• Aus kriegszerstörzen Gebäuden Berlins wird Trümmerschutt
    https://berlingeschichte.de/stadtentwicklung/index.html

    Infolge der gewaltigen K. in Berlin fielen 1945 (späteren Schätzungen zufolge) etwa 70 bis 90 Mill. m³ Schutt und Bruchsteine an, das entsprach etwa 15 Prozent der gesamten deutschen Trümmermenge. Mindestens 45 Mill. m³ t. lagerten in Berlin-West, mindestens 30 Mill. m³ in Berlin-Ost. Ihre Beseitigung Trümmerfrauen war die Vorbedingung für den Wiederaufbau der Stadt. Die Kosten der Enttrümmerung Enttrümmerung schätzte der Magistrat im Januar 1946 auf etwa 1,45 Mrd. RM. Es wurde eine „Trümmerbahn“ auf Schmalspurgleisen in einer Länge von 45 km angelegt. Zunächst deckte man mit dem Schutt Bombenkrater, Schützengräben, Luftschutzeinrichtungen und andere Kriegs- und Nazirelikte zu. Ein anderer Teil wurde zu Verladerampen an der Spree gefahren und per Kahn in die Provinz Brandenburg abtransportiert (Transportkosten für einen Kubikmeter auf 3 km: 2,20 DM). Vor allem aber wurden mit großen Mengen des t. künstliche Hügel aufgetürmt, begrünt und zu Erholungsparks umgestaltet.

    Der erste Berliner #Trümmerberg entstand hinter dem Ausstellungsgelände am Funkturm, zahlreiche weitere folgten. Der größte Berg aus dem t. der Stadt entstand zwischen 1950 und 1972 am Nordrand des Grunewalds nahe dem Teufelssee aus 26 Mill. m³ t. Dieser „#Teufelsberg“ ist mit 115 m über NN gemeinsam mit den Müggelbergen (Bezirk Köpenick) die höchste Erhebung Berlins. Ähnlich riesige Trümmeraufschüttungen entstanden im #Friedrichshain, wo etwa eine Million m³ t. zu zwei gewaltigen Hügeln über gesprengten ehemaligen Flakbunkern aufgehäuft wurden: dem 52 m hohen Kleinen Bunkerberg , der eine Rodelbahn erhielt und dem 78 m hohen „#Mont_Klamott“, dem Großen Bunkerberg mit Aussichtsplateau. Auch die sog. #Oderbruchkippe an der #Oderbruchstraße ziert ein 89 und 91 m hoher Doppelgipfel im heutigen #Volkspark_Prenzlauer_Berg. Weitere bekannte große Trümmerberge sind die 86 m hohe #Humboldthöhe im #Volkspark_Humboldthain, der 75 m hohe „#Insulaner“ im Bezirk #Schöneberg, die 73 m hohe #Marienhöhe im Bezirk #Tempelhof, die 70 m hohe #Rixdorfer_Höhe im #Volkspark_Hasenheide sowie die 60 m hohe #Rudower_Höhe an der Grenze zwischen #Neukölln und #Köpenick.
    Die gärtnerisch gestalteten und teilweise dicht bewaldeten Hügel ergänzen heute harmonisch die Naturlandschaft und lassen ihre Herkunft als Trümmerberge kaum noch erkennen. Sie dienen der Erholung und Freizeitbeschäftigung der Bevölkerung (u.a. als Rodelberge).

    #Berlin #Krieg #Nachkriegszeit #Geschichte #Stadtentwicklung

  • A Mayotte, les arrivées de migrants issus de la région des Grands Lacs s’intensifient
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/03/03/a-mayotte-les-arrivees-de-migrants-issus-de-la-region-des-grands-lacs-s-inte

    A Mayotte, les arrivées de migrants issus de la région des Grands Lacs s’intensifient
    En 2024, près de 1 250 demandes d’asile ont été déposées à Mayotte par des Congolais, contre 150 en 2021. De Dar es-Salaam, les passeurs orientent les migrants venus de l’Afrique de l’Est vers le département français.
    Par Mustapha Kessous
    Ils viennent d’Afrique de l’Est et, surtout, de la région des Grands Lacs. De plus en plus de migrants, essentiellement congolais, parcourent chaque année des milliers de kilomètres pour rejoindre les rivages de Mayotte. Un périple qui les conduit à passer par la Tanzanie puis les Comores, avant d’atteindre les côtes du 101e département français. « Cette route de l’océan Indien n’est pas nouvelle, mais s’est nettement densifiée depuis 2023, souligne l’anthropologue Alison Morano, spécialiste des migrations à Mayotte. Sur l’île, les migrants des Grands Lacs sont devenus visibles. Ce n’était pas le cas quand je suis arrivée en 2015 : leur présence était alors marginale. »
    En l’absence de données sur ces flux migratoires, seul le nombre de demandes d’asile publié par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) est en mesure de montrer la fréquentation de cette route. En 2024, sur les 2 463 dossiers enregistrés sur l’île, un peu plus de la moitié ont été déposés par des Congolais, contre 37 % (1 150 personnes) en 2023 et 4 % (150 individus) en 2021. La tendance se confirme en 2025 pour ces ressortissants, selon l’Ofpra, même si les chiffres restent encore difficiles à établir en raison du passage dévastateur du cyclone Chido, en décembre 2024. Ces demandes d’asile des Congolais sont le plus souvent liées au conflit dans l’est du pays.
    Quant aux Comoriens de l’archipel voisin, longtemps majoritaires parmi les demandeurs d’asile à Mayotte, ils représentaient 80 % des dossiers en 2021 (2 970 personnes) et ne sont plus qu’un quart en 2024 (620 individus). Les Somaliens, eux, apparaissent « nouvellement » dans les chiffres de l’Ofpra en 2024 et représentent la troisième nationalité à demander l’asile (370 dossiers). Une réalité reconnue par Emmanuel Macron en avril 2025, lors d’un déplacement sur l’île. Le président français a évoqué une immigration qui a « changé » car elle « s’est doublée » d’une autre venue « du continent africain et en particulier de la région des Grands Lacs ».
    Pour beaucoup, demander d’asile dans l’archipel français est l’objectif de leur trajet. Car si la route vers Mamoudzou est davantage empruntée, c’est aussi parce qu’elle est « moins risquée que celle qui mène vers le nord de l’Afrique et qui passe par des zones désertiques et la Libye, où les migrants peuvent vivre les pires choses », pointe le géographe Fahad Idaroussi Tsimanda, spécialiste des questions migratoires.
    Toutefois, pour une partie de ces Congolais, Rwandais, Burundais ou Somaliens, le département français de l’océan Indien n’était pas la destination initiale. « Certains n’avaient jamais entendu parler de Mayotte avant d’y arriver, explique Ayla Bonfiglio, responsable de l’Afrique centrale et australe au Mixed Migration Centre, un réseau mondial de recherche indépendant. Ils se retrouvent en Tanzanie, pays limitrophe, à la recherche d’une vie meilleure et en sécurité. Mais la gestion frontalière du pays est très stricte. Beaucoup de migrants évoquent les contrôles de police, les arrestations et la difficulté d’obtenir l’asile. » Face à ces obstacles, les parcours bifurquent. « A Dar es-Salaam, les passeurs [le plus souvent Comoriens] jouent un rôle d’orientation plus important que sur d’autres routes migratoires. Ce sont eux qui déterminent la destination finale », explique la chercheuse. « Les migrants acceptent de les suivre les yeux fermés, sans savoir où ils vont aller. On leur parle des Comores ou d’une île française qu’ils vont découvrir à leur arrivée », ajoute Alison Morano.
    De Dar es-Salaam – voire, selon le ministère de l’intérieur français, du port de Mtwara, ville à l’extrême sud du pays –, les migrants sont acheminés à bord de petites embarcations vers un navire plus grand, type chalutier, ancré au large. « Ils restent dans la cale pour ne pas être vus », raconte un médecin d’une ONG, qui souhaite rester anonyme.Après une traversée de trois ou quatre jours, ils sont débarqués en kwassa-kwassa près des côtes d’Anjouan, aux Comores, avant d’être transférés à Mayotte dans ces mêmes frêles canots de pêche comoriens. Certains passeurs proposent des trajets directs entre la Tanzanie et l’île française. Les prix des « voyages » varient de 500 à plus de 2 000 dollars (430 à 1 700 euros).
    A l’arrivée à Mayotte, la promesse d’une vie meilleure se heurte à une autre réalité. Plusieurs centaines de demandeurs d’asile – et de réfugiés – venus des Grands Lacs et de l’Afrique de l’Est vivent dans une effroyable précarité, ballottés de camp en camp.

    #Covid-19#migrant#migration#france#mayotte#oceanindien#afriquedelest#sante#routemigratoire#migrationirreguliere#asile

  • France Travail tente d’encadrer le régime décrié de #sanctions contre les bénéficiaires du #RSA
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/03/07/france-travail-tente-d-encadrer-le-regime-decrie-de-sanctions-contre-les-ben

    Le mécanisme prévu par le décret est censé s’articuler autour d’une logique de progressivité. Lors d’un premier manquement, le demandeur d’emploi peut voir ses allocations suspendues « d’au moins 30 % » pour une durée d’un à deux mois. En cas de persistance ou de récidive, une nouvelle suspension du versement de 30 % à 100 % ou une suppression allant d’un à quatre mois peut-être décidée. Si l’allocataire du RSA se conforme à « tout ou partie » de ses obligations, les sommes suspendues lui sont reversées.

    « Faisceau de manquements »

    Le dispositif avait prévu quelques garde-fous. Quelle que soit la suspension, elle ne peut dépasser 50 % de l’allocation si elle concerne un foyer composé de plus d’une personne. Plus fondamentalement, ce nouveau régime était censé modifier la philosophie même de la sanction. Celle-ci ne devait plus être automatique, déclenchée par un critère isolé comme un rendez-vous manqué, mais définie sur un « faisceau de manquements ». L’intention affichée était d’installer une individualisation de la sanction.

    Dans la pratique, la réalité se révèle souvent éloignée de ces principes. Selon un document de #France_Travail, que Le Monde a obtenu, plusieurs #départements se sont emparés du décret de manière très répressive. Sur les 51 conseils départementaux pour lesquels l’opérateur public a eu l’information qu’un barème a été adopté, 48 ont fait le choix d’un taux fixe dès le premier manquement. Treize ont décidé d’une suspension à 50 %, 14 ont choisi un barème à 80 %, et 17 ont appliqué le taux maximal de 100 %. Seuls trois départements utilisent la sanction minimale de 30 % prévue par le décret.

    https://justpaste.it/n33oj

  • Galère des titres de séjour : une précarité entretenue par la France - Amnesty International
    https://www.youtube.com/watch?v=kZjSkjezOco

    Leur vie dépend d’un bout de papier. En France, des personnes peuvent tout perdre du jour au lendemain : leur travail, leur logement, leurs droits. À cause de la perte de leur #titre_de_séjour.

    Ces personnes, ce sont nos collègues, nos voisines, les aides à domicile des aînées, les nounous des nouveaux nés, les agents d’entretien. Elles travaillent parfois toute leur vie en France avant de se retrouver subitement en situation irrégulière. À cause d’un titre de séjour qui n’a pas été renouvelé.

    Les équipes d’Amnesty International ont enquêté sur cette précarité organisée. Cette bascule n’a rien d’un accident : elle est le produit d’un système dysfonctionnel orchestré par l’Etat.

    Les étrangers saisissent de plus en plus la justice française
    https://seenthis.net/messages/1161340

    #étrangers #préfectures #xénophobie_d'État

  • Comment les discours antimigrants ont gagné une partie de la gauche en Europe
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/07/comment-les-discours-antimigrants-ont-gagne-une-partie-de-la-gauche-en-europ

    Comment les discours antimigrants ont gagné une partie de la gauche en Europe
    Par Anne Chemin
    Certains partis progressistes européens ont aligné leur argumentaire au sujet de l’immigration sur celui de l’extrême droite, au nom de la protection des acquis sociaux. S’il est peu présent en France, ce débat, apparu avec la naissance du socialisme au XIXᵉ siècle, a connu un renouveau au début des années 2000.
    De loin, leur petite musique a la tonalité martiale d’un hymne d’extrême droite. Eloge des expulsions, diatribes contre le regroupement familial, critique du multiculturalisme : les gouvernements britannique et, surtout, danois promettent à leurs électeurs une sévérité exemplaire en matière d’immigration. Ces nouveaux procureurs des sociétés ouvertes plaident avec fermeté pour le « chacun chez soi » : la libre circulation des hommes leur semble une dangereuse chimère.
    La première ministre danoise, Mette Frederiksen, clame ainsi haut et fort que son pays vise désormais « zéro demande d’asile » et offre à la Lituanie des kilomètres de fils barbelés afin de protéger sa frontière. Son ministre de l’immigration, Rasmus Stoklund, compare les migrants condamnés par la justice à de mauvaises herbes et prône leur retour au pays, même s’ils y risquent la peine de mort. La ministre de l’intérieur du Royaume-Uni, Shabana Mahmood, tonne contre le « golden ticket » offert, selon elle, aux migrants dès l’instant où ils posent un pied sur la terre britannique.
    Ces dirigeants européens sont-ils issus d’un parti nationaliste situé à l’extrême droite de l’échiquier politique ? D’une formation populiste anti-immigration ? D’un mouvement xénophobe qui aspire à verrouiller les frontières ? Non : tous trois appartiennent à des formations solidement ancrées à gauche depuis plus d’un siècle – le parti social-démocrate danois est né en 1871, et le Parti travailliste britannique a été fondé en 1893 notamment par le socialiste écossais Keir Hardie avant de devenir, en 1900, sous l’impulsion des syndicats, l’Independant Labour Party.

    Ces dirigeants de gauche qui ont aligné leurs discours concernant l’immigration sur ceux de la droite, voire de l’extrême droite, ont fait école sur le continent européen. En Allemagne, Sahra Wagenknecht, figure de l’aile gauche de Die Linke et fondatrice du parti Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), ne cesse de tempêter contre l’« immigration incontrôlée », tandis que Lawen Redar, l’une des porte-parole du Parti social-démocrate suédois, prône une politique migratoire « restrictive » et refuse que les nouveaux arrivants puissent choisir le lieu où ils souhaitent s’installer.
    Pour se distinguer des nationalistes qui proclament ouvertement leur hostilité, voire leur haine, envers les étrangers, cette gauche « antimigrants » brandit un argumentaire progressiste : si elle combat fermement l’ouverture des frontières, ce n’est pas au nom de l’attachement aux racines chrétiennes de l’Europe ou de la hantise du « grand remplacement », la théorie complotiste et raciste développée par Renaud Camus, mais parce qu’elle souhaite protéger les acquis sociaux des classes populaires exposées aux ravages de la mondialisation – et, plus prosaïquement, reconquérir l’électorat ouvrier.
    La marxiste allemande Sahra Wagenknecht dénonce ainsi les dangers d’une « concurrence pour les emplois, en particulier dans le secteur des bas salaires », tandis que la première ministre sociale-démocrate du Danemark, Mette Frederiksen, affirme défendre les intérêts des « classes inférieures » de la population danoise. « Le modèle de société nordique, financé universellement, avec un accès gratuit et égal à la santé, à l’éducation et aux services sociaux, n’est pas compatible avec une politique de l’immigration ouverte », déclarait-elle en 2016.
    Ces discours font renaître des controverses idéologiques très anciennes – celles de l’Europe du XIXe siècle. Dans un monde où les travailleurs franchissent les frontières « avec autant d’insouciance que le méridien de Greenwich », selon les mots de Stefan Zweig, les premiers socialistes s’interrogent alors, comme les sociaux-démocrates danois et les travaillistes anglais d’aujourd’hui, sur les dangers de la concurrence sur le marché du travail : faut-il défendre le prolétariat national menacé par une main-d’œuvre venue d’ailleurs ou soutenir les étrangers exploités par le capitalisme ?
    C’est en France que cette question se pose avec le plus d’acuité. Pendant la première mondialisation – entre 1850 et 1914 –, l’Hexagone est le premier pays d’immigration du continent : alors que, en 1900, 1 million d’Européens s’embarquent tous les ans pour les Amériques ou les colonies, le pays embauche à tour de bras dans ses mines et ses usines les travailleurs des pays voisins – la France est, après les Etats-Unis et l’Argentine, la troisième destination des émigrants européens. En 1881, elle compte près de 500 000 Belges, plus de 200 000 Italiens et des dizaines de milliers d’Allemands, de Suisses et d’Espagnols.
    Sur le marché du travail, ce gigantesque brassage engendre une concurrence qui ne va pas sans heurts. « Il y a en France, avant la seconde guerre mondiale, trois grands moments de flambée xénophobe – les années 1848-1849, les années 1880-1890, et les années 1930, précise Delphine Diaz, maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’université Reims-Champagne-Ardenne. A chaque fois, la gauche est confrontée à un douloureux dilemme : choisir entre la solidarité internationale entre les travailleurs et la protection des ouvriers nationaux. »
    Parmi les grandes figures du socialisme du XIXe siècle, nul ne peut, bien sûr, ignorer ces fortes tensions entre nationaux et étrangers. Dans une lettre rédigée en 1870, Karl Marx (1818-1883) constate ainsi que dans les centres industriels et commerciaux d’Angleterre, la classe ouvrière est désormais « divisée en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais ». « Cet antagonisme, ajoute le philosophe allemand, est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C’est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste. »
    Pour Karl Marx, ces millions d’ouvriers étrangers qui ont quitté leurs pays pour venir travailler dans les usines des pays voisins constituent, à leur corps défendant, une « armée de réserve » qui permet aux patrons de faire baisser les salaires. Citée par le philosophe, en 1847, à Bruxelles, cette expression figure à nouveau, vingt ans plus tard, dans son œuvre majeure, Le Capital. « Pris comme un tout, les mouvements généraux des salaires sont exclusivement régulés par la dilatation et la contraction de l’armée industrielle de réserve », écrit-il.
    A la fin du XIXe siècle, les socialistes français reprennent cette analyse à leur compte. Rédigé entre 1879 et 1883 avec Karl Marx et son grand ami Friedrich Engels, le programme du Parti ouvrier de Jules Guesde et Paul Lafargue proclame que le patronat puise dans le « réservoir des crève-la-faim de Belgique, d’Italie, d’Allemagne – et de Chine au besoin – les bras dont il a besoin pour avilir le prix de la main-d’œuvre et affamer ses compatriotes ». Ces ouvriers étrangers, ajoute Jean Jaurès en 1894, sont jetés « sans contrôle et sans réglementation sur le marché français ».
    Les tensions sociales sont si fortes, en ce tournant du siècle, que les socialistes se font parfois « les porte-voix » d’une classe ouvrière hantée par la xénophobie, constate Gilles Ivaldi, chargé de recherche CNRS au Cevipof. Le quotidien guesdiste Le Citoyen dénonce ainsi en 1882 l’« invasion », à Paris, de « grossiers ouvriers » allemands dont l’accent « a le don de déchirer les oreilles et de crisper les nerfs », tandis que Paul Lafargue proclame en 1893 que les socialistes sont les « ennemis de l’immigration » : « Nous ne voulons pas que le prolétaire quitte son pays natal », écrit-il.
    Mais si les socialistes de la IIIe République estiment, comme les sociaux-démocrates danois ou les travaillistes britanniques d’aujourd’hui, que les travailleurs étrangers constituent une menace, ils ne défendent pas pour autant la fermeture des frontières – au contraire. Il faut, estiment-ils, opposer à l’internationalisme capitaliste un internationalisme ouvrier : c’est cette solidarité par-delà les frontières qui assurera, selon eux, le succès de la lutte des classes. « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! », conclut, en 1848, le Manifeste du Parti communiste, de Karl Marx et Friedrich Engels.
    Cette conviction internationaliste empêche les responsables politiques et syndicaux de la fin du XIXe et du début du XXe siècle de sombrer dans la haine de l’autre. « Les discours de la gauche ou des syndicats – Jules Guesde, la CGT ou même Jean Jaurès – sont très différents de ceux de l’extrême droite – Maurice Barrès ou Paul Déroulède, analyse le politiste Gilles Ivaldi. Les premiers se contentent de dénoncer la concurrence déloyale des étrangers, les seconds expriment une xénophobie culturelle qui fait des étrangers des “inassimilables”. » Malgré les flambées sociales, l’internationalisme, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, reste donc la boussole des socialistes. « Pour lutter contre la concurrence sur le marché du travail, ils préfèrent l’instauration d’un salaire minimum pour tous les travailleurs à l’imposition de taxes qui pénaliseraient les étrangers, analyse Delphine Diaz, autrice d’En exil. Les réfugiés en Europe de la fin du XVIIIᵉ siècle à nos jours (Gallimard, 2021). Leur volonté de protéger le travail national n’est pas assortie d’un nationalisme d’exclusion. »
    La tourmente de la seconde guerre mondiale, puis les espérances de la Libération inaugurent un nouveau chapitre dans ce débat sur la concurrence « déloyale » entre Français et étrangers, qui a divisé les socialistes au XIXe et au début du XXe siècle. Dans un monde qui célèbre solennellement le principe de l’égale dignité de tous les hommes, la France crée en 1945 la Sécurité sociale, une « vaste organisation nationale d’entraide obligatoire » qui, au nom de la justice sociale, aspire à débarrasser les travailleurs de l’« incertitude du lendemain ».
    Si certains avantages sont réservés aux Français, les travailleurs étrangers peuvent très largement bénéficier de cette toute jeune « Sécu ». Les controverses sur leurs droits économiques et sociaux s’en trouvent bouleversées. « A partir de 1945, la construction de l’Etat social fait émerger un nouveau paradigme, observe Delphine Diaz. Se pose, comme sous la IIIe République, la question de la concurrence entre Français et étrangers sur le marché du travail, mais surtout, et c’est nouveau, de cette concurrence dans le domaine de la protection sociale – allocations, logement, santé. »
    Les controverses du XIXe et du début du XXe siècle sur la taxation de la main-d’œuvre étrangère ou sur les quotas de travailleurs étrangers dans les entreprises s’éloignent : la prospérité des « trente glorieuses » affaiblit la revendication protectionniste qui régnait au sein de la classe ouvrière de la IIIe République. L’hostilité aux immigrés se déplace alors sur un autre terrain : les controverses portent désormais sur leur accès, non plus au marché du travail, mais aux allocations familiales, aux aides sociales, aux logements à loyer modéré, à l’hôpital public.
    L’offensive contre l’accès des étrangers aux bienfaits de l’Etat-providence émerge, dans les années 1980, au sein des droites radicales européennes : la solidarité, clament-elles, n’est pas compatible avec la diversité. « L’idéologie de ces mouvements est le nativisme, c’est-à-dire la défense des intérêts des natifs contre ceux des immigrés, précise le politiste Gilles Ivaldi. Cette notion est au cœur du principe de la “préférence nationale”, qui vise à réserver aux nationaux l’accès à l’Etat-providence, mais aussi au logement ou à l’emploi. »
    Pour qualifier cet étrange mélange de générosité et d’égoïsme, les politistes norvégiens Jorgen Goul Andersen et Tor Bjorklund inventent, en 1990, l’expression « welfare chauvinism » (« chauvinisme de l’Etat-providence »). « Ce concept apparaît dans leurs travaux sur le populisme de droite en Norvège et au Danemark, poursuit Gilles Ivaldi. Il est ensuite utilisé, plus largement, pour décrire l’une des stratégies possibles de mobilisation par les partis de droite radicale : la défense d’un système de protection sociale généreux uniquement réservé au groupe des natifs ou des nationaux. »Pendant des années, ce discours dualiste sur l’accès à l’Etat social reste l’apanage de l’extrême droite, voire de la droite, mais, à partir des années 2000, il gagne peu à peu une partie de la gauche. Confrontés au « dilemme des progressistes », selon le mot de l’essayiste anglais David Goodhart, les sociaux-démocrates sont sommés de choisir « entre ouverture des frontières et extension de l’Etat-providence, entre solidarité et identité », résument, en 2020, les chercheurs Michel Forsé (CNRS) et Maxime Parodi (Sciences Po, Observatoire français des conjonctures économiques, OFCE) dans un article de la Revue de l’OFCE, « Redistribution et immigration en Europe : y a-t-il un dilemme ? ».
    La controverse s’ouvre en 2004 avec la publication, dans le magazine britannique de centre gauche Prospect, d’un long article de David Goodhart intitulé « Too diverse ? » (« trop de diversité ? »). L’essayiste, qui deviendra en 2011 le responsable du think tank blairiste Demos, y interpelle la gauche. « Le partage et la solidarité peuvent entrer en conflit avec la diversité, écrit-il. Ce dilemme est particulièrement aigu pour les progressistes, qui aspirent à la fois à une forte solidarité – une cohésion sociale élevée et une protection sociale généreuse financée par un système fiscal progressif – et à la diversité – le respect égal de tous les peuples, valeurs et modes de vie. »
    Selon David Goodhart, l’immigration venue du Commonwealth, des Antilles et d’Asie dans les années 1950 et 1960, puis d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient à partir des années 1990, a nourri une telle « diversité des modes de vie » que les Britanniques vivent désormais avec des « inconnus ». Parce que le multiculturalisme affaiblit, d’après lui, le « sentiment d’obligation mutuelle », il érode le socle de la solidarité : le partage « se négocie plus facilement et plus généreusement si l’on peut tenir pour acquis un ensemble limité de valeurs et de présupposés communs ».
    L’homogénéité de la société britannique s’est tellement fissurée, ajoute David Goodhart, que l’Etat-providence doit désormais renoncer à son aspiration universaliste : si certains citoyens enfreignent les règles du « comportement civilisé » (« civilised behaviour »), il faut les exclure de la solidarité nationale. La conclusion de cet article, qui célèbre les vertus du modèle social « restrictif » et « nativiste » du Danemark, est sans appel : « Une politique sociale généreuse est incompatible avec l’ouverture des frontières. »
    Ce texte polémique suscite un déluge de contestations. Le mois suivant, les colonnes du magazine s’ouvrent ainsi à un philosophe politique australien, à une ancienne conseillère du Trésor britannique, à un ex-ministre de l’intérieur travailliste, à un sociologue de Harvard, à un économiste de University College (Londres), à un professeur de littérature de l’université de Leicester, à un écrivain écossais, à une historienne de l’immigration européenne – et à bien d’autres encore : en mars 2004, 14 contributions mettent en pièces l’argumentaire de David Goodhart.
    Keith Banting et Will Kymlicka, respectivement politiste et philosophe à l’université Queen’s (Ontario) et auteurs d’une étude citée par David Goodhart, dénoncent des idées « simples et séduisantes » qui esquivent l’infinie complexité des relations entre diversité et redistribution, tandis que Bhikhu Parekh, philosophe politique britannique, ancien président de l’Académie des sciences sociales et membre de la Chambre des lords, se demande avec perplexité quelles entorses au fameux « comportement civilisé » pourraient bien justifier que des citoyens britanniques soient exclus de l’Etat-providence.
    Tous ces intellectuels contestent, chacun à leur manière, la thèse qui sous-tend l’ensemble du raisonnement de David Goodhart : la solidarité supposerait, selon l’essayiste, une forte cohésion sociale, culturelle, voire ethnique – une idée qu’il emprunte à trois chercheurs américains. Dans une étude publiée en 2001, Alberto Alesina, Edward Glaeser et Bruce Sacerdote affirment, en effet, que l’absence, aux Etats-Unis, d’un Etat-providence solidaire « à l’européenne » est liée à la persistance, en Amérique, de relations « chaotiques entre les différentes ethnies ».
    Depuis le début des années 2000, cette théorie « très schématique », selon les mots de Michel Forsé et Maxime Parodi, a pourtant été contestée, voire réfutée, par de nombreux travaux. « Elle est tout d’abord fausse historiquement, précise Bruno Palier, chercheur au Centre d’études européennes et de politique comparée. L’argument de la cohérence culturelle n’a jamais été utilisé par les théoriciens de la protection sociale : né dans les pays nordiques, l’Etat-providence a été fondé non sur une rhétorique nationale, encore moins sur une rhétorique ethnique, mais sur un compromis de classe passé dans les années 1920-1930 entre la classe ouvrière et le patronat. »
    La théorie d’Alesina, Glaeser et Sacerdote est, en outre, démentie par la longue expérience de la France et de la Suède, ajoute le politiste. « Ces deux pays ont une forte protection sociale, alors que l’Hexagone est un pays d’immigration depuis plus d’un siècle et que le premier ministre social-démocrate Olof Palme avait, dans les années 1970 et 1980, accueilli une bonne part de la “misère du monde”, souligne Bruno Palier. Rien ne démontre scientifiquement qu’il est plus facile d’être solidaire dans une société où les gens se ressemblent que dans une société multiculturelle. Ce n’est vrai ni dans l’histoire ni dans les comparaisons internationales. »
    Le sociologue Nicolas Duvoux, professeur à l’université Paris-VIII Vincennes-Saint-Denis, va plus loin encore. « En France, c’est précisément la construction de l’Etat social qui a contribué à intégrer les immigrés, observe-t-il. La dynamique de la protection sociale a permis à ces personnes que beaucoup jugeaient inassimilables de participer à la machine économique et sociale. En agrégeant des forces hétérogènes, elle est parvenue, au fil des décennies, à forger un destin commun. En France comme ailleurs, le “nous” n’est jamais donné : il est construit – notamment par les politiques de solidarité. » Chercheuse émérite à l’Ecole d’anthropologie et d’ethnographie muséale de l’université d’Oxford, ancienne présidente de la Commission pour l’égalité raciale du Royaume-Uni, Sarah Spencer ne disait pas autre chose, en 2004, dans le texte de réponse à David Goodhart qu’elle avait adressé au magazine Prospect. Les immigrés, écrivait-elle, ne développeront des sentiments d’appartenance et d’obligation mutuelle que s’ils sont traités comme des « égaux » : c’est justement en les incluant « économiquement et socialement » que les « eux » deviendront des « nous ». Si la « gauche antimigrants » est puissante au Danemark, forte au Royaume-Uni et embryonnaire en Allemagne, elle reste, sauf exceptions, très marginale dans le paysage politique français. « Jean-Luc Mélenchon avait, en 2018, évoqué les “problèmes posés par les vagues migratoires”, mais il avait rapidement fait marche arrière, constate le politiste Gilles Ivaldi. D’une manière générale, la gauche défend, en France, des positions modérées en matière d’immigration. Elle ne s’aventure pas sur ce terrain-là. » Pas encore ?

    #Covid-19#migrant#migration#france#droit#sante#politiquemigratoire#integration

  • Douze associations saisissent la justice contre les conditions d’enfermement « indignes » à la frontière franco-italienne - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70199/douze-associations-saisissent-la-justice-contre-les-conditions-denferm

    Douze associations saisissent la justice contre les conditions d’enfermement « indignes » à la frontière franco-italienne
    Par Romain Philips Publié le : 05/03/2026
    Douze associations ont annoncé mercredi avoir saisi la justice administrative française contre les conditions d’enfermement « indignes » constatées dans les locaux de la police aux frontières de Montgenèvre et Menton, à la frontière franco-italienne. Douze associations ont annoncé, mercredi 4 mars, avoir attaqué l’État français en justice pour mettre fin « aux atteintes graves et manifestement illégales aux libertés fondamentales résultant des conditions d’enfermement dans les locaux de la police aux frontières (PAF) de Montgenèvre et de Menton », indiquent-elles dans un communiqué.
    Les 12 associations - dont l’Anafé, La Cimade ou encore Médecins du Monde - ont saisi les tribunaux administratifs de Marseille et de Nice « car il y a urgence ». Dans ces postes de police installés à la frontière franco-italienne, les conditions d’enfermement sont « dégradantes », affirment les ONG. Les étrangers retenus évoquent pêle-mêle aux associations « l’insalubrité des locaux et des sanitaires, la privation ou insuffisance de nourriture et d’eau, la surpopulation etc. »
    « À Menton, les personnes dorment sur des matelas posés au sol, sans couverture ni oreiller dans des conteneurs dégageant une odeur nauséabonde. À Montgenèvre, selon les témoignages, plus d’une vingtaine de personnes peuvent être enfermées dans un même conteneur sale de 20m2, mineurs et majeurs confondus », rapportent les associations. « Depuis une dizaine d’années, on dénonce les conditions à Menton et Montgenèvre », déplore Laure Palun, directrice de l’Anafé (Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers), contactée par InfoMigrants. Mais malgré les nombreuses alertes, aucune amélioration n’a été observée dans les locaux de la PAF. « Des personnes restent plusieurs heures, voire une journée, sans manger ou ont juste un paquet de chips ou de gâteaux à partager. Des personnes n’ont pas accès à des douches, dorment à même le sol », affirme la responsable associative.
    Avec ce recours en référé liberté, les associations espèrent que la justice force l’administration française à mettre en œuvre les recommandations faites par la contrôleure général des lieux de privation de liberté (CGLPL). Après une visite inopinée en mai 2025 à Montgenèvre, la CGLPL avait dressé un constat accablant de la situation à cette frontière. Elle estimait que ces installations « sous dimensionnées » étaient « peu adaptées à l’accueil prolongé de personnes, en raison notamment de la rudesse des hivers alpins, à 1 800 mètres d’altitude ». En plein hiver, les exilés ont froid et en plein été, la chaleur y est étouffante, selon le rapport.
    Le rapport s’inquiétait aussi d’"un état d’insalubrité alarmant et [d’]une hygiène gravement défaillante" dans les locaux de la PAF. « Les préfabriqués sont dans un état de saleté extrême » : les contrôleurs ont constaté « des poubelles non vidées, des couvertures roulées en boule, des taies d’oreiller maculées de saleté (…) des matelas en mousse et leur housse en tissus maculés de tâches [qui] ne sont jamais nettoyés » ou encore des toilettes « à l’odeur pestilentielle ».
    Dans ces structures, le ménage y est fait de manière occasionnelle, uniquement lorsque les locaux sont vides. Or cela est extrêmement rare dans « ce service à forte activité ». « Ces conditions d’hygiène sont d’autant plus alarmantes que des cas de tuberculose, de gale et, au cours du premier trimestre 2025, d’infection à Mpox, ont été suspectés parmi des personnes interpellées », alertait le CGLPL.
    De ce constat était nées une vingtaine de recommandations qui ont été publiées au Journal officiel. « Mais elles n’ont pas été appliquées », selon Laure Palun. « Depuis la publication du rapport et jusqu’à encore il y a quelques jours, les témoignages que nous recueillons vont toujours dans le même sens : un accueil indigne. On demande donc aux tribunaux d’imposer à l’administration de respecter les cadres légaux et que si l’administration n’est pas en mesure de respecter la loi, ces locaux doivent être fermés », tance-t-elle.

    #Covid-19#migration#migrant#france#Italie#frontiere#droit#sante#politiquemigratoire#santepublique

  • Titres de séjour expirés, délais à rallonge, bugs informatiques... Les étrangers saisissent de plus en plus la justice française - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70175/titres-de-sejour-expires-delais-a-rallonge-bugs-informatiques-les-etra

    Titres de séjour expirés, délais à rallonge, bugs informatiques... Les étrangers saisissent de plus en plus la justice française
    Par Romain Philips Publié le : 05/03/2026
    Pour obtenir un rendez-vous ou un récépissé, contester une décision ou simplement surmonter un obstacle technique, les étrangers en France sont de plus en plus nombreux à engager des actions en justice face à l’absence de réponses de préfectures aux moyens sous-dimensionnés. Entretien avec Maitre Alexandre Delavay, avocat, qui revient sur l’"explosion" de ces recours.
    En 2025, le contentieux des étrangers a fait face à « une explosion » des recours, selon le syndicat de la justice administrative. Au total, 154 314 requêtes ont été déposées devant la justice administrative française cette année, soit une hausse de 27,5 % par rapport à 2024.
    Au quotidien, Maître Alexandre Delavay, avocat en droit des étrangers à Paris, accompagne des étrangers dans leur recours devant la justice administrative. Entretien.
    – InfoMigrants : Selon plusieurs syndicats de magistrats de la justice administrative, le nombre de recours a « explosé » en 2025. La hausse est particulièrement importante pour les contentieux des étrangers (+ 27,5% par rapport à l’année dernière). Pourquoi les étrangers saisissent-ils autant la justice administrative française ?
    – Alexandre Delavay : Ces contentieux massifs qui engorgent la justice concernent surtout des problèmes avec la préfecture, notamment à cause de la dématérialisation complète des procédures. Ce sont des contentieux liés à des difficultés techniques et l’absence de réponse. C’est très clairement des contentieux que l’on pourrait éviter.
    En France, c’est l’Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) qui s’occupe de la dématérialisation des démarches administratives liées à l’immigration. La plateforme internet concerne aujourd’hui une majorité de démarches indispensables pour vivre en situation régulière en France. Mais entre les bugs informatiques, les blocages administratifs et l’absence de réponse humaine, l’utilisation de l’ANEF vire souvent au cauchemar pour les personnes étrangères en France. Ces multiples couacs empêchent concrètement les étrangers régularisés de prendre un rendez-vous à la préfecture, de renouveler leurs papiers ou même de déclarer un changement d’adresse ou de situation familiale. Pourtant, sans ces documents obtenus dans un temps imparti, les étrangers risquent de perdre leur emploi ou leurs droits sociaux. Si seulement on avait une plateforme qui fonctionne, on n’aurait pas à saisir le juge pour qu’il débloque un bouton. Parce qu’il faut se rendre compte qu’aujourd’hui on en est vraiment là : on est obligé parfois de saisir le tribunal parce qu’il y a un bouton sur le site qui ne marche pas.
    Parfois, ce sont les numéros d’étrangers qui ne sont pas reconnus ou encore juste un déménagement qui n’a pas été inscrit dans la plateforme internet. C’est ce genre de petites choses qui font que derrière, tout le système est bloqué.
    Et l’autre problème, c’est celui de l’absence de réponse des préfectures. Une fois qu’ils ont écrit de toutes les manières possibles aux préfectures et qu’ils n’ont toujours pas de réponse, les étrangers n’ont pas d’autres choix que de saisir la justice. Ce n’est jamais de gaieté de cœur qu’on saisit la justice mais parfois il n’y a pas d’autres solutions. Les autres recours concernent la lenteur des demandes. La préfecture a un délai légal de quatre mois pour répondre à la plupart des demandes de titre de séjour sauf qu’aujourd’hui, elles traînent en longueur pendant des mois. Donc, on est aussi obligé de saisir le juge pour obtenir une réponse.
    – IM : Outre les délais qui s’allongent, quelles sont les conséquences pour les étrangers en France ?
    – AD : Premièrement, une action en justice, c’est du stress et un coût financier. Mais surtout, pour les étrangers, leur vie est tout simplement gelée, mise entre parenthèses, durant un recours. Vous pouvez être un ressortissant étranger parfaitement inséré en France et tout perdre à cause d’un embouteillage au sein des préfectures.
    Rappelons qu’en France, pour qu’un ressortissant étranger travaille, il doit être en situation régulière. Idem pour pouvoir voyager à l’étranger, il ne suffit pas d’un passeport, pour revenir en France, il faut avoir un titre de séjour valide. Donc, ces étrangers en recours ne peuvent pas voyager, aller voir leur famille, etc.
    Sans régularisation en bonne et due forme, tout une vie peut s’effondrer. Impossible, par exemple, de souscrire à l’assurance maladie, car il faut prouver régulièrement qu’on est en situation régulière. De plus en plus aussi, les banques demandent aux ressortissants étrangers de démontrer qu’ils sont bien en situation régulière. En cas de problèmes, vous risquez de ne pas avoir de compte en banque. Il y a aussi les personnes en règle qui n’arrivent pas à renouveler leur titre de séjour. Et là, c’est toute leur vie qui s’effondre comme un château de cartes car de leur situation administrative dépend tout le reste. En l’espace de quelques mois, vous pouvez être un ressortissant étranger parfaitement inséré en France et tout perdre à cause d’un embouteillage au sein des préfectures et d’un manque de moyens humains au sein de ces préfectures.
    – IM : La saisie de la justice débloque-t-elle toujours la situation ?
    – AD : Dès qu’on saisit le tribunal, celui-ci envoie notre recours à la préfecture. Et cela suffit parfois à débloquer la situation. C’est un peu ubuesque, parfois on n’a même pas à attendre la décision du juge : en fait la préfecture reçoit notre recours et elle se dit, à ce moment-là, qu’il faut peut-être faire quelque chose. Pour les recours classiques, les délais sont longs. On peut arriver jusqu’à 12, voire 18 mois, avant d’avoir une réponse de la part du tribunal. Et c’est autant de temps durant lequel les ressortissants étrangers voit leur vie gelée. Mais surtout parfois, cela ne suffit pas car dans les préfectures débordées, on a du mal à faire appliquer les décisions de justice. Une fois que le tribunal oblige l’administration à faire quelque chose comme délivrer un récépissé ou un rendez-vous, encore faut-il que ce soit fait. Parfois, malgré un jugement du tribunal, on rencontre les mêmes difficultés : on se retrouve face à un interlocuteur qui ne répond pas.

    #Covid-19#migrant#migration#france#prefecture#justice#droit#sante#regularisation#ANEF

  • [L]a Finul confirme que trois soldats ont été blessés par des tirs au Sud | Direct - L’Orient-Le Jour
    https://www.lorientlejour.com/article/1497699/une-dizaine-de-frappes-sur-la-banlieue-sud-de-beyrouth-pendant-la-nui

    La Force intérimaire des Nations unies (Finul) a confirmé dans un communiqué que trois casques bleus avaient été blessés, sans évoquer l’origine des tirs, en assurant qu’une enquête était en cours.

    « Lors de violents tirs ce soir, trois casques bleus ont été blessés à l’intérieur de leur base à Al Qawzah, dans le sud-ouest du Liban. Le plus grièvement blessé a été transféré à l’hôpital de Beyrouth pour y recevoir des soins. Les deux autres sont soignés dans une installation médicale de la Finul. Un incendie sur la base a été maîtrisé. La Finul enquêtera sur les circonstances de cet événement terrible », pouvait-on lire.

    « Il est inacceptable que des casques bleus accomplissant des missions mandatées par le Conseil de sécurité soient pris pour cible. Nous rappelons fermement à tous les acteurs leurs obligations en vertu du droit international pour garantir à tout moment la sécurité et la protection du personnel et des installations de l’ONU. Toute attaque contre des casques bleus de la Finul constitue une violation grave du droit humanitaire international et de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, et peut constituer un crime de guerre », a encore déclaré la Force des Nations unies.

  • Il diritto UE oltre i confini: analisi delle implicazioni extraterritoriali del Protocollo Italia-Albania
    https://www.meltingpot.org/2026/03/il-diritto-ue-oltre-i-confini-analisi-delle-implicazioni-extraterritoria

    Papers, una rubrica di Melting Pot per la condivisione di tesi di laurea, ricerche e studi. Per pubblicare il tuo lavoro consulta la pagina della rubrica e scrivi a collaborazioni@meltingpot.org. Utrecht University Faculty of law economics and governance LL.M. European law EU Law Beyond Borders: Exploring the Extraterritorial. Implications of the Italy-Albania Protocol Tesi di Isabella Orsi (2024/2025) Introduzione Le questioni giuridiche più controverse connesse al Protocollo Italia-Albania sono emerse in modo particolarmente evidente a seguito della sentenza “CV vs Ministerstvo vnitra”(C-406/22) della Corte di giustizia dell’Unione europea (CGUE). In tale pronuncia, la Corte ha chiarito che la qualificazione di un Paese (...)

    #Approfondimenti #CPR,_Hotspot,_CPA #Papers #Francesco_Ferri

  • Arrêtés anti-mendicité : La France épinglée par le Conseil de l’Europe : la pauvreté n’est pas un crime !

    Le 3 avril 2023, la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (FEANTSA), la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la Fondation pour le Logement des Défavorisés et la LDH (Ligue des droits de l’Homme) ont saisi le Comité européen des droits sociaux (CEDS) d’une réclamation collective contre la France pour ses arrêtés municipaux réprimant la mendicité et l’occupation de l’espace public par les personnes sans-abri et, plus généralement, les personnes vivant dans la pauvreté.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/02/05/nos-14-exigences-pour-les-services-publics-locaux/#comment-72510

    #france

  • En 2025, 80 000 migrants ont été refoulés aux frontières extérieures de l’UE, moins qu’en 2024 - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70036/en-2025-80-000-migrants-ont-ete-refoules-aux-frontieres-exterieures-de

    En 2025, 80 000 migrants ont été refoulés aux frontières extérieures de l’UE, moins qu’en 2024
    Par Romain Philips Publié le : 03/03/2026
    Selon un rapport d’une coalition d’ONG européennes, plus de 80 000 refoulements ont eu lieu aux frontières extérieures de l’Union européenne durant l’année 2025. Un chiffre en baisse de 34 % par rapport à 2024, lié, selon les associations aux interceptions des migrants avant leur arrivée aux frontières de l’UE - comme par exemple les arrestations d’exilés en mer Méditerranée par les gardes-côtes libyens."Ils nous ont jetés dans le fleuve à trois heures du matin. Il y avait des enfants avec nous d’une dizaine d’années. Je les ai vus jetés dans le fleuve, blessés et déjà transis de froid". Ce témoignage est celui d’un Egyptien de 21 ans qui raconte son « pushback » - un refoulement à la frontière sans laisser à la personne concernée la possibilité de demander l’asile - et celui des 39 membres de son groupe, dont 12 mineurs, à la frontière entre la Bosnie et la Croatie, sur la route des Balkans.
    Il est issu du rapport d’une coalition d’organisations européennes qui, chaque année, documente l’ampleur des refoulements opérés aux frontières extérieures de l’Union européenne (UE). Selon ce document, en 2025, au moins 80 865 refoulements ont eu lieu aux frontières extérieures de l’Union européenne.Un chiffre en baisse de 34 % par rapport à l’année dernière. En 2024, la coalition d’ONG avait recensé plus de 120 000 refoulements aux frontières de l’UE.
    Une baisse liée à l’externalisation et la gestion des migrations
    Les ONG estiment que cette baisse est liée à l’augmentation des interceptions avant l’arrivée des migrants aux frontières européennes. Elles citent notamment l’augmentation des interceptions en mer Méditerranée par les gardes-côtes libyens. « Au moins 26 635 personnes ont été interceptées en mer et ramenées de force en Libye en 2025, selon les derniers chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). En 2024, 21 762 personnes avaient été interceptées en mer et ramenées en Libye. En 2023, elles étaient 17 190 », note le rapport. Ce nombre d’interceptions montre que l’UE « met fortement l’accent sur l’externalisation et la gestion des migrations par le biais d’accords avec des pays tiers », ajoute le document qui évoque le « nouveau Pacte sur la migration et l’asile ».
    Devant entrée en vigueur en juin 2026, ce Pacte asile et migration prévoit en effet de nombreuses mesures pour durcir la politique migratoire et externaliser les demandes d’asile. Il propose notamment la possibilité pour les pays de l’UE d’ouvrir des centres de retour – appelés « hubs de retour » – dans des pays hors des frontières de l’UE où seraient envoyés les migrants déboutés de l’asile. Ou encore le renvoi des demandeurs d’asile vers des pays tiers « sûrs » mais avec lesquels le demandeur n’a aucun lien.
    Interrogée par InfoMigrants, la Commission européenne estime que « le Pacte sur la migration et l’asile constitue une réforme majeure qui établit un cadre juridique solide pour une gestion des migrations plus juste et plus efficace » et que l’UE, « avec les États membres », « intensifiera ses efforts pour accroître la coopération » avec les partenaires internationaux, « dans le plein respect des droits et obligations fondamentaux en vertu du droit international ».
    Et sur le dossier libyen, elle rappelle qu’il « est impératif de poursuivre les efforts pour aider la Libye à mettre en place un système de gouvernance et de gestion des migrations global et fondé sur les droits, ainsi que pour renforcer les capacités des acteurs libyens concernés afin de sauver des vies et de lutter contre les réseaux de passeurs qui exploitent le désespoir des populations ». Et d’ajouter : « Pour améliorer la situation sur le terrain, il est nécessaire de poursuivre le dialogue avec les autorités libyennes afin d’améliorer les conditions humanitaires des migrants et d’éviter les décès en mer et dans le désert ».
    Malgré la baisse des pushbacks en un an, les ONG restent sur le qui-vive. « Les refoulements aux frontières extérieures de l’Europe sont devenus une pratique courante dans les États membres de l’Union européenne (UE) ». Et « la constance de ces pratiques indique qu’elles sont devenues une composante systématique de la politique migratoire de l’UE ». Ces méthodes de refoulement systématique aux frontières sont pourtant illégales au regard du droit international. Le « principe de non-refoulement » est inscrit dans l’article 33 de la Convention de Genève sur le droit des réfugiés. Il est aussi spécifié dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et la CEDH. Cette législation notifie qu’avant toute décision de retour, un examen spécifique des situations des migrants (comme la demande d’asile) doit être effectué et qu’aucune mesure d’expulsion générale ne peut être prise.
    Plus de 120 000 refoulements de migrants aux frontières de l’UE en 2024, selon un rapport de plusieurs ONG Selon le document, la majorité des refoulements ont lieu aux frontières terrestres de l’Union européenne, en particulier sur la route des Balkans. Citant des chiffres issus des rapports d’ONG, de groupes de recherche, des organisations de l’ONU et de données des services gouvernementaux, il note que la plupart des refoulements ont été opérés par la Pologne, la Bulgarie et la Lettonie. Ces pays ont, respectivement, refoulés 14 754, 13 568 et 12 046 personnes, selon le rapport. À noter qu’une personne peut avoir été refoulée plusieurs fois.
    Ces dernières années, InfoMigrants a recueilli de nombreux témoignages faisant état de ces « pushbacks ». « J’ai tenté 9 fois de franchir la frontière. Certains agents cassent nos téléphones, frappent ou nous asperge de gaz dans les yeux », racontait Azzedine, un Soudanais refoulé à la frontière polonaise en mai 2024.La Grèce est également mentionnée dans le rapport comme ayant refoulé près de 6 000 migrants en 2025. Depuis des années, Athènes est accusée de « pushbacks » violents en mer Égée et près du fleuve Evros. Le pays a d’ailleurs été condamné par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) dans une affaire de refoulement de demandeurs d’asile. La requérante, une Turque, avait été expulsée le jour-même de son arrivée en Grèce vers la Turquie - puis arrêtée et emprisonnée par les autorités turques. La CEDH a condamné la Grèce à lui verser 20 000 euros.En 2023, dans un rapport, le Conseil grec des réfugiés (GCR) estimait déjà que les « pushbacks de migrants étaient organisés et massifs ». « Les personnes racontent qu’il y a des personnes cagoulées et habillées en noir, qui, dans la nuit, les arrêtent et les repoussent de diverses façons vers la Turquie », détaillait à InfoMigrants Lefteris Papagiannakis, le directeur du GCR. Il estimait notamment que « la violence fait partie du pushback ». « Le but est de faire peur aux gens. Il y a un message qui est envoyé aux personnes qui veulent venir en Grèce : ’Ne venez pas, vous risquez d’être repoussés violemment’. Le message indirect est très, très clair. » "Les gardes-côtes nous ont demandé de leur donner notre bidon d’essence. Puis, ils nous ont lancés une corde. Nous pensions qu’ils nous dirigeaient vers Lesbos mais en fait ils nous ont emmenés en plein milieu de la mer. Ils nous ont laissés là et sont repartis", racontait en 2020 à InfoMigrants Samuel*. Ce migrant avait été repéré dans la nuit par la marine grecque alors que son embarcation approchait de l’île de Lesbos. Sur ce point, la Commission européenne rappelle « qu’il appartient aux États membres de gérer et de protéger leurs frontières extérieures » et donc « qu’il incombe aux États membres d’enquêter sur toute allégation d’irrégularités » à leurs frontières.

    #Covid-19#migration#migrant#UE#grece#refoulement#frontiere#asile#droit#sante#politiquemigratoire

  • Traversées de la Manche : de plus en plus de migrants prennent la mer depuis la Belgique pour atteindre l’Angleterre - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70149/traversees-de-la-manche--de-plus-en-plus-de-migrants-prennent-la-mer-d

    Traversées de la Manche : de plus en plus de migrants prennent la mer depuis la Belgique pour atteindre l’Angleterre
    Par La rédaction Publié le : 03/03/2026
    Selon les autorités belges, de plus en plus de canots de migrants partent des côtes de la Belgique pour tenter d’atteindre le Royaume-Uni en traversant clandestinement la Manche. Cette nouvelle route émerge alors que les réseaux de passeurs essayent d’échapper à la surveillance renforcée le long du littoral français.
    Mardi 24 février, un canot composé de 22 migrants a quitté la plage belge d’Oostduinkerke, à une dizaine de kilomètres de la frontière française, pour tenter de traverser la Manche et rejoindre de manière irrégulière le Royaume-Uni. Le lendemain, 15 exilés ont été retrouvés près du port de plaisance de Nieuwpoort, non loin d’Oostduinkerke. « Ils transportaient un bateau pneumatique, un moteur électrique et des jerricans d’essence », a indiqué à la BBC la police belge. Selon l’enquête, ce groupe « avait l’intention de se rendre au Royaume-Uni », a expliqué la police.
    Ces départs depuis la côte belge ne sont pas des cas isolés. Alors que l’an dernier, aucun canot n’a été repéré dans le nord-ouest la Belgique, au moins cinq tentatives de traversée de la Manche ont été enregistrées dans la région - au large des villes côtières notamment De Panne, Koksijde et Nieuwpoort - depuis le 1er janvier 2026, assure la police belge à la BBC. Depuis des années, la Belgique est utilisée par les trafiquants comme un lieu de stockage des embarcations de migrants avant leur mise à l’eau en France. Le pays n’était pas, jusque-là, considéré comme une terre de départ vers l’Angleterre, en raison des forts courants au large et d’une distance plus longue pour rejoindre les rives britanniques. Environ 100 km séparent le nord de la Belgique au port de Douvres (sud de l’Angleterre) contre 45 km entre Calais et les côtes anglaises.
    Face à ce changement de situation, le gouvernement britannique a alloué 1,3 million de livres (près d’1,5 millions d’euros) aux autorités belges pour tenter d’enrayer les traversées.Et Bruxelles a déjà entrepris des mesures pour empêcher les départs de canots : des obstacles, comme des blocs de béton armé, ont été installés sur la côte pour rendre difficile l’accès aux dunes et aux plages aux véhicules avec remorques transportant des « small boats ».La Belgique a également mis l’accent sur les équipements de vision nocturne et d’imagerie thermique lors des patrouilles policières pour intercepter un maximum de migrants en partance vers le Royaume-Uni.
    La police fédérale belge a par ailleurs annoncé qu’elle renforçait ses patrouilles, tant terrestres, que maritimes et aériennes grâce au déploiement des avions de Frontex, l’agence européenne de surveillance des frontières.Cette nouvelle route inquiète car les autorités craignent que l’importante distance à parcourir pour rejoindre l’Angleterre depuis la Belgique ne provoque davantage de drames. Ce n’est pas la première fois que les réseaux de trafiquants tentent de s’adapter en trouvant d’autres itinéraires et ainsi déjouer la surveillance policière.
    La militarisation de la frontière dans le nord de la France - déploiement policiers, drones, caméras thermiques, avions Frontex - avait déjà poussé les passeurs à envisager d’autres endroits pour mettre à l’eau les embarcations, dans des canaux de la région mais aussi à des dizaines de kilomètres plus au sud, dans la Somme. En réponse, les autorités du département ont multiplié, là aussi, les mesures de surveillance policière. Depuis des années, Londres alloue d’importantes sommes d’argent à Paris pour contrôler les traversées irrégulières de la Manche par des migrants. Entre 2023 et 2026, le Royaume-Uni a ainsi versé 540 millions d’euros à la France pour la gestion de l’immigration.Laurent Touvet, le patron de la Direction générale des étrangers en France (DGEF), interrogée au Parlement la semaine dernière par une commission d’enquête sur les accords du Touquet, estime que 85 % des sommes totales sont déployées pour des missions sécuritaires et 15 % pour des missions sociales, sanitaires et humanitaires comprenant notamment les sauvetages en mer.
    Selon les chiffres officiels des autorités britanniques, 41 472 personnes ont rejoint irrégulièrement le Royaume-Uni sur des petites embarcations en 2025. Ce chiffre est le deuxième plus élevé depuis le début de ces traversées en 2018. Par ailleurs, au moins 29 migrants sont morts en mer en 2025, d’après un décompte de l’AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques

    #Covid-19#migration#migrant#france#belgique#manche#routemigratoire#migrationirreguliere#sante#droit

  • #Opération_Bangui : une histoire de sang, de science et d’exploitation biomédicale

    Au début des années 1990, une recherche vaccinale secrète sur le #VIH est menée en #République_centrafricaine. Si elle n’aboutit pas et reste longtemps dans l’ombre, elle éclaire aujourd’hui les débats sur les #essais_cliniques, l’accès aux traitements, et plus largement une forme particulière d’#exploitation encore peu discutée : l’#extractivisme_biomédical.

    C’est cette histoire que je raconte dans un #livre paru récemment : Opération Bangui. Promesses vaccinales en Afrique postcoloniale. En tant que sociologue et pharmacien, professeur à la faculté de pharmacie de l’Université de Montréal, mes intérêts de recherche portent sur les enjeux reliés aux politiques pharmaceutiques (ou à leur absence) dans différents contextes. Je questionne notamment les ambiguïtés des politiques pharmaceutiques et des logiques de santé mondiale à travers la recherche biomédicale, l’accès et l’usage des médicaments.

    Une recherche camouflée en #Afrique centrale

    En République centrafricaine, le VIH se diffuse massivement dans les années 1980. Cela se voit dans les hôpitaux de la ville, mais aussi au sein de groupes tels que les travailleuses du sexe ou les militaires plus exposés par leurs conditions de travail, d’éloignement et les rapports de pouvoir qui augmentent les risques de transmission sexuelle.

    Les militaires sont d’ailleurs de plus en plus nombreux au début des années 1980, recrutés notamment avec le soutien de la France, pour asseoir le pouvoir en place. Ceci offre aux chercheurs de l’#Institut_Pasteur de #Bangui, capitale du pays, des accès privilégiés à cette population pour l’intégrer dans ses recherches. En effet, cet Institut, fondé juste après l’indépendance du pays, redéfinit le lien postcolonial en participant dans sa mission à la #santé_publique centrafricaine avec le ministère de la Santé, mais en restant scientifiquement et administrativement sous la tutelle de l’Institut Pasteur de Paris, structurellement soutenu par des financements gouvernementaux français.

    L’occasion précipite l’extraction : fin 1989, un appel d’offres pour des financements internationaux conséquents amène des chercheurs français à proposer la mise en place d’une recherche secrète. Elle vise à caractériser les virus des militaires centrafricains, surveiller leur taux d’infection et essayer de potentiels vaccins qui semblent sur le point d’être découverts. Le sceau du secret permet aux différentes parties d’avancer sans attirer l’attention, ni celle de la concurrence scientifique pour les chercheurs français, ni celle des médias internationaux pour le sommet des autorités politiques locales.

    Ceci contribue de fait à exclure les médecins et chercheurs locaux qui se trouvent ainsi laissés dans l’ignorance, ou dans l’incapacité d’être partie prenante de recherches dont leur population est la première concernée.

    Au vu des forts taux d’infection dans la population militaire, la transformation des militaires en objets de recherche représente non seulement un avantage scientifique pour démontrer l’efficacité d’un potentiel vaccin, mais aussi stratégique en permettant une économie de coût substantielle alors que les essais cliniques au Nord se chiffrent dans les années 1990 en dizaines de millions de dollars.

    La branche production de l’Institut Pasteur de Paris, qui opère via le laboratoire pharmaceutique #Pasteur-Mérieux_Sérums_et_Vaccin, est l’infrastructure industrielle qui peut profiter d’une telle recherche. Il ne manque alors qu’un terrain d’#expérimentation, que fournit opportunément la cohorte des militaires centrafricains.

    La matière première de la recherche

    C’est ainsi que les militaires de la garde présidentielle et des forces armées centrafricaines sont progressivement inclus dans cette recherche à partir de 1990. Des échantillons de sang sont prélevés une à deux fois par an. Les militaires représentent de bons objets de recherche, faciles à trouver dans leurs casernes. Plus de 11 000 prélèvements sont ainsi réalisés sur quelque 3000 militaires.

    Mais les militaires ne sont pas que des objets disciplinés, ils demeurent aussi des sujets sensibles politisés. Cette subjectivité politique se réaffirme à partir de 1993 lors d’une première mutinerie qui fait suite au non-paiement des soldes, puis de manière plus retentissante en 1996 et 1997 quand des militaires de la garde présidentielle font face aux forces loyalistes. Les autorités françaises, qui ont contribué au recrutement et à la formation de ces deux structures rivales, éteignent partiellement l’incendie par l’envoi de troupes militaires. La situation postcoloniale qui a permis la recherche dans un premier temps est aussi celle qui en précipite la fin.

    Les recherches menées à Bangui sont forcées de s’arrêter et sont ensuite transférées vers d’autres pays. Les questions de recherche sont alors déplacées dans d’autres sites du réseau international des instituts Pasteur. La recherche à Bangui s’arrête, mais l’infrastructure de recherche (données, échantillons, idées de recherche, etc.) est sauve.

    Quand la recherche devient-elle « extractive » ?

    Outre le secret qui a invisibilisé l’opération Bangui depuis ses débuts, il reste un grand malaise dans la communauté scientifique à en parler encore aujourd’hui. Les principaux promoteurs de cette recherche sont restés généralement très évasifs à son sujet. L’histoire de cette initiative secrète met en lumière une forme particulière d’exploitation dans la recherche : l’extractivisme biomédical.

    Celui-ci repose sur l’extraction de #sang et de #données_biologiques afin de produire des connaissances scientifiques, susceptibles ensuite d’être valorisées sur le plan industriel et commercial. À la différence de l’extractivisme minier, cette exploitation ne porte pas sur des ressources naturelles issues du sol, mais sur des corps humains. Elle s’inscrit néanmoins dans des #rapports_de_pouvoir comparables, marqués par de fortes asymétries entre les lieux où la recherche est menée et ceux où ses résultats sont valorisés.

    Le cas de l’opération Bangui permet d’en comprendre les mécanismes. Les militaires centrafricains sont d’abord considérés comme une population « à risque », définie principalement par son taux élevé d’infection. Cette catégorisation tend à réduire des individus au statut de ressource scientifique, presque « naturelle », en faisant passer au second plan leurs conditions de vie, leurs relations sociales et leur position dans une hiérarchie militaire.

    Cette logique s’inscrit ensuite dans un contexte postcolonial qui facilite l’#appropriation de cette cohorte de recherche. Les liens étroits entre les autorités françaises et centrafricaines, ainsi que la centralisation des infrastructures scientifiques et industrielles en France, permettent aux institutions du Nord de conserver le contrôle des données, des échantillons et des orientations de la recherche.

    Enfin, les connaissances produites grâce à ces prélèvements sont susceptibles d’être valorisées à travers des publications, des financements, des recherches internationales et, potentiellement, des brevets. Pourtant, rien n’est prévu pour favoriser le développement des capacités de recherche locales ni pour garantir légalement que les populations ayant rendu cette recherche possible puissent bénéficier des retombées médicales de ces travaux.

    Du point de vue de la santé publique, l’opération Bangui sera d’ailleurs nulle pour les premières personnes concernées : le taux de nouvelles infections par le VIH reste presqu’inchangé chez les militaires entre 1988 et 1996, date à laquelle les chercheurs quittent le pays. C’est cette dissociation entre production scientifique, capacité locale et accès aux soins qui constitue le cœur du problème.

    Résonnances actuelles

    Aucun vaccin contre le VIH n’aura finalement été développé ni testé à Bangui. Même si un vaccin avait bel et bien vu le jour, on peut douter que la population centrafricaine aurait eu un accès prioritaire. Cette incertitude n’est pas propre à cette recherche : elle traverse encore aujourd’hui de nombreux programmes de recherche biomédicale internationale. Si les appels à des financements publics pour la recherche sont nombreux, rares sont ceux qui conditionnent ces investissements à un accès garanti aux traitements ou aux vaccins qui pourraient en résulter.

    Aujourd’hui encore, des traitements préventifs du VIH, testés en Afrique, mais inaccessibles aux populations concernées, tels que le lénacapavir, sont au cœur de chantages économiques sur la vie. Ces expériences, et leur récurrence, montrent que la question d’une recherche juste ne se limite pas au respect du consentement lors des essais cliniques. Elle concerne aussi la manière dont sont organisés et pensés dès la recherche les valorisations économiques et politiques des découvertes et l’accès effectif aux soins et à la prévention.

    L’histoire de l’opération Bangui rappelle ainsi que la recherche biomédicale n’est jamais neutre. Elle est inscrite dans des rapports sociaux, politiques et économiques qui déterminent qui bénéficie réellement du progrès scientifique. Interroger ces mécanismes au-delà des procédures de bioéthique, c’est ouvrir un débat essentiel sur la justice et la responsabilité dans le financement et la production mondiale des savoirs médicaux, et dans l’accès à des médicaments ou des vaccins essentiels qui en découlent.

    https://theconversation.com/operation-bangui-une-histoire-de-sang-de-science-et-dexploitation-b
    #science #recherche #extractivisme

    • Opération Bangui. Promesses vaccinales en Afrique postcoloniale

      Cette enquête fait la lumière sur un chapitre méconnu de l’histoire du #sida dans les années 1980 et 1990 : la recherche menée en République centrafricaine par des scientifiques venus de #France et des États-Unis qui croyaient être sur le point de trouver un vaccin. Dans le rôle des ressources vivantes, une cohorte de militaires locaux, et dans celui des bénéficiaires, les puissances postcoloniales. Ces travaux secrets avaient un nom de code : opération Bangui.

      Par le récit vivant d’une affaire exceptionnelle, ce livre révèle un mode d’accaparement des richesses : l’extractivisme biomédical. En plaçant les processus de valorisation des corps et des vies au cœur de sa réflexion, Pierre-Marie David plaide ici pour une restitution historique, matérielle et politique de la part africaine dans la recherche scientifique et médicale, étape essentielle d’une nécessaire décolonisation de la santé mondiale.

      https://luxediteur.com/catalogue/operation-bangui
      #livre

  • #FreeBetty

    auf deutsch unten / en español a continuación / in English, below

    Bonjour !
    Nous vous invitons à prendre connaissance de cette vidéo en anglais https://www.youtube.com/live/E_QUuH-KWGk

    concernant Betty Lachgar, la militante marocaine emprisonnée pour ses idées depuis le 10 août 2025 et que le Front féministe international soutient (voir https://frontfeministeinternational.com/actions)

    Elle dure une heure vingt minutes, et consiste en un échange qui a eu lieu le 22 février dernier à Amsterdam.

    Ghizlane Mamouni, avocate de Betty Lachgar, expose les faits (jusqu’à 26 min30) avec une clarté pédagogique remarquable.

    De la minute 30 à la minute 37, une vidéo résume les actions de Betty Lachgar.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/11/19/des-centaines-dorganisations-rejoignent-la-coalition-free-betty-pour-marquer-les-100-jours-demprisonnement-dibtissame-betty-lachgar-au-maroc/#comment-72472

    #maroc

  • Plus de 6.000 #détenus dorment au sol… Nouveau « #record » dans les #prisons françaises
    https://www.20minutes.fr/justice/4204152-20260302-plus-6-000-detenus-dorment-sol-nouveau-record-prisons-fra

    #honte • Les prisons françaises ont atteint un record de #surpopulation #carcérale avec 86.645 détenus au 1er février 2026 pour seulement 63.289 places opérationnelles, établissant un taux de #densité carcérale à 136,9 %

    #prison #france

  • Mélenchon, Epstein et l’accusation d’antisémitisme : sens des mots et ivraie intention
    http://www.argotheme.com/organecyberpresse/spip.php?article4818

    « Epstein ou Epstine ? » Ce qui ressemblait à un débat de phonétique s’est transformé en confrontation politique. Lors d’un meeting à Lyon, J-L Mélenchon, leader de LFI (La France Insoumise) a ironisé sur la prononciation du nom du prédateur sexuel et escroc américain, sous-entendant que les médias le « russifiaient » pour masquer ses liens avec Israël. Maladresse rhétorique, « dog whistle » (message crypté de com) antisémite ou diversion calculée avant les municipales ? On démêle le vrai du faux. Actualité, événement, opinion, intérêt général, information, scoop, primauté

    / #UE_-_Union_Européenne, fait divers, société, fléau, délinquance, religion , #Journalisme,_presse,_médias, #France_justice_politique_scandale_PS_PCF, censure, presse, journaux, dictature, expressions, liberté, Israël, Proche-Orient, droits de (...)

    #Actualité,événement,_opinion,_intérêt_général,_information,_scoop,_primauté #fait_divers,_société,_fléau,_délinquance,_religion #censure,presse,_journaux,_dictature,_expressions,_liberté #Israël,_Proche-Orient,_droits_de_l’homme,_ONU #Netanyahou,_Israël
    http://www.argotheme.com/organecyberpresse/IMG/mp3/melenchon_epstein_et_l_accusation_d_antisemitisme_sens_des_mots_et_ivraie

    • _

      "Je ne suis pas antisémite. Cet homme-là n’avait aucune religion_

      cette façon d’enfermer les Juifs dans la religion juive est caractéristique d’une part essentielle du « nouvel antisémisme » qui rassemble, par exemple, d’anciens enfants de choeur catholiques à des « musulmans », laïques et laïcards inclus.
      c’est bien sûr, l’article le souligne, une manière de draguer (non seulement l’électorat judéophobe ou/et antisioniste mais aussi) abstentionniste.

      une politique d’épicier.

      #électoralisme #antisémitisme #Mélenchon #LFI #dog_whistle

    • Ba, y’a une lecture 4 aussi (et je ne parle pas de la lecture 4 de l’article), c’est de dire justement que les 3 niveaux de lecture sont ridicules.
      Évidemment que ca se dit Epst’i’ne. La prononciation d’un nom de famille ne dépend pas du pays où tu te trouves, ni de ta culture. Mais de comment la personne qui le porte le prononce.
      Si tu demandes au petit Jeffrey, 5 ans, comment il s’appelle, il répondra Epst’i’ne. Et donc, 5 ans, quand il n’était pas encore pédophile, mais sûrement déjà grand-bourgeois.

      Et donc la lecture 4, c’est de dire que le sujet, c’est le réseau pédo-criminel, et sous entendre les 3 autres niveaux de lecture n’est que de la moquerie à l’encontre des journalistes et de tous ceux qui ont VRAIMENT des relents antisémites, qu’ils veulent masquer (mais pas faire disparaître) en se gargarisant de règles de prononciation et/ou de débunk de théorie du complot (il n’y a pas de complot, hein, juste un homme pédophile, comme beaucoup, mais étant riche, avec des relations et puissant, attire d’autres hommes pédophiles et en use en réseau).

      Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que l’affaire Epstein n’a surtout vraiment fait des vagues que lorsque des noms français d’amis du pouvoir ont commencé à apparaître. Et sûrement pas par indignation face à l’ampleur du crime, mais plutôt par peur de perdre la face.
      Donc y’a pas de morale et d’humanisme derrière 90% des articles de presse, et c’est bien ce que je leur reproche ; y’a un nombril et des intérêts de classe.

      Point défense des criminels : Puis vu la taille du réseau de pédo-criminels, c’est dingue de se dire que tant de monde (célèbre) a embarqué pour assouvir ses pulsions, tout en sachant que leur seule protection était leur réseau d’influence et la fiabilité de sa tête de fil... mais en décomptant le nombre de victimes, ils auraient pu se dire que ca allait fuiter et finir en bombe à eau. Très mauvais service après vente. Et oui, ils vivent dans la même société que nous, en interconnexion... pas hors du monde tel qu’ils aimeraient.

    • Je retiens la leçon. On ne m’y reprendra pas.

      J’appelle ça du cynisme, il recommencera de plus belle. C’est un gros foutage de gueule à l’encontre des journalistes qui croient tout ce qu’on leur dit : des armes de destruction massive, pour la démocratie, pour la paix dans le monde. Y’a que les fébriles qui se fâchent... et en politique, je ne crois pas qu’il y en ai.

    • Alors, cette sortie polémique est-elle un dérapage, ou au contraire une stratégie du leader de la France Insoumise ? « Il s’agit à la fois de parler très fort de manière très radicale, pour être entendu par un électorat plutôt abstentionniste, qui est surtout sensible aux outrances parce que sinon, il ne suit pas assez l’actualité. L’autre stratégie, c’est en pleine polémique sur l’affaire Quentin, montrer qu’il est réellement dans une logique d’affrontement », décrypte Benjamin Morel, constitutionnaliste et maître de conférences en droit public à Paris-Panthéon-Assas.

      https://www.franceinfo.fr/politique/melenchon/propos-polemiques-de-jean-luc-melenchon-sur-la-prononciation-d-epstein-de

      Reste l’ultime question : pourquoi fait-il ça si c’est pour finir diabolisé, empêtré dans un cordon sanitaire anti-LFI, lesté d’une étiquette d’« extrême gauche » ? Pourquoi se diabolise-t-il quand l’extrême droite est désormais banalisée ? Pourquoi se coupe-t-il du reste de la gauche alors qu’il ne peut faire sans s’il veut – c’est du moins ce qu’il prétend – « gouverner ce pays » ? Parce qu’il est parti depuis au moins trois ans à la conquête d’un nouvel électorat. Pas « musulman » ou « des quartiers » comme on le lit dans certaines analyses trop paresseuses, parfois teintées de racisme. Non, Mélenchon a besoin, pour le premier tour de 2027, de remplacer cet électorat de gauche – que lui appellerait « bobo » – qui a pu voter pour lui en 2022 en se disant que le bulletin LFI serait le plus « utile » pour empêcher Marine Le Pen d’accéder au second tour, par un électorat de nouveaux convaincus, qui ne se définissent pas forcément « de gauche », sont souvent abstentionnistes mais seraient, pense-t-il, réceptifs à ses couplets antisystèmes et populistes

      https://www.liberation.fr/politique/monsieur-melenchon-ne-nous-prenez-pas-pour-des-cons-20260301_O2YRHJFRNNCS

    • Ni dieu, ni césar, ni Mélenchon - Les habits neufs d’un tribun démagogue, 22 janvier 2012, Critique Sociale
      https://web.archive.org/web/20230323113702/http://www.critique-sociale.info/359/ni-dieu-ni-cesar-ni-melenchon

      « Ce n’est pas rien quand on vous confie comme mission de marcher devant, de parler pour les autres. […] Il faut que ceux à qui on confie la mission de marcher devant portent la belle parole de gauche, la parole tribunitienne, soient de bons drapeaux, pour ceux qui désespèrent. […] Je donne à l’immense colère populaire un visage. […] C’est moi le modéré dans la bande. […] Je suis un parlementariste. »

      clown jusqu’à la #dieudonisation ?

    • Antisémitisme « d’atmosphère » : l’arme de la disqualification

      ... À force de refuser de reconnaître ce que représente LFI — une colère sociale, une demande de rupture, un électorat populaire durablement détaché du social-libéralisme — le PS transforme cette réalité en symptôme obsédant. Mélenchon devient l’ennemi intérieur permanent, celui qu’il faut dénoncer sans cesse parce qu’il empêche le récit de se refermer.

      C’est ici que l’accusation d’antisémitisme joue un rôle central. Elle ne fonctionne pas comme un argument, mais comme un couperet qui dispense de toute démonstration et interdit la discussion. Elle disqualifie par avance quiconque refuse de s’aligner.

      La mécanique est connue et elle est rejouée jusqu’au ridicule. Une polémique mineure sur une prononciation devient une preuve irréfutable d’antisémitisme. Quiconque demande des preuves supplémentaires est suspect. Quiconque contextualise est complice. Quiconque rappelle que Mélenchon a combattu toute sa vie les formes réelles d’antisémitisme, ou que LFI a fait bien davantage que le PS pour mobiliser les quartiers populaires contre le racisme et les discriminations, est accusé de relativisation. Le terme «  antisémite  » est instrumentalisé pour clore le débat avant qu’il ait pu s’ouvrir.

      La méthode mérite d’être examinée de près. L’accusation ne fonctionne pas sur le mode de la preuve, de l’examen d’un acte, d’une déclaration, d’un texte qui établirait sans ambiguïté l’intention antisémite. Elle fonctionne sur le mode du relent : quelque chose qui se dégage, qui imprègne, qui se répand par contagion. On ne dit pas « Mélenchon a tenu des propos antisémites en prononçant ce mot », on dit qu’il « sent » l’antisémitisme, que ses propos en ont les « relents », que son rapport au monde en est traversé. C’est une accusation d’essence, non d’acte, et c’est précisément pourquoi elle est irréfutable. On peut contester un fait ; on ne peut pas se défendre d’une atmosphère. Mieux : quiconque tente de se défendre confirme par là même qu’il y a quelque chose à défendre. Le piège est parfait.

      Cette instrumentalisation est politiquement irresponsable. Elle affaiblit la lutte réelle contre l’antisémitisme — qui existe, qui tue, et dont l’extrême droite est historiquement et massivement porteuse — en la transformant en arme de disqualification interne. En reprenant les mêmes procédés que ses adversaires, le PS ne protège personne ; il banalise seulement ce qu’il prétend combattre.

      Et Mélenchon l’a écrit, le soir même du 3 mars : «  Insupportable désolidarisation du combat antifasciste qui reprend les attaques de l’extrême droite.  » Ce n’est pas une posture défensive. C’est un constat structurel. Quand le discours socialiste se nourrit des mêmes signifiants que le discours fasciste — quand les deux s’accordent, au moins fonctionnellement, sur la désignation d’un ennemi intérieur à exclure du champ du légitime — il y a collusion, même involontaire. Le résultat est connu. Le PS offre mécaniquement des victoires à la droite et au Rassemblement national. Ce n’est pas une opinion, c’est une règle arithmétique élémentaire.

      Les irresponsables

      Dresser un bilan est un acte exigeant ; son refus obstiné est une pathologie politique. Il faut être en mesure d’accepter une perte pour reconnaître que ce qu’on croyait être le socialisme ne l’est plus, que la respectabilité n’a pas protégé de la défaite, que la gestion sans conflictualité a détruit la confiance populaire. Il est sans doute plus confortable de se convaincre que c’est Mélenchon qui a «  divisé  » la gauche, comme si la gauche n’était pas déjà divisée par les choix du gouvernement Hollande, avant même que LFI n’existe, pour s’offrir ainsi le fantasme d’un retour à l’état d’avant l’échec. Pascal LEVOYER

      Annuler LFI : le dangereux fantasme du PS | Hors-série.net

  • Marx va avoir raison (IA et lutte des classes) | Frédéric Lordon
    https://blog.mondediplo.net/marx-va-avoir-raison-ia-et-lutte-des-classes

    On croyait qu’il s’était trompé. Marx va avoir raison. Pas tout à fait comme il pensait dans le détail, mais dans l’idée générale quand même.

    L’idée générale : le développement des forces productives engendre une modification des rapports de production qui les accompagnent, jusqu’au point d’une mise en contradiction insoluble dans le cadre du mode de production en place. Annonce d’une crise terminale totalement endogène puisque le capitalisme produit lui-même les tensions internes, qu’il rattrape un temps à coup de remaniements historiques, mais qu’il finit, passé un certain seuil, par ne plus pouvoir accommoder. Dans le long terme, le capitalisme creuse sa propre tombe — on appelle ça « la dialectique ».

    Le détail : le passage par les stades successifs de la manufacture, de la fabrique et de la grande industrie conduit à d’énormes concentrations ouvrières dans les lieux de la production. On ne rassemble pas impunément de telles masses exploitées, opprimées, au lieu même de leur oppression. Les ouvriers se parlent, prennent conscience — des choses —, forment une conscience — de classe —, s’organisent. Une force énorme se constitue, qui surmonte la déréliction du travailleur seul sur le « marché du travail » — forcément défait dans le face-à-face inégal avec le capital. Dans le bagne usinier, le capital produit lui-même son ennemi mortel, ses jours sont comptés.

    À ceci près qu’un siècle et demi plus tard, on en est toujours à les compter. La première montée révolutionnaire, celle du début du XXe siècle, qui correspond à un degré critique d’organisation ouvrière, est réduite par la répression et le fascisme. La seconde, en sortie de 2e guerre, est anesthésiée par l’entrée dans la consommation de masse : diffusion large du niveau de développement matériel, sortie du prolétariat de l’état de misère — et l’on découvre de nouvelles armes du capitalisme qu’on n’avait pas soupçonnées : les salariés ne sont plus uniquement tenus par l’aiguillon de la faim mais par des voies sucrées autrement pernicieuses. Alors l’aliénation n’en finit plus de s’approfondir. Quelques décennies plus tard : avion, téléphone portable, réseaux sociaux, séries, dans le même temps où le capitalisme restructure en profondeur ses rapports de production après que le succès industriel du fordisme lui a fait entrevoir à nouveau le péril des masses ouvrières concentrées : automatisation, robotisation, délocalisation, précarisation, atomisation.

    On pouvait — on devait — continuer à être marxiste, mais pas à croire à cette première dialectique. Il a fallu regarder ailleurs pour discerner de nouvelles potentialités de renversement endogène. Par exemple du côté de l’écocide. Le capitalisme détruit les conditions de la vie humaine sur Terre. Le lien causal ne fait pas encore l’objet d’une conscience très largement partagée, mais ça viendra. Car les effets sont d’une ampleur croissante, impossibles à cacher, et rien ne stimule la production des idées comme l’aiguillon (cette fois) de l’angoisse — et le barrage du capitalisme vert, de la transition et des pistes cyclables aura du mal à l’endiguer.

    Mais ça va prendre du temps. Le temps des pistes cyclables donc, celui des intellectuels retardataires et retardateurs aussi, celui des renoncements enfin. Car il va falloir beaucoup renoncer : avion, téléphone portable, réseaux sociaux, séries, donc. Nous ne sommes pas prêts. Jean-Marc Jancovici explique à Léa Salamé qu’il faudra en venir à un quota de trois ou quatre vols long courrier pour toute la vie, Salamé répond que trois-quatre par an, c’est quasiment la dictature — son cerveau n’était pas prêt, n’a pas reçu l’information, ne pouvait pas la recevoir. Bien sûr, c’est Léa Salamé, c’est-à-dire comme un mètre-étalon de la bêtise journalistique, déposé à Radio-France plutôt qu’au Pavillon de Breteuil à Sèvres, mais l’idée est la même — et les conditions de conservation aussi satisfaisantes. Le problème étant ici que, pour l’heure, l’étalon donne assez bien la mesure en vigueur dans la plus grande partie de la population. Faire renoncer, mettre en rapport l’évitement de l’écocide, la nécessité vitale de renoncer et l’impératif de sortir du capitalisme : ce sera la grande tâche politique du futur (commence maintenant). Autant dire que l’issue de la course de vitesse est incertaine — il suffit de se demander ce que sont les vitesses comparées de l’écocide capitaliste et de l’idée renonçante dans les esprits. On a déjà vu des compétitions mieux engagées. Peu importe, on courra quand même, parce qu’on n’a pas le choix de ne pas courir...

    • Grande leçon matérialiste : les formes de la conscience sont données par les conditions de l’existence. Or voilà que les conditions d’existence de la bourgeoisie du Bien s’apprêtent à de grands bouleversements. Elle va savoir ce que c’est que de se retrouver du jour au lendemain renvoyée non seulement à l’inactivité mais au sentiment dissolvant de l’inutilité. Elle va connaître l’expérience qui lui indifférait au plus haut point, l’expérience des « autres » de l’intérieur, charrettes à plans sociaux, à délocalisation, à downsizing et « rationalisation » — l’expérience des dispensables. Par pans entiers, la « bourgeoisie créative », qui se croyait si importante, si centrale, et si peu concernée, est en train de devenir dispensable.

      Abandonné par ses maîtres (le bloc bourgeois dispensable)

      L’explosion des capacités de l’IA, l’ampleur du déclassement qui va s’en suivre, vont révolutionner le paysage de classes comme aucun marxisme arrêté sur « la classe ouvrière sujet de l’histoire » n’aurait pu l’imaginer. Pas davantage d’ailleurs qu’une sociologie politique du « peuple des réseaux » comme celle de la FI. Ça n’est ni dans l’exclusivisme ouvriériste, ni dans une nouvelle classe réticulaire que « ça » se passe — « ça » : la formation des forces de rupture. Non pas, du reste, que tout ne puisse se rejoindre dans la marmite car, oui, il reste des bastions ouvriers combatifs, et oui, il y a des ségrégés des réseaux — des forces potentielles. Mais l’essentiel est en train de se former ailleurs : dans la démolition méthodique par le capitalisme même de son propre bloc de soutien. Celui dont le caractère sociologiquement minoritaire a toujours été compensé par le caractère symboliquement majoritaire : professions « intellectuelles », ayant droit à la parole, ayant accès à l’expression publique, ayant assurance de la considération et de la sur-représentation dans l’espace des médias, tout autant celui du cinéma, qui n’a d’yeux que pour sa propre classe, n’a d’intérêt que pour ses propres vies.

      Or voilà que dans cette classe, sans doute composite, bientôt on ne comptera plus les jetés sur la grève. Cruauté des illusions perdues. Tous ces gens ne trouvaient rien à redire parce tout leur était aimable, tout leur semblait fait pour eux. Mieux, tout leur était promis. Promesse évidemment fausse pour bon nombre d’entre eux, cadres moyens-sup qui se vivaient en fantasme comme « en étant » — puisque telle est la vraie question de la sociologie politique : non pas « être ou ne pas être », mais « en être ou ne pas en être ». Et tant pis si « en être » est remis à un horizon tellement indéfini que la retraite sera venue avant — les fantasmes de grandeur sociale ne désarment pas, même devant les verdicts du réel, même devant les statistiques qui les vouaient dès le départ à l’échec. Force de la subjectivité individualiste : « je sais bien, mais moi j’y arriverai ». Raté mon vieux, tu n’y arriveras pas. À ceci près désormais que, là où tu pouvais couler une retraite paisible en imagination continuée, tu vas te retrouver éjecté par une machine, et tout l’environnement saura te faire éprouver très fort le sentiment de ta nullité — de ta nullité dispensable. Car il ne faut pas s’y tromper : des gisements de productivité et de cost-killing aussi colossaux, le capitalisme à dominante financière va s’y ruer comme jamais il ne s’est rué. Aveuglément, écume à la bouche.

      La voilà alors la nouvelle dialectique, celle à laquelle Marx ne pouvait pas penser, plus réelle et plus prometteuse que l’autre, la dialectique du développement des forces productives tordant endogènement les rapports de production jusqu’à un point critique, mais dans sa forme contemporaine : la dialectique du bloc bourgeois dispensable.

      La question reste entière de savoir qu’en faire. Bien sûr, il y a déjà tous les divergents, qui n’avaient pas attendu l’IA pour se mettre en chemin, cadres à la BPI clandestinement communistes (et pas au sens du PCF…), dégoûtés de l’entreprise, étudiants saboteurs de cérémonie de diplômes, jeunes embauchés décidés à partir, polytechniciens alternatifs, auteurices et artistes en rébellion contre les institutions de leur champ, réalisatrices antifascistes fauchées, producteurs indépendants pas plus riches mais qui tiennent la ligne. Eux savent déjà où ils sont, où ils vont, et ce qu’ils ont à faire. Mais il y a tout le reste — disons-le sans ambages : troupeau d’imbéciles politiques, bataillons du macronisme, du socialisme ou de l’écologie parisienne. Car évidemment, la plupart de ces gens n’avaient jamais éprouvé la moindre raison de réfléchir un peu puisque leur condition les en dispensait, par défaut robinets à poncifs hégémoniques caparaçonnés de certitude intellectuelle — dont le discours privé était déjà à la portée d’une IA débutante, simplement capable de compiler des grumeaux de presse mainstream. Il suffit d’avoir une conversation avec un banquier, un journaliste ou mieux encore un artiste contemporain pour éprouver le vertige du bathyscaphe dans la grande fosse des Mariannes.

      Mais il y a pire : leur individualisme sans rivage, qui les rend incapables d’action collective au-delà d’un « Team building » ou d’un « Happy hour » d’« After work ». La classe ouvrière de Marx avait pour elle son unité de lieu et sa concentration en masse. Rien de tout ça n’est disponible ici. L’atomisation, qui plus est vécue comme joyeusement concurrentielle, est la condition objective de cette classe — et le passage au « pour-soi » s’annonce laborieux. En fait il n’a aucune chance de se faire tout seul. Il va falloir leur parler — pas comme ça, sans doute. Mais il va falloir leur parler — pour les sortir de leur état de légumes politiques. Il paraît qu’il faut parler aux plantes, ça les aide à grandir – enfin, c’est ce qu’on dit.

      Prendre en charge un nouvel état du monde social, un affect collectif confus, mais promis à se répandre comme une marée noire, le prendre en charge pour le rendre réellement commun, puis pour le mettre en forme et le construire politiquement, c’est la tâche des organisations. On regarde le côté de l’offre, et le tour d’horizon est vite fait. Soit des partis communistes révolutionnaires, indispensables, mais à faible surface, souvent immobilisés dans une orientation, et surtout une langue, ouvriéristes, qui rendent difficile une rencontre de classe hétérogène. Soit la FI, mouvement d’importance, déjà bien ancré dans la bourgeoisie moyenne intellectuelle et culturelle, dont elle est en fait une émanation, dont elle a déjà l’habitus, dont elle partage les manières de parler. Ici une rencontre, une construction sont possibles. « Vous y avez cru ; vous vous êtes fait rouler ; ce système qui vous a fait marcher est impitoyable, nous savions que d’une manière ou d’une autre il vous viendrait dessus, voilà c’est fait ; abandonnez toute espérance – ou plutôt changez-en ! »

      Frédéric Lordon

    • Dialectique de l’IA

      Sauf que voilà du nouveau, du qu’on n’avait pas vu venir. L’IA, l’Intelligence artificielle. « Du lourd est en train d’arriver ». C’est Matt Shumer qui parle — créateur et patron de OthersideAI. De tous côtés, le papier est dit « viral » — il n’est pas sûr que ce soit un compliment, plutôt la suggestion qu’ayant séduit trop d’analphabètes, il perd beaucoup de sa distinction. En matière de distinction, on n’en remontrera pas aux petits marquis de Grand Continent. Qui diffusent à leur tour mais en faisant les entendus, et avec quelques commentaires d’une technicité blasée — ils en sont. Être blasé, règle n° 1 : ne pas céder aux alarmismes à grande audience, les moquer comme tels avec condescendance, laisser les paniques au vulgaire.

      Il faut bien avouer que dans le texte de Shumer, le vulgaire a de quoi se faire du mouron. Le vulgaire, s’entendre : du vulgaire déjà haut de gamme. Car Shumer annonce à une tranche considérable de cadres, et même des supérieurs, qu’ils vont bientôt avoir à faire leurs cartons : rendus dispensables. Il le dit de première main puisqu’il se voit lui-même déclassé par ses propres produits, en tout cas dans le registre de son activité proprement technique. C’est que désormais l’IA s’auto-engendre — s’auto-code. Gunther Teubner, un étonnant juriste et sociologue du droit allemand, avait trouvé un mot à coucher dehors pour désigner ce moment critique où un processus s’affranchit de ses conditions initiales, et notamment de ses créateurs originels, pour s’autonomiser, croître endogènement, et finir par dominer ses promoteurs mêmes : « take-off autopoïétique », dit-il. L’IA, semble-t-il, connait donc son take-off autopoïétique : elle s’écrit toute seule.

      Régis Portalez est un polytechnicien bizarre, qui a additionné l’X non pas des Mines ou des Ponts mais d’une certification de soudeur. Il s’est retiré à la campagne pour faire des tours de potier, mais continue de coder sur les bords parce qu’il faut bien vivre. Et lui aussi voit venir du lourd : « il y a six mois peut être, je croyais l’IA à peine capable de remplacer les tâches subalternes qu’un junior confie au stagiaire (…) Et puis il y a deux semaines, j’ai demandé à l’une d’entre elles d’écrire entièrement un programme que j’envisageais de mettre un jour et demi à écrire (…) Une tâche libre, donc entre guillemets créative, mais très contrainte par la technique. En une minute trente à peine, j’avais un code qui compile et qui s’exécute, testé, documenté et fonctionnel ».

      Grand Continent fait une moue chichiteuse : pas de généralisation hâtive, pas d’extrapolation linéaire, coder est une activité très spécifique, par nature disposée à la formalisation, donc à une prise en charge IA. Les codeurs font du foin parce que d’une certaine manière ils étaient voués à se trouver en première ligne quand débarquerait l’IA « créative » — et ces ballots n’y avaient pas pensé. Les voilà donc à écrire des textes tout « viraux » d’inquiétude.

      Shumer a beau coder, il n’en a pas moins un ersatz de vie sociale. Comprendre : il a des « connaissances » qui ne codent pas. Des avocats d’affaire par exemple — comme tout le monde. Or l’ami avocat d’affaire commence à mesurer l’ampleur des dégâts : « C’est comme avoir une armée de collaborateurs immédiatement disponible ». Et l’ami de s’aviser que « sous peu, l’IA sera capable de faire la plupart des choses qu’il fait ». Suit une liste des professions alignées : développeurs et conseil juridique, donc. Mais aussi : analystes financiers, diagnosticiens médicaux, services clients, consultants de toutes espèces. Et pour la bonne bouche : « writing and content » — rédacteurs de notices variées, de rapports en tout genre. Journalisme — délice. Et sans doute très bientôt : scénaristes, dialoguistes, paroliers, traducteurs (déjà inquiets), littérateurs de prix mondains. Auxquels il faudra sans doute ajouter : graphistes, musiciens, créateurs de vidéos et, pourquoi pas, réalisateurs, maintenant que Bytedance nous fait des clips de Kanye West ou des vidéos de Tom Cruise et Brad Pitt sans Tom Cruise ni Brad Pitt.

      Il y a trois décennies, Robert Reich, l’un des intellectuels en toc du clintonisme, s’extasiait au spectacle de la nouvelle « classe créative », les « manipulateurs de symboles », annonciateurs du grand mouvement de restructuration de la division internationale du travail porté par la mondialisation, qui laisserait le cambouis des fabriques aux « autres » et nous réserverait les joies du design et du blueprint. Soit le redéploiement à l’échelle mondiale de la division du travail princeps, tôt aperçue par Marx, entre travail de conception et travail d’exécution. Comment la « classe créative » n’aurait-elle pas battu des mains ? Toute sa sociologie, toutes les représentations avantageuses qu’elle se fait d’elle-même, l’y inclinaient. Et toutes les conséquences politiques s’en suivraient immanquablement. Car, sans surprise, cette classe — considérée en moyenne —, toute cette classe en ses organes, Libération, Le Monde, Télérama, France Inter/Culture, L’Obs nouveau ou pas, Arte, s’est admirée et célébrée autant qu’elle a été d’une indifférence de granit au sort des classes ouvrières, équarries, massacrées par les grandes transfusions de la mondialisation, subalternes résiduels à l’intérieur de la grande redivision du travail à l’extérieur. Dont la bourgeoisie « créative » conjurera les colères par tous les procédés du pharisaïsme et du racisme social réunis : ils sont obtus, n’ont pas compris que la mondialisation est bonne, ils sont contre l’Europe, ils sont complotistes, ils sont Gilets jaunes — ils sont sales et méchants.

    • Le billet de Régis Portalez :
      Démission subie – startdown nation II
      https://x-alternative.org/2026/02/05/demission-subie-startdown-nation-ii

      En mai 2022, j’écrivais “Startdown Nation”. J’y parlais de démission, de désertion, de comment s’engager dans les luttes sociales et environnementales quand on est cadre qualifié et diplômé. Je battais en brèche certaines idées, en proposais d’autres, notamment celle de s’engager à sa mesure et surtout d’avoir conscience de la mesure des actes qu’on peut fournir. Quand on est diplômé, écrivais-je, il est facile de partir car on peut toujours rebondir. Et tant qu’à partir, partir pour le meilleur et fonder à son échelle une société aussi proche que possible de l’idéal, car nous, nous le pouvons.

      Après 4 ans à avoir suivi mes propres recommandations à la lettre, il s’avère que c’est difficile et que nous sommes toujours plongés dans le capitalisme, qu’on le veuille ou non. J’ai créé une entreprise de fabrication de tours de potier. Celle-ci était, et est toujours malgré moi, grandement dépendante de mon activité d’extraction des liquidités des grandes entreprises parisiennes via mon ancienne activité d’ingénieur informatique.

      Pendant 4 ans, là-haut, j’ai facturé, ici bas, j’ai investi. Et travaillé sans compter mon temps ni ma rentabilité (au grand dam de mon comptable). J’ai investi dans du matériel, des formations, si bien qu’aujourd’hui je suis capable de produire des tours de potier de qualité équivalente, voire supérieure à ceux du marché, à des prix similaires. Mais il me manque quelque chose : le capital. Beaucoup de capital. Pour la publicité, le réseau de revendeurs, le SAV. Autant de choses qui ne peuvent être financées qu’à l’échelle.

      En effet les attentes des clients sont celles de personnes habituées au capitalisme. A ses désagréments, comme payer un loyer ou travailler trop et trop dur pour un salaire trop faible, mais aussi à ses avantages : la consommation instantanée et ses promesses.

      Certes, on paye les biens manufacturés trop cher et ils sont de qualités juste suffisante, le SAV est mauvais, mais la promesse est là. Et rien ne vaut une promesse. On achète le désir commun mais aussi la promesse d’un accomplissement social. Un tour de potier Shimpo est un excellent tour. S’il tombe en panne, personne ne viendra et on en sera pour 700 euros de réparations, mais on a un Shimpo, la « référence ».

      Dans les 1000 ou 2000 euros payés, 40 % iront au distributeur européen. Combien au producteur chinois (qui fait bien attention à garder l’identité « japonaise » de la marque) ? Zéro ou presque. Entre temps, plusieurs importateurs, des assureurs, bureau veritas, des publicitaires, facebook, d’autres importateurs, des transporteurs, chacun avec son travail, sa marge, son monopole pour certains. Un tour équivalent en Chine, c’est entre 50 et 100 euros, soit à peine le prix du moteur (importé) ici.

      Voilà face à quoi nous devons faire concurrence : certes la capacité de production chinoise, mais aussi le monopole de distribution des capitalistes et leur emprise sur le marché et la fabrication des prix.

      Pour mes camarades démissionnaires qui sont partis dans le maraîchage, la menuiserie ou la poterie, vous le savez aussi bien que moi : il nous reste trois options : le marché de niche, la survie ou la compromission.

      Le marché de niche c’est réussir à se trouver un petit segment local de production où l’on peut vendre pour en vivre. Marché par définition tout petit, les places y sont très chères. Ainsi pourrais-je vendre aux lycées pro ou aux producteurs « engagés ». Mais ils sont peu nombreux et cela nous force à osciller en permanence avec la deuxième option :

      La survie c’est vendre peu, produire peu, et ne gagner que peu. C’est possible. Mais. Mais les loyers. Mais le prix de l’électricité. Mais les loyers. Mais le prix des matières premières. Mais les loyers. Mais le prix des composants. Mais les loyers. Mais le prix des outils. Mais les loyers. Mais les délais de livraison. Mais les loyers. Mais le prix des transporteurs. Mais les loyers. Toutes choses ou presque dont les prix (et les profits) appartiennent à vous-savez-qui : les capitalistes.

      Je ne parlerai pas de la troisième option : vendre ce qui nous reste. Ce n’est pas honteux. Quand il faut nourrir ses enfants, il ne faut hésiter en rien. Personne ne vous en voudra de retourner chez Total si c’est pour cette raison. Fantine meurt sainte.

      Ainsi il paraît illusoire de suivre mes recommandations de mai 2022. Ce serait courir au suicide (au moins financier) et nous n’aurions plus qu’à déprimer dans nos bureaux, attendant l’écocide et la catastrophe +5 degrés.

      Pourtant il se passe quelque chose qui risque de changer les choses, voire de les renverser : l’IA. Celle-ci absorbe une immense quantité de capital, des centaines, voire des milliers de milliards par an. Pour le pire certes (générer des images de chat faisant du vélo – c’est rigolo mais ça ne vaut pas l’argent ni le sacrifice écologique) mais aussi pour le meilleur, et d’une façon que je n’attendais pas jusqu’il n’y a pas un mois.

      Tout ceci se comprend par une anecdote personnelle. Il y a à peine un an, six mois peut être, je croyais l’IA à peine capable de remplacer les tâches subalternes qu’un junior confie au stagiaire – scripts bash simples, correction d’e-mails, traduction simple… Et puis il y a deux semaines, j’ai demandé à l’une d’entre elles d’écrire entièrement un programme que j’envisageais de mettre un jour et demi à écrire :

      « Écris moi un exemple de code en C#, adapté pour tel produit propriétaire – dont la base de code n’est pas disponible – orienté IA, qui ne soit pas une simple convolution ni une simple multiplication matricielle. Fais en sorte que ce code mette en valeur le produit en question en montrant les gains de performances sur GPU, notamment en utilisant wmma (des instructions nvidia complexes). Teste le code vis-à-vis d’une librairie de référence de ton choix et affiche les résultats des tests et les gains de performance ».

      Ainsi une tâche libre (choisis l’exemple) donc entre guillemets créative, mais très contrainte par la technique. L’an dernier, toutes auraient écrit un truc insuffisant, mal testé, mal écrit, qui ne compile ni ne s’exécute. Cette année, en une minute trente à peine, j’avais un code qui compile et qui s’exécute, testé, documenté et fonctionnel.

      Entre temps : des centaines de milliards de capital investi.

      L’année prochaine : encore plus.

      Nul doute que mon travail va (à peu près) disparaître. Non je ne serai pas « prompt engineer, surtout que d’autres IA le sont déjà, et sont meilleures que moi dans ce domaine. Non le besoin d’ingénieurs informatique (en ETP), ne va pas être multiplié d’autant que la productivité va croître grâce à l’IA. Et ainsi en va-t-il dans tous les domaines similaires : conseil, finance, immobilier, publicité, organisation… L’IA va permettre des gains de productivités tels, dans un contexte de croissance structurellement faible, que la destruction d’emplois au profit de capital fixe va être fantastique (au sens : monstrueuse).

      Historiquement, le progrès technique et son corrélat : la transformation de capital circulant en capital fixe, amenait à une hausse globale des qualifications. Le porteur devenait charron qui devenait ouvrier en manufacture puis ajusteur puis fraiseur puis programmateur. Car les besoins suivaient, humains comme capitalistes. Il fallait des trains, des machines à laver, donc des gens pour les produire, de plus en plus qualifiés à mesure que ces machines devenaient complexes et produites en masse. Quand les gains étaient acquis ici, les capitalistes allaient chercher ailleurs : en europe de l’est, en Chine. Et ceux-ci profitaient (60 heures par semaine), de l’horizon capitaliste que nous perdions ici au profit de celui du remboursement de la dette et du chômage de masse. Tout ceci était « accompagné » par l’état et sa police à coup de matraque, mais globalement (très très globalement) les choses « progressaient » et les gens pouvaient croire que leurs enfants verraient un monde plus facile que le leur, permis par leurs propres sacrifices – reconversion capitaliste du mythe chrétien de la Jérusalem céleste : souffrance éternellement reconduite.

      Ce mouvement a commencé à s’inverser avec l’uberisation. Livreurs à vélo à la place d’ouvriers. Mais maintenant nous sommes dans un mouvement plus large : un besoin de décroissance, voire un désir de décroissance, en fait une nécessité de décroissance. Et l’IA ne permet pas de produire plus de biens utiles ni désirés mais plus vite des biens inutiles voire nuisibles. Pourtant le capital n’a pas d’autre choix face à sa propre gorafisation. L’accroissement de productivité étant fini, le monde étant rempli (de ce que peut lui offrir le capital), il faut inventer du besoin par-ci et de la productivité par là : là où on l’on n’avait jamais touché : la bourgeoisie culturelle.

      Ainsi nous arrive ce miracle que personne, de Lénine à Robespierre, n’a jamais pu imaginer voir venir : la destitution de la bourgeoisie culturelle.

      Programmeurs, assureurs, agents immobiliers, journalistes, personnel bancaire, une bonne partie de la médecine, de la pharmacie, tout ce qui constitue la classe moyenne va se faire laminer. Ils (nous) l’auront certainement bien mérité après avoir savouré le massacre ouvrier des délocalisations.

      Chose nouvelle : l’IA est un phénomène mondial car purement virtuel. Quand une machine à vapeur était installée en Auvergne, elle ne détruisait ni ne créait d’emploi en Prusse et il était impossible aux uns ou aux autres d’en bénéficier. Le temps de mise à l’équilibre, dans des marchés protégés et distants, se comptait en années. Une IA, à l’heure d’internet globalisé et concentré, « bénéficie » virtuellement à tous, quelle que soit la localisation.

      Ainsi vont périr ensemble les bourgeoisies culturelles françaises, américaines, brésiliennes, russes, et de tous les pays capitalistes du monde dans le plus grand mouvement de remplacement d’animaux par des machines depuis l’invention du moteur. Fini la rente de savoir écrire un programme en C, de savoir faire des mathématiques niveau master, de savoir organiser une équipe de vendeurs d’assurance, d’organiser une réunion « high stakes », … Et encore, il ne s’agit là que de conséquences relativement mineures, voire parfois souhaitables, en tout cas par rapport à ce qu’entrevoit Dario Amodei, fondateur d’Anthropic.

      Et donc, pour en revenir au titre, la démission/désertion dont il s’agissait il y a peu de convaincre les jeunes gens de sa nécessité, ne sera plus courageuse mais inévitable et subie.

      Ainsi le geste que je proposais en 2022 n’est plus un geste politique héroïque mais un geste logique de survie. Aujourd’hui il faut apprendre, et vite. Devenez zingueur, plombier, maçon, soudeur. Ce n’est pas demain qu’il sera rentable pour un grand groupe d’envoyer un robot remplacer un siphon ou souder un pot d’échappement.

      Pour moi ce sera l’usinage. La série est inaccessible depuis les machines à commande numérique. Avec l’IA, l’intensité en capital va encore augmenter dans tous les domaines, au détriment de l’intensité salariale. La pièce unitaire, le prototype, ça restera accessible à investissement limité.

      Vos compétences d’ingénieur, de consultant etc, y seront utiles, d’une façon que vous ne pouvez pas imaginer. Vous apprendrez des ouvriers (ce que je fais en étant aujourd’hui professeur d’usinage en CAP), ils apprendront de vous.

      De la sorte, l’essence de mon message de 2022 reste vraie : il y a pire que l’IA, il y a la destruction environnementale. Mais celle-ci pouvait encore rester quelque chose de lointain contre lequel s’offusquer depuis son salon (en y gagnant des galons de moralité). La perte de son emploi, comme les capgemini, c’est une autre affaire. C’est immédiat, c’est concret, bref c’est douloureux mais efficace.

      Quelque part, dans sa fuite en avant pour préserver ses marges, le capitalisme va peut être se couper de sa base fondamentale : ceux qui sont à l’aise sans avoir trop. Ceux qui peuvent (pouvaient) espérer avoir plus sans craindre d’avoir moins. Ceux qui croyaient encore à sa promesse de progrès, en recevaient assez sans en trop payer le prix. Ceux qui soutenaient les exploiteurs en espérant secrètement en faire partie un jour (mais on-ne-sera-jamais-comme-ça). Ceux qui pouvaient moquer l’ouvrier « beauf », trouver l’immigré « romantique », le rural « pittoresque ». Ceux-là vont goûter bientôt au « beauf », au « romantique » et au « pittoresque ».

      Alors peut-être rejoindront-ils ceux qui y ont goûté avant eux. Et pourvu que survienne la compréhension d’un devenir commun de condition, les choses pourraient changer.

  • Baisse des arrivées aux frontières : que cachent les « bons » chiffres de Frontex ? | Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/claire-rodier/baisse-des-arrivees-aux-frontieres-que-cachent-les-bons-chiffres-de/00117812

    Quelle est la réalité derrière ces chiffres ? L’interprétation simpliste qu’en donne le commissaire européen, qu’on pourrait résumer par l’image d’un robinet qu’il suffirait de bien fermer pour régler les problèmes, fait l’impasse sur des données pourtant indispensables à prendre en compte pour analyser ces fluctuations : d’une part les causes de départ, d’autre part les conséquences qu’entraîne la fermeture des frontières européennes pour les personnes qui cherchent à s’exiler.

    https://www.vuesdeurope.eu/refoulements-la-grece-condamnee-par-la-cour-europeenne-des-droits-de-lho
    #frontex #politique_migratoire #pushbacks

  • Estonia plans 600 eastern border bunkers as Baltic Defense Line advances

    Estonia aims to install up to 600 concrete bunkers along its eastern land border as part of the joint #Baltic_Defense_Line with Latvia and Lithuania.

    The Estonian Center for Defense Investments (ECDI) and Latvia’s Ministry of Defense have launched a public procurement for the bunkers. The total cost is estimated at €60 million, with about €30 million allocated for this year, ECDI spokesperson Krismar Rosin said.

    Elements for the first 28 bunkers have already arrived, nine of which have been installed in Southeastern Estonia. The ECDI plans to continue installation of the bunkers in both the southeast and northeast.

    “The first Baltic Defense Line bunkers have been delivered, and installation is proceeding gradually in Southeastern and Northeastern Estonia,” ECDI deputy director Asko Kivinuk said.

    “The experience gained gives us the confidence to move forward with the larger-scale procurement,” he added.

    Estonia has also deployed all acquired barriers to pre-deployment areas and is continuing work on the defense line’s anti-tank ditches. The ECDI aims to complete the Baltic Defense Line at its currently planned scale by the end of 2027.

    The initiative is designed to halt a potential military attack right at the eastern borders of Estonia, Latvia and Lithuania.

    https://news.err.ee/1609946612/estonia-plans-600-eastern-border-bunkers-as-baltic-defense-line-advances
    #bunkers #frontières #Estonie #pays_Baltes
    ping @reka

    • Il faut se rendre compte de combien ce qu’il se passe est dangereux. Une telle impudence, on pourrait dire « business as usual », mais en fait non, le point atteint de mensonge et de mauvaise foi est effarant.

      Tu vois, là, les russes et les chinois, ils se posent sérieusement la question de savoir ce qu’il faut faire pour arrêter les nazis qui prétendent nous gouverner. Ils se posent aussi la question de la façon de donner du corps à l’OCS.

      Il faut quand même se rendre compte du niveau de déloyauté et de traîtrise qu’atteint la diplomatie occidentale, à prétendre négocier d’un côté, et à préparer des frappes militaires surprises de l’autre.

      La duplicité de l’Arabie Saoudite à cet égard, ce pays qui découpe des journalistes dans ses ambassades, est significative, à négocier la paix d’un côté, et à réclamer des bombardements de l’autre.

      On plaisantait au début du siècle en disant que pour résoudre les problèmes du Moyen Orient, il fallait en arriver à sa vitrification. ON PLAISANTAIT, IL NE FALLAIT PAS PRENDRE CELA AU PREMIER DEGRÉ !

  • Pécho avec l’éco : le trou de la Sécu

    L’autrice Lisa Mandel et l’économiste Anne-Laure Delatte s’associent pour rendre l’économie accessible, pour que chacun puisse comprendre ces débats essentiels et s’en emparer. Dans ce troisième épisode : comprendre le trou de la Sécu.


    https://www.mediapart.fr/studio/portfolios/pecho-avec-l-eco-le-trou-de-la-secu
    #économie #France #sécu #sécurité_sociale #voter #préjugés #fact-checking

  • « Autour de 50 000 » foyers fortunés échappent à l’impôt, selon l’ex-ministre de l’économie Eric Lombard
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/02/27/autour-de-50-000-foyers-fortunes-echappent-a-l-impot-selon-l-ex-ministre-de-

    Selon des sénateurs, 13 335 personnes concernées par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) ont un revenu fiscal de référence si faible qu’ils ont été dispensés d’impôt sur le revenu ou sur les plus-values et dividendes. Mais, d’après Eric Lombard, le chiffre des Français fortunés non imposés est encore plus élevé.

    #Fiscalité #riches (très) #patrimoine_financier #niches_fiscales #optimisation_fiscale #suroptimisation_fiscale #fraude_fiscale

  • Folgorati dall’Europa. 27-28 février 2026. Cérémonie en souvenir de #Youssouf_Diakite, décédé à la frontière entre l’#Italie et la #France

    Anche quest’anno vogliamo ricordare la morte di Youssouf Diakite, folgorato dalla Fortezza Europa – il 27 febbraio 2017 – sulla rotta migratoria che passa proprio nel nostro territorio. È un momento simbolico a cui annettiamo molta importanza, perché deve servire a non dimenticare le ingiustizie e i crimini che vengono continuamente commessi dalla Fortezza Europa, anche in nostro nome.
    Quest’anno alla memoria di Youssouf Diakite vogliamo associare non solo quella di #Mohammed_Kouji, travolto da un treno sulla stessa linea ferroviaria, ma anche Moustafa Bouchini e Gabriel Izquierdo, due giovani già “ospitati” nei centri per richiedenti asilo in Ticino, tragicamente morti nella primavera 2025, il primo in circostanze non del tutto chiarite, il secondo suicidatosi dopo aver ricevuto diniego alla richiesta di asilo.

    Non si può ignorare che ogni stretta repressiva nelle politiche migratorie, ogni rifiuto di elaborare leggi e regolamenti che garantiscano la possibilità di migrare (sancita dal diritto internazionale), ogni accordo con nazioni dove i diritti sono soppressi, contribuiscono ad aumentare le morti, la povertà e la disperazione.

    Ci ritroviamo venerdì 27 febbraio dalle 18 alle 19 a Como sulla scalinata della Stazione San Giovanni, e sabato 28 febbraio alle 11 presso il cimitero di Balerna. [Como senza frontiere]

    https://ecoinformazioni.com/2026/02/24/27-28-febbraio-memoria-delle-vittime-delle-frontiere
    #frontière_sud-alpine #décès #migrations #réfugiés #mourir_aux_frontières

  • Ruptures conventionnelles : une étude de France Travail critiquée pour ses biais | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/200226/ruptures-conventionnelles-une-etude-de-france-travail-critiquee-pour-ses-b

    Aujourd’hui, elles sont accusées de coûter cher au régime de l’assurance-chômage (9,4 milliards d’euros, soit 26 % des dépenses totales) mais aussi de « se substituer de plus en plus à la démission et aux licenciements ». L’argument est jugé « aberrant » par le chercheur Gwendal Roblin. Usant des ficelles habituelles de dénigrement des personnes sans emploi, le ministre du travail, Jean-Pierre Farandou, fustige quant à lui « ces gens » qui « profitent d’être au chômage pour passer un an tranquille ». En novembre, il pointait ainsi des « dérives », sans les chiffrer.

    Deux mois plus tard, #France_Travail est venu, fort opportunément, livrer des détails sur le sujet aux partenaires sociaux. Un document intitulé « Lutte contre les comportements abusifs » leur a été présenté lors de la séance de négociation de janvier, avec un focus sur les « campagnes de contrôles » ayant visé depuis 2024 des inscrit·es au chômage suite à une rupture conventionnelle. Bilan : en moyenne sur « deux campagnes », 21 % de ces contrôles ont abouti à des sanctions, indique France Travail dans ce rapport que Mediapart s’est procuré.

    Qu’est-il exactement reproché à ces personnes sanctionnées ? Que signifie « comportement abusif » ? Cela n’a pas été précisé « et c’est bien le problème », s’agace Denis Gravouil, membre du bureau confédéral de la CGT, chargé de l’emploi, des retraites et du chômage. « Ont-ils manqué un rendez-vous ? Pas assez démontré qu’ils cherchaient un emploi ? On n’a eu aucun élément. On nous livre des taux de sanction sans aucun contexte, ce n’est pas honnête », tempête-t-il.

    Un chiffrage étonnant

    Sollicité par Mediapart, France Travail concède que « la notion de comportement abusif n’est pas explicitement définie par les textes » et en livre sa propre définition : « Le comportement abusif traduit un détournement ou un usage opportuniste des règles du régime d’assurance-chômage » (...).

    Claire Vivès, sociologue au centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) et spécialiste du #contrôle_de_la_recherche_d’emploi a tiqué, tant sur le fond que sur la forme.
    « En l’état, le document est flou et les termes qu’il mobilise mériteraient d’être clarifiés », commente la chercheuse, qui s’étonne en premier lieu d’un chiffrage des sanctions réalisé par France Travail. Selon le document, les « 2 432 sanctions prononcées » représentent en effet plus de 1,6 million d’euros.
    « Chiffrer ainsi des “économies” réalisées sur des sanctions ciblant une population spécifique – en l’occurrence les allocataires inscrits suite à une rupture conventionnelle – est selon moi, très problématique, explique-t-elle. Jusqu’ici, seuls les montants des dépenses évitées dans le cadre de la lutte contre la fraude étaient rendus publics. En faisant cela, France Travail entretient le flou entre frauder et ne pas respecter ses obligations. »

    [...]

    Claire Vivès constate aussi « un vrai virage » dans le vocabulaire employé. Outre les « comportements abusifs », France Travail parle en effet de « publics à risque » à propos des allocataires inscrit·es après une rupture conventionnelle. Sont également inclus·es les ex-travailleuses et travailleurs frontaliers et créatrices et créateurs d’entreprise percevant des allocations-chômage.

    Ces publics « à risque » présentent, selon le document, « un profil commun ». À savoir « des formes d’usage parfois détournées du système d’indemnisation » et « un poids financier important ». Sur ce point, Claire Vivès ironise : « Être “à risque”, c’est donc avoir une allocation-chômage un peu supérieure à la moyenne et qui permet de survivre ? » (...).

    Tour l’article vaut la lecture quant à la reprogrammation des modalités de contrôle à France travail, au moment où on vote à l’A.N. une disposition semblable à celle existant à la CAF : coupure de l’alloc en cas de suscpicion de fraude.

    #chômage #chômeurs #profilage

  • Une circulaire qui n’a rien d’éducatif

    Communiqué commun pris par le Syndicat des avocat·es de France (SAF), le SNPES-PJJ et le Syndicat de la magistrature en réaction à la circulaire de politique pénale et éducative relative à la justice des mineurs prise par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin. Comme à son habitude, ladite circulaire privilégie toujours le répressif sur l’éducatif.

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    Le 11 février 2026, le Garde des Sceaux a diffusé une circulaire intitulée « circulaire de politique pénale et éducative relative à la justice des mineurs », qui « expose la nouvelle conception du placement, et réaffirme [l’]ambition de renforcer l’intervention en milieu ouvert ».

    Le Ministre de la Justice juge et disserte sur « la réussite éducative » des enfants, pour ne pas assumer l’échec des politiques coercitives et du manque de moyens alloués à la justice des enfants. Il est prévu la création d’« un nouveau modèle » les « unités judiciaires à priorité éducative », les UJPE, en lieu et place des CEF (d’abord du secteur public, puis du secteur habilité) et des Unités Educatives d’Hébergement Collectif.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/02/28/une-circulaire-qui-na-rien-deducatif

    #france