#fred_turner

  • Comment la Silicon Valleyr réagit au COVID19 et à BlackLivesMatter ?
    https://www.ladn.eu/tech-a-suivre/silicon-valley-covid19-black-lives-matter-interview-fred-turner

    Interview de Fred Turner par Nastasia Hadjadji

    Alors que la pandémie mondiale de COVID-19 est pour les GAFAM une opportunité de marché en or, les grandes entreprises des nouvelles technologies font face à des contestations venues de différents pans de la société américaine.

    Historien, professeur à l’université de Stanford, Fred Turner est un spécialiste de la contre-culture américaine, de l’utopie numérique et de l’histoire des médias américains. Il est notamment l’auteur de Aux sources de l’utopie numérique : De la contre culture à la cyberculture, C&F Editions, 2013. Son prochain essai, L’usage de l’art : de Burning man à Facebook, art, management et innovation dans la Silicon Valley, paraîtra à l’automne aux Editions C&F.

    #Fred_Turner #Usage_art #Technocritique

  • Comment les entreprises tech utilisent l’art et la créativité pour manager
    https://www.ladn.eu/mondes-creatifs/burning-man-facebook-silicon-valley-art-management

    Un long entretien avec Fred Turner par Margaux Dussert

    Dans son ouvrage L’usage de l’art, paru fin 2020, le chercheur Fred Turner, professeur de communication à l’université de Stanford, montre comment les entreprises de la Silicon Valley utilisent l’art pour bâtir un style de management « cool » et ultra-libertaire. De quoi cacher leurs logiques de pouvoir sous un épais vernis de créativité et une rhétorique de l’émancipation bien huilée.

    #Fred_Turner #Usage_art #Interview

  • Rapports de pouvoir invisibilisés par des performances chatoyantes | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/12/30/rapports-de-pouvoir-invisibilises-par-des-performances-

    L’auteur analyse le paysage de l’expansion capitaliste, comment sont valorisées les connexions interpersonnelles, la surveillance des utilisateurs et utilisatrices, la cartographie et la quantification des schémas des interactions, l’élaboration des algorithmes pour inciter « subtilement à adopter tel ou tel comportement en particulier », le rôle de l’esthétique dans la modélisation des expériences les plus intimes, les masques des relations contractuelles, les effets des architectures numériques, l’expression individuelle sans syndicalisation, l’assimilation des besoins de l’entreprise à ceux du public, l’abstraction mathématique et ses utilisations dans les schémas de surveillance assistée par ordinateur…

    #Fred_Turner #Usage_art #Didier_Epsztajn

  • Fred Turner, L’usage de l’art. De Burning Man à Facebook, art, technologie et management dans la Silicon Valley
    https://journals.openedition.org/lectures/47453

    Cette nouvelle publication de Fred Turner poursuit la veine originale qui l’a conduit à explorer, dans d’autres ouvrages traduits par le même éditeur1, les affinités inattendues entre contre-cultures, nouvelles technologies et capitalisme libéral américain. Plus court et plus modeste que les précédents, L’usage de l’art réunit en fait pour le lecteur français deux articles initialement parus dans des revues anglophones.

    Si les thèses de Turner semblent parfois reposer sur des analogies quelque peu forcées entre art et idéologie, plutôt que sur des démonstrations documentées, c’est la contrepartie d’un effort stimulant pour lier des disciplines, media studies, histoire de l’art et sociologie du travail, qui communiquent habituellement peu. Le choix d’une approche sous l’angle de l’art d’entreprise permet de comprendre le pouvoir d’attraction que ces multinationales continuent d’exercer sur leurs employés comme sur leurs utilisateurs, malgré des critiques croissantes : leurs promesses de réalisation de soi ne se nourrissent pas seulement « aux sources de l’utopie numérique », mais aussi à celles de la bohème artistique.

    #Fred_Turner #Usage_art

  • Aux sources de l’utopie numérique : De la contre culture à la cyberculture - Corps en Immersion
    http://corpsenimmersion.com/2020/05/aux-sources-de-l-utopie-numerique-de-la-contre-culture-a-la-cyberc

    Stewart Brand occupe une place essentielle, celle du passeur qui au-delà de la technique fait naître les rêves, les utopies et les justifications auto- réalisatrices. Depuis la fin des années soixante, il a construit et promu les mythes de l’informatique avec le Whole Earth Catalog, le magazine Wired ou le système de conférences électroniques du WELL et ses communautés virtuelles. Aux sources de l’utopie numérique nous emmène avec lui à la découverte du mouvement de la contre-culture et de son rôle déterminant dans l’histoire de l’internet. « Ce livre réussit un véritable tour de force. Suivant la biographie de Stewart Brand, il dresse le portrait d’un personnage collectif : internet. En déplaçant l’attention des inventeurs vers les passeurs, Fred Turner offre une leçon de sociologie des sciences et des techniques. Toujours là au bon moment, Stewart Brand est le point d’intersection d’univers hétérogènes. Il amène le LSD dans les laboratoires du Stanford Research Institute, et introduit la micro- informatique dans l’univers pastoral des hippies »

    Fred Turner, 2013, Aux sources de l’utopie numérique : De la contre culture à la cyberculture, C&F Editions, 430 pages, 32,00 euros.

    #Fred_Turner #Sources_utopie_numerique

  • Une poupée Barbie coincée entre deux livres de C&F éditions
    https://cfeditions.com/red-mirror

    On apprend aujourd’hui dans Actulitté que Mattel, le fabricant des poupées Barbie vient de publier (avec succès) une poupée à l’effigie de la militante africaine-américaine et autrice Maya Angelou, au sein d’une collection Barbie de "femmes inspirantes" (qui comporte par exemple déjà Rosa Parks). https://actualitte.com/article/98429/insolite/mattel-commercialise-une-poupee-barbie-a-l-effigie-de-maya-angelou

    Cette annonce m’a évidemment fait bondir par son cynisme... mais il surtout significatif qu’elle entre en écho avec les deux derniers livres publiés par C&F éditions.

    Dans "L’usage de l’art", Fred Turner parle longuement des posters de militantes syndicalistes affichés sur les murs à l’intérieur des bureaux de Facebook.
    https://cfeditions.com/usage-art

    Et de s’étonner : « Les portraits de figures telles que Dolores Huerta, célèbre syndicaliste s’étant battue pour les droits des ouvriers agricoles aux États-Unis, ou de Shirley Chisholm, première Africaine-Américaine élue au Congrès sont affichés dans les bureaux de Facebook du monde entier. [...] Lorsque l’Analog Research Lab affiche une photo de Dolores Huerta sur les murs d’une entreprise dont les ingénieurs ne sont pas syndiqués, il montre son pouvoir de transformer les mouvements politiques les plus incarnés et institutionnalisés en actes d’expression décontextualisés. Sur une affiche, l’image de Dolores Huerta devient un signe, vidé de son histoire, et dès lors redéfini. Une image qui a autrefois pu inspirer des ouvriers agricoles précaires à descendre dans la rue pour manifester offre dorénavant aux ingénieurs des classes moyennes et supérieures une opportunité de célébrer la diversité d’identité au sein de leur entreprise. »

    En écho, Mattel proclame que la collection "Inspiring Women" réunit « des héroïnes incroyables de leur temps, des femmes courageuses qui ont pris des risques, changé les règles et ouvert la voie à des générations de femmes, les invitant à rêver au-delà des limites imposées ».

    Un même discours qui sacralise l’individu, mais noie son action collective derrière un gloubi-boulga marketing sur la liberté... Une liberté que Facebook comme Mattel sont loin d’offrir à leurs salarié·es.

    Dans un rapport publié en novembre 2020, plusieurs ONG dénoncent les humiliations, l’absence de droits et le harcèlement sexuel... dans les usines chinoises qui fabriquent les poupées Barbie "inspirantes". (https://admin.actionaid.fr/uploads/downloadFile/413/Mattel-factory-report-2020.pdf )

    « Salaires indignes, charge de travail infernale, logements insalubres, et parfois même travail forcé... Des détails choquants sur les conditions de travail en Chine ont été exposés les uns après les autres depuis les années 1980. [...] Cette année, nous publions les résultats d’une nouvelle enquête de plusieurs semaines dans une autre usine chinoise de Mattel, dont les résultats sont une fois de plus inquiétants. [...] Mattel a refusé de communiquer sur sa politique de lutte contre le harcèlement sexuel et n’a annoncé aucune mesure visant à éradiquer le harcèlement sexuel. »

    Ceci nous amène à parler du prochain livre publié par C&F éditions, qui va paraître le 1 février : « Red Mirror : L’avenir s’écrit en Chine ».
    https://cfeditions.com/red-mirror

    Cet ouvrage de Simone Pieranni, que nous avons traduit de l’italien, s’intéresse à la manière dont la Chine est devenu le pôle principal de l’avenir du numérique et de l’intelligence artificielle. Il montre les ressorts de ce capitalisme numérique débridé... et notamment les conditions de travail dans les usines de fabrication du matériel informatique, comme dans les bureaux des ingénieures ou le travail à la tâche des "Turcs mécaniques" qui nourrissent l’ogre de l’intelligence artificielle. Un chapitre entier est consacré aux conditions de travail... et nous averti : ce qui se passe là-bas s’étend maintenant dans toutes les usines possédées par les multinationales chinoises. Une analyse confirmée par un article du 13 janvier 2021 sur les employé·es de Huawei en Europe (https://netzpolitik.org/2021/wolf-culture-how-huawei-controls-its-employees-in-europe - en anglais ).

    Parce que le numérique est dorénavant un moteur majeur de nos sociétés, il est devenu essentiel de comprendre les discours de ses entreprises de pointe. De mesurer combien ils servent avant tout à masquer l’émergence d’une forme nouvelle d’exploitation et de dépossession des outils collectifs au profits d’une sacralisation de l’individu... qui le laisse isolé face aux pressions sociales, politiques et culturelles du capitalisme numérique.

    Deux ouvrages en plein dans l’actualité.

    Bonne lecture,

    Hervé Le Crosnier

    Fred Turner
    L’usage de l’art. De Burning man à Facebook, art, technologie et management dans la Silicon Valley
    avec un cahier photo de Scott London et de l’intérieur de Facebook
    ISBN 978-2-37662-017-4 - 25 €
    https://cfeditions.com/usage-art

    Simone Pieranni
    Red Mirror : L’avenir s’écrit en Chine
    avec un cahier photo de Gilles Sabrié
    ISBN 978-2-37662-021-1 - 25 €
    https://cfeditions.com/red-mirror
    (pré-commande. Disponible le 1 février)

    #Chine #travail #Red_Mirror #Usage_art #Simone_Pieranni #Fred_Turner

  • Comment les entreprises tech utilisent l’art et la créativité pour manager
    https://www.ladn.eu/mondes-creatifs/burning-man-facebook-silicon-valley-art-management

    Interview par Margaux Dussert.

    Dans son ouvrage L’usage de l’art, paru fin 2020, le chercheur Fred Turner, professeur de communication à l’université de Stanford, montre comment les entreprises de la Silicon Valley utilisent l’art pour bâtir un style de management « cool » et ultra-libertaire. De quoi cacher leurs logiques de pouvoir sous un épais vernis de créativité et une rhétorique de l’émancipation bien huilée.

    Pourquoi les ingénieurs et les créatifs de la Silicon Valley se rassemblent-ils en masse au festival Burning Man ? Comment un événement, originellement anti-consumériste et enraciné dans la contre-culture américaine des années 60, est-il devenu le terrain de jeu d’anglicismes corpo bien connus (networking, team building et autres manifestations de personal branding) ? Et puis, quelle est cette obsession de Mark Zuckerberg pour le street art et le design militant ? Autant de questions que le chercheur américain Fred Turner pose dans son dernier ouvrage L’usage de l’art : de Burning Man à Facebook, art, technologie et management dans la Silicon Valley, paru aux éditions C&F.

    De Menlo Park (Facebook) à Mountain View (Google) en passant par la tentaculaire Black Rock City, célèbre ville éphémère du festival Burning Man, l’auteur dresse une fresque ironique du modèle managérial des entreprises de la Silicon Valley ; entre célébration de la créativité et mise en commun des données, absence apparente de règles et habile invisibilisation des relations de pouvoir. Entretien.

    #Fred_Turner #Usage_art

  • Fred Turner : « Pour lutter contre le nazisme, ils ont voulu produire un homme total, rationnel » - Culture / Next
    https://next.liberation.fr/culture/2015/02/27/pour-lutter-contre-le-nazisme-ils-ont-voulu-produire-un-homme-total-

    Par Marie Lechner — 27 février 2015 à 18:16
    L’historien Fred Turner raconte comment des intellectuels américains ont fait appel à des artistes du Bauhaus et à leur environnement multimédia pour contrer la propagande d’Hitler en 1939. Les écrans peuvent-ils servir l’idéal démocratique ?

    Connu pour sa stimulante enquête Aux sources de l’utopie numérique (C & F Editions, 2012) analysant l’impact de la contre-culture californienne sur l’imaginaire du réseau - en somme les liens entre les hippies et la révolution numérique des années 90 -, Fred Turner est passé à Paris évoquer son dernier livre, The Democratic Surround. Professeur associé à l’université Stanford, en Californie, et résidant à Mountain View, le QG de Google, tel « un anthropologue vivant avec sa tribu », Turner est remonté cette fois dans les années 40 : il s’est intéressé aux efforts des intellectuels, artistes et designers pour produire, face au fascisme, de nouveaux environnements multimédias et polyphoniques censés former des citoyens démocratiques. Traçant des parallèles étonnants entre expositions militantes, happenings d’artistes d’avant-garde et psychédélisme des sixties, Turner invite à réfléchir aux frontières entre information, divertissement, art et propagande. Il démontre ainsi comment ces expérimentations continuent d’influencer nos environnements médiatiques contemporains.

    #Fred_Turner #Cercle_démocratique #Libération #Marie_Lechner

  • Does Facebook Have a Secret Paper Fetish? | Collectors Weekly
    https://www.collectorsweekly.com/articles/facebook-secret-paper-fetish
    /uploads/2012/02/hackposter_01%2B400x400.png

    On February 1, 2012, at exactly 5:02 p.m., the day Facebook announced it was finally going public, the company’s CEO, Mark Zuckerberg, posted a photograph of his desk on his personal Facebook page. Along with a MacBook Air, dry-erase marker, and bottle of G Series Gatorade, Zuck’s work station featured a plain white poster bearing the all-caps red message, “STAY FOCUSED & KEEP SHIPPING.”

    “Posters give us something to share back to Facebook.”

    Earlier that day, at 11:48 a.m., Ben Barry posted an image of the same poster on the Facebook Analog Research Lab’s Facebook page with this message: “New posters in the Building 16 2nd floor micro kitchen (by the bridge). Stay focused.”

    How did Barry get the jump on his boss? Well, he printed the poster. As co-founder of the Analog Research Lab, Barry is one of several people at Facebook who carve out time from their other duties to spread Facebook’s grassroots gospel around the company’s campus.

    Since the summer of 2010, when he and another Facebook designer Everett Katigbak (they were hired on the same day in 2008) began filling a Palo Alto warehouse space with printing presses, a darkroom, and even a few woodworking tools, Barry has been letterpressing and screenprinting posters with simple, propaganda-style messages like “DONE IS BETTER THAN PERFECT,” “MOVE FAST AND BREAK THINGS,” and “WHAT WOULD YOU DO IF YOU WEREN’T AFRAID?”

    #Facebook #Usage_art #Ben_Barry #Posters #Fred_Turner

  • Facebook’s Little Red Book | Office of Ben Barry
    https://v1.benbarry.com/display.php?id=4

    As the company of Facebook grew, we faced a lot of challenges. One of them was explaining our company’s mission, history, and culture to new employees. Over the years, a lot of formative company discussions and debates had happened in Facebook Groups, over email, or in person. Those who had been present at the time had context, but for new employees that information was difficult to find, even if you knew what you were looking for. We wanted to try to package a lot of those stories and ideas in one place to give to all employees.

    #Facebook #Little_Red_Book #Art #Silicon_Valley #Fred_Turner

  • L’ADN - Interview de Fred Turner : Comment la Silicon Valleyr réagit au COVID19 et à BlackLivesMatter ?
    https://www.ladn.eu/tech-a-suivre/silicon-valley-covid19-black-lives-matter-interview-fred-turner

    Alors que la pandémie mondiale de COVID-19 est pour les GAFAM une opportunité de marché en or, les grandes entreprises des nouvelles technologies font face à des contestations venues de différents pans de la société américaine.

    Historien, professeur à l’université de Stanford, Fred Turner est un spécialiste de la contre-culture américaine, de l’utopie numérique et de l’histoire des médias américains. Il est notamment l’auteur de Aux sources de l’utopie numérique : De la contre culture à la cyberculture, C&F Editions, 2013. Son prochain essai, qui paraît à l’automne, analyse le marché de l’art dans la Silicon Valley.
    Les Etats-Unis sont le pays le plus touché par la pandémie. Dans le même temps, les entreprises de la Silicon Valley réalisent des profits exceptionnels à la faveur de cette crise. Que dit cette situation des enjeux actuels du pays ?

    Fred Turner : La crise du coronavirus est pour les Big Tech ce que le 11 Septembre 2011 a été pour l’industrie de la défense : une opportunité de marché parfaite. Ces entreprises ont logiquement profité de la crise pour générer du chiffre d’affaires et de la croissance. D’autant que les outils technologiques qui sont utiles pour contenir la pandémie (applications de traçing, données de santé) sont contrôlées par ces mêmes entreprises. Imaginez donc l’opportunité que cette situation représente.

    À mon sens, il s’agit d’un problème social majeur. Notamment parce que l’État américain est incapable d’encadrer ce phénomène. En fait, c’est l’inaction de l’administration qui crée la faille dans laquelle se sont engouffrées les grandes entreprises du numérique. La responsabilité de Donald Trump est immense dans cette situation. Son incompétence est directement responsable de la mort de centaines de milliers de personnes.
    Le pays vit également une période très intense sur le plan des revendications pour la justice sociale, contre le racisme et les violences policières. Comment réagissent les entreprises de la Silicon Valley ?

    F. T. : Il y a deux manières de voir les choses. D’un côté, la Silicon Valley a produit les infrastructures qui permettent au mouvement #BlackLivesMatter de se déployer et aux groupes de se coordonner. Les réseaux sociaux contribuent largement à mettre le mouvement en action. Mais, d’un autre côté, l’enjeu de la diversité ethno-raciale continue d’être très largement ignoré par ces mêmes entreprises dès lors qu’il est question de recrutement. Ce décalage ne se résorbera qu’à une condition : que le mouvement #BlackLivesMatter parvienne à avoir une influence qui ne soit pas que symbolique et performative. Il faut que ce mouvement conduise à un véritable changement institutionnel. J’ai l’habitude de dire que les mouvements sociaux n’ont d’impact que s’ils se transposent de la rue au Congrès. Si le mouvement y parvient, les entreprises devront opérer des changements structurels, elles ne pourront plus se contenter de faire circuler des images ou afficher des déclarations d’intention.
    L’idéologie selon laquelle les entreprises des nouvelles technologies contribuent à « rendre le monde meilleur » est très prégnante. Cette intention contraste-t-elle avec la réalité de ces entreprises ?

    F. T. : Cette idée n’est pas neuve, elle préside à la naissance de la Silicon Valley. Elle a émergé dans la contre-culture américaine au moment de la guerre du Vietnam (1955-1973). L’enjeu était alors d’utiliser le progrès technologique comme un outil pour faire évoluer la société dans le sens de plus de bienveillance, mais aussi d’utilitarisme. À l’époque, l’idée de cette transformation culturelle et technologique laissait déjà largement de côté les populations autochtones, les afro-américains ou les hispaniques.

    L’utopie numérique se pense comme profondément apolitique, or c’est tout l’inverse. La dimension politique est soigneusement évitée dans le discours des GAFAM. Ces dernières années, pour les dirigeants de la tech, les affaires politiques, telles qu’elles ont court à Washington DC, étaient considérées comme de la « politique à papa », quelque chose de dépassé et anachronique. Pour les Big Tech la transformation positive du monde est affaire de réseaux et de technologies. Une technologie performante, mise à disposition du grand nombre, permettra aux utilisateurs et utilisatrices de nouer des liens plus honnêtes, authentiques, et donc de faire société d’une meilleure manière.

    Il faut comprendre que ce positionnement - qui peut paraître simpliste - est aussi excellent pour le business. C’est plus compliqué de remettre en question une entreprise qui explique qu’elle « fait le bien dans le monde ». Par ailleurs, l’une des stratégies pour les dirigeants consiste à brandir les bons résultats financiers comme un argument pour justifier que leur produit a du succès, donc qu’il est bon. Il ne faut jamais oublier que l’aspect financier est au fondement de cette utopie technologique.
    Les Big Tech sont-elles capables de se réformer et de faire évoluer leurs pratiques ?

    F. T. : Je pense qu’un changement structurel ne s’obtient que par la pression exercée de l’extérieur par les institutions en charge de l’intérêt général. L’industrie des nouvelles technologies n’est finalement qu’une industrie parmi tant d’autres, dotée des mêmes rouages. La motivation principale de Facebook, Google ou Apple n’est pas la qualité du service, c’est le profit, comme pour toutes les firmes industrielles. Dans ce contexte, le profit passera toujours avant les conséquences socialement néfastes des produits que ces entreprises développent. C’est dont à l’état et à ses institutions de les réguler.
    L’affaire Cambridge Analytica a-t-elle eu des répercussions concrètes ? Qu’en est-il aujourd’hui, les choses ont-elles changé depuis ?

    F. T. : J’aurais aimé vous dire que les choses se sont arrangées depuis l’affaire Cambridge Analytica, mais ce n’est pas le cas. Nous vivons des Cambridge Analytica tous les jours. C’est directement lié au fait que les plateformes sociales des GAFA sont plus que des « réseaux sociaux », ce sont des espaces de publication de contenu. De ce fait, tout ce qui apparaît devrait être régulé, selon les mêmes règles qui s’appliquent pour les médias et les éditeurs. Or ce n’est pas encore le cas. Des pas timides ont été réalisés, comme par exemple Twitter qui a retiré de sa plateforme les posts émanant du groupe conspirationniste QAnon. Je pense que cette décision est un effet collatéral positif de l’affaire Cambridge Analytica.

    Mais chez Facebook, Mark Zuckerberg, qui assume ses liens avec le financier libertarien Peter Thiel, fait tout ce qui est en son pouvoir pour préserver la fameuse « liberté d’expression ». Dans ce contexte là, liberté d’expression est synonyme d’autorisation implicite à la diffusion de contenus haineux et conspirationnistes par l’alt-right. Tout est fait pour encourager la diffusion de contenus de ce type. Tout ce qui est clivant, stimulant, excitant est valorisé par l’algorithme de Facebook. C’est une manière de susciter les réactions, pour retenir les utilisateurs et utilisatrices plus longtemps et ainsi générer plus de données donc de revenus publicitaires. Mark Zuckerberg dirige une entreprise qui autorise ce genre de publications, les laisse se déployer. En ne prenant pas de mesures strictes, il est indirectement responsable du fait que de nouvelles affaires Cambridge Analytica ont lieu tous les jours.
    Comment répondre à cette menace ?

    F. T. : L’enjeu majeur est la taille de ces entreprises. Lorsque l’on regarde Amazon, Facebook, on voit l’équivalent de la Standard Oil du XIXème siècle [première compagnie majeure des Etats-Unis qui a par la suite dominé le marché mondial, ndlr]. Ou bien l’équivalent des quatre majors de l’automobile au 20ème siècle. Ce sont des multinationales colossales avec un pouvoir d’influence démesuré. L’état américain a la responsabilité de les réguler, comme il l’a fait avec les compagnies pétrolières au 20ème siècle.
    La sénatrice Elizabeth Warren avait fait du démantèlement des GAFAM un pilier de son programme lors de la primaire démocrate. Que pensez-vous de cette proposition ?

    F. T. : Je défends l’idée d’Elizabeth Warren de démanteler les GAFAM, mais je n’ai pas le même avis qu’elle quant à la méthode à appliquer pour le faire. Je me reconnais plus dans les idées que défends Timothy Wu, professeur à l’université Columbia. Nous avons deux options : la première, démanteler purement et simplement les GAFAM. L’autre option consiste à les nationaliser, comme ce qui a été fait au 19ème siècle pour les chemins de fer. Les réseaux sociaux sont devenus des services utilisés chaque jour par des milliards de personnes. Mais, aujourd’hui, on les traite juridiquement comme des objets légaux neutres, alors qu’elles sont tout sauf neutres. Elles ont même une influence majeure sur nos démocraties. Il faut donc un nouveau cadre juridique pour les GAFAM. C’est en substance ce que défend Timothy Wu.
    Shoshana Zuboff, professeure à Harvard, a publié l’an dernier un ouvrage sur le capitalisme de surveillance. En quoi est-il complémentaire avec la réflexion sur le démantèlement des GAFAM ?

    F. T. : Le cadre de réflexion du capitalisme de surveillance est extrêmement puissant. Il permet de rassembler toutes les pièces du puzzle, de les connecter entre elles. La surveillance s’est instillée dans notre vie quotidienne et elle est utilisée pour nous vendre des produits, mais aussi pour nous manipuler en orientant nos comportements. Shoshana Zuboff dévoile l’architecture qui sous-tend ce système. Elle révèle les intérêts de ceux qui l’ont construit mais aussi de ceux qui en profitent : les entreprises mais aussi l’état.
    Cet ouvrage a-t-il rencontré un écho en dehors des cercles universitaires, chez les décideurs politiques notamment ?

    F. T. : La critique de Shoshana Zuboff est systémique, mais le discours public américain est avant tout centré sur l’individu. C’est comme si on n’avait pas le langage pour comprendre les logiques systémiques qui traversent le corps social, précisément parce que l’on ne se concentre que sur la dimension individuelle. De ce fait, aux Etats-Unis, le discours qui consiste à appeler à une politique publique centralisée pour répondre à des problèmes sociaux collectifs, comme le racisme ou les pandémies, a tôt fait de se faire taxer de communiste.

    Friends, watch this great conversation for insight into #SurveillanceCapitalism right now. Comprehension is the first step toward resistance. Thank you, #RightsCon. https://t.co/X14L9zSYpj

    — Shoshana Zuboff (@shoshanazuboff) August 12, 2020

    #Fred_Turner #Interview

  • Un cool road-trip à la rencontre des hippies d’hier et d’aujourd’hui, sur France 5
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/08/15/un-cool-road-trip-a-la-rencontre-des-hippies-d-hier-et-d-aujourd-hui-sur-fra

    D’autres rencontres sont de belles surprises, comme celle avec Fred Turner, professeur à l’université Stanford, auteur d’Aux sources de l’utopie numérique. De la contre-culture à la cyberculture, Steward Brand, un homme d’influence (2012), et heureux propriétaire d’une première édition de The Whole Earth Catalog (Stewart Brand, 1968), « la » référence du mouvement. Ou encore avec l’acteur américain Peter Coyote, membre des Diggers dans les années 1960, un collectif qui fournissait de la nourriture aux plus démunis.

    Sans oublier la musique. La bande-son justifie à elle seule d’écouter le documentaire : With a Little Help from My Friends par Joe Cocker ; Mellow Yellow, de Donovan ; Kozmic Blues, de Janis Joplin ; My Generation, des Who ; The Wind Cries Mary, de Jimi Hendrix ; Like a Rolling Stone, de Bob Dylan… Un héritage indiscutable.

    #Hippies #Fred_Turner

  • [2020.07.15] Ecrans, Images, Cybernétique et Multimédia… | by François Houste | Jul, 2020 | Medium
    https://medium.com/@fhouste/2020-07-15-ecrans-images-cybern%C3%A9tique-et-multim%C3%A9dia-6389bda45f8

    On peut très bien vivre, et s’épanouir, dans cette société des images. Elle est finalement la nôtre depuis plus de 70 ans.

    On peut également chercher à la combattre au nom de l’attention, ou de l’éducation culturelle…

    Mais quelle que soit votre position, il semble important de comprendre les origines de notre monde d’écran, et de réaliser à quel point la culture technologique du XIXe siècle et la culture consumériste de l’après-guerre a dessiné l’âge digital que nous vivons aujourd’hui.

    Cette émergence du Dieu Image est le sujet de pas mal de livres que j’ai eu l’occasion de parcourir au cours des derniers mois. De quoi donner quelques idées de lecture pour l’été, et vous donner envie, peut-être, d’explorer encore plus loin cette civilisation de l’image.

    #Lectures #Image #Histoire_médias #Fred_Turner

  • How the CIA Learned to Rock | The Nation
    https://www.thenation.com/article/culture/wind-of-change-cia

    The CIA had not just an ideology but also an aesthetic. The Cold War was a cultural struggle as well as a political one. To demonstrate the superiority of Western Civilization, and particularly to win over wavering European intellectuals who might be attracted to communism, the agency funded literary magazines like The Paris Review—founding editor Peter Matthiesson was on the CIA’s payroll as a spy—and sponsored exhibits of Abstract Expressionism. In the late 1970s, the journalist Richard Elman researched “the Aesthetics of the CIA” and found documents revealing that the agency seriously considered a suggestion that “T.S. Eliot’s Four Quartets be translated into Russian and dropped by airplane all over the Soviet Union.”

    Instead, the agency even in the 1950s thought that America’s musical strength lay in popular work. In a 1955, Frank Wisner, then deputy director of plans, rejected the idea of sending the New York Ballet to Moscow. “Our initial presentations to Soviet audiences should aim for mass appeal,” Wisner argued. He wanted music that was “expressive of our folklore or unmistakably typical of U.S.” Wisner was particularly interested in works by “negro performers” that would display their “capacity” and “the opportunities they have in U.S. artistic life.” Wisner believed that “first-rate American jazz” would “serve to demonstrate the breadth and vitality of American musicianship.”

    The story of the CIA’s love of popular music is brought up to date in a splendid podcast called Wind of Change, by New Yorker journalist Patrick Radden Keefe. In the eight-episode series, Keefe investigates the rumor that CIA agents composed the ballad “Wind of Change,” first performed in 1989 by the German heavy metal group Scorpions and released the following year. The song was a huge hit on both sides of the Iron Curtain, becoming a kind of unofficial anthem for the end of communism.

    The podcast is very much a detective story, and like all whodunits deserves to be left spoiler-free. But one of its strengths is that Keefe places his story fully in the context of the CIA’s history of arts patronage.

    As Keefe observes, “We think of culture—or we want to think of culture—as organic and spontaneous, as purer than politics. Nina Simone clearly did. She felt it gave her a deep connection to the people she met in Nigeria. So it is really unsettling to learn that the hidden hand of government was at work. It’s a feeling of dispossession, like someone picked your pocket.”

    #CIA #Culture #Patrick_Radden_Keefe #Nina_Simone #Fred_Turner #Democratic_surround

  • Visages de la Silicon Valley, Fred Turner et Mary Beth Meehan -
    http://danactu-resistance.over-blog.com/2019/04/visages-de-la-silicon-valley-fred-turner-et-mary-beth-

    A l’automne dernier les éditions C&F, basées à Caen, ont publié un ouvrage d’une grande originalité, intitulé Visages de la Silicon Valley, un essai signé Fred Turner avec des photographies et récits de Mary Beth Meehan.

    Quand on lit ou entend ces deux mots , Silicon Valley, formant un lieu géographique célèbre en Californie, aussitôt l’on pense, technologies de pointe, Google, IBM, Microsoft, Facebook, et autres Apple, Tesla. Les gros bataillons de la super start-up nation nord-américaine que Macron voudrait bien installer en France. Certes sont bien là, le soleil, les innovations qui nous changent, parfois, la vie et les symboles de la réussite économique, concentrés sur quelques kilomètres carrés.

    Pourtant comme le savent les cinéphiles, depuis Quai des brumes (Carné, Prévert) il est utile de voir les choses cachées derrière les choses. Voilà pourquoi ce livre, Visages de la Silicon Valley, à la fois un superbe livre de photographies et un ensemble de textes, nous a particulièrement surpris. Que se cache-t-il derrière les mythes de la Silicon Valley où semblerait se construire le futur de notre monde, ou du moins de leur monde ? Quels sont les visages cachées derrière ceux des grands dirigeants des multinationales, diffusés en boucle dans tous les médias du monde ?

    S’il nous semble difficile de qualifier d’essai, l’introduction en une demi-douzaine de pages de Fred Turner, le livre nous offre, dans un beau format, un superbe reportage photos de Mary Beth Meehan. Chaque cliché est accompagné d’un petit récit le contextualisant. Photographe indépendante, son travail a été publié et exposé dans le monde entier. Nominée deux fois pour le prestigieux prix Pulitzer, elle anime aussi des conférences et ateliers à l’Université de Brown ou à l’école de Design de Rhode Island. Cela débute par Cristobal,vétéran de l’armée américaine durant sept ans, dont trois dans l’Irak en guerre, aujourd’hui agent de sécurité chez Facebook, il gagne une vingtaine de dollars de l’heure, et vu le prix de l’immobilier dans la Silicon Valley, il vit dans un abri au fond d’une cour à Mountain View ! Il constate que les immenses richesses des grandes entreprises ne ruissellent pas vraiment.

    Victor, 80 ans, qui survit dans une petite caravane, au milieu d’autres, non loin du magnifique campus de Google. Ni électricité, ni eau. Et aussi Mary, venue d’un village en Ouganda où elle enseignait l’anglais dans toute l’Afrique, venue rejoindre sa fille, et qui voudrait bien repartir : « C’est la solitude ici, tellement de solitude. »

    Ainsi se succèdent les portraits, magnifiques photographies et textes édifiants, matérialisme partout, spiritualité nulle part, argent coulant à flots mais pas pour tous. Précarité, pauvreté, invisibilité, et parfois peur, l’envers terrible de ce que l’on appelait jadis, le rêve américain !

    Dan29000

    Visages de la Silicon Valley
    Mary Beth Meehan, Fred Turner
    Éditions C&F
    2018 / 112 p / 25 euros

    #Mary_Beth_Meehan #Fred_Turner #Visages_Silicon_Valley #Silicon_Valley

  • Fred Turner, Aux sources de l’utopie numérique. De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand un homme d’influence
    https://journals.openedition.org/questionsdecommunication/8619

    Fred Turner revisite l’histoire des origines intellectuelles et sociales de l’internet en suivant le parcours de Stewart Brand, un « entrepreneur réticulaire » (p. 41). L’ouvrage s’ouvre sur une interrogation : comment se fait-il que le mot révolution soit sur toutes les bouches à l’évocation des technologies numériques alors qu’elles étaient le symbole d’un système inhumain qui a mis le monde au bord de l’apocalypse nucléaire ? Pour y répondre, l’auteur s’attache à retracer les origines de l’utopie numérique dans la trajectoire de Stewart Brand, au croisement des mondes sociaux, des idéologies et des objets technologiques.

    #Fred_Turner #Utopie_numérique #Histoire_numérique

  • 44 intellectuels pour penser le numérique
    https://www.franceculture.fr/numerique/44-intellectuels-pour-penser-le-numerique

    Making-of – en 2015, Soft Power consacrait une émission aux penseurs du numérique. Quatre ans plus tard, une mise à jour s’imposait tant les débats et réflexions se poursuivent. Voici la sélection de toute l’équipe et de ses chroniqueurs, sans oublier quelques recommandations faites sur les réseaux sociaux.

    Qui sont ces intellectuels, ces historiens, ces chercheurs ou sociologues, mais aussi ces ingénieurs ou ces iconoclastes, qui ont inventé ou décrypté le Web ? Inventaire à la Prévert, me direz-vous, certes, mais occasion aussi pour faire le point sur l’état de la pensée du Web – et mettre en avant quelques grands noms ou idées fortes avec lesquelles nous vivons désormais chaque jour.

    #Internet #Culture_numérique #Fred_Turner #danah_boyd

  • La redécentralisation du web [La voix est libre]
    https://radio.picasoft.net/co/2019-06-14.html

    L’interview

    Hervé Le Crosnier, C&F Édition

    Peux-tu te présenter en quelques mots, ainsi que ta maison d’édition C&F Éditions, qui propose de nombreux essais sur la culture numérique, le fonctionnement d’Internet, la question des libertés informatiques, les communs...

    On peut citer : "L’appétit des géants" d’Olivier Ertzscheid, "Surveillance" de Tristan Nitot, ou "Cyberstructure" de Stéphane Bortzmeyer, des auteurs qu’on essaiera d’inviter dans la voix est libre.

    On souhaiterait que tu nous parles un peu d’un ouvrage qui vient compléter l’histoire d’Internet telle qu’on la connaît : Aux sources de l’utopie numérique de Fred Turner, qui retrace notamment le parcours de Steward Brand. Peut-être pour commencer, tu peux nous présenter Fred Turner et nous rappeler qui est ce Steward Brand, ce n’est pas une figure très connue de l’histoire d’Internet, n’est ce pas ?

    La thèse de Fred Turner est que la naissance d’Internet est marquée par la contre-culture, la culture hippie et sa diffusion dans les université américaines. On peut donc faire un parallèle entre le caractère décentralisé par construction d’Internet et le lieu et le temps dans lequel il naît, en 1969, c’est à dire un an après mais 68, sur la côté Ouest des États Unis, c’est à dire un des hauts lieux de la culture hippie.

    Les livres de C&F sont publiés sous une licence Édition Équitable : tu refuses les DRM et tu proposes que « Le lecteur/lectrice a le droit de faire circuler le document édité au sein de son cercle de proximité (y compris élargi à ses amis proches). Toutefois, cette liberté ne permet pas de rompre l’équilibre et l’équité en diffusant massivement ou à des inconnus ».

    Ça ne fait donc pas tout à fait des livres que tu publies des communs, un concept que tu connais bien. Une licence complètement libre, ça te semble trop risqué d’un point de vue d’une maison d’édition ?

    #C&F_éditions #Fred_Turner

  • BALLAST | Visages de la Silicon Valley
    https://www.revue-ballast.fr/cartouches-40

    En quelques décennies, la Silicon Valley est devenue la terre promise du capitalisme technologique. Sur les trois dernières années, 19 000 brevets y ont été déposés, 47 000 nouveaux emplois créés et cinq millions et demi de mètres carrés de locaux commerciaux construits. Dans un essai introductif, Fred Turner la compare au Plymouth du XVIIe siècle, où les Pères pèlerins s’installèrent pour former une « communauté de saints », résolument tournés vers un « paradis à venir ». Mais sous le vernis de ce temple de l’innovation, créé pour des « entrepreneurs mâles et blancs », nul besoin de gratter longtemps pour découvrir une réalité peu reluisante. À travers une série de portraits d’habitants de la vallée, Mary Beth Meehan fait ressortir l’anxiété, l’insécurité et la solitude, omniprésentes, que ce soit pour ce vétéran agent de sécurité chez Facebook, obligé d’habiter un abri au fond d’un jardin, ce couple vivant dans un air pollué au TCE, solvant cancérogène utilisé en masse avant que la production de composants électroniques ne soit délocalisée en Asie, cet ouvrier qui a eu la mauvaise idée de parler de syndicalisme dans une usine Tesla, ou encore ces innombrables migrants qui viennent chercher un travail dans la restauration, le ménage, etc. Le modèle de société développé sur ce minuscule territoire a tout d’une dystopie obéissant aux préceptes du darwinisme social : les places de winner se font de plus en plus rares ; même la classe moyenne, incapable de suivre la flambée des prix de l’immobilier, est progressivement éjectée ; de nombreuses familles vivent sur des terres toxiques, provoquant fausses couches et maladies congénitales ; et un enfant sur dix vit dans la pauvreté, alors que le revenu moyen par habitant est deux fois supérieur à la moyenne nationale. Comme le dit si bien Branton, passé par une usine Tesla : « Avec les conneries d’Elon [Musk], nous allons tous y perdre. » [M.H.]

    #Visages_Silicon_Valley #Mary_Beth_Meehan #C&F_éditions #Fred_Turner

  • Lu sur le Net : Visages de la Silicon Valley
    https://epi.asso.fr/revue/lu/l1812b.htm

    Visages de la Silicon Valley

    Fred Turner et Mary Beth Meehan, cf édition, novembre 2018, 33 euros.

    https://cfeditions.com

    « Si nous aspirons à l’excellence technologique, pourquoi n’avons-nous pas la même exigence en étant bons les uns envers les autres ? »

    Un rapport paru récemment aux États-Unis le souligne : la Silicon Valley, au delà de l’image mythique des « hommes dans un garage qui changent le monde » est avant tout un haut lieu de l’inégalité sociale, de l’exclusion et de la pollution. 90 % des employés de Californie gagnant aujourd’hui moins qu’en 1997 ! Ce qui renforce la vie sans logis et les autres formes de ségrégation que les photographies de Mary Beth Meehan donnent à voir concrètement.

    Fred Turner et Mary Beth Meehan ont choisi d’explorer la Silicon Valley par l’image. Une enquête de sociologie photographique sur les habitants réels de ce haut lieu technologique, accompagnée de récits de vie poignants.

    L’essai de Fred Turner, qui étudie l’évolution de la Silicon Valley depuis des années, pointe la responsabilité des entreprises de technologie et demande qu’un véritable grand dessein soit convoqué, capable d’améliorer vraiment la vie de tous.

    On peut lire un extrait spécimen de ce livre :
    https://cfeditions.com/visages/ressources/visages_specimen.pdf

    _________________
    Association EPI
    Décembre 2018

    #Visage_Silicon_Valley #Mary_Beth_Meehan #Fred_Turner #C&F_éditions

  • Visages de la Silicon Valley
    Mary Beth Meehan (photographies et récits)
    et Fred Turner (essai)
    C&F éditions, octobre 2018.
    https://cfeditions.com/visages

    Cet ouvrage pourrait être qualifié de "sociologie par l’image" : en présentant des portraits et des récits de vie, en les insérant dans des photos de l’environnement (dégradé) de la Valley, il s’agit de comprendre le type d’inquiétude qui traverse tous les habitants de cette région.

    Alors que pour le monde entier, la Silicon Valley est associée à la richesse, à la liberté et à l’innovation, pour celles et ceux qui y vivent, c’est plutôt un monde stressant. En s’intéressant aux personnes qui font vivre la région, mais n’en tirent pas les bénéfices des milliardaires des licornes, on mesure les inégalités, mais aussi la dégradation de l’environnement, parmi les plus pollués des États-Unis.

    Mais c’est en photographiant les personnes qui s’en sortent bien que Mary Beth Meehan sait encore mieux montrer le caractère anxiogène et l’insécurité qui façonnent ce coin de terre.

    En reprenant la parabole des premiers "pilgrims" voulant construire en Amérique une "cité idéale", Fred Turner donne des clés prises dans l’histoire et la culture des États-Unis pour appréhender le "mythe" de la Silicon Valley.

    Mais au delà de la sociologie, c’est aussi à des rencontres très fortes que les photographies nous conduisent. Tous ces gens qui témoignent les yeux dans l’appareil photo d’un rêve devenu dystopie.

    A mettre dans toutes les mains.

    Bonne lecture,

    Quelques articles sur ce livre :

    Les ombres de la Silicon Valley | Portfolios | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/studio/portfolios/les-ombres-de-la-silicon-valley

    Les invisibles de la Silicon Valley
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/06/les-invisibles-de-la-silicon-valley_5393357_3232.html

    « La Silicon Valley nous montre à quoi ressemble le capitalisme déchaîné »
    https://usbeketrica.com/article/silicon-valley-capitalisme-dechaine

    Des histoires ou des expériences cachées et l’histoire publique d’un lieu | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2018/12/12/des-histoires-ou-des-experiences-cachees-et-lhistoire-p

    Silicon Valley : une artiste photographie ses communautés oubliées
    https://www.ladn.eu/mondes-creatifs/oublies-silicon-valley

    Visages de la Silicon Valley | Cultures de l’Information
    https://cultinfo.hypotheses.org/407

    #Fred_Turner #Mary_Beth_Meehan #Visages_Silicon_Valey #Silicon_Valley #Photographie #C&F_éditions

  • [Essay] Machine Politics by Fred Turner | Harper’s Magazine
    https://harpers.org/archive/2019/01/machine-politics-facebook-political-polarization

    The rise of the internet and a new age of authoritarianism

    par Fred Turner

    “The Goliath of totalitarianism will be brought down by the David of the microchip,” Ronald Reagan said in 1989. He was speaking to a thousand British notables in London’s historic Guildhall, several months before the fall of the Berlin Wall. Reagan proclaimed that the world was on the precipice of “a new era in human history,” one that would bring “peace and freedom for all.” Communism was crumbling, just as fascism had before it. Liberal democracies would soon encircle the globe, thanks to the innovations of Silicon Valley. “I believe,” he said, “that more than armies, more than diplomacy, more than the best intentions of democratic nations, the communications revolution will be the greatest force for the advancement of human freedom the world has ever seen.”

    At the time, most everyone thought Reagan was right. The twentieth century had been dominated by media that delivered the same material to millions of people at the same time—radio and newspapers, movies and television. These were the kinds of one-to-many, top-down mass media that Orwell’s Big Brother had used to stay in power. Now, however, Americans were catching sight of the internet. They believed that it would do what earlier media could not: it would allow people to speak for themselves, directly to one another, around the world. “True personalization is now upon us,” wrote MIT professor Nicholas Negroponte in his 1995 bestseller Being Digital. Corporations, industries, and even whole nations would soon be transformed as centralized authorities were demolished. Hierarchies would dissolve and peer-to-peer collaborations would take their place. “Like a force of nature,” wrote Negroponte, “the digital age cannot be denied or stopped.”

    One of the deepest ironies of our current situation is that the modes of communication that enable today’s authoritarians were first dreamed up to defeat them. The same technologies that were meant to level the political playing field have brought troll farms and Russian bots to corrupt our elections. The same platforms of self-expression that we thought would let us empathize with one another and build a more harmonious society have been co-opted by figures such as Milo Yiannopoulos and, for that matter, Donald Trump, to turn white supremacy into a topic of dinner-­table conversation. And the same networked methods of organizing that so many thought would bring down malevolent states have not only failed to do so—think of the Arab Spring—but have instead empowered autocrats to more closely monitor protest and dissent.

    If we’re going to resist the rise of despotism, we need to understand how this happened and why we didn’t see it coming. We especially need to grapple with the fact that today’s right wing has taken advantage of a decades-long liberal effort to decentralize our media. That effort began at the start of the Second World War, came down to us through the counterculture of the 1960s, and flourishes today in the high-tech hothouse of Silicon Valley. It is animated by a deep faith that when engineering replaces politics, the alienation of mass society and the threat of totalitarianism will melt away. As Trump fumes on Twitter, and Facebook posts are linked to genocide in Myanmar, we are beginning to see just how misplaced that faith has been. Even as they grant us the power to communicate with others around the globe, our social-­media networks have spawned a new form of authoritarianism.

    #Fred_Turner #Autoritarisme #Médias_sociaux #Mobilisation #Extrême_droite

  • Des histoires ou des expériences cachées et l’histoire publique d’un lieu | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2018/12/12/des-histoires-ou-des-experiences-cachees-et-lhistoire-p

    par Didier Epsztajn

    Un livre à plusieurs voix. Fred Turner introduit par un court essai « Le mythe de la Silicon Valley », Mary Beth Meehan propose des photographies accompagnées ou non de récits. Loin des clichés et des images mythiques, un espace géographique et social incarné par des visages et des mots.

    Un lieu représentatif de « la mythologie américaine ». En fait de la mythologie étasunienne, les habitant·es des Usa semblent ne compter les autres américain·es que comme quantité négligeable. Fred Turner relie le mythe à d’autres mythes dans l’histoire de ce pays, « La Silicon Valley est « la cité sur la colline » de notre génération et les yeux du monde sont posés sur elle ». Les choses que l’on peut voir et ce qui est caché sous terre, les produits chimiques hautement toxiques enfouis par des entreprises locales entre les années 60 et 80 – la production est aujourd’hui externalisée et les déchets toxiques délocalisés… La terre empoisonnée, les effets sur la santé des habitant·es, les coûts du développement technologique comme effacé par l’enfouissement d’abord et la délocalisation ensuite. Derrière le soleil radieux et le vert des prairies des sources de mort, l’autre face de la technologie.

    Fred Turner revient sur l’histoire des Pères pèlerins, l’éthique protestante, « C’est au prix d’un rejet de leur propre humanité et de celle des peuples autochtones qui les avaient accueillis, que ces Puritains espéraient devenir une communauté de saints », la mainmise sur les richesses et la gloire « méritée », les puritains et la croyance en la prédestination. Aujourd’hui, des entrepreneurs de légende, les jeunes hommes blancs idéalisés de la valley, « Les connotations religieuses des histoires entrepreneuriales masquent la surreprésentation masculine et blanche parmi les élus de la vallée », dans l’oubli pour ne pas dire la négation des ouvrier·es qui ont construit ou entretenu les infrastructures et les bâtiments. L’auteur indique que plus de cinq cents mille migrant·es ont emménagé dans la zone de la baie de San Francisco durant les cinq dernières années et qu’en 2018, « 38% de la population vivant dans la vallée est née hors des Etats-Unis et plus de la moitié s’exprime à la maison dans une autre langue que l’anglais ». Il parle de l’extrême concentration de richesse, « La Silicon Valley n’est pas seulement l’une des régions les plus riches des Etats-Unis, c’est aussi l’une de celles où les inégalités sont les plus marquées », des prix exorbitants des logements, et, de la pauvreté qui touche un·e enfant sur dix, de déficits alimentaires, de celles et ceux dont les revenus ne leur permettent pas d’être « autosuffisants ». Pour reprendre le langage religieux des pères fondateurs, « Dieu a favorisé ceux qui pensaient ne pas avoir de race, ceux qui pouvaient tourner leur esprit vers l’étude de la Bible et leurs yeux vers le paradis à venir, dans lequel tous les corps se fondraient et seul l’esprit pur subsisterait »…

    N’essaye-t-on pas de nous faire croire à la « dématérialisation, » aux avenirs forcément radieux, aux possibilités soi-disant presque infinies des nouvelles technologies, dans le déni des conditions sociales de production, des matériaux dangereux utilisés, du gaspillage énergétique, des conditions de travail et d’exploitations des un·es et des dividendes d’autres…

    Les miroirs aux alouettes des Mark Zuckerberg ou des Steve Jobs et les exigences de nos concitoyen·nes, « Si nous voulons répondre à ces attentes, nous devons détourner notre regard du paradis et le poser sur terre ».

    Je conseille de lire le texte de Fred Turner, de regarder les photographies de Mary Beth Meehan en lisant les courts récits, « Si nous aspirons à l’excellence technologique, pourquoi n’avons-nous pas la même exigence en étant bons les uns envers les autres ? », puis de revenir à l’essai.

    Les images forment avec les mots un ensemble plus que signifiant… Et que dire du papier et des couleurs, de l’épaisseur du livre dans ces dimensions multiples, loin des réductions numériques ou de l’envahissement des technologies plus ou moins intrusives.

    Contre l’instant et les fantasmes technologiques, le temps du regard et de la réflexion.

    Mary Beth Meehan & Fred Turneur : Visages de la Silicon Valley

    Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Valérie Peugeot

    Editions C&F, Caen 2018, 112 pages, 33 euros

    Didier Epsztajn

    #Visages_Silicon_Valley #C&F_éditions #Fred_Turner

  • Twitter was supposed to spread democracy, not Trump’s ravings | John Naughton | Opinion | The Guardian
    https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/aug/19/twitter-supposed-to-spread-democracy-not-trumps-ravings

    Here’s the $64,000 question for our time: how did digital technologies go from being instruments for spreading democracy to tools for undermining it? Or, to put it a different way, how did social media go from empowering free speech to becoming a cornerstone of authoritarian power?

    And then, one day, the internet arrived and the game changed. Suddenly, anyone could be a publisher. Every individual would be able freely to choose what to believe, with whom they would associate and where they would choose to direct their attention. The power of broadcast media would be attenuated. The public sphere could become a free “marketplace of ideas” in which good ideas would drive out the bad. Twitter seemed like the technological instantiation of this ideal: it promoted individual expression and helped to build social networks. Anyone could say anything (well, almost: there were always those vapid “community guidelines”). The first amendment ruled OK.
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    Trump’s capture of the presidency, says Turner, has comprehensively refuted the democratising promise of digital media. The key feature of authoritarian capture is the projection of the charismatic personality of the ruler. In an analogue era, that meant that the bodies or minds of his audience had to be brought together in one place so that he could work his hypnotic magic. Think Nuremberg rallies or regular speeches like the ones Goebbels used to transmit, via the inexpensive radio receivers he dispensed and also by loudspeakers in public places.

    Although Trump has used mini-Nuremberg-style rallies to great effect, he displays most ingenuity in using Twitter to project his charisma. Turner highlights two aspects of this. The first is the way he uses the medium to project his personality: the daft, tempestuous tweets that so infuriate liberals are taken by followers as a sign of his authenticity as a person. He’s “just being himself” – so unlike conventional politicians – and so claims the right to their attention and political support. The second significant aspect is that his tweets come as part of a follower’s twitterstream, interspersed with tweets from friends and a range of other sources. In that way, Trump uses the medium “to insert himself into the company of a user’s chosen conversation partners”, much as Franklin Roosevelt used his “fireside” radio chats during his presidency.

    Turner’s analysis of Trump’s ascendancy is as depressing as it is acute. He concludes that “authoritarian charisma is not medium-dependent. Nor are authentic individuality, the intimate social sphere, or flexible collaborative networks necessarily enemies of totalitarianism.” And it’s not clear what, if anything, can be done to improve things. Of course, Twitter could ban Trump, but with 53.8 million followers it’s unlikely to do that. Mainstream media could start ignoring Trump’s tweets, which effectively allow him to control their news agendas, but they won’t, because he’s good for clicks and circulation. And besides, the guy is, after all, the elected president of the United States. Which, in a way, neatly summarises the problem we’ve got.

    #Twitter #Trump #Fred_Turner

  • Fred Turner : Silicon Valley Thinks Politics Doesn’t Exist - 032c
    https://032c.com/fred-turner-silicon-valley-thinks-politics-doesnt-exist

    Une interview passionnante de Fred Turner sur l’art et la technologie

    Technology isn’t handed down to us by the gods. At 032c, we inspect the components of our digital reality, fully expecting to see ourselves reflected back. In this interview, excerpted from Rhizome’s Seven on Seven conference publication, What’s to be Done?, editor Nora Khan spoke to media theorist Fred Turner about the tech industry’s frontier puritanism, the myth of “neutrality,” and the idealist art on Facebook’s Menlo Park campus.

    #Fred_Turner #Art #Silicon_Valley #Idéologie_californienne