• VieillesForêts.com
    https://www.vieillesforets.com

    Ce site souhaite, sans prétention, apporter une autre perception des vieilles forêts, à travers l’expérience pyrénéenne.

    Il est totalement indépendant.

    C’est un portail d’expression pour tous ceux qui œuvrent de près ou de loin à la reconnaissance et à la protection des forêts âgées dans les Pyrénées, un milieu de vie proche de nous et pourtant méconnu.

    Habitant des Pyrénées et biologiste amateur, je suis passionné depuis plus de 20 ans par les vieilles forêts de nos montagnes.

    Les interactions que l’on y observe m’ont apporté une compréhension sensitive allant bien au delà de mes apprentissages naturalistes.

    #arbres #forets #admirer #protéger

    via reporterre

  • Tout ce qui est solide s’oxyde. À propos de la pyroconvection du capital fossile. Marius Bickhardt
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    "CO₂ : Ils appellent ça de la pollution, on appelle ça la vie”.

    L’été 2026 est passé de Charybde en Scylla, entre vagues de chaleur extrême et incendies dévastateurs. La célèbre métaphore accélérationniste du Manifeste du parti communiste d’après lequel, à l’ère capitaliste, “tout ce qui est solide se volatilise” prend désormais une acception littérale.

    À l’ère du Pyrocène, terme par lequel l’historien environnemental étatsunien Stephen Pyne désigne l’époque de la généralisation des méga-feux due au changement climatique d’origine anthropique, la métaphore chimique de la volatilisation cède le pas à celle de l’oxydation. Désormais, tout ce qui est solide - les arbres, les tourbières, les espèces vivantes - part en fumée, la crise climatique multipliant les risques de sécheresses et d’incendies. La dynamique de pyro-convection, par laquelle la chaleur dégagée par les feux monte vers le ciel en créant ainsi le vent même qui projette les incendies toujours plus loin, devient alors le chiffre même du capital fossile. Le procès d’accumulation, que Marx décrivait jadis non pas comme un cercle mais comme une “spirale”, rejette toujours plus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère en transformant ainsi le climat et le système météorologique. Ce faisant, il favorise des feux toujours plus fréquents et intenses. Avec l’alternance des extrêmes météorologiques due à la catastrophe climatique, l’air plus chaud de l’été transporte plus d’eau en créant des hivers plus humides qui favorisent la croissance de la biomasse. Celle-ci subira à son tour de fortes chaleurs au cours de l’été en devenant alors un potentiel combustible. Par conséquent, la combustion de la biomasse libère le carbone stocké en renforçant ainsi l’effet de chauffe tout en détruisant les puits écologiques. De la sorte, la frontière du feu va inéluctablement remonter vers le centre, le nord et l’Ouest de l’Europe centrale qui pourraient devenir une pyrorégion classée fire-prone.

    Pour l’heure, le mode de gestion dominant de la catastrophe repose sur l’interpellation et la responsabilisation des individus, incités à adopter des écogestes aussi nécessaires qu’insuffisants. De même qu’à l’époque de la pandémie de Covid 19, l’appel à la vaccination et à l’hygiène personnelle permettait de se passer subrepticement de solutions plus structurelles comme l’installation de filtres à air et la mise à l’arrêt de la déforestation favorisant les zoonoses pandémiques, les gouvernements se contentent d’interdire la vente de barbecue ou exhortent leurs citoyens à ne pas jeter leur mégots pour ne pas avoir à discipliner le capital fossile qui continue à émettre librement ou le capital immobilier qui construit à sa guise dans des zones à risque.

    Or un ”urbanisme soutenable” nécessiterait des habitations adaptées aux chaleurs extrêmes et éloignées des zones d’incendies, autant qu’une socialisation des forêts en tant que bien commun écologique. Comme le rappelle la géographe Pauline Vilain-Carlotti, il faudrait revenir à la structure concentrique de pare-feux naturels qui entouraient jadis les villages méditerranéens : qui entouraient jadis les villages méditerranéens : “Une première, qui abritait des jardins et des potagers,(...),une deuxième, où pâturaient les animaux d’élevage.(...) En troisième périphérie, il y avait l’espace de la silva, donc du sauvage. On avait donc une succession de différentes strates végétales, de hauteurs différentes, sans continuité de combustible”.

    L’absence de ces mesures constitue une façon nouvelle de nier la profondeur du problème. Comment la conjoncture actuelle s’inscrit-elle dans la longue histoire du déni climatique qui prend son essor aux États-Unis avant de s’exporter vers l’Europe ?

    #agnotologie #production_de_l'ignorance #production_de_la_confusion #pyrocène #méga-feux #climat #changement_climatique #crise_climatique #sécheresses #incendies #capital_fossile #capital_immobilier #économie #libre_entreprise #fondamentalisme_de_marché #scepticisme_climatique #déni_climatique #think_tanks #extrême_droite #économie_libertarienne #scientisme #réchauffement_climatique #forêts #urbanisme #écogestes #nationalisme_vert #éco-fascisme #politique_identitaire #écologie #Marius_Bickhardt

    • Au début du XXIᵉ siècle, ce modèle américain du déni climatique est exporté vers l’Europe, où il est approprié par les mouvements nationalistes et d’extrême droite. Des partis tels qu’Alternative für Deutschland (AfD) en Allemagne, Forum voor Democratie (FvD) aux Pays-Bas, le United Kingdom Independence Party (UKIP) ou Vox en Espagne intègrent le déni climatique dans des récits plus larges de ressentiment culturel et politique. Toutefois, le centre de gravité idéologique se déplace. Alors que le déni américain repose sur le libertarianisme du marché libre, ses variantes européennes se mélangent au nationalisme ethnique et à l’hostilité à l’égard de l’immigration. Cette convergence donne naissance à ce que les chercheurs décrivent comme le « nationalisme vert » ou l’"éco-fascisme", où la rhétorique écologique est instrumentalisée afin de justifier des politiques d’exclusion et défendre les populations « natives » contre des menaces supposées que représenteraient à la fois les migrants et la régulation environnementale.

      Ainsi, la mondialisation du déni marque la transformation d’un contre-mouvement corporatif en projet politique populiste. Né comme réaction de défense du capital fossile face à la régulation environnementale, le modèle négationniste américain fournit les outils institutionnels et rhétoriques qui seront ensuite mobilisés par l’extrême droite européenne. L’exportation du déni climatique à travers l’Atlantique montre comment la défense de la modernité fossile évolue d’un credo néolibéral de liberté de marché vers une politique identitaire de l’appartenance. Dans les deux contextes, toutefois, sa fonction demeure la même : préserver la légitimité sociale de l’accumulation carbone en déplaçant le consensus scientifique sur le terrain de la lutte idéologique.

    • Le marxisme écologique, Marius Bickhardt, Gauthier Delozière, Cannelle Gignoux, La Découverte, avril 2026

      Issu des marges du mouvement ouvrier et de l’#écologie_politique, le #marxisme_écologique est devenu l’un des foyers de la revitalisation du marxisme après la chute du bloc de l’Est. S’affirmant comme courant à la fin des années 1980, cette vaste entreprise exégétique, analytique et politique constitue désormais une ressource précieuse pour appréhender les catastrophes écosociales de l’Anthropocène. Cet ouvrage se donne pour objectif d’en présenter les principes fondamentaux.
      Il revient d’abord sur son émergence avant d’aborder les différentes relectures de l’écologisme de Karl Marx. Il s’attache ensuite à ses développements contemporains, depuis l’analyse des causes historiques du dérèglement planétaire en cours (#Capitalocène contre Anthropocène, capitalisme fossile, impérialisme écologique) jusqu’aux débats théoriques et stratégiques qui accompagnent l’aggiornamento environnemental de la théorie marxienne de l’émancipation (#État, #planification_écologique, #sujet_révolutionnaire).

      Intro et table des matières :
      https://www.calameo.com/read/0002150221e0cadad5f4f

      #livre

    • Introduction par Marius Bickhardt (Newsletter Diagramme)

      En France, la succession des vagues de chaleur, des épisodes caniculaires et des mégafeux a déjà transformé l’été 2026 en enfer climatique. Cette séquence expose une fois de plus la faillite des zélateurs d’une modernisation écologique du capitalisme : le Fonds vert est sous-financé, le plan de rénovation thermique des bâtiments a été assoupli et les moyens de lutte contre les incendies ont été affaiblis.

      Alors qu’en 2020 le signifiant flottant de cet échec politique était le manque de masques FFP2 face à la « guerre contre le virus », il s’incarne à présent dans une flotte de Canadair vétustes et inopérationnels, au cœur de la « guerre contre le feu ».

      Dans le même temps, l’extrême droite cherche à tirer son épingle du jeu en accusant l’« idéologie des extrémistes verts » (Valérie Déloge) ainsi que l’« écologie de la décroissance et de l’âge de pierre » (Jordan Bardella) d’être responsables des catastrophes en cours. Elle appelle à un grand plan de climatisation du pays, au renforcement du nucléaire ainsi qu’à une baisse des émissions obtenue par le rapatriement des industries, afin de « produire davantage en France, selon nos normes environnementales » (Bardella, 25 juin 2026).

      Ce faisant, elle transforme la structure idéologique du déni climatique. « Le défi climatique est réel et il est face à nous », affirme-t-elle désormais. Si le référentiel écologique est à présent pleinement intégré à la rhétorique du nationalisme vert portée par l’extrême droite française, le négationnisme climatique ne fait que changer de forme.

      Car climatiser sans remettre en cause la mobilité privée fossile, qui constitue l’un des facteurs majeurs des îlots de chaleur urbains ; augmenter la production d’énergie nucléaire sans tarir les sources d’émissions de carbone ; ou défendre les mégabassines sans s’attaquer aux causes structurelles de la raréfaction de l’eau revient à métamorphoser le déni plutôt qu’à le dépasser.

      C’est l’histoire longue du déni que nous avons explorée avec Naomi Oreskes. L’historienne états-unienne des sciences nous dresse le portrait de ceux qu’elle appelle les « marchands de doute ». Dans l’ouvrage phare qu’elle a coécrit avec Erik Conway en 2010, elle montrait comment, dès les années 1980, un petit groupe de scientifiques, étroitement liés par des intérêts idéologiques et économiques, s’était efforcé de minimiser les risques associés au tabagisme, aux pluies acides ou encore à l’hiver nucléaire. Sous l’administration Reagan, l’objectif était clair : il s’agissait de décrédibiliser la science et d’instiller le doute afin de justifier l’inaction politique. C’est ce qu’un sous-champ de l’histoire des sciences désigne désormais sous le nom d’« agnotologie », c’est-à-dire l’étude de la production socioculturelle de l’ignorance et du doute.

      L’agnotologie est l’étude de la production culturelle de l’ignorance. Elle s’impose comme un domaine essentiel de l’histoire et de la philosophie des sciences au début des années 2000. Inventé par l’historien des sciences Robert N. Proctor, le terme désigne la production systématique du doute, de la confusion et de la désinformation, en particulier dans les domaines où les connaissances scientifiques menacent des intérêts économiques ou politiques puissants. Dans Agnotology : The Making and Unmaking of Ignorance (2008), édité par Londa Schiebinger and Proctor, le concept est développé dans un cadre analytique qui remet en question l’hypothèse conventionnelle selon laquelle l’ignorance résulte simplement d’une absence de savoir. L’ignorance est alors comprise comme quelque chose d’intentionnellement produit, entretenu et diffusé : un artefact épistémique doté de fonctions politiques et sociales spécifiques.

      En partant de cette perspective, l’ignorance n’est plus l’antithèse de la connaissance, mais l’une de ses histoires compagnes. Elle est façonnée, distribuée, et exploitée par des dispositifs institutionnels, médiatiques, étatiques, et entrepreneuriaux. L’étude de cas de Proctor, la campagne menée par l’industrie du tabac pour “semer le doute” sur les risques sanitaires liés au tabagisme, illustre bien cette dynamique. Les entreprises ont stratégiquement exploité l’incertitude inhérente à la #recherche_scientifique, en présentant des débats provisoires comme s’ils révélaient un désaccord fondamental. En transformant la prudence scientifique en controverse apparente, ces campagnes de dénégation sont parvenues à paralyser l’action réglementaire et à retarder durablement les mesures de #santé_publique.

      Cette logique devient le modèle des formes ultérieures de déni climatique. L’industrie des combustibles fossiles, les think tanks conservateurs et les médias qui leur sont affiliés adoptent des techniques agnotologiques similaires pour entretenir le scepticisme à l’égard du #changement_climatique anthropique. Le déni, en ce sens, n’est pas un simple mensonge : il repose sur l’exploitation de l’incertitude épistémique, cette condition même qui rend la science ouverte, révisable et autocorrectrice. La production d’ignorance fonctionne alors comme une forme de contre-science : elle en imite les signes extérieurs — la rationalité, la rigueur, le débat — tout en en inversant la finalité, transformant l’incertitude d’un espace d’enquête en une arme politique.

      L’agnotologie invite les historiens et les philosophes à considérer l’#ignorance comme un phénomène historiquement situé et politiquement construit. Elle met en évidence la manière dont les pratiques épistémiques s’articulent aux structures de pouvoir et montre que le contrôle du savoir, y compris l’orchestration stratégique du doute, constitue désormais une dimension centrale de la gouvernance moderne.

    • Tout ce qui est solide s’oxyde. À propos de la pyroconvection du capital fossile. Marius Bickhardt (Newsletter 22, 20 août 2026, Diagrammes)

      L’été 2026 est passé de Charybde en Scylla, entre vagues de chaleur extrême et incendies dévastateurs. La célèbre métaphore accélérationniste du Manifeste du parti communiste d’après lequel, à l’ère capitaliste, “tout ce qui est solide se volatilise” prend désormais une acception littérale.

      À l’ère du Pyrocène, terme par lequel l’historien environnemental étatsunien Stephen Pyne désigne l’époque de la généralisation des méga-feux due au changement climatique d’origine anthropique, la métaphore chimique de la volatilisation cède le pas à celle de l’oxydation. Désormais, tout ce qui est solide - les arbres, les tourbières, les espèces vivantes - part en fumée, la crise climatique multipliant les risques de sécheresses et d’incendies. La dynamique de pyro-convection, par laquelle la chaleur dégagée par les feux monte vers le ciel en créant ainsi le vent même qui projette les incendies toujours plus loin, devient alors le chiffre même du capital fossile. Le procès d’accumulation, que Marx décrivait jadis non pas comme un cercle mais comme une “spirale”, rejette toujours plus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère en transformant ainsi le climat et le système météorologique. Ce faisant, il favorise des feux toujours plus fréquents et intenses. Avec l’alternance des extrêmes météorologiques due à la catastrophe climatique, l’air plus chaud de l’été transporte plus d’eau en créant des hivers plus humides qui favorisent la croissance de la biomasse. Celle-ci subira à son tour de fortes chaleurs au cours de l’été en devenant alors un potentiel combustible. Par conséquent, la combustion de la biomasse libère le carbone stocké en renforçant ainsi l’effet de chauffe tout en détruisant les puits écologiques. De la sorte, la frontière du feu va inéluctablement remonter vers le centre, le nord et l’Ouest de l’Europe centrale qui pourraient devenir une pyrorégion classée fire-prone.

      Pour l’heure, le mode de gestion dominant de la catastrophe repose sur l’interpellation et la responsabilisation des individus, incités à adopter des #écogestes aussi nécessaires qu’insuffisants. De même qu’à l’époque de la pandémie de Covid 19, l’appel à la vaccination et à l’hygiène personnelle permettait de se passer subrepticement de solutions plus structurelles comme l’installation de filtres à air et la mise à l’arrêt de la déforestation favorisant les zoonoses pandémiques, les gouvernements se contentent d’interdire la vente de barbecue ou exhortent leurs citoyens à ne pas jeter leur mégots pour ne pas avoir à discipliner le capital fossile qui continue à émettre librement ou le capital immobilier qui construit à sa guise dans des zones à risque.

      Or un ”urbanisme soutenable” nécessiterait des habitations adaptées aux chaleurs extrêmes et éloignées des zones d’incendies, autant qu’une socialisation des forêts en tant que bien commun écologique. Comme le rappelle la géographe Pauline Vilain-Carlotti, il faudrait revenir à la structure concentrique de pare-feux naturels qui entouraient jadis les villages méditerranéens : qui entouraient jadis les villages méditerranéens : “Une première, qui abritait des jardins et des potagers,(...),une deuxième, où pâturaient les animaux d’élevage.(...) En troisième périphérie, il y avait l’espace de la silva, donc du sauvage. On avait donc une succession de différentes strates végétales, de hauteurs différentes, sans continuité de combustible”.

      L’absence de ces mesures constitue une façon nouvelle de nier la profondeur du problème. Comment la conjoncture actuelle s’inscrit-elle dans la longue histoire du déni climatique qui prend son essor aux États-Unis avant de s’exporter vers l’Europe ? Telle est la question examinée dans notre entretien avec l’historienne des sciences Naomi Oreskes.

      L’histoire transnationale du déni climatique commence aux États-Unis, où l’industrie des énergies fossiles et les réseaux intellectuels conservateurs convergent pour contester le consensus scientifique sur le réchauffement climatique d’origine anthropique. Il apparaît à la fin des années 1980, précisément au moment où la coopération internationale sur le climat s’institutionnalise à travers le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Cette infrastructure négationniste combine lobbying industriel, actions de think tanks et mobilisation idéologique. Elle devient ensuite un modèle pour des campagnes similaires en Europe, où elle s’intègre aux nouvelles formes de politique d’extrême droite.

      Le George C. Marshall Institute, fondé en 1984 par les physiciens de la Guerre froide Robert Jastrow, William Nierenberg et Frederick Seitz, illustre les origines scientistes et autoritaires de ce mouvement. Initialement créé pour défendre l’Initiative de défense stratégique ("Guerre des étoiles") contre des critiques tels que Carl Sagan, l’institut réoriente rapidement son expertise de la Guerre froide vers la politique climatique. En 1989, il publie Global Warming : What Does the Science Tell Us ?, l’une des premières attaques organisées contre la science du climat. Ses fondateurs présentent l’environnementalisme comme une menace pour la sécurité nationale et la libre entreprise. Sous eux, la dissidence scientifique devient un réalisme patriotique. En mobilisant leur prestige scientifique, ils inaugurent ce que Naomi Oreskes et Erik Conway décriront plus tard comme la stratégie des "marchands de doute", transformant l’incertitude en inaction politique.

      Le Cato Institute, fondé en 1977 par Charles Koch et Ed Crane, prolonge ce projet en inscrivant le déni climatique dans la grammaire de l’économie libertarienne. À partir des années 1990, ses économistes et analystes soutiennent que la régulation climatique est incompatible avec la liberté économique. Le Center for the Study of Science de Cato, dirigé par Patrick Michaels, se spécialise dans la minimisation des relevés de température et les attaques contre les modèles climatiques. Cette approche insère le scepticisme climatique dans une critique néolibérale de l’intervention gouvernementale, transformant le débat scientifique en proxy de la défense du fondamentalisme de marché.

      Le Competitive Enterprise Institute (CEI), créé en 1984, constitue l’avant-garde militante de cette offensive idéologique. Soutenu par ExxonMobil, Koch Industries et d’autres acteurs du capital fossile, le CEI lance des campagnes médiatiques agressives contre les politiques climatiques et le Protocole de Kyoto. Son spot télévisé le plus célèbre, "CO₂ : Ils appellent ça de la pollution, on appelle ça la vie”, présente les gaz à effet de serre comme des symboles de prospérité et de liberté. Le CEI traduit ainsi les principes libertariens en rhétorique populiste, présentant les climatologues et les régulateurs environnementaux comme des élites cherchant à restreindre l’autonomie individuelle.

      Le Heartland Institute, également fondé en 1984, consolide le réseau négationniste durant les années 2000. D’abord centré sur la promotion des idées du marché libre, il devient le principal carrefour du scepticisme climatique organisé grâce à ses International Conferences on Climate Change, qui réunissent scientifiques contrariens, lobbyistes et responsables politiques. Heartland diffuse des rapports pseudo-scientifiques imitant les publications du GIEC et les envoie à des journalistes et décideurs, normalisant ainsi le langage du "débat" autour d’une science pourtant établie. Dans les années 2010, il permet à de vastes liens transatlantiques de se former avec des partis et think tanks européens de droite radicale, facilitant la circulation de récits négationnistes à travers l’Atlantique.

      L’Atlas Network, fondé en 1981 sous le nom Atlas Economic Research Foundation par l’entrepreneur britannique Antony Fisher, devient un vecteur transnational crucial qui relie toutes ces organisations. Basé à Arlington, en Virginie, Atlas se présente comme une organisation à but non lucratif promouvant la "liberté et un gouvernement limité", mais fonctionne comme une plateforme mondiale de coordination regroupant plus de 500 think tanks de marché libre dans plus de 100 pays. Par des programmes de formation, des conférences et des subventions ciblées, Atlas fournit une infrastructure idéologique et logistique aux groupes qui militent pour la déréglementation et qui s’opposent aux politiques environnementales et climatiques. Dans les années 1990 et 2000, il reçoit des financements d’ExxonMobil et du réseau Koch, et collabore étroitement avec le Heartland Institute, le CEI et Cato. Ces connexions contribuent à exporter les stratégies américaines de "doute fabriqué" — transformant l’incertitude scientifique en controverse politique — vers d’autres contextes nationaux. Des think tanks affiliés en Europe, tels que l’Institute of Economic Affairs au Royaume-Uni, le Hayek Institut en Autriche ou Timbro en Suède, adoptent des narratifs similaires, présentant les politiques climatiques comme des attaques contre la liberté économique et individuelle. Ainsi, Atlas agit comme une infrastructure transnationale du déni climatique, promouvant une politique culturelle contre toutes formes de régulations qui résonne autant avec les mouvements néolibéraux qu’avec l’extrême droite.

      La campagne institutionnelle contre la science du climat s’intensifie après la création du GIEC en 1988. Dès 1989, Exxon cherche à "semer le doute sur les conclusions scientifiques concernant sa contribution présumée à l’effet de serre", tandis qu’un consortium multinational d’entreprises d’énergies fossiles, la Global Climate Coalition, conteste ouvertement la nécessité de réduire les émissions. La même année, le rapport du Marshall Institute marque le début d’une stratégie coordonnée de fabrication du doute. Le collectif suédois Zetkin théorise cet ensemble d’organisations comme un "appareil idéologique d’État du déni climatique", empruntant le concept d’appareil idéologique d’État (AIE) à Louis Althusser. Ce concept décrit un système d’institutions et de pratiques qui reproduit l’idéologie dominante. Dans ce cadre, le déni climatique opère comme le complément idéologique du concept de capital fossile d’Andreas Malm, et constitute le mécanisme discursif par lequel le capitalisme fossile se légitime.

      D’un point de vue marxien, cet appareil fonctionne selon les trois niveaux de l’idéologie décrits par Marx : comme un ensemble d’idées dominantes au sein d’une formation sociale ; comme des idées de la classe dominante définissant ce qui relève du sens commun ; et comme des idées à travers lesquelles s’exerce la domination. L’originalité de l’interprétation du Zetkin Collective réside dans l’accent qu’il porte sur la dimension performative de l’idéologie négationniste. Plutôt que de simplement justifier le capitalisme fossile, elle produit délibérément l’ignorance et la confusion à propos des risques environnementaux, permettant la poursuite de l’expansion des infrastructures extractives dans un contexte de controverse publique.

      Au début du XXIᵉ siècle, ce modèle américain du déni climatique est exporté vers l’Europe, où il est approprié par les mouvements nationalistes et d’extrême droite. Des partis tels qu’Alternative für Deutschland (AfD) en Allemagne, Forum voor Democratie (FvD) aux Pays-Bas, le United Kingdom Independence Party (UKIP) ou Vox en Espagne intègrent le déni climatique dans des récits plus larges de ressentiment culturel et politique. Toutefois, le centre de gravité idéologique se déplace. Alors que le déni américain repose sur le libertarianisme du marché libre, ses variantes européennes se mélangent au nationalisme ethnique et à l’hostilité à l’égard de l’immigration. Cette convergence donne naissance à ce que les chercheurs décrivent comme le "nationalisme vert" ou l’"éco-fascisme", où la rhétorique écologique est instrumentalisée afin de justifier des politiques d’exclusion et défendre les populations "natives" contre des menaces supposées que représenteraient à la fois les migrants et la régulation environnementale.

      Ainsi, la mondialisation du déni marque la transformation d’un contre-mouvement corporatif en projet politique populiste. Né comme réaction de défense du capital fossile face à la régulation environnementale, le modèle négationniste américain fournit les outils institutionnels et rhétoriques qui seront ensuite mobilisés par l’extrême droite européenne. L’exportation du déni climatique à travers l’Atlantique montre comment la défense de la modernité fossile évolue d’un credo néolibéral de liberté de marché vers une politique identitaire de l’appartenance. Dans les deux contextes, toutefois, sa fonction demeure la même : préserver la légitimité sociale de l’accumulation carbone en déplaçant le consensus scientifique sur le terrain de la lutte idéologique.

      https://shop.entremonde.net/rupture/68-tout-ce-qui-est-solide-se-volatilise-marshall-berman.html

      https://www.ucpress.edu/books/the-pyrocene/paper

      https://www.newstatesman.com/international-politics/climate-international-politics/2026/08/welcome-to-the-pyrocene

      https://theconversation.com/incendies-2022-comprendre-la-dynamique-des-feux-en-europe-grace-aux

      https://www.versobooks.com/products/1959-planet-of-slums

      https://www.nouvelobs.com/ecologie/20260713.OBS116633/pourquoi-la-france-est-aussi-vulnerable-aux-incendies-nous-sommes-prisonn

      (ce texte nécessiterait un seen spécifique mais il n’est pas possible de ne citer qu’un extrait car il n’est pas disponible en ligne)

      edit j’ai finalement touvé la version en ligne :-)
      https://us16.forward-to-friend.com/forward/preview?u=84965d21d1ed50ffea9d4c6c9&id=6c751936a3

      #production_de_l'ignorance #production_de_la_confusion #pyrocène #méga-feux #climat #changement_climatique #crise_climatique #sécheresses #incendies #capital_fossile #capital_immobilier #économie #libre_entreprise #fondamentalisme_de_marché #scepticisme_climatique #déni_climatique #think_tanks #extrême_droite #économie_libertarienne #scientisme #réchauffement_climatique #forêts #urbanisme #nationalisme_vert #éco-fascisme #politique_identitaire #Marius_Bickhardt

  • La #France sous les flammes : la faillite criminelle du #néolibéralisme

    La France brûle, et nos dirigeants ne font qu’aggraver une situation qu’ils connaissent pourtant parfaitement. Sont-ils totalement irrationnels ? Non, répond cet éditorial, ils appliquent juste le #dogme_néolibéral qui nous entraîne dans l’abîme.

    Nos dirigeants sont-ils devenus totalement irrationnels ? Sinon, comment expliquer qu’ils s’acharnent à faire l’inverse de tout ce que les scientifiques recommandent ? Pourquoi, alors que les rapports sur les catastrophes climatiques à venir s’empilent sur leurs bureaux depuis des décennies, font-ils tout pour ne pas nous protéger de ces cataclysmes ?

    Si on leur fait crédit d’une certaine capacité de raisonnement, une autre hypothèse serait celle de l’#aveuglement_dogmatique. Ce que viennent souligner les #canicules et #incendies catastrophiques de l’été 2026, c’est l’#échec patent du néolibéralisme que nos élites pratiquent assidûment.

    Commençons par le constat. Les meilleurs climatologues du monde préviennent, via le Giec notamment, de la forte hausse des risques d’incendies, partout en Europe, liée au #changement_climatique. On sait que l’augmentation des canicules et sécheresses accroît fortement les risques de feux.

    Une politique d’#anti-adaptation

    Pourtant, on ne cesse de planter et replanter des #monocultures de #résineux, plus rentables que de vraies #forêts mais que l’on sait être ultra-inflammables.

    Pourtant, l’#Office_national_des_forêts, chargé d’entretenir et protéger nos forêts, notamment contre les incendies, a perdu 40 % de ses effectifs entre 2000 et 2022, et le gouvernement ne cesse de menacer de nouvelles coupes dans les effectifs.

    Pourtant, en 2024, le Premier ministre Gabriel Attal supprimait le #budget qui aurait permis d’acheter deux #Canadair supplémentaires.

    Pourtant, sur les 16 nouveaux Canadair promis par Emmanuel Macron après les incendies dévastateurs de 2022, seuls 4 ont été commandés, et seront livrés avec beaucoup de retard.

    Les Services départementaux d’incendie et de secours sont au bord de la rupture et les départements alertent en vain depuis des années sur le manque de #moyens.

    Le bilan est tout aussi accablant concernant les canicules. La France a déjà subi quatre vagues de chaleur extrême en 2026 ; les scientifiques alertent depuis des années sur la multiplication de ces évènements, mais nous ne nous y sommes pas préparés.

    En juin, le Haut Conseil pour le climat taclait sévèrement le retard de la France, par exemple dans l’isolation des bâtiments, et des budgets pour les politiques écologiques qui sont coupés drastiquement alors même qu’il faudrait les augmenter rapidement.

    Encore plus surréaliste : le gouvernement agit pour aggraver notre vulnérabilité. En pleine canicule du mois de juin, nos dirigeants ont décidé de remettre sur le marché locatif les pires #passoires_thermiques, où étouffent les locataires les plus précaires. En pleine sécheresse extrême, la loi d’urgence agricole, surnommée « nouvelle #loi_Duplomb », prévoit d’augmenter l’#accaparement_de_l’eau par l’#agro-industrie.

    La fuite en avant du #néolibéralisme_zombie

    Pourquoi cet acharnement à foncer dans le mur ? « Parce que nos dirigeants sont prisonniers d’un modèle », répond l’économiste Cédric Durand, coauteur de Comment bifurquer. Les principes de la planification écologique (ed. Zones, 2024).

    « La France est coincée dans ce que l’on appelle le néolibéralisme zombie. La croyance qu’il faut toujours baisser le coût du capital, baisser le coût du travail, taxer moins, et que c’est ça qui va produire de la #croissance et du PIB. On fait toujours ce pari alors que la période où cela pouvait fonctionner est révolue — si ça a fonctionné un jour », dit-il.

    Le terrible bilan politique énuméré ci-dessus répond à deux logiques propres au néolibéralisme : un affaiblissement massif des #services_publics et une foi inébranlable placée dans les vertus du #marché, qu’il convient de déréguler autant que possible. Via ces politiques, la finalité de l’État est de permettre au capital d’accumuler toujours plus de richesse.

    Au nom de l’#austérité_budgétaire, et du refus catégorique de taxer davantage le capital ou les plus hauts revenus, le gouvernement coupe les budgets publics partout où cela n’est pas jugé favorable au marché. Or, le changement climatique ne répond précisément pas aux logiques de marché.

    « En Gironde, je suis sûr que les entreprises auraient aimé que l’État dépense plus pour l’achat de Canadair. C’est le paradoxe du capitalisme qui veut payer toujours moins de taxes mais réclame ensuite que l’État le protège », dit Cédric Durand.

    Nous touchons là à ce que l’économiste marxiste James O’Connor appelait « la seconde contradiction du capitalisme ». Celui-ci, pour se développer, doit exploiter toujours plus les ressources naturelles et les écosystèmes, mais il détruit, ce faisant, ses propres conditions d’existence. Il en vient donc, autre contradiction, à appeler l’État à l’aide, ce dernier s’étant pourtant volontairement affaibli et ayant détruit ses services publics, au nom du soutien au capital.

    Derrière la stratégie néolibérale, c’est le moteur fondamental du capitalisme qui est en jeu : il lui faut accumuler toujours plus de capital dans une course infernale et complètement irrationnelle.

    « Cette tendance à élargir sans cesse les domaines d’#accumulation_du_capital, et les sources de profit, par exemple à de nouvelles dimensions de la nature comme les gènes et les microorganismes, est vitale pour le capitalisme. Il meurt s’il arrête », souligne l’économiste Hélène Tordjman, autrice notamment de La croissance verte contre la nature (éd. La Découverte, 2021).

    « Je m’interroge sur la vision de nos élites qui persévèrent dans cette voie. C’est une #rationalité de très #court_terme, qui vise à accumuler très vite jusqu’à la catastrophe, et après moi, le déluge », dit-elle.

    Pour la chercheuse, l’hypothèse d’un aveuglement dogmatique de nos dirigeants n’est pas suffisant. L’accumulation des catastrophes ces dernières années est telle qu’elle aurait dû faire éclater n’importe quelles œillères idéologiques. Si l’on continue de foncer dans le mur, ce serait donc en toute connaissance de cause.

    « On est dans une logique d’intérêt de classe bien comprise, d’une classe dominante qui s’est autonomisée, et qui assume que seuls les plus puissants et les plus forts pourront survivre et vivre dignement », dit Hélène Tordjman.

    Le milliardaire étasunien Warren Buffet le disait déjà en 2006, dans une célèbre formule : «  Il y a une #guerre_des_classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner . »

    De guerre des classes à guerre contre l’ensemble du vivant

    Rien de nouveau sous le soleil ? Sauf que la séculaire guerre des classes est devenue, dans l’Anthropocène, une guerre contre l’ensemble du vivant, qui ne menace plus seulement l’essentiel de la population d’#exploitation mais de #destruction. En toute connaissance de cause.

    « Si nous persistons dans cette voie, l’avenir de notre espèce est sombre », alertaient déjà plus de 1 000 scientifiques français dans une tribune en 2020, qui dénonçait « l’inconséquence et l’#hypocrisie de politiques […] promouvant un #consumérisme débridé et un libéralisme économique inégalitaire et prédateur ».

    Six ans plus tard, le pays est à sec tandis que l’on prévoit de multiplier les #mégabassines pour l’agro-industrie, les forêts brûlent tandis que les #pompiers épuisés sont en manque d’effectifs et les budgets des politiques environnementales fondent comme neige au soleil.

    « Nous avons besoin de transformations structurelles, capables de penser au temps long que les mécanismes de marché sont incapables de prendre en compte », dit Cédric Durand. Pour y parvenir, l’économiste propose de nombreux outils de planification dans son ouvrage, à l’instar de nombreux penseurs des mondes postcapitalistes.

    Reste à trouver le moyen d’opérer la bascule. Un prérequis semble être de savoir nommer les responsables. Lorsque nos dirigeants néolibéraux apportent sous un cynisme à peine voilé leur solidarité aux victimes des incendies, ils méritent plus que jamais leur étiquette de #pompiers_pyromanes.

    https://reporterre.net/La-France-sous-les-flammes-la-faillite-criminelle-du-neoliberalisme
    #incendie #incendies #feu #feux #rationalité #irrationalité

  • JO d’hiver 2030 : les atteintes à l’environnement planifiées par le comité d’organisation

    Défrichements de zones forestières, #terrassements, artificialisations, et des #remontées_mécaniques hors du temps, le comité d’organisation des JO d’hiver 2030 envisage de dégrader durement la #montagne pour le business du #ski.

    « Je ne comprends pas comment on peut sacrifier un site pareil », se désole Anna*, habitante pendant vingt-cinq ans des #Confins, le plateau censé accueillir le « #pôle_nordique » des JO 2030, sur les hauteurs de #La_Clusaz (Haute-Savoie). Ça me dépasse, ça m’atteint profondément. Je suis heurtée par ce qu’ils projettent d’y faire. »

    Sur un plan de masse du futur site, on mesure l’étendue des #travaux projetés. Les #pistes_de_ski courent le long de la zone #Natura_2000 des combes des #Aravis, puis descendent vers le futur #stade, sa tribune de 1 500 places, les différentes « #surfaces_JO » – sport, fédération internationale, famille olympique, médias, organisation, parking. Des triangles et des ronds signalent aussi un peu partout sur ce plan la présence d’oiseaux, de crapauds, d’écureuils roux, de vipères aspics, et l’Azuré du serpolet, un papillon présent dans la zone, comme dans plusieurs #zones_humides.

    Sur ce site, des terrassements colossaux sont prévus notamment pour la « sécurisation du réseau de #neige » – l’approvisionnement en #eau de plusieurs dizaines de #canons_à_neige – par un circuit souterrain possiblement relié à l’une des #retenues_d’eau du #domaine_skiable. La facture des travaux, estimée en décembre 2025 à 13,5 millions d’euros, pourrait encore grimper avec l’ajout récent sur ce site des épreuves paralympiques de ski de fond et de biathlon, le centre nordique existant ne disposant ni de pas de tir ni d’équipements adaptés au #handicap.

    Vendredi 19 juin, le bureau exécutif du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (#Cojop) des #Alpes_françaises 2030 a validé sa carte des sites, et la localisation de ses quatre grands pôles : la glace à #Lyon, le freestyle à #Briançon (Hautes-Alpes), l’alpin à Val-d’Isère et à #Courchevel (Savoie), et le nordique au #Grand-Bornand et à La Clusaz (Haute-Savoie) en vue de sa présentation à la 146e session extraordinaire du Comité international olympique (CIO) à Lausanne (Suisse), mercredi 24 et jeudi 25 juin. Mais c’est lors de l’assemblée générale du Cojop que ces décisions doivent être adoptées, le 29 juin.

    Des terrassements considérables

    La première version de la #feuille_de_route_environnementale élaborée par le Cojop et le secrétariat général à la planification écologique (SGPE), le 13 avril 2026, promet de « limiter l’#empreinte_environnementale des jeux » et de « minimiser l’impact des aménagements des pistes sur les espaces naturels ». Mais elle intègre déjà une possible « #compensation_volontaire » de ces dégâts, « via des projets locaux de conservation et restauration d’écosystèmes » à hauteur de 100 hectares.

    Dans un avis récent, le groupe régional d’expertise sur le climat (Grec) Alpes-Auvergne alerte sur les effets des JOP 2030 dans le contexte « d’un environnement montagnard déjà fragilisé par le réchauffement climatique auquel les émissions de gaz à effet de serre liées aux JOP contribuent ». Et sur la faune et flore « déjà sous pression » notamment du fait de la fréquentation humaine accrue.

    Dans sa feuille de route, le Cojop annonce vouloir réutiliser à hauteur de 90 % des #infrastructures existantes « pour les sites de compétition », et aussi limiter à 30 hectares l’artificialisation « sur l’ensemble des projets pérennes ».

    Mais certains « points d’attention » révèlent sa parfaite connaissance des atteintes à l’environnement les plus sévères : « potentiel terrassement à La Clusaz », « parkings éventuels à #Montgenèvre », « nouvelle piste impliquant défrichement à Montgenèvre », « impact pour les prairies permanentes et les #forêts et la #biodiversité de l’aménagement des fronts de neige ».

    À Montgenèvre (Hautes-Alpes), station du Briançonnais, 3,2 hectares de mélèzes de la #forêt du Prairial doivent en effet être défrichés pour y créer des pistes de snowboardcross et de skicross nécessitant un parcours de bosses et de virages relevés. « Il n’y a rien, il faut créer ces pistes de toutes pièces, ça implique des terrassements considérables, après ce déboisement », commente un membre du Collectif citoyen JOP 2030.

    Absence d’enquête environnementale

    L’ajout d’épreuves de ski-alpinisme, plus en altitude, sur le massif du #Chenaillet, à partir du site du rocher de l’Aigle, inquiète aussi les associations qui portent un projet de protection de la zone depuis quarante ans, et poussent à son classement en réserve naturelle régionale (RNR).

    « C’est un site géologique mondialement connu, ce n’est pas une bonne idée de faire du ski-alpinisme sur ce site », déplore Bernadette, habitante de la commune voisine de Cervières.

    « Il y a des laves en coussins dans un état extraordinaire, comparables à ce que l’on peut observer à 2 400 mètres sous l’océan Atlantique, et tout le cortège de roches qui l’accompagne, explique Claude Rémy, de l’association Arnica Montana. Mais vous y trouvez aussi des plantes protégées, endémiques comme l’Aethionema de Thomas, une petite plante extrêmement rare, et des lichens. »

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    Des maires des JO sous l’œil de la justice

    #Xavier_Mattis, le maire de Val-d’Isère, dont la commune accueillera les épreuves techniques de ski alpin, a vu son élection invalidée par le tribunal administratif le 22 mai. Son entreprise, la SARL #L’Avalain, étant chargée du déneigement de Val-d’Isère, par contrat renouvelé depuis 2020, il n’avait pas le droit de se présenter – en vertu de l’article L231 du Code électoral. Il a fait appel, le 23 juin, en annonçant crânement avoir « posé un genou à terre mais pas deux ».

    #Jean-Luc_Boch, le maire de La Plagne-Tarentaise, et président de l’association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM), lui aussi concerné par d’importants travaux liés aux JO (ascenseur valléen, et piste de bobsleigh), fait l’objet d’une enquête judiciaire pour « #prise_illégale_d’intérêts » entre les mains d’une juge lyonnaise après une plainte d’Anticor. Son entreprise, #Boch_et_Frères, a aussi déneigé La Plagne jusqu’en 2016, mais le maire a surtout introduit un promoteur, #Pelletier, acheteur de terrains à la mairie, en 2017, pour une opération immobilière, #Lodges_des_Alpages, dont Boch et Frères a effectué le terrassement. Il est présumé innocent.

    #Jean-Yves_Pachod, le maire de Courchevel, haut lieu de la future compétition, s’est vu reprocher par la chambre régionale des comptes la mise à disposition irrégulière d’un véhicule par l’office du tourisme. Plus récemment, des investigations sont en cours à la suite du déclassement du rez-de-chaussée du bâtiment de l’office du tourisme, en cœur de la station, afin de le louer à un bijoutier, représentant exclusif de la marque Rolex. Dans ce dossier, la brigade de recherches de Chambéry a perquisitionné la mairie et l’office du tourisme en décembre.

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    880 espèces de #plantes dites supérieures y ont été inventoriées. Sans être « opposé par principe aux JO », le scientifique demande « la protection urgente » du #Chenaillet. Il s’étonne aussi de l’absence d’enquête environnementale s’agissant du défrichement de la #forêt_du_Prairial qui héberge « une chouette forestière protégée », la #chouette_de_Tengmalm.

    Au nord de Briançon, sur le domaine skiable de #Serre-Chevalier, la future piste de ski à bosses est aussi « à construire entièrement », sur des zones boisées.

    Un « Monopoly » géant

    Le « Monopoly » géant auquel se livre le Cojop sur la montagne ne fait que commencer. Trois maires des stations emblématiques de La Plagne, Courchevel et Briançon poussent des projets d’#ascenseurs_valléens, respectivement chiffrés à 101, 74,8 et 26 millions d’euros.

    À Briançon, le maire a convaincu le Cojop d’installer un #village_olympique au #fort_des_Trois_Têtes, une fortification militaire du XVIIIe siècle à l’abandon – sans eau, ni éclairage ni aucun réseau. Ce fort a été inscrit parmi les réalisations de Vauban sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 2008.

    Initialement évaluée à 295 millions, désormais « réduite » à 133 millions d’euros, cette opération immobilière hors norme vise à réhabiliter puis à commercialiser, en logements, commerces et hôtel, 17 000 mètres carrés de plancher sur un périmètre de 41 hectares entourés par 4,5 kilomètres de remparts à entretenir, en y incluant une usine abandonnée située en contrebas.

    Estimé à 51,84 millions d’euros, le village des athlètes promet de peser lourd aussi en Haute-Savoie, à #Saint-Jean-de-Sixt, à 3 kilomètres de La Clusaz. Mais un bâtiment de 41,67 millions d’euros sera aussi construit au #Grand-Bornand, à 3 kilomètres de là, pour y être mis à disposition du Cojop. Si l’on ajoute un « #pôle_indoor » prévu au village de La Clusaz, pour 21,7 millions, l’addition qui s’élève à 115 millions construits en dur place le département au niveau de ses voisines.

    En Savoie, 78,5 millions d’euros doivent être investis pour le futur village olympique de #Bozel, qui n’accueillera finalement que les athlètes du site de Courchevel, situé à 18 kilomètres – les épreuves techniques de ski alpin ayant échappé à Méribel au profit de #Val-d’Isère. Mais en Savoie, des fonds importants sont aussi prévus pour la remise à niveau de la piste de bobsleigh de La Plagne, soit 43 millions d’euros, et une prolongation du tremplin de saut à ski de Courchevel, pour 43,6 millions d’euros.

    Le fait accompli

    Ce ruissellement de #fonds_publics au prétexte des JO est ouvertement attendu par certains maires pour soutenir la #promotion_immobilière dans leurs stations. Pour la population, c’est encore l’incertitude, notamment sur la réelle contribution des communes. L’information n’a été donnée qu’au compte-goutte, et des consultations débutent, selon des modalités diverses et variées, au moment où les appels d’offres sont déjà passés.

    Constatant les « démarches lancées en parallèle, voire en amont », le Grec Alpes-Auvergne pointe aussi le « risque évident » de voir la feuille de route environnementale « établie pour tenir compte du fait accompli plutôt que pour permettre aux décideurs en charge d’en intégrer les préconisations dans leurs prises de décisions et initiatives ».

    Après avoir été assignée par plusieurs ONG devant les juridictions administratives pour lui enjoindre « d’organiser une mesure de participation du public », la #Société_de_livraison_des_ouvrages_olympiques (#Solideo) a saisi d’elle-même, le 22 avril, la Commission nationale du débat public (CNDP) pour qu’elle désigne des garants de plusieurs « concertations préalables » : pour l’aménagement du site de ski de fond de La Clusaz, le projet d’ascenseur valléen de La Grande Plagne et l’aménagement du site de compétition de Montgenèvre.

    Réunions publiques prévues

    Mais l’établissement public a entrepris d’organiser ses propres réunions de concertation, hors CNDP, sur les autres sites à Briançon, à Saint-Jean-de-Sixt (Haute-Savoie), au Grand-Bornand et ailleurs.

    Le 9 juin, les deux garants désignés par la CNDP ont demandé au Cojop et à la Solideo d’expliquer cette différence de traitement.

    À La Clusaz, le maire, #Didier_Thévenet, un proche du président du Cojop, #Edgar_Grospiron, a formalisé l’engagement de sa commune en faisant voter, en décembre 2025, le transfert de la maîtrise d’ouvrage des aménagements du site des Confins à la Solideo. « Tout a été décidé en cinq minutes, relève Anna*. On n’a jamais été consultés pour ces JO. » Questionné durant l’automne, le maire prétendait n’avoir « aucune information ». En décembre, il a salué « les nombreuses relations de travail déjà établies » avec la Solideo.

    Sans trop attendre, l’établissement a lancé ses premiers appels d’offres en mars pour l’assistance à maître d’ouvrage de l’aménagement du « pôle nordique » des Confins.

    Dans leur note du 9 juin, les garants de la CNDP ont rappelé que la concertation devait « débattre d’abord de l’opportunité du projet », « des alternatives » et intégrer « l’option zéro », à charge pour la Solideo et le Cojop de préciser « ce que le projet apporte au public et aux territoires ». À ce stade de « la concertation préalable », la décision de faire le projet « n’est pas encore prise » et il importe de laisser « les champs ouverts aux débats ».

    La réunion publique prévue par la commune de La Clusaz, fin septembre, devrait intégrer ces préconisations, et non pas seulement annoncer les gagnants des appels d’offres.

    À Briançon, le même scénario s’est mis en place pour les rénovations du fort des Trois Têtes et de l’usine de la Schappe. L’appel à candidatures ayant été lancé dès juillet 2025, l’annonce du choix des « lauréats » pour le fort – #Linkcity (#Bouygues_Construction), les promoteurs #Edifim et #Elegia ainsi que l’architecte #Philippe_Prost – et l’usine – #Icade_Promotion et les architectes #Jean-Michel_Wilmotte et #Nathalie_d’Artigues – a précédé les réunions de « concertation » de la Solideo et du maire, #Arnaud_Murgia, un ancien secrétaire national de l’UMP élu pour la première fois à Briançon en 2020.

    Ironie de l’histoire, le projet actuel reprend les grandes lignes d’un #aménagement soutenu par l’ancien maire socialiste et vendu par un promoteur depuis mis en examen pour #escroquerie.

    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/250626/jo-d-hiver-2030-les-atteintes-l-environnement-planifiees-par-le-comite-d-o
    #jeux_olympiques #Alpes #JO2030 #environnement #forêt #déforestation #artificialisation_des_sols #coût

  • Lost in Securitization: Migration, Race, and Death at Europe’s Eastern Border

    This year marks the fifth anniversary of the start of the ‘border crisis’ in Poland’s eastern borderlands and, consequently, the eastern border of the European Union. Kasia Narkowicz examines this crisis within the broader context of the political economy of migration and traces its roots to various forms of intersecting racialized violence.

    *

    It is still cold in the early morning hours when we leave our accommodations in #Gruszki, a village in eastern Poland, to search for bison. We are in the #Białowieża Forest, about ten kilometers from the border wall that Poland’s government built in 2021 at a cost of over 350 million euros. The wall was constructed to prevent people from traveling into the EU from Belarus via Europe’s last primeval forest along the border. I am here as part of an international academic seminar with colleagues and comrades who work on borders globally. No bison or migrants were spotted in the borderlands this time.

    Until recently, people crossing into Poland from Belarus would send location pins daily to #Grupa_Granica (Border Group), a conglomerate of organizations and activists supporting migrants. In the forest, they would be met by activists who would provide them with hot soup, a change of clothes, a power bank, and a shared sense of despair over the ever-growing securitization of the border.

    The forest seems deserted right now, which may be because it’s still too cold. People who are on the move often get stuck here, sometimes for months. In the winter, the temperatures plummet to double-digits below zero making conditions for survival challenging. This is worsened by the frequency and scale of pushbacks taking place at the borders and the fact that a year ago Poland’s government suspended the right for asylum.

    It is more likely, however, that the absence of people on the move today is a consequence of the deadly border wall. They have most likely rerouted their journeys. Once a much safer route into Europe than crossing the Mediterranean by boat, the Belarus-Poland border has become a poster child for border imperialism.

    According to Researchers on the Border, most people on the move could have been assisted into Poland through asylum integration with the money spent on building the border wall. Instead, the number of pushbacks is much higher than anticipated. Many people are literally thrown back and forth between Poland and Belarus as if they were beach balls.

    The 5.5-meter-high steel wall is topped with concertina wire, which is responsible for the most common injuries to people on the move. The borderland is made up of difficult terrain with swamps, rivers, and fallen-down trees. One wrong step, and someone unfamiliar with the area could get stuck in a swamp.

    Some people die in this way, with their bodies being pulled out of swamps and rivers months or years later. They are often unrecognizable and sometimes unidentifiable. Of the more than 100 documented migrants who have died en route in the forest while attempting to reach Poland, some died from injuries caused directly by the border wall. One of them was Mohammad from Syria.
    April 2023, Poland-Belarus border

    One night in April 2023, Mohammad fell from a wall along the border between Poland and Belarus, which stands five and a half meters tall. He had traveled from Lebanon, where he had been displaced by the Syrian war. Mohammad was a 58-year-old Syrian from Daraa, a key location for the civil uprising that preceded the war, as well as an area devastated by drought.

    He most likely flew to Minsk and was then subjected to what is consistently referred to as the ‘hybrid war’ waged by Alexander Lukashenko’s regime against Europe. Mohammed climbed up the wall while attempting to cross the border between Poland and Belarus, but he got stuck in the barbed wire. He then fell off very close to the village of Stare Masiewo. He had internal injuries from the fall, a broken leg, and a shredded leg from the concertina.

    His case is not extraordinary. Like many millions before him, he left his region in search of a more bearable life and perhaps to reunite with his daughter, who was studying abroad. They reunited when she came to the hospital in Poland where he was already in a coma, dying shortly after. He became the 43rd victim of the border, joining the sad ranks of over 100 known migrants who have died trying to cross into Poland. Several hundred more are still missing.

    Few migrants die like Mohammed, in a hospital while receiving care. Most die alone in the forest. This was the case for 28-year-old Ethiopian woman Mahlet Kassa, whose body was found by Piotr Czaban, a journalist who relentlessly documents the violence on the Poland-Belarus border. Mahlet’s body was found in the forest in February 2023. While she was still alive, her travel companions shared her exact GPS location with the border guards in hopes that they would come to her aid. Instead of receiving help, the group got pushed back into Belarus.

    Many, like Mahlet, are young people. There are also children crossing the border, several hundred every year, most of them unaccompanied. The youngest victim of the Poland-Belarus border was Halikari Dhaker, a 24-week-old Kurdish baby who died stillborn alongside his mother. Halikari is buried in the Muslim cemetery in the nearby village of Bohoniki.

    Mikołaj Grynberg’s book titled “Jezus umarł w Polsce” (“Jesus died in Poland”) captures the early days of the most recent and, for Poland, unprecedented inflow of migrants traveling from outside Europe seeking entry into the EU through the Poland-Belarus border. Similar to Agnieszka Holland’s black-and-white film “Green Border,” Grynberg reads the current ‘migrant crisis’ on the eastern border through the lens of history.

    More specifically, he references the anti-Semitic violence that occurred in these very borderlands some eight decades earlier, when Jewish communities made up the majority of the inhabitants in several villages. Grynberg and Holland, alongside numerous scholars, connect the violence of today’s migration politics on the Poland-Belarus border to its dark history.
    Shifting migration routes in Central and Eastern Europe

    Over the past two decades, Central and Eastern Europe has become a region of emigration, with its citizens predominantly filling low-paying and insecure positions across Western Europe, e.g. as care workers in Germany or fruit pickers in the UK. These mobile workers kept Europe running, even during the global pandemic when their work posed additional risks alongside already fragile working conditions.

    Many work in exploitative conditions that, as scholar Polina Manolova argues, make a “dignified life impossible” in a neoliberal system that feeds on their degradation. This deepens the East-West divide rather than collapsing it, as the entrenched idea persists that “someone has to pick German strawberries” – and that someone is Eastern European. This lays bare the continuity of Eastern European Othering.

    Alongside these outward migration processes, Central and Eastern Europe is now receiving migrants from outside Europe on an unprecedented scale. Thus, the region is becoming one of both emigration and immigration, and in both contexts, migration is racialized. This shift has unfolded amid a growing nod towards authoritarian populist politics. After losing the 2023 elections, the far-right Law and Justice Party (PiS), which ran on an anti-immigrant agenda, was replaced by a new center-right government led by Donald Tusk. This new government has ramped up racist anti-immigrant rhetoric, openly warning of a ‘Muslim invasion’ through the Belarus border.

    From 2021 until recently, the EU’s eastern land border experienced unprecedented movement, with an increase in irregular border crossings exceeding tenfold compared to 2020. This is the same border that people fleeing Russia’s full-scale invasion of Ukraine used. Yet, their refugee status was not questioned, and their journeys were not criminalized when they were perceived as ‘white Eastern Europeans.’

    The idea that Central and Eastern Europe is somehow exempt from scrutiny regarding its role in global racial regimes because it never colonized other regions has long been challenged. The region’s involvement in colonialism and global racial hierarchies has been a key topic in postcolonial and decolonial Eastern European scholarship.

    This year marks the fifth anniversary of the beginning of the ‘border crisis’ in Poland’s eastern borderlands, and, by extension, the eastern border of the European Union. Although people have stopped crossing the Poland-Belarus border for now, the border wall and drones continue to hover loudly through the Białowieża Forest.

    This is indeed a crisis, but not one of people on the move. Rather, it is a crisis of overlapping and intersecting issues – white supremacy, border imperialism, and climate change – that entangle all species, human and nonhuman alike, in a web that makes it difficult to understand how to be human.

    https://berlinergazette.de/lost-in-securitization-migration-race-and-death-at-europes-eastern-b
    #migrations #réfugiés #frontières #border_deaths #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #forêts #Pologne #Biélorussie #solidarité #push-backs #refoulements #violence #murs #barrière_frontalière #borderland #guerre_hybride #Europe_de_l'Est #Bialowieza

    ping @reka

    • Jezus umarł w Polsce

      Tu była cisza spokój, ptaszki śpiewały, aż któregoś dnia zamiast ptaszków usłyszeliśmy dźwięki helikopterów. Potem zaczęło się znajdować buty i ubrania. Potem ludzi.

      Nikt z bohaterek i bohaterów tej książki nie wiedział, co ich czeka, kiedy pierwszy raz zdecydowali się pomóc uchodźcom. Nie wiedzieli, że będą musieli ukrywać się, nie tylko przed służbami państwa, ale również przed swoimi sąsiadami. Że pomaganie nada ich życiu największy sens, ale też odbierze spokój, życie rodzinne, czasami pracę, wypali w nich nieusuwalne emocjonalne piętno. Tymczasem państwo polskie wciąż nie umie zapobiec kryzysowi humanitarnemu na granicy białoruskiej, bo wybiera rozwiązania siłowe zamiast sięgać po systemowe. Konsekwencją tego są dziesiątki ofiar, o których już dzisiaj wiemy i setki, o których dowiemy się w przyszłości.

      Ludzie, których głosy wybrzmiewają w tej książce, wzięli odpowiedzialność za tę sferę, która została porzucona przez państwo. Dzisiaj są obiektami prześladowań, kiedyś będą kolejnym w historii Polski listkiem figowym. Wyznawcy boga, honoru i ojczyzny ich właśnie będą niedługo nosić na sztandarach. By zapomnieć o hańbie polskich służb, im właśnie będą budować pomniki, ale znowu będzie za późno.

      https://wydawnictwoagora.pl/jezus-umarl-w-polsce

      #livre

  • Gardiens de la forêt - Voyages et découvertes | ARTE
    https://www.arte.tv/fr/videos/RC-024524/gardiens-de-la-foret

    Au cœur de cinq forêts primaires, de l’Amazonie à l’Océanie en passant par l’Afrique, cinq représentants des communautés autochtones s’engagent pour la protection de ces poumons verts : reboiser, lutter contre la pollution, préserver la biodiversité... À travers leur regard sensible, cette série documentaire nous invite à redonner place à leur vision du monde.

    #arbres #forêts #gardiens_de_la_forêt #communautés_autochtones

  • Alerte : les #forêts françaises sont rasées pour partir à l’étranger

    Le point le plus stupéfiant du livre : ce désastre n’est pas un sujet. Pas dans les campagnes électorales. À peine dans les médias.

    En #Chine, un parquet issu de chênes français. En #France, des massifs rasés, des sols dévastés, des promesses creuses. #Pillage, #lobbies, illusions vertes - nos forêts souffrent en silence. Sophie Coignard signe un livre-enquête sur le #saccage programmé de nos forêts.

    Chaque année, des milliers de #grumes partent de nos campagnes en direction des ports, puis de l’Asie. Elles reviennent sous forme de lames de plancher ou d’objets de bazar — quand elles reviennent.

    Pendant ce temps, des millions de Français se promènent dans des forêts qu’ils croient protégées, gérées, aimées. Ils ont tort.

    La journaliste Sophie Coignard, autrice de « Arbres en danger, enquête sur un carnage végétal », a mené l’investigation là où personne ne regardait vraiment : entre les souches, les contrats d’export, les lobbies de la filière #bois et les cabinets ministériels. Ce qu’elle a trouvé est accablant.

    « La France : un pays d’extraction coloniale »

    Le déclic, pour Sophie Coignard, n’est pas une statistique. C’est une image. Celle de #chênes magnifiques, abattus à quelques kilomètres de chez elle, embarqués pour la Chine.

    « Ces chênes avaient été coupés pas très loin de chez moi. Et ils allaient partir en Chine, comme si la France était devenue un pays d’#extraction_coloniale. »

    La métaphore est forte, mais elle n’est pas gratuite. La Chine et la #Russie — deux pays que l’on n’associe pas spontanément à l’écologie — ont depuis longtemps instauré des mesures protectionnistes drastiques pour préserver leurs propres forêts.

    La France, elle, a laissé la porte ouverte, les #labellisations européennes se révélant aisément contournables, sans embargo, sans politique d’interdiction réelle.

    Un paradoxe que Sophie Coignard qualifie sobrement de « #connivence des pouvoirs publics avec des lobbies particulièrement problématiques. »

    Le #lobby, le confort administratif, et la loi enterrée

    Le mécanisme est bien huilé : une #loi d’initiative parlementaire, portée par un groupe transpartisan, vise à réorienter les #subventions vers la #sylviculture mélangée, plutôt que vers les #monocultures ravageuses. Elle est déposée, soutenue, débattue — et reste pendante à l’Assemblée nationale depuis des années.

    « La puissance des lobbies essaie de disqualifier tous les acteurs qui portent une parole différente. Cela existe dans plein d’autres secteurs », observe Sophie Coignard, rodée à ce type de blocage après des années d’enquête sur les élites françaises.

    Elle décrit ce qu’elle appelle le « confort administratif » : les administrations préfèrent traiter avec un interlocuteur puissant, compétent, structuré — c’est-à-dire le lobby de la #filière_bois — plutôt qu’avec une myriade de voix discordantes, propriétaires forestiers inquiets, forestiers de terrain, chercheurs. Résultat : le robinet à subventions coule dans le mauvais sens.

    « À partir du moment où vous avez un robinet à subventions en place, vous trouvez forcément un débouché. Et ce débouché n’est pas forcément vertueux. »

    Brûler des arbres pour sauver la planète ?

    Le #chauffage_au_bois, vendu comme énergie renouvelable, représente l’un des paradoxes les plus explosifs du livre.

    Sophie Coignard est directe : « La question de considérer le bois comme une #énergie_renouvelable quand il s’agit du #chauffage, à mon avis, est extrêmement dangereuse. »

    La formule est simple. Ses implications sont vertigineuses. Le bois utilisé pour la construction stocke du carbone pendant des décennies. Le bois brûlé le relâche immédiatement dans l’atmosphère. Or, pour que la ressource se renouvelle, il faut attendre — des années, des décennies, parfois un siècle. Le problème, c’est la #temporalité.

    « Le temps que fait une bûche de bois à brûler n’a rien à voir avec le temps que mettra son équivalent à pousser. »

    Les grandes chaufferies urbaines, qui se sont converties au bois pour décarboner leurs réseaux, engloutissent désormais des volumes colossaux de bois coupé exprès pour les alimenter. Les #coopératives_forestières suivent la demande. Les forêts trinquent. Et le CO2 relâché en quelques heures mettra des décennies à être réabsorbé par de nouveaux arbres — si tant est qu’ils poussent.

    Brûler trop d’arbres, c’est aussi se priver d’eau verte. Cette #eau issue de l’#évapotranspiration est indispensable au cycle des pluies. Un chêne peut produire jusqu’à une tonne d’eau par jour peut-on lire sur le site de Francis Hallé.

    Sophie Coignard le confesse avec une honnêteté désarmante : « Quand je me suis équipée moi-même, j’étais convaincue de faire un choix vertueux. Aujourd’hui, je me dis que c’est plus complexe que ça n’en avait l’air. »

    « On plante un milliard d’arbres » — et ensuite ?

    La promesse présidentielle de planter un milliard d’arbres fait bondir Sophie Coignard — non pas parce qu’elle est fausse, mais parce qu’elle est creuse.

    « Les Français adorent la forêt, adorent les #arbres. Et en même temps, le sort qui leur est réservé par la puissance publique leur est indifférent. Il suffit d’un coup de communication, et youpi, on va planter un milliard d’arbres. »

    Derrière l’annonce : des plantations en #monoculture sur des sols dévastés par les #coupes_rases, des échecs en série, des arbres morts avant d’avoir grandi. La #compensation_carbone repose sur une fiction : on ne peut pas comparer un arbre nouvellement planté à un arbre mature en matière de capture de CO2.

    « Il y a peut-être deux questions à se poser : pour compenser quoi ? Et avec quelles chances de longévité pour cet arbre ? »

    Des forestiers en voie de disparition

    Sur le terrain, ceux qui connaissent vraiment la forêt regardent, impuissants, leur métier se vider de sa substance. L’#ONF, l’Office national des forêts, a perdu des milliers de postes en vingt ans. Les agents de terrain sont de moins en moins nombreux. Les territoires à couvrir, de plus en plus vastes.

    « Leur connaissance est immense – des puits de science. Et ce réservoir de savoirs se tarit. L’ONF ressemble désormais à une pyramide avec beaucoup de chefs et peu de gens sur le terrain. »

    Ce savoir-là — reconnaître une espèce à son écorce, lire un sol, anticiper une maladie — ne s’apprend pas dans un bureau. Il se transmet sur le terrain, de forestier à forestier, au fil des saisons. Quand il disparaît, il ne revient pas.

    Un problème commun à toute la fonction publique, certes. Mais dans une forêt, les erreurs ne se rattrapent pas en quelques mois. Elles se paient sur des décennies.

    Les collectivités territoriales bougent aussi. L’exemple de Chantilly est éclairant : quand tout un écosystème — le musée, le château, les rentes, l’attractivité touristique — dépend de la santé de la forêt, le dépérissement des arbres devient une urgence économique autant qu’écologique. Les communes forestières commencent à se fédérer, à comparer leurs expériences, à peser collectivement.

    Le silence : le vrai scandale

    Le point le plus stupéfiant du livre : ce désastre n’est pas un sujet. Pas dans les campagnes électorales. À peine dans les médias.

    “Je ne me l’explique pas », admet Sophie Coignard. « C’est un des nombreux mystères de cette distorsion entre opinion publique et ressenti public. »

    Et pourtant, les solutions existent. Elles sont documentées, pratiquées, rentables. La #sylviculture_mélangée à couvert continu permet de couper du bois, d’en tirer profit, tout en préservant la biodiversité, les sols, le réseau mycorhizien. Elle ne nécessite pas de renoncer à la forêt productive — juste de renoncer à la cupidité à courte vue.

    L’association Pro Silva promeut depuis des années une sylviculture dite « mélangée et à #couvert_continu » : on n’abat jamais tous les arbres d’une parcelle, on favorise la diversité des espèces, on laisse la forêt se régénérer naturellement. Les résultats sont là, documentés, mesurables.

    La cause que Sophie Coignard défend en priorité ? « Permettre à la loi d’initiative parlementaire et transpartisane, de pouvoir être débattue et soumise au vote. Ça paraît être la base, mais ce serait un premier pas. »

    Un premier pas, oui. Avant que les derniers chênes ne prennent le bateau.

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    https://lareleveetlapeste.fr/alerte-les-forets-francaises-sont-rasees-pour-partir-a-letranger
    #France #exportation

  • Milan-Cortina 2026 : fair-play ? Parlons-en !

    #Neige_artificielle, circulation, #béton et sponsoring des entreprises fossiles : les atteintes à la #nature avant et pendant les Jeux olympiques d’hiver 2026 ont été légions – et ont également fait l’objet d’une couverture médiatique.

    Plusieurs milliards d’euros ont été investis dans l’#économie de la construction pour les Jeux olympiques d’hiver 2026 : malgré toutes les promesses de #durabilité, une nouvelle piste de #bobsleigh a été bétonnée dans la #forêt, une télécabine a été construite dans une zone de glissement de terrain, des pentes ont été creusées à l’aide d’excavatrices et des #forêts ont été sacrifiées pour créer des bassins de stockage. L’un des rares aspects positifs pour la nature : pour la première fois, les Jeux olympiques d’hiver ont été organisés de manière décentralisée afin de réduire le nombre de nouvelles installations sportives. Néanmoins, selon les calculs, Milan-Cortina a produit en 2026 plus de 900 000 tonnes de CO2. La plus grande part revient à l’accueil des spectateur·rice·s, le reste à la planification et à la réalisation des compétitions, ainsi qu’aux projets de construction. En outre, 1,3 millions de tonnes de CO2 proviennent du parrainage d’entreprises issues de l’industrie des #combustibles_fossiles, telles que le groupe pétrolier #ENI, le constructeur automobile #Stellantis ou la compagnie aérienne #ITA_Airways. Le fait que les sports d’hiver creusent leur propre tombe avec des sponsors fossiles a été critiqué dans une pétition adressée au CIO par des athlètes et signée par plus de 20 000 personnes.

    Utilisation de neige artificielle malgré le manque d’#eau

    La crise climatique complique encore l’organisation des jeux d‘hiver : d’ici le milieu du siècle, seuls 52 des 93 sites actuels pourront encore être pris en considération, et sans l’utilisation de neige artificielle, il n’en restera plus que quatre. Rien que pour Milan-Cortina 2026, quatre nouveaux bassins de stockage ont été construits et un total de 2,4 millions de mètres cubes de neige artificielle ont été produits. L’eau déjà rare dans les #Alpes du sud provenait de sources alpines et de rivières. Le #coût de ces jeux d’hiver est passé de 1,5 à 5,7 milliards d’euros, une somme que les contribuables finiront par payer. En outre, la hausse des prix de l’#immobilier à Cortina et à Milan par exemple renforce les #inégalités_sociales. En 2030, les Jeux olympiques d’hiver auront lieu dans les Alpes françaises. Les ONG y réclament plus de transparence et la participation des citoyen·ne·s.

    Podcast sur Milan-Cortina 2026

    Quel impact les Jeux olympiques d’hiver 2026 ont-ils eu sur les Alpes italiennes ? Quel est leur héritage pour les communes locales ? Et qu’en attendent les prochains organisateur·rice·s des prochains Jeux d’hiver dans les Alpes françaises en 2030 ? Ces questions sont abordées dans la dernière édition de notre podcast :

    https://soundcloud.com/cipra_international/100-en-the-legacy-of-milano

    https://www.cipra.org/fr/nouveautes/milan-cortina-2026-fair-play-parlons-en
    #Milano-Cortina #JO #jeux_olympiques #JO2026

  • La République contre elle-même : que raconte l’étouffement des sections de commune quant au fonctionnement de l’État ?

    Les « #sections_de_commune » constituent une forme particulière et ancestrale de #propriété_collective d’une surprenante actualité. Mais elles font face aux assauts du législateur qui œuvre pour leur disparition.

    La suppression des sections de commune, une des catégories de propriétés collectives ancestrales, s’effectue à bas bruit dans les campagnes françaises. En quelques années, des pans entiers de l’identité et de l’histoire rurales ont été rayés de la carte dans une indifférence quasi générale. Néanmoins, ici et là, des habitants entrent en #lutte, aidés par des associations déterminées [1], ce qui n’arrête pas un mouvement toujours à l’œuvre dans les départements qui contiennent le plus de sections de commune [2]. Malgré une érosion continue (plusieurs disparaissent chaque semaine), il en subsiste des dizaines de milliers en #France [3]. Ce processus illustre la contradiction entre le discours étatique de promotion de la démocratie locale et de soutien à la #ruralité et la réalité d’un #démantèlement presque méthodique des structures vernaculaires d’#autogestion des campagnes. Ce faisant, s’accroît la défiance de la population envers la puissance publique, et réciproquement. Alors que l’enjeu social, écologique, climatique prend chaque jour plus d’ampleur, comment expliquer que des élus qui s’affichent comme d’ardents défenseurs de la ruralité ne regardent pas avec bienveillance la culture foncière collective et le phénomène autochtone qui l’anime ? Cette question en rejoint de nombreuses autres concernant les difficultés qu’a la puissance publique à accueillir l’action des communs fonciers et communautés liées. Pour appréhender ce sujet, une journée d’étude et de débats aura lieu le 17 octobre 2025 au Palais du Luxembourg à Paris [4].

    L’inutilité des #communaux ? Une contre-vérité historique, un contre-sens social

    Depuis le Moyen Âge, et durant des siècles, les sociétés européennes ont reposé en grande partie sur les « communaux » : des #terres_partagées (forêts, landes, marais…) destinées à satisfaire les besoins essentiels des habitants. Ces systèmes fonciers permettaient et permettent encore l’#usage_partagé des #ressources, leur autogestion prudente par les communautés villageoises selon des règles propres. Ils ont contribué à façonner les #paysages, le #patrimoine et des formes de cohésion villageoise. Le #droit actuel y fait encore allusion, mais de manière restrictive et appauvrie, sans reconnaître leur #fonction_sociale ni leurs particularités régionales. L’émergence d’un État moderne valorisant la propriété individuelle et une législation uniforme a peu à peu marginalisé ces formes collectives d’usage des terres et des ressources. L’évolution des modes de vie – moins agricoles – a accentué ce déclin (Vivier 1998). Concernant les sections de commune, la loi n° 2013-428 du 27 mai 2013 les a classées comme personnes morales de droit public (imposant un carcan que les communautés d’ayants droit n’ont jamais souhaité ni demandé) et, sous couvert de #modernisation, a restreint la possibilité pour elles de disposer d’un organe de gestion autonome (comme les commissions syndicales, aujourd’hui rares). Elle a renforcé le pouvoir des conseils municipaux pour les administrer, y compris pour vendre ou transférer ces biens. Le pouvoir de fixer le destin de ce patrimoine des habitants a donc basculé des populations aux #conseils_municipaux. Leur #disparition est aussi souhaitée par certains élus locaux qui, arguant pourtant de la défense de la ruralité, supportent mal la survivance de systèmes qu’ils voudraient mettre au pas au nom d’une certaine idée de la République centralisée et monolithique (en 2025, des sénateurs ont déposé une proposition de loi sous un titre trompeur mettant en avant l’amélioration de la gestion des sections, alors qu’il est bien question dans l’exposé des motifs de les dissoudre et d’accélérer le transfert aux communes [5]).

    Mais il y a un os : l’administration butte sur la #résistance de ces #communs_fonciers. Ceux-ci, loin d’avoir disparu, survivent sous des formes diverses en maints endroits de l’Hexagone (et ailleurs en Europe). Certes, leur dynamisme varie au gré des lieux et des situations. Mais en période de crise sociale et écologique, les populations fragilisées leur reconnaissent à nouveau un rôle protecteur et utile (Joye 2021). Défendre les communs n’équivaut pas à protéger les privilèges de quelques-uns, comme certaines voix le prétendent parfois. Il s’agit de préserver des ressources essentielles : eau, biodiversité, terres agricoles, savoir-faire anciens, patrimoine culturel immatériel, lieux de rencontre. Les enquêtes menées par la chaire Valcom [6] montrent aussi, à rebours du discours fataliste sur l’individualisme en société, que les populations ont envie de s’impliquer, d’agir et travailler en commun, d’assumer des responsabilités et de transmettre à leur tour cet héritage. Dans le système des sections de commune, les membres ont des droits mais également des devoirs et une éthique de la responsabilité. Ils prennent soin de leur environnement et interviennent sur tout un ensemble de dimensions que l’administration a du mal à appréhender au quotidien et aussi finement.

    Pourquoi s’entêter à supprimer cet héritage ?

    Nos recherches révèlent plusieurs motifs. Il y a ceux que des rapports officiels évoquent sans détour : le besoin de simplification et de rationalisation administratives. Ils discréditent ces dispositifs avec condescendance, arguant qu’ils seraient anciens, folkloriques et incompatibles avec le développement des territoires, d’où la tentation de faire table rase du passé [7]. Cette opinion se trouve dans le rapport officiel de l’Inspection générale de l’administration de 2003 percevant de manière édifiante les sections comme un « régime juridique suranné » et « un frein souvent incompatible avec un aménagement rationnel du territoire rural [8] ». Le groupe de travail qui a produit le rapport n’était composé que de représentants d’administrations (étatiques comme locales), d’associations d’élus locaux et d’institutions spécialisées (comme la Fédération nationale des communes forestières) et de quelques juristes. Jamais les ayants droit aux sections, les associations qui les représentent, ni les élus de leurs commissions syndicales n’ont été conviés, pas plus que dans les travaux préparatoires de ce qui deviendra la loi n° 2013-428 du 27 mai 2013. L’avenir des communaux ne se discute donc que dans l’entre-soi des pouvoirs publics, certains étant notoirement hostiles aux sections. Sans respecter l’espace de tous les points de vue, ces réflexions révèlent une analyse biaisée, destinée à avaliser un préjugé idéologique négatif de départ. On y lit surtout des complaintes, jamais les actions d’intérêt collectif menées par les populations, ni leurs témoignages. Les sections seraient un poids pour l’administration, l’obligeant à prendre en compte un acteur supplémentaire et épars, la population. Vingt ans après, ce motif est encore entendu.

    Sur le terrain, nous percevons les tensions qui existent par endroits et la concurrence de vision quant à la manière d’assurer la gestion durable des biens. Citons le Programme régional de la forêt et du bois (PRFB) de la région Auvergne-Rhône-Alpes (2019-2029), élaboré sous la responsabilité d’une grande partie des acteurs de la filière, sous la double présidence de l’État et de la région. Il affiche un objectif de prise en compte de la multifonctionnalité des forêts, mais prône l’intégration des #forêts sectionales dans le domaine communal (c’est-à-dire leur suppression). Il mentionne qu’elles « représentent une lourdeur importante en termes de gestion du fait du nombre important d’interlocuteurs au regard des surfaces concernées [9] ». De son côté, l’#Office_national_des_forêts (#ONF), malgré la bonne volonté de ses agents locaux, peine à concilier les différents objectifs forestiers que le législateur a fixés. Il fait primer l’exploitation économique sur la pérennité des usages des communautés villageoises. La gêne des agents se ressent en matière de droit d’affouage [10], où l’ONF adopte souvent une position ambigüe, celle du « oui mais… ». Il reconnaît les usages ancestraux au profit des populations (code forestier, ancrage local), mais ne se précipite pas pour les mettre en œuvre. Il s’abrite derrière les prétendus risques que l’exercice de ce droit engendrerait pour la filière bois, pour la sécurité, pour la gestion durable [11]. De son côté, la Charte de la forêt communale de 2016 (ONF – Fédération nationale des communes forestières) n’inclut pas les sections comme potentiels acteurs, laissant penser que les communes agissent en propriétaires des biens de section, ce qui n’est pas le cas.

    Les déséquilibres coupables de la #loi du 27 mai 2013

    La loi du 27 mai 2013 modernisant le régime des sections de commune participe en réalité de leur affaiblissement. Son titre en trompe-l’œil masque mal ses velléités d’atrophie des sections puisque le choix a été fait par le législateur de restreindre le pouvoir d’agir des ayants droit et de décider de l’avenir de leur patrimoine collectif. Le texte était destiné, en théorie, à offrir « un ensemble équilibré de dispositions tendant à clarifier ce régime juridique dans ses différentes dimensions, en prenant en compte un double impératif : d’une part, faciliter l’activité des sections de commune dont l’existence favorise la dynamisation de la gestion de certains biens, en rationalisant les règles applicables ; d’autre part, permettre plus aisément le transfert des biens des sections de commune aux communes dans les hypothèses où les sections ne reflètent plus aucune réalité [12] ». Or, le texte promulgué n’a pas atteint cet équilibre.

    En effet, le premier impératif visé a été rendu inopérant dès lors que la loi a dévitalisé les organes représentatifs de gestion des sections (les commissions syndicales) en augmentant drastiquement les conditions de revenu cadastral requis pour faire la demande au préfet de convoquer les électeurs [13]. Cela prive de facto les sections d’un outil de gestion, et les pouvoirs publics d’interlocuteurs, ce qu’ils déplorent par ailleurs... Le législateur a opté pour le renforcement de l’administration des sections par les conseils municipaux et le maire agissant au nom et pour le compte de la section. Mais c’est pour le meilleur et pour le pire en pratique, car ils disposent de la possibilité d’enclencher de multiples procédures conduisant à la suppression des communs fonciers (transferts, ventes). Certaines permettent un démantèlement des sections par des procédures expéditives qu’on ne trouve dans aucun autre domaine de l’action publique. Ces procédures s’apparentent à des expropriations déguisées, à l’indemnisation purement théorique (les ayants droit n’hésitant pas à parler de spoliation [14]), pour des projets souvent désespérants, quand il y en a : les biens restent parfois dans le giron de la propriété publique [15], mais sont aussi vendus au secteur privé, par exemple afin de réaliser des parkings, des lotissements ou pour l’agrément de propriétaires privés souhaitant agrandir leur espace...

    Quant au deuxième impératif qu’était censé poursuivre le législateur, c’est une carence d’encadrement juridique qui conduit à laisser le champ libre à l’administration pour décider si les sections ne « reflètent plus aucune réalité ». De quelle réalité parle-t-on : celle de l’apparence, celle de la vision de la puissance publique ou celle des populations ? Or, le texte est rédigé de telle sorte que le conseil municipal, avec le préfet en bout de ligne procédurale, en décident. Aucun critère de discernement n’est imposé pour faciliter une objectivation de la prise de décision (attachement, économie, services aux populations, lien social) et aucune phase préalable d’information n’est prévue afin de placer les ayants droit devant leurs responsabilités s’ils sont accusés de ne pas être assez actifs ou réels. Cette réalité ne se mesure pas qu’aux revenus de la section. Entretenir les chemins, la forêt, surveiller les sources, se réunir autour du four banal sont autant d’apports directs ou indirects en matière écologique, économique, culturel ou social aux villages. Analyser et répertorier les éléments de cette réalité – ne serait-ce que dans les documents d’urbanisme – permettrait de la comprendre dans toutes ses dimensions [16]. La loi ne propose pas non plus de relance des communs, les plus endormis aujourd’hui n’étant pas morts juridiquement ; la reprise en main par les populations reste possible (néoruraux, populations locales mieux informées). Ainsi, les projets de suppression ne se décident pas à partir d’une pesée des intérêts entre le pour et le contre, ni d’une enquête publique. Aucune procédure ne présente de garantie sérieuse d’information préalable permettant des débats éclairés et un consentement libre, en connaissance de cause, afin que chacun ait bien compris les enjeux de la possible disparition de systèmes fonciers ancestraux. Cela s’opère en sachant que les personnes sont souvent âgées et isolées. Dans bien des cas, les ayants droit n’ont pas conscience de leur liberté de choix ni des conséquences de la décision qu’on leur demande de prendre.

    Dans certains départements du Massif central, ce que nous proposons d’appeler un #sectionicide s’est intensifié depuis la loi de 2013. Aucune collectivité ne s’en glorifie ni ne tient de décompte précis. Pour le savoir, il faut lire le recueil des actes administratifs de la préfecture, les données statistiques étant parfois rassemblées par des associations défendant les sections ou des entités à l’inverse plutôt réservées, comme certaines associations départementales des communes forestières. En Haute-Loire, 359 arrêtés préfectoraux ont été pris de 2011 à 2024 tous motifs confondus (ventes et transferts, ces derniers étant majoritaires) pour amputer des sections de leurs parcelles (réduire leur superficie) ou supprimer carrément des sections (suppression totale de 214 sections soit 15,3 par an en moyenne). De fortes variations existent d’une année sur l’autre, probablement en fonction du volontarisme des équipes municipales ou des préfets en place [17]. Dans le Puy-de-Dôme, la loi de 2013 a dopé les transferts de biens de section au profit des communes avec plusieurs dizaines par an tandis qu’ils étaient très peu nombreux avant [18]. Des préfets ont publiquement appelé les maires à communaliser les biens de section. En Saône-et-Loire, le préfet accompagne sa lettre aux maires du département de la procédure de communalisation à suivre, et des contacts des agents de la direction départementale des territoires, de l’association des communes forestières ou de l’ONF à solliciter à l’appui de la besogne. Le but affiché est une fois de plus de « faciliter la gestion forestière et administrative ». On y sert surtout un argumentaire spécieux. Supprimez puisque « dans le département la plupart des forêts sectionales sont intégralement gérées par les communes, la section ayant disparu [19] ». Ce qui est faux : par définition, si l’État veut supprimer les sections, c’est qu’elles existent. Surtout, rappelons que pour les conseils municipaux, c’est une obligation légale d’assurer la gestion des sections, qu’elles soient inactives ou dynamiques, et que tout est mis en œuvre pour empêcher la constitution des commissions syndicales pouvant permettre aux populations de les gérer... En Haute-Loire, le préfet voit dans la suppression un intérêt pour mieux prévenir les risques d’incendie, le département étant désormais classé à haut risque [20]. La préoccupation de l’État est ici de limiter le nombre d’interlocuteurs, regrouper la propriété pour pouvoir agir avec rationalité en sachant que ses moyens se réduisent. C’est d’autant plus regrettable quand on sait combien les populations des sections entendent jouer un rôle majeur d’appui à la puissance publique en étant en permanence sur le terrain pour observer ou entretenir les forêts. En réponse aux envies et possibilités d’agir en renfort de l’État, celui-ci privilégie une mise à distance des populations.
    Conséquences : un appauvrissement du tissu social et des outils d’action territoriale

    Sans que les agents des administrations en soient toujours conscients, le discrédit porté aux sections est perçu comme une forme de mépris par les citoyens engagés dans la préservation de leur cadre de vie et de leurs traditions d’organisation collective du territoire, armés de leur expérience du temps long, de la conscience de soi et de leurs aptitudes professionnelles. En réalité, sauf le gain financier, il est bien difficile aux communes ayant supprimé les communs de justifier ce que cela a produit de positif. Quels services l’administration a-t-elle apportés aux populations pour prendre le relais ? Le sentiment d’appartenance au territoire en a-t-il été renforcé ? Par quoi les communes ont-elles remplacé les liens sociaux brisés par la fin des droits d’usage collectifs ? À vrai dire, selon nos observations, par rien du tout, ou si peu…

    Cette ruralité négligée de la métropole française porte des récits et des droits culturels exprimant une volonté réelle de contribuer au bien commun, à travers des formes locales et enracinées de gestion des ressources. En poursuivant l’élimination de structures locales ancestrales fondées sur la propriété collective ou les usages partagés, en ne cessant de privilégier la propriété individuelle, l’État ne fait qu’aggraver le sentiment d’abandon des populations rurales. Le sujet clive au sein des associations d’élus. Pour certains, le sujet reste urticant : c’est un difficile lâcher prise car il s’agit toujours d’affirmer que « la raison c’est nous ! C’est nous les élus qui savons. Et c’est notre rôle de représenter les citoyens [21] ! ». D’autres, à l’inverse, s’ouvrent résolument aux démarches citoyennes implicatives et souhaitent leur donner un espace d’expression [22]. Ils font le pari d’une articulation vertueuse des différentes sphères d’action d’intérêt collectif, afin qu’elles s’épaulent au lieu de se neutraliser dans une querelle sans fin, frustrant toutes les parties. Autrement dit, ce sujet suggère une réforme profonde des méthodes du service public.

    Bibliographie

    Bourjol, M. 1989. Les Biens communaux. Voyage au centre de la propriété collective, Paris : LGDJ.
    Joye, J.-F. (dir.). 2021. Les Communaux au XXIe siècle. Une propriété collective entre histoire et modernité, Presses de l’USMB.
    Scott, J. C. 2021. L’Œil de l’État. Moderniser, uniformiser, détruire, Paris : La Découverte.
    Vivier, N. 1998. Propriété collective et identité communale. Les biens communaux en France, 1750-1914, Paris : Publications de la Sorbonne.

    https://metropolitiques.eu/La-Republique-contre-elle-meme-que-raconte-l-etouffement-des-section
    #communs #foncier #démantèlement

  • « Les chênes, pourtant résistants, commencent eux aussi à souffrir » : victime du changement climatique, la forêt d’Orléans surveillée de près
    https://france3-regions.franceinfo.fr/centre-val-de-loire/les-chenes-pourtant-resistants-commencent-eux-aussi-a-sou

    Sécheresses à répétition, canicules, parasites... Le plus vaste massif domanial de France est mis à rude épreuve. Chercheurs, forestiers et amoureux des arbres s’unissent pour accompagner ce géant qui vacille face au réchauffement climatique.

    Voir aussi : https://seenthis.net/messages/1143065

    #forêts_domaniales #France

  • Derniers résultats de l’inventaire forestier national : surface en extension, santé des arbres qui se dégrade et autres faits marquants - Portail IGN - IGN
    https://www.ign.fr/mag/derniers-resultats-de-linventaire-forestier-national-surface-en-extension-sante-

    C’est l’un des constats les plus marquants de la dernière campagne d’inventaire qui vient confirmer une tendance observée depuis plusieurs années : la mortalité des arbres a plus que doublé en dix ans. Entre 2015 et 2023, elle atteint 16,7 millions de mètres cubes de bois par an, soit une hausse de 125 % par rapport à la décennie précédente où elle s’élevait à 7,4 millions de mètres cubes de bois par an. Les causes de cette mortalité sont désormais bien identifiées : les sécheresses successives, la prolifération des bioagresseurs (champignons et insectes xylophages) ou encore les incendies fragilisent fortement les forêts.

    #forêts_domaniales #France

  • D’un post Facebook de Serge Zaka (agro-climatologue). Sur un commentaire, j’ai déploré le fait qu’il n’avait jamais rien posté sur son compte Masto, préférant les pièges de Meta, mais je n’ai pas obtenu de réponse. Donc voici la teneur du post qui est intéressant en terme d’avenir pour les forêts françaises et pour démystifier les théories des fameux (et fumeux) #puits_de_carbone

    J’attendais le jour où une première grande étude basculerait la ligne rouge : et c’est aujourd’hui. Elle démontre que le changement climatique commence désormais à faire dépérir nos forêts plus vite qu’elles ne se régénèrent. En Australie, leur bilan carbone devient négatif : elles émettent désormais plus de CO₂ (ralentissement de la croissance par chaleur et sécheresse, décomposition accélérée du bois mort par les micro-organismes) qu’elles n’en stockent via la photosynthèse. Le bruit de fond n’est plus : il devient une tendance globale.
    Il faut cesser avec ce discours rassurant et trompeur selon lequel « l’augmentation du CO₂ fertilise les forêts et les fait pousser plus vite ». Ce récit simpliste ignore les limites thermiques (mortalité par chaleur) et les limites hydriques (mortalité par sécheresse). Quand les forêts meurent, elles ne sont plus une solution : elles deviennent un problème.
    Étude Nature : https://www.nature.com/articles/s41586-025-09497-8

    Et ce signal dépasse les forêts. Une autre étude parue dans Nature Climate Change montre que l’océan lui aussi perd de son efficacité à absorber le CO₂. Le réchauffement de l’eau, la stratification accrue et la baisse d’oxygène affaiblissent la pompe biologique et chimique qui piège normalement le carbone dissous. Autrement dit, l’un des deux grands amortisseurs du climat mondial (l’océan) est aussi en train de se gripper.
    Étude Nature Climate Change : https://www.nature.com/articles/s41558-025-02380-4

    Et la France n’est pas épargnée. Comme le rappelle un rapport récent : si les forêts sont des alliées dans la lutte contre l’augmentation du CO₂ atmosphérique, elles en sont aussi les victimes. Les crises climatiques (sécheresses, canicules) et sanitaires font que certaines forêts françaises (notamment dans le Grand Est) émettent aujourd’hui plus de carbone qu’elles n’en captent. Entre 2015 et 2023, les forêts françaises n’ont piégé que 39 MtCO₂/an, soit 38 % de moins qu’entre 2005 et 2013.
    Rapport : https://www.calameo.com/read/0011885827c418636cbd4

    Autrement dit : ce que l’on pensait être un rempart naturel contre nos émissions est en train de se retourner. Le puits s’épuise. Et quand les amortisseurs lâchent, c’est la pente du réchauffement qui s’accélère.

    #forêts #France #réchauffement_climatique #GES #bilan_carbone

  • #Empires. Une #histoire_sociale de l’#environnement

    Qu’est-ce que les empires et le #colonial font aux environnements qu’ils rencontrent, conquièrent puis gouvernent ? En répondant à cette question, l’#histoire_environnementale permet de renouveler la compréhension des territoires impériaux car partout, étudier la #nature, c’est étudier le #pouvoir.
    Ce livre rend accessible en français des textes pionniers de cette histoire encore trop méconnue. Les auteurs réunis ici montrent comment le rapport des sociétés colonisées à leur environnement a été bouleversé par l’irruption coloniale, mais aussi comment la #prédation est toujours contrariée. L’implantation du #thé dans le nord de l’Inde, l’introduction du #figuier_de_Barbarie à Madagascar, la création de #réserves_de_chasse dans l’actuelle Tanzanie, les transformations des #forêts au Vietnam ou la construction d’un #barrage au Mozambique suscitent une renégociation permanente des #rapports_de_force sur le terrain : des #résistances quotidiennes feutrées jusqu’aux #révoltes ouvertes.
    L’histoire environnementale des empires est bien en cela une histoire sociale. Elle éclaire également notre présent. Car, aujourd’hui encore, les #paysages portent la trace indélébile de l’occupation coloniale et des luttes sociales qui s’y sont déroulées pour l’accès, le #contrôle et le #gouvernement de la nature.

    https://www.cnrseditions.fr/catalogue/histoire/empires
    #livre #colonisation

    • Comment la nature est devenue un champ de bataille colonial

      Plantations, barrages, réserves : les empires coloniaux ont façonné la nature autant que les sociétés. Une domination parsemée de révoltes et de négociations, montrent les historiens Guillaume Blanc et Antonin Plarier dans un livre collectif.

      Et si l’on relisait l’histoire coloniale par ses forêts, ses rivières, ses plantations et ses animaux ? C’est l’ambition d’Empires. Une histoire sociale de l’environnement, un livre collectif coordonné par l’historien Guillaume Blanc, professeur à Sciences Po Bordeaux, spécialiste des empires coloniaux et des politiques de conservation, et par Antonin Plarier, maître de conférences à l’université Lyon 3, qui travaille sur l’histoire environnementale et sociale des sociétés africaines.

      L’ouvrage rassemble des textes fondateurs, pour la première fois traduits en français, et montre comment les entreprises coloniales ont profondément transformé les environnements qu’elles ont conquis. Des forêts indiennes mises sous contrôle à la création de réserves de chasse en Tanzanie, des plantations d’hévéa au Vietnam au barrage de Cahora Bassa au Mozambique, ces histoires révèlent un fait central : gouverner les hommes passait aussi par gouverner la nature.

      Mais la domination n’a jamais été totale. Les populations colonisées ont résisté, négocié, parfois retourné les logiques coloniales contre elles-mêmes. Les paysages d’aujourd’hui portent encore l’empreinte de ces affrontements, et éclairent les inégalités environnementales actuelles. Nous avons interviewé Guillaume Blanc et Antonin Plarier pour comprendre ce que l’histoire environnementale des empires dit du passé colonial, et ce qu’elle révèle de notre présent.

      Reporterre — Qu’est-ce qui vous a conduits à concevoir ce livre collectif ?

      Guillaume Blanc — L’histoire environnementale de l’empire français reste encore largement à écrire. Alors qu’à l’inverse, celle de l’empire britannique est abondamment étudiée et enseignée.

      Des chercheuses comme Hélène Blais ont ouvert des pistes, par exemple sur les jardins botaniques coloniaux, mais dans l’ensemble la recherche française a pris du retard. Avec Antonin, nous avons voulu contribuer à combler ce manque en rendant accessibles en français des textes majeurs qui font autorité dans le champ. Car nous avons aussi constaté que nos étudiantes et étudiants connaissaient très peu l’histoire environnementale des empires.

      Pour comprendre en profondeur les rapports entre sociétés et nature, il faut pourtant saisir combien la colonisation a façonné ces rapports. C’est pourquoi nous avons sélectionné et traduit des textes importants, proposant un regard sur une pluralité de situations coloniales —françaises, mais aussi britanniques, portugaises ou allemandes —, et en assumant une perspective très claire : l’environnement est toujours un fait social. Notre fil directeur a été cette question : qu’ont fait les empires coloniaux à la nature, et qu’a fait la nature aux empires coloniaux ?

      Concrètement, que signifie l’idée que « l’environnement est un fait social » ?

      Antonin Plarier — Cela veut dire que la nature est toujours traversée par des usages, des conflits, des hiérarchies. Prenons l’exemple des forêts indiennes sous domination britannique : pour les populations locales, elles servaient à la culture sur brûlis, au pâturage, à l’artisanat, au bois de construction.

      Les colons, eux, y voyaient avant tout une ressource commerciale, destinée notamment à l’exportation. Ces usages divergents ont créé une conflictualité permanente, parfois qualifiée de « guerre des forêts ».

      On pourrait dire la même chose des rivières. Le barrage de Cahora Bassa au Mozambique, construit par les Portugais, en est un exemple frappant. Il a bouleversé non seulement les écosystèmes du fleuve Zambèze, mais aussi les modes de vie des populations rurales, en amont comme en aval.

      Ce que nous voulons montrer, c’est que l’exploitation de la nature ne peut être dissociée de l’exploitation des humains. Les deux sont intimement liées en contexte colonial.

      Vous montrez que la nature a été au cœur du projet colonial : à la fois ressource à exploiter et objet de contrôle social. Pouvez-vous expliquer ce que vous appelez « écologie impériale », et comment cela s’est traduit dans la vie des populations colonisées ?

      Guillaume Blanc — Les sociétés coloniales ont bien sûr été diverses — l’Indochine française ne ressemblait pas au Nigeria britannique ou au Mozambique portugais —, mais elles reposaient toutes sur un projet commun : placer la nature au cœur de l’entreprise impériale.

      Cela se traduisait par un double mouvement. D’un côté, une prédation systématique des ressources : bois, minerais, plantes, animaux sauvages. De l’autre, la mise en place de dispositifs de protection — forêts réservées, parcs naturels, règlements de chasse — qui visaient à contrôler l’accès aux ressources et à légitimer cette prédation. Protection et exploitation marchaient de pair : on préservait certaines ressources ici pour mieux continuer à les exploiter là-bas.

      Mais cette logique n’était pas seulement matérielle. Elle était aussi idéologique. En définissant ce qui relevait de la nature à sanctuariser et ce qui devait être exploité comme ressource, les colons imposaient un ordre écologique parallèle à l’ordre social. Ils décidaient quels étaient les bons et les mauvais usages, qui avait ou non le droit d’accéder à tel espace.

      C’est cela que nous appelons « écologie impériale » : une science coloniale, celle de la « nouvelle écologie humaine » qui, dès les années 1920-1930, conceptualise la société comme un organisme vivant, avec ses équilibres et ses déséquilibres.

      Les élites scientifiques et administratives se donnaient alors pour mission de planifier rationnellement l’exploitation de la nature et, par là même, le contrôle des hommes. Gouverner les populations colonisées passait par gouverner leur environnement.

      Cette écologie impériale n’est pas une simple arrière-pensée du projet colonial : elle en est un pilier. La comprendre, c’est prendre au sérieux les bâtisseurs d’empire et leur ambition de gouverner — et de dominer — à la fois les hommes et la nature.

      Vos récits montrent que les ambitions coloniales ont souvent été déjouées ou détournées : le figuier de Barbarie à Madagascar, le thé en Assam… Que racontent ces histoires sur la fragilité de la domination coloniale ?

      Antonin Plarier — Le projet colonial n’a jamais été une machine parfaitement huilée. Les ingénieurs, agronomes ou gouverneurs généraux qui rêvaient de mettre la nature en ordre se heurtaient sans cesse aux réalités écologiques.

      Prenons l’exemple du thé d’Assam, dans l’Inde britannique. Les théiers y existaient à l’état endémique, mais les colons britanniques refusaient d’y voir une production digne de l’Empire. Ils ont donc importé des plants et des experts chinois, au prix de décennies d’efforts et de dépenses colossales. Ce n’est qu’à la fin du XIXᵉ siècle qu’ils admettront que les plantes d’Assam étaient bien des théiers…indiens.

      Quant au figuier de Barbarie, introduit par les Français à Madagascar au XVIIIᵉ siècle, il devait d’abord servir les besoins des colons. Le projet colonial échoua, mais la plante s’implanta durablement et fut utilisée par les populations locales pour l’élevage et même comme barrière défensive contre l’avancée coloniale. On a donc là un retournement complet de son usage.

      Ces exemples rappellent que la domination coloniale, malgré sa violence, n’était pas toute-puissante. La nature et les sociétés locales imposaient sans cesse des marges d’incertitude.

      Vous montrez également que les colonisés n’ont pas seulement subi : ils ont résisté, négocié…

      Guillaume Blanc — La conclusion à laquelle nous arrivons, c’est qu’il y a toujours domination, mais qu’elle ne prend jamais la forme que l’on croit. Car le projet impérial est aussi mis en œuvre, quoique sous la contrainte, par les colonisés eux-mêmes. Cela crée une conflictualité permanente, à la fois sociale et environnementale.

      L’exemple des forêts indiennes, étudié par Ramachandra Guha et Madhav Gadgil, est éclairant. Officiellement, l’ordre colonial britannique était vertical : des élites européennes appuyées sur des élites indiennes dominaient les populations rurales. En réalité, les élites indiennes oscillaient : parfois elles soutenaient les Britanniques, parfois elles rejoignaient les paysans qui protestaient contre les impôts ou l’exploitation forestière.

      Elles tiraient parti de cette situation, devenant elles-mêmes des intermédiaires du capitalisme impérial. La domination coloniale n’était donc pas monolithique, mais traversée par des négociations et des conflits.

      Un autre exemple vient de l’anthropologue Lynn Shumaker, qui a travaillé sur une mine de la Copperbelt, en actuelle Zambie. Pour expliquer la mortalité des mineurs, ceux-ci évoquent dans leurs récits oraux des serpents menaçants, symboles d’une propriété et d’un usage des sols et des sous-sols bouleversés par l’ouverture de la mine.

      Les propriétaires britanniques, eux, se présentaient comme des sauveurs face à ces dangers, en construisant d’autres récits légendaires — des récits de chasseurs européens — pour légitimer leur présence. On voit là une hybridité culturelle et écologique : la représentation de la nature dans ce contexte illustre des conflits de propriété et d’appropriations des ressources naturelles.

      Certaines populations ont même utilisé l’environnement comme arme. Que nous apprennent ces luttes sur la dimension écologique des révoltes coloniales ?

      Antonin Plarier — Dans la dernière partie du livre, nous avons choisi trois luttes emblématiques. Le premier est l’insurrection « Maji Maji » en Afrique orientale allemande, au début du XXᵉ siècle. Elle est souvent présentée comme une révolte politique contre la domination coloniale. Mais si l’on regarde de près, elle est indissociable de la mise en place de réserves de chasse qui limitaient brutalement les pratiques locales de chasse. Sans cet aspect environnemental, on ne comprend pas la colère des populations.

      Deuxième exemple : la guerre d’Indochine. Les plantations de caoutchouc y tenaient une place centrale. Elles symbolisaient l’exploitation coloniale la plus brutale, avec des taux de mortalité parfois effroyables parmi les ouvriers. Elles étaient aussi des espaces de monoculture intensive, où une espèce venue du Brésil — l’hevea brasiliensis — avait remplacé les forêts tropicales.

      Au début de la guerre, le Vietminh a choisi d’attaquer ces plantations, en détruisant massivement des hévéas, parce qu’elles incarnaient le cœur économique du pouvoir colonial. Mais à mesure que la perspective de l’indépendance se rapprochait, leur attitude a changé : ces plantations sont devenues un symbole national, une ressource économique à préserver pour le futur Vietnam. On voit bien ici que la lutte politique et la lutte écologique sont imbriquées.

      Au Mozambique, dans les années 1960-1970, le barrage de Cahora Bassa représentait pour les Portugais la puissance coloniale à son apogée : domestiquer un fleuve, transformer la nature et déplacer des populations. Les nationalistes du Front de libération du Mozambique l’ont combattu, en tentant de saboter le chantier.

      Une fois au pouvoir, en revanche, ils ont à leur tour repris ce barrage, en l’intégrant au projet national postcolonial. Là encore, on voit que les symboles de la domination coloniale pouvaient être renversés, mais sans pour autant rompre avec la logique de mise en ordre de la nature.

      Vous établissez enfin un lien entre colonialisme environnemental et inégalités écologiques actuelles. Comment cette continuité éclaire-t-elle notre monde ?

      Guillaume Blanc — Le concept d’« échange écologique inégal » permet de comprendre ce lien. L’idée vient du sociologue Immanuel Wallerstein, qui a montré que le système-monde reposait sur un échange économique inégal entre un centre et des périphéries. L’historien Alf Hornborg a prolongé ce raisonnement en montrant que cet échange était aussi écologique : certaines régions fournissent les ressources, d’autres en récoltent les profits.

      Prenons l’exemple de la Tanzanie : les réserves et les parcs créés par les colons allemands puis britanniques pour contrôler l’ivoire sont devenues sources de revenus touristiques. Mais depuis l’indépendance, l’économie nationale repose toujours sur la satisfaction du besoin occidental de « nature africaine », au détriment, sur place, de l’agriculture ou de l’urbanisation.

      Cet exemple n’en est qu’un parmi d’autres. On pourrait évoquer le caoutchouc vietnamien grâce auquel Michelin a construit une bonne part de sa fortune, jusqu’en 1975, ou encore l’uranium du Gabon et du Niger grâce auquel les foyers français ont de l’électricité. Autant d’exemples qui montrent que nos sociétés contemporaines prolongent des logiques héritées de l’époque coloniale, même si elles prennent de nouvelles formes.

      Ce n’est plus du colonialisme environnemental à proprement parler, car les États africains et asiatiques sont souverains. Mais c’est bien une continuité dans les rapports inégaux, qui révèle à quel point l’écologie reste au cœur des relations de pouvoir mondiales.

      Peut-on parler pour autant de néocolonialisme environnemental ?

      Antonin Plarier — Le terme pose problème. L’époque coloniale est révolue et les élites locales sont devenues des acteurs à part entière. Elles reprennent parfois des politiques coloniales, mais dans une configuration nouvelle où elles ont leur propre pouvoir de décision.

      Comme historiens, nous insistons sur la continuité des logiques, sans nier les ruptures. Autrement dit, si les indépendances n’ont pas fait table rase, il ne faut pas non plus sous-estimer la capacité d’agir des élites postcoloniales, qui jouent désormais un rôle central.

      Et, au-delà du regard historien, il y a une question politique : comment transformer ces rapports de domination hérités du passé ? Les enjeux extractivistes et écologiques actuels ont une profondeur historique, et le comprendre n’est pas qu’affaire d’érudition, c’est aussi regarder dans le rétroviseur pour mieux transformer nos sociétés actuelles.

      https://reporterre.net/Comment-la-nature-est-devenue-un-champ-de-bataille-colonial

  • The status of Mediterranean forests 2025

    The Mediterranean region faces mounting challenges from climate change, population growth and persistent inequalities especially affecting youth and women. A sustainable transition is urgently needed to promote low-carbon, inclusive growth while safeguarding ecological integrity and resilience. Regional cooperation, education reform and robust monitoring are key to this transformation.Forests and wooded lands cover 28 percent of the region, with croplands and grasslands dominating. Forest area within Mediterranean countries grew by 12 percent between 1990 and 2020, but gains have slowed and requires enhanced sustainable forest management. Climate change is accelerating threats, such as wildfires, droughts, pests and land degradation, while land-use trends diverge across subregions.Restoration is gaining momentum, with 80 million hectares identified for potential recovery. Between 2017 and 2022, up to 2.3 million hectares were put under restoration under the Agadir Commitment. Restoration efforts increasingly integrate local communities, diverse species and traditional knowledge. However, long-term funding, monitoring and ecological planning remain limited.Wildfires in the region are intensifying, with an average of about 1 600 fires burning almost 400 000 hectares annually. Western Mediterranean countries are normally the most affected, in terms of both number of fires and area burned. Integrated fire management, including prevention, post-fire restoration and regional cooperation, is essential.Urban expansion, projected to grow by 160 percent by 2030, calls for better management of urban and peri-urban forests, which offer vital ecosystem services and social benefits. Governance must reflect the unique urban–rural interface.Effective forest management depends on integrated monitoring systems. Strengthening data collection, leveraging technologies, and fostering collaboration especially with local communities, will be critical to tracking progress and guiding sustainable action.

    https://openknowledge.fao.org/items/5ce9afc8-58a1-4c5c-bc0e-24b4da193a66
    #forêts #Méditerranée #statistiques #chiffres #FAO #forêts_méditerranéennes

  • Canada : qui sont les « tree planters », ces héros qui plantent jusqu’à 6 000 arbres par jour ?
    https://www.geo.fr/environnement/canada-qui-sont-les-tree-planters-ces-heros-qui-plantent-jusqua-6000-arbres-par-

    Les tree planters (planteurs d’#arbres) de mon pays exercent l’un des jobs #saisonniers les plus durs au monde. Le Canada fait partie des nations qui exploitent le plus leurs #forêts. En 2017, l’industrie forestière a rapporté vingt milliards d’euros à l’économie. Mais, depuis la fin des années 1960, sous la pression des mouvements écologistes, le gouvernement, qui possède 90 % des parcelles, pousse les compagnies d’exploitation forestière à replanter systématiquement. Ces jeunes reboisent donc après le passage des bûcherons, qui œuvrent essentiellement dans les zones boréales de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, de l’Ontario, du Québec et du Nouveau-Brunswick.

    Or, dans ces régions, les forêts n’ont rien à voir avec les futaies manucurées d’Europe. Elles sont sauvages, inhospitalières. Souvent situées à très haute altitude ou accrochées à des pentes vertigineuses. Y séjourner signifie être confronté à la faune sauvage (même si les attaques d’ours sont finalement rares). Et surtout, vivre et travailler dans des conditions extrêmes. Neuf à dix heures par jour, les tree planters évoluent au milieu d’un mikado géant de souches et de branches brisées reposant sur un sol spongieux, vestige de la forêt mâchée par l’action des engins forestiers. Ils portent sur eux jusqu’à trente kilos de plantules. La plupart du temps, ils travaillent en courant, s’arrêtant tous les deux à trois mètres pour creuser un trou à toute allure et y placer un jeune arbre. Il leur faut un physique et un mental de sportif de haut niveau pour tenir une saison entière (de mai à octobre).

    C’est pourtant un job bien ancré dans notre culture. Il n’existe pas de chiffres officiels, mais on peut estimer que, depuis le milieu des années 1970, environ 250 000 Canadiens s’y sont essayés, en moyenne trois saisons chacun. La plupart sont issus d’un milieu urbain et éduqué. Parmi eux, beaucoup d’étudiants, mais aussi de grands sportifs ou des gens qui veulent profiter de cette parenthèse pour réfléchir à leur avenir.

    #déforestation #reforestation #Canada

  • Tchekhov, lanceur d’alerte pour sauver les forêts
    https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2020/07/20/tchekhov-lanceur-d-alerte-pour-sauver-les-forets_6046734_3451060.html

    « L’homme a été doué de raison et de force créatrice pour multiplier ce qui lui était donné, mais, jusqu’à présent, il n’a pas créé, il a détruit. Les forêts, il y en a de moins en moins, les rivières tarissent, le gibier a disparu, le climat est détraqué et, chaque jour, la terre devient plus pauvre et laide (…)… peut-être que, pour de bon, c’est des histoires de toqué, mais quand je passe devant les bois des paysans que j’ai sauvés de la hache, ou quand j’entends bruire ma jeune forêt, plantée de mes propres mains, j’ai conscience de ce que le climat, lui, aussi, est un tant soit peu en mon pouvoir et que si, dans mille ans, les hommes sont heureux, eh bien, ce sera aussi, un tant soit peu, ma faute à moi. »

    (...) Anton Tchekhov a écrit Oncle Vania en 1896. Qui ne le saurait pas pourrait penser que l’auteur est notre contemporain et son personnage un lanceur d’alerte effaré par la destruction de la planète. Dans la pièce, on voit Astrov déployer ses cartes, des cartogrammes sur lesquels il a indiqué en vert les #forêts, en rouge et bleu la faune et la flore. Il montre comment, en cinquante ans dans la région où il vit, la forêt, qui occupait la moitié de la surface, s’est raréfiée au point de ne plus apparaître que par taches, éparses. Pour Astrov, c’est « l’image d’une dégénérescence graduelle, incontestable, qui ne demandera manifestement pas plus de dix à quinze ans pour devenir totale. »

    Le mot « #écologie » n’appartient pas au vocabulaire du siècle de Tchekhov (1860-1904). Mais c’est lui qui revient, aujourd’hui, quand il est question d’Oncle Vania. L’histoire du #théâtre est ainsi faite que les grandes pièces du répertoire sont perçues différemment selon les époques et les mentalités : on croit les connaître, on les relit, et voilà qu’elles ouvrent de nouveaux horizons, jettent une autre lumière sur des personnages. Astrov en est un exemple éclatant : le médecin porté sur la vodka est devenu le héraut d’une cause. Et Tchekhov le héros d’un combat auquel on ne saurait cependant le résumer : tout, dans son œuvre, est aussi complexe que dans la vie.

    https://archive.ph/8bbmz

  • Une base de données pour les #arbres_méditerranéens

    Grâce à la collaboration d’un réseau international de 30 scientifiques, coordonné par INRAE et l’Institut européen des forêts (EFI) et impliquant Aix-Marseille Université, l’Université de Montpellier, l’ONF et le MNHN, 496 #espèces et 147 #sous-espèces d’arbres de la région méditerranéenne ont été inventoriées. Ces données, librement accessibles, renseignent notamment sur le risque d’#extinction et la #diversité_génétique des arbres, et représentent un outil clé pour mieux protéger et restaurer les #forêts.

    Alors que les forêts doivent relever le double défi de s’adapter au #changement_climatique et de contribuer à en limiter les effets, les arbres méditerranéens restent encore insuffisamment intégrés aux politiques de #protection et de #gestion_durable.

    L’#inventaire s’étend sur 39 territoires botaniques. Les chercheurs ont montré que le nombre d’espèces d’arbres endémiques varie fortement d’une région à l’autre : on recense 150 espèces en #Espagne, 139 en #France continentale, 277 en #Turquie, 57 en #Algérie et 102 en #Sicile.

    Le #risque_d’extinction, quant à lui, reste mal documenté, près de la moitié des espèces n’ayant pas encore été évaluées dans la #Liste_rouge de l’#UICN. Bien qu’aucune tendance géographique claire n’ait été observée, la richesse en espèces est positivement liée à la superficie des territoires botaniques et à leur hétérogénéité géomorphologique.

    En ce qui concerne la #diversité_génétique, elle n’est connue que pour un tiers des espèces inventoriées, principalement celles présentant un intérêt économique. Parmi les 169 espèces pour lesquelles ces données existent, 43 % sont utilisées au moins pour l’#alimentation ou comme ressource en #bois.

    Ces résultats mettent en évidence les #lacunes dans la connaissance des arbres méditerranéens et soulignent l’importance d’une collaboration renforcée, comme le recommande le Plan stratégique de recherche pour la forêt méditerranéenne 2030, pour assurer leur conservation. L’ensemble des données est librement accessible sur la plateforme Recherche Data Gouv, et peut être utilisé par les scientifiques, gestionnaires forestiers et décideurs politiques pour soutenir la #conservation des ressources génétiques, la #restauration_écologique et la gestion durable des forêts.

    https://www.tela-botanica.org/2025/08/une-base-de-donnees-pour-les-arbres-mediterraneens
    #arbres #base_de_données #Méditerranée

  • Mines, Memory, and Migration on Bosnia’s Perilous Border

    For refugees and migrants trying to reach the EU from Bosnia, leftover landmines and border violence haunt the journey.

    The Rodriguez family peers into the lens under the harsh lighting of Havana International Airport. Stretching out his arm, Josue, dressed in a sharp light grey jacket and white shirt, takes a selfie with his wife, Adriana, and their two toddlers to document their final hours in Cuba. Though their faces are partially obscured by masks — as per the COVID-19 travel rules in May 2022 — all four appear to be smiling. Half a year later, thousands of miles away, they would be running panicked through dense Balkan forests, praying that the ground would not explode underneath their feet.

    In 2021, the world was still emerging from post-pandemic lockdowns and international travel remained limited, but in Cuba an exodus was beginning. Amid nationwide protests prompted by electricity blackouts and shortages of food and medicine, with anger compounded by decades of political repression, people were forsaking the country. Official statistics estimate that more than one million Cubans left during the 2021-2023 period, but some analysts put the figure even higher. Adriana had studied communications at university but abandoned dreams of being a journalist, unable to bear the prospect of producing propaganda for the government. “Cuba is a prison,” she says by video call from Spain. “I didn’t study for five years to tell lies.”

    Unlike most asylum seekers who usually enter Europe from the Mediterranean, the Rodriguezes were able to skip a few steps. Using a Schengen area transit visa, the family flew via Zurich into Serbian capital Belgrade, assisted by a now-defunct visa-free regime that allowed Cubans to stay in the country for up to 90 days. In 2023, Cuban nationals lodged more than 4,500 asylum applications in the European Union. Upon landing, the family requested asylum and were transferred to a nearby refugee camp. They waited several months for an interview, and their daughter started to learn some Serbian words. “We were ready to stay,” Josue said, “but one day, people in the camp told us that we had 15 days to leave the country.”

    Believing Serbia’s favorable policy toward Cubans was ending, the Rodriguez family joined a group of their compatriots and headed for the border, where they paid a local fisherman to carry them across the Drina River in a wooden boat and into Bosnia. They headed up to the northwestern frontier town of Bihać with a new destination — Spain. This would necessitate a series of attempts to clandestinely cross the 570-mile Croatian border, a practice now universally referred to by migrants as “the game.” But in the early stages of the game, they had not yet been told about the minefields littering their path.

    Aladin Bajraktarević from the Bosnia and Herzegovina Mine Action Center (BHMAC) strides into the hotel breakfast room in Bihać and starts laying out A4 printouts of maps, announcing: “You are six kilometers [3.7 miles] from the nearest mine!”

    It’s April 2025, and Bajraktarević points to aerial shots of villages ringed by red blotches signifying minefields. His next photo features a prominent red blotch — blood seeping out from a flock of sheep that had wandered over a mine. “When I show the maps during presentations on landmine awareness, sometimes people don’t listen.” The next photo he places on the table shows a mangled human corpse. “When I show them these, they pay attention. I tell them, ‘Your kids can end up like this.’”

    According to BHMAC, the last recorded landmine-related fatality in the Una Sana canton was in 2009, and the victim was a deminer. Since the end of the war in 1995, at least 615 people have been killed by landmines. BHMAC suspects there are at least 20,000 mines in Una Sana, a region stretching across the northwestern frontier with Croatia. Bakrajtarević has a team of 20 deminers, but recruiting new members is a struggle. The low monthly salary of around 700 euros ($790) for a scout, Bajraktarević says, is less than the waitresses serving breakfast earn.

    In the 1990s, this region was the scene of fierce battles between multiple armies, and years of shifting frontlines have bequeathed the landscape with a deadly legacy: the country’s highest concentration of landmines near residential areas. But it is in the deep forests and high mountain passes spanning the Bosnian-Croatian border that conceal many more. After the war, this landscape was an underutilized migration route, but in 2016, EU leaders sought to prevent hundreds of thousands of people from crossing from Greece to Western and Northern Europe. Militarized borders and violent pushbacks along the EU border slowly shifted the migration flow westward, and irregular arrivals into Bosnia jumped from around 755 in 2017 to more than 24,000 in 2018.

    Towns around Bosnia’s northern border with Croatia became epicenters for migrants, media, and humanitarian organizations. Maps were distributed, warning those crossing the border about the risk of landmines. In the spring of 2021, a Pakistani man was killed and several members of his group injured after walking into a minefield in Saborsko, a small town in Croatia several miles from the Bosnian border. No migrants have been reported killed by landmines in Bosnia, but Bajraktarević and his team regularly find scattered clothes and other detritus strewn around the minefields. Anecdotally, hunters tell him they see migrants entering forests, followed by sounds of muffled explosions. “Dead or Missing in the Balkans,” a Facebook group run by locals and volunteers, contains countless pleas from people whose loved ones were last seen leaving Bosnia, “going for a game.”

    The Rodriguezes were advised to follow a route into Croatia that ended near a church, some ruined buildings, and a bus stop. The progress was relatively easy until the first landmine sign plunged the group into dread. Still, they pressed on, walking all night until finally crossing the border where they were promptly captured by Croatian police. “They arrested us and made us sit in a completely sealed van for hours in the sun. They wouldn’t let us feed the children or let them go to the bathroom,” Adriana recalls.

    She also explains that the Croatian police searched their belongings and confiscated their telephones. “I confronted them and asked for it back, I was crying because we were going to get lost. Then a female officer put her face right next to mine and told me to leave or she’d hit me. I was holding my one-year-old baby in my arms.”

    Without any means of navigation, the Cubans were left stranded on the mountainside. “They just stood there yelling at us: ‘Go to Bosnia, go to Bosnia.’ I was afraid we would never find our way back.”

    Again, they walked through the woods under the signs warning of mines. “We saw many blankets, towels, empty water bottles, and clothes,” Adriana remembers. “I can’t say exactly where the minefield began or ended because we only saw signs on the trees, and they didn’t indicate the limits, like ‘it starts here’ or ‘it ends here.’ I’ve never felt so scared.”

    Fortunately, they encountered Nedžad, a local businessman, who was hunting in the forest. “They were exhausted, lost, with small kids in their arms,” he told us when we met up on the hilltops outside Bihać. Nedžad, who preferred not to give his surname, hosted the family for a few days while they regained their strength. A former soldier who spent the war fighting on various frontlines in the immediate area, he thought the family was lucky. “They had walked straight through the minefield.”
    Nedzad, a local businessman and veteran from the 1990s war in Bosnia, walks along the edge of a mine-suspected area near Lipa migrant camp (Maryam Ashrafi)

    A Moroccan asylum seeker now living in Italy sends us a video of his passage out of Bosnia a few years prior. Sunlight filters through the trees on which hang bright red signs with skulls and crossbones. Between heavy breathing, the man narrates in the Darija dialect of Arabic: “We arrived in Croatia, walking through paths of death,” he says. “May God protect and make it easy for each person walking these paths. I do not know if the Croats will take this video away or it will remain. Please God make it easy on us, please we are in the middle of the Croatian forest. We are in the middle of mines. Please God make it easy on us.”

    At a Bihać restaurant adorned with hunting paraphernalia, Ermin Lipović scrolls through photos of the bruised and battered migrants who emerge from confrontations with the Croatian border guards. Some cradle broken arms in slings, others lie motionless on stretchers with head stabilizers. Often, migrants pushed back from Croatia become stranded in the mine-riddled forests and may alert the police, who in turn will call Lipović to guide them to safety. In his fifties, wiry and alert, Lipović leads the local branch of the Mountain Rescue Service and braves harsh terrain and extreme weather to attend to lost hikers, farmers trapped under tractors and paragliders caught in tree branches. Since 2018, migrants are increasingly among the lost.

    “Sometimes you see mothers and fathers with little children,” Lipović shakes his head. “They have milk in their backpack and it’s frozen solid. No thermal clothing, nothing. Every time you go up the mountain, you don’t know who you will meet. I go quietly. Sometimes the smuggler says, ‘Don’t come here.’ I say, ‘OK, you’re going to Croatia, but please go that way instead!’

    Lipović thinks it probable that some have died from triggering landmines deep in the forest. “You have people here buried without a name,” he says, gesturing to the other side of Bihać. There the town’s main cemetery features a section for migrants with a dozen simple gravestones inscribed with the letters NN (from the Latin nomen nescio, or “I do not know the name”).
    In a corner of the Bihać cemetery, several tombstones for migrants and people found dead near the border are marked with the letters “NN” (Maryam Ashrafi)

    We drive southeast out of Bihać toward the largely uninhabited hamlet of Lipa. It was here in December 2020 that people were seen running from clouds of black smoke after the tented settlement hastily established to house migrants was incinerated in an unexplained fire. Months before, Europe’s biggest refugee camp on the Greek island of Lesbos had also gone up in flames. Its replacement — an isolated, heavily surveilled Closed Controlled Access Centre — would herald the EU’s new model of quasi-detention facilities for asylum seekers. In November 2021, local and EU officials opened Lipa amid great fanfare, with the regional head of the International Organization for Migration (IOM), Laura Lungarotti, announcing: “Today we are turning a tragedy into an opportunity.”

    Lipa lies at the end of a two-mile-long dirt track, with rows of metal warehouses and shipping containers dotted along a windswept hilltop surrounded by barbed wire fencing. The European Commission financed the construction of the camp with an initial €1.7 million ($1.9 million) with member states also contributing an additional €500,000 ($570,000) for a small detention facility inside. Sixteen miles away from the nearest town, Lipa is in the middle of nowhere or, to use a Bosnian term, a vukojebina — “a place where the wolves fuck.”

    We saw no wolves, though bears and lynx are known to roam nearby. A note written in Arabic and Farsi stuck on a portacabin at the camp’s entrance warns migrants of the hunting season in the surrounding hills. More arresting are the other signs a few hundred yards away behind the camp. Poking out of the trees, bright red and square, with a prominent skull and crossbones and white capital letters screaming “MINES!”

    The signs were placed there by Bajraktarević’s colleagues from the national demining agency. He says that BHMAC deem it a “mine suspected area,” meaning that there is a possibility that mines or unexploded ordnance may be present. Despite this, Bajraktarević says they have not been contacted by any authority or international organization since to completely clear the area.

    We were allowed into Lipa by the state Ministry of Security under the strict instructions that we did not take any photos or speak to any of the migrants inside. After a terse exchange in Bosnian with the camp manager, our friendly but nervous minder announced: “What I have to tell you is that I am not allowed to tell you all the information.”

    During our brief tour around the facilities, we learned that Lipa has the capacity for 1,500 single male asylum seekers but was currently 10% full. The nationalities included Moroccans, Algerians, Afghans, Palestinians, Egyptians, Syrians, Libyans, and Pakistanis. On average, people stay for 10 days with access to basic services: food, showers, hygiene items, and a visiting doctor. Curiously for such an isolated facility, there is no public transport connection and migrants are obliged to use private taxis, the same ones that also drive migrants to the Croatian border for grossly inflated fees. It is also common for those without funds to walk to the camp, crossing over terrain that the state demining agency believes may contain mines.

    “It’s a business, not just for smugglers but for taxi drivers,” says a humanitarian worker in Bihać, whose organization opposed the location of the camp from the beginning. “They pay 50 euros [$58.26] each for a taxi to Lipa from the border, they fit as many as they can. Everyone is using the opportunity to get money from them.”

    Landmine awareness sessions are conducted “from time to time,” according to our minder as “this area is potentially infested with mines.” “They could be there, but it is not 100%,” he continued, adding: “But it never happened over here that somebody stepped on a mine and activated it. We all know where those landmines, maybe, are. We know where the biggest fights happened during the war, so we’re not going there.”

    In a statement to Inkstick, the spokesperson for the EU delegation in Sarajevo, Ferdinand Koenig, said that the territory of the Lipa camp was confirmed as mine-free prior to its establishment and that this one was of the essential conditions demanded by the EU before committing to financing.: “In the vicinity of Lipa, there are zones which are classified as ‘suspected but not confirmed dangerous areas’ for mines,” Koenig added “The ongoing presence of marked warning signs several hundred meters from the camp serves as a precautionary measure to protect migrants and local communities, and this marking is regularly maintained and verified, including through periodic checks, by BHMAC.”

    Though Lipa is managed by Bosnian authorities, the IOM was the primary implementing agency involved in its establishment. In a statement to Inkstick, IOM spokesman Francois Lhoumeau said: “To ensure accuracy, IOM cross-checked the BHMAC digital platform, which provides real-time updates on mine-suspected zones in the country. The platform confirms that there are no mine-contaminated areas in the immediate surroundings of TRC Lipa.”

    When we stood behind the camp, the Suspected Mines app told us we were less than two miles from a mine. Lhoumeau also said: “Prior to the opening of TRC Lipa, BHMAC informed IOM that a limited number of signs would be installed as a precautionary measure. It is important to note that the actual mined area is located significantly farther north and does not pose a direct threat to either the residents or staff operating within the TRC Lipa perimeter.”

    Given their similarity, it is difficult to know the difference between signs that have been laid “as a precautionary measure” and those that warn of known minefields. But contradiction was a common theme throughout our inquiries. Many times, we were told with extreme confidence in one breath that an area had no mines, only to be told seconds later that if there are mines then there are not many, or if there are then they are probably inactive.

    Šuhret Fazlić, the former mayor of Bihać, whose tenure coincided with the establishment of Lipa, flatly denies the area is — or ever was — mined. “I am not aware of the signs,” he says, “but if they are there then it is because of the possibility that some unexploded ammunition could be there. Or there is a theoretical possibility that there are mines in some areas, so they [BHMAC] put up the signs to release themselves of the responsibility.”

    Back at Lipa, we managed to invite a middle-aged Algerian man outside for a brief chat. He wouldn’t comment much on the camp conditions or treatment by staff but hinted at tensions inside. “You have to watch your back, even the one sleeping next to you.” He confirmed that landmine awareness sessions are given. “They told us this area near Croatia is full of bombs.” Yet, like most migrants on the route, he is not blessed with many alternative options when his sole aim is to cross the border.

    Threats of a much higher order of magnitude are presented by the Croatian border guards, who have been accused in multiple journalistic and NGO reports of theft, destruction of property, intimidation, physical abuse including use of batons, tasers and knives, and sexual assaults, including against women and minors. “Some of them hit you and take your mobile phone,” the Algerian man explains. “Some of them treat you good, just leave you on the border, and tell you to go, but the majority — no good.”

    A Croatian interior ministry spokesperson told Inkstick that their officials maintain excellent cooperation with BHMAC and “the exchange of data and information on dangerous areas is an integral part of our cooperation and is ongoing.” Despite this, migrants apprehended by Croatian forces are routinely forced back into Bosnia, including to areas still rife with unexploded ordnance. If some still had possession of the phones, they could download an app developed by the UNDP called “Mine Suspected Areas,” which provides a map showing proximity to minefields. Reviews are generally negative, with users reporting bugs, inaccuracies, and incompatibility with iPhones.

    In one village near Velika Kladuša, where mine warning signs protrude from woods next to back gardens, the app suddenly blasts a warning tone. But when we conduct a site visit with BHMAC, while heavily armored deminers lumber around minefields nearby, the app stays silent. Bajraktarevic looks at the phone and frowns, admitting: “It’s not 100% accurate.”

    Up in the green undulating hills outside Velika Kladuša on Bosnia’s farthest northwestern tip, the stillness in the air is enforced by abandonment. Residential houses are shuttered and driveways empty, the families having long left for opportunities across Europe — Bosnia records one of the world’s highest per capita emigration rates, with around 1.7 Bosnians living outside the country. Among the fields stand dilapidated wooden barns and decaying concrete outhouses where migrants huddle before or after embarking on “the game.” In the squares of tiny towns and villages, groups of pushed-back migrants gather to figure out their next move.

    In Vrnograč we meet Abdikadir, a young Somali resting with his fellow travelers fresh back from an unsuccessful game and waiting for a ride back to Lipa. He was aware of minefields on the way to Croatia because he saw them: “Yeah, there are a lot of signs, but we have the leader, he knows the way.” With little power to choose on which path they are taken, Abdikadir suggests that smugglers may be forging routes through the minefields precisely to avoid detection. “If the smugglers see police, they will run into the forest.”

    In a nearby settlement, Ibrahim Džanić leans on the gate outside his bright green house, which stands atop a valley staring across into Croatia. A retired Lego factory worker, he spends his days admiring his sun-dappled lawn among the apple blossom, tending to his rows of hives, making honey, and contentedly listening to the “beautiful music” of the bees. But in recent years, the tranquil air has been punctured by screams at night. Džanić points towards a field. “Over there, that’s where they throw them in the river,” he frowns. “You see them walking past soaking wet.”

    Just as the locals have become used to the slow rhythm of rural life, and the presence of wartime landmines underfoot, the overbearing presence of their neighbor’s border guards, and their violent ejections of migrants have become a grim routine.

    “I see them when they patrol,” Džanić says. “They used to jump out of their car and run toward me, and then after a while they realized I’m just an old man walking my dog.” He narrows his eyes. “Gaza, Ukraine — I don’t watch the news anymore. The world comes past my door.”

    In 2021, after several weeks spent monitoring the forests, a team of journalists captured high-definition footage of masked Croatian border guards conducting illegal pushbacks of migrants into Bosnia, striking them with batons, and forcing them into a river. The Croatian government insisted it was an isolated incident and announced the suspension of three officers, only for them to be soon reinstated. With little enforcement by EU officials and without any obvious effective mechanism to prevent rights violations, villagers report that the border violence is business as usual. One farmer, who gave his name as Husejn, still sees bedraggled migrants returning from unsuccessful border crossing attempts. This year there are less, though in previous times there might be hundreds a day passing through.

    “They don’t deport them normally, they just leave them in the forest,” he says, looking over at a patch of freshly planted trees in the near distance. Our Suspected Mines app informs us we are half a mile away from a mine. “They bring them all the way there, beat them up, and break their phones. We can hear when they are screaming and begging for help. We couldn’t listen to that anymore. Can you imagine that someone brings you to some forest, does that to you and you have no idea what’s happening? Imagine what you can hear and how that feels.”

    Husejn has his own experience of negotiating perilous borders, having been stranded behind enemy Serb lines in the 1990s with the only way to cross back to base through a minefield. “I thought, either I get out of here, or I’m done.” Thanks to his Yugoslav People’s Army training, he identified the zigzag pattern of the trip wires and gingerly stepped through to safety. When he and his family returned after the war, the farmland was laced with mines. But Husejn took a proactive approach. “I found those mines, put them in the ground, lit a fire, and blew them up,” he chuckles mischievously. “Then the police came around and said, ‘You can’t do that.’”

    Husejn is skeptical whether migrants may encounter the same risks, speculating that the landmines around his house may no longer be active after 30 years of rain and snow and being pushed deeper underground, but he worries for other countries where they are being freshly laid. “Countries like Ukraine, they will have to go through what we did.”

    In 2023, fueled by raging conflicts in Syria, Afghanistan, and Ukraine, 5,757 casualties of landmines and explosive remnants of war (ERW) were recorded, 84% of them civilians. In 2025, citing security concerns stemming from shared borders with Russia, the governments of Finland, Estonia, Latvia, Lithuania, and Poland announced they would withdraw from the Ottawa Convention, an international treaty that aims to eliminate anti-personnel landmines.

    According to officials, at the start of 2025 around 1.6% of Bosnia was deemed “mine suspected,” down from 8.2% in the late 1990s. They estimate that to clear the remaining 800 kilometers (497 miles) in the next decade, around €30 million (around $34.9 million) will be required — a very tall order in the age of competing foreign policy concerns and punishing aid cuts. Meanwhile, Croatian officials say they intend to be declared mine-free in 2026.

    Through its military operation EUFOR, the EU supports Bosnia’s armed forces in demining and landmine awareness training. It is also one of the largest international donors for mine action, contributing more than €46 million ($54 million) of support for efforts including mine clearance and victim assistance. Other individual member states have also provided bilateral funding. But the figure is dwarfed by the amount allocated to border migration management, which, according to EU spokesperson Koenig, is nearly €150 million ($176 million) since 2018 alone. Meanwhile, in 2024, the EU recorded approximately one million asylum claims for the second year in a row.

    For its part, the Rodriguez family’s second attempt at leaving Bosnia was difficult. “My daughter saw trees and began to cry,” Adriana recalls.

    Over a six-week period, the Rodriguezes would walk back and forth across the Bosnian minefields three times. On their fourth try, they made it to Spain, where they now have a third child. But even safely settled, years on, the memories linger.

    “If I’m driving at night and all I can see is the countryside, I get very anxious. My chest hurts, my hands tingle, and I have trouble breathing. I feel like I’m on my way to crossing the border all over again,” Adriana says. “But we had no choice. It was that or return to Cuba.”

    https://inkstickmedia.com/mines-memory-and-migration-on-bosnias-perilous-border

    #mines_anti-personnel #migration #réfugiés #route_des_Balkans #Balkans #Bosnie #violence #frontières

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    ajouté à la métaliste sur la question de la présence de #mines_anti-personnel sur la #route_des_Balkans et les dangers pour les migrants qui essaient les traverser en passant par les #forêts...
    https://seenthis.net/messages/1130082

  • Les Ours du #Tian_Shan : Architectes Génétiques des Pommiers


    Dans les #montagnes du Tian Shan, les ours ont été les architectes génétiques des pommes. En choisissant les fruits les plus sucrés et gros, en dispersant leurs graines via leurs excréments, ils ont façonné #Malus_sieversii pendant des millénaires. Une histoire de #sélection_naturelle fascinante !

    https://homohortus31.wordpress.com/2025/01/25/les-ours-du-tian-shan-architectes-genetiques-des-pommiers
    #montagne
    #ours #pommes #pommiers

  • En #Algérie, la France coloniale a aussi détruit la #nature

    L’accaparement colonial de la terre en Algérie a détruit des modes d’organisation et de gestion de la terre en commun. Le développement des monocultures et d’une agriculture d’exportation a aussi bouleversé l’environnement.

    Après avoir été suspendu de RTL début mars pour avoir évoqué les massacres français en Algérie au XIXe siècle, Jean-Michel Apathie a décidé de quitter la station. En pleine surenchère du ministre Bruno Retailleau avec l’Algérie et face à une extrême droite qui clame les bienfaits de la colonisation, le flot de réactions hostiles aux propos de l’éditorialiste rappelle que nombre de Français ne connaissent pas l’ampleur des crimes coloniaux commis par la France en Algérie.

    Face aux tentatives de révisionnisme historique, Reporterre s’est intéressé à un pan méconnu de la colonisation française en Algérie : ses dégâts sur la nature. À l’aube de la colonisation, le socle de la société algérienne reposait sur la paysannerie, l’agriculture était la principale source de richesse et rythmait la vie des populations qui alternait entre le travail de la terre et les transhumances saisonnières. Mais de 1830 jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, l’accaparement des terres par les colons a complètement bouleversé cet équilibre.

    « L’arrivée des colons en Algérie signe l’accaparement des ressources environnementales et celle du foncier. C’était une pratique d’expropriation sans explication, sans excuse et avec une grande brutalité. Pour les Algériens, c’est un monde qui s’effondre littéralement », relate Antonin Plarier, maître de conférence à l’université Lyon 3 et spécialiste de l’histoire environnementale des sociétés coloniales.

    Au total, d’après ses calculs, plus d’1,2 million d’hectares ont été transférés aux Européens entre 1830 et 1917 : soit l’équivalent de 1 000 fois la superficie de Paris, et trois fois celle de la Belgique.

    Pour réquisitionner des terres algériennes, la France a développé un arsenal juridique légalisant un paradoxe : celui d’une société qui défendait le droit à la propriété et d’une colonisation qui foulait au pied celle des Algériens. L’administration coloniale pouvait ainsi s’emparer de n’importe quelle propriété algérienne, qu’elle soit celle d’un individu comme d’une tribu entière.
    Détruire la paysannerie pour « soumettre le pays »

    La doctrine coloniale et militaire se lit à travers les écrits du maréchal Bugeaud, le militaire qui a permis d’étendre la conquête de l’Algérie. Voici notamment ce que précise cette violente figure de la colonisation, spécialiste des enfumades (pratique consistant à asphyxier des personnes réfugiées ou enfermées dans une grotte en allumant devant l’entrée des feux) : « J’y ai réfléchi bien longtemps, en me levant, en me couchant ; eh bien ! Je n’ai pu découvrir d’autre moyen de soumettre le pays que de saisir l’intérêt agricole ». Il faut donc empêcher les populations « de semer, de récolter, de pâturer », pour les priver des moyens d’existence, souligne l’historien Hosni Kitouni, chercheur en histoire à l’université d’Exeter.

    En filigrane, il s’agissait de punir tous ceux qui tentaient de se révolter, et de dissuader ceux qui en avaient l’intention. En 1838, l’ordonnance royale du maréchal Bugeaud indiquait que toute tribu s’insurgeant contre la domination française pouvait voir ses terres séquestrées. Cette politique monta encore d’un cran en 1871 à la suite d’une insurrection initiée contre la puissance coloniale.

    Cette « tempête des spoliations », selon l’expression d’Hosni Kitouni, a non seulement dispersé les populations, contraintes d’abandonner leurs maisons, leurs cultures, leur bétail, mais a également entraîné leur paupérisation, voire pire, leur famine, puis leur mort. En parallèle, la violence des razzias, ces opérations militaires menées dans des campements, a détruit les habitations et les récoltes. Les arbres fruitiers étaient rasés dans les zones de guerre.
    Spoliation de l’eau et des forêts

    « Devenus des paysans sans terre, sans bétail, sans abris, n’ayant que la force de leurs bras à vendre, ils vont alimenter la masse des candidats à toutes les servitudes », écrit Hosni Kitouni. D’anciens propriétaires algériens sont alors parfois revenus sur leurs terres louer leur force de travail aux colons français. « Des paysans algériens vont revenir cultiver la terre, fournir les semences, et les instruments agraires, en échange de quoi ils vont pouvoir récupérer un ou deux cinquièmes de la récolte, le reste revenant au propriétaire », raconte à Reporterre Antonin Plarier.

    Au-delà des terres, la colonisation s’est emparée des communs que sont les forêts et l’eau. Au XIXe siècle, plusieurs opérations de maîtrise des cours d’eau ont fleuri, toujours dans le but d’irriguer les terres des colons. Dans les années 1860, un projet de barrage a vu le jour dans le département d’Oran. Antonin Plarier pointe ainsi ce qui tient de l’évidence : « Lorsqu’une source en eau est maîtrisée, elle l’est uniquement au bénéfice des colons, et donc au détriment des agriculteurs algériens qui en sont de fait dépossédés. »

    La question de l’eau a entraîné plusieurs conflits, tout comme celle des forêts. Dès les années 1830, l’imposition du Code forestier par les colons a restreint peu à peu aux Algériens l’artisanat, le passage du bétail, le ramassage du bois de chauffe, et la coupe de bois pour les diverses constructions.

    Résultat : entre un tiers et la moitié des ressources économiques de la paysannerie algérienne a été menacée par ce nouveau cadre légal, estime Antonin Plarier. Il faut dire que l’administration coloniale y a très vite vu un filon : l’exploitation des forêts en vue de leur commercialisation.

    Dans la montagne de Beni Khalfoun, dans la vallée de l’Isser, l’administration octroya par exemple une concession d’environ 1 000 hectares de chênes-lièges, un bois cher et prisé pour la fabrication de bouchons, à un exploitant français. Difficile de donner un chiffre précis, mais cet accaparement de ressources essentielles n’a pas été sans conséquences sur l’écosystème algérien.

    « C’est toute une série d’éléments liés à la colonisation qui vont contribuer à dégrader l’environnement algérien. En asséchant les sols via la déforestation, l’État colonial a par exemple favorisé l’érosion des sols », dit l’historienne Hélène Blais, professeure d’histoire contemporaine à l’ENS et autrice de L’empire de la nature. Une histoire des jardins botaniques coloniaux.
    Monocultures et rentabilité

    En Algérie, comme ailleurs, la colonisation s’est accompagnée de l’introduction de nouvelles espèces jugées plus rentables, et d’un bouleversement dans les pratiques agricoles tournées vers une pratique intensive et exportatrice correspondant davantage aux besoins de la métropole.

    Ce qui fait dire à Alain Ruscio, historien spécialiste de la période coloniale, que « la totalité de l’écosystème algérien a été affectée par la colonisation » : « Au fur et à mesure que l’armée française considérait qu’une région était complètement contrôlée, des monocultures étaient rapidement mises en place. D’où aussi la construction de routes servant à acheminer ces marchandises vers la France », nous explique-t-il.

    C’est l’exemple de la vigne et de sa vinification, qui priva une partie de la population d’un accès à la culture de céréales, et entraîna la disparition de terres en jachères — qui fournissaient des pâturages jusqu’ici essentiels pour le bétail des paysans algériens. Mais aussi de l’introduction massive de l’eucalyptus, cette plante endémique d’Australie, dès les années 1860 pour tenter d’assainir les zones humides dans lesquelles le paludisme décimait des colons.

    « Des millions d’arbres ont ainsi été plantés. Dans certains endroits, cela a asséché plus qu’il était nécessaire, au détriment d’autres espèces endémiques qui ont été abattues ou abandonnées dans ce cadre », analyse Hélène Blais. L’historienne a également observé des tentatives d’introduction de moutons mérinos, apporté pour sa laine prisée en Europe.
    Chasses coloniales

    Sans oublier les chasses coloniales qui attiraient des Français originaires de tout l’Hexagone venus traquer hyènes, panthères, lions et autres animaux sauvages. Considérés comme des animaux nuisibles, leurs têtes furent mises à prix via une circulaire du général Bugeaud de 1844 offrant une récompense pour tout animal tué « proportionné à la puissance de chaque bête ». D’après les recherches d’Hosni Kitouni, rien qu’en 1860, ce ne furent pas moins de 61 panthères et 38 lions qui avaient été abattus. Si bien qu’à la fin du XIXe siècle, le plus gros de la faune sauvage avait disparu. Le dernier lion fut abattu en 1958.

    « L’ordre colonial s’accommode peu avec la différence biologique, écologique, humaine qui résiste à sa domination, conclut l’historien auprès de Reporterre. D’où la politique de mise en ordre à force de violence et de juridictions d’exception, empêchant la société autochtone de se développer à son rythme selon ses lois naturelles. »

    Au-delà des crimes commis sur les Algériens, peu d’historiens se sont jusqu’ici emparés des destructions des écosystèmes. L’ampleur d’un éventuel écocide lié à la colonisation française reste à quantifier et est un angle de mort de la recherche.

    https://reporterre.net/En-Algerie-la-France-coloniale-a-aussi-detruit-la-nature
    #destruction #paysage #colonisation #France #France_coloniale #histoire #terres #accaparement_des_terres #communs #agriculture #exportation #monoculture #paysannerie #foncier #expropriation #brutalité #violence #réquisition #droit_à_la_propriété #lois #maréchal_Bugeaud #enfumades #moyens_d’existence #insurrection #paupérisation #famine #razzias #arbres_fruitiers #eau #forêts #forêt #barrage #conflits #Code_forestier #érosion_des_sols #ressources #montagne #déforestation #environnement #érosion_des_sols #rentabilité #routes #vigne #jachères #terres_en_jachères #céréales #pâturages #eucalyptus #zones_humides #paludisme #arbres #laine #chasse #chasses_coloniales #ordre_colonial #animaux_sauvages #écocide
    #géographie_culturelle #géographie_du_droit #legal_geography

  • Un front commun contre l’#industrialisation des #forêts françaises

    #Creuse, juin 2024. Les murs de la salle sont couverts de photos et de textes. Certains portent sur l’installation d’un parc photovoltaïque dans les forêts de la #montagne de #Lure, dans les #Alpes-de-Haute-Provence. D’autres annoncent la tenue, quelques jours plus tard durant l’été, de l’assemblée générale du #Réseau_pour_les_alternatives_forestières (#RAF). Dans un coin, une table accueille des brochures, des fanzines et quelques parutions récentes portant sur les forêts, la lutte pour les préserver, leur gestion. Une grande banderole au nom de SOS Forêt est tendue au-dessus des baies vitrées et une large toile peinte faisant figurer la tête d’un lynx entourée d’un massif diversifié, mélangeant feuillus et résineux, surplombe l’estrade. Au-dessus de celle-ci, sur un fond de couleur violette, se détache le titre donné aux retrouvailles qui se sont tenues les 28 et 29 juin dernier : « Assemblée pour des forêts vivantes ».

    Nous, c’est-à-dire deux doctorants en sciences sociales et un camarade musicien, tous trois sympathisants des initiatives décrites dans cet article et participant à l’occasion à certaines d’entre elles, assistons ce matin-là à la plénière d’ouverture, deux ans après une première édition à Nestier, dans les Hautes-Pyrénées1.

    Les prises de parole s’enchaînent et renseignent sur les actualités les plus récentes concernant les forêts françaises, évoquent des initiatives à soutenir et à rejoindre, rappellent le fonctionnement de ces deux jours de rencontres. Des tee-shirts floqués à l’insigne d’Adret Morvan, du #Groupe_national_de_surveillance_des_arbres (#GNSA) ou de la Marche pour les forêts organisée quelques années plus tôt par les syndicats de forestiers de l’#Office_national_des_forêts (#ONF), sont portés pour l’occasion.

    C’est au tour de C. de monter sur l’estrade. Elle habite sur le territoire, s’initie depuis un moment aux divers métiers de la forêt ou du bois et vient présenter la grande carte qu’un de ses camarades déplie derrière elle (dont des extraits illustrent cet article, ndlr). Elle commence : « Ici on lit souvent qu’il n’y a pas de culture forestière. Ce n’est pas si évident. Il y a une culture industrielle mais aussi un rapport habitant aux forêts et une histoire de luttes. » Pour l’attester, raconte-t-elle, un petit groupe s’est attaché à récolter des témoignages et à compiler des archives afin de « cartographier des événements et des récits à propos de l’histoire de la forêt sur la Montagne limousine ». Suivons l’invitation et observons la carte de plus près.

    Le territoire représenté est à cheval sur les départements de la Creuse, de la #Corrèze et de la #Haute-Vienne. Il est tout entier maillé de petites phrases et de vignettes qui illustrent une culture forestière contrastée mais bien présente : une commune est associée à la formation au bûcheronnage qui s’y déroule depuis plusieurs années, une autre à la « tentative désespérée d’empêcher la #coupe_rase d’une #hêtraie ». On lit des histoires de champignons et de cabanes, mais aussi les conséquences sur le milieu et l’emploi de l’industrialisation de l’exploitation forestière. Quatre bêtes fantastiques et menaçantes encadrent ainsi la carte. Elles symbolisent les « usines à bois » qui amputent les forêts de la région – la #scierie #Farges_Bois, le papetier #Sylvamo, la société #Groupe_bois_et_scieries_du_Centre ainsi que le projet d’usine de #granulés #Biosyl2.

    Cartographier les luttes

    Deux jours durant, on partage des données, des anecdotes, des témoignages, mais aussi des outils. À plusieurs reprises durant l’Assemblée, la #cartographie est apparue comme une pratique pertinente pour rendre compte des « petites et grandes histoires populaires de la forêt », donc, mais aussi pour représenter des lieux à surveiller et à défendre ou pour contester les données fournies par les acteurs dominants de la filière forêt-bois. Ces deux derniers enjeux ont fait l’objet d’un atelier durant lequel des outils récemment élaborés par un groupe forestier local rattaché au #Syndicat_de_la_Montagne limousine et par l’association #SOS_Forêt_Dordogne ont été transmis aux participant·es.

    L. et T. rappellent le contexte ayant mené à la création de #Vigie_Feuillus, un protocole de veille sur les coupes rases qui affectent quotidiennement les « forêts désenchantées3 » du #Plateau_de_Millevaches. Après plusieurs mobilisations contre des chantiers forestiers jugés inacceptables par une partie de la population, il leur a semblé important de trouver un mot d’ordre plus précis qu’une seule opposition à l’industrialisation des forêts locales. Un « guide d’intervention » fraîchement sorti de l’imprimerie est distribué à l’assistance et le sera dans toute la région durant les mois suivants. « Ce protocole, lit-on au dos de la brochure, offre quelques bases pour déterminer quelle stratégie d’intervention est la plus judicieuse et adaptée à la situation ». Il s’agit non seulement d’affûter le regard des habitant·es sur l’#exploitation_forestière dans leur territoire, mais également de s’exercer à les surveiller en identifiant les indices d’activité et à coordonner des actions afin de « créer des précédents sur les alternatives à proposer en cas de coupe rase ». Deux exemples sont convoqués pour illustrer l’éventail de situations qu’il est possible de rencontrer.

    Le premier cas a fait suite à une alerte donnée sur une probable coupe rase dans la forêt qui jouxte l’habitation de sympathisant·es du Syndicat de la Montagne limousine. Une personne a permis de gagner un temps précieux en s’opposant aux premiers travaux d’abattage, fournissant à l’organisation l’espace pour inviter les parties prenantes à une discussion conjointe, lors de laquelle les propriétaires de la parcelle boisée ont expliqué procéder à une coupe pour des raisons financières. Une issue semble alors possible par le biais du Parc naturel régional (PNR) de Millevaches dans lequel la parcelle est située : une proposition de contrat à hauteur des gains espérés par la coupe est acceptée par les propriétaires et inscrit dans la réglementation Natura 2000. L. conclue son récit en rappelant qu’il importe d’être « lucides sur là où il faut taper » : « pas sur les travailleurs », ni sur certains « petits propriétaires forestiers » dont les contraintes peuvent être tout à fait compréhensibles.

    Le second cas présente les effets qu’un outil comme #Vigie_Feuillus pourrait être susceptible de produire. En janvier 2023, sur la commune de #Tarnac, en #Corrèze, des travaux d’exploitation sont en passe de commencer sur une parcelle de plusieurs hectares que traverse la #Vienne. Plus précisément, une coupe rase est prévue dans ce qui a été identifié comme un « taillis dépérissant de châtaigniers », qui est aussi une belle forêt de feuillus appréciée des riverains. Aussitôt, un comité local se met en place pour défendre la forêt menacée. Très vite est décidée une série d’actions – « surveillance accrue, garde, blocage, occupation » – qui permettent de suspendre le chantier. À la différence de l’exemple précédent, la propriétaire n’a pas besoin d’argent : il s’agit seulement d’appliquer les mesures décidées dans le plan de gestion de sa forêt. Et de les appliquer coûte que coûte, peu importe les offres faites par le PNR ou la région pour lui acheter sa parcelle et ainsi empêcher son déboisement. Le point d’orgue de la contestation est atteint un matin de mars, lorsque les représentant·es de la filière forêt-bois du département, invité·es à un rassemblement sur place afin de soutenir la propriétaire, la coupe et un modèle forestier extractiviste, reçoivent une délégation d’opposant·es. « Le Bois du chat, symbole de la lutte entre deux visions de la forêt » titrera un journaliste présent sur place4.

    Au moment où, son récit terminé, L. s’interrompt, un hélicoptère de la gendarmerie survole le site du rassemblement pendant une longue minute, rappelant qu’ici les forêts sont un sujet sensible. Le bruit des pâles étouffe momentanément les discussions.

    M. prend ensuite la parole au nom de SOS Forêt Dordogne pour présenter une contre-expertise cartographique et collaborative menée par son association à la suite d’assises départementales sur la forêt tenues quelques années auparavant, lors desquelles le pourcentage de coupe rase réalisé chaque année leur a paru largement sous-évalué. « On s’est dit que pour parler à ces gens-là, il fallait qu’on ait des chiffres », commence-t-elle. Et d’ajouter : « Vous nous dites qu’il n’y a pas plus de coupes rases qu’auparavant : on a un outil cartographique qui montre le contraire ». Celui-ci se fonde sur l’identification in situ menée par un réseau de correspondant·es volontaires répartis sur l’ensemble du département, là où les chiffres de l’#Inventaire_forestier_national (#IFN) dépendent des #photographies_satellites. Il est simple de s’approprier la méthode proposée : une photo, un point GPS et un référencement sur une carte accessible en ligne suffisent à contribuer à l’effort de contre-cartographie.

    Tous ces exemples nous le rappellent : les forêts et les #cartes, c’est toute une histoire5. Leur mariage peut en effet aussi bien aller dans le sens d’une simplification des écosystèmes forestiers, être un outil de conquête et d’appropriation6, qu’être des plus efficaces pour mieux connaître les forêts et agir en leur sein, y travailler avec plus de précision, en préserver certaines parties ou, comme le montrent les exemples précédents, les défendre.

    De simples cartes de localisation seraient sans doute utiles, aussi, afin de mieux se retrouver parmi le foisonnement de collectifs forestiers présents lors cette deuxième Assemblée pour des forêts vivantes. La pluralité des espaces géographiques représentés est une force : de la #Meurthe-et-Moselle aux #Pyrénées, la défense des forêts suscite l’émergence de groupes locaux, mêlant habitant·es, professionnel·les et associations. Mais l’hétérogénéité des situations décrites peut aussi apparaître comme un frein à l’élaboration de mots d’ordre nationaux à même de massifier les mobilisations locales. Se pose, dès lors, la question du besoin d’une coordination nationale pour assurer l’organisation de tels événements.

    Adversaires et alliés : identifier les acteurs et les actrices de la forêt

    Après un déjeuner où des discussions enforestées ont porté sur les liens à consolider entre l’amont et l’aval de la filière bois et ont suscité l’envie d’aller rencontrer nos voisin·es Suisses pour apprendre de leur modèle sylvicole, il est temps de regagner la salle principale. Sur les bancs en bois ayant servi pour la plénière introductive, une petite vingtaine de personnes attend que commence l’atelier animé par un membre de l’association #Canopée – Forêt vivante. La séance est consacrée à l’identification des différents acteurs de la filière forêt-bois, des grandes coopératives forestières aux collectifs d’habitant·es, des sociétés de placement financier aux associations de gestionnaires forestiers.

    Par souci stratégique et didactique, ces acteurs, représentés par leur logo imprimé sur des rectangles de papier cartonné, sont placés sur un tableau déterminé par deux coordonnées. L’abscisse indique le positionnement politique de chacun par rapport aux écosystèmes forestiers et socio-professionnels. Plus ils se placent à gauche du tableau, plus ils sont considérés comme éloignés d’une sylviculture et d’une attention forestière privilégiant la vie, la diversité, la santé mentale et physique au travail, la constitution de communs inter-espèces, la subsistance. Ils sont au contraire caractérisés par leurs objectifs de profits à court terme, de maîtrise de la terre, des corps et des ressources, d’inattention écologique, de gestion des flux et d’opportunisme vert. L’ordonnée montre quant à elle le degré d’influence politique des structures et infrastructures. En haut de la ligne se retrouvent celles dont les ressorts sont les plus efficaces – en termes de taille, de capacité d’alliance, de communication, de maîtrise de l’opinion et donc de poids dans les sphères de la haute administration décisionnaire – pour faire peser la balance vers une orientation ou une autre.

    Chaque participant·e est invité·e à donner son avis sur le placement, au sein du tableau, des rectangle présentés par l’animateur de l’atelier. On apprend ainsi que Fransylva est l’unique syndicat des propriétaires forestiers privés, réduisant par conséquent à une seule liste le choix électoral, le reconduisant tous les six ans. Son président, Antoine de Ponton d’Amecourt, effectue sur ses propres parcelles forestières des coupes rases allant jusqu’à vingt hectares7.

    Par ailleurs, son syndicat contribue à légitimer, par des éléments de langage, l’industrialisation forcenée de la filière, la monoculture de résineux et le rajeunissement des peuplements – ce qui n’est pas pour déplaire à un proche de l’organisation nommé Jean-Michel Servant, ancien président de l’interprofession nationale France bois forêt et encore délégué interministériel à la forêt, au bois et à ses usages en juin dernier. À la lumière de ces informations sur le syndicat, Fransylva trouve une place évidente sur le tableau : très en haut, tout à gauche.

    L’animateur poursuit en mentionnant Pro Silva (à ne pas confondre avec la structure précédente), une association de propriétaires, gestionnaires, professionnel·les et ami·es de la forêt, reconnue d’utilité publique depuis 2013. Elle organise principalement des formations techniques prônant la sylviculture mélangée à couvert continu, pratique fondée sur le temps long, la diversification des essences et des âges. Ses principes sont applicables partout mais le faciès des forêts ainsi gérées n’est jamais le même, et s’oppose en cela au modèle monoculturel. Si Pro Silva a montré, depuis son lancement en 1989, son importance dans la balance politique, sa visibilité médiatique reste encore faible. Elle sera placée dans le quart inférieur droit.

    À la cartographie comme outil de lutte succède donc le plan. Les nombreux autres acteurs seront à leur tour présentés et disposés afin de mieux s’orienter dans le paysage institutionnel de la forêt française.
    Débrancher les forêts

    Au même moment, une discussion consacrée à la rencontre entre « forêt et production d’énergie », ou « comment résoudre l’équation impossible », débute sous un barnum nommé « bouleau » pour l’occasion. Certain·es participant·es feront remarquer qu’il n’y a pas de barnum « douglas », ni « pin maritime », les mal aimés, les pas beaux. C’est pourtant souvent de ces essences dont il est question, en ce qu’elles composent largement les forêts « sous camisole8 » impliquées dans les projets énergétiques qui seront discutés au cours de cet atelier.

    Quelques personnes préparent l’espace de discussion. Deux intervenants accrochent des photographies de parcs solaires sur la bâche blanche et jaune du barnum. L’un d’eux porte un tee-shirt du Réseau pour les alternatives forestières (RAF), dont il fut l’un des administrateurs. Un slogan y est inscrit : « Ça te branche ? ». La question prend ici une tout autre tournure.

    Deux clichés, « avant/après », amènent à constater l’impact forestier de la « centrale industrielle » de Monfort, développée par Engie Green dans les Alpes-de-Haute-Provence. Au-dessus, une cartographie « clandestine et non-exhaustive » permet d’insérer cette prise de vue dans ce qui est qualifié de « mitage en cours ». On comprend vite le sens de cette expression et de ce qu’elle recouvre : si la loi APER de 2023, relative à « l’accélération de la production d’énergies renouvelables », interdit les installations photovoltaïques supérieures à 25 hectares sur des zones forestières lorsque celles-ci nécessitent une autorisation de défrichement, n’amène-t-elle pas à la multiplication de projets certes moins grands, mais toujours aussi vastes dès lors qu’on accède à un aperçu global du phénomène ?

    Une dizaine de personnes a pris place – il y en aura une vingtaine lors de la session suivante. Quelques-unes étaient présentes aux Résistantes, les « rencontres des luttes locales et globales » qui ont eu lieu sur le plateau du Larzac l’année précédente. L’impact des parcs photovoltaïques sur les espaces agricoles ou forestiers y avait été discuté lors d’une table-ronde, à l’issue de laquelle une coordination nationale s’était créée9.

    Un nouveau « tour d’horizon des projets contestés et des luttes engagées » commence donc. Un intervenant venu des Bouche-du-Rhône aborde le cas de Gardanne, où l’avenir de la centrale à charbon reconvertie en usine à biomasse reste encore incertain. On estime sa consommation à 850 000 tonnes de bois par an. Ses propos sont ensuite complétés par un témoin des Pyrénées-Atlantiques, qui détaille pour sa part le projet BioTJET – une usine de bio-kérozène située à Lacq, censée alimenter les besoins de l’aéronautique en carburant à partir du bois. La production s’appuie sur l’électrolyse, un procédé lui-même très coûteux en énergie. Drôle de transition, pense-t-on, que celle nécessitant de nouvelles unités de production d’électricité, de nouvelles lignes de transports et, qui sait, de nouveaux panneaux solaires en forêt.

    Beaucoup attestent sur ce point d’une véritable « déferlante photovoltaïque » dans les milieux forestiers, que ce soit en Dordogne, en Franche-Comté, en Gironde ou dans les Alpes-de-Haute-Provence. La pression sur les espaces concernés est parfois double. Sur la Montagne de Lure, l’association Elzeard a dénombré plus de 1 000 hectares de zones naturelles convoitées par l’industrie photovoltaïque. Or, cette montagne fait déjà partie de la Zone d’Approvisionnement Prioritaire de la centrale de Gardanne.

    Là comme ailleurs, la pression s’intensifie par le biais d’un nouvel outil conçu par la loi APER : les Zones d’Accélération. Les communes doivent désormais identifier des sites jugés propices à l’installation d’unités de production et rapidement en fournir une cartographie. D’où l’organisation de balades « botanovoltaïque » dans le Buëch, comme nous l’a expliqué un membre du Collectif citoyen pour un autre photovoltaïque dans les Alpes du Sud. En se promenant sur ces terres convoitées et soumises à une spéculation nouvelle, il est sûrement possible de découvrir ce que la superposition de données oublie ou ne sait dire de la forêt.

    Une membre du Collectif Citoyens Résistants Champagnole est venue témoigner de ce qui aurait dû être le plus gros parc photovoltaïque de Franche-Comté dans les forêts de Loulle et de Mont-sur-Monnet. La voilure a dû être revue à la baisse. C’est également le cas en Gironde, ce dont témoignent des opposant·es au projet Horizeo, grand vainqueur de cette course au gigantisme. Les porteurs du projet envisagent l’installation de 700 hectares de panneaux photovoltaïques dans la forêt des Landes girondines, au sud de Bordeaux, au lieu des 1 000 hectares prévus initialement. Mais ce projet, qui serait alors le plus important en France, a toutefois du plomb dans l’aile. Il fut récemment désavoué par le même gouvernement qui avait adapté la loi APER à son calendrier, rendant ainsi possible le dépôt des demandes d’autorisation avant que l’interdiction des sites de plus de 25 hectares soit effective.

    Si les projets s’accumulent en entrent en concurrence, l’espace dédié à la compensation forestière également – une aubaine, malgré tout, pour des coopératives forestières attentives à l’expansion de leur domaine d’intervention, transformant des forêts de « faible valeur » en hectares compensateurs. Alors, les hectares en forêts se font plus chers, et c’est le foncier agricole qui apparaît comme une solution miracle.

    Nous l’avons vu, même si les argumentaires et les conditions matérielles sur lesquelles s’appuient ces projets varient en fonction des territoires, ils s’inscrivent néanmoins dans des dynamiques globales. Un chercheur qui enquête depuis Bruxelles sur le lobbying européen des grandes entreprises, notamment sur l’industrie de la biomasse, nous le raconte. Il rappelle l’intérêt de comprendre les directions de l’Union pour appréhender le contexte national et ses répercussions sur nos milieux de vie. Les contraintes sont fortes et les pénalités financières bien réelles. La France, seul État membre à n’avoir pas atteint ses objectifs de production d’énergie renouvelable en 2020 et dont la trajectoire a été jugée insuffisante, s’est vu infliger une amende de l’ordre de 500 millions d’euros.

    L’industrialisation de la forêt, largement évoquée lors de ces journées, est tout à fait compatible avec la « transition énergétique » telle qu’elle nous a été témoignée. En fait, cette mise au travail des forêt permet au moins deux choses. D’une part, elle garantit la pérennité et la progression d’une ressource en bois qui doit s’adapter à de nouveaux besoins : la production d’une énergie « verte » et « décarbonnée ». D’autre part, elle assure à cette production un espace dédié où pourront être implantées les infrastructures nécessaires à la transformation des ressources, qu’il s’agisse de bois ou de soleil. Pour ce faire, l’industrie emploie un argumentaire qui opère comme une épée à double tranchant. À la fois capable d’écologiser la forêt – un bien renouvelable pour une énergie propre – elle n’hésite pas à nier son existence quand cela l’arrange – au mieux elle est en dépérissement, au pire ce n’est pas une vraie forêt. Dans tous les cas, il s’agit de la couper pour satisfaire l’envolée d’une demande en énergie rarement ou jamais questionnée.

    Face à cette industrialisation de la forêt, une éclosion de luttes territorialisées est soucieuse de se mettre en lien. S’il convient de distinguer les nombreux domaines que couvrent la question de l’énergie (biomasse, photovoltaïque, biocarburants, etc.), ce travail de témoignages, de partages d’expériences et de réflexions ouvre à des prises de positions, enquêtes et actions communes aux participant·es. C’est toute une culture qui se construit, là où les développeurs, nous l’avons entendu, croient souvent tomber sur des « incultes », des habitant.es peu informé.es, et pensent bénéficier de causes parfois considérées comme indéfendables : il est compliqué de concevoir qu’un projet dit « de transition énergétique » puisse être contesté. « On l’entend dans la presse : les écolos attaquent les écolos ».

    Démanteler le complexe sylvo-industriel

    Défendre les forêts conduit donc bien souvent à en sortir pour comprendre ce qui les menace. Quitte à remonter pour cela une ligne à grande vitesse ou à suivre le parcours d’un camion chargé d’arbres fraîchement abattus. Depuis plusieurs mois, le collectif Méga-Scierie Non Merci lutte contre l’extension de la scierie Farges-Bois, en Corrèze, à Égletons – une lutte qui, pour l’heure, est sur la bonne voie : les procédures judiciaires en cours à l’encontre de l’industriel l’ont contraint à suspendre momentanément son projet d’extension. Et ce malgré l’achat récent de la propriété d’une riveraine et opposante par l’industriel, suite à l’expropriation de l’habitante par la communauté de communes Ventadour-Égletons-Monédières10.

    Cette histoire nous est racontée par deux membres du collectif. Ils reviennent sur les raisons de leur implication contre l’extension de la plus grosse scierie limousine, qui a pu être visitée lors de portes-ouvertes mémorables en septembre 202311. Rien ne les destinait à enquêter sur l’industrie forestière, à calculer des volumes de bois sur pied, abattus et sciés, ni à entamer un véritable travail de recherche pour mieux comprendre la réalité de ces « méga-scieries » qui s’installent et se développent de l’Alsace aux Pyrénées. Leur rencontre les a conduits à tenter de comprendre ce que l’aval d’une filière industrielle fait à la ressource qu’elle mobilise et aux forêts qui la produisent.

    En décembre 2022, plus de 200 personnes ont manifesté dans les rues d’Égletons pour protester contre le projet d’extension et elles étaient autant à participer à la première réunion d’information organisée par les opposants au début de l’année 2024. Aujourd’hui, le public de l’atelier est beaucoup plus clairsemé : l’outil industriel, sa logique de standardisation, de capitalisation et d’investissement, son rapport de prédation à la ressource en bois ne sont peut-être pas les sujets les plus séduisants de cette Assemblée pour des forêts vivantes. Le même après-midi, il est en effet possible de composer des vers ou des haïkus pour les déclamer ensuite en forêt, ou de s’initier à la grimpe d’arbre avec des membres du GNSA. Difficile, aussi, de trouver des failles chez des groupes composés de plusieurs centaines de salarié·es et qui bénéficient d’un soutien politique fort au-delà de la seule – et nécessaire – opposition.

    C’est notamment pour cette raison que A. et A. ont commencé à enquêter sur le monde discret des plus grosses scieries françaises. Mieux connaître ses réalités donne des prises pour envisager une riposte un tant soit peu suivie d’effets. Une démarche proche de celle qui a mené l’Atelier paysan à écrire le livre Reprendre la terre aux machines, dans lequel un retour critique sur la modernisation agricole et la constitution d’un complexe agro-industriel précède une série de propositions concrètes à l’adresse du monde paysan. Une heure durant, ils relatent leur cheminement, convoquent l’histoire récente du territoire et celle de l’industrie forestière avant d’ouvrir le débat sur quelques questions simples : comment démanteler de tels sites industriels ? Par où commencer ? Et qu’est-ce que démanteler, dans ce cas, veut dire ?

    Tandis que l’atelier prend fin, la discussion se poursuit avec trois personnes mobilisées contre le rachat et l’agrandissement d’une scierie à proximité de leur lieu de vie. Dans la grande salle, un chœur entame des chants, vite repris par le public. Nous mettons quelques chaises à l’écart pour recueillir le récit de G., X et E., trois membres d’un collectif situé autour de Brassac, dans le Tarn, qui se mobilise contre le projet porté par le groupe SIAT, propriétaire de la plus grosse scierie française, située en Alsace. Celui-ci entend faire d’une scierie moyenne, déjà reprise mainte fois, l’une des plus importantes d’Occitanie. Quelques semaines plus tôt, une petite délégation issue du collectif Méga-Scierie Non Merci est allé à leur rencontre pour entamer une collaboration militante. Des connexions commencent à se faire.

    « Nous, on habite à côté ». G. et M. ont assisté à l’émergence et la croissance de la scierie installée en face de chez eux, à Brassac, depuis 1997, jusqu’à son rachat récent par le groupe SIAT. Ils n’en sont pas à leur premier combat pour la sauvegarde de terres agricoles et naturelles : voilà une dizaine d’années qu’ils posent des recours pour contester le changement d’affectation des sols autour de chez eux, quelles que soient les sociétés concernées.

    Néanmoins, un changement d’échelle est cette fois à prévoir : « L’argument de SIAT est de dire qu’ils vont faire un site miroir de celui qu’ils ont en Alsace. Donc on a voulu savoir comment c’était en Alsace ». Une visio-conférence organisée avec des riverains du site d’Urmatt dans le Bas-Rhin a fini de convaincre les trois opposant·es : s’il se réalise, ce méga-projet industriel produira un niveau de nuisances et de pollutions invraisemblables pour les riverain·es, ainsi qu’une pression accrue sur des forêts déjà soumises à une exploitation importante et des perturbations climatiques de plus en plus intenses.

    Dès lors, dans le Tarn comme ailleurs, tous les moyens sont bons pour convaincre les habitant·es concerné·es qu’il est impératif de s’opposer à ce qui les attend. Des festivités se sont ainsi tenues le 22 septembre 2024 à Brassac dans l’espoir de faire changer d’échelle la lutte locale contre l’implantation du groupe SIAT. Un événement d’une tout autre ampleur, appelé par nombreux collectifs, associations et syndicats du Limousin a rassemblé le premier week-end d’octobre plus de 3 000 personnes à Guéret, dans la Creuse, là où le groupe Biosyl entend installer une usine à granulés qui menace les forêts de feuillus des environs. Cette journée de mobilisation populaire massive, soutenue aussi bien par des syndicats agricoles et de travailleurs que des associations environnementales, a été une véritable réussite.

    https://www.terrestres.org/2024/11/26/un-front-commun-contre-lindustrialisation-des-forets-francaises
    #forêt #France

  • Sur les versants du #Donon, les #sapins de la colère

    Communes forestières sans forêt, #Raon-lès-Leau et #Raon-lès-Plaine se battent depuis 150 ans pour récupérer leurs #bois, rattachés à l’#Alsace après la Grande guerre. Reportage.

    Dans la salle du conseil municipal de Raon-lès-Leau en #Meurthe-et-Moselle, des cartes vieilles d’environ deux siècles trônent au milieu des gravures et des photos sépia du village sous la neige. « Ce sont les #plans_cadastraux de la commune avant 1871 », explique Étienne Meire, qui les connaît par cœur. Lunettes sur le bout du nez, le maire de la commune scrute les documents jaunis par les ans avant de pointer l’index sur les anciennes frontières communales :

    « Tout ça, ce sont des bois. Autrefois, le territoire de la commune s’étendait jusqu’au Donon sur 1 193 hectares. Aujourd’hui il ne nous en reste que 193. Nous n’avons plus de #forêts, nous n’avons plus rien. » Étienne Meire, maire de Raon-lès-Leau

    Une ancienne carte retrace le territoire perdu après l’annexion de l’Alsace.

    (#paywall)

    https://www.rue89strasbourg.com/sur-les-versants-du-donon-les-sapins-de-la-colere-309449

  • Les forêts françaises face au défi climatique - Public Sénat
    https://www.publicsenat.fr/actualites/environnement/les-forets-francaises-face-au-defi-climatique

    Remodeler la forêt… au risque de planter des champs d’arbres, adaptés aux besoins de l’industrie, plutôt que de véritables forêts vivantes ? C’est le reproche que font les associations environnementales au plan de reboisement du gouvernement.

    Sur le plateau de Millevaches, au cœur du Limousin, Vincent Magnet lutte contre le mode de gestion industrielle de la forêt. Sa bête noire : les « coupes rases », une pratique consistant à récolter une parcelle de forêt en une seule fois. « Cela conduit à une mise en lumière massive du sol, qui est compacté par le passage des abatteuses et sur lequel rien ne repousse pendant plusieurs années » explique ce technicien forestier et citoyen engagé dans la défense de la forêt.

    « Ici ils n’ont replanté que du mélèze, bien en ligne, en monoculture » constate Vincent Magnet sur la parcelle qu’il tient à montrer à Public Sénat. « Dans quarante ans, on va tout couper, et repartir de zéro. Sauf qu’on repart de moins que zéro, parce qu’entre-temps on aura dégradé le milieu ».

    #forêts #climat #extractivisme #usure_du_monde