• « Dans les pays sous-développés, nous avons vu qu’il n’existait pas de véritable bourgeoisie mais une sorte de petite caste aux dents longues, avide et vorace, dominée par l’esprit gagne-petit et qui s’accommode des dividendes que lui assure l’ancienne puissance coloniale. Cette bourgeoisie à la petite semaine se révèle incapable de grandes idées, d’inventivité. Elle se souvient de ce qu’elle a lu dans les manuels occidentaux et imperceptiblement elle se transforme non plus en réplique de l’Europe mais en sa caricature.

    La lutte contre la bourgeoisie des pays sous-développés est loin d’être une position théorique. Il ne s’agit pas de déchiffrer la condamnation portée contre elle par le jugement de l’histoire. Il ne faut pas combattre la bourgeoisie nationale dans les pays sous-développés parce qu’elle risque de freiner le développement global et harmonieux de la nation. Il faut s’opposer résolument à elle parce qu’à la lettre elle ne sert à rien. Cette bourgeoisie, médiocre dans ses gains, dans ses réalisations, dans sa pensée, tente de masquer cette médiocrité par des constructions de prestige à l’échelon individuel, par les chromes des voitures américaines, les vacances sur la Riviera, les week-ends dans les boîtes de nuit néonisées.

    Cette bourgeoisie qui se détourne de plus en plus du peuple global n’arrive même pas à arracher à l’Occident des concessions spectaculaires : investissements intéressants pour l’économie du pays, mise en place de certaines industries. Par contre les usines de montage se multiplient, consacrant ainsi le type néocolonialiste dans lequel se débat l’économie nationale. Il ne faut donc pas dire que la bourgeoisie nationale retarde l’évolution du pays, qu’elle lui fait perdre du temps ou qu’elle risque de conduire la nation dans des chemins sans issue. En fait la phase bourgeoise dans l’histoire des pays sous-développés est une phase inutile. Quand cette caste se sera anéantie, dévorée par ses propres contradictions, on s’apercevra qu’il ne s’est rien passé depuis l’indépendance, qu’il faut tout reprendre, qu’il faut repartir de zéro. »

    [Frantz #Fanon, "Les Damnés de la Terre"]

  • #Decreto_salvini, liste de villes dans lesquelles les #associations et les #citoyens descendent en masse pour dire NON au decrét. Mais aussi résistance des institutions ecclésiastiques et judiciaires, etc. :

    #Lecce
    #Oulx
    – Lucca (les paroisses)

    #résistance #associations #citoyens #asile #migrations #réfugiés #Italie

    Et une #carte, que je vais essayer de mettre à jour régulièrement :


    http://u.osmfr.org/m/279671
    En rouge : les maires qui disent NON
    En orange : des oppositions citoyennes et de la société civile
    #cartographie #visualisation

    A voir aussi, la métaliste :
    https://seenthis.net/messages/739545

  • La répartition raciale de la culpabilité

    "Il y a de cela une dizaine d’années, nous fûmes étonné de constater
    que les Nord-Africains détestaient les hommes de couleur. Il nous
    était vraiment impossible d’entrer en contact avec les indigènes. Nous avons laissé l’Afrique à destination de la France, sans avoir compris la raison de cette animosité. Cependant, quelques faits nous avaient amené à réfléchir.

    Le Français n’aime pas le Juif qui n’aime pas l’Arabe, qui n’aime pas le nègre... À l’Arabe, on dit : « Si vous êtes pauvres, c’est parce que le Juif vous a roulés, vous a tout pris » ; au Juif, on dit : « Vous n’êtes pas sur le même pied que les Arabes parce qu’en fait vous êtes blancs et que vous, avez Bergson et Einstein » ; au nègre, on dit : « Vous êtes les meilleurs soldats de l’Empire français, les Arabes se croient supérieurs à vous, mais ils se trompent. »

    D’ailleurs, ce n’est pas vrai, on ne dit rien au nègre, on n’a, rien à lui dire, le tirailleur sénégalais est un tirailleur, le bon-tirailleur-à-son-capitaine, le brave qui ne-connaît-que-la-consigne.

    -- Toi pas passer.
    -- Pourquoi ?
    -- Moi y en a pas savoir. Toi pas passer.

    Le Blanc, incapable de faire face à toutes les revendications, se
    décharge des responsabilités. Moi j’appelle ce processus : la répartition raciale de la culpabilité. "

    [Frantz #Fanon, "Peau noire, masques blancs"]

    #Libye
    #racisme

  • No Direction Home. L’itinéraire de Frantz Fanon (deuxième partie), par Adam Shatz (automne 2017)

    Traduit de l’anglais par @isskein & Sophie Mayoux.

    http://www.vacarme.org/article3061.html

    On avait laissé Frantz Fanon, dans le précédent numéro, au moment de son expulsion d’Algérie en janvier 1957 alors qu’il venait de rencontrer Abane Ramdane, leader contesté du FLN. On suit maintenant son cheminement intellectuel jusqu’à la rédaction des Damnés de la terre, son dernier ouvrage dont il s’agit de relire notamment les exhortations utopiques qui le traversent. S’il y est aussi forcément un peu question de Sartre qui en rédigea la préface, il en va surtout de la portée toujours aussi vive des questions posées par Fanon à l’humanisme occidental et de la critique radicale des barrières entre les riches et les pauvres.

    #Algérie, #Frantz_Fanon

  • No Direction Home. l’itinéraire de #Frantz_Fanon. Première partie

    Nomade, Frantz Fanon, l’a été dans une vie itinérante qui imbriquait sa pratique médicale de psychiatre, une carrière d’écrivain et de critique théorique, sans oublier son engagement dans les luttes anti-racistes et de libération nationale. Cet éclectisme, creuset de son originalité, est la source de malentendus et de confusions que l’article d’Adam Shatz s’emploie à lever. En retraçant le parcours intellectuel mais surtout politique de celui qui fut l’un des grands soutiens du Front de libération nationale algérien, Adam Shatz renouvelle l’image de cette « icône warholienne de la résistance du tiers monde ».

    http://www.vacarme.org/article3033.html
    #Fanon

  • Mobiliser #Fanon

    Nos invités du jour, Roberto Beneduce, médecin, psychiatre et anthropologue et Simona Taliani, psychologue et anthropologue, ont tous deux collaboré au numéro 143 de la revue Politique Africaine consacré à #Frantz_Fanon.


    https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/mobiliser-fanon
    #revue
    via @reka

  • White masks in #Tunisia
    http://africasacountry.com/2017/01/white-masks-in-tunisia

    Tunisia has a problem with its African roots. Racial discrimination and xenophobia is outrageously commonplace for black Tunisians and African immigrants and completely unrecognized and unaccounted for among public institutions and governmental parties. Despite the emphasis on the Islamic coda that prohibits discrimination against fellow black Muslims and Act 21 of the national constitution which […]

    #ESSAYS #blackness #Fanon #MENA #migration #North_Africa #race #sub-Saharan_Africa

  • Fanon documentary confronts fallacies about anti-colonial philosopher | World news | The Guardian
    https://www.theguardian.com/world/2014/jul/21/-sp-frantz-fanon-documentary-concerning-violence

    Concerning Violence, the latest documentary from Swedish filmmaker Göran Hugo Olsson, has been screening to packed audiences on the film festival circuit.

    Olsson’s claim to fame, at least in the US, was a recent documentary – Black Power Mixtape – that brought together dormant archival footage from the Black Power movement. This documentary was appreciated partly because of the ease with which the material could be digested and the straightforward collage approach to the narrative.

    Concerning Violence is a completely different beast.

    #fanon

  • Fanon mutilé

    Nul n’est propriétaire de la parole d’un auteur. Qui s’arroge le droit de décréter du sens vrai d’un texte ou d’un propos se condamne au mensonge et à la brutalité. Pour autant, peut-on faire dire n’importe quoi à un écrit ? Lui donner n’importe quel sens ? Cette question fut l’une de celles qui hantèrent le philosophe Jacques Derrida. Il parle en ces termes de l’usage que, parfois, d’autres ont fait de son propre travail : « Je ne me fais aucune illusion sur la possibilité pour moi de contrôler ou de m’approprier ce que je dis ou ce que je suis, mais je voudrais bien – c’est le sens de tout combat, de toute pulsion dans ce domaine –, je souhaite au moins que ce que je dis et ce que je fais ne soit pas immédiatement et clairement utilisé à des fins auxquelles je crois devoir m’opposer. Je ne veux pas me réapproprier mon produit, mais, pour cette raison même, je ne veux pas que d’autres le fassent à des fins que je crois devoir combattre [4]. » Gilles Clavreul mobilise la parole de Fanon au service de tout ce qu’il a passé sa vie à combattre : l’arrogance européenne, la pensée d’État, l’impérialisme, la sophistique et, surtout, le maintien du privilège blanc. Il y a là une trahison éhontée à laquelle il importe de donner son vrai nom.

    Voilà le passage tel que le cite Clavreul : « Je suis un homme, et c’est tout le passé du monde que j’ai à reprendre. En aucune façon je ne dois tirer du passé des peuples de couleur ma vocation originelle. Ce n’est pas le monde noir qui me dicte ma conduite. Ma peau noire n’est pas dépositaire de valeurs spécifiques. […] Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur, de souhaiter la cristallisation chez le Blanc d’une culpabilité envers le passé de ma race. Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur, de me préoccuper des moyens qui me permettraient de piétiner la fierté de l’ancien maître. Je n’ai pas le droit ni le devoir d’exiger réparation pour mes ancêtres domestiqués. Il n’y a pas de mission nègre ; il n’y a pas de fardeau blanc [5]. » Cette citation et l’usage qui en est fait appellent quatre remarques.

    Première remarque : ce texte de Fanon, extrait de la conclusion de son premier livre, Peau noire, masques blancs, a été caviardé bien plus largement que la citation de Clavreul ne le laisse à penser. En réalité, la première partie de cette citation est un véritable patchwork de passages mis bout à bout, au mépris de la cohérence de l’original. Entre la première et la deuxième phrase, plusieurs lignes ont été amputées, dont ce passage : « Chaque fois qu’un homme a fait triompher la dignité de l’esprit, chaque fois qu’un homme a dit non à une tentative d’asservissement de son semblable, je me suis senti solidaire de son acte [6]. » Que le préfet Clavreul ait dissimulé cette mutilation du texte suggère qu’il entendait évacuer de la pensée de Fanon, et surtout de son propre discours, toute critique de l’asservissement et de la domination. C’est là que réside l’absurdité fondamentale de son pseudo-antiracisme : il prétend combattre le racisme sans combattre en même temps l’asservissement et la domination. Pourquoi ? Pour pouvoir qualifier de racistes des populations non blanches qui ne disposent pas des moyens matériels de dominer et d’asservir leur prochain. Ainsi, on ne s’étonnera pas de constater que Clavreul a retiré un fort long passage où Fanon fait l’apologie du Vietminh et de la lutte d’indépendance indochinoise, qu’il conclut ainsi : « Si, à un moment, la question s’est posée pour moi d’être effectivement solidaire d’un passé déterminé, c’est dans la mesure où je me suis engagé envers moi-même et envers mon prochain à combattre de toute mon existence, de toute ma force pour que plus jamais il n’y ait, sur terre, de peuples asservis [7].. ». Une fois de plus, la critique fanonienne de l’asservissement, son apologie du combat et de l’engagement radical sont passées sous silence : Clavreul ne conserve que les quelques passages épars où Fanon tâche de se prémunir contre la haine du Blanc. Il évacue délibérément les longs développements critiques et anticoloniaux, bricolant un Fanon timoré et pro-occidental qui n’a jamais existé. Le premier élément à retenir est donc le suivant : cette citation est un montage et le préfet Clavreul a fait œuvre de faussaire pour escamoter la critique fanonienne de l’asservissement.
    Deuxième remarque : Fanon, dans la conclusion de Peau noire, masques blancs, sonde son état d’esprit – ou plus justement de l’état de son esprit. Celui d’un homme qui a connu les affres du racisme, des injustices innombrables, mais n’abandonne pas le projet de tendre vers la sagesse ; un homme qui cherche à se prémunir des « passions tristes ». Évidemment, la haine du Blanc en est une. De quel droit Clavreul oppose-t-il aux organisatrices et aux participants du camp d’été décolonial le « je » de Fanon ? En l’insérant dans son article, Clavreul transforme cette confession éthique, rédigée à la première personne, en une injonction policière, en l’interpellation autoritaire d’un « Tu dois ! ». Fanon tient pour nécessaire de se débarrasser de tout ressentiment lié à un passé révolu, mais pour mieux concentrer l’énergie de sa révolte sur les injustices du présent. Un tel programme intellectuel et politique rejoint largement celui de l’antiracisme politique actuel. Au contraire, le travail de Clavreul, comme l’a montré notre première remarque, consiste à cacher aux non-Blancs les injustices dont ils sont victimes et même à nier l’existence de l’asservissement dont ils sont l’objet. Le préfet ignore absolument la remise en cause fanonienne de la suprématie blanche ; il refuse de la voir. La façon qu’a Clavreul de s’approprier la parole de Fanon illustre, par contraste, l’une des raisons pour lesquelles la non-mixité défendue par les organisatrices du camp d’été décolonial est importante. Entre les mains d’un suppôt de l’État et/ou d’un individu acquis à la défense du privilège blanc, la parole d’un penseur noir a tôt fait d’être réappropriée, maquillée et retournée contre ses propres sœurs et frères de luttes. C’est pourquoi il est parfois plus sûr de choisir son auditoire. Second point à retenir, donc : Clavreul mésinterprète la parole de Fanon en l’utilisant contre des activistes qui sont les héritières et les héritiers de ses combats.

    Troisième remarque : dans son billet, Clavreul s’émeut que, dans l’antiracisme politique, « le manichéisme avec lequel sont présentées les turpitudes des uns et la dignité des autres laisse flotter un parfum de supériorité morale du racisé sur le blanc ». Si le flair de l’auteur de ce discours goûte la fragrance de la conclusion de Peau noire, masques blancs (a fortiori si elle a été mutilée et mésinterprétée), il se trouvera sans doute incommodé par les effluves puissants de celle des Damnés de la terre : « Voici des siècles que l’Europe a stoppé la progression des autres hommes et les a asservis à ses desseins et à sa gloire ; des siècles qu’au nom d’une prétendue “aventure spirituelle” elle étouffe la quasi-totalité de l’humanité. Regardez-la aujourd’hui basculer entre la désintégration atomique et la désintégration spirituelle. Et pourtant, chez elle, sur le plan des réalisations on peut dire qu’elle a tout réussi. L’Europe a pris la direction du monde avec ardeur, cynisme et violence. Et voyez combien l’ombre de ses mouvements s’étend et se multiplie. Chaque mouvement de l’Europe a fait craquer les limites de l’espace et celle de la pensée. L’Europe s’est refusée à toute humilité, à toute modestie, mais aussi à toute sollicitude, à toute tendresse. Elle ne s’est montrée parcimonieuse qu’avec l’homme, mesquine, carnassière homicide qu’avec l’homme [8]. » Il ne s’agit pas d’insister sur la « supériorité » morale des racisés (c’est-à-dire de la vaste majorité du genre humain), mais bien de faire admettre une bonne fois pour toutes l’historique abjection morale de cette petite portion de l’espace-temps qu’est l’Europe moderne. Celle-là même qui, comme l’a dit Walter Benjamin, « a transformé le monde nouvellement conquis en une salle de torture [9]. » ; ce continent qui a fait, comme l’écrivait W.E.B. DuBois, de la répétition des massacres l’« âme vraie de la culture blanche [10] » ; cette Europe « moralement, spirituellement indéfendable » dont parlait Césaire [11]. Sa cruauté transcendantale est telle que les efforts de l’État islamique, ou d’autres organisations criminelles, pour se hisser à son niveau d’indifférente sauvagerie se condamnent au grotesque : à une parodie macabre qui, déjà, lasse le Vieux Continent davantage qu’elle ne l’émeut. D’où le troisième point : Fanon, comme tout intellectuel décolonial, tenait la fondamentale mesquinerie européenne pour moralement indéfendable.

    Quatrième remarque : la propagande n’est pas la seule attribution du préfet Clavreul en sa qualité de DILCRA. Lui échoit également la tâche de fureter sur les réseaux sociaux en quête de propos contrevenant à l’idéologie d’État. Et il n’est pas rare qu’il menace publiquement de trainer leurs auteurs devant les tribunaux. Parfois, il passe à l’acte. C’est ainsi que, pour un tweet favorable à la résistance armée palestinienne, la militante du Parti des indigènes de la République Aya Ramadan a récemment été attaquée [12]. C’est le délit d’apologie du terrorisme, cette laïcisation du délit de blasphème, qui rend possible un tel procès politique. Fanon – faut-il le rappeler ? – était un militant anticolonialiste intransigeant qui avait à cœur de distinguer la résistance armée légitime du « terrorisme » inconsistant. La Palestine d’aujourd’hui, comme hier l’Algérie, est victime d’une colonisation de peuplement inhumaine, légitimée par une idéologie véritablement raciste, le sionisme, que la DILCRA se garde bien de remettre en cause. Lisons ces quelques lignes de L’An V de la révolution algérienne que Fanon consacre à la figure du moudjahid : « Le “terroriste”, dès qu’il accepte une mission, laisse entrer la mort dans son âme. C’est avec la mort qu’il a désormais rendez-vous. Le fidaï, lui, a rendez-vous avec la vie de la Révolution, et sa propre vie. Le fidaï n’est pas un sacrifié. Certes, il ne recule pas devant la possibilité́ de perdre sa vie pour l’indépendance de la patrie, mais à aucun moment il ne choisit la mort. Si la décision est prise de tuer tel commissaire de police tortionnaire ou tel chef de file colonialiste, c’est que ces hommes constituent un obstacle à la progression de la Révolution [13]. » Le quatrième et dernier élément à retenir est donc le suivant : si Frantz Fanon était encore en vie, le préfet Clavreul serait probablement plus occupé à lui intenter des procès pour apologie du terrorisme qu’à le citer favorablement.

    http://frantzfanonfoundation-fondationfrantzfanon.com/article2358.html?var_mode=calcul#nb1

    #fanon
    #racisme
    #Dilcra

  • Frantz Fanon et les géographies marxistes de la violence – Période
    http://revueperiode.net/frantz-fanon-et-les-geographies-marxistes-de-la-violence/#identifier_44_3876

    Dans les Damnés de la terre, une polémique célèbre est lancée par Frantz Fanon contre Engels et sa théorie de la violence. Les commentateurs ont tiré de cet échange une opposition irréductible entre un subjectivisme fanonien et un objectivisme marxiste. Contre cette lecture schématique, Matthieu Renault propose ici de retracer les itinéraires non occidentaux des théories de la violence. Il éclaire ainsi les métamorphoses du marxisme au regard de la guerre révolutionnaire, tout en mettant en évidence la centralité de Freud dans l’économie fanonienne de la violence. « L’enjeu, bien au-delà de la présente tentative, est celui de la formation d’une pensée globale de la violence émancipatrice, seule à même de répondre aux défis posés par la globalisation effective des formes de violence institutionnelle. »

    #Frantz_Fanon #violence_en_politique #colonialisme #émancipation

  • La Bataille du voile — Frantz Fanon

    http://www.legrandsoir.info/la-bataille-du-voile.html

    Frantz Fanon a abordé sous le titre de la bataille du voile, l’enjeu central constitué par le thème du dévoilement des femmes algériennes durant la domination coloniale française. Le voile des femmes était considéré comme le symbole par excellence de la nature rétrograde de la société algérienne et la colonisation présentée comme une mission de civilisation qui se donnait pour objectif premier de libérer les algériennes du patriarcat arabo-musulman dont elles étaient victimes en les dévoilant.
    Avec le voile, les choses se précipitent et s’ordonnent. La femme algérienne est bien aux yeux de l’observateur « Celle qui se dissimule derrière le voile. » Nous allons voir que ce voile, élément parmi d’autres de l’ensemble vestimentaire traditionnel algérien, va devenir l’enjeu d’une bataille grandiose, à l’occasion de laquelle les forces d’occupation mobiliseront leurs ressources les plus puissantes et les plus diverses, et où le colonisé déploiera une force étonnante d’inertie.

    #colonialisme #racisme

  • Reading Fanon in Palestine Today

    In the midst of the current violence, we would like to come together to discuss the urgency of reading the work of Caribbean-born psychiatrist and revolutionary Frantz Fanon (1925-1961) in Palestine today. At the heart of Fanon’s highly diverse work is the question: what are the possibilities for realizing a truly human existence when confronted by the dehumanizing systems of racism and colonialism? Although much of Fanon’s work was written in the heat of the Algerian Revolution to support the anticolonial liberation struggle, it is characterized primarily by critical interrogation and self-reflection, not dogmatic assertion. It is in this spirit that we seek to discuss a series of comparative questions, about ways to decolonize the land, economy, architecture, and social space, but also ways to decolonize the mind and the body, including ways of moving, desiring, seeing, and clothing; questions of transformative practices of language, communication, and media, including questions about the “voice” of the “nation” or of the people; questions about intellectual work, the relation between theory and practice, and transformative pedagogy; questions about the relations between colonial, anti-colonial, and postcolonial violence; questions about colonial pathologies and anti-colonial uses of medicine; questions about connections between decolonization struggles across time and across space; questions about the relations between “tradition,” “culture,” and “religion” on the one hand and “modernization,” “development,” and “progress” on the other; and questions about democracy and practices of commoning.

    http://www.campusincamps.ps/projects/reading-fanon-in-palestine-today
    #Palestine #Fanon #racisme #colonialisme #violence

  • Finkielkraut, la décolonisation et la rigueur intellectuelle (ou son absence)
    http://blogs.mediapart.fr/blog/frederic-debomy/300715/finkielkraut-la-decolonisation-et-la-rigueur-intellectuelle-ou-son-a

    Fanon est tout sauf le chantre de l’identité. Son rapport à certaines versions de la négritude en témoigne13 : « en aucune façon je ne dois tirer du passé des peuples de couleur ma vocation originelle. En aucune façon je ne dois m’attacher à faire revivre une civilisation nègre injustement méconnue. » Il était loin d’être convaincu, rappelle Macey, « de l’existence d’un « peuple noir », reconnaissant plutôt dans Antillais et Africains l’existence d’un « peuple africain » et celle d’un « peuple antillais » avant de corriger « peuple » et de lui substituer « monde ». »14 Nous l’avons vu plus haut : pour lui, le « nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc. » A l’instar de Sartre qui estimait que l’antisémite crée le Juif, Fanon estime que le Noir (ou nègre) est produit par le regard du Blanc, et que le Blanc se produit lui-même par le regard en retour du Noir. Le Noir doit donc être saisi dans sa « dimension pour-autrui ».15

    Fanon a le racisme en horreur. Il déplore que la démarche de la bourgeoisie colonisée se soit teintée « de plus en plus de racisme. » L’exigence de « négrification ou d’arabisation des cadres présentée par la bourgeoisie », loin de procéder d’une « entreprise authentique de nationalisation », n’a visé selon lui qu’à « accaparer les postes anciennement détenus par les étrangers ». Et ceux-ci étant de nouveau occupés, « le prolétariat des villes, la masse des chômeurs, les petits artisans, ceux que l’on a coutume d’appeler les petits métiers » vont calquer « leur attitude sur celle de leur bourgeoisie. Si la bourgeoisie nationale entre en compétition avec les Européens, les artisans et les petits métiers déclenchent la lutte contre les Africains non nationaux. » En fin de compte, écrit-il, il n’est pas étonnant d’entendre « dans un pays qui se dit africain, [...] des réflexions rien moins que racistes et de constater l’existence de comportements paternalistes qui laissent l’impression amère qu’on se trouve à Paris, à Bruxelles ou à Londres. »

    Bref : on voit décidément mal en quoi Fanon serait le promoteur d’une pensée qui, par le détour de l’essentialisme, mènerait à un régime de parti unique qu’il considérait d’ailleurs être « la forme moderne de la dictature bourgeoise sans masque, sans fard, sans scrupules, cynique. »16

    #Finkielkraut #Fanon #identité #racisme #colonialisme #décolonisation

    • @monolecte que c’est drôle : j’ai lu l’article hier en revenant du Sovkhoze, parce que j’aime beaucoup Fanon, et j’avais pensé écrire en en commentaire "Dommage de prendre l’inutile Finkielkraut comme prétexte pour parler de l’admirable Fanon, Finkie [en effet] ne méritait même pas 5 lignes dans ce contexte. Puis je me suis dit que @mona allait encore me dire que j’étais fatigant :)

      Cela dit, l’auteur de l’article parle très bien de Fanon et du coup, ça m’a donné l’occasion de me replonger, tard dans la nuit, dans quelques textes que j’avais sélectionné de lui [et d’autres auteurs caribéens] lors des débats avec Christiane Taubira sur le mariage homosexuel d’une part, et d’autre part à l’occasion d’un projet de recherche que je mène avec l’équipe du musée Garage à Moscou sur les relations culturelles entre l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Union soviétique, au cours duquel nous avons replongé dans les interventions des participants (dont fanon) du congrès des écrivains et des artistes noirs à Paris en 1956.

      Ici l’époustouflante intervention de Fanon :

      http://www.ina.fr/audio/PH909013001

      Avec un truc génial entre 6’ et 7’

      Et enfin oui, on ne devrait pas se sentir obligé de pondre 40 000 signes à chaque débilité publique de BHL ou Finkie ou équivalent. On peut évoquer l’oeuvre de Fanon sans prononcer une fois le nom de ... ou de ... :) Mais je comprends aussi qu’on a chacun nos petits traumatisme et nos petites aliénations.

  • BALLAST George Ciccariello-Maher : « Les Lumières, un mensonge élevé au rang d’Universel »
    http://www.revue-ballast.fr/george-ciccariello-maher-les-lumieres-un-mensonge-eleve-au-rang-dunive

    Ciccariello-Maher a prévenu tout de go : les propos qu’il tient dans l’entretien qui suit vont certainement « hérisser quelques poils ». Auteur de l’essai We Created Chávez, enseignant à Philadelphie et intervenant régulier sur Al Jazeera, celui qui se positionne à mi-chemin entre l’anarchisme et le communisme entend bien secouer les mouvements libertaires contemporains. Il ne mâche pas ses mots et n’hésite pas à fouler aux pieds les repères des uns et le sacré des autres : la religion ne serait pas le mal décrit par d’aucuns ; la sécularisation n’est pas sacro-sainte ; le siècle des Lumières gagnerait à faire profil bas ; l’État ne devrait plus être une cible « obsessionnelle » ; Charlie Hebdo jette de l’huile sur le feu impérialiste et l’on a tort de tourner, pudiques, autour du mot « race ». Qu’en penser ? Au lecteur de décider.

    • Assauts contre les Lumières #paywall
      http://www.monde-diplomatique.fr/2015/02/ROBERT/52631

      Un autre extrait :
      " - La raison conduit à la République, qui ne reconnaît pas d’autre souverain que le peuple :
      Or, pour les Lumières, si elle est un outil, la raison est surtout l’expression, selon les mots de Jean Jaurès, de la « préformation morale de l’humanité », c’est-à-dire de la capacité de l’être humain à vouloir le bien et, concrètement, à transformer la société dans un élan fraternel. Elle conduit à la République, qui ne reconnaît pas d’autre souverain que le peuple, ni d’autres lois que celles votées par ses représentants. En outre, elle se fonde non pas sur des certitudes, mais sur le doute méthodique qu’avait exposé Descartes. Rien n’est moins habité par le doute qu’une chambre à gaz ; et rien n’est plus irrationnel que l’idée de hiérarchie des races.
      La puissance libératrice des Lumières comme sa traduction politique la plus universelle, la révolution de 1789, ne sont plus pour de nombreux Français qu’un vague souvenir. L’envie d’être libre est-elle encore suffisamment présente ? »
      Anne-Cécile Robert Le Monde Diplomatique fev 2015"

    • A priori le texte du diplo porte sur un assaut contemporain, je n’ai pas d’accès derrière le paywall.
      S’il n’y a pas de référence à l’Ecole de Francfort c’est peut etre qu’il n’y a pas de continuité critique et que ce nouvel assaut est aussi germanophobe que je le suis^^ et qu’elle procéde d’une autre motivation. Je oeux voir cet assaut comme celui contre l’esprit de la laicité.
      Le texte de Maher est une charge brute sans référence et j’aime bien que l’on m’explique les choses. "Les soi-disantes « Lumières »", "génocide"... Je déteste ce vocabulaire dogmatique et péremptoire qui disparait dans les autres chapitres du texte.
      L’Ecole de Francfort a l’air plus fine dans ses critiques.

      WP . "Le constat sur lequel s’ouvre le livre est, en effet, que l’Aufklärung a eu pour but de libérer les hommes, mais que partout le monde « éclairé » est soumis aux calamités. L’Aufklärung a eu pour but de libérer de la pensée magique, mais elle est elle-même soumise au mythe. Le détournement a consisté à instrumentaliser la raison, dont la finalité réelle n’a pas été la connaissance ou le bonheur, mais l’explication du monde pour la domination de la nature, soit l’auto-conservation.

      Le processus d’autodestruction consiste dans la destruction du mythe par la raison qui est au principe des Lumières. Car les mythes sont en réalité déjà des produits d’Aufklärung, des formes d’affranchissement à l’égard de la nature. À l’inverse, l’Aufklärung est toujours prise dans la mythologie au moment même où elle croit s’en affranchir.

      Les Lumières sont totalitaires dans leur volonté de supprimer toute trace mythique en vue d’un système duquel tout peut être déduit. La vérité de ce processus est la domination. Le résultat est que les hommes paient leur pouvoir en devenant de plus étrangers à ce sur quoi ils l’exercent (la nature dans l’homme et hors de l’homme).

      Dans le monde rationalisé, la mythologie n’a pas disparu, mais elle envahit au contraire le domaine du profane. Les Lumières ont abouti à une forme de régression, dans laquelle l’homme est transformée en chose (phénomène de réification). Dans sa crainte du mythe, l’Aufklärung a condamné l’art et la pensée et a érigé les marchandises en fétiches. La régression de l’Aufklärung dans la mythologie n’est donc pas à chercher en dehors de l’Aufklärung.

      Le récit d’Homère, l’Odyssée, est analysé, dans un premier ex-cursus, comme texte fondamental de la culture européenne et témoignage originaire de la dialectique de l’Aufklärung. L’épopée s’affranchit du mythe et le détruit au nom de la raison mais elle éclaire en même temps le processus de sacrifice de la nature dans l’homme et la conception de la raison comme ruse, domination et impassibilité.

      Le deuxième ex-cursus est une réponse à la question de Kant sur l’essence de l’Aufklärung à partir d’une analyse de l’Histoire de Juliette, ou les Prospérités du vice du Marquis de Sade et de la Généalogie de la morale de Nietzsche. L’ordre totalitaire s’en tient à la science, et le sujet éclairé libre de toute tutelle se dérobe à toute pitié. L’émancipation aboutit à la domination de la nature aveugle et à une indistinction entre la rigueur morale et l’amoralité absolue."

    • N’est pas Bourdieu qui veut.
      POur poursuivre :
      "D’un point de vue théorique, nous serions tentés de rapprocher les ressorts idéologiques de l’islamophobie contemporaine de ceux de l’antisémitisme moderne. Nous nous référons ici à la thèse iconoclaste de l’historien Arthur Hertzberg qui « démontre avec force que l’antisémitisme moderne est davantage l’enfant des Lumières que du christianisme ; qu’il découle moins de la théologie chrétienne que du dogmatisme doctrinaire d’un Voltaire, d’un Holbach, d’un Diderot ou d’un Marat15 ». L’auteur américain conclut à l’existence d’une véritable théorie de l’antisémitisme laïque : « C’est ainsi que les hommes de gauche esquissaient une théorie selon laquelle, pour pouvoir se régénérer, la France se devait d’exclure les juifs. Ce que Voltaire ou Holbach avaient dit ou sous-entendu était devenu un programme politique16. » L’on comprend dès lors que cette thèse (l’antisémitisme produit de notre modernité) soit irrecevable pour une partie de l’intelligentsia française qui, non seulement refuse de rapprocher analytiquement les deux phénomènes (antisémitisme/islamophobie)17 mais, en plus, y voit davantage la perpétuation des vieux préjugés chrétiens que l’expression d’un racisme post-révolutionnaire, se nourrissant directement des ambivalences de la pensée républicaine. La France ne peut être islamophobe, puisqu’elle est « laïque » et « universaliste » (donc forcément tolérante), et sa relation à l’islam aussi passionnelle soit-elle, relèverait d’abord d’une démarche critique à l’égard de toutes les religions. C’est ce type d’argumentaire que l’on retrouve dans la pétition de soutien à l’écrivain Michel Houellebecq18 qui assimile ses propos à l’égard de l’islam non pas à une expression de peur et/ou de racisme « anti-musulman » mais à une démarche de libre-penseur :" http://books.openedition.org/editionscnrs/2871

    • La suite de la citation de Bourdieu sus-citée :

      Tout projet de réforme de l’entendement qui compte sur la seule force de la prédication rationnelle pour faire avancer la cause de la raison reste prisonnier de l’illusion scolastique. Force en est donc d’en appeler à une Realpolitik de l’universel, forme spécifique de lutte politique destinée à défendre les conditions sociales de l’exercice de la raison et les bases institutionnelles de l’activité intellectuelle, et à doter la raison des instruments qui sont la condition de son accomplissement dans l’histoire. Prenant acte de l’inégale distribution des conditions sociales de l’accès à l’universel,défi ou démenti à la prédication humaniste,....favoriser partout et par tous les moyens l’accès de tous aux instruments de production et de consommation des acquis historiques que la logique interne des champs scolastiques institue à un moment donné du temps comme universels (..en veillant à les débarrasser de tout ce qu’ils doivent à leur seule fonction sociale de légitimation).

  • De la reconduction "naturelle" des stéréotypes

    [Peau blanche, masques blancs]

    « Dans toutes société, dans toute collectivité, existe, doit exister un canal, une porte de sortie par où les énergies accumulées sous forme d’agressivité, puissent être libérées. C’est ce à quoi tendent les jeux dans les Institutions d’enfants, les psychodrames dans toutes les cures collectives et, d’une façon plus générale, les hebdomadaires illustrés pour les jeunes, - chaque type de société exigeant naturellement une forme de catharsis déterminée. Les histoires de Tarzan, d’explorateur de douze ans, de Mickey, et tous les journaux illustrés, tendent à un véritable défoulement d’agressivité collective. Ce sont des journaux écrits par des Blancs, destinés à de petits Blancs. Or le drame se situe ici. Aux Antilles, et nous avons tout lieux de penser que la situation est analogue dans toutes les autres colonies, ce sont ces mêmes illustrés qui sont dévorés par les jeunes indigènes. Et le Loup, le Diable, le Sauvage sont toujours représentés par un nègre ou un Indien, et comme il y a toujours identification avec le vainqueur, le petit nègre se fait explorateur, aventurier, missionnaire "qui risque d’être mangé par les méchants nègres" aussi facilement que le petit Blanc…. »

    [ Frantz #Fanon, Peau noire, masques blancs ]

    #ExhbitB
    #Représentation
    #Perspective
    #Identification

  • "Moi, Mohamed, 14 ans, adhérent du Front national"

    "Fan de Paranormal Activity, accro à Internet et à son smartphone, Mohamed ressemble à tous les adolescents de son âge. Ou presque. Cet élève de troisième se targue, à 14 ans, d’être le plus jeune adhérent du Front national. "C’est une fierté", s’enthousiasme-t-il, attablé dans un bar sans âme de Gonesse, une cité-dortoir du Val-d’Oise. Fils d’immigrés algériens, Mohamed vit dans le quartier de la Fauconnière, connu pour être "le plus chaud de la ville". Et c’est d’ailleurs cette "insécurité permanente" qui l’a poussé à adhérer au FN : "Je n’ai jamais été agressé, mais j’ai vu des gens l’être."

    À sa droite, Julien acquiesce. Élève de seconde, à 15 ans, il milite lui aussi pour le Front national. Et contrairement à Mohamed, le FN, c’est une affaire de famille. En lecteur averti, il ne jure que par La France orange mécanique, un essai de Laurent Obertone tendant à démontrer que la France évoluerait vers un climat de violence accrue. "Le chômage, l’insécurité, nous vivons ça au quotidien", se justifie-t-il. Avant de reconnaître que ses parents travaillent et qu’il habite un pavillon dans un quartier paisible..."

    http://www.lepoint.fr/societe/moi-mohamed-14-ans-adherent-du-front-national-11-03-2014-1799565_23.php

    De la « haine de soi » : d’Arendt à Fanon...

    http://bougnoulosophe.blogspot.fr/2012/06/de-la-haine-de-soi-darendt-fanon.html?showComment=1341231140

    #Haine_de_soi
    #FN
    #Fanon
    #Arendt
    #Aliénation
    #Immigration_postcoloniale

  • Hitler n’est pas mort

    « Quand je tourne le bouton de ma radio, que j’entends qu’en Amérique des nègres sont lynchés, je dis qu’on nous a menti : Hitler n’est pas mort ; quand je tourne le bouton de ma radio, que j’apprends que des Juifs sont insultés, méprisés, pogromisés, je dis qu’on nous a menti : Hitler n’est pas mort , que je tourne enfin le bouton de ma radio et que j’apprenne qu’en Afrique le travail forcé est institué, légalisé, je dis, que, véritablement, on nous a menti : #Hitler n’est pas mort. »

    [Frantz #Fanon, "Peau noire, masques blancs"]

    #Frantz-Fanon

  • Rendez-vous avec Frantz Fanon, par Salima Ghezali (Le Monde diplomatique, #2012/07)
    http://www.monde-diplomatique.fr/2012/07/GHEZALI/47932

    Peu de livres auront autant marqué une génération d’intellectuels que « Les Damnés de la terre », avec la célèbre préface de Jean-Paul #Sartre glorifiant la violence de l’opprimé, en 1961. La pensée de Frantz #Fanon, dont l’expérience de psychiatre engagé fut décisive, mérite cependant d’être revisitée à la lumière des indépendances et de la terrible guerre civile qui a ravagé l’Algérie dans les années 1990.

    #Idées #Racisme #Histoire #Colonialisme #Intellectuels #Mouvement_de_libération #Guerre_d’Algérie #France #Algérie #Martinique

    Un homme hors de lui
    http://www.monde-diplomatique.fr/2012/07/DELTOMBE/47933

    La vie de #Frantz_Fanon, né en Martinique en juillet 1925, aura été brève : il n’a que 36 ans lorsqu’il meurt d’une leucémie à Washington, en décembre 1961.

  • LA CIVILIZZAZIONE. GIU’, O IO, A GIACERTI COL TUTTO. MAD MEG.
    http://madmegblog.blogspot.fr/2013/04/la-civilizzazione-giu-o-io-giacerti-col.html

    LA CIVILIZZAZIONE. GIU’, O IO, A GIACERTI COL TUTTO. MAD MEG.

    04-05 / 24-06-2013

    inaugurazione sabato 4 maggio h.18.30 con introduzione critica di Gian Ruggero Manzoni

    “All’osteria ho avuto un sogno. Il guardiano di uno zoo faceva girare in cerchio delle creature umane di pelle bianca finché non cambiavano colore, senza alcuna fretta. Quindi spalancava le mandibole di ciascuna e urlava: Lo spirito o la vita – è passato il tempo in cui lo spirito si realizzava nella vita. - Chi sarebbe lo spirito? Domandò una di loro, in un rantolo. Quello che ti sta parlando! fu la risposta – No, non vogliamo arrivare a tanto, ci sarà anche del vero, ma qui si impongono delle legittime riserve. - Mandibole richiuse, - e riecco l’immagine di un mondo naturale! Allora, fra i denti di nuovo serrati, un’altra sibilò: non hai nemmeno un po’ di misericordia, un po’ di umanità? E pensare che gli uomini vorrebbero tutti essere migliori e più buoni. - La risposta fu: La misericordia non mi è compagna. Andate a chiedere misericordia a quelli che fin qui vi hanno condotto, chiedete misericordia a voi stessi, che vi siete lasciati condurre, chiedetela alla vostra bassezza e cupidigia. Di continuo vi sono state dette parole che vi mettevano in guardia dalla vita. Di continuo arrivava quell’altra realtà ed erigeva davanti a voi le sue immagini – in forma umana, persino in forma umana! […] L’avete adorata? Ne avete avuto cura? Vivere, volevate, vivere la vostra bianca vita di pienezze e realizzazioni […] - adesso non è più tempo di misericordia, adesso è tempo per la notte.”
    (Gottfried Benn “Romanzo del fenotipo”, Adelphi)

    http://www.gasparelli.com

    #shameless_autopromo #exposition #Italie #Fano

  • Pourquoi la pensée de #Fanon reste-t-elle pertinente ? Par #Georges_Corm lors du Colloque Frantz Fanon – Alger, 2 au 7 juillet 2012

    ...
    La pensée de Fanon et son langage permettent de mieux analyser et de mieux comprendre comment et pourquoi, en dépit des indépendances, on a assisté au développement d’un redoutable néocolonialisme, celui là même contre lequel Fanon a mis en garde les élites des pays décolonisés.
    ...
    Les élites arabes vont-elles enfin se mettre à l’écoute de leurs peuples ou n’auront-elles d’oreilles, encore une fois, que pour la domination « blanche » du monde qui s’est efforcé par tous les moyens de récupérer les révoltes arabes à leur profit ? Ces dernières ont même eu l’insolence la plus grotesque de se déclarer « partenaires » des révolutions, lors du sommet du G8 tenu en France à Deauville en mai 2011 et d’y convoquer les nouveaux dirigeants égyptiens et tunisiens.
    Relire Fanon aujourd’hui c’est se vacciner contre les sirènes du nouveau néocolonialisme qui désormais s’étend à toute la planète, mais dont l’hégémonie sur le monde arabe a le caractère le plus accentué et le plus choquant. Les mouvements altermondialistes qui tentent aujourd’hui de contester la toute puissance du néocolonialisme dominant peuvent trouver en Frantz Fanon un maître à penser pour mieux organiser la lutte contre la coalition d’élites mondialisée qui asservit la planète et hypothèque son avenir.

    http://georgescorm.com/personal/download.php?file=frantz%20_fanon.pdf

  • Lettre à un Français

    " Quand tu m’as dit ton désir de quitter l’Algérie, mon amitié soudain s’est faite silencieuse. Certes des images surgies, tenaces et décisives étaient à l’entrée de ma mémoire.
    Je te regardais et ta femme à côté.
    Tu te voyais déjà en France... De nouveaux visages autour de toi, très loin de ce pays où depuis quelques jours les choses décidément ne vont pas bien.
    Tu m’as dit, l’atmosphère se gâte, il faut que je m’en aille. Ta décision sans être irrévocable parce que tu l’avais exprimée, progressivement prenait forme.
    Ce pays inexplicablement hérissé ! Les routes qui ne sont plus sûres. Les champs de blé transformés en brasiers. Les Arabes qui se font méchants.
    On raconte. On raconte.
    Les femmes seront violées. Les testicules seront coupés et fichés entre les dents.
    Rappelez-vous Sétif ! Voulez-vous un autre Sétif ?
    Ils l’auront mais pas nous.
    Tu m’as dit tout cela en riant.
    Mais ta femme ne riait pas.
    Et derrière ton rire j’ai vu.
    J’ai vu ton essentielle ignorance des choses de ce pays.
    Des choses car je t’expliquerai.
    Peut-être partiras-tu, mais dis-moi, quand on te demandera : « Que se passe-t-il en Algérie ? » Que répondras-tu ?
    Quand tes frères te demanderont : qu’est-il arrivé en Algérie ? Que leur répondras-tu ?
    Plus précisément quand on voudra comprendre pourquoi [56] tu as quitté ce pays, comment feras-tu pour éteindre cette honte que déjà tu traînes ?
    Cette honte (de n’avoir pas compris, de n’avoir pas voulu comprendre ce qui autour de toi s’est passé tous les jours.
    Huit ans durant tu fus dans ce pays.
    Et pas un morceau de cette énorme plaie qui t’ait empêché !
    Et pas un morceau de cette énorme plaie qui t’ait obligé !
    De te découvrir enfin tel.
    Inquiet de l’Homme mais singulièrement pas de l’Arabe. Soucieux, angoissé, tenaillé.
    Mais en plein champ, ton immersion dans la même boue, dans la même lèpre.
    Car pas un Européen qui ne se révolte, ne s’indigne, ne s’alarme de tout, sauf du sort fait à l’Arabe.
    Arabes inaperçus.
    Arabes ignorés.
    Arabes passés sous silence.
    Arabes subtilisés, dissimulés.
    Arabes quotidiennement niés, transformés en décor saharien. Et toi mêlé à ceux :
    Qui n’ont jamais serré la main à un Arabe.
    Jamais bu le café.
    Jamis parlé du temps qu’il fait avec un Arabe.
    À tes côtés les Arabes.
    Écartés les Arabes.
    Sans effort rejetés les Arabes.
    Confinés les Arabes.
    Ville indigène écrasée.
    Ville d’indigènes endormis.
    Il n’arrive jamais rien chez les Arabes.
    Toute cette lèpre sur ton corps.
    Tu partiras. Mais toutes ces questions, ces questions sans réponse. Le silence conjugué de 800.000 Français, ce silence ignorant, ce silence innocent.
    Et 9.000.000 d’hommes sous ce linceul de silence.
    Je t’offre ce dossier afin que nul ne meure, ni les morts d’hier, ni les ressucités d’aujourd’hui.
    Je veux ma voix brutale, je ne la veux pas belle, je ne la veux pas pure, je ne la veux pas de toutes dimensions.
    Je la veux de part en part déchirée, je ne veux qu’elle s’amuse car enfin, je parle de l’homme et de son refus, de la quotidienne pourriture de l’homme, de son épouvantable démission.
    Je veux que tu racontes.
    Que je dise par exemple : il existe une crise de la scolarisation en Algérie, pour que tu penses : c’est dommage il faut y remédier.
    Que je dise : un Arabe sur trois cents qui sache signer son nom, pour que tu penses : c’est triste, il faut que cela cesse.
    Écoute plus avant :
    Une directrice d’école se plaignant devant moi, se plaignant à moi d’être obligée chaque année d’admettre dans son école de nouveaux petits Arabes.
    Une directrice d’école se plaignant, une fois tous les Européens inscrits, d’être obligée de scolariser quelques petits Arabes.
    L’analphabétisme de ces petits bicots qui croît à la mesure même de notre silence.
    Instruire les Arabes, mais vous n’y pensez pas.
    Vous voulez donc nous compliquer la vie.
    Ils sont bien comme ils sont.
    Moins ils comprennent, mieux cela vaut.
    Et où prendre les crédits.
    Cela va vous coûter les deux yeux de la tête.
    D’ailleurs ils n’en demandent pas tant.
    Une enquête faite auprès des Caïds montre que l’Arabe ne réclame pas d’écoles.
    Millions de petits cireurs. Millions de « porter madame ».
    Millions de donne-moi un morceau de pain. Millions d’illettrés « ne sachant pas signer, ne signe, signons ».
    Millions d’empreintes digitales sur les procès-verbaux qui conduisent en prisons.
    Sur les actes de Monsieur le Cadi.
    Sur les engagements dans les régiments de tirailleurs algériens.
    Millions de fellahs exploités, trompés, volés.
    Fellahs agrippés à quatre heures du matin, abandonnés à huit heures du soir. Du soleil à la lune.
    Fellahs gorgés d’eau, gorgés de feuilles, gorgés de vieille galette qui doit faire tout le mois.
    Fellah immobile et tes bras bougent et ton dos courbé mais ta vie arrêtée.
    Les voitures passent et vous ne bougez pas. On vous passerait sur le ventre que vous ne bougeriez pas.
    Arabes sur les routes.
    Bâtons passés dans l’anse du panier.
    Panier vide, espoir vide, toute cette mort du fellah.
    Deux cent cinquante francs par jour.
    Fellah sans terre.
    Fellah sans raison.
    Si vous n’êtes pas contents vous n’avez qu’à partir. Des enfants pleins la case. Des femmes pleines dans les cases.
    Fellah essoré.
    Sans rêve.
    Six fois deux cent cinquante francs par jour.
    Et rien ici ne vous appartient.
    On est gentil avec vous, de quoi vous plaignez-vous ?
    Sans nous que feriez-vous ? Ah, il serait joli ce pays si nous nous en allions ?
    Transformé en marais au bout de peu de temps, oui !
    Vingt-quatre fois deux cent cinquante francs par jour.
    Travaille fellah. Dans ton sang l’éreintement prosterné de toute une vie.
    Six mille francs par mois.
    Sur ton visage le désespoir.
    Dans ton ventre la résignation...
    Qu’importe fellah si ce pays est beau. "

    Frantz #Fanon

  • Du racisme culturo-civilisationnel

    "Étudier les rapports du racisme et de la culture c’est se poser la question de leur action réciproque. Si la culture est l’ensemble des comportements moteurs et mentaux né de la rencontre de l’homme avec la nature et avec son semblable on doit dire que le racisme est bel et bien un élément culturel. Il y a donc des cultures avec racisme et des cultures sans racisme.

    Cet élément culturel précis ne s’est cependant pas enkysté. Le racisme n’a pas pu se scléroser. Il lui a fallu se renouveler, se nuancer, changer de physionomie. Il lui a fallu subir le sort de l’ensemble culturel qui l’informait. Le racisme vulgaire, primitif, simpliste prétendait trouver dans le biologique, les Ecritures s’étant révélées insuffisantes la base matérielle de la doctrine. Il serait fastidieux de rappeler les efforts entrepris alors : forme comparée du crâne, quantité et configuration des sillons de l’encéphale, caractéristiques des couches cellulaires de l’écorce, dimensions des vertèbres, aspect microscopique de l’épiderme, etc...Le primitivisme intellectuel et émotionnel apparaissait comme une conséquence banale, une reconnaissance d’existence.

    De telles affirmations, brutales et massives, cèdent la place à une argumentation plus fine. Ça et là toutefois se font jour quelques résurgences. C’est ainsi que la « labilité émotionnelle du Noir », « l’intégration sous-corticale de l’Arabe » « la culpabilité quasi générique du Juif » sont des données que l’on retrouve chez quelques écrivains contemporains. La monographie de J. Carothers, par exemple, patronnée par l’O.M.S. fait état à partir d’« arguments scientifiques » d’une lobotomie physiologique du Noir d’Afrique.

    Ces positions séquellaires tendent en tous cas à disparaître. Ce racisme qui se veut rationnel, individuel, déterminé génotypique et phénotypique se transforme en racisme culturel. L’objet du racisme n’est plus l’homme particulier mais une certaine forme d’exister . A l’extrême on parle de message, de style culturel. Les « valeurs occidentales » rejoignent singulièrement le déjà célèbre appel à la lutte de la « croix contre le croissant »..." (Frantz #Fanon)

    #Néoracisme
    #racisme_différentialiste
    #culture

  • Le souffle de Fanon (Contretemps)
    http://www.contretemps.eu/lectures/pr%C3%A9sentation-dossier-contretemps-n%C2%B0-10-frantz-fanon-aujourd%E2

    Un texte de Félix Boggio Éwanjé-Épée, Rafik Chekkat et Stella Magliani-Belkacem.

    Le verbe fanonien, c’est l’histoire en marche : une histoire ouverte, en mouvement, en particulier parce qu’il avait compris — avec d’autres assurément — que la bataille pour l’indépendance était une étape certes nécessaire mais pas suffisante. […]
    En effet, Fanon met à jour jusqu’où l’emprise coloniale a atteint le colonisateur, la nation colonisatrice et à quel point celle-ci a dû intégrer le racisme à sa propre formation sociale. Comme aimait à le répéter Fanon, on ne colonise jamais impunément. […]
    Car ce que porte également le souffle de Fanon, c’est un certain rapport à la violence […]. Il existe cette idée classique que la violence est une réponse défensive de l’opprimé.e mais on trouve aussi chez Fanon la violence destructrice pensée non seulement comme adjuvante mais, en elle-même, également émancipatrice : la violence se situe à la suspension de la légalité présente dans la situation d’oppression et construit un autre ordre, ouvre une possibilité. Sans détruire ou dissoudre l’ordre précédent, rien qui vient briser le cercle vicieux de la domination ne peut advenir. […]
    En effet, nous pensons notamment que Fanon pourrait en partie nous venir en aide pour régler un problème général de la gauche française avec les médiations. Cette gauche qui semble croire qu’elle verra un jour l’affrontement final avec le Capital, quasiment en chair et en os, souvent à l’invocation de la grève générale : un jugement dernier avec, d’un côté le monde du travail et ses alliés, et de l’autre, le Capital et ses alliés, sans se demander par quelles médiations ces alliances et ces rapports de force se jouent réellement. […]
    Toutes les expériences des classes sociales du capitalisme occidental sont médiées par cette forme coloniale qu’a pris le capitalisme et qui l’a structuré pendant des décennies. Pour une part, cela a défini et littéralement façonné durablement à la fois une position particulière du prolétariat associé à la métropole (qui a été obligé de se positionner, sommé qu’il était par la stratégie du capitalisme), et de l’autre côté, la position structurelle d’inclusion/exclusion de l’immigration issue des colonies. Si nous prenons donc la pleine mesure de l’héritage fanonien, nous comprenons que cette affirmation doit dès lors façonner nos analyses, nos revendications et nos mots d’ordre anticapitalistes.

    #anticapitalisme #colonisation #violence #émancipation #Fanon