• La féminisation « empêchée » des filières informatiques et numériques en écoles d’ingénieurs - Un découragement scolaire lié aux violences sexistes et sexuelles | Marion Flécher, Éducation & formations, 2025
    https://shs.cairn.info/revue-education-formations-2025-1-page-29

    Les chiffres témoignent en effet du caractère « transgressif » de cette orientation scolaire qui ne revêt pas le même sens pour les garçons et les filles. Alors que les premiers vont être principalement découragés par un membre du corps enseignant (75 % des hommes des filières numériques contre 59 % des femmes) sur des motifs liés à leur niveau scolaire (49 % des hommes ont répondu avoir entendu des arguments du type : « tu n’as pas le niveau, c’est trop difficile », contre 38 % des femmes), les #filles, qui ont de meilleurs résultats scolaires, vont être plus souvent découragées par leur entourage familial (36 % des femmes interrogées contre 20 % des hommes) à travers des arguments qui ont trait à l’hostilité potentielle du milieu (« ce n’est pas un métier de femmes » ; « le milieu où tu vas te retrouver sera hostile »).

    Si les politiques éducatives échouent à créer plus de mixité, c’est donc peut-être parce qu’elles prennent peu en compte le fait que l’entourage familial veut protéger les filles de ce milieu masculin – et qu’il a de bonne raison de le faire. Car si le fait d’être « rares » peut constituer un avantage permettant à certaines femmes de tirer leur épingle du jeu (Collet & Mosconi, 2010 ; Lemarchant, 2017 ; Flécher, 2024), plusieurs travaux soulignent combien il peut être difficile, pour les femmes, de faire leur place dans un entre-soi masculin marqué par l’humour grivois et les blagues à caractère sexuel (Gallioz, 2007 ; Pruvost, 2007 ; Zolesio, 2009).

    [...]

    Conclusion
    Si les #femmes sont globalement sous-représentées dans les filières techniques et scientifiques, toutes les disciplines ne sont pas touchées de la même manière. Pourtant, ce n’est pas par manque de curiosité ou de goût pour la discipline que les femmes se dirigent moins souvent vers les filières les plus techniques et formelles comme la physique ou l’#informatique et le numérique. L’enquête révèle qu’il s’agit bien plutôt d’une affaire de découragements multiples : non seulement les femmes sont moins encouragées (par leur socialisation familiale, les enseignants et enseignantes ou par le manque de figures d’identification féminines) à s’orienter dans ces filières, mais elles y sont même explicitement découragées par leur entourage proche, notamment en ce que ces filières constitueraient un milieu hostile pour les femmes. Cet argument n’est pas complètement sans fondement puisque les situations de #sexisme et de harcèlement sexuel sont effectivement plus fréquentes que dans les autres filières et que les écoles communiquent peu sur les dispositifs de signalement qui existent pour reporter des situations problématiques et pour protéger les femmes des possibles répercussions. Les défis de la féminisation de ces filières sont donc à la fois antérieurs aux choix d’orientation, tant ils sont ancrés dans des #stéréotypes de genre fortement intériorisés, mais résident aussi dans le manque de prise en charge, par les institutions qui forment les femmes à ces disciplines, des violences sexistes et sexuelles [#vss] qui y sévissent et qui semblent continuer à en faire des environnements masculins défavorables aux femmes (Dupuy & Sarfati, 2024). Aussi peut-on raisonnablement supposer que tant que les écoles ne deviendront pas des endroits plus sûrs pour les filles, peu de choses évolueront.

  • Gender stereotypes about intellectual ability emerge early and influence children’s interests [2017]
    https://www.science.org/doi/10.1126/science.aah6524

    The results suggest that children’s ideas about brilliance exhibit rapid changes over the period from ages 5 to 7. At 5, boys and girls associated brilliance with their own gender to a similar extent (...). The high scores are consistent with the overwhelming in-group positivity previously observed in boys and (especially) girls across early and middle childhood. Despite this strong tendency to view one’s gender in a positive light, girls aged 6 and 7 were significantly less likely than boys to associate brilliance with their own gender (...). Thus, the “brilliance = males” stereotype may be familiar to, and endorsed by, children as young as 6. The stereotype associating females with being nice seems to follow a similar developmental trajectory.

    [...] In contrast with the drop in brilliance scores, there was no significant difference between younger and older girls in the likelihood of selecting other girls as having top grades (...). Older girls were actually more likely to select girls as having top grades than older boys were to select boys (...), consistent with the reality that girls get better grades in school than boys at this age. Nevertheless, there was no significant correlation between girls’ perceptions of school achievement and their perceptions of brilliance (...). Thus, girls’ ideas about who is brilliant are not rooted in their perceptions of who performs well in school. [However, other aspects of children’s experiences in school, such as teachers’ attitudes and biases, may still be implicated in the development of this stereotype.]

    #stéréotypes #filles

  • La mixité scolaire : enjeux sociaux et éthico-politiques | Nicole Mosconi, Le Télémaque, 2022/1
    https://shs.cairn.info/revue-le-telemaque-2022-1-page-195

    Pas plus que, malgré les luttes féministes, elle n’a donné le droit de vote aux femmes, la Troisième République n’a réalisé la mixité scolaire. Elle va être introduite, par étapes successives, seulement après la Seconde Guerre mondiale. J’ai montré par ailleurs qu’elle l’avait été, dans les années cinquante-soixante, d’une manière purement administrative, par une circulaire, sans décision du pouvoir législatif ou exécutif, sans débat idéologique et politique, essentiellement pour des raisons économiques. La loi Haby, en 1975, entérine le changement en faisant de la mixité de l’enseignement à tous les niveaux une obligation, mais ne lui assigne aucune finalité pédagogique ou politique.

    Pour que des finalités soient clairement énoncées, il a fallu attendre le développement du mouvement néo-féministe, après 1968, et, au plan politique, l’arrivée de la gauche socialiste au pouvoir. En 1982, on voit apparaître l’idée que la mixité scolaire devait « assurer la pleine égalité des chances » entre les filles et les garçons par la « lutte contre les préjugés sexistes », afin de « faire disparaître toute discrimination à l’égard des femmes ». C’était bien sûr reconnaître pour la première fois dans le système scolaire français que l’égalité des chances entre les sexes n’était pas encore assurée, que les préjugés sexistes et les discriminations existaient. Il faut cependant remarquer qu’il s’agit là d’une simple circulaire, ni d’une loi, ni d’un décret. Et, comme le dit le rapport parlementaire sur les manuels scolaires, cet arrêté n’a « jamais fait l’objet d’un suivi administratif direct », pas plus que les notes qui l’ont suivi. Comment aurait-il pu, à lui seul, faire véritablement contrepoids aux pratiques et aux habitudes installées depuis longtemps et consolidées par toutes les pesanteurs sociales ?

    Il faut attendre la loi d’Orientation de 1989, dite “loi Jospin”, pour que ce dessein de l’égalité des chances entre les sexes soit explicitement inscrit dans la loi. Mais, comme le montre bien le rapport parlementaire cité plus haut, c’est la volonté des autorités administratives de l’Éducation nationale, majoritairement masculines, qui fait défaut pour une application vigilante et concrète de ce principe dans tous les domaines où il serait nécessaire de l’appliquer. Il est aussi frappant de voir à quel point, en France, l’étude de la mixité scolaire a été négligée et n’a, jusqu’à une date récente, donné lieu ni à des recherches conséquentes, ni à aucune incitation en ce sens des politiques de la recherche. Autant les recherches sociologiques qui ont dénoncé le leurre des politiques de démocratisation de l’enseignement se sont développées dès les années soixante-soixante-dix, autant il a fallu attendre la fin des années quatre-vingt pour que des travaux fassent apparaître en France les leurres de la mixité scolaire, comme réalisation effective de l’égalité des chances entre les sexes. Mais la réflexion philosophique sur les significations de la mixité a-t-elle été plus fournie ?

    [...]

    Mais, en fait, quels sont les rapports entre les sexes que la #mixité_scolaire a effectivement instaurés ? Si l’on ne se contente pas du laisser-faire actuel et si l’on accepte d’y réfléchir sérieusement, quelles fins peut-on assigner à la mixité scolaire ? Quels types de rapports voulons-nous, par elle, instaurer entre les sexes ?

    Les Américains qui, au début du siècle, avaient institué la #coéducation pensaient qu’elle constituait une organisation scolaire qui avait en soi valeur éducative. Ils considéraient que la simple coexistence des jeunes de deux sexes dans les mêmes lieux et avec les mêmes activités scolaires permettrait à chaque sexe de mieux connaître l’autre, de mieux l’apprécier et d’exercer sur l’autre une influence, que l’on supposait bénéfique. Ce n’est donc pas un hasard si elle s’appelait coéducation. Il faut, comme dit Daniel Hameline, « laisser parler les mots ». Les Américains donnaient à la coéducation une signification éthique et politique : elle devait servir les visées démocratiques de la société américaine et permettre une reconnaissance réciproque de l’égale liberté et de l’égale valeur de chacun, quel que soit son sexe. On reconnaît bien là l’optimisme caractéristique du libéralisme : les partisans de la coéducation pensaient que cette éducation s’opérerait spontanément, par la simple coexistence, dans un sens positif.

    Quand les Français ont envisagé d’instaurer la mixité, dans la première moitié du XXe siècle, ils l’ont appelée #co-instruction. Sans doute cette différence de terme tient-elle à la différence du mot education en anglais et en français. Mais on peut là aussi « laisser parler les mots » et penser que les Français n’avaient d’autre dessein que de mettre ensemble garçons et filles pour les instruire en commun sans préoccupation éducative. Sans doute en cela étaient-ils plus réalistes ou plus cyniques que les Américains, ne croyant ni à une possible éducation mutuelle des deux sexes ni à une transformation de leurs rapports – et peut-être ne le souhaitaient-ils pas…

    La substitution du terme de mixité à celui de co-instruction rend les finalités encore plus ambiguës. On peut aussi bien dire que la mixité est une réalisation effective de l’égalité des chances entre les sexes et la mettre en rapport avec la laïcité – ce que beaucoup font aujourd’hui – comme droit de tout individu scolarisé d’être traité de manière égale, quelles que soient ses particularités individuelles, de race, de religion, de classe et de sexe. En ce sens, on relèvera l’extraordinaire accroissement des taux de scolarisation des #filles tout au long du XXe siècle  ; le fait qu’elles ont aujourd’hui une réussite scolaire meilleure que les garçons et qu’elles sont plus nombreuses qu’eux à l’université. Si on admet que ces résultats ont quelque lien avec la mixité, celle-ci représente donc une réalisation effective du droit de chacun·e à l’instruction et aux savoirs, quel que soit son sexe. Mais à l’inverse, on peut aussi se demander si la mixité scolaire n’est pas un leurre. Car sous la laïcité et la prétendue neutralité de l’école et des enseignant·e·s se cachent – tout comme la sociologie l’a si bien montré pour les élèves d’origines sociales différentes –, dans le traitement des élèves des deux sexes, des discriminations sournoises, des inégalités, des effets de domination.

    [...]

    Si les acteurs du système éducatif veulent instaurer une mixité véritablement démocratique, ils ne doivent pas seulement la faire reposer sur l’affirmation abstraite de la liberté et de l’égalité de tous et du droit de tout·e un·e chacun·e à l’instruction, mais lui donner des visées éthico-politiques de transformation des rapports existants entre les sexes. Ces visées supposent la remise en question de la division sociosexuée actuelle des espaces, des savoirs et du travail et aussi la remise en question de la sphère familiale comme sphère fonctionnant d’une manière holiste, comme un tout hiérarchisé où les femmes, toujours assignées au travail domestique et éducatif, gardent encore une position subordonnée. Cette remise en question doit aboutir à ce que filles et garçons apprennent également à se reconnaître comme des individu·e·s autonomes, responsables de leur existence, de leur subsistance et de leurs choix de vie et à partager équitablement aussi bien le travail domestique et éducatif que le travail professionnel – ce dont le système scolaire actuel ne se soucie guère.

    Enfin, si l’on veut que la mixité devienne coéducation véritable, il faut qu’elle permette aux individu·e·s des deux sexes d’apprendre à se connaître, à ouvrir un espace de dialogue et d’échanges « pour que, dans le monde de la pensée et dans le quotidien, femmes et hommes puissent enfin nouer des relations franchement cordiales ». Mais cela suppose que les adultes du système scolaire, d’une part, aient cette préoccupation et, d’autre part, apprennent eux-mêmes à dépasser la structure de genre qui définit habituellement leurs rapports avec l’autre sexe comme rapports d’infériorité-supériorité, pour leur substituer des rapports de reconnaissance réciproque et d’échange non violents et équitables. C’est à cette condition seulement qu’ils pourraient ensuite éduquer en ce sens leurs élèves, filles et garçons.

    Et il faut bien reconnaître qu’une telle coéducation, en tant que visée de transformation positive, non aliénante, des rapports entre les sexes, reste encore aujourd’hui en grande partie une utopie.

    #école

    Effets et limites de la mixité scolaire | Nicole Mosconi, Travail, genre et sociétés, 2004/1
    https://shs.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2004-1-page-165

    De telles transformations dans le système scolaire ne dépendent pas seulement d’une volonté politique, mais aussi d’une volonté partagée par une majorité d’acteurs du système scolaire, de promouvoir une véritable égalité entre les sexes, ce qui ne veut pas dire seulement un programme d’éducation à la citoyenneté incluant l’égalité des sexes – même si c’est déjà un progrès – mais qui se traduise surtout par [1] des changements dans les contenus de savoir transmis, [2] par la transformation des pratiques enseignantes grâce à la formation initiale et continue et [3] à travers l’égalisation effective des positions des personnels à tous les niveaux du système scolaire et universitaire.

  • Contrairement aux adultes, les ados se fichent des origines sociales de leurs amis
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/contrairement-aux-adultes-les-ados-se-fichent-des-origines-sociales-de-le

    Le chercheur a pourtant bien observé des phénomènes d’« #homophilie », ce concept de sciences sociales qui désigne la tendance qu’ont les humains à se regrouper entre personnes qui se ressemblent, « l’une des régularités empiriques les plus fortes observées dans les amitiés », rappelle-t-il. Ainsi, les #enfants d’ouvriers « nomment en moyenne 21 % d’amis issus des classes supérieures, 33 % issus des classes moyennes et 46 % issus des classes populaires ».

    C’est le schéma inverse pour les élèves dont le parent de référence appartient à la catégorie cadres. Timothée Chabot prend des pincettes avec la conception de l’#amitié des #ados. « Se déclarer “amie” avec quelqu’un peut simplement vouloir dire passer du temps ensemble », note-t-il. Il rappelle que « l’appellation de “sans amie”, parfois employée entre élèves, est clairement une insulte ».

    Mais ses résultats sont beaucoup moins marqués que ceux auxquels il s’attendait : « La plupart des élèves ont au moins quelques amis d’une origine sociale très différente de la leur. » Exception faite d’un lycée parisien de son panel, où « l’homophilie sociale augmente fortement au fil des années, et finit par égaler, voire dépasser l’homophilie de genre ».

    Timothée Chabot rappelle ainsi que la première ségrégation au collège est le #genre, « de loin le premier principe de structuration des amitiés ». Par exemple, « un #garçon d’origine populaire sera plus souvent ami avec des garçons d’origine supérieure qu’avec des #filles d’origine populaire ». Le chercheur parle ainsi d’une « très forte intériorisation des identités et des normes de genre par les enfants, qui structure profondément leur sociabilité, et arrive loin devant toute autre considération - sociale, scolaire ou ethnique ».

    Il balaie aussi le cliché des élèves populaires plutôt bien dotés en capitaux de toutes sortes opposés aux solitaires plutôt défavorisés. La faute aux romans, films et séries qui s’intéressent à ces figures archétypales, mais aussi aux « biais » de la recherche scientifique qui se pencherait plus volontiers sur des cas extrêmes - des établissements qui accueillent des élèves de milieux très favorisés ou très défavorisés - alors que, selon lui, les collèges mixtes sont plus nombreux.

    Il nous invite ainsi à prendre conscience que le collège « s’avère l’un des contextes les plus mixtes que la plupart des individus rencontreront au cours de leur vie », le milieu professionnel étant, par la suite, beaucoup plus ségrégué.

    Ainsi, dans les entretiens que Chabot a menés, les élèves ne parlent presque jamais de la catégorie socio-économique de leurs camarades. Ils parlent exclusivement en termes de catégories scolaires : « Les résultats et les attitudes scolaires constituent un schème de distinction très saillant, utilisé pour hiérarchiser ses camarades et pour se positionner par rapport à eux », écrit Chabot. D’un côté les bons, aussi appelés « intellos », de l’autre les mauvais élèves.

    Autre enseignement notable : en dehors du #collège, les élèves développent des liens avec des ados qui leur ressemblent socialement. L’Ecole est donc le principal lieu de brassage social, en produisant de « l’exposition positive ».

    Timothée Chabot considère donc que les résultats de son étude sont « plutôt une bonne nouvelle en matière de politique publique ». En effet, « une partie de l’effet de l’origine sociale sur les amitiés s’explique par la répartition des élèves entre classes et entre options de langues, ce que les établissements peuvent facilement éviter en mélangeant davantage les groupes d’option ».

    Cette étude sur l’amitié entre ados est ainsi un vibrant plaidoyer pour la mixité scolaire. « Le simple fait de réunir des enfants de milieux sociaux différents dans les mêmes espaces semble déjà suffire à produire une mixité amicale notable », écrit-il. Et « bien s’entendre avec des personnes socialement différentes peut suffire à donner aux élèves une image positive d’autres groupes sociaux ou ethniques », résume Chabot simplement.

    Seule ombre au tableau : comme le note le chercheur, les amitiés transclasses ne modifieront qu’à la marge les destins sociaux des adolescents, largement conditionnés par le milieu dans lequel ils sont nés.

  • Comment expliquer la sous-représentation des femmes dans les écoles d’ingénieurs les plus sélectives ?
    https://www.ipp.eu/actualites/comment-expliquer-la-sous-representation-des-femmes-dans-les-ecoles-dingenieurs-
    Étude sur les #CPGE scientifiques hors BCPST, dans lesquelles les femmes représentent 25% des effectifs (70% en BCPST, 54% toutes formations bac+1 et bac+2 confondues).


    Le panel (a) montre que dans notre échantillon, les femmes ont en moyenne 20,2% de chances d’être admises dans l’une des écoles d’ingénieurs du top 10%, contre 25,3% pour les hommes, soit une différence de 5,1 points de pourcentage (...).

    Le premier résultat important est que les performances scolaires antérieures n’expliquent nullement cette sous-représentation. Elles pointent même en sens inverse : les femmes s’inscrivant en CPGE scientifique ayant de meilleurs résultats que les hommes au baccalauréat, elles devraient avoir une probabilité plus élevée d’intégrer les écoles les plus sélectives. Cet écart attendu, mais non observé dans les faits, est représenté par la valeur −62% dans le panel (b), ce qui signifie que si les performances des hommesàl’entrée en CPGE étaient aussi bonnes que celles des femmes, l’écart de taux d’accès aux grandes écoles les plus sélectives en défaveur des femmes serait encore 62% plus important.

    Un deuxième facteur explicatif réside dans le choix des CPGE et des filières. À performances scolaires équivalentes, les femmes s’orientent vers des classes préparatoires qui, en moyenne, envoient moins d’élèves dans les écoles d’ingénieurs les plus sélectives. Cette différence d’orientation explique environ 36% de la sousreprésentation des femmes.

    Le troisième enseignement majeur concerne l’évolution des performances pendant la CPGE. 70% de l’écart d’admission global est ainsi imputable aux notes obtenues durant la CPGE : 38% pour celles obtenues dès la fin du premier trimestre de la première année, et 32% pour celles obtenues après cela. À cela s’ajoute ce que nous appelons l’effet du « jour J » : à notes égales en fin de CPGE et à comportement de candidature équivalent, les femmes obtiennent des résultats inférieurs à ceux des hommes le jour mêmeduconcours. Ce phénomène, bien documenté dans d’autres contextes à forts enjeux (Azmat, Calsamiglia et Iriberri, 2016 ; Iriberri et Rey-Biel, 2019), contribue quant à lui à hauteur de 24% de l’écart global.

    Deux autres effets, plus marginaux, complètent l’analyse. À résultats équivalents en fin de CPGE, les femmes s’inscrivent un peu moins souvent aux concours les plus sélectifs. Cette différence dans le choix des concours explique 10% de l’écart observé. Les femmes redoublent également moins souvent la deuxième année de CPGE, ce qui explique 8% de l’écart dans l’accès aux meilleures écoles. En revanche, les préférences exprimées par les candidates et candidats, c’est-à-dire l’ordre dans lequel ils ou elles classent les écoles dans leurs vœux, ne permettent pas d’expliquer la sous-représentation des femmes. Cela ne signifie pas que les préférences n’interviennent pas à d’autres étapes du parcours, notamment dans le choix de la filière scientifique et/ou des spécialités disciplinaires, mais ces préférences ne jouent pas un rôle explicatif dans la sous-représentation des femmes dans les écoles d’ingénieurs les plus sélectives.

    Ainsi, parmi l’ensemble des mécanismes explorés, les plus déterminants sont l’inversion des écarts de performance entre le baccalauréat et le début de la CPGE, puis l’amplification de ces écarts au cours de la classe préparatoire.

    [...]

    Conclusion

    Malgré des performances scolaires initialement plus élevées que celles de leurs homologues masculins, les femmes bénéficient nettement moins de l’environnement compétitif desCPGE scientifiques. Nos résultats confirment les constats de la littérature expérimentale sur l’amplification des écarts de performance entre les sexes dans des contextes à enjeux élevés. Ils vont cependant plus loin : une part importante de cet écart ne relève pas uniquement d’un effet ponctuel lié au concours (effet du « jour J »), mais s’explique plus largement par le contexte d’apprentissage lui-même. Nous mettons en évidence que l’écart de performance entre les hommes et les femmes est plus marqué en classe étoile qu’en classe non étoile. [...]

    Les concours d’entrée aux écoles d’ingénieurs– tout comme leur préparation– sont particulièrement compétitifs, et cette intensité affecte différemment les trajectoires selon le genre. Dès lors, améliorer la représentation des femmes dans les écoles les plus sélectives suppose de repenser l’organisation de ces processus de sélection. Nos résultats suggèrent que des modalités de préparation des concours fortement compétitives peuvent engendrer des coûts en matière d’équité de genre.

    Des recherches complémentaires sont toutefois nécessaires pour évaluer si ces processus de sélection reflètent réellement les compétences requises pour réussir dans les filières scientifiques les plus exigeantes. Si la capacité à performer sous pression n’est pas essentielle à la réussite académique et professionnelle, alors le fonctionnement actuel des CPGE scientifiques pourrait être sous-optimal, en écartant de manière injustifiée une partie des talents féminins les plus prometteurs.

    #éducation #filles #maths #sciences #orientation

  • « Un impérialisme des maths s’est imposé dans le système éducatif » | Entretien avec la sociologue des sciences #Clémence_Perronnet
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/05/29/un-imperialisme-des-maths-s-est-impose-dans-le-systeme-educatif_6609090_4401

    Avec le nouveau bac [où les filières S, L, ES disparaissent, remplacées par des « spécialités »], la focale s’est déplacée : là où auparavant on sélectionnait sur toute la filière scientifique, désormais la sélection se fait essentiellement par les maths. La réforme, bien que voulant s’en défendre, a aggravé la hiérarchisation des disciplines. Car la valorisation que l’on fait de telle ou telle discipline, loin de découler de leur autorité naturelle, résulte toujours de choix politiques et sociaux et change en fonction de ce que l’on veut faire de l’école.

    [...]

    En France, il y a une double tension entre des inquiétudes exprimées autour d’une décrue des mathématiques dans le secondaire, avec une baisse de niveau, et en même temps des maths qui deviennent toujours plus importantes pour accéder aux études supérieures. Comment analysez-vous ce paradoxe ?

    La France se distingue aussi par une histoire d’excellence dans la recherche mondiale, avec beaucoup de médaillés Fields [une des deux plus prestigieuses récompenses en mathématiques] et, en parallèle, par son statut de championne de la chute de niveau et des inégalités qui se creusent face aux maths.

    Mais, à bien y regarder, ce n’est pas tant un paradoxe : c’est parce qu’on a fait progressivement au fil des années le choix d’une politique très élitiste en mathématiques, en en faisant un critère de sélection pour l’excellence, qu’on parvient en bout de course à former des chercheurs stars… et que, en cours de route, on laisse tomber autant de jeunes.

    La réforme du lycée s’inscrit dans cette optique. Face aux difficultés de recrutement d’enseignants de mathématiques, les lycées commençaient à avoir des problèmes pour assurer toutes les heures de maths obligatoires en S et en ES. Elles sont devenues optionnelles, avec la volonté au fond de réduire le nombre d’élèves qui auront accès à cet enseignement : peu de jeunes feront finalement des maths à haut niveau, permettant de continuer à former une petite élite qui ira loin ensuite, au détriment des autres.

    Le seul fait qu’on qualifie un de ces enseignements de « maths expertes » [en enseignement optionnel en terminale] me frappe : seule cette discipline a eu le droit de se voir attribuer ce qualificatif d’expert.

    Pourquoi la manière dont le tri scolaire est aujourd’hui réalisé à partir des maths exacerbe-t-elle les inégalités ?

    Plusieurs études ont permis de se rendre compte que les parcours en mathématiques sont parmi les plus élitistes socialement. En bout de chaîne de l’enseignement, plus de 70 % des personnes qui font de la recherche en mathématiques (pendant ou après le doctorat) viennent de catégories très favorisées, alors que cette proportion est de 60 % en physique, discipline proche, et de l’ordre de la moitié des chercheurs et chercheuses en général. On retrouve aussi énormément d’enfants de matheux dans ces parcours, avec donc une forte reproduction sociale. C’est le fruit de ce qui se joue en amont : dans le secondaire déjà, très peu des jeunes qui font des mathématiques sont issus de classes populaires.

    Pas parce que ces jeunes n’auraient pas de qualités ou d’appétence pour les maths. Les études montrent que, au début du primaire, le désir et la curiosité pour cette matière sont très également répartis. Les écarts se creusent par la suite, en fonction des préjugés reliés à cette discipline. On la présente comme particulièrement ardue, et les familles qui en sont éloignées ne vont donc pas forcément pousser leurs enfants dans cette voie. Les grandes figures des maths qu’on nous offre sont aussi quasi exclusivement celles d’hommes blancs, représentés sous les traits d’une élite, empêchant la possible identification. La deuxième inégalité structurelle est genrée : les filles sont plutôt découragées, par le poids des stéréotypes comme par les processus d’orientation et les conseils des adultes, à s’imaginer réussir en maths.

    Pour ces raisons, le groupe d’élèves qui se retrouve à faire des maths à la fin du lycée a donc largement été trié. En sélectionnant par cette discipline à l’entrée du supérieur, on renforce alors l’exclusion des classes populaires comme des femmes des filières les plus prestigieuses, qui ouvrent aussi aux meilleurs salaires par la suite.

    #lycée #mathématiques #filles #orientation

  • Plan Filles et Maths : pour que les jeunes filles prennent toute leur place dans les métiers de l’ingénieur et du numérique
    https://www.education.gouv.fr/plan-filles-et-maths-pour-que-les-jeunes-filles-prennent-toute-leur-p
    Au programme :
    – formations des profs de la maternelle au bac sur les stéréotypes de genre en sciences ;
    – « objectifs ciblés » (à défaut de quotas) en nombre de filles/femmes sur le choix d’option maths en première et terminale, le nombre d’admises en prépa, les profs de maths en prépa et lycée ; expérimentation de classes à horaires renforcés « sciences » avec 50% de filles ;
    – rencontres avec des rôles modèles dès la 3e.

    Ce plan se base sur un rapport de l’IGF et l’IGÉSR :
    Filles et mathématiques : lutter contre les stéréotypes, ouvrir le champ des possibles
    https://www.education.gouv.fr/filles-et-mathematiques-lutter-contre-les-stereotypes-ouvrir-le-champ

    Il ne faudrait pas partir du principe que ce plan a pour objectif de lutter contre les inégalités hommes-femmes. Ce plan vise à amener des milliers de bonnes élèves dans les formations et les métiers des STEM (Sciences, Technology, Engineering and Mathematics), porteurs de croissance.

    certaines femmes non présentes dans les filières STEM, si elles avaient été formées aux sciences, auraient pu être des innovatrices et favoriser la croissance, de manière mesurable. […] La modélisation montre que l’effet sur la croissance de telles politiques favorisant l’accès des femmes les plus talentueuses aux métiers de l’innovation est très fort, à environ 10 Md€ par an dans un scénario médian.

    On manque de Xmille ingénieurs et de Ymille techniciens et c’est déjà blindé de garçons, donc il nous faut des filles. La lutte contre les inégalités présentée dans le plan est le moyen de récupérer Zmille filles pour alimenter la machine.

    C’est parce que les inégalités sont secondaires que le plan comme le rapport se focalisent sur le lycée général, les CPGE et les écoles d’ingénieur, les « femmes les plus talentueuses » et des classes « sciences » qui seront vraisemblablement des classes de très bon.nes élèves. Aucune importance, par exemple, que la voie professionnelle soit découpée en filières genrées ou que les garçons délaissent massivement certaines filières. Ce sont les filières d’élite traditionnelles qui intéressent, pour les renforcer.

    Pour faire bonne figure, la rhétorique du ministère est la suivante : ces formations mènent aux positions les plus valorisées ; or les filles y vont peu ; donc cela génère des inégalités entre femmes et hommes. Conséquence : il faut amener les filles dans ces filières pour résorber les inégalités.

    D’un point de vue général, les écarts de salaire s’expliquent aux trois quarts par des différences de diplôme et de caractéristiques de l’emploi occupé : les femmes et les hommes sont inégalement répartis dans les différents secteurs, avec une plus grande concentration des femmes dans des secteurs peu rémunérateurs, par exemple le secteur public ou le domaine des services à la personne.

    Si la lutte contre les inégalités était première, on remettrait justement en cause cette hiérarchisation des activités et on valoriserait des professions qui sont au moins aussi socialement utiles qu’informaticien, ingénieur et technicien (par exemple professeure des écoles ou aesh)… et dans lesquelles se trouvent les femmes. On valoriserait aussi du même coup leurs choix positifs plutôt que de leur reprocher continuellement de ne pas avoir fait les bons choix, les choix masculins.

    La persévérance des filles à éviter les filières STEM fait sourire.

    les travaux de la mission montrent que les écarts de niveau [par ailleurs jugés faibles par la mission, ndL] jouent un rôle secondaire pour expliquer les décisions d’orientation différentes des filles et des garçons. […] à niveau égal voire supérieur, les filles renoncent à s’orienter vers les STEM. Ainsi, en 2023, près de 11 000 filles ne s’orientaient pas dans des formations en STEM après le lycée général, alors qu’elles avaient été admises dans une de ces formations via Parcoursup et obtenaient une moyenne supérieure à 15/20 en spécialité mathématiques en terminale

    Comment mieux dire que ces filières ne leur plaisent pas ? On comprend assez bien... Et même plus : quand elles sont dedans, elles veulent partir.

    En outre, même lorsque les filles choisissent les filières de formation des domaines STEM, elles s’engagent moins que les hommes, par la suite, dans les carrières scientifiques : des études concordantes décrivent une fuite de cerveaux féminins hors des carrières académiques en mathématiques ou sciences physiques, ou des carrières d’ingénierie, essentiellement pour des motifs d’insatisfaction des femmes scientifiques vis-à-vis de leur rémunération et de leurs perspectives de promotion, et non pour des facteurs liés à la vie personnelle ou à la famille (grossesse, maternité).

    C’est qu’en plus d’avoir une utilité sociale globalement négative, ces formations sont des repères sexistes. Deux tiers des filles en école d’ingénieur ont subi ou été témoins de VSS sur leur campus, sans parler du « sexisme d’ambiance ». Le rapport insiste sur la nécessité de lutter contre ces violences – c’est absent du plan.

    Tout cela étant dit, lutter contre les stéréotypes de genre en sciences est une bonne chose, et je serai très heureux d’être formé 2h sur le sujet. On se souvient que Borne voulait qu’on réfléchisse à son orientation dès la maternelle. On voit maintenant ce qui sera attendu : cette sensibilisation aux biais de genre en sciences vise, en bout de chaîne, à aller faire travailler des femmes dans l’intelligence artificielle.

    Enfin, quand on parle d’orientation, on devrait avoir en tête un facteur essentiel : la classe sociale. Habituellement, la classe est utilisée pour expliquer les différences de performance dans les matières littéraires ; pour les sciences, c’est le genre. Or la classe joue à plein dans les orientations scientifiques : 5% des enfants d’ouvriers non qualifiés faisaient un bac S ; un enfant de 6e d’une classe sociale parmi le plus favorisées a 6 fois plus de chance de finir en terminale S qu’un camarade de classe populaire (seulement 1.1 fois plus qu’une fille du même milieu que lui). Ignorer ça permet de ne pas se poser la question de l’efficacité du système éducatif à lutter contre les inégalités.

    Pour les filles plus spécifiquement, il est amusant que le titre du rapport appelle à « ouvrir le champ des possibles », alors que ce qui les caractérise au contraire c’est que leur champ des possibles est plus vaste que celui des garçons, dont les orientations sont plus contraintes. Est-ce qu’on pourrait ouvrir le champ des possibles de l’action publique à l’égard des femmes et revaloriser le secteur public et les formations universitaires où elles sont présentes ?
    #filles #mathématiques #ingénieurs #inégalités #sexisme

    • Ça y est, c’est la guerre des disciplines scientifiques :
      « Les mathématiques semblent être le seul repère pour les sciences dans notre pays » | Tribune de David Boudeau, Président de l’Association des professeurs de biologie et de géologie
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/05/13/les-mathematiques-semblent-etre-le-seul-repere-pour-les-sciences-dans-notre-

      les sciences de la vie et de la Terre représentent des centaines de milliers d’emplois par an en France, avec une progression de 100 000 sur dix ans. C’est le premier pôle industriel de France avec l’agroalimentaire, qui émarge à 180 milliards d’euros de chiffre d’affaires. C’est l’agro-industrie, la médecine, la santé animale, la biochimie (plus fort taux de progression en France avec 17 % par an !), les industries du luxe (cosmétique, parfumerie), les biomédicaments, l’environnement, les énergies renouvelables, les ressources, la gestion des risques, etc.

      Les sciences du vivant et de la Terre sont des sciences intégratrices des mathématiques et de la physique-chimie qu’il ne faut pas mettre en concurrence, au contraire : ces trois disciplines doivent travailler en synergie pour appréhender la complexité du fonctionnement de notre système Terre. Cette condition permettra également de réduire l’écart entre les garçons et les filles.

    • Les écarts filles-garçons en mathématiques à l’école élémentaire, un enjeu pour les équipes pédagogiques, Le Regard du CEE, n° 25.01 [janvier 2025]
      https://www.education.gouv.fr/conseil-d-evaluation-de-l-ecole-305080

      Lorsque l’on étudie les résultats des élèves de CE1 sur les trois années considérées [2021, 2022, 2023], on observe des écarts fluctuants dans 81 % des écoles, tantôt en faveur des garçons, tantôt en faveur des filles, tantôt peu significatifs. [...] Dans la suite, l’expression école « stable » signifie que les écarts sont de même nature pour les trois années considérées : systématiquement en faveur des garçons, systématiquement en faveur des filles ou systématiquement nuls ou quasiment nuls. L’expression école « fluctuante » désigne toutes les autres situations.

      [...]

      La majorité des écoles aux écarts « fluctuants » peut donc alternativement présenter un fort avantage en faveur des filles ou des garçons. Ce résultat montre la difficulté, pour les enseignants de ces écoles, de s’approprier le sujet des inégalités filles-garçons en mathématiques. Le diagnostic doit en effet être redéfini chaque année.

      [...] Parmi les 19 % d’écoles « stables » (...), près de 16 % – soit une large majorité – connaissent une situation systématiquement en faveur des garçons, 3 % en faveur des filles et moins de 1 % des écoles sont en situation d’égalité.

      [...] En se restreignant aux seules écoles où les écarts sont persistants en faveur des garçons, le constat est plus marqué encore : ces écoles ne représentent que 16 % de l’ensemble des écoles françaises, mais plus de la moitié des écarts entre filles et garçons observés au niveau national en résolution de problèmes. Il conviendrait d’étudier prioritairement la situation de ces écoles.

      [...] On trouve moins souvent les situations stables en faveur des garçons dans les écoles dont le public d’élèves est socialement défavorisé, en éducation prioritaire renforcée notamment. Le focus sur les différents secteurs et l’éducation prioritaire pour les écoles « stables » montre que la stabilité en faveur des garçons apparaît plus souvent dans les écoles les plus favorisées. C’est en effet dans le secteur privé sous contrat que l’on voit le plus souvent une stabilité en faveur des garçons et en REP+ le moins souvent. Il convient cependant de relativiser ce constat : les 80 % d’écoles en situation d’écarts « fluctuants » se retrouvent tout autant dans les secteurs public et privé sous contrat ainsi qu’en éducation prioritaire renforcée.

      Une étude qualitative complémentaire permettrait de rechercher les causes de la persistance des écarts, dans un sens ou dans l’autre. Par exemple on pourrait étudier plus précisément l’impact du milieu socioculturel des familles de l’école.

    • Dès le CP...

      « C’est la durée d’exposition à l’école qui est associée à une augmentation de ces écarts », insiste la chercheuse [Pauline Martinot]. A l’appui de cette thèse, le résultat d’une « expérience naturelle » involontaire : en 2020, en raison de la pandémie de Covid-19, les enfants ont fait l’école à la maison deux mois et demi de plus. Résultat, les auteurs ont observé « une diminution des écarts de genre. »

      Pour Stanislas Dehaene, « nous avions tous l’idée que les enfants accumulaient des biais sociétaux implicites avant leur entrée à l’école, ce qui expliquait ces écarts de genre en faveur des garçons. Mais notre étude montre que ces écarts naissent au moment où les maths deviennent un enjeu compétitif, et qu’ils sont enseignés de manière formelle à l’école. »

      Mathématiques : le décrochage des filles, dès quatre mois d’école, éclairé par une étude française sur plus de 2,6 millions d’écoliers de CP et CE1
      https://archive.ph/mDey4

      edit voir les critiques du travail de Martinot plus bas

      #école #éducation

    • L’article dans Nature fait état de 2 « variations mineures » au cours des années étudiées : (i) l’effet confinement mentionné ci-dessus ; (ii) le fait qu’à l’entrée en CP, l’écart de genre est nul en 2018 (voire même un chouïa favorable aux filles) mais non nul (et favorable aux garçons) à partir de 2019. Pour expliquer succinctement ce changement, le papier mentionne les recommandations pédagogiques à destination de la maternelle publiées en mai 2019 par Blanquer pour préparer aux évaluations CP de la rentrée 2019 (intitulées Un apprentissage fondamental à l’école maternelle : découvrir les nombres et leurs utilisations, on y trouve des formulations du type « En fin de grande section , les élèves doivent avoir appris à... »). D’après l’article, ces recommandations visent à introduire un enseignement des maths plus formel et tendraient à rapprocher la maternelle de l’élémentaire.

      C’est assez frappant que dans les différentes mentions de cette étude on dise des trucs du genre « les biais apparaissent après quelques mois d’école »... alors que tous ces enfants sortent de 3 ans d’école. Comme si on n’apprenait rien en maternelle et qu’il n’y avait rien d’intéressant à tirer de cette école qui semble ne pas produire de biais de genre en maths (d’ici qu’on y généralise des évaluations nationales).

    • Nous sommes en guerre pour les mathématiques.
      « Créons une réserve citoyenne des mathématiques, à l’image de la réserve opérationnelle de la défense » Tribune - Laura Chaubard, Directrice générale de l’Ecole polytechnique
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/06/24/creons-une-reserve-citoyenne-des-mathematiques-a-l-image-de-la-reserve-opera

      Plus profondément encore, notre démocratie a besoin de mathématiques. La République française s’est bâtie sur les Lumières, avec la science comme moteur de progrès et d’émancipation. Donner à tous les enfants le goût des mathématiques est, à ce titre, une exigence profondément républicaine.

    • Évaluations nationales au CP en mathematiques en France : biais et impacts sur le traitement des donnees issues du dispositif ÉvalAide
      https://shs.hal.science/halshs-05141109v1
      Critique par Mélanie Guenais des évaluations nationales de CP en maths qui montre qu’on ne peut pas se baser dessus pour établir le niveau de compétences en maths des garçons et des filles.

      Le dispositif introduit des biais induits par la présentation, les conditions de réalisation et les critères de mesures de réussite qui déforment ou sous-estiment les compétences acquises. Il occulte ou déforme la réalité de la pratique des mathématiques, qui nécessite temps de réflexion et coopération pour travailler le raisonnement, indispensable à la progression des élèves et leur autonomie, point faible signalé régulièrement dans les études internationales. La conception des contenus comme les modalités d’évaluation nécessiteraient donc d’être reprises de manière critique pour donner une mesure fidèle des compétences en mathématiques, si telle est leur destination. Par conséquent, assimiler ces scores de performances à des compétences en mathématiques est scientifiquement peu fondé.

      Nos observations permettent de montrer que le dispositif introduit de nombreux biais relevant d’aptitudes sociales ou psychologiques impactant les performances : mise en compétition individuelle, rythme contraint et vitesse, items inhabituels, QCM, tâches monotones et qui font peu de sens. Des différences de scores filles/garçons dans les évaluations nationales en France apparaissent dans toutes les classes à partir de 2018, date de la mise en place des tests (Eteve et al., 2025). Elles sont faibles, persistantes et nouvelles. Ces observations montrent la présence d’un avantage masculin cohérent avec les impacts de ces biais identifiés par la littérature (e.g. Stoevenbelt et al., 2023 ; Montolio et al., 2021). Interpréter des petites différences de score comme des compétences mathématiques qui seraient inégales entre filles et garçons dès quelques mois de scolarisation au CP est donc non pertinent.

      [...]

      D’une part, en focalisant sur de faibles différences de performances genrées, attribuées sans discernement aux compétences en mathématiques, on contribue à renforcer des idées reçues sur des moindres compétences supposées des filles en mathématiques. D’autre part, en imposant des modalités rigides de passation qui créent de l’inquiétude chez les enfants dès leur entrée à l’école et les sous-évaluent, on risque une dégradation de la relation aux savoirs en mathématiques, dont on donne une image dénaturée de la pratique.

    • « Plan ’’Filles et maths’’ : et les inégalités ? » | Marianne Blanchard, sociologue de l’éducation
      https://www.humanite.fr/en-debat/droit-des-femmes/plan-filles-et-maths-et-les-inegalites

      Ce plan propose plusieurs mesures centrées sur la lutte contre les #stéréotypes, avec la mise en place d’une charte. Or, s’il est vrai que les stéréotypes existent, la lecture gouvernementale est d’en faire la cause des inégalités entre femmes et hommes, et non leur conséquence. En outre, penser en termes de stéréotypes dépolitise la question, gommant les hiérarchies et les rapports de domination qui se jouent dans le système éducatif. Pour ne prendre qu’un exemple, le gouvernement n’a pas présenté de plan pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles dans les écoles d’ingénieurs, pourtant dénoncées au cours de ces dernières années, ni envisagé que la culture viriliste de ces établissements pourrait avoir un lien.

      Les garçons sont d’ailleurs les grands absents de ce plan. À aucun moment il n’est question d’ouvrir leurs horizons et de susciter des vocations. Or, on pourrait aussi juger problématique l’orientation massive des garçons/hommes, particulièrement ceux des classes sociales les plus favorisées, vers certaines sciences, et le fait qu’ils soient sous-représentés dans les formations et métiers liés au soin.

      Car si, comme le rappelle le plan de façon préliminaire « les filles s’orientent vers les métiers les moins rémunérateurs », c’est parce qu’elles sont majoritaires dans les métiers de la santé, du social, de l’aide à la personne, de l’enseignement. Plutôt que d’y déplorer leur présence, on pourrait mieux valoriser ces métiers, et alors inciterait-on aussi les garçons à s’y orienter ?

    • Je suis tombé sur une présentation par Pauline Martinot des résultats de son article dans Nature (relayé par Le Monde au-dessus) sur les moins bons résultats des filles en maths dès la mi-CP.
      https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/grand-evenement/genre-et-sciences/emergence-ecarts-entre-filles-et-garcons-en-mathematiques-ecole-pr
      Quelques remarques puis j’arrêterai d’allonger ce fil.

      – Martinot est une thésarde de Stanislas Dehaene, elle est médecin de formation puis a été conseillère de François Braun au ministère de la santé sur la santé des jeunes. Elle porte auprès d’une large audience un diagnostic sur le système éducatif, sans avoir la moindre expérience en éducation. Ses slides d’ouverture et de conclusion sont décorées avec des images de cerveaux alors qu’elle ne parle ici jamais de cerveau (mais son directeur de thèse a écrit un livre qui s’appelle La bosse des maths).

      – Les données qu’elle utilise sont issues de ce que tout le monde connaît sous le nom d’ « évaluations nationales » (en début de CP (T1), mi-CP (T2), début de CE1 (T3)) et qui s’appelle en langage #CSEN le dispositif « evalaide » car il s’agit « d’évaluer pour aider ». Personne dans les écoles n’utilise ces évaluations pour aider qui que ce soit ; elles sont de fait utilisées par elle et le ministère pour juger des compétences des enfants, ce qui selon Mélanie Guenais n’a pas de sens en maths (voir plus haut – et plus généralement : il faudrait distinguer entre des évaluations diagnostiques à visée pédagogique et des évaluations bilans à visée de pilotage du système ; ici on mélange les deux, dans les faits et les discours).

      – En montrant ses résultats, la première chose qu’elle dit parce que c’est le plus frappant est que plus le niveau social de l’école baisse, plus les résultats baissent (privé > hors rep > rep > rep+)… sans s’attarder davantage sur le sujet. Or à côté de ces différences, les différences garçons-filles à même niveau social sont minuscules. (De même, si on se compare au pays qui a les meilleurs résultats en maths dans le monde, l’écart est 5 fois plus grand que l’écart garçons-filles chez nous (ça c’est dit dans le rapport igesr)). Ce que j’en tire personnellement comme conclusion est qu’on n’enseigne pas super bien les maths ; si on les enseignait mieux (de façon plus explicite, plus progressive, plus poussée, etc.) et qu’on avait des pratiques plus inclusives/égalitaires (genre laisser le temps aux enfants de réfléchir avant de prendre une réponse, s’habituer à chercher, chercher en groupe, montrer qu’on peut se tromper, que l’erreur est utile, etc.), on pourrait améliorer les résultats de tout le monde (donc d’un paquet de filles) et aussi, sans doute, combler l’écart garçons-filles. Je ne dis pas qu’il ne faudrait pas avoir des pratiques spécifiques pour contrer les biais de genre, mais le problème ne peut être résolu qu’en revoyant plein de choses dans l’école, non exclusivement liées aux filles.

      – En maths, elle montre que l’écart à l’avantage des garçons grandit entre T1 et T2, puis entre T2 et T3. Elle en conclut que plus de temps d’école donne lieu à plus d’inégalités de genre et que donc celles-ci viennent de l’école. En français par contre, les filles réussissent mieux et les résultats ne sont pas symétriques, mais elle conclut pareil en changeant de raison : quand les garçons gagnent des points par rapport aux filles en maths entre T2 et T3 ça veut dire que l’école augmente les inégalités ; en revanche quand les filles gagnent des points par rapport aux garçons en français entre T2 et T3 ça veut dire que les grandes vacances profitent aux filles. Elle peut alors à chaque coup incriminer l’école.

      – À la fin de sa présentation elle tient à remercier ses coauteurices et aussi les enfants et enseignants sans qui toutes ces données ne pourraient être collectées. Voilà à quoi on sert : fournir des données à un groupe de chercheurs pour faire des papiers dans Nature et des conférences au collège de France.

    • @lyco
      Merci pour toutes ces infos sur l’éducation et l’enseignement en général. En tant qu’ancien enseignant (instit’ puis prof des écoles), je trouve tes réflexions intéressantes.
      Concernant les évaluations que subissent les élèves tout au long de leur scolarité en primaire (maternelle+élémentaire), il y a beaucoup à dire en effet. Je rajouterai que, d’après des personnes ayant encore un pied dans le métier, les conditions de passation des épreuves ne sont pas toujours respectées. Pour certains exercices, des enseignants s’autorisent à allonger le temps de réponses, d’expliciter les consignes ou même de donner des exemples. Par empathie pour leurs élèves ou sur injonction de leur hiérarchie ? Va savoir ... Ce qui fait que les résultats sont complétement biaisés et j’en déduis que leur exploitation est foncièrement malhonnête vis à vis de notre métier.

  • Elisabeth Borne veut « forcer le destin » avec des #quotas de filles dans les #prépas scientifiques
    https://www.lesechos.fr/politique-societe/education/elisabeth-borne-veut-forcer-le-destin-avec-des-quotas-de-filles-dans-les-pr

    Face au manque d’#ingénieurs et à la faible proportion de #filles dans les #filières #scientifiques, la ministre de l’Education Elisabeth Borne annonce un plan « Filles et maths » destiné à s’attaquer aux #stéréotypes de #genre.

    (le plan prévoit la promotion de l’écriture inclusive (...) (...) (je plaisante...))

    Conséquences du #bac_blanquer

    On en parlait déjà en 2022 :
    https://seenthis.net/messages/945854

    • C’est une stratégie éculée que l’on retrouve un peu partout. D’un côté intégrer en decorum les idées de l’opposition wokiste et de l’autre sabrer ce qui existe. Ici Promoteur_1er pompe quelques idées écolos avec 4 trottoirs-cyclables (défoncés) et le stationnement payant partout tout en augmentant les tarifs de bus/métro (la faute des écolos). Dans le même temps il poursuit sa chasse aux étrangers artistes musiciens et éructe dans son torchon de droite son soutien à une autoroute illégale qui pue la corruption.

  • Genre et cursus scientifiques : un état des lieux | Marianne Blanchard, Revue française de pédagogie, 2021
    https://journals.openedition.org/rfp/10890

    Comme l’indique la sociologue K. Thomas, pour comprendre l’orientation des élèves, il ne s’agit pas seulement de s’intéresser à leurs aptitudes et à leur socialisation, mais aussi d’interroger la façon dont ils et elles se représentent les disciplines et le rôle de ces dernières dans la société (1990, p. 14). Plus précisément, les disciplines scolaires constituent des cultures, au sens où chacune d’entre elles propose une façon de percevoir et d’interpréter le monde. Or ces cultures, dans les valeurs et les qualités qu’elles prônent, entrent plus ou moins en résonance avec les conceptions communes du masculin et du féminin. Thomas interroge en particulier les oppositions qui structurent les champs disciplinaires, comme celle entre « arts » et « sciences » (qui correspondrait plutôt dans le cas français à « humanités »/« sciences »), rappelant qu’elle résulte d’un processus historique (« Isaac Newton par exemple n’aurait pas établi de distinction aussi tranchée entre la physique et la philosophie », p. 33), mais qu’elle est aujourd’hui si profondément ancrée dans les systèmes éducatifs que les étudiant.es souhaitant étudier les deux à la fois sont perçus comme une curiosité. Autre distinction : celle entre les disciplines dures et les disciplines « molles » (soft). Celle-ci peut traverser un même champ disciplinaire, comme la psychologie par exemple, l’approche « dure » étant considérée comme la plus prestigieuse. Ces oppositions participent de la façon dont les étudiant.es perçoivent et hiérarchisent les disciplines entre elles. Comme on l’a souligné précédemment, Thomas montre, à partir d’entretiens avec des étudiant.es, que ces derniers.ères s’identifient fortement à la discipline qu’ils et elles ont choisie à travers les qualités perçues comme nécessaires pour l’exercer, mais aussi à travers la façon dont son enseignement est organisé. Par exemple, pour justifier leur choix d’études, les étudiant.es en physique mettent en évidence la potentialité de pouvoir tout connaître, la dimension objective et le caractère « certain » des connaissances. Thomas rappelle que ces caractéristiques ont été historiquement associées au masculin.

    Dans une étude interrogeant la place des femmes dans les filières scientifiques et techniques de cinq établissements d’enseignement supérieur suisses, Gilbert, de Roten et Alvarez (2003) mobilisent également la notion de culture disciplinaire, entendue comme englobant non seulement « les savoirs scientifiques validés sur l’objet d’étude et les procédures méthodologiques spécifiques à chaque discipline », mais aussi « les manières de faire implicites, les valeurs dominantes dans la discipline, les formes d’apprentissage et de sociabilités qui lui sont propres ». Elles montrent que ces cultures interviennent dans les choix d’orientation, dans la mesure où ces choix s’opèrent « en fonction d’une affinité entre les dispositions des jeunes et le type de filière choisie » (p. 8). Or ces cultures disciplinaires ont une dimension genrée, notamment dans le rapport à l’avenir qu’elles dessinent : une motivation basée sur les perspectives de carrières est déterminante pour le choix des sciences de l’information et des sciences techniques, filières largement masculines. Par contre, une motivation basée sur l’engagement social ou politique est déterminante pour le choix des sciences naturelles interdisciplinaires, des sciences de la nature ou de la médecine, où les femmes sont majoritaires.

    La multitude des travaux interrogeant les rapports entre genre et cursus scientifique révèle la complexité de ces problématiques, et l’impossibilité d’identifier un seul type de facteurs pouvant rendre compte de la moindre représentation des femmes – et réciproquement de la surreprésentation des hommes – dans ces formations. De fait, les recherches montrent qu’a minima il importe de prendre en compte à la fois les aspirations individuelles et les rapports différenciés aux savoirs scientifiques, mais aussi la façon dont les sciences sont construites en tant qu’activité sociale et plus spécifiquement en tant que type particulier de filière de formation. Nombre d’auteur.es insistent sur cette dernière dimension pour critiquer les programmes et dispositifs visant à féminiser les sciences et centrés uniquement sur les jeunes filles, comme si c’étaient elles qui constituaient la source du problème, et pas le mode même de fonctionnement des études et carrières scientifiques.

    • Pour ces trois chercheuses, en matière d’#orientation les #filles effectuent des choix moins contraints que ceux des #garçons, qui eux sont plus systématiquement incités à poursuivre des études scientifiques. La faible présence des filles dans la filière mathématiques et physique s’expliquerait par une attitude positive des filles. En effet, on ne peut « rendre compte de la volonté des filles d’investir des domaines également très compétitifs mais qui conviennent mieux à leur polyvalence, telles que les grandes écoles de commerce, d’agronomie, la médecine […] par l’explication de la “vocation négative” comprise comme signe […] de la soumission des filles à un destin sexué » (Ferrand, Imbert & Marry, 1995, p. 107). Moins spécialisées que celle des garçons, la réussite des filles leur ouvrirait donc un champ d’orientation plus vaste et cette particularité a pour corollaire que celles « qui choisissent la voie scientifique le font par goût, leur vocation scientifique s’affirmant alors davantage que celle des garçons, qui ont, semble-t-il, un rapport plus instrumental à ces disciplines » (Ferrand, 1994, p. 54).

      Dans la littérature anglo-saxonne, on retrouve également cet appel à sortir d’une lecture déficitaire pour regarder les choix positifs. Kanny et ses collègues (2014) observent un tournant à partir des années 1990 dans les travaux sur la question, insistant moins sur les qualités qui manqueraient aux filles/femmes (sens de la compétition, etc.) que sur les qualités qu’elles font le choix de valoriser dans leurs études et carrières.

      #sciences

  • En #Éthiopie, l’effroyable #guerre du #Tigray

    Officiellement, la #guerre_du_Tigray, qui a opposé le gouvernement fédéral éthiopien au #Tigray_People’s_Liberation_Front (#TPLF), et dans laquelle ont également été impliquées des #milices de la région voisine Amhara et l’#armée_érythréenne, n’a duré « que » deux ans, entre novembre 2020 et novembre 2022. Mais le #bilan humain est effroyable : ce #conflit a causé entre 600 000 et 800 000 #morts et a provoqué le #déplacement de plus de 3 millions de personnes. C’est probablement la guerre la plus meurtrière du XXIe siècle. Pourtant, elle n’a pas attiré l’attention de la communauté internationale, et n’a pas fait la une des « grands » médias.

    Des actes gravissimes ont été perpétrés par l’#armée_fédérale, l’armée érythréenne et leurs milices alliées, qui ont entrepris de mener un #nettoyage_ethnique dans cette région septentrionale de l’Éthiopie, située à la frontière avec l’Érythrée. Des juristes et des spécialistes de la zone évoquent même l’éventualité d’un #génocide. L’organisation des Nations unies (ONU) a en outre dénoncé une « échelle stupéfiante » d’actes de #viols et de #violences_sexuelles à l’encontre des #femmes et des #filles tigréennes. De son côté, l’armée tigréenne a commis des #exactions pouvant être qualifiées de « #crimes_de_guerre ».

    Une grande partie du Tigray a été privée de nourriture et de médicaments pendant des mois en raison d’un #blocus imposé par le gouvernement fédéral. Des #terres ont été spoliées. La #famine a menacé. Deux ans après la cessation des hostilités, le coût de la #reconstruction était estimé à 20 milliards de dollars (18,3 milliards d’euros).

    Afrique XXI a publié de nombreux articles sur cette #guerre_oubliée, et a notamment documenté le nettoyage ethnique mené sur place par l’armée fédérale. Ces articles – des reportages, des analyses, des témoignages – donnent un aperçu des innombrables #crimes commis durant ce #conflit, et permettent d’en comprendre les origines, de déterminer les #responsabilités et de saisir les enjeux de la reconstruction.

    https://afriquexxi.info/En-Ethiopie-l-effroyable-guerre-du-Tigray
    #Ethiopie #spoliation

  • L’orientation des #filles vers les filières scientifiques :
 cause acceptable ou discutable ? | #Marianne_Blanchard, février 2024
    https://carnetsrouges.fr/lorientation-des-filles-vers-les-filieres-scientifiques-cause-acceptab

    Cette focalisation sur les #stéréotypes masque aussi la réalité des violences sexistes et sexuelles à laquelle sont encore confrontées les #femmes dans certaines formations et milieux professionnels. En 2019, le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) qualifiait par exemple les #écoles_d’ingénieurs de « bastion virilistes » où 63% des étudiantes déclaraient avoir déjà subi directement, ou avoir été témoin de violence sexistes ou sexuelles (#vss) sur le campus. Depuis, les révélations sur les vss dans certains établissements prestigieux (Polytechnique, CentraleSupélec) n’ont fait que renforcer ce constat. Or la question du #sexisme et des vss est presque totalement absente des discours sur la féminisation des filières scientifiques.

    #orientation

  • Guerre Israël-Hamas : Des exécutions et des viols de femmes palestiniennes ont eu lieu à Gaza, estiment des experts La Libre - Belga

    Des experts indépendants liés aux Nations unies sont profondément préoccupés par des “allégations crédibles” d’exécutions et de viols de filles et de femmes par les forces israéliennes dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. C’est ce qu’a annoncé lundi un groupe d’experts du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

    Ces experts, dont la rapporteuse spéciale de l’ONU sur la violence à l’égard des femmes, Reem Alsalem, ont dit avoir reçu des informations sur des exécutions “ciblées” de femmes palestiniennes dans la bande de Gaza, souvent en compagnie de membres de leur famille et d’enfants.

    Depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre, des centaines d’autres Palestiniennes, dont des défenseures des droits de l’homme, des journalistes et des travailleuses humanitaires, auraient également été détenues arbitrairement à Gaza et en Cisjordanie.

    ”De nombreuses femmes auraient été soumises à des traitements inhumains et dégradants, privées de serviettes hygiéniques, de nourriture et de médicaments, et gravement maltraitées. Lors d’un incident au moins, des femmes palestiniennes de Gaza auraient été détenues dans une cage sous la pluie et dans le froid, sans nourriture”, dénoncent ces experts dans un communiqué de presse.

    Un nombre inconnu de femmes seraient par ailleurs portées disparues après avoir été en contact avec l’armée israélienne.

    Les experts, qui travaillent bénévolement pour les Nations unies, se disent particulièrement préoccupés par les “multiples formes d’agression sexuelle” dont sont victimes les prisonnières palestiniennes de la part des forces israéliennes. Elles seraient notamment fouillées nues.

    Selon les informations disponibles, au moins deux prisonnières palestiniennes auraient été violées et d’autres menacées de viol et de violence sexuelle.

    On ignore d’où proviennent les informations relayées par ce groupe d’experts et s’il les a vérifiées de manière indépendante.

    Ces experts du Conseil des droits de l’homme des Nations unies appellent en tous les cas à une enquête indépendante sur ces allégations et demandent à Israël d’y coopérer.

    #Femmes en #cage et leur #Filles #Palestiniennes #génocide #violence #viols #exécutions #agressions #disparitions #ONU #Gaza #israel

    Source : https://www.lalibre.be/international/moyen-orient/2024/02/20/guerre-israel-hamas-des-executions-et-des-viols-de-femmes-palestiniennes-ont

  • War-related sexual and gender-based violence in Tigray, Northern Ethiopia: a community-based study

    Introduction. #Sexual_and_gender-based_violence (#SGBV) during armed conflicts has serious ramifications with women and girls disproportionally affected. The impact of the conflict that erupted in November 2020 in Tigray on SGBV is not well documented. This study is aimed at assessing war-related SGBV in war-affected Tigray, Ethiopia.

    Methods: A community-based survey was conducted in 52 (out of 84) districts of Tigray, excluding its western zone and some districts bordering Eritrea due to security reasons. Using a two-stage multistage cluster sampling technique, a total of 5171 women of reproductive age (15-49 years) were randomly selected and included in the study. Analysis used weighted descriptive statistics, regression modelling and tests of associations.

    Results: Overall, 43.3% (2241/5171) of women experienced at least one type of gender-based violence. The incidents of sexual, physical and psychological violence, and rape among women of reproductive age were found to be 9.7% (500/5171), 28.6% (1480/5171), 40.4% (2090/5171) and 7.9% (411/5171), respectively. Of the sexual violence survivors, rape accounted for 82.2% (411/500) cases, of which 68.4% (247) reported being gang raped. Young women (aged 15-24 years) were the most affected by sexual violence, 29.2% (146/500). Commonly reported SGBV-related issues were physical trauma, 23.8% (533/2241), sexually transmitted infections, 16.5% (68/411), HIV infection, 2.7% (11/411), unwanted pregnancy, 9.5% (39/411) and depression 19.2% (431/2241). Most survivors (89.7%) did not receive any postviolence medical or psychological support.

    Conclusions: Systemic war-related SGBV was prevalent in Tigray, with gang-rape as the most common form of sexual violence. Immediate medical and psychological care, and long-term rehabilitation and community support for survivors are urgently needed and recommended.

    Keywords: community-based survey; health policy; injury; public health.

    https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37479499

    #viols #viol_de_guere #Tigray #Ethiopie #guerre #conflit_armé #femmes #filles #genre #article_scientifique #statistiques #chiffres

    Un article du Washington Post sur ce sujet (#paywall):
    https://www.washingtonpost.com/world/2023/11/26/ethiopia-tigray-rape-survivors-stigma

  • 🛑 Mineurs isolés : une minorité de filles, mais des risques majeurs - Bondy Blog

    Chaque année, plusieurs milliers de mineurs non accompagnés (MNA) arrivent de l’étranger pour franchir les frontières françaises. Parmi eux, un nombre infime de filles surexposées aux violences de ce parcours migratoire. Dans un appartement de la région Grand Est, trois d’entre elles tentent de se reconstruire (...)

    #mineurs #MNA #filles #précarité #violences...

    https://www.bondyblog.fr/societe/mineurs-isoles-une-minorite-de-filles-mais-des-risques-majeurs

  • Travailleurs étrangers temporaires [au #Canada] | Un danger d’#esclavage moderne, s’alarme un représentant de l’ONU | La Presse
    https://www.lapresse.ca/actualites/national/2023-09-06/travailleurs-etrangers-temporaires/un-danger-d-esclavage-moderne-s-alarme-un-representant-de-l-onu.php

    En plus de se pencher sur la situation des travailleurs étrangers temporaires, le rapporteur spécial s’est intéressé à la réalité des #Autochtones, lesquels sont « hautement susceptibles d’être victimes d’esclavage moderne », en particulier les #femmes et les #filles.

    « Plusieurs interlocuteurs ont souligné le risque d’agression et d’exploitation sexuelles auquel les femmes et les filles autochtones sont confrontées à proximité des camps mobiles d’extraction de ressources, ou “camps d’hommes” [man camps], peuplés d’hommes non autochtones bien nantis », a-t-il relaté.

    « Dans certains cas, on peut parler d’esclavage sexuel », a écrit l’expert dans son rapport.

  • Pause #pipi (1/4)

    « Tu fais encore pipi au lit mais t’as déjà intériorisé qu’il y a des toilettes pour les filles et pour les garçons »

    « Ah si je pouvais faire pipi debout ! » Quelle personne dotée d’une vulve n’a pas eu, ce ne serait-ce qu’une seule, fois cette pensée traverser son esprit ? Position privilégiée ou imposée, dominante ou enfermante ? Et la lunette, levée ou baissée ? Geste anodin ou subi au quotidien ? Qu’est-ce qu’est-ce que ces positions aux toilettes déterminent de notre position dans la société ? C’est le début d’une enquête décalée et documentée. Pour commencer, remontons à la petite enfance. Tandis que les toilettes non mixtes et les urinoirs font leur entrée à l’école élémentaire, les codes genrés s’assimilent goutte après goutte...

    Pause pipi
    Chaque jour, nous évacuons en moyenne 1,5 à 2 litres d’urine - soit, dans une vie, l’équivalent d’un camion-citerne par personne ! Faire pipi, est si universel et quotidien, que nous en oublions de questionner ce qui se joue derrière chaque miction : un rapport à son propre corps, à son identité et au monde. Avec malice, Julie Auzou ausculte notre époque par la lunette (relevée ou non, là est la question) en mêlant témoignages de proches, d’une sociologue-géographe, d’un photographe et de personnes rencontrées au fil de ses recherches. Chez soi, dans son lit, à l’école, en manif, dans les bars ou en festival : de l’intimité la plus secrète aux mouvements les plus collectifs, qu’est-ce que l’acte d’uriner révèle de nos rapports de genre ? Une production ARTE Radio.

    https://www.arteradio.com/son/61678850/pause_pipi_1_4
    #podcast #audio #genre #filles #garçons #toilettes #intériorisation #pipi_debout #position #enfants

  • #Québec veut fixer à 14 ans l’âge minimal pour travailler Le Devoir - Florence Morin-Martel à Quebec
    Le ministre du Travail, Jean Boulet, a déposé mardi un projet de loi pour fixer à 14 ans l’âge minimal pour travailler, sauf exception.

    Avec ce texte législatif, le ministre Boulet souhaite favoriser la persévérance scolaire des jeunes dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre. « C’est la relève de demain », a dit M. Boulet.

    Pour les Québécois de moins de 16 ans, le projet de loi 19 veut aussi restreindre à 17 le nombre d’heures de travail par semaine — incluant la fin de semaine — durant l’année scolaire. Les heures travaillées entre le lundi et le vendredi seraient limitées à 10 à compter du 1er septembre prochain.


    Des exceptions sont prévues à l’interdiction de travailler avant l’âge de 14 ans, notamment pour le gardiennage, la livraison de journaux et le tutorat. Il sera aussi possible pour l’enfant d’un propriétaire — ou du conjoint ou de la conjointe de celui-ci — de travailler au sein de l’entreprise familiale si elle compte moins de 10 employés.

    « Ces exceptions-là sont véritablement le prolongement de la vie familiale et scolaire des enfants », a affirmé M. Boulet.

    À l’heure actuelle, il est permis de travailler au Québec avant l’âge de 14 ans à condition d’avoir une autorisation parentale. Pour une personne de 16 ans et moins sans diplôme, il est interdit de se rendre au boulot durant les heures de classe.

    Très attendu, le texte législatif du ministre Boulet reprend les grandes lignes du rapport du Comité consultatif du travail et de la main-d’oeuvre (CCTM), rendu public en décembre dernier.

    M. Boulet a souligné qu’il déposait ce projet de loi dans un contexte où les accidents du travail touchant les Québécois de moins de 16 ans ont bondi de 36 % en 2021.

    Le projet de loi 19 veut aussi augmenter le montant des amendes en cas d’infraction aux dispositions concernant le travail des enfants. La somme passera de 600 $ à 1 200 $ pour une première infraction et de 6 000 $ à 12 000 $ en cas de récidive.

    D’autres détails suivront.

    #enfants #filles #garçons #travail #capitalisme #néo-libéralisme #libéralisme #néo_libéralisme #accidents #conditions_de_travail

    Source : https://www.ledevoir.com/politique/quebec/787026/le-projet-de-loi-pour-encadrer-le-travail-des-enfants-depose-mardi-a-l-ass

  • Isabelle Clair : « Les ados se raccrochent à la norme du couple »
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/isabelle-clair-les-ados-se-raccrochent-a-la-norme-du-couple-20230310_NGEE

    Ils sont loin d’être non binaires, tentés par la fluidité sexuelle, le polyamour ou l’homosexualité. Ou alors pas encore, dans longtemps peut-être… A l’#adolescence, on rêve d’être en #couple, les #filles ont peur de passer pour des « putes », les #garçons pour des « pédés ». Le premier baiser, le rapprochement vers l’autre sont autant de moments d’excitation intense que d’angoisse profonde, de confusion aussi. La sociologue au CNRS #Isabelle_Clair appelle ces premières amours les Choses sérieuses, dans un livre enquête publié cette semaine au Seuil. La chercheuse a passé vingt ans à écouter des adolescents (de 15 à 20 ans) sur le thème de l’#amour et de la #sexualité, dans des cités de Seine-Saint-Denis, des villages de Sarthe ou des quartiers aisés parisiens. Un travail de recherches inédit qui déjoue les idées reçues sur les amours adolescentes.

    Comment expliquer que le couple soit si central dans les premières expériences amoureuses ?

    La norme conjugale n’arrive pas avec l’âge adulte, le mariage ou l’installation à deux. A 14 ans, les jeunes deviennent célibataires. C’est ainsi qu’ils se définissent… quand bien même ils étaient déjà seuls avant ! Mais ce que ce mot vient révéler, c’est le changement de statut, d’enfant à célibataire, ressenti comme un manque : le célibat est vécu comme quelque chose de déficitaire. Ce n’est que plus tard, au cours de la vingtaine, que la sexualité bouge et explore davantage, avec une remise en cause du couple et parfois une pluralité assumée des expériences sexuelles. Les ados, eux, sont plus balbutiants. Ils ont tendance à se montrer très conformes aux modèles amoureux classiques. L’inexpérience est plus paralysante que vraiment audacieuse, particulièrement durant les années collège. Un glissement intervient à partir du lycée.

    Vous dites que, dans l’enfance et en début d’adolescence, les filles et les garçons vivent « ensemble séparés »…

    L’expression du sociologue Erving Goffman décrit bien leur relation à cet âge : on se côtoie sur les bancs de l’école, mais assez peu dans les cours de récréation. Même si la mixité à l’école existe depuis plus de cinquante ans, la construction des garçons et des filles reste fondée sur la différence, de la façon de s’habiller aux loisirs. Pendant l’enfance et au début de l’adolescence, on apprend surtout à ne pas côtoyer « l’autre sexe » avec lequel il est attendu qu’on prenne ses distances quand on est un garçon, et dont il est difficile d’être proche quand on est une fille. Les premières rencontres amoureuses doivent donc dépasser la peur et l’angoisse de désirer l’autre de qui, jusque-là, on était éloigné : faire le premier pas pour les garçons et ne pas dire oui trop vite, sans non plus faire attendre trop longtemps, pour les filles. C’est pour cela que les ados se raccrochent aux normes, comme celle du couple. Elle rassure mais elle est aussi anxiogène, étouffante. Revient souvent dans les propos des adolescents la difficulté de se conformer à la norme, d’autant qu’elle prend racine et justifie sa reproduction dans la « nature ». Ainsi les filles seraient naturellement sentimentales, les garçons naturellement sexuels… ce qui veut dire qu’à un niveau subjectif individuel, on est à peu près sûr de ne jamais se sentir normal. On a souvent l’impression qu’individuellement on n’est pas raccord avec ce qu’on devrait être, ce qui crée un malaise.

    Mais le couple valorise aussi, rend désirable…

    Etre en couple donne le pouvoir de s’afficher, procure la possibilité d’être choisi ou de choisir quelqu’un : cela veut dire qu’on est désirable, qu’on a de la valeur, qu’on est populaire, beau, belle. C’est lié au désir et à la sexualisation qui survient à cet âge-là. Elle affecte les garçons et les filles de manière différenciée. Les filles entrent dans le radar de cette sexualisation dès qu’elles commencent à avoir un peu de poitrine, qu’elles se transforment physiquement. Elles doivent en permanence donner des gages pour ne pas passer pour des « putes ». Le couple leur assure une forme de protection, non dénuée de violence aussi, il leur donne une respectabilité.

    Vous citez cette jeune fille qui n’est pas amoureuse de son petit copain, mais elle a couché avec lui dès la première soirée et s’oblige donc à rester avec lui plusieurs semaines…

    Elle a eu une relation sexuelle à l’occasion d’une soirée et ne le vit pas très bien au réveil. Elle nourrit une forme de culpabilité, typique des filles, et s’invente un couple. Elle se force, donne le change et se rassure sur elle-même en tentant de respecter cette norme. La morale amoureuse pour les filles doit lier trois éléments : désir sexuel, sentiments et conjugalité. Il faut aimer et être en couple pour pouvoir coucher, le couple servant de preuve et de cadre. C’est cela qu’on attend d’elles. Les garçons, eux, sont plutôt encouragés à savoir dissocier ces trois aspects de la morale amoureuse. A mettre à distance le sentiment amoureux. Pour les garçons, l’enjeu est de devenir « grand », un « vrai mec » c’est-à-dire de ne pas passer pour un « pédé ». Beaucoup de garçons qui auront à partir du lycée ou plus tard une trajectoire sexuelle gay passeront, au collège, par des expériences conjugales avec des filles pour brouiller les pistes.

    A quoi ressemblent ces couples adolescents ?

    Cela peut être simplement un « veux-tu sortir avec moi ? ». Cela dure deux jours, un peu de parades dans la cour et quelques serments. Il y a des caresses aussi, le premier rapport sexuel vers 14 ans est très minoritaire. Le premier baiser arrive autour de 13 ans et le premier rapport sexuel autour de 17 ans, un âge qui ne bouge pas vraiment depuis des décennies. Bien sûr, il n’y a pas de cohabitation, il y a quelque chose de l’ordre de l’artifice en fait. Les couples adolescents sont en tension : « C’est du sérieux », disent-ils souvent, mais ils sentent bien qu’il y a une inadéquation, qu’ils n’arrivent pas complètement à coller au modèle. Cela sonne faux.

    Il y a beaucoup de jalousie ?

    La conjugalité, même à cet âge, c’est l’exclusivité sexuelle, particulièrement pour les filles. C’est aussi un espace de contrôle pour les autres, public et visible. Celle qui déroge à la frontière du couple est dénoncée, jugée. La jalousie est donc fréquente, surtout dans les classes populaires où elle est davantage valorisée comme signe d’amour. Les garçons sont beaucoup plus inhibés sur l’expression de l’amour. Ils n’ont pas intérêt à avoir l’air d’être trop amoureux, signe de dépendance et d’infériorité par rapport aux filles. La jalousie leur permet une forme d’expressivité affective. Les filles le prennent pour une preuve d’attachement, quand bien même cela peut les exposer à de la violence, à du contrôle, à de la remontrance dont elles souffrent assez souvent. Dans la bourgeoisie en revanche, la jalousie est plus souvent mal perçue : c’est de l’enfantillage. Etre pris au sérieux, c’est plutôt arriver à maîtriser ces sentiments.

    Le fantasme est aussi une façon de traverser l’instabilité sentimentale de cette période…

    Beaucoup de filles traversent l’adolescence en fantasmant des relations… Il suffit parfois de peu – un regard, un premier rendez-vous qui n’a pas abouti, pour monter une histoire dans sa tête, qui peut durer plusieurs années, parfois une adolescence entière, parfois de manière très intense, sans que rien ne se passe jamais. Je me souviens d’une jeune fille qui m’a confié un jour qu’elle était amoureuse depuis deux ans d’un garçon dont elle ne savait quasiment rien. Un amour secret. Elle se rendait souvent au garage où il travaillait juste pour l’apercevoir… Elle en avait un peu honte, mais ces relations fantasmées sont aussi une forme de liberté. Ces amours seulement dans la tête peuvent être des pis-aller, faites de peurs et d’échecs, des relations que ces jeunes filles n’arrivent pas à réaliser. Mais pas seulement. C’est aussi le vertige du fantasme. Cela procure du plaisir. Les garçons que j’ai rencontrés pour mon enquête ne m’ont jamais confié ce genre d’histoires. Elles étaient probablement encore plus difficiles à raconter que pour les filles, surtout à une femme.

    De manière plus générale, l’homosexualité n’est toujours pas bien acceptée chez les jeunes que vous avez rencontrés…

    L’homosexualité est très disqualifiée, dans les classes populaires davantage que dans la bourgeoisie progressiste où la gayfriendliness est devenue une « morale de classe », un enjeu de distinction sociale. Mais nulle part, les couples de garçons ne s’affichent dans les espaces scolaires, et la rencontre se fait sur les réseaux sociaux, pas dans les soirées du samedi soir qui sont une extension du milieu scolaire. Parmi les jeunes parisiens aisés que j’ai rencontrés, les garçons homosexuels pouvaient afficher des vêtements ou des goûts musicaux ouvertement gays au lycée, en tout cas en filière littéraire, alors qu’ils ne le faisaient pas au collège. Certains ont brouillé les pistes au collège en formant des couples avec des filles, mais plusieurs sont entrés dans la sexualité génitale directement par l’homosexualité sans passer par l’hétérosexualité, un phénomène qu’on voyait jusqu’alors très rarement.

    Et l’homosexualité féminine ?

    Dans les milieux populaires où j’ai enquêté, il n’en était pas question. Ça ne voulait pas dire qu’il n’y en avait pas, mais on n’en parlait pas. Plusieurs filles issues de milieux bourgeois m’ont en revanche expliqué être entrées dans la sexualité avec des filles. Surtout, certaines s’affichent comme des couples de filles, y compris à l’école ou sur Instagram. Elles ne s’identifient jamais comme lesbiennes. Aucune. A leurs yeux, c’est péjoratif. Elles se disent que si elles passent pour lesbiennes, les garçons ne voudront plus d’elles.

    Vous notez que la notion de consentement est très présente dans tous les milieux.

    L’école, même si elle participe aussi à la reproduction du genre, a beaucoup fait sur la question du consentement, très intériorisée chez les garçons comme chez les filles. Ceci dit, la question du consentement était déjà posée depuis longtemps à travers l’idée qu’une fille « bien » doit faire attendre les garçons, et que le garçon doit attendre qu’elle soit « prête »… Il y a déjà bien une vieille histoire de consentement dans cette transaction. Mais alors comment savoir où est le consentement réel ? Les filles disent à un moment « je suis prête ». Mais elles ne disent pas, contrairement aux garçons, « j’ai envie ». Dans toute cette négociation avec elles-mêmes, avec ce qu’on attend d’elles socialement, la question de leur propre désir passe après. D’abord il y a l’amour, la respectabilité sexuelle… Les enquêtes de grandes échelles sur la sexualité montrent d’ailleurs que les femmes devenues adultes sont très nombreuses à regretter leur « première fois » : ce n’était pas la bonne personne, c’était trop tôt…

    Comment se passe la rupture, chez ces jeunes couples ?

    Elle peut être synonyme de chagrin et de perte pour celui qui est quitté. Le chagrin peut prendre la forme de la colère de manière plus acceptée chez les garçons. Une partie de la conjugalité reste construite sur l’idée d’appropriation des filles par les garçons, et quand elles les quittent, ils peuvent continuer à se sentir propriétaires d’elles, à les insulter, à se sentir avilis si elles couchent avec d’autres. Mais une chose surprend souvent les jeunes quand ils rompent, c’est de ne rien ressentir, à part le monde qui s’ouvre à nouveau. Les garçons, plus que les filles, évoquent le sentiment d’enfermement conjugal, sans doute aussi parce qu’il est plus légitime pour eux de parler du couple comme d’un problème. Je pense qu’en réalité, beaucoup de filles se sentent enfermées elles aussi, mais ne le formulent pas ainsi. Et par ailleurs, pour elles, la rupture est plus coûteuse. D’une part parce qu’elle peut être l’occasion d’une décharge de violence de la part des garçons. Et de l’autre parce que, « seules », en dehors de tout lien d’appropriation, elles sont à nouveau exposées au stigmate de la "pute".

  • « Comme un animal de zoo » : des hôtesses de l’air forcées à se montrer en sous-vêtements devant des recruteurs - midilibre.fr
    https://www.midilibre.fr/2023/01/06/comme-un-animal-de-zoo-des-hotesses-de-lair-forcees-a-se-montrer-en-sous-v

    Les trois candidates interrogées par nos confrères reviennent sur une session de #recrutement surréaliste. "On a directement dit non aux garçons parce qu’ils n’engagent que des hommes du Koweït, explique Mariana, 23 ans. Puis ils ont continué à éliminer des #filles."

    Après une série de questions sur leur physique et des remarques déplacées sur leurs poids faites à voix haute et en public, une dernière épreuve attend les jeunes #femmes : un #examen en #sous-vêtement visiblement décisif pour la future embauche. « J’avais du mal à le croire, je paniquais », témoigne l’une des candidates citée par El Diario. « J’étais comme un animal de zoo. »

    #sexisme

  • “You don’t look autistic”: On stereotypes and late diagnosis

    What is it like to be autistic? And why are a growing number of women receiving late diagnoses for autism? After spending most of her life not knowing she was autistic, our writer describes her experience of being neurodivergent. In this honest and original piece, she explores the discrimination she faces because of preconceptions, stereotyping and a lack of adequate support.

    https://lacuna.org.uk/equality/autistic-stereotypes-late-diagnosis-2
    #diagnostic #santé #maladie #stéréotypes #autisme #femmes #femmes_autistes #autisme

  • Edith Maruéjouls, géographe : repenser la cour de récréation

    #Edith_Maruéjouls, géographe du genre, intervient depuis 20 ans dans les écoles, où les garçons ont tendance à s’approprier l’#espace de la cour de récréation, essentiellement en jouant au foot. Elle explique comment elle travaille dans l’ouvrage « Faire je(u) égal ».

    https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/une-semaine-en-france/une-semaine-en-france-du-vendredi-16-septembre-2022-7688356

    #cour_de_récréation #récréation #école #genre #filles #garçons #inégalités #football #foot #géographie #cour_d'école

  • L’Afrique face au Covid-19 : les pics de grossesses précoces mettent en péril l’avenir des jeunes filles
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/01/31/l-afrique-face-au-covid-19-les-pics-de-grossesses-precoces-mettent-en-peril-

    En période de #pandémie, une courbe peut en cacher une autre. Alors que tous les yeux sont braqués depuis mars 2020 sur les pics des vagues de variants du SARS-CoV-2, ceux des #grossesses_adolescentes, eux, sont passés sous les radars. Mais au fil des mois, les chiffres tombent. En Ouganda, dernier pays à avoir rouvert ses écoles, le 11 janvier, après 83 semaines de fermeture, plus de 650 000 #grossesses_précoces ont été enregistrées entre début 2020 et septembre 2021 par le Fonds des Nations unies pour la population (Fnuap).

    Pour les jeunes Africaines, les confinements et le bouclage des classes qui ont émaillé deux ans de crise sanitaire ont été fatals. Comme une mécanique implacable, le retour des enfants à la maison a coïncidé avec une explosion des violences, souvent sexuelles, souvent basées sur le genre. Une « pandémie de l’ombre », selon la Sud-Africaine Phumzile Mlambo-Ngcuka, directrice de l’agence ONU Femmes, qui s’est traduite par des grossesses et des mariages précoces.

    grossesses précoces = #viols mariages précoces = #mariages_forcés
    #filles #femmes #violences_sexuelles

    • Si les jeunes mères ne reviennent presque jamais en classe, les difficultés commencent bien avant l’arrivée de l’enfant. « Les sociétés africaines ont encore beaucoup de mal à accepter les jeunes filles enceintes, poursuit Marie Ba. Elles subissent beaucoup de moqueries et, parfois, c’est le système scolaire lui-même qui les rejette. »

      C’est sûr qu’en France une lycéenne enceinte c’est tout à fait accepté #facepalm

    • L’augmentation de la natalité chez les 12-18 ans est un indicateur clair : + 60 % en Afrique du Sud, qui a connu 60 semaines sans école ; + 66 % au Zimbabwe (44 semaines) ; + 40 % au Kenya (37 semaines). En Afrique de l’Ouest, où les écoles n’ont fermé en moyenne que 14 semaines, les dégâts sont moindres, à l’exception du Ghana (39 semaines).

    • terrible constat. autant la garderie du DGB à la française est intenable, autant des dispositions relevant de l’école de plein-air auraient pu être adoptés, même à mi temps, histoire de ne pas se couper du monde, des autres, ici et là-bas, où « l’école à la maison » semble avoir déglingué si fort.

      Mais l’article porte sur l’objet annoncé, on y trouve rien sur une adaptation des écoles à la situation pandémique, confirmation que, dans l’ensemble, la pandémie n’a pas été saisie comme une occasion de remise en cause de ce qui fait partout la destructivité du capitalisme.

      Si les jeunes mères ne reviennent presque jamais en classe, les difficultés commencent bien avant l’arrivée de l’enfant. « Les sociétés africaines ont encore beaucoup de mal à accepter les jeunes filles enceintes, poursuit Marie Ba. Elles subissent beaucoup de moqueries et, parfois, c’est le système scolaire lui-même qui les rejette. » Or même quand les Etats travaillent à faire bouger les mentalités – comme la Côte d’Ivoire, qui s’est fixé depuis 2013 l’objectif du « zéro grossesse à l’école » –, beaucoup de filles abandonnent par peur d’être stigmatisées. Et trois trimestres de grossesse, c’est une année scolaire de perdue.

      https://justpaste.it/4ol0z

      #école #famille #sociabilités

  • Gestes suicidaires chez les adolescentes : SOS d’une jeunesse en détresse – Libération
    https://www.liberation.fr/checknews/gestes-suicidaires-chez-les-adolescentes-sos-dune-jeunesse-en-detresse-20

    Chez les filles de moins de 15 ans, les admissions aux urgences pour gestes suicidaires ont très fortement augmenté, progressant sur les 43 premières semaines de 2021 de plus de 40 % par rapport à la moyenne des admissions sur la même période lors des trois années précédentes. Le nombre d’admissions chez les garçons de moins de 15 ans sur les 43 premières semaines de 2021 est quant à lui parfaitement stable par rapport aux trois dernières années.

  • Stop au viol et aux violences sexuelles en Ethiopie ! - Amnesty International Belgique
    https://www.amnesty.be/veux-agir/agir-ligne/petitions/article/stop-viol-violences-sexuelles-ethiopie

    Dans la région du #Tigré, en #Éthiopie, depuis le début du conflit qui a éclaté en novembre 2020, les graves atteintes aux droits humains se succèdent et se multiplient. Malgré les restrictions d’accès et la coupure totale des communications, Amnesty a été en mesure de mener des enquêtes sur les #crimes_sexuels et les #humiliations perpétrés à l’encontre de #femmes et de #filles tigréennes et d’alerter sur la situation dramatique dans cette région.

    #viols_de_guerre