• Femmes migrantes, encore plus fragiles en temps d’#épidémie

    Au bas de l’échelle de la #précarité, ces femmes en migration qui voient se restreindre les possibilités d’#accueil et l’accès au système de #santé sont encore plus en danger.

    Ce n’est un secret pour personne, les #inégalités sont criantes devant la maladie du Covid-19 même si tout le monde y est exposé. L’#état_d’urgence_sanitaire laisse des populations entières sans protection, loin de tous dispositifs d’accueil et de prise en charge médicale et hospitalière. Nous voulons parler ici des centaines de femmes migrantes sans existence officielle ou demandeuses d’asile sans protection sociale ni matérielle. A ce dénuement du corps et de la dégradation brutale de leur état de santé, s’ajoutent les multiples violences dont elles font l’objet. #Victimes, elles le sont à plusieurs titres : socialement, sexuellement, psychologiquement, administrativement.

    L’augmentation des violences faites aux femmes lors du #confinement est réelle. Mais on peut se demander quel sens peut avoir la notion même de « confinement » pour ces #femmes_précaires dans une période où les liens entre #pouvoir et #violences sont mis à nu, la perte du premier exacerbant les seconds. Dans ce contexte, le climat de #peur les incite à l’#évitement ou l’(auto)exclusion de l’#espace_public sauf pour celles qui restent soumises à la loi du plus fort dans l’espace fermé de l’#appartement ou l’espace ouvert de la #rue. Rien ne leur est épargné. La peur des contrôles de police et la méconnaissance du fonctionnement des institutions les mettent à la merci de prédateurs, qui prolongeront en France leur calvaire.

    Généralement sans statut légal, ce sont des femmes seules, enceintes sans conjoint avec ou sans enfants. Ces dernières années, la décision inique de restreindre l’accès au système de santé pour les populations migrantes se révèle catastrophique aujourd’hui dans l’urgence de contenir la pandémie.

    Santé

    Nous savons par nos expériences professionnelles et nos enquêtes que les situations de forts #déclassements et d’#humiliations_sociales s’accompagnent le plus souvent de complications graves de santé. C’est encore plus vrai pour des migrants hommes et femmes ayant parcouru des milliers de kilomètres dans les pires conditions. Leur arrivée en Europe (quand ils y arrivent) ne va jamais sans une dégradation du corps et de la santé : blessures accidentelles, hypothermie, brûlures, problèmes cardiovasculaires, diabète, hypertension, etc. Les femmes migrantes sont quant à elles confrontées à des problèmes spécifiques touchant notamment à la santé de la mère, du nouveau-né et de l’enfant, à la santé sexuelle et reproductive et une exposition plus grande aux violences sexuelles et aux maladies sexuellement transmissibles.

    Les déplacements forcés rendent la continuité des soins périlleuse pour certaines maladies chroniques y compris en France quand les traumatismes des violences sexuelles nécessitent des prises en charge spécifiques complexes et sur le long terme. Ainsi les effets du stress post-traumatique liés aux violences sont manifestes lors de leur parcours de soins : difficulté à se concentrer, incapacité à agir efficacement, remémoration douloureuse de l’agression, troubles amnésiques liés à la contradiction de devoir raconter et d’oublier, terreurs nocturnes et anxiété, autant de contraintes qui altèrent leur capacité à faire valoir leurs droits.

    Les réseaux de solidarité plus ou moins précaires sont mis à l’épreuve. Nous avons eu connaissance lors de nos activités sur le terrain qu’un certain nombre de femmes seules, enceintes ou avec enfant en bas âge, ont été « poussées » vers la porte de sortie par leur ami·es, hébergeure·s dès lors qu’elles avaient tous les symptômes, réels ou supposés, du Covid-19.

    Périple

    Le soin et la mise à l’abri des violences sont le salut de ces femmes. En période de pandémie, l’hôpital et ses soignants retrouve sa dimension d’« hospice » accueillant les plus démunis. Le système d’hébergement d’urgence sans cesse saturé voire inexistant dans certains départements, s’est retrouvé également en première ligne pour accueillir et soigner. Ces centres d’hébergement sont majoritairement collectifs et ne présentent pas de chambres adaptées au confinement avec leur sanitaire et cuisine propre. Dans leur périple, certaines femmes ont la chance d’être conduites vers les services d’urgence pour premier examen et réorienté vers les centres de desserrement dédiés au confinement des sans-abris atteints du Covid-19. On peut donc mesurer, sans trop de difficultés, les conséquences publiques, et pas seulement privées, de leur marginalisation (en réalité de leur invisibilité) juridiques et sanitaires. Ces femmes (car ce sont elles qui ont, dans les pires conditions, la charge quotidienne des enfants en bas âge), sont dans des logiques incessantes et infernales de survie au quotidien, comme celui, primordial, de se nourrir et de nourrir ses enfants, car biens des acteurs de la distribution alimentaire ont été contraint de limiter leur activité du fait de l’épidémie et du confinement de leurs bénévoles habituels, trop âgés pour s’exposer, provoquant ainsi des tensions dramatiques sur l’accès à la nourriture.

    Le cloisonnement des dispositifs du droit commun avec les réformes successives, ainsi que l’appauvrissement du système de santé, ont aujourd’hui de lourdes conséquences sur les conditions d’existences des plus fragiles.

    Pour remédier à ces manquements mortels (nous osons dire le mot) il est impératif que la puissance publique avec l’aide des acteurs sociaux se mobilise pour :

    – Davantage de place d’hôtel pour des confinements de qualité avec des stratégies de test PCR plus large pour ces publics surprécaires ;

    – Réduire significativement la pression sécuritaire sur les migrants et les campements, afin de favoriser le travail des associations et la coordination entre acteurs associatifs du soin-hébergement-sécurité alimentaire ;

    – Augmenter les dispositifs adaptés d’hébergement pour l’ensemble des mineurs placés par l’aide social à l’enfance et les mineurs non-accompagnés ;

    – Déployer davantage de places d’hébergement d’urgence pérennes pour les femmes victimes de violences sur le territoire et renforcer les dispositifs d’hébergement pour femmes seules notamment avec nourrissons et enfants ;

    – Accélérer les procédures de régularisations et de demande d’asile dans ce contexte de crise sanitaire ;

    – Accélérer la prise en compte des demandes de l’aide médicale d’Etat.

    Cette épidémie dépasse le strict enjeu du confinement. L’après-épidémie doit inclure dans les réflexions qui ne vont pas manquer de se poser sur le type d’organisation sociale que nous souhaitons dans tous les domaines de l’existence, ces populations qui étaient maintenues malgré elles hors du monde.

    https://www.liberation.fr/debats/2020/04/17/femmes-migrantes-encore-plus-fragiles-en-temps-d-epidemie_1785072
    #femmes #femmes_migrantes #fragilité #vulnérabilité #migrations #asile #réfugiés #coronavirus #covid-19 # Smaïn_Laacher

    @isskein & @karine4 —> #victimisation

  • Hier soir (18.02.2015), une fois n’est pas coutume, j’ai regardé Temps présent et notamment cette émission :

    http://www.rts.ch/emissions/temps-present/economie/7389121-apprentis-se-lever-tot-pour-gagner-peu.html

    Ce matin, j’ai transcrit les propos de M. Taddei, Responsable Suisse romande de l’Union patronale suisse. Voilà ce qu’il a dit (minute 21’02)… Je vous promets que je n’ai rien inventé !

    Intro du journaliste :
    « En #Suisse aujourd’hui on estime que 200’000 petites mains, un CFC en poche, ne gagnent pas plus que 4000 CHF par mois, même lorsqu’il y a des conventions collectives de travail. Beaucoup sont des femmes »

    Journaliste : « Ce n’est pas choquant que ces femmes n’aient pas un salaire plus important pour le travail qu’elles font ? »

    #Marco_Taddei, Responsable Suisse romande de l’#Union_patronale_Suisse : « Je ne pense pas que c’est choquant. C’est le reflet d’une situation aujourd’hui en Suisse dans les branches que vous mentionnez : voilà ce que l’employeur peut payer pour pouvoir surtout maintenir cette personne en emploi. C’est une chose qu’il faut souligner : ces personnes ont un emploi. Et puis la situation individuelle doit être examinée dans le détail, notamment si cette personne vit seule ou est en ménage et peut bénéficier d’un salaire d’un mari ou d’un conjoint qui lui permet d’avoir une vie tout à fait convenable. »

    Journaliste : « On gagne 4000 CHF et du coup tout va bien parce qu’on a un mari qui gagne 6000 ? »

    Marco Taddei : « Si votre mari gagne 6000, vous êtes tranquille. C’est cela que je veux dire »

    Conclusion du journaliste…
    « Une réponse pour le moins surprenante, comme si le temps s’était arrêté au siècle dernier »

    #travail #femmes #genre #sexisme #Suisse #salaire #choquant #scandaleux #égalité #inégalité
    cc @mad_meg

    • J’ai écrit à la RTS pour les remercier de la prise de position du journaliste, qui m’a répondu :

      Merci pour votre message et vos remerciements.
      Au plaisir de savoir ce que l’UPS vous répondra.

      Je dois par contre encore écrire à l’Union patronale suisse... je le ferai dans les prochains jours.

    • Bon, j’ai été courte... mais voilà...

      Monsieur le directeur de l’Union Patronale suisse, Madame, Monsieur,

      je suis profondément choquée et déçue par les propos qu’a tenu votre représentant, M. Taddei, lors de l’émission Mise au Point (RTS) du 18 février passé.

      Pour rappel, M. Taddei a répondu ainsi à la question du journaliste qui lui demandait si il n’était pas choqué de savoir que les femmes interviewées dans le reportage n’aient pas un salaire plus important pour le travail qu’elles font :

      « Je ne pense pas que c’est choquant. C’est le reflet d’une situation aujourd’hui en Suisse dans les branches que vous mentionnez : voilà ce que l’employeur peut payer pour pouvoir surtout maintenir cette personne en emploi. C’est une chose qu’il faut souligner : ces personnes ont un emploi. Et puis la situation individuelle doit être examinée dans le détail, notamment si cette personne vit seule ou est en ménage et peut bénéficier d’un salaire d’un mari ou d’un conjoint qui lui permet d’avoir une vie tout à fait convenable. »

      Ces propos sont choquants à deux niveaux, car ils se positionnent contre les travailleurs ET contre les femmes :
      – comment l’Union patronale peut accepter que des travailleurs soient payés en dessous du minimum vital et se contenter de constater que « c’est déjà bien que ces personnes aient un travail ». Défendre cette thèse c’est accepter qu’il y ait des personnes qui, tout en travaillant, ne peuvent pas subvenir à leurs besoins !
      – comment l’Union patronale peut accepter qu’un de ses représentants tienne des propos sexistes dignes des années dans lesquelles en Suisse les femmes n’avaient même pas droit au vote. Chaque travail doit être rémunéré non pas en fonction de la situation familiale du travailleur, mais bien en fonction du travail fourni ! Cela devient encore plus dramatique quand, et ce n’est pas si rare, les femmes qui se voient imposer un salaire de misère vivent seules et parfois avec des enfants.

      En tant que femme travailleuse, je suis indignée par les propos tenus par votre représentant.

      J’ose espérer que votre institution se démarque clairement de ces propos.

      En attendant une réaction de votre part, je vous prie d’agréer, Monsieur le directeur de l’Union Patronale suisse, Madame, Monsieur, mes salutations les plus distinguées.

      On verra si ils répondent... mais je vais probablement écrire à nouveau si jamais...