• Forêts des #Landes : un petit ver entraîne l’#abattage de milliers de #pins

    La découverte de #nématodes_du_pin en plein massif forestier des Landes a déclenché un branle-bas de combat : 40 ha de #pins_maritimes sont en train d’être abattus. Les monocultures rendent les bois vulnérables à ce petit ver.

    Un craquement se fait entendre par-dessus le ronronnement des engins forestiers, aussitôt suivi d’un fracas : un pin vient de tomber, abattu par les agents de la coopérative #Alliance_forêts_bois. Son tronc rejoindra bientôt les immenses pyramides de rondins dressées le long de la route qui relie #Seignosse à #Angresse (Landes).

    Depuis début janvier, la coopérative forestière industrielle œuvre pour abattre des milliers de résineux dans un rayon de 500 mètres autour de la découverte d’arbres contaminés par un #ver ravageur microscopique : le nématode du pin. Ce ver, qui peut tuer un pin maritime en quelques semaines, est classé « organisme de quarantaine prioritaire » par la législation européenne et un protocole obligatoire encadre sa découverte.

    Ainsi, la zone de 500 mètres autour du foyer est déclarée « #zone_infestée » et fait l’objet d’une #coupe_rase. Un deuxième cercle est fixé avec une zone tampon de 20 kilomètres dans laquelle le transport de bois est réglementé et les travaux d’élagage interdits. Objectif : l’éradication du microorganisme.

    Dans la « zone infestée », 98 % des arbres sont des pins maritimes. Dans l’ensemble du massif forestier artificiel landais, l’essence représente à elle seule 75 % des arbres. Cette monoculture, typique de la #sylviculture_industrielle, rend la forêt particulièrement vulnérable au nématode et son arrivée était redoutée.

    Le chantier se fait à toute vitesse pour vider les parcelles, et les engins forestiers impriment la marque de leurs chenilles dans la glaise du sol mis à nu. Au loin, les cimes des pins maritimes étendent leurs couronnes vers le ciel dans l’attente de leur abattage prochain.

    Un protocole daté ?

    Pour Hervé Jactel, directeur de recherche à l’institut national de recherche Inrae et spécialiste en entomologie forestière, ce protocole, mis en place en 2012, ne tient pas compte des connaissances plus récentes, et n’est pas adapté à la biologie du nématode du pin. Avec ses équipes, il travaille depuis plus de quinze ans sur l’insecte qui sert de vecteur au petit ravageur : un coléoptère qui répond au nom de #Monochamus_galloprovincialis et qui est présent naturellement en abondance dans les forêts des Landes.

    C’est lui, une fois que le parasite l’a contaminé, qui sert de moyen de transport au nématode. Or, d’après le scientifique, « l’insecte vecteur se déplace beaucoup. Il vole très loin par rapport à la moyenne des insectes ». Jusqu’à 20 kilomètres par an. « Cela signifie que la propagation possible du nématode à partir d’un foyer d’infection va bien au-delà des 500 mètres de coupe rase mis en œuvre. »

    Pour autant, pas question de raser l’intégralité des conifères présents dans la #zone_tampon, selon lui. Hervé Jactel plaide plutôt pour un protocole alternatif — sur lequel l’Inrae travaille — permettant une détection précoce des arbres infestés qui seraient les seuls abattus. Des tests moléculaires prometteurs permettraient de tester sur place les arbres dépérissants afin de déterminer s’ils sont infestés par le nématode ou bien touchés par un #scolyte, un champignon pathogène ou encore atteints par la sécheresse. Aujourd’hui, les tests menés en laboratoire demandent plusieurs semaines avant de donner un résultat.

    Une arrivée « inéluctable »

    En attendant une hypothétique évolution législative du protocole, les hectares situés autour du foyer détecté à #Seignosse doivent être coupés avant le 15 février, date butoir fixée par la préfecture des Landes. Laquelle s’est réjouie, car depuis la découverte du foyer début novembre, les 880 prélèvements réalisés sont tous revenus négatifs : « Les premiers résultats sont rassurants. »

    Pour Hervé Jactel, l’introduction du nématode dans les Landes était « inéluctable », monoculture oblige. Le ravageur est un grand voyageur originaire d’Amérique du Nord qui a conquis le Japon, puis la Chine en 1982. Il est arrivé en Europe par le Portugal en 1999 et a depuis entraîné l’abattage de millions d’arbres dans la péninsule ibérique.

    Même si ce premier foyer est éradiqué, il ne sera pas le dernier, prévient le directeur de recherche. « Là, on est dans le temps de l’urgence, mais dès le printemps, il va falloir réfléchir au long terme. La seule perspective possible, c’est de diversifier les essences. »

    https://reporterre.net/Forets-des-Landes-un-petit-ver-entraine-l-abattage-de-milliers-de-pins
    #forêt #vulnérabilité #monoculture

  • Thirsty Forests and Expansive Droughts: The environmental impacts of data centers in Latin America

    Given the vast resources required to operate data centers today, their environmental impacts have gained increasing attention. As awareness grows, this industry is facing mounting pressure and has begun announcing mitigation strategies aimed at strengthening its environmental and social responsibility. However, are these strategies effectively addressing local environmental impacts and benefiting communities?
    To answer this question, this paper proposes a ‘feral’ approach by weaving ‘feral patches’. That is to elucidate how nonhuman beings are affected by the impacts of large-scale data centers. To do so, we present two Latin American case studies situated in #Quilicura (Chile) and #Queretaro (Mexico). Both sites are emerging as key data center hubs exposing signs of ferality: thirsty forests and expansive droughts. This paper contends that shifting from ‘global’ or ‘planetary’ scales to ‘local’ and ‘patchy’ approaches reveals the contradiction of mitigation strategies to deliver promised benefits. Instead, these compensations are increasingly entangled in the feral effects within the Anthropocene.

    https://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/25148486251409055
    #Amérique_latine #data_centers #centres_de_données #sécheresse #eau #forêt #impact_environnemental #ressources #Mexique #Chili

  • Les Jeux olympiques d’hiver sur un terrain glissant

    Utiliser autant de #béton et d’#acier que possible : telle semble être la stratégie de développement durable des Jeux olympiques d’hiver dans les Alpes italiennes. Les communes de montagne sont particulièrement touchées. Et la cerise sur le gâteau est la construction d’un nouveau #téléphérique sur une pente instable à #Cortina.

    En dépit des réserves d’ordre géologique, la #résistance de la part de la population locale et une étude d’impact négative, un nouveau téléphérique est en train de voir le jour – sur une pente propice aux glissements de terrain. Certaines entreprises de téléphériques n’ont même pas soumissionné pour ce projet de construction problématique, et ce pour une bonne raison : depuis l’été dernier, une fissure de 40 mètres de longueur s’est ouverte à travers la pente. Et jusqu’à récemment, on ne savait toujours pas si le téléphérique serait prêt à temps pour les Jeux olympiques d’hiver.

    Administration forcée au lieu de compatibilité environnementale

    Au départ, la fondation « Milano Cortina 2026 » avait invité différentes organisations environnementales à participer à des discussions afin d’évaluer la compatibilité environnementale de tous les projets de construction. Mais il y a eu une rupture et la fondation a placé les chantiers sous administration forcée : plus de la moitié de ces projets de construction ont été exemptés d’une étude d’#impact sur l’environnement. En réaction à cette procédure opaque, le réseau « #Open_Olympics_2026 » a été créé, regroupant vingt ONG partenaires, dont CIPRA Italie. Selon le réseau, plus de la moitié des 98 projets prévus ne seront finalisés qu’après la fin des Jeux olympiques d’hiver et rentrent dans la catégorie « #héritage » pour la société exploitante. Il s’agit pour la plupart de projets de construction routière. Une enveloppe totale de 3,5 milliards d’euros sera investie, les trois quarts de tous les #chantiers ne seront pas finis dans les délais, certains avec jusqu’à trois ans de retard. Le dernier chantier devrait être achevé en 2033. En revanche, la piste de #bobsleigh controversée de Cortina, d’un coût de 118 millions d’euros, a été construite en un temps record pour éviter que les débats sur son coût de construction ne continuent. Même scénario à #Anterselva, haut lieu du biathlon et du ski de fond du Haut-Adige, où, malgré l’opposition de la population, 2,5 hectares de #forêt ont été défrichés dans une zone de loisir pour créer un #bassin_de_retenue destiné à l’#enneigement des pistes de ski de fond. « Milan-Cortina 2026 illustre le grand fossé entre les exigences et la réalité lors des Jeux olympiques d’hiver. Au lieu d’un développement durable, seule l’industrie du bâtiment et les travaux publics en profitent au détriment des populations locales, de l’environnement et de la nature sur place. N’oublions pas que les Alpes sont un habitat sensible et non un terrain de jeux pour les intérêts à court terme », dit Jakob Dietachmair, directeur de CIPRA International. Dans sa nouvelle prise de position, la CIPRA demande des réformes approfondies au Comité international olympique (CIO) et aux pays qui les accueillent.

    https://www.cipra.org/fr/nouveautes/les-jeux-olympiques-dhiver-sur-un-terrain-glissant

    #JO2026 #Milano-Cortina #jeux_olympiques #Italie

  • Comment les #cartes sont devenues des #contre-pouvoirs pour redessiner le monde

    Luttes écologistes, défense des libertés, mouvements féministes… Longtemps réservée aux puissants, la cartographie se réinvente sous l’impulsion de collectifs citoyens, de chercheurs, de journalistes et d’artistes. Un mouvement critique ancré dans une riche histoire théorique.

    Des îlots de forêt sillonnés par des camions de rondins et cernés par des usines de papier et de pellets, d’où surgit un impressionnant crapaud sonneur à ventre jaune, une espèce protégée. C’est ainsi que des habitants de la Montagne limousine ont représenté « leur » massif forestier, à la croisée de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne.

    Coéditée par IPNS, le journal d’information et de débat du plateau de Millevaches, et la maison d’édition associative A la criée, située à Nantes, la carte au format papier n’est pas destinée aux randonneurs ou aux touristes de passage. En mêlant #dessins et #récits, elle « vise à questionner les dynamiques forestières », explique #Frédéric_Barbe, géographe, artiste et membre de l’association, et donne à voir ce que les cartes institutionnelles ne montrent pas : l’industrialisation d’un territoire, la tristesse des riverains face aux coupes rases et leur volonté d’un autre avenir pour la #forêt.
    La publication fait partie de la douzaine de « #cartes_de_résistance » produites en dix ans par l’éditeur, vendues à prix bas ou libre avec un certain succès. La conception est toujours collective, menée à l’initiative ou au plus près des habitants, avec le soutien d’un géographe et d’un graphiste. La première, celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), en février 2016, est épuisée après cinq tirages et plus de 20 000 exemplaires diffusés. Celle des Jeux olympiques de Paris, en partenariat avec le collectif local Saccage 2024, raconte le revers de la médaille des JO, les expulsions d’habitants à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et les morts d’ouvriers sur les chantiers du Grand Paris.
    Ces productions rompent délibérément avec les conventions graphiques de la cartographie institutionnelle. « La carte n’est pas le #territoire, mais invite à le penser, affirme l’éditeur. C’est un outil d’#éducation_populaire, simple et pas cher, que l’on peut afficher au mur ou poser sur une table pour réfléchir ensemble à la façon dont on veut vivre sur cet espace. »
    Un vent de rébellion souffle sur la cartographie, une discipline pourtant perçue comme technique et très codifiée. Un foisonnement d’initiatives et de réflexions a émergé depuis une quinzaine d’années, dont il est difficile de cerner les contours, tant il exprime une variété d’intentions, de méthodes et de productions. « Je travaille dans ce domaine depuis trente-cinq ans, et je n’arrive pas à suivre le rythme de toutes les initiatives », s’exclame #Philippe_Rekacewicz, chercheur associé au département des sciences sociales de l’université de Wageningue (Pays-Bas) et l’une des figures françaises de ce courant.

    Pour la « #justice_spatiale »

    Cet ex-journaliste au Monde diplomatique se réclame d’une pratique « radicale » de la discipline, d’autres préfèrent se dire « critiques », d’autres encore ont adopté le terme de « #contre-cartographie ». Ces démarches, à la croisée des sciences, des arts, de la politique et de militantisme social, partagent un socle commun, celui de vouloir renverser le #pouvoir_des_cartes et les mettre au service d’une forme de « justice spatiale ». Luttes écologistes et urbaines, défense des libertés et des droits humains, mouvements féministes… Associations et collectifs contestent les représentations institutionnelles, se réapproprient l’espace ou montrent des réalités jusque-là invisibilisées. Elles sont souvent soutenues par des cartographes reconnus, et s’inscrivent dans une riche réflexion théorique et un « dialogue ancien entre le champ académique et les pratiques sociales », constate #Irène_Hirt, professeure au département de géographie et environnement de l’université de Genève (Suisse).
    De fait, ces pratiques contestataires trouvent leurs racines dans l’histoire même de la discipline. La géographe #Françoise_Bahoken, coautrice avec Nicolas Lambert de Cartographia. Comment les géographes (re)dessinent le monde (éditions Armand Colin, 2025), en date les prémices dès la fin du XIXe siècle, alors que la cartographie occidentale s’est imposée comme un modèle de scientificité, d’abord avec la précision des mesures, puis avec l’essor de la géographie quantitative liée à l’utilisation de données statistiques.

    Dès les années 1880, le géographe allemand #Ernest_George_Ravenstein s’empare du recensement de la population britannique pour infirmer l’idée selon laquelle les populations migrantes se déplaceraient de façon anarchique. Un peu plus tard, le sociologue afro-américain W. E. B. #Du_Bois visualise, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris de 1900, les « lignes de couleur » qui divisent la société américaine, démontrant, cartes et graphiques à l’appui, comment le racisme empêche toute égalité sociale.

    Il faut cependant attendre les années 1960 pour que ces travaux commencent à se diffuser, grâce à deux figures respectées de la profession, les géographes #David_Harvey et #William_Bunge (1928-2013). Le premier crée un courant d’inspiration marxiste, désigné sous le nom de « #géographie_radicale », qui s’attache à analyser la façon dont le capitalisme modèle les #inégalités_spatiales. Le second décide, en 1968, de rompre avec l’approche quantitative lorsqu’il prend conscience de son rôle dans les politiques urbaines ségrégationnistes aux Etats-Unis.

    Avec #Gwendolyn_Warren, leader militantiste des droits civiques de la communauté noire de Detroit (Michigan), William Bunge développe, dans cette ville ouvrière du nord des Etats-Unis, un projet de recherche géographique fondé sur l’enquête de terrain, embarquant dans l’aventure plusieurs centaines de jeunes habitants, femmes et hommes, du quartier noir de Fitzgerald. Pour Warren et Bunge, former les résidents à documenter les #logiques_spatiales, c’est démocratiser l’exercice du pouvoir. Ces « #expéditions_géographiques » conduiront à la publication d’un livre (Fitzgerald : Geography of a Revolution, Cambridge, 1971) sur les processus de paupérisation et d’exclusion du quartier.
    Ce sont toutefois les travaux d’un historien, #John_Brian_Harley (1932-1991), qui, à la fin des années 1980, opèrent un tournant théorique majeur. Dans son article fondateur, « Deconstructing the Map » (Cartographica, 1989), il invite à lire les cartes non comme de simples reflets du réel, mais comme des constructions sociales, traversées par des #rapports_de_pouvoir. La carte est une construction située dans le temps et dans l’espace, affirme-t-il, dont « une grande part du pouvoir (…) est qu’elle opère sous le masque d’une science en apparence neutre. Elle cache et nie sa dimension sociale en même temps qu’elle la légitime ».

    L’historien identifie un double pouvoir derrière l’outil : celui du cartographe ou de son commanditaire, qui décide de ce qui est représenté par le biais de choix multiples (projection, échelle, toponymes…), mais aussi un pouvoir interne, propre à la carte elle-même. Non seulement elle n’est pas neutre, mais elle est performative : elle agit sur nos #imaginaires et induit des #représentations. « Pour Harley, il faut absolument analyser d’un côté les intentions et les choix politiques de l’auteur, et de l’autre les usages, la façon dont la carte peut être instrumentalisée pour penser un territoire », souligne le géographe et chercheur au CNRS #Matthieu_Noucher.

    Ces réflexions, ainsi que l’ambitieuse History of Cartography que John Brian Harley dirige avec David Woodward (Presse de l’université de Chicago) à la même époque – le premier volume est publié en 1987 –, provoquent un choc méthodologique durable. La mise en lumière des formats multiples des cartes non occidentales contribue à décentrer le regard et à éclairer la dimension partielle et politique de toute représentation spatiale.

    Mythe de la #terre_vierge

    Cette prise de conscience va inspirer de nombreuses études en sciences sociales, notamment sur le rôle central de la cartographie dans l’#histoire_coloniale. « Elles montrent que, du XVIIe au XIXe siècle, la carte a servi à créer le mythe de la #terra_nullius, la terre vierge inhabitée, pour justifier les #conquêtes_coloniales en accréditant l’idée de territoires vides d’hommes et de femmes », explique Matthieu Noucher. Le chercheur s’est attaché à analyser le « #blanc_des_cartes », voire leur « #blanchiment » lorsqu’il s’agit d’effacer les rares mentions de populations autochtones. Ainsi, en Guyane, une première carte française notifie, en 1732, la présence de « nations indiennes » sur le territoire, une formule remplacée trois décennies plus tard par la mention de « belles et très fertiles plaines que doit habiter la nouvelle colonie française ». Entre-temps, la France a perdu ses possessions canadiennes et a décidé de fonder une colonie de peuplement en Guyane.
    L’approche critique ne se limite pas à questionner la carte comme représentation dominante. A partir des années 1970, l’outil lui-même est réinvesti par les communautés autochtones pour défendre leurs droits territoriaux face aux projets extractivistes. Pour les communautés locales d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Afrique et d’Océanie, produire des cartes devient une stratégie de #résistance à l’industrialisation des terres, comme en Colombie-Britannique (Canada) contre la construction de pipelines de gaz et de pétrole. En 1995, la sociologue américaine #Nancy_Lee_Peluso forge le terme de « #contre-cartographie » pour désigner cette production destinée à contester les structures de pouvoir.

    Ces « contre-cartes » interrogent aussi la dimension culturelle des #méthodes utilisées, et du même coup les frontières de la science occidentale. « La contre-cartographie invite en effet à une #décolonisation des savoirs géographiques qui ne se matérialisent pas tous sous forme d’images. Ils peuvent se transmettre par la parole, le chant, la danse, la sculpture ou les rêves, intimement liés aux pratiques et aux territoires de la chasse ou de la pêche, souligne Irène Hirt, qui a accompagné des communautés mapuche au Chili et innu au Québec dans la reconstitution de leur milieu de vie. Loin d’être vides comme le disent les cartes, ces terres sont pleines de toponymes, de lieux de rassemblement ou de sépultures, de sentiers de portage et de routes de migration humaine et non humaine. »

    A l’aube des années 2000, la généralisation des outils numériques ouvre un nouveau chapitre. L’essor des techniques de la géomatique (systèmes d’information géographique – SIG –, GPS, télédétection, etc.) et l’accès à de larges bases de données transforment profondément la cartographie conventionnelle. La géovisualisation devient en quelques années l’alliée indispensable de l’organisation des territoires. « Avec l’arrivée de l’application cartographique Google Maps en 2005, on a vu ressurgir une forme de croyance aveugle dans l’objectivité des données, et dans leur capacité à livrer en temps réel une image exacte du territoire », constate Matthieu Noucher.

    Les algorithmes et leur vision du monde

    Cette rupture renouvelle radicalement les enjeux de pouvoir. « Pour prendre au sérieux la proposition de John Brian Harley, il faut désormais s’intéresser aux fonctionnements des #algorithmes, des #bases_de_données et des applications », prévient le géographe. Et comprendre comment ces programmes, loin d’être neutres, imposent eux aussi une vision du monde. L’auteur de Blancs des cartes et boîtes noires algorithmiques (CNRS Editions, 2023) analyse les choix et les silences de modèles économiques fondés sur la publicité, qui « conduisent à privilégier, par exemple, l’affichage des commerces et à ignorer les milieux vivants ».

    Le « blanc des cartes », affirme Matthieu Noucher, prend un tout autre sens avec la personnalisation algorithmique et les bulles de filtre qui imposent désormais des réalités différentes selon le profil des utilisateurs, leur pays et leurs usages. Ainsi, Google Maps adapte son affichage en fonction du contexte politique et géographique du pays. « Depuis la décision de Donald Trump de remplacer l’appellation “golfe du Mexique” par “golfe d’Amérique”, un écolier américain ne voit plus la même carte qu’un élève mexicain », regrette le géographe.

    Cette personnalisation enferme les individus dans des visions fragmentées de l’espace, où commerces, infrastructures et frontières symboliques sont hiérarchisés différemment pour chacun. Ce basculement marque une rupture : « En se substituant aux organismes nationaux et internationaux chargés de réguler les noms et les représentations des lieux, les grandes plateformes numériques imposent progressivement leurs propres logiques, souvent guidées par des intérêts économiques ou géopolitiques », alerte le chercheur. Alors que la carte constituait jusque-là un #bien_commun et un support partagé indispensable au débat démocratique, « elle tend désormais à devenir un objet individualisé, soumis à une postsouveraineté cartographique dominée par les géants du numérique, au risque d’éroder toute représentation collective de l’espace ».

    Confrontées à ces évolutions, les approches critiques se sont, elles aussi, renouvelées. La démocratisation d’outils de plus en plus accessibles et participatifs a renforcé les pratiques alternatives. Lancé en 2004, le projet collaboratif de cartographie en ligne #OpenStreetMap, créé et mis à jour par des bénévoles du monde entier, et dont les données géographiques sont ouvertes à tous, reste « l’exemple le plus abouti de la contestation de la mainmise d’une multinationale comme #Google sur les représentations géographiques du monde », estime #Nicolas_Lambert, ingénieur en sciences de l’information géographique au CNRS. Ce spécialiste de la #géovisualisation a rejoint Migreurop en 2009, un réseau d’experts et d’une cinquantaine d’associations de défense des droits humains, qui « documente » et « dénonce » les effets des politiques migratoires européennes à travers la publication d’atlas « engagés ».

    Les initiatives de cartographie critique se développent aujourd’hui dans une grande diversité de contextes, d’échelles et de formes. Elles peuvent être individuelles ou collectives, concerner un quartier, un pays ou avoir une portée internationale, s’inscrire dans le cadre de travaux académiques, de luttes politiques ou d’enquêtes journalistiques, ou encore entremêler tout cela à la fois.
    De nombreuses productions s’appuient sur des données statistiques, tandis que d’autres ont recours à des approches dites « sensibles », qui visent à réinscrire les #expériences_vécues au cœur des #représentations_spatiales. Cette cartographie fondée sur les #sens et les #émotions s’est développée à travers les marches exploratoires de femmes, créées dans les années 1990 au Canada, à Toronto et à Montréal, puis organisées en France depuis une dizaine d’années. Angoisse, peur, sentiment de sécurité ou de confort deviennent autant d’éléments traduits en symboles graphiques. En rendant visibles les expériences de l’#espace_public différenciées selon le #genre, ces marches ont fait de la carte un outil pour repenser l’aménagement urbain et lutter contre les violences, mais aussi un levier d’émancipation. « S’inscrire dans l’espace symbolique de la carte revient à se réapproprier l’espace, à forcer la reconnaissance de soi et à exister aux yeux des autres », se réjouit l’historienne Nepthys Zwer, autrice de Pour un spatio-féminisme. De l’espace à la carte (La Découverte, 2024).

    « #Cartes_mentales » des émotions

    Dans ce contexte, le recours à des modes d’expression créatifs (collage, dessin, broderie) facilite la participation de publics peu familiers des codes classiques. A Grenoble, des « rencontres cartographiques » entre migrants, chercheurs en sciences sociales et artistes, organisées dans les locaux de l’association Accueil Demandeurs d’asile, ont permis de collecter les récits de parcours migratoires par le dessin, la broderie et même la sculpture de l’argile à travers des « cartes mentales » des émotions, comme l’ont montré les travaux des géographes #Sarah_Mekdjian et #Anne-Laure_Amilhat-Szary.

    Dans cette perspective, la #subjectivité de la démarche est clairement revendiquée. Mais ces approches soulèvent aussi des questions : que peuvent apporter ces représentations à des pratiques plus conventionnelles ? Quelle place leur accorder dans une discipline formalisée ?

    « Parce qu’elle légitime et réhabilite les attachements et l’expérience empirique qu’ont les individus d’un territoire, la contre-cartographie est forcément subjective, comme toute carte d’ailleurs », souligne Nepthys Zwer. Elle se réclame d’un double héritage : celui de John Brian Harley, pour qui la carte n’est jamais neutre, et celui de la philosophe féministe américaine #Donna_Haraway, pour qui « toute #objectivité est toujours produite à partir d’un “#savoir_situé” ». Pour autant, « ces pratiques ne peuvent se réduire à un outil de lutte politique, prévient l’historienne. Elles font partie intégrante de la discipline qu’elles complètent et enrichissent, et doivent à ce titre être évaluées comme les autres ».

    C’est aussi l’avis de Philippe Rekacewicz, qui a choisi de son côté d’abandonner le terme de « contre-cartographie », parce qu’il « peut être interprété comme s’opposant à la cartographie conventionnelle ». « Or, nous utilisons les mêmes règles, nos méthodes d’enquête et d’entretien sont celles de la géographie qualitative et des sciences humaines en général. Ce qui change, c’est l’#intention, la volonté de déconstruire le discours du pouvoir et de rendre visible ce qu’il ne souhaite pas montrer », explique-t-il.

    Néanmoins, pour Françoise Bahoken, il faut différencier les cartes des « images et autres représentations de territoire ». « Certes, aucune représentation n’est objective par définition, mais la cartographie en tant que discipline scientifique s’appuie sur des théories et des méthodes, des dispositifs et des principes, et tend vers l’objectivité. Certaines approches ne sont pas scientifiques, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont pas importantes, puisqu’elles permettent à des non-spécialistes de s’emparer des questions d’inégalité spatiale. »

    Planisphères et contre-cartes

    Longtemps marginal, le mouvement commence à se faire une place à l’université. « La cartographie critique fait l’objet de travaux académiques aujourd’hui largement reconnus et qui suscitent des vocations », affirme Nicolas Lambert. A l’université de Tours, un cursus de cartographie expérimentale a vu le jour au sein du département de géographie où des étudiants s’initient à des ateliers de #cartographie_sensible, tandis que d’autres universités comme Bordeaux et Grenoble proposent, elles aussi, des ateliers.

    De son côté, l’approche critique numérique fait l’objet d’un intérêt croissant, avec la prise de conscience de la puissance et de l’opacité des boîtes noires algorithmiques et du besoin de méthodes pour analyser leur fonctionnement. L’Agence nationale de la recherche finance désormais des projets dans ce domaine. « Un vrai progrès », se réjouit Matthieu Noucher, qui anime un groupe de travail autour des approches critiques au sein du réseau Magis, principalement composé de géomaticiens, ces spécialistes des données et des systèmes d’information géographique, et premiers concepteurs de cartes. « Jusque-là, les acteurs de la cartographie critique et ceux de la production de cartes officielles ne se parlaient pas beaucoup. Le principal enjeu aujourd’hui est de faire dialoguer les points de vue pour enrichir les modes de représentation », souligne le géographe.

    Le chercheur prépare, pour juin, à Bordeaux, une exposition à la croisée des arts et des sciences, qui fera dialoguer différentes représentations spatiales de la planète : des planisphères et des contre-cartes des Attikamek du Québec, des globes terrestres numériques à la manière de Google Earth et des sculptures de communautés autochtones kali’na de Guyane. Une autre façon de construire des ponts entre différentes visions du monde.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/02/comment-les-cartes-sont-devenues-des-contre-pouvoirs-pour-redessiner-le-mond
    #cartographie #visualisation #cartographie_radicale #cartographie_critique #pouvoir #performativité
    ping @visionscarto @reka
    via @karine4

  • American AI Arrives on Fortress Europe’s Borders. At What Cost ?

    Critics say emerging age estimation and surveillance technologies are putting human rights at risk.

    #Shield_AI’s headquarters are situated in a tall glass building along a wide boulevard in San Diego, a world away from where its tech, dreamed up in the sun-washed streets of California, has been tested above the Bulgarian forests. For asylum seekers trying to cross from Turkey to Bulgaria — and into the European Union — there is a good chance that in the future they may encounter one of the company’s surveillance drones.

    Shield AI was founded as a startup in 2015 by Andrew Reiter and brothers Ryan and Brandon Tseng. The company is now valued at around $5 billion. It claims that during its participation in a 60-day pilot at the border in August — coordinated with Frontex, the EU border agency — “both irregular border crossings and criminal activity” saw a “significant reduction” thanks to the use of its vertical-take-off (or V-BAT) drones. How this was achieved remains unclear. The drones include an onboard AI pilot that enables a fully autonomous flight even without GPS. Frontex agreed there had been a reduction in crossings, although neither Frontex nor Shield AI would say what the precise percentage is. Shield AI is active across Europe and has sold these drones to other EU states, including Greece and the Netherlands. The company also has a lucrative $198 million contract with the US Coast Guard announced in 2024.

    A new joint investigation by Inkstick, Solomon, Taz, and SWI Swiss Info reveals how new technology is rolled out across Europe to deter irregular migration and handle asylum claims, often with little scrutiny and thin safeguards, that can affect even underage refugees. It also shows how the EU is increasingly moving towards “smart” border control solutions, which either use or have the potential to use artificial intelligence — despite officials downplaying or hiding this trend behind less ominous terms like “algorithms.”

    The Bulgarian trial, according to two officials present at a closed-door meeting in Warsaw in September 2025, was part of an “Innovation” presentation. Featured on the screen was a drone-based surveillance network piloted under a Frontex contract. Assets tested included V-BAT drones that hovered along Bulgaria’s border with Turkey, streaming real-time video to a command center and flagging movements to operators.

    Bulgaria is among a number of European countries accused of systematically violating the rights of asylum seekers. Shield AI did not respond to requests for comment on the system, its deployment, costs, or data use. Frontex, in a written response, said that the “preventative” effect of the Bulgarian pilot was an “indirect outcome” and was conducted under a “research and innovation pilot, which includes comprehensive fundamental-rights safeguards.”

    The European Commission has said that research pilots remain outside of the full legal framework. Dr. Niovi Vavoula, an Associate Professor and Chair in Cyber Policy at the University of Luxembourg, told the investigation that such exceptions are merely semantic once these systems are tested on real people, “we are past the purely testing research phase.” She added that any research exceptions “shouldn’t be applicable.”

    From the beginning of people’s attempts to reach Europe, often aboard overpacked, flimsy vessels leaving from Libya, aerial assets sold by defense companies and deployed on behalf of European states and agencies buzz above their heads.

    Along the voyage, an array of Israeli tech could be monitoring their movements, from Israel’s IAI’s Heron surveillance drones leased to Frontex for Mediterranean patrols to Elbit Systems’ Hermes 900 drones (used in the skies of Gaza since 2014) used on unarmed EU maritime patrol missions. In 2025, Frontex renewed the IAI-made Heron 1 drone for another four years.

    If people make it to European soil alive — thousands do not — they frequently try to leave countries of first-arrival like Greece and reach wealthier nations such as Germany, where living conditions and prospects of employment seem better. In the reeds of northern Greece, according to border officials who spoke to the investigation, the movement of storks often gives away the positions of migrants hoping to do just this; soon a series of sophisticated tech will take over from nature’s watchmen.

    Public announcements, internal minutes, and technical documents reviewed by this investigation detail plans for the deployment of Mobile Incident-Management Centers (MIMCs) in the country’s northern border, the main exit route for migrants trying to reach Northern Europe. All-terrain vehicles will be equipped with thermal cameras, drones, and encrypted comms, working alongside new fixed surveillance structures feeding live video and alerts into central control hubs and command posts.

    For those who make it from southern Europe all the way to its tip in northern France and the beaches around the city of Calais, refugees might come into contact with even more American technology invested in monitoring their movements.

    Anduril Industries (one of several American defense companies borrowing its name from the Lord of the Rings franchise) has a role to play in monitoring asylum seekers being crammed onto smugglers’ overcrowded boats to cross the English Channel, the stretch of water between France and the southern coast of England and one of the busiest shipping lanes in the world. Founded by Donald Trump supporter Palmer Luckey in 2017, Anduril is now valued at over $30.5 billion.

    In a recent investigation, The Bureau of Investigative Journalism laid bare the breadth of the company’s lobbying activities in the UK, including the hiring of at least 11 former defense ministry staff. Anduril has sold a number of “Sentry Towers” to the UK Home Office, similar to those along the US-Mexico border. The towers monitor migrant crossings and use the company’s “Lattice” AI system. They are shrouded in secrecy, with the British government often refusing to release precise details about their number, positions on the southeast coast, or contracts. Previous freedom of information requests filed by researchers have revealed the Home Office has paid over £16 million (around $21.2 million) for a three-year period for one of these contracts,

    Anduril’s expansion into Britain reflects a broader trend: US companies are increasingly supplying not only border hardware but also the AI tools that shape asylum decisions. This investigation has obtained the names of seven companies involved in a controversial trial run by the UK Home Office, which plans to use AI to estimate the age of newly arrived migrants. The Home Office claims that Facial Age Estimation AI, a process in which an individual’s age is determined by comparing their facial biometrics to a large dataset of faces with known ages, “offers a potentially rapid and simple means” to verify someone’s age.

    Molly Buckley from the Electronic Frontier Foundation said that the organization has concerns over the technology, including reports of its accuracy levels. “When used for age estimation, facial scanning is often inaccurate. It’s in the name: age estimation,” she said. Buckley explained that every form of face-scanning technology has an error rate, which means some adults will be deemed minors and vice versa, with limited options for recourse. “Age estimation is also discriminatory. Studies show face scans are more likely to err in estimating the age of people of color and women, which means that as a tool of age verification, these face scans will have an unfair disparate impact on the human rights of people seeking asylum.”

    Three of the seven companies involved in this trial are American, including Trust Stamp, a Georgia-based company that bills itself as an “AI-powered identity verification.” Trust Stamp had a controversial contract with ICE, which was terminated in 2022. Although no link was made public, the company had suffered a significant data breach of its migrant-tracking app used by ICE earlier in the year. Aware Inc and Paravision AI, both similarly headquartered in the US, have had their software used by multiple US government bodies, including the FBI and the US Air Force. None of those involved in the trial appear to have ever had their facial age estimation technology used on asylum seekers. Aware Inc, Paravision AI, and Trust Stamp did not respond to request for comment.

    The Home Office did not provide answers to a lengthy list of questions about whether a human-rights impact assessment had been completed, about which experts had been consulted, or about any further details of the implementation process. In a statement, it insisted that “robust age assessments are a vital tool in maintaining border security,” with a reported plan to integrate it into systems in 2026.

    Child protection advocates, meanwhile, say these assurances fall far short of addressing the lived consequences for young people misidentified by automated systems. Maddie Harris from the Humans for Rights Network said that “introducing facial age estimation does nothing to address this significant safeguarding issue of determining children to be adults and placing them in unsafe settings exposed to acute harm.” Harris added, “Our concerns include the ability for a child to consent to an AI age check, inherent racial bias and the data the tool will have access to reach its decision on a person’s age.”

    Harris questioned how such technology will adequately take into account “the complexities of human life, including long and traumatic journeys to the UK, and how our experiences manifest in our faces and bodies.”

    Age estimation is not the only area where American-made AI is being inserted into asylum decision-making. Foxglove, a nonprofit that litigates and advocates for “fairer tech,” shared its submission to the UK Parliament’s Joint Committee on Human Rights ​​and the Regulation of AI. The submission flags concerns about three AI tools used or tested by the Home Office, including the proposed facial age assessment as well as one to auto-summarize asylum interview transcript and another to condense and summarize country information for asylum decision-makers.

    The nonprofit says it has confirmed that the transcript-summarizing tool is based on San Francisco based OpenAI’s GPT-4. The tendency of such models to “hallucinate,” or to produce false but plausible results, is well documented, Foxglove said. In trials, from the Home Office’s own admission, 9% of summaries were reportedly so inaccurate or incomplete they were unusable.

    Foxglove’s Donald Campbell said it is “surprising” the Home Office calls that “a small proportion.” With tens of thousands of asylum claims a year, he explained, such an error rate could affect thousands of cases if scaled up.

    “It is hard to see how unleashing these dangerously unreliable tools on some of the most vulnerable people — including child refugees — is anything other than a recipe for disaster,” Campbell added. “At the very least, the Home Office should be providing a higher level of transparency and accountability, to ensure that errors and harms are rapidly identified. Instead it is refusing to release even minimal information on the risk assessments it has undertaken. This secrecy suggests the Home Office knows the tools come with significant, known risks, but is determined to push on regardless.”

    The EFF’s Buckley agreed. “By definition, asylum seekers have an increased need for privacy and protection. To force them to hand over their most sensitive data to UK authorities and AI companies as soon as they reach UK shores raises significant concerns. Where does that biometric data go, and who is it shared with? Can it be purchased, used by law enforcement, or stolen by bad actors — either in the UK or in the country they’re fleeing? Deploying this unreliable, discriminatory, and dangerous surveillance technology at the border just to save a few pounds creates massive risks to the human rights, safety, and well-being of asylum seekers.”

    The tendency to downplay or reframe AI use is mirrored in how authorities describe the role of the technology within decision-making processes. The UK Home Office, for example, has said that the trial of AI on age-contested children at the border will only be “assistive,” with the final decision making remaining in human hands.

    Estelle Pannatier from Algorithm Watch explained that “assistive” AI nonetheless comes with its own pitfalls. “We have observed that people who seek advice from algorithms can, over time, become more dependent on the system and less critical of it,” Pannatier explained. “Thus, a tool developed to assist in decision-making can, in practice, be used as an instrument for making decisions. In theory a human oversees the system … but that person relinquishes their supervisory responsibilities and decision-making authority to the algorithm. It is therefore essential that appropriate processes be put in place to reduce these ‘automation biases.’”

    Meanwhile, there is an apparent lack of transparency surrounding the AI technology being deployed at Europe’s borders. This investigation’s requests for precise details on the Bulgaria pilot were denied. Requests for UK performance reviews regarding Anduril’s Sentry Towers were denied, while the Home Office did not answer questions about whether a human rights impact assessment or a data protection impact assessment had been completed on the facial age estimation technology.

    These examples merely underpin a bigger problem, according to Bram Vranken, a researcher at the Brussels-based watchdog Corporate Europe Observatory. “Border management is being seen as crucial to national security and has become securitized. So, everything to do with borders is being more and more exempt from democratic oversight, accountability, [and] transparency.”

    As countries from Bulgaria to the United Kingdom increasingly rely on AI and other technology to conduct border enforcement, rights groups have become increasingly concerned. In a 2024 report, Amnesty International warned that “digitized interventions” on borders contribute to “weakening human rights protections for migrants and asylum seekers.” In 2023, the EuroMed Rights watchdog said the “use of new technologies is now firmly cemented in the EU’s border policies,” noting that they “underpin invasions of privacy, brutal violations of human rights” across Europe.

    Criticism or not, lucrative contracts for tech companies have continued to pile up. To Dr. Vavoula, the risks these multimillion dollar technologies pose are clear: “These tools are not trained to show compassion.”

    https://inkstickmedia.com/american-ai-arrives-on-fortress-europes-borders-at-what-cost

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  • «  Dernier passage  »  : une #chasse_à_l’homme dans la #forêt de #Białowieża vue de l’intérieur

    Dans l’est de la Pologne, les activistes de #Grupa_Granica répondent chaque jour aux appels de détresses de migrants dissimulés dans les marécages, fuyant les patrouilles et les hélicoptères. Une journée passée à leurs côtés raconte la mécanique d’une traque — et ce qu’il reste du droit d’asile au cœur d’un dispositif frontalier militarisé. Extrait de l’épisode 3 de notre podcast original «  Dernier passage  ».

    Le hameau des activistes de Grupa Granica n’a rien d’un camp organisé et militarisé  : c’est une zone de #résistance bricolée, coincée entre deux États qui se renvoient les mêmes corps épuisés. Dans le garage où tout s’entasse, les bénévoles préparent les «  paquets de survie  » destinés aux migrants égarés dans la forêt de Białowieża  : couvertures isothermiques, bonbons, anti-inflammatoires, pansements, chaufferettes, mais aussi batteries externes préchargées. Chaque élément répond à une nécessité repérée sur le terrain  : éviter l’hypothermie, prévenir les infections, fournir de l’énergie rapide, permettre une dernière communication avant que les téléphones ne s’éteignent. Cette frontière militarisée est devenue un #environnement_hostile où l’accès au territoire européen se joue parfois sur la présence (ou non) d’un simple powerbank.

    Alors que nous terminons la préparation des sacs, Aleksandra, militante chevronnée, reçoit un appel paniqué d’un jeune Marocain caché dans la forêt. Il dit être traqué par les #gardes-frontières polonais. «  Ils sont proches… j’entends les chiens…  » Son signal GPS s’interrompt par intermittence  : sa batterie est presque vide. Aleksandra réagit immédiatement et nous entraînons nos sacs sur un chemin forestier noyé sous la pluie.

    Dans cette forêt, la frontière n’est pas une ligne mais une #traque permanente. On avance dans des #marécages glacés, l’eau jusqu’aux genoux et sous dans un ciel où on aperçoit la silhouette métallique des hélicoptères de l’armée. L’un d’eux tourne en cercles, à basse altitude, manifestement à la recherche d’une silhouette humaine. Plus loin, un véhicule des gardes-frontières suit une piste forestière. Aleksandra nous fait signe de nous cacher. La scène ressemble moins à une patrouille qu’à une opération de chasse organisée. On pourrait croire à une farce ou a un exercice de l’armée, le cerveau peine a envisager la réalité, mais c’est bien un être humain qui est traqué.

    Chaque minute compte. Si les gardes-frontières interceptent le jeune homme avant nous, il risque un pushback, en l’occurrence le fameux renvoi immédiat vers la dictature voisine, la Biélorussie, une pratique interdite par l’article 33 de la Convention de Genève, par le droit européen (Directive Procédures, articles 6 et 8), et par la Charte des droits fondamentaux (article 18 et 19). En théorie, toute personne présente sur le sol polonais (ou interceptée à la frontière) a le droit de demander l’asile et de voir sa demande enregistrée immédiatement. Mais en pratique, dans cette zone militarisée, les refoulements illégaux sont systématiques.

    Le signal du jeune Marocain finit par réapparaître. Dix secondes de géolocalisation, le temps de fixer un point approximatif. On accélère. Après plusieurs heures dans les marécages, nous le trouvons enfin. Trempé, tétanisé, incapable de distinguer qui nous sommes. Aleksandra s’agenouille, lui offre de l’eau et du sucre, lui parle doucement. La panique ne vient pas seulement de la faim ou du froid, mais de ce qu’il sait  : s’il est repris sans témoin, il sera renvoyé de force vers la Biélorussie, sans trace administrative, sans accès à la procédure, parfois avec des coups ou des menaces. Des situations qui ont déjà été maintes fois documentées.

    Commence alors la discussion essentielle  : activer le droit.

    Aleksandra lui explique les règles, mais surtout les écarts entre la loi et sa mise en œuvre. Selon la Directive Procédures de l’UE (2013/32/UE), un demandeur d’asile  :

    · doit pouvoir déposer sa demande immédiatement,

    · doit être protégé contre tout refoulement tant que sa demande n’a pas été examinée,

    · doit avoir accès à une procédure individuelle,

    · doit pouvoir contacter un avocat ou une ONG.

    La Pologne, de son côté, a modifié son droit interne en 2021, introduisant des dispositions permettant aux gardes-frontières d’ignorer une demande orale formulée dans la #zone_militaire — une mesure jugée incompatible avec le droit européen par plusieurs juristes et contestée devant la Cour européenne des droits de l’homme.

    Aleksandra ne ment pas  : en théorie, s’il prononce les mots «  Je demande l’asile  » devant un agent polonais, l’État est juridiquement obligé de l’enregistrer. Mais en pratique, il arrive très souvent que les agents refusent d’entendre la demande, qu’ils ne consignent rien, ou qu’ils renvoient la personne de l’autre côté.

    Le juriste spécialisé de Grupa Granica, joint par téléphone, entre alors en scène. Il explique au jeune Marocain ce qui va se passer ensuite  :

    · une arrestation officielle

    · un transfert vers un centre de rétention

    · un premier entretien

    · la possibilité d’un accès à un avocat,

    · mais aussi le risque d’une décision de retour, parfois très rapide, si les autorités estiment qu’il ne relève pas de la protection internationale.

    Les #centres_de_rétention polonais sont régulièrement pointés du doigt  : dispositifs carcéraux, quasi-absence d’interprètes, accès limité à l’aide juridique, conditions matérielles difficiles. Mais c’est aussi le seul endroit où sa demande d’#asile peut être légalement consignée (et donc juridiquement défendable).

    Après une heure de discussion, le jeune homme accepte. Il renonce à la fuite vers l’Allemagne (trop risquée dans son état) et choisit la voie légale. Aleksandra compose alors le numéro des autorités locales pour notifier officiellement la présence d’un demandeur d’asile. Cette notification crée une trace, un fait juridique que la police ne peut plus effacer.

    Lorsque la jeep des gardes-frontières arrive, tout est filmé, noté et documenté. Le jeune Marocain prononce clairement sa demande. Les agents, cette fois, l’enregistrent. Il monte dans le véhicule. Il sait qu’il entre dans un système opaque, mais au moins, une procédure existe. Il ne sera pas poussé dans la forêt biélorusse cette nuit.

    La voiture s’éloigne. Il ne reste que la forêt, les trous d’eau, les traces d’une journée passée à échapper aux patrouilles. Aleksandra regarde son téléphone  : trois autres messages de détresse sont arrivés depuis notre départ. Dans cette #zone_frontalière, la loi européenne existe, mais elle ne s’applique que quand des civils, juristes, bénévoles veillent à ce qu’elle ne soit pas étouffée sous la boue des marécages.

    https://www.blast-info.fr/articles/2025/dernier-passage-une-chasse-a-lhomme-dans-la-foret-de-bialowieza-vue-de-l-

    #Bialowieża #frontières #Pologne #Biélorussie #migrations #réfugiés #solidarité #droit_d'asile #refoulements #push-backs

    –-

    ajouté à la métaliste autour de la Création de #zones_frontalières (au lieu de lignes de frontière) en vue de refoulements :
    https://seenthis.net/messages/795053

  • La République contre elle-même : que raconte l’étouffement des sections de commune quant au fonctionnement de l’État ?

    Les « #sections_de_commune » constituent une forme particulière et ancestrale de #propriété_collective d’une surprenante actualité. Mais elles font face aux assauts du législateur qui œuvre pour leur disparition.

    La suppression des sections de commune, une des catégories de propriétés collectives ancestrales, s’effectue à bas bruit dans les campagnes françaises. En quelques années, des pans entiers de l’identité et de l’histoire rurales ont été rayés de la carte dans une indifférence quasi générale. Néanmoins, ici et là, des habitants entrent en #lutte, aidés par des associations déterminées [1], ce qui n’arrête pas un mouvement toujours à l’œuvre dans les départements qui contiennent le plus de sections de commune [2]. Malgré une érosion continue (plusieurs disparaissent chaque semaine), il en subsiste des dizaines de milliers en #France [3]. Ce processus illustre la contradiction entre le discours étatique de promotion de la démocratie locale et de soutien à la #ruralité et la réalité d’un #démantèlement presque méthodique des structures vernaculaires d’#autogestion des campagnes. Ce faisant, s’accroît la défiance de la population envers la puissance publique, et réciproquement. Alors que l’enjeu social, écologique, climatique prend chaque jour plus d’ampleur, comment expliquer que des élus qui s’affichent comme d’ardents défenseurs de la ruralité ne regardent pas avec bienveillance la culture foncière collective et le phénomène autochtone qui l’anime ? Cette question en rejoint de nombreuses autres concernant les difficultés qu’a la puissance publique à accueillir l’action des communs fonciers et communautés liées. Pour appréhender ce sujet, une journée d’étude et de débats aura lieu le 17 octobre 2025 au Palais du Luxembourg à Paris [4].

    L’inutilité des #communaux ? Une contre-vérité historique, un contre-sens social

    Depuis le Moyen Âge, et durant des siècles, les sociétés européennes ont reposé en grande partie sur les « communaux » : des #terres_partagées (forêts, landes, marais…) destinées à satisfaire les besoins essentiels des habitants. Ces systèmes fonciers permettaient et permettent encore l’#usage_partagé des #ressources, leur autogestion prudente par les communautés villageoises selon des règles propres. Ils ont contribué à façonner les #paysages, le #patrimoine et des formes de cohésion villageoise. Le #droit actuel y fait encore allusion, mais de manière restrictive et appauvrie, sans reconnaître leur #fonction_sociale ni leurs particularités régionales. L’émergence d’un État moderne valorisant la propriété individuelle et une législation uniforme a peu à peu marginalisé ces formes collectives d’usage des terres et des ressources. L’évolution des modes de vie – moins agricoles – a accentué ce déclin (Vivier 1998). Concernant les sections de commune, la loi n° 2013-428 du 27 mai 2013 les a classées comme personnes morales de droit public (imposant un carcan que les communautés d’ayants droit n’ont jamais souhaité ni demandé) et, sous couvert de #modernisation, a restreint la possibilité pour elles de disposer d’un organe de gestion autonome (comme les commissions syndicales, aujourd’hui rares). Elle a renforcé le pouvoir des conseils municipaux pour les administrer, y compris pour vendre ou transférer ces biens. Le pouvoir de fixer le destin de ce patrimoine des habitants a donc basculé des populations aux #conseils_municipaux. Leur #disparition est aussi souhaitée par certains élus locaux qui, arguant pourtant de la défense de la ruralité, supportent mal la survivance de systèmes qu’ils voudraient mettre au pas au nom d’une certaine idée de la République centralisée et monolithique (en 2025, des sénateurs ont déposé une proposition de loi sous un titre trompeur mettant en avant l’amélioration de la gestion des sections, alors qu’il est bien question dans l’exposé des motifs de les dissoudre et d’accélérer le transfert aux communes [5]).

    Mais il y a un os : l’administration butte sur la #résistance de ces #communs_fonciers. Ceux-ci, loin d’avoir disparu, survivent sous des formes diverses en maints endroits de l’Hexagone (et ailleurs en Europe). Certes, leur dynamisme varie au gré des lieux et des situations. Mais en période de crise sociale et écologique, les populations fragilisées leur reconnaissent à nouveau un rôle protecteur et utile (Joye 2021). Défendre les communs n’équivaut pas à protéger les privilèges de quelques-uns, comme certaines voix le prétendent parfois. Il s’agit de préserver des ressources essentielles : eau, biodiversité, terres agricoles, savoir-faire anciens, patrimoine culturel immatériel, lieux de rencontre. Les enquêtes menées par la chaire Valcom [6] montrent aussi, à rebours du discours fataliste sur l’individualisme en société, que les populations ont envie de s’impliquer, d’agir et travailler en commun, d’assumer des responsabilités et de transmettre à leur tour cet héritage. Dans le système des sections de commune, les membres ont des droits mais également des devoirs et une éthique de la responsabilité. Ils prennent soin de leur environnement et interviennent sur tout un ensemble de dimensions que l’administration a du mal à appréhender au quotidien et aussi finement.

    Pourquoi s’entêter à supprimer cet héritage ?

    Nos recherches révèlent plusieurs motifs. Il y a ceux que des rapports officiels évoquent sans détour : le besoin de simplification et de rationalisation administratives. Ils discréditent ces dispositifs avec condescendance, arguant qu’ils seraient anciens, folkloriques et incompatibles avec le développement des territoires, d’où la tentation de faire table rase du passé [7]. Cette opinion se trouve dans le rapport officiel de l’Inspection générale de l’administration de 2003 percevant de manière édifiante les sections comme un « régime juridique suranné » et « un frein souvent incompatible avec un aménagement rationnel du territoire rural [8] ». Le groupe de travail qui a produit le rapport n’était composé que de représentants d’administrations (étatiques comme locales), d’associations d’élus locaux et d’institutions spécialisées (comme la Fédération nationale des communes forestières) et de quelques juristes. Jamais les ayants droit aux sections, les associations qui les représentent, ni les élus de leurs commissions syndicales n’ont été conviés, pas plus que dans les travaux préparatoires de ce qui deviendra la loi n° 2013-428 du 27 mai 2013. L’avenir des communaux ne se discute donc que dans l’entre-soi des pouvoirs publics, certains étant notoirement hostiles aux sections. Sans respecter l’espace de tous les points de vue, ces réflexions révèlent une analyse biaisée, destinée à avaliser un préjugé idéologique négatif de départ. On y lit surtout des complaintes, jamais les actions d’intérêt collectif menées par les populations, ni leurs témoignages. Les sections seraient un poids pour l’administration, l’obligeant à prendre en compte un acteur supplémentaire et épars, la population. Vingt ans après, ce motif est encore entendu.

    Sur le terrain, nous percevons les tensions qui existent par endroits et la concurrence de vision quant à la manière d’assurer la gestion durable des biens. Citons le Programme régional de la forêt et du bois (PRFB) de la région Auvergne-Rhône-Alpes (2019-2029), élaboré sous la responsabilité d’une grande partie des acteurs de la filière, sous la double présidence de l’État et de la région. Il affiche un objectif de prise en compte de la multifonctionnalité des forêts, mais prône l’intégration des #forêts sectionales dans le domaine communal (c’est-à-dire leur suppression). Il mentionne qu’elles « représentent une lourdeur importante en termes de gestion du fait du nombre important d’interlocuteurs au regard des surfaces concernées [9] ». De son côté, l’#Office_national_des_forêts (#ONF), malgré la bonne volonté de ses agents locaux, peine à concilier les différents objectifs forestiers que le législateur a fixés. Il fait primer l’exploitation économique sur la pérennité des usages des communautés villageoises. La gêne des agents se ressent en matière de droit d’affouage [10], où l’ONF adopte souvent une position ambigüe, celle du « oui mais… ». Il reconnaît les usages ancestraux au profit des populations (code forestier, ancrage local), mais ne se précipite pas pour les mettre en œuvre. Il s’abrite derrière les prétendus risques que l’exercice de ce droit engendrerait pour la filière bois, pour la sécurité, pour la gestion durable [11]. De son côté, la Charte de la forêt communale de 2016 (ONF – Fédération nationale des communes forestières) n’inclut pas les sections comme potentiels acteurs, laissant penser que les communes agissent en propriétaires des biens de section, ce qui n’est pas le cas.

    Les déséquilibres coupables de la #loi du 27 mai 2013

    La loi du 27 mai 2013 modernisant le régime des sections de commune participe en réalité de leur affaiblissement. Son titre en trompe-l’œil masque mal ses velléités d’atrophie des sections puisque le choix a été fait par le législateur de restreindre le pouvoir d’agir des ayants droit et de décider de l’avenir de leur patrimoine collectif. Le texte était destiné, en théorie, à offrir « un ensemble équilibré de dispositions tendant à clarifier ce régime juridique dans ses différentes dimensions, en prenant en compte un double impératif : d’une part, faciliter l’activité des sections de commune dont l’existence favorise la dynamisation de la gestion de certains biens, en rationalisant les règles applicables ; d’autre part, permettre plus aisément le transfert des biens des sections de commune aux communes dans les hypothèses où les sections ne reflètent plus aucune réalité [12] ». Or, le texte promulgué n’a pas atteint cet équilibre.

    En effet, le premier impératif visé a été rendu inopérant dès lors que la loi a dévitalisé les organes représentatifs de gestion des sections (les commissions syndicales) en augmentant drastiquement les conditions de revenu cadastral requis pour faire la demande au préfet de convoquer les électeurs [13]. Cela prive de facto les sections d’un outil de gestion, et les pouvoirs publics d’interlocuteurs, ce qu’ils déplorent par ailleurs... Le législateur a opté pour le renforcement de l’administration des sections par les conseils municipaux et le maire agissant au nom et pour le compte de la section. Mais c’est pour le meilleur et pour le pire en pratique, car ils disposent de la possibilité d’enclencher de multiples procédures conduisant à la suppression des communs fonciers (transferts, ventes). Certaines permettent un démantèlement des sections par des procédures expéditives qu’on ne trouve dans aucun autre domaine de l’action publique. Ces procédures s’apparentent à des expropriations déguisées, à l’indemnisation purement théorique (les ayants droit n’hésitant pas à parler de spoliation [14]), pour des projets souvent désespérants, quand il y en a : les biens restent parfois dans le giron de la propriété publique [15], mais sont aussi vendus au secteur privé, par exemple afin de réaliser des parkings, des lotissements ou pour l’agrément de propriétaires privés souhaitant agrandir leur espace...

    Quant au deuxième impératif qu’était censé poursuivre le législateur, c’est une carence d’encadrement juridique qui conduit à laisser le champ libre à l’administration pour décider si les sections ne « reflètent plus aucune réalité ». De quelle réalité parle-t-on : celle de l’apparence, celle de la vision de la puissance publique ou celle des populations ? Or, le texte est rédigé de telle sorte que le conseil municipal, avec le préfet en bout de ligne procédurale, en décident. Aucun critère de discernement n’est imposé pour faciliter une objectivation de la prise de décision (attachement, économie, services aux populations, lien social) et aucune phase préalable d’information n’est prévue afin de placer les ayants droit devant leurs responsabilités s’ils sont accusés de ne pas être assez actifs ou réels. Cette réalité ne se mesure pas qu’aux revenus de la section. Entretenir les chemins, la forêt, surveiller les sources, se réunir autour du four banal sont autant d’apports directs ou indirects en matière écologique, économique, culturel ou social aux villages. Analyser et répertorier les éléments de cette réalité – ne serait-ce que dans les documents d’urbanisme – permettrait de la comprendre dans toutes ses dimensions [16]. La loi ne propose pas non plus de relance des communs, les plus endormis aujourd’hui n’étant pas morts juridiquement ; la reprise en main par les populations reste possible (néoruraux, populations locales mieux informées). Ainsi, les projets de suppression ne se décident pas à partir d’une pesée des intérêts entre le pour et le contre, ni d’une enquête publique. Aucune procédure ne présente de garantie sérieuse d’information préalable permettant des débats éclairés et un consentement libre, en connaissance de cause, afin que chacun ait bien compris les enjeux de la possible disparition de systèmes fonciers ancestraux. Cela s’opère en sachant que les personnes sont souvent âgées et isolées. Dans bien des cas, les ayants droit n’ont pas conscience de leur liberté de choix ni des conséquences de la décision qu’on leur demande de prendre.

    Dans certains départements du Massif central, ce que nous proposons d’appeler un #sectionicide s’est intensifié depuis la loi de 2013. Aucune collectivité ne s’en glorifie ni ne tient de décompte précis. Pour le savoir, il faut lire le recueil des actes administratifs de la préfecture, les données statistiques étant parfois rassemblées par des associations défendant les sections ou des entités à l’inverse plutôt réservées, comme certaines associations départementales des communes forestières. En Haute-Loire, 359 arrêtés préfectoraux ont été pris de 2011 à 2024 tous motifs confondus (ventes et transferts, ces derniers étant majoritaires) pour amputer des sections de leurs parcelles (réduire leur superficie) ou supprimer carrément des sections (suppression totale de 214 sections soit 15,3 par an en moyenne). De fortes variations existent d’une année sur l’autre, probablement en fonction du volontarisme des équipes municipales ou des préfets en place [17]. Dans le Puy-de-Dôme, la loi de 2013 a dopé les transferts de biens de section au profit des communes avec plusieurs dizaines par an tandis qu’ils étaient très peu nombreux avant [18]. Des préfets ont publiquement appelé les maires à communaliser les biens de section. En Saône-et-Loire, le préfet accompagne sa lettre aux maires du département de la procédure de communalisation à suivre, et des contacts des agents de la direction départementale des territoires, de l’association des communes forestières ou de l’ONF à solliciter à l’appui de la besogne. Le but affiché est une fois de plus de « faciliter la gestion forestière et administrative ». On y sert surtout un argumentaire spécieux. Supprimez puisque « dans le département la plupart des forêts sectionales sont intégralement gérées par les communes, la section ayant disparu [19] ». Ce qui est faux : par définition, si l’État veut supprimer les sections, c’est qu’elles existent. Surtout, rappelons que pour les conseils municipaux, c’est une obligation légale d’assurer la gestion des sections, qu’elles soient inactives ou dynamiques, et que tout est mis en œuvre pour empêcher la constitution des commissions syndicales pouvant permettre aux populations de les gérer... En Haute-Loire, le préfet voit dans la suppression un intérêt pour mieux prévenir les risques d’incendie, le département étant désormais classé à haut risque [20]. La préoccupation de l’État est ici de limiter le nombre d’interlocuteurs, regrouper la propriété pour pouvoir agir avec rationalité en sachant que ses moyens se réduisent. C’est d’autant plus regrettable quand on sait combien les populations des sections entendent jouer un rôle majeur d’appui à la puissance publique en étant en permanence sur le terrain pour observer ou entretenir les forêts. En réponse aux envies et possibilités d’agir en renfort de l’État, celui-ci privilégie une mise à distance des populations.
    Conséquences : un appauvrissement du tissu social et des outils d’action territoriale

    Sans que les agents des administrations en soient toujours conscients, le discrédit porté aux sections est perçu comme une forme de mépris par les citoyens engagés dans la préservation de leur cadre de vie et de leurs traditions d’organisation collective du territoire, armés de leur expérience du temps long, de la conscience de soi et de leurs aptitudes professionnelles. En réalité, sauf le gain financier, il est bien difficile aux communes ayant supprimé les communs de justifier ce que cela a produit de positif. Quels services l’administration a-t-elle apportés aux populations pour prendre le relais ? Le sentiment d’appartenance au territoire en a-t-il été renforcé ? Par quoi les communes ont-elles remplacé les liens sociaux brisés par la fin des droits d’usage collectifs ? À vrai dire, selon nos observations, par rien du tout, ou si peu…

    Cette ruralité négligée de la métropole française porte des récits et des droits culturels exprimant une volonté réelle de contribuer au bien commun, à travers des formes locales et enracinées de gestion des ressources. En poursuivant l’élimination de structures locales ancestrales fondées sur la propriété collective ou les usages partagés, en ne cessant de privilégier la propriété individuelle, l’État ne fait qu’aggraver le sentiment d’abandon des populations rurales. Le sujet clive au sein des associations d’élus. Pour certains, le sujet reste urticant : c’est un difficile lâcher prise car il s’agit toujours d’affirmer que « la raison c’est nous ! C’est nous les élus qui savons. Et c’est notre rôle de représenter les citoyens [21] ! ». D’autres, à l’inverse, s’ouvrent résolument aux démarches citoyennes implicatives et souhaitent leur donner un espace d’expression [22]. Ils font le pari d’une articulation vertueuse des différentes sphères d’action d’intérêt collectif, afin qu’elles s’épaulent au lieu de se neutraliser dans une querelle sans fin, frustrant toutes les parties. Autrement dit, ce sujet suggère une réforme profonde des méthodes du service public.

    Bibliographie

    Bourjol, M. 1989. Les Biens communaux. Voyage au centre de la propriété collective, Paris : LGDJ.
    Joye, J.-F. (dir.). 2021. Les Communaux au XXIe siècle. Une propriété collective entre histoire et modernité, Presses de l’USMB.
    Scott, J. C. 2021. L’Œil de l’État. Moderniser, uniformiser, détruire, Paris : La Découverte.
    Vivier, N. 1998. Propriété collective et identité communale. Les biens communaux en France, 1750-1914, Paris : Publications de la Sorbonne.

    https://metropolitiques.eu/La-Republique-contre-elle-meme-que-raconte-l-etouffement-des-section
    #communs #foncier #démantèlement

  • #Macédoine_du_Nord : ce petit pays des #Balkans où les migrants vulnérables font une courte pause dans leur exil vers l’Europe (1/3)

    La Macédoine du Nord est un territoire de transit pour les exilés arrivés en Grèce souhaitant rejoindre l’Europe de l’Ouest. L’#asile y existe, mais il est rarement accordé dans ce petit pays hors de l’Union européenne. Dès lors, ce sont les profils les plus vulnérables - personnes blessées, familles, adolescents isolés - qui demandent l’asile. Le plus souvent, juste pour avoir quelques semaines de #répit avant de reprendre la route.

    Il se tient droit entre deux rangées de containers, vêtu d’un t-shirt blanc imprimé d’images de satellites et de cosmonautes, dans la grisaille d’octobre. Lal Mohammad, 25 ans, vient de faire enregistrer ses empreintes biométriques et celles de sa femme dans le centre de transit de Vinojug, tout au sud de la Macédoine du Nord, à la frontière avec la Grèce. Leur petite fille de 3 ans, Asra, boit un verre de jus de pomme assise sur un banc, amusée par la présence d’un chat errant à côté d’elle. La famille s’est déclarée demandeuse d’asile il y a un mois de cela, dès son entrée sur le territoire macédonien.

    Après une tentative de passage infructueuse par l’Evros, frontière terrestre entre la Turquie et la Grèce, cette famille afghane a atteint le sol hellénique après 4 jours et 4 nuits en mer. Tous trois ont passé plusieurs jours dans le camp fermé de #Thessalonique avant d’être transférés vers un second camp proche de la frontière macédonienne. "Là, on nous a dit que [pour avoir un rendez-vous pour demander l’asile], il nous faudra attendre un an et demi… Nous ne voulions pas attendre tout ce temps. Alors nous nous sommes rendus dans la forêt [marquant la frontière entre la Grèce et la Macédoine du Nord, ndlr] pour tenter le "game"" - surnom donné par les exilés aux tentatives de passages de frontières.

    Interceptée par la police macédonienne, la famille a été placée dans le centre de transit de Vinojug, l’unique centre à l’entrée du pays. Là, leur premier interlocuteur a été #Frontex, déployée depuis l’été 2023 dans le pays, surtout à la frontière avec la Grèce. Comme pour tous les exilés interceptés dans cette zone, deux choix se sont offerts à eux : soit opérer un "retour volontaire" côté grec, soit se déclarer demandeur d’asile.

    "J’ai demandé de l’aide à #ChatGPT : qu’est-ce que je dois faire ?"

    Pour Lal Mohammad, pas d’hésitation : avec sa femme et sa fille de 3 ans, pas question de faire demi-tour pour retenter une nouvelle fois le "game" dans la #forêt. Mais le passeur - qui a tout intérêt à ce que les exilés ne fassent aucune pause dans leur parcours, pour toucher plus vite la somme d’argent débloquable à chaque étape (4 000 euros pour aller de la Turquie à la Grèce, 800 euros pour aller de Macédoine en Serbie, selon le père de famille) - exerçait pourtant sur lui une forte pression.

    "Il nous harcelait, nous appelait tous les jours, en nous disant : "Revenez en Grèce". Moi je lui répondais : "Je ne vais pas fuir ne t’inquiète pas, l’argent est là, moi j’ai un enfant et une femme, je ne peux pas revenir comme ça” ; puis j’ai éteint mon portable pendant quelques jours". Le père de famille confie sa détresse : "J’ai même demandé de l’aide à ChatGPT : ’Qu’est ce que je dois faire, le passeur m’appelle tous les jours et je ne sais pas quoi faire ?’ ChatGPT m’a dit d’en parler aux responsables du centre".

    Demander l’asile ici à Vinojug signifie rester un mois dans ce centre de transit aux allures fantomatiques. On y circule entre les containers grisâtres hébergeant des bureaux d’associations, dont plusieurs ont quitté les lieux depuis des années. Les affiches sur leurs portes sont décomposées par le temps. Érigé en 2015 lors du pic d’arrivées, ce centre de transit est désormais marqué par ses infrastructures délaissées : immenses tentes d’ONG, jeux pour enfants, hangars...

    Au fond du campement s’alignent des containers abritant des chambres de 6 lits superposés. Vides pour la plupart. Ce jour-là, seule une dizaine de personnes est présente sur le campement. 320 exilés y ont défilé, au total, dans les trois premières semaines d’octobre. Dans les sanitaires au sol humide, une fuite d’eau fait entendre un bruit de gouttes en continu.

    Seulement 149 demandes d’asile enregistrées en 2025

    Au bout du mois écoulé ici, les empreintes biométriques sont relevées, comme pour Lal Mohammad et sa famille en ce jour d’octobre. Une camionnette de la police embarque dès le lendemain le groupe de demandeurs d’asile déclarés pour les transférer à #Skopje, la capitale. Là, tous seront hébergés dans l’unique centre pour demandeurs d’asile du pays, situé à #Vizbegovo, dans la banlieue.

    "J’espère que nous poursuivrons bientôt notre voyage", confie Lal Mohammad. Car le père de famille ne compte pas réellement rester en Macédoine du Nord. Il veut simplement un moment de répit pour sa famille sur une route de l’exil éprouvante.

    La Macédoine du Nord est en effet avant tout un pays de #transit, sur la route des Balkans. Un petit territoire d’à peine deux millions d’habitants mais stratégique : cerné par la Grèce, la Bulgarie, la Serbie, le Kosovo et l’Albanie, il ne se trouve pas dans l’UE ni dans Schengen et constitue la voie principale depuis la Grèce pour rejoindre la Serbie, puis de là, l’Europe de l’Ouest.

    En 2024, 4 055 personnes originaires de 35 pays ont été enregistrées au centre de Vinojug. Or, on ne comptait que 307 demandeurs d’asile cette année-là, selon les chiffres de la Macedonian Young Lawyers Association, spécialisée dans l’accompagnement des demandeurs d’asile. Dont 131 enregistrées à Vinojug.

    En 2025, le chiffre promet même d’être en deçà : depuis le début de l’année, 149 demandes ont été enregistrées. En majorité des Syriens (46 personnes), suivis des Népalais, Irakiens, Turcs, Afghans et Egyptiens. Certains vont au bout de la procédure mais combien, comme Lal Mohammad, comptent en réalité récupérer un peu - du repos, un téléphone, de l’argent ou de la santé - , avec un toit sur la tête, avant de poursuivre leur route vers la Serbie ou le Kosovo ?

    "Personne ne veut rester en Macédoine du Nord"

    Deux jours plus tard on retrouve Asra, la petite de 3 ans, assise sur un chemin caillouteux à quelques dizaines de mètres du centre pour demandeurs d’asile de Vizbegovo. Vêtue d’un t-shirt "I love my mum", elle fronce les sourcils sous ses bouclettes de cheveux châtains, concentrée à agripper des pierres une par une. Et à les jeter tour à tour, aussi loin que possible.

    "Ne jette pas sur la route, Asra !" Debout à ses côtés, Mohamad Azim, un adolescent de 16 ans, veille sur la petite. Le jeune Afghan la couve du regard puis s’agenouille auprès d’elle en ouvrant ses bras. Les traits froncés d’Asra s’évanouissent alors en un grand sourire. Contre le sweat vert à capuche de l’adolescent, elle se blottit avec force.

    Mohamad Azim a fait la rencontre d’Asra, de son père Lal Mohammad et de sa mère au centre de Vinojug. Comme eux, le jeune Afghan s’est déclaré demandeur d’asile. Mais comme eux aussi, "mon but, ce n’est pas de rester ici. Personne ne veut rester en Macédoine du Nord. Si c’était possible, je partirai tout de suite en Serbie". L’adolescent a demandé l’asile pour avoir un temps de répit. Car il reste marqué par la zone frontalière éprouvante, les nuits en forêt, le froid, la pluie. "Nous n’avions pas de quoi manger ni de quoi boire. On se nourrissait des quelques raisins que l’on trouvait".

    Lui aussi a subi les pressions du passeur pour avoir fait ce choix de la pause. "Il m’appelait sans cesse pour me dire : ’Qu’est ce que vous foutez là, revenez en Grèce, je ferai en sorte que vous traversiez de nouveau cette frontière pour aller en Serbie’". Tout en gérant cette pression, le jeune homme a pris le temps de réfléchir et de revoir ses plans : il n’envisage plus à l’Italie, mais la Suisse pour finir son parcours d’exil et y demander une protection.
    L’arrêt obligatoire des blessés

    D’autres personnes s’arrêtent simplement à Vizbegovo parce que leur corps ne leur permet plus d’avancer. Ainsi Mohamed, 25 ans, originaire du Maroc, est coincé là depuis un mois à cause d’un problème à la jambe. "J’ai quitté la Turquie en juin. J’étais seul et j’ai découpé la bâche arrière d’un camion avec un couteau pour y entrer en espérant rejoindre la Grèce. Une fois arrivé en Grèce, j’ai sauté pour descendre pendant que le camion roulait, ce qui m’a valu une fracture à la jambe droite."

    Aidé par un groupe de jeunes, il a poursuivi son chemin pour passer la frontière macédonienne avec cette jambe cassée. Intercepté et amené au centre de transit de Vinojug, il y rencontre la Croix-Rouge... Qui le transporte immédiatement à l’hôpital de Skopje. "J’ai subi une opération, on m’a posé un plâtre et depuis ma jambe s’est un peu améliorée. Je marche avec une béquille. Mais je veux continuer mon chemin. J’attends juste que ma jambe guérisse."

    Le centre pour demandeurs d’asile de Vizbegovo, de 90 places, a été rénové ces dernières années grâce à un financement de 700 000 euros de la banque de développement du Conseil de l’Europe, contracté avec l’#OIM. Si le centre paraît en bon état à l’extérieur - InfoMigrants n’a pas été autorisé à le visiter - et que les autorités assurent qu’un médecin y assure des visites régulières, les conditions à l’intérieur n’y sont pas toujours satisfaisantes, selon les exilés rencontrés.

    "La nourriture est insuffisante ici, avec un seul repas par jour, servi à midi - pour nous maintenir en vie", soupire Mohamed. Un fait corroboré par un autre jeune Afghan de 17 ans, Kayum Arubi, qui déclare : "Le centre n’est pas très propre et la nourriture, servie une fois par jour, est mauvaise".

    Pour celles et ceux qui vont au bout de la procédure d’asile, le résultat est décevant presque systématiquement. "Malheureusement, la plupart des décisions sont négatives. Le demandeur d’asile a 30 jours pour soumettre un recours auprès de la cour administrative", explique Mitko Kiprovski, avocat et chargé de plaidoyer de l’ONG Jesuit Refugee Service (JRS), qui accompagne les demandeurs d’asile dans ces démarches. Si ce premier recours n’aboutit pas, il est toujours possible de s’en référer à la Haute cour administrative de Skopje. Mais si le refus est définitif, la personne a 20 jours pour quitter le territoire.
    Mariam*, l’une des deux seules réfugiées de Macédoine du Nord : "ici, je n’ai besoin de personne"

    Ainsi, les protections internationales délivrées ces dernières années se comptent littéralement sur les doigts d’une main. En 2024, suite à une mission en Macédoine du Nord, les rapporteurs du Comité contre la Torture, organisation des Nations unies, s’inquiétaient de ne recenser que 3 personnes sous protection subsidiaire vivant dans le pays en 2023, tandis que zéro statut de réfugié n’avait été délivré entre 2016 et 2023. Le pays n’étant pas dans l’UE - bien que sa demande soit en cours -, les critères de l’asile y sont moins stricts et scrutés qu’ailleurs.

    Deux ans plus tard en 2025, on ne compte en Macédoine du Nord que 5 personnes réfugiées - à savoir deux femmes, l’une Congolaise et l’une Syrienne et leurs enfants respectifs -, ainsi que deux 2 personnes sous protection subsidiaire (un Afghan, un Marocain) vivant dans le pays. La troisième personne qui avait réussi à obtenir une protection subsidiaire, un mineur isolé syrien, a quitté le pays. Idem pour un Afghan qui avait obtenu le statut de réfugié.

    Mariam*, 30 ans, est l’une de ces exceptions vivant à Skopje. Après avoir accouché en Grèce, cette Syrienne a traversé la frontière avec la Macédoine du Nord en 2018 alors qu’elle allaitait encore sa fille. Un peu comme Mohamed des années après elle, c’est la dangerosité du passage de frontière qui a stoppé son parcours. Entre la Grèce et la Macédoine, "la police a braqué ses projecteurs sur notre groupe. Tout le monde s’est enfui autour de moi. J’ai commencé à courir moi aussi en portant ma fille, mais je suis tombée dans un trou et je me suis cassé la jambe". En arrivant au centre de transit de #Vinojug, c’est l’association JRS qui la prend sous son aile et la transfère à l’hôpital de Skopje pour la soigner.

    Toutes les années qui ont suivi, JRS l’aide dans ses démarches d’asile et de logement, jusqu’à ce que Mariam obtienne le statut de réfugiée. L’ONG assure encore aujourd’hui un suivi de sa situation. La Croix-Rouge a pu, de son côté, lui trouver du travail chez eux, puis dans un restaurant, et lui prodiguer des cours de macédonien - un vrai défi pour Mariam, qui est analphabète. Aujourd’hui, sa fille a 9 ans. Elle est scolarisée et apprend le macédonien, avec moins de difficultés grâce à son jeune âge. Quant à la jambe de Mariam, après toutes ces années, "j’ai encore des broches... Je dois les faire retirer bientôt", glisse la Syrienne.

    Même si Mariam rencontre encore des difficultés pour apprendre la langue et pour subvenir aux besoins de sa fille avec son maigre salaire, elle l’assure : "Ici, c’est mieux qu’en Grèce. Là-bas, j’avais toujours peur. Je ne me sentais jamais à l’aise. Ici, j’ai des amis macédoniens que je vais voir et qui viennent me voir, je travaille et je n’ai besoin de personne."

    https://www.infomigrants.net/fr/post/67779/macedoine-du-nord--ce-petit-pays-des-balkans-ou-les-migrants-vulnerabl
    #route_des_Balkans #migrations #réfugiés #IOM

    • En Macédoine du Nord, la zone grise entre « #retours_volontaires » et expulsions déguisées vers la #Grèce (2/3)

      Dans la zone frontalière de la Macédoine du Nord, voisine de la Grèce, les migrants interceptés en arrivant dans ce pays des Balkans se voient offrir l’option du "retour volontaire" par la police macédonienne. Les témoignages recueillis sur place indiquent que la pratique - légale et encadrée sur le papier - navigue dans une zone grise où elle se transforme parfois en expulsions déguisées.

      Un chat roux bondit sur le capot de la voiture de la police aux frontières macédoniennes garée au beau milieu de l’allée centrale. Le félin bâille, s’étire de tout son long, s’assied pour contempler ce qui l’entoure. À l’intérieur du véhicule, un agent surveille d’un air blasé les agissements d’un groupe de jeunes tout juste arrivés ici, dans le centre de transit de Vinojug. Quelques mètres plus loin, un collègue observe lui aussi distraitement le groupe, l’œil davantage attiré par l’écran de son téléphone portable.

      Agglutinés dans l’ouverture de la porte du conteneur qui abrite leurs lits superposés, ces quatre jeunes tout juste arrivés de Grèce posent mille questions à la fois à qui veut bien les entendre. "Où se trouve Skopje [la capitale macédonienne] ?", "Si nous décidons d’aller là-bas, que va-t-il se passer ? Y a-t-il un camp ouvert là-bas ? Combien de temps ça prend pour nous y transférer ?" "Et si la police décide de nous renvoyer vers la Grèce, où est-ce qu’ils nous amèneront ?", s’enquièrent-ils.

      Arrivés hier soir dans ce centre fermé situé dans la petite ville frontalière de Gevgelija au sud de la Macédoine du Nord, ces jeunes sont plein d’incertitudes. Aux exilés venus de Grèce, interceptés et placés dans le centre de Gevgelija par la police aux frontières, deux choix se présentent. Soit demander l’asile pour rester en Macédoine du Nord et être transférés au centre pour demandeurs d’asile de la capitale, Skopje. Soit opérer un "retour volontaire" vers la Grèce.

      "Si nous retournons en Grèce et que la police nous arrête, nous serons emprisonnés pendant deux ans... Et puis dans la zone frontalière il y a des mafias qui pourraient nous kidnapper, nous avons peur", craint un des jeunes du groupe, Raheem, 19 ans, originaire du Caire en Egypte. Retourner en arrière pour s’en remettre une nouvelle fois aux passeurs et tenter un passage sans encombre ne lui semble pas le meilleur calcul.

      "Nous voulons juste être tranquilles et en sécurité... Si notre tranquillité passe par le retour en Grèce, qu’il en soit ainsi. Si notre tranquillité passe par un déplacement dans la capitale à Skopje, qu’il en soit ainsi", hésite-t-il.

      Le lendemain, nous apprenons que Raheem et les autres du groupe ont tous été ramenés en Grèce par la police. Y a-t-il vraiment eu un choix éclairé et informé ? Tous ces jeunes sans exception étaient-ils vraiment "volontaires" ? Mais surtout : qu’est-ce qu’un "retour volontaire" ?
      Les retours volontaires se font "à l’oral, sans documents à signer"

      En théorie, comme le définit l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), il s’agit du "retour assisté ou autonome vers le pays d’origine, de transit ou un pays tiers, sur la base du libre arbitre du retourné". Mais en pratique, en Macédoine du Nord, il s’agit d’une zone grise. Qui se décide uniquement à l’oral, s’installe dans un contexte de manque d’informations, et s’apparente parfois à un refoulement à chaud (ou "pushback") illégal.

      Contacté par Infomigrants, le ministère de l’Intérieur macédonien fournit sa définition de la procédure : "si ils ne sont pas demandeurs d’asile, si ils ne souhaitent pas postuler au programme AVRR (retour volontaire assisté et réintégration) de l’OIM, et si ils ne souhaitent pas rester au centre de transit de Gevgelija pour bénéficier d’une aide, ils sont libres de partir et nous savons qu’ils retournent en Grèce".

      Dans les premières années qui ont suivi le pic migratoire de 2015 et la création du centre de transit de Vinojug à Gevgelija, "la police ne laissait pas le choix et refoulait des groupes", observe Jasmin Redjepi, responsable de l’ONG Legis. En 2022 encore, le réseau Border Violence Monitoring publiait des cas documentés de pushbacks avec vidéos et localisations à l’appui. Qu’en est-il en 2025 ? "Aujourd’hui, la pratique a changé, il s’agit maintenant du choix des personnes", assure Jasmin Redjepi. Mais tout se fait à l’oral : "Il n’y a pas de document écrit à signer ou quoi que ce soit. La Grèce ne les empêche pas d’entrer en Macédoine, la Macédoine renvoie en Grèce : c’est une sorte de situation informelle entre les deux pays. C’est la même chose au nord, entre la Serbie et la Macédoine".

      Selon le responsable associatif, le déploiement en avril 2023 dans la zone frontalière sud de Frontex, l’agence européenne de protection des frontières, a fait évoluer positivement la pratique. "Désormais, quand quelqu’un veut rester ici et demander l’asile, son premier entretien se déroule avec Frontex qui indique ensuite à la police macédonienne : "Laissez-le au centre". Avant, il n’y avait que la police macédonienne, c’était bien plus arbitraire".

      L’analyse est partagée par les avocates de la Macedonian Young Lawyers Association (MYLA), qui rappellent que "ces centres de transit demeurent dans une situation juridique peu définie : ils sont placés sous un régime de "gestion de crise" qui dure depuis 2015, donc les gens à l’intérieur ont eux aussi un statut légal peu défini" - donc peu protecteur. "Ce sont des no man’s land, sous aucune juridiction", confirme Mitko Kiprovski, avocat et chargé de plaidoyer de l’ONG Jesuit Refugee Service. "Donc personne ne peut y émettre des documents, signer ou mettre un tampon".
      Sur un simple message du passeur, "les jeunes s’enfuient d’ici la nuit"

      Le "retour volontaire" est l’option très majoritairement retenue pour les exilés débarqués dans ce centre fermé de Vinojug, à la frontière. Mais pourquoi les exilés préféreraient-ils un retour vers la Grèce plutôt qu’un transfert vers la capitale et son centre ouvert pour demandeurs d’asile, à partir duquel il est aisé de partir vers la proche Serbie ?

      D’abord, à cause de la pression mise par les passeurs. Ceux-ci ont tout intérêt à ce que les exilés ne fassent aucune pause sur leur parcours, pour toucher plus vite la somme d’argent débloquable à chaque étape réussie. Or, être transféré de Vinojug vers la capitale Skopje prend du temps : souvent 30 jours d’attente. Mieux vaut donc, pour le business, que les migrants reviennent quelques centaines de mètres en arrière, tentent à nouveau le coup, passent sans encombres et atteignent plus vite la frontière serbe. "Il y a même des passeurs qui ont des stratégies : ils envoient un premier groupe en sachant qu’il va se faire intercepter, pour faire diversion et faire passer un second groupe derrière", évoque Jasmin Redjepi, de l’ONG Legis.

      C’est aussi l’analyse du ministère de l’Intérieur, qui détaille à Infomigrants : "ceux qui sont interceptés par la police macédonienne reçoivent immédiatement l’ordre des passeurs de retourner en Grèce, pour se rendre à nouveau au lieu de rassemblement, l’hôtel Hara, situé à environ 1,5 km, où un nouveau groupe est formé et où ils tentent à nouveau d’être passés clandestinement. Le paiement de l’activité de passeur ne sera effectué par la personne que lorsqu’elle sera arrivée du point A au point B, ce qui signifie qu’elle dispose d’un nombre illimité de tentatives pour être introduite clandestinement sur le territoire de notre pays. C’est pourquoi les personnes retournent volontairement en Grèce."

      De fait : de nombreux exilés acceptent la reconduite. Certains "s’enfuient" même de Vinojug avant que la police n’organise le trajet retour en fourgonnette. Car dans ce centre de transit fermé, les allées et venues sont contrôlées. "Par contre la nuit, ce n’est pas contrôlé. Souvent les jeunes s’enfuient de Vinojug la nuit. En passant au-dessus des grillages", glisse Jasmina, une autre membre de l’ONG Legis opérant au sein du centre de transit. Cette femme énergique aux cheveux rouges et au sourire doux semble connaître tous les secrets du centre, après plusieurs années d’expérience ici. Elle détaille : "Ils partent dès qu’ils reçoivent un message du passeur. Celui-ci leur indique de se rendre à telle ou telle localisation, juste de l’autre côté".

      e l’autre côté des grillages en effet, c’est la "green line" : la zone frontalière, couverte de quelques champs et d’herbes hautes. À l’horizon, la forêt et le paysage montagneux. La Grèce et son premier village, Idoméni, est toute proche. Une équipe d’InfoMigrants y avait d’ailleurs recueilli début octobre le témoignage d’une policière grecque, qui le reconnaissait : "Parfois ce sont les mêmes personnes qui retraversent, celles qui ont déjà été refoulées par la Macédoine du Nord".

      "Ces jeunes, on les retrouve ensuite 4, 5 fois de suite ici, dans le centre de transit", abonde Jasmina. Lorsqu’on lui demande son avis sur ce fonctionnement cyclique, la salariée se contente de hausser les épaules en un grand soupir.
      "Je ne voulais pas aller en Grèce les trois premières fois ! Ce sont les policiers qui me ramenaient"

      Reste que certains exilés résistent aux pressions des passeurs et ne sont en aucun cas "volontaires" pour retourner en arrière. C’est le cas de Mohammad Azim, 16 ans, qui a évité les appels "incessants" du trafiquant qu’il a payé - "Il me disait : ’Qu’est ce que vous foutez là, revenez en Grèce, je ferai en sorte que vous traversiez de nouveau cette frontière pour aller en Serbie”. Mais Mohammad Azim est fatigué de ces agissements. "Les passeurs ne font rien, on ne les voit jamais... On les paie mais je ne sais même plus pourquoi on les paie : c’est nous qui prenons tous les risques."

      Ce jeune homme assure donc avoir déclaré aux autorités, dès sa première interception, vouloir rester en Macédoine du Nord. Pour autant, la police aux frontières ne l’a laissé vraiment s’installer à Vinojug qu’au bout de la... quatrième tentative. À chaque fois, "les policiers macédoniens m’arrêtaient au passage de la frontière, ils m’envoyaient au centre de Gevgelija... Puis ils m’embarquaient avec un autre groupe de migrants qui était là dans ce centre pour nous ramener en Grèce", assure-t-il. Une expulsion, donc.

      Interrogé sur ces pratiques, le Crisis Management Centre (l’organe public régional qui régit le centre de Vinojug) nous renvoie vers le ministère de l’Intérieur, "parce qu’ils sont responsables de la procédure des retours volontaires". Du côté de Frontex, on nous invite également à nous adresser à l’Intérieur et on nous indique que "Frontex n’a pas reçu d’informations concernant le retour de demandeurs d’asile en Grèce." Sollicité par Infomigrants, l’Intérieur abonde : "nous n’avons reçu aucun signalement de ce type, ni de la part des autorités locales, ni de Frontex, ni des ONG".

      L’adolescent de 16 ans montre une camionnette blanche qui passe juste à cet instant sur la route derrière lui. "C’était dans ce genre de véhicules. Ça sert aux policiers pour mettre quasiment 10 personnes dedans. Ça s’est répété trois fois".

      Pourquoi n’a-t-il pas été refoulé, cette quatrième fois ? Difficile de le dire. Certains exilés croient savoir que cela dépend du nombre de places dans le centre de transit, ou des capacités de transfert vers Skopje. D’autres évoquent des décisions purement arbitraires. Quoi qu’il en soit : "On peut qualifier cette situation de pushback, surtout si cela se déroule loin de nos regards et que nous n’en sommes pas avertis", reconnaît et s’inquiète Jasmin Redjepi.
      Refoulé 8 fois d’affilée

      Bien que la présence de Frontex ait fait évoluer positivement les choses, il semble donc que cette pratique du refoulement vers la Grèce se poursuive. Moins systématiquement, plus discrètement. Mais tout aussi illégalement : un refoulement à chaud est contraire au droit car il empêche tout examen de la situation individuelle de la personne.

      Mohammad Azim a 16 ans. Or cette situation de minorité n’a jamais été prise en compte. Dans son rapport sur l’année 2024, les avocates de MYLA regrettaient déjà qu’il n’existe en Macédoine "rien pour les mineurs isolés, pas de procédure formelle de protection ni d’évaluation de l’âge" et que de manière générale "les migrants n’ont pas accès à un recours efficace contre l’expulsion informelle”.

      Rafiullah, un Afghan de 21 ans rencontré au centre pour demandeurs d’asile en banlieue de Skopje, raconte lui aussi avoir été refoulé... Huit fois d’affilée. Il doute même du nombre exact : "C’est seulement la 8ème ou la 9ème fois que l’on m’a enfin dit : "OK, tu peux rester ici".

      Or, Rafiullah affirme qu’il l’avait déclaré aux autorités dès la première interception : "Je voulais rester en Macédoine du Nord. Car je savais que si je demandais l’asile ici, à Gevgelija, après un mois on m’aurait transféré à Skopje. Et qu’une fois à Skopje, je pouvais aller facilement en Serbie".

      Maintenant qu’il a pu rester sur le territoire et rejoindre la capitale, le jeune homme n’a qu’une hâte : rejoindre l’Europe de l’Ouest, lui qui a un cousin travaillant dans une entreprise en France. Souriant, les yeux pétillants, il s’enquiert : "Est-ce que les Français sont plus bienveillants ? Ici, les gens dans les Balkans sont racistes : on me regarde toujours bizarrement comme ça" - il fronce les sourcils, la mine fermée, puis éclate de rire - "J’ai du mal à comprendre pourquoi".

      https://www.infomigrants.net/fr/post/67838/en-macedoine-du-nord-la-zone-grise-entre-retours-volontaires-et-expuls
      #renvois #expulsions #refoulements #push-backs

    • Interrogés, détenus comme témoins : en Macédoine du Nord, les conséquences sur les exilés de la lutte contre les passeurs (3/3)

      La lutte contre les passeurs est un enjeu stratégique en Macédoine du Nord, tant pour ce pays de transit sur la route des Balkans que pour l’Union européenne. Mais elle n’est pas sans revers : les personnes migrantes et les ONG témoignent notamment d’interrogatoires et de détentions arbitraires, sans cadre légal.

      Des dizaines et des dizaines de voitures s’entassent à l’entrée du centre de transit de Vinojug, au sud de la Macédoine du Nord. Un camion de marchandises dévoile, sous sa bâche, des montagnes de cageots. Un chien errant passe. Tous ces véhicules ont été saisis ces derniers mois par la police aux frontières macédonienne, lors des interceptions de groupes d’exilés tentant de franchir la frontière depuis la Grèce. Non loin de là, les reliefs du territoire grec dessinent l’horizon.

      "99%" des exilés qui passent dans cette zone frontalière le font grâce à un réseau de passeur, affirme le ministère de l’Intérieur macédonien, sollicité par InfoMigrants. L’Intérieur se dit tout à fait informé des lieux-clés : "lorsqu’ils arrivent en Grèce, ils reçoivent des instructions et sont envoyés vers un lieu de rassemblement situé près de la frontière, sur le territoire grec, près d’Evzoni, appelé Hôtel Hara, à environ 1,5 kilomètre" de Gevgelija, précise le ministère. Là, au pied de ce fameux hôtel tout simple, en bord de route, bordée d’une station-essence décrépie et de tables de pique-nique sous abri, "les passeurs les attendent et les conduisent à pied de manière illégale pour traverser le territoire macédonien."

      La lutte contre les passeurs en Macédoine du Nord, pays de transit pour les exilés souhaitant rejoindre l’Europe occidentale, est un enjeu national. Mais aussi et surtout européen - bien que ce petit pays des Balkans ne fasse pas partie de l’UE. Frontex y est déployé depuis avril 2023. Tout récemment, du 13 au 17 octobre, des experts de l’OLTIM (Office français de lutte contre le trafic illicite de migrants) sont venus former des policiers macédoniens sur la lutte contre les trafiquants. La formation est délivrée dans la cadre de "la coopération renforcée entre la France et le Royaume-Uni", précise le communiqué.

      Cette lutte active n’est pas sans conséquence sur les droits des exilés. À l’intérieur du centre de Vinojug, quatre jeunes hommes viennent d’arriver dans la nuit. "Le passeur m’a dit au téléphone : "Marche dans la forêt, et tu trouveras une voiture. Et dans trois ou quatre jours tu seras en Italie"", raconte l’un d’eux, Mohamed, un Soudanais de 21 ans. "Nous sommes restés deux jours dans la forêt sans manger, sous la pluie... Et il n’y avait pas de voiture", soupire-t-il.

      Les jeunes avaient formé un groupe de huit dans cette forêt. Mais ils ne sont désormais plus que quatre. Car après l’interception dans la nuit de leur groupe, "la police nous a amenés dans ce centre, a pris nos empreintes, a confisqué nos documents grecs et nos téléphones", racontent-ils. Puis quatre d’entre eux ont été emmenés à plus de deux heures de voiture de là, à Skopje, la capitale. Pour être entendus comme témoins au tribunal. Les quatre restés ici, l’air perdu, ne savent pas pourquoi, quand ils rentreront, ce qu’il va advenir d’eux-mêmes et de leurs effets personnels.
      Détenu comme témoin : la procédure "hors de tout cadre légal" en vigueur en Macédoine du Nord

      Ce transfert à Skopje pour être entendus comme témoins est une procédure inédite en Europe qui s’applique là en Macédoine du Nord. Systématiquement, une partie d’un groupe d’exilés intercepté est transféré à Skopje dans le centre de rétention de Gazi Baba (appelé "centre d’accueil pour les étrangers", en réalité un centre de détention pour ceux qui sont en irrégularité administrative). Le temps d’être présentés devant un juge. Non pas en qualité de prévenus ; mais bien de simples témoins.

      "C’est totalement illégal", dénonce Mitko Kiprovski, avocat et chargé de plaidoyer de l’ONG Jesuit Refugee Service (JRS). "C’est une situation qui n’est pas inscrite dans la loi. Le procureur donne des instructions orales à la police de détenir les personnes pour qu’elles témoignent contre les passeurs", expliquent les avocates de la Macedonian Young Lawyers Association (MYLA).

      "La détention arbitraire de migrants en situation irrégulière au centre de détention de Gazi Baba, qui doivent être présentés devant le tribunal pénal pour faire une déposition, reste préoccupante", épinglait déjà en octobre 2024 un rapport de la Commission européenne. Sollicité également sur ce sujet, le ministère de l’Intérieur n’a, à l’heure où nous écrivons ces lignes, pas répondu à nos questions sur ce point.

      De plus, parmi les quatre jeunes transférés à Skopje ce jour-là, se trouvaient deux mineurs, selon la base de données commune aux associations à Vinojug, et à la police aux frontières. "Nous avons longtemps mené un plaidoyer pour qu’il n’y ait plus de mineurs dans ce centre de détention", expliquent les avocates de la Macedonian Young Lawyers Association (MYLA). "Je passe mon temps à dire aux autorités que si elles veulent un jour intégrer l’Union européenne, il faut mettre fin à la détention administrative des enfants", insiste aussi Mitko Kiprovski.

      Cette pratique de la détention en tant que témoins s’est néanmoins améliorée. "Les années passées, les gens étaient détenus pour une plus longue période et la situation était pire", souligne Teodora Kjoseva Kostadinovska, de la Macedonian Young Lawyers Association. La période de détention en tant que témoin pouvait alors durer plusieurs semaines voire plusieurs mois.

      "Désormais, surtout en 2025, la situation s’est améliorée. Les gens sont détenus un ou deux jours. Ce qui n’est toujours pas légal, bien sûr", affirme Teodora Kjoseva Kostadinovska. En cas de jours non-ouvrés, les exilés peuvent rester jusqu’à 3 ou 4 jours en détention, précise de son côté Mitko Kiprovski.
      "La seule façon de sortir est de demander l’asile"

      Au-delà du fait qu’elle s’effectue hors de tout cadre légal, cette détention a des conséquences sur le parcours des exilés. Il est impossible de demander l’asile avant l’audience : “le dépôt d’une demande d’asile n’est autorisé qu’après que les témoignages de ces personnes devant le procureur dans le cadre des procédures engagées contre les passeurs ont été entendus", explique le rapport 2024 de la Macedonian Young Lawyers Association (MYLA).

      Enfin, après l’audience, les ONG expliquent que les personnes n’ont d’autre choix que de déposer une demande d’asile pour sortir de Gazi Baba. "La seule façon légale de sortir de détention est de faire une demande d’asile orale et ainsi d’être transféré au centre d’accueil pour demandeurs d’asile", en périphérie de Skopje, explique Mitko Kiprovski.

      MYLA a constaté aussi cette situation en 2024 à partir d’un groupe : "certains d’entre eux ont été transférés au centre d’accueil pour étrangers et, après avoir témoigné dans le cadre des procédures pénales engagées contre les passeurs, ils ont été libérés après avoir déposé une demande d’asile."

      Mais dans la pratique, ce qu’il se passe après est parfois aléatoire. Il arrive que les gens "soient laissés et partent dans des directions inconnues", indique Mitko Kiprovski. D’autres fois, les exilés sont ramenés au centre de transit de Vinojug. C’est le cas des quatre jeunes interrogés ce jour-là, qui ont rejoint, deux jours plus tard, les quatre restés à Vinojug. Tout de suite après, la police aux frontières les a reconduits sur le territoire grec, dans le cadre du "retour volontaire" qui s’applique là-bas - en réalité une zone grise frôlant parfois avec le refoulement illégal.
      "On m’a mis la pression" : des interrogatoires à l’intérieur même du centre de transit

      Rafiullah a l’allure droite, l’aisance et le sens de la tchatche des serveurs, lui qui a travaillé à ce poste dans un restaurant à Ankara, en Turquie, pendant trois mois, avant d’arriver en Grèce puis en Macédoine du Nord. L’anglais parfait, aussi. Le turc aussi : il l’a appris pendant ses mois à Ankara. Au total, ce jeune Afghan de 21 ans manie parfaitement cinq langues - en Afghanistan, il a suivi une formation de langues. "Je crois que plus j’apprends des langues, plus mon cerveau est capable d’en assimiler de nouvelles facilement", songe-t-il en souriant. Par conséquent, dans le centre de Vinojug, "j’aidais tout le monde, je faisais l’interprète".

      Mais cette faculté lui a attiré des ennuis "à cause ça, on me prenait pour un passeur". Déjà, le jeune homme a été dans le radar des autorités pour avoir tenté de passer huit fois d’affilée la frontière. "À chaque fois on me voyait avec un groupe différent. C’est aussi pour ça qu’on me prenait pour un passeur, je crois. La première fois, on ne m’a rien dit, les fois suivantes à chaque fois : pourquoi tu es avec ce groupe, tu es passeur ?"

      Debout dans son sweat à capuche vert aux côtés de Rafiullah, un autre jeune Afghan, Mohammad Azim, âgé de 16 ans, explique la logique : "quand tu essaies une fois et que tu échoues, que tu es reconduit en Grèce, le passeur te prend comme repère. Il te met avec quelques nouvelles personnes et te dit : "maintenant que tu sais comment ça fonctionne, c’est toi qui vas pouvoir les guider, et leur acheter un ticket de bus". De nombreux exilés tentent de monter dans un bus public qui se rend de Gevgelija à Skopje, très surveillé par la police.

      Rafiullah n’a pas choisi de passer huit fois : il assure avoir été refoulé contre son gré, lui qui voulait entrer dans le système d’asile pour être transféré à Skopje. Toujours est-il que la neuvième fois - il ne sait toujours pas pourquoi -, les autorités l’ont laissé s’installer à Vinojug... Non sans lui faire subir, cette fois, un véritable interrogatoire de police à l’intérieur même du centre de transit. "J’ai été interrogé par quelqu’un de la police, dans une salle en préfabriqué, tout seul. L’agent de police me demandait “tu es le passeur ? tu as aidé le passeur, non ?”. Il me mettait la pression, il me faisait croire que les autres m’avaient dénoncé comme tel."

      Pour rappel, "ces centres de transit demeurent dans une situation juridique peu définie", soulignent les avocates de MYLA. "Ils sont placés sous un régime de "gestion de crise" qui dure depuis 2015, donc les gens à l’intérieur ont eux aussi un statut légal peu défini". "Ce sont des no man’s land, sous aucune juridiction", confirme Mitko Kiprovski, avocat et chargé de plaidoyer de l’ONG Jesuit Refugee Service. "Donc personne ne peut y émettre des documents, signer ou mettre un tampon". Le cadre juridique de ce type d’interrogatoires, et l’accès à un droit à la défense, pose donc problème.

      Rafiullah explique à cet agent qu’il n’a fait qu’essayer de traverser comme les autres. "Je lui répondais que je n’avais rien à voir avec le passeur, que je savais qu’ils n’avaient rien contre moi, que moi je voulais rester ici en Macédoine. Après ça, ils m’ont laissé repartir dans le centre".

      Le jeune homme ne sera plus refoulé et bien enregistré comme demandeur d’asile à Vinojug. Mais "depuis cet interrogatoire, je n’ai plus jamais joué les interprètes. Je fermais ma bouche. Je ne parlais plus qu’anglais dans le centre". Un mois plus tard, il a été transféré au centre pour demandeurs d’asile de Skopje.
      À 16 ans, 10 mois de prison pour aide au passage

      C’est de ce centre situé en périphérie de la capitale, face à une lande à l’abandon et des toits en brique emmenant le regard vers les montagnes au loin, que sort ce midi-là, cigarette à la main, Kayum Aryoubi. D’emblée, il adresse un signe de la main. Son visage encore adolescent du haut de ses 17 ans, avec ses yeux ronds et ses grains de beauté autour d’une courte barbe, s’éclaire d’un sourire. Sur son k-way gris clair, au dos, il est écrit "A step forward" ("Un pas en avant").

      Le jeune homme est loin d’avoir eu un parcours insouciant. Il a quitté l’Afghanistan, avec un oncle, à l’âge de 10 ans. Toutes ces années, ils ont vécu en Turquie, puis en Grèce. Il y a onze mois de cela, tous deux ont franchi la frontière macédonienne : l’oncle a réussi à passer mais Kayum, lui, a été intercepté par la police. "On se trouvait dans un bus" - ce fameux bus public qui rejoint Skopje depuis Gevgelija - "quand la police nous a trouvés", commence l’adolescent. "Dans ce bus il y avait un Turc qui travaillait avec les passeurs. Mais ce Turc m’a dénoncé moi comme étant lié aux passeurs".

      Après une nuit au centre de transit de Vinojug, Kayum Aryoubi a été transféré à Skopje pour comparaître devant un tribunal. "Le Turc a témoigné contre moi. J’ai été condamné à 10 mois de prison". Il avait alors 16 ans.

      L’adolescent est incarcéré dans la prison de Kumanovo, au nord du pays, pour purger sa peine d’aide au passage. "C’était très violent”, souffle le jeune homme qui se dit traumatisé par son incarcération. "Les détenus étaient maltraités par les gardiens de cette prison, moi y compris. Je vivais dans une petite cellule avec 4 autres personnes". Les quatre étaient des prisonniers de droit commun macédoniens. "C’est là que j’ai appris le macédonien. Mais c’était très dur de vivre avec des gens de ce pays."

      À la fin de sa peine, on le transfère pour un mois à Gazi Baba, le centre de rétention pour étrangers. Les conditions au quotidien y sont meilleures, assure-t-il. Mais le jeune homme sombre mentalement. Il y a appris, il y a quinze jours, le décès de sa sœur et de ses deux frères dans un affrontement entre les Taliban et les Pakistanais. "Je me suis blessé avec un rasoir quand j’ai appris ça", confie-t-il en dévoilant, sur son torse, de longues cicatrices encore rouges. "Je voulais sortir de là. Et j’étais tellement triste que je ne savais pas ce que je faisais."

      Depuis trois jours, Kayum a été libéré de Gazi Baba et est hébergé en tant que demandeur d’asile déclaré dans ce centre ouvert de Skopje. Aujourd’hui, il veut partir en Serbie dès que possible. C’était son objectif depuis le début de son entrée sur le territoire macédonien. Mais pour ce faire, il a besoin d’un téléphone. Il y a onze mois, "quand j’ai été arrêté par la police macédonienne, ils m’ont pris mon téléphone. J’avais aussi 500 euros sur moi. Ils m’ont tout pris et ne me les ont jamais rendus", glisse-t-il.

      Le jeune homme espère un jour rejoindre la France pour y demander protection. "Obtenir l’asile y est moins difficile pour les Afghans", croit-il, "et j’ai des amis qui sont là-bas".

      https://www.infomigrants.net/fr/post/67859/interroges-detenus-comme-temoins--en-macedoine-du-nord-les-consequence
      #criminalisation_de_la_migration #passeurs #détention #détention_arbitraire

  • Des #livres sur #Bruno_Manser :

    Bruno Manser. La voix de la forêt

    En 1984, Bruno Manser, jeune suisse opposé à la société industrielle, découvre son paradis perdu : la forêt pluviale de #Bornéo et ses habitants, le peuple #Penan avec lequel il vivra pendant 6 ans. Face aux tronçonneuses et aux bulldozers des compagnies forestières qui déboisent ce territoire, Manser se lance dans l’#activisme et consacre sa vie à la défense de la #forêt_tropicale et les droits des peuples indigènes.
    Disparu au cours de son dernier voyage au #Sarawak en mai 2000, il est officiellement disparu et présumé mort en 2005... Ce #livre retrace la vie de ce personnage étonnant et hors-norme devenu un héros malgré lui. L’intégralité des bénéfices de ce livre sera reversée au Bruno Manser Fonds.

    https://www.hobo-diffusion.com/catalogue/9782954667126-bruno-manser-la-voix-de-la-foret

    #déforestation #Malaisie #biographie

    –-

    et des films sur Bruno Manser :
    https://seenthis.net/messages/1145529

    • Lettre à Bruno Manser

      This photographic tribute to Bruno Manser is the first collaboration between Isabelle Ricq (b. 1983, France) and Christian Tochtermann (b. 1977, Poland). Isabelle specializes in documentary photography, Christian in architecture photography.

      Isabelle spent several years in this Indonesian portion of Borneo photographing the destruction of the forests and their replacement by gigantic palm-oil plantations, when she first heard of Bruno Manser. Seen from the other side of the border, Sarawak appeared to have preserved some of its forested areas thanks to native resistance and to the region’s high mountains, which seemed difficult to clear.

      It is with this naive view that they travelled for the first time to Bario, the place where Manser had disappeared 11 years earlier and which, they believed, must have been preserved. They arrived a year after a road leading to these high plateaux had been laid, and instead of finding a peaceful forest, they found the source of the situation documented in Indonesia: the opening of the road led to the arrival of trucks and the decline of the nomad populations.

      Once back in Europe, they gathered all the documentation they could find on this territory. Among these works was Voices from the rainforest, published by Bruno Manser in 1994. Upon opening it, they were surprised by the signature on the title page. It was completely unexpected, and made them feel as though Manser’s inscription was addressed to them, since this book appeared to have remained unopened. It was an invitation to take a closer look at this region, an invitation to return there, year after year.

      As though in answer to that message, they are now addressing the photographs in the book to Bruno Manser, that sincere and passionate man whom they would have liked to meet and who, over the years, simply became ‘Bruno’.

      https://sturmanddrang.net/collections/books/products/ricq-tochtermann-letter-to-bruno-manser?variant=14800576479267
      #photographie

    • Rainforest Hero: The Life and Death of Bruno Manser

      Ruedi Suter’s Rainforest Hero: The Life and Death of Bruno Manser was published in German in 2005 and translated into English in 2015. The book charts the life of the missing, presumed dead rainforest activist, Bruno Manser, who even in death is a rallying point for his own non-government organization, the Bruno Manser Fund (BMF) and others. Bruno’s disappearance starts and closes this otherwise chronological account of his life. It is now over 16 years since Bruno disappeared. The Swiss courts have declared him dead; life goes on, as do questions surrounding his last minutes. His family, friends and colleagues at BMF do not know how he died.

      A Foreword, by Wade Davis, outlines the world of Sarawak’s indigenous Penan community providing the context for readers not intricately tied to or aware of the conflicts and changing land-use patterns of the state. This formerly nomadic group harvested the forest’s resources as they circulated through areas of forest its members claimed. However, with the opening of the forest to logging and the subsequent loss of natural resources including wood, rattan, wild game and other jungle produce, the Penan have found themselves in conflict with logging companies and the state. They were and are battling not only for natural resources and their traditional way of life, but for survival itself.

      https://www.abebooks.fr/9783905252897/Rainforest-Hero-Life-Death-Bruno-3905252899/plp

  • « Les chênes, pourtant résistants, commencent eux aussi à souffrir » : victime du changement climatique, la forêt d’Orléans surveillée de près
    https://france3-regions.franceinfo.fr/centre-val-de-loire/les-chenes-pourtant-resistants-commencent-eux-aussi-a-sou

    Sécheresses à répétition, canicules, parasites... Le plus vaste massif domanial de France est mis à rude épreuve. Chercheurs, forestiers et amoureux des arbres s’unissent pour accompagner ce géant qui vacille face au réchauffement climatique.

    Voir aussi : https://seenthis.net/messages/1143065

    #forêts_domaniales #France

  • Les luttes pour les #cabanes de la forêt de la Teste-de-Buch
    https://metropolitiques.eu/Les-luttes-pour-les-cabanes-de-la-foret-de-la-Teste-de-Buch.html

    Espace d’exploitation devenu lieu de #villégiature d’une population privilégiée, la #forêt de La Teste-de-Buch est au cœur de conflits d’usages, entre politique de préservation et volonté de #reconstruction après les incendies de 2022. Les forêts périurbaines sont des espaces naturels très prisés de l’élite urbaine (Pinçon et Pinçon-Charlot 2009). Au sein des territoires périurbains, la concurrence pour des aménités paysagères est intense (Poulot 2013). Éric Charmes qualifie certains villages #Terrains

    / reconstruction, forêt, #conflit_d'usage, cabanes, #littoral, #tourisme, #risque, villégiature

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_guerin-turcq.pdf

  • Derniers résultats de l’inventaire forestier national : surface en extension, santé des arbres qui se dégrade et autres faits marquants - Portail IGN - IGN
    https://www.ign.fr/mag/derniers-resultats-de-linventaire-forestier-national-surface-en-extension-sante-

    C’est l’un des constats les plus marquants de la dernière campagne d’inventaire qui vient confirmer une tendance observée depuis plusieurs années : la mortalité des arbres a plus que doublé en dix ans. Entre 2015 et 2023, elle atteint 16,7 millions de mètres cubes de bois par an, soit une hausse de 125 % par rapport à la décennie précédente où elle s’élevait à 7,4 millions de mètres cubes de bois par an. Les causes de cette mortalité sont désormais bien identifiées : les sécheresses successives, la prolifération des bioagresseurs (champignons et insectes xylophages) ou encore les incendies fragilisent fortement les forêts.

    #forêts_domaniales #France

  • D’un post Facebook de Serge Zaka (agro-climatologue). Sur un commentaire, j’ai déploré le fait qu’il n’avait jamais rien posté sur son compte Masto, préférant les pièges de Meta, mais je n’ai pas obtenu de réponse. Donc voici la teneur du post qui est intéressant en terme d’avenir pour les forêts françaises et pour démystifier les théories des fameux (et fumeux) #puits_de_carbone

    J’attendais le jour où une première grande étude basculerait la ligne rouge : et c’est aujourd’hui. Elle démontre que le changement climatique commence désormais à faire dépérir nos forêts plus vite qu’elles ne se régénèrent. En Australie, leur bilan carbone devient négatif : elles émettent désormais plus de CO₂ (ralentissement de la croissance par chaleur et sécheresse, décomposition accélérée du bois mort par les micro-organismes) qu’elles n’en stockent via la photosynthèse. Le bruit de fond n’est plus : il devient une tendance globale.
    Il faut cesser avec ce discours rassurant et trompeur selon lequel « l’augmentation du CO₂ fertilise les forêts et les fait pousser plus vite ». Ce récit simpliste ignore les limites thermiques (mortalité par chaleur) et les limites hydriques (mortalité par sécheresse). Quand les forêts meurent, elles ne sont plus une solution : elles deviennent un problème.
    Étude Nature : https://www.nature.com/articles/s41586-025-09497-8

    Et ce signal dépasse les forêts. Une autre étude parue dans Nature Climate Change montre que l’océan lui aussi perd de son efficacité à absorber le CO₂. Le réchauffement de l’eau, la stratification accrue et la baisse d’oxygène affaiblissent la pompe biologique et chimique qui piège normalement le carbone dissous. Autrement dit, l’un des deux grands amortisseurs du climat mondial (l’océan) est aussi en train de se gripper.
    Étude Nature Climate Change : https://www.nature.com/articles/s41558-025-02380-4

    Et la France n’est pas épargnée. Comme le rappelle un rapport récent : si les forêts sont des alliées dans la lutte contre l’augmentation du CO₂ atmosphérique, elles en sont aussi les victimes. Les crises climatiques (sécheresses, canicules) et sanitaires font que certaines forêts françaises (notamment dans le Grand Est) émettent aujourd’hui plus de carbone qu’elles n’en captent. Entre 2015 et 2023, les forêts françaises n’ont piégé que 39 MtCO₂/an, soit 38 % de moins qu’entre 2005 et 2013.
    Rapport : https://www.calameo.com/read/0011885827c418636cbd4

    Autrement dit : ce que l’on pensait être un rempart naturel contre nos émissions est en train de se retourner. Le puits s’épuise. Et quand les amortisseurs lâchent, c’est la pente du réchauffement qui s’accélère.

    #forêts #France #réchauffement_climatique #GES #bilan_carbone

  • Aux frontières de l’Europe, un arsenal technologique contre les migrants

    "L’Union européenne déploie à ses frontières des technologies civiles et militaires pour bloquer les flux migratoires. De la Pologne à la Serbie, enquête sur le complexe techno-industriel qui érige la « forteresse Europe »."

    – Épisode 1/5 : En #Pologne, un mur de 190 kilomètres à travers la #forêt primaire
    – Épisode 2/5 : À Madrid, au Salon mondial de la #sécurité aux frontières, le #showroom des #technologies de #surveillance
    – Épisode 3/5 : Dans les #Balkans, des technologies contre les migrants qui se retournent contre la société civile
    – Épisode 4/5 : En #Italie, une #fouille intégrale des #téléphones
    – Épisode 5/5 : En #Bosnie, rencontre avec un passeur, entre les #drones et les #gangs

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-aux-frontieres-de-l-europe-un-arsenal-technologique-contre-les-mig
    #externalisation #militarisation_des_frontières #technologie #migrations #réfugiés #Europe #Trieste #route_des_Balkans #complexe_militaro-industriel
    #podcast #audio

    ping @reka @isskein @karine4

    • Épisode 1/5 : En Pologne, un mur de 190 kilomètres à travers la forêt primaire

      La forêt de Białowieża est l’une des dernières forêts primaires d’Europe, préservée de l’action humaine depuis près de 12 000 ans. Mais son visage a radicalement changé depuis 2021, lorsque le Bélarus, un pays voisin de la Pologne et allié de la Russie, a créé une crise migratoire.

      Le Bélarus a entrepris de délivrer des visas à des familles venant d’Afrique et du Moyen-Orient, pour les acheminer jusqu’à Minsk, la capitale bélarusse. De là, les autorités bélarusses poussaient les exilés vers la Pologne.

      En réponse, la Pologne a entrepris d’ériger un mur à travers la forêt : une immense barrière de métal, longue de 190 kilomètres, haute de cinq mètres, protégée par trois rangées de barbelés, des caméras, des drones et des hélicoptères.

      “Il y a 5 300 caméras, le mur, des soldats, et un système de détection : si quelqu’un touche le mur, nous sommes avertis immédiatement de ce qu’il se passe”, explique Katarzyna Zdanowicz, la porte-parole des gardes frontières pour la région de Białowieża.

      On a parfois l’impression que la frontière sépare aussi deux manières de comprendre la situation. D’un côté, les activistes, qui parlent de femmes, d’enfants, et de familles qui fuient la guerre. De l’autre, le gouvernement Polonais qui dénonce une “menace” migratoire ; le premier ministre Donald Tusk va jusqu’à parler d’une “guerre hybride” dont les munitions seraient les personnes exilées envoyées sur son territoire. En conséquence, la Pologne a autorisé les gardes frontières à utiliser des armes à feu contre les réfugiés en juillet 2024. En mars 2025, le pays a carrément suspendu le droit des exilés à demander l’asile en arrivant dans le pays. Toute personne interceptée sur le territoire est systématiquement refoulée vers le Bélarus.

      Les militants sur place dénoncent des violations régulières des droits humains à l’encontre des exilés, perpétrés par les gardes frontières bélarusses, mais aussi polonais.

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/en-pologne-un-mur-de-190-kilometres-a-travers-la-foret-primaire-7597265

      #murs #barrières_frontalières #Grupa_Granica #Belarus #caméras #caméras_de_surveillance #détection #Biélorussie #contrôles_frontaliers #militarisation_des_frontières #menaces #menace_migratoire #guerre_hybride #décès #mourir_aux_frontières #gardes-frontières #armes_à_feu #refoulements #push-backs #Krynki #drones

    • Épisode 2/5 : À Madrid, au #Salon_mondial_de_la_sécurité_aux_frontières, le #showroom des technologies de surveillance

      En Pologne, comme dans la plupart des pays que nous avons traversés pour cette enquête, les zones frontalières sont soumises à des régimes d’exception. Cette culture du secret qui entoure les frontières, nous avons pu en faire l’expérience à Madrid, lors du #World_Border_Security_Congress.

      En Pologne, comme dans la plupart des pays que nous avons traversés pour cette enquête, les zones frontalières sont soumises à des régimes d’exception : pas le droit de photographier, pas le droit d’enregistrer avec un micro, et une liberté de circuler très relative. Cette culture du secret qui entoure les frontières, nous avons pu en faire l’expérience dans la capitale espagnole, lors du World Border Security Congress, le salon mondial de la sécurité aux frontières, qui réunit les acteurs majeurs de l’industrie de la surveillance et de la répression de l’immigration. L’événement est tout simplement interdit aux journalistes : il nous faut nous faire accréditer par une ONG pour pouvoir y accéder, et découvrir les dernières innovations technologiques en matière de surveillance des frontières.

      Se pensant loin des micros de la presse, #Hans_Leijten, le directeur exécutif de #Frontex, livre un discours extrêmement dur :

      “Laissez-moi être clair : dans le monde actuel, il ne peut plus y avoir de repas gratuit, expose-t-il. La coopération ne fonctionne pas à sens unique. Si un pays veut bénéficier des fonds européens, alors il doit répondre aux demandes de l’Union européenne. Cela veut dire qu’il doit accepter les protocoles de réadmission, renforcer ses contrôles aux frontières, et combattre les réseaux de passeurs”.

      Ce salon, intitulé ’Patrouiller la périphérie’, incarne aussi le plan européen consistant à “externaliser les frontières”, c’est-à-dire à s’implanter dans les pays voisins de l’Union pour y stopper l’immigration avant qu’elle atteigne son territoire.

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/a-madrid-au-salon-mondial-de-la-securite-aux-frontieres-le-showroom-des-

      #régimes_d'exception #intelligence_artificielle #AI #IA #industrie_de_l'armement #surveillance_mobile #usage_dual #complexe_militaro-industriel #adaptation #façonner_le_monde #business #patrouiller_la_périphérie #gestion_des_frontières

      –-

      –-> citation, voilà ce que dit Hans Leijten dans le salon intitulé « Patrouiller la périphérie », à partir de la min 4,45 :

      « Si nous voulons de la stabilité et du contrôle, alors nous devons construire les mécanismes de sécurité, et pas seulement à nos frontières, mais aussi loin, au-delà. Cette approche a porté ses fruits en Europe, dans les Balkans, où nous avons utilisé une combinaison de gestion des frontières, d’engagement politique et de traités commerciaux qui ont donné de bons résultats »

    • Épisode 3/5 : Dans les Balkans, des technologies contre les migrants qui se retournent contre la société civile

      En s’appuyant sur l’idée “d’externalisation des frontières”, l’Union européenne justifie sa présence dans les pays hors de l’Union européenne, pour y stopper l’immigration avant même que celle-ci n’atteigne son territoire.

      "Tout ce qui concerne la migration en #Bosnie-Herzégovine est payé par l’Union européenne ou les États membres, explique la chercheuse #Nidžara_Ahmetašević, spécialisée dans la migration. Par exemple, la semaine dernière, l’Union européenne a donné des drones pour les gardes frontières. La semaine précédente, elle a donné des voitures."

      Ces #financements proviennent notamment des #Fonds_de_Pré-Accession, des fonds d’aide au développement dont la vocation initiale est d’aider les pays voisins de l’Europe à atteindre un niveau de développement économique suffisant pour devenir des partenaires commerciaux, voire pour intégrer l’Union. En se penchant sur le détail des transactions, on découvre qu’une vaste partie des financements servent en réalité à financer des infrastructures de contrôle de la migration.

      Mais en déployant des technologies de type militaire chez ses voisins aux régimes politiques instables, l’Union européenne risque de créer des situations conflictuelles : ces technologies prévues contre la migration peuvent se retourner contre la société civile.
      Nous nous sommes rendus en Serbie, où les étudiants manifestent depuis plusieurs mois contre le gouvernement d’Aleksandar Vučić. En novembre 2023, le gouvernement de Vučić a déployé une arme nouvelle contre des exilés, dans le nord du pays : un canon à son. En mars 2025, ce même canon à son a, d’après plusieurs témoignages, été utilisé contre les étudiants. “La Serbie est un laboratoire pour tester les technologies aux frontières terrestres, exopse Mila Bajić, de l’association SHARE. Puisque la Serbie ne fait pas partie du territoire européen, il n’y a pas de loi européenne pour encadrer les pratiques, tel que le règlement européen sur l’intelligence artificielle, et les demandes d’accès aux informations publiques ne fonctionnent pas. Le gouvernement peut donc agir sans rien révéler.”

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/dans-les-balkans-des-technologies-contre-les-migrants-qui-se-retournent-

      #externalisation_des_frontières #Balkans #route_des_Balkans #développement #aide_au_développement #intégration_européenne #drones #test #laboratoire #Serbie #frontières_terrestres #canon_à_son #armes_sonores #barrière_acoustique

      –-

      sur les #murs_sonores, voir aussi :
      La Grèce allonge son mur et le fortifie avec un #mur_acoustique...
      https://seenthis.net/messages/920711
      #mur_sonore

      et aussi :
      –> La police serbe a déjà utilisé des #armes_sonores sur des migrants
      https://seenthis.net/messages/1104712

    • Épisode 4/5 : En #Italie, une fouille intégrale des #téléphones

      L’arsenal technologique déployé aux frontières a plusieurs missions, formalisées dans les documents de la Commission européenne : détecter, contrôler, et surveiller. En Italie, dans la ville portuaire de Trieste, ces technologies ont un impact immédiat pour la vie des exilés.

      D’après de nombreux témoignages que nous avons recueillis, les policiers fouillent de manière quasi-systématique les téléphones des exilés lorsque ceux-ci effectuent leur demande d’asile.

      “Ce qu’ils font, c’est qu’ils lisent vos messages sur #WhatsApp, ils regardent vos photos, ils regardent votre historique de recherche, explique Smaïl, qui a fui le Pakistan il y a plusieurs années et vient en aide aux exilés à Trieste après avoir réussi lui-même à régulariser sa situation. S’ils voient que vous avez cherché “Milan”, ils vous disent : “Tu as cherché des informations sur Milan, alors pars à Milan”. Il y a même des gens qui m’ont dit qu’ils avaient effacé toutes les données sur leur téléphone, mais que la police a trouvé les informations quand même. S’ils font ça, c’est parce qu’ils trouvent qu’en tant que cité frontalière, ils en font déjà assez, alors ils cherchent des excuses pour renvoyer ceux qui demandent l’asile.

      Ce que décrit Smaïl ressemble point par point au logiciel #Le_Kiosk, développé par l’entreprise israélienne #Cellebrite, dont nous avons pu avoir une démonstration au cours du Salon Mondial de la Sécurité aux Frontières. En 2019, la France a annoncé équiper pas moins de 500 commissariats avec le #logiciel Le Kiosk. Ces technologies de surveillance rendent le parcours migratoire toujours plus complexe. Pourtant, les chiffres montrent que les entrées dans l’Union ne baissent pas ; en revanche, les routes sont de plus en plus dangereuses. “Vouloir stopper le mouvement des humains, c’est comme se battre contre la nature, contre la mer : les gens circulent, ils doivent trouver des moyens de passer”, regrette Smaïl.

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/en-italie-une-fouille-integrale-des-telephones-3950382
      #smartphones #Trieste #danger #parcours_migratoire

    • Épisode 5/5 : En Bosnie, rencontre avec un passeur, entre les drones et les gangs

      A ce stade de l’enquête, une question continuait de nous tarauder : comment, avec tout cet arsenal pour protéger les frontières, expliquer que les entrées illégales dans l’Union européenne continuent ?

      Un paradoxe nous apparaît à la fin de cette tournée des pays des Balkans : les drones, logiciels de surveillance, caméras thermiques et autres équipements, ne sont peut-être pas essentiels pour comprendre la réalité de la migration. Au bout de trois jours passés à #Bihac, dans le nord de la #Bosnie, on comprend déjà beaucoup de la réalité de ce petit village, dernière étape avant l’entrée dans l’Union européenne : sur la place principale, il y a des exilés qui ont été refoulés la veille, qui se reposent pendant la journée, et dont tout le monde sait qu’ils vont retenter leur chance le soir-même. Et puis, il y a ces visages de gens qui ne partent pas, pendant 6 mois, 1 an : eux, ce sont les passeurs. Ici, tout le monde les connaît, ils se baladent dans la rue principale avec leurs clients, dans l’impunité la plus totale. Petit à petit, ces passeurs se sont structurés en réseau ; ces réseaux sont devenus des gangs.

      Nous nous sommes entretenus avec Ali, un passeur qui vit à la frontière entre la Bosnie et la Croatie depuis bientôt huit ans. La première fois que nous l’avons rencontré, c’était à un arrêt de bus. Il faisait presque 40°, le soleil cognait fort, et Ali venait de récupérer un groupe d’Afghans qu’il s’apprêtait à faire traverser. Il avait un pull noir à manches longues. Il a accepté de relever une de ses manches pour nous montrer son bras - lacéré par des cicatrices, du poignet jusqu’à l’épaule.

      “Ils nous ont torturés, raconte-t-il. Ils ont appelé mes parents, ils leur ont dit : “envoyez de l’argent !”. Ils nous ont tout fait. Mais crois-moi, après ça, les cicatrices font de toi quelqu’un de respecté dans le milieu.”

      Comment les passeurs arrivent-ils à déjouer les caméras thermiques, les drones, les patrouilles ? Ali ne nous donnera pas tous ses secrets, mais il laisse en deviner quelques-uns.

      “Je connais les horaires, l’heure à laquelle les gardes frontières font leur ronde, l’heure à laquelle ils sont dans la ville, détaille Ali. Mais il faut aussi s’en remettre à la chance.Tu crois que les caméras et les senseurs pourront m’arrêter. Laisse-moi te dire quelque chose : tu viens de l’Union européenne. Il y a des caméras de surveillance dans toutes les rues, dans tous les magasins. Est-ce que ça empêche les voleurs ? Non, jamais.”

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/en-bosnie-rencontre-avec-un-passeur-entre-les-drones-et-les-gangs-839123
      #passeurs

  • #Empires. Une #histoire_sociale de l’#environnement

    Qu’est-ce que les empires et le #colonial font aux environnements qu’ils rencontrent, conquièrent puis gouvernent ? En répondant à cette question, l’#histoire_environnementale permet de renouveler la compréhension des territoires impériaux car partout, étudier la #nature, c’est étudier le #pouvoir.
    Ce livre rend accessible en français des textes pionniers de cette histoire encore trop méconnue. Les auteurs réunis ici montrent comment le rapport des sociétés colonisées à leur environnement a été bouleversé par l’irruption coloniale, mais aussi comment la #prédation est toujours contrariée. L’implantation du #thé dans le nord de l’Inde, l’introduction du #figuier_de_Barbarie à Madagascar, la création de #réserves_de_chasse dans l’actuelle Tanzanie, les transformations des #forêts au Vietnam ou la construction d’un #barrage au Mozambique suscitent une renégociation permanente des #rapports_de_force sur le terrain : des #résistances quotidiennes feutrées jusqu’aux #révoltes ouvertes.
    L’histoire environnementale des empires est bien en cela une histoire sociale. Elle éclaire également notre présent. Car, aujourd’hui encore, les #paysages portent la trace indélébile de l’occupation coloniale et des luttes sociales qui s’y sont déroulées pour l’accès, le #contrôle et le #gouvernement de la nature.

    https://www.cnrseditions.fr/catalogue/histoire/empires
    #livre #colonisation

    • Comment la nature est devenue un champ de bataille colonial

      Plantations, barrages, réserves : les empires coloniaux ont façonné la nature autant que les sociétés. Une domination parsemée de révoltes et de négociations, montrent les historiens Guillaume Blanc et Antonin Plarier dans un livre collectif.

      Et si l’on relisait l’histoire coloniale par ses forêts, ses rivières, ses plantations et ses animaux ? C’est l’ambition d’Empires. Une histoire sociale de l’environnement, un livre collectif coordonné par l’historien Guillaume Blanc, professeur à Sciences Po Bordeaux, spécialiste des empires coloniaux et des politiques de conservation, et par Antonin Plarier, maître de conférences à l’université Lyon 3, qui travaille sur l’histoire environnementale et sociale des sociétés africaines.

      L’ouvrage rassemble des textes fondateurs, pour la première fois traduits en français, et montre comment les entreprises coloniales ont profondément transformé les environnements qu’elles ont conquis. Des forêts indiennes mises sous contrôle à la création de réserves de chasse en Tanzanie, des plantations d’hévéa au Vietnam au barrage de Cahora Bassa au Mozambique, ces histoires révèlent un fait central : gouverner les hommes passait aussi par gouverner la nature.

      Mais la domination n’a jamais été totale. Les populations colonisées ont résisté, négocié, parfois retourné les logiques coloniales contre elles-mêmes. Les paysages d’aujourd’hui portent encore l’empreinte de ces affrontements, et éclairent les inégalités environnementales actuelles. Nous avons interviewé Guillaume Blanc et Antonin Plarier pour comprendre ce que l’histoire environnementale des empires dit du passé colonial, et ce qu’elle révèle de notre présent.

      Reporterre — Qu’est-ce qui vous a conduits à concevoir ce livre collectif ?

      Guillaume Blanc — L’histoire environnementale de l’empire français reste encore largement à écrire. Alors qu’à l’inverse, celle de l’empire britannique est abondamment étudiée et enseignée.

      Des chercheuses comme Hélène Blais ont ouvert des pistes, par exemple sur les jardins botaniques coloniaux, mais dans l’ensemble la recherche française a pris du retard. Avec Antonin, nous avons voulu contribuer à combler ce manque en rendant accessibles en français des textes majeurs qui font autorité dans le champ. Car nous avons aussi constaté que nos étudiantes et étudiants connaissaient très peu l’histoire environnementale des empires.

      Pour comprendre en profondeur les rapports entre sociétés et nature, il faut pourtant saisir combien la colonisation a façonné ces rapports. C’est pourquoi nous avons sélectionné et traduit des textes importants, proposant un regard sur une pluralité de situations coloniales —françaises, mais aussi britanniques, portugaises ou allemandes —, et en assumant une perspective très claire : l’environnement est toujours un fait social. Notre fil directeur a été cette question : qu’ont fait les empires coloniaux à la nature, et qu’a fait la nature aux empires coloniaux ?

      Concrètement, que signifie l’idée que « l’environnement est un fait social » ?

      Antonin Plarier — Cela veut dire que la nature est toujours traversée par des usages, des conflits, des hiérarchies. Prenons l’exemple des forêts indiennes sous domination britannique : pour les populations locales, elles servaient à la culture sur brûlis, au pâturage, à l’artisanat, au bois de construction.

      Les colons, eux, y voyaient avant tout une ressource commerciale, destinée notamment à l’exportation. Ces usages divergents ont créé une conflictualité permanente, parfois qualifiée de « guerre des forêts ».

      On pourrait dire la même chose des rivières. Le barrage de Cahora Bassa au Mozambique, construit par les Portugais, en est un exemple frappant. Il a bouleversé non seulement les écosystèmes du fleuve Zambèze, mais aussi les modes de vie des populations rurales, en amont comme en aval.

      Ce que nous voulons montrer, c’est que l’exploitation de la nature ne peut être dissociée de l’exploitation des humains. Les deux sont intimement liées en contexte colonial.

      Vous montrez que la nature a été au cœur du projet colonial : à la fois ressource à exploiter et objet de contrôle social. Pouvez-vous expliquer ce que vous appelez « écologie impériale », et comment cela s’est traduit dans la vie des populations colonisées ?

      Guillaume Blanc — Les sociétés coloniales ont bien sûr été diverses — l’Indochine française ne ressemblait pas au Nigeria britannique ou au Mozambique portugais —, mais elles reposaient toutes sur un projet commun : placer la nature au cœur de l’entreprise impériale.

      Cela se traduisait par un double mouvement. D’un côté, une prédation systématique des ressources : bois, minerais, plantes, animaux sauvages. De l’autre, la mise en place de dispositifs de protection — forêts réservées, parcs naturels, règlements de chasse — qui visaient à contrôler l’accès aux ressources et à légitimer cette prédation. Protection et exploitation marchaient de pair : on préservait certaines ressources ici pour mieux continuer à les exploiter là-bas.

      Mais cette logique n’était pas seulement matérielle. Elle était aussi idéologique. En définissant ce qui relevait de la nature à sanctuariser et ce qui devait être exploité comme ressource, les colons imposaient un ordre écologique parallèle à l’ordre social. Ils décidaient quels étaient les bons et les mauvais usages, qui avait ou non le droit d’accéder à tel espace.

      C’est cela que nous appelons « écologie impériale » : une science coloniale, celle de la « nouvelle écologie humaine » qui, dès les années 1920-1930, conceptualise la société comme un organisme vivant, avec ses équilibres et ses déséquilibres.

      Les élites scientifiques et administratives se donnaient alors pour mission de planifier rationnellement l’exploitation de la nature et, par là même, le contrôle des hommes. Gouverner les populations colonisées passait par gouverner leur environnement.

      Cette écologie impériale n’est pas une simple arrière-pensée du projet colonial : elle en est un pilier. La comprendre, c’est prendre au sérieux les bâtisseurs d’empire et leur ambition de gouverner — et de dominer — à la fois les hommes et la nature.

      Vos récits montrent que les ambitions coloniales ont souvent été déjouées ou détournées : le figuier de Barbarie à Madagascar, le thé en Assam… Que racontent ces histoires sur la fragilité de la domination coloniale ?

      Antonin Plarier — Le projet colonial n’a jamais été une machine parfaitement huilée. Les ingénieurs, agronomes ou gouverneurs généraux qui rêvaient de mettre la nature en ordre se heurtaient sans cesse aux réalités écologiques.

      Prenons l’exemple du thé d’Assam, dans l’Inde britannique. Les théiers y existaient à l’état endémique, mais les colons britanniques refusaient d’y voir une production digne de l’Empire. Ils ont donc importé des plants et des experts chinois, au prix de décennies d’efforts et de dépenses colossales. Ce n’est qu’à la fin du XIXᵉ siècle qu’ils admettront que les plantes d’Assam étaient bien des théiers…indiens.

      Quant au figuier de Barbarie, introduit par les Français à Madagascar au XVIIIᵉ siècle, il devait d’abord servir les besoins des colons. Le projet colonial échoua, mais la plante s’implanta durablement et fut utilisée par les populations locales pour l’élevage et même comme barrière défensive contre l’avancée coloniale. On a donc là un retournement complet de son usage.

      Ces exemples rappellent que la domination coloniale, malgré sa violence, n’était pas toute-puissante. La nature et les sociétés locales imposaient sans cesse des marges d’incertitude.

      Vous montrez également que les colonisés n’ont pas seulement subi : ils ont résisté, négocié…

      Guillaume Blanc — La conclusion à laquelle nous arrivons, c’est qu’il y a toujours domination, mais qu’elle ne prend jamais la forme que l’on croit. Car le projet impérial est aussi mis en œuvre, quoique sous la contrainte, par les colonisés eux-mêmes. Cela crée une conflictualité permanente, à la fois sociale et environnementale.

      L’exemple des forêts indiennes, étudié par Ramachandra Guha et Madhav Gadgil, est éclairant. Officiellement, l’ordre colonial britannique était vertical : des élites européennes appuyées sur des élites indiennes dominaient les populations rurales. En réalité, les élites indiennes oscillaient : parfois elles soutenaient les Britanniques, parfois elles rejoignaient les paysans qui protestaient contre les impôts ou l’exploitation forestière.

      Elles tiraient parti de cette situation, devenant elles-mêmes des intermédiaires du capitalisme impérial. La domination coloniale n’était donc pas monolithique, mais traversée par des négociations et des conflits.

      Un autre exemple vient de l’anthropologue Lynn Shumaker, qui a travaillé sur une mine de la Copperbelt, en actuelle Zambie. Pour expliquer la mortalité des mineurs, ceux-ci évoquent dans leurs récits oraux des serpents menaçants, symboles d’une propriété et d’un usage des sols et des sous-sols bouleversés par l’ouverture de la mine.

      Les propriétaires britanniques, eux, se présentaient comme des sauveurs face à ces dangers, en construisant d’autres récits légendaires — des récits de chasseurs européens — pour légitimer leur présence. On voit là une hybridité culturelle et écologique : la représentation de la nature dans ce contexte illustre des conflits de propriété et d’appropriations des ressources naturelles.

      Certaines populations ont même utilisé l’environnement comme arme. Que nous apprennent ces luttes sur la dimension écologique des révoltes coloniales ?

      Antonin Plarier — Dans la dernière partie du livre, nous avons choisi trois luttes emblématiques. Le premier est l’insurrection « Maji Maji » en Afrique orientale allemande, au début du XXᵉ siècle. Elle est souvent présentée comme une révolte politique contre la domination coloniale. Mais si l’on regarde de près, elle est indissociable de la mise en place de réserves de chasse qui limitaient brutalement les pratiques locales de chasse. Sans cet aspect environnemental, on ne comprend pas la colère des populations.

      Deuxième exemple : la guerre d’Indochine. Les plantations de caoutchouc y tenaient une place centrale. Elles symbolisaient l’exploitation coloniale la plus brutale, avec des taux de mortalité parfois effroyables parmi les ouvriers. Elles étaient aussi des espaces de monoculture intensive, où une espèce venue du Brésil — l’hevea brasiliensis — avait remplacé les forêts tropicales.

      Au début de la guerre, le Vietminh a choisi d’attaquer ces plantations, en détruisant massivement des hévéas, parce qu’elles incarnaient le cœur économique du pouvoir colonial. Mais à mesure que la perspective de l’indépendance se rapprochait, leur attitude a changé : ces plantations sont devenues un symbole national, une ressource économique à préserver pour le futur Vietnam. On voit bien ici que la lutte politique et la lutte écologique sont imbriquées.

      Au Mozambique, dans les années 1960-1970, le barrage de Cahora Bassa représentait pour les Portugais la puissance coloniale à son apogée : domestiquer un fleuve, transformer la nature et déplacer des populations. Les nationalistes du Front de libération du Mozambique l’ont combattu, en tentant de saboter le chantier.

      Une fois au pouvoir, en revanche, ils ont à leur tour repris ce barrage, en l’intégrant au projet national postcolonial. Là encore, on voit que les symboles de la domination coloniale pouvaient être renversés, mais sans pour autant rompre avec la logique de mise en ordre de la nature.

      Vous établissez enfin un lien entre colonialisme environnemental et inégalités écologiques actuelles. Comment cette continuité éclaire-t-elle notre monde ?

      Guillaume Blanc — Le concept d’« échange écologique inégal » permet de comprendre ce lien. L’idée vient du sociologue Immanuel Wallerstein, qui a montré que le système-monde reposait sur un échange économique inégal entre un centre et des périphéries. L’historien Alf Hornborg a prolongé ce raisonnement en montrant que cet échange était aussi écologique : certaines régions fournissent les ressources, d’autres en récoltent les profits.

      Prenons l’exemple de la Tanzanie : les réserves et les parcs créés par les colons allemands puis britanniques pour contrôler l’ivoire sont devenues sources de revenus touristiques. Mais depuis l’indépendance, l’économie nationale repose toujours sur la satisfaction du besoin occidental de « nature africaine », au détriment, sur place, de l’agriculture ou de l’urbanisation.

      Cet exemple n’en est qu’un parmi d’autres. On pourrait évoquer le caoutchouc vietnamien grâce auquel Michelin a construit une bonne part de sa fortune, jusqu’en 1975, ou encore l’uranium du Gabon et du Niger grâce auquel les foyers français ont de l’électricité. Autant d’exemples qui montrent que nos sociétés contemporaines prolongent des logiques héritées de l’époque coloniale, même si elles prennent de nouvelles formes.

      Ce n’est plus du colonialisme environnemental à proprement parler, car les États africains et asiatiques sont souverains. Mais c’est bien une continuité dans les rapports inégaux, qui révèle à quel point l’écologie reste au cœur des relations de pouvoir mondiales.

      Peut-on parler pour autant de néocolonialisme environnemental ?

      Antonin Plarier — Le terme pose problème. L’époque coloniale est révolue et les élites locales sont devenues des acteurs à part entière. Elles reprennent parfois des politiques coloniales, mais dans une configuration nouvelle où elles ont leur propre pouvoir de décision.

      Comme historiens, nous insistons sur la continuité des logiques, sans nier les ruptures. Autrement dit, si les indépendances n’ont pas fait table rase, il ne faut pas non plus sous-estimer la capacité d’agir des élites postcoloniales, qui jouent désormais un rôle central.

      Et, au-delà du regard historien, il y a une question politique : comment transformer ces rapports de domination hérités du passé ? Les enjeux extractivistes et écologiques actuels ont une profondeur historique, et le comprendre n’est pas qu’affaire d’érudition, c’est aussi regarder dans le rétroviseur pour mieux transformer nos sociétés actuelles.

      https://reporterre.net/Comment-la-nature-est-devenue-un-champ-de-bataille-colonial

  • The status of Mediterranean forests 2025

    The Mediterranean region faces mounting challenges from climate change, population growth and persistent inequalities especially affecting youth and women. A sustainable transition is urgently needed to promote low-carbon, inclusive growth while safeguarding ecological integrity and resilience. Regional cooperation, education reform and robust monitoring are key to this transformation.Forests and wooded lands cover 28 percent of the region, with croplands and grasslands dominating. Forest area within Mediterranean countries grew by 12 percent between 1990 and 2020, but gains have slowed and requires enhanced sustainable forest management. Climate change is accelerating threats, such as wildfires, droughts, pests and land degradation, while land-use trends diverge across subregions.Restoration is gaining momentum, with 80 million hectares identified for potential recovery. Between 2017 and 2022, up to 2.3 million hectares were put under restoration under the Agadir Commitment. Restoration efforts increasingly integrate local communities, diverse species and traditional knowledge. However, long-term funding, monitoring and ecological planning remain limited.Wildfires in the region are intensifying, with an average of about 1 600 fires burning almost 400 000 hectares annually. Western Mediterranean countries are normally the most affected, in terms of both number of fires and area burned. Integrated fire management, including prevention, post-fire restoration and regional cooperation, is essential.Urban expansion, projected to grow by 160 percent by 2030, calls for better management of urban and peri-urban forests, which offer vital ecosystem services and social benefits. Governance must reflect the unique urban–rural interface.Effective forest management depends on integrated monitoring systems. Strengthening data collection, leveraging technologies, and fostering collaboration especially with local communities, will be critical to tracking progress and guiding sustainable action.

    https://openknowledge.fao.org/items/5ce9afc8-58a1-4c5c-bc0e-24b4da193a66
    #forêts #Méditerranée #statistiques #chiffres #FAO #forêts_méditerranéennes

  • #La_Clusaz : #victoire définitive, la #montagne ne sera pas déboisée pour des #canons_à_neige

    « Le peuple de la #forêt de la #Colombière peut souffler », s’est réjoui le collectif #Fier-Aravis

    La victoire est désormais définitive pour les associations et citoyens engagés dans la lutte contre le projet de #retenue_d’eau_collinaire du #plateau_de_Beauregard censée approvisionner des canons à neige. L’État a décidé de ne pas faire appel de la décision de #justice annulant l’autorisation de construction de la retenue.

    Après plus de 5 ans de combat, c’est une victoire totale pour tous les habitants, associations et élus qui s’opposaient au déboisement du plateau de #Beauregard. Parmi eux : les associations requérantes France Nature Environnement Haute-Savoie, FNE AURA, Mountain Wilderness, La Nouvelle Montagne, LPO AURA-Haute-Savoie, Fédération de pêche de la Haute-Savoie.

    « Le peuple de la forêt de la Colombière peut souffler », s’est réjoui le collectif Fier-Aravis.

    Il était impliqué dans la lutte pour protéger la montagne du projet de retenue d’eau de la municipalité de La Clusaz. Au cœur des #Aravis (#Haute-Savoie), ce cratère de 148 000 m³ dans la montagne (l’équivalent de 60 piscines olympiques et d’une surface au sol de 5 terrains de foot) aurait détruit 8ha de bois abritant 58 espèces protégées et risquait d’assécher la #tourbière remarquable de Beauregard, classée #Natura2000.

    Sur les 150 000 m3 d’#eau stockées, 2/3 devait servir aux canons à des fins d’#enneigement_artificiel. Face à cet #accaparement de l’#eau_potable, de nombreux collectifs, dont Extinction Rebellion Annecy, La Cluzad et Sauvons le Plateau de Beauregard de la Destruction – la Clusaz, s’étaient fortement mobilisés.

    Après une première occupation du bois en novembre 2021, une #ZAD s’était perchée en haut des arbres qui risquaient d’être abattus pour les protéger en septembre 2022, jusqu’à ce que la justice tranche en leur faveur.

    « En tout, la justice nous a donné quatre fois raison. Comme quoi, ce projet est bien illégal depuis le début », a pointé le collectif Fier-Aravis auprès de La Relève et La Peste

    L’#arrêté déclarant cette retenue d’#utilité_publique avait été rendu caduque par le tribunal administratif de Grenoble en octobre 2022. L’audience du #recours sur le fonds a eu lieu le mardi 17 juin 2025. Dans ses conclusions, la rapporteure a préconisé l’annulation totale de l’arrêté d’autorisation de la retenue.

    Hier, la Préfecture a déclaré que l’État ne va pas faire appel de la décision du tribunal sur le fonds, rendant la victoire totale pour toutes les personnes impliquées dans le collectif « #Sauvons_Beauregard ».

    « Les mobilisations fonctionnent ! s’est réjouie Valérie Paumier sur les réseaux sociaux. Nous sommes encore dans un état de droit ! »

    Une magnifique démonstration de l’alliance inestimable entre occupation de terrain, pédagogie sur les communes concernées et luttes juridiques pour protéger les communs de nos territoires.

    De son côté, le collectif Fier-Aravis a déclaré rester vigilant. La Clusaz a été retenue comme site hôte olympique pour les J0230.

    https://lareleveetlapeste.fr/la-clusaz-victoire-definitive-la-montagne-ne-sera-pas-deboisee-pou

    #déboisement

  • Canada : qui sont les « tree planters », ces héros qui plantent jusqu’à 6 000 arbres par jour ?
    https://www.geo.fr/environnement/canada-qui-sont-les-tree-planters-ces-heros-qui-plantent-jusqua-6000-arbres-par-

    Les tree planters (planteurs d’#arbres) de mon pays exercent l’un des jobs #saisonniers les plus durs au monde. Le Canada fait partie des nations qui exploitent le plus leurs #forêts. En 2017, l’industrie forestière a rapporté vingt milliards d’euros à l’économie. Mais, depuis la fin des années 1960, sous la pression des mouvements écologistes, le gouvernement, qui possède 90 % des parcelles, pousse les compagnies d’exploitation forestière à replanter systématiquement. Ces jeunes reboisent donc après le passage des bûcherons, qui œuvrent essentiellement dans les zones boréales de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, de l’Ontario, du Québec et du Nouveau-Brunswick.

    Or, dans ces régions, les forêts n’ont rien à voir avec les futaies manucurées d’Europe. Elles sont sauvages, inhospitalières. Souvent situées à très haute altitude ou accrochées à des pentes vertigineuses. Y séjourner signifie être confronté à la faune sauvage (même si les attaques d’ours sont finalement rares). Et surtout, vivre et travailler dans des conditions extrêmes. Neuf à dix heures par jour, les tree planters évoluent au milieu d’un mikado géant de souches et de branches brisées reposant sur un sol spongieux, vestige de la forêt mâchée par l’action des engins forestiers. Ils portent sur eux jusqu’à trente kilos de plantules. La plupart du temps, ils travaillent en courant, s’arrêtant tous les deux à trois mètres pour creuser un trou à toute allure et y placer un jeune arbre. Il leur faut un physique et un mental de sportif de haut niveau pour tenir une saison entière (de mai à octobre).

    C’est pourtant un job bien ancré dans notre culture. Il n’existe pas de chiffres officiels, mais on peut estimer que, depuis le milieu des années 1970, environ 250 000 Canadiens s’y sont essayés, en moyenne trois saisons chacun. La plupart sont issus d’un milieu urbain et éduqué. Parmi eux, beaucoup d’étudiants, mais aussi de grands sportifs ou des gens qui veulent profiter de cette parenthèse pour réfléchir à leur avenir.

    #déforestation #reforestation #Canada

  • Tchekhov, lanceur d’alerte pour sauver les forêts
    https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2020/07/20/tchekhov-lanceur-d-alerte-pour-sauver-les-forets_6046734_3451060.html

    « L’homme a été doué de raison et de force créatrice pour multiplier ce qui lui était donné, mais, jusqu’à présent, il n’a pas créé, il a détruit. Les forêts, il y en a de moins en moins, les rivières tarissent, le gibier a disparu, le climat est détraqué et, chaque jour, la terre devient plus pauvre et laide (…)… peut-être que, pour de bon, c’est des histoires de toqué, mais quand je passe devant les bois des paysans que j’ai sauvés de la hache, ou quand j’entends bruire ma jeune forêt, plantée de mes propres mains, j’ai conscience de ce que le climat, lui, aussi, est un tant soit peu en mon pouvoir et que si, dans mille ans, les hommes sont heureux, eh bien, ce sera aussi, un tant soit peu, ma faute à moi. »

    (...) Anton Tchekhov a écrit Oncle Vania en 1896. Qui ne le saurait pas pourrait penser que l’auteur est notre contemporain et son personnage un lanceur d’alerte effaré par la destruction de la planète. Dans la pièce, on voit Astrov déployer ses cartes, des cartogrammes sur lesquels il a indiqué en vert les #forêts, en rouge et bleu la faune et la flore. Il montre comment, en cinquante ans dans la région où il vit, la forêt, qui occupait la moitié de la surface, s’est raréfiée au point de ne plus apparaître que par taches, éparses. Pour Astrov, c’est « l’image d’une dégénérescence graduelle, incontestable, qui ne demandera manifestement pas plus de dix à quinze ans pour devenir totale. »

    Le mot « #écologie » n’appartient pas au vocabulaire du siècle de Tchekhov (1860-1904). Mais c’est lui qui revient, aujourd’hui, quand il est question d’Oncle Vania. L’histoire du #théâtre est ainsi faite que les grandes pièces du répertoire sont perçues différemment selon les époques et les mentalités : on croit les connaître, on les relit, et voilà qu’elles ouvrent de nouveaux horizons, jettent une autre lumière sur des personnages. Astrov en est un exemple éclatant : le médecin porté sur la vodka est devenu le héraut d’une cause. Et Tchekhov le héros d’un combat auquel on ne saurait cependant le résumer : tout, dans son œuvre, est aussi complexe que dans la vie.

    https://archive.ph/8bbmz

  • Une base de données pour les #arbres_méditerranéens

    Grâce à la collaboration d’un réseau international de 30 scientifiques, coordonné par INRAE et l’Institut européen des forêts (EFI) et impliquant Aix-Marseille Université, l’Université de Montpellier, l’ONF et le MNHN, 496 #espèces et 147 #sous-espèces d’arbres de la région méditerranéenne ont été inventoriées. Ces données, librement accessibles, renseignent notamment sur le risque d’#extinction et la #diversité_génétique des arbres, et représentent un outil clé pour mieux protéger et restaurer les #forêts.

    Alors que les forêts doivent relever le double défi de s’adapter au #changement_climatique et de contribuer à en limiter les effets, les arbres méditerranéens restent encore insuffisamment intégrés aux politiques de #protection et de #gestion_durable.

    L’#inventaire s’étend sur 39 territoires botaniques. Les chercheurs ont montré que le nombre d’espèces d’arbres endémiques varie fortement d’une région à l’autre : on recense 150 espèces en #Espagne, 139 en #France continentale, 277 en #Turquie, 57 en #Algérie et 102 en #Sicile.

    Le #risque_d’extinction, quant à lui, reste mal documenté, près de la moitié des espèces n’ayant pas encore été évaluées dans la #Liste_rouge de l’#UICN. Bien qu’aucune tendance géographique claire n’ait été observée, la richesse en espèces est positivement liée à la superficie des territoires botaniques et à leur hétérogénéité géomorphologique.

    En ce qui concerne la #diversité_génétique, elle n’est connue que pour un tiers des espèces inventoriées, principalement celles présentant un intérêt économique. Parmi les 169 espèces pour lesquelles ces données existent, 43 % sont utilisées au moins pour l’#alimentation ou comme ressource en #bois.

    Ces résultats mettent en évidence les #lacunes dans la connaissance des arbres méditerranéens et soulignent l’importance d’une collaboration renforcée, comme le recommande le Plan stratégique de recherche pour la forêt méditerranéenne 2030, pour assurer leur conservation. L’ensemble des données est librement accessible sur la plateforme Recherche Data Gouv, et peut être utilisé par les scientifiques, gestionnaires forestiers et décideurs politiques pour soutenir la #conservation des ressources génétiques, la #restauration_écologique et la gestion durable des forêts.

    https://www.tela-botanica.org/2025/08/une-base-de-donnees-pour-les-arbres-mediterraneens
    #arbres #base_de_données #Méditerranée

  • #Payer_la_terre. À la rencontre des premières nations des #Territoires_du_Nord-Ouest_canadien

    En 2015, Joe Sacco s’est rendu par deux fois dans les territoires du Nord-Ouest du Canada, au-dessous de l’Arctique. Il est allé à la rencontre des Denes, un peuple autochtone. L’auteur nous raconte l’histoire de ce peuple, ses traditions, restées intactes pour certaines, les premières rencontres avec les Anglais.
    Pendant longtemps, les peuples indigènes du Grand Nord, vivant sur des terres non propices à la colonisation agricole, restèrent livrés à eux-mêmes, jusqu’à ce que la découverte de pétrole et d’or incite le gouvernement à officialiser son autorité sur eux, comme sur leurs terres. À cette période, les autorités s’appropriaient les territoires, non plus par les massacres, mais cliniquement, méthodiquement, et de façon administrative – grâce à des traités.
    En lisant ceux-ci, on n’échappe pas à l’impression que les « Indiens » ont donné la terre où ils vivaient en échange de la promesse d’une annuité de quelques dollars, de quelques outils et de médailles pour ceux qui se disaient leurs chefs. Aujourd’hui, la fracturation hydraulique ajoute la pollution à la spoliation initiale.

    https://www.futuropolis.fr/9782754818551/payer-la-terre.html
    #BD #livre #bande-dessinée
    #Joe_Sacco #Canada #peuples_autochtones #Dene
    #nature #forêt #nomadisme #environnement #montagne #animaux #humilité #fracturation_hydraulique #fracking #pétrole #Territoires_du_Nord-Ouest #industrie_pétrolière #Compagnie_de_la_Baie_d'Huston #extractivisme #conflits #résistance #travail #alcoolisme #drogue #alcool #argent #éducation #champs_pétroliers #exploitation_minière #développement #gaz_naturel #Sahtu #Mackenzie_Valley_Land_and_Water_Board #missionnaires #Eglise_catholique #religion #spiritualité #communauté #mines #uranium #ski-doo #fourrures #or #Traité_8 #Traité_11 #René_Fumoleau #oralité #tradition_orale #Wunk_Sheek #Fraternité_indienne_des_Territoires_du_Nord-Ouest #Denedeh #affaire_Paulette #François_Paulette #justice #combat_juridique #gazoduc #prise_de_conscience #identité #Fort_Simpson #Nation_dene #diamants #prospection #droits_miniers #accords_territoriaux #quantum #autonomie_gouvernementale #Fraternité_indienne #logement #harcèlement_policier #Hire_North #Accord_tlicho #colonisation #sédentarisation #genre #langue #violence_domestique #maltraitance #abus_sexuels #suicide #scolarisation #évangélisation #pensionnats #assimilation #acculturation #pensionnats_autochtones #christianisation #châtiments_physiques #commission_de_vérité_et_conciliation #viols #travail_salarié #excuses #génocide_culturel #souffrance #traumatisme #dédommagement #inceste #colère #déculturation #parentalité #Trout_lake #aides_sociales #revendication_territoriale #différend_territorial #Colombie-Britannique #Yukon #Fort_Liard #mer_de_Beaufort #Inuvik #racisme #identité #violence_relationnelle #Dene_Nahjo #Idle_No_More #déracinement #capitalisme #genre #dépossession #mine_Giant #complexe_d'infériorité

    • ’My work is not finished’ : #François_Paulette named officer of Order of Canada

      Denesuline elder has long advocated for Indigenous and treaty rights

      Denesuline Elder François Paulette has many accomplishments under his belt. He’s an educator, activist, spiritualist, father, grandfather, former chief, and a traditional knowledge holder.

      Now he can add one more title to his name — officer of the Order of Canada.

      The national order recognizes people who have made extraordinary contributions to the country. Paulette is among 120 people — six from the North — who are being honoured this year. He is being recognized for his longtime contributions to treaty and Indigenous rights and his promotion of circumpolar health research.

      “My biggest job has always been protecting the Earth and the water. And that’s always for the future of the children. And also the rights of Indigenous people, treaty rights,” he said.

      But Paulette, who is a member of the Smith’s Landing First Nation, said he’s not one for medals and awards. When he learned he was an Order of Canada recipient, he said he had to think about whether or not to accept the honour. He ultimately decided to do it for his 10 grandchildren.

      “It’s not in my blood to get recognition, at least from the Canadian government or the Crown for the work I’ve done, because my work is all about protecting Mother Earth and working on rights of Indigenous people,” he said.

      For Paulette, one of his proudest accomplishments is moving back to his home community where he and his wife built a log home and raised their children in a contemporary-traditional lifestyle.

      “It was a sense of renewal for me,” he said.

      Paulette was born in April 1949, near Fort Fitzgerald, Alta, and lived there until his community was relocated to Fort Smith, N.W.T., by the federal government beginning in 1959.

      Paulette said he’s also proud of his work negotiating outstanding Crown treaty obligations.

      In 1969, Paulette was one of the founding members of the Indian Brotherhood of the Northwest Territories — renamed the Dene Nation in 1978 — which was formed in opposition to The White Paper. That federal document proposed terminating existing treaties and assimilating Indigenous people in Canada.

      A turning point for the Dene

      In 1971, Paulette became the youngest chief in the territory at that time. The following year, he was part of the Paulette Case, something he said was a “turning point for the Dene.”

      In that case, Paulette and 16 other chiefs from the Mackenzie Valley, challenged the Canadian government to recognize Indigenous title to over 1,165,494 square kilometres of land in the N.W.T. They filed a caveat arguing the Dene didn’t surrender their rights or land when they signed Treaty 8 and Treaty 11 and sought to prevent construction of the proposed Mackenzie Valley Gas Pipeline.

      In 1973, Supreme Court Justice William Morrow ruled that the chiefs had established a case for claiming rights to the land. While the ability to register the caveat was overturned by the Supreme Court of Canada, Morrow’s findings regarding Indigenous rights were upheld. The case also helped prompt the Berger Inquiry, which led to a moratorium on the proposed gas pipeline.

      “I think that turned the page of how the Dene were to begin to negotiate … Canada’s outstanding obligation to the First Nations,” Paulette said.

      Paulette said he is also proud to have been one of the delegates that travelled to Geneva, Switzerland, in 1977, to begin talks that led to the United Nations Declaration on the Rights of Indigenous Peoples.

      “That was nice to see that eventually unfold and be recognized by the world.”

      Since then, Paulette has been involved with the Institute for Circumpolar Health Research and is now an adjunct professor at the University of Alberta’s School of Public Health. He has also travelled around the globe speaking to people about Indigenous and treaty rights, spiritualism, healing and environmental protection.

      “If this little token of, this Order of Canada can elevate my profile, I will continue,” he said. “My life in that way is not going to change, my work is not finished.”

      Paulette will be honoured by the Order of Canada at a ceremony in Ottawa later this year.

      https://www.cbc.ca/news/canada/north/francois-paulette-order-of-canada-1.5413265

  • Au Portugal, un projet minier qui laissera « l’équivalent d’un immeuble de 8 étages de déchets toxiques » fait polémique
    https://www.latribune.fr/la-tribune-dimanche/dans-le-monde/au-portugal-un-projet-minier-qui-laissera-l-equivalent-d-un-immeuble-de-8-
    (la photo montre la contestation d’un projet minier dans le nord du Portugal…)

    Un gigantesque projet d’exploitation prévu dans la région de l’Alentejo, dans le sud du pays, sème la discorde parmi les habitants en raison de son impact écologique et social.

    Attablé au café du village, Joaquim, un habitant du hameau de Silha do Pascoal (région de l’Alentejo, dans le sud du Portugal), prend plaisir à raconter les dessous de la culture du chêne, qui peuple des milliers d’hectares à la ronde. Comme beaucoup de ses voisins, l’homme d’une cinquantaine d’années a travaillé la majeure partie de sa vie dans la sylviculture. Célèbre pour ses chênaies, la région de l’Alentejo fournit au Portugal, le premier exportateur au monde de liège, 70 % de ses stocks.

    « Ici, la forêt a toujours donné du travail à beaucoup de gens, raconte-t-il. Il faut quand même avouer que les temps sont plus durs : à cause du changement climatique, il y a moins d’eau, par exemple. » Alors que la sécheresse frappe la région de façon chronique, l’usage de l’eau pour l’agriculture ou la consommation fait parfois l’objet de restrictions.

    #paywall

    • sur le sujet, en portugais
      Mina da Lagoa Salgada: o “veneno” da mineração volta a ameaçar Grândola | Ambiente | PÚBLICO
      https://www.publico.pt/2025/05/07/azul/noticia/mina-lagoa-salgada-veneno-mineracao-volta-ameacar-grandola-2131998

      Instalação da mina poderá levar ao abate de quase dois mil sobreiros e deixar para gerações futuras águas subterrâneas contaminadas e um enorme aterro de resíduos. Município e cidadãos estão contra.

      O “pesadelo” da extracção mineira está prestes a regressar aos concelhos de Grândola e Alcácer do Sal. O receio é quase unânime para um número crescente de organizações ambientalistas, agricultores, entidades públicas, autarquias e sobretudo das comunidades locais afectadas, que há décadas suportam a herança deixada pelas minas desactivadas do Lousal e da Caveira.

      Em causa está um projecto para exploração subterrânea de depósitos polimetálicos, comuns na chamada Faixa Piritosa Ibérica (FPI), para produzir concentrados ricos em metais base e preciosos. O projecto, que está em fase de Avaliação de Impacte Ambiental (AIA)​, é promovido pela Redcorp − Empreendimentos Mineiros, Lda, detida pela empresa Ascendant, com sede em Toronto, com o arranque da exploração planeado para o 2.º trimestre de 2027 e duração prevista de 11 anos.

      O site da empresa canadiana realça a importância do couto mineiro, um projecto “altamente promissor” que apresenta uma mineralização típica de zinco, cobre, chumbo, estanho, prata e ouro “de alto teor”, que apresenta “um amplo potencial de exploração tanto próximo aos depósitos quanto em alvos prospectivos de expansão ao longo da extensa concessão de 7209 hectares”.

      No final da exploração, estima-se que subsista um aterro com nove milhões de toneladas acumuladas de detrito tóxico numa área de 65 hectares, com uma altura entre dois a oito andares
      Guy Villax, associação Proteger Grândola

      As sondagens realizadas até 2021 na área prevista para exploração definem duas massas minerais: o jazigo norte e o jazigo sul, onde foi detectada a existência, respectivamente,​ de cerca de 13 milhões de toneladas com um teor de zinco equivalente de 8,5%, e cerca de 15 milhões de toneladas com um teor de 1,4% de cobre por tonelada de rocha extraída, segundo a informação citada no parecer da comissão de avaliação sobre a Proposta de Definição do Âmbito do Estudo de Impacte Ambiental (EIA).

      A mina da Lagoa Salgada, salienta a Ascendant,​ é uma “infra-estrutura excepcional”, com “uma entrada de baixo custo para uma oportunidade significativa de exploração e desenvolvimento e uma escala minerável e potencial de geração de fluxo de caixa.”

      Impactos cumulativos e «paisagem lunar»
      A análise do estudo prévio do EIA, contudo, realça um conjunto de impactos cumulativos, com «influência expressiva no território, implicando uma reconfiguração das condições ambientais e sociais da região». São expectáveis «impactes cumulativos positivos significativos» em termos socioeconómicos, mas também «impactos negativos significativos» para a biodiversidade e «pouco significativos» para a paisagem. É este último ponto que merece uma referência crítica na esmagadora maioria das cerca de 630 participações inscritas no âmbito da consulta pública sobre o EIA da mina da Lagoa Salgada, que terminou a 30 de Abril.

      O presidente da associação Proteger Grândola, Guy Villax, refere ao PÚBLICO que o projecto prevê a produção de 5151 toneladas por dia de rejeitados na sequência da extracção mineira − ou seja, cerca de 1.880.000 toneladas por ano. No final da exploração, “estima-se que subsista um aterro com nove milhões de toneladas acumuladas de detrito tóxico numa área de 65 hectares, com uma altura entre dois a oito andares.”

      O impacto visual que será deixado pelo aterro de rejeitados da mina da Lagoa Salgada, como acontece nas minas desactivadas do Lousal e Caveira, deixarão para as gerações futuras uma herança que se assemelha a uma paisagem lunar com efeitos que serão irreversíveis no meio ambiente.

      Contudo, o guião seguido pelo promotor do projecto e entidades públicas “segue um padrão para tentar convencer as populações dos “grandes benefícios da iniciativa” ao mesmo tempo que se esconde ou desvalorizam os efeitos negativos do projecto”.

      Barragem de rejeitados
      Grândola tem no seu território duas minas desactivadas, “com as consequências que todos conhecem”, escreveu a Associação de Agricultores de Grândola (​AAG) no seu parecer sobre o teor do EIA. As comunidades afectadas, frisam, “tinham obrigação de “estar vacinadas”, mas pelos vistos a dose de “veneno” não foi suficiente e parece caminhar a passos largos para um novo, enorme e irreparável disparate”.

      Além do aterro de rejeitados que serão produzidos na sequência da extracção mineira, a organização de agricultores alerta ainda para as lagoas de retenção de águas contaminadas, considerando-os “dois exemplos desse passivo e dos riscos que acompanharão Grândola nas próximas gerações”. Como efeito, a “possibilidade de rotura da parede do aterro de rejeitados, se sujeita a um fenómeno extremo de precipitação, é um risco real” cujas consequências “seriam devastadoras”, alerta a associação de agricultores.

      O estudo prévio do EIA reconhece que a barragem de rejeitados se enquadra “no nível superior de perigosidade que envolve substâncias perigosas, ressaltando as consequências para a saúde humana e para o ambiente”.

      A Faixa Piritosa Ibérica (FPI) representa a maior concentração de depósitos maciços de sulfuretos do mundo, formando um arco que atravessa Portugal e Espanha com cerca de 250 km de comprimento e 30 a 50 km de largura, segundo a Empresa de Desenvolvimento Mineiro (EDM)​. A FPI já “produziu mais de 1750 milhões de toneladas de minério maciço de sulfuretos e 2500 milhões de toneladas de reservas mineralizadas nos últimos cem anos, indica a EDM, dando uma ideia da dimensão da extracção.

      É na FPI que se localizam as Minas de Aljustrel, exploradas pela Almina, e de Neves-Corvo, explorada pela Somincor, actualmente em funcionamento, e também a região onde no passado estiveram em laboração várias dezenas de minas, entre as quais as Minas de São Domingos, Cercal e Lousal.
      Limitações no uso da água

      Os recursos hídricos que serão consumidos na actividade mineira são igualmente tema de preocupação da associação Proteger Grândola. O concelho, por estar inserido na rede hidrográfica Sado/Mira (RH6), integra “uma das regiões mais secas de Portugal”. Com as alterações climáticas que já se fazem anunciar, a região tem perdido precipitação desde o início deste século, e os cenários apresentados oficialmente para os próximos anos obrigam a equacionar limitações muito grandes no uso da água.

      Acresce que o único ponto de captação de água potável que abastece as populações das aldeias de Água Derramada e Cilha do Pascoal “situa-se no centro da área de intervenção mineira” observa, por seu turno, a associação Proteger Grândola. O EIA reconhece que “os impactes nos recursos hídricos ocorrerão de forma contínua ao longo de todas as fases do projecto e prevê-se que continuem a ser afectados durante um período temporal, mesmo após o encerramento da exploração mineira.”

      A documentação do EIA facultada para consulta pública, contudo, não é clara quanto à origem e a quantidade de água necessária para a operação da mina nas suas diferentes fases. Guy Villax fez as contas e concluiu que a mina “vai precisar entre um e dois hectómetros cúbicos de água para desenvolver a sua actividade”. Traçando um paralelismo com a água utilizada para consumo humano: em 2024, a empresa Águas Públicas do Alentejo, que assegura o abastecimento em alta do concelho de Grândola, “debitou 1,6 hm3”.

      Pressão sobre aquíferos
      A pressão cumulativa que a actividade mineira vai acrescentar sobre os recursos levanta a preocupação de se saber até que ponto o aquífero Tejo/Sado Margem Esquerda está em condições de responder ao aumento das solicitações. O presidente da Agência Portuguesa do Ambiente revelou no último fim-de-semana na Feira do Alentejo-Ovibeja que a reposição dos níveis piezómetros no aquífero, está a revelar-se em ano de forte pluviosidade, “muito lento”.

      O presidente da associação Proteger Grândola destacou um outro impacto que poderá vir a acontecer durante a extracção mineira. Embora a empresa RedCorp afirme que a captação no sistema aquífero profundo não interferirá com os sistemas intermédio e superficial utilizados pelas populações, “tal garantia tem de ser vista com cepticismo” adverte Guy Villax. Aliás, o próprio EIA admite que a “abertura de galerias subterrâneas de grandes dimensões alterará inevitavelmente os padrões hidrodinâmicos das águas subterrâneas”, ou seja, os fluxos naturais de circulação entre diferentes camadas do subsolo.

      Essa alteração “pode modificar gradientes de pressão, induzir fluxos verticais entre sistemas antes isolados e criar conexões hidráulicas inesperadas”. A presença de falhas geológicas, fracturas e mais de 100 perfurações realizadas ao longo dos últimos 30 anos pode comprometer a integridade das barreiras naturais entre aquíferos, favorecendo a migração de água (e eventualmente de contaminantes) entre os diferentes níveis”. Esta situação poderá conduzir ao rebaixamento do lençol freático, afectando a recarga natural e a disponibilidade de água por furos para consumo das populações e agrícola.

      Abate de quase 2 mil sobreiros
      O rebaixamento do lençol freático “impactará directamente a vegetação de raízes profundas, como o montado, comprometendo a sua sobrevivência e regeneração”, sobretudo em períodos de seca cada vez mais frequentes, observa o presidente da associação Proteger Grândola, denunciando outra das consequências nefastas para o montado: a destruição irreversível de montado.

      O projecto prevê a destruição de cerca de 73 hectares de montado, com o abate de quase dois mil sobreiros. A este propósito o EIA confirma que as áreas afectadas pela actividade mineira são as “mais importantes zonas de montado, pinhal e de sobreiro com coberto de matos, assim como as zonas de depressão interdunar e juncais. É nestas áreas que se encontram os habitats mais particulares e importantes, assim como maior diversidade ao nível de fauna e flora”. A remoção de vegetação estender-se-á por cerca de 90 hectares.

      A entidade promotora do couto mineiro propõe a arborização, com sobreiros e com pinheiros mansos na Herdade da Nogueirinha, em Grândola, numa área com 73 hectares. Os sobreiros a introduzir serão geneticamente modificados com resistência à Phytopthora, com uma densidade de 500 árvores por hectare, e ainda 125 árvores por hectare para o pinheiro manso, que serão enxertadas para rápida produção de pinhão. Assim, depois do olival e do amendoal, as culturas super-intensivas parecem chegar ao montado e ao pinhal.

      Município contra
      Reagindo ao teor do EIA a Câmara de Grândola divulgou em comunicado a sua posição sobre o projecto da mina da Lagoa Salgada: A autarquia considera que o documento apresenta “evidentes e significativos efeitos negativos para a população, território, paisagem e ambiente - comprometendo o desenvolvimento sustentável do concelho”.

      E após análise considera que o projecto “viola o Plano Director Municipal, ao ignorar zonas protegidas pela Estrutura Ecológica Municipal, ameaça recursos hídricos, coloca em causa a saúde pública, devido a poeiras, ruído e vibrações de explosões subterrâneas, destrói a biodiversidade e coloca em causa a qualidade de vida da população dos aglomerados rurais de proximidade, cujo desenvolvimento fica, também, seriamente comprometido”.

      Também a Assembleia Municipal de Grândola assumiu esta semana a sua oposição ao desenvolvimento do projecto da mina da Lagoa Salgada, por considerar que a sua concretização resulta em “claros prejuízos” para a totalidade do concelho, sobretudo as populações das localidades de Silha do Pascoal e Água Derramada, a área do território municipal mais próximo da eventual exploração mineira​.

  • Mines, Memory, and Migration on Bosnia’s Perilous Border

    For refugees and migrants trying to reach the EU from Bosnia, leftover landmines and border violence haunt the journey.

    The Rodriguez family peers into the lens under the harsh lighting of Havana International Airport. Stretching out his arm, Josue, dressed in a sharp light grey jacket and white shirt, takes a selfie with his wife, Adriana, and their two toddlers to document their final hours in Cuba. Though their faces are partially obscured by masks — as per the COVID-19 travel rules in May 2022 — all four appear to be smiling. Half a year later, thousands of miles away, they would be running panicked through dense Balkan forests, praying that the ground would not explode underneath their feet.

    In 2021, the world was still emerging from post-pandemic lockdowns and international travel remained limited, but in Cuba an exodus was beginning. Amid nationwide protests prompted by electricity blackouts and shortages of food and medicine, with anger compounded by decades of political repression, people were forsaking the country. Official statistics estimate that more than one million Cubans left during the 2021-2023 period, but some analysts put the figure even higher. Adriana had studied communications at university but abandoned dreams of being a journalist, unable to bear the prospect of producing propaganda for the government. “Cuba is a prison,” she says by video call from Spain. “I didn’t study for five years to tell lies.”

    Unlike most asylum seekers who usually enter Europe from the Mediterranean, the Rodriguezes were able to skip a few steps. Using a Schengen area transit visa, the family flew via Zurich into Serbian capital Belgrade, assisted by a now-defunct visa-free regime that allowed Cubans to stay in the country for up to 90 days. In 2023, Cuban nationals lodged more than 4,500 asylum applications in the European Union. Upon landing, the family requested asylum and were transferred to a nearby refugee camp. They waited several months for an interview, and their daughter started to learn some Serbian words. “We were ready to stay,” Josue said, “but one day, people in the camp told us that we had 15 days to leave the country.”

    Believing Serbia’s favorable policy toward Cubans was ending, the Rodriguez family joined a group of their compatriots and headed for the border, where they paid a local fisherman to carry them across the Drina River in a wooden boat and into Bosnia. They headed up to the northwestern frontier town of Bihać with a new destination — Spain. This would necessitate a series of attempts to clandestinely cross the 570-mile Croatian border, a practice now universally referred to by migrants as “the game.” But in the early stages of the game, they had not yet been told about the minefields littering their path.

    Aladin Bajraktarević from the Bosnia and Herzegovina Mine Action Center (BHMAC) strides into the hotel breakfast room in Bihać and starts laying out A4 printouts of maps, announcing: “You are six kilometers [3.7 miles] from the nearest mine!”

    It’s April 2025, and Bajraktarević points to aerial shots of villages ringed by red blotches signifying minefields. His next photo features a prominent red blotch — blood seeping out from a flock of sheep that had wandered over a mine. “When I show the maps during presentations on landmine awareness, sometimes people don’t listen.” The next photo he places on the table shows a mangled human corpse. “When I show them these, they pay attention. I tell them, ‘Your kids can end up like this.’”

    According to BHMAC, the last recorded landmine-related fatality in the Una Sana canton was in 2009, and the victim was a deminer. Since the end of the war in 1995, at least 615 people have been killed by landmines. BHMAC suspects there are at least 20,000 mines in Una Sana, a region stretching across the northwestern frontier with Croatia. Bakrajtarević has a team of 20 deminers, but recruiting new members is a struggle. The low monthly salary of around 700 euros ($790) for a scout, Bajraktarević says, is less than the waitresses serving breakfast earn.

    In the 1990s, this region was the scene of fierce battles between multiple armies, and years of shifting frontlines have bequeathed the landscape with a deadly legacy: the country’s highest concentration of landmines near residential areas. But it is in the deep forests and high mountain passes spanning the Bosnian-Croatian border that conceal many more. After the war, this landscape was an underutilized migration route, but in 2016, EU leaders sought to prevent hundreds of thousands of people from crossing from Greece to Western and Northern Europe. Militarized borders and violent pushbacks along the EU border slowly shifted the migration flow westward, and irregular arrivals into Bosnia jumped from around 755 in 2017 to more than 24,000 in 2018.

    Towns around Bosnia’s northern border with Croatia became epicenters for migrants, media, and humanitarian organizations. Maps were distributed, warning those crossing the border about the risk of landmines. In the spring of 2021, a Pakistani man was killed and several members of his group injured after walking into a minefield in Saborsko, a small town in Croatia several miles from the Bosnian border. No migrants have been reported killed by landmines in Bosnia, but Bajraktarević and his team regularly find scattered clothes and other detritus strewn around the minefields. Anecdotally, hunters tell him they see migrants entering forests, followed by sounds of muffled explosions. “Dead or Missing in the Balkans,” a Facebook group run by locals and volunteers, contains countless pleas from people whose loved ones were last seen leaving Bosnia, “going for a game.”

    The Rodriguezes were advised to follow a route into Croatia that ended near a church, some ruined buildings, and a bus stop. The progress was relatively easy until the first landmine sign plunged the group into dread. Still, they pressed on, walking all night until finally crossing the border where they were promptly captured by Croatian police. “They arrested us and made us sit in a completely sealed van for hours in the sun. They wouldn’t let us feed the children or let them go to the bathroom,” Adriana recalls.

    She also explains that the Croatian police searched their belongings and confiscated their telephones. “I confronted them and asked for it back, I was crying because we were going to get lost. Then a female officer put her face right next to mine and told me to leave or she’d hit me. I was holding my one-year-old baby in my arms.”

    Without any means of navigation, the Cubans were left stranded on the mountainside. “They just stood there yelling at us: ‘Go to Bosnia, go to Bosnia.’ I was afraid we would never find our way back.”

    Again, they walked through the woods under the signs warning of mines. “We saw many blankets, towels, empty water bottles, and clothes,” Adriana remembers. “I can’t say exactly where the minefield began or ended because we only saw signs on the trees, and they didn’t indicate the limits, like ‘it starts here’ or ‘it ends here.’ I’ve never felt so scared.”

    Fortunately, they encountered Nedžad, a local businessman, who was hunting in the forest. “They were exhausted, lost, with small kids in their arms,” he told us when we met up on the hilltops outside Bihać. Nedžad, who preferred not to give his surname, hosted the family for a few days while they regained their strength. A former soldier who spent the war fighting on various frontlines in the immediate area, he thought the family was lucky. “They had walked straight through the minefield.”
    Nedzad, a local businessman and veteran from the 1990s war in Bosnia, walks along the edge of a mine-suspected area near Lipa migrant camp (Maryam Ashrafi)

    A Moroccan asylum seeker now living in Italy sends us a video of his passage out of Bosnia a few years prior. Sunlight filters through the trees on which hang bright red signs with skulls and crossbones. Between heavy breathing, the man narrates in the Darija dialect of Arabic: “We arrived in Croatia, walking through paths of death,” he says. “May God protect and make it easy for each person walking these paths. I do not know if the Croats will take this video away or it will remain. Please God make it easy on us, please we are in the middle of the Croatian forest. We are in the middle of mines. Please God make it easy on us.”

    At a Bihać restaurant adorned with hunting paraphernalia, Ermin Lipović scrolls through photos of the bruised and battered migrants who emerge from confrontations with the Croatian border guards. Some cradle broken arms in slings, others lie motionless on stretchers with head stabilizers. Often, migrants pushed back from Croatia become stranded in the mine-riddled forests and may alert the police, who in turn will call Lipović to guide them to safety. In his fifties, wiry and alert, Lipović leads the local branch of the Mountain Rescue Service and braves harsh terrain and extreme weather to attend to lost hikers, farmers trapped under tractors and paragliders caught in tree branches. Since 2018, migrants are increasingly among the lost.

    “Sometimes you see mothers and fathers with little children,” Lipović shakes his head. “They have milk in their backpack and it’s frozen solid. No thermal clothing, nothing. Every time you go up the mountain, you don’t know who you will meet. I go quietly. Sometimes the smuggler says, ‘Don’t come here.’ I say, ‘OK, you’re going to Croatia, but please go that way instead!’

    Lipović thinks it probable that some have died from triggering landmines deep in the forest. “You have people here buried without a name,” he says, gesturing to the other side of Bihać. There the town’s main cemetery features a section for migrants with a dozen simple gravestones inscribed with the letters NN (from the Latin nomen nescio, or “I do not know the name”).
    In a corner of the Bihać cemetery, several tombstones for migrants and people found dead near the border are marked with the letters “NN” (Maryam Ashrafi)

    We drive southeast out of Bihać toward the largely uninhabited hamlet of Lipa. It was here in December 2020 that people were seen running from clouds of black smoke after the tented settlement hastily established to house migrants was incinerated in an unexplained fire. Months before, Europe’s biggest refugee camp on the Greek island of Lesbos had also gone up in flames. Its replacement — an isolated, heavily surveilled Closed Controlled Access Centre — would herald the EU’s new model of quasi-detention facilities for asylum seekers. In November 2021, local and EU officials opened Lipa amid great fanfare, with the regional head of the International Organization for Migration (IOM), Laura Lungarotti, announcing: “Today we are turning a tragedy into an opportunity.”

    Lipa lies at the end of a two-mile-long dirt track, with rows of metal warehouses and shipping containers dotted along a windswept hilltop surrounded by barbed wire fencing. The European Commission financed the construction of the camp with an initial €1.7 million ($1.9 million) with member states also contributing an additional €500,000 ($570,000) for a small detention facility inside. Sixteen miles away from the nearest town, Lipa is in the middle of nowhere or, to use a Bosnian term, a vukojebina — “a place where the wolves fuck.”

    We saw no wolves, though bears and lynx are known to roam nearby. A note written in Arabic and Farsi stuck on a portacabin at the camp’s entrance warns migrants of the hunting season in the surrounding hills. More arresting are the other signs a few hundred yards away behind the camp. Poking out of the trees, bright red and square, with a prominent skull and crossbones and white capital letters screaming “MINES!”

    The signs were placed there by Bajraktarević’s colleagues from the national demining agency. He says that BHMAC deem it a “mine suspected area,” meaning that there is a possibility that mines or unexploded ordnance may be present. Despite this, Bajraktarević says they have not been contacted by any authority or international organization since to completely clear the area.

    We were allowed into Lipa by the state Ministry of Security under the strict instructions that we did not take any photos or speak to any of the migrants inside. After a terse exchange in Bosnian with the camp manager, our friendly but nervous minder announced: “What I have to tell you is that I am not allowed to tell you all the information.”

    During our brief tour around the facilities, we learned that Lipa has the capacity for 1,500 single male asylum seekers but was currently 10% full. The nationalities included Moroccans, Algerians, Afghans, Palestinians, Egyptians, Syrians, Libyans, and Pakistanis. On average, people stay for 10 days with access to basic services: food, showers, hygiene items, and a visiting doctor. Curiously for such an isolated facility, there is no public transport connection and migrants are obliged to use private taxis, the same ones that also drive migrants to the Croatian border for grossly inflated fees. It is also common for those without funds to walk to the camp, crossing over terrain that the state demining agency believes may contain mines.

    “It’s a business, not just for smugglers but for taxi drivers,” says a humanitarian worker in Bihać, whose organization opposed the location of the camp from the beginning. “They pay 50 euros [$58.26] each for a taxi to Lipa from the border, they fit as many as they can. Everyone is using the opportunity to get money from them.”

    Landmine awareness sessions are conducted “from time to time,” according to our minder as “this area is potentially infested with mines.” “They could be there, but it is not 100%,” he continued, adding: “But it never happened over here that somebody stepped on a mine and activated it. We all know where those landmines, maybe, are. We know where the biggest fights happened during the war, so we’re not going there.”

    In a statement to Inkstick, the spokesperson for the EU delegation in Sarajevo, Ferdinand Koenig, said that the territory of the Lipa camp was confirmed as mine-free prior to its establishment and that this one was of the essential conditions demanded by the EU before committing to financing.: “In the vicinity of Lipa, there are zones which are classified as ‘suspected but not confirmed dangerous areas’ for mines,” Koenig added “The ongoing presence of marked warning signs several hundred meters from the camp serves as a precautionary measure to protect migrants and local communities, and this marking is regularly maintained and verified, including through periodic checks, by BHMAC.”

    Though Lipa is managed by Bosnian authorities, the IOM was the primary implementing agency involved in its establishment. In a statement to Inkstick, IOM spokesman Francois Lhoumeau said: “To ensure accuracy, IOM cross-checked the BHMAC digital platform, which provides real-time updates on mine-suspected zones in the country. The platform confirms that there are no mine-contaminated areas in the immediate surroundings of TRC Lipa.”

    When we stood behind the camp, the Suspected Mines app told us we were less than two miles from a mine. Lhoumeau also said: “Prior to the opening of TRC Lipa, BHMAC informed IOM that a limited number of signs would be installed as a precautionary measure. It is important to note that the actual mined area is located significantly farther north and does not pose a direct threat to either the residents or staff operating within the TRC Lipa perimeter.”

    Given their similarity, it is difficult to know the difference between signs that have been laid “as a precautionary measure” and those that warn of known minefields. But contradiction was a common theme throughout our inquiries. Many times, we were told with extreme confidence in one breath that an area had no mines, only to be told seconds later that if there are mines then there are not many, or if there are then they are probably inactive.

    Šuhret Fazlić, the former mayor of Bihać, whose tenure coincided with the establishment of Lipa, flatly denies the area is — or ever was — mined. “I am not aware of the signs,” he says, “but if they are there then it is because of the possibility that some unexploded ammunition could be there. Or there is a theoretical possibility that there are mines in some areas, so they [BHMAC] put up the signs to release themselves of the responsibility.”

    Back at Lipa, we managed to invite a middle-aged Algerian man outside for a brief chat. He wouldn’t comment much on the camp conditions or treatment by staff but hinted at tensions inside. “You have to watch your back, even the one sleeping next to you.” He confirmed that landmine awareness sessions are given. “They told us this area near Croatia is full of bombs.” Yet, like most migrants on the route, he is not blessed with many alternative options when his sole aim is to cross the border.

    Threats of a much higher order of magnitude are presented by the Croatian border guards, who have been accused in multiple journalistic and NGO reports of theft, destruction of property, intimidation, physical abuse including use of batons, tasers and knives, and sexual assaults, including against women and minors. “Some of them hit you and take your mobile phone,” the Algerian man explains. “Some of them treat you good, just leave you on the border, and tell you to go, but the majority — no good.”

    A Croatian interior ministry spokesperson told Inkstick that their officials maintain excellent cooperation with BHMAC and “the exchange of data and information on dangerous areas is an integral part of our cooperation and is ongoing.” Despite this, migrants apprehended by Croatian forces are routinely forced back into Bosnia, including to areas still rife with unexploded ordnance. If some still had possession of the phones, they could download an app developed by the UNDP called “Mine Suspected Areas,” which provides a map showing proximity to minefields. Reviews are generally negative, with users reporting bugs, inaccuracies, and incompatibility with iPhones.

    In one village near Velika Kladuša, where mine warning signs protrude from woods next to back gardens, the app suddenly blasts a warning tone. But when we conduct a site visit with BHMAC, while heavily armored deminers lumber around minefields nearby, the app stays silent. Bajraktarevic looks at the phone and frowns, admitting: “It’s not 100% accurate.”

    Up in the green undulating hills outside Velika Kladuša on Bosnia’s farthest northwestern tip, the stillness in the air is enforced by abandonment. Residential houses are shuttered and driveways empty, the families having long left for opportunities across Europe — Bosnia records one of the world’s highest per capita emigration rates, with around 1.7 Bosnians living outside the country. Among the fields stand dilapidated wooden barns and decaying concrete outhouses where migrants huddle before or after embarking on “the game.” In the squares of tiny towns and villages, groups of pushed-back migrants gather to figure out their next move.

    In Vrnograč we meet Abdikadir, a young Somali resting with his fellow travelers fresh back from an unsuccessful game and waiting for a ride back to Lipa. He was aware of minefields on the way to Croatia because he saw them: “Yeah, there are a lot of signs, but we have the leader, he knows the way.” With little power to choose on which path they are taken, Abdikadir suggests that smugglers may be forging routes through the minefields precisely to avoid detection. “If the smugglers see police, they will run into the forest.”

    In a nearby settlement, Ibrahim Džanić leans on the gate outside his bright green house, which stands atop a valley staring across into Croatia. A retired Lego factory worker, he spends his days admiring his sun-dappled lawn among the apple blossom, tending to his rows of hives, making honey, and contentedly listening to the “beautiful music” of the bees. But in recent years, the tranquil air has been punctured by screams at night. Džanić points towards a field. “Over there, that’s where they throw them in the river,” he frowns. “You see them walking past soaking wet.”

    Just as the locals have become used to the slow rhythm of rural life, and the presence of wartime landmines underfoot, the overbearing presence of their neighbor’s border guards, and their violent ejections of migrants have become a grim routine.

    “I see them when they patrol,” Džanić says. “They used to jump out of their car and run toward me, and then after a while they realized I’m just an old man walking my dog.” He narrows his eyes. “Gaza, Ukraine — I don’t watch the news anymore. The world comes past my door.”

    In 2021, after several weeks spent monitoring the forests, a team of journalists captured high-definition footage of masked Croatian border guards conducting illegal pushbacks of migrants into Bosnia, striking them with batons, and forcing them into a river. The Croatian government insisted it was an isolated incident and announced the suspension of three officers, only for them to be soon reinstated. With little enforcement by EU officials and without any obvious effective mechanism to prevent rights violations, villagers report that the border violence is business as usual. One farmer, who gave his name as Husejn, still sees bedraggled migrants returning from unsuccessful border crossing attempts. This year there are less, though in previous times there might be hundreds a day passing through.

    “They don’t deport them normally, they just leave them in the forest,” he says, looking over at a patch of freshly planted trees in the near distance. Our Suspected Mines app informs us we are half a mile away from a mine. “They bring them all the way there, beat them up, and break their phones. We can hear when they are screaming and begging for help. We couldn’t listen to that anymore. Can you imagine that someone brings you to some forest, does that to you and you have no idea what’s happening? Imagine what you can hear and how that feels.”

    Husejn has his own experience of negotiating perilous borders, having been stranded behind enemy Serb lines in the 1990s with the only way to cross back to base through a minefield. “I thought, either I get out of here, or I’m done.” Thanks to his Yugoslav People’s Army training, he identified the zigzag pattern of the trip wires and gingerly stepped through to safety. When he and his family returned after the war, the farmland was laced with mines. But Husejn took a proactive approach. “I found those mines, put them in the ground, lit a fire, and blew them up,” he chuckles mischievously. “Then the police came around and said, ‘You can’t do that.’”

    Husejn is skeptical whether migrants may encounter the same risks, speculating that the landmines around his house may no longer be active after 30 years of rain and snow and being pushed deeper underground, but he worries for other countries where they are being freshly laid. “Countries like Ukraine, they will have to go through what we did.”

    In 2023, fueled by raging conflicts in Syria, Afghanistan, and Ukraine, 5,757 casualties of landmines and explosive remnants of war (ERW) were recorded, 84% of them civilians. In 2025, citing security concerns stemming from shared borders with Russia, the governments of Finland, Estonia, Latvia, Lithuania, and Poland announced they would withdraw from the Ottawa Convention, an international treaty that aims to eliminate anti-personnel landmines.

    According to officials, at the start of 2025 around 1.6% of Bosnia was deemed “mine suspected,” down from 8.2% in the late 1990s. They estimate that to clear the remaining 800 kilometers (497 miles) in the next decade, around €30 million (around $34.9 million) will be required — a very tall order in the age of competing foreign policy concerns and punishing aid cuts. Meanwhile, Croatian officials say they intend to be declared mine-free in 2026.

    Through its military operation EUFOR, the EU supports Bosnia’s armed forces in demining and landmine awareness training. It is also one of the largest international donors for mine action, contributing more than €46 million ($54 million) of support for efforts including mine clearance and victim assistance. Other individual member states have also provided bilateral funding. But the figure is dwarfed by the amount allocated to border migration management, which, according to EU spokesperson Koenig, is nearly €150 million ($176 million) since 2018 alone. Meanwhile, in 2024, the EU recorded approximately one million asylum claims for the second year in a row.

    For its part, the Rodriguez family’s second attempt at leaving Bosnia was difficult. “My daughter saw trees and began to cry,” Adriana recalls.

    Over a six-week period, the Rodriguezes would walk back and forth across the Bosnian minefields three times. On their fourth try, they made it to Spain, where they now have a third child. But even safely settled, years on, the memories linger.

    “If I’m driving at night and all I can see is the countryside, I get very anxious. My chest hurts, my hands tingle, and I have trouble breathing. I feel like I’m on my way to crossing the border all over again,” Adriana says. “But we had no choice. It was that or return to Cuba.”

    https://inkstickmedia.com/mines-memory-and-migration-on-bosnias-perilous-border

    #mines_anti-personnel #migration #réfugiés #route_des_Balkans #Balkans #Bosnie #violence #frontières

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    ajouté à la métaliste sur la question de la présence de #mines_anti-personnel sur la #route_des_Balkans et les dangers pour les migrants qui essaient les traverser en passant par les #forêts...
    https://seenthis.net/messages/1130082