• Faire barrage aux travaux du Drac

    Youpi youpla, cette année toutes les institutions fêtent le centenaire de « l’exposition internationale de la #houille_blanche », qui a eu lieu à Grenoble en 1925. L’occasion de célébrer encore et encore cette fameuse « houille blanche », surnom donné à l’#hydroélectricité, qu’on présente encore aujourd’hui comme de « l’#énergie_verte ».
    Bien entendu, les hourras de la communication ne s’intéressent jamais aux #dégâts considérables créés sur les #rivières par cette hydroélectricité. Pourtant les exemples ne manquent pas. Ainsi, dans la métropole grenobloise, le Drac s’apprête à subir cinq années de travaux afin de « réduire les #risques_d’inondation », entraînant notamment la #destruction de quantité d’#espaces_naturels sauvages tout le long de la rivière. C’est en tout cas ce que prévoit l’avant-projet, qui programme 86 millions d’euros de travaux à partir de 2027. Il reste un an et demi pour empêcher ce désastre.

    Connaissez-vous le #Drakistan ? C’est le nom – non officiel – donné à toutes ces bandes de terre, presqu’îles ou îlots le long du Drac, du côté de #Fontaine et #Seyssinet-Pariset. Des endroits situés dans le lit de la rivière et donc susceptibles d’être submergés en cas de #montée_des_eaux, par exemple suite à un lâcher d’un des nombreux barrages présents en amont.

    Ces lieux ont le charme des endroits non aménagés. Juste au-dessus, il y a la #digue, avec sa bande d’#asphalte bien droite, lieu de passage ou de promenade fonctionnel mais dénué d’enchantement. La digue est dédiée aux « modes doux » mais trace tout droit comme l’autoroute, on ne s’y perd pas, on reste bien sagement sur le chemin. Il faut emprunter une des nombreuses sentes pour descendre quelques mètres afin d’arriver au Drakistan. Ici aucun urbaniste ou paysagiste n’a planifié quoi que ce soit. Ici, la seule créatrice, c’est la rivière, qui façonne ces espaces au fil de ses #crues et de ses #retraits. Et a priori, elle se débrouille plutôt pas mal. En tous cas, malgré l’interdiction, ces lieux attirent – et pas seulement des animaux sauvages (voir Le Postillon n°75). Des chiens et leurs maîtres, des familles et leur barbecue, des solitaires, des en-couples ou des en‑groupes. Il y a l’impressionnante « Platane cabane » pour les enfants et puis des restes d’habitations utilisées par des sans-toits. Le Drakistan de Fontaine n’est pas loin du local du Postillon, on y vient souvent manger un sandwich ou faire une pause, regarder dévaler l’eau pour se laver le cerveau des heures passées devant l’ordinateur.

    En fonction des jours et même des heures, ces lieux ne sont jamais vraiment identiques. Un passage à sec peut se retrouver sous un demi-mètre d’eau une heure plus tard, des rives aperçues un jour peuvent avoir été « mangées » par la rivière la semaine d’après, un nouvel espace pour se poser peut émerger en quelques mois. Mais ce qui est sûr, c’est que globalement, les bandes de terre, presqu’îles ou îles grossissent d’année en année, à cause de tous ces cailloux que la rivière charrie et qui sont empêchés d’aller plus bas par le barrage de #Saint-Égrève. Comme on le racontait dans Le Postillon n°73, quand le #barrage a été construit à la fin des années 1980, les cailloux du Drac étaient « dragués », sortis de la rivière pour alimenter les besoins nombreux en construction. Mais dans les années 1990, différentes lois sur l’eau interdisent d’exploiter les rivières dans leur « #lit_mineur » – pour d’évidentes raisons écologiques et sécuritaires (plus la rivière se creuse, plus ça peut fragiliser des ponts). Alors depuis une trentaine d’années, les cailloux du Drac s’accumulent dans les kilomètres avant le barrage de Saint-Égrève, et font grossir peu à peu le Drakistan.

    Pour nous, simples flâneurs inconscients, c’est plutôt charmant, mais pour les autorités c’est un sacré problème. Pas tant parce que de plus en plus de monde fréquente ces zones, mais parce qu’en toute logique, ça augmente considérablement le #risque_d’inondation : vu qu’il y a plus de matériaux solides dans le lit de la rivière, l’eau a moins de place pour circuler et en cas de crue exceptionnelle (on redoute surtout la « crue bicentennale »), risque de passer par‑dessus les digues et d’inonder les milliers d’habitations présentes de part et d’autre, voire de faire céder une digue (« 31 000 habitants et 25 000 emplois concernés » en cas de rupture de digue).

    Alors ça fait un moment que ça turbine sévère afin de préparer les « travaux de protection contre les #inondations du Drac » aussi connus sous le nom de « #programmes_d’actions_de_préventions_des_inondations » (#Papi du Drac), portés par le #Symbhi (#Syndicat_mixte_des_bassins_hydrauliques_de_l’Isère). La déclaration d’intention de juin 2025, disponible sur le site de la préfecture, nous apprend par exemple que depuis 2018, ce ne sont pas moins de 181 réunions qui se sont tenues entre les différents « acteurs » du projet (Métropole, différents services de l’État, #EDF, acteurs environnementaux, etc.). On vous passe les détails de la « gouvernance » (comités techniques restreints et élargis, comité de pilotage, comité consultatif, etc.) et de la « stratégie de concertation et de communication ambitieuse » mise en place les sept dernières années. Tous ces comités, ces réunions publiques, ces « balades pédagogiques » ont donc abouti à la #planification de #travaux_d’aménagements prévus sur cinq années, entre 2027 et 2031, validés notamment par le vote en faveur de l’avant-projet par la #Métropole en avril dernier.

    Pour saisir leur importance, un chiffre suffit : 86 millions d’euros d’argent public sont pour l’instant budgétés (selon le site du Symbhi). Concrètement, ça veut dire que pendant cinq ans, un paquet de machines, de moteurs, de camions vont venir triturer le lit du Drac. Et anéantir – ou radicalement bouleverser – les charmants espaces du Drakistan.

    Dans le langage technocratique, on parle de « rajeunissement des bancs et îlots sur le linéaire de la traversée urbaine du Drac ». « #Rajeunissement » (détaillé en « enlèvement de la végétation et abaissement du banc ou îlot »), c’est un joli mot pour désigner la #dévastation de beaucoup de ces bancs ou îlots. Concrètement, la #déclaration_d’intention nous apprend que si certains #bancs, très minoritaires, restent « sans modification à l’étude », la plupart vont être « arasés » (soit « mis à ras, aplanis ») de façon plus ou moins importante : certains pour être en « immersion 80 % du temps », d’autres « 50 % du temps » (sachant que pour l’instant la plupart de ces bancs ne sont presque jamais immergés).

    Il n’y a pas que dans sa « traversée urbaine » que le Drac va subir les assauts des pelleteuses et des pompes de dragage. Les travaux envisagés concernent la vingtaine de kilomètres entre le barrage de #Notre-Dame-de-Commiers et la confluence avec l’Isère, les machines devant autant s’activer au niveau de #Comboire ou des champs captants de #Rochefort pour extraire des cailloux et aménager des « espaces de bon fonctionnement » de cette rivière autrefois sauvage et aujourd’hui corsetée et maltraitée tout du long.

    Mais qu’est-ce qu’on va faire de tous les matériaux enlevés ? Un peu plus haut, la réserve naturelle des #Isles_du_Drac (voir dernier numéro) est « déficitaire en sédiments grossiers du fait de la présence de la chaîne hydroélectrique en amont ». En clair : comme les quatre grands barrages du Drac empêchent les #cailloux de passer (la majorité des sédiments arrivant en ville proviennent en fait de la Romanche, affluent du Drac), il n’y a pas assez de sédiments dans cette zone, ce qui fait que « tous les milieux et espèces associés sont menacés sans action de réinjection de sédiments ».

    Alors le Symbhi prévoit des « #recharges_sédimentaires » dans cette zone, c’est-à-dire de transporter en camion des cailloux qui étaient auparavant transportés par la rivière. Et forcément, ça signifie pas mal de va-et-vient. Il est question d’une première recharge de « 37 000 m3 », suivie d’apports de « 4 000 m3 par an ». Sachant qu’un camion-benne peut transporter « environ 10 à 16 m3 », la première recharge nécessitera environ 2 800 aller-retours en camion. Merci « l’énergie verte » !
    Face aux grands dégâts annoncés, pas de panique ! Le Symbhi prétend bien entendu faire au moins pire. Toujours selon sa novlangue, si le « processus de rajeunissement » va entraîner un « éclaircissement de la végétation », il est quand même prévu de « replanter des arbres une fois les travaux terminés », ceci « afin de limiter l’impact sur le #paysage, la #végétation d’ambiance et le maintien d’#îlots_de_fraîcheur dans l’agglomération ». Par contre, il n’est pas précisé comment compenser la perte des « boisements développés dans l’espace intra-digues » qui « représentent également un enjeu écologique non négligeable », notamment parce qu’ils « hébergent une #biodiversité remarquable : de nombreux #oiseaux, le Castor d’Europe, l’Inule de Suisse, ainsi que des milieux variés tels que pelouses sableuses, bras secondaires ou zones humides phréatiques ». Ça va prendre un paquet d’années « une fois les travaux terminés » pour que toutes ces espèces repointent le bout de leur nez… On pourra toujours se consoler en posant des questions à ChatGPT et en se disant que les supercalculateurs nécessaires au développement de l’IA, comme celui en construction à Eybens, sont peut-être alimentés par « l’énergie verte » des barrages.

    Pour ne pas nommer « #désastre_environnemental » ce qui est un désastre environnemental, le Symbhi agite quelques mesurettes : « Afin de limiter les émissions de CO2 et de micro-particules liées au transport », le syndicat promet de « favoriser les circuits courts », « d’utiliser des véhicules à faibles émissions », d’arroser les pistes au niveau des zones de chargement/déchargement pour « limiter les émissions de poussière » et même – ultime audace – de « former les conducteurs à l’écoconduite ». C’est quelle part du budget sur les 86 millions d’euros ?

    Pour une telle somme d’#argent_public, il est quand même prévu quelques travaux pour le bien-être des simples habitants. Ainsi entre Champagnier et Fontaine, une vingtaine de « haltes paysagères » devraient être aménagées, notamment afin de « renforcer les îlots de fraîcheur le long de la rivière »… Pour être plus précis, il s’agit d’abord de raser la plupart des « îlots de fraicheur » et ensuite de les « renforcer ».

    La seule bonne nouvelle dans cette affaire, c’est que ce programme n’est pour l’instant qu’un « avant-projet ». Même s’il a déjà été voté par la Métropole, il reste encore un an et demi avant le début annoncé des travaux, autant de temps pour essayer de mettre la pression sur le Symbhi pour qu’il revoie à la baisse ses projets destructeurs ou qu’il les abandonne. À ce propos, une réunion publique sur les travaux est annoncée le 8 octobre à 18h30 à la mairie de Fontaine.

    Comment croire qu’il n’y ait pas d’autre solution, face au risque d’inondation, que l’ « #arasement » de ce qui constitue aujourd’hui les seuls endroits encore sauvages dans notre cuvette en béton ? Allons-nous vraiment supporter la vue, pendant cinq ans, des bulldozers du Symbhi écrasant à l’ancienne les îles du Drac, ses forêts, ses bras morts, et toutes les bestioles qui y font leur vie ?
    Si la raison principale du projet est la protection de l’agglo face au risque de « #crue_bicentennale », n’y a-t-il vraiment pas d’autre option à envisager que ce désastre écologique à 86 millions d’euros ?

    Le débit du Drac, faut-il le rappeler, est entièrement asservi par EDF et ses quatre grands lacs de barrages en amont de Grenoble : le #Sautet (1 077 millions de m3), #Saint-Pierre-Cognet (28 millions de m3), #Monteynard (275 millions de m3) et #Notre-Dame-de-Commiers (34 millions de m3). Sur les affluents du Drac, il y a aussi les grands lacs de barrage présents sur la #Romanche (le #Chambon) ou l’#Eau_d’Olle (#Grand’Maison). Serait-il délirant d’imaginer fermer les bonnes vannes au bon moment (en cas d’épisode hydro­logique faisant redouter une « crue bicentennale »), pour faire monter de quelques mètres le niveau des retenues afin de « lisser » la crue, comme ils disent ? Et si cela implique, une fois par siècle, une production d’#électricité dégradée pendant quelques jours, des pertes d’argent sur le « marché de l’énergie », voire des coupures d’électricité ciblées, on pourrait arriver à s’en remettre, non ?

    Dans la « déclaration d’intention », on apprend qu’un autre scénario « reposait sur une intervention minimale visant à préserver l’état actuel du lit du Drac, notamment en conservant les bancs végétalisés. Il comprenait le confortement et la sécurisation des ouvrages de protection contre les inondations ainsi que des solutions de gestion des excédents sédimentaires. » Si ce scénario n’a pas été retenu, c’est parce qu’il ne « permettait pas l’abaissement des lignes d’eau en crue de contribuer au déficit sédimentaire au sein de la réserve naturelle des Isles du Drac et il n’apportait qu’une faible contribution à la biodiversité, impliquant des compensations hors site ». Ce charabia difficilement compréhensible affirme néanmoins que pour le risque d’inondation, on peut ne pas raser le Drakistan même si les technocrates écrivent que laisser ces espaces naturels n’apporterait « qu’une faible contribution à la biodiversité » (!). Si ce scénario n’a pas été choisi, c’est uniquement pour résoudre les problèmes de « déficit sédimentaire » causés par les barrages. Encore et toujours, la rivière est considérée pour les seuls intérêts de la « houille blanche ».

    Ce nouvel épisode à venir du saccage du Drac devrait donc d’abord inciter à réfléchir sur le véritable bilan de la « houille blanche » et d’un siècle d’électrification [1]. Avec le centenaire de « l’exposition internationale de la houille blanche », la mairie de Grenoble, comme toutes les institutions locales, préfère célébrer sans retenue cette pseudo « énergie verte » qui a en réalité contribué à saccager l’environnement.

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    Le « #collectif_des_gens_qui_ont_chaud » prié d’aller se rhabiller (pour l’instant)

    86 millions d’euros de travaux, mais rien de prévu pour permettre la #baignade dans ces millions de mètres cubes d’eau dévalant depuis les montagnes. Cet été, le « collectif des gens qui ont chaud » a organisé deux #baignades_sauvages dans le Drac (voir photo page 28) afin de « montrer que la baignade dans les lieux naturels est possible et mettre le débat sur la place publique ». Une initiative qui a entraîné des arrêtés municipaux de la part des maires de Fontaine et Seyssinet-Pariset pour « interdire la baignade » et même un tweet de la préfète de l’Isère afin d’inciter à « privilégier les zones réglementées pour vous baigner en toute sécurité » et de déconseiller la baignade « dans ce cours d’eau particulièrement instable dont la variation de débit peut fluctuer très vite ». Pour les autorités, même après plusieurs étés caniculaires, il n’est toujours pas envisageable que les 400 000 habitants de la cuvette puissent profiter de la fraîcheur des cours d’eau qui la traversent... Si 181 réunions et 86 millions d’euros ne prévoient rien pour la baignade, c’est que sur cette rivière comme sur les autres, c’est la fameuse « houille blanche » qui dicte sa loi. On reviendra sur la baignade dans un prochain numéro.

    https://lepostillon.org/Faire-barrage-aux-travaux-du-Drac.html

    #rivière #Drac #Grenoble #Isère #castors #budget #coût

  • Après le #Drac, le collectif « #Les_gens_qui_ont_chaud » plonge dans l’#Isère

    Après deux baignades cet été dans le Drac, le collectif "Les gens qui ont chaud" organise ce samedi un troisième "big splash", cette fois dans l’Isère. L’objectif affiché  : démontrer que la baignade dans les cours d’eau naturels est possible et ouvrir le débat sur cette pratique en zone urbaine.

    La dernière opération, le 6 septembre, avait rassemblé une cinquantaine de participants dans une eau à 16 °C. Une expérience rafraîchissante mais illégale  : depuis la première opération au début de l’été, les maires de #Fontaine et de #Seyssinet-Pariset avaient pris des #arrêtés interdisant la baignade dans cette portion du Drac, sur fond de prudence après le drame du 4 décembre 1995 survenu quelques kilomètres en amont. Ce jour-là, six écoliers et leur accompagnatrice étaient morts noyés après une brusque montée des eaux.

    Pour le collectif, ces #restrictions sont excessives : «  Le courant n’est pas un danger nécessitant une #interdiction, la qualité de l’eau des rivières grenobloises est excellente et nous restons très vigilants face à d’éventuelles #montées_d’eau suite à un lâcher d’EDF  ». Les organisateurs soulignent que la #baignade_urbaine est déjà une réalité ailleurs en France, comme dans la Seine à Paris.

    Ce samedi 20 septembre, les membres du collectif se retrouveront à partir de 10 h sur le ponton de l’Aviron Grenoblois (39 quai Jongkind) , dans le quartier de l’Île Verte à Grenoble, pour une baignade sportive (le courant est plus fort que dans le Drac). Ils veulent organiser ensuite une réunion publique à l’automne et générer un débat contradictoire sur la baignade en zone urbaine. Et si le sujet s’invitait dans la prochaine campagnes municipale ?

    https://www.telegrenoble.net/informations-grenoble/actualite/apres-le-drac-le-collectif-les-gens-qui-ont-chaud-plonge-dans-l-isere_
    #baignade #rivière #baignades_urbaines #villes #urbanisme #Grenoble #résistance

  • #Journal du regard : Mai 2025

    https://liminaire.fr/chronique/journal/article/journal-du-regard-mai-2025

    https://www.youtube.com/watch?v=8FLCqozCzqs

    Chaque mois, un film regroupant l’ensemble des images prises au fil des jours, le mois précédent, et le texte qui s’écrit en creux. « Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transparaître les traces - ténues mais non déchiffrables - de l’écriture “préalable” ». Jorge Luis Borges, Fictions

    (...) #Journal, #Vidéo, #Architecture, #Art, #Écriture, #Voix, #Sons, #Mémoire, #Paysage, #Ville, #Journal_du_regard, #Regard, #Dérive, #Paris, #Fontainebleau, #Photographie, #Jardin, #Cimetière, #Création, #IA, #Printemps, #Musée (...)

  • #Fontanelle

    Lìbere - liberi di bere! è una mappa interattiva delle fontanelle, utile per visualizzarne la collocazione in città e fuori, attraverso googlemaps. Per individuare facilmente quella più vicina da raggiungere, basta muoversi nello street view e affidarsi agli scatti fotografici in preview (Google warranty).


    È una piattaforma per la condivisione di contenuti sull’acqua del rubinetto, un invito a partecipare (inteso come prendere parte) per segnalare le fontanelle non ancora inserite, aggiungerle, e interpretarle!

    https://www.fontanelle.org

    Et il y a une app pour smartphone pour ajouter des points d’eau :
    https://www.fontanelle.org/mobile
    ou alors pour signaler de nouveaux points d’eau à partir du site web :
    https://www.fontanelle.org/login.aspx?ref=https://www.fontanelle.org/Segnala-Fontanella.aspx

    #points_d'eau #eau_potable #fontanelle #fontaines_à_eau #crowdsourcing #visualisation #cartographie #monde #cartographie_participative #eau_potable#espace_public #communs #commons

    Dommage qu’iels utilisent google maps, mais bon... voilà...
    Je l’utilise notamment quand je suis en vadrouille pour trouver des endroits pour remplir ma gourde d’eau...

  • #Lavoirs de #France

    Présentation

    Un lavoir est un bassin public pour laver le linge. Le lavoir est alimenté en #eau soit par une source ou un cours d’eau, en général couvert où les lavandières lavaient le linge. Certains étaient équipés de cheminées pour produire la cendre nécessaire au blanchiment. En pierres, en briques, ou plus modestement en bois ou en torchis, ils méritent d’être conservés.

    Pourquoi ce site ?


    Le but de ce site est de faire découvrir les lavoirs et de guider les promeneurs ou les cyclotouristes pour les visiter.
    Permettre de mieux apprécier ce #patrimoine local lieu de vie et de rencontre.
    Inciter les municipalités à restaurer leurs lavoirs, témoins de l’Histoire locale.
    Inviter les heureux propriétaires de lavoir à entretenir ce patrimoine fragile.
    Admirer les efforts consentis par certaines municipalités pour rénover et embellir leur lavoir.
    Que cette promenade champêtre avive en vous l’envie de contribuer, d’agir pour que ces lavoirs soient restaurés et mis en valeur.
    Ce site est aussi le votre.
    Si vous connaissez un lavoir qui n’existe pas sur ce site, merci de le signaler (ici : https://www.lavoirs.org/form_upload.php) pour le mettre en valeur.

    https://www.lavoirs.org

    Une #liste :
    https://www.lavoirs.org/departements.php

    #recensement #cartographie #visualisation #photos

    Tellement dommage qu’iels utilisent google maps et qu’en général la présentation visuelle n’est pas très bien pensée...

  • L’eau en bouteille massivement polluée par des nanoparticules de plastique
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/01/09/une-nouvelle-methode-d-analyse-revele-la-presence-massive-de-nanoparticules-

    Des travaux publiés mardi font état de 240 000 particules par litre d’eau testée. L’impact sur la santé reste méconnu, en raison du manque d’études épidémiologiques.
    Par Stéphane Foucart 

    Parfois préférée à l’eau du robinet pour sa pureté supposée, l’#eau_en_bouteille [de plastique] souffre d’une contamination d’une ampleur insoupçonnée : celle des nanoparticules de plastique. C’est la conclusion saillante d’une étude américaine publiée mardi 9 janvier dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. Les auteurs, conduits par Wei Min (université Columbia, à New York), y détaillent une nouvelle méthode optique de détection et de caractérisation des micro- et nanoparticules de plastique, et la mettent en œuvre sur trois marques d’eaux conditionnées.
    Le résultat est saisissant et indique la présence moyenne d’environ 240 000 particules par litre d’eau testée, soit « de cent à mille fois plus que précédemment rapporté ». Jusqu’à présent, la détection et l’identification de ces minuscules fragments se focalisaient sur des tailles supérieures au micromètre (µm), les particules plus petites ne pouvant être détectées simplement. Or, dans les eaux en bouteille analysées, ces nanoparticules sont bien plus nombreuses. Elles représentent, selon l’étude des chercheurs américains, environ 90 % des particules identifiées. Les auteurs ne divulguent pas les trois marques testées et estiment que, pour toutes les autres dénominations commerciales, des niveaux de contamination comparables sont à attendre.
    Ces résultats sont d’autant plus importants que plus elles sont petites, plus ces particules sont susceptibles de traverser les barrières biologiques, donc d’entrer dans la circulation sanguine et d’être en définitive distribuées dans les organes, y compris le cerveau. Les risques sanitaires pour la population humaine demeurent méconnus, principalement en raison du peu d’études épidémiologiques. « Les connaissances manquent encore et beaucoup sont en cours d’acquisition, dit le toxicologue Nicolas Cabaton, chercheur, à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), à l’unité Toxalim de Toulouse. Mais on peut d’ores et déjà redouter que les substances toxiques transportées par ces micro- et nanoparticules, comme des bisphénols par exemple, n’ajoutent des effets délétères à la toxicité intrinsèque des fragments de plastique eux-mêmes. »

    https://justpaste.it/6emb8

    #eau #plastique #nanoparticules

    • Que faire pour échapper au « salopage » généralisée de la « ressource » en eau ?
      Perso, j’essaie de varier les poisons : pour le café, je me sers de l’eau du robinet (phytosanitaires et leurs métabolites) et pour la boisson, c’est de l’eau dite « minérale » (nanoparticules de plastiques).
      Du coup, c’est pas vraiment raccord du point de vue de l’#étiologie : comment savoir si je vais crever des uns ou des autres ? En fait, je m’en bats les couettes.
      Ah si, je crois que l’on pourrait utiliser des bouteilles en verre pour y mettre la flotte captée par les multinationales. Ça se faisait autrefois. je ne sais plus trop si les bouteilles étaient consignées. Celles du pinard oui, ça c’est sûr, le fameux « litre étoile ». Ce serait peut-être un « moindre mal » comme disait l’autre ...

    • Malgré la loi, les points d’eau potable font toujours défaut dans les lieux publics pour réussir à réduire l’usage des bouteilles en plastique
      https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/01/11/malgre-la-loi-les-points-d-eau-potable-font-toujours-defaut-dans-les-lieux-p

      Selon une enquête menée par l’association No Plastic in My Sea, 75 % des établissements concernés par cette obligation ne la respectent pas.
      Des distributeurs de café ont fait leur apparition sur les quais du métro parisien à côté de ceux proposant des petites bouteilles d’eau, des sodas ou des friandises. Les fontaines à eau potable, en revanche, se font toujours rares, même dans les stations les plus fréquentées. Stations, gares, aéroports, centres commerciaux, musées, salles de concert, cinémas, stades, parcs de loisirs, universités… les établissements recevant du public (ERP) sont pourtant censés être équipés d’au moins une #fontaine d’eau potable en accès libre depuis le 1er janvier… 2022. L’obligation concerne les quelque 68 500 ERP accueillant plus de 300 personnes simultanément. Elle vise à atteindre l’objectif fixé en 2020 par la loi antigaspillage pour une économie circulaire (AGEC) : réduire de 50 % le nombre de bouteilles plastiques mises sur le marché à l’horizon 2030.
      [...]
      L’objectif de sortie du plastique à usage unique paraît d’autant plus inatteignable que selon les dernières données de l’Agence de la transition écologique, le nombre de bouteilles en plastique mises sur le marché a augmenté de 4 % entre 2021 et 2022. L’enjeu est pourtant de taille. Avec environ 15 milliards de bouteilles écoulées par an, la France est le cinquième plus gros consommateur au monde d’eau en bouteille plastique.

  • À Paris, l’emprise d’Airbnb dépasse désormais le périph’

    Des chercheurs viennent de publier un site qui cartographie l’emprise d’Airbnb à Paris et en #Île-de-France. Résultat : le nombre d’annonces a explosé, et les #tarifs ont bondi.

    C’est une synthèse inédite sur la croissance d’Airbnb à Paris et en Île-de-France. Une équipe de chercheuses et chercheurs de l’université Paris Cité et du CNRS ont mis en ligne en septembre dernier un site internet dressant un état des lieux très précis de l’ampleur prise par le géant étasunien de la location de courte durée.

    Premier constat : au-delà de Paris, Airbnb a étendu son empire locatif aux villes de petite et de grande couronne. La capitale, qui représentait 81 % des nuitées réservées en Île-de-France en 2016, n’en pèse plus que 54 % en 2022, chiffrent les chercheurs.

    En #Seine-Saint-Denis, la progression est impressionnante : le nombre d’annonces est passé de 1 311 en 2015, à 9 341 en 2022. De même, dans les Hauts-de-Seine, on passe de 2 668 annonces actives en 2015, à 12 498 en 2022.

    Des prix en hausse de 36 % en six ans

    « Le Covid n’a été qu’une parenthèse dans cette progression. Certaines zones autour de Roissy ou d’Orly ont des pressions aussi importantes que dans des villes très touristiques », explique Marianne Guérois, maîtresse de conférences en géographie à l’université Paris-Diderot et membre de Géographie-cités, qui a travaillé sur le projet de recherche.

    Et certains secteurs avaient déjà bien résisté pendant la crise sanitaire : sans surprise, les communes à proximité de grandes forêts comme #Fontainebleau, #Rambouillet, le parc naturel de la #vallée_de_Chevreuse ou encore les alentours du parc #Disneyland.

    Autre phénomène : les loueurs ne sont plus des individus lambda qui mettent leur résidence principale en location le temps de leurs vacances. Il s’agit désormais de professionnels multipropriétaires. Les #annonces_commerciales ont en effet représenté 42 % de l’offre en 2022, contre 24 % en 2016.

    Les tarifs ont aussi augmenté : toujours en 2022, une nuit réservée en Île-de-France a coûté en moyenne 40 dollars (environ 37 euros), ce qui représente une hausse de 36 % depuis 2016. L’#inflation la plus forte s’est faite à Paris (+63 %).

    Faciliter la surveillance d’Airbnb

    Pour réaliser cette étude, les chercheurs ont acheté des données à #AirDNA, une entreprise privée étasunienne qui aide les investisseurs à choisir le meilleur endroit où acquérir un appartement afin de rentabiliser au maximum leur achat.

    « Il faudrait mutualiser toutes ces #données qui sont aujourd’hui payantes, car c’est un gaspillage d’argent public de les acheter. Avec ce travail, nous aimerions promouvoir une démarche de sciences ouvertes et participatives », explique Ronan Ysebaert, ingénieur en sciences de l’information géographique de l’université Paris Cité.

    En 2019, l’Institut Paris Région avait déjà publié un état des lieux avant la crise du Covid-19. Et une autre plateforme open source, #Inside_Airbnb, a été lancée en 2016 par l’activiste new-yorkais anti-Airbnb Murray Cox. Mais ses données concernent uniquement la capitale, occultant la croissance exponentielle de la plateforme de l’autre côté du périphérique.

    Dans le futur, les chercheurs de l’université Paris Cité et du CNRS aimeraient comparer l’évolution des prix sur Airbnb avec celle du parc locatif classique et mesurer son impact sur la hausse de l’immobilier.

    Leur but est aussi d’aider à mieux encadrer l’essor de la plateforme étasunienne : « Nous voulons donner des outils pour faciliter la surveillance d’Airbnb aux communes qui manquent de moyen pour le faire », conclut Ronan Ysebaert. Actuellement, seule Paris possède une brigade de contrôle des annonces illégales, qui a infligé 6,5 millions d’euros d’amende depuis 2021.

    https://reporterre.net/A-Paris-l-emprise-d-Airbnb-depasse-desormais-le-periph
    #urbanisme #AirBnB #Paris #France #prix #cartographie #visualisation

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  • Où pomper l’eau ? Le dilemme des céréaliers de la plaine de l’#Ain

    Pour continuer d’irriguer leur #maïs même en période de #sécheresse, des agriculteurs prélèvent l’eau du Rhône. Une sécurité vitale aux yeux de beaucoup d’exploitants, une « fuite en avant » selon d’autres.

    Par la fenêtre de son pick-up, Éric Viollet balaie d’un geste ses épis de maïs. « Ils commencent à fleurir, pourtant cette année ils ont souffert ! » Au milieu de ses 170 hectares de céréales, dans la commune de Leyment (Ain), l’agriculteur est serein.

    Quelques jours plus tôt, au milieu du mois de juin, la température approchait ici les 35 degrés. Une canicule particulièrement précoce, doublée de tensions sur la ressource en eau, qui a conduit les services de l’État à placer le bassin de la plaine de l’Ain en alerte sécheresse. Une décision couperet pour les quelque 180 céréaliers de ce territoire situé au nord-est de Lyon, interdits d’arroser leurs cultures pendant les week-ends.

    Pas de quoi troubler Éric Viollet, posté devant un « enrouleur », sorte de grand tuyau d’arrosage. Sécheresse ou pas, cette année son maïs devrait être irrigué environ huit fois. « Les restrictions d’eau ne nous concernent pas », résume-t-il. Car les arrêtés préfectoraux s’appliquent uniquement aux agriculteurs qui prélèvent leur eau dans la nappe d’accompagnement de la rivière d’Ain. Mais depuis plusieurs années, des dizaines d’exploitants du secteur se sont tournés vers une autre source, beaucoup plus abondante : le Rhône, qui coule à quelques kilomètres du champ d’Éric Viollet.

    Aujourd’hui, plus de la moitié des 8 000 hectares irrigués par les 250 kilomètres de canalisations de l’Association syndicale d’irrigation de l’Ain (Asia) le sont grâce à l’eau du fleuve. « C’est très sécurisant, ça nous enlève beaucoup de stress », résume Éric Viollet.

    La bascule s’est faite progressivement. Créée après la sécheresse historique de 1976, l’Asia a d’abord compté sur des dizaines de captages dans les nappes pour approvisionner ses adhérents. « Mon père n’arrosait pas ses maïs. J’ai créé trois forages après avoir repris l’exploitation en 1985 », raconte Éric Viollet.

    Une première station de pompage dans le Rhône voit le jour en 1992. Trois autres suivront. La dernière, inaugurée en 2018 à Lagnieu, est capable de prélever près de 4 millions de mètres cubes d’eau par an et approvisionne une vingtaine d’agriculteurs installés à proximité.

    Dans ce grand hangar en bordure du fleuve, Fabien Thomazet veille sur une dizaine de pompes, de gros tuyaux bleus et quelques voyants de contrôle. Salarié de la chambre d’agriculture de l’Ain mis à disposition de l’Asia, il est tranquille ce matin-là : de grosses averses battent le secteur depuis deux jours. « Pour nous, cette pluie vaut de l’or », déclare-t-il dans un sourire.

    En 48 heures, presque 100 millimètres d’eau sont tombés sur la plaine de l’Ain. Les agriculteurs n’auront pas besoin de ses services, pour quelques jours en tout cas. Mais les sols caillouteux du secteur ne permettent pas de stocker beaucoup d’eau. Si la chaleur revient, il faudra à nouveau irriguer.
    Réseau collectif

    L’Ain est fragile. En temps normal, la nappe joue un rôle de soutien d’étiage, en rendant de l’eau à la rivière lorsque son niveau est bas en été. Mais, depuis les années 2000, le bassin versant de la Basse-Vallée de l’Ain a été identifié comme étant en déficit quantitatif dans le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage), le document de référence en matière de gestion des eaux.

    En 2014, une étude a montré que les prélèvements dans la nappe réduisaient l’apport d’eau fraîche dans la rivière pendant l’été. Tous les usagers sont appelés à diminuer leur consommation. Les agriculteurs, qui représentent près de la moitié des prélèvements, sont en première ligne.

    « On a vite compris qu’on allait nous demander de moins taper dans la nappe, raconte Fabien Thomazet. Soit on acceptait de réduire nos capacités d’irrigation et donc nos rendements, soit on ne faisait rien et on allait au conflit permanent avec les instances de gestion de l’eau, soit on proposait une solution. » Rapidement émerge l’idée de concentrer les efforts sur une seule zone de quatre communes, en pompant dans le Rhône.

    Le chantier est colossal : il faut bâtir une station au bord du fleuve et poser 38 nouveaux kilomètres de canalisations pour amener l’eau jusqu’aux champs. Une vingtaine d’exploitants acceptent de reboucher une quarantaine de puits et de basculer sur le réseau collectif.

    Au total, le projet coûte près de 13 millions d’euros, financé à 80 % par l’Agence de l’eau et des subventions publiques. Il reste environ deux millions d’euros à la charge des agriculteurs. « Il a fallu les convaincre d’investir, alors que beaucoup avaient déjà amorti leurs équipements », se souvient Fabien Thomazet.

    Éric Viollet a fait le calcul. Entre ces nouveaux investissements et les volumes d’eau facturés, l’irrigation lui coûte près de 340 euros par hectare et par an. « En gros, sur 125 quintaux de maïs produits, 25 servent à payer l’arrosage. C’est cher mais c’est une assurance. C’est 100 quintaux que je suis sûr de faire chaque année. »

    Avec ce système, 4 millions de mètres cubes sont désormais prélevés dans le Rhône et non plus dans la nappe. Mais le fleuve lui-même ne sera pas épargné par le changement climatique. L’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, qui gère la ressource pour le quart sud-est de la France, mène actuellement une étude sur le sujet. Selon ses premières projections, le débit du Rhône pourrait diminuer de 25 à 30 % d’ici à 2050.

    Mais le fleuve reste « de très loin » celui qui a les débits d’étiage les plus élevés en France, grâce au « château d’eau des Alpes », nuance Laurent Roy, directeur général de l’agence. « Pendant l’été, la consommation nette liée aux prélèvements dans le Rhône représente 15 % de son débit. Ça laisse 85 % qu’on ne touche pas. On a encore une grosse marge », précise-t-il.

    Mais tous les agriculteurs de l’Ain ne partagent pas cet optimisme. « On ne peut pas utiliser toujours plus d’eau comme si c’était illimité », regrette Geoffrey Levrat, installé dans la commune de Sainte-Croix. Cet éleveur de 28 ans gère une trentaine d’hectares anciennement cultivés en maïs par son père, qu’il a convertis en prairies pour ses 150 brebis. « Dans la plaine de l’Ain, une grosse partie du maïs irrigué est utilisé pour nourrir le bétail. Pour moi, ce n’est pas tenable », estime-t-il. « Pomper de l’eau dans le Rhône, ça donne l’impression d’une fuite en avant. C’est comme les mégabassines, on cherche à prendre toujours plus d’eau, sans se poser de questions sur le modèle de départ », poursuit le jeune agriculteur.
    Accès inégal aux subventions publiques

    Dans ce secteur du sud de la Dombes, les sécheresses sont particulièrement intenses. Durant l’été 2020, le village voisin de Pizay a dû être réapprovisionné par un camion-citerne. Le puits qui assure l’alimentation en eau potable de la commune ne produisait plus assez d’eau pour remplir le réservoir. Cette année, Geoffrey Levrat a mis ses brebis au foin dès le mois de mai, faute d’herbe suffisante sur ses prairies. « Du jamais-vu. »

    En parallèle, le cycle naturel de l’eau s’est modifié. « Au fil des ans, on a supprimé beaucoup de zones humides qui permettaient à l’eau de s’infiltrer, en les drainant pour faire des céréales, c’est une approche qui ne fonctionne plus », décrit Geoffrey Levrat, qui suit le sujet de l’eau pour la Confédération paysanne de l’Ain. À ses yeux, la station de pompage de Lagnieu illustre aussi l’accès inégal aux subventions publiques.

    « Ici, j’ai fait un petit forage pour abreuver mes bêtes, explique-t-il. Je n’ai eu aucun financement. Si cela avait été pour irriguer des céréales, 40 % du coût auraient été pris en charge. » Selon lui, le système actuel « concentre les aides » sur un petit nombre d’agriculteurs. « La majorité des céréaliers du coin n’irriguent pas. Mais c’est sûr qu’ils n’ont pas les mêmes rendements ! »

    Sur ses terres, Geoffrey Levrat s’est lancé dans l’agroforesterie. Une technique qui consiste à planter des arbres au milieu de ses prairies. « L’ombre permet au sol de gagner en fraîcheur et en humidité », assure-t-il. Quant aux céréaliers, « ils pourraient peut-être passer à d’autres cultures moins gourmandes en eau que le maïs », suggère-t-il.

    « Certains ont essayé de planter du sorgho, qui demande beaucoup moins d’eau. Mais il n’y a pas de débouchés pour l’instant, pondère Fabien Thomazet. Beaucoup de gens voient les agriculteurs comme des curés au service des habitants, mais ce sont d’abord des chefs d’entreprise. Ils produisent ce qu’ils peuvent vendre ! » Au passage, le responsable de l’irrigation pointe la part de l’eau potable dans les prélèvements locaux, qui n’aurait pas diminué depuis plusieurs années. La faute à une croissance démographique synonyme de hausse de la consommation et d’imperméabilisation des sols, souligne-t-il. « Dans mon petit village, 50 maisons ont été construites en trois ans. On ne peut pas continuer comme ça. »

    En attendant un changement de cap, d’autres agriculteurs continuent de puiser dans la nappe. À l’image de l’EARL (Exploitation agricole à responsabilité limitée) de Lormet, plus au nord. L’exploitation peut prélever en théorie jusqu’à un million de mètres cubes d’eau par an dans ses six puits pour irriguer près de 700 hectares. Une énorme machine fragilisée par les sécheresses. Il y a quelques années, l’entreprise avait étudié la possibilité de pomper dans l’Ain mais les instances locales ont refusé le projet, raconte Mathieu Fournier, l’un des gérants. Le raccordement au réseau d’irrigation en provenance du Rhône serait trop coûteux.

    Depuis vingt ans, l’agriculteur assure avoir changé ses pratiques pour s’adapter aux restrictions d’eau. « On ne fait plus n’importe quoi, nous sommes sensibles au sujet », plaide Mathieu Fournier. « Mais on ne peut pas nous demander au dernier moment de nous restreindre », prévient-il. Mi-juin, il a décidé d’arroser le week-end, alors que l’alerte sécheresse avait été décrétée la veille par la préfecture. « On a préféré risquer l’amende plutôt que de ne pas irriguer à un moment aussi crucial pour nos cultures. »

    https://www.mediapart.fr/journal/france/060822/ou-pomper-l-eau-le-dilemme-des-cerealiers-de-la-plaine-de-l-ain

    #irrigation #France #agriculture #alerte_sécheresse #Rhône #pompage #fleuve #nappe_phréatique #canalisations #céréaliculture #subventions_publiques

    • Et le 2e épisode
      Petits #canaux contre « idéologie du #tuyau », une guerre de l’irrigation

      Très ancrés dans les territoires montagneux du sud de la France, prisés par les habitants, les #béals sont encore vitaux pour de nombreux agriculteurs. Mais cette gestion collective et traditionnelle de l’eau se heurte à la logique de #rationalisation de la ressource des services de l’État.

      https://www.mediapart.fr/journal/france/080822/petits-canaux-contre-ideologie-du-tuyau-une-guerre-de-l-irrigation
      #tuyaux

      déjà signalé par @olaf :
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    • Dans les #fontaines_publiques, l’eau ne coule plus à flots

      Faute de moyens pour passer à des systèmes moins consommateurs en eau en période de sécheresse, de plus en plus de fontaines publiques sont fermées. Des Vosges à la Bretagne en passant par les Alpes-Maritimes, leur disparition marque la fin de « l’illusion de la disponibilité infinie de l’eau ».

      Sur la place Stanislas, au cœur de Nancy, vendredi 1er juillet, les terrasses sont bien remplies. Les touristes défilent pour prendre des selfies devant les imposantes fontaines du XVIIIe siècle, sans se soucier de ce qui se joue à l’intérieur des somptueux édifices. Depuis longtemps, l’eau n’y coule plus en continu mais en circuit fermé. Autrement dit, elle est recyclée.

      « Depuis toujours, l’eau fédère les gens, apporte de la vie », commente Étienne Martin, docteur en géographie historique. Mais l’expert a des regrets : « On n’a gardé que les fontaines de patrimoine, beaucoup de petites ont été supprimées. » Dans son ouvrage Les fontaines de Nancy d’hier et d’aujourd’hui, le chercheur recense non seulement les fontaines encore en service, dont la plus ancienne a plus de cinq cents ans, mais aussi un grand nombre de fontaines aujourd’hui effacées de l’espace public.

      Une balade en ville suffit pour en retrouver les traces : ces grandes places quasiment vides, ces jeux d’eau laissés à l’abandon ou cette ancienne esplanade d’eau à moitié couverte de végétation. Martin avoue ne pas trop aimer le dernier modèle en date, une « fontaine sèche » (appelée ainsi à cause de l’absence d’un bassin extérieur) au parc de la Pépinière, un des grands parcs de la ville.

      « Je n’y vois que du ciment avec une grille », grince l’historien local. Il est vrai que l’équipement inauguré fin juin a moins de superbe que son prédécesseur. À la place d’une dizaine de jets d’eau montant jusqu’à douze mètres, ce « nouvel îlot de fraîcheur » est composé, certes, de soixante-dix jets, mais allant seulement « jusqu’à cinq mètres de hauteur de diffusion d’eau ». La ville explique ce choix par « une gestion raisonnée des besoins en eau » et un entretien plus facile.

      D’année en année, les deux tiers des Français sont désormais concernés par des restrictions d’eau. Les fontaines publiques n’y échappent pas. Si elles n’ont pas été transformées en cycle fermé, ce qui est souvent le cas dans les petites communes, le robinet doit rester fermé en cas de sécheresse. Ne disposant pas d’une trésorerie nécessaire pour mettre aux normes environnementales leurs fontaines, certaines communes les désactivent, au moins temporairement, ou les démontent complètement.

      En 2010 déjà, le Conseil d’État s’inquiétait de la disparition des fontaines publiques qui restreint l’accès à l’eau des personnes sans abri. La tendance semble s’accélérer avec le réchauffement climatique. L’été dernier, la démolition d’une vielle fontaine à Nice a fait polémique. Sur Wikipédia, une page est dédiée aux fontaines disparues de Paris, dont la liste ne cesse de croître.
      L’Est très concerné

      « Aujourd’hui, on croit que l’eau a toujours coulé partout », s’étonne Jean-Marie Chevrier, habitant de Valfroicourt, petite commune vosgienne, non loin de Vittel. « Quand j’étais gamin, on avait la chance d’avoir une source qui approvisionnait notre maison et notre ferme. Les gens du quartier allaient au seau pour chercher l’eau à la fontaine publique. » La plus grande fontaine du village, la fontaine du Lion, d’ailleurs encore existante, ravitaillait les gens du quartier en eau potable. Un bassin servait à la lessive, un autre à l’abreuvement des animaux.

      Comme dans le Sud, l’est de la France est désormais particulièrement touché par le manque d’eau. Lors de la sécheresse de 2018, rien que dans le département des Vosges, trente et une communes étaient concernées par une pénurie d’eau ou un risque de pénurie. En Lorraine, douze villages ont dû être alimentés par camion-citerne. En 2022, la situation semble encore pire. Les camions-citernes circulent un peu partout. La ville balnéaire de Gérardmer a fait les gros titres à cause de sa stratégie de pomper l’eau potable depuis son lac.

      Les fontaines, elles aussi, sont victimes de la sécheresse. Un « grand nombre » des fontaines-abreuvoirs des Vosges « n’est aujourd’hui plus en eau, sert de bac à fleurs, a été dénaturé, voire détruit car gênant la circulation », déplore la Région dans un inventaire général.

      « Ces fontaines ont été, pour la plupart, installées au début du XIXe siècle. Aujourd’hui, seulement une infime partie sont encore en service », explique Vanessa Varvenne, historienne du patrimoine responsable de ce recensement de quelque 2 500 fontaines, lavoirs et abreuvoirs, terminé en 2016. Selon l’experte, beaucoup de communes n’auraient pas « les reins assez solides » pour les entretenir.

      Dans la commune vosgienne d’Esley, la solution a été radicale : deux des quatre fontaines ont été récemment supprimées. À Médonville, dans le même secteur, la fontaine Jeanne-d’Arc, à cycle ouvert, coule à un « débit très limité », comme le précise Patricia Pech, la maire. « Financièrement, on ne peut pas réparer les fuites », explique-t-elle.

      Non loin de là, à Dombrot-le-Sec, l’une des communes desservies en 2018 par camion-citerne, la mairie décide régulièrement de fermer les robinets de la fontaine du village. Cette dernière doit encore être mise aux normes, explique le maire, Bernard Salquebre. Il insiste : « Non, l’eau n’est pas abandonnée à Dombrot-le-Sec. » La ville serait seulement « dans la phase de renouvellement de la quasi-totalité des conduites d’eau de distribution et bientôt en fin de mise en place ». La fontaine, elle, sera bientôt remise en service.
      Priorité à l’eau potable

      Dans quelques communes des Alpes-Maritimes, une action symbolique a fait beaucoup parler. Dans une décision jointe, dix-huit communes du pays de Grasse ont coupé en avril dernier l’eau de leurs fontaines. « Dans le Sud, nous avons connu un hiver particulièrement doux, avec peu de précipitations, si bien que la plupart de nos sources, dont la principale, la source de la Pare, n’ont pas bénéficié de recharges hivernales », explique Pierre Bornet, maire de Cabris. « Les giboulées de mars et d’avril n’étaient pas au rendez-vous », si bien que, début avril 2022, « cette source était à son plus bas niveau historique à cette période », explique-t-il.

      Une situation « inquiétante », poursuit le maire. « Partant d’un tel niveau, nous risquons, si la sécheresse continue, de ne plus avoir de ressources en eau dans l’été. Avec les élus des différentes communes, nous avons décidé d’alerter la population, par cette action symbolique de couper l’alimentation des fontaines des villages, qui sont desservies par le réseau d’eau potable. »

      Pour l’élu, certes « l’eau au niveau des fontaines est un élément patrimonial important en Provence, signe de fraîcheur et de vie, mais puisque ces fontaines sont alimentées en eau potable, en tant que responsables de la gestion de l’eau, nous avons aussi un devoir d’exemplarité ». Fin juin, un arrêté de sécheresse confirme cette voie, renforcée encore fin juillet.

      Ce manque d’eau potable commence à prendre de l’ampleur et touche désormais aussi des régions comme la Bretagne. « Dans les années 80, 90, beaucoup de nos fontaines ont fermé à cause de problèmes de qualité. À cela s’ajoute maintenant la sécheresse », explique Thierry Burlot, vice-président du Cercle de l’eau et président du Comité de bassin Loire-Bretagne.

      Dans certaines villes comme Dinard, des fontaines ont été coupées depuis le printemps, à la suite des arrêtés sécheresse. Sur l’île de Groix, où les fontaines publiques, entretenues par une association locale, ne sont plus alimentées depuis le mois de mai, les autorités demandent même aux habitants de « limiter leur consommation d’eau domestique » par crainte de devoir importer de l’eau depuis le continent. Finalement, début août, une solution d’installation d’une unité de dessalement a été privilégiée.
      En attendant, des bacs à fleurs

      Dans beaucoup de communes, des fontaines sont temporairement hors service, parfois pendant des années. À Walbach, dans le Haut-Rhin, la fontaine locale, le « Stockbrunna », a dû rester fermée à plusieurs reprises. La mairie a donc décidé, au printemps 2021, de la transformer en bac à fleurs.

      Malgré l’opposition de quelques conseillers et « plusieurs courriers émanant d’habitants du village qui expriment également leur désaccord », le Stockbrunna attend sa transformation en cycle fermé, annoncée pour le printemps prochain. Même image à Bavans, petite commune dans le Doubs, où un habitant a récolté plus de 400 signatures contre le « changement d’affectation de la fontaine ». N’estimant pas avoir les fonds nécessaires pour réparer les fuites, la municipalité avait rempli sa fontaine de gravier et de terre.

      Une solution a été trouvée à Oyonnax, dans l’Ain, au bout de quatre années de fontaine à sec. En réponse au cri d’alerte d’un collectif de citoyens dans la presse locale, des mécènes se sont occupés de sa réparation.
      Des fontaines à louer

      Faute de moyens, beaucoup de communes se tournent vers le privé, comme à Paris. La place Stravinsky avec sa fameuse fontaine peut être louée, tout comme celle du Trocadéro, pour 400 000 euros, ou le musée Maillol avec sa fontaine des Quatre-Saisons. Régulièrement, des appels à dons sont lancés, récemment pour le restaurant de la place de la Concorde et ses deux fontaines, apparemment une nécessité pour la ville lourdement endettée.

      À Bordeaux, le sujet des fontaines a même fait irruption dans la dernière campagne municipale. Les socialistes avaient réalisé une carte virtuelle pour montrer « la difficulté de trouver de l’eau potable à Bordeaux et pour pousser la ville à remettre en service les fontaines publiques ».

      Le message a été entendu par la nouvelle municipalité, écologiste. « Il y avait du vandalisme et de grosses fuites », se souvient Maxime Ghesquiere, conseiller municipal délégué à la gestion du cycle de l’eau. Une de ses premières décisions : mettre les fontaines en régie et investir dans les réparations.

      Refaire une fontaine ornementale coûterait « des dizaines, voire parfois des centaines de milliers d’euros », explique Régis Taisne, chef du département « cycle de l’eau » de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). À ses yeux, les petites fontaines en cycle fermé sont le compromis idéal : « Pour un coût limité, elles permettent un côté vivant et le maintien de l’illusion de la disponibilité infinie de l’eau. »

      https://www.mediapart.fr/journal/france/100822/dans-les-fontaines-publiques-l-eau-ne-coule-plus-flots

    • La sécheresse fait craquer de plus en plus de maisons

      Depuis 2015, les périodes de sécheresse s’enchaînent et affectent les sols argileux. Plus de 10 millions de maisons en France sont sur des zones à risque et peuvent se fissurer. Un enjeu à plusieurs dizaines de milliards d’euros pour les assurances.

      Même passé midi, en pleine canicule, des grappes de cyclistes pédalent à tout va en direction du mont Ventoux. Dans les villages des Baronnies provençales, on les retrouve assoiffés dans les bistrots bordés de platanes. Ce jour-là, au tout début de l’été, la Drôme est en alerte orange. Depuis des semaines, un vent sec balaye le domaine de Frédéric Alaïmo, 60 hectares de cultures, à La Penne-sur-l’Ouvèze. « Je fais du raisin de table mais les feuilles commencent à jaunir. Nos oliviers souffrent », montre le propriétaire.

      Sous les pieds, la terre a viré au gris et se fissure de jour en jour. Sa maison aussi.

      Comme des éponges, les sols argileux se rétractent en période de sécheresse et regonflent avec les pluies. La succession et l’intensité de ces phénomènes peuvent créer des mouvements de terrain, des tassements. La bâtisse de Frédéric Alaïmo fait partie des 10,4 millions de maisons moyennement ou fortement exposées à ce phénomène de retrait-gonflement des argiles (RGA), soit 54 % des maisons en France, selon les données du ministère de la transition écologique. Une victime de plus des risques climatiques.

      « J’ai connu la sécheresse de 2003. C’était une première alerte », se remémore-t-il, derrière ses lunettes rondes. Et puis, il y a eu 2019, la pire année pour la commune, reconnue comme catastrophe naturelle en 2020. « Parfois, je me demande ce que je suis venu faire ici », soupire-t-il. Depuis trois ans, cet homme de 60 ans se bat contre son assurance pour faire réparer sa maison, à l’entrée du domaine.

      Comme un bris de glace sur un pare-brise, les fissures se sont étendues à l’étage, aux embrasures des fenêtres. Le carrelage se fend, la porte de la véranda s’ouvre péniblement. Frédéric Alaïmo a fini par déménager chez sa compagne en catastrophe. Depuis, les habits sont restés dans les placards, les photos de famille plaquées aux murs.

      Le 8 décembre 2020, le Drômois a pu déclarer ce sinistre. « J’ai une perte en capital importante », explique-t-il. « Je n’avais jamais vu ça, la maison est disloquée », écrit un représentant de son assurance dans un mail daté du 31 mars 2021. Il reconnaît avoir eu « très peur de visiter cette maison sinistrée ». En juin 2021, le maire, Jérôme Bompard, 50 ans et entrepreneur en travaux publics, atteste que la maison de Frédéric Alaïmo est « devenue totalement inhabitable depuis la sécheresse de 2019 ».

      Le dossier paraissait simple mais depuis rien n’a bougé : les deux experts de l’assurance ne sont pas d’accord sur les zones touchées. Plus encore, l’assurance estime que les fissures ont commencé avant la sécheresse de 2019.

      « Le problème, c’est qu’on a deux sons de cloche des experts envoyés par la même assurance », s’emporte Frédéric. Il a dû payer de sa poche plus de cinq mille euros pour mener des investigations dans le sol et prouver la présence d’argile sensible à ces aléas climatiques. Il doit aussi payer un expert d’assuré pour régler ce conflit avec l’assurance.
      L’état de catastrophe naturelle difficile à obtenir

      De maison en maison, Franck Salaun, ingénieur et associé du cabinet Altaïs, parcourt la France, de la Drôme au Jura, au gré des arrêtés de catastrophe naturelle. Il intervient pour déterminer la pathologie du bâtiment. « Quand il y a des fractures, un médecin fait un diagnostic, un scanner ou un IRM. Nous, c’est pareil avec les investigations techniques », explique-t-il. « Dans le cas de M. Alaïmo, si l’assureur s’entête à ne pas ouvrir la garantie, ça ira au judiciaire », se prépare-t-il.

      Selon la carte d’exposition du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), la zone présente un risque fort. La rivière provençale l’Ouvèze est au plus bas. « On a des périodes de sécheresse depuis 2016, raconte le maire. On a déjà eu des refus pour les faire reconnaître comme catastrophes naturelles. » Selon le rapport de la Cour des comptes de février 2022, une commune sur deux n’a pas réussi à faire reconnaître l’état de catastrophe naturelle ces neuf dernières années. En 2019, le maire a pris le taureau par les cornes. « On a envoyé un dossier pour six maisons sinistrées à la préfecture. Tout le monde se bat avec les assurances maintenant », raconte-t-il.

      Deux kilomètres plus loin, un autre villageois va bientôt devoir quitter sa maison. « Les façades sont en train de tomber, la baie vitrée ne ferme plus, la dalle est descendue de 4 à 5 centimètres », énumère Eric D., fonctionnaire de 61 ans. Il espère que la sécheresse en 2022 n’aggravera pas les dégâts. Cette fois-ci, l’assurance a accepté la prise en charge. L’installation de micropieux sous la maison, solution pérenne pour renforcer les fondations en profondeur, devrait durer entre six mois et un an. « Le relogement pour la famille, c’est à nos frais. Le gardiennage des meubles aussi », s’inquiète-t-il.
      48 % du territoire exposé

      Tout le pays est concerné, les villes aussi. L’Occitanie fait partie des régions historiquement les plus exposées, avec l’Île-de-France, la PACA ou la Nouvelle Aquitaine. À Montpellier, Philippe subit le même phénomène. « J’ai acheté une maison dans Montpellier en 2001, près d’une rivière, le Lez », raconte-t-il. En 2019, la ville a vécu une sécheresse reconnue comme catastrophe naturelle. « Des morceaux de plafond sont tombés et il y a des fissures nettes sur les cloisons », poursuit-il, encore stupéfait. Après trois ans d’attente, ce cadre technique de 62 ans vient d’obtenir le feu vert de l’assurance pour lancer les travaux. Le devis s’élève à plus de 150 000 euros.

      « On remarque que certains secteurs sont plus touchés que d’autres, mais ça reste très localisé, explique Jeremy Chatal, ingénieur du bureau d’études Determinant, à Nîmes. Dans l’Hérault, à Villeneuve-lès-Maguelone, il y a un quartier où j’ai fait une quinzaine de maisons. Dans mon secteur, c’est généralisé à l’arc méditerranéen, les Pyrénées orientales, le Gard, l’Hérault, le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône. Mais nos collègues dans l’Ain et le Jura aussi sont débordés. »

      En France, 48 % du territoire a une exposition moyenne et forte au RGA. « Quand on regarde la carte d’exposition, on a un grand quart sud-ouest touché et tout l’arc méditerranéen qui va ensuite contourner le Massif central par le sud et remonter une partie de la vallée du Rhône. Depuis 2015-2016, ça se décale vers le Nord-Est. Des régions relativement épargnées jusqu’à présent sont touchées maintenant », confirme Sébastien Gourdier, géotechnicien du BRGM. « Les grandes villes du Sud-Ouest, comme Toulouse, sont exposées et ont dû mettre en place des plans de prévention des risques », poursuit-il. Depuis 2018 seulement, la loi Elan établit des règles de construction sur les zones à risque, en imposant une étude de sol pour les nouvelles habitations.

      Parmi les témoignages recueillis, ce ne sont que des récits de vie en pause, plombée par l’endettement ; de boule au ventre à chaque nouvelle fissure ; de dépressions lorsque l’on vit dans une maison où les pièces sont condamnées au fur et à mesure. Les associations de victimes croulent sous les demandes.

      Les Oubliés de la canicule ne compte même plus son nombre d’adhérents. Trente mille à la louche. Leur président a écrit au président Emmanuel Macron, en pleine campagne présidentielle, pour exiger de meilleures conditions d’indemnisation des sinistrés.
      Un coût estimé à 43 milliards d’euros d’ici 2050

      Le régime de catastrophe naturelle est un système d’assurance dit « mixte », mis en œuvre par les sociétés d’assurance et les pouvoirs publics. « On demande que les assureurs jouent le jeu et que les sinistrés puissent avoir des réparations pérennes », martèle Hélène Niktas, référente de l’association dans l’Ain. Elle-même a subi un sinistre dans sa maison de Meillonnas, lors de la sécheresse de 2018. « L’assurance a rétropédalé quand elle a vu le devis de micropieux. Elle a proposé de l’agrafage, mais ce n’est que le cachet d’aspirine qui fait tomber la fièvre, ça ne soigne pas. » Son dossier se réglera au niveau judiciaire.

      À leurs côtés, Me Gwenahel Thirel, avocat aux barreaux de Rouen et Montpellier, en a fait sa spécialité. « J’ai lu les 1 700 décisions de jurisprudence », s’amuse-t-il à rappeler. « Quand j’ai commencé, il y a huit ans, il y avait des arrêtés de catastrophe naturelle pour la sécheresse tous les trois ans. Aujourd’hui, c’est quasiment tous les ans », poursuit-il d’un ton plus grave. Il s’emporte contre l’opacité des assurances qui ne communiquent pas systématiquement les rapports ou les études de sol. « Sur 2018, on a eu un nombre de refus colossal par des experts d’assurance, avec des motifs fallacieux comme la présence de végétaux à proximité », tonne-t-il.

      « Ce que l’on craint, c’est que les assurances réduisent les indemnités pour les dégâts sur les maisons. Il y en a tellement… », souffle Daniela Rodier, présidente de l’Association gardoise d’assistance aux sinistrés des sécheresses, vers Nîmes. « Cette année, je suis débordée avec les sinistres de 2021 ». Le coût des sinistres liés à la sécheresse devrait passer à 43 milliards d’euros en cumulé sur les trente prochaines années, soit trois fois plus que sur la période 1989-2019, selon les projections à horizon 2050 de France Assureurs.

      « La sécheresse est un aléa climatique qui pèse beaucoup dans le régime catastrophe naturelle et qui risque de peser plus à l’avenir, notamment en raison du changement climatique » rajoute Franck Le Vallois, directeur général de France Assureurs, interrogé par Mediapart. « On pense que la sécheresse doit rester dans le régime de catastrophe naturelle », rassure-t-il, pour couper court au débat.

      Une réforme est amorcée depuis la loi du 28 décembre 2021 relative à l’indemnisation des catastrophes naturelles. La fédération des assurances est toujours en discussion avec Bercy pour intégrer les frais de relogement des victimes dans ce régime. Franck Le Vallois prêche pour mettre en place plus d’innovations. « Il faudrait accélérer les expérimentations. Il y en a qui permettent de maintenir l’hydrométrie dans le sol, en l’humidifiant pour éviter la rétractation des sols ». Comprendre : remettre de l’eau sous la terre.


      https://www.mediapart.fr/journal/france/120822/la-secheresse-fait-craquer-de-plus-en-plus-de-maisons

      voir aussi :
      https://seenthis.net/messages/969896

    • Ne pas perdre une goutte d’eau, le combat de #Lyon et de sa région

      Dans le département du Rhône, parmi les plus touchés par les canicules, retenir et économiser l’eau devient urgent. La bataille se joue mètre cube après mètre cube, de la déconnexion des réseaux d’assainissement à la rénovation des trottoirs, de l’arrosage des jardins aux prélèvements par les gros industriels.

      En ce mercredi après-midi de la fin du mois de juin, la lourdeur d’un orage à venir écrase les passants qui s’aventurent dans la rue Garibaldi, artère de quatre kilomètres au cœur de Lyon. Sur trois voies, les voitures vrombissent tandis que les cyclistes accélèrent pour rentrer avant la pluie. Seul Hervé Caltran s’arrête pour admirer la longue rangée de buissons et d’arbres qui longent le boulevard.

      « Pour le grand public, l’eau qui passe dans nos villes est invisible, alors qu’elle est vitale », hoche ce cadre du service de la direction de l’eau à la Métropole de Lyon. S’il nous a donné rendez-vous ici, à deux pas du quartier de la Part-Dieu, ce n’est pas tant pour détailler la quarantaine de plantations – érables, althæas, chênes… – présentes sur ce site, mais plutôt pour ce qui se trouve en dessous.

      Cet espace vert est en réalité une #noue, sorte de fossé, dans le jargon des urbanistes, installée il y a trois ans. En cas de précipitation, l’eau s’écoule sur les trottoirs, est filtrée par un seuil, irrigue les plantes installées légèrement en contrebas, avant de s’enfoncer dans le sol. Un seul mot d’ordre : faire en sorte que l’eau s’infiltre là où elle tombe. En milieu urbain, seulement 5 % des eaux de pluie terminent dans les nappes, cinq fois moins qu’en zone rurale.

      « C’est du bon sens, mais avant les arbres étaient surélevés et ne bénéficiaient pas de la pluie, l’eau partait directement dans les bouches d’égout », explique Hervé Caltran. Il a fallu attendre les vastes travaux commencés depuis presque dix ans pour remodeler entièrement l’écoulement des eaux de la rue.

      D’apparence anodines pour les habitant·es, ces installations sont l’un des piliers de la « #ville_perméable », un modèle de développement urbain plus respectueux du #cycle_de_l’eau. Dans les pas d’Hervé Caltran, la ville se pare de noms mystérieux. Selon les contraintes urbaines, les noues peuvent laisser la place à des « #arbres_de_pluie », des espaces débitumés de la taille d’une place de parking, ou bien à des « #tranchées_de_Stockholm », l’équivalent d’une mininappe alluviale composée de graviers, construite sous les trottoirs.

      Aberration environnementale

      L’affaire se joue dans les détails. Ici des pavés entourant un arbre ont été installés avec des joints en sable et en terre. Un peu plus loin, une ancienne trémie où s’engouffraient hier les automobilistes a été recouverte et transformée en réservoir pour les espaces verts. Mais le principe reste le même : favoriser l’#infiltration et déconnecter les #eaux_de_pluie des #eaux_d’assainissement, qui terminent encore dans le même réseau dans 85 % du territoire de la Métropole de Lyon.

      « La plupart du temps, on prend de l’#eau_de_pluie propre, on la mélange à nos eaux polluées et on l’envoie dans nos stations d’épuration. On se retrouve à payer pour nettoyer une eau qu’on a nous-mêmes salie et déplacée ! », constate Hervé Caltran. Une #aberration environnementale, mais aussi économique. « Pour chaque mètre cube d’eau qu’on n’envoie pas en station, on économise 60 centimes d’euro », précise le fonctionnaire.

      Ces installations jouent aussi un rôle d’#îlots_de_fraîcheur. Un enjeu majeur alors que l’agglomération lyonnaise est l’une de celles où le nombre de canicules augmente le plus. Grâce à la végétation et à la conservation de l’eau dans les sols, la température ressentie peut diminuer de 9 degrés dans certains secteurs, selon des mesures réalisées par la métropole. À la terrasse d’un café, un brumisateur géant asperge les clients assis en terrasse. « Nous, on essaie de le faire naturellement », s’amuse Hervé Caltran.

      « Depuis le XIXe siècle, l’eau a été considérée comme un déchet à évacuer le plus rapidement possible. On a imperméabilisé nos villes, avec des conséquences sur la recharge des nappes, des risques d’inondations et une végétation en souffrance », rappelle Anne Grosperrin, vice-présidente (EELV) de la Métropole de Lyon, déléguée au cycle de l’eau. « C’est toute une manière de construire la ville qu’il faut repenser », estime l’élue.

      D’autant que l’agglomération lyonnaise est en grande partie construite sur la nappe alluviale du Rhône, qui lui fournit 90 % de son eau potable par le captage de Crépieux-Charmy. Selon les projections disponibles, le débit du fleuve pourrait diminuer de 30 % d’ici à 2050.

      #Canalisations parfois vieilles de 70 ans

      En mars 2022, le Grand Lyon s’est donné pour objectif de désimperméabiliser et de déconnecter 400 hectares de son territoire d’ici à 2026, soit le double du précédent mandat. En comparaison, plus de 2 000 hectares ont été imperméabilisés en dix ans dans l’agglomération. « On cavale derrière ! Il faudrait aller trois fois plus vite », pointe Anne Grosperrin. « Quand on part de zéro pour créer un nouveau quartier, c’est facile. La vraie difficulté, c’est de désimperméabiliser la ville existante », estime Hervé Caltran.

      Un bout de trottoir par-ci, un morceau de route par-là. Sur le terrain, les agents chargés de la gestion de l’eau se heurtent parfois aux pratiques des entreprises de BTP, voire à celles des services de la #voirie, « qui gardent une culture très bitume et tuyaux », selon Anne Grosperrin. Derrière la gare de la Part-Dieu, une pelleteuse vient de défoncer un trottoir pour installer des canalisations, sous l’œil inquiet d’Hervé Caltran. « Parfois, ils cassent ce qu’on vient juste d’installer. »

      Pour les plus petites collectivités des environs, la question de l’eau se résume souvent à la gestion des réseaux d’eau potable. Au syndicat mixte des eaux des monts du Lyonnais, à la tête d’un réseau de 2 000 kilomètres desservant 75 communes, la priorité est de faire en sorte que l’eau « ne se perde pas » en renouvelant les canalisations, parfois vieilles de 70 ans. Actuellement, « seulement 72 % de l’eau pompée arrive dans nos maisons », précise l’organisme dans son bulletin d’information.

      Plus au sud, dans le massif du Pilat, la petite commune de Planfoy (Loire) cherche elle aussi à moderniser son réseau. L’approvisionnement du village dépend de trois sources qui ont tendance à faiblir à la fin de l’été. En septembre 2018, le réservoir a dû être rempli par un camion-citerne. Pour éviter de revivre cette crise, la commune mène cet été des travaux pour optimiser son champ de captage, vétuste.

      « La situation était ubuesque : on pataugeait dans l’eau dans le champ de captage mais le réservoir était vide », raconte le maire, Cédric Loubet. Des travaux coûteux : 180 000 euros l’année dernière, à nouveau 100 000 euros cette année. De quoi plomber le budget de la commune. « Et avec ça on refait juste les drains et quelques centaines de mètres de réseau, raconte l’élu. On essaie de faire petit à petit. On espère que ça suffira pour éviter le retour des camions-citernes. »

      Pour ces élus locaux, l’urgence est de garantir de l’eau dans les robinets des habitant·es. « Mais l’eau potable est la partie émergée de l’iceberg », met en garde l’hydrologue Emma Haziza, qui lance l’alerte depuis des années sur ce sujet. « Si on se focalise uniquement dessus, on se trompe de débat et on oublie toute la consommation cachée, les prélèvements agricoles et industriels. »

      Tour aéroréfrigérante

      À Lyon, certains industriels sont eux aussi amenés à réduire leurs prélèvements. À l’image de l’usine historique Renault Trucks de Vénissieux, filiale du groupe Volvo. Un vaste complexe de 170 hectares, « une petite ville de 5 000 habitants », qui possède ses propres captages dans la nappe de l’Est lyonnais, détaille Dominique Bono, référent environnement du site. Pour produire ses camions, l’usine consomme aujourd’hui 300 000 mètres cubes d’eau par an, contre 2,5 millions en 1999. « Nous avons presque divisé par dix », met en avant Dominique Bono.

      En 2021, l’entreprise a bénéficié d’un financement de 160 000 euros de l’Agence de l’eau pour moderniser une tour aéroréfrigérante, qui sert à refroidir les circuits d’air comprimé vitaux pour la chaîne de production. À la clef, une économie supplémentaire de 30 000 mètres cubes d’eau par an. « Ce serait mentir de dire que nous le faisons uniquement pour des raisons environnementales. Nous sommes fiers de diminuer notre consommation en eau, mais il y a aussi un intérêt industriel. En installant du matériel neuf, nous pourrons produire de manière plus sécurisée et moins coûteuse », admet le responsable de Renault Trucks, qui représente aussi les industriels de la région au sein de la commission locale de l’eau.

      Dans l’Ouest de Lyon, le syndicat intercommunal du bassin de l’Yzeron (le Sagyrc), un affluent du Rhône, cherche à réduire les prélèvements de 45 %. Les travaux de déconnexion des eaux pluviales et des eaux d’assainissement représentent le levier le plus important pour atteindre cet objectif. Le syndicat travaille aussi sur les 130 petites retenues collinaires recensées sur la vingtaine de communes, dont la moitié à usage agricole. « Une vingtaine sont en travers de petits cours d’eau, alors qu’elles doivent normalement laisser un débit réservé pour que le ruisseau s’écoule », détaille Katy Cottinet, chargée de mission au Sagyrc.

      Restent tous les particuliers qui puisent, plus ou moins officiellement, dans les nappes et la rivière. Avec près de 2 000 puits, forages ou pompes, « l’arrosage représente 16 % des prélèvements », précise Katy Cottinet. « Mais on a du mal à connaître tous les forages individuels, qui ne sont pas tous déclarés », regrette-t-elle.

      Le syndicat tente de sensibiliser les habitants pour qu’ils réduisent leurs prélèvements, par exemple en installant des goutte-à-goutte. Quitte à hausser le ton en cas d’abus. L’année dernière, un jardin partagé a ainsi écopé d’une amende après un contrôle de la police de l’eau pour avoir pompé dans la rivière pendant une alerte sécheresse. Chaque mètre cube compte.

      https://www.mediapart.fr/journal/france/150822/ne-pas-perdre-une-goutte-d-eau-le-combat-de-lyon-et-de-sa-region

  • Dans le superbe #livre de #Igiaba_Scego, La linea del colore
    https://www.bompiani.it/catalogo/la-linea-del-colore-9788830101418
    –-> livre déjà signalé ici autour de #Nadezhda_De_Santis : https://seenthis.net/messages/872094

    ... une émouvante description des émotions de la protagoniste du livre, femme noire, quand elle observe les détails de cette #fontaine :

    Dans la #Piazza_Giacomo_Matteotti, à #Marino, près de Rome, la #Fontana_dei_quattro_mori :
    https://it.wikipedia.org/wiki/Piazza_Giacomo_Matteotti_(Marino)

    Voici comment Scego raconte cette « rencontre » avec les visages sculptées (en italien, le livre n’a pas - mais bienôt j’espère - été traduit) :

    «La mia testa ancora non ricordava nulla, ma il mio corpo aveva conservato in ogni centimetro di epidermide le immagine viste vent’anni prima duante la sagra a cui ero andata con Lorella, quell’antica collega di università, e sua madre.
    Davanti alla fontana riprovai quella sensazione di insopportabile disagio.
    Le due donne di tufo erano ancora lì, con lo sguardo sempre disperato. Sempre incatenate al palo della fontana, a seno nudo, con lo sguardo di chi sa che l’aspetta solo lo stupro.
    Anche la prima volta fui atterrita da quella visione. Lorella e sua madre si trascinavano verso la fontana, la madre gridava alla figlia: ’Riempimi il bicchiere.’ E poi mi guardava con aria colpevole e balbettava giustificandosi: ’E’ il vino dei Castelli, la sagra, è la tradizione, lo capisci?’ Io annuivo senza staccare gli occhi attoniti da quella calca che si gettava sulle due statue, sulle povere ragazze di tufo, ragazze legate al palo che nessuno - tranne me - vedeva.
    Scoprii solo in seguito che quella fontana fu costruita originariamente nel Diciassettesimo secolo e poi ricostruita dopo i bombardamenti della seconda guerra mondiale che l’avevano parzialmente distrutta. Fu la prima fontana di Marino a far sgorgare il vino.
    Era l’anno di grazia 1925 e la sagra nacque in quell’anno, a tre anni dalla marcia su Roma di Mussolini. Da allora ebbe inizio quella tradizione che soppiantò totalmente la sagra precedente dedicata alla Madonna. La fontana era chiamata dei Quattro Mori: secondo la vulgata delle enciclopedie consultate quando ancora non c’era internet e niente era disponibile con un clic, i mori erano pirati turchi. Ma lì non c’erano pirati, c’erano solo schiavi. Persone incatenate, disperate sole, piegate in una posa inumana. Le donne avevano i seni che tremavano per il terrore.
    Di quella fontana (mi bastò andare in biblioteca) scoprii altre cose: il nome di chi la ideò - #Sergio_Venturi -, e poi perché venne costruita. I marinesi volevano commemorare la #battaglia_di_Lepanto e #Marcantonio_Colonna, che ne fu uno degli artefici. Quella battaglia che contrappose cristianità e Impero Ottomano. Pensai che la parata che aveva visto era la commemorazione della sfilata trionfale di Marcantonio Colonna, una sfilata in cui le persone catturate erano il bottino di guerra, schiavi che i potenati si sarebbero divisi. Per un po’ quella fontana fu la mia ossessione. A causa sua, del resto, scelsi di inoltrarmi nel mondo dell’arte. Ma come ogni ossessione anche quella sfumò, pressata dalla mia quotidianità di allora fatta di esami, amori, piani per il futuro, incertezze che mi prendevano alla gola e non mi facevano respirare. O forse stavo solo dimenticando, perché è più facile rimuovere un dolore.
    Ma quel giorno, al matrimonio di Stefania, percepii di nuovo quello sguardo afflitto su di me.
    Ero ferma davanti alla fontana, come ferma lo era stata Lafanu Brown la prima volta che l’avevo vista, così come racconta in una sua lettera a Lizzie Manson, la sua prima istitutrice amica.
    ’Quelle donne, quelle mie antenate, perché noi discendiamo dalla sofferenza degli schiavi, vogliono che qualcuno dia loro voce. Oh Lizzie cara, lo vedo quanto si sforzano di protendersi verso di noi. Quando il loro busto si butta in avanti quasi per tuffarsi nel nulla. Baby Sue me lo ha raccontato una infinità di volte che lei, quando la tiravano fuori dalle segrete della nave negriera e poi la tenevano ferma in attesa del suo turno di essere violata, provava a divincolarsi e a buttarsi nell’oceano per trovare scampo a quell’incubo che nella sua Africa non aveva mai conosciuto. Baby è una orgogliosa Peul dell’entroterra, mai si era immaginata che potesse esistere qualcosa di più feroce di una iena affamata. Ma poi ha visto l’uomo bianco e ha capito che la crudeltà non ha limite. La mia Baby Sue, che ha trovato la calma in quelle sue torte zuccherate all’inverosimile. Perché solo quello zucchero poteva toglierle l’amaro che le impastava la bocca. lo stesso amaro che sento ancora sulla mia lingua.’
    Io ancora non sapevo niente di Lafanu Brown. Queste parole le avrei lette mesi dopo grazie ad Alexandria Mendoza Gil, una collega di Stefania anche lei invitata al matrimonio. Stefania era una ricercatrice, e dopo il matrimonio lei e il marito sarebbero partiti per gli Stati Uniti, per Salenius, dove viveva anche Alexandria. Lavorava nel dipartimento di storia dell’arte, e stava facendo una ricerca sulle artiste nere del Diciannovesimo secolo.
    Fu lei a posarmi una mano sulla spalla quando mi vide lì, davanti alle due donne incatenate, sull’orlo delle lacrime.
    ’Anch’io ho pianto la prima volta,’ mi disse in un inglese che odorava di manioca. ’Mia nonna è di Santo Domingo. Ho sangue nero nelle vene, come te. Questa fontana non può lasciarci indifferenti. E non ha lasciato indifferete nemmeno Lafanu Brown’.»

    (pp.79-81)

    #littérature #colonialisme #villes #post-colonialisme #post-colonial #toponymie

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    ajouté à la métaliste sur l’#Italie_coloniale :
    https://seenthis.net/messages/871953

    ping @cede

    • Affective Routes in Postcolonial Italy: Igiaba Scego’s imaginary mappings

      Current migratory flows from North Africa and the Middle East to Italy, combined with the presence of postcolonial diasporic communities as well as older cultural influences and exchanges harking back to the country’s strategic historical position in the Mediterranean, have been crucial factors in articulating a new discursive configuration of Italianità situated in a worldly perspective. We are witnessing a “Tout-Monde”, to borrow from Édouard Glissant’s poetics, a wordly-Italy, namely, a plurality of worlds exceeding national borders, a métissage of stories, languages and cultures where “single or exclusive root identities” make way for “rhizome or multiple identities”. This imaginary has been envisioned in recent postcolonial literary and visual cultural productions by migrant and African Italian authors. In particular, the work of Igiaba Scego, an Italian writer and journalist of Somali origins, challenges fixed notions of Italianness and national belonging by unveiling forgotten, concealed stories of other worlds (Somalia, Eritrea, Ethiopia) whose memories nonetheless prove to be foundational to the construction of Italian identity and culture. This article will examine the affective routes charted in Igiaba Scego’s latest works, specifically, the memoir La mia casa è dove sono (2010), the novel Adua (2015), and Roma Negata. Percorsi postcoloniali nella città (2014), a nonfiction book combining word and image in collaboration with the photographer Rino Bianchi, in which she retraces spatial and temporal itineraries of Italian and African symbolic places that “transform historical events in emotions, visions, lived experiences”. On the one hand, these relational and transformative affective routes represent emotional journeys in the mystified memory of Italian colonialism. On the other, they bring to light the ensuing legacy of contemporary disavowal of racism and gender violence, thus creating a productive narrative and visual remapping of her private relationship to the worlds she inhabits, which turns out to be both personal and collective.

      “But how can Death tell stories?” wonders Amal, a young African man who is shipwrecked on board of a fishing boat just before reaching the longed-for shores of Lampedusa after a strenuous trip from Libya. This story, which sounds so familiar in daily news reports, acquires the undertones of a bitter and fantastic fairy tale in La via del pepe. Finta fiaba africana per europei benpensanti (2014), a short novel by Massimo Carlotto illustrated with drawings by Alessandro Sanna, where Amal is engaged in a hallucinating dialogue with Death while all of his travel companions drown under his feet. As a body composed of water, resurfacing from the waves of the sea, Death takes on the shape of a beautiful aquatic woman who seduces him with alluring words towards the abyss where the drowned lie on a carpet of red sand.
      But Amal, whose name means “hope” in Arabic, is kept alive thanks to the salvific power of a handful of peppercorns given to him by his grandfather Boubacar Dembélé, “healer, sage, storyteller of the seventh pepper road and guardian of the secrets of foggara, the art of drilling wells in the desert”. Boubacar diverts lady Death with his story about an ancient law according to which women and men “can decide where to live, settle down, raise children and nothing or nobody can stop them. Not even death, if the trip helps to repair an injustice”. Embodying an allegorical Everyman coming from the South of the world, Amal decides to undertake his journey in search of a better life, because the White Man decided to fight his wars on his ancestral lands, plundering them and betraying his brothers, thus forcing the youth to leave. However, that ancient natural right that allows every woman and man to freely move and live wherever they wish seems no longer to hold value. For those who choose to travel out of necessity, only a few options become available: death by water, which represents “the new law”, or a wall of frontiers on the grounds of “Fortress Europe,” those borders and detention that prevent any legitimate movement across countries. Eventually, Amal survives the shipwreck, but once he reaches the Italian island of Lampedusa, nobody believes his story, as it is considered too African and, therefore, too ancient, fake, unreal, incomprehensible. He is sent back home to “some place in Mother Africa.” What place it is doesn’t matter because, for “European conventional thinkers,” everything in Africa appears to be the same. Even the people are all the same, and “their names have no meaning, no history, no memory, no identity”.
      Italian writer of Somali origins Igiaba Scego offers a contrapuntal response to this mordant but realistic fable – which proves to be fantastic and fake only to European conformists for whom African migrants’ lives are considered meaningless and their deaths ungrievable – as she poses the same question as Amal: Can Death tell stories? And whose stories? References in her texts to recent drownings of migrants trying to cross the Mediterranean Sea clearly show that those deaths bear witness, first of all, to an all-human inherent desire to travel and to change one’s condition:

      L’errance et la dérive, disons que c’est l’appétit du monde. Ce qui nous fait tracer des chemins un peu partout dans le monde. La dérive, c’est aussi une disponibilité de l’étant pour toutes sortes de migrations possibles. … La drive, c’est la disponibilité, la fragilité, l’acharnement au mouvement et la paresse à déclarer, à décider impérialement. Et l’errance, c’est ce qui incline l’étant à abandonner les pensées de système … L’errance a des vertus que je dirais de totalité: c’est la volonté, le désir, la passion de connaître la totalité, de connaître le « Tout-monde ». (Ibid.: 130)

      Glissant conceives of the Tout-monde – the ‘whole-world’ free of totalizing borderlines – in terms of drift, namely, a tendency towards movement aimed at tracing routes throughout the world in order to investigate it without claiming to dominate it in a colonialist fashion. Erratic or nomadic thought (la pensée de l’errance) encourages abandoning those systemic thoughts (les pensées de système) that have characterized Western colonialism, which are based on conventional notions of History, along with their corollaries of singular origin, traditional forms of identity, and North-South hierarchies of superiority and inferiority. This alternative approach over Westernized totalizing systems of thought leads to unexpected patterns of reflection and encounters open to subaltern and more inclusive perspectives. The notions of identité-racine and identités-rhizomes are foundational to his “poetics of Relation” that envisions composite identities, in contrast with European atavistic ones, in terms of interrelation, porosity, and proximity to the Other.

      Les identités a racine unique font peu à peu place aux identités-relations, c’est-à-dire aux identités-rhizomes. Il ne s’agit pas de se déraciner, il s’agit de concevoir la racine moins intolérante, moins sectaire : une identité-racine qui ne tue pas autour d’elle mais qui au contraire étend ses branches vers les autres. (Ibid.: 132)

      “Rooted identities” would stem from a creation myth based on filiation that claims its legitimacy on a territory. In contrast, “relational identities” would be based on an unpredictable experience of cultural contacts and exchanges shaped by the chaotic chain of relation that would make them not bound to any territory and open to ‘the thinking of errance’ and totality.
      From this perspective, the notion of the nation takes on a new configuration that is more cultural and less state-bound, thus transcending the idea of a historically over-determined sovereign political community, biologically determined and delimited within precise boundaries (cfr. Anderson 1991). For Glissant, the principles of errance, relation and unpredictability, are associated with the idea of a prophetic vision of the past – “la vision prophetique du passé” – according to which the past has not only to be narrated by the historian with an objective or subjective approach, but also to be imagined in a prophetic way for those communities and cultures whose past has been kept hidden or neglected (Glissant 1996: 86).
      In light of these reflections, it could be guessed that not only can death tell stories of denied rights and human desires – whether unfulfilled or not – it can also tell neglected accounts of common pasts and shared histories by digging up buried traces of untold stories for new imagined communities. Scego’s narratives rewrite history from the perspective of a prophetic vision of the past, as she tackles the issue of how migrations have been affecting and transforming contemporary Italy and Italian identity as a whole, in a temporal juncture that is widely known as postcolonial. “As a condition that exceeds national borders” (Lombardi-Diop and Romeo 2012: 2), the “Italian postcolonial” refers to a temporal continuum as well as a critical perspective that connects historical emigration and present-day mass immigration to the legacy of the Italian colonial past (see also Lombardi-Diop e Romeo 2016: 109-117).

      Loro lo sanno che l’Italia è meticcia. […] In Italia Annibale era passato con le sue truppe e suoi elefanti e da allora l’Italia è un po’ africana. Come del resto è un po’ araba, un po’ francese, un po’ normanna, un po’ austriaca, un po’ spagnola, un po’ somala, un po’ libica, un po’ eritrea, un po’ etiope, un po’ mondo. (Scego in Scego e Bianchi 2014: 135-36)

      Indeed, as Scego clearly points out, current migratory flows from North Africa and the Middle East to Italy, combined with the presence of postcolonial diasporic communities as well as older cultural influences and exchanges harking back to the country’s strategic historical position in the Mediterranean, have been crucial factors in articulating a new discursive configuration of Italianità situated in worldly perspective: a “Tout-Monde”, to borrow from Glissant’s poetics, a wordly-Italy, namely, a plurality of worlds exceeding national borders, a métissage of stories, languages and cultures where “single or exclusive root identities” would make way for “rhizome or multiple identities”.
      This imaginary, which has been envisioned in recent postcolonial literary and visual cultural productions by a significant number of migrant and African Italian authors, is widely explored in the work of Igiaba Scego, which challenges fixed notions of Italianness and national belonging by unveiling forgotten, concealed stories of other worlds (Somalia, Eritrea, Ethiopia) whose memories nonetheless prove to be foundational to the construction of Italian identity and culture. In her latest works, specifically, the memoir La mia casa è dove sono (2010), the novel Adua (2015), and Roma Negata. Percorsi postcoloniali nella città (2014), a nonfiction book composed in collaboration with the photographer Rino Bianchi, she traces affective routes and imaginary mappings that represent emotional journeys in the neglected memory of Italian colonialism as well as in its legacy in contemporary reconfigurations of race and gender issues.

      § Sheeko sheeko sheeko xariir. “Racconto… cammino”

      As the direct descendent of a nomadic culture, Igiaba Scego declares that to narrate for her means to walk, a movement aimed to explore alternative routes that redraw the historical and geographical, cultural and urban contours of her Italian hometown Rome:

      Cammino… Lo faccio sempre quando ho qualche pensiero. Cammino per le strade trafficate della mia Roma… Roma con i suoi segreti e i suoi deliri inconfessabili. Roma che non mi ha mai detto la verità fino in fondo. Cammino. Metto un piede dopo l’altro (Scego in Scego e Bianchi 2014: 13).

      As a modern flâneuse strolling along the busy streets of Rome, Igiaba embodies the figure of an urban spectator, an amateur detective that investigates the secrets and unspoken delusions of the city where she was born to Somali parents who had immigrated to Italy following Siad Barre’s 1969 coup d’état. This association between the drive to unfold a tale and the need to walk is reiterated in her memoir La mia casa é dove sono, which, from the very title ‘My Home is Where I Am’, points to the migrant/nomadic dimension of the existential condition of the writer. Coping with her diasporic identity as a black Italian, Scego compares herself to a crossroads, a bridge, a tightrope walker, until she identifies herself with her story and her feet: “Sono un crocevia, mi sa. Un ponte, un’equilibrista, una che è sempre in bilico e non lo è mai. Alla fine sono solo la mia storia. Sono io e i miei piedi… Si, i miei piedi” (Scego 2010: 31). Her double identity and belonging leads her to trace a map of her existence torn between two cultures and places: Rome, the metropolis with its historically stratified architecture, homeland of her autobiography, and Mogadishu, the former colony pervaded with the memories of Somali oral culture representing the motherland of her family origins. Igiaba Scego charts literal and metaphorical maps in order to weave the web of her life experiences turned into a sort of visual narrative. In so doing, she inscribes an emotional and subjective dimension onto geographical and historical spaces, which are thereby represented as maps of moving affects able to transform places in routes and trajectories of personal stories (see Benini 2014: 479).
      The writing of her story begins in the sign of movement and nomadism with the memory of the Somali tales and fables told by her mother:

      Sheeko sheeko sheeko xariir…Storia storia o storia di seta…
Così cominciano tutte le fiabe somale. Tutte quelle che mia madre mi raccontava da piccola. Fiabe splatter per lo più. Fiabe tarantinate di un mondo nomade che non badava a merletti e crinoline. Fiabe più dure di una cassapanca di cedro. Iene con la bava appiccicosa, bambini sventrati e ricomposti, astuzie di sopravvivenza. Nelle fiabe di mamma non esistevano principesse, palazzi, balli e scarpine. Le sue storie riflettevano il mondo in cui era nata lei, la boscaglia della Somalia orientale dove uomini e donne si spostavano di continuo in cerca di pozzi di acqua. “La casa ce la portavamo sulle spalle” mi diceva sempre. (Scego 2010: 9)

      Like Somali fables describing tales of survival, journeys and relocations, Scego’s story unfolds in her memoir as the members of her family scattered across Europe reunite in one of the centers of Somali diaspora in an attempt to recall the urban fabric of their native city Mogadishu, destroyed by civil war following a cruel history of colonizations, wars and dictatorships. The family members begin to draw their personal map of Mogadishu overtaken by an inexplicable feeling that the writer defines as saudade, a kind of melancholia that is experienced after the loss of one’s own motherland: “una sorta di malinconia che si prova quando si è stati molto felici, ma nell’allegria si insinua un sottile sapore di amaro. … saudade di esiliati dalla propria madre terra” (ibid.: 13). The notion of saudade, that feeling of diasporic exile expressed through longing for lost loved objects and places, or through lingering on past events, seems to echo a form of “melancholizing” as a practice of knowledge (see Flatley 2008: 2; Sarnelli 2015: 151-155).
      Interestingly, the loss of Somalia corresponds to a creative act of imagination aimed at recreating memorable places from the dead city of Mogadishu, now haunted by ghosts, with collective and individual memories of lived experiences. At the same time, the funereal sites of Mogadishu, from roads to monuments and objects, reveal a forgotten history of other places, streets, schools, theatres, restaurants that bear the mark of Italian colonial presence in Africa: “L’Italia stava dappertutto nei nomi delle vie, nei volti dei meticci rifiutati. E l’Italia non ne sapeva niente, non sapeva delle nostre vie con i suoi nomi, dei nostri meticci con il suo sangue” (Scego 2010: 27). Indeed, the refusal to account for colonial history is part of a process of cultural amnesia well-known in Italian intellectual debate, as Italian historiography has only recently started to acknowledge its colonial archives (Lombardi-Diop and Romeo 2012: 8).
      Significantly, the map proves to be incomplete for the narrator, for whom Rome and Mogadishu represent two hometowns, interwoven and yet separated, one including the other (ibid.: 11). For this reason, she decides to draw her imaginary map by attaching some post-it notes to the map of Mogadishu, on which she writes the names of six places and monuments of Rome: Teatro Sistina, Piazza Santa Maria sopra Minerva, stele di Axum, Stazione Termini, Trastevere, Stadio Oimpico. These sites reveal traces of colonialism during fascism while evoking, at the same time, Scego’s personal memories of her family and her life path. Thus, Teatro Sistina summons the memory of her father, who visited the theater in the 1950s as a minister of foreign affairs during the Italian trusteeship, and which was the place where he fell in love with Nat King Cole and Rome, the city he was eventually forced to move to following the dictatorship. To Scego, this site is a reminder of why she was born in Rome: “Io e i miei piedi siamo nati a Roma perché mio padre si è inamorato di Nat King Cole” (ibid.: 36). Piazza Santa Maria sopra Minerva becomes the opportunity for the narrator to tell the story of her mother, a nomad who made the journey from the African savannah to Mogadishu, and from there to Rome, undergoing various abuses, including genital mutilation. The stele of Axum and Stadio Olimpico evoke those monuments built to celebrate the grandeur of fascist imperial power during which her grandfather worked as an interpreter for the regime, while the barefoot Ethiopian marathoner Abebe Bichila ironically won the 1960 Olimpic Games (in this respect, see Scego 2016: 99-105). Finally, Trastevere and Roma Termini come to represent places that tell stories of cross-Mediterranean migration, stories of death and survival of the many migrants from the Horn of Africa.
      By overlapping multiple territories, both her dual identities and the histories of Italy and Somalia become intertwined in a reterritorialized mapping that includes the multiple layers of her belongings. As Jonathan Flatley has argues, “affective mapping” is an aesthetic practice aimed to represent “the historicity of one’s affective experience”, through which a political issue can be transformed (Flatley 2008: 4). A map is meant to be not so much the charting of a territory, but rather a tool providing a feeling of orientation, and soliciting mobility in order to trace “the paths, resting places, dead ends, and detour we might share with those who came before us” (ibid.: 7). Completing the map of Mogadishu with post-it notes portraying overlapping sites of the city of Rome has the result of creating affective routes that, on the one hand, question the Italian collective political amnesia of its colonial past and, on the other, remap a world of the stories, rituals and languages of the Somali diaspora.
      The landmarks constituting Scego’s rhizomatic imaginary maps, made of autobiographical elements entwined with those political events connecting Africa and Italy that have been repressed by official historiography, are re-proposed with new vigor in Roma Negata. Percorsi postcoloniali nella città (2014), a nonfiction book combining words and images in collaboration with the photographer Rino Bianchi. The book is an attempt to recover from oblivion a neglected colonial past that nonetheless manifests uncannily in the public places of the Italian capital. Scego’s words and Bianchi’s images revisit some of the symbolic sites in Rome – monuments, buildings, streets, and place names – that bear traces of the Italian colonial enterprise in the Horn of Africa after Italian unification and during fascism. Indeed, during the 1930s, social and cultural practices of Italian every-day life were pervaded with the celebrative presence of the overseas colonies due to an obsessive political propaganda, that permeated the school system with book covers displaying images of East Africa, extended into cinema and the newsreel that publicized and made Italians acquainted with exotic cities like Adua, Macallè, Asmara, Merca, Mogadishu, and shaped mainstream media, the newscast and popular games. After the fascist regime ended, that African presence made so strong by an intrusive colonial dispositive has been discarded, ignored and forgotten (Scego in Scego e Bianchi 2014: 21). The postcolonial diasporic communities that have transformed the ethnic configuration of Rome and other Italian cities since the 1970s, as well as present-day migrants coming from the Italian former colonies of Eritrea, Somalia, Libya, and Ethiopia, are a reminder of that past connecting Italy to Africa, and yet they are not recognized as belonging to a common history. Actually, the oblivion of the colonial past is symbolically associated with the disclaimed historical responsibility on behalf of Italy towards African migrants, especially Eritreans and Somalis, attempting the crossing of the Mediterranean nowadays. If for African refugees Italy represents their motherland, since Italy has left its visible imprint in the former colonies, from architecture and place names to the educational system, culture and language (ibid.: 37), for most Italians those migrants, far from being perceived as part of their history, are reduced to a sort of universal stereotype, supported by media, which portrays them as the wretched fleeing from war, dictatorship and famine, the destitute without any past, present or future to claim.

      Ancora oggi i giovanissimi Somali che sbarcano a Lampedusa su barconi sempre più fatiscenti sanno di essere approdati in un paese che ha fatto, nel bene e nel male, parte della storia della loro terra… mi chiedevo se l’Italia avesse la stessa consapevolezza dei somali e degli eritrei di Lampedusa. Conosceva la sua storia l’Italia? (ibid.: 104)

      Working against the erasure of Italy’s historical relation to Africa from Italian national memory, Scego and Bianchi rewrite Italian history through a creative remapping of the urban space of Rome, symbolic city and capital of imperial power. They fulfill their project thanks to a dual practice: on the one hand, they fill in the voids of a denied past by recovering those colonial traces that still linger disseminated in the public arena of monuments, buildings, and squares. On the other, they re-appropriate and re-signify those sites by observing them with a new gaze that aims to be no longer celebrative of colonialism, but critical. Their work tries to subvert the “toxic narration” (ibid.: 128) that the Italian national rhetoric has divulged in order to justify its ferocious colonial enterprise, like the self-absolving myth of “Italiani brava gente” and “tramp imperialism”, which have been considered not comparable, in duration and brutality, to the French and British colonizations:

      Ahi, il colonialismo italiano ferita mai risanata, ferita mai ricucita, memoria obliata.
Quel colonialismo italiano che si fingeva buono […], ma che aveva sterminato quanto e a volte più degli altri colonialismi. Pensai in un lampo alle vittime dell’iprite in Etiopia. Alle vittime di quella guerra orrenda voluta da Benito Mussolini. Poveri corpi lacerati dalla chimica. […] Pensai alle donne eritree e somale costrette a vendersi (se non direttamente vittime di stupro) al padrone italiano. Pensai ai campi di concentramento, come quello di Danane, dove povera gente finiva ed esauriva la propria vita tra percosse e fame. Pensai ai corpi decapitati, impiccati, violati. (Scego in Scego e Bianchi 2014: 18)

      Scego deconstructs the ideological premises of a colonialism that proved to be as vicious and ruthless as that of other European counterparts by bringing to light its horrors. At the same time, she unmasks those contemporary race and gender prejudices and stereotypes that are a direct entangled legacy of that repression. This project entails a politics of location that posits her at the intersection of trajectories that originate from specific places in Italy, since they represent a starting point for alternative routes:

      [S]ono ossessionata dai luoghi. È da lì che dobbiamo ricominciare un percorso diverso, un’Italia diversa. Io sono figlia del Corno d’Africa e figlia dell’Italia. Se sono nata qui lo devo a questa storia di dolore, passaggio e contaminazione. Non la posso dimenticare IO questa storia. Non la voglio dimenticare. Per questo forse, a modo mio, la racconto. Per questo forse cammino (Ibid.: 25).

      In a complex mapping connecting space, memory, narration and a sort of erratic thinking (Glissant’s la pensée de l’errance) implied in the act of walking, Scego retreads some of the public sites visited in La mia casa è dove sono. Among them, Piazza Porta Capena becomes a melancholic empty space marked by the absence left by the “Stele of Axum”, an obelisk stolen from Ethiopia by the fascist regime in 1937 as war booty following the Italian conquest of the colony, and erected in the square of the capital to celebrate the fifteenth anniversary of the March on Rome as a glorification the “new Roman empire”. The monument, which was returned to Ethiopia only in 2005 after long and embarrassing negotiations, has been replaced by two columns representing a memorial to the victims of the September 11th terrorist attacks. Interestingly, they represent different tragedies that nonetheless bear witness to first and secondhand memories (“memories di serie A” and “memorie di serie B”, as Scego points out). What is missing in this substitution is the commemoration of the victims of Italian colonialism; in other words, Africa is missing. That empty space in Piazza Porta Capena thus becomes a symbol of the Italian failure to recognize its historical responsibility towards its former colonies, which is reflected in the present-day mismanagement of the so called ‘refugees-migrants emergency’ as well as in its incapability/unwillingness to commemorate officially the many victims of the shipwrecks off the coasts of Lampedusa (Scego in Scego e Bianchi 2014: 34-48).
      On the other hand, this connection resurfaces in the ‘Operation Mare Nostrum’, the military and humanitarian operation aimed to search for and rescue migrants lost at sea and to arrest their smugglers, which recalls the ancient Mare Nostrum, an expression first used by Romans to define the Mediterranean as the center of Greco-Latin culture and the dominions of their empire, and later reutilized by fascists to reclaim their legacy to the glorious Roman Empire and establish Italy’s power over the Mediterranean. As Scego comments: “Mare Nostrum era un mare di Guerra. E anche a distanza di secoli il significato era rimasto immutato. La Guerra, invece di essere mossa contro gli eserciti, viene oggi perpretata ai danni dei migranti, la vera e unica carne da macello di questa globalizzazione che dall’Arabia Saudita agli Stati Uniti miete vittime ad ogni sospiro” (ibid.: 36).
      Like the Stele of Axum, the Stele of Dogali witnesses another story of violence and neglect. Erected in front of Termini Station and then moved to the Terme di Diocleziano in 1925, the monument was meant to commemorate the 1887 Battle of Dogali in Eritrea, where 430 Italian soldiers died defeated. Even before fascism indeed, the young Italian nation (1861) was engaged in the colonial enterprise in order to earn its own “place in the sun” in the Scramble of Africa with other European states (Eritrea was the first colony founded in 1890, Somalia followed in 1908, Libya in 1934, and Ethiopia in 1935. In 1941 the colonies passed under the British protectorate, and in 1947 were granted independence). The insurrection of Eritreans against the colonizers, with the subsequent massacre of Italian soldiers, was transfigured into an epic act of heroism and patriotic sacrifice, so much so that the dead soldiers, who were bravely amounted to 500, were dedicated a memorial in the square named after them, Piazza dei Cinquecento.
      However, the Piazza dei Cinquecento, located in front of the main train and bus stations, is also first and foremost the paradigmatic site of travel and exchange, redefined by Scego in a postcolonial perspective as a new Babel, a crossroads of migrants, cultures and languages:

      È questo il vero ombelico di Roma, quasi più del Colosseo, qui dove in una Babele folle le lingue si intrecciano e si contaminano con la lingua di Dante. E chi lo immaginava che proprio questa piazza babilonia fosse legata alla storia del colonialismo italiano? Infatti i cinquecento citati nel nome della piazza sono i cinquecento caduti di Dogali. Non so bene quando l’ho scoperto. Forse l’ho sempre saputo. E forse anche per questo, per un caso fortuito della vita, è diventata la piazza dei somali, degli eritrei, degli etiopi e anche di tutti gli altri migranti. Una piazza postcoloniale suo malgrado, quasi per caso. Perché è qui che la storia degli italiani in Africa orientale è stata cancellata. (Scego in Scego e Bianchi 2014: 68)

      Scego’s words are transcodified in a picture by Rino Bianchi portraying Amin Nour, a Somali Italian actor, standing on a sort of pedestal at the center of the Piazza dei Cinquecento with his back against Termini station, a place of arrivals and departures. His gaze is also turned away from the station, looking forward, towards a de-territorialized elsewhere.

      As has been widely shown by scholars and postcolonial writers and artists, the notion of Italianità is unattainable for black Italians due to the racialist and biologist definitions of national identity harking back to the colonial period, which are based exclusively on whiteness. However, as Lombardi-Diop and Romeo have argued, migrants to Italy both from former Italian colonies and from other colonized territories are today articulating a shift in the conceptualization of race that challenges the very idea of Italianness (Lombardi-Diop and Romeo 2012: 10), introducing a new and postnational perception of Italian identity that is meant to be based not on legal status, in spite of the principle of ius sanguinis, but rather on new ways of being Italian through participation in shared everyday experiences and cultural practices. Since contemporary racism in Italy, with its stereotypical representations and xenophobia towards the Other, are a direct legacy of colonialism, a revision of that past is a necessary critical tool in order to imagine a new community: “Solo prendendosi in carico il passato si può costruire un paese davvero meticcio, un paese dove l’individuo venga valutato in quanto essere umano e non in quanto stereotipo” (Scego in Scego e Bianchi 2014: 125).
      In an attempt to reappropriate and resignify those spaces denied to the Italian collective unconscious, Scego and Bianchi remap the city by following a route made of monuments, traces, and above all faces. Indeed, as Scego underlines in Roma negata, the text is subsidiary to the gaze. Therefore, each monument they revisited is photographed as a backdrop against which a person coming from Africa, that place that was first invaded and then forgotten, stands out. The bodies photographed in Bianchi’s pictures become foundational to their project of rediscovery of the city, which involves reconfiguring the metropolitan stratification of Rome against the grain of dominant historiography, thus bringing to light subaltern views and forgotten traumas, like traces in a palimpsest.
      The black and white of the pictures points to a temporal and spatial distance that nevertheless comes back to be embodied in those human figures inhabiting the present-day urban spaces of the Italian city. The project is aimed at producing a sense of estrangement and disorientation in the spectator/reader as s/he is compelled to confront a common past that has always been there but which has been removed, and is now resurfacing uncannily in the faces of the ‘new Italians’ – black Italians, mixed race, migrants – occupying those public spaces. “Occupare uno spazio è un grido di esistenza” (Scego in Scego e Bianchi 2014: 125), as Scego states, and indeed the photographed bodies, who have been moved by the feeling of buufis to migrate to Italy from the Horn of Africa for different reasons, claim their own stories and identities, their dignity as human beings, their dreams for a co-existential space in a country that is called upon to be less racist and more open to diversity. Bianchi’s pictures give back an image of Italian culture that is distorted and truthful at once, an image that turns out to be both an inverse and a reflected mirrored picture of Italian national rhetoric (see Benvenuti 2015: 119), thus opening up a critical space for a post-national perspective.
      As Scego underlines, the subject in Bianchi’s pictures is never turned into object, rather he/she appropriates and affirms his/her subject position by occupying a common public space and bringing his/her story into the field of vision.

      This picture lays bare another uncanny connection between Italy and Africa, as it portrays a female subject standing on the backdrop of Cinema Impero in Rome, a movie theatre that was built during the fascist era, in 1936, and then closed in 1983. The façade of Cinema Impero in Tor Pignattara is similar to that of Cinema Impero in Asmara, Eritrea, which was built by colonial authorities in 1937 and named after Mussolini’s proclamation of the Italian Empire in East Africa. The cinema in Rome, unlike its twin in Asmara, is now a ghost building, abandoned and in a state of neglect, thus symbolizing the denial of Italian colonialism in Italy, though its memory is still present in the Eritrean capital. For a few years, Cinema Impero in Rome has provided shelter for migrants and refugees of different origins, including Eritreans, but it has never become a center of intercultural cohabitation (Scego in Scego e Bianchi 2014: 36). Rino Bianchi’s picture seems to accomplish this purpose, by envisioning the possibility of turning this run-down site into a laboratory of educational exchange. For this reason, the subject of the photo is Ruth Gebresus, an Italian Eritrean operator of art teaching, visual and reading education, engaged in designing laboratory courses on the teaching of languages and visual experimentation.
      The role of women in Bianchi’s photography takes on a significant connotation as it unveils the gender-race dynamics operating during colonialism that still linger in different ways in contemporary everyday practices. Indeed, the existing stereotypical representations of black women in Italy date back to Italian imperial propaganda that publicized deceptive ideological discourses aimed to legitimize the colonial enterprise. Among them, a persistent myth was the European imaginary associating black women to African virgin lands to penetrate and dominate. Anne McClintock has defined this European colonial tradition as “porno-tropic” (McClintock 1995: 22), whereby foreign lands and their people were feminized and erotized in order to make them appear as desirable territories of conquest, thus bolstering a discourse of masculine sexual aggression as a means of exercising power over colonized lands. This imaginary resulted in the stereotypical representation of black women as “Black Venuses”, namely, as lascivious and sexually available bodies that were both menacing and dangerous because of their primitive Otherness. Actually, as Scego observes (ibid.: 64), this fantasy of colonial exploration/domination masked atavistic fears of castration on behalf of white men towards a devouring untamed black sexuality that, for this reason, had to be subjugated. This imaginary was used in Italian propaganda to lure soldiers into moving to the colonies in service of the Empire, so as to import the virility of Italian men and their superior race and civilization. However, this view of an alluring black female engaging in sexual activity and promiscuity with white men was problematized after it was censored by the Italian State with the first fascist law on madamismo and meticciato that forbade interracial relationships after the introduction of apartheid laws in 1937 (ibid.: 107).
      As has been noted, the image of the Black Venus was immortalized in the form of photographs, postcards, and paintings, that circulated officially and unofficially to give visual shape to colonial culture for audiences in Italy (see Ponzanesi 2016: 376). These colonial representations still linger in contemporary culture where women, as Scego’s personal experience demonstrates, are addressed with sexist and racist epithets like “faccetta nera, cioccolatino, negrettina, caffettino” (Scego in Scego e Bianchi 2014: 106).
      In one of Bianchi’s pictures a black woman, Sofia Mohamud, stands against a fascist inscription engraved on Ponte Principe Amedeo di Savoia-Aosta in Rome, dedicated to the valor of the imperial enterprise in Italian East Africa.

      In this photograph, the association between ‘woman to rape’ and ‘land to subjugate’ is deconstructed through the female body’s postural attitude, as her slightly smiling face questions false racist and misogynist myths with a mocking and yet clearheaded air. Another picture portrays a woman whose melancholic gaze looks from a distance at an image of herself, imposed from outside, which she wants to leave behind. The photographed woman is Tezeta Abraham, Ethiopian-Italian model and actress, finalist at the national beauty contest “Miss Italia” in 2010.

      Actually, Tezeta’s presence seems to subvert the alluring representation of the beautiful black woman embodied by Eritrean top model Zeudi Araya. Elected miss Ethiopia in 1969, she became an erotic icon of the exotic soft-core cinema that was very popular in 1970s Italian culture (see Rosetta Giuliani Caponetto 2012: 191-199). Not by chance, the protagonist of Scego’s last novel Adua (2015) is a Somali woman who decides to move to Italy in the 1970s with the promise to work as an actress in the film industry and ends up acting in soft porn movies, thus corroborating once again the embodiment of the myth of the Black Venus. Significantly, Adua (the female protagonist of Scego’s novel), as well as Tezeta in Bianchi’s picture, undermine this imaginary by remapping their bodies as free form cultural stereotypes.
      Igiaba’s Scego’s Adua tackles intersected issues of race and gender on the wake of these reflections. The novel portrays three historical stages: Italian colonialism during the fascist period, the transition between the Italian Trusteeship Administration in Somalia (AFIS 1949-60) and Siad Barre’s dictatorship in the1970’s, and cross-Mediterranean migrations in contemporary Italy. These time-spanned events are poetically interlaced in an affective itinerary traced through the emotions, visions and life experiences of Adua and her father, who symbolically named her daughter after the first African victory over Italian colonizers (the Battle of Adwa in 1896).
      Like the female figures portrayed in Bianchi’s pictures, Adua is a woman living in present-day Rome following the Somali diaspora in the 1970s. Significantly, she tells her story to the only interlocutor able to listen to it: the sculpture of the Elephant underpinning an Egyptian obelisk in Piazza Santa Maria sopra Minerva designed by the Italian artist Gian Lorenzo Bernini. Once again, a monument reveals traces of the African presence in Italy. Moreover, the Elephant comes to represent an intimate connection for diasporic and migrant subjects with their motherland by virtue of its mutual existential condition of exile from Africa. Like in a Somali fairytale, Adua tells her marble friend stories within stories entwining colonialism and generational migrations.
      Her tale alternates with that of her father who worked as a translator for the fascist regime in Rome in the 1930s. Switching to a different linguistic register and narrator, the experience of colonialism, with its corollaries of crimes, violence and racism, is filtered through the perspective of a colonized subject, Zoppe, who is emblematically portrayed as a soothsayer, a mediator between the visible and the invisible world, between the present and the future. By virtue of his visionary gift, he predicts the horrors perpetrated by the Italian imperialist campaign. Interestingly, his inability to communicate his experience of submission to a racist colonial system is expressed in his failure, years later, to engage in an affectionate relationship with his daughter, who eventually decides to leave and move to Italy.
      Adua is impelled to migrate for several reasons: she feels the need to flee a political dictatorship and the male chauvinist tradition embodied by her father’s rigid education (the practice of infibulation she is forced to undergo becomes paradigmatic of this patriarchal tradition), but also she is moved by the aspiration to pursue her “Italian dream” represented by her desire to become a movie star. Unfortunately, her only movie will be Femina Somala, whose title recalls the colonial novel by Gino Mitrani Sani (1933) portraying the black female body as a “thing” to penetrate so as to satisfy men’s carnal needs. Indeed, Adua experiences the literal and metaphorical rape and vilification reserved to black women in Western contexts, in which they are almost exclusively assigned the role of shermutta (“prostitute” in Somali) or are associated with the sexist image of exotic/erotic objects available for the pornographic gaze of white masculinity (Scego’s novel Rhoda represents another example of this imaginary).
      However, the present-day existential condition seems to grant Adua a form of redemption. Living in Rome as a mature woman in 2013, Adua copes with her past by exchanging protection and affection with a young immigrant, Ahmed, who had gone ashore in Lampedusa after surviving the deadly Mediterranean crossing, thus creating a link between the first Somali diaspora and the most recent immigrations. As she confides to the statue of the Elephant, the tuning point of her story takes place in the Piazza dei Cinquecento. In this paradigmatic square, Adua undergoes a symbolic regeneration from the many forms of slavery she has gone through. Indeed, she frees herself from the weight of colonial memory, with its legacy of prejudices and false myths, and contemplates the possibility of narrating her own story. The camera she is given by Ahmed before he leaves her in order to reach a northern European destination is a symbolic tool of this rebirth: like Rino Bianchi’s photography, the camera allows her to film herself as a subject rather an object to be exploited, starting from her own desires, thus giving shape to an image of herself free of oppressive representations as well as past feelings of shame and remorse. And it is not by chance that the novel ends in the symbolic square of the Piazza dei Cinquecento, a place where colonial traces overlap with contemporary migrations, a “non-place” of arrivals and departures where migrant identities get lost and intersect in a constant flow of encounters and new beginnings.
      In Scego’s narratives, places and monuments play an important role, as they are considered as not simply backgrounds crystallized in silent simulacra, but rather as living entities participating in a precarious contemporaneity that hangs over in a “present imperfect” temporality, a time in between a past that still lingers in the present (Grechi e Gravano 2016: 34). As Lombardi-Diop has enlightened: “Il nostro presente è imperfetto in quanto il nostro passato coloniale non è in alcun modo remoto ma è un passato prossimo, prossimo in almeno due sensi: prossimo nel senso di vicino al presente, e prossimo nel senso di venturo, poiché è a partire dall’analisi del rapporto tra passato e presente che si gioca il futuro dei rapporti sociali nell’Italia postcoloniale” (Lombardi-Diop 2016: 45).
      In light of these reflections, Scego proposes what Giulia Grechi and Viviana Gravano have defined as an “affective archive” of “(post)colonial imaginaries”, aimed at creating a shared archive constituted by private, intimate memories, as well as documents and materials pertaining to Italian colonialism:

      L’archivio che Immaginari (post)coloniali propone parte da un dono che porta con sé un racconto, che genera a sua volta una promessa e una possibilità. C’è in tutto questo una dimensione di coralità, che consente l’emersione di una comunità estemporanea, disseminata e diasporica, una “comunità che viene”, attraverso quei nodi relazionali che sono le cose private, intime, intrise della memoria del colonialismo italiano (Grechi e Gravano 2016: 35).

      In this perspective, Igiaba Scego retraces spatial and temporal itineraries of Italian and African symbolic places that “transform historical events into emotions, visions, and lived experiences”. On the one hand, these relational and transformative affective routes represent emotional journeys in the mystified memory of Italian colonialism. On the other, they bring to light the ensuing legacy of contemporary disavowal of racism and gender violence, thus creating a productive narrative and visual remapping of her private relationship to the worlds she inhabits, which turns out to be both personal and collective.

      References

      Anderson, B. (1991). Imagined Communities. Reflections on the Origin and Spread of Nationalism. London: Verso.
      Benini, S. (2014). “Tra Mogadiscio e Roma: Le mappe emotive di Igiaba Scego”. Forum Italicum, Vol. 48(3), 477-494.
      Benvenuti, G. (2015). “Memoria e métissage nel romanzo italiano postcoloniale e della migrazione”, in M. B. Romœuf & F. Manai (a cura di), Memoria storica e postcolonialismo: il caso italiano. Peter Lang: Bruxelles, 115-137.
      Caponetto, Rosetta G. (2012). “Blaxploitation Italian Style. Exhuming and Consuming the Colonial Black Venus in 1970s Cinema in Italy”, in C. Lombardi-Diop and C. Romeo (eds.), Postcolonial Italy: Challenging National Homogeneity. New York: Palgrave Macmillan, 191-203.
      Carlotto, M. e A. Sanna. (2014). La via del pepe. Finta fiaba africana per europei benpensanti. Roma: Edizioni E/O.
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      Glissant, É. (1996). Introduction à une poétique du divers, Paris: Gallimard.
      Grechi, G. e V. Gravano. (2016). “Immaginari (Post)coloniali. Memorie pubbliche e private del colonialismo italiano”, in G. Grechi e V. Gravano (a cura di), Presente imperfetto. Eredità coloniali e immaginari razziali contemporanei. Milano: Mimesis, 23-37.
      Lombardi-Diop, C. (2016). “Teoria e grammatica della razza. Il passato prossimo del razzismo coloniale”, in G. Grechi e V. Gravano (a cura di), Presente imperfetto. Eredità coloniali e immaginari razziali contemporanei. Milano: Mimesis, 45-53.
      Lombardi-Diop, C. e C. Romeo. (2016). “Manifesto del postcoloniale italiano”, in G. Grechi e V. Gravano (a cura di), Presente imperfetto. Eredità coloniali e immaginari razziali contemporanei. Milano: Mimesis, 109-117.
      Lombardi-Diop, C., and C. Romeo. (2012). “Introduction: Paradigms of Postcoloniality in Contemporry Italy”, in C. Lombardi-Diop and C. Romeo (eds.), Postcolonial Italy: Challenging National Homogeneity. New York: Palgrave Macmillan, 1-29.
      McClintock, A. (1995). Imperial Leather: Race, Gender, and Sexuality in the Colonial Context. New York: Routledge.
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      Scego, I. (2015). Adua. Firenze: Giunti.
      Scego, I. (2010). La mia casa è dove sono. Milano: Rizzoli.
      Scego, I. (2004). Rhoda. Roma: Sinnos.
      Scego, I. e R. Bianchi. (2014). Roma negata. Percorsi postcoloniali nella città. Roma: Ediesse.

      https://www.roots-routes.org/affective-routes-postcolonial-italy-igiaba-scegos-imaginary-mappings-l

  • Quand les villes suent

    Le changement climatique provoque de plus en plus de vagues de #chaleur. Ce sont les villes qui en souffrent le plus. En été, elles enregistrent davantage de jours de #canicule et de #nuits_tropicales. Pour se rafraîchir, elles misent sur la #végétalisation, la multiplication des #plans_d’eau ouverts et une bonne #circulation_de_l’air dans les quartiers.

    En été, lorsqu’il fait chaud, les jets d’eau de la Place fédérale de Berne ravissent autant les touristes que les locaux. Devant les grandes façades de grès du Palais fédéral et de la Banque nationale, des enfants s’ébattent entre les 26 jets d’eau qui représentent chacun un canton suisse. Trempés jusqu’aux os, ils s’allongent à plat ventre sur le sol en pierre chaud pour se faire sécher. Aux terrasses des restaurants, au bord de l’Aar et aux stands de glaces, on respire une atmosphère méditerranéenne. Et c’est un fait : du point de vue climatique, les villes de l’hémisphère nord deviennent de plus en plus méridionales. Une étude de chercheurs de l’ETH de Zurich, qui ont analysé les changements climatiques prévus ces 30 prochaines années pour 520 capitales, le démontre. En 2050, le climat de Berne pourrait être le même que celui de Milan aujourd’hui. Londres lorgnera du côté de Barcelone, Stockholm de Budapest et Madrid de Marrakech.

    En Suisse, les derniers scénarios climatiques prévoient une hausse des températures estivales de 0,9 à 2,5 degrés Celsius. Par conséquent, le nombre de jours de canicule (dès 30°C) continuera d’augmenter, mettant à rude épreuve surtout les villes, qui deviennent de véritables #îlots_de_chaleur. Enfilades de maisons sans #ombre et #places_asphaltées réchauffent fortement l’atmosphère. La nuit, l’air refroidit peu, et les « nuits tropicales » (lorsque le thermomètre ne descend pas au-dessous de 20°C) se multiplient.

    Des #arbres plutôt que des #climatiseurs

    En Suisse, le chef-lieu du canton du Valais, #Sion, est particulièrement touché par la hausse de la chaleur : dans aucune autre ville suisse, les températures n’ont autant grimpé au cours de ces 20 dernières années. Le nombre de jours de canicule est passé de 45 à 70 depuis 1984. Il y a six ans, le chef-lieu a lancé un projet pilote soutenu par la Confédération, « #AcclimataSion ». Le but est de mieux adapter l’#aménagement_urbain et les normes de construction au changement climatique, explique Lionel Tudisco, urbaniste de la ville. Le slogan qui accompagne le projet est le suivant : « Du vert et du bleu plutôt que du gris ». Dans l’espace public, on mise sur une végétalisation accrue. « Un arbre livre la même fraîcheur que cinq climatiseurs », souligne l’urbaniste. À l’ombre des arbres, on enregistre en journée jusqu’à sept degrés de moins qu’aux alentours. Le « bleu » est fourni à la ville par les cours d’eau, fontaines, lacs ou fossés humides : « Ils créent des microclimats et réduisent les écarts de température ». Ces mesures visent non seulement à réduire la chaleur en ville, mais aussi à atténuer le risque d’inondations. Car le changement climatique accroît aussi la fréquence des fortes précipitations. Les Sédunois l’ont constaté en août 2018, quand un orage violent a noyé les rues basses de la ville en quelques instants.

    La réalisation phare d’« AcclimataSion » est le réaménagement du cours Roger Bonvin, une promenade située sur la tranchée couverte de l’autoroute. Avant, cet espace public de 500 mètres de long était peu attrayant et, avec ses surfaces imperméabilisées, il était livré sans protection aux rayons du soleil. Aujourd’hui, 700 arbres dispensent de l’ombre et des promeneurs flânent entre les îlots végétalisés. Une plage de sable et un vaste espace où s’asseoir et se coucher créent une atmosphère de vacances. Des enfants barbotent dans des bassins.

    #Points_chauds sur les #cartes_climatiques

    Dans les grandes villes suisses aussi, le changement climatique préoccupe les autorités. La ville de #Zurich s’attend à ce que le nombre de jours de canicule passe de 20 à 44, et veut agir. « Notre but est d’éviter la #surchauffe sur tout le territoire urbain », explique Christine Bächtiger, cheffe du département municipal de la protection de l’environnement et de la santé. Concrètement, il s’agit de réduire autant que possible les surfaces goudronnées ou imperméabilisées d’une autre manière. Car celles-ci absorbent les rayons du soleil et réchauffent les alentours. La ville souhaite aussi décharger certains quartiers où la densité d’habitants est forte et où vivent de nombreux seniors, particulièrement sensibles à la chaleur. On envisage d’étoffer le réseau de chemins menant à des parcs ou à des quartiers moins chargés. Par rapport à d’autres villes, Zurich jouit d’une topographie favorable : trois quarts des zones habitées urbaines bénéficient d’un air frais qui arrive la nuit par les collines boisées entourant la ville. Pour préserver cette #climatisation_naturelle, il faut conserver des axes de #circulation_de_l’air lorsqu’on construit ou limiter la hauteur des immeubles.

    La ville de #Bâle a elle aussi repéré les îlots de chaleur, les espaces verts rafraîchissants et les flux d’air sur une #carte_climatique. Des urbanistes et des architectes ont utilisé ces données pour construire le quartier d’#Erlenmatt, par exemple. Là, les bâtiments ont été orientés de manière à ne pas couper l’arrivée d’air frais de la vallée de Wiesental. De grands #espaces_ouverts et des rues avec des zones de verdure façonnent également l’image de ce nouveau quartier urbain construit selon des principes durables.

    La ville de #Genève, quant à elle, mise sur une végétalisation accrue. Les autorités ont arrêté l’été dernier un plan stratégique faisant de la végétalisation un instrument à part entière du Plan directeur communal. Dans le cadre du programme « #urbanature » déjà, les jardiniers municipaux avaient planté près de 1200 arbres et 1,7 million de plantes dans l’#espace_public. La municipalité juge par ailleurs qu’un changement de paradigme est nécessaire du côté de la #mobilité, avec une diminution du #trafic_individuel_motorisé. Ainsi, des cours intérieures aujourd’hui utilisées comme places de parc pourraient être végétalisées. Les arbres apportent de la fraîcheur en ville, et ils absorbent les particules fines qui se trouvent dans l’air.

    La ville de #Berne compte elle aussi agir à différents niveaux. Ainsi, les #revêtements ne seront plus imperméabilisés que si cela s’avère indispensable pour le trafic ou l’accès des personnes handicapées. Tandis qu’un revêtement en #asphalte sèche immédiatement après la pluie, l’eau s’infiltre dans les surfaces en #gravier et peut s’évaporer plus tard. « Nous devons repenser tout le #circuit_de_l’eau », déclare Christoph Schärer, directeur de Stadtgrün Bern. L’#eau ne doit plus être guidée au plus vite vers les #canalisations, mais rester sur place pour contribuer au #refroidissement_de_l’air par l’#évaporation ou pour assurer l’#irrigation. « Chaque mètre carré non imperméabilisé est un mètre carré gagné. » À Berne, les nombreuses #fontaines et #cours_d’eau participent aussi au refroidissement de l’atmosphère, comme le Stadtbach qui coule à ciel ouvert dans la vieille ville.

    En ce qui concerne la végétalisation, Berne adopte de plus en plus de variétés d’arbres « exotiques » adaptés au changement climatique. Certains arbres indigènes comme le tilleul à grandes feuilles ou l’érable sycomore supportent mal la chaleur et la sécheresse. Alors on plante par exemple des #chênes_chevelus. Ce feuillu originaire du sud de l’Europe supporte le chaud, mais aussi les hivers froids et les gelées printanières tardives qui ont été fréquentes ces dernières années. Christoph Schärer ne parlerait donc pas d’une « #méditerranéisation », du moins pas en ce qui concerne les arbres.

    https://www.revue.ch/fr/editions/2020/03/detail/news/detail/News/quand-les-villes-suent
    #urban_matter #changement_climatique #villes

    • Acclimatasion

      Le climat se réchauffe et les événements extrêmes se multiplient. Avec ACCLIMATASION la Ville de Sion s’est engagée pour la réalisation d’aménagements urbains qui donnent la priorité à la végétation et au cycle de l’eau. Objectif ? Diminuer la chaleur, favoriser la biodiversité et limiter les risques d’inondation.

      La Confédération réagit face au changement climatique. De 2014 à 2016, elle a soutenu une trentaine de projets pilotes avec pour but d’identifier les meilleures pistes pour limiter les dommages et maintenir la qualité de vie des habitants.

      La Ville de Sion, en partenariat avec la Fondation pour le développement durable des régions de montagne, a été choisie pour mener à bien un projet lié à l’adaptation des villes au changement climatique, c’est ACCLIMATASION.

      Au terme du projet pilote une série de résultats concrets sont visibles, en particulier :

      Des aménagements exemplaires ont été réalisés par la Ville dans le cadre du projet pilote et se poursuivent aujourd’hui par la réalisation de nouveaux projets. Le réaménagement du Cours Roger Bonvin réalisé en 2016 est le projet phare d’ACCLIMATASION.
      Des projets privés ont été soutenus pour montrer des solutions concrètes et inciter les propriétaires à s’engager. Le guide de recommandations à l’attention des propriétaires privés capitalise les actions concrètes que tout un chacun peut entreprendre.
      Diverses actions ont été menées pour sensibiliser la population, échanger avec les professionnels et mobiliser les responsables politiques : événements de lancement et de capitalisation, expositions et concours grand public, interventions dans les écoles.
      Les outils d’aménagement du territoire évoluent progressivement, de même que les compétences des services communaux et des professionnels. En particulier, les principes d’un aménagement urbain adapté au changement climatique ont été consolidés dans des lignes directrices adoptées par l’exécutif de la Ville en 2017 et applicables à l’ensemble des espaces publics.

      https://www.youtube.com/watch?v=PUI9YsWfT7o

      https://www.sion.ch/acclimatasion

    • #urbannature

      Ce programme, lancé par le Conseiller administratif Guillaume Barazzone, repense les espaces publics bétonnés en les rendant plus conviviaux et en les végétalisant. À terme, il a comme ambition de favoriser la biodiversité en milieu urbain. Le programme urbanature rend Genève encore plus verte ; il est mis en place et réalisé par le Service des espaces verts (SEVE).

      Le programme
      Corps de texte

      Il comprend trois niveaux d’action : des réalisations temporaires et saisonnières (fin mai à fin octobre), des aménagements durables, ainsi que l’élaboration d’un plan stratégique de végétalisation.

      Chaque année, des réalisations temporaires permettent d’amener de la végétation rapidement dans différents secteurs de la Ville. Depuis 2015, des projets durables de végétalisation sont réalisés afin d’étendre le maillage vert encore essentiellement constitué par les parcs. Le plan stratégique de végétalisation de la Ville sert à décrire les différentes actions concrètes à mener à long terme pour rendre Genève encore plus verte.

      https://vimeo.com/97531194

      https://www.urbanature.ch

    • Ô comme je pense que le mépris des dirigeants bordelais pour la nature en ville vient du fait qu’ils ont des jardins (la ville est très verte entre les murs des particuliers) et qu’ils passent l’été au cap Ferret. Qu’ils n’ont donc pas besoin de ces arbres qui pour d’autres sont vitaux.

  • #Grenoble, Fontaine et #Roybon : perquisitions en série
    https://fr.squat.net/2019/11/26/grenoble-fontaine-et-roybon-perquisitions-en-serie

    Ce matin (mardi 26 novembre), d’après la presse, brèves infos : Cinq squats situés rues d’Alembert (le 38), des Alliés (Ahwahnee), Marbeuf et Jules-Vallès à Grenoble et rue des Buissonnées à Fontaine ont été perquisitionnés. Dans le même temps, un important dispositif a également été mis en place pour interpeller, à Roybon, les occupants de la […]

    #Ahwahnee #Fontaine_38_ #Le_38 #perquisition #rue_des_Alliés

  • #Grenoble : retour sur les perquisitions et interrogatoires du 22 janvier 2019 suite aux incendies de gendarmeries de Grenoble et Meylan
    https://fr.squat.net/2019/11/05/grenoble-retour-sur-les-perquisitions-et-interrogatoires-du-22-janvier-201

    Le 22 janvier 2019 au matin, 4 perquisitions ont eu lieu chez des camarades des milieux anarchiste et féministe de Grenoble. Elles ont été menées dans le cadre d’une enquête sur les incendies des gendarmeries de Grenoble et Meylan survenus en septembre et octobre 2017. Un appartement squatté, un appartement loué et une maison squattée […]

    #féministes_&_queers #Fontaine_38_ #La_Villeneuve #perquisition

  • TRIBUNE
    A Rouen, une colère noire Par Collectif C’est normal ? — 30 septembre 2019 à 16:34

    Des centaines de milliers de personnes à #Rouen et ses environs, légitimement inquiètes, se sentent méprisées par la suite de communiqués qui prétendent que tout est sous contrôle. « Dormez tranquilles braves gens, les relevés n’indiquent rien d’anormal. » L’empressement avec lequel on cherche à nous rassurer en oubliant les simples mots de compassion, de sollicitude après ce traumatisme ! Et aujourd’hui on nous assure que tout est normal. Comme dans la chanson de Brigitte #Fontaine et #Areski Belkacem.

    (TRIBUNE - A Rouen, une colère noire - Collectif C’est normal ? — « Libération », 30 septembre 2019 à 16:34)

    https://www.liberation.fr/debats/2019/09/30/a-rouen-une-colere-noire_1754516

    https://www.youtube.com/watch?v=WcNWgDLBNVc

  • #Grenoble : perquiz en lien avec l’incendie de la gendarmerie de la nuit du 20 au 21 septembre 2017
    https://fr.squat.net/2019/01/22/grenoble-perquiz-en-lien-avec-l-incendie-de-la-gendarmerie-de-la-nuit-du-2

    PERQUIZ A GRENOBLE EN LIEN AVEC L’INCENDIE DE LA GENDARMERIE DE LA NUIT DU 20 AU 21 SEPTEMBRE 2017. Aujourd’hui 22 janvier 2019, au moins 4 perquisitions ont eu lieu à Grenoble vers 7h du matin dans le milieu feministe / anarchiste. 1 appartement squatté à #La_Villeneuve, 1 maison squattée à Saint-Martin d’Hères, 1 […]

    #féministes_&_queers #Fontaine_38_ #perquisition

  • Fontaine (38) : Le maire de Fontaine demande à l’EPFL d’expuser les rroms de Courtade
    https://fr.squat.net/2018/11/30/fontaine-38-le-maire-de-fontaine-demande-a-lepfl-dexpuser-les-rroms-de-cou

    Une cinquantaine de rroms roumains vivent depuis trois ans dans des cabanes sur un terrain dit Courtade à Fontaine, entre le parking de Géant Casino et le Mac Donald. Ce terrain est dans le périmètre d’une future opération d’aménagement. Pour cette raison, il a été cédé à l’EPFL dont le rôle est justement d’en assurer […]

    #Fontaine_38_ #Grenoble #Jean-Paul_Trovero #procès #rassemblement #Roms

  • Même pas l’#eau...

    Fermeture des #fontaines_à_boire près du square Daviais #Nantes où dorment une trentaine de personnes #migrants dans des conditions indignes et en pleine chaleur. Nous demandons à @NantesMetropole @Johanna_Rolland @bassalaicha de remédier immédiatement à cette situation.

    https://twitter.com/cimadenantes/status/1011991250759770112

    #Nantes #France #asile #migrations #réfugiés #fixation #dispositifs_anti-fixation

    v. aussi, pour #Calais :
    Calais : la France doit fournir de l’eau potable et des services d’assainissement aux migrants (experts de l’ONU)
    https://news.un.org/fr/story/2017/10/366202-calais-la-france-doit-fournir-de-leau-potable-et-des-services-dassai

  • #Fontaine (38) : Infos du squat du 32 rue maréchal Joffre à la suite suite de l’expulsion
    https://fr.squat.net/2018/02/03/fontaine-38-infos-du-squat-du-32-rue-du-marechal-joffre-a-la-suite-de-lexp

    Bonjour, Nous vous écrivons aujourd’hui pour vous informer de la situation alarmante du squat du 32 rue Maréchal Joffre à Fontaine ouvert fin novembre et expulsé le 25 janvier, où des personnes sans logement, notamment demandeuses d’asiles habitaient. Une procédure d’expulsion avait été engagée par la SDH (bailleur social, principal propriétaire du bâtiment) et la […]

    #32_rue_du_Maréchal_Joffre #expulsion #sans-papiers

  • #Fontaine (38) : #ouverture d’un squat d’hébergement
    https://fr.squat.net/2017/12/10/fontaine-38-ouverture-dun-squat-dhebergement

    Le froid se fait de plus en plus rude mais la détermination des pouvoirs à laisser les gens à la rue et ce malgré de nombreux logements inoccupés ne faiblit pas. Pour combattre cette logique nous occupons depuis dix jours un grand bâtiment laissé aux pigeons et aux courant d’air par la mairie de Fontaine […]

    #rassemblement

  • #Fontaines rouges : ceci est notre #sang. Et la #révolution_menstruelle a commencé

    A Paris, des activistes féministes ont coloré les fontaines de rouge. Un acte politique et artistique extrêmement fort pour Elise Thiébaut, auteure de « #Ceci_est_mon_sang ».


    http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/nos-vies-intimes/20171012.OBS5895/fontaines-rouges-ceci-est-notre-sang-la-revolution-menstruelle-
    #art #menstruations #femmes #espace_public

  • « Initiation au Mime » par Philippe Pillavoine

    On dit souvent « Un Mime sait tout faire ! » Cependant, certaines personnes en doutent encore… Philippe Pillavoine, artiste Mime formé à l’École Internationale de Mimodrame de Paris – MARCEL MARCEAU (que vous pouvez découvrir dans le sketch « Le Mime » sur la chaîne YouTube de Golden Moustache) va vous prouver que ce diction est vrai !
    Il va vous apprendre par exemple...

    https://www.silencecommunity.com/events/event/view/46490/%C2%AB%C2%A0initiation-au-mime%C2%A0%C2%BB-pour-les-enfants-de-la-

    #formation #stage #enfants #vacances #toussaint #seine-et-marne #fontainebleau #mjc #mime #théâtre

    • « Nous déplacerons ces blocs, nous les graverons, nous les taillerons, nous les sculpterons et nous reviendrons si cela est nécessaire car la pierre, la petite et les autres, a valeur d’éternité et de symbole. Et nous ne voulons pas que ce symbole soit celui de la lâcheté », est-il écrit dans un message daté de mercredi. « Nous sommes tailleurs de pierres, alors c’est un matériau qui nous parle », a expliqué à l’AFP l’un des organisateurs, Richard.

    • À Paris, les tailleurs de pierre aux côtés des exilés

      Un reportage photographique de #Célia_Bonnin aux abords du centre de la porte de la Chapelle. Le camp dit « humanitaire » est saturé et participe des dysfonctionnements orchestrés par la préfecture de police et le ministère de l’intérieur. Un collectif de tailleurs de pierres s’est rendu sur place pour déplacer et inscrire des messages de solidarité avec les personnes exilées contraintes de survivre entre ces blocs.



      http://www.lacimade.org/a-paris-les-tailleurs-de-pierre-aux-cotes-des-exiles

    • Publié sur FB par Chowra Makaremi, le 10.03.2018 :

      Karim, 1988-2008.
      Today, a gathering in the North of Paris porte de la Chapelle commemorated the death of a soudanese man, last week among these stones, at the gates of Paris’ humanitarian centre, where hundreds of people queue and wait for a shelter.
      Instead of increasing housing capacities, the city council put these stones in order to “deter” migrants from waiting there (in the trend of anti-homeless urban furniture and situational prevention strategies).
      In resistance, the stones have been carved by activists stone masons (@coeurs de pierre et solidaires) with the words “Welcome” and “Freedom”.
      Today, these stones are literally becoming grave stones. And mirroring the horror.


      https://www.facebook.com/chowra.makaremi/posts/10156254094452363

    • J’ai trouvé cela, @sinehebdo

      « Je suis ici à la mémoire de #Karim, mort de l’incurie de l’Etat français »

      Pour honorer sa mémoire, Clarisse Bouthier a lu un texte, traduit en plusieurs langues : « La #mort est partout ici porte de #la_Chapelle. Dans les souvenirs du pays, de la route, de ceux qui ont disparu en mer, dans la vallée de la Roya, ou porte de la Chapelle. Mais Karim, tu sais que la vie est aussi partout. Difficile mais riche, elle est dans la solidarité de tous envers tous. » Avant d’encourager chacun à se saisir d’une bougie ou d’une fleur blanche, jaune ou violette, et de la déposer sur l’une des pierres disposées par la mairie, en février 2017, sous l’un des ponts voisins de la Bulle, officiellement pour « éviter de constituer des camps de migrants à l’endroit où des travaux [étaient] prévus » selon le communiqué de l’Hôtel de Ville.

      Quand les pierres ont été installées, cela a révolté #Yan_Noblet, un habitant de Montreuil (Seine-Saint-Denis) qui traverse le quartier pour aller jouer au football en salle au Five, à quelques rues de là. Avec son collectif #Cœur_de_pierre, un regroupement d’artistes tailleurs de pierre et de compagnons, il est venu en faire des sculptures. Les mots « liberté » ou encore « Salut à toi le Soudanais » ont été gravés sur les blocs. « On aimerait savoir dans quel cerveau malade cette idée a germé… Ça me fout hors de moi, je vois des bâtiments entiers qui sont chauffés et restent vides. En bas, il y a des gens qui crèvent de froid », juge-t-il.


      http://www.liberation.fr/france/2018/03/11/je-suis-ici-a-la-memoire-de-karim-mort-de-l-incurie-de-l-etat-francais_16

    • Et un deuxième article aujourd’hui. Je met les deux in extenso ici pour éviter d’aller sur le site de Libération qui limite à 4 articles gratuits par jour :

      Je suis ici à la mémoire de Karim, mort de l’incurie de l’Etat français
      Kim Hullot-Guiot et Edouard Caupeil, Libération, le 11 mars 2018
      http://www.liberation.fr/france/2018/03/11/je-suis-ici-a-la-memoire-de-karim-mort-de-l-incurie-de-l-etat-francais_16

      Une centaine de personnes se sont réunies à Paris ce dimanche pour honorer la mémoire d’un trentenaire soudanais, mort jeudi 8 mars dans la rue, en face du centre de premier accueil de la porte de la Chapelle, dans le XVIIIe arrondissement.

      Pendant une minute, ce dimanche, le silence a régné sur un bout de trottoir de la porte de la Chapelle (Paris XVIIIe). Une centaine de riverains et d’exilés s’y étaient réunis en début d’après-midi pour rendre hommage à Karim Ibrahim, un trentenaire soudanais mort, jeudi 8 mars, à deux pas de « la Bulle », le centre de premier accueil et d’hébergement pour migrants installé en novembre 2016 par la mairie de Paris et géré par Emmaüs. Les circonstances de son décès sont pour l’heure incertaines : est-il mort de froid ? De maladie ? D’épuisement ? Pour Clarisse Bouthier, membre du collectif Solidarité migrants Wilson, Karim Ibrahim est surtout mort « de désespoir ».

      « Il est mort sur la bouche d’aération, 3 m2 où il y a un tout petit peu de chaleur », explique cette habitante de la Plaine-Saint-Denis, de l’autre côté du boulevard périphérique. Avec son collectif, fondé au moment de l’ouverture du centre, « c’est la débrouille tous les jours. Pour les nourrir, pour les faire soigner… Des milliers de gens à Paris et en banlieue se relaient pour donner des repas, des vêtements, des serviettes hygiéniques… Ça devient mission impossible. [Les migrants] ne sont pris en charge que par les citoyens ! », s’insurge-t-elle.

      Ces 3m2, c’est aussi la « maison » d’Ali, arrivé de Libye il y a un mois, de Kaba et Alpha Diallo, venus de Guinée, et de Vidal, débarqué il y a deux mois du Cameroun, au même moment que Karim Ibrahim. Lequel était « comme un frère », disent-ils. Ils décrivent un personnage avenant, qui « donnait le sourire. Depuis qu’il est mort, le coin est mort. Il se débrouillait en français et en arabe donc il parlait à tout le monde », explique Vidal.

      « Il disait "moi je suis français" »

      « Il disait "moi je suis français". Il faisait rire, il ambiançait le coin. C’est lui qui balayait [il montre les détritus sur le trottoir, ndlr]. Pour encourager les gens à ramasser leurs déchets, il leur donnait de l’argent », raconte Kaba. Avant son décès, Karim Ibrahim « était malade, il était gris. Il faisait froid. Il a dormi longtemps, longtemps, ce n’était pas normal. La police a essayé de le réanimer, mais je pense qu’il s’est étouffé » sous les couvertures lestées d’eau de pluie, raconte encore Vidal. Et d’ajouter, dépité : « S’ils avaient trouvé une maison pour lui, il ne serait pas mort, il ne serait pas mort. »

      Pour honorer sa mémoire, Clarisse Bouthier a lu un texte, traduit en plusieurs langues : « La mort est partout ici porte de la Chapelle. Dans les souvenirs du pays, de la route, de ceux qui ont disparu en mer, dans la vallée de la Roya, ou porte de la Chapelle. Mais Karim, tu sais que la vie est aussi partout. Difficile mais riche, elle est dans la solidarité de tous envers tous. » Avant d’encourager chacun à se saisir d’une bougie ou d’une fleur blanche, jaune ou violette, et de la déposer sur l’une des pierres disposées par la mairie, en février 2017, sous l’un des ponts voisins de la Bulle, officiellement pour « éviter de constituer des camps de migrants à l’endroit où des travaux [étaient] prévus » selon le communiqué de l’Hôtel de Ville.

      Quand les pierres ont été installées, cela a révolté Yan Noblet, un habitant de Montreuil (Seine-Saint-Denis) qui traverse le quartier pour aller jouer au football en salle au Five, à quelques rues de là. Avec son collectif Cœur de pierre, un regroupement d’artistes tailleurs de pierre et de compagnons, il est venu en faire des sculptures. Les mots « liberté » ou encore « Salut à toi le Soudanais » ont été gravés sur les blocs. « On aimerait savoir dans quel cerveau malade cette idée a germé… Ça me fout hors de moi, je vois des bâtiments entiers qui sont chauffés et restent vides. En bas, il y a des gens qui crèvent de froid », juge-t-il.

      « La France n’est pas à la hauteur »

      Une dame d’environ 65 ans, rose blanche à la main, porte un panneau autour du cou : « Je suis ici à la mémoire de Karim, mort de l’incurie de l’Etat français ». Sur un trottoir, les mots « Sorry Karim » ont été peints à la bombe de peinture jaune. Le chanteur Francis Lalanne est là aussi. Depuis Sangatte, au début des années 2000, il est engagé contre « la situation inacceptable des demandeurs d’asile en France. Les dirigeants politiques surfent sur la peur des étrangers pour mettre en place des mesures liberticides, qui trouvent leur paroxysme dans le projet de loi de Collomb. Gérard Collomb, il transforme Marine Le Pen en modérée ! » L’artiste, qui a été candidat aux dernières législatives, milite désormais, via le lancement d’une pétition, pour sortir des accords du Touquet, qui font selon lui des policiers français les « mercenaires de l’Angleterre, ce qui n’a aucun sens depuis que l’Angleterre a quitté l’Europe ».

      Traverser la mer, arriver porte de la Chapelle, et y mourir : le destin de Karim révolte, au-delà de la tristesse, Vidal, Kaba, Ali et Alpha Dialo. « La France n’est pas à la hauteur. Elle a perdu, juge Vidal. Ce n’est pas seulement les immigrés : j’ai vu un Français qui avait travaillé toute sa vie aller aux Restos du cœur… Macron, il est parti en Afrique dire qu’il allait investir, pour le développement, pour aider les gens, mais nous on est là et on meurt ! »

      Vidal reprend : « C’est eux [les dirigeants européens, ndlr] qui disent que nos présidents sont des dictateurs. On fuit. Et voilà comment on est accueillis. Liberté, égalité, fraternité, mais c’est quoi ça ? La liberté de dormir dehors ? L’égalité de dormir dans le froid ? Macron donne des leçons mais chez lui c’est pourri. » Kaba ajoute, de plus en plus énervé : « La France nous a colonisés. On nous a dit : "Ici, il y a les droits de l’homme, il y a l’humanité, il y a la dignité." On est venus et on n’a pas trouvé ça ici. En Afrique, quand il n’y a pas la guerre, il n’y a pas d’homme qui meurt dans la rue. Même les animaux ne meurent pas comme ça. »

      Tous les quatre s’inquiètent de ce que va devenir le corps de leur ami. Sera-t-il enterré ? Sera-t-il « brûlé », comme ils disent ? Sous le pont, à côté du terminus de la ligne de tramway T3b, Karim Ibrahim aura au moins un ersatz de pierre tombale. Comme personne ne connaît son âge exact, on y lit : « Karim, 198...-2018 ».
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      Réfugié mort à Paris : « Karim a vu des choses atroces, il était livré à lui-même »
      Kim Hullot-Guiot, Liberation, le 12 mars 2018
      http://www.liberation.fr/france/2018/03/12/refugie-mort-a-paris-karim-a-vu-des-choses-atroces-il-etait-livre-a-lui-m

      Jeudi, un trentenaire soudanais et érythréen a été retrouvé mort porte de la Chapelle, à Paris, un an après avoir obtenu l’asile. S’il disposait bien d’un logement, l’absence de suivi psychiatrique lui a été fatale, selon des associations.

      Au mois de mars l’année dernière, la France a accordé sa protection à Karim Ibrahim, un migrant d’origine soudanaise et érythréenne, en le reconnaissant comme réfugié. Un an plus tard, le 8 mars, Karim Ibrahim est mort dans une rue du XVIIIe arrondissement de Paris. Que s’est-il passé durant cette année pour que ce trentenaire perde la vie sur une bouche d’aération ? La France a-t-elle failli à sa mission d’accueillir et protéger ? Dimanche, lors du rassemblement citoyen en sa mémoire, c’est le sentiment qui dominait parmi la centaine de personnes présentes. Ce lundi, de nouvelles informations viennent éclairer la funeste trajectoire de Karim Ibrahim.

      S’il vivait ces derniers temps porte de la Chapelle, il semble que Karim Ibrahim n’était en fait pas « réellement » à la rue. Il y a environ un an, Yannick Martin, le vice-président de l’association Rallumeurs d’étoiles qui propose des activités sportives et culturelles au centre d’accueil et d’orientation (CAO) de Laval (Mayenne), a fait sa connaissance. Il décrit un homme traumatisé par son passé, dont la famille avait quitté son Erythrée natale pour le Darfour : « Il a vu des choses atroces, sa famille a été massacrée devant lui. Il s’est réfugié dans l’alcool. Et puis Karim n’avait pas de but. La demande d’asile c’est une procédure longue, qui génère de l’ennui. Laquelle est la mère de tous les vices… Il était livré à lui-même. » « Il avait un vrai problème d’addiction tout à fait identifié », confirme Pierre Henry, le directeur général de France Terre d’asile, association qui intervient aussi au CAO de Laval.

      « On pressentait qu’un drame allait arriver »

      Après avoir obtenu son statut de réfugié, en appel auprès de la Cour nationale du droit d’asile, Karim Ibrahim s’est vu proposer un logement dans une résidence sociale en Mayenne. Il y disposait de sa propre chambre mais partageait la cuisine avec d’autres hommes. « Karim avait du mal à rester tout seul, explique Yannick Martin. Il revenait régulièrement au CAO. Parfois il se montrait difficile, enfantin. Il était aussi assez malin. Son problème, c’était qu’il avait besoin de se raccrocher à des gens. » Seul, Karim Ibrahim n’arrivait pas à prendre soin de lui. Pour Pierre Henry, « on retombe sur la question du système de soins disponibles pour les personnes malades, alcooliques, sur la misère de la psychiatrie. Ce secteur est sinistré ».

      Les deux responsables associatifs s’accordent à dire que si l’Etat n’a pas failli en proposant bien à Karim Ibrahim une solution d’hébergement, l’absence de prise en charge psychiatrique et sociale lui a été fatale. Pour Yannick Martin, « l’accueil c’est une bonne chose mais l’intégration c’est une autre paire de manches. Ce garçon n’a pas eu le suivi psychiatrique ou psychologique qu’il aurait dû avoir. Je ne jette la pierre à personne, les assistantes sociales ont déjà beaucoup de dossiers à traiter. Mais on pressentait qu’un drame allait arriver, il était retombé dans ses démons ».

      Même discours chez Pierre Henry : au-delà du cas de Karim Ibrahim, c’est toute la prise en charge psychiatrique des personnes réfugiées ou exilées, dont certaines sont par leur parcours et leur histoire particulièrement fragiles, qui est défaillante. « On a de plus en plus souvent ce type de pathologie, il y a un phénomène de décompensation lourde et on est très, très mal outillés pour y faire face, juge-t-il. Les centres d’accueil pour demandeurs d’asile ne sont absolument pas équipés pour traiter ces sujets. Sans accompagnement, les gens ne s’en sortent pas. On est démunis. »

    • Et autre décès à Paris. Le décès de #Nour.

      Un mineur isolé pris en charge par l’ASE de Paris meurt faute d’un suivi adapté

      Il se prénommait #Malik_Nurulain mais préférait qu’on l’appelle Nour. Nour est mort le 14 février 2018, retrouvé noyé dans la Seine à Paris. Il avait 17 ans. Victime de tortures, il avait fui le Pakistan à l’âge de 15 ans.

      En France depuis un an, sous la responsabilité de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) de Paris, il bénéficiait depuis peu de la protection subsidiaire accordée par l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides).

      Depuis cinq mois, il était pourtant logé seul à l’hôtel sans encadrement adéquat et en grande détresse psychique. Il avait déjà été pris en charge à deux reprises en hôpital psychiatrique avant que l’ASE ne décide de le mettre à l’hôtel faute de place adaptée en foyer.

      Quelques mois après son placement à l’hôtel, il est sauvé d’une première tentative de suicide dans la Seine et pris en charge pour la troisième fois en hôpital psychiatrique. À sa sortie, il est à nouveau relogé à l’hôtel, seul face à ses traumatismes. Son corps inerte est repêché sept jours après sa sortie de l’hôpital.

      Seule responsable légale de ce mineur non accompagné, l’ASE l’a maintenu à l’hôtel, dans un environnement manifestement inadapté pour assurer sa protection et ce malgré les risques avérés de suicide et les signalements répétés de l’entourage (amis, associations, administrateur ad hoc). En conséquence, nous dénonçons l’inaction de l’ASE de Paris qui, selon nous, relève d’une situation manifeste de non assistance à personne en danger.

      Interrogée par l’entourage de Nour cinq jours après sa sortie de l’hôpital, l’ASE affirmait n’avoir aucune nouvelle de lui. Le signalement de la disparition à la Brigade des mineurs ne sera fait que douze jours après sa sortie de l’hôpital. Au moment du signalement de sa disparition par l’ASE, il était déjà mort depuis cinq jours. Sans la mobilisation d’associations et d’individus qui ont croisé le chemin de ce garçon, la mort de Nour serait probablement passée sous silence.

      Le système actuel de la prise en charge de ces jeunes est totalement inadapté. Il est inadmissible qu’un mineur, qui relève de la protection de l’enfance, reste seul dans un hôtel sans l’accompagnement régulier de professionnels, alors qu’on connaît, de surcroît, sa vulnérabilité puisqu’il sort d’un séjour en hôpital psychiatrique. L’ASE a failli à son obligation de protection.

      Comme de nombreux autres exilés, Nour avait risqué sa vie pour venir chercher la protection de la France. Ce n’est pas l’exil qui l’a tué, mais la défaillance du système de prise en charge des mineurs non accompagnés à Paris.
      Le 15 mars 2018

      http://www.gisti.org/spip.php?article5880

    • Idem à #Calais :

      Calais : la France doit fournir de l’eau potable et des services d’assainissement aux migrants (experts de l’ONU)
      ONU info le 16 octobre 2017
      https://seenthis.net/messages/705052

      Et à #Nice :

      Dans sa place forte de Nice le Duc d’Estropier installait mille camera et chassait par mille moyens les pauvres au nom de La Défense des valeurs chrétiennes qui édictait d’aimer son prochain comme soi même. Il avait déduit que ses prochains étaient les riches qu’il fréquentait
      Duc de Saint-Frippon, Twitter, le 13 juillet 2018
      https://seenthis.net/messages/708067

      #eau

    • Paris : Un dispositif anti-SDF retiré d’une banque après un tollé sur les réseaux sociaux
      J.-L. D., 20 Minutes, le 28 juillet 2019
      https://seenthis.net/messages/794770

      Quels sont les pires dispositifs anti-SDF « primés » par la Fondation Abbé-Pierre
      Delphine Bancaud, 20 Minutes, le 13 février 2019
      https://seenthis.net/messages/794770

      Site web de la Fondation Abbé-Pierre consacré à ces dispositifs anti-SDF en France, et qui organise la cérémonie des « Pics d’or » :
      https://soyonshumains.fr
      https://seenthis.net/messages/650079

      #Pics #dispositif_anti-SDF #Fondation_Abbé-Pierre #Soyons_Humains #anti-SDF #SDF #pauvreté #Pics_d’or

  • Massacre au bulldozer en forêt de Fontainebleau
    https://reporterre.net/Massacre-au-bulldozer-en-foret-de-Fontainebleau

    D’un caractère tenace, je suis retournée à l’ONF le jour même à 16 h 30, peu avant la fermeture. La secrétaire qui faisait barrage était partie. J’ai été accueillie par un monsieur nommé Guillaume Larrière, responsable communication à l’ONF #Fontainebleau. Surpris de me voir revenir, il m’a expliqué les raisons de cet abattage massif : « Il s’agit d’une coupe pour restaurer le #chaos_rocheux. L’idée est de restaurer des paysages anciens, tels qu’on les avait à l’époque des peintres : un travail mené avec le département et le musée de Barbizon ».

    ...

    J’ai mené mon enquête dans le village de Barbizon. Certaines personnes racontent que le Chalet des dames du carrefour du Bas-Bréau, un restaurant-buvette en ossature bois qui bénéficiait d’une concession accordée par l’ONF, a été volontairement fermé pour des raisons sanitaires. Il serait question de construire à la place un énorme complexe avec restaurants, boutiques de souvenirs et galeries au pied du chaos rocheux…

    La faute aux peintres, quelle honte cette récupération ! #forêt #déforestation