• Comment Moscou resserre son étau sur l’Internet russe | Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/comment-moscou-resserre-letau-de-son-pouvoir-sur-linternet-russe/00118479

    Les coupures de connectivité répétées dans les grandes villes russes depuis mars témoignent d’une mainmise de plus en plus forte des autorités sur le Net. Et suscitent une sourde colère dans la population.

    Une femme utilise son téléphone portable près de la place Rouge de la capitale Moscou, en Russie, le 3 mai 2026. PHOTO : SEFA KARACAN / Anadolu via AFP
    Par Eva Moysan

    Les cartes routières se vendent comme des petits pains à Moscou. Dans la capitale russe et dans plusieurs villes du pays, des coupures massives du réseau internet depuis début mars forcent la population à s’adapter en revenant à des outils du siècle passé.

    Les coupures se poursuivront « aussi longtemps que nécessaire » pour assurer « la sécurité des citoyens » face aux « menaces ukrainiennes », a déclaré le Kremlin, sans plus d’explications. Quelques jours plus tôt, deux messageries populaires, Telegram et WhatsApp, avaient été bloquées. Cela déplaît à la population et la popularité de Vladimir Poutine a même baissé dans les enquêtes d’opinion.

    Francesca Musiani, directrice de recherche au CNRS, spécialiste de la sociologie de l’innovation, estime que « les tests de coupures, les blocages massifs et la mise en place d’un DNS [système de noms de domaine, NDLR] national montrent que la Russie progresse vers une capacité réelle de segmentation du réseau », c’est-à-dire à se déconnecter du réseau internet mondial.

    Cette ambition remonte à une quinzaine d’années. En 2010, le décret du 17 octobre sur l’utilisation des logiciels domestiques marque une première étape dans la volonté de contrôle technique d’Internet en Russie. Cette décision intervient après les mobilisations contre la réélection de Vladimir Poutine en 2011-2013, organisées et coordonnées en ligne.

    « L’analyse selon laquelle Internet est un outil aux mains des Etats-Unis qui s’en servent pour orchestrer des changements de régime à l’étranger, défendue par les services de renseignement, va prendre le dessus sur une lecture plus libérale », détaille Marie-Gabrielle Bertran, géographe, chercheuse au Centre interdisciplinaire sur les enjeux stratégiques (Ciens). Au cours des années 2010, les lois et les décrets de contrôle s’empilent.
    « Runet souverain »

    « Sur le plan législatif, un tournant majeur est la loi de 2019 sur le “Runet souverain” », explique Francesca Musiani. Le gouvernement justifie cette loi par la nécessité de se préparer au risque que la Russie soit déconnectée de l’Internet mondial en créant une infrastructure propre, entièrement contrôlée par l’Etat. En pratique, les fournisseurs d’accès à Internet ont dû installer un boîtier de surveillance (TSPU) permettant à l’Etat de tracer et filtrer le trafic, sous l’autorité du régulateur public Roskomnadzor.

    Les années suivantes, la répression s’est renforcée avec par exemple le blocage d’adresses IP et de sites, y compris ceux d’opposants politiques. Le pouvoir russe a également cartographié finement le réseau afin de contrôler les points entrants et sortants du territoire.

    « A cela s’ajoute une pression sur les acteurs privés, notamment les fournisseurs d’accès à Internet, en les obligeant à stocker localement des données, la promotion de plateformes nationales (VK, Yandex) 1 et la marginalisation des services étrangers », poursuit la sociologue.

    « Les petits opérateurs ont été rachetés par de plus gros, contrôlés par des oligarques proches du pouvoir », ajoute Marie-Gabrielle Bertran.
    Contrôle accru depuis 2022

    A partir de 2022, la guerre d’invasion menée contre l’Ukraine a accéléré la centralisation du contrôle. Les autorités russes ont ainsi bloqué ou ralenti les sites de nombreux médias, d’ONG, des réseaux sociaux et des messageries en ligne qui ne se conformaient pas aux lois de censure. C’est le cas de Twitter et de Facebook, de YouTube ou de Discord, parmi d’autres.

    En outre, « les sanctions et le retrait d’acteurs occidentaux ont paradoxalement facilité l’isolement numérique en poussant le développement de solutions locales », constate Francesca Musiani.
    La liberté sur Internet s’est fortement dégradée depuis 15 ans en Russie
    Note sur 100 de la liberté sur Internet en fonction des obstacles à l’accès, des contenus restreints et de la violation des droits des utilisateurs, 0 étant le moins libre et 100 le plus libre.
    Source : Freedom House

    Aujourd’hui, seuls les VPN et les données chiffrées échappent encore au contrôle des autorités. Mais la pression monte autour des VPN, qu’elles cherchent à interdire.

    « La trajectoire russe s’inscrit dans une tendance globale à la “territorialisation” d’Internet. Les régimes autoritaires (Russie, Chine, Iran) sont les plus avancés dans cette logique, combinant censure, surveillance et infrastructures nationales fermées, mais le phénomène dépasse ces seuls régimes », décrit la sociologue du CNRS.

    Seuls les VPN et les données chiffrées échappent encore au contrôle des autorités russes

    Les démocraties aussi instaurent des mesures de contrôle, au motif de lutter contre le terrorisme, le narcotrafic ou contre la pédocriminalité… Autant de raisons invoquées dans le passé par les autorités russes.

    La France pourrait-elle ainsi suivre la voie de la Russie ? « La difficulté dépend de la centralité des réseaux et du nombre d’opérateurs… Or, l’Hexagone est très centralisé et il existe peu d’opérateurs, ce ne serait donc pas compliqué à mettre en place », répond Marie-Gabrielle Bertran.

    Les résistances pourraient surtout être juridiques et politiques. Mais, pour cela, il est essentiel que les élus et les citoyens soient sensibilisés aux enjeux du respect de la vie privée numérique.
    Eva Moysan

    #Francesca_Musiani #Russie

  • Le jackpot du « .ai » : comment Anguilla, 15 000 habitants, est devenu le « gagnant inattendu du boom de l’IA » - RFI
    https://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20260505-le-jackpot-du-ai-comment-anguilla-15-000-habitants-est-devenu-le-gagnan

    Niché à l’est des Caraïbes, l’État aux 15 000 habitants d’Anguilla bénéficie depuis quelques années du marché florissant de l’intelligence artificielle. L’attribution au petit pays, il y a plus de trente ans, du nom de domaine « .ai » permet chaque année au gouvernement de renflouer un peu plus ses caisses.

    Publié le : 05/05/2026 - 08:11Modifié le : 05/05/2026 - 08:12
    6 min Temps de lecture
    Anguilla, petit archipel des Caraïbes, s’enrichit discrètement depuis quelques années grâce à l’explosion de l’IA.
    Anguilla, petit archipel des Caraïbes, s’enrichit discrètement depuis quelques années grâce à l’explosion de l’IA. REUTERS - Ahmed Jadallah
    Par :
    Jean-Baptiste Breen
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    Les eaux azur et les plages de sable blanc d’Anguilla cachent un juteux marché. En 1995, le petit archipel des Caraïbes se dote de son propre nom de domaine. Alors autonome depuis à peine une décennie, le petit pays insulaire se taille une timide place dans le paysage numérique des États. Le Royaume-Uni a déposé son « .uk » en 1985, suivi l’année suivante par le « .fr » de la France. Anguilla adopte de son côté le « .ai ».

    Trente ans plus tard, cette décision en apparence anodine permet au gouvernement de générer près d’un quart de son revenu annuel. En cause : la place toujours plus importante de l’intelligence artificielle, propulsée par les mastodontes du secteur comme OpenAI ou Anthropic. Chaque mois, des centaines de nouveaux acteurs du secteur de l’IA lancent des projets pour lesquels l’identité numérique « .ai » est un prérequis non-négociable… dont Anguilla est le seul fournisseur.
    « Gagnant inattendu »

    Claude.ai ou Mistral.ai, les pages web des modèles conversationnels éponymes font en effet partie d’un vaste écosystème numérique en expansion constante. L’hégémonique « .com » reste de loin l’extension de domaine la plus répandue. Mais ces dernières années, « .ai » n’a cessé de prendre du galon, s’immisçant à la quatrième place des extensions les plus renseignées aux États-Unis en 2025, selon Go Daddy, entreprise spécialisée dans la gestion de noms de domaine.

    Depuis 2022, le nombre de sites référencés avec « .ai » aurait dépassé le million, estime Francesca Musiani, directrice de recherche au CNRS et docteure en socio-économie de l’innovation. Un chiffre corroboré par les données collectées par Domain Name Stat. Acquérir ce nom de domaine « fait partie d’une stratégie de marque et permet d’envoyer un signal clair : ‘‘on fait de l’IA’’ », souligne la chercheuse.

    Bénéficiaire miraculeux de cette hausse subite de la demande pour cette adresse, Anguilla détient un monopole total sur cette « espèce de ressource naturelle numérique », comme la qualifie Francesca Musiani. Quelques années auparavant, l’archipel de Tuvalu avait lui aussi tiré profit de son nom de domaine, « .tv », devenu incontournable pour bon nombre de services multimédias, comme France.tv ou encore le géant violet du streaming Twitch.

    Dans le sillage de Tuvalu, Anguilla est devenu « le super gagnant inattendu du boom de l’IA », résume Francesca Musiani. Les sommes tirées de la commercialisation du précieux suffixe représentent une importante manne financière pour l’État de moins de 15 000 habitants.
    Un quart des revenus du pays

    Voilà bientôt quatre ans que les revenus générés grâce à cet heureux hasard augmentent de manière significative. En 2021, le gouvernement faisait état de 19,9 millions de dollars des Caraïbes orientales (EC$) de revenus grâce à son nom de domaine. Selon les estimations de ce même rapport, les recettes devaient atteindre 30 millions EC$ en 2025, soit 9,5 millions d’euros.

    Le lancement de ChatGPT le 30 novembre 2022 bouleverse Internet et voit des milliers de modèles d’IA plus ou moins similaires naître de la frénésie qu’il a provoquée. Tant et si bien qu’Anguilla revoit à la hausse ses prévisions pour 2023 et anticipe 77 millions EC$ de revenus. Au final, sur cette seule année, la ressource dormante de l’archipel lui rapporte 87 millions EC$, soit 27,5 millions d’euros, selon un rapport du Fonds monétaire international (FMI).

    Cette somme représente « un peu plus de 20% de revenus totaux du gouvernement sur l’année », note le FMI. Conscient de la mine d’or qui s’offre à lui, l’État tente alors de faire fructifier cette activité naissante. Les prix des « .ai » augmentent et Anguilla confie cette nouvelle facette de son économie à Identity Digital, une entreprise spécialisée dans la gestion de registres de noms de domaine. Une professionnalisation du secteur dont l’objectif est clair : « capter plus de valeur et maximiser la rente », assure Francesca Musiani.

    Les noms de domaine sont achetés entre 100 et 150 dollars selon différentes estimations et doivent être renouvelées tous les ans, pour une somme sensiblement équivalente. « C’est un modèle très rentable, poursuit Francesca Musiani, chaque enregistrement de nom de domaine génère de l’argent et chaque renouvellement produit un revenu récurrent. D’autant qu’il n’y a pas d’infrastructures lourdes sur lesquelles l’État doit investir de son côté ».

    D’année en année, les chiffres continuent de grimper. Le gouvernement fait état de 104 millions EC$ de revenus en 2024, près d’un quart des revenus du pays d’après la BBC. L’exécutif envisage de faire tripler cette somme d’ici 2028. Elle deviendrait alors le premier secteur d’activité de l’archipel.
    Monopole sans risque ?

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    Anguilla reposait jusqu’alors quasi-exclusivement sur le tourisme pour soutenir son économie. Tributaire des conditions météorologiques peu clémentes d’une région fréquemment victime des tempêtes et ouragans tropicaux, l’État trouve dans la multiplication des sites « .ai » une opportunité bienvenue de diversifier ses sources de revenus. Ces nouveaux capitaux sont réinvestis dans les services publics et les infrastructures, notamment la construction d’un nouvel aéroport.

    Cette aubaine invite pourtant le petit pays à la prudence. Dans son plan fiscal pour la période 2026-2028, le ministère des Finances d’Anguilla remarque qu’à moyen terme, « les revenus provenant de l’enregistrement des noms de domaine .ai devraient représenter environ 45 % des recettes publiques totales ». Une position risquée.

    Elle ouvre en effet l’économie de l’archipel aux potentielles conséquences d’une « sous-performance des revenus liés aux noms de domaine .ai », développe le ministère. Une dépendance dont l’ampleur a de quoi inquiéter, tant elle semble soumise à des facteurs extérieurs à l’action gouvernementale.

    Au-delà de l’instabilité du marché de l’IA, les noms de domaine en eux-mêmes « dépendent d’acteurs internationaux et d’infrastructures techniques externes à l’État », constate Francesca Musiani. « Des changements de règles du système de nom de domaine (DNS), des pressions géopolitiques, des évolutions importantes des standards du web » sont autant de leviers hors du contrôle d’Anguilla, conclut l’universitaire.

    Visiblement conscient de cette situation, le ministère « souligne l’importance d’un suivi actif, d’une planification budgétaire prudente et d’efforts visant à diversifier et à renforcer d’autres sources de revenus afin de réduire ce risque au fil du temps ». Le rapprochement du pays avec le gestionnaire Identity Digital semble s’inscrire dans cette volonté d’encadrer plus efficacement un secteur qui était sous la responsabilité d’un unique employé jusqu’en 2024.

    #Francesca_Musiani #Intelligence_articifielle #Noms_domaine

  • [C&F] Francesca Musiani, vidéos, radio, articles… et un livre
    https://newsletter.cfeditions.com/2026_04_02_Francesca_Musiani_medias.html

    Francesca Musiani, vidéos, radio, articles… et un livre

    Bonjour,

    Francesca Musiani occupe une place importante dans la recherche autour de l’Internet. Une recherche qui ne peut pas, ne peut plus, se limiter au domaine purement technique (informatique, télécommunications, électronique…) mais doit embrasser largement les sciences humaines et sociales.

    En dirigeant le Centre Internet & Société du CNRS, Francesca Musiani apporte un regard proprement politique sur le réseau. Le CIS anime et regroupe l’activité de plus de 800 chercheurs et chercheuses en France, ce qui permet au CNRS d’avoir un véritable regard à 360° sur les évolutions des pratiques sociales et politiques du numérique. Non seulement le réseau Internet est devenu un système nerveux central de nos sociétés, mais chaque segment mérite une analyse approfondie tant les enjeux politiques y sont inscrits.

    Le livre que Francesca Musiani vient de publier chez C&F éditions analyse la politique de l’Internet par les infrastructures. Rien de magique : si vous pouvez consulter vos médias favoris depuis votre téléphone, c’est qu’une large infrastructure matérielle (câbles, centres de données, matériel…) et immatérielle (protocoles, normes…) le rend possible. Et donc la présence au sein du réseau de nombreux objets porteurs de controverses, voire de conflits politiques.

    Un ouvrage indispensable pour sortir de la focalisation sur les applications et les manipulations et repenser pleinement la politique et la géopolitique de l’Internet (Ah, si on pouvait le faire lire ce livre aux députés et aux éditorialistes…).

    #Francesca_Musiani

  • European companies tell European Union what American tech companies have been trying to: We are not truly in the position to ... | - The Times of India
    https://timesofindia.indiatimes.com/technology/tech-news/european-companies-tell-european-union-what-american-tech-companies-have-been-trying-to-we-are-not-truly-in-the-position-to-/articleshow/129609252.cms

    A European carmaker also said moving away from existing infrastructure would require additional time and investment. Many European companies, especially those with international operations, have built their digital systems on US platforms. According to businesses and industry experts, replacing those systems would involve retraining employees, rewriting software, renegotiating contracts, and managing operational disruptions. Several companies also say comparable European alternatives remain limited.Multinational companies have spent decades building their processes, productivity, and “sometimes even their business model on tech bricks that come from the US,” said Francesca Musiani of the French National Centre for Scientific Research.She noted that private companies find it harder to justify decisions based on sovereignty or national security if the alternatives increase costs or reduce performance. “They are in a global competition logic where any operational slowing down can be translated into losing market share,” Musiani added.

    #Souveraineté #Francesca_Musiani

  • Francesca Musiani : “À travers les infrastructures, c’est la souveraineté numérique des États qui se joue” - Acteurs Publics
    https://acteurspublics.fr/articles/francesca-musiani-a-travers-les-infrastructures-cest-la-souverainete-

    Chercheuse et directrice adjointe au Centre Internet et Société du CNRS, Francesca Musiani revient sur les déboires récents du projet européen Gaia‑X, dont le rôle est de poser un cadre de confiance pour l’hébegement et l’exploitation de données en Europe afin de garantir sa “souveraineté numérique”. Un enjeu au cœur “non seulement des stratégies de gouvernance de l’Internet des États, mais de l’essence même de leurs principes fondateurs, tels que la territorialité et l’autorité”, explique‑t‑elle. Et qui promet, déjà, d’animer la campagne présidentielle.

    #Francesca_Musiani

  • Francesca Musiani, lauréate du Prix Cyber Chercheuse 2023 | CNRS Sciences humaines & sociales
    https://www.inshs.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/francesca-musiani-laureate-du-prix-cyber-chercheuse-2023

    Chargée de recherche CNRS et directrice adjointe du Centre Internet et Société (CIS, UPR2000, CNRS), Francesca Musiani a reçu le Prix Cyber Chercheuse 2023. Ce prix célèbre des femmes au parcours et aux réalisations remarquables dans le domaine de la cybersécurité.

    Docteure en socio-économie de l’innovation, Francesca Musiani travaille sur la gouvernance de l’Internet, dans une perspective interdisciplinaire qui puise dans les sciences de l’information et de la communication, les science and technology studies (STS) et le droit international. Ses recherches récentes portent sur les outils d’intelligence artificielle dans l’action publique (projet ANR PIA PRAIRIE IAction, 2022-2024), le développement et les usages des technologies de chiffrement dans les outils de messagerie (projet européen H2020 NEXTLEAP1 , 2016-2018), les « résistances numériques » à la surveillance et à la censure dans l’Internet russe (projet ANR ResisTIC2 , 2018-2022). Ses travaux théoriques explorent les approches STS à la gouvernance d’Internet, avec une attention particulière aux controverses socio-techniques et à la gouvernance « par l’architecture » et « par l’infrastructure ».

    Francesca Musiani a reçu le Prix Cyber Chercheuse 2023 en décembre dernier à Paris, lors du Cyber Women Day, une journée organisée par le Cercle des Femmes de la Cybersécurité (Cefcys).

    #Francesca_Musiani

  • Francesca Musiani - Les dessous de la toile on Vimeo
    https://vimeo.com/270642822


    https://i.vimeocdn.com/video/701748850-96b2cc515ac4122c4e5f36cb0e6f44d97ebaecf8a84a04a8776b261ff39d78

    Les occasions où le « monde parallèle » des infrastructures qui supportent et font fonctionner

    l’Internet se dévoile à nous sont rares : ce monde est fabriqué pour nous connecter au réseau des

    réseaux de façon indolore et instantanée. De surcroît, il s’appuie sur des discours d’invisibilité,

    d’universalité et de « nuages ». Il s’agit pourtant d’un monde très concret, dont les opportunités et

    les contraintes sont intimement liées à sa matérialité. En naviguant dans les « dessous » matériels

    de la Toile, on montrera quelques-unes de ces opportunités et contraintes – et pourquoi elles nous

    concernent en tant que citoyens et consommateurs du numérique.

    Francesca Musiani est chargée de recherche à l’Institut des Sciences de la Communication du CNRS.

    Elle est officiellement sociologue, mais attrape à l’occasion des bouts de droit et d’informatique pour

    essayer de mieux comprendre l’Internet et ses habitants.

    #Francesca_Musiani

  • Souveraineté numérique (1/3) : face à la menace Donald Trump, le réveil des pays européens ? - France 24
    https://www.france24.com/fr/%C3%A9co-tech/20260129-souverainet%C3%A9-num%C3%A9rique-1-3-menace-donald-trump-r%C3%A9v

    La faute à Donald Trump, à son discours agressif à l’égard de l’Europe et à son obsession pour le Groenland. « Le débat sur le ’découplage’ technologique avec les États-Unis n’est pas neuf, mais ce qui change aujourd’hui, c’est la probabilité que le problème se matérialise brutalement à travers des sanctions extraterritoriales prises par Washington contre l’Europe, des restrictions d’accès à certaines technologies ou encore des pressions réglementaires. L’urgence vient du fait que les tensions géopolitiques, comme au Groenland, peuvent s’exacerber en quelques mois et pousser les États-Unis à tirer profit de la dépendance européenne qui s’est façonnée sur des dizaines d’années », affirme Francesca Musiani, directrice du Centre Internet et société au CNRS.

    « Les menaces américaines pouvaient sembler un peu comiques auparavant, mais les Européens ont réalisé, notamment avec ce qui s’est produit au Venezuela, que Donald Trump était tout à fait sérieux quand il proférait des mises en garde », ajoute Christophe Grosbost, directeur de la stratégie de l’Innovation Makers Alliance, interrogé sur France 24.

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    Les États-Unis disposent de moyens de pression numérique sur les citoyens européens aussi
    40:02

    Pour cet expert, si Donald Trump passait à l’acte après les menaces et demandait par exemple aux Big Tech – ces géants américains du numérique, tels que Meta, Google ou Amazon – « de couper complètement les accès européens à leurs services, nos sociétés et économies seraient complètement désorganisées. Ce serait dramatique. »

    Notamment pour le bon fonctionnement des États. « La dépendance technologique est sans doute la plus critique pour les institutions publiques parce qu’elles concentrent à la fois des données sensibles, des fonctions régaliennes et une obligation de continuité de service », estime Francesca Musiani, qui a travaillé sur les problématiques de souveraineté numérique.
    L’"inertie administrative et politique" européenne

    Étant donné que les administrations traitent tous les documents avec des logiciels de Microsoft, puis stockent les données sur des serveurs hébergés par des géants américains, tout changement vers des systèmes « made in Europe » doit être entrepris avec précaution. Sinon les utilisateurs des services publics, c’est-à-dire les citoyens, peuvent être affectés.

    En Allemagne, « les autorités du Land de Schleswig-Holstein viennent d’abandonner Microsoft pour des solutions en licence libre [pour marquer leur défiance envers les États-Unis, NLDR], et ça n’a pas été facile », souligne Joachim Selzer, l’un des porte-parole pour « l’autodéfense numérique » du Chaos Computer Club, le plus ancien et le plus important groupe européen d’"hacktivistes". Un mois après avoir coupé le cordon ombilical avec le géant américain, l’administration de cette région du Nord est encore en train de corriger les bugs qui subsistent.

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    10:56

    Ces difficultés à faire la bascule expliquent en grande partie « l’inertie administrative et politique à abandonner les technologies américaines », prévient Frans Imbert-Vier, PDG de la société de conseil en technologie UBCOM et chantre de l’indépendance technologique.

    Une inertie qui peut avoir des conséquences en cascade. « Le problème avec les institutions est que leur dépendance engage tout l’écosystème. Une fois que l’administration utilise un outil, elle l’impose indirectement à ses partenaires, ses prestataires et aux citoyens », assure Francesca Musiani.

    « L’exemple doit venir d’en haut », poursuit cette spécialiste. Sinon, l’administration joue sans le vouloir le jeu des Big Tech américaines. Celles-ci peuvent ainsi cimenter leur emprise sur le quotidien numérique de tous les acteurs publics et privés, donnant in fine davantage de crédibilité aux menaces trumpistes de couper les vivres numériques à l’Europe.

    Mais bouter Teams ou Slack hors de l’administration française peut-il suffire ? « C’est plus un symbole qu’autre chose. Cela marque au moins la volonté de réduire l’exposition à l’écosystème américain dès qu’une alternative européenne, même imparfaite, existe », note Francesca Musiani.

    Pour elle, c’est déjà un grand pas car « le discours sur la souveraineté numérique peinait à se matérialiser jusqu’à présent ».

    #Francesca_Musiani #Europe #Souveraineté_numérique

  • The ‘big bazooka’: How Europe could hit the U.S. tech industry if the Greenland trade war blows up - Fast Company
    https://www.fastcompany.com/91479422/the-big-bazooka-how-europe-could-hit-the-us-tech-industry-if-the-greenl

    Unlike the brash, geopolitics-altering Truth Social posts that twist the world on its axis, any European response would likely be much more subtle, though no less significant, experts argue.

    “There will be no ‘slamming of the door,’ as banning major U.S. platforms would anger a lot of European consumers, disrupt businesses, and undermine Europe’s own digital economy,” says Francesca Musiani, senior researcher at the French National Center for Scientific Research—not to say what it would do to the U.S. president’s blood pressure. “Subtler strategies give Europe some room to keep the market open but make success inside it progressively harder.”

    Musiani adds, “If a trade war between Europe and the United States were to spill into the tech sector, it probably would unfold more like a slow, grinding campaign: legal, relentlessly procedural, and very expensive for American firms.” Such a war would likely be waged through the European Union’s comprehensive tech-focused laws, including the Digital Markets Act and Digital Services Act; both were passed in 2022 but more recently began being enforced.

    Europe is also considering a handful of other legislative packages, including a Digital Networks Act, which would govern telecommunications providers, and an amended Cybersecurity Act proposed this week.
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    The continent’s proclivity for cracking down on tech has already prompted plenty of noise from Trump allies, who have called it “foreign censorship.” But enactment and enforcement could be ramped up significantly if European legislators deemed it necessary. “Nothing would be framed as retaliation, rather as ‘consumer protection’ or ‘competition,’ but the targets would be obvious,” Musiani says.

    Indeed, long before Trump stepped up his rhetoric on acquiring Greenland, Europe had been considering implementing taxation on tech firms operating in Europe. That would likely be the next lever to pull, Musiani believes, including “digital services taxes that could expand or be harmonized across more member states, hitting online advertising, cloud services, and marketplaces.”

    #Francesca_Musiani #Souveraineté_numérique #Europe

  • « Un puissant outil de maintien de l’ordre » : le « kill switch », ou comment l’Iran coupe Internet à tout un peuple | TF1 Info
    https://www.tf1info.fr/international/interviw-un-puissant-outil-de-maintien-de-l-ordre-le-kill-switch-ou-comment-

    Francesca Musiani, chercheuse au CNRS, explique à TF1info comment ils procèdent et les implications en matière de liberté.

    Suivez la couverture complète

    Manifestations en Iran : la contestation contre les mollahs s’étend à travers tout le pays

    L’Iran est privé d’Internet
    (nouvelle fenêtre)
    depuis le 8 janvier. Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi 9 janvier, ont été rétablies mardi vers l’étranger, mais restent précaires. Des défenseurs des droits humains accusent le régime des mollahs de chercher à masquer la répression. Depuis le début du mouvement, initialement lié au coût de la vie
    (nouvelle fenêtre)
    , le pouvoir dit comprendre les revendications portant sur des questions économiques mais accuse des «  »émeutiers"" pilotés par l’étranger d’être à l’origine des violences. Mardi, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a affirmé sur la chaîne de télévision Al Jazeera que la décision de couper Internet avait été prise en raison" « d’opérations terroristes »" dont ""les ordres venaient de l’étranger"". Pour en savoir plus, TF1info a interrogé Francesca Musiani, chercheuse au CNRS et directrice du Centre Internet et Société (CIS).
    TF1

    13-Novembre : Il a mené la traque d’Abdelhamid Abaaoud

    Philippe Chadrys, ex-responsable de la sous-direction antiterr0riste, a piloté la traque d’Abdelhamid Abaaoud, après les attent*ts du 13-Novembre 2015. Dix ans après, aujourd’hui directeur national adjoint de la Police judiciaire, il raconte les dessous de cette enquête hors normes.
    PODCAST
    TF1 Info podcast Guillaume Farde
    Je regarde l’épisode

    #Francesca_Musiani #Kill°Switch #Iran

  • La recherche sans les sciences humaines et sociales a-t-elle un avenir ? | Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/recherche-sciences-humaines-sociales-a-t-un-avenir/00114547

    Un plaidoyer pour la recherche en sciences humaine au CNRS.
    Deux des signataires (Francesca Musiani et Olivier Alexandre) préparent deux livres à paraître cette année chez C&F éditions.

    Préjugés tenaces

    La « revitalisation » du CNRS passerait donc par l’exclusion de ce qui ne relève pas de « l’instrumentation de haut niveau », soit l’ensemble des sciences humaines et sociales (SHS), ainsi que la philosophie. Cette conception n’est ni neuve, ni isolée.

    On la retrouve régulièrement dans plusieurs journaux (dont Le Figaro), elle est portée au sein de l’administration Trump qui a écarté les recherches centrées sur les « femmes », les « discriminations », les « inégalités », et elle a également pu exister au sein du CNRS, une institution dont les directions successives furent assurées par des physiciens (12 sur 25), des géologues (cinq), des biologistes (quatre), des mathématiciens (deux), un chimiste et un informaticien, mais jamais par des représentants des SHS.

    Elle repose sur plusieurs préjugés : l’idée que les SHS ne produiraient pas de résultats applicables, qu’elles seraient poreuses à l’idéologie, contrairement à l’étude des phénomènes dits naturels, que les chercheurs recrutés en SHS seraient moins exigeants, voire moins motivés que leurs collègues pratiquant l’expérimentation, et enfin qu’ils pèseraient grandement sur la masse salariale du CNRS.

    L’absence de mise en œuvre des résultats des recherches en sciences humaines et sociales tient plutôt d’un défaut de volonté politique
    Outre qu’elles participent au rayonnement de la France et contribuent au patrimoine intellectuel mondial, les recherches de Raymond Aron et Georges Friedmann sur les sociétés industrielles, d’Edgar Morin et Pierre Bourdieu sur la culture, d’Alain Schnapp et Philippe Descola sur les sociétés passées et éloignées, de Roger Brunet et Catherine Wihtol de Wenden sur les territoires et les migrations, de Chantal Nicole-Drancourt et Sibylle Gollac sur les inégalités de genre permettent pourtant de penser nombre d’applications : sur les flux de population, l’organisation du travail, l’enseignement, la gestion du patrimoine ou la justice sociale. L’absence de mise en œuvre tenant plutôt d’un défaut de volonté politique.

    L’histoire des sciences montre cependant qu’être un scientifique « à la dure » ne protège pas des errements idéologiques tels que le darwinisme social, l’eugénisme ou le jdanovisme1. Des dérives qui ont été le fait de savants menant des recherches expérimentales, qui n’en reposaient pas moins sur des préjugés sociaux, moraux et raciaux.

    Même s’il est hâtif d’en tirer des conclusions sur une différence de compétences entre disciplines, les chercheurs en SHS ne correspondent pas à l’idée reçue d’une population peu motivée et faiblement sélectionnée.

    Bernard Meunier en appelle à une opération magique décrite par René Girard : le sacrifice d’un bouc émissaire (ici les SHS) qui permettrait de « revitaliser » la communauté. Or, rien ne permet sur le plan empirique de considérer que cette solution aurait les résultats escomptés. Tout d’abord, les 1 689 chercheurs et 1 309 ingénieurs et techniciens permanents en SHS ne représentent qu’à peine 15 % des fonctionnaires du CNRS et moins de 5 % des budgets de recherches hors salaires, selon des calculs effectués sur la base du rapport de 2023.

    Les problèmes accablant la recherche en France ne sont donc pas les SHS, mais la mise en place de systèmes de financement et d’évaluation externes. Le poids administratif n’est pas un effet de la crise de croissance du CNRS mais la conséquence du développement du financement de la recherche sur projet via des agences de financement extérieures. Depuis leur mise en place entre 2005 et 2007, l’Agence nationale de la recherche et le Conseil de la recherche européenne concentrent l’attribution des financements au détriment des ressources propres des laboratoires.

    Réattribuer des crédits réguliers directement aux structures de recherche, dont celle du CNRS, répartirait plus équitablement les ressources et réduirait les pertes de temps. Les calculs réalisés sur la base de l’hypothèse d’une suppression du système de financement par projet indiquent que la productivité des chercheurs français pourrait doubler, à investissement constant.

    Faire de cette projection une réalité nécessite de mettre de côté les préjugés idéologiques et d’éviter le piège des rivalités disciplinaires, afin de replacer la recherche au cœur de nos préoccupations.

    Signataires : Olivier Alexandre, chargé de recherche au CNRS, directeur adjoint du Centre internet et société du CNRS ; Enka Blanchard, chargée de recherche au CNRS, membre du Laboratoire d’automatique, de mécanique et d’informatique industrielles et humaines (LAMIH) ; Francesca Musiani, directrice de recherche au CNRS, directrice du Centre internet et société et Lê Thành Dũng (Tito) Nguyễn, chargé de recherche au CNRS, membre du Laboratoire d’informatique et systèmes.

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