » national.

    Reste que les jeunes chercheurs sont encouragés à accepter ces heures d’enseignement précaire pour espérer obtenir un poste un jour. « On nous le présente comme un passage obligé pour notre CV, avec une certaine pression insidieuse », pointe Pauline. Or, l’âge d’accès au premier poste, sans cesse repoussé (34 ans aujourd’hui en moyenne), implique un sas de précarité de plus en plus long, dont les établissements profitent pour faire des économies.

    Mais pour les formations elles-mêmes, le fait de devoir avoir autant recours à des enseignants qui ne sont là que temporairement crée une désorganisation. Chaque rentrée, c’est le même travail que doivent réaliser les titulaires : trouver de nouveaux vacataires ou contractuels en CDD pour assurer les cours en souffrance. Pas une mince affaire dans certaines filières, en raison de ces conditions de travail et taux horaire prohibitifs. « En septembre, on voit passer des mails de recherche de vacataires en pagaille », explique un enseignant-chercheur en informatique, qui a souhaité rester anonyme.

    Tous les ans, il ne sait pas une semaine avant la rentrée s’il aura suffisamment de personnes devant les étudiants. « Ce sont ensuite des personnes que je dois former, une à une, raconte l’enseignant. Et il arrive que certains finissent par annuler, parce qu’ils ont trouvé un job plus stable. Il faut alors réorganiser toute la maquette, et, pour les contractuels, refaire des concours pour embaucher à nouveau. »Pour lui, c’est une « perte d’énergie abyssale ». « C’est ça le plus absurde : je ne suis même pas certain que l’université s’y retrouve, quand on voit aussi le temps que cela demande aux services administratifs qui doivent traiter manuellement chaque heure réalisée », s’étonne Théo Maurette.

    Avec le turnover que cela génère, « il devient difficile de maintenir une communauté enseignante, avec des échanges suivis, une cohérence sur le temps long », regrette également Pierre Bataille, responsable de la licence de sciences de l’éducation à l’université Grenoble-Alpes. Le nombre de ceux qui peuvent prendre à leur charge des responsabilités comme l’encadrement de niveaux ou de formations se réduit aussi mécaniquement, lorsque moins de titulaires subsistent – même si « on voit maintenant des précaires devenir responsables d’une année de licence ou d’un master, ce qui est aberrant », alerte Gwenaël Delaval.

    Enfin, face à la difficulté à trouver des candidats tous les ans , « ce sont des cours qui vont fermer petit à petit, constate le maître de conférences Laurent Lima, responsable de la première année de sciences de l’éducation. On a déjà chargé artificiellement la maquette d’heures en autonomie. On a dû réduire le nombre de TD, ce qui n’enchante pas les étudiants ».Alors qu’en parallèle est encouragée l’utilisation de cours enregistrés en vidéos, non réactualisés d’une année sur l’autre, un ingénieur pédagogique de l’université résume cette crainte collective : « Va-t-on vers une université sans profs devant les étudiants ? »

    https://www.lemonde.fr/campus/article/2024/10/22/recours-massif-aux-enseignants-precaires-la-realite-c-est-que-l-universite-n

    #ESR #université #facs #Grenoble #France #précarité #précarisation #enseignement_supérieur #UGA #Université_Grenoble_Alpes

    • je pense que c’est une mauvaise lecture du problème, parce que ce n’est pas qu’en France que c’est comme ça ! à Montréal, sur les 4 universités c’est la même chose. Je pense que la réalité est que bon nombre de profs sont fatigués d’enseigner... ou disons préfèrent les cours gradués, et que la majorité des cours undergrads sont faits par des vacataires... et il me semble que c’est pareil dans beaucoup de pays ! dans les universités les plus prestigieuses, il ne faut pas espérer trop voir les profs, qui ont autre chose à faire qu’enseigner en bachelor... (il me semble)

    • Tu as tout à fait raison, mais, ayant travaillé en Suisse (où le recours au travail précaire est aussi prépondérant) et en France, je vois quand même une différence... sur plusieurs plans, que je ne pourrais pas synthétiser ici.
      Mais c’est notamment la vitesse avec laquelle le système est en train de basculer et aussi la lourdeur administrative du système (délétère pour la Suissesse que je suis) qui se répercute sur le nombre toujours plus restreint d’enseignant·es titulaires...

      J’avais écrit cela il y a quelques années un article un peu dans ce sens (https://hal.science/hal-02525636), je venais d’arriver en France et le processus de néolibéralisation/néo-management/précarisation avait commencé avant (avec la fameuse « loi Pécresse » sur l’autonomie des universités : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvements_universitaires_de_2007-2009_en_France) mais avec Macron le mouvement a été accéléré +++. Et quand la loi #LPPR a été approuvée, ça a été le début de la fin : https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_programmation_de_la_recherche_pour_les_ann%C3%A9es_2021_%C3%A0_

  • Les milliardaires financent une nouvelle #université « #anti-woke »

    Au #Texas, une université « anti-woke » ouvre ses portes. L’alma mater a récolté 200 millions de dollars de dons, notamment après les événements du 7 octobre. L’Université se veut apolitique, mais le bord politique de ses importants donateurs interrogent.

    Mécontent du système académique, certains ont trouvé la parade parfaite en ouvrant leur propre université au Texas. Jusqu’ici rien de très surprenant. La particularité de cette école ? C’est une université « anti-woke ».

    Il semble que cette idée séduit puisque près de 200 millions de dollars ont déjà été récoltés, souligne le « Wall Street Journal » dimanche 13 octobre. Parmi les généreux donateurs, figurent plusieurs grosses fortunes américaines. L’argent a notamment afflué depuis les événements du 7 octobre 2023 en Israël.
    Une mission ambitieuse

    La mission de l’Université d’Austin (UATX), qui se dit apolitique, est audacieuse : elle veut favoriser le débat ouvert, la liberté académique et une « quête intrépide de la vérité », tout en mettant l’accent sur l’entrepreneuriat. En effet, de nombreux donateurs fortunés estiment que les universités sont trop progressistes. Ils se disent attirés par l’idée d’une école alternative qui encouragerait la réussite méritocratique et une multitude de points de vue.

    Harlan crow, promoteur immobilier miliardaire et contributeur de l’UATX explique : « Aujourd’hui, une grande partie de l’enseignement supérieur semble vouloir rejeter les réalisations occidentales et les réalisations des civilisations occidentales dans leur intégralité. »

    De cette volonté est donc née l’UATX qui a accueilli sa première volée de 95 élèves en septembre dernier. Les étudiants ont reçu un exemplaire de l’Odysée d’Homer lors de leur inscription.
    Le 7 octobre comme moteur

    Une vidéo publiée sur le compte Youtube de l’école met en contraste les scènes de manifestations pro-palestiniennes sur les campus américains avec un séminaire de l’UATX. La vidéo se termine avec le message : « Ils brûlent, nous construisons. »

    Il faut dire que les événements du 7 octobre ont fait les affaires de l’uni « anti-woke ». A partir de cette date, la collecte de fonds s’est emballée. Le « Wall Street Journal » explique que les donateurs estiment que la liberté d’expression s’applique de manière sélective sur les campus.

    #Niall_Ferguson, historien et co-fondateur de l’institution détaille : « Il a fallu ce qui s’est passé au lendemain du 7 octobre sur les principaux campus pour convaincre Wall Street et les gens de la Silicon Valley, qu’il y avait vraiment un problème. »

    Une collaboration avec #Elon_Musk

    Les dirigeants de #SpaceX et #Boring_Company, la société d’Elon Musk, contribuent à l’élaboration du programme d’études en ingénierie de l’école. Le patron de Tesla n’est pas le seul à être attiré par le projet. Le co-fondateur de #Paypal, #Peter_Thiel, a aussi tenu à apporter sa pierre à l’édifice.

    Si l’école se revendique apolitique, la provenance de ses gros donateurs questionne. En effet, les plus importants sont acquis à la cause républicaine et finance les campagnes des candidats du parti à l’éléphant.

    Pour l’heure, l’UATX n’est pas encore accréditée. Elle ne pourra l’être qu’après la promotion de sa première volée. Les élèves ont reçu une bourse de 130’000 dollars afin de compenser les risques pris. Plus de 40% des étudiants inscrits viennent du Texas et un tiers sont des femmes. A voir, si les étudiants seront aussi enthousiastes que les donateurs.

    https://www.blick.ch/fr/news/monde/plusieurs-millions-recoltes-les-milliardaires-financent-une-nouvelle-universit
    #USA #Etats-Unis #facs #woke #vérité #liberté_académique #Université_d'Austin (#UATX) #entrepreneuriat #progressisme #méritocratie #Harlan_Crow #ESR #enseignement_supérieur

  • Un autre classement des universités, vraiment ?

    Comme chaque année, au creux de l’été, le classement de Shanghai suscite les passions nationales (mollement quand même) et l’opposition des commentaires déclinistes ou autosatisfaits sur les bienfaits de la politique de “réforme” de l’enseignement supérieur depuis Valérie Pécresse.

    Le Monde s’empare du sujet (https://www.lemonde.fr/campus/article/2024/08/15/classement-de-shanghai-2024-l-universite-paris-saclay-grimpe-encore-dans-le-) et fait un cocorico sur la “montée” de l’Université Paris Saclay, celle dont la ministre sortante de l’ESR a été la présidente. Elle doit se sentir bien…

    Mais, ayant tenu compte sans doute des critiques lassées des universitaires quant à la validité plus que douteuse des #critères mis en avant et des instrumentalisations dont le classement fait l’objet, le journal de référence a pris l’initiative de proposer un #classement_alternatif, qui serait basé sur “la portée” des #articles de recherche en SHS en français. Une approche plutôt anticonformiste et qui retient l’attention. Les données sont issues de la plateforme #Cairn, qui diffuse 634 #revues essentiellement françaises, mais sous pavillon belge (sans doute pour optimiser sa fiscalité), qui a construit une infrastructure privée efficace, qui a incontestablement aidé à la structuration de la #publication_scientifique francophone. Beau coup de pub pour eux, bien joué. Mais attention quand même aux critères de mesure, à leur #biais, et à ce qu’ils nous apprennent vraiment : en distinguant l’université Paris Cité, c’est un autre masdodonte issu des réformes pécressiennes (plutôt la vague tardive fioraso-vidalienne, mais bon, l’inspiration est la même…). Quelques remarques donc sur les limites de l’exercice.

    D’abord, que mesure t on ? Des “consultations”, en fait sans doute des #clics sur les liens des articles. On ne sait rien du temps de lecture : s’agit-il seulement de la lecture d’un résumé, d’une lecture plus approfondie ? On connait bien les limites de l’#impact_factor mais la prise en compte des #citations est quand même une mesure plus concrète de l’utilisation d’une référence scientifique (quand bien même le sens d’une citation peut être multiple : reconnaissance, critique, marque de complaisance ou d’appartenance à une chapelle scientifique).

    Par ailleurs, les nombres de “consultations” cités et comparés, s’ils permettent de dégager des hiérarchies en termes d’#audience au sein de ce corpus entre auteurs, disciplines et universités (même si on fait complètement l’impasse sur les collaborations entre auteurs d’universités, voire de disciplines différentes), ne veulent pas dire grand chose sans comparaison avec les “consultations” d’autres corpus. C’est là qu’une comparaison avec des plateformes similaires, on n’ose pas dire concurrentes, comme #Openedition.org en France (qui diffuse 646 revues totalement en libre accès contrairement à Cairn, qui en diffuse 634), #Erudit au Canada, #Scielos en Amérique latine, et bien sûr les grandes plateformes des éditeurs scientifiques anglophones (Elsevier, Informa, etc.) serait utile pour jauger des ordres de grandeur des consultations qu’elles reçoivent… De même, une grande partie de la production scientifique est aussi consultable via les #archives_ouvertes et les réseaux sociaux académiques que sont #Academia, #ResearchGate ou autres, dont les clics et statistiques de consultation échappent à la mesure ici analysée (cf. ce post déjà ancien). On peut enfin se demander d’ailleurs si les chiffres de lecture cités pour mesurer l’audience internationale comprennent (ou pas) les lecteurs basés en France, auquel cas l’audience européenne de Cairn est elle si impressionnante ?

    Concernant le classement des universités, on s’interroge sur la distinction proposée entre elles et le CNRS, qui est un établissement national qui compte de nombreuses unités de recherche dans les autres dites universités : comment les différencie-t-on ? Par ailleurs, si on reprend les chiffres cités pour les cinq premiers organismes de la liste, en comparant nombre de consultations et nombre d’auteurs, on obtient le tableau suivant :

    Les variations de consultation s’expliquent principalement par l’effectif des établissements en question. Certes le ratio consultation/auteur montre une variation de l’ordre de 35%, mais il est vraisemblable que cela soit lié à la composition disciplinaire plus qu’à plus grande “qualité” de ces articles, et encore moins à une surperformance des universités en question… Est-on réellement dans une rupture avec la logique du classement de Shanghai ? On peut noter que Paris Cité est l’une de ces universités construite au forceps par le ministère de la Recherche et de l’enseignement supérieur pour atteindre une “taille critique”, tout comme d’ailleurs Lille, Sorbonne Université, Aix Marseille, Strasbourg, etc. . Le fait qu’y figurent Panthéon Sorbonne ou l’EHESS, des établissements spécialisés en SHS, n’a rien non plus pour étonner : cela semble refléter la présence d’un grande nombre d’enseignants-chercheurs et chercheurs. Difficile donc dans ces conditions de distinguer ce qui relèverait d’une “surperformance” d’un simple effet de masse. Plus fondamentalement, faut il individualiser les métriques à l’échelle des chercheurs individuels, alors que leur travail est en grande partie collectif ? sachant que les cultures disciplinaires s’y prêtent plus ou moins bien.

    En réalité, le travail effectué par Le Monde, s’il montre bien que de la science (SHS) francophone se produit et se publie dans les universités – c’est toujours bien de le souligner – ne rompt pas vraiment avec la logique du classement et de la hiérarchisation propre au classement de Shanghai, aujourd’hui bien démodé et qui fait figure d’un marronnier aux feuilles qui justement brunissent en cette fin d’été : les médias friands des Jeux Olympiques cherchent à étendre la logique des médailles pour remplir les quelques semaines d’avant la rentrée…

    Par ailleurs, si j’adhère totalement à l’idée de chercher à promouvoir des métriques alternatives de la circulation du travail scientifique francophone et plus largement dans les langues scientifiquement minoritaires, et de la mise en avant de manières différentes d’écrire les SHS et de produire une connaissance moins formatée et moins standardisée, il faut quand même se demander comment cette connaissance est appropriée dans le cadre de cette science et de ces SHS globalisées. Cette attente est explicite dans l’article du Monde.

    De manière totalement fortuite, je suis tombé récemment sur la collection d’ouvrages Thinkers for Architects, éditée par Routledge. Il est notable de constater que sur les dix-huit titres publiés, 10 portent sur des auteurs français : Lefebvre, Virilio, Merleau-Ponty, Baudrillard, Bourdieu, Irrigaray, Foucault, Deleuze et Guattari, Derrida et Latour. Cela illustre la réalité de la circulation d’un ensemble de travaux universitaires français, ce qu’on appelle la “French theory” (à l’unité néanmoins problématique). Souvent dédaignée voire méprisée pour son jargon et les supposées dérives wokes qu’elle a suscitée, vue comme une sorte d’excentricité des campus “anglo-saxons”, cette “French theory” n’est pas toujours reconnue à sa juste valeur dans notre pays, comme une véritable contribution de l’université française au monde académique. Or, cette circulation a été rendue possible grâce à la traduction, aux circulations d’enseignement et au débat scientifique. On pourrait rétorquer que c’est un phénomène du passé : tous ces auteurs (dont une seule autrice) sont morts. Néanmoins qui peut dire si d’autres auteurs français ou francophones formés en France ne sont pas en train de connaître aujourd’hui le même destin : traduits, discutés, célébrés ? En passant, on pourrait aussi souligner que l’université de Vincennes, berceau d’une partie de ces auteurs, est exactement l’inverse de la standardisation de la production et de la transmission des connaissances que ce que promeut le classement de Shanghai, et son application stéréotypée par nos brillants énarques style V. Pécresse et consorts. La principale finalité de ce mécano académique semble être de produire des monstres bureaucratiques dont le principal critère d’évaluation est la “bonne signature” des chercheurs, afin que les logiciels compilent correctement les citations dans les bases de données de publications pour exceller dans ce type de classement.

    Pour appréhender justement cette circulation en train de se faire, l’article aurait pu se pencher sur la plateforme internationale que Cairn tente de promouvoir depuis des années, et qui selon ma perception, est bien peu utile pour faciliter cette circulation de travaux francophones. Combien d’universités étrangères y sont abonnées ? Combien de “consultations” génère-t-elle ? A travers les revues auxquelles je participe comme membre de la rédaction ou comme auteur, et sur lesquelles j’ai publié des traductions anglaises, je peux témoigner d’un dispositif techniquement problématique, la même url étant par exemple utilisée pour le texte français et sa traduction anglaise, ce qui ne permet pas d’indexer correctement ces textes en anglais. Au contraire de la pratique chez Openedition.org où les traductions ont une url propre. Je doute que Cairn joue un rôle efficace sur ce plan…

    Entendons-nous : réfléchir à d’autres critères d’objectivation du travail des chercheurs et chercheuses dans les universités, mettre en valeur un portail tel que Cairn, qui avec Openedition Journals a beaucoup fait pour diffuser largement, en France déjà, et au niveau international à un degré moindre, tout cela est très bien. Mais les classements proposés n’ont rien d’alternatifs en ce qu’ils reproduisent cette idée d’une hiérarchisation sur des critères simplistes, ici difficilement étalonnables et surtout reproduisant la logique de mise en concurrence au lieu de réfléchir à d’autres logiques qui font avancer la science, telles que la coopération, la formation, etc. C’est en cela que la proposition de cet article me semble manquer sa cible.

    https://rumor.hypotheses.org/6142
    #classement #université #ranking #ESR #alternative #consultations #facs #statistiques #édition_scientifique

    –-

    voir aussi :
    Attention, un #classement peut en cacher un autre !
    https://seenthis.net/messages/1067976

  • Columbia whistleblower on exposing college rankings: ‘They are worthless’

    US News relegated Columbia to 18th from second place after it was revealed the college had misrepresented key statistics.
    The Columbia University academic whose exposure of false data caused the prestigious institution to plunge in US college rankings has accused its administration of deception and a whitewash over the affair.

    Michael Thaddeus, a mathematics professor, said that by submitting rigged numbers to drive the university up the influential US News & World Report rankings, Columbia put its financial priorities ahead of students education in order to fund a ballooning and secretive bureaucracy.

    On Monday, US News relegated Columbia from second to 18th in the latest rankings after the college admitted to “outdated and/or incorrect methodologies” in some of its previous claims about the quality of the education the university provides.

    “I find it very difficult to believe the errors were honest and inadvertent at this point,” Thaddeus told the Guardian.

    He added: “The response that the university made was not the forthright, direct, complete response of a university that really wanted to clear the air and really wanted to inform the public. They address certain issues but then they completely ignored or whitewashed other ones.”

    Thaddeus embarrassed Columbia and shocked the academic world in February when he published a lengthy analysis accusing the university of submitting “inaccurate, dubious or highly misleading” statistics for the US News rankings. Among other things, he took issue with claims about class sizes, which the mathematics professor said he knew from experience were not accurate, and the assertion that all of the university’s faculty held the highest degrees in their fields.

    Thaddeus also said the university hugely overstated spending on instruction, claiming it far exceeded other Ivy League universities, by adding in the cost of patient care in the medical school.

    Columbia initially defended its numbers before admitting on Friday that Thaddeus was right about class sizes and the qualifications of its teaching staff. “We deeply regret the deficiencies in our prior reporting and are committed to doing better,” Columbia’s provost, Mary Boyce, said in the statement.

    In July, the university said it was pulling out of this year’s rankings. US News made its own calculations, based in part on federal data, and this week moved the university down a humiliating 16 places.

    Thaddeus began digging into the numbers as Columbia celebrated its stunning rise in the rankings from 18th in 1988. It broke into the top five in 2011 and eventually made second place last year.

    “A few other top-tier universities have also improved their standings, but none has matched Columbia’s extraordinary rise. It is natural to wonder what the reason might be,” he wrote in his analysis.

    When Thaddeus began to suspect that Columbia’s numbers didn’t add up, he saw the opportunity to discredit a system he regards as a con perpetrated on prospective students desperate to ensure that the tens of thousands of dollars a year many will spend on gigantic tuition fees are worth it.

    The US News rankings, alongside less influential ones by the Wall Street Journal, Forbes and other publications, have a significant impact on which universities prospective students favor. Thaddeus said Columbia’s fall exposes the shoddiness of a system that relies on an institution’s own numbers without checking.

    “I’ve long believed that all university rankings are essentially worthless. They’re based on data that have very little to do with the academic merit of an institution and that the data might not be accurate in the first place,” he said.

    “It was never my objective to knock Columbia down the rankings. A better outcome would be if the rankings themselves are knocked down and people just stop reading them, stop taking them as seriously as they have.”

    It’s not the first scandal involving the US News rankings. Last year, a former dean of Temple University’s business school in Philadelphia was sent to prison for fraud after rigging data to move the college’s MBA sharply up the rankings.

    But Thaddeus, who has taught at Columbia for 24 years, also had another target in his sights – his own university’s administration.

    The former head of Columbia’s mathematics department described an expanding and self-replicating bureaucracy that is growing ever more expensive to maintain. He said that Columbia’s endowment is not large enough to cover the cost of the growing administration and so it is paid for by increasing tuition costs.

    “It means that our educational programmes have to be run to some degree as money-making ventures. That is the secret that can’t be openly acknowledged,” he said.
    Thaddeus suspects administrators rigged the data to move the university up the rankings in order to justify rising tuition fees which, at about $65,000 a year, are more than five times the amount paid by the parents of today’s students in the 1980s.

    “It’s clear that the growth of university bureaucracies and administration has been a major driver of the cost of higher education growing much, much faster than inflation. We now have about 4,500 administrators on the main campus, about three times the number of faculty, and that’s a new development over the past 20 years,” he said.

    “What is less clear is what all these administrators are actually doing. They say that more administrators are needed to comply with government regulations. There may be a little truth to that, but not much, because these regulations in question were enacted decades ago. There hasn’t been a lot of new university regulation that I know of.”

    Thaddeus acknowledged that there was a need for more staff to provide services that were not previously available such as much more extensive career placement, counseling and psychiatric care. But he does not believe that accounts for the growth of a bureaucracy he describes as self-serving and unaccountable.

    “I was kind of radicalised by the experience of being department chair in mathematics from 2017 to 2020. That’s when I saw how secretive, how autocratic, Columbia’s administration is. How they never share relevant information with faculty or students or the public. This episode has just seriously damaged the credibility of the administration. That saddens me, but it’s also important that these issues get out in the open,” he said.

    Thaddeus said that initially he was not willing to accuse the university of deliberately manipulating the rankings system.

    “When I first wrote my article, I expressed greater agnosticism on this point,” he said.
    But he said the university’s response, including its failure to be transparent about how the false data came to be reported, caused him to believe Columbia deliberately gamed the system.

    “Also, there’s been no move by the university to commission an external investigation, an investigation at arm’s length by a third party such as a law firm, which is standard practice when ranking scandals erupt. If I had seen some move like that by the university, I would be more inclined to think that the errors were honest and inadvertent,” he said.

    Approached for comment, Columbia said it had nothing to add to the statements it has already made.

    https://www.theguardian.com/us-news/2022/sep/16/columbia-whistleblower-us-news-rankings-michael-thaddeus

    #ranking #bullshit #ESR #université #facs #ESR #classement #statistiques #classement #Columbia_University #USA #Etats-Unis

  • Università, una lenta parità

    Nel 1996, all’#USI, i professori di ruolo di sesso maschile erano 35, a fronte di una sola presenza femminile. Una! Nel 2023, siamo invece a 108 uomini e 31 donne. Al di là dell’aumento di personale, possiamo dire che resta sì una forte disparità, ma anche che qualcosa si sta comunque muovendo. Nei nuovi dati pubblicati dall’Ufficio federale di statistica, la situazione nelle università svizzere e nei politecnici federali sembra in fase di aggiustamento. Va considerato che, nel 2023, in Svizzera, nelle alte scuole universitarie hanno lavorato 72.265 persone, pari a un totale di 48.565 posti di lavoro a tempo pieno. Per il resto, la tabella a lato è piuttosto chiara. Per analizzarla, abbiamo contattato la rettrice dell’Università della Svizzera italiana, Luisa Lambertini. Il primo dato che balza agli occhi, sottolineiamo, è che c’è ancora molto lavoro da fare. È così? «Certamente, c’è da fare. E siamo intenzionati a proseguire i nostri sforzi sia a livello svizzero, sia all’USI. Purtroppo, per quanto si siano fatti progressi, la tendenza positiva osservata nel corso degli ultimi dieci anni non ha ancora posto rimedio a una situazione che tutt’oggi resta chiaramente sbilanciata. Di qui la necessità di proseguire con questo processo con misure concrete».
    «Un certo tipo di mentalità»

    Gli ambiti di intervento sono molteplici. A partire da quella che Luisa Lambertini definisce come «esigenza di rimodellare un certo tipo di mentalità». Una mentalità «che ha perdurato per decenni». E allora va rimodellata «al fine di favorire la parità e - di riflesso - maggiore equilibrio nella ripartizione delle cattedre. Un processo che però necessita di essere accompagnato da misure più incisive per accelerarne gli effetti. Per quanto concerne l’USI, nell’ultimo anno, da quando sono rettrice, su un totale di quattro nomine tre sono state di professoresse». Un inizio che la stessa rettrice definisce «molto promettente». E per raggiungere questi numeri, «seguendo le migliori pratiche adottate anche in altri atenei, abbiamo deciso che almeno due donne facciano parte delle commissioni di preavviso. Inoltre abbiamo deciso che il 50% delle posizioni nella short list delle commissioni di preavviso debba essere composto da candidate di genere femminile. Il rettorato si è inoltre impegnato a valutare queste liste e a prendere decisioni appropriate se non compatibili con gli obiettivi di genere dell’Università. Per attrarre personale accademico di genere femminile, le migliori pratiche suggeriscono anche di individuare potenziali candidate prima dell’avvio delle commissioni di preavviso. Questo significa sviluppare e coltivare una rete di contatti popolata da postdoc, studentesse di dottorato e professoresse assistenti, attraverso inviti per le candidate per visite di breve periodo, sabbatici o seminari. L’USI vuole anche diventare un’università dove colleghe e colleghi lavorano volentieri e possono conciliare vita familiare e carriera: nel prossimo quadriennio quindi ci siamo impegnati a rafforzare l’offerta di servizi volti a renderla un posto di lavoro accogliente».
    «L’USI era penultima»

    Tra i dati proposti dall’UST, scorgiamo due note incoraggianti. La prima: la crescita del numero di donne rispetto al 2014. Una crescita «sicuramente dovuta alle misure di settore, che hanno già portato effetti benefici nell’ottica della parità di genere. E poi alla volontà dei singoli individui di invertire una tendenza che ha perdurato troppo a lungo. D’altronde soltanto attraverso azioni concrete, nonché significative, è possibile tagliare determinati traguardi. E il fatto di avere sempre più rettrici donne ai vertici delle università svizzere aiuta».

    La seconda nota incoraggiante: il fatto che più si abbassa l’età, più si intravede un’idea di reale parità. Già, ma ci viene un dubbio: questa idea è rispettata anche a livello di salari e di ruoli? Risponde sempre Luisa Lambertini: «Sì, i dati mostrano che più si abbassa l’età, più ci si avvicina alla parità. Alcuni processi aiutano: normalmente le università sostituiscono i professori ordinari a fine carriera con una combinazione di professoresse/professori assistenti e/o associate/i sufficientemente lontani dall’età pensionabile. Questo ricambio, caratterizzato appunto da un ringiovanimento, offre altresì la possibilità - a chi è intenzionato a coglierla - di intervenire sul disequilibrio di genere e salariale. È sicuramente il caso dell’USI, che tra le università e i politecnici svizzeri risultava penultima in termini di percentuale di posizioni professorali occupate da donne». In questo senso, per monitorare le eventuali altre disparità, tra cui quelle salariali, all’USI è stato introdotto dallo scorso anno lo strumento del “Bilancio di genere”, che misura la parità nelle sue diverse manifestazioni per capire dove è urgente intervenire e per monitorare i progressi fatti. «L’USI è stata una delle prime università in Svizzera e una delle poche istituzioni in Ticino a introdurre questo strumento». E la rettrice ammette: «Alcuni divari di genere, difficilmente comprensibili alla luce dei dati disponibili, sono effettivamente emersi, mentre in altri settori dell’USI essi si attenuano, o si annullano. Si è proceduto quindi a fare a ulteriori verifiche e si è ritenuto auspicabile completare il processo di istituzionalizzazione della parità di genere, ampliare la gamma dei parametri di misurazione, così da poter approfondire e comprendere le molte sfaccettature del problema».

    https://www.cdt.ch/news/universita-una-lenta-parita-360173
    #università_della_svizzera_italiana (#USI) #parité #genre #femems #ESR #Suisse #rapport #recherche #université #facs #inégalités

  • Des universités françaises au bord de l’#asphyxie : « Ça craque de partout »

    Locaux vétustes, #sous-financement structurel, #pénurie d’enseignants, inégalités sociales et scolaires… Les universités de Créteil, Villetaneuse ou encore Montpellier-III cumulent les difficultés. Le fossé se creuse encore entre les établissements prestigieux et les autres.

    A l’#université_Sorbonne-Paris_Nord, sur le campus de Villetaneuse, en Seine-Saint-Denis, la visite guidée se transforme immanquablement en un passage en revue du #délabrement. Tel couloir ou telle salle, inondés à chaque forte pluie, cumulent vétusté et moisissures sur les murs. Des amphithéâtres aux sièges cassés, des prises abîmées depuis des années, et des vidéoprojecteurs qui, régulièrement, ne fonctionnent pas. Les filets de fortune qui retiennent des bouts de plafond qui s’écroulent au-dessus d’une passerelle reliant plusieurs bâtiments. Cet ascenseur, également, en panne depuis la rentrée, rendant le deuxième étage du département des lettres inaccessible aux étudiants à mobilité réduite.

    De façon moins visible, une grande partie des bâtiments contient encore de l’#amiante, plus ou moins bien protégée. « Là ou encore là, le sol est abîmé, montre Stéphane Chameron, maître de conférences en éthologie, membre du comité social d’administration, encarté SUD-Education, en désignant des dalles usées dans des couloirs ou des escaliers. Donc il peut arriver que de la poussière amiantée soit en suspension dans l’air. C’est une #mise_en_danger. »

    Selon la Cour des comptes, 80 % du bâti de l’université Sorbonne-Paris Nord est aujourd’hui vétuste. Mais le constat national n’est guère réjouissant non plus, avec un tiers du #patrimoine_universitaire jugé dans un état peu ou pas satisfaisant. « Honnêtement, on a honte de faire travailler les étudiants dans ces conditions » , souligne une des enseignantes de l’établissement qui, comme beaucoup, a demandé à rester anonyme.

    En matière d’#encadrement aussi, « la situation est critique », alerte Marc Champesme, chargé du département d’informatique de Paris Nord, membre du syndicat Snesup-FSU. Dans sa composante, le nombre d’étudiants en première année a été multiplié par plus de trois entre 2010 et 2022, et par deux sur les trois années de licence. Dans le même temps, le nombre d’enseignants titulaires n’a pas bougé. « On est maintenant contraints de faire des travaux dirigés en amphi avec soixante étudiants parce qu’on manque de professeurs , réprouve-t-il. Alors même que les pouvoirs publics ne cessent de dire qu’il faut former plus d’informaticiens et de spécialistes de l’IA [intelligence artificielle] , que c’est l’avenir. »

    « Sans l’État, ce ne sera pas possible »

    Ici, comme dans d’autres facultés, les personnels ont été désespérés par le signal envoyé, en février, avec l’annonce de coupes budgétaires de près de 1 milliard d’euros dans l’enseignement supérieur – en contradiction avec la volonté affichée, fin 2023 par Emmanuel Macron, de « donner plus de moyens » pour la recherche. « On nous disait que l’université serait une priorité, mais cela a vite été oublié. C’est un #délaissement total. Et les premiers à trinquer, ce sont nous, universités de banlieue populaire ou de petites villes déjà en mauvaise forme » , s’exaspère un autre enseignant-chercheur de Sorbonne-Paris Nord.

    Cette réalité s’impose comme le signe d’une université française en crise, qui maintient sa mission de service public en poussant les murs, colmatant les brèches et serrant les dents. La conséquence de décennies pendant lesquelles les établissements ont absorbé une augmentation significative de la #population_étudiante, sans que les moyens aient suivi. Entre 2008 et 2021, le nombre d’étudiants a augmenté de 25 %, quand le #budget de l’enseignement supérieur a progressé de moins de 10 %. Quant aux fonds versés par l’Etat liés spécifiquement au #bâti, ils stagnent depuis plus de dix ans.

    Désormais, « ça craque de partout » , résume un enseignant dans un Baromètre des personnels réalisé en 2023 par la Conférence des praticiens de l’enseignement supérieur et de la recherche. A Villetaneuse, « on essaie de mettre les bouchées doubles depuis trois ans pour les travaux urgents. On a investi 6 millions d’euros sur fonds propres. Mais on ne dispose pas de ressources infinies. Sans l’Etat, ce ne sera pas possible » , souligne son président, Christophe Fouqueré. Sur tout le territoire, la pression budgétaire contraint les établissements à se contenter de rafistoler un bâti vieillissant plutôt que d’entamer des travaux de #rénovation nécessaires, ou encore à geler les embauches de #titulaires et à avoir recours à des #vacataires précaires – à présent majoritaires au sein des personnels enseignants dans les universités.

    Mais, à l’image de Sorbonne-Paris Nord, certaines se trouvent plus en difficulté que d’autres en matière de conditions d’études. « La question du bâti et de son délabrement éclaire en fait toutes les #inégalités entre élèves, et entre établissements du supérieur : d’abord entre universités et grandes écoles type Sciences Po, mieux loties, et désormais entre universités elles-mêmes, analyse la sociologue Annabelle Allouch, qui mène un projet de recherche sur le #bâti_universitaire. Mais elle renforce aussi ces inégalités, en encourageant des étudiants à adopter des stratégies d’évitement de certains campus. »

    De fait, des #écarts se sont creusés. Si certains campus ont bénéficié de belles rénovations, comme de moyens plus conséquents pour l’enseignement, d’autres universités, moins subventionnées, décrochent. « On a été oubliés du #plan_Campus de 2008, qui a permis à d’autres universités, y compris voisines, de se remettre à niveau » , regrette le président de Sorbonne-Paris Nord. « L’Etat avait fait le choix de porter les efforts sur 21 sites seulement. Cela a créé un premier différentiel, qui n’a cessé de s’accentuer puisque ces universités lauréates ont été, par la suite, mieux placées, aussi, pour répondre à des appels à projet sur le patrimoine » , explique Dean Lewis, vice-président de France Universités.

    Se sont ajoutées les diverses politiques d’ « #excellence », mises en œuvre durant la dernière décennie, et notamment les labels #Initiative_d’excellence, décernés à certains établissements prestigieux, avec des moyens supplémentaires correspondants. « On a été face à des politiques qui ont décidé de concentrer les moyens sur un petit nombre d’établissements plutôt que de les distribuer à tout le monde » , résume la sociologue Christine Musselin.

    #Violence_symbolique

    Une situation qui laisse de plus en plus apparaître une université à plusieurs vitesses. « Quand je passe de mon bureau de recherche de l’ENS [Ecole normale supérieure] aux locaux où j’enseigne, la différence me frappe à chaque fois », témoigne Vérène Chevalier, enseignante en sociologie à l’#université_Paris_Est-Créteil (#UPEC), qui subit aussi, avec ses élèves, un environnement dégradé. Dans certains bâtiments de cette université, comme celui de la Pyramide, les cours ont dû être passés en distanciel, cet hiver comme le précédent, en raison d’une défaillance de #chauffage, la #température ne dépassant pas les 14 0C. En avril, le toit d’un amphi, heureusement vide, s’est effondré sur un site de Fontainebleau (Seine-et-Marne) – en raison d’une « malfaçon », explique la présidence.

    Plongée dans une #crise_financière, avec un #déficit abyssal, l’UPEC est dans la tourmente. Et la présidence actuelle, critiquée en interne pour sa mauvaise gestion des finances. « Mais lorsqu’on voit arriver 10 000 étudiants en cinq ans, on se prend de toute façon les pieds dans le tapis : cela veut dire des heures complémentaires à payer, des locations ou l’installation de préfabriqués très coûteuses » , défend le président, Jean-Luc Dubois-Randé.

    Au sein d’un même établissement, des fossés peuvent se former entre campus et entre disciplines. « Quand mes étudiants vont suivre un cours ou deux dans le bâtiment plus neuf et entretenu de l’IAE [institut d’administration des entreprises] , dont les jeunes recrutés sont aussi souvent plus favorisés socialement, ils reviennent dans leur amphi délabré en disant : “En fait, ça veut dire que, nous, on est les pauvres ?” » , raconte Vérène Chevalier, qui y voit une forme de violence symbolique.

    Ce sont des étudiants « qu’on ne voit pourtant pas se plaindre », constate l’enseignant Stéphane Chameron. « Pour beaucoup issus de classes moyennes et populaires, ils sont souvent déjà reconnaissants d’arriver à la fac et prennent sur eux » , a-t-il observé, comme d’autres collègues.

    Dans le bâtiment Pyramide, à Créteil, une dizaine d’étudiants en ergothérapie préparent leurs oraux collectifs de fin d’année, assis au sol dans le hall, faute de salles disponibles. « Les conditions, cela nous paraît normal au quotidien. C’est quand on met tout bout à bout qu’on se rend compte que cela fait beaucoup » , lâche Charlotte (qui a souhaité rester anonyme, comme tous les étudiants cités par leur prénom), après avoir égrené les #dysfonctionnements : les cours en doudoune cet hiver, l’impossibilité d’aérer les salles, l’eau jaunâtre des robinets ou l’absence de savon dans les toilettes… « Ça va » , répondent de leur côté Amina et Joséphine, en licence d’éco-gestion à Villetaneuse, citant la bibliothèque récemment rénovée, les espaces verts et l’ « ambiance conviviale », malgré « les poubelles qu’il faut mettre dans les amphis pour récupérer l’eau qui tombe du plafond quand il pleut » .

    Dans l’enseignement supérieur, les dynamiques récentes ont renforcé un phénomène de #polarisation_sociale, et les étudiants les plus favorisés se retrouvent aussi souvent à étudier dans les établissements les mieux dotés. La sociologue Leïla Frouillou y a documenté l’accélération d’une #ségrégation_scolaire – qui se recoupe en partie avec la #classe_sociale. Favorisées par #Parcoursup, les universités « parisiennes » aspirent les bacheliers avec mention très bien des autres académies. « Se pose la question du maintien de la #mixité dans nos universités » , souligne-t-elle.

    En l’occurrence, un campus en partie rénové ne protège pas nécessairement ni d’une situation financière délétère, ni de difficultés sociales plus importantes que la moyenne du territoire. L’un des lauréats du plan Campus de 2008, l’#université_Montpellier-III, présente en majesté l’#Atrium. Une bibliothèque universitaire (BU) tout de verre vêtue, un bijou architectural de 15 000 m2 financé par l’Etat, la région et la métropole, et livré en avril à la porte de l’établissement. L’ouvrage masque un campus quinquagénaire arboré et aussi quelques classes en préfabriqué posées provisoirement à proximité du parking… il y a vingt et un ans. Montpellier-III reste l’une des universités les moins bien dotées de France.

    Un peu plus loin, derrière le bâtiment S, Jade attend patiemment son tour. En première année de licence de cinéma et boursière, comme 48 % des étudiants de son université (quand la moyenne nationale est de 36 %), elle s’apprête à remplir un panier de vivres à l’#épicerie_solidaire de l’établissement. Une routine hebdomadaire pour cette étudiante qui a fait un saut dans la #précarité en rejoignant l’université.

    « Nous avons des étudiants qui ne mangent pas à leur #faim » , regrette Anne Fraïsse, présidente de l’université. Ils sont, par ailleurs, ceux qui auraient le plus besoin d’encadrement. Quand, en 2022, l’#université_Gustave-Eiffel, implantée dans différentes régions, reçoit une subvention pour charge de service public de 13 195 euros par étudiant, Montpellier-III en reçoit 3 812. Les universités de lettres, de droit et de sciences humaines et sociales sont traditionnellement moins bien dotées que les universités scientifiques, dont les outils pédagogiques sont plus onéreux.

    Mais dans les établissements d’une même spécialité, les écarts sont considérables. Nanterre, la Sorbonne-Nouvelle, à Paris, Bordeaux-Montaigne ou Toulouse-Jean-Jaurès : toutes ces universités de #sciences_humaines ont une dotation supérieure de plus de 30 % à celle de Montpellier-III. « Si nous étions financés à la hauteur de ce que reçoit Toulouse-II, c’est 30 millions de budget annuel supplémentaire que l’on recevrait, calcule Florian Pascual, élu CGT au conseil scientifique de l’université Montpellier-III. Nous pourrions cesser de gérer la pénurie, embaucher des enseignants. »

    « Un poids pédagogique »

    En février, le conseil d’administration de l’université a voté un budget affichant un déficit prévisionnel de 5 millions d’euros. Alors que l’établissement a augmenté ses effectifs étudiants (+ 7 % sur la période 2018-2021) pour répondre au #boom_démographique, la #dotation de l’Etat par étudiant a, pour sa part, dégringolé de 18,6 % entre 2016 et 2022. Un rapport rendu en juin 2023 par l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche, reconnaît « une situation de #sous-financement_chronique et un état de #sous-encadrement_structurel » . L’université doit néanmoins répondre à l’injonction du gouvernement de se serrer la ceinture. « C’est ne pas tenir compte des grandes inégalités entre établissements » , répond Anne Fraïsse.

    « Ce que nous répète l’Etat, c’est de fermer des postes, en réduisant l’administration et en remplaçant des professeurs par des contractuels ou des enseignants du secondaire. Pourtant, dans treize départements, la moitié des cours ne sont plus assurés par des professeurs titulaires, rappelle la présidente de l’université . Cela a un poids pédagogique pour les étudiants. Pour augmenter les taux de réussite, il faut créer des heures d’enseignement et mettre des professeurs devant les étudiants. »

    La pression démographique absorbée par ces universités amène avec elle une autre difficulté insoupçonnée. « Chez nous, le taux d’utilisation des amphis est de 99 %, on n’a quasiment plus le temps de les nettoyer. Alors si on devait faire des chantiers, on n’aurait tout simplement plus d’endroit pour faire cours, et c’est le cas partout » , soulève Julien Gossa, enseignant à l’université de Strasbourg. « Mais plus on attend, plus ça se dégrade et plus ce sera cher à rénover » , souligne Dean Lewis, de France Universités.

    Or, dans certaines facultés, comme en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, la démographie étudiante ne devrait pas ralentir. « Nous ne sommes pas sur un reflux démographique comme d’autres, en raison d’un phénomène d’installation des classes moyennes en grande couronne. On envisage une trajectoire d’augmentation de deux mille étudiants par an durant encore un moment. Il va falloir trouver une façon de les accueillir dignement » , souligne Jean-Luc Dubois-Randé, de l’UPEC. D’autant que, malgré les difficultés matérielles, « les profs sont passionnés et les cours très bons », assure une étudiante, en licence de psychologie à Villetaneuse.

    Conscients de cette valeur des cours dispensés et des diplômes délivrés, les enseignants contactés marchent sur des œufs. En mettant en lumière les points de craquage de l’université, ils craignent d’accélérer la fuite vers l’#enseignement_privé, qui capitalise sur l’image dégradée du public. Pourtant, « former la jeunesse est une mission de l’Etat, baisser les dépenses en direction de l’enseignement, au profit du privé, c’est compromettre notre avenir » , rappelle Anne Fraïsse.

    Le nombre de #formations_privées présentes sur Parcoursup a doublé depuis 2020, et elles captent plus d’un quart des étudiants. « Mais même si elles peuvent se payer des encarts pub dans le métro avec des locaux flambant neufs, elles sont loin d’avoir toutes la qualité d’enseignement trouvée à l’université, qui subsiste malgré un mépris des pouvoirs publics » , souligne l’enseignant Stéphane Chameron.

    La fatigue se fait néanmoins sentir parmi les troupes, essorées. « Comme à l’hôpital, on a des professionnels attachés à une idée du #service_public, gratuit, accessible à tous et adossé à une recherche de haute volée , observe le président de l’UPEC, ancien cadre hospitalier. Mais le sentiment d’absence de #reconnaissance pèse, et on observe de plus en plus de #burn-out. » De la même manière que, dans les couloirs des urgences hospitalières, les équipes enseignantes interrogent : souhaite-t-on laisser mourir le service public ?

    https://www.lemonde.fr/campus/article/2024/05/11/des-universites-francaises-au-bord-de-l-asphyxie-ca-craque-de-partout_623255
    #ESR #France #université #facs #enseignement_supérieur #recherche

  • Arrêter les abonnements aux revues scientifiques prédatrices...

    University of Lorraine (France), cutting ‘big deals’ with large commercial publishers & reinvesting the money saved in various open science / open access initiatives

    https://mastodon.social/@rmounce/112336634935584026
    #édition_scientifique #revues_prédatrices #abonnement #arrêt #ESR #recherche #universités #facs #coût #budget #université_de_Lorraine #Elsevier #Wiley #Springer

    –—

    ajouté à la métaliste sur la #publication_scientifique :
    https://seenthis.net/messages/1036396

  • La #liberté_académique menacée dans le monde : « Les universitaires ont intérêt à s’exprimer ouvertement avant qu’il ne soit trop tard »

    En 2006, un citoyen sur deux vivait dans une zone de liberté académique, cette proportion est désormais d’un sur trois. Budgets universitaires en berne, difficultés pour s’exprimer sur des sujets sensibles… Dans un contexte d’#érosion_démocratique, la tendance est alarmante pour la #connaissance et le #bien_commun. Entretien avec #Katrin_Kinzelbach, spécialiste en politique internationale des droits de l’homme, à l’initiative de l’#indice annuel de liberté académique.

    (#paywall)

    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2024/04/01/la-liberte-academique-menacee-dans-le-monde-les-universitaires-ont-interet-a
    #université #monde #facs #recherche #libertés_académiques #statistiques #dégradation #chiffres

    • #Academic_freedom_index

      https://academic-freedom-index.net/_astro/AFI-FAU_VDEM_FINAL_2024_weiss-blau.2c6b4efb_ZX7kT5.jpeg

      Based on assessment of the de facto protection of academic freedom as of December 2023, the Academic Freedom Index Update 2024 provides an overview of the state of academic freedom in 179 countries and territories. In line with previous AFI reports, this year’s data demonstrates that academic freedom is under threat globally. Using the concept of growth and decline episodes at country level, this year’s update shows that 23 countries are in episodes of decline in academic freedom, but academic freedom is increasing in only ten countries. 3.6 billion people now live in countries where academic freedom is completely restricted. Taking a longer time period into account by comparing 2023 data with that of fifty years ago, we note more optimistically that academic freedom expanded in 56 countries.

      https://www.youtube.com/watch?v=gOj_1B2PIlE


      https://academic-freedom-index.net
      #rapport

    • L’état de la liberté académique dans le monde

      Basé sur une évaluation de la protection de facto de la liberté académique en décembre 2023, l’Academic Freedom Index Update 2024 donne un aperçu de l’état de la liberté académique dans 179 pays et territoires

      Conformément aux précédents rapports de l’AFI, les données démontrent que la liberté académique est menacée à l’échelle mondiale. Le rapport 2024 montre que 23 pays connaissent des épisodes de déclin de la liberté académique. Celle-ci n’augmente que dans dix pays. 3,6 milliards de personnes vivent désormais dans des pays où la liberté académique est totalement restreinte. En prenant en compte une période plus longue, en comparant les données de 2023 avec celles d’il y a cinquante ans, on constate malgré tout que la liberté académique s’est étendue dans 56 pays.

      L’Academic Freedom Index (AFI) couvre actuellement 179 pays et territoires et fournit l’ensemble de données le plus complet sur le thème de la liberté académique. L’AFI évalue les niveaux de facto de liberté académique à travers le monde sur la base de cinq indicateurs :

      - liberté de recherche et d’enseignement
      - liberté d’échange et de diffusion académique
      - autonomie institutionnelle
      - intégrité du campus
      - liberté d’expression académique et culturelle

      L’AFI repose sur des évaluations réalisées par 2 329 experts nationaux dans le monde entier, des questionnaires standardisés et un modèle statistique bien établi, mis en œuvre et adapté par le projet V-Dem. Le projet V-Dem est connu pour générer des données solides sur diverses dimensions de la démocratie. L’Academic Freedom Index utilise une méthode de modèle de mesure bayésienne pour l’agrégation des données : il fournit non seulement des estimations ponctuelles, mais rend également compte de manière transparente de l’incertitude de mesure dans l’évaluation globale de la liberté académique. Il est recommandé pour les utilisateurs de prendre en compte cette incertitude lorsqu’ils comparent les scores entre pays et dans le temps. Il est possible d’en savoir davantage sur ces recherches en consultant le site Web. De plus, un article d’introduction explique plus en détail la conception de cet index.

      Les données de l’Indice de liberté académique sont conservées dans l’ensemble de données V-Dem, qui comprend les évaluations de la démocratie les plus complètes et les plus détaillées au monde, ainsi que les données de l’AFI. La dernière version de l’ensemble de données et les documents de référence associés peuvent être téléchargés gratuitement sur le site Internet de V-Dem (pp. 238-243 & 322 Codebook). Mais il faut au préalable s’inscrire sur le site.

      Pour en savoir plus sur l’état actuel de la liberté académique dans le monde, on peut se référer à la mise à jour de l’ Indice de liberté académique et explorer les données sur la carte interactive.

      https://cartonumerique.blogspot.com/2024/04/liberte-academique.html
      #cartographie #visualisation

  • #Université, service public ou secteur productif ?

    L’#annonce d’une “vraie #révolution de l’Enseignement Supérieur et la Recherche” traduit le passage, organisé par un bloc hégémonique, d’un service public reposant sur des #carrières, des #programmes et des diplômes à l’imposition autoritaire d’un #modèle_productif, au détriment de la #profession.

    L’annonce d’une « #vraie_révolution » de l’Enseignement Supérieur et la Recherche (ESR) par Emmanuel Macron le 7 décembre, a pour objet, annonce-t-il, d’« ouvrir l’acte 2 de l’#autonomie et d’aller vers la #vraie_autonomie avec des vrais contrats pluriannuels où on a une #gouvernance qui est réformée » sans recours à la loi, avec un agenda sur dix-huit mois et sans modifications de la trajectoire budgétaire. Le président sera accompagné par un #Conseil_présidentiel_de_la_science, composé de scientifiques ayant tous les gages de reconnaissance, mais sans avoir de lien aux instances professionnelles élues des personnels concernés. Ce Conseil pilotera la mise en œuvre de cette « révolution », à savoir transformer les universités, en s’appuyant sur celles composant un bloc d’#excellence, et réduire le #CNRS en une #agence_de_moyen. Les composantes de cette grande transformation déjà engagée sont connues. Elle se fera sans, voire contre, la profession qui était auparavant centrale. Notre objet ici n’est ni de la commenter, ni d’en reprendre l’historique (Voir Charle 2021).

    Nous en proposons un éclairage mésoéconomique que ne perçoit ni la perspective macroéconomique qui pense à partir des agrégats, des valeurs d’ensemble ni l’analyse microéconomique qui part de l’agent et de son action individuelle. Penser en termes de mésoéconomie permet de qualifier d’autres logiques, d’autres organisations, et notamment de voir comment les dynamiques d’ensemble affectent sans déterminisme ce qui s’organise à l’échelle méso, et comment les actions d’acteurs structurent, elles aussi, les dynamiques méso.

    La transformation de la régulation administrée du #système_éducatif, dont nombre de règles perdurent, et l’émergence d’une #régulation_néolibérale de l’ESR, qui érode ces règles, procède par trois canaux : transformation du #travail et des modalités de construction des #carrières ; mise en #concurrence des établissements ; projection dans l’avenir du bloc hégémonique (i.e. les nouveaux managers). L’action de ces trois canaux forment une configuration nouvelle pour l’ESR qui devient un secteur de production, remodelant le système éducatif hier porté par l’État social. Il s’agissait de reproduire la population qualifiée sous l’égide de l’État. Aujourd’hui, nous sommes dans une nouvelle phase du #capitalisme, et cette reproduction est arrimée à l’accumulation du capital dans la perspective de #rentabilisation des #connaissances et de contrôle des professionnels qui l’assurent.

    Le couplage de l’évolution du système d’ESR avec la dynamique de l’#accumulation, constitue une nouvelle articulation avec le régime macro. Cela engendre toutefois des #contradictions majeures qui forment les conditions d’une #dégradation rapide de l’ESR.

    Co-construction historique du système éducatif français par les enseignants et l’État

    Depuis la Révolution française, le système éducatif français s’est déployé sur la base d’une régulation administrée, endogène, co-construite par le corps enseignant et l’État ; la profession en assumant de fait la charge déléguée par l’État (Musselin, 2022). Historiquement, elle a permis la croissance des niveaux d’éducation successifs par de la dépense publique (Michel, 2002). L’allongement historique de la scolarité (fig.1) a permis de façonner la force de travail, facteur décisif des gains de productivité au cœur de la croissance industrielle passée. L’éducation, et progressivement l’ESR, jouent un rôle structurant dans la reproduction de la force de travail et plus largement de la reproduction de la société - stratifications sociales incluses.

    À la fin des années 1960, l’expansion du secondaire se poursuit dans un contexte où la détention de diplômes devient un avantage pour s’insérer dans l’emploi. D’abord pour la bourgeoisie. La massification du supérieur intervient après les années 1980. C’est un phénomène décisif, visible dès les années 1970. Rapidement cela va télescoper une période d’austérité budgétaire. Au cours des années 2000, le pilotage de l’université, basé jusque-là sur l’ensemble du système éducatif et piloté par la profession (pour une version détaillée), s’est effacé au profit d’un pilotage pour et par la recherche, en lien étroit avec le régime d’accumulation financiarisé dans les pays de l’OCDE. Dans ce cadre, l’activité économique est orientée par l’extraction de la valeur financière, c’est à dire principalement par les marchés de capitaux et non par l’activité productive (Voir notamment Clévenot 2008).
    L’ESR : formation d’un secteur productif orienté par la recherche

    La #massification du supérieur rencontre rapidement plusieurs obstacles. Les effectifs étudiants progressent plus vite que ceux des encadrants (Piketty met à jour un graphique révélateur), ce qui entrave la qualité de la formation. La baisse du #taux_d’encadrement déclenche une phase de diminution de la dépense moyenne, car dans l’ESR le travail est un quasi-coût fixe ; avant que ce ne soit pour cette raison les statuts et donc la rémunération du travail qui soient visés. Ceci alors que pourtant il y a une corrélation étroite entre taux d’encadrement et #qualité_de_l’emploi. L’INSEE montre ainsi que le diplôme est un facteur d’amélioration de la productivité, alors que la productivité plonge en France (voir Aussilloux et al. (2020) et Guadalupe et al. 2022).

    Par ailleurs, la massification entraine une demande de différenciation de la part les classes dominantes qui perçoivent le #diplôme comme un des instruments de la reproduction stratifiée de la population. C’est ainsi qu’elles se détournent largement des filières et des établissements massifiés, qui n’assurent plus la fonction de « distinction » (voir le cas exemplaire des effectifs des #écoles_de_commerce et #grandes_écoles).

    Dans le même temps la dynamique de l’accumulation suppose une population formée par l’ESR (i.e. un niveau de diplomation croissant). Cela se traduit par l’insistance des entreprises à définir elles-mêmes les formations supérieures (i.e. à demander des salariés immédiatement aptes à une activité productive, spécialisés). En effet la connaissance, incorporée par les travailleurs, est devenue un actif stratégique majeur pour les entreprises.

    C’est là qu’apparaît une rupture dans l’ESR. Cette rupture est celle de la remise en cause d’un #service_public dont l’organisation est administrée, et dont le pouvoir sur les carrières des personnels, sur la définition des programmes et des diplômes, sur la direction des établissements etc. s’estompe, au profit d’une organisation qui revêt des formes d’un #secteur_productif.

    Depuis la #LRU (2007) puis la #LPR (2020) et la vague qui s’annonce, on peut identifier plusieurs lignes de #transformation, la #mise_en_concurrence conduisant à une adaptation des personnels et des établissements. Au premier titre se trouvent les instruments de #pilotage par la #performance et l’#évaluation. À cela s’ajoute la concurrence entre établissements pour l’#accès_aux_financements (type #Idex, #PIA etc.), aux meilleures candidatures étudiantes, aux #labels et la concurrence entre les personnels, pour l’accès aux #dotations (cf. agences de programmes, type #ANR, #ERC) et l’accès aux des postes de titulaires. Enfin le pouvoir accru des hiérarchies, s’exerce aux dépens de la #collégialité.

    La généralisation de l’évaluation et de la #sélection permanente s’opère au moyen d’#indicateurs permettant de classer. Gingras évoque une #Fièvre_de_l’évaluation, qui devient une référence définissant des #standards_de_qualité, utilisés pour distribuer des ressources réduites. Il y a là un instrument de #discipline agissant sur les #conduites_individuelles (voir Clémentine Gozlan). L’important mouvement de #fusion des universités est ainsi lié à la recherche d’un registre de performance déconnecté de l’activité courante de formation (être université de rang mondial ou d’université de recherche), cela condensé sous la menace du #classement_de_Shanghai, pourtant créé dans un tout autre but.

    La remise en question du caractère national des diplômes, revenant sur les compromis forgés dans le temps long entre les professions et l’État (Kouamé et al. 2023), quant à elle, assoit la mise en concurrence des établissements qui dépossède en retour la profession au profit des directions d’établissement.

    La dynamique de #mise_en_concurrence par les instruments transforme les carrières et la relation d’#emploi, qui reposaient sur une norme commune, administrée par des instances élues, non sans conflit. Cela fonctionne par des instruments, au sens de Lascoumes et Legalès, mais aussi parce que les acteurs les utilisent. Le discours du 7 décembre est éloquent à propos de la transformation des #statuts pour assurer le #pilotage_stratégique non par la profession mais par des directions d’établissements :

    "Et moi, je souhaite que les universités qui y sont prêtes et qui le veulent fassent des propositions les plus audacieuses et permettent de gérer la #ressource_humaine (…) la ministre m’a interdit de prononcer le mot statut. (…) Donc je n’ai pas dit qu’on allait réformer les statuts (…) moi, je vous invite très sincèrement, vous êtes beaucoup plus intelligents que moi, tous dans cette salle, à les changer vous-mêmes."

    La démarche est caractéristique du #new_management_public : une norme centrale formulée sur le registre non discutable d’une prétérition qui renvoie aux personnes concernées, celles-là même qui la refuse, l’injonction de s’amputer (Bechtold-Rognon & Lamarche, 2011).

    Une des clés est le transfert de gestion des personnels aux établissements alors autonomes : les carrières, mais aussi la #gouvernance, échappent progressivement aux instances professionnelles élues. Il y a un processus de mise aux normes du travail de recherche, chercheurs/chercheuses constituant une main d’œuvre qui est atypique en termes de formation, de types de production fortement marqués par l’incertitude, de difficulté à en évaluer la productivité en particulier à court terme. Ce processus est un marqueur de la transformation qui opère, à savoir, un processus de transformation en un secteur. La #pénurie de moyen public est un puissant levier pour que les directions d’établissement acceptent les #règles_dérogatoires (cf. nouveaux contrats de non titulaires ainsi que les rapports qui ont proposé de spécialiser voire de moduler des services).

    On a pu observer depuis la LRU et de façon active depuis la LPR, à la #destruction régulière du #compromis_social noué entre l’État social et le monde enseignant. La perte spectaculaire de #pouvoir_d’achat des universitaires, qui remonte plus loin historiquement, en est l’un des signaux de fond. Il sera progressivement articulé avec l’éclatement de la relation d’emploi (diminution de la part de l’emploi sous statut, #dévalorisation_du_travail etc.).

    Arrimer l’ESR au #régime_d’accumulation, une visée utilitariste

    L’État est un acteur essentiel dans l’émergence de la production de connaissance, hier comme commun, désormais comme résultat, ou produit, d’un secteur productif. En dérégulant l’ESR, le principal appareil de cette production, l’État délaisse la priorité accordée à la montée de la qualification de la population active, au profit d’un #pilotage_par_la_recherche. Ce faisant, il radicalise des dualités anciennes entre système éducatif pour l’élite et pour la masse, entre recherche utile à l’industrie et recherche vue comme activité intellectuelle (cf. la place des SHS), etc.

    La croissance des effectifs étudiants sur une période assez longue, s’est faite à moyens constants avec des effectifs titulaires qui ne permettent pas de maintenir la qualité du travail de formation (cf. figure 2). L’existence de gisements de productivité supposés, à savoir d’une partie de temps de travail des enseignants-chercheurs inutilisé, a conduit à une pénurie de poste et à une recomposition de l’emploi : alourdissement des tâches des personnels statutaires pour un #temps_de_travail identique et développement de l’#emploi_hors_statut. Carpentier & Picard ont récemment montré, qu’en France comme ailleurs, le recours au #précariat s’est généralisé, participant par ce fait même à l’effritement du #corps_professionnel qui n’a plus été à même d’assurer ni sa reproduction ni ses missions de formation.

    C’est le résultat de l’évolution longue. L’#enseignement est la part délaissée, et les étudiants et étudiantes ne sont plus au cœur des #politiques_universitaires : ni par la #dotation accordée par étudiant, ni pour ce qui structure la carrière des universitaires (rythmée par des enjeux de recherche), et encore moins pour les dotations complémentaires (associées à une excellence en recherche). Ce mouvement se met toutefois en œuvre en dehors de la formation des élites qui passent en France majoritairement par les grandes écoles (Charle et Soulié, 2015). Dès lors que les étudiants cessaient d’être le principe organisateur de l’ESR dans les universités, la #recherche pouvait s’y substituer. Cela intervient avec une nouvelle convention de qualité de la recherche. La mise en œuvre de ce principe concurrentiel, initialement limité au financement sur projets, a été élargie à la régulation des carrières.

    La connaissance, et de façon concrète le niveau de diplôme des salariés, est devenu une clé de la compétitivité, voire, pour les gouvernements, de la perspective de croissance. Alors que le travail de recherche tend à devenir une compétence générale du travail qualifié, son rôle croissant dans le régime d’accumulation pousse à la transformation du rapport social de travail de l’ESR.

    C’est à partir du système d’#innovation, en ce que la recherche permet de produire des actifs de production, que l’appariement entre recherche et profit participe d’une dynamique nouvelle du régime d’accumulation.

    Cette dynamique est pilotée par l’évolution jointe du #capitalisme_financiarisé (primauté du profit actionnarial sur le profit industriel) et du capitalisme intensif en connaissance. Les profits futurs des entreprises, incertains, sont liés d’une part aux investissements présents, dont le coût élevé repose sur la financiarisation tout en l’accélérant, et d’autre part au travail de recherche, dont le contrôle échappe au régime historique de croissance de la productivité. La diffusion des compétences du travail de recherche, avec la montée des qualifications des travailleurs, et l’accumulation de connaissances sur lequel il repose, deviennent primordiaux, faisant surgir la transformation du contenu du travail par l’élévation de sa qualité dans une division du travail qui vise pourtant à l’économiser. Cela engendre une forte tension sur la production des savoirs et les systèmes de transmission du savoir qui les traduisent en connaissances et compétences.

    Le travail de recherche devenant une compétence stratégique du travail dans tous les secteurs d’activité, les questions posées au secteur de recherche en termes de mesure de l’#efficacité deviennent des questions générales. L’enjeu en est l’adoption d’une norme d’évaluation que les marchés soient capables de faire circuler parmi les secteurs et les activités consommatrices de connaissances.

    Un régime face à ses contradictions

    Cette transformation de la recherche en un secteur, arrimé au régime d’accumulation, suppose un nouveau compromis institutionnalisé. Mais, menée par une politique néolibérale, elle se heurte à plusieurs contradictions majeures qui détruisent les conditions de sa stabilisation sans que les principes d’une régulation propre ne parviennent à émerger.

    Quand la normalisation du travail de recherche dévalorise l’activité et les personnels

    Durant la longue période de régulation administrée, le travail de recherche a associé le principe de #liberté_académique à l’emploi à statut. L’accomplissement de ce travail a été considéré comme incompatible avec une prise en charge par le marché, ce dernier n’étant pas estimé en capacité de former un signal prix sur les services attachés à ce type de travail. Ainsi, la production de connaissance est un travail entre pairs, rattachés à des collectifs productifs. Son caractère incertain, la possibilité de l’erreur sont inscrits dans le statut ainsi que la définition de la mission (produire des connaissances pour la société, même si son accaparement privé par la bourgeoisie est structurel). La qualité de l’emploi, notamment via les statuts, a été la clé de la #régulation_professionnelle. Avec la #mise_en_concurrence_généralisée (entre établissements, entre laboratoires, entre Universités et grandes écoles, entre les personnels), le compromis productif entre les individus et les collectifs de travail est rompu, car la concurrence fait émerger la figure du #chercheur_entrepreneur, concerné par la #rentabilisation des résultats de sa recherche, via la #valorisation sous forme de #propriété_intellectuelle, voire la création de #start-up devenu objectifs de nombre d’université et du CNRS.

    La réponse publique à la #dévalorisation_salariale évoquée plus haut, passe par une construction différenciée de la #rémunération, qui rompt le compromis incarné par les emplois à statut. Le gel des rémunérations s’accompagne d’une individualisation croissante des salaires, l’accès aux ressources étant largement subordonné à l’adhésion aux dispositifs de mise en concurrence. La grille des rémunérations statutaires perd ainsi progressivement tout pouvoir organisationnel du travail. Le rétrécissement de la possibilité de travailler hors financements sur projet est indissociable du recours à du #travail_précaire. La profession a été dépossédée de sa capacité à défendre son statut et l’évolution des rémunérations, elle est inopérante à faire face à son dépècement par le bloc minoritaire.

    La contradiction intervient avec les dispositifs de concurrence qui tirent les instruments de la régulation professionnelle vers une mise aux normes marchandes pour une partie de la communauté par une autre. Ce mouvement est rendu possible par le décrochage de la rémunération du travail : le niveau de rémunération d’entrée dans la carrière pour les maîtres de conférences est ainsi passé de 2,4 SMIC dans les années 1980 à 1,24 aujourd’hui.

    Là où le statut exprimait l’impossibilité d’attacher une valeur au travail de recherche hors reconnaissance collective, il tend à devenir un travail individualisable dont le prix sélectionne les usages et les contenus. Cette transformation du travail affecte durablement ce que produit l’université.

    Produire de l’innovation et non de la connaissance comme communs

    Durant la période administrée, c’est sous l’égide de la profession que la recherche était conduite. Définissant la valeur de la connaissance, l’action collective des personnels, ratifiée par l’action publique, pose le caractère non rival de l’activité. La possibilité pour un résultat de recherche d’être utilisé par d’autres sans coût de production supplémentaire était un gage d’efficacité. Les passerelles entre recherche et innovation étaient nombreuses, accordant des droits d’exploitation, notamment à l’industrie. Dans ce cadre, le lien recherche-profit ou recherche-utilité économique, sans être ignoré, ne primait pas. Ainsi, la communauté professionnelle et les conditions de sa mise au travail correspondait à la nature de ce qui était alors produit, à savoir les connaissances comme commun. Le financement public de la recherche concordait alors avec la nature non rivale et l’incertitude radicale de (l’utilité de) ce qui est produit.

    La connaissance étant devenue un actif stratégique, sa valorisation par le marché s’est imposée comme instrument d’orientation de la recherche. Finalement dans un régime d’apparence libérale, la conduite politique est forte, c’est d’ailleurs propre d’un régime néolibéral tel que décrit notamment par Amable & Palombarini (2018). Les #appels_à_projet sélectionnent les recherches susceptibles de #valorisation_économique. Là où la #publication fait circuler les connaissances et valide le caractère non rival du produit, les classements des publications ont pour objet de trier les résultats. La priorité donnée à la protection du résultat par la propriété intellectuelle achève le processus de signalement de la bonne recherche, rompant son caractère non rival. La #rivalité exacerbe l’effectivité de l’exclusion par les prix, dont le niveau est en rapport avec les profits anticipés.

    Dans ce contexte, le positionnement des entreprises au plus près des chercheurs publics conduit à une adaptation de l’appareil de production de l’ESR, en créant des lieux (#incubateurs) qui établissent et affinent l’appariement recherche / entreprise et la #transférabilité à la #valorisation_marchande. La hiérarchisation des domaines de recherche, des communautés entre elles et en leur sein est alors inévitable. Dans ce processus, le #financement_public, qui continue d’endosser les coûts irrécouvrables de l’incertitude, opère comme un instrument de sélection et d’orientation qui autorise la mise sous contrôle de la sphère publique. L’ESR est ainsi mobilisée par l’accumulation, en voyant son autonomie (sa capacité à se réguler, à orienter les recherches) se réduire. L’incitation à la propriété intellectuelle sur les résultats de la recherche à des fins de mise en marché est un dispositif qui assure cet arrimage à l’accumulation.

    Le caractère appropriable de la recherche, devenant essentiel pour la légitimation de l’activité, internalise une forme de consentement de la communauté à la perte du contrôle des connaissances scientifiques, forme de garantie de sa circulation. Cette rupture de la non-rivalité constitue un coût collectif pour la société que les communautés scientifiques ne parviennent pas à rendre visible. De la même manière, le partage des connaissances comme principe d’efficacité par les externalités positives qu’il génère n’est pas perçu comme un principe alternatif d’efficacité. Chemin faisant, une recherche à caractère universel, régulée par des communautés, disparait au profit d’un appareil sous doté, orienté vers une utilité de court terme, relayé par la puissance publique elle-même.

    Un bloc hégémonique réduit, contre la collégialité universitaire

    En tant que mode de gouvernance, la collégialité universitaire a garanti la participation, et de fait la mobilisation des personnels, car ce n’est pas la stimulation des rémunérations qui a produit l’#engagement. Les collectifs de travail s’étaient dotés d’objectifs communs et s’étaient accordés sur la #transmission_des_savoirs et les critères de la #validation_scientifique. La #collégialité_universitaire en lien à la définition des savoirs légitimes a été la clé de la gouvernance publique. Il est indispensable de rappeler la continuité régulatrice entre liberté académique et organisation professionnelle qui rend possible le travail de recherche et en même temps le contrôle des usages de ses produits.

    Alors que l’université doit faire face à une masse d’étudiants, elle est évaluée et ses dotations sont accordées sur la base d’une activité de recherche, ce qui produit une contradiction majeure qui affecte les universités, mais pas toutes. Il s’effectue un processus de #différenciation_territoriale, avec une masse d’établissements en souffrance et un petit nombre qui a été retenu pour former l’élite. Les travaux de géographes sur les #inégalités_territoriales montrent la très forte concentration sur quelques pôles laissant des déserts en matière de recherche. Ainsi se renforce une dualité entre des universités portées vers des stratégies d’#élite et d’autres conduites à accepter une #secondarisation_du_supérieur. Une forme de hiatus entre les besoins technologiques et scientifiques massifs et le #décrochage_éducatif commence à être diagnostiquée.

    La sectorisation de l’ESR, et le pouvoir pris par un bloc hégémonique réduit auquel participent certaines universités dans l’espoir de ne pas être reléguées, ont procédé par l’appropriation de prérogatives de plus en plus larges sur les carrières, sur la valorisation de la recherche et la propriété intellectuelle, de ce qui était un commun de la recherche. En cela, les dispositifs d’excellence ont joué un rôle marquant d’affectation de moyens par une partie étroite de la profession. De cette manière, ce bloc capte des prébendes, assoit son pouvoir par la formation des normes concurrentielles qu’il contrôle et développe un rôle asymétrique sur les carrières par son rôle dominant dans l’affectation de reconnaissance professionnelle individualisée, en contournant les instances professionnelles. Il y a là création de nouveaux périmètres par la norme, et la profession dans son ensemble n’a plus grande prise, elle est mise à distance des critères qui servent à son nouveau fonctionnement et à la mesure de la performance.

    Les dispositifs mis en place au nom de l’#excellence_scientifique sont des instruments pour ceux qui peuvent s’en emparer et définissant les critères de sélection selon leur représentation, exercent une domination concurrentielle en sélectionnant les élites futures. Il est alors essentiel d’intégrer les Clubs qui en seront issus. Il y a là une #sociologie_des_élites à préciser sur la construction d’#UDICE, club des 10 universités dites d’excellence. L’évaluation de la performance détermine gagnants et perdants, via des labels, qui couronnent des processus de sélection, et assoit le pouvoir oligopolistique et les élites qui l’ont porté, souvent contre la masse de la profession (Musselin, 2017).

    Le jeu des acteurs dominants, en lien étroit avec le pouvoir politique qui les reconnait et les renforce dans cette position, au moyen d’instruments de #rationalisation de l’allocation de moyens pénuriques permet de définir un nouvel espace pour ceux-ci, ségrégué du reste de l’ESR, démarche qui est justifié par son arrimage au régime d’accumulation. Ce processus s’achève avec une forme de séparatisme du nouveau bloc hégémonique composé par ces managers de l’ESR, composante minoritaire qui correspond d’une certaine mesure au bloc bourgeois. Celles- et ceux-là même qui applaudissent le discours présidentiel annonçant la révolution dont un petit fragment tirera du feu peu de marrons, mais qui seront sans doute pour eux très lucratifs. Toutefois le scénario ainsi décrit dans sa tendance contradictoire pour ne pas dire délétère ne doit pas faire oublier que les communautés scientifiques perdurent, même si elles souffrent. La trajectoire choisie de sectorisation déstabilise l’ESR sans ouvrir d’espace pour un compromis ni avec les personnels ni pour la formation. En l’état, les conditions d’émergence d’un nouveau régime pour l’ESR, reliant son fonctionnement et sa visée pour la société ne sont pas réunies, en particulier parce que la #rupture se fait contre la profession et que c’est pourtant elle qui reste au cœur de la production.

    https://laviedesidees.fr/Universite-service-public-ou-secteur-productif
    #ESR #facs #souffrance

  • Étudiantes en terrain miné

    Si les étudiantes sont 5 fois plus victimes de violences sexistes et sexuelles que la moyenne des femmes, l’université serait-elle un terrain miné ?
    Charlotte Espel donne la parole à 5 étudiantes ou doctorantes, victimes de #harcèlement ou de #viol, qui se battent pour que les violences ne soient plus passées sous silence.

    Les #chiffres sont édifiants. Selon l’Observatoire des violences sexuelles et sexistes dans l’enseignement supérieur, en France, 1 étudiante sur 10 aurait été victime d’#agression_sexuelle lors de ses #études. 1 étudiante sur 20 de viol. 60% des étudiant(e)s ont été victimes ou témoins d’au moins une violence sexiste ou sexuelle. 45% des étudiant(e)s n’ont accès à aucun dispositif de lutte contre les violences ou d’accompagnement au sein de leur établissement.

    Après le scandale « #Sciences_Porcs » début 2021 et les récentes enquêtes ayant dénoncé l’ampleur des viols et agressions sexuelles à Centrale Supelec ou en écoles de commerce, de plus en plus d’étudiant(e)s dénoncent des cas de harcèlement ou d’agressions sexuelles.

    Quelles conséquences sur la psyché humaine ? Comment se reconstruire ? Quelle réponse des pouvoirs publics dans la prévention et le traitement de ces violences ?

    A travers des témoignages poignants, le #documentaire de Charlotte Espel met en lumière ce #drame_sociétal méconnu et le travail de ces associations qui tentent de briser l’#omerta.

    https://www.france.tv/france-3/paris-ile-de-france/la-france-en-vrai-paris-ile-de-france/5678475-etudiantes-en-terrain-mine.html

    #VSS #violences_sexistes #violences_sexuelles #étudiants #étudiantes #université #facs #témoignage #vidéo #documentaire #film_documentaire #ESR

    ping @_kg_

  • #Recherche : les tours de #passe-passe d’#Emmanuel_Macron

    Le chef de l’Etat s’est targué d’un #bilan flatteur en matière d’investissement pour le monde de la recherche, en omettant des #indicateurs inquiétants et des promesses non tenues, tout en vantant une #concurrence délétère.

    Devant un parterre de plusieurs centaines de scientifiques, le 7 décembre, à l’Elysée, le président de la République, Emmanuel Macron, était à l’aise, volontaire, et « en compagnonnage » avec la communauté académique, comme il l’a confessé. Mais c’est moins en passionné de science qu’en magicien qu’il s’est en fait comporté, escamotant ce qui ne rentrait pas dans son cadre, multipliant les tours de passe-passe, sortant quelques lapins du chapeau, pour aboutir à transformer les flatteries adressées à son auditoire en cinglantes critiques. Au point de faire « oublier » un autre discours célèbre, celui de Nicolas Sarkozy en janvier 2009, qui avait lâché : « Un chercheur français publie de 30 % à 50 % en moins qu’un chercheur britannique. (…) Evidemment, si l’on ne veut pas voir cela, je vous remercie d’être venu, il y a de la lumière, c’est chauffé… »

    Premier tour de magie classique, celui de l’embellissement du bilan. Comme une baguette magique, son arrivée en 2017 aurait mis fin à des années de « #désinvestissement_massif ». Sauf que cela ne se voit pas dans le critère habituel de la part du PIB consacrée en recherche et développement (R&D), qui est restée stable depuis le début du premier quinquennat, à 2,2 %. Les estimations indiquent même une baisse à 2,18 % pour 2022.

    Cela ne se voit pas non plus dans la part des #publications nationales dans le total mondial, dont il a rappelé qu’elle a baissé, sans dire qu’elle continue de le faire malgré ses efforts. Même les annexes au projet de loi de finances pour 2024 prévoient que cela va continuer. Pire, côté bilan, compte tenu de l’inflation, la « magique » #loi_de_programmation_de_la_recherche de 2020 donne en fait des #moyens en baisse aux #laboratoires l’an prochain.

    Avec plus de « réussite », le président de la République a littéralement fait disparaître du paysage 7 milliards d’euros. Il s’agit de l’enveloppe, dont se prive volontairement l’Etat chaque année, pour soutenir la recherche et développement des entreprises – le #crédit_d’impôt_recherche – sans résultat macroéconomique. La part des dépenses de #R&D des #entreprises ne suit pas la progression du crédit d’impôt recherche. Mais il n’est toujours pas question d’interroger l’#efficacité du dispositif, absent de l’allocution, comme celle des mesures sur l’#innovation, le 11 décembre à Toulouse.

    Autre rituel classique des discours, faire oublier les précédents. Le chef de l’Etat l’a tenté à deux reprises sur des thèmes centraux de son argumentaire : l’#évaluation et la #simplification. Dans son allocution de 2023, il regrette qu’en France « on ne tire toujours pas assez conséquence des évaluations », quand en novembre 2019, pour les 80 ans du CNRS, il critiquait « un système mou sans conséquence ». Entre ces deux temps forts, il a nommé à la tête de l’agence chargée des évaluations son propre conseiller recherche, #Thierry_Coulhon, qui n’a donc pas réussi à « durcir » l’évaluation, mais a été nommé à la tête du comité exécutif de l’Institut polytechnique de Paris.

    Il y a quatre ans, Emmanuel Macron promettait également la « simplification », et obtenu… le contraire. Les choses ont empiré, au point qu’un rapport publié en novembre du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur enjoint au CNRS de lancer une « opération commando » pour régler des #problèmes_administratifs, qu’un médaillé d’argent, ulcéré, renvoie sa médaille, et que le conseil scientifique du #CNRS dénonce les « #entraves_administratives ».

    #Violence_symbolique

    L’#échec de la #promesse de simplifier pointe aussi lorsqu’on fait les comptes des « #annonces » concernant le « #pilotage » du système. Emmanuel Macron a prévu pas moins de cinq pilotes dans l’avion : lui-même, assisté d’un « #conseil_présidentiel_de_la_science » ; le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche ; le « ministère bis » qu’est le secrétariat général à l’investissement, qui distribue des milliards jusqu’en 2030 sur des thématiques pour la plupart décidées à l’Elysée ; auxquels s’ajoutent les organismes de recherche qui doivent se transformer en « #agences_de_programmes » et définir aussi des stratégies.

    Au passage, simplification oblige sans doute, le thème « climat, biodiversité et société durable » est confié au CNRS « en lien naturellement avec l’#Ifremer [Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer] pour les océans, avec l’#IRD [Institut de recherche pour le développement] pour le développement durable » ; enfin, dernier pilote, les #universités, qui localement géreront les personnels employés souvent par d’autres acteurs.

    Finalement, le principal escamotage du magicien élyséen consiste à avoir parlé pendant une heure de recherche, mais pas de celles et ceux qui la font. Ah si, il a beaucoup été question des « meilleurs », des « gens très bons », « des équipes d’excellence » . Les autres apprécieront. Le Président promet même de « laisser toute la #liberté_académique aux meilleurs », sous-entendant que ceux qui ne sont pas meilleurs n’auront pas cette liberté.

    Cette #invisibilisation et cette #privation_de_droits d’une bonne partie des personnels fonctionnaires sont d’une rare violence symbolique pour des gens qui, comme dans d’autres services publics, aspirent à bien faire leur métier et avoir les moyens de l’exercer. Ces derniers savent aussi, parfois dans leur chair, quels effets délétères peuvent avoir ces obsessions pour la #compétition permanente aux postes et aux moyens. Et accessoirement combien elle est source de la #complexité que le chef de l’Etat voudrait simplifier.

    La « #révolution », terme employé dans ce discours, serait évidemment moins d’accélérer dans cette direction que d’interroger ce système dont on attend encore les preuves de l’#efficacité, autrement que par les témoignages de ceux qui en bénéficient.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/21/recherche-les-tours-de-passe-passe-du-president-macron_6207095_3232.html
    #ESR #Macron #France #université #facs