• Françoise Willmann - La fiction réintroduit du doute et du jeu dans les certitudes, et sort les promesses des sciences et des techniques du cercle fermé de ceux qui les élaborent | poincare.univ-lorraine.fr
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    La spécialiste française de Kurd Lasswitz est interrogée sur l’apport du philosophe allemand à la science fiction.

    Chercheuse en études germaniques et maîtresse de conférences émérite aux Archives Henri-Poincaré, Françoise Willmann a de multiples centres d’intérêt qui sont autant d’entrées dans l’histoire des idées : les sciences et la culture dans l’Allemagne des 19e et 20e siècles ; le néokantisme et ses multiples acteurs et facettes ; la place et les représentations des sciences en littérature, notamment dans la science-fiction. La figure de Kurd Lasswitz (1848-1910) est au croisement de ces champs d’investigation. Auteur prolifique intervenant dans son époque autant comme historien et philosophe que comme vulgarisateur et écrivain, souvent considéré comme un des pères de la science-fiction allemande, l’oeuvre de Lasswitz est un terrain d’étude particulièrement intéressant quant aux relations entre sciences et fiction. C’est ce dont nous parle aujourd’hui Françoise Willmann.

    (Une interview menée par Méline Godard)

    Kurd Lasswitz est considéré comme le précurseur de la science-fiction allemande avec son roman Sur deux planètes (Auf zwei Planeten), paru en 1897. Il a également publié de nombreux récits qu’il qualifie de « contes scientifiques » ou aussi de « contes modernes ». Pourquoi cette dénomination ?

    Sur deux planètes, (C&F éditions, 2026. Traduction d’Annaïck Chollois-Richomme)

    Il est communément admis que le terme même de science-fiction est la création de Hugo Gernsback (1884-1967) qui inventa en 1926 le terme de scientifiction, puis celui de science-fiction en 1929. Gernsback, né au Luxembourg, s’installera aux Etats-Unis en 1904. Grand admirateur de Poe, Verne et Wells, il contribue de manière décisive au développement d’un genre dévolu à la célébration des réalisations scientifiques et techniques de son temps. Dans cette généalogie, la trame germanique passe inaperçue. Sur deux planètes (1897) a certes été traduit assez vite en de nombreuses langues européennes, mais seulement en 1971 en anglais, et encore, dans une version abrégée ! Et il vient tout juste de paraître pour la première fois en français (traduit par Annaïck Chollois-Richomme, édité par C&F éditions, Caen, février 2026) !

    Kurd Lasswitz consacre la première partie de sa vie aux sciences ainsi qu’à la théorie de la connaissance. Comment comprendre le tournant qui l’amène vers l’écriture de « science-fiction » ?

    Il n’y a pas de tournant ! Dans ses publications, Lasswitz a toujours mené de front plusieurs directions de travail : 1. la recherche en histoire et philosophie des sciences à travers son intérêt pour l’atomisme (c’est-à-dire la compréhension de la matière) et depuis sa proximité avec le néokantisme de Hermann Cohen et Paul Natorp, 2. l’écriture fictionnelle – contes et romans – ; et 3. des écrits de « popularisation », destinés à « mettre la science en culture » selon la belle expression (un peu détournée) de Jean-Marc Lévy-Leblond . Ce qui fait le lien, c’est l’investissement au service de la science, fondé sur la certitude que le progrès scientifique est incontournable et source de progrès à tous égards, quoi qu’en pensent les sceptiques, qui ne manquaient pas à l’époque.

    Quels thèmes et quelles questions Lasswitz cherche-t-il à explorer à travers ses fictions ?

    On pourrait considérer les contes et romans de Lasswitz comme des produits dérivés de sa réflexion philosophique et scientifique. En tout cas, c’est là qu’on trouve souvent l’impulsion qu’il développe sous forme de fiction. Par ex. sa thèse de physique est consacrée aux gouttes soumises à la gravité : un conte, Tröpfchen, raconte la promenade initiatique d’une petite goutte d’eau qui découvre ainsi les humains ; un autre conte Prinzessin Jaja s’amuse des questions absurdes auxquelles peuvent mener les interrogations philosophiques sur l’identité ; Psychotomie porte sur la vulgarisation de la philosophie kantienne, non sans auto-dérision. Un autre conte, Die Fernschule, l’école à distance, anticipe un dispositif dont le récit tend à montrer qu’il promet plus qu’il ne tient, etc.

    Quel était l’objectif de ses « contes scientifiques » et de ses romans vis-à-vis de la science et de la vulgarisation ? Quel rôle attribue-t-il plus spécifiquement à l’humour et à l’imagination ?

    Lasswitz est fondamentalement un médiateur, entre scientifiques et philosophes, entre spécialistes et tout public intéressé, qu’il s’agisse de le conforter dans ses attentes ou de le rassurer. En effet, « maîtriser » la nature (c’est-à-dire en comprendre le fonctionnement afin d’améliorer les conditions de vie des humains) est une promesse qui ne va pas sans soulever craintes et rejets. Du coup, l’imagination sert à concrétiser et à anticiper, l’humour à dédramatiser, mais aussi à ébranler les certitudes. Car ces « contes modernes » sont aussi des expériences de pensée. Alors que les écrits de vulgarisation philosophico-scientifiques adoptent le plus souvent le ton didactique péremptoire de l’expert, les projections fictionnelles développent des possibles, des évolutions probables, plausibles ou espérées, et les soumettent au questionnement par les lectrices et lecteurs, en testent les risques ou tout simplement l’utilité, l’intérêt qu’ils représentent pour l’humanité. On pourrait dire aussi : la science élabore des lois sur lesquelles s’appuyer, la fiction réintroduit du doute et du jeu dans les certitudes, et ce faisant, sort les promesses des sciences et des techniques du cercle fermé de ceux qui les élaborent, pour en faire l’affaire de tout le monde.

    Comment ses textes s’inscrivent-ils dans la continuité du projet des Lumières et de l’éthique kantienne ?

    Ils sont portés par la confiance dans la raison humaine et son universalité, par l’idéal d’une pensée autonome et critique. Sur deux planètes célèbre les conquêtes de la connaissance scientifique et des prouesses techniques des Martiens, bien plus avancés que les Terriens, grâce à la plus grande ancienneté de leur planète. Ils s’intéressent à la Terre pour des raisons très concrètes (ils convoitent les possibilités énergétiques qu’offre sa proximité du soleil) mais ce qu’ils mettent en avant, ce sont les raisons éthiques qui les engagent à partager leurs progrès culturels. (De manière transparente, les Martiens sont aux humains ce que les Européens sont aux Africains). On se heurte donc d’emblée à un conflit crucial, leur valeur suprême étant la liberté de la personnalité. Et lorsqu’un Martien déclare : « On ne peut imposer la culture ni l’offrir en cadeau, car il faut l’acquérir par un travail. », les humains ne sont pourtant pas prêts à accepter qu’on les « éduque », comme on le leur propose gentiment, afin de s’accorder avec leurs envahisseurs. Les conflits s’exacerbent, on frôle différentes catastrophes parmi lesquelles la régression morale des Martiens et pour finir la destruction de la Terre pour des raisons techniques. Si dans l’immédiat, le pire semble évité, le chemin vers une paix perpétuelle promet d’être difficile et long.

    Pourquoi pensez-vous que la postérité a retenu le Lasswitz auteur de science fiction plutôt que le Lasswitz philosophe ou scientifique ?

    En fait, très lu à son époque, l’optimisme humaniste de Lasswitz n’a pas résisté très longtemps au contexte belliqueux de la première moitié du 20ème siècle. Il n’y a pas de trace d’interdiction par les nazis, contrairement à ce qu’on lit parfois ; il n’a tout simplement pas été réédité, mais fut redécouvert dans les années 1980. Portrait de Kurd Lasswitz en 1900. Crédits : Forschungsbibliothek GothaPacifiste, convaincu de l’égalité des sexes, ni antisémite, ni nationaliste, ni colonialiste, il attendait beaucoup des sciences et des techniques, et en particulier qu’elles permettent de résoudre « la question sociale ». C’était les placer (à tort mais volontairement) au-dessus des rapports de force politiques et économiques. En revanche, ses fictions ont d’une certaine façon condensé sa réflexion scientifique et philosophique et l’ont prolongée en la confrontant à la pratique, si l’on peut désigner ainsi la réalité imaginée par la fiction.

    C’est là que Lasswitz apparaît aussi comme vulgarisateur de la pensée kantienne : l’être humain, formule-t-il de manière saisissante, pense, veut et sent, en d’autres termes, il peut s’appréhender par la pensée, la morale, l’esthétique. Ces trois facettes sont autonomes et ne peuvent empiéter les unes sur les autres ; ainsi, on ne saurait par exemple combattre la connaissance (scientifique en particulier) par la foi ou la morale (et interdire Galilée ou brûler Giordano Bruno). Mais en traçant ces limites, on ne borne pas la réflexion, on s’applique à comprendre librement chaque facette et à les concilier toutes à un niveau supérieur. La science-fiction de Lasswitz défend la légitimité de la science, mais ne la place pas au-dessus de tout : Sur deux planètes regorge de situations qui nous confrontent à des apories de nos modes de pensée. Pour en sortir, il se peut qu’il suffise de nous laisser du temps pour évoluer. Mais il se peut aussi que nous fassions fausse route dans la mise en œuvre de nos connaissances. La fiction permet donc aussi de prendre du recul par rapport à la science. Elle est fondamentalement philosophique ; c’est ce que lui reprochent d’ailleurs ceux qui la trouvent un peu indigente du point de vue littéraire. Elle est tout aussi fondamentalement médiatrice et c’est sans doute ce que lui reprochent ceux qui préfèrent les scénarios révolutionnaires (scientistes) ou spectaculaires (divertissants).

    #Kurd_Lasswitz #Sur_deux_planètes #Francoise_ Willmann

  • Brutalités policières à la marche trans de San Francisco
    https://trounoir.org/Brutalites-policieres-a-la-marche-trans-de-San-Francisco

    En juin 2026, à San Francisco, la police a chargé la Marche Trans — là même où, soixante ans plus tôt, l’émeute de Compton’s avait allumé les premières braises de la libération queer. Récit, par l’artiste et activiste Keith Hennessy, d’une violence d’État qui se rejoue, et de la solidarité trans qui lui tient tête.

    #LGBTQ #trou_noir

    • Aux États-Unis, des prides en climat hostile
      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/cultures-monde/aux-etats-unis-des-prides-en-climat-hostile-3418576

      Festives et revendicatives, les prides étatsuniennes rassemblent des millions de personnes chaque année. 2025 a toutefois été marqué par une baisse de fréquentation et le retrait de certains sponsors, alors que les attaques contre les droits LGBT+ se multiplient depuis le retour de Trump au pouvoir.

      Le FHAR, origines et illustrations
      https://trounoir.org/?Le-FHAR-origines-et-illustrations

      En cette année 2021, nous célébrons les 50 ans du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire. Aussi, cette année, chaque numéro de TROUNOIR.ORG comportera une entrée en rapport avec cette assemblée mythique, impure, source d’inspiration politique et référence théorique qui continue aujourd’hui de se tenir à distance de toute récupération, de toute assimilation.
      Ce mois-ci nous vous proposons un récit de Françoise d’Eaubonne (1920-2005), une des fondatrices du FHAR, écrivaine et défenseuse de l’écoféminisme en France. Il a été publié originellement dans la Revue h, créée entre autre par Jean le Bitoux, qui ne connut que quatre numéros à la fin des années 1990. L’aventure fut courte mais intense dans ce Mai 68 prolongé par les lesbiennes et les pédés. #Françoise_d’Eaubonne y raconte les moments les plus porteurs comme les plus conflictuels, assumant les contradictions internes au mouvement comme des leçons historiques à transmettre.

      #homosexualité #FHAR

  • Comment les #cartes sont devenues des #contre-pouvoirs pour redessiner le monde

    Luttes écologistes, défense des libertés, mouvements féministes… Longtemps réservée aux puissants, la cartographie se réinvente sous l’impulsion de collectifs citoyens, de chercheurs, de journalistes et d’artistes. Un mouvement critique ancré dans une riche histoire théorique.

    Des îlots de forêt sillonnés par des camions de rondins et cernés par des usines de papier et de pellets, d’où surgit un impressionnant crapaud sonneur à ventre jaune, une espèce protégée. C’est ainsi que des habitants de la Montagne limousine ont représenté « leur » massif forestier, à la croisée de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne.

    Coéditée par IPNS, le journal d’information et de débat du plateau de Millevaches, et la maison d’édition associative A la criée, située à Nantes, la carte au format papier n’est pas destinée aux randonneurs ou aux touristes de passage. En mêlant #dessins et #récits, elle « vise à questionner les dynamiques forestières », explique #Frédéric_Barbe, géographe, artiste et membre de l’association, et donne à voir ce que les cartes institutionnelles ne montrent pas : l’industrialisation d’un territoire, la tristesse des riverains face aux coupes rases et leur volonté d’un autre avenir pour la #forêt.
    La publication fait partie de la douzaine de « #cartes_de_résistance » produites en dix ans par l’éditeur, vendues à prix bas ou libre avec un certain succès. La conception est toujours collective, menée à l’initiative ou au plus près des habitants, avec le soutien d’un géographe et d’un graphiste. La première, celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), en février 2016, est épuisée après cinq tirages et plus de 20 000 exemplaires diffusés. Celle des Jeux olympiques de Paris, en partenariat avec le collectif local Saccage 2024, raconte le revers de la médaille des JO, les expulsions d’habitants à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et les morts d’ouvriers sur les chantiers du Grand Paris.
    Ces productions rompent délibérément avec les conventions graphiques de la cartographie institutionnelle. « La carte n’est pas le #territoire, mais invite à le penser, affirme l’éditeur. C’est un outil d’#éducation_populaire, simple et pas cher, que l’on peut afficher au mur ou poser sur une table pour réfléchir ensemble à la façon dont on veut vivre sur cet espace. »
    Un vent de rébellion souffle sur la cartographie, une discipline pourtant perçue comme technique et très codifiée. Un foisonnement d’initiatives et de réflexions a émergé depuis une quinzaine d’années, dont il est difficile de cerner les contours, tant il exprime une variété d’intentions, de méthodes et de productions. « Je travaille dans ce domaine depuis trente-cinq ans, et je n’arrive pas à suivre le rythme de toutes les initiatives », s’exclame #Philippe_Rekacewicz, chercheur associé au département des sciences sociales de l’université de Wageningue (Pays-Bas) et l’une des figures françaises de ce courant.

    Pour la « #justice_spatiale »

    Cet ex-journaliste au Monde diplomatique se réclame d’une pratique « radicale » de la discipline, d’autres préfèrent se dire « critiques », d’autres encore ont adopté le terme de « #contre-cartographie ». Ces démarches, à la croisée des sciences, des arts, de la politique et de militantisme social, partagent un socle commun, celui de vouloir renverser le #pouvoir_des_cartes et les mettre au service d’une forme de « justice spatiale ». Luttes écologistes et urbaines, défense des libertés et des droits humains, mouvements féministes… Associations et collectifs contestent les représentations institutionnelles, se réapproprient l’espace ou montrent des réalités jusque-là invisibilisées. Elles sont souvent soutenues par des cartographes reconnus, et s’inscrivent dans une riche réflexion théorique et un « dialogue ancien entre le champ académique et les pratiques sociales », constate #Irène_Hirt, professeure au département de géographie et environnement de l’université de Genève (Suisse).
    De fait, ces pratiques contestataires trouvent leurs racines dans l’histoire même de la discipline. La géographe #Françoise_Bahoken, coautrice avec Nicolas Lambert de Cartographia. Comment les géographes (re)dessinent le monde (éditions Armand Colin, 2025), en date les prémices dès la fin du XIXe siècle, alors que la cartographie occidentale s’est imposée comme un modèle de scientificité, d’abord avec la précision des mesures, puis avec l’essor de la géographie quantitative liée à l’utilisation de données statistiques.

    Dès les années 1880, le géographe allemand #Ernest_George_Ravenstein s’empare du recensement de la population britannique pour infirmer l’idée selon laquelle les populations migrantes se déplaceraient de façon anarchique. Un peu plus tard, le sociologue afro-américain W. E. B. #Du_Bois visualise, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris de 1900, les « lignes de couleur » qui divisent la société américaine, démontrant, cartes et graphiques à l’appui, comment le racisme empêche toute égalité sociale.

    Il faut cependant attendre les années 1960 pour que ces travaux commencent à se diffuser, grâce à deux figures respectées de la profession, les géographes #David_Harvey et #William_Bunge (1928-2013). Le premier crée un courant d’inspiration marxiste, désigné sous le nom de « #géographie_radicale », qui s’attache à analyser la façon dont le capitalisme modèle les #inégalités_spatiales. Le second décide, en 1968, de rompre avec l’approche quantitative lorsqu’il prend conscience de son rôle dans les politiques urbaines ségrégationnistes aux Etats-Unis.

    Avec #Gwendolyn_Warren, leader militantiste des droits civiques de la communauté noire de Detroit (Michigan), William Bunge développe, dans cette ville ouvrière du nord des Etats-Unis, un projet de recherche géographique fondé sur l’enquête de terrain, embarquant dans l’aventure plusieurs centaines de jeunes habitants, femmes et hommes, du quartier noir de Fitzgerald. Pour Warren et Bunge, former les résidents à documenter les #logiques_spatiales, c’est démocratiser l’exercice du pouvoir. Ces « #expéditions_géographiques » conduiront à la publication d’un livre (Fitzgerald : Geography of a Revolution, Cambridge, 1971) sur les processus de paupérisation et d’exclusion du quartier.
    Ce sont toutefois les travaux d’un historien, #John_Brian_Harley (1932-1991), qui, à la fin des années 1980, opèrent un tournant théorique majeur. Dans son article fondateur, « Deconstructing the Map » (Cartographica, 1989), il invite à lire les cartes non comme de simples reflets du réel, mais comme des constructions sociales, traversées par des #rapports_de_pouvoir. La carte est une construction située dans le temps et dans l’espace, affirme-t-il, dont « une grande part du pouvoir (…) est qu’elle opère sous le masque d’une science en apparence neutre. Elle cache et nie sa dimension sociale en même temps qu’elle la légitime ».

    L’historien identifie un double pouvoir derrière l’outil : celui du cartographe ou de son commanditaire, qui décide de ce qui est représenté par le biais de choix multiples (projection, échelle, toponymes…), mais aussi un pouvoir interne, propre à la carte elle-même. Non seulement elle n’est pas neutre, mais elle est performative : elle agit sur nos #imaginaires et induit des #représentations. « Pour Harley, il faut absolument analyser d’un côté les intentions et les choix politiques de l’auteur, et de l’autre les usages, la façon dont la carte peut être instrumentalisée pour penser un territoire », souligne le géographe et chercheur au CNRS #Matthieu_Noucher.

    Ces réflexions, ainsi que l’ambitieuse History of Cartography que John Brian Harley dirige avec David Woodward (Presse de l’université de Chicago) à la même époque – le premier volume est publié en 1987 –, provoquent un choc méthodologique durable. La mise en lumière des formats multiples des cartes non occidentales contribue à décentrer le regard et à éclairer la dimension partielle et politique de toute représentation spatiale.

    Mythe de la #terre_vierge

    Cette prise de conscience va inspirer de nombreuses études en sciences sociales, notamment sur le rôle central de la cartographie dans l’#histoire_coloniale. « Elles montrent que, du XVIIe au XIXe siècle, la carte a servi à créer le mythe de la #terra_nullius, la terre vierge inhabitée, pour justifier les #conquêtes_coloniales en accréditant l’idée de territoires vides d’hommes et de femmes », explique Matthieu Noucher. Le chercheur s’est attaché à analyser le « #blanc_des_cartes », voire leur « #blanchiment » lorsqu’il s’agit d’effacer les rares mentions de populations autochtones. Ainsi, en Guyane, une première carte française notifie, en 1732, la présence de « nations indiennes » sur le territoire, une formule remplacée trois décennies plus tard par la mention de « belles et très fertiles plaines que doit habiter la nouvelle colonie française ». Entre-temps, la France a perdu ses possessions canadiennes et a décidé de fonder une colonie de peuplement en Guyane.
    L’approche critique ne se limite pas à questionner la carte comme représentation dominante. A partir des années 1970, l’outil lui-même est réinvesti par les communautés autochtones pour défendre leurs droits territoriaux face aux projets extractivistes. Pour les communautés locales d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Afrique et d’Océanie, produire des cartes devient une stratégie de #résistance à l’industrialisation des terres, comme en Colombie-Britannique (Canada) contre la construction de pipelines de gaz et de pétrole. En 1995, la sociologue américaine #Nancy_Lee_Peluso forge le terme de « #contre-cartographie » pour désigner cette production destinée à contester les structures de pouvoir.

    Ces « contre-cartes » interrogent aussi la dimension culturelle des #méthodes utilisées, et du même coup les frontières de la science occidentale. « La contre-cartographie invite en effet à une #décolonisation des savoirs géographiques qui ne se matérialisent pas tous sous forme d’images. Ils peuvent se transmettre par la parole, le chant, la danse, la sculpture ou les rêves, intimement liés aux pratiques et aux territoires de la chasse ou de la pêche, souligne Irène Hirt, qui a accompagné des communautés mapuche au Chili et innu au Québec dans la reconstitution de leur milieu de vie. Loin d’être vides comme le disent les cartes, ces terres sont pleines de toponymes, de lieux de rassemblement ou de sépultures, de sentiers de portage et de routes de migration humaine et non humaine. »

    A l’aube des années 2000, la généralisation des outils numériques ouvre un nouveau chapitre. L’essor des techniques de la géomatique (systèmes d’information géographique – SIG –, GPS, télédétection, etc.) et l’accès à de larges bases de données transforment profondément la cartographie conventionnelle. La géovisualisation devient en quelques années l’alliée indispensable de l’organisation des territoires. « Avec l’arrivée de l’application cartographique Google Maps en 2005, on a vu ressurgir une forme de croyance aveugle dans l’objectivité des données, et dans leur capacité à livrer en temps réel une image exacte du territoire », constate Matthieu Noucher.

    Les algorithmes et leur vision du monde

    Cette rupture renouvelle radicalement les enjeux de pouvoir. « Pour prendre au sérieux la proposition de John Brian Harley, il faut désormais s’intéresser aux fonctionnements des #algorithmes, des #bases_de_données et des applications », prévient le géographe. Et comprendre comment ces programmes, loin d’être neutres, imposent eux aussi une vision du monde. L’auteur de Blancs des cartes et boîtes noires algorithmiques (CNRS Editions, 2023) analyse les choix et les silences de modèles économiques fondés sur la publicité, qui « conduisent à privilégier, par exemple, l’affichage des commerces et à ignorer les milieux vivants ».

    Le « blanc des cartes », affirme Matthieu Noucher, prend un tout autre sens avec la personnalisation algorithmique et les bulles de filtre qui imposent désormais des réalités différentes selon le profil des utilisateurs, leur pays et leurs usages. Ainsi, Google Maps adapte son affichage en fonction du contexte politique et géographique du pays. « Depuis la décision de Donald Trump de remplacer l’appellation “golfe du Mexique” par “golfe d’Amérique”, un écolier américain ne voit plus la même carte qu’un élève mexicain », regrette le géographe.

    Cette personnalisation enferme les individus dans des visions fragmentées de l’espace, où commerces, infrastructures et frontières symboliques sont hiérarchisés différemment pour chacun. Ce basculement marque une rupture : « En se substituant aux organismes nationaux et internationaux chargés de réguler les noms et les représentations des lieux, les grandes plateformes numériques imposent progressivement leurs propres logiques, souvent guidées par des intérêts économiques ou géopolitiques », alerte le chercheur. Alors que la carte constituait jusque-là un #bien_commun et un support partagé indispensable au débat démocratique, « elle tend désormais à devenir un objet individualisé, soumis à une postsouveraineté cartographique dominée par les géants du numérique, au risque d’éroder toute représentation collective de l’espace ».

    Confrontées à ces évolutions, les approches critiques se sont, elles aussi, renouvelées. La démocratisation d’outils de plus en plus accessibles et participatifs a renforcé les pratiques alternatives. Lancé en 2004, le projet collaboratif de cartographie en ligne #OpenStreetMap, créé et mis à jour par des bénévoles du monde entier, et dont les données géographiques sont ouvertes à tous, reste « l’exemple le plus abouti de la contestation de la mainmise d’une multinationale comme #Google sur les représentations géographiques du monde », estime #Nicolas_Lambert, ingénieur en sciences de l’information géographique au CNRS. Ce spécialiste de la #géovisualisation a rejoint Migreurop en 2009, un réseau d’experts et d’une cinquantaine d’associations de défense des droits humains, qui « documente » et « dénonce » les effets des politiques migratoires européennes à travers la publication d’atlas « engagés ».

    Les initiatives de cartographie critique se développent aujourd’hui dans une grande diversité de contextes, d’échelles et de formes. Elles peuvent être individuelles ou collectives, concerner un quartier, un pays ou avoir une portée internationale, s’inscrire dans le cadre de travaux académiques, de luttes politiques ou d’enquêtes journalistiques, ou encore entremêler tout cela à la fois.
    De nombreuses productions s’appuient sur des données statistiques, tandis que d’autres ont recours à des approches dites « sensibles », qui visent à réinscrire les #expériences_vécues au cœur des #représentations_spatiales. Cette cartographie fondée sur les #sens et les #émotions s’est développée à travers les marches exploratoires de femmes, créées dans les années 1990 au Canada, à Toronto et à Montréal, puis organisées en France depuis une dizaine d’années. Angoisse, peur, sentiment de sécurité ou de confort deviennent autant d’éléments traduits en symboles graphiques. En rendant visibles les expériences de l’#espace_public différenciées selon le #genre, ces marches ont fait de la carte un outil pour repenser l’aménagement urbain et lutter contre les violences, mais aussi un levier d’émancipation. « S’inscrire dans l’espace symbolique de la carte revient à se réapproprier l’espace, à forcer la reconnaissance de soi et à exister aux yeux des autres », se réjouit l’historienne Nepthys Zwer, autrice de Pour un spatio-féminisme. De l’espace à la carte (La Découverte, 2024).

    « #Cartes_mentales » des émotions

    Dans ce contexte, le recours à des modes d’expression créatifs (collage, dessin, broderie) facilite la participation de publics peu familiers des codes classiques. A Grenoble, des « rencontres cartographiques » entre migrants, chercheurs en sciences sociales et artistes, organisées dans les locaux de l’association Accueil Demandeurs d’asile, ont permis de collecter les récits de parcours migratoires par le dessin, la broderie et même la sculpture de l’argile à travers des « cartes mentales » des émotions, comme l’ont montré les travaux des géographes #Sarah_Mekdjian et #Anne-Laure_Amilhat-Szary.

    Dans cette perspective, la #subjectivité de la démarche est clairement revendiquée. Mais ces approches soulèvent aussi des questions : que peuvent apporter ces représentations à des pratiques plus conventionnelles ? Quelle place leur accorder dans une discipline formalisée ?

    « Parce qu’elle légitime et réhabilite les attachements et l’expérience empirique qu’ont les individus d’un territoire, la contre-cartographie est forcément subjective, comme toute carte d’ailleurs », souligne Nepthys Zwer. Elle se réclame d’un double héritage : celui de John Brian Harley, pour qui la carte n’est jamais neutre, et celui de la philosophe féministe américaine #Donna_Haraway, pour qui « toute #objectivité est toujours produite à partir d’un “#savoir_situé” ». Pour autant, « ces pratiques ne peuvent se réduire à un outil de lutte politique, prévient l’historienne. Elles font partie intégrante de la discipline qu’elles complètent et enrichissent, et doivent à ce titre être évaluées comme les autres ».

    C’est aussi l’avis de Philippe Rekacewicz, qui a choisi de son côté d’abandonner le terme de « contre-cartographie », parce qu’il « peut être interprété comme s’opposant à la cartographie conventionnelle ». « Or, nous utilisons les mêmes règles, nos méthodes d’enquête et d’entretien sont celles de la géographie qualitative et des sciences humaines en général. Ce qui change, c’est l’#intention, la volonté de déconstruire le discours du pouvoir et de rendre visible ce qu’il ne souhaite pas montrer », explique-t-il.

    Néanmoins, pour Françoise Bahoken, il faut différencier les cartes des « images et autres représentations de territoire ». « Certes, aucune représentation n’est objective par définition, mais la cartographie en tant que discipline scientifique s’appuie sur des théories et des méthodes, des dispositifs et des principes, et tend vers l’objectivité. Certaines approches ne sont pas scientifiques, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont pas importantes, puisqu’elles permettent à des non-spécialistes de s’emparer des questions d’inégalité spatiale. »

    Planisphères et contre-cartes

    Longtemps marginal, le mouvement commence à se faire une place à l’université. « La cartographie critique fait l’objet de travaux académiques aujourd’hui largement reconnus et qui suscitent des vocations », affirme Nicolas Lambert. A l’université de Tours, un cursus de cartographie expérimentale a vu le jour au sein du département de géographie où des étudiants s’initient à des ateliers de #cartographie_sensible, tandis que d’autres universités comme Bordeaux et Grenoble proposent, elles aussi, des ateliers.

    De son côté, l’approche critique numérique fait l’objet d’un intérêt croissant, avec la prise de conscience de la puissance et de l’opacité des boîtes noires algorithmiques et du besoin de méthodes pour analyser leur fonctionnement. L’Agence nationale de la recherche finance désormais des projets dans ce domaine. « Un vrai progrès », se réjouit Matthieu Noucher, qui anime un groupe de travail autour des approches critiques au sein du réseau Magis, principalement composé de géomaticiens, ces spécialistes des données et des systèmes d’information géographique, et premiers concepteurs de cartes. « Jusque-là, les acteurs de la cartographie critique et ceux de la production de cartes officielles ne se parlaient pas beaucoup. Le principal enjeu aujourd’hui est de faire dialoguer les points de vue pour enrichir les modes de représentation », souligne le géographe.

    Le chercheur prépare, pour juin, à Bordeaux, une exposition à la croisée des arts et des sciences, qui fera dialoguer différentes représentations spatiales de la planète : des planisphères et des contre-cartes des Attikamek du Québec, des globes terrestres numériques à la manière de Google Earth et des sculptures de communautés autochtones kali’na de Guyane. Une autre façon de construire des ponts entre différentes visions du monde.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/02/comment-les-cartes-sont-devenues-des-contre-pouvoirs-pour-redessiner-le-mond
    #cartographie #visualisation #cartographie_radicale #cartographie_critique #pouvoir #performativité
    ping @visionscarto @reka
    via @karine4

  • Remember Fessenheim, enquête intime sur Françoise d’Eaubonne - davduf.net
    https://www.davduf.net/remember-fessenheim-enquete-intime-sur-francoise-2365

    « Cours ma sœur, le vieux monde mâle explose derrière toi… »

    Le slogan est de Françoise d’Eaubonne, essayiste, militante et romancière engagée. Il est accroché dans sa chambre de bonne de la rue Lécluse, où vit cette femme exceptionnelle et… impossible grand-mère de David Dufresne.

    Françoise d’Eaubonne, sa sorcière bien-aimée
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins-du-samedi/francoise-d-eaubonne-sa-sorciere-bien-aimee-5580246

    Pour la première fois, le journaliste #David_Dufresne évoque publiquement sa grand-mère, l’écoféministe #Françoise_d'Eaubonne. A l’issue d’une minutieuse enquête, il dresse le portrait de cette femme hors-norme au prisme d’un évènement clé : l’attentat du 3 mai 1975 contre la centrale de #Fessenheim.

    https://www.davduf.net/quand-clint-eastwood-enquetait-sur-le-sabotage-de
    #davduf&samémé

    • David Dufresne, enquête sur Françoise d’Eaubonne, une grand-mère écoféministe
      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/david-dufresne-enquete-sur-francoise-d-eaubonne-une-grand-mere-ecofemini

      Dans Remember Fessenheim , David Dufresne raconte l’activisme combatif et joyeux de sa grand-mère, Françoise d’Eaubonne. Entre mémoires familiales, archives policières et militantes, il dessine des filiations politiques et redécouvre cette figure écoféministe, décoloniale et antinucléaire.

      https://www.grasset.fr/livre/remember-fessenheim-9782246832881

      De nombreux liens avec ce podcast, ainsi que la biographie et la filmographie de Davduf. Voici celle de sa grand-mère :
      https://www.francoise-d-eaubonne.org/traces-de-francoise/biographie

    • Françoise d’Eaubonne : Histoire de l’art et lutte des sexes ce mois de septembre, aussi, aux presses du réel. Edité et présenté par Fabienne Dumont. Avant-propos de Vincent d’Eaubonne.
      https://www.lespressesdureel.com

      À l’heure où les grands textes qui ont marqué l’histoire de l’art sont réédités (Linda Nochlin, Griselda Pollock, Carla Lonzi), afin d’enrichir la réflexion féministe actuelle en #histoire_de_l'art, il était important d’apporter une autre pierre à cet édifice : la pensée de Françoise d’Eaubonne. Connue pour avoir imposé le terme d’écoféminisme, elle est l’autrice d’une centaine d’essais, romans et autres recherches, qui rencontrent un succès auprès des nouvelles générations depuis une dizaine d’années. Histoire de l’art et lutte des sexes complète le panorama par une réflexion féministe sur la fabrique d’une histoire de l’art déjà critique, une histoire marxiste de l’art, mais qui n’inclut pas une perspective féministe. Françoise d’Eaubonne se situe à cette croisée-là, rejoignant les historiennes de l’art les plus reconnues de son époque par ses analyses puissantes, nourries de références à de multiples champs, soutenues par un ton entraînant et une argumentation solide.
      Le regard porté sur des œuvres connues, qu’elle a pour la plupart pu voir au musée du Louvre, relève du champ des études féministes, de genre, queer, des sexualités tout autant que d’une #histoire_sociale de l’art. Il était temps de redonner une visibilité à cet ouvrage pionnier, complètement délaissé par l’histoire de l’art, afin de lui faire rencontrer une nouvelle génération de lecteurs-ices. Pour faciliter l’accès aux multiples références convoquées, il a été nourri d’un appareil de notes conséquent, qui accompagne la lecture et situe les références qui structurent l’argumentation de Françoise d’Eaubonne.

    • Françoise d’Eaubonne fait partie des quelques militants qui commettent un attentat à l’explosif contre la centrale de Fessenheim. « Je suis évidemment pour le terrorisme ! » affirme-t-elle au micro de Jacques Chancel en 1977. Autre temps. Anarchiste libertaire, elle annonce, en 1976, dans les colonnes de Libération son mariage avec le détenu Pierre Sanna, condamné (à tort, selon elle) à vingt ans de réclusion pour meurtre. A ces détenus devenus pour certains amis de plume, elle fait lire son essai le Féminisme ou la Mort (1974). L’ouvrage, discuté en promenade, permet aux lecteurs d’Eaubonne de traiter de « phallocrates », un mot qu’elle a d’ailleurs créé, les maquereaux qui l’ouvrent un peu trop… Les Femmes avant le patriarcat (1976), l’autre de ses textes les plus remarqués, revient sur le mythe d’une domination masculine « existant depuis l’origine de l’humanité ». Il faut écouter Françoise d’Eaubonne s’entretenir avec Jacques Chancel en 1977. Alors que le présentateur s’excuse pour sa voix enrouée par une bronchite, D’Eaubonne, guillerette, lui donne « une des vieilles recettes des sorcières d’autrefois qui sont devenues les remèdes de bonne femme » : plonger un fer rouge dans un bol de lait, et boire le liquide. « Ce n’est pas une superstition, ça marche ! » Plus tard, Chancel s’exclame : « Vous vous battez pour les droits des femmes, pour la révolution sexuelle, pour les prisonniers… Vous n’en finirez pas de vous battre, dans votre vie, Françoise ! » A une amie qui lui demandait si elle n’avait pas atteint l’âge de la sérénité, elle répondait : « Je serai en sécurité et sereine quand je serai dans ma tombe. » Entourée toute sa vie d’amis amants camarades militants, elle a fini sa vie relativement seule, dans un foyer d’artistes âgés du quartier de Montparnasse.

      https://www.liberation.fr/debats/2019/07/03/ecofeminisme-francoise-d-eaubonne-revolutionnaire-du-desir_1737801

      Lien trouvé dans l’article WP sur la centrale de Fessenheim

      Le 3 mai 1975, des militants du commando Ulrike-Meinhof-Puig-Antich dont l’autrice Françoise d’Eaubonne[42], ont commis un attentat à l’explosif (sans faire de victime) sur le chantier et ont ainsi provoqué un retard de plusieurs mois sur le chantier[43].

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Centrale_nucl%C3%A9aire_de_Fessenheim#Construction

  • La carte des pensées écologiques

    La carte des pensées écologiques est enfin disponible !

    Il aura fallu des mois de discussions et de travail collectif pour aboutir à cette #carte qui a l’ambition de représenter dans toute leurs pluralités les pensées de l’#écologie_politique en montrant les liens entre ses principaux courants, penseurs et penseuses, luttes et organisations.

    L’objectif premier est de montrer que l’#écologie est un #champ_de_bataille, un terrain où s’affrontent des #idées. En conséquence figurent sur cette carte des « #écoles » pauvres en apports théoriques mais riches en capitaux et en relais d’influence. Comme toute cartographie également, elle fige des positions par nature dynamiques, des espaces mouvants, et impose une vision qui lui est propre.

    Cette citation d’André Gorz résume bien la situation :

    “Si tu pars de l’impératif écologique, tu peux aussi bien arriver à un anticapitalisme radical qu’à un pétainisme vert, à un écofascisme ou à un communautarisme naturaliste”.

    La carte des pensées écologiques n’aurait jamais vu le jour sans un formidable travail de toute l’équipe du média Fracas. Nous avons décidé de la laisser gratuitement en accès libre. Pour soutenir Fracas et avoir la version poster, vous pouvez acheter leur premier numéro directement sur ce lien. Abonnez-vous pour soutenir la presse indépendante !

    La carte des pensées écologiques

    Voici la carte des pensées écologiques. 8 grandes familles, plus de 150 personnalités représentées :

    Les 8 grandes familles des pensées écologiques

    Pour vous y retrouver plus facilement, voici en détail les 8 grandes familles des pensées écologiques, avec leurs autrices et auteurs clés. Si vous souhaitez aller plus loin, plus de 150 noms sont à retrouver sur la carte, et des sources sont disponibles à la fin de cet article.
    1/ ÉCOLOGIES ANTI-INDUSTRIELLES

    Les #écologies_anti-industrielles rejettent le productivisme et l’hyper-mécanisation du travail issus de l’ère industrielle. Elles développent une approche technocritique tout au long du XXe siècle. Critiques du gigantisme de l’appareil productif et de l’État pour les ravages qu’ils causent aux écosystèmes et à la personne humaine, les écologies anti-industrielles prônent la petite échelle et refusent une certaine idéologie du Progrès.

    Elles critiquent vertement la dépossession des populations de leurs propres moyens de subsistance. Elles encouragent enfin le fait de considérer l’industrie et la technique comme un système avec ses logiques propres, dont on ne peut se contenter de critiquer tel ou tel effet pris isolément.

    Autrices et auteurs clés : #Ivan_Illich, #Jacques_Ellul et #Günther_Anders

    2/ ÉCOLOGIES LIBERTAIRES

    Les #écologies_libertaires s’inscrivent en filiation des traditions du socialisme ouvrier anglais et de l’anarchisme, et entretiennent une grande proximité avec les écologies anti-industrielles. L’idéal d’émancipation et d’autonomie des libertaires se trouve régénéré par une analogie : les dominations de l’homme sur l’homme, de l’homme sur la femme et de l’homme sur la nature ne peuvent être prises séparément, et doivent être combattues d’un bloc.

    En conséquence, elles aspirent à la constitution d’éco-communautés et d’institutions autogérées et démocratiques à l’échelon local et défendent des principes fédératifs contre les dynamiques centralisatrices de l’État. La vision de la société s’articule autour du champ, de l’usine et de l’atelier, et d’une démocratie radicale, parfois exprimée par le recours au tirage au sort.

    Autrices et auteurs clés : #Murray_Bookchin, #Kristin_Ross, #Bernard_Charbonneau

    3/ ÉCOFÉMINISMES

    Né dans les années 1970 sous la plume de Françoise d’Eaubonne, l’#écoféminisme est une famille qui propose une analyse de la catastrophe écologique fondée sur le genre et sur l’oppression des femmes sous le capitalisme patriarcal. Nébuleuse aux contours flous, l’écoféminisme se conjugue dès le départ au pluriel, soulignant la diversité des origines géographiques et des influences idéologiques qui composent ce courant : socialisme, spiritualisme, queer, marxisme, pensées décoloniales, etc.

    Elles partagent pour la plupart le constat que, d’une part, le rôle des femmes a été subordonné à une fonction purement reproductive et, d’autre part, que la nature a été associée à l’image de cette femme dominée, que le capitalisme doit soumettre, exploiter, et même violer.

    Autrices et auteurs clés : #Françoise_d’Eaubonne, #Vandana_Shiva, #Starhawk

    4/ ÉTHIQUES ENVIRONNEMENTALES

    Les #éthiques_environnementales émergent au sein de la philosophie de l’environnement aux États-Unis, et explorent, chacune avec des options parfois radicalement différentes, le lien qu’entretient l’homme avec la « nature ». Certaines écoles défendent que les espaces naturels ont une valeur intrinsèque, d’aucunes qu’on ne peut juger de la nature que par son utilité pour l’homme, d’autres encore que nous devons nous concevoir comme une espèce au sein d’une « communauté biotique ».

    Faut-il préserver des espaces vierges ? Faut-il au contraire être les stewards d’espaces dont l’homme ne s’exclue pas ? Les polémiques et conflits n’ont certainement pas manqué au sein de cette famille…

    Autrices et auteurs clés : #Aldo_Leopold, #Imanishi_Kinji

    5/ #ÉCOSOCIALISME

    La famille écosocialiste émerge comme un prolongement du #marxisme mais s’oppose à ses interprétations productivistes portées notamment par l’URSS. En partant de l’insuffisante prise en considération des écosystèmes dans les traditions socialiste et marxiste, il s’agit alors de les dépoussiérer et les adapter au tournant écologique des sociétés, en portant l’idée que l’oppression sociale et la destruction de la nature ont une même et unique cause : le capitalisme.

    Si la socialisation des moyens de production et l’autogouvernance démocratique restent au cœur de ce projet, les écosocialismes proposent une variété de réponses allant d’un interventionnisme fort de l’État à des perspectives davantage autogestionnaires. Certains écosocialismes contemporains, dont la branche étatsunienne, ont même rompu avec une perspective anticapitaliste claire et la tradition révolutionnaire.

    Autrices et auteurs clés : #André_Gorz, #Michael_Löwy, #John_Bellamu_Foster

    6/ ÉCOLOGIES DÉCOLONIALES

    Conceptualisée dans les années 1980, les #écologies_décoloniales pointent l’#impensé_décolonial de l’écologie dominante, à la fois libérale et occidentalo-centrée, qui empêcherait la constitution d’une lutte écologiste pleinement libératrice car internationaliste. Par son universalisme « naturaliste » et raciste, sa vision mortifère de la nature, son extractivisme et son colonialisme producteur de natures appauvries (dont la plantation coloniale est l’emblème), l’Occident est en grande partie responsable de la catastrophe en cours.

    De ce point de vue, une écologie de « transition » qui supplanterait les énergies fossiles par des ressources minières au profit d’énergies renouvelables ne serait pas seulement insuffisante : elle ne ferait que trouver de nouvelles formes au colonialisme.

    Autrices et auteurs clés : #Joan_Martinez_Alier, #Malcolm_Ferdinand

    7/ #CAPITALISME_VERT

    La crise écologique fournit chaque jour de nouvelles preuves de la logique mortifère qui se loge au cœur de la dynamique d’accumulation capitaliste. Pour autant, le capitalisme a aussi ses théoriciens, et ceux-ci ont eux aussi tenté d’intégrer les paramètres écologiques dans leur défense de l’ordre en place.

    Dès lors, il s’agit bien souvent de corriger les « excès » ou les « impensés » du capitalisme en intégrant la dimension environnementale aux échanges marchands (taxes, compensation, technologies vertes…). Certains vont jusqu’à vouloir accélérer la dynamique du système capitaliste, y voyant un moyen de contrôler le Système-Terre dans un sens qui ne nuise pas aux intérêts de la classe possédante.

    Autrices et auteurs clés : #Christiana_Figueres, #David_Keith

    8/ ÉCOFASCISMES

    Les #écofascismes, qui ont émergé à bas bruit depuis les années 1980, sont extrêmement fragmentés. En Europe, ils défendent un éco-différentialisme, soit l’idée d’une humanité divisée en différentes « races » ou civilisations non hiérarchisées mais qui doivent rester séparées, car adaptées à leur environnement immédiat : « chacun chez soi » devient « chacun dans son propre écosystème ».

    Aux États-Unis, le néo-malthusianisme et la xénophobie se doublent d’une apologie des grands espaces vierges, de la wilderness, souillée par l’immigration. Cette obsession démographique se traduit souvent par un repli sur des « bases à défendre », dans des logiques « survivalistes ».

    https://bonpote.com/la-carte-des-pensees-ecologiques
    #visualisation #cartographie #infographie #pensée_écologique #épistémologie #pensées_écologiques #décolonial #ressources_pédagogiques

    ping @reka

  • (en accès libre aujourd’hui 17 mars 2024)
    Au musée Picasso, la muse et martyre #Françoise_Gilot en majesté
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/160324/au-musee-picasso-la-muse-et-martyre-francoise-gilot-en-majeste

    La peintre, compagne de Pablo Picasso entre 1943 et 1953, finit par plaquer le créateur. Celui-ci chercha ensuite à la réduire à néant. Dans son nouvel accrochage, le Musée national Picasso-Paris fait enfin justice à cette femme hors du commun.

  • Moins on mange, plus ils encaissent : l’inflation gave les bourgeois
    https://www.frustrationmagazine.fr/inflation-bourgeois

    C’est à n’y rien comprendre. C’est la crise, l’inflation reste très élevée, l’économie n’est ni remise du Covid ni de la guerre en Ukraine qui se poursuit. Et pourtant, les profits atteignent des records, les dividendes sont plus hauts que le ciel, et les milliardaires n’ont jamais accumulé autant de milliards. Si on n’y regarde […]

    • Moins on mange, plus ils encaissent : l’#inflation gave les bourgeois

      C’est à n’y rien comprendre. C’est la crise, l’inflation reste très élevée, l’économie n’est ni remise du Covid ni de la guerre en Ukraine qui se poursuit. Et pourtant, les profits atteignent des records, les #dividendes sont plus hauts que le ciel, et les #milliardaires n’ont jamais accumulé autant de milliards. Si on n’y regarde pas de plus près, on pourrait considérer comme paradoxale une situation qui est parfaitement logique. Pour accumuler les milliards, il faut accumuler les dividendes. Pour accumuler les dividendes, il faut accumuler les profits. Pour accumuler les profits, il faut appauvrir la population en augmentant les #prix et en baissant les #salaires réels. Ça vous parait simpliste ? Alors, regardons de plus près les chiffres.

      Selon l’INSEE, au premier trimestre de cette année, l’#excédent_brut_d’exploitation (#EBE) des entreprises de l’#industrie_agro-alimentaire (c’est-à-dire le niveau de profit que leur activité génère) a progressé de 18%, pour ainsi s’établir à 7 milliards d’euros. Les industriels se font donc de plus en plus d’argent sur le dos de leurs salariés et, plus globalement, sur celui des Français qui galèrent pour se nourrir correctement : les ventes en volume dans la #grande_distribution alimentaire ont baissé de 9% au premier trimestre 2023 par rapport à la même période l’année précédente. La #consommation en France est ainsi tombée en-dessous du niveau de 2019, alors que la population a grossi depuis de 0,3%. Selon François Geerolf, économiste à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), cette baisse de la #consommation_alimentaire n’a aucun précédent dans les données compilées par l’Insee depuis 1980. Dans le détail, sur un an, on constate des baisses de volumes vendus de -6% l’épicerie, -3% sur la crèmerie, -1,6% pour les liquides, etc. Cela a des conséquences concrètes et inquiétantes : en avril dernier, l’IFOP montrait que presque la moitié des personnes gagnants autour du SMIC se privait d’un repas par jour en raison de l’inflation.

      Une baisse de la consommation pilotée par les industriels

      Comment les entreprises peuvent-elles se faire autant d’argent, alors que nous achetons de moins en moins leurs produits ? Tout simplement, car cette baisse de la consommation est pilotée par les industriels. Ils choisissent d’augmenter massivement leurs prix, en sachant que la majorité des gens accepteront malgré eux cette hausse, car ils considéreront qu’elle est mécaniquement liée à l’inflation ou tout simplement, car ces industriels sont en situation de quasi-monopole et imposent donc les prix qu’ils veulent (ce qu’on appelle le #pricing_power dans le jargon financier). Ils savent très bien que beaucoup de personnes n’auront par contre plus les moyens d’acheter ce qui leur est nécessaire, et donc que les volumes globaux qu’ils vont vendre seront plus bas, mais cette baisse de volume sera très largement compensée par la hausse des prix.

      Sur le premier trimestre 2023, en Europe, #Unilever et #Nestlé ont ainsi augmenté leurs prix de 10,7%, #Bonduelle de 12,7% et #Danone de 10,3 %, alors que l’inflation tout secteur confondu passait sous la barre des 7%. La quasi-totalité d’entre eux voient leurs volumes vendus chuter dans la même période. Les plus pauvres, pour lesquels la part de l’alimentaire dans la consommation est mécaniquement la plus élevée, ne peuvent plus se nourrir comme ils le souhaiteraient : la #viande et les #céréales sont particulièrement touchés par la baisse des volumes vendus. Certains foyers sautent même une partie des repas. Les #vols se multiplient, portés par le désespoir et les grandes enseignes poussent le cynisme jusqu’à placer des #antivols sur la viande et le poisson.

      Les hausse des profits expliquent 70% de la hausse des prix de l’alimentaire

      Comme nous avons déjà eu l’occasion de l’écrire, les hausses de profit des #multinationales sont déterminantes dans l’inflation que nous traversons. Même le FMI le dit : selon une étude publiée le mois dernier, au niveau mondial depuis 2022, la hausse des profits est responsable de 45 % de l’inflation. Le reste de l’inflation vient principalement des coûts de l’#énergie et des #matières_premières. Plus spécifiquement sur les produits alimentaires en France, d’après les calculs de l’institut La Boétie, « la hausse des prix de #production_alimentaire par rapport à fin 2022 s’explique à plus de 70 % par celle des profits bruts ». Et cela ne va faire qu’empirer : en ce début d’année, les prix des matières premières chutent fortement, mais les prix pratiqués par les multinationales poursuivent leur progression, l’appétit des actionnaires étant sans limites. L’autorité de la concurrence s’en inquiète : « Nous avons un certain nombre d’indices très clairs et même plus que des indices, des faits, qui montrent que la persistance de l’inflation est en partie due aux profits excessifs des entreprises qui profitent de la situation actuelle pour maintenir des prix élevés. Et ça, même la Banque centrale européenne le dit. », affirme Benoît Cœuré, président de l’Autorité de la concurrence, au Parisien.

      La stratégie des multinationales est bien rodée : augmenter massivement les prix, mais aussi bloquer les salaires, ainsi non seulement leur #chiffre_d’affaires progresse fortement, mais ils génèrent de plus en plus de profits grâce à la compression de la #masse_salariale. Les calculs sur longue période de l’Institut La Boétie donnent le vertige : « entre 2010 et 2023, le salaire brut horaire réel (c’est-à-dire corrigé de l’inflation) a baissé de 3,7 %, tandis que les profits bruts réels, eux, ont augmenté de 45,6 % ». Augmenter massivement les prix tout en maintenant les salaires au ras du sol permet d’augmenter le vol légal que les #actionnaires commettent sur les salariés : ce qu’ils produisent est vendu de plus en plus cher, et les patrons ne les payent par contre pas davantage.

      La Belgique a le plus bas taux d’inflation alors que les salaires y sont indexés

      L’une des solutions à cela est bien connue, et était en vigueur en France jusqu’en 1983 : indexer les salaires sur les prix. Aujourd’hui seul le SMIC est indexé sur l’inflation et la diffusion des hausses du SMIC sur les salaires plus élevés est quasi inexistante. Les bourgeois s’opposent à cette mesure en affirmant que cela risque de favoriser encore davantage l’inflation. Les statistiques prouvent pourtant le contraire : la Belgique est le pays affichant le plus bas taux d’inflation en avril 2023 (moins de 5% tandis qu’elle atteint 6,6% en France) alors que là-bas les salaires s’alignent automatiquement sur les prix. Il est urgent de mettre en œuvre ce genre de solutions en France. En effet, la situation devient de plus en plus intenable : la chute des #conditions_de_vies de la majorité de la population s’accélère, tandis que les bourgeois accumulent de plus en plus de richesses.

      Cela dépasse l’entendement : selon le magazine Challenges, le patrimoine professionnel des 500 plus grandes fortunes de France a progressé de 17 % en un an pour s’établir à 1 170 milliards d’euros cette année ! En 2009, c’était 194 milliards d’euros… Les 500 plus riches détiennent donc en #patrimoine_professionnel l’équivalent de presque la moitié de la #richesse créée en France par an, mesurée par le PIB. Et on ne parle ici que de la valeur des actions qu’ils détiennent, il faudrait ajouter à cela leurs placements financiers hors du marché d’actions, leurs placements immobiliers, leurs voitures, leurs œuvres d’art, etc.

      La #France au top dans le classement des gros bourges

      La fortune de #Bernard_Arnault, l’homme le plus riche du monde, est désormais équivalente à celle cumulée de près de 20 millions de Français et Françaises d’après l’ONG Oxfam. Sa fortune a augmenté de 40 milliards d’euros sur un an pour s’établir à 203 milliards d’euros. Ce type a passé sa vie à exploiter des gens, ça paye bien (à peine sorti de polytechnique, Bernard Jean Étienne avait pris la direction de l’entreprise de son papa). Au classement des plus grands bourges du monde, la France est donc toujours au top, puisque non seulement on a l’homme le plus riche, mais aussi la femme, en la personne de #Françoise_Bettencourt_Meyers (patronne de L’Oréal, 77 milliards d’euros de patrimoine professionnel). Mais il n’y a pas que le luxe de représenté dans ce classement, la grande distribution est en bonne place avec ce cher #Gérard_Mulliez (propriotaire des #Auchans notamment) qui détient 20 milliards d’euros de patrimoine ou #Emmanuel_Besnier, propriétaire de #Lactalis, le 1er groupe mondial de produits laitiers, qui émarge à 13,5 milliards.

      Les chiffres sont vertigineux, mais il ne faut pas se limiter à une posture morale se choquant de ces #inégalités sociales et appelant, au mieux, à davantage les taxer. Ces fortunes ont été bâties, et progressent de plus en plus rapidement, grâce à l’exploitation du travail. L’augmentation de valeur de leurs entreprises est due au travail des salariés, seul créateur de valeur. Tout ce qu’ils détiennent est ainsi volé légalement aux salariés. Ils doivent donc être pris pour cible des mobilisations sociales futures, non pas principalement parce qu’ils sont #riches, mais parce qu’ils sont les plus gros voleurs du monde : ils s’emparent de tout ce qui nous appartient, notre travail, notre vie, notre monde. Il est temps de récupérer ce qui nous est dû.

      https://www.frustrationmagazine.fr/inflation-bourgeois

      #profit #économie #alimentation #chiffres #statistiques

  • Une note de lecture peu critique mais qui offre un bon résumé des thématiques abordées dans le court ouvrage de Françoise Vergès « Décoloniser le musée » (La Fabrique, 2023).

    Françoise Vergès : un regard décolonial sur le musée
    par Christian RUBY

    En tant qu’institution, le musée occidental s’est construit sur des logiques coloniales d’appropriation, de conservation et d’exposition que l’approche décoloniale entend renverser.

    La politologue Françoise Vergès a publié de nombreux ouvrages sur les questions féministes et antiracistes ; en tant qu’enseignante, elle a créé une chaire intitulée « Global South(s) » au Collège d’études mondiales. Sa dernière publication, parue aux éditions La Fabrique, propose une analyse décoloniale du musée en tant qu’institution, et cherche à encourager l’émergence de ce qu’elle nomme « un post-musée », c’est-à-dire une institution culturelle dépouillée de ses ancrages coloniaux.

    Perspectives décoloniales sur le musée

    La réflexion décoloniale sur les musées s’est concentrée, ces dernières années, sur la question de la restitution des objets pillés ou volés. L’autrice appuie très clairement ce processus, qu’elle considère comme nécessaire : il convient à la fois de permettre aux pays qui en ont été dépossédés d’accéder aux inventaires et aux bourses de recherche permettant d’identifier correctement tous les objets, mais encore que le pays actuellement détenteur de ces objets prenne en charge les coûts de « repatriation » et la formation du personnel à la conservation. Vergès ajoute qu’il est impératif que les citoyens du pays de retour choisissent eux-mêmes les conditions de préservation et d’exposition des objets.

    Au-delà des objets, le cas des restes humains enregistrés dans les institutions et musées européens — dont on sait qu’ils devaient servir (ou ont servi) à entériner, par contraste, l’idéal de beauté censé s’incarner dans la blancheur — est encore plus délicat, quoique certains aient déjà été restitués, comme c’est le cas de la dite « Vénus Hottentote ». Mais la réflexion proposée dans cet ouvrage déborde cette question de la restitution.

    Elle excède également la question de l’analyse décoloniale des œuvres des musées européens. L’auteure revient tout de même sur les visites guidées qu’elle a initiées en 2012 au Louvre, au cours desquelles elle explorait la présence des esclaves dans les œuvres y étant exposées. Elle consacre également un chapitre critique à l’exposition « Le modèle noir » présentée au musée d’Orsay en 2019, dont elle pointe davantage les limites qu’elle n’en salue le travail nécessaire. Vergès commente également des polémiques récentes telles que celle qu’a suscité la fresque jugée antisémite exposée lors de la Documenta 15 de Cassel en 2022, ou encore celle qui a entouré la programmation de la pièce Kanata en 2019, accusée d’appropriation culturelle.

    Ceci dit, le cœur du propos de ce livre se situe ailleurs : il s’agit d’interroger les présupposés colonialistes qui organisent le fonctionnement même du musée, en tant qu’institution historique et politique.

    Critique du « musée universel »

    Pour Vergès, le musée est un produit des Lumières européennes, dont la curiosité scientifique est entretenue par les expéditions coloniales et les découvertes de continents lointains. En tant que lieu de rassemblement et d’exposition des objets récoltés à travers le monde, le musée se présente comme un « dépôt de l’universel », un gardien du patrimoine de l’humanité, et revendique ainsi une démarche neutre et désintéressée. Cette idée a contribué à ériger le Louvre, et à sa suite le British Museum de Londres, le Humboldt Forum de Berlin ou encore le Metropolitan Museum de New York, comme des modèles de « musée universel » à imiter.

    L’ouvrage examine le formidable retournement rhétorique qui a été nécessaire pour produire cette image de « musée universel ». Ce discours dissimule en effet les conditions économiques, sociales et politiques d’une telle entreprise, et notamment les aspects conflictuels et criminels de son histoire. Loin d’une exposition neutre de l’universel, le musée offre une mise en scène unique de la grandeur de l’État-nation européen, par opposition à toutes les sociétés « sauvages » qu’il rencontre au-delà de ses frontières.

    L’étude d’un cas d’école structure le propos de l’auteure : celui du musée du Louvre, enfant des Lumières et de la Révolution française. Du fait de ce double héritage, il s’est arrogé le droit d’acquérir et de conserver des œuvres, des archives, des documents saisis, pillés ou volés, pour les exposer dans le pays qui symbolisait désormais la liberté.

    Vergès détaille ainsi les vols, les destructions de palais, les pillages systématiques et l’appropriation de nombreuses richesses. Elle souligne comment la mise sous tutelle des œuvres venues des colonies et des conquêtes a été justifiée, d’un point de vue juridique, grâce à la notion de propriété qui occupe une place centrale dans le droit occidental. Ce processus n’est d’ailleurs pas réductible à l’appropriation des objets, mais s’applique également à celle des individus : Vergès explore pour le montrer l’architecture du Palais-Bourbon et celle de l’Élysée, dont la construction a fait intervenir des compagnies esclavagistes.

    À la lumière de ces réflexions, les objets exposés dans les grands musées européens apparaissent davantage comme des butins de guerre, que les vainqueurs se sont octroyés au détriment des vaincus, que comme les productions d’une humanité universelle. En ce sens, le fonctionnement même du musée repose sur une logique coloniale, que Vergès considère comme structurelle.

    Décoloniser le musée

    En contrepoint, l’auteure cherche à valoriser des cas de « contre-musées » ou de « post-musées », dont les fonds ne proviennent pas du dépouillement d’une culture étrangère. Un tel exemple pourrait être trouvé dans le projet (finalement empêché par le Président du conseil régional de La Réunion, Didier Robert) de Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. Formulé en 2004, ce projet avait pour objectif de construire un espace d’exposition et de transmission culturelle qui tienne compte des analyses décoloniales en matière d’architecture, d’histoire et d’arts plastiques, et qui sans se focaliser sur des objets soit en mesure de replacer l’île de la Réunion au sein des mondes de l’océan Indien.

    Ce musée « sans objets » convient bien au contre-modèle que souhaite valoriser Vergès, qui n’oublie pas tout au long de son livre que les musées ne sont pas d’abord constitués d’œuvres mais de personnes, dont le travail rend possible le rayonnement de ces institutions. Un véritable « post-musée » devrait dès lors réévaluer les conditions de travail de ceux qui nettoient, gardent, cuisinent, font de la recherche ou administrent les lieux ; mais il devrait également contester les hiérarchies de genre, de classe, de race, de religion et échapper aux impératifs des grands groupes capitalistes qui financent le plus souvent les fondations artistiques.

    Du côté du public, également, il s’agirait d’assurer l’accueil inconditionnel des visiteurs, d’où qu’ils viennent, y compris s’ils ne sont pas familiers de ces institutions, du fait de leur âge ou de leur origine sociale par exemple, et n’en possèdent pas tous les codes.

    C’est donc par des tactiques décoloniales que l’objectif de sortir du modèle du « musée universel » sera atteint selon Vergès. Et ce projet, comme le titre de l’ouvrage l’indique, est un « programme de désordre absolu ». Reprenant la formule à Frantz Fanon — dont elle cite à plusieurs reprises Peau noire, masques blancs ou Les Damnés de la terre — Vergès considère que seul un « désordre absolu » permettrait de mettre fin à un ordre qui structure les différents niveaux de domination et d’oppression au niveau planétaire, et notamment les asymétries et inégalités Nord/Sud.

    Loin d’y voir un appel au chaos, elle reprend à son compte l’injonction de Fanon à renverser ce que les puissants appellent l’« ordre » du monde, et qu’ils veulent faire passer pour immuable. En s’appuyant également sur les analyses des écrivains et militants américains Fred Moten et Stefano Harney, elle associe cet ordre au « monde de la modernité », lequel est « fondé sur la philosophie libérale des droits, qui a accumulé richesses et biens sur la traite, l’esclavage, la colonisation, et le capitalisme racial et patriarcal ».

    Dans ce dessein, il ne suffit pas d’inciter à des programmes de simple habillage décolonial. L’auteure précise que la décolonisation du « musée universel » est « impossible si elle ne s’inscrit pas dans un programme qui embrasse la construction d’un monde post-raciste, post-impérialiste et post-patriarcal ». Il ne s’agit ni de compassion, ni de compensation altruiste, ni de repentance, mais d’un programme de réinvention radicale des institutions qui contribuent à perpétuer l’ordre dominant.

    #musée #décolonialisme #domination

  • Françoise Vergès. « Le musée occidental a été tragique pour les peuples »
    Afrique XXI > Michael Pauron > 3 avril 2023
    https://afriquexxi.info/Francoise-Verges-Le-musee-occidental-a-ete-tragique-pour-les-peuples

    Entretien · Françoise Vergès, militante féministe et anticoloniale, publie Programme de désordre absolu. Décoloniser le musée. Un essai dans lequel elle remet en cause le musée occidental, modèle qui s’est imposé au monde, et appelle à l’exploration d’une autre voie – ce qu’elle nomme un « post-musée » (...)

  • [BD] Françoise d’Eaubonne : Pas un jour sans une ligne
    https://www.partage-noir.fr/bd-francoise-d-eaubonne-pas-un-jour-sans-une-ligne

    Texte : MLT & Dessins : OLT - (CC BY-NC-SA)

    Françoise Marie-Thérèse Piston d’Eaubonne naît à Paris le 12 mars 1920, troisième des cinq enfants d’Étienne Piston d’Eaubonne et de Rosita Mariquita Martinez Franco son épouse.

    Élève de l’institution catholique Notre-Dame de Saint-Maur de Toulouse, elle poursuivra ses études supérieures à la faculté des Lettres et des Beaux-Arts de Haute-Garonne.

    Elle s’engage en faveur de la Résistance dès 1940, publie ses premiers poèmes en 1942 et son premier roman en 1944. Elle entre au Parti communiste en 1946. Lorsque Simone de Beauvoir publie Le Deuxième Sexe, Françoise lui écrit : Vous êtes un génie ! Vous nous avez toutes vengées ! Julliard publiera en 1951 son premier essai féministe : Le Complexe de Diane, dans lequel elle défend Beauvoir.

    Françoise quittera en 1956 le PC parce qu’il n’est pas assez anticolonialiste, d’où le désaccord sur les événements d’Algérie... En 1960 elle signe, avec Simone de Beauvoir, le manifeste des 121 pour le droit à l’insoumission, contre la guerre en Algérie.

    Cofondatrice du Mouvement de libération des femmes à la fin des années 1960, elle est signataire du Manifeste des 343 salopes revendiquant le droit à l’avortement.

    En 1971, Françoise participe au lancement du Front homosexuel d’action révolutionnaire.

    Inventrice des termes « phallocrate » et « écoféminisme » dans les années 1970, elle fonde l’association Écologie-Féminisme en 1978.

    Libertaire, elle devient animatrice au début de Radio-Libertaire.
    En 1985, elle publie Louise Michel la Canaque.

    Le 3 août 2005 elle meurt à Paris. Après sa mort on découvrira qu’elle avait revendiqué dans ses écrits intimes sa participation au plasticage de la centrale nucléaire de Fessenheim de 1975.

    #Françoise_d'Eaubonne, #Casse-Rôles

    https://www.youtube.com/watch?v=jSyO8uWJ4_4

  • Compte rendu de : #Sandrine_Garcia, Mères sous influence. De la cause des femmes à la cause des enfants. (2011)
    https://llss.hypotheses.org/462

    Naissance d’une “cause de l’enfant”

    La troisième partie va donc décrire les étapes de « la construction psychanalytique d’une ‘cause de l’enfant’ ». L’auteur étudie tout d’abord (chapitre 6) l’application de la #psychanalyse à de nouveaux terrains comme l’#éducation, et la diffusion de la psychanalyse de l’enfant dans la pédiatrie institutionnelle grâce en particulier à Jenny Aubry. Cette dernière s’appuie sur les travaux de René Spitz, John Bowlby et Donald Winnicot sur les effets pathogènes de la « carence de soins maternels » pour améliorer la prise en charge des enfants placés en institution.

    La psychanalyse acquiert ainsi une forte légitimité, qui va contribuer à « imposer durablement le paradigme de la séparation mère/enfant comme facteur de ‘risque psychologique’ » (p. 208). Un thème qui va s’avérer très extensible puisqu’il pourra s’appliquer à l’accouchement, à la reprise du travail par la mère, au sevrage, etc. Par conséquent, une amélioration incontestable de la situation des enfants conduit en parallèle, de manière relativement peu visible, à une réimposition d’une division sexuelle du travail parental, et à une vision normative du rôle des mères. Tout un ensemble de « savoirs psy » va être mobilisé par les nouveaux professionnels de l’enfance, qui leur permet d’assigner les parents à une position de profanes, tout en affirmant leur position face aux médecins. Ces « intermédiaires sociaux » (assistantes sociales, psychologues scolaires, etc.), dont le nombre explose dans les années 1970, sont particulièrement enclins à la « psychologisation du social » qui tend à anoblir leur position, comme l’a montré Francine Muel-Dreyfus.

    La figure éminemment populaire de #Françoise_Dolto, qui incarne bien souvent à elle seule la psychanalyse de l’enfant en France, permet à l’auteur d’illustrer comment se construit une position d’autorité en prenant appui sur La genèse et la structure du champ religieux de Pierre Bourdieu. Dolto est selon ce schéma pensée en termes de figure charismatique, et mise en relation avec une configuration historique particulière (la forte expansion du mouvement psychanalytique dans l’après-guerre).

    Comment expliquer le succès de Françoise Dolto malgré ses positions conservatrices sur l’avortement et la contraception ? C’est l’un des points les plus passionnants du livre. Pour Sandrine Garcia, Dolto fonctionne comme un emblème politique « qui dépasse largement ses propres positions, voire les contredit » (p. 216). Elle remarque qu’on lui attribue des positions bien plus féministes et progressistes que celles qu’elle défendait. Un emblème construit par les médias et les exégètes, qui masque les tensions entre un projet éducatif novateur (l’orthopsychanalyse) et une vision traditionnelle du rôle des #femmes. Son discours, ambivalent, a pu se prêter à plusieurs appropriations, tout en coïncidant avec la sensibilité anti-autoritaire de l’époque. Une des clés de compréhension réside dans le recours à des pratiques hétérodoxes par rapport au mouvement psychanalytique (elle est exclue de l’Association psychanalytique internationale, comme Lacan), qui contribue à produire une impression de nouveauté radicale et une « aura de subversivité ». L’auteur affirme :

    « Si l’on veut sociologiser le ‘génie’ de Françoise Dolto, on peut donc faire l’hypothèse qu’il consiste à capitaliser un certain nombre d’idées, de thèses, de ‘découvertes’ d’une entreprise collective, qui peuvent paraître comme inédites auprès du public extérieur auquel elle s’adresse dans l’après-guerre en s’appuyant sur sa légitimité de représentante d’une science jeune et prometteuse, et alors que l’anxiété parentale est devenue, selon Annick Ohayon, un ‘marché juteux’ pour les médecins ». (p. 226)

    Les ressources sociales et scolaires de Françoise Dolto doivent également être mobilisées pour expliquer le succès de cette positon d’autorité alors qu’elle n’est ni psychiatre ni médecin des hôpitaux : issue d’une famille de la grande bourgeoisie catholique parisienne, ses convictions religieuses jouent un grand rôle dans ses théories – ce que Sandrine Garcia appelle la « ressource religieuse » (p. 228), qui fonctionne comme une matrice symbolique. On le voit bien dans la théorie de l’enfant envisagé comme une personne dés la conception, et même avant. La psychanalyse permet à Françoise Dolto de réintroduire les topiques religieux qui avaient été bannis par Marie-Andrée Lagroua. Il s’agit selon Sandrine Garcia d’une « réappropriation par le religieux du pouvoir d’édicter la norme familiale, au prix d’une ouverture sur les questions de sexualité » (p. 216). Si le projet visé semble révolutionnaire (l’épanouissement de l’enfant dans sa singularité), il accorde une place centrale à la disponibilité des mères qui sont assignées à une maternité très contraignante, liée à des modes de vie socialement situés (ne pas travailler, ou à mi-temps), qui renvoient à la propre position de Dolto, qui disposait de personnel de maison.

    L’auteur le montre en soulignant la multiplication des « conseils paradoxaux », qui sont tout à la fois variables et réversibles : il faut être le moins directif possible avec les enfants, sans pour autant être laxiste. Soit un jeu permanent de doubles injonctions, et un double langage tout à la fois culpabilisant / déculpabilisant. Le résultat est l’augmentation des contraintes exercées sur les mères, qui voient ainsi leur liberté fortement réduite. L’exemple de l’acquisition de la propreté le montre bien : Dolto affirme que la propreté ne s’apprend pas, mais doit « venir toute seule ». Son apprentissage fait courir aux enfants de « graves névroses », sans que de telles affirmations ne soient jamais étayées, du fait d’une grande liberté dans les modalités d’administration de la preuve. Le concept de « risque psychologique » de l’enfant en situation ordinaire est la pièce maîtresse de cette entreprise de culpabilisation, et l’une des ressources les plus efficaces pour rappeler les femmes à leurs devoirs.

    C’est finalement un « ordre naturel des genres » qui est promu au travers de la croisade pour « la cause des enfants » : la régulation des naissances est sans cesse dénoncée, le choix de l’allaitement maternel est présenté comme une évidence, de même que le fait qu’un enfant a besoin de sa mère jusqu’à trois ans, au moins. Sur l’avortement, la position est plus subtile : il s’agit de ne pas interdire au fœtus, qui en a le désir, de vivre. Ce qui consiste en une vision nostalgique de l’ordre social qui s’inscrit dans la lutte contre la vision pastorienne.

    Dans le champ scolaire (chapitre 8), Françoise Dolto et Maud Mannoni forment l’avant-garde qui prend pour cible, dans le sillage de 1968, l’école et la famille en tant qu’institutions hiérarchisées, en prenant appui sur une vision néo-rousseauiste. Ces pédagogies psychanalytiques reposent sur une idéologie du don qui revient à imputer les inégalités de talent aux inégalités naturelles, en occultant la dimension sociale dans la réussite scolaire : « Ceux qui ont la capacité et la volonté de devenir savants le deviendront, ceux qui n’ont que les capacités de balayer balaieront » (A. S. Neill, cité p. 267) Comme le rappelle l’auteur, « laisser faire la nature en matière scolaire, c’est en fait laisser agir les dispositions sociales, et en particulier l’héritage culturel » (p. 269). Sandrine Garcia souligne que ces visions s’enracinent dans une expérience sociale très privilégiée : c’est en quelque sorte une « révolte d’héritiers » qui bénéficient du capital culturel nécessaire pour réussir à l’école sans s’identifier au projet scolaire républicain. En effet, Françoise Dolto ne fréquentera l’école publique qu’à partir de 16 ans, étant formée à domicile par une institutrice, puis dans un cours privé.

  • Élections 202(2) sur Twitter : « 🔴⚡️
    3 janv. 2023
    https://t.co/ZdWP6GlvQA » / Twitter
    https://twitter.com/2022Elections/status/1617609775222779904

    🔴⚡️ #Retraites : 10 éditorialistes « influents » dont Nathalie Saint-Cricq, son fils Benjamin Duhamel ou encore Dominique Seux, ont été reçus secrètement par Emmanuel Macron à l’Élysée, avec un objectif : influencer discrètement l’opinion.

    Guillaume Tabard Figaro), Dominique Seux (France-Inter, Les Échos), Françoise Fressoz (Le Monde) , Nathalie Saint-Cricq (France-Télévision), Benjamin Duhamel (BFM TV) , Yaël Goosz (france-Inter)
    https://video.twimg.com/ext_tw_video/1617581005484720140/pu/vid/1280x720/Hv1tEjYjibl-Px_V.mp4?tag=12


    #carpettes

    • Avec une telle brochette d’influenceurs, sa réforme sent vraiment le roussi.
      les dessins de Mat Colloghan sur une précédente réforme des retraites. Médiacritiques 2020.
      https://www.acrimed.org/Dessine-moi-les-medias-reforme-des-retraites

      Les gardiens de l’ordre social : le Médiacritiques n°45 sortira de l’imprimerie le 30 janvier. la veille du second round !
      https://www.acrimed.org/Sortie-de-Mediacritiques-no45-Les-gardiens-de-l

    • Le 17 janvier, le service communication de l’Élysée avait invité dix journalistes vedettes à déjeuner avec Macron. Il s’agissait de leur distiller la bonne parole présidentielle sur les retraites, et la façon de la répercuter : les fameux « éléments de langage ».

      Les invités – dont #Guillaume_Tabard du Figaro, #Françoise_Fressoz du Monde, Nathalie Saint-Cricq de #France-Télévision, #Dominique_Seux des Échos et de #France_Inter, #Benjamin_Duhamel de #BFM-TV… – avaient promis de ne pas dire avoir rencontré Macron.

      Bien avant que la chose s’ébruite, #Macron avait vite pu vérifier que les grands médias faisaient passer le message. Ainsi, le soir même, un éditorialiste de France Inter titrait sa chronique : « Macron ne croit pas à une victoire de l’irresponsabilité », une formule reprise ensuite mot pour mot par Le Monde, BFM-TV, etc.

      Cela ne surprend pas. Car, s’il n’existe plus de #ministère_de_l’Information comme sous de Gaulle, le pouvoir politique a bien des moyens de se faire entendre dans les salles de rédaction. Mais il y a une cause autrement plus fondamentale à la #servilité_des_médias, et elle est sociale.

      La solidarité de classe des médias, de leurs propriétaires et de ceux qui mettent leur plume à leur service s’affirme sans état d’âme. Et cette solidarité s’exprime non pas tant avec le gouvernement, dont la couleur peut changer du fait des élections, qu’avec la bourgeoisie en tant que telle, dont le pouvoir n’est pas soumis aux aléas électoraux.

      Mille liens personnels, familiaux, professionnels, de mode de vie, de façon de penser et de considérer la société unissent de façon concrète à la classe possédante celles et ceux « qui font l’opinion », surtout ceux que ce système a promus au premier rang.

      Quand ils « travaillent » l’opinion jour après jour pour faire accepter aux travailleurs la réforme pro-patronale des retraites portée par Macron, ce sont les intérêts de la bourgeoisie que servent les médias. Il en va de même quand ils veulent persuader la population que l’impérialisme secourt la démocratie en Afrique ou en Ukraine, alors qu’il ne fait qu’y défendre les intérêts des grands groupes capitalistes.

      https://journal.lutte-ouvriere.org/2023/01/25/macron-et-ceux-qui-font-lopinion_475545.html

      #chiens_de_garde #faire_l’opinion #propagande #réforme_des_retraites

    • Polémiques autour du déjeuner présidentiel : l’impossible autocritique - Acrimed | Action Critique Médias
      https://www.acrimed.org/Polemiques-autour-du-dejeuner-presidentiel-l


      La brochette en SAV du président [Françoise Fressoz (Le Monde), Guillaume Tabard (Le Figaro), Dominique Seux et Cécile Cornudet (Les Échos), David Revault d’Allones (Le Journal du dimanche), Stéphane Vernay (Ouest France), Nathalie Saint-Cricq (France Télévisions), Benjamin Duhamel (BFM-TV), Yaël Goosz (France Inter) et Alba Ventura (RTL).] sur le grill d’Acrimed par M.Friot & P.Perrenot.

    • Les médias contre la gauche de Pauline Perrenot, parution 17/03/2023 éditions #Agone collection Contre-feux
      https://agone.org/livres/les-medias-contre-la-gauche

      Cet essai est le procès d’une absence, celle de la gauche, reléguée au second plan de l’information médiatique. L’autrice analyse la façon dont le débat public a été verrouillé par les médias dominants, qui ont reboublé d’efforts pour bipolariser les champs politique et journalistique autour des figures d’Emmauel Macron, de Marine Le Pen et de leurs thématiques sécuritaires et économiques.

      Basé sur une documentation précise, l’ouvrage retrace l’effondrement intellectuel du « journalisme politique », qui a perdu tant en substance qu’en consistance, laissant le #storytelling remplacer l’information. L’autrice aborde notamment le traitement des différents projets de réformes par les chefs-lieux éditoriaux, souvent transformés en SAV du gouvernement...

      S’appuyant sur l’émergence de la com’ comme cadre politique et journalistique, Pauline Perrenot (#Acrimed) dévoile le monopole absolu de la pensée libérale dans les médias et l’imbrication de la profession avec le monde patronal.

      Un président créé de toutes pièces par les médias, la croisière journalistique de l’extrême droite, des emballements réactionnaires qui ponctuent les séquences des chaînes d’information... drôle d’état que celui de la #presse dans l’Hexagone. Pauline Perrenot s’appuie sur le traitement des thèmes qui ont « fait » l’actualité : maintien de l’ordre, sondages, loi sécurité globale, gilets jaunes, violences policières, émergence de Zemmour.

  • Françoise d’Eaubonne à Grenoble
    https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?article1679

    On voit nombre de jeunes gens, filles et garçons, se réclamer depuis quelques années de l’« écoféminisme » et des « sorcières ». Livres, colloques, articles de journaux et de sites « alternatifs », émissions de France Culture, documentaires d’Arte, articles du Monde et de la presse de gauche (Libération, Le Monde diplomatique), se sont faits l’écho de cette émergence, à moins qu’ils ne l’aient suscitée. C’est qu’il faut sans cesse renouveler les produits sur le marché des idées, quitte à faire du neuf avec du vieux. L’écoféminisme se présente ainsi pour une part comme un produit dérivé de l’écologie, et une tentative parmi d’autres – « collapsologie », « écosocialisme », « green technologies » - de récupérer le seul mouvement, le plus profond et le plus vaste, sans cesse croissant, qui soit apparu depuis les (...)

    #Documents
    https://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/franc_oise_d_eaubonne_a_grenoble.pdf

  • Le Féminisme ou la mort, Françoise d’Eaubonne
    https://www.youtube.com/watch?v=2UE_WGDosC0

    Avec notamment un commentaire du fils de Françoise d’Eaubonne épinglé en tout premier dessous.

    Et donc cette chaine de vulgarisation de textes uniquement théoriques de philosophie, autour des féminismes et des écologies :
    https://www.youtube.com/c/GameOfHearth/videos

    Comme des recensions mais avec pas mal de schémas didactiques tout au long des explications. Je ne sais pas si je suis toujours d’accord, mais rien que sur le plan de la compréhension c’est bien fichu je trouve, pour comprendre l’essentiel des livres choisis.

    Toutes ses vidéos sont aussi sur Peertube :
    https://skeptikon.fr/c/goh/videos

    Ça a encore niqué ma journée pfff… :(

    #vulgarisation #philosophie #féminisme #écologie #écoféminisme #Françoise_d'Eaubonne #recension #livre

    • Françoise d’Eaubonne fait partie des signataire de la pétition de Madzneff sur l’abolition de la majorité sexuelle. Je dit pas que ca disqualifie ce qu’elle a fait et dit, ni qu’on peu pas s’interessé à son œuvre, simplement c’est un fait que je rappel pour pas faire d’idéalisation hagiographique.

  • En ligne : Françoise d’Eaubonne
    https://www.imec-archives.com/matieres-premieres/blogs/blog/en-ligne-francoise-d-eaubonne

    Il y a quelques années encore, la présence du nom de Françoise d’Eaubonne dans les fonds d’archives de l’IMEC ne retenait pas l’attention ou suscitait des questions : mais qui pouvait donc bien être cette inconnue ? Pourquoi conserver ses archives ? Avec les travaux de nombreuses chercheuses comme ceux de Caroline Goldblum, et grâce à la nouvelle vague féministe, cette romancière, poétesse, militante et essayiste écoféministe est désormais connue et reconnue en France où elle était tombée dans l’oubli. Source : Institut Mémoires de l’édition contemporaine

  • Pablo Picasso et Françoise Gilot - La femme qui dit non - Regarder le documentaire complet | ARTE
    https://www.arte.tv/fr/videos/095167-000-A/pablo-picasso-et-francoise-gilot

    La femme qui dit non

    Pendant dix ans, de 1943 à 1953, la peintre Françoise Gilot a partagé la vie de Pablo Picasso. Ce documentaire éblouissant replace en pleine lumière l’influence qu’eut cette relation sur leurs créations respectives.

    Ils se sont rencontrés à Paris en mai 1943. Jeune peintre de 21 ans, Françoise Gilot expose ses toiles pour la première fois, tandis que Pablo Picasso, 61 ans, est déjà à l’apogée de sa célébrité. Chassé d’Espagne par Franco, l’artiste andalou vit quasiment reclus, sous la surveillance de l’occupant allemand. Depuis Guernica, son œuvre porte en elle la noirceur de l’époque et de sa relation orageuse avec Dora Maar.

  • Et Françoise d’Eaubonne, « l’Amazone verte », créa l’écoféminisme
    https://information.tv5monde.com/terriennes/et-francoise-d-eaubonne-l-amazone-verte-crea-l-ecofeminisme-39

    A neuf ans, elle s’autoproclame féministe. Nous sommes en 1929... Militante et écrivaine, Françoise d’Eaubonne aura à coeur tout au long de sa vie et de son oeuvre de se placer toujours du côté des femmes. Visionnaire, elle invente le terme d’écoféministe, prônant le croisement des luttes. Malgré une reconnaissance internationale, la France, elle, l’a oubliée. Elise Thiébaut lui consacre un roman sous forme de réhabilitation, bien nécessaire. Source : Terriennes

  • BALLAST | Rachida Brahim : « Mettre en lumière les crimes racistes, c’est nettoyer nos maisons »
    https://www.revue-ballast.fr/rachida-brahim-mettre-en-lumiere-les-crimes-racistes-cest-nettoyer-nos

    Durant sept ans, #Rachida_Brahim, doc­teure en socio­lo­gie, a exa­mi­né 731 #crimes_racistes — des attaques ou des meurtres com­mis de 1970 à 1997, en France conti­nen­tale. Ce minu­tieux tra­vail d’en­quête est deve­nu un livre, La Race tue deux fois : il vient de paraître aux édi­tions Syllepse. La notion de « #classe » révèle l’ordre hié­rar­chique socio-éco­no­mique qui archi­tec­ture l’en­semble de la socié­té ; celle de « genre » met au jour les rap­ports sociaux à l’œuvre entre les sexes ; celle de « race » explique, en tant que construc­tion his­to­rique, les #inéga­li­tés, #dis­cri­mi­na­tions et pro­cé­dés déshu­ma­ni­sants qui frappent les groupes mino­ri­taires. Penser la façon dont les trois s’en­tre­lacent porte un nom bien connu dans les mondes mili­tants et aca­dé­miques : l’#in­ter­sec­tion­na­li­té — un nom que le ministre de l’Éducation natio­nale, Jean-Michel Blanquer, a, tout à son intel­li­gence, récem­ment assi­mi­lé aux « inté­rêts des isla­mistes ». Pour com­prendre l’his­toire des crimes racistes et l’im­pu­ni­té dont leurs auteurs conti­nuent de béné­fi­cier, Rachida Brahim est for­melle : il faut ques­tion­ner les logiques raciales propres à notre ordre social. Nous l’a­vons rencontrée.

    #racisme

    • Plein de choses intéressantes dans cet article, mais entre autres à rajouter au dossier sur les #statistiques sur les assassinats policiers, principalement en #France mais aussi dans d’autres pays :
      https://seenthis.net/messages/601177

      #Violence_policière #Violences_policières #brutalité_policière #Assassinats_policiers #racisme #racisme_d_Etat #justice #impunité
      –------------------------------
      Aussi sur le racisme à l’ #Université

      Cette mise en abyme, je l’ai vécue lors de ma soutenance de thèse : mon directeur de thèse et le président du jury m’ont expliqué que j’étais « hors-sujet ». D’après eux, le fait que je sois moi-même d’origine algérienne m’aurait empêchée de prendre de la distance avec le sujet. Car, si j’y étais parvenue, j’aurais compris que toute ces histoires de crimes n’étaient qu’une affaire de classe… Ce qu’on me demandait, en somme, c’était de nier les données d’archives, la parole des enquêtés et ma propre pensée pour demeurer, comme eux, aveugle à la race. Nous serions pourtant un certain nombre à être sincèrement ravis d’apprendre que c’en est vraiment fini de la race… Mais c’est intéressant, parce que ça confirme ce que Bourdieu, Passeron ou Foucault ont démontré il y a bien 50 ans maintenant, à savoir que l’Université, c’est l’École. Et c’est d’abord une institution étatique au même titre que la Police ou la Justice. Elle fait ce que l’État attend d’elle. Son but n’est pas de produire du savoir pour améliorer radicalement la société mais de maintenir une pensée dominante qui profite à l’ordre établi. Ce que l’Université évalue, ce n’est pas votre capacité à penser depuis votre propre densité mais votre capacité à vous soumettre.

      Puisqu’elle en parle, son directeur de thèse était #Laurent_Mucchielli et son jury de thèse en 2017 était composé de #Stéphane_Beaud (président du jury, qui refuse de croire au racisme et pense que ce ne sont que des histoires de classe...), #Françoise_Lorcerie, #Patrick_Simon, #Christian_Rinaudo, #Nacira_Guénif_Souilamas
      https://www.theses.fr/2017AIXM0163

      En France, entre les années 70 et fin 90, alors que la notion de crime raciste occupait fréquemment la sphère militante et médiatique, elle ne constituait pas une catégorie juridique dans la sphère judiciaire. La mésentente concernant le traitement des crimes racistes semble trouver son origine dans le fait que deux conceptions d’une même réalité ont pu coexister pendant une trentaine d’années : la réalité du groupe concerné par ces violences d’une part et celle émanant du droit étatique d’autre part. Alors que pour les premiers, le caractère raciste des violences ne faisait aucun doute, pour les parlementaires l’idée même d’un mobile raciste a régulièrement été rejetée. D’un point de vue législatif, il a fallu attendre l’année 2003 pour que la France adopte une loi permettant de prendre en compte l’intention raciste d’un crime. Depuis cette date, sous certaines conditions, le mobile raciste peut constituer une circonstance aggravante dans les infractions de type criminel. Cette thèse s’intéresse à ces deux vérités et aux circonstances qui ont déterminé leur existence. Elle vise notamment à interroger le rôle joué par le droit étatique dans la production et le maintien des catégories ethnoraciales par delà la politisation des violences qui en résultent. D’un point de vue empirique, l’enquête a consisté à confronter la parole des militants ayant dénoncé une double violence, celle provoquée par les agressions d’une part et celle induite par leur traitement pénal d’autre part, à un ensemble de sources archivistiques émanant des services du ministère de l’Intérieur et du Parlement. D’un point de vue théorique, les apports de la sociologie et de l’histoire de l’immigration ont été complétés en intégrant les réflexions des théories de l’ethnicité et de la Critical Race Theory. En définitive, cette recherche met en évidence le fait que l’universalisme républicain fait partie intégrante du processus de racialisation. En revenant sur les dispositions majeures de la politique d’immigration et sur la figure stigmatique de l’homme arabe, un premier axe s’intéresse à la manière dont le droit étatique a particularisé une catégorie d’individus en participant à la production des catégories ethnoraciales. Un deuxième axe vise à caractériser les crimes racistes qui ont été dénoncés entre les années 70 et fin 90. Un dernier axe enfin étudie la carrière juridique du mobile raciste durant cette même période. Il expose la manière dont la législation antiraciste a invisibilisé la question des crimes racistes et maintenu les catégories ethnoraciales en appliquant des règles universelles à des groupes qui ont auparavant été différenciés.

    • La race tue deux fois

      « De telles listes sont dressées depuis les années 1970. Compilées par plusieurs générations de militants, elles sont enfouies dans les caves des archives associatives et présentent toutes le même format, à la fois sec et funeste. On y trouve la date du crime, le nom de la victime, suivis d’une ou deux phrases laconiques. Elles frappent par leur rudesse, leur longueur et leur nombre. Poser une liste conduit inexorablement à en trouver une autre quelques jours plus tard. Ces listes expriment l’idée d’une #injustice. Elles dénoncent le racisme et l’#impunité du racisme. Elles pointent du doigt les crimes, mais également la grande majorité des #procès qui ont fini par des peines légères avec sursis ou des acquittements, quand ce n’est pas un non-lieu qui est venu clore l’affaire.

      Elles disent en substance que la #racialisation, autrement dit le fait de placer des personnes dans une catégorie raciale afin d’asseoir un #rapport_de_pouvoir et d’en tirer profit, tue deux fois. La première #violence touche à l’#intégrité_physique de la personne. La seconde violence a lieu à l’échelle institutionnelle. Elle est une conséquence du #traitement_pénal qui ignore la nature raciste des crimes jugés. »

      De la grande vague de violence de #1973 dans le sud de la #France aux #crimes_policiers des années 1990 en passant par les crimes racistes jalonnant les années 1980, cet ouvrage, issu d’une #base_de_données de plus de 700 cas, nous invite à prendre la mesure de cette histoire à l’heure où le #racisme_institutionnel et l’action de la #police continuent chaque année à être à l’origine de nombreux #morts.

      https://www.syllepse.net/la-race-tue-deux-fois-_r_65_i_821.html
      #livre #histoire

  • Lire Matzneff
    https://lundi.am/Lire-Matzneff

    Lire Gabriel Matzneff, à vrai dire, cela ne nous avait jamais traversé l’esprit. Des contributeurs de lundimatin ont cependant jugé utile, la médiatisation de l’« affaire » passée, de se pencher sur son oeuvre. Passés les extraits les plus sordides souvent relayés par la presse, on découvre une structure littéraire, une manière de se penser comme auteur, qui permettent de mieux appréhender les enjeux politiques du scandale.

    pas encore lu

    • Plutôt que d’aligner les citations des journaux de Matzneff comme les pièces d’un dossier d’accusation, il eût été possible de prolonger le geste de Springora en questionnant les rapports de pouvoir à l’œuvre chez l’auteur, en analysant les différents régimes de discours et d’écriture, et leurs effets dans le réel.

    • Deleuze, Foucault, Dolto et bien d’autres, furent, au gré d’une relecture anachronique et décontextualisée de leurs prises de position, rendus complices des abus sexuels à l’encontre des mineurs. Pour comprendre Matzneff, son relatif succès dans les années 70-80 et la bienveillance à son égard, ce n’est pas à l’époque mais à son œuvre qu’il faut se confronter.

      eh allez deleuze/foucault, c’est #sacré hein...

    • « Je ne hais personne ; en revanche, il y a des êtres que je méprise de toutes mes forces, que je tiens pour de répugnantes raclures d’humanité : ce sont les oublieuses, les amnésiques, celles qui s’efforcent misérablement d’effacer, de gratter, de nier ce que, dans leur adolescence, leur jeunesse, elles vécurent avec moi. Ce sont les #renégates. »

    • "(...) nous autres, écrivains, nous n’avons pas besoin de tuer les femmes que nous avons aimées, ni de nous suicider à cause d’elles. Pour en triompher définitivement, pour avoir le victorieux dernier mot, il nous suffit d’en faire des personnages de roman. »

    • Dans son ouvrage, intitulé Le Consentement, Vanessa Springora formule les questions qui l’ont habitée, toutes semblant résulter d’une difficulté, à savoir, « comment admettre qu’on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant"

    • Cette fixation sur le consentement rend d’ailleurs son œuvre difficilement compréhensible à l’aune de ce seul critère d’appréciation moral, car plus qu’une absence de consentement, c’est tout un système de pouvoir et de prédation que Matzneff met en place.

    • « Le rôle de bienfaiteur qu’aime se donner G. dans ses livres consiste en une initiation des jeunes personnes aux joies du sexe par un professionnel, un spécialiste émérite, bref, osons le mot, par un expert. En réalité, cet exceptionnel talent se borne à ne pas faire souffrir sa partenaire. Et lorsqu’il n’y a ni souffrance ni contrainte, c’est bien connu, il n’y a pas de viol. Toute la difficulté de l’entreprise consiste à respecter cette règle d’or, sans jamais y déroger. Une violence physique laisse un souvenir contre lequel se révolter. C’est atroce, mais solide.

      L’abus sexuel, au contraire, se présente de façon insidieuse et détournée, sans qu’on en ait clairement conscience. (…) Très souvent, dans les cas d’abus sexuel ou d’abus de faiblesse, on retrouve un même déni de réalité : le refus de se considérer comme une victime. Et, en effet, comment admettre qu’on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant ? Quand, en l’occurrence, on a ressenti du désir pour cet adulte qui s’est empressé d’en profiter ? »

    • Tout en trouvant légitime que la loi fixe des limites, Vanessa Springora écrit que « L’amour n’a pas d’âge » et est prête à considérer comme pardonnable une relation exceptionnelle, unique, entre un adulte et une adolescente. Elle démontre a contrario que ce qui caractérise l’abus de pouvoir de Matzneff se trouve essentiellement dans la récurrence et la prédation.

    • Dans le système Matzneff, la recherche de la différence d’âge est le prolongement de sa misogynie et de son égocentrisme, avec pour objectif la recherche d’une relation de pouvoir par construction asymétrique.

    • Si la famille est, en effet, parfois oppressive, Gabriel Matzneff s’y oppose surtout parce qu’il entend exercer un pouvoir concurrent à celui des parents. C’est donc logiquement qu’il finit par asséner dans La passion Francesca : « c’est à ses parents, à ses professeurs qu’une jeune- fille doit mentir, et non à son amant. »

    • « En sortant de ce Forum pouilleux et sinistre [le Forum des Halles], j’ai cru que nous allions être attaqués par une bande de jeunes Noirs. J’ai eu, je l’avoue, très peur pour Marie-Elisabeth. Quelle racaille ! Je pense qu’à Rome, au IIIe siècle de notre ère, on rencontrait dans les rues des types de ce genre. La lie de l’Empire. »

      Gabriel Matzneff exècre les classes populaires et semble se méfier particulièrement des « bandes de jeunes Noirs ».

    • Plus qu’un orgueil, rester soi-même semble une obsession. Matzneff cherche bien sûr la persistance des sentiments, des opinions, mais aussi celle du corps. Un corps souvent désincarné. Obsédé par sa volonté de garder un ventre plat et une pureté du corps, Matzneff recopie le menu de ses repas et donne à voir sa culpabilité, il relate ses passages sur le pèse-personne, et ses cures auprès de son diététicien.

    • Considérant qu’ils sont les seuls à « rester propres et beaux » comme il le dira sur le Plateau d’Apostrophes, lorsqu’il sera invité pour présenter Les moins de seize ans, les enfants et adolescents sont le principal objet du désir de l’écrivain, qui se vante fréquemment de rester proche de l’adolescent qu’il fut.

    • Sur son site internet, et au détour des pages des premiers volumes de son journal, on a pu apprendre qu’il fut ballotté entre ses parents divorcés, séparé de sa sœur et de ses frères. On lit aussi qu’il fut sexuellement initié à l’âge de treize par un homme beaucoup plus âgé. Si Matzneff insiste sur la persistance de son être depuis l’adolescence, il ne dit rien ni de l’influence de cette expérience, ni du lien entre la pédophilie et l’incapacité à être adulte. Voici pourtant ce qu’il écrit à propos de Dorian Gray dans Maîtres et complices, sorte d’autobiographie intellectuelle prenant prétexte des grandes œuvres de la littérature :

      « Si le visage de Dorian Gray ne se ride pas, si son ventre reste plat, sa taille élancée, ses joues roses et son œil vif, c’est moins au portrait magique qu’il le doit, qu’aux peaux adolescentes à la chaleur desquelles il régénère la sienne et aux bouches vierges dont les frais baisers sont pour lui une source balsamique. »

    • Dans les années 1970, l’extrême-droite était relativement seule à accuser Françoise Dolto de soutenir les pédophiles. Mais en janvier 2020, au gré des cibles choisies par les uns et les autres, elle fut parmi le grand nombre d’intellectuels des années 70-80 ciblés et accusés de « complicité ». Pour son premier numéro de l’année, Marianne pouvait titrer « ​Matzneff, fantôme d’un passé soudain gênant », au sein d’un dossier sobrement intitulé « Quand la gauche virait dingo », et, pendant des semaines, nombre d’éditorialistes ont pu s’indigner à propos de la permissivité d’une époque dont ils attribuaient tous les maux à mai 68 et aux luttes des années 70. Matzneff lui-même a d’ailleurs pu s’engouffrer dans la brèche, en désignant auprès de BFMTV ses actes comme des « galipettes coupables post-soixante-huitardes » et en ajoutant : « oui sans doute étions-nous inconscients, nous avons été nombreux à nous laisser enivrer par l’air de liberté, le parfum libertaire de cette époque insouciante.

    • Finalement, ceux qui réclamaient un assouplissement et une modernisation des lois obtiendront en partie gain de cause, leurs revendications débouchant en 1982 sur le remplacement dans la loi du crime d’« attentat à la pudeur sur mineurs » par le délit d’ « atteinte sexuelle sur mineurs », passible du tribunal correctionnel et non plus des assises, ainsi que sur l’alignement des majorités sexuelles, mettant fin à une discrimination entre hétérosexuels et homosexuels. Sauf à considérer que les lois actuelles encouragent la pédophilie, il semble donc erroné de considérer comme « pro-pédophile » la critique des lois en vigueur dans les années 70.

    • « Je ne veux pas que l’on censure les livres de Matzneff. Ils sont le marqueur d’une époque. », déclarait Vanessa Springora dans une interview à l’Obs. Rappelant que la maison d’édition qu’elle dirige avait publié une édition critique des Décombres de Rebatet, Vanessa Springora suggérait, en ce qui concerne les essais écrits en défense de la pédophilie par Matzneff, de les encadrer d’un rappel à la loi, ou, mieux, d’un appareil critique.

    • +12 !

      Si l’éthique peut être un critère de jugement artistique, on ne peut exiger que les faits narrés dans une œuvre conviennent à la morale. Pour cette raison, la déclaration de Didier Decoin, nouveau président de l’académie Goncourt, déclarant « Il n’y a pas que Matzneff, il y a d’autres auteurs… Je ne sais pas si on aurait couronné Nabokov. » nous apparaît comme surprenante. Rappelons que Lolita est un roman, et en aucun cas une apologie de la pédophilie. Lolita est une victime qu’Humbert Humbert poussera à la mort. Et lorsque l’histoire est racontée par ce dernier, au fin fond d’un hôpital psychiatrique et dans l’attente de son procès, nous comprenons que la nymphette n’est que le produit de l’esprit pervers de l’adulte, quand la jeune fille protestait régulièrement… Cette mise en équivalence entre Matzneff et Nabokov est proprement inquiétante, à moins de considérer que nous devrions rejeter tous les livres qui traitent de ce que nous condamnons.

    • +13 !

      Pourtant, la difficulté croissante que nous pouvons rencontrer dans l’accès aux œuvres de Matzneff est un obstacle au retour critique sur un milieu et une époque. Bien que les œuvres de Matzneff n’aient a priori par apporté grand chose en terme de sensibilité ou d’esthétique, et qu’il n’existe pas de droit à être publié par Gallimard, Léo Scheer ou La table ronde, nous nous demandons ce que signifie, une fois que le texte existe, cette volonté de faire disparaître les preuves, et notamment celles de sa propre complaisance.

    • Dans une conférence fameuse à propos de la fonction auteur, Michel Foucault remarquait à propos du « nom auteur », l’ « impossibilité de le traiter comme une description définie ; mais impossibilité également de le traiter comme un nom propre ordinaire. » L’auteur et son nom sont une fonction, une signature, et l’œuvre un ensemble disparate. Ainsi, le nom Matzneff, qu’il désigne le signataire d’une œuvre, le personnage de son propre livre ou l’homme civil devant assumer ses actes, ne renvoie pas à la même entité, y compris lorsque Gabriel Matzneff prétend le contraire. Un texte est toujours un collage, dont participe le regard du lecteur. Pour preuve, les interventions de Vanessa Springora et Francesca Gee complètent aujourd’hui la lecture des livres de Matzneff, et sont indispensables à qui souhaite les comprendre.

      Sans sacralisation (et puis quoi encore !), mais avec la reconnaissance nécessaire pour ce qu’ielles ont fournis d’utile et de beau - au-delà même de celleux qui ont trouvé intérêt à les lire - oui ! #Gilles_Deleuze #Françoise_Dolto et #Michel_Foucault.

      Pas envie de développer maintenant mais prenons l’un e de spire, la catho lacanienne Dolto. Elle a tant et plus insisté pour une modification du rapport des parents avec leurs enfants où le dire vrai, où parler de la manière la plus explicite possible devenait un préalable pour être des parents « suffisamment bons » (comme dirait Winnicot), sans qu’il soit souhaitable de prendre les enfants pour des adultes pour autant. (cette addition à la culture compte y compris comme arme contre la culture du viol ; le pourvoir de dire fabrique des réciprocités qui sapent et cassent les « secrets de famille » par exemple).
      Quant aux deux autres, toutes réserves sur leurs thèses, textes ou travaux mises à part, jamais il ne se seraient posés en zélateurs de l’abus de pouvoir ou de l’abus de confiance à l’encontre de vulnérables, de mineurs (ici entendus comme sans pouvoir, et pas selon une définition légale), dont bon nombre de violences incestueuses (et de viols) sont exemplaires.

      #Gab_la_rafale #Matzneff

    • Jamais il ne se seraient posés en zélateurs de l’abus de pouvoir ou de l’abus de confiance à l’encontre de vulnérables, de mineurs

      non ils ont cru que c’était une défense de l’amour, et c’est tout le problème. Chai pas s’il faut te le dire en chinois ou quoi.

      avec la reconnaissance nécessaire pour ce qu’ielles ont fournis d’utile et de beau -

      On est en train de parler pédophilie là, pas exactement le moment où ces trois là ont fait des étincelles ou en tout cas, à ce moment-là, iels ont dit des conneries, c’est tout, c’est pas grave, ça arrive, iels se sont viandés comme des nazes, on leur reproche, c’est fair play, de diou, j’ai quand même l’impression que niveau reconnaissance, ça va pour eux non ?

    • Le terme « écoféminisme », forgé par #Françoise_d’Eaubonne en 1974, est associé à un mouvement social anglophone né aux États-Unis et au Royaume-Uni dans les années 1970-80, et continue à essaimer aujourd’hui. L’objectif militant de l’écofeminisme consiste à éveiller les consciences sur les deux grandes questions intrinsèques à son concept : la crise environnementale et le féminisme.

      Selon la Déclaration d’unité de #WLOE (#Women_for_Life_on_Earth) en 1980, les écoféministes affirment voir « des liens entre l’#exploitation de la terre et de ses populations et la #violence physique, économique et psychologique perpétrée envers les #femmes », et veulent « comprendre et surmonter les divisions historiques basées sur la différence de race, de degré de pauvreté, de classe sociale, d’âge et de sexe ».

      La visée du mouvement est donc double : la #prise_de_conscience de l’équation « domination des femmes/domination de la nature », et sa traduction en exigences de « réinvention de l’histoire » et de « #réappropriation de la place des femmes dans le monde ». Y compris la réappropriation de leurs qualités présupposées féminines et pour cela trop souvent dénigrées ou peu valorisées (du soin des proches à la maternité, du rapport aux plantes à la sensibilité…).

      Un angle d’étude insolite

      Aborder l’écoféminisme (certains l’appellent « #féminisme_écologique ») sous l’angle anthropologique permet de montrer ces dynamiques même au cœur des groupes humains étudiés. Être anthropologue, voire ethnographe dès lors qu’il s’agit d’appliquer directement la méthode d’investigation anthropologique dans la proximité côte à côte avec ses interlocuteurs de terrain, ce n’est pas observer du haut d’une tour d’ivoire mais bien s’insérer dans une population donnée, en faire partie au quotidien pour une période plus ou moins longue, et y découvrir, chemin faisant, des aspects des phénomènes qui intéressaient au préalable au chercheur, ou en découvrir de nouveaux. C’est l’« observation participante ».

      Dès lors, il s’agit de définir, pour chaque culture, ses propres « systèmes symboliques qui rendent le monde signifiant ». Par exemple, le célèbre anthropologue C. Lévi-Strauss avait compris que la conformation du village de Kejara des indigènes Bororo (au Brésil), où la maison des hommes (baitemannageo) et les maisons possédées par les femmes sont situées respectivement au centre et à la périphérie circulaire de l’espace habité, servait à séparer les individus non seulement d’un point de vue physique, mais aussi en termes symboliques, en leur attribuant de différents rôles sociaux selon les catégories. Ainsi, les femmes sont exclues des rites religieux réservés aux hommes dans leur « maison », tandis qu’elles ont à cœur la gestion de la résidence et de la vie conjugale.

      En anthropologie, il faut en particulier distinguer les données relevant du point de vue affirmé par les interlocuteurs de celles inhérentes aux analyses et interprétations du chercheur.

      C’est de cette façon que j’ai travaillé avec les deux associations en territoire vaudois de mon terrain : les femmes de la Maison pour agir et à Bricologis revendiquent des valeurs et pratiques participatives relatives aux champs de l’« écologie », la « solidarité » et du « bricolage » pour l’amélioration du cadre de vie de proximité.

      En entrant dans les coulisses de ces associations, j’y ai découvert des représentations révélatrices de traits féministes. Alors, comment ces femmes se révèlent-elles comme écoféministes ? Comment, d’ailleurs, se comporte l’ethnographe face à elles, et vice-versa ?
      S’émanciper de la nature…

      Ces femmes mettent en place une série d’actions collectives mettant en avant un éthos écologique commun et aux saveurs locales : des ateliers de cuisine anti-gaspillage alimentaire (au premier rang) à ceux de cosmétiques « faits soi-même » ; mais aussi les repas partagés, occasions de goûter des soupes aromatiques ou des cakes truffés de fruits et légumes « glanés » (récupérés des magasins), tout en entretenant des amitiés de quartier de longue date.

      Alors, s’enchaînant, selon les journées, les phases méticuleuses et conviviales de création de masques à l’argile verte, de « pâtes à tartiner » à partir du mixage de dattes, miel et lait, de déodorants composés de cires naturelles et d’huiles essentielles, de tartines de ratatouille à base de poivrons, courgettes et aubergines étalés sur un fond léger de crème chantilly.

      Le tout rythmé par des moments de dégustation ou d’échange de récits de vie ou d’impressions éclatantes. « Oh que c’est bon ce jus de pomme ! » ; « mes enfants ils seraient venus, ils adorent cuisiner » ; « on est bien ici, entre nous… » ; « c’est malheureux mais c’est ça en fait, on a toujours mis les femmes à la cuisine alors que les meilleurs pâtissiers c’est les hommes. Les pâtissiers c’est les mecs ! ».

      C’est là que le noyau dur de l’écoféminisme se construit au fil des rencontres. Puisque la « nature » n’est pas fixe, mais changeante, elle se recrée dans les recettes. Et parce que ce sont des femmes qui la transforment grâce à leur créativité et leur maîtrise technique, elles s’émancipent de ce naturalisme millénaire, conception masculine dominatrice, qui associe les femmes à une idée de nature passive et inférieure à la culture.

      Elles mêlent librement autonomie personnelle et coopération, mais aussi tradition et innovation en reproduisant des recettes du passé, de l’époque de leurs parents, à l’aide d’outils électromécaniques modernes (blenders, mixeurs plongeants, toasters). La nature est de ce fait culturalisée, elle devient une élaboration active dans un vocabulaire écologique qui lie les membres du groupe ; elle est proche finalement de la vision féminine du « #care », qui critique à bas bruit le stigmate naturaliste de la passivité.

      Travailler dans un groupe féminin

      Étant presque le seul homme dans les groupes des deux associations, il me fallait combattre un double « danger » hantant les milieux féministes : celui de rejouer la domination masculine, mais aussi celui, statutaire, que représentait ma casquette de chercheur. On sait qu’un des défis de toute enquête ethnographique est de réussir à réduire le fossé social séparant l’enquêteur des enquêtés, de sorte que ceux-ci ne soient pas instrumentalisés en « simples représentants de leur culture ».

      Pour travailler dans de bonnes conditions, je devais donc prendre part aux actions, sans être ni intrusif ni tout à fait distancié, écouter et m’intégrer aux conversations, cuisiner, grignoter « écolo ».

      J’ai pu vivre de l’intérieur cette volonté, entre « sœurs », à impacter, même à petite échelle, le microcosme local par des habitus plus écologiques. Ce sont là encore des empreintes du « care », ce phénomène transfrontalier qui appelle à unir les femmes militantes dans une quête de connaissances partagées, de tissage de réseaux, de combat face aux catastrophes environnementales ; une quête qui aspire à abattre les frontières entre les être vivants et les non-vivants, entre les femmes et les hommes.
      Un déplacement de perspective

      Le pouvoir d’agir, indépendamment des fronts où on agit, n’est pas le monopole des hommes. Du seul « privilège » accolé à l’Homme de changer le monde à la possibilité pour chaque femme, pour elle-même et pour les autres, de s’approprier le monde, c’est ce déplacement de perspective très concret que m’a appris ce terrain.

      Ce féminisme écologique est un carburant qui vise au bien-être de tous, hommes et femmes, en rejetant les grandes divisions par le biais d’une écologie fluide qui mêle sensibilité et rationalité, tradition et innovation, nature et culture, « ego » et « nous », féminin et masculin. C’est cela que voulaient dire Médaline, Radhia et Olympe en me déclarant non sans emphase : « Ici, Alessandro, tout est relié ».

      #écoféminisme

  • #Andrea_Dworkin : Les angoisses existentielles de Bertha Schneider
    https://tradfem.wordpress.com/2020/05/12/les-angoisses-existentielles-de-bertha-schneider-par-andrea-dwork

    mais pour les deux que j’connaissais un peu c’était différent j’veux dire, j’ai senti qu’y avait quelque chose de personnel làdedans, le gars de Rand, ce trou de cul bien élevé et pis cet espèce de peintre affamé qui boitait, criss. j’veux dire, j’imagine que j’ai dû le chercher, j’passe mon temps à lire que j’ai dû courir après, c’est c’que les femmes font toujours dans les films, et elles sont toujours contentes, j’étais pas contente, câlice, mais qui l’aurait cru de toute façon, le peintre m’a dit que si j’l’avais pas voulu mon vagin se serait fermé et aucun homme aurait pu le pénétrer, j’y ai dit que j’étais pas une yogi même si j’voyais pour la première fois l’intérêt de toutes ces niaiseries orientales, j’imagine que c’est pour ça qu’y a pas trop de femmes yogi en Inde, ils veulent pas qu’elles ferment leurs vagins et c’est sûrement la première chose qu’elles feraient.

    c’était même pas le fait d’être mariée pendant trois ans. c’était pas non plus la fois qu’y m’a cogné la tète sur le plancher de la cuisine (en bois franc) jusqu’à temps que j’dise que j’avais vraiment aimé le film après tout, j’veux dire, franchement, j’aime pas Clint Eastwood et si c’est une faute impardonnable ben c’en est une. c’était pas non plus la fois qu’y m’a battue devant ma mère, c’était pas la fois qu’y m’a jetée dehors en jaquette et qu’y a appelé la police, c’était même pas la fois qu’y a ramené à la maison quatre de ses chums, saoûls — y en a un qui arrêtait pas de m’appeler maudite juive — et qu’y m’ont attachée sur le lit et fourrée jusqu’à c’que j’perde connaissance et tant mieux, j’sais pas c’qui s’est passe après ça. après tout c’était seulement 4 événements en 3 ans c’est à dire 1 095 jours, à part de ça, je l’aimais, pis en plus, j’avais pas d’autre place où aller.


    Traduction : #Françoise_Guénette, #Claudine_Vivier
    Version originale : The New womans broken heart