• L’Eau et la Terre. #Cambodge, 1975-1979

    Des destins se croisent sur une route, au lendemain du 17 avril 1975, quand les #Khmers_rouges ont brutalement évacué toutes les villes du pays. Les paysans comme les citadins se savent en sursis au point de se définir comme des « gens n’étant pas encore morts ». Tous, Khmers rouges compris, seront au coeur de la tragédie à venir.

    ▻https://www.editions-delcourt.fr/eau-et-la-terre-ned
    #BD #bande-dessinée #livre #propagande #Khmer_Serei #génocide #Kampuchéa_démocratique #déplacements_forcés #errance #déplacés_internes #déportation #marche #massacres #Lon_Nol #S-21 #Tuol_Sleng #patriotisme #Grand_bon_en_avant #travail #fosses_communes #révolution

  • Le #réchauffement #climatique devrait atteindre 1,5°C autour de 2030, alertent les scientifiques

    ▻https://www.rfi.fr/fr/environnement/20260611-le-r%C3%A9chauffement-climatique-devrait-atteindre-1-5%C2%B0c-autour-de

    « Il ne reste donc plus beaucoup de temps, complète Pierre Friedlingstein du CNRS. Le budget #carbone restant est de l’ordre de 130 milliards de tonnes de #CO2. C’est la quantité d’émissions qu’on peut émettre dans le futur pour rester compatible avec un réchauffement qu’on limite à 1,5°C. C’est l’équivalent de trois ans d’émissions de CO2 au rythme actuel. »

    Les trois quarts de ces émissions sont directement dus à notre utilisation des #énergies #fossiles : pétrole, gaz et charbon. Les chercheurs appellent donc à intensifier massivement les efforts pour s’en passer au cours de cette décennie critique pour freiner le réchauffement planétaire.

  • Under #US pressure, #EU moves to soften rules for fighting #climate #superpollutant 
    ▻https://www.politico.eu/article/under-us-pressure-eu-softens-climate-superpollutant-methane-rules

    BRUSSELS — The #European_Union is bowing to demands from the #United_States and the #fossil_fuel industry that it scale back its efforts to fight a planet-warming superpollutant.

    The EU in 2021 vowed to curb emissions of #methane and drew up legislation that forces the oil and gas sector to limit emissions of the powerful #greenhouse #gas, which is responsible for around a third of the global rise in #temperatures since the industrial era.

    Now, however, #Brussels is poised to significantly weaken enforcement of its flagship methane #regulation, granting fossil fuel companies the freedom to pollute with a focus on protecting the continent’s energy security, according to a draft document seen by POLITICO.

    Les chinois imposent aux européens des tas de choses, en tendant des pièges avec des billets pour des matchs de foot.
    (►https://seenthis.net/messages/1171530)

  • #GAFAM : pour alimenter l#'IA, les #Big-Tech plongent dans le #gaz #fossile
    ▻https://www.ladn.eu/ladn-transition/gafam-coproducteurs-energie-fossile-gaz-data-centers-ia

    Pour alimenter leurs #datacenters IA, les géants de la tech ont voulu s’affranchir du réseau électrique en produisant leur propre énergie. Bonne idée, mauvaise énergie : le modèle se déploie au gaz naturel, et les promesses climatiques des Big Tech sont en train de s’effacer.

    Depuis plus d’une décennie, #Amazon, #Meta, #Google et #Microsoft comptent parmi les plus gros acheteurs d’#électricité #renouvelable au monde. Rien qu’aux #États-Unis, les quatre mastodontes ont contracté pour 11,3 GW d’électricité renouvelable en 2024, soit l’équivalent de la capacité totale installée en #Floride, troisième État le plus peuplé du pays. Leur modèle reposait essentiellement sur des #PPA (Power Purchase Agreements), des contrats d’achat à long terme signés avec des fournisseurs d’#énergie #bas-carbone.

    Mais avec l’#IA-générative, ces PPA ne suffisent plus. Les délais de raccordement au réseau deviennent rédhibitoires et la tension monte fortement autour des hausses du prix de l’électricité engendrées par la multiplication des data centers. Les GAFAM explorent donc d’autres options, et en particulier celle de la « colocation » : construire data centers, centrales et capacités de stockage dans un même parc industriel, reliés directement sans passer par le réseau. Google fait figure de pionnier. Fin 2024, la firme de Mountain View s’est associée à un développeur d’infrastructures et à un fonds d’investissement dans une joint-venture dédiée, avec la promesse d’une alimentation à 80 % décarbonée sur site.

  • Guerre au Moyen-Orient : l’Espagne résiste à la hausse des prix de l’énergie

    ▻https://www.rfi.fr/fr/environnement/20260314-guerre-au-moyen-orient-l-espagne-r%C3%A9siste-%C3%A0-la-hausse-des-prix

    Alors que la #guerre en Iran et dans les pays du Golfe et la fermeture du détroit d’Ormuz où transitent 20 % du #pétrole et du #gaz liquéfié du monde font flamber le prix des #hydrocarbures, la facture explose en Europe, largement dépendante des #énergies #fossiles. Pourtant certains pays résistent mieux que d’autres, comme l’Espagne, où les prix devraient rester plus stables et abordables. Depuis le dernier choc sur l’énergie au début de la guerre en Ukraine, le pays a développé massivement sa production d’énergies #renouvelables.

  • « Ici, tant pis pour ceux qui meurent » : à Fos-sur-Mer, les malades passent après les industries
    ▻https://reporterre.net/Ici-tant-pis-pour-ceux-qui-meurent-a-Fos-sur-Mer-les-malades-passent-apr

    Municipales — À Fos-sur-Mer, les habitants encerclés d’usines continuent de tomber malades. Ils sont « les sacrifiés de la pollution », mais ce sujet est quasiment absent de la campagne électorale. « Surtout, il ne faut pas vexer les industries. »

    L’un des candidat (divers gauche et directeur de cabinet du maire sortant qui ne se représente pas) te fait savoir que, concernant les #pollutions_industrielles, il ne souhaite pas en faire un "joujou électoral et que ce sujet doit dépasser les postures politiciennes" ...

    Si vous croyez (encore un peu) que les élus·es mandatés·es par le suffrage universel sont au service de leurs administrés·es, évitez d’emménager dans la région de #Fos-sur-Mer.

    Pour celles et ceux qui y habitent déjà, choisissez bien le/les candidat/s qui auraient l’outrecuidance de "vexer les industriels" en rétablissant les quelques subventions aux associations de défense de la population contre la pollution et ses graves nuisances. Ces dernières ont encore besoin d’engranger des données pour faire la preuve que les dites industries obligent les riverains·es à vivre dans une "soupe toxique" ...

  • L’époque Edo était plus moderne qu’on ne le pense

    ▻https://japanization.org/lepoque-edo-etait-plus-moderne-quon-ne-le-pense

    En réduisant la modernité à la seule puissance des machines ou à la vitesse des flux, on oublie qu’elle peut aussi résider dans la capacité à #organiser la complexité, à stabiliser des systèmes urbains denses et à gérer des ressources limitées sur le long terme. Edo montre qu’une grande ville peut fonctionner avec peu d’énergie #fossile, à condition de valoriser la #réparation, de structurer des métiers dédiés au #réemploi, de maintenir des #liens étroits entre ville et campagne et d’administrer les #ressources naturelles avec constance.

    Ce n’est ni un programme politique clé en main, ni un âge d’or à célébrer. Mais à l’heure où les métropoles contemporaines redécouvrent les coûts du modèle linéaire, la fragilité des chaînes globales et la question longtemps oubliée des nutriments, l’époque Edo impose une interrogation simple, presque inconfortable : et si la modernité ne se mesurait pas seulement à la vitesse et à la croissance, mais aussi à la capacité d’un système à durer sans se défaire ?

    #Lowtech #Urbanisme #Flux

  • Funding, AI and Politics Take Center Stage at #FOSDEM 2026
    ▻https://www.omgubuntu.co.uk/2026/01/fosdem-2026-open-source-funding-ai-talks

    FOSDEM 2026 takes place at the end of this month (January 31 to February 1), as a flock of FOSS enthusiasts, engineers and established companies descend on Brussels, Belgium to chat about all things open-source and Linux. Running annually since 2000, FOSDEM (‘Free and Open Source Software Developers’ European Meeting’) seems to grow in popularity each year. This year sees over 1000 speakers, 1000s, 100s of stands and as many 10,000 attendees. FOSDEM is free to attend, you just turn up as no registration is required, an open approach for an #Event that’s all about open collaboration. Talks at FOSDEM […] You’re reading Funding, AI and Politics Take Center Stage at FOSDEM 2026, a blog post from OMG! Ubuntu. Do not reproduce elsewhere without (...)

  • The Arctic Is Chemically Transforming, and It’s Speeding Up Climate Change
    ▻https://scitechdaily.com/the-arctic-is-chemically-transforming-and-its-speeding-up-climate-chan

    From this work, the researchers identified three major findings. They determined that gaps in sea ice, known as leads, play a major role in shaping atmospheric chemistry and cloud development. They also found that emissions from oil extraction significantly change the chemical makeup of the surrounding air. Together, these influences create feedback processes that speed up sea ice loss and intensify warming across the Arctic.

    The study was recently published in the Bulletin of the American Meteorological Society.

    #climat #fossiles #arctique

  • Des corps enfouis au bulldozer et des tombes anonymes : CNN enquête sur le sort des personnes parties chercher de l’aide humanitaire et portées disparues
    Posted on décembre 8, 2025 | Abeer Salman| Gianluca Mezzofiore| Jeremy Diamond| Lou Robinson| Thomas Bordeaux| Yahya Abou-Ghazala | CNN | Traduction CG pour l’AURDIP

    ►https://aurdip.org/des-corps-enfouis-au-bulldozer-et-des-tombes-anonymes-cnn-enquete-sur-le-sor

    Jérusalem —
    Ammar Wadi savait qu’il risquait sa vie lorsqu’il est parti en juin chercher un sac de farine pour sa famille dans un camion d’aide humanitaire, près du passage Zikim à Gaza.

    « Pardonne-moi, maman, si quelque chose m’arrive », a-t-il écrit sur l’écran d’accueil de son téléphone portable. « Si qui que ce soit trouve mon téléphone, s’il vous plait, dites à ma famille que je les aime tellement. »

    Au milieu des tirs israéliens réguliers en direction des personnes cherchant de l’aide cet été, Wadi n’est jamais rentré chez lui, et le message qu’il a laissé a été remis à sa famille des semaines plus tard par quelqu’un qui avait trouvé son téléphone. C’est la dernière fois qu’ils ont eu de ses nouvelles.

    Wadi fait partie des dizaines de Palestiniens dont les proches disent qu’ils ont disparu près de Zikim et dont le sort reste inconnu.

    Une enquête de CNN indique maintenant que l’armée israélienne enfouit au bulldozer dans des tombes peu profondes, anonymes, les corps de certains de ceux tués près du passage. À d’autres moments, leurs dépouilles ont été simplement laissées à l’air libre, à se décomposer sans qu’il soit possible de les récupérer dans cette zone militarisée. (...)

    ▻https://seenthis.net/messages/1148913
    #Génocide #fosses_communes

  • Gaza Inc.

    « La #porte_de_l’Orient. Un Dubaï occidental. Un second Monaco. Que #Gaza devienne une plateforme touristique est dans la logique des choses. » Dans un texte tranchant, l’écrivain #Aurélien_Bellanger projette Gaza dans un devenir technocapitaliste. Gaza Inc., futur du monde ? Toute ressemblance avec des projets réels n’est en tout cas pas fortuite. L’article Gaza Inc. est apparu en premier sur Terrestres.

    On peut trouver au Japon un petit monticule fabriqué entièrement de nez, des nez tranchés et emportés comme trophées à la fin du xvie siècle après l’invasion japonaise de la Corée. On raconte qu’après la prise de Bagdad en 1258, les Mongols auraient dressé d’immenses plateformes de cadavres pour fêter leur triomphe. Les États-Unis se fantasment parfois en vaste cimetière indien.

    Gaza, à son tour, sera peut-être demain agrandi d’une gigantesque marina tant il y aura de gravats à jeter à la mer – le premier complexe de luxe fondé sur une fosse commune.

    On oublie souvent qu’Auschwitz, merveilleusement bien desservi et parfaitement situé au cœur de la grande plaine orientale européenne, une fois la guerre finie et sa fonction première achevée, aurait dû être le nom d’une cité idéale du Reich millénaire.

    Gaza Inc.

    La porte de l’Orient. Un Dubaï occidental. Un second Monaco.

    Assez de gravats encore, une fois la marina mise à l’eau, pour construire un hub aéroportuaire et un quartier d’affaires.

    Qu’une présence excessive d’os dans le ciment affaiblisse ses propriétés mécaniques sera un problème d’ingénierie facilement réglé – du même ordre que celui de la construction du Burj Khalifa sur le sable mou du désert.

    Gaza  : une épopée architecturale. Gaza  : les constructeurs de l’extrême.

    Mieux  : un verrou historique longtemps bloqué qui saute.

    Non pas une solution à un, deux ou trois États, mais une solution sans État.

    Un pays effacé par les bulldozers, une page blanche géographique.

    C’est Curtis Yarvin, un conseiller officieux de l’administration Trump, qui a donné le meilleur aperçu du projet – l’un de ceux qui poussent à l’abolition de la République et à la proclamation de l’Empire, sur le modèle de ces entités que les technocapitalistes chérissent, et derrière lesquelles les lecteurs de dystopies cyberpunk reconnaissent les zaibatsus de leurs cauchemars.

    Il faudrait faire de Gaza, écrivait-il dans un texte prémonitoire qui a sans doute servi de prompt à ces vidéos de Trump et de Netanyahou se délassant des fatigues de la guerre dans un Gaza futur rempli de Trump Towers, il faudrait faire de Gaza l’avant-pont d’une gestion toute capitalistique de l’histoire et de la géographie.

    Évacuer ces Palestiniens archaïques, mais leur laisser des parts du capital du Gaza à venir. Gaza comme lieu de toutes les mutations et expérimentations du capitalisme dérégulé.

    Qu’ils prennent aussi, on n’est pas des monstres, leur part du spectacle.

    Le billet de l’exil leur donnera droit à quelques dividendes.

    Ce n’est pas un hasard si l’administration Trump s’est entichée du président salvadorien, qui gouverne son pays comme une prison de haute sécurité et dont le père appartient à la diaspora palestinienne.

    Si la majorité des Israéliens, qui soutiennent la guerre, doivent considérer Gaza comme un problème local – sur un spectre allant de la gestion sécuritaire d’un quartier sensible au messianisme du Grand Israël –, on aurait tort de ne pas considérer Gaza comme une question mondiale.

    Comme la section R&D de l’entreprise monde.

    Que les démocraties, pour se défendre, aient tous les droits, n’a pas manqué de mobiliser les droites du monde, enfin réconciliées avec ce modèle de gouvernement pour lequel elles n’avaient pas d’affection particulière – jusqu’à ce qu’il leur soit démontré qu’il pouvait servir d’alibi à un déchaînement de violence qu’on tolérerait moins bien d’une dictature.

    Gaza a remis la mort à l’agenda démocratique, et cela sera toujours bon à prendre, pour plus tard. Encore plus quand on possède, comme la France, certains des derniers territoires non décolonisés du globe.

    À Gaza, on tue des civils, des enfants, des journalistes, en toute impunité  ; à Gaza, des intelligences artificielles et des drones déciment des familles entières  ; à Gaza, le maintien de l’ordre tient son salon à ciel ouvert.

    Mais si nos démocraties regardent Gaza comme le banc d’essai des arts du gouvernement au xxie siècle, les technocapitalistes regardent déjà, par-dessus leur épaule, le butin supérieur qu’ils pourront emporter.

    Et si le déni de la légitimité de la cause palestinienne était le cheval de Troie de la suppression du concept vieillissant d’État-nation  ?

    Ce qui ne poserait d’ailleurs pas de problème particulier à Israël, qui aura profité de la guerre pour définitivement muter d’État-nation européen fantôme de l’après-1848 à une entité religieuse chargée d’une mission largement œcuménique, qui séduit autant les évangélistes messianiques que les amateurs de croisades tardives.

    Gaza Inc.

    On passe à autre chose. On investit dans une plateforme territoriale comme on investirait dans une plateforme de cryptomonnaie.

    La chose est bien documentée  : Gaza est le dernier avatar du concept de zone par où le capitalisme a échappé aux régulations nationales.

    Que le capitalisme, pour muter, doive se transformer parfois en machine de mort, c’est quelque chose que le théoricien marxiste Moishe Postone avait relevé dans ses analyses d’Auschwitz en tant qu’usine.

    Usine à cadavres, dont on a longtemps pensé qu’elle était, en contradiction avec le projet capitaliste, une aberration absurde et monstrueuse. À moins de considérer qu’elle visait au contraire à purifier le capitalisme de son élément abstrait, traditionnellement confondu, selon la grille de lecture antisémite, avec les Juifs. Voilà ce que le capitalisme, pour devenir enfin productif, devait expier. Pour prouver qu’il n’était pas un système de domination, qu’il était naturel, qu’il servait les besoins des hommes, qu’il était la douceur même et qu’il n’avait rien de barbare, il lui fallut donc, à un stade critique de son développement, se lancer dans une entreprise génocidaire inédite.

    Et si c’était cela que Gaza nous montrait  ?

    Gaza et l’étrange passé simple de ce nom qui désigne l’à-jamais révolu, le crime unique et absolu, qui pourrait, en régime capitaliste, revenir pourtant comme un fantôme purificateur.

    La zone la mieux aménagée reste à ce jour le parc d’attractions – dont le premier du genre, selon une légende urbaine qui dit tout de la nature sépulcrale du projet, cacherait le corps cryogénisé de son fondateur sous les fondations d’une montagne russe.

    Gaza Inc. aura bien ses montagnes russes.

    Qui seront, comme elles le sont toutes, des machines à générer l’effroi.

    Des petits trains de la mort, dans ces usines à prélever, mieux que la force de travail et la survaleur fétichisée des créatures humaines, directement leur temps de loisir et leurs derniers instants de liberté.

    Que Gaza devienne une plateforme touristique est dans la logique des choses. Le tourisme, qui se présente encore comme la dernière récompense accordée aux travailleurs, organise plutôt leur disparition progressive.

    Le petit train fantôme roule déjà sur les réseaux sociaux sans même qu’il soit besoin de recourir aux images générées. Des bras coupés nous frôlent, des têtes de bébés sans yeux, des corps tranchés en deux.

    Gaza ne sera bientôt plus qu’une rampe inclinée au fond de la Méditerranée orientale – la machinerie qui nous entraîne plus bas et plus loin qu’on ne pensait, encore plus bas que la mer Morte, là où la vie sur Terre pourrait même disparaître.

    Image issue du plan « Gaza 2035 » diffusé par le cabinet de Benjamin Netanyahu au printemps 2024.

    ►https://www.terrestres.org/2025/11/29/gaza-inc
    #tourisme #dystopie #marina #reconstruction #luxe #fosse_commune #gravats #destruction #Curtis_Yarvin #Palestine #Israël #capitalisme #mort #impunité #technocapitalisme #Etat-nation #Moishe_Postone #Gaza_2035

  • Bastioni di Orione a #Belem, in Africa Occidentale e nel #saharawi
    ▻https://radioblackout.org/podcast/bastioni-di-orione-a-belem-in-africa-occidentale-e-nel-saharawi

    Questa settimana ci siamo dedicati dapprima alle proteste degli abitanti dell’Africa occidentale esasperati dalla perpetuazione di regimi autoritari, rintuzzate da un potere ancora postcoloniale che fa da perno al residuo controllo francese sui paesi della Françafrique, scatenate dalla rielezione truffaldina di dinosauri ultranovantenni in Africa occidentale, ponendole a confronto insieme a Roberto Valussi con la […]

    ##maghreb #aes #Algeria #co2 #Cop30 #costa_d'avorio #fosfati #marocco #Ouattara #sahel #sostenibilità

  • Dans l’#Allier, inquiétudes autour de l’ouverture d’une mine de #lithium et de ses matières radioactives

    La production de matières radioactives d’un site d’#Imerys dans l’Allier va considérablement augmenter si sa mine de lithium est autorisée. Mais personne, ou presque, n’est au courant. Car l’industriel s’est montré particulièrement discret sur ce sujet sensible qu’il a omis de déclarer pendant plusieurs années.

    « Des produits radioactifs à #Échassières ? Jamais entendu parler ! » Maurice Deschamps est maire de #Lalizolle (Allier), commune où pourrait voir le jour l’une des plus grandes mines de lithium d’Europe. La préfecture vient de donner le feu vert au groupe Imerys pour y construire un site pilote d’#extraction et de transformation du minerai.

    Contacté par Mediapart au téléphone, le maire, ancien responsable à la direction départementale de l’agriculture, assure avoir suivi la plupart des rencontres organisées par l’entreprise avec les élu·es depuis l’annonce du projet, en octobre 2022. « Jusqu’à une par mois, c’est beaucoup ! » Il a aussi assisté à plusieurs des vingt-quatre réunions publiques organisées par la Commission nationale du débat public (CNDP) entre mars et juillet 2024.

    Pourtant, comme tous les édiles des communes voisines qu’a pu joindre Mediapart, Maurice Deschamps ignorait que le projet « #Emili » (exploitation de #mica_lithinifère par Imerys) impliquerait de produire chaque année plus de 1 millier de tonnes de #matières_radioactives. Car dans cette même roche, Imerys compte extraire du lithium, mais aussi d’autres #minéraux comme du #tantale et de l’#étain, particulièrement concentrés en #uranium.

    C’est sur la #Bosse, une colline boisée qui domine le bocage bourbonnais, que le projet de mine s’apprête à démarrer. Pour atteindre le #gisement de lithium, une galerie sera creusée sous une carrière de #kaolin, matière première de la porcelaine, en exploitation depuis plus d’un siècle. Elle a été rachetée en 2005 par Imerys, propriété du groupe Bruxelles-Lambert (contrôlé par les familles de milliardaires #Frère et #Desmarais).

    Activité nucléaire

    À côté de la #fosse_d’extraction de kaolin se trouve une usine où le #minerai est purifié et traité. Mais depuis les années 1980 au moins, on y traite aussi d’autres matériaux extraits dans cette fosse : de l’étain, du tantale et du #niobium. Quand il sort de cette laverie, ce concentré de métaux bruts, semblable à une pâte noire, est stocké dans des fûts puis expédié à l’étranger. Les métaux, une fois purifiés dans une fonderie, pourront notamment être utilisés pour produire de l’électronique. Or, ce concentré métallique a une particularité sur laquelle l’industriel et les autorités se sont montrés très discrets : il est radioactif.

    Sa composition est donnée dans les petites lignes du dossier de l’enquête publique qui vient de s’achever en vue de la construction à Échassières des phases pilotes du projet Emili, une galerie de reconnaissance et une usine : « Le concentré [d’étain, tantale et niobium – ndlr] possède une certaine #radioactivité du fait de la présence d’une faible concentration en #uranium […] et #thorium », a précisé l’industriel dans ce dossier d’enquête de 3 500 pages.

    « On peut estimer la radioactivité totale d’un tel concentré à environ 300 000 becquerels par kilogramme, explique Julien Syren, géologue et codirecteur de la Criirad, association d’expertise citoyenne (voir le détail du calcul en annexe). Ça n’a rien d’anecdotique ! » D’après le Code de la santé publique, la transformation, le stockage et le transport de ce minerai radioactif sont considérés comme une « activité nucléaire ». Le seuil fixé par l’administration est dépassé quand les produits émettent plus de 1 000 becquerels par kilogramme (Bq/kg) et que leur stockage excède 1 tonne. Imerys en produit environ 100 tonnes par an.

    Si la #mine d’Échassières voyait le jour, cette production radioactive changerait d’échelle. Imerys compte exploiter le lithium, mais aussi l’étain, le tantale et le niobium présents dans la même roche jusqu’à plus de 500 mètres de profondeur. « La production de lithium (quelle que soit sa forme) augmenterait automatiquement la production de concentré d’étain-tantale et niobium déjà commercialisé par Imerys », précise l’entreprise en 2020 dans sa demande de prolongation de permis d’exploration. Dans la mine de lithium, Imerys prévoit d’extraire quinze fois plus de roches que dans la carrière – et produirait donc au moins 1 500 tonnes de métaux radioactifs par an.

    « Pour les salariés du site et la population, poursuit Julien Syren, il y a un risque d’exposition aux rayonnements et des sources de #pollution importantes. Les poussières contenant de l’uranium et ses descendants radioactifs peuvent être ingérées, les #radionucléides peuvent se retrouver dans les déchets miniers et dans les #eaux. » Les faibles doses de radioactivité augmentent sensiblement le risque de #cancer, comme l’a récemment mis en évidence une étude internationale parue dans le British Medical Journal. Julien Syren se dit très étonné que cet enjeu n’ait pas été traité « de façon centrale » pendant le débat public sur la mine de lithium.

    La direction régionale de l’environnement Auvergne-Rhône-Alpes, responsable de la surveillance environnementale de la carrière, confirme à Mediapart que « l’usine de traitement du kaolin relève de la rubrique #ICPE_1716-2 » qui encadre les usines « mettant en œuvre des substances radioactives d’origine naturelle ». L’Agence de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) est chargée de la surveillance radiologique du personnel de l’usine d’Imerys, qu’elle a inspectée plusieurs fois depuis 2009.

    Les salariés de la #laverie portent des dosimètres, et certains font l’objet d’un suivi médical spécifique. L’agence de sûreté nucléaire précise que « les transports des substances radioactives d’origine naturelle produites par le site d’Échassières sont soumis à la réglementation sur les marchandises dangereuses » et que « les colis sont contrôlés par sondage lors des inspections de l’ASNR ».

    #Non-conformité

    Mais autour d’Échassières, personne n’était au courant. Pas même les associations de protection de l’environnement. « Tous ces éléments auraient dû être donnés au public il y a bien longtemps, s’insurge Corinne Castanier, responsable en radioprotection à la Criirad. C’est étrange de ne pas prévenir les mairies qu’il pourrait y avoir une activité nucléaire sur leur commune. C’est encore plus étrange de ne pas les prévenir qu’il y en a déjà une ! », ajoute-t-elle à propos de la carrière de kaolin.

    Même s’ils avaient épluché les documents administratifs concernant cette carrière, les élu·es concerné·es n’auraient pas trouvé trace de cette production radioactive : Imerys avait omis de la déclarer en préfecture, contrairement à ce que prévoit la loi depuis 2014. Les services de l’État ont confirmé à Mediapart que le groupe minier était en « non-conformité » jusqu’en novembre 2022, quand la déclaration d’#activité_nucléaire a finalement été faite, à la suite d’une inspection de l’usine. Mais une fois enregistrée, cette déclaration n’a pas été mise en ligne par la préfecture de l’Allier.

    C’est pendant cette période de non-conformité, en 2021, qu’Imerys a obtenu l’autorisation de prolonger de trente ans l’activité de sa carrière – elle devait initialement s’arrêter en 2020 – et d’en doubler la surface. Sans que ni la rubrique administrative ICPE 1716-2 ni la production de substances radioactives aient été mentionnées dans l’enquête publique. L’#étude_d’impact ne la mentionne pas non plus.

    « Le site dispose, de très longue date, de toutes les autorisations nécessaires pour stocker et transporter ces matières, nous répond Imerys. Lors du débat public de 2024, organisé par la commission nationale du débat public (CNDP), nous avons rappelé que le granite était bien porteur de ces éléments radioactifs », ajoute l’industriel (lire l’intégralité de sa réponse en annexe).

    Un problème en réalité ancien

    Imerys s’était engagé dans le cadre de ce débat à « partager toute l’information sur le projet Emili » et à s’aligner sur le « niveau de #transparence très élevé » du standard minier #Irma (#Initiative_for_Responsible_Mining_Assurance), un label centré sur le partage d’information avec les populations.

    En avril 2024, dans la salle des fêtes du bourg de Saint-Pourçain, dans l’Allier, s’est tenue la onzième soirée d’information sur la mine de lithium organisée par la CNDP. Ce soir-là, le public a un peu déserté. Micro en main, Grégoire Jean, directeur recherche et développement chez Imerys, présente, slide après slide, les enjeux environnementaux du projet. Apparaît sur l’écran une fiche intitulée « La radioactivité du granite de Beauvoir ».

    Elle indique que pour éviter l’accumulation de radon, un gaz radioactif, il faudra ventiler les galeries de la mine, comme dans « les maisons et les caves » des régions granitiques. La production de matières radioactives n’est pas mentionnée lors de ce débat, pas plus qu’elle n’apparaît dans le « Dossier du maître d’ouvrage », le volume de 156 pages diffusé par Imerys pour décrire le projet minier. « On a un granite qui n’est pas spécialement radioactif, il est parfaitement classique », rassure Grégoire Jean au micro.

    Un rapport critique

    Pourtant, sa teneur en uranium semble poser problème depuis longtemps. Dans sa demande de permis d’exploration de 2020, Imerys mentionne qu’au début des années 1980, « une étude de faisabilité » pour une mine d’étain et de tantale à Échassières s’était révélée « négative » en raison notamment de « la présence d’uranium dans le concentré de tantale ». Elle avait été menée conjointement par le bureau des recherches géologiques et minières et l’entreprise #Peñarroya… qui n’est autre que l’ancienne dénomination d’Imerys.

    « Non seulement les données scientifiques accessibles montrent que le #granite_de_Beauvoir contient plus d’uranium que la moyenne, analyse le géologue Julien Syren, mais de toute façon, le principal problème est la concentration de cette radioactivité dans les #déchets et les #sous-produits. »

    La mine d’Échassières, si elle est construite, va générer environ 2 millions de tonnes de résidus par an, sous forme de #boues rejetées par les deux usines de traitement du minerai, à Échassières et à #Montluçon. Quel serait le niveau de radioactivité de ces immenses volumes de déchets ? Quel serait le risque de contamination des sources et des #eaux_souterraines de la Bosse, réputée pour ses #zones_humides ?

    Imerys déclare à Mediapart avoir « mis en avant avec l’exploitation actuelle de kaolin (dans un contexte quasi identique à celui du projet) [sa] capacité à maîtriser ces problématiques ». Dans l’enquête publique pour la création de la mine pilote, Imerys cite un seul rapport datant de 2010 à l’appui de l’absence de contamination radioactive. Un document que, malgré nos demandes, l’entreprise a refusé de communiquer.

    En revanche, Mediapart s’est procuré un rapport rédigé en 2007 par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN, aujourd’hui fusionné avec l’ASNR), consacré à la carrière d’Échassières. Ce document exclusif que nous publions en annexe pointe plusieurs « incohérences » dans la surveillance radiologique des salariés. Il reproche à l’exploitant de ne pas surveiller la radioactivité dans les eaux rejetées « dans le ruisseau communal » et de n’avoir « procédé à aucune évaluation des doses auxquelles la population est susceptible d’être soumise ». Le directeur de l’IRSN concluait : « La radioprotection des populations est traitée sommairement. »

    La situation a-t-elle changé ? La Criirad s’est saisie du dossier et a demandé des informations aux services de l’État. Pour les avocats de l’association Préservons la forêt des Colettes, opposée au projet minier, la découverte de cette production radioactive, trois ans après le lancement du projet Emili, est « sidérante », aussi bien « pour ce qu’elle révèle du projet que pour l’effort qui semble avoir été fait pour ne pas ébruiter ces informations déterminantes pour la population, ont réagi Théodore Catry et Benjamin Cottet-Emard. Imerys a eu bien des occasions de s’exprimer avec transparence, mais semble clairement avoir fait le choix de la rétention. » En haut de la colline d’Échassières, les engins s’activent pour construire la mine pilote autorisée fin septembre par la préfecture. L’#autorisation_environnementale qui vient d’être délivrée à Imerys ne prévoit aucune surveillance de la radioactivité.

    ▻https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/071025/dans-l-allier-inquietudes-autour-de-l-ouverture-d-une-mine-de-lithium-et-d
    #Echassières #France #terres_rares

    • Projet de mine de lithium dans l’Allier : quid de la radioactivité ?

      La société Imerys souhaite ouvrir une mine de lithium dans l’Allier. Au-dessus du gisement, une carrière de kaolin est exploitée depuis plus d’un siècle. Le site produit également un concentré d’étain, niobium et tantale présentant une radioactivité élevée. La quantité de concentré produit augmenterait avec la mine de lithium.

      « Dans l’Allier, inquiétudes autour de l’ouverture d’une mine de lithium et de ses matières radioactives » : c’est le titre d’un article de Célia Izoard publié sur Médiapart le 7 octobre 2025.

      Sollicitée par la journaliste, la CRIIRAD s’est penchée sur les aspects radiologiques de la carrière de kaolin actuellement exploitée par Imerys juste au-dessus du gisement de lithium.

      Premier constat : depuis plus d’un siècle, les exploitants successifs n’extraient pas seulement le kaolin mais également un concentré d’étain, de tantale et de niobium dans lequel se concentre l’uranium 238. L’activité de ce radionucléide atteint 30 000 becquerels par kilogramme (Bq/kg), très largement au-dessus de 1 000 Bq/kg, seuil de classement comme « substance radioactive d’origine naturelle » (SRON). En tenant compte des autres radionucléides naturels présents, l’activité totale est de plusieurs centaines de milliers de Bq/kg (1), avec tous les risques radiologiques associés (irradiation externe, contamination par inhalation ou ingestion).

      Du fait de cette radioactivité et des quantités présentes dans l’installation (plusieurs dizaines de tonnes de concentré produites chaque année), le site doit être classé ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement), à la rubrique 1716-2 qui encadre les installations mettant en œuvre des substances radioactives d’origine naturelle.

      Alors que la radioactivité du site est connue des autorités depuis au moins 2006, et que la rubrique 1716-2 existe depuis 2014, il a fallu attendre 2022 pour que l’exploitant déclare cette activité nucléaire.

      Malgré cette déclaration, le dernier arrêté préfectoral fixant les règles de surveillance du site par l’exploitant ne comporte aucune prescription en matière de mesures radiologiques, alors que la réglementation impose des contrôles.

      De plus, alors que l’exploitant d’une ICPE 1716-2 doit transmettre chaque année à l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) un inventaire des matières et déchets radioactifs présents sur le site, la CRIIRAD n’a pas trouvé, sur le site de l’ANDRA, de fiche pour ce site.

      Pour éclaircir ces points ainsi que d’autres aspects du dossier, la CRIIRAD a écrit à la DREAL Auvergne-Rhône-Alpes. Vous pouvez télécharger ce courrier avec le lien en bas de l’article.

      S’agissant du projet de mine de lithium, l’exploitant est très discret sur la question de la radioactivité, alors qu’il reconnaît que « la production de lithium (quelle que soit sa forme) augmenterait automatiquement la production de concentré d’étain-tantale et de niobium déjà commercialisé par Imerys ».

      Affaire à suivre…

      ►https://www.criirad.org/10-10-2025-projet-de-mine-de-lithium-dans-lallier-quid-de-la-radioactivite

  • Le massacre de tirailleurs par l’armée française, en 1944 au Sénégal, a été « prémédité » et « camouflé », selon un rapport officiel
    ▻https://www.franceinfo.fr/monde/afrique/senegal/le-massacre-de-tirailleurs-par-l-armee-francaise-en-1944-au-senegal-a-ete

    Selon eux, "les rapports contradictoires et manifestement faux parlent de 35 ou 70 morts", alors que "plus de 400 tirailleurs se sont volatilisés comme s’ils n’avaient jamais existé". "Les estimations les plus crédibles avancent les chiffres de 300 à 400" morts, affirment-ils.
    Ces tirailleurs originaires de plusieurs pays ouest-africains (notamment Sénégal, Côte d’Ivoire, Guinée, Haute-Volta – devenue aujourd’hui le Burkina Faso) avaient été rapatriés après avoir combattu pour l’armée française en Europe lors de la Seconde Guerre mondiale, et réclamaient le paiement d’arriérés de soldes avant de rentrer chez eux. Le traumatisme lié à leur massacre est toujours vif au Sénégal et dans de nombreux pays du continent.

    Les chercheurs réclament une « demande de pardon » de la France

    La tuerie "devait convaincre que l’ordre colonial ne pouvait être écorné par les effets émancipateurs de la [Seconde] Guerre" mondiale sur les colonisés, accusent les auteurs de ce Livre blanc. C’est "la raison pour laquelle l’opération a été préméditée, minutieusement programmée et exécutée (...) dans des actions coordonnées". "Il est certain que si les tirailleurs avaient été armés, ils se seraient défendus. Nulle part, le moindre acte de résistance n’a été mentionné", affirment les chercheurs. "La tuerie ne s’est pas limitée au camp de Thiaroye et à ses abords. Certains soldats ont été tués à la gare et des blessés, probablement achevés et fusillés au cimetière et en d’autres endroits, et transférés [au cimetière de Thiaroye] pour leur inhumation", ajoutent-ils.

    Les chercheurs recommandent "une requête au niveau de la Cour européenne des droits de l’homme pour entendre prononcer que le massacre de Thiaroye est une violation massive et caractérisée des droits de l’homme envers les tirailleurs sénégalais". La France est en outre appelée à "exprimer officiellement sa demande de pardon aux familles, aux communautés et aux populations des pays dont sont originaires les tirailleurs". Le Livre blanc recommande aussi "l’introduction de requêtes collectives de révision" des procès des tirailleurs jugés et condamnés pour ce massacre, "en impliquant la société civile africaine et européenne".

    #massacre_de_Thiaroye

    • « Le massacre de Thiaroye, au Sénégal, en 1944, c’est le rétablissement de l’ordre colonial »
      ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/21/le-massacre-de-thiaroye-au-senegal-en-1944-c-est-le-retablissement-de-l-ordr

      Président du comité chargé d’enquêter sur la mort des #tirailleurs_sénégalais près de Dakar, l’historien Mamadou Diouf replace, dans un entretien au « Monde », cet événement dans la mémoire africaine et déplore la difficulté d’accès aux #archives françaises.

      Dans la matinée du 1er décembre 1944, l’armée française, qui avait mobilisé 1 200 de ses hommes et positionné des chars autour du camp de Thiaroye, près de Dakar, ouvrit le feu sur les tirailleurs sénégalais qui s’y trouvaient. Leur tort ? Demander le même solde que leurs camarades métropolitains aux côtés desquels ils avaient combattu durant la seconde guerre mondiale.

      Le bilan officiel de ce qui fut qualifié de « mutinerie » était de 35 morts. En 2012, face à l’indignation et à la mobilisation africaines, la France, par la voix de son président, François Hollande, requalifia l’événement en « répression sanglante » et, en 2014, réévalua le nombre de morts à 70.

      Quelques années plus tard, en 2021, Jean-Yves Le Drian, alors ministre des affaires étrangères, reconnut l’existence de trois #fosses_communes, sans pour autant en préciser la localisation. Et le président Emmanuel Macron finit, dans une lettre adressée en 2024 à son homologue sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, par reconnaître le « massacre », alors que des travaux d’historiens français, comme ceux d’Armelle Mabon (Le Massacre de Thiaroye, Le Passager clandestin, 2024), évoquaient un « mensonge d’Etat » couvrant la disparition d’environ 300 à 400 tirailleurs.

      Les autorités sénégalaises ont alors missionné le comité de commémoration du 80e anniversaire, présidé par l’historien Mamadou Diouf, enseignant à l’université Columbia, à New York, pour mener l’enquête. Le résultat a été consigné dans un Livre blanc, remis au président sénégalais le 16 octobre. « Contre-récit » africain du massacre, cette vaste étude de plus de 300 pages plonge au cœur des archives françaises et en analyse les anomalies, présentes en si grand nombre qu’elles finissent, selon les auteurs, par constituer une ligne directrice : celle d’une « falsification ».

      Réinscrivant cet événement dans l’histoire de la lutte pour la libération africaine, le Livre blanc montre qu’il ne s’agit pas d’une « mutinerie ». Mais bel et bien d’une opération « préméditée, minutieusement programmée et exécutée » pour maintenir l’#ordre_colonial mis à mal par la seconde guerre mondiale et menacé par les velléités d’émancipation des tirailleurs sénégalais – originaires du Sénégal mais aussi d’autres pays d’Afrique subsaharienne – qui s’étaient engagés pour la liberté, et la réclamaient à leur tour.

      Le Livre blanc révèle également le résultat des premières fouilles archéologiques entreprises dans une partie du cimetière de Thiaroye. Des cadavres pieds entravés, crâne défoncé, balle dans la poitrine ont été retrouvés. Mais le plus troublant est la non-correspondance entre la position des corps et celle des tombes. Ce qui, selon le rapport, laisse penser à une « mise en scène sous-tendue par un souci de faire correspondre leur nombre à celui des victimes officiellement avancé par l’administration coloniale ».

      Les historiens ont, par ailleurs, identifié des dossiers manquants dans les archives et se sont vu refuser l’accès à certaines d’entre elles en France. Ce qui leur laisse supposer que, contrairement à ce qu’avait affirmé le président François Hollande, en 2014, la France n’a pas remis « toutes » les archives à ce sujet.

      Comment expliquez-vous que certaines archives soient toujours manquantes ou non accessibles ?

      Dès le moment où le massacre a été perpétré, il a été accompagné par la nécessité de le dissimuler. Le comité a donc travaillé à identifier les archives, la documentation existante et les dossiers manquants. Jusqu’à aujourd’hui, personne ne peut dire combien de tirailleurs ont embarqué à bord du Circassia, qui les a rapatriés depuis la France, combien ont été cantonnés à Thiaroye, combien ont été blessés et combien tués. Il est difficilement concevable qu’une armée soit incapable de dire qui sont ses soldats. Il y a nécessairement eu des listes. Que sont-elles devenues ? Tant qu’on ne les aura pas, il sera difficile d’identifier précisément les victimes.

      Nous nous sommes demandé pourquoi la France avait donné différents chiffres concernant le nombre de morts et ce qui était véritablement en jeu derrière ces efforts de dissimulation. Dans le Livre blanc, nous expliquons que le massacre de Thiaroye, comme ceux de #Sétif [le 8 mai 1945, en Algérie] ou de #Madagascar [en 1947], est un massacre de la libération alors que l’on célèbre la Libération.

      C’est cela qu’il fallait cacher : la Libération ne devait pas signifier pour autant la libération des peuples colonisés. Le massacre de Thiaroye, c’est le rétablissement de l’ordre colonial alors que les indigènes ne veulent plus être traités comme tels, mais comme des citoyens. Les tirailleurs demandaient à avoir des droits parce qu’ils avaient participé à la guerre. Or, après la guerre, la métropole entendait se reconstruire en utilisant les ressources de l’empire.

      Que vous ont révélé les premières fouilles ?

      Les résultats sont provisoires, mais ils nous permettent déjà de comprendre que le cimetière semble être une mise en scène pour produire un récit conforme à ce que les autorités françaises veulent imposer. En surface, le cimetière est extrêmement bien organisé, alors que sous les tombes règne un désordre extraordinaire. L’emplacement et l’orientation à la surface des tombes ne correspondent pas à l’emplacement et à l’orientation des corps en terre. Ce qui laisse penser que l’apposition de pierres tombales est probablement postérieure aux enterrements et que l’on a vraisemblablement mis des tombes sur ce qui était plus ou moins des fosses communes. Cela reste à être vérifié pour l’ensemble du cimetière.

      On a également retrouvé un cadavre bouche ouverte, ce qui laisse supposer que la victime a été enterrée vivante. Et des signaux indiquent que certaines des victimes ont été achevées sur place. Toutes n’ont probablement pas été tuées dans le camp. On sait, par ailleurs, que l’une d’entre elles a été tuée à la gare de Thiaroye.

      Que représente aujourd’hui ce massacre dans les imaginaires sénégalais et ouest-africains ?

      Il occupe une place importante. Dès 1944, des artistes, des écrivains et des intellectuels comme Léopold Sédar Senghor, Keïta Fodéba, Frantz Fanon puis Boubacar Boris Diop se sont emparés de ce drame. C’est que l’on comprend tout de suite que le massacre annonce la libération de la domination coloniale. C’est une tragédie certes, mais c’est une tragédie de l’espoir, provoquée par des revendications d’émancipation.

      La mémoire de Thiaroye a contribué à une prise de conscience et à une mobilisation patriotiques et culturelles dans les années 1970, notamment du côté des groupes marxistes, d’extrême gauche. Cela a abouti à un mouvement populaire, qui a fondé l’association Groupe Thiaroye 44, qui organise un festival dont le slogan est « Pour la mémoire, contre l’oubli, pour l’avenir ». Ousmane Sembène réalise, en 1988, un film, Camp de Thiaroye, censuré par la France pendant plus de dix ans. De nombreux chanteurs, Baaba Maal, Ismaël Lô, Touré Kunda, Youssou N’Dour, Omar Pène et bien d’autres, ont écrit des chansons sur le massacre.

      Face au mensonge et à la dissimulation de la France, il y a un travail systématique de la construction d’un récit africain politique et populaire. Il y a eu de nombreuses productions artistiques et esthétiques sur ce sujet qui ont participé à forger une conscience panafricaine au service de la souveraineté et de la construction de sociétés libres, démocratiques et développées.

      Est-ce pour cette raison que le Livre blanc mentionne une dimension panafricaine de la mémoire de ce massacre ?

      Parler de Thiaroye aujourd’hui peut être perçu, du côté de l’ancienne métropole, comme une manifestation antifrançaise. Mais il ne s’agit pas du tout de cela. Nous n’avons pas travaillé contre la France, mais pour produire un #récit_africain d’un événement auquel a participé la France. Or, actuellement, les récits dominants sur cette question sont ceux de l’ancienne métropole. Produire un récit africain, c’est, par exemple, rappeler que, lors de la seconde guerre mondiale, les tirailleurs sénégalais ont commencé à se forger une conscience politique panafricaine, au-delà des entités territoriales coloniales, et que ce massacre est lié à leur bataille pour leurs droits. Commémorer le massacre de Thiaroye, c’est porter une revendication souverainiste. Les autorités sénégalaises sont plongées dans ce travail pour créer une dynamique de célébration panafricaine qui s’ouvre à l’ensemble des Etats qui ont contribué à fournir des tirailleurs à l’armée française.

      Ce Livre blanc demande que justice soit faite. Comment ?

      La sous-commission juridique a commencé un travail important qui va se poursuivre probablement dans une action commune à l’ensemble des pays en relation avec les descendants des victimes. Il s’agit de qualifier juridiquement ce massacre. Peut-on le considérer comme un crime contre l’humanité ? Il faudra déterminer ensuite s’il faut demander des réparations, sous quelle forme, matérielle ou symbolique, et pour qui.

      Une commission vérité et réconciliation nous permettrait de dire ce que nous savons, ce que nous voulons savoir, et ce que nous demandons pour le savoir. Le travail historique et le travail mémorial visent tous deux la vérité. Or, ce travail de vérité peut aider à promouvoir une politique de réconciliation, en identifiant le rôle joué par chacun des protagonistes, car n’oublions pas que cette histoire continue d’exercer une grande influence sur les relations de nos pays.

      Qu’attendez-vous du Sénégal ?

      Nous préconisons que les commémorations à venir ne soient pas uniquement sénégalaises et que tous les acteurs de ce drame y participent, y compris la France. Par ailleurs, il importe que, conformément à ce qu’a annoncé le président du Sénégal, soit créé un centre de documentation et de recherche pour poursuivre le #travail_historique sur ce massacre et sur les tirailleurs en produisant des manuels et des ouvrages de recherche. Enfin, il faut que les #recherches_archéologiques se poursuivent.

      Et de la France ?

      La France a été l’actrice dominante de la période de l’empire. Mais l’empire est mort. Les privilèges que l’empire a accordés à la métropole, aujourd’hui, la France ne peut plus les revendiquer. Elle peut revendiquer une chose : sa place dans cette nouvelle conversation avec ses anciennes possessions devenues souveraines. Aussi, nous attendons de la France qu’elle participe à la vérité.

      Séverine Kodjo-Grandvaux

      #Histoire #Massacres_de_la_Libération #falsification (en 1945 et aujourd’hui) #conscience_panafricaine

    • Mon père vouait une reconnaissance et une admiration sans borne aux tirailleurs avec qui il s’était battu pendant la guerre . Il en avait les larmes aux yeux. Il m’a légué en héritage cette reconnaissance. Merci pour le lien

  • #PestiRiv : une #étude pour mieux connaître l’exposition aux #pesticides des personnes vivant en zones viticoles et non-viticoles

    #Santé_publique France et l’Anses (l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) réalisent l’étude Pestiriv pour mieux connaître l’exposition aux pesticides des personnes vivant près de vignes ou éloignées de toute culture.

    Quels sont les principaux résultats de l’étude ?

    Les résultats de l’étude montrent que :

    - Les #riverains des zones viticoles sont plus exposés aux pesticides appliqués sur ces cultures que les personnes éloignées de toute culture. Ces expositions sont par ailleurs plus importantes en période de traitement. L’augmentation de l’#imprégnation_biologique en zones viticoles est observée à la fois chez les adultes et les enfants.
    - Les quantités de produits utilisés et la proximité des #habitations avec les vignes sont les deux principaux facteurs d’exposition.

    Ces résultats sont robustes pour les différents échantillons analysés (urines, cheveux, poussières, air ambiant, air intérieur) et cohérents avec ceux des quelques études réalisées sur d’autres cultures aux Etats-Unis (blé, soja) et aux Pays-Bas (fleurs).

    Cette exposition plus importante est due au transfert vers l’environnement des substances appliquées sur les vignes, qui est constaté pour la majorité des substances mesurées. Cette exposition concerne aussi bien des substances très spécifiques de la vigne (par exemple le #folpel ou le #métirame) que des substances qui le sont moins (par exemple le #glyphosate, le #fosétyl-aluminium, la #spiroxamine).

    Il est à noter que les faibles #pluies et les #températures élevées du printemps et de l’été 2022, période de l’étude, ont pu limiter les besoins de traitement. Les niveaux d’exposition en zones viticoles pourraient donc être plus élevés en cas de temps pluvieux.
    Pour certaines substances, aucune différence entre les deux groupes de population ou entre les deux périodes n’est observée. Cela peut s’expliquer par le fait qu’il existe d’autres sources d’exposition que les traitements agricoles (cas des #pyréthrinoïdes, qui sont des #insecticides utilisés pour des usages variés, ou encore du #cuivre) ou que l’utilisation de la substance sur les vignes a été faible dans la période étudiée (exemple du #tébuconazole).

    ▻https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/pestiriv-une-etude-pour-mieux-connaitre-l-exposition-aux-pestici
    #vignobles #vignes #viticulture #rapport

    • "Cette agriculture tue les gens" : l’étude PestiRiv révèle ses résultats, les riverains des vignes surexposés aux pesticides

      Ce lundi 15 septembre étaient publiés les résultats très attendus de l’étude PestiRiv, portant sur l’exposition aux pesticides des populations situées à #proximité des zones viticoles. Sans surprise, les #riverains y sont fortement imprégnés de #produits_phytosanitaires et pose ainsi des questions de santé publique.

      C’est une étude nationale « inédite », d’une ampleur « sans précédent ». Lancée en 2021, l’étude PestiRiv, menée conjointement par Santé publique France et l’Anses (l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), visait à évaluer l’exposition aux pesticides des personnes vivant dans des zones proches des vignobles.

      Environ 4 % de la population française vit à moins de 200 mètres d’une vigne, soit en grande proximité, mais peu de données existaient à ce jour sur l’exposition de ces riverains. La vigne est en effet l’une des cultures en France où l’usage des produits phytopharmaceutiques est le plus important. Certains sont même spécifiques au milieu, comme le Folpel, un fongicide utilisé contre le mildiou.
      Des résultats sans surprise

      Après de longs mois d’une attente d’ailleurs dénoncée par plusieurs associations de défense de l’environnement, les résultats ont été publiés ce lundi 15 septembre. Et sans surprise, ils démontrent que les populations vivant à proximité des exploitations viticoles sont plus exposées aux pesticides que les autres, avec une plus grosse imprégnation pour les enfants de 3 à 6 ans.

      « Les niveaux de #contamination sont plus élevés en zone viticole, avec une augmentation comprise entre 15 et 45 % dans les urines, jusqu’à plus de 1 000 % dans les poussières et 12 fois plus dans l’air ambiant. » (Clémence Fillol, Responsable de l’unité Surveillance des expositions de Santé publique France)

      De plus, l’étude a aussi permis de montrer que l’exposition aux pesticides pour les riverains devenait encore plus importante lors de la période de traitement des vignes : par exemple, l’augmentation du niveau de contamination des urines peut atteindre 60 %, celle concernant les poussières peut aller jusqu’à 700 %.

      Mais une autorisation de mise sur le marché ne donne pas pour autant l’autorisation de consommer ces produits ! (Cyril Giraud, Relais en Gironde de l’association Générations Futures)

      Les autorités sanitaires soulignent tout de même que les quantités de pesticides retrouvées dans les analyses n’ont jamais dépassé les seuils fixés dans les autorisations de mise sur le marché (AMM) de ces produits.

      Sur les 23 communes où l’air ambiant a été analysé (dont Pauillac en Gironde), du Folpel a été détecté dans 62 % des échantillons, pour une concentration moyenne de 2,29 nanogrammes par mètre cube, alors que la dose journalière autorisée est fixée à 0,1 milligramme (soit 100 000 ng) par kilogramme. « Si l’on retrouve un produit cancérogène ou mutagène dans les urines, on se doute bien qu’il a pu faire des dégâts », détaille Cyril Giraud.
      Près de 3 000 participants

      Pour pallier ce manque de données, 265 sites, répartis dans six régions viticoles dont la Nouvelle-Aquitaine, ont été analysés dans le cadre de PestiRiv.

      Le groupe « riverain » était constitué d’individus résidant à moins de 500 mètres d’une vigne et plus d’1 kilomètre de toute autre culture. Le groupe de comparaison, éloigné de toute culture, comprenait des habitations à 1 km d’une culture quelconque et à 5 km d’une vigne.

      Deux périodes ont été sélectionnées pour l’étude : d’abord entre octobre et février 2022, puis entre mars et août 2022, soit pendant la période de traitement des vignes

      Au total, 56 substances ont été mesurées dans l’air et les poussières à l’intérieur des habitations, ainsi que dans l’urine et les cheveux des participants des deux groupes. Près de 2 000 adultes et 750 enfants ont participé à cette étude, avec « une forte implication » et des « questionnaires extrêmement complets » à remplir.

      Les pratiques agricoles directement visées

      Le lien semble donc directement établi entre l’épandage de pesticides dans une exploitation viticole et sa présence chez les riverains. « L’analyse de l’ensemble de ces données amène à conclure que le facteur qui influence le plus l’exposition des populations est les pratiques agricoles, poursuit Ohri Yamada, chef de l’unité Phytopharmacovigilance de l’Anses. Car l’exposition augmente aussi avec les quantités de pesticides utilisées et la distance diminuée entre le logement et les vignes. »

      D’autres facteurs peuvent aussi contribuer à l’augmentation de l’exposition, comme le fait de passer du temps à l’extérieur ou d’aérer longtemps son logement, d’autant plus en période d’épandage. Et si l’étude PestiRiv est saluée comme une confirmation officielle d’une contamination des populations que les associations dénonçaient depuis des années, elle est aussi vue comme le symbole d’un immobilisme. « Le problème des études comme ça, c’est que c’est aussi un prétexte pour ne rien faire », souligne Cyril Giraud.

      PestiRiv ne dit en effet rien des risques sanitaires qui pèsent sur les populations exposées aux produits phytosanitaires, mais se borne à dresser un constat. « Une étude doit aller d’un diagnostic à un plan d’action. Si c’est pour dire à la fin qu’il peut y avoir un lien de cause à effet mais que ce n’est pas avéré, c’est dommage de pondre ça », fustige Thomas Filliatre, maire de Preignac (Gironde), où se trouvent plusieurs vignes.

      "La France fait tout pour éviter de voir l’évidence : cette agriculture tue les gens. (Cyril Giraud, Relais en Gironde de l’association Générations Futures)

      « Il faut arrêter de demander des études et des études et des études, c’est une fuite en avant pour ne pas demander de vraies mesures, poursuit Cyril Giraud. Cela fait longtemps qu’on sait que ces produits sont toxiques, ils sont faits pour ça ! »
      Accompagner le monde agricole

      Là où les recommandations de Santé publique France et de l’Anses se bornent à « limiter l’utilisation de produits phytosanitaires au strict nécessaire, avec une mise en œuvre ambitieuse de la stratégie nationale Ecophyto 2030 », les associations de défense de l’environnement, comme Générations Futures, demandent à l’État d’aller plus loin.

      « Il faut interdire ces produits, et accompagner le monde agricole dans des pratiques plus respectueuses » pour l’environnement et la santé, appuie Cyril Giraud. Par la voix de son porte-parole François Veillerette, Générations Futures demande aussi « l’accès aux registres d’épandages des agriculteurs, car il est aujourd’hui ahurissant que ces registres ne soient pas accessibles dans l’intérêt des populations et de la science ».

      Les riverains des zones viticoles ne sont sans doute pas les seuls concernés : tous les habitants à proximité de cultures sur lesquels des pesticides sont répandus sont susceptibles d’être surexposés à des substances chimiques, potentiellement dangereuses pour la santé. « L’étude PestiRiv ouvre des pistes, mais n’est pas une fin en soi », prévenait en préambule Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France, lors de la restitution des résultats. La recherche et les pouvoirs publics doivent maintenant s’emparer du problème.

      ▻https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux/cette-agriculture-tue-les-gens-l-etude-pestiriv-revele-se

    • Dans les zones viticoles, des populations plus exposées aux pesticides

      L’étude PestiRiv, menée par l’Anses et Santé publique France, a été rendue publique lundi 15 septembre après quatre ans de recherches. Elle met en évidence les pesticides auxquels sont exposés les riverains des zones viticoles.

      DesDes populations plus exposées aux pesticides que la moyenne, et particulièrement aux fongicides, ces produits qui s’attaquent aux champignons : si l’on habite en zone viticole, on a plus de probabilité de respirer, d’avaler, d’être en contact avec les molécules des produits phytosanitaires épandus dans les parcelles.

      C’est ce que conclut PestiRiv, l’étude rendue publique lundi 15 septembre par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (l’Anses) et Santé publique France. Un résultat suffisamment solide, établi après quatre années de recherches à l’échelle de la France métropolitaine, pour que les deux institutions, dans leurs recommandations, incitent « en priorité à réduire l’utilisation de pesticides » en agriculture.

      L’étude, une première en France, se base sur des échantillons d’urine et de cheveux, mais aussi de poussières, d’air ambiant et d’aliments de potagers privés, ainsi que sur de longs questionnaires soumis aux participant·es. Constituée de trois tomes et de copieuses annexes, longue de plus de 2 500 pages au total, l’étude s’est longtemps fait attendre. Au début de l’été, l’ONG Générations futures, qui milite contre les pesticides, avait déposé un recours, dénonçant un blocage de l’État pendant les débats sur la loi Duplomb.

      Car PestiRiv a officiellement été impulsée par la Direction générale de la santé il y a déjà neuf ans, à la suite d’une alerte lancée en 2012 à Preignac, en Gironde, où un cluster de cancers pédiatriques avait vu le jour. PestiRiv n’a démarré que fin 2021, une fois le protocole de recherche mis en place.

      Deux salves de collectes d’échantillons ont alors été réalisées : d’octobre 2021 à février 2022, saison pendant laquelle les traitements phytosanitaires sur les vignes sont moins fréquents, puis de mars à août 2022 (lorsque les traitements sont plus fréquents). Il aura donc fallu attendre encore quatre ans pour l’analyse des très nombreuses données et la restitution des résultats par l’Anses et Santé publique France.
      Les enfants plus imprégnés que les adultes

      Principal enseignement, donc : les populations riveraines des zones viticoles – c’est-à-dire, selon la définition de l’étude, habitant à moins de 500 mètres d’une parcelle de vignes et à plus de 1 000 mètres d’une autre culture – sont bien plus exposées que les personnes n’habitant pas dans ces espaces – c’est-à-dire résidant à plus de 500 mètres d’une parcelle viticole.

      PestiRiv, qui a suivi au total 3 350 personnes tirées au sort dans six régions (Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie), montre en outre que les enfants sont plus imprégnés que les adultes, en se basant sur deux groupes d’étude : l’un constitué par la population adulte âgée de 18 à 79 ans, l’autre par des enfants âgés de 3 à 17 ans.

      Au total, 56 produits phytosanitaires différents étaient recherchés, selon une liste établie en amont des relevés : des herbicides comme le glyphosate ; des insecticides, dont des néonicotinoïdes, aujourd’hui interdits, mais aussi des pyréthrinoïdes, dont le spectre d’action est très large ; et des fongicides, parmi lesquels certains, comme le soufre et le cuivre, sont autorisés en agriculture biologique.

      Le résultat, à première vue, n’est guère surprenant : la viticulture est, en France, le secteur le plus consommateur de pesticides après l’arboriculture, production de pommes en tête. Selon les dernières données du ministère de l’agriculture à ce sujet, qui datent de 2019, 18 traitements phytosanitaires sont appliqués en moyenne chaque année sur les parcelles de vignes.

      Mais le résultat est implacable. Les douze substances recherchées dans les urines des enfants et des adultes riverains des zones viticoles, par exemple, se retrouvent dans la quasi-totalité des échantillons. Et dans la moitié des échantillons des poussières des foyers riverains, on trouve 25 des 48 substances recherchées.

      Par comparaison avec la population témoin, qui ne réside pas à proximité d’une parcelle de vignes, le niveau de contamination dans les urines augmente ainsi de 15 à 45 %. Il est multiplié par douze dans l’air ambiant extérieur, et par cent dans les poussières des logements.
      Des substances dans l’air ambiant

      L’étude relève en outre une imprégnation (autrement dit une présence dans les urines et les cheveux) encore plus élevée chez les jeunes enfants, entre 3 et 6 ans. « Ceci est dû au fait qu’ils ont beaucoup plus de contacts avec le sol, et de contacts main-bouche », a expliqué Clémence Fillol, responsable de l’unité surveillance des expositions à Santé publique France, à l’occasion de la présentation de l’étude à la presse en visoconférence, lundi matin.

      « Retrouver dans l’alimentation ou les échantillons d’air et de poussière des substances introduites dans un environnement proche n’est pas surprenant, a reconnu Matthieu Schuler, directeur général délégué, à l’Anses, du pôle sciences pour l’expertise. Mais nos résultats permettent d’affiner : on voit que les substances sont encore plus présentes dans l’air ambiant que dans les aliments, et que certaines sont plus présentes que d’autres. Ce sont des enseignements riches qui nous permettront d’aller vite en cas d’événement sanitaire. » Autrement dit, en cas d’apparition d’un nouveau cluster, par exemple.

      « Cela donne une photographie très précise de l’exposition des personnes, a insisté Benoît Vallet, directeur général de l’Anses. Ce sont des données extrêmement solides, cela offre une transparence qui peut être bénéfique pour la profession agricole comme pour les riverains qui appelaient cela de leurs vœux. Ce sont de nouveaux éléments, tout à fait différents de Géocap Agri », qui renseignait sur le lien entre distance du lieu de résidence et probabilité d’apparition de leucémie.

      Une source d’information précieuse pour les populations concernées. Vivre à côté de vignes expose donc à des substances potentiellement toxiques.
      Des cocktails de molécules

      Prenons par exemple le glyphosate. On le retrouve dans 87 % des échantillons d’air ambiant des zones viticoles prélevés pour l’étude. Ou encore le folpel, un fongicide caractéristique de la culture de vignes, inconnu du grand public mais dans le viseur des associations environnementales, considéré comme toxique pour la reproduction et classé cancérogène de type 2 par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Il est présent dans près de 63 % des mêmes échantillons. Le cuivre et le soufre, tous deux autorisés en agriculture biologique, se retrouvent quant à eux dans l’ensemble de ces échantillons.

      Deux familles de fongicides mal évaluées par la toxicologie règlementaire (c’est-à-dire par les études requises pour l’autorisation des produits) se rencontrent dans les échantillons : les SDHI et les strobilurines, qui s’attaquent à la respiration cellulaire. Parmi les premiers, notons le boscalid, une molécule identifiée par les scientifiques comme perturbateur endocrinien et possible cancérogène. Parmi les seconds apparaît notamment, en quantité importante dans les urines et cheveux, la trifloxystrobine.

      « Il est préoccupant d’avoir une combinaison d’autant de molécules », souligne auprès de Mediapart Sylvie Bortoli, ingénieure de recherche à Paris-Cité. Pour cette toxicologue qui n’a pas pris part à PestiRiv, « l’étude révèle un cocktail de substances auxquelles les riverains sont exposés simultanément. C’est problématique car les effets toxiques peuvent se combiner, et c’est quelque chose qui n’est pas évalué en toxicologie réglementaire ». Particulièrement inquiétante est l’imprégnation des enfants : chez un tiers d’entre eux, plus de deux pesticides sont retrouvés dans les cheveux et les urines, « alors qu’ils sont plus vulnérables aux effets toxiques car leur système de détoxication n’est pas mature ».

      De manière logique là aussi, l’étude met en évidence une exposition plus importante pendant la saison de traitement à haute dose des vignes. Conclusion : « Le facteur qui influence le plus l’exposition aux pesticides en milieu viticole, ce sont les pratiques agricoles, a indiqué Ohri Yamada, chef de l’unité phytopharmacovigilance de l’Anses, pendant la présentation à la presse. Quand la quantité de pesticides s’accroît et quand la distance entre le logement et la parcelle diminue, l’exposition des gens aux produits augmente. Elle augmente aussi avec la durée d’aération du logement, et avec le temps que passent les gens à l’extérieur. »

      Incluses dans l’étude, les recommandations des deux institutions sont sans appel. « Pour nous, Anses et Santé publique France, la priorité est de limiter les produits phytosanitaires au strict nécessaire dans le cadre de la stratégie Écophyto 2030, synthétise Matthieu Schuler. C’est le plus important et c’est sur ce levier-là qu’on peut le plus agir. » Les autres recommandations n’arrivent qu’au second plan : informer les habitant·es, les encourager à des mesures comme le fait d’étendre son linge à l’intérieur du logement en période d’épandage, agir prioritairement auprès des personnes qui vivent le plus près des parcelles… Mais « la prévention de l’exposition des riverains ne doit pas reposer uniquement sur des mesures individuelles », précise l’étude.

      Sollicitée par Mediapart, la toxicologue Laurence Huc n’est « pas du tout » étonnée par les conclusions de PestiRiv. « Ce sont des choses connues par ailleurs, à croire que l’on réinvente l’eau chaude, souligne cette experte de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). Certes, cette étude a le mérite d’exister et a été réalisée sérieusement. Mais la Californie a fait ce genre de travail il y a déjà quarante ans… et elle peut aujourd’hui faire le lien avec les registres, accessibles, de plusieurs types de maladies. »

      De fait, la photographie reste incomplète : les deux institutions n’ont pas eu accès aux données réelles d’utilisation des produits phytosanitaires, ce qui leur aurait permis d’être encore plus précises dans l’analyse. Il reste également à étudier l’impact précis de chacune des substances autorisées sur la population. Aucune interdiction de produit n’est à attendre dans l’immédiat : l’Anses ne prévoit pas de revenir sur les autorisations de mise sur le marché (AMM) des produits relevés au cours de PestiRiv.

      ▻https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/150925/dans-les-zones-viticoles-des-populations-plus-exposees-aux-pesticides

  • Une immense #mine pollue la #Bretagne, l’État ferme les yeux

    Des analyses réalisées par le média breton Splann ! révèlent comment la mine à ciel ouvert de #Glomel, en Bretagne, contamine son environnement aux métaux toxiques. Cette année, l’État a prolongé son exploitation de vingt ans.

    Des ruisseaux, des tourbières, des prairies humides... La commune de #Glomel, dans le centre de la Bretagne, étendue sur près de 80 km2, abrite la #réserv_ naturelle régionale des #landes et #marais de Glomel, ainsi que deux sites #Natura_2000 et plusieurs zones naturelles d’intérêt écologique faunistique et floristique.

    Le paradoxe est qu’elle abrite aussi la plus grande mine à ciel ouvert en activité de l’Hexagone : sur place, la multinationale #Imerys peut extraire chaque année jusqu’à 1,5 million de tonnes de roches et raffine dans ses deux usines un quart de la production mondiale d’#andalousite.

    La « #Damrec » comme on dit ici en référence à l’ancien nom d’Imerys, est longtemps passée inaperçue. Déjà, qui connaît l’andalousite, ce minéral résistant aux très hautes températures ? On le retrouve sous forme d’additif dans les bétons ou les peintures, dans les blocs moteurs de camions ou dans les fours de toute l’industrie, de la métallurgie au nucléaire. Mais si l’andalousite est couramment utilisée par la grande industrie pour ses propriétés réfractaires, nous n’avons jamais directement affaire à elle.

    D’autre part, le site de Glomel est resté d’autant plus discret qu’il n’est, aux yeux de l’administration, qu’une carrière : on imagine un modeste carreau au bord d’une route déserte, quelques camions. Sauf que…

    Sauf qu’il s’agit bel et bien d’une mine avec ses immenses cratères, ses usines, ses bassins de décantation remplis d’eau acide et ses montagnes de #déchets qui avancent dans le paysage, avalant les champs, les fermes et les chemins. Tout ceci inquiète nombre de riverains, qui voient se multiplier les cas de #cancer et se demandent ce qu’il restera des zones humides, des sources et des captages dans cet avenir où rien ne sera plus précieux que l’eau.

    Un trou grand comme quinze terrains de football

    Mais Imerys compte bien aller au bout de ce #gisement. Après une enquête publique houleuse et d’âpres débats, l’État vient de l’autoriser à poursuivre l’exploitation jusqu’en 2044 en creusant une quatrième #fosse_d’extraction : un trou grand comme quinze terrains de football et aussi profond que cinq immeubles parisiens empilés.

    Sur le site internet d’Imerys Glomel, on lit qu’« une des priorités du site concerne la gestion des rejets aqueux […] dans les rivières, zones humides et nappes souterraines alentour ». L’enjeu est de taille, puisqu’en aval de la mine se trouve la réserve naturelle régionale de #Magoar_Penvern. Puis, à 6 km du site industriel, un premier captage d’eau potable dans l’#Ellé alimente les 6 000 habitants des communes voisines.

    Dans le #Kergroaz, un minuscule #ruisseau qui serpente dans le sous-bois, Imerys rejette chaque année environ 1,5 million de mètres cubes d’#eaux_usées. Ces eaux sont traitées, et les exigences de la préfecture ont conduit l’entreprise à investir récemment dans une unité destinée à limiter la quantité de #manganèse et de #fer dans ses rejets. Mais même après traitement, ils contiennent des quantités très importantes de contaminants : la préfecture des Côtes-d’Armor autorise le site à rejeter chaque jour dans ses eaux usées jusqu’à 9 kg d’#hydrocarbures et, entre autres, jusqu’à 11 kg par jour au total de #cobalt et de #nickel, des métaux cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques.

    Pourtant, Imerys assure n’avoir « aucun impact sur les eaux » et a financé une étude sur cinq ans de l’état écologique du #Crazius, où se jette le Kergroaz. Cette étude payée par l’industriel conclut à un « bon état » du cours d’eau pour certains paramètres, mais ce qui frappe, c’est que les métaux les plus toxiques émis par le site ne semblent pas avoir été recherchés dans le cours d’eau.

    Pourquoi s’intéresser à la présence de fer et d’#aluminium, et non à des contaminants bien plus redoutables comme l’#arsenic, le #cadmium, le cobalt ou le nickel, qui sont par ailleurs présents dans les déchets de cette mine ? Interrogé, Imerys n’a pas souhaité répondre à nos questions. Pour y voir plus clair, Splann ! a décidé de faire analyser les sédiments du Crazius.

    En juillet puis en septembre, Splann ! a prélevé plusieurs jeux d’échantillons de sédiments dans le lit du ruisseau d’abord en amont du point de rejet de la mine, pour disposer d’un échantillon « témoin » ; puis dans un deuxième temps au niveau où Imerys rejette ses eaux usées ; et finalement à 2 km de là en aval dans le même cours d’eau, dans la réserve naturelle régionale.

    Des concentrations en nickel jusqu’à 60 fois supérieures à la valeur guide

    Ces sédiments ont été analysés par un laboratoire accrédité Cofrac. Les résultats de ces analyses ont été interprétés avec l’aide de Frédéric Gimbert, spécialiste des pollutions minières et chercheur en écotoxicologie au Centre nationale de la recherche scientifique (CNRS) de Besançon.

    Alors que les sédiments du prélèvement témoin, en amont, ne présentent aucune contamination, au niveau du point de rejet d’Imerys, les concentrations en nickel sont jusqu’à 60 fois supérieures à la valeur guide pour un bon état écologique des sédiments d’eau douce. Les concentrations en cobalt sont jusqu’à 20 fois supérieures à cette valeur. Les analyses révèlent aussi la présence de métaux toxiques qu’Imerys n’est pas censé déverser : les sédiments contiennent quatre fois la valeur guide pour l’arsenic et une teneur anormale en cadmium, tous deux également cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques.

    « De telles quantités de contaminants présentent manifestement un #danger et un #risque pour l’#environnement, dit Frédéric Gimbert. Il faudrait également rechercher ces mêmes contaminants dans les #sols où se déposent les #poussières issues de l’activité minière et conduire plus largement une étude d’évaluation des risques, pour l’environnement, mais aussi pour la #santé_publique. »

    Nos analyses révèlent également que la contamination s’étend au-delà du périmètre immédiat de la mine. À 2 kilomètres en aval du site, au cœur de la réserve naturelle régionale de Magoar Penvern, les concentrations en cobalt et en nickel sont plus de dix fois supérieures aux valeurs guides pour un cours d’eau en bon état écologique.

    Un #captage d’#eau_potable en aval de la mine

    Qu’en est-il à 6 km en aval, dans la rivière Ellé, où #Eau_du_Morbihan prélève une partie de l’eau qui sera ensuite traitée pour être distribuée aux communes voisines ? Pour le savoir, notre équipe s’est rendue à #Toultreincq, qui signifie « trou saumâtre » en breton, dont l’usine de potabilisation est justement en pleins travaux. Une toute nouvelle unité de traitement est en construction pour un coût de 6 millions d’euros d’argent public.

    « La pollution de l’eau par la mine ? C’est simple : ce n’est pas un sujet. Il n’y a aucun problème », déclare, dès le début de notre visite, #Dominique_Riguidel, le directeur d’Eau du Morbihan qui s’est déplacé en personne pour nous le dire. L’ouverture de nouveaux captages d’eau souterraine permettront de « diversifier les ressources et de limiter les prélèvements dans l’Ellé », explique-t-il. C’est-à-dire précisément à limiter la dépendance au captage de Pont Saint-Yves, sur l’Ellé, en aval de la mine.

    Mais le directeur d’Eau du Morbihan est formel : tout ceci n’a aucun rapport avec le fait qu’Imerys rejette chaque année 1,5 million de mètres cubes d’eaux usées contenant des sulfates, des hydrocarbures et des métaux lourds en amont de ce captage. « La nouvelle unité permettra de mieux traiter les pesticides et les médicaments », justifie-t-il.

    Un ingénieur chimiste, expert en contaminations pour des organismes de santé publique, s’interroge : « J’ai du mal à croire que tous ces travaux n’aient aucun rapport avec l’agrandissement de la mine. Vu l’argent que ça coûte de changer une installation, ça ne se fait pas sans raison objective. Et il n’est pas courant d’avoir de tels traitements de l’eau en tête de bassin versant, où elle est normalement moins polluée. »

    Pour connaître la qualité de l’eau sur l’Ellé, en aval de la mine, le plus simple est de s’adresser à l’agence régionale de santé (ARS), qui surveille les captages. Nous lui avons demandé de nous communiquer les analyses de l’eau captée en aval de Glomel.

    « Il n’existe pas de contrôle sanitaire sur la ressource “Pont Saint-Yves” exclusivement », a répondu l’ARS. Le captage d’eau le plus exposé aux pollutions de la mine ne serait donc pas surveillé : l’agence publique ne contrôle pas la qualité des eaux brutes qu’après qu’elles ont été mélangées à la station de traitement. Une fois dilués dans les eaux prélevées ailleurs, les contaminants d’Imerys passent inaperçus. Ce qui pousse certains riverains désabusés à résumer ainsi la situation : « La mine de Glomel utilise la réserve naturelle régionale comme station d’épuration » pour traiter ses effluents chargés en métaux toxiques. « Mais si la contamination continue d’augmenter, explique l’ingénieur chimiste, l’eau de ce captage risque de ne plus être utilisable pour produire de l’eau potable. »

    Les déchets miniers ont contaminé les #eaux_souterraines

    « Quand j’étais ado, par une chaude journée d’été, je m’amusais à repérer les plans d’eau des environs sur les photos satellites. J’ai découvert un lagon bleu à Glomel. J’ai demandé à ma mère : “pourquoi on n’est jamais allées s’y baigner ?” » Voilà comment Camille a découvert la mine de Glomel : un espoir de baignade. Espoir déçu : le lac de 12 hectares dont elle parle, une ancienne fosse d’extraction, recueille en continu des #eaux_acides et les boues de traitement des usines du site.

    Une autre riveraine se rappelle : « Pendant une réunion en 2022, j’ai demandé ce que contenait cette fosse qu’on appelle “la fosse 2”. Imerys m’a répondu “du mica et des oxydes de fer”. » Pas de quoi s’inquiéter, donc, Camille aurait pu s’y baigner. Mais dans un tableau perdu dans les 3 000 pages du dossier d’enquête publique, on apprend que ces boues contiennent de fortes concentrations de cadmium, de #chrome, de cobalt, de nickel et de plomb : des métaux dits « lourds », cancérigènes, neurotoxiques et reprotoxiques.

    Les boues de cette fosse contiennent aussi les produits chimiques utilisés dans l’usine. Lors d’une réunion publique, les porte-parole de l’entreprise ont assuré que « le procédé d’extraction ne fait pas intervenir de composés chimiques ». Pourtant, les documents de l’enquête publique indiquent que les usines de Glomel utilisent 75 tonnes par an de substances nocives pour l’environnement et la santé.

    Par exemple, le #méthyl-isobutyl_carbinol, un #solvant dangereux pour les #nappes_souterraines, l’#acrylamide, cancérigène, mutagène et reprotoxique, le #sulfonate_de_sodium et l’#amylxanthate, toxiques pour la vie aquatique.

    Chaque année, une trentaine de tonnes de ces produits sont déversées dans le « joli lac ». Imerys affirme que la fosse est « étanche », mais aucune membrane n’empêche ces boues acides de s’infiltrer dans les eaux souterraines. Et il en va de même dans tous les autres espaces du site où sont entreposées ces boues : la « fosse no 1 » (2 millions de m3) et « l’ancienne digue » (900 000 m3).

    Les contaminants de ces déchets toxiques ont commencé à migrer vers les eaux souterraines : c’est ce qu’indiquent certains éléments qu’Imerys a communiqués à l’administration. L’un des appareils de mesure de l’industriel relève que les taux de contaminants ont explosé entre 2012 et 2021.

    Ainisi, les déchets de la mine contiennent des concentrations importantes de nickel, un métal qui provoque des cancers du poumon et des sinus et des maladies cardiovasculaires. Or, sous le site minier, les eaux souterraines contiennent quarante fois la teneur en nickel maximale autorisée pour les eaux brutes destinées à la consommation. Les autres contaminants (cobalt, cadmium, arsenic, produits chimiques…) susceptibles d’avoir migré vers la nappe ne semblent pas surveillés.

    En juin 2024, en prolongeant l’exploitation de vingt ans, les services de l’État ont autorisé l’entreprise à générer au total environ 12 millions de m3 de déchets supplémentaires, autant de déchets qui seront entreposés sur place et qui sont censés ne pas entrer en contact avec les eaux souterraines pour les décennies et les siècles à venir. Alors que jusqu’ici, Imerys n’a pas réussi à empêcher la contamination des eaux souterraines.

    Qui traitera les eaux acides en l’an 2150 ?

    En 2044, en théorie, l’extraction d’andalousite sera terminée et viendra le temps de la « remise en état », comme on dit. Mais la roche exploitée à Glomel a une particularité : elle contient de la #pyrite, c’est-à-dire du #soufre. Quand la roche mise à nu par l’extraction ou les déchets miniers du site rencontrent de l’eau (la pluie par exemple), cette eau se transforme naturellement en #acide_sulfurique et entraîne vers l’aval les contaminants présents dans la roche. C’est ce qu’on appelle le drainage minier acide, l’une des pollutions les plus redoutables liées à l’activité minière.

    Actuellement, toutes les eaux qui ruissellent sur le site sont collectées et traitées par lmerys pour perdre leur acidité. Qui va traiter ces #eaux_de_ruissellement dans un siècle pour empêcher cette marée acide de contaminer le bassin de l’Ellé ? Dans les documents de l’enquête publique, Imerys assure qu’après la #remise_en_état, « les eaux pluviales ne seront plus susceptibles de s’acidifier ». Les montagnes de déchets seront « étanchéifiées » avec une couche de résidus miniers très fins puis quelques centimètres de terre. L’entreprise assurera un suivi du site pendant dix ans après la fin de l’activité.

    On sait pourtant que le drainage minier acide est sans limite de temps, comme le rappelle l’association de géologues miniers SystExt. À #Chessy-les-Mines, dans le Rhône, un gisement riche en pyrite a été exploité depuis le Moyen Âge. La mine a fermé après un effondrement dans la galerie principale, survenu en 1877. Un rapport confidentiel du Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) publié en 2019, que Splann ! s’est procuré, décrit le traitement des eaux acides mis en place à #Chessy.

    L’État a constaté que ces #eaux_minières, quoique traitées « depuis 130 ans », étaient trop polluantes, si bien qu’il a dû y construire une toute nouvelle station de traitement en 2005. Le drainage minier acide de Chessy dure donc depuis 150 ans sans que, d’après le rapport, l’#acidité ou les concentrations de métaux dans les eaux n’aient baissé au cours du temps.

    Des eaux acides dont devront s’occuper les générations suivantes

    À Chessy, le problème se pose sur 20 hectares ; à Glomel, il se poserait sur 265 hectares. La création d’une nouvelle fosse et de nouveaux stockages de déchets augmentent d’autant la quantité d’eaux acides dont auront à s’occuper les six ou sept générations à venir.

    « Les pollutions minières du passé posent des problèmes insurmontables, et l’État, qui doit les gérer tant bien que mal, le sait très bien, dit Dominique Williams, membre d’Eau et rivières de Bretagne. Pourtant, il reproduit les mêmes erreurs à une échelle dix fois supérieure. Les services de la préfecture ont délivré cette autorisation sans prendre la mesure de l’ampleur de cette pollution ».

    La préfecture des #Côtes-d’Armor et la direction régionale de l’environnement ont été alertées de la contamination aux #métaux_lourds que révèle notre enquête, et des problèmes soulevés par l’étendue considérable du #drainage_minier_acide après la fermeture du site. La Région Bretagne a elle aussi « soumis ces informations à l’État afin qu’il puisse répondre aux inquiétudes exprimées » tout en indiquant à Splann ! qu’elle prenait « au sérieux l’alerte émise » sur la pollution de la réserve naturelle régionale.

    Or, malgré nos sollicitations, l’État ne s’est pas exprimé. Quant au groupe Imerys, notre rédaction lui a donné la possibilité de revenir sur ses déclarations concernant l’absence de métaux lourds et d’impact sur les eaux : il n’a pas souhaité nous répondre. L’extension de la mine est d’ores et déjà contestée devant la #justice. Fin octobre, l’association Eau et rivières de Bretagne a déposé un recours contre l’ouverture de la nouvelle fosse au tribunal administratif de Rennes.

    IMERYS PARLE EMPOUSSIÈREMENT

    « Vous voyez cette poussière ? Nos animaux la boivent dans leurs abreuvoirs, nos enfants la respirent », s’inquiète une habitante de Glomel, femme d’agriculteur. Sur l’avant-toit de sa maison, la gouttière que montre Émilie (le prénom a été modifié) est tapissée d’un dépôt noir épais de plusieurs centimètres. « Je l’ai nettoyé, mais il n’a mis que quelques mois à revenir », explique-t-elle.

    En plus des trois usines du site, le principal responsable de cette poussière s’appelle le « Sabès » : une montagne de résidus de trente mètres de haut occupant l’équivalent d’une cinquantaine de terrains de football. Quand le vent souffle, ces poussières forment un panache qui saupoudre la campagne.

    À force de plaintes, l’État a demandé à Imerys de poser des jauges « Owen » dans les hameaux voisins, des récipients en plastique juchés sur des poteaux. Selon l’entreprise, la « mesure des retombées de poussière à proximité du site » n’indique « aucun dépassement des seuils réglementaires ». Elle omet simplement de dire que seule la quantité de poussière est mesurée, et pas sa qualité. Sur ce point, Imerys a affirmé aux habitants que « les poussières de la mine se composent principalement d’aluminium ».

    Dans un document du groupe, on peut même lire que « les résidus sableux stockés sur le Sabès sont constitués de sables fins propres. Ils ne contiennent aucun produit chimique ». La véritable composition de ces résidus miniers qui forment ces poussières, bien plus inquiétante, est renseignée quelque part dans les 3 000 pages du dossier d’enquête publique. On y trouve le même cortège de métaux cancérigènes que dans les sédiments analysés par Splann ! : chrome, nickel, arsenic, plomb…

    Certains habitants relient l’activité de la mine, et en particulier ces poussières, à ce qu’ils considèrent comme une épidémie de cancers dans le voisinage du site. Jean-Yves Jego, éleveur dans un hameau voisin et conseiller municipal d’opposition à Glomel, se souvient d’une remarque de l’agent de la Mutualité sociale agricole, quand il a créé son élevage de chèvres en 2011 : « À moitié pour plaisanter, il m’a demandé : “Vous êtes sûr que vous voulez vous installer ici ? Il y a eu trois jeunes hommes morts du cancer à proximité !” »

    ►https://reporterre.net/Une-immense-mine-pollue-la-Bretagne-l-Etat-ferme-les-yeux
    #pollution #contamination #métaux_lourds #eau #extractivisme #France

  • L’industrie “verte” s’accapare les terres des #Samis, dernier peuple autochtone d’Europe

    « Une mine dans cette zone causerait des dommages environnementaux graves et irréversibles, avec des conséquences considérables pour la faune, les communautés locales et, en particulier, pour l’#élevage traditionnel de #rennes »

    Installé depuis près de 10 000 ans en #Laponie, les Samis sont considérés comme le dernier peuple autochtone d’Europe. Mais leur activité traditionnelle, l’élevage de rennes, est menacée par des projets industriels présentés comme essentiels à la croissance verte.

    La #colonisation des territoires Samis

    Pendant près de 10 000 ans, les Samis et leurs ancêtres ont vécu sur un territoire appelé #Sápmi, à cheval entre la #Norvège, la #Suède, la #Finlande et la #péninsule_de_Kola (#Russie). Nomades vivants en petits groupes familiaux, les Samis étaient animistes et vivaient de cueillette, de pêche et de chasse aux rennes sauvages.

    Ils occupaient une zone difficile à contrôler par des États, relativement à l’écart des dynamiques de #sédentarisation, de construction étatique et de #christianisation du reste de l’Europe.

    Mais à partir du XVIIe siècle, les royaumes scandinaves s’étendent vers le nord et cherchent à intégrer le Sápmi à leurs frontières. Les Samis, appelés péjorativement Lapons – d’où le terme Laponie -, subissent alors la soumission à l’impôt, la christianisation forcée et sont chassés de leurs terres.

    L’intensification des interactions entre les Samis et les Scandinaves, décuple aussi la pression sur les #écosystèmes. Pour faire face à la baisse du nombre de proies sauvages et à l’intégration progressive dans un système marchand, les chasseurs de rennes se convertissent à l’élevage.

    Au XIXe siècle, des #mines, des #lignes_ferroviaires et des #villes se développent pour exploiter le riche #sous-sol du Sápmi. La région perd sa difficulté d’accès et se peuple de Scandinaves. En parallèle, les Samis subissent la politique de « #norvégianisation ».

    « Ils ont été méprisés, cette politique les obligeait à parler uniquement norvégien et visait à éradiquer leur #culture », explique Marie Roué, éco-anthropologue, directrice de recherche émérite au CNRS et au Muséum National d’Histoire Naturelle, pour La Relève et La Peste.

    Au XXe siècle, l’exploitation du Grand Nord devient l’un des principaux moteurs de croissance des États scandinaves. Les Samis sont chassés de leurs terres pour l’#exploitation_minière, les #barrages_hydrauliques engloutissent des #pâturages, l’#exploitation_forestière s’industrialise.

    Le 11 octobre 2021, la Cour suprême de Norvège conclut que deux #parcs_éoliens violent les droits du peuple Sami. Deux ans plus tard, en octobre 2023, une centaine de militants samis, habillés en tenue traditionnelle, bloquent à plusieurs reprises l’entrée de ministères pour réclamer le démantèlement des éoliennes toujours en activité.

    La militante suédoise Greta Thunberg, qui a rejoint la lutte, dénonce alors une « colonisation systématique », ajoutant que « la violation des #droits_humains et l’#oppression demeurent une réalité pour les Samis aujourd’hui ».

    Entre adaptation et conservation d’un mode de vie

    Face à ces bouleversements les Samis ont dû s’adapter tout en essayant de conserver leurs modes de vie. Certains, vivant près des côtes, ont dû se spécialiser dans la pêche, d’autres dans l’élevage de rennes.

    Aujourd’hui moins de 10 % des 80 000 à 100 000 samis, vivent encore de cette activité. Les éleveurs restants ont dû augmenter la taille de leurs troupeaux : notamment pour investir dans les voitures et motoneiges aujourd’hui essentielles à l’élevage. Beaucoup ont également une activité annexe, souvent liées au #tourisme.

    « Ils maintiennent souvent une multi activité pour ne pas être dépendants ni d’une ressource, ni d’un marché. Ils ont donc une très forte résilience, explique Marie Roué. Aujourd’hui, c’est une économie mixte. C’est une continuation d’une #tradition et en même temps une adaptation à l’époque moderne. Les éleveurs continuent à manger leurs rennes et à utiliser la peau, mais la vendent aussi comme viande de boucherie. »

    « Je mange de la viande de renne, et ma femme fait des chaussures avec la peau » témoigne Per Olof Kuhmunen, éleveur de rennes dans le nord de la Suède, pour la Relève et La Peste.

    Avec son épouse, ils passent l’été près des #montagnes du parc national de #Sarek où paissent les rennes. Ils vivent dans des mobil-homes modernes, à côté des anciennes #goahti, des huttes à armatures de bois, recouvertes de mousses, de tourbe ou de terre.

    Tandis que Per Olof part durant plusieurs jours pour marquer les jeunes rennes dans la montagne, sa compagne pêche dans le grand lac à côté du campement. L’hiver, ils habitent dans la ville de Jokkmokk, peuplée par de nombreux éleveurs de rennes Samis.

    Si une petite minorité de Samis sont encore éleveurs de rennes, ces cervidés continuent d’occuper une place centrale dans leur culture. La perte de pâturage au profit d’autres activités économiques – minières, forestières ou production d’électricité – est ainsi mise en avant pour illustrer les menaces qui pèsent sur l’ensemble des Samis.

    L’étau du #colonialisme_vert et le réchauffement climatique

    La pratique du pastoralisme semi-nomade rend les Samis dépendants des conditions de pâturage et de circulation des troupeaux sur de vastes territoires. Ainsi, dans le nord de la Suède, les rennes pâturent l’été dans les montagnes et descendent passer l’hiver dans les forêts.

    Ils subissent donc l’industrialisation de la gestion forestière qui détruit les lichens dont se nourrissent les rennes. Ils sont aussi impactés par les conséquences de l’exploitation minière qui empiète sur leurs territoires, coupant les voies de migration des rennes.

    Ces mines sont aujourd’hui présentées comme essentielles à la transition énergétique et comme neutres en carbone. La société Beowulf Mining, qui prévoit d’exploiter la mine de fer de Gállok, près de Jokkmokk, promet ainsi une « exploitation minière durable alimentée par de l’électricité renouvelable. »

    « Une mine dans cette zone causerait des dommages environnementaux graves et irréversibles, avec des conséquences considérables pour la faune, les communautés locales et, en particulier, pour l’élevage traditionnel de rennes » réplique le groupe Jåhkågaska tjiellde, la communauté sami locale.

    La justification de l’exploitation des territoires samis par le développement durable est également très utilisée dans le pays voisin.

    « En Norvège, le principal problème réside dans les éoliennes, mais aussi dans l’exploitation minière. Nous luttons contre le « colonialisme vert » », affirme Petter, Sami habitant le comté de Troms, dans le nord de la Norvège.

    Deux parcs éoliens ont par exemple été construits par le groupe énergétique public Statkraft sur des zones d’élevage de rennes de la péninsule de Fosen, à l’ouest du pays. La construction de ces 151 éoliennes a été déclarée illégale en 2021 par la Cour suprême de Norvège, les juges estimant que « les parcs éoliens portaient atteinte au droit des éleveurs de rennes à jouir de leur propre culture ».

    « En juillet 2025, près de quatre ans après la décision, les éoliennes fonctionnent toujours », constate pourtant Petter. « Le gouvernement ne respecte pas la décision de la Cour suprême » ajoute ce militant, qui lutte aussi contre un projet de mine de cuivre, matériau très prisé pour la transition énergétique.

    En effet, si l’économie norvégienne repose en grande partie sur l’exportation de pétrole et de gaz naturel, le pays se présente désormais comme un champion de la décarbonation. Près de la moitié du mix énergétique intérieur repose sur l’électricité, dont environ 90 % provient de l’hydroélectrique.

    « La Norvège et la Suède ont construit toute leur richesse de l’extractivisme dans les territoires samis, explique Marie Roué. Le pétrole a rendu les Norvégiens riches et ils le savent. Aujourd’hui il y a une volonté d’exploiter les ressources jusqu’au bout pour conserver leur niveau de vie. »

    Pour la chercheuse, l’exploitation des territoires samis pour des projets éoliens, miniers et hydroélectriques se place dans la continuité de l’histoire coloniale du Sápmi.

    « La Norvège prétend imposer un verdissement de sa politique, dénonce-t-elle. Mais comme par hasard, ça veut dire 150 éoliennes sur un territoire d’élevage de renne sami. En réalité, c’est un colonialisme vert. »

    En parallèle, les éleveurs de rennes samis subissent de plein fouet les conséquences du changement climatique, la région Arctique se réchauffant deux fois plus vite que le reste du globe.

    Les redoux et les pluies hivernales provoquent des épisodes de fonte des neiges puis de regel, créant une couche de glace empêchant aux rennes d’accéder au lichen dont ils se nourrissent, ce qui obligent les éleveurs à acheter des aliments pour leurs animaux.

    Dans leur ouvrage Future in Sápmi (AgroParisTech, 2025), Marie Roué et ses quatre coéditeurs mentionnent l’inquiétude des samis face à cette double menace climatique et coloniale. Mais les chercheurs soulignent aussi les résistances : car les Samis tentent de s’organiser collectivement pour obtenir le droit à la terre.

    « Ces projets d’exploitation alimentent aussi les revendications à plus d’autonomie et les luttes pour affirmer les droits autochtones au sein de sociétés dominantes » affirment-ils.

    ▻https://lareleveetlapeste.fr/lindustrie-verte-saccapare-les-terres-des-samis-dernier-peuple-aut
    #peuples_autochtones #barrages_hydroélectriques #exploitation #extractivisme #Scandinavie #énergie #énergie_verte #green-washing #menaces #industrialisation #forêt #exploitation_minière #transition_énergétique #Beowulf_Mining #Jokkmokk #Gállok #énergie_éolienne #éoliennes #résistance #Statkraft #Fosen #cuivre #décarbonation #électricité #pétrole #climat #changement_climatique #droits #autonomie

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  • #github Wants the #EU to Fund #open_source
    ▻https://www.omgubuntu.co.uk/2025/07/github-eu-open-source-funding

    GitHub is urging the EU to create a €350m fund for open source maintenance. But as Big Tech profits, should taxpayers be the ones to pay the tab? You’re reading GitHub Wants the EU to Fund Open Source, a blog post from OMG! Ubuntu. Do not reproduce elsewhere without permission.

    #News #foss_fund #Microsoft

  • Malgré les controverses, #Imerys étend sa carrière d’#andalousite à #Glomel

    Le producteur français de minéraux a démarré, lundi 2 juin, l’exploitation d’une quatrième #fosse_d’extraction d’andalousite sur sa #carrière de Glomel (Côtes-d’Armor). Face aux controverses sur l’#impact_environnemental du projet, Imerys met en avant sa nécessité pour faire perdurer l’exploitation – à l’origine de 25% de la production mondiale du minéral, crucial pour les refractaires industriels – et son investissement récent dans une usine de traitement de l’eau.

    Les entrailles de la terre se sont soulevées. Le monticule de roches gris anthracite, qui s’élève à plus de deux mètres en son point le plus élevé, est le stigmate de cette opération violente. Le sol, rendu boueux et luisant par les averses bretonnes, porte de larges fractures, recouvertes d’un quadrillage de fils rouges et verts encore enroulés par endroits. Quelques jours auparavant, lundi 2 juin, ces derniers ont fait détonner 143 #mines – des émulsions encartouchées pour briser la roche et des billes de nitrate-fioul pour disjoindre les morceaux – placées jusqu’à 10 mètres de profondeur pour entamer une zone de 40 mètres par 30, presque au sommet d’une petite colline. La roche libérée a déjà commencé à être déblayée par un engin de chantier. Le deuxième tir, qui continuera l’extension de la carrière d’andalousite d’Imerys à Glomel (Côtes-d’Armor) est prévu aux alentours de la mi-juin.

    (#paywall)

    ▻https://www.usinenouvelle.com/article/malgre-les-controverses-imerys-etend-sa-carriere-d-andalousite-a-glom
    #extractivisme #Bretagne

  • #Marie_Cosnay : « Dans l’#imaginaire_collectif pour la migration, la #fosse_commune, c’est la #Méditerranée »

    L’écrivaine et activiste Marie Cosnay a consacré aux routes migratoires une trilologie - Des îles, parue aux éditions de l’Ogre - qui replace l’océan en son centre. Et pourtant, l’Atlantique reste un #impensé dans nos représentations de la mer-cimetière, en dépit des évidences et des chiffres.

    Marie Cosnay, pourquoi dites-vous qu’on résiste à penser l’#océan_Atlantique lorsqu’on parle de la #mer-cimetière, et des routes migratoires maritimes ?

    Quand on parle des morts en mer et des morts de la migration - et on n’en parle pas souvent -, la fosse commune, c’est la Méditerranée. C’est à la Méditerranée qu’on est sans cesse ramené. Or c’est quand même étrange, parce que le plus grand nombre de morts ce sont ceux de l’Atlantique, en tout cas depuis 2018. Or cela invisibilise des choses, des imaginaires, mais aussi du réel. Car la route la plus empruntée, c’est celle des #Canaries. Il y a un mort toutes les demi-heures : en 2024, on compte sur cette route-là, de la façade atlantique depuis le #Sénégal jusqu’au #Sahara_occidental, au #Maroc, vers les Canaries - rien que ça -, un mort toutes les demi-heures l’année dernière. C’est énorme. Alors, invisibiliser l’océan atlantique ça veut dire que ces morts qui sont les plus nombreuses, personne n’en parle jamais. Ce sont les morts de l’#Afrique_de_l'Ouest.

    Comment décririez-vous cette route migratoire atlantique ?

    Depuis le Sénégal, ce sont des bateaux en bois, des #pateras, qui contiennent cinquante, soixante personnes, parfois davantage. Tous les gens qui connaissent cette route-là, jusqu’aux Canaries, c’est-à-dire les militants espagnols, et aussi, évidemment, les gens qui prennent cette route et leurs familles, tout comme la Croix-Rouge, appellent ça des “#convois”. Ces convois sont nommés par le nombre de personnes à l’intérieur. Le nombre de femmes, le nombre d’enfants. C’est pour pouvoir savoir nommer le bateau, par exemple : “Convoi 56, huit femmes, deux bébés, Tan-Tan” ; “Convoi 62, quatre femmes, trois enfants, Dakhla”... C’est comme ça que la Croix-Rouge peut savoir qui est arrivé.

    Dans quelle mesure l’imaginaire de ces convois a-t-il quelque chose à voir spécifiquement avec l’Atlantique ?

    Cette question m’évoque l’exemple d’un dessin d’enfant aux Canaries. Un enfant qui était arrivé par un de ces convois. Les gens qui s’en occupaient, la Croix-Rouge, et d’autres, et qui s’en occupaient plutôt pas mal, lui avaient demandé de dessiner son voyage, son exil, parce qu’il avait été extrêmement chahuté. Durant sa traversée, il y avait eu des morts, et notamment des enfants morts sur ce bateau. Et cet enfant qui avait survécu avait dessiné un bateau incroyablement ressemblant à un bateau négrier. C’est de cette histoire-là, et de cette mémoire-là aussi, qu’on se prive quand on ignore cette route-là, quand on habite à Marseille ou à Paris, et en tout cas en France.

    C’est spécifiquement français ?

    Ce qui est étrange, c’est que les militants en Espagne savent très bien l’importance de la route atlantique, et en Espagne, cette perception n’a rien à voir. On n’est pas du tout déconnecté, comme en France.

    Comment est venue l’écriture sur ces routes migratoires, et notamment de raconter la migration depuis les Canaries ?

    Au départ, je faisais de l’activisme aux frontières, à la frontière basque notamment. Je vivais au Pays basque et les gens passaient par là. J’écrivais des choses qui étaient plutôt de l’ordre de la chronique, du petit texte informatif. Lorsque j’avais une grosse colère ou quelque chose que je n’arrivais pas à démêler, c’était le texte qui m’aidait à démêler. J’appelais ça des chroniques. Par exemple, j’ai beaucoup écrit sur les mineurs isolés, sur le non accueil, et puis des réflexions sur : qu’est ce que l’enfance ? Est-ce que l’âge protège ? Et pourquoi l’âge protégerait-il plus qu’autre chose, en fait ?

    Auparavant, j’avais une autre activité d’écriture qui était beaucoup plus fictionnelle ou documentaire, mais davantage tournée vers le passé. Mais la question migratoire était devenue tellement prégnante, tellement importante dans ma vie, que je ne pouvais plus séparer les deux. Ce sont les morts qui m’ont poussée à écrire sur eux. Car avant d’aller aux Canaries pour rencontrer les gens, je me trouve à l’endroit où ils arrivent en fait, c’est-à-dire exactement à Irun, en Espagne, à côté de Bayonne, à la frontière basque. C’est là que je rencontre des gens pour qui je mets en place qu’il faut mettre en place comme militante. Je ne suis pas encore certaine d’écrire, je me dis même que j’écrivais si ça vient à moi. Et là, je rencontre des gens qui attendent des gens. Et ces gens qu’ils attendent n’arrivent pas. Alors on commence à me demander : “Mais va ! Va sur les îles ! Va chercher ma sœur, va chercher mon frère, va chercher ma fille. Ils sont arrivés tel jour dans le convoi 57, trois enfants, quatre femmes et et trois morts…” Parce qu’on sait un peu. C’est comme ça que les morts arrivent à la porte. Les premiers morts, ceux dont je me rends compte. Et donc j’y vais. Je vais sur les îles Canaries et il y a urgence.

    On est en 2019 et le premier tome de cette série qui s’intitulera “Des îles” (aux éditions de l’Ogre”) démarre…

    J’ai des noms, j’ai des photos, j’ai quelquefois des vidéos. Je ne suis pas toute seule, évidemment : il y a des relais. Et je cherche. J’ai des noms, j’ai des dates de naissance, j’ai des lieux de départ. J’ai des choses comme : “la dernière fois qu’on l’a vu”. Alors je cherche et je me rends compte assez vite que je ne trouverai pas. Car les gens meurent énormément. On sait, mais en fait concrètement, on ne sait pas. Je me rappelle de ce garçon qui s’appelle Amadou, qui m’a le premier demandé d’aller chercher sa sœur sur les îles Canaries. Selon lui, elle était arrivée tel jour, à tel endroit, etc. Cinq ou six ans après, lui dont je racontais l’histoire dans le premier volume de la trilogie Des îles, il la cherche encore. J’ai encore reçu la photo de sa sœur récemment sur Whatsapp. La même photo.

    Vous vous mettez donc à chercher des disparus, avant d’écrire l’histoire de ces gens qui voyagent sans visa…

    J’ai trouvé une petite fille qui avait disparu. Une seule : Fatou. Elle était donnée pour disparue sur un bateau sur lequel on disait qu’il y avait eu beaucoup d’enfants morts sur ce bateau qui avait tourné dans l’océan très longtemps. Et donc on m’avait dit de ne pas donner d’espoir à la maman. Mais la maman m’avait donné sa photo et j’étais sur les îles Canaries pour essayer, pour voir, au cas où… J’ai montré la photo de cette petite fille à un médecin urgentiste qui intervenait à l’arrivée des bateaux, parce que beaucoup de gens sont dans des états incroyables. Ils ont bu de l’eau de mer, ils ont perdu la tête, ils ne savent plus qui ils sont… Je lui ai montré la photo, et ce médecin-là, Alban, a poussé un cri : “Mais elle est arrivée, elle est vivante !” Après, on a mis un an à ce qu’elle puisse se rapprocher de sa maman. C’est très compliqué, mais c’est la seule histoire qui soit heureuse.

    Quelle empreinte l’Atlantique a-t-il laissé sur ces années d’enquête à remonter le fil d’histoires qui passent par l’océan ?

    Certaines images de l’océan m’ont beaucoup hantée. Notamment cet imaginaire, d’être seul sur l’océan en fait. Car même si on peu d’histoires, même si parfois les gens sont morts les uns après les autres, on a quelques images, et même quelques vidéos. Parce que c’est l’Atlantique ! C’est-à-dire que si on rate les Canaries, on arrive aux Etats-Unis ! “#Bosa”, ça veut dire quitter son pays, et rater les Canaries, ça s’appelle “Bosa États-Unis”. Si on rase les Canaries, on fait “#Bosa_Amérique” et en effet, on a retrouvé des bateaux complètement de l’autre côté de l’Atlantique, avec des corps desséchés, avec des squelettes. Mais on a trouvé aussi des bateaux vides ou alors avec un survivant. Vous imaginez ? Un seul survivant, au milieu de l’Atlantique. Comment on survit à ça, quand on est avec sa bouée et que finalement le secours maritime espagnol vient te sauver sur ta bouée ? Tu as vu mourir les uns après les autres tous tes copains.

    On a cherché comme cela un jeune Marocain, à la demande de sa sœur. Nous étions deux ou trois, à le chercher, ensemble, parce qu’on entendait dire qu’il était vivant or il n’apparaissait pas. En général, quand les gens n’apparaissent pas, ils ne vont pas apparaître trois mois après… mais il peut y avoir des exceptions, comme pour Fatou, la petite fille retrouvée aux Canaries. Donc, on cherche.

    Et de ce garçon, on a trouvé une vidéo, parce qu’on avait des photos de lui et on comparait avec les vidéos qu’on trouvait sur les réseaux. Sur cette vidéo, il parle en arabe sur un bateau au milieu de l’Atlantique. Le bateau n’était pas très loin des Canaries, mais perdu. On a fait traduire cette vidéo. C’était très compliqué de comprendre ce qu’il disait avec le bruit de l’océan mais on voyait sur la vidéo qu’il se passait un truc très important, sans savoir dire si c’était intense d’euphorie ou de désespoir. C’était impossible à dire. Et lui est là, il est debout, et il parle, avec intensité. En fait, il disait le nom de toutes les victimes du bateau. Il était en fait l’avant-dernier témoin, puisque le dernier, c’est celui qui va mettre la vidéo sur internet. Ce garçon n’est pas arrivé. Ça veut dire que ce garçon, debout, qui parle, est mort alors même qu’il était en train de nommer, lui, les gens qui venaient de mourir au milieu de l’océan.

    Puis l’écriture s’est poursuivie, et un deuxième volume, puis un troisième, sont venus compléter cette triologie, Des îles… Mais l’écriture s’est un peu déplacée, entre-temps…

    En 2022, la frontière entre la France et l’Espagne se ferme complètement suite à une attaque dans une église, près de Nice, par un jeune homme tunisien qui sortait de Lampedusa et qui a attaqué le curé d’une paroisse. Or ce moment où la frontière avec l’Espagne se ferme a coïncidé exactement avec le moment où les gens quittaient les #île_ Canaries pour remonter vers la France. Pendant un an, elle est restée fermée. Et pendant un an, il y a eu dix morts.

    Alors ce n’était plus des disparus qu’on cherchait, puisque l’on avait des corps. C’était exactement le contraire. On avait des #corps, mais pas de nom, pas d’histoire. Juste des corps ramassés dans la #Bidassoa alors qu’avant, j’avais des histoires mais pas de corps. Si bien qu’il fallait faire le chemin opposé. Malgré tout, il y a toujours quelqu’un qui a vu quelqu’un qui sait que quelqu’un est passé par là ce jour-là. Mais c’est très difficile d’être le témoin de cela et de vouloir bien en témoigner.

    Les gens ne voulaient pas, même les amis les plus proches. Parce que tu ne vas pas commencer à arriver dans un pays que tu essaies de rejoindre depuis trois ans en arrivant avec des problèmes. Des problèmes avec la police, avec la justice… alors que tu as passé ton temps à essayer de te désidentifier, tu ne vas pas t’identifier immédiatement, et surtout pas pour arriver avec un mort. Arriver avec un mort, c’est compliqué. Et donc même les amis qui passaient et qui, eux, avaient survécu, ne parlaient pas. C’était très compliqué de remonter le fil de ces histoires.

    Qu’est-ce qui a changé dans l’écriture de ces histoires, au fil des tomes et des enquêtes ?

    Moi, j’ai changé. C’est surtout moi. La manière de travailler a changé entre le tome un, le deux, et le trois de la trilogie, mais je m’en rends compte après coup. Dans le un, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup d’histoires. Beaucoup de récits, parce que beaucoup de gens parlent, prennent la parole. C’est beaucoup d’oralité et moi, j’essaye de prendre tout ça et de suivre les fils pour pour accompagner, pour aider, pour suivre et donc faire l’enquête.

    Dans le deuxième tome, Des Iles 2, c’est plutôt une question : comment on rend un corps qui est non-identifié par un juge espagnol, à un papa guinéen ? Et comment on le fait franchir l’Atlantique jusqu’en Guinée, mais en avion, et mort. On a réussi. Le travail change parce qu’il est d’un extrême piétinement. C’est le contraire des histoires qui arrivent. C’est beaucoup plus d’écrit puisque ce doit être conforme, signé à l’ambassade de ceci, de cela en Guinée, en Espagne, etc.

    Et donc c’est forcément une autre façon d’écrire puisqu’elle suit l’archive. L’archives qui est en train de se faire, qui est en train de s’écrire, qui est en train de s’élaborer. Il faut écrire sans céder à la simplification parce que c’est hyper complexe. L’écriture suit le réel, et donc elle panique parfois parce que le réel panique tout le temps. Parce que quand on a tous les papiers pour que le corps reparte en Guinée, et bien il manque le certificat de non-Covid et donc tout va foirer. L’écriture suit ça, et donc elle change de forme parce qu’elle est bousculée tout le temps par le réel. Tout le temps.

    Et puis vient l’écriture du troisième volume de la trilogie. Et là encore, l’écriture change…

    Oui, elle change de forme aussi, un peu volontairement, un peu à dessein, parce que je suis épuisée. Je me dis alors qu’il faut faire un pas de côté. Et ce pas de côté, c’est de dire qu’il y a en effet les bateaux qui arrivent qu’en ce moment depuis l’Algérie. mais aussi ces bateaux qui ont traversé dans l’autre sens. Evidemment, au moment de la chute de Séville, pendant la guerre civile, puisque des bateaux sont partis en Algérie, à Oran, et c’était exactement la même route, les mêmes ports. Mais cette route-là en appelle une autre : celle de l’exil morisque du début du XVIIᵉ siècle.

    En fait, ce pas de côté historique me garantit quelque chose. Ce pas de côté m’intéresse parce qu’il montre aussi que ce n’est pas toujours du Sud vers le Nord que vont les exils et qu’il y a eu d’autres histoires et d’autres bateaux sur ces routes-là. Tout ça m’intéresse politiquement, historiquement, mais aussi me déplace moi dans l’écriture. Cela me calme, c’est-à-dire je suis obligée de suivre un autre rythme qui est le rythme historique. Le rythme du document qui est déjà écrit, de l’archive que je n’ai pas besoin d’écrire moi, et qui n’est pas en train de se créer sous mes yeux, mais qui est déjà là : c’est celle des historiens, c’est celle des récits antérieurs. Et ça, ça me sauve un peu, un peu.

    ▻https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/comme-personne/marie-cosnay-dans-l-imaginaire-collectif-pour-la-migration-la-fosse-comm
    #migrations #mourir_aux_frontières #route_atlantique #mourir_en_mer #morts_aux_frontières #livre
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  • #Pollution à #Fos-sur-Mer : #ArcelorMittal mis en examen pour mise en danger de la vie d’autrui

    Après plus de vingt ans de lutte des riverains, le géant de la #sidérurgie ArcelorMittal vient d’être mis en examen, selon nos informations confirmées par le parquet de #Marseille, pour avoir exposé la population de la région de Fos-sur-Mer à des rejets de polluants illégaux.

    ▻https://www.mediapart.fr/journal/france/240325/pollution-fos-sur-mer-arcelormittal-mis-en-examen-pour-mise-en-danger-de-l

    ▻https://marsactu.fr/bref/pollution-arcelormittal-est-mis-en-examen-pour-mise-en-danger-de-la-vie-dau

    ▻https://maritima.fr/actualites/justice/fos-sur-mer/6220/pollution-a-fos-sur-mer-arcelormittal-mis-en-examen