#fred_turner

  • Fred Turner : « Pour lutter contre le nazisme, ils ont voulu produire un homme total, rationnel » - Culture / Next
    https://next.liberation.fr/culture/2015/02/27/pour-lutter-contre-le-nazisme-ils-ont-voulu-produire-un-homme-total-

    Par Marie Lechner — 27 février 2015 à 18:16
    L’historien Fred Turner raconte comment des intellectuels américains ont fait appel à des artistes du Bauhaus et à leur environnement multimédia pour contrer la propagande d’Hitler en 1939. Les écrans peuvent-ils servir l’idéal démocratique ?

    Connu pour sa stimulante enquête Aux sources de l’utopie numérique (C & F Editions, 2012) analysant l’impact de la contre-culture californienne sur l’imaginaire du réseau - en somme les liens entre les hippies et la révolution numérique des années 90 -, Fred Turner est passé à Paris évoquer son dernier livre, The Democratic Surround. Professeur associé à l’université Stanford, en Californie, et résidant à Mountain View, le QG de Google, tel « un anthropologue vivant avec sa tribu », Turner est remonté cette fois dans les années 40 : il s’est intéressé aux efforts des intellectuels, artistes et designers pour produire, face au fascisme, de nouveaux environnements multimédias et polyphoniques censés former des citoyens démocratiques. Traçant des parallèles étonnants entre expositions militantes, happenings d’artistes d’avant-garde et psychédélisme des sixties, Turner invite à réfléchir aux frontières entre information, divertissement, art et propagande. Il démontre ainsi comment ces expérimentations continuent d’influencer nos environnements médiatiques contemporains.

    #Fred_Turner #Cercle_démocratique #Libération #Marie_Lechner

  • Does Facebook Have a Secret Paper Fetish? | Collectors Weekly
    https://www.collectorsweekly.com/articles/facebook-secret-paper-fetish
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    On February 1, 2012, at exactly 5:02 p.m., the day Facebook announced it was finally going public, the company’s CEO, Mark Zuckerberg, posted a photograph of his desk on his personal Facebook page. Along with a MacBook Air, dry-erase marker, and bottle of G Series Gatorade, Zuck’s work station featured a plain white poster bearing the all-caps red message, “STAY FOCUSED & KEEP SHIPPING.”

    “Posters give us something to share back to Facebook.”

    Earlier that day, at 11:48 a.m., Ben Barry posted an image of the same poster on the Facebook Analog Research Lab’s Facebook page with this message: “New posters in the Building 16 2nd floor micro kitchen (by the bridge). Stay focused.”

    How did Barry get the jump on his boss? Well, he printed the poster. As co-founder of the Analog Research Lab, Barry is one of several people at Facebook who carve out time from their other duties to spread Facebook’s grassroots gospel around the company’s campus.

    Since the summer of 2010, when he and another Facebook designer Everett Katigbak (they were hired on the same day in 2008) began filling a Palo Alto warehouse space with printing presses, a darkroom, and even a few woodworking tools, Barry has been letterpressing and screenprinting posters with simple, propaganda-style messages like “DONE IS BETTER THAN PERFECT,” “MOVE FAST AND BREAK THINGS,” and “WHAT WOULD YOU DO IF YOU WEREN’T AFRAID?”

    #Facebook #Usage_art #Ben_Barry #Posters #Fred_Turner

  • Facebook’s Little Red Book | Office of Ben Barry
    https://v1.benbarry.com/display.php?id=4

    As the company of Facebook grew, we faced a lot of challenges. One of them was explaining our company’s mission, history, and culture to new employees. Over the years, a lot of formative company discussions and debates had happened in Facebook Groups, over email, or in person. Those who had been present at the time had context, but for new employees that information was difficult to find, even if you knew what you were looking for. We wanted to try to package a lot of those stories and ideas in one place to give to all employees.

    #Facebook #Little_Red_Book #Art #Silicon_Valley #Fred_Turner

  • L’ADN - Interview de Fred Turner : Comment la Silicon Valleyr réagit au COVID19 et à BlackLivesMatter ?
    https://www.ladn.eu/tech-a-suivre/silicon-valley-covid19-black-lives-matter-interview-fred-turner

    Alors que la pandémie mondiale de COVID-19 est pour les GAFAM une opportunité de marché en or, les grandes entreprises des nouvelles technologies font face à des contestations venues de différents pans de la société américaine.

    Historien, professeur à l’université de Stanford, Fred Turner est un spécialiste de la contre-culture américaine, de l’utopie numérique et de l’histoire des médias américains. Il est notamment l’auteur de Aux sources de l’utopie numérique : De la contre culture à la cyberculture, C&F Editions, 2013. Son prochain essai, qui paraît à l’automne, analyse le marché de l’art dans la Silicon Valley.
    Les Etats-Unis sont le pays le plus touché par la pandémie. Dans le même temps, les entreprises de la Silicon Valley réalisent des profits exceptionnels à la faveur de cette crise. Que dit cette situation des enjeux actuels du pays ?

    Fred Turner : La crise du coronavirus est pour les Big Tech ce que le 11 Septembre 2011 a été pour l’industrie de la défense : une opportunité de marché parfaite. Ces entreprises ont logiquement profité de la crise pour générer du chiffre d’affaires et de la croissance. D’autant que les outils technologiques qui sont utiles pour contenir la pandémie (applications de traçing, données de santé) sont contrôlées par ces mêmes entreprises. Imaginez donc l’opportunité que cette situation représente.

    À mon sens, il s’agit d’un problème social majeur. Notamment parce que l’État américain est incapable d’encadrer ce phénomène. En fait, c’est l’inaction de l’administration qui crée la faille dans laquelle se sont engouffrées les grandes entreprises du numérique. La responsabilité de Donald Trump est immense dans cette situation. Son incompétence est directement responsable de la mort de centaines de milliers de personnes.
    Le pays vit également une période très intense sur le plan des revendications pour la justice sociale, contre le racisme et les violences policières. Comment réagissent les entreprises de la Silicon Valley ?

    F. T. : Il y a deux manières de voir les choses. D’un côté, la Silicon Valley a produit les infrastructures qui permettent au mouvement #BlackLivesMatter de se déployer et aux groupes de se coordonner. Les réseaux sociaux contribuent largement à mettre le mouvement en action. Mais, d’un autre côté, l’enjeu de la diversité ethno-raciale continue d’être très largement ignoré par ces mêmes entreprises dès lors qu’il est question de recrutement. Ce décalage ne se résorbera qu’à une condition : que le mouvement #BlackLivesMatter parvienne à avoir une influence qui ne soit pas que symbolique et performative. Il faut que ce mouvement conduise à un véritable changement institutionnel. J’ai l’habitude de dire que les mouvements sociaux n’ont d’impact que s’ils se transposent de la rue au Congrès. Si le mouvement y parvient, les entreprises devront opérer des changements structurels, elles ne pourront plus se contenter de faire circuler des images ou afficher des déclarations d’intention.
    L’idéologie selon laquelle les entreprises des nouvelles technologies contribuent à « rendre le monde meilleur » est très prégnante. Cette intention contraste-t-elle avec la réalité de ces entreprises ?

    F. T. : Cette idée n’est pas neuve, elle préside à la naissance de la Silicon Valley. Elle a émergé dans la contre-culture américaine au moment de la guerre du Vietnam (1955-1973). L’enjeu était alors d’utiliser le progrès technologique comme un outil pour faire évoluer la société dans le sens de plus de bienveillance, mais aussi d’utilitarisme. À l’époque, l’idée de cette transformation culturelle et technologique laissait déjà largement de côté les populations autochtones, les afro-américains ou les hispaniques.

    L’utopie numérique se pense comme profondément apolitique, or c’est tout l’inverse. La dimension politique est soigneusement évitée dans le discours des GAFAM. Ces dernières années, pour les dirigeants de la tech, les affaires politiques, telles qu’elles ont court à Washington DC, étaient considérées comme de la « politique à papa », quelque chose de dépassé et anachronique. Pour les Big Tech la transformation positive du monde est affaire de réseaux et de technologies. Une technologie performante, mise à disposition du grand nombre, permettra aux utilisateurs et utilisatrices de nouer des liens plus honnêtes, authentiques, et donc de faire société d’une meilleure manière.

    Il faut comprendre que ce positionnement - qui peut paraître simpliste - est aussi excellent pour le business. C’est plus compliqué de remettre en question une entreprise qui explique qu’elle « fait le bien dans le monde ». Par ailleurs, l’une des stratégies pour les dirigeants consiste à brandir les bons résultats financiers comme un argument pour justifier que leur produit a du succès, donc qu’il est bon. Il ne faut jamais oublier que l’aspect financier est au fondement de cette utopie technologique.
    Les Big Tech sont-elles capables de se réformer et de faire évoluer leurs pratiques ?

    F. T. : Je pense qu’un changement structurel ne s’obtient que par la pression exercée de l’extérieur par les institutions en charge de l’intérêt général. L’industrie des nouvelles technologies n’est finalement qu’une industrie parmi tant d’autres, dotée des mêmes rouages. La motivation principale de Facebook, Google ou Apple n’est pas la qualité du service, c’est le profit, comme pour toutes les firmes industrielles. Dans ce contexte, le profit passera toujours avant les conséquences socialement néfastes des produits que ces entreprises développent. C’est dont à l’état et à ses institutions de les réguler.
    L’affaire Cambridge Analytica a-t-elle eu des répercussions concrètes ? Qu’en est-il aujourd’hui, les choses ont-elles changé depuis ?

    F. T. : J’aurais aimé vous dire que les choses se sont arrangées depuis l’affaire Cambridge Analytica, mais ce n’est pas le cas. Nous vivons des Cambridge Analytica tous les jours. C’est directement lié au fait que les plateformes sociales des GAFA sont plus que des « réseaux sociaux », ce sont des espaces de publication de contenu. De ce fait, tout ce qui apparaît devrait être régulé, selon les mêmes règles qui s’appliquent pour les médias et les éditeurs. Or ce n’est pas encore le cas. Des pas timides ont été réalisés, comme par exemple Twitter qui a retiré de sa plateforme les posts émanant du groupe conspirationniste QAnon. Je pense que cette décision est un effet collatéral positif de l’affaire Cambridge Analytica.

    Mais chez Facebook, Mark Zuckerberg, qui assume ses liens avec le financier libertarien Peter Thiel, fait tout ce qui est en son pouvoir pour préserver la fameuse « liberté d’expression ». Dans ce contexte là, liberté d’expression est synonyme d’autorisation implicite à la diffusion de contenus haineux et conspirationnistes par l’alt-right. Tout est fait pour encourager la diffusion de contenus de ce type. Tout ce qui est clivant, stimulant, excitant est valorisé par l’algorithme de Facebook. C’est une manière de susciter les réactions, pour retenir les utilisateurs et utilisatrices plus longtemps et ainsi générer plus de données donc de revenus publicitaires. Mark Zuckerberg dirige une entreprise qui autorise ce genre de publications, les laisse se déployer. En ne prenant pas de mesures strictes, il est indirectement responsable du fait que de nouvelles affaires Cambridge Analytica ont lieu tous les jours.
    Comment répondre à cette menace ?

    F. T. : L’enjeu majeur est la taille de ces entreprises. Lorsque l’on regarde Amazon, Facebook, on voit l’équivalent de la Standard Oil du XIXème siècle [première compagnie majeure des Etats-Unis qui a par la suite dominé le marché mondial, ndlr]. Ou bien l’équivalent des quatre majors de l’automobile au 20ème siècle. Ce sont des multinationales colossales avec un pouvoir d’influence démesuré. L’état américain a la responsabilité de les réguler, comme il l’a fait avec les compagnies pétrolières au 20ème siècle.
    La sénatrice Elizabeth Warren avait fait du démantèlement des GAFAM un pilier de son programme lors de la primaire démocrate. Que pensez-vous de cette proposition ?

    F. T. : Je défends l’idée d’Elizabeth Warren de démanteler les GAFAM, mais je n’ai pas le même avis qu’elle quant à la méthode à appliquer pour le faire. Je me reconnais plus dans les idées que défends Timothy Wu, professeur à l’université Columbia. Nous avons deux options : la première, démanteler purement et simplement les GAFAM. L’autre option consiste à les nationaliser, comme ce qui a été fait au 19ème siècle pour les chemins de fer. Les réseaux sociaux sont devenus des services utilisés chaque jour par des milliards de personnes. Mais, aujourd’hui, on les traite juridiquement comme des objets légaux neutres, alors qu’elles sont tout sauf neutres. Elles ont même une influence majeure sur nos démocraties. Il faut donc un nouveau cadre juridique pour les GAFAM. C’est en substance ce que défend Timothy Wu.
    Shoshana Zuboff, professeure à Harvard, a publié l’an dernier un ouvrage sur le capitalisme de surveillance. En quoi est-il complémentaire avec la réflexion sur le démantèlement des GAFAM ?

    F. T. : Le cadre de réflexion du capitalisme de surveillance est extrêmement puissant. Il permet de rassembler toutes les pièces du puzzle, de les connecter entre elles. La surveillance s’est instillée dans notre vie quotidienne et elle est utilisée pour nous vendre des produits, mais aussi pour nous manipuler en orientant nos comportements. Shoshana Zuboff dévoile l’architecture qui sous-tend ce système. Elle révèle les intérêts de ceux qui l’ont construit mais aussi de ceux qui en profitent : les entreprises mais aussi l’état.
    Cet ouvrage a-t-il rencontré un écho en dehors des cercles universitaires, chez les décideurs politiques notamment ?

    F. T. : La critique de Shoshana Zuboff est systémique, mais le discours public américain est avant tout centré sur l’individu. C’est comme si on n’avait pas le langage pour comprendre les logiques systémiques qui traversent le corps social, précisément parce que l’on ne se concentre que sur la dimension individuelle. De ce fait, aux Etats-Unis, le discours qui consiste à appeler à une politique publique centralisée pour répondre à des problèmes sociaux collectifs, comme le racisme ou les pandémies, a tôt fait de se faire taxer de communiste.

    Friends, watch this great conversation for insight into #SurveillanceCapitalism right now. Comprehension is the first step toward resistance. Thank you, #RightsCon. https://t.co/X14L9zSYpj

    — Shoshana Zuboff (@shoshanazuboff) August 12, 2020

    #Fred_Turner #Interview

  • Un cool road-trip à la rencontre des hippies d’hier et d’aujourd’hui, sur France 5
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/08/15/un-cool-road-trip-a-la-rencontre-des-hippies-d-hier-et-d-aujourd-hui-sur-fra

    D’autres rencontres sont de belles surprises, comme celle avec Fred Turner, professeur à l’université Stanford, auteur d’Aux sources de l’utopie numérique. De la contre-culture à la cyberculture, Steward Brand, un homme d’influence (2012), et heureux propriétaire d’une première édition de The Whole Earth Catalog (Stewart Brand, 1968), « la » référence du mouvement. Ou encore avec l’acteur américain Peter Coyote, membre des Diggers dans les années 1960, un collectif qui fournissait de la nourriture aux plus démunis.

    Sans oublier la musique. La bande-son justifie à elle seule d’écouter le documentaire : With a Little Help from My Friends par Joe Cocker ; Mellow Yellow, de Donovan ; Kozmic Blues, de Janis Joplin ; My Generation, des Who ; The Wind Cries Mary, de Jimi Hendrix ; Like a Rolling Stone, de Bob Dylan… Un héritage indiscutable.

    #Hippies #Fred_Turner

  • [2020.07.15] Ecrans, Images, Cybernétique et Multimédia… | by François Houste | Jul, 2020 | Medium
    https://medium.com/@fhouste/2020-07-15-ecrans-images-cybern%C3%A9tique-et-multim%C3%A9dia-6389bda45f8

    On peut très bien vivre, et s’épanouir, dans cette société des images. Elle est finalement la nôtre depuis plus de 70 ans.

    On peut également chercher à la combattre au nom de l’attention, ou de l’éducation culturelle…

    Mais quelle que soit votre position, il semble important de comprendre les origines de notre monde d’écran, et de réaliser à quel point la culture technologique du XIXe siècle et la culture consumériste de l’après-guerre a dessiné l’âge digital que nous vivons aujourd’hui.

    Cette émergence du Dieu Image est le sujet de pas mal de livres que j’ai eu l’occasion de parcourir au cours des derniers mois. De quoi donner quelques idées de lecture pour l’été, et vous donner envie, peut-être, d’explorer encore plus loin cette civilisation de l’image.

    #Lectures #Image #Histoire_médias #Fred_Turner

  • How the CIA Learned to Rock | The Nation
    https://www.thenation.com/article/culture/wind-of-change-cia

    The CIA had not just an ideology but also an aesthetic. The Cold War was a cultural struggle as well as a political one. To demonstrate the superiority of Western Civilization, and particularly to win over wavering European intellectuals who might be attracted to communism, the agency funded literary magazines like The Paris Review—founding editor Peter Matthiesson was on the CIA’s payroll as a spy—and sponsored exhibits of Abstract Expressionism. In the late 1970s, the journalist Richard Elman researched “the Aesthetics of the CIA” and found documents revealing that the agency seriously considered a suggestion that “T.S. Eliot’s Four Quartets be translated into Russian and dropped by airplane all over the Soviet Union.”

    Instead, the agency even in the 1950s thought that America’s musical strength lay in popular work. In a 1955, Frank Wisner, then deputy director of plans, rejected the idea of sending the New York Ballet to Moscow. “Our initial presentations to Soviet audiences should aim for mass appeal,” Wisner argued. He wanted music that was “expressive of our folklore or unmistakably typical of U.S.” Wisner was particularly interested in works by “negro performers” that would display their “capacity” and “the opportunities they have in U.S. artistic life.” Wisner believed that “first-rate American jazz” would “serve to demonstrate the breadth and vitality of American musicianship.”

    The story of the CIA’s love of popular music is brought up to date in a splendid podcast called Wind of Change, by New Yorker journalist Patrick Radden Keefe. In the eight-episode series, Keefe investigates the rumor that CIA agents composed the ballad “Wind of Change,” first performed in 1989 by the German heavy metal group Scorpions and released the following year. The song was a huge hit on both sides of the Iron Curtain, becoming a kind of unofficial anthem for the end of communism.

    The podcast is very much a detective story, and like all whodunits deserves to be left spoiler-free. But one of its strengths is that Keefe places his story fully in the context of the CIA’s history of arts patronage.

    As Keefe observes, “We think of culture—or we want to think of culture—as organic and spontaneous, as purer than politics. Nina Simone clearly did. She felt it gave her a deep connection to the people she met in Nigeria. So it is really unsettling to learn that the hidden hand of government was at work. It’s a feeling of dispossession, like someone picked your pocket.”

    #CIA #Culture #Patrick_Radden_Keefe #Nina_Simone #Fred_Turner #Democratic_surround

  • Visages de la Silicon Valley, Fred Turner et Mary Beth Meehan -
    http://danactu-resistance.over-blog.com/2019/04/visages-de-la-silicon-valley-fred-turner-et-mary-beth-

    A l’automne dernier les éditions C&F, basées à Caen, ont publié un ouvrage d’une grande originalité, intitulé Visages de la Silicon Valley, un essai signé Fred Turner avec des photographies et récits de Mary Beth Meehan.

    Quand on lit ou entend ces deux mots , Silicon Valley, formant un lieu géographique célèbre en Californie, aussitôt l’on pense, technologies de pointe, Google, IBM, Microsoft, Facebook, et autres Apple, Tesla. Les gros bataillons de la super start-up nation nord-américaine que Macron voudrait bien installer en France. Certes sont bien là, le soleil, les innovations qui nous changent, parfois, la vie et les symboles de la réussite économique, concentrés sur quelques kilomètres carrés.

    Pourtant comme le savent les cinéphiles, depuis Quai des brumes (Carné, Prévert) il est utile de voir les choses cachées derrière les choses. Voilà pourquoi ce livre, Visages de la Silicon Valley, à la fois un superbe livre de photographies et un ensemble de textes, nous a particulièrement surpris. Que se cache-t-il derrière les mythes de la Silicon Valley où semblerait se construire le futur de notre monde, ou du moins de leur monde ? Quels sont les visages cachées derrière ceux des grands dirigeants des multinationales, diffusés en boucle dans tous les médias du monde ?

    S’il nous semble difficile de qualifier d’essai, l’introduction en une demi-douzaine de pages de Fred Turner, le livre nous offre, dans un beau format, un superbe reportage photos de Mary Beth Meehan. Chaque cliché est accompagné d’un petit récit le contextualisant. Photographe indépendante, son travail a été publié et exposé dans le monde entier. Nominée deux fois pour le prestigieux prix Pulitzer, elle anime aussi des conférences et ateliers à l’Université de Brown ou à l’école de Design de Rhode Island. Cela débute par Cristobal,vétéran de l’armée américaine durant sept ans, dont trois dans l’Irak en guerre, aujourd’hui agent de sécurité chez Facebook, il gagne une vingtaine de dollars de l’heure, et vu le prix de l’immobilier dans la Silicon Valley, il vit dans un abri au fond d’une cour à Mountain View ! Il constate que les immenses richesses des grandes entreprises ne ruissellent pas vraiment.

    Victor, 80 ans, qui survit dans une petite caravane, au milieu d’autres, non loin du magnifique campus de Google. Ni électricité, ni eau. Et aussi Mary, venue d’un village en Ouganda où elle enseignait l’anglais dans toute l’Afrique, venue rejoindre sa fille, et qui voudrait bien repartir : « C’est la solitude ici, tellement de solitude. »

    Ainsi se succèdent les portraits, magnifiques photographies et textes édifiants, matérialisme partout, spiritualité nulle part, argent coulant à flots mais pas pour tous. Précarité, pauvreté, invisibilité, et parfois peur, l’envers terrible de ce que l’on appelait jadis, le rêve américain !

    Dan29000

    Visages de la Silicon Valley
    Mary Beth Meehan, Fred Turner
    Éditions C&F
    2018 / 112 p / 25 euros

    #Mary_Beth_Meehan #Fred_Turner #Visages_Silicon_Valley #Silicon_Valley

  • Fred Turner, Aux sources de l’utopie numérique. De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand un homme d’influence
    https://journals.openedition.org/questionsdecommunication/8619

    Fred Turner revisite l’histoire des origines intellectuelles et sociales de l’internet en suivant le parcours de Stewart Brand, un « entrepreneur réticulaire » (p. 41). L’ouvrage s’ouvre sur une interrogation : comment se fait-il que le mot révolution soit sur toutes les bouches à l’évocation des technologies numériques alors qu’elles étaient le symbole d’un système inhumain qui a mis le monde au bord de l’apocalypse nucléaire ? Pour y répondre, l’auteur s’attache à retracer les origines de l’utopie numérique dans la trajectoire de Stewart Brand, au croisement des mondes sociaux, des idéologies et des objets technologiques.

    #Fred_Turner #Utopie_numérique #Histoire_numérique

  • 44 intellectuels pour penser le numérique
    https://www.franceculture.fr/numerique/44-intellectuels-pour-penser-le-numerique

    Making-of – en 2015, Soft Power consacrait une émission aux penseurs du numérique. Quatre ans plus tard, une mise à jour s’imposait tant les débats et réflexions se poursuivent. Voici la sélection de toute l’équipe et de ses chroniqueurs, sans oublier quelques recommandations faites sur les réseaux sociaux.

    Qui sont ces intellectuels, ces historiens, ces chercheurs ou sociologues, mais aussi ces ingénieurs ou ces iconoclastes, qui ont inventé ou décrypté le Web ? Inventaire à la Prévert, me direz-vous, certes, mais occasion aussi pour faire le point sur l’état de la pensée du Web – et mettre en avant quelques grands noms ou idées fortes avec lesquelles nous vivons désormais chaque jour.

    #Internet #Culture_numérique #Fred_Turner #danah_boyd

  • La redécentralisation du web [La voix est libre]
    https://radio.picasoft.net/co/2019-06-14.html

    L’interview

    Hervé Le Crosnier, C&F Édition

    Peux-tu te présenter en quelques mots, ainsi que ta maison d’édition C&F Éditions, qui propose de nombreux essais sur la culture numérique, le fonctionnement d’Internet, la question des libertés informatiques, les communs...

    On peut citer : "L’appétit des géants" d’Olivier Ertzscheid, "Surveillance" de Tristan Nitot, ou "Cyberstructure" de Stéphane Bortzmeyer, des auteurs qu’on essaiera d’inviter dans la voix est libre.

    On souhaiterait que tu nous parles un peu d’un ouvrage qui vient compléter l’histoire d’Internet telle qu’on la connaît : Aux sources de l’utopie numérique de Fred Turner, qui retrace notamment le parcours de Steward Brand. Peut-être pour commencer, tu peux nous présenter Fred Turner et nous rappeler qui est ce Steward Brand, ce n’est pas une figure très connue de l’histoire d’Internet, n’est ce pas ?

    La thèse de Fred Turner est que la naissance d’Internet est marquée par la contre-culture, la culture hippie et sa diffusion dans les université américaines. On peut donc faire un parallèle entre le caractère décentralisé par construction d’Internet et le lieu et le temps dans lequel il naît, en 1969, c’est à dire un an après mais 68, sur la côté Ouest des États Unis, c’est à dire un des hauts lieux de la culture hippie.

    Les livres de C&F sont publiés sous une licence Édition Équitable : tu refuses les DRM et tu proposes que « Le lecteur/lectrice a le droit de faire circuler le document édité au sein de son cercle de proximité (y compris élargi à ses amis proches). Toutefois, cette liberté ne permet pas de rompre l’équilibre et l’équité en diffusant massivement ou à des inconnus ».

    Ça ne fait donc pas tout à fait des livres que tu publies des communs, un concept que tu connais bien. Une licence complètement libre, ça te semble trop risqué d’un point de vue d’une maison d’édition ?

    #C&F_éditions #Fred_Turner

  • BALLAST | Visages de la Silicon Valley
    https://www.revue-ballast.fr/cartouches-40

    En quelques décennies, la Silicon Valley est devenue la terre promise du capitalisme technologique. Sur les trois dernières années, 19 000 brevets y ont été déposés, 47 000 nouveaux emplois créés et cinq millions et demi de mètres carrés de locaux commerciaux construits. Dans un essai introductif, Fred Turner la compare au Plymouth du XVIIe siècle, où les Pères pèlerins s’installèrent pour former une « communauté de saints », résolument tournés vers un « paradis à venir ». Mais sous le vernis de ce temple de l’innovation, créé pour des « entrepreneurs mâles et blancs », nul besoin de gratter longtemps pour découvrir une réalité peu reluisante. À travers une série de portraits d’habitants de la vallée, Mary Beth Meehan fait ressortir l’anxiété, l’insécurité et la solitude, omniprésentes, que ce soit pour ce vétéran agent de sécurité chez Facebook, obligé d’habiter un abri au fond d’un jardin, ce couple vivant dans un air pollué au TCE, solvant cancérogène utilisé en masse avant que la production de composants électroniques ne soit délocalisée en Asie, cet ouvrier qui a eu la mauvaise idée de parler de syndicalisme dans une usine Tesla, ou encore ces innombrables migrants qui viennent chercher un travail dans la restauration, le ménage, etc. Le modèle de société développé sur ce minuscule territoire a tout d’une dystopie obéissant aux préceptes du darwinisme social : les places de winner se font de plus en plus rares ; même la classe moyenne, incapable de suivre la flambée des prix de l’immobilier, est progressivement éjectée ; de nombreuses familles vivent sur des terres toxiques, provoquant fausses couches et maladies congénitales ; et un enfant sur dix vit dans la pauvreté, alors que le revenu moyen par habitant est deux fois supérieur à la moyenne nationale. Comme le dit si bien Branton, passé par une usine Tesla : « Avec les conneries d’Elon [Musk], nous allons tous y perdre. » [M.H.]

    #Visages_Silicon_Valley #Mary_Beth_Meehan #C&F_éditions #Fred_Turner

  • Lu sur le Net : Visages de la Silicon Valley
    https://epi.asso.fr/revue/lu/l1812b.htm

    Visages de la Silicon Valley

    Fred Turner et Mary Beth Meehan, cf édition, novembre 2018, 33 euros.

    https://cfeditions.com

    « Si nous aspirons à l’excellence technologique, pourquoi n’avons-nous pas la même exigence en étant bons les uns envers les autres ? »

    Un rapport paru récemment aux États-Unis le souligne : la Silicon Valley, au delà de l’image mythique des « hommes dans un garage qui changent le monde » est avant tout un haut lieu de l’inégalité sociale, de l’exclusion et de la pollution. 90 % des employés de Californie gagnant aujourd’hui moins qu’en 1997 ! Ce qui renforce la vie sans logis et les autres formes de ségrégation que les photographies de Mary Beth Meehan donnent à voir concrètement.

    Fred Turner et Mary Beth Meehan ont choisi d’explorer la Silicon Valley par l’image. Une enquête de sociologie photographique sur les habitants réels de ce haut lieu technologique, accompagnée de récits de vie poignants.

    L’essai de Fred Turner, qui étudie l’évolution de la Silicon Valley depuis des années, pointe la responsabilité des entreprises de technologie et demande qu’un véritable grand dessein soit convoqué, capable d’améliorer vraiment la vie de tous.

    On peut lire un extrait spécimen de ce livre :
    https://cfeditions.com/visages/ressources/visages_specimen.pdf

    _________________
    Association EPI
    Décembre 2018

    #Visage_Silicon_Valley #Mary_Beth_Meehan #Fred_Turner #C&F_éditions

  • Visages de la Silicon Valley
    Mary Beth Meehan (photographies et récits)
    et Fred Turner (essai)
    C&F éditions, octobre 2018.
    https://cfeditions.com/visages

    Cet ouvrage pourrait être qualifié de "sociologie par l’image" : en présentant des portraits et des récits de vie, en les insérant dans des photos de l’environnement (dégradé) de la Valley, il s’agit de comprendre le type d’inquiétude qui traverse tous les habitants de cette région.

    Alors que pour le monde entier, la Silicon Valley est associée à la richesse, à la liberté et à l’innovation, pour celles et ceux qui y vivent, c’est plutôt un monde stressant. En s’intéressant aux personnes qui font vivre la région, mais n’en tirent pas les bénéfices des milliardaires des licornes, on mesure les inégalités, mais aussi la dégradation de l’environnement, parmi les plus pollués des États-Unis.

    Mais c’est en photographiant les personnes qui s’en sortent bien que Mary Beth Meehan sait encore mieux montrer le caractère anxiogène et l’insécurité qui façonnent ce coin de terre.

    En reprenant la parabole des premiers "pilgrims" voulant construire en Amérique une "cité idéale", Fred Turner donne des clés prises dans l’histoire et la culture des États-Unis pour appréhender le "mythe" de la Silicon Valley.

    Mais au delà de la sociologie, c’est aussi à des rencontres très fortes que les photographies nous conduisent. Tous ces gens qui témoignent les yeux dans l’appareil photo d’un rêve devenu dystopie.

    A mettre dans toutes les mains.

    Bonne lecture,

    Quelques articles sur ce livre :

    Les ombres de la Silicon Valley | Portfolios | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/studio/portfolios/les-ombres-de-la-silicon-valley

    Les invisibles de la Silicon Valley
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/06/les-invisibles-de-la-silicon-valley_5393357_3232.html

    « La Silicon Valley nous montre à quoi ressemble le capitalisme déchaîné »
    https://usbeketrica.com/article/silicon-valley-capitalisme-dechaine

    Des histoires ou des expériences cachées et l’histoire publique d’un lieu | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2018/12/12/des-histoires-ou-des-experiences-cachees-et-lhistoire-p

    Silicon Valley : une artiste photographie ses communautés oubliées
    https://www.ladn.eu/mondes-creatifs/oublies-silicon-valley

    Visages de la Silicon Valley | Cultures de l’Information
    https://cultinfo.hypotheses.org/407

    #Fred_Turner #Mary_Beth_Meehan #Visages_Silicon_Valey #Silicon_Valley #Photographie #C&F_éditions

  • [Essay] Machine Politics by Fred Turner | Harper’s Magazine
    https://harpers.org/archive/2019/01/machine-politics-facebook-political-polarization

    The rise of the internet and a new age of authoritarianism

    par Fred Turner

    “The Goliath of totalitarianism will be brought down by the David of the microchip,” Ronald Reagan said in 1989. He was speaking to a thousand British notables in London’s historic Guildhall, several months before the fall of the Berlin Wall. Reagan proclaimed that the world was on the precipice of “a new era in human history,” one that would bring “peace and freedom for all.” Communism was crumbling, just as fascism had before it. Liberal democracies would soon encircle the globe, thanks to the innovations of Silicon Valley. “I believe,” he said, “that more than armies, more than diplomacy, more than the best intentions of democratic nations, the communications revolution will be the greatest force for the advancement of human freedom the world has ever seen.”

    At the time, most everyone thought Reagan was right. The twentieth century had been dominated by media that delivered the same material to millions of people at the same time—radio and newspapers, movies and television. These were the kinds of one-to-many, top-down mass media that Orwell’s Big Brother had used to stay in power. Now, however, Americans were catching sight of the internet. They believed that it would do what earlier media could not: it would allow people to speak for themselves, directly to one another, around the world. “True personalization is now upon us,” wrote MIT professor Nicholas Negroponte in his 1995 bestseller Being Digital. Corporations, industries, and even whole nations would soon be transformed as centralized authorities were demolished. Hierarchies would dissolve and peer-to-peer collaborations would take their place. “Like a force of nature,” wrote Negroponte, “the digital age cannot be denied or stopped.”

    One of the deepest ironies of our current situation is that the modes of communication that enable today’s authoritarians were first dreamed up to defeat them. The same technologies that were meant to level the political playing field have brought troll farms and Russian bots to corrupt our elections. The same platforms of self-expression that we thought would let us empathize with one another and build a more harmonious society have been co-opted by figures such as Milo Yiannopoulos and, for that matter, Donald Trump, to turn white supremacy into a topic of dinner-­table conversation. And the same networked methods of organizing that so many thought would bring down malevolent states have not only failed to do so—think of the Arab Spring—but have instead empowered autocrats to more closely monitor protest and dissent.

    If we’re going to resist the rise of despotism, we need to understand how this happened and why we didn’t see it coming. We especially need to grapple with the fact that today’s right wing has taken advantage of a decades-long liberal effort to decentralize our media. That effort began at the start of the Second World War, came down to us through the counterculture of the 1960s, and flourishes today in the high-tech hothouse of Silicon Valley. It is animated by a deep faith that when engineering replaces politics, the alienation of mass society and the threat of totalitarianism will melt away. As Trump fumes on Twitter, and Facebook posts are linked to genocide in Myanmar, we are beginning to see just how misplaced that faith has been. Even as they grant us the power to communicate with others around the globe, our social-­media networks have spawned a new form of authoritarianism.

    #Fred_Turner #Autoritarisme #Médias_sociaux #Mobilisation #Extrême_droite

  • Des histoires ou des expériences cachées et l’histoire publique d’un lieu | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2018/12/12/des-histoires-ou-des-experiences-cachees-et-lhistoire-p

    par Didier Epsztajn

    Un livre à plusieurs voix. Fred Turner introduit par un court essai « Le mythe de la Silicon Valley », Mary Beth Meehan propose des photographies accompagnées ou non de récits. Loin des clichés et des images mythiques, un espace géographique et social incarné par des visages et des mots.

    Un lieu représentatif de « la mythologie américaine ». En fait de la mythologie étasunienne, les habitant·es des Usa semblent ne compter les autres américain·es que comme quantité négligeable. Fred Turner relie le mythe à d’autres mythes dans l’histoire de ce pays, « La Silicon Valley est « la cité sur la colline » de notre génération et les yeux du monde sont posés sur elle ». Les choses que l’on peut voir et ce qui est caché sous terre, les produits chimiques hautement toxiques enfouis par des entreprises locales entre les années 60 et 80 – la production est aujourd’hui externalisée et les déchets toxiques délocalisés… La terre empoisonnée, les effets sur la santé des habitant·es, les coûts du développement technologique comme effacé par l’enfouissement d’abord et la délocalisation ensuite. Derrière le soleil radieux et le vert des prairies des sources de mort, l’autre face de la technologie.

    Fred Turner revient sur l’histoire des Pères pèlerins, l’éthique protestante, « C’est au prix d’un rejet de leur propre humanité et de celle des peuples autochtones qui les avaient accueillis, que ces Puritains espéraient devenir une communauté de saints », la mainmise sur les richesses et la gloire « méritée », les puritains et la croyance en la prédestination. Aujourd’hui, des entrepreneurs de légende, les jeunes hommes blancs idéalisés de la valley, « Les connotations religieuses des histoires entrepreneuriales masquent la surreprésentation masculine et blanche parmi les élus de la vallée », dans l’oubli pour ne pas dire la négation des ouvrier·es qui ont construit ou entretenu les infrastructures et les bâtiments. L’auteur indique que plus de cinq cents mille migrant·es ont emménagé dans la zone de la baie de San Francisco durant les cinq dernières années et qu’en 2018, « 38% de la population vivant dans la vallée est née hors des Etats-Unis et plus de la moitié s’exprime à la maison dans une autre langue que l’anglais ». Il parle de l’extrême concentration de richesse, « La Silicon Valley n’est pas seulement l’une des régions les plus riches des Etats-Unis, c’est aussi l’une de celles où les inégalités sont les plus marquées », des prix exorbitants des logements, et, de la pauvreté qui touche un·e enfant sur dix, de déficits alimentaires, de celles et ceux dont les revenus ne leur permettent pas d’être « autosuffisants ». Pour reprendre le langage religieux des pères fondateurs, « Dieu a favorisé ceux qui pensaient ne pas avoir de race, ceux qui pouvaient tourner leur esprit vers l’étude de la Bible et leurs yeux vers le paradis à venir, dans lequel tous les corps se fondraient et seul l’esprit pur subsisterait »…

    N’essaye-t-on pas de nous faire croire à la « dématérialisation, » aux avenirs forcément radieux, aux possibilités soi-disant presque infinies des nouvelles technologies, dans le déni des conditions sociales de production, des matériaux dangereux utilisés, du gaspillage énergétique, des conditions de travail et d’exploitations des un·es et des dividendes d’autres…

    Les miroirs aux alouettes des Mark Zuckerberg ou des Steve Jobs et les exigences de nos concitoyen·nes, « Si nous voulons répondre à ces attentes, nous devons détourner notre regard du paradis et le poser sur terre ».

    Je conseille de lire le texte de Fred Turner, de regarder les photographies de Mary Beth Meehan en lisant les courts récits, « Si nous aspirons à l’excellence technologique, pourquoi n’avons-nous pas la même exigence en étant bons les uns envers les autres ? », puis de revenir à l’essai.

    Les images forment avec les mots un ensemble plus que signifiant… Et que dire du papier et des couleurs, de l’épaisseur du livre dans ces dimensions multiples, loin des réductions numériques ou de l’envahissement des technologies plus ou moins intrusives.

    Contre l’instant et les fantasmes technologiques, le temps du regard et de la réflexion.

    Mary Beth Meehan & Fred Turneur : Visages de la Silicon Valley

    Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Valérie Peugeot

    Editions C&F, Caen 2018, 112 pages, 33 euros

    Didier Epsztajn

    #Visages_Silicon_Valley #C&F_éditions #Fred_Turner

  • Twitter was supposed to spread democracy, not Trump’s ravings | John Naughton | Opinion | The Guardian
    https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/aug/19/twitter-supposed-to-spread-democracy-not-trumps-ravings

    Here’s the $64,000 question for our time: how did digital technologies go from being instruments for spreading democracy to tools for undermining it? Or, to put it a different way, how did social media go from empowering free speech to becoming a cornerstone of authoritarian power?

    And then, one day, the internet arrived and the game changed. Suddenly, anyone could be a publisher. Every individual would be able freely to choose what to believe, with whom they would associate and where they would choose to direct their attention. The power of broadcast media would be attenuated. The public sphere could become a free “marketplace of ideas” in which good ideas would drive out the bad. Twitter seemed like the technological instantiation of this ideal: it promoted individual expression and helped to build social networks. Anyone could say anything (well, almost: there were always those vapid “community guidelines”). The first amendment ruled OK.
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    Trump’s capture of the presidency, says Turner, has comprehensively refuted the democratising promise of digital media. The key feature of authoritarian capture is the projection of the charismatic personality of the ruler. In an analogue era, that meant that the bodies or minds of his audience had to be brought together in one place so that he could work his hypnotic magic. Think Nuremberg rallies or regular speeches like the ones Goebbels used to transmit, via the inexpensive radio receivers he dispensed and also by loudspeakers in public places.

    Although Trump has used mini-Nuremberg-style rallies to great effect, he displays most ingenuity in using Twitter to project his charisma. Turner highlights two aspects of this. The first is the way he uses the medium to project his personality: the daft, tempestuous tweets that so infuriate liberals are taken by followers as a sign of his authenticity as a person. He’s “just being himself” – so unlike conventional politicians – and so claims the right to their attention and political support. The second significant aspect is that his tweets come as part of a follower’s twitterstream, interspersed with tweets from friends and a range of other sources. In that way, Trump uses the medium “to insert himself into the company of a user’s chosen conversation partners”, much as Franklin Roosevelt used his “fireside” radio chats during his presidency.

    Turner’s analysis of Trump’s ascendancy is as depressing as it is acute. He concludes that “authoritarian charisma is not medium-dependent. Nor are authentic individuality, the intimate social sphere, or flexible collaborative networks necessarily enemies of totalitarianism.” And it’s not clear what, if anything, can be done to improve things. Of course, Twitter could ban Trump, but with 53.8 million followers it’s unlikely to do that. Mainstream media could start ignoring Trump’s tweets, which effectively allow him to control their news agendas, but they won’t, because he’s good for clicks and circulation. And besides, the guy is, after all, the elected president of the United States. Which, in a way, neatly summarises the problem we’ve got.

    #Twitter #Trump #Fred_Turner

  • Fred Turner : Silicon Valley Thinks Politics Doesn’t Exist - 032c
    https://032c.com/fred-turner-silicon-valley-thinks-politics-doesnt-exist

    Une interview passionnante de Fred Turner sur l’art et la technologie

    Technology isn’t handed down to us by the gods. At 032c, we inspect the components of our digital reality, fully expecting to see ourselves reflected back. In this interview, excerpted from Rhizome’s Seven on Seven conference publication, What’s to be Done?, editor Nora Khan spoke to media theorist Fred Turner about the tech industry’s frontier puritanism, the myth of “neutrality,” and the idealist art on Facebook’s Menlo Park campus.

    #Fred_Turner #Art #Silicon_Valley #Idéologie_californienne

  • Des hippies aux Gafam : « L’utopie numérique doit être réenchantée »
    https://www.nouvelobs.com/societe/mai-68/20180511.OBS6527/des-hippies-aux-gafam-l-utopie-numerique-doit-etre-reenchantee.html

    Ce n’est pas un hasard si la Silicon Valley s’est implantée tout près de San Francisco, foyer de la contre-culture américaine des années 1960 : la pensée qui a présidé au développement de la micro-informatique puis d’Internet doit beaucoup aux hippies, comme l’a bien montré le sociologue américain Fred Turner. Mais les rêves des années 1970 et 1980, qui faisaient des technologies numériques une porte d’entrée vers un monde meilleur, ont volé en éclats face aux réalités de la nouvelle économie.

    Fred Turner est professeur de sciences de la communication et d’histoire des médias à l’université Stanford, en Californie. Outre « Aux sources de l’utopie numérique », un autre de ses ouvrages a été traduit en français : « le Cercle démocratique. Le design multimédia, de la Seconde Guerre mondiale aux années psychédéliques » (C&F Éditions, 2016).

    #Fred_Turner #C&F_éditions #Utopie #Silicon_Valley

  • Silicon Valley’s Sixty-Year Love Affair with the Word “Tool” | The New Yorker
    https://www.newyorker.com/tech/elements/silicon-valleys-sixty-year-love-affair-with-the-word-tool

    In the written remarks that Mark Zuckerberg, the C.E.O. of Facebook, submitted in advance of his testimony on Capitol Hill this week, he used the word “tool” eleven times. “As Facebook has grown, people everywhere have gotten a powerful new tool to stay connected to the people they love, make their voices heard, and build communities and businesses,” Zuckerberg wrote. “We have a responsibility to not just build tools, but to make sure those tools are used for good.” Later, he added, “I don’t want anyone to use our tools to undermine democracy.” In his testimony before the Senate Judiciary and Commerce Committees on Tuesday, Zuckerberg referred to “these tools,” “those tools, “any tool,” “technical tools,” and—thirteen times—“A.I. tools.” On Wednesday, at a separate hearing of the House Energy and Commerce Committee, a congressman from Florida told Zuckerberg, “Work on those tools as soon as possible, please.”

    What’s in a tool? The Oxford English Dictionary will tell you that the English word is more than a thousand years old and that, since the mid-sixteenth century, it has been used as the slur that we’re familiar with today.

    In Silicon Valley, according to Siva Vaidhyanathan, a professor at the University of Virginia whose book about Facebook, “Antisocial Media,” is due out in September, “Tools are technologies that generate other technologies.” When I asked an engineer friend who builds “developer tools” for his definition, he noted that a tool is distinct from a product, since a product is “experienced rather than used.” The iTunes Store, he said, is a product: “there are lots of songs you can download, but it’s just a static list.” A Web browser, by contrast, is a tool, because “the last mile of its use is underspecified.”

    Yesterday was not Zuckerberg’s first time being called in and interrogated about a Web site that he created. In the fall of 2003, when he was a sophomore at Harvard, a disciplinary body called the Ad Board summoned him to answer questions about Facemash, the Facebook precursor that he had just released. Using I.D. photos of female undergraduates scraped from the university’s online directories, Facemash presented users with pairs of women and asked them to rank who was “hotter.” (“Were we let in for our looks? No,” the site proclaimed. “Will we be judged on them? Yes.”) By 10 P.M. on the day Facemash launched, some four hundred and fifty visitors had cast at least twenty-two thousand votes. Several student groups, including Fuerza Latina and the Harvard Association of Black Women, led an outcry. But Zuckerberg insisted to the Ad Board that he had not intended to “insult” anyone. As the student newspaper, the Crimson, reported, “The programming and algorithms that made the site function were Zuckerberg’s primary interest in creating it.” The point of Facemash was to make a tool. The fact that it got sharpened on the faces of fellow-students was incidental.

    The exaltation of tools has a long history in the Bay Area, going back to the late nineteen-sixties, when hippie counterculture intersected with early experiments in personal computing. In particular, the word got its cachet from the “Whole Earth Catalog,” a compendium of product reviews for commune dwellers that appeared several times a year, starting in 1968, and then sporadically after 1972. Its slogan: “Access to tools.” The publisher of the “Catalog,” Stewart Brand—a Stanford-trained biologist turned hippie visionary and entrepreneur—would later call it “the first instance of desktop publishing.” Steve Jobs, in his 2005 commencement address at Stanford, described it as “one of the bibles of my generation.” The “Catalog,” Jobs said, was “Google in paperback form, thirty-five years before Google came along. It was idealistic, and overflowing with neat tools and notions.” Jobs’s biographer, Walter Isaacson, quotes Brand as saying that the Apple co-founder was a kindred spirit; in designing products, Jobs “got the notion of tools for human use.” With the rise of personal computing, the term “tools” migrated from communes to software. The generation of tech leaders who grew up taking P.C.s and the World Wide Web for granted nevertheless inherited an admiration for Brand. In 2016, for instance, Facebook’s head of product, Chris Cox, joined him onstage at the Aspen Ideas Festival to give a talk titled “Connecting the Next Billion.”

    Tool talk encodes an entire attitude to politics—namely, a rejection of politics in favor of tinkering. In the sixties, Brand and the “Whole Earth Catalog” presented tools as an alternative to activism. Unlike his contemporaries in the antiwar, civil-rights, and women’s movements, Brand was not interested in gender, race, class, or imperialism. The transformations that he sought were personal, not political. In defining the purpose of the “Catalog,” he wrote, “a realm of intimate, personal power is developing—power of the individual to conduct his own education, find his own inspiration, shape his own environment, and share his adventure with whoever is interested.” Like Zuckerberg, Brand saw tools as a neutral means to engage any and every user. “Whole Earth eschewed politics and pushed grassroots direct power—tools and skills,” he later wrote. If people got good enough tools to build the communities they wanted, politics would take care of itself.

    #Facebook #Fred_Turner #Stewart_Brand #Tools
    This idea became highly influential in the nineties, as the Stanford historian Fred Turner demonstrates in his book “From Counterculture to Cyberculture.” Through Wired magazine, which was founded by Brand’s collaborator Kevin Kelly, the message reached not just Silicon Valley but also Washington. The idea that tools were preferable to politics found a ready audience in a decade of deregulation. The sense that the Web was somehow above or beyond politics justified laws that privatized Internet infrastructure and exempted sites from the kinds of oversight that governed traditional publishers. In other words, Brand’s philosophy helped create the climate in which Facebook, Google, and Twitter could become the vast monopolies that they are today—a climate in which dubious political ads on these platforms, and their casual attitudes toward sharing user data, could pass mostly unnoticed. As Turner put it in a recent interview with Logic magazine (of which I am a co-founder), Brand and Wired persuaded lawmakers that Silicon Valley was the home of the future. “Why regulate the future?” Turner asked. “Who wants to do that?”

  • Le 1 hebdo - « La silicon valley est une île » - Fred Turner en interview
    https://le1hebdo.fr/journal/numero/192/la-silicon-valley-est-une-le-2701.html

    Fred Turner, historien

    Comment définir géographiquement la Silicon Valley ?

    Historiquement, ce qu’on appelle la Silicon Valley est une zone allant du sud de San Francisco jusqu’à la ville de San José. Mais, ces dernières années, elle s’est étendue au quartier de South of Market, au cœur de San Francisco, laquelle est accessoirement devenue la ville-dortoir des industries implantées dans la Silicon Valley.

    Quand la Silicon Valley est-elle née ?

    Tout a commencé au début du XXe siècle. La région, longtemps agricole, a vu s’installer une zone de développement des industries de radio entre 1900 et 1920.

    #Silicon_Valley #Fred_Turner

  • L’empire des GAFA
    https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-des-idees/le-journal-des-idees-du-mercredi-07-mars-2018

    Le Journal des idées par Jacques Munier

    La rencontre entre la culture militaire et la contre-culture

    Fred Turner, directeur du département des sciences de la communication de l’université Stanford retrace l’histoire de la Silicon Valley, ainsi nommée en référence au matériau de base des composants électroniques, le silicium. La côte ouest des Etats-Unis est traditionnellement investie par l’industrie militaire, dont la prospérité a largement bénéficié aux entreprises technologiques locales, c’est pourquoi l’historien résume l’efflorescence de l’économie numérique dans les années 60 comme le fruit paradoxal de « la rencontre entre la culture militaire et la contre-culture ». Ce sont des ingénieurs militaires qui ont fourni leurs premières puces électroniques à Steve Jobs et Steve Wozniak, les fondateurs d’Apple. « Historiquement, la culture militaire est bien plus ouverte que les gens ne l’imaginent – explique Fred Turner – et la contre-culture est, dans son versant californien, bien plus à l’aise avec l’idée de commerce que ce qu’on pense. » Mais pour le spécialiste d’histoire culturelle, si des sociétés comme Facebook et Google ont été créées au départ autour de l’idée de bien public, elles se sont progressivement enfermées dans un « palindrome protestant ». Fournir de l’information est bon pour le monde, mais puisque c’est Google qui la fournit, ce qui est bon pour le monde est bon pour Google et inversement. « Et l’argent que nous gagnons en faisant cela est un signe de notre bonté. » Une déclinaison à l’échelle planétaire de l’éthique protestante du capitalisme façon Max Weber, où le chiffre d’affaire est l’indice de l’impact positif sur le monde. Pourtant, observe Fred Turner, Apple, « l’un des membres les plus cyniques de la Vallée se vend comme une entreprise utopiste, alors qu’elle est tout sauf cela. Il suffit d’observer ses pratiques d’approvisionnement et le mal qu’elle fait à l’environnement pour construire les IPhone ».

    #Silicon_valley #Fred_Turner

  • (1) « Afrocyberféminismes » : des pionnières noires du Web aux afroféministes d’aujourd’hui - Libération
    http://www.liberation.fr/debats/2018/02/21/afrocyberfeminismes-des-pionnieres-noires-du-web-aux-afrofeministes-d-auj

    Oulimata Gueye déplore elle aussi le peu de place faite à la question raciale dans l’histoire des technologies de l’information et de la communication. « Le modèle utopique qui a prévalu, autour du livre de Fred Turner Aux sources de l’utopie numérique [dans lequel l’universitaire américain analyse l’impact de la contre-culture hippie sur la révolution numérique] abolit les différences de race, de genre et les frontières, alors que ces histoires restent très masculines, très blanches et classe moyenne », estime Oulimata Gueye, qui appelle à « déconstruire » cette mythologie.

    Je me suis permis d’ajouter un commentaire, car cette approche est biaisée : Fred Turner décrit, et si on lit son texte avec empathie, on voit bien que lui-même serait plutôt d’accord avec Oulimata Gueye.

    Voici le commentaire :
    Cet article est passionnant quand il montre que l’internet n’est pas un produit uniquement occidental.

    Je me permet toutefois de corriger un élément : Fred Turner ne défend pas une utopie numérique blanche et mâle... il la décrit d’une part, et la met en question d’autre part. Il ne faut pas confondre le messager et le message, l’historien qui décrit et l’idéologue qui défendrait. Tout au long de son livre, il articule description et mise en question... et à mon sens, c’est cela qui le rend intéressant.

    Extrait (p. 166) :

    Ce qui n’était pas dans le « Whole earth catalogue » :

    Finalement, quel genre de monde cette élite construirait-elle ? Dans la mesure où le Whole Earth Catalog servirait de modèle à suivre, ce monde serait audacieux, masculin, instruit et blanc. La théorie des systèmes et le pouvoir technologique y seraient vénérés comme vecteurs du changement social. Et il se détournerait des questions de genre, de race, de classe pour s’orienter vers une rhétorique d’émancipation des individus et de petits groupes de personnes.

    Bien que publié dans la période où les Black Panthers et l’American Indian Movement connaissaient leur apogée en tant que mouvements, le Catalogue n’abordait pas les questions d’origine ethnique...

    #Utopie_numérique #Fred_Turner

  • Bonjour,

    Comme vous l’avez peut-être appris, John Perry Barlow est décédé le 7 février des suites de ses problèmes cardiaques. Personnage flamboyant, auteur de la "Déclaration d’indépendance du cyberespace" (8 février 1996, hasard des dates), Barlow occupe une place à part dans la "mythologie" de l’internet. Bien que l’on puisse contester ses idées et son approche libertarienne, il faut lui reconnaître une plume, un style, une énergie hors du commun, qui a marqué très largement les discours sur l’internet et le cyberespace.

    L’auteur de science-fiction cyberpunk Bruce Sterling décrit Barlow en 1992 comme « un pur extraterrestre de la pratique des réseaux informatiques. Il avait une écriture de poète, concise et imagée. Il avait également la perspicacité d’un journaliste, ainsi qu’un esprit loufoque et le sens profond de l’autodérision. Enfin, il était tout simplement doué d’un charme personnel phénoménal. »

    Il est donc tout naturel que John Perry Barlow, et notamment son texte « La déclaration d’indépendance du cyberespace », ait été commenté par les auteur·e·s de C&F éditions. Quelques extraits ci-dessous.

    Olivier Ertzscheid : "L’appétit des géants : pouvoir des algorithmes, ambitions des plateformes"
    https://cfeditions.com/geants

    danah boyd : "C’est compliqué : les vies numériques des adolescents"
    https://cfeditions.com/boyd

    Fred Turner : "Aux sources de l’utopie numérique : de la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand un homme d’influence"
    https://cfeditions.com/utopieNumerique

    Olivier Ertzscheid

    L’auteur de « L’appétit des géants » lui a rendu un hommage très particulier et significatif dans les colonnes de Libération du 9 février. Il propose de ré-écrire la « Déclaration d’indépendance du cyberespace » en version 2018... non plus en s’adressant aux tenants du monde industriel, comme le faisait Barlow en 1996, mais aux géants du monde numérique qui emprisonnent l’énergie des internautes dans leurs systèmes de contrôle et leurs espace privés.

    Extrait :

    « Plateformes aux tons pastels et aux logos colorés, vous géants fatigués aux CGU d’airain et aux algorithmes d’acier, je viens du temps des internets d’avant, où nous n’avions pas de "comptes" mais des pages, où chacun pouvait disposer d’une adresse et n’était pas contraint d’habiter par habitude et par lassitude sous le même grand F bleu qui orne votre jardin fermé, et de vivre dans cette fausse proximité que vous nous avez tant vanté et qui est d’abord une toxique promiscuité.

    Au nom du présent que vous avez institué, je vous demande à vous qui êtes désormais le passé, de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes plus les bienvenus parmi nous. Vous avez trop de souveraineté pour que celle-ci ne soit pas enfin questionnée et abolie. »

    On peut retrouver le texte complet et l’introduction/hommage sur Libération (http://www.liberation.fr/debats/2018/02/09/une-nouvelle-declaration-d-independance-du-cyberespace_1628377) et sur le blog Affordance (http://affordance.typepad.com//mon_weblog/2018/02/nouvelle-declaration-independance-cyberespace-hommage-john-perry )

    danah boyd :

    C’est dans la « Déclaration d’indépendance du cyberespace » que John Perry Barlow utilisa le premier la notion de " digital natives ". Jeune geekette à l’époque de ce texte, danah boyd est resté frappée par la verve de Barlow... mais montre elle aussi combien les dynamiques ont changé, et combien cette notion de "digital natives" est devenu la tarte à la crème des spécialiste du marketing, mais ne représente rien pour les jeunes, ni pour les sociologues.

    extrait :

    « Des manifestes, à l’image de la "Déclaration d’indépendance du cyberespace" de John Perry Barlow en 1996, me parlaient profondément. Barlow disait alors devant les leaders économiques réunis au forum de Davos que la nouvelle « maison de l’Esprit » permettait des « identités sans corps ». J’étais fière d’être une de ces enfants dont il parlait, et qui se vivait comme « native » de cette nouvelle civilisation.

    Vingt ans après, les dynamiques de l’identité en ligne s’avèrent très largement différentes de ce que les premiers adeptes de l’internet avaient imaginé. Même si les jeux en ligne et les mondes virtuels sont populaires parmi certains groupes de jeunes, il existe une différence culturelle majeure entre les sites qui permettent d’endosser un rôle et les médias sociaux, largement plus fréquentés, qui tendent à encourager une atmosphère beaucoup moins fictionnelle. Même si les pseudonymes sont fréquents dans ces environnements, le type de travail de l’identité qui se déroule dans les médias sociaux tels Facebook est très différent de celui que Turkle avait imaginé au départ. De nombreux adolescents aujourd’hui vont en ligne pour socialiser avec des amis qu’ils connaissent dans le monde physique, et ils se définissent eux-mêmes dans des contextes en ligne qui interagissent fortement avec des communautés sociales non-médiées. Ces pratiques, qui encouragent une plus grande continuité entre les mondes en ligne et hors ligne des adolescents, étaient bien moins fréquentes quand j’étais jeune. »

    et

    « La notion de digital natives a des racines politiques, principalement issues du techno-idéalisme américain. Dans sa volonté de contraindre l’élite globale à reconnaître l’importance de la société numérique émergente, John Perry Barlow, un poète reconnu, par ailleurs cyberlibertarien notoire, a forgé ce concept pour diviser le monde entre « eux » et « nous ». Barlow, connu pour avoir été le parolier du groupe The Grateful Dead, savait facilement trouver des mots provocants pour exprimer ses opinions politiques. Ce manifeste lançait un défi explicite aux « gouvernements du monde industriel ». En plaçant ceux qui « venaient du cyberespace » en opposition au monde du passé, il organisait l’affrontement des « natifs » et des « immigrants ».

    Barlow n’était certainement pas le premier à suggérer que les jeunes sont, en raison de leur date de naissance, intimement partie prenante de ce paysage numérique émergent. Mais son langage poétique a mis en relief les craintes implicites d’une fracture générationnelle qui accompagnerait les technologies. En écrivant sa déclaration, il voulait susciter des réactions… et il y est parvenu. Mais beaucoup ont pris sa métaphore au premier degré. Il était fréquent de voir des discours publics mettre en avant l’idée que les « natifs » auraient des pouvoirs et des compétences techniques particulières. L’idée sous-jacente de ces lectures de Barlow est que les adultes doivent craindre ces jeunes qui auraient hérité d’un savoir à leur naissance. »

    Fred Turner

    C’est bien entendu l’historien de l’internet Fred Turner qui offre dans son livre « Aux sources de l’utopie numérique » les hommages comme les critiques les plus soutenues de l’oeuvre et de l’approche de John Perry Barlow.

    Extraits :

    « Barlow rappelait à ses lecteurs « Je vis à barlow@eff.org. C’est là où j’habite. C’est ma maison. Si vous voulez me parler, c’est le seul endroit où vous êtes sûrs de me trouver, à moins que vous ne soyez déjà en face de moi – physiquement. Il est impossible de savoir où je suis. Depuis avril, je ne suis pas resté plus de six jours dans un même lieu. » Dyson et Barlow s’étaient transformés en paquets d’informations, au sens métaphorique, naviguant de conseils d’administration en conférence et agences de presse. Leur perception de l’espace s’était disloquée et s’ils avaient toujours le sentiment d’avoir un foyer, ce dernier était devenu distribué, collant parfaitement à leur idée d’avoir une maison sur la toile.

    De prime abord, la représentation du monde en système d’information telle que le conçoit Kelly s’inscrit fortement dans la pensée d’une époque, celle des années quatre-vingt-dix. Une analogie entre réseaux d’entreprises et écosystèmes naturels sous-tend cette représentation. Une analogie qui imprègne la vision, commune à Barlow et Dyson, d’un monde libéré de sa bureaucratie et guéri de sa schizophrénie grâce à l’internet. Mais à y regarder de plus près, elle pose également une énigme historique. L’idée selon laquelle le monde matériel peut être comparé à un système d’information et modélisé par ordinateur ne date pas de l’internet, mais apparaît bien plus tôt, durant la Seconde Guerre mondiale, dans et autour des laboratoires de recherche financés par l’État, notamment le Radiation Laboratory du MIT. Ces laboratoires ont orienté le développement de l’informatique aux États-Unis.
    [...]
    En 1990, la technologie et les méthodes de management caractérisant le WELL, en sus des réseaux qui s’étaient regroupés autour du système et des organisations proches du Whole Earth, servirent de références pour redefinir le cyberespace lui-même. Cette année-là, John Perry Barlow, expert en informatique, fut unanimement désigné comme la première personne à avoir accolé le mot cyberespace à ce qui n’était encore que le croisement entre les télécommunications et les réseaux informatiques. Puisant largement dans son expérience du WELL, il décrivait ce nouveau cyberespace structuré autour de réseaux informatiques comme une « frontière électronique ». Ce faisant, il bousculait la représentation autrefois dystopienne d’une informatique interconnectée en un espace imaginé pour que les individus puissent se recréer et construire leurs communautés dans les termes provenant des idéaux néo-communalistes. À l’instar des territoires ruraux des années soixante, le cyberespace de Barlow demeurerait au-delà de tout contrôle gouvernemental. Et tout comme un happening ou un Acid Test, il fournirait le décor et les outils au travers desquels les individus entretiendraient des liens intimes et désincarnés entre eux. En invoquant l’image de la frontière électronique, Barlow métamorphosait les normes locales du WELL, notamment son éthique communautarienne dérivée du Whole Earth, son allégeance à une forme de gouvernance non hiérarchique et sa rhétorique cybernétique, en une métaphore universelle de l’informatique en réseau. Dès le milieu des années quatre-vingt-dix, l’image du cyberespace telle que dessinée par Barlow était sans nul doute devenue l’emblème le plus populaire non seulement des formes émergentes de communication via réseaux informatiques, mais également des formes horizontales d’organisation sociale ou encore des modèles dérégulés de transactions économiques.
    [...]

    Durant l’été 90, Barlow se rendit dans les bureaux du VPL Research de Jaron Lanier et endossa une paire de visiophones et de gants de données VPL. Il publia dans Mondo la description suivante de son expérience : « Soudain, je n’ai plus de corps. Tout ce qui reste du fatras vieillissant qui constitue la plupart du temps mon enveloppe corporelle, c’est une main auréolée d’or qui flotte devant moi telle la dague de Macbeth. Je pointe un doigt vers l’étagère de livres accrochée au mur du bureau et la parcours lentement de haut en bas sur toute sa hauteur... Dans cet environnement palpitant d’inconnu, j’ai été réduit à un seul point de vue. Le sujet “moi” bée intégralement dans un abîme de questions brûlantes. Un véritable Dysneyland pour épistémologues. » Barlow aurait très bien pu décrire là un trip sous acide. Malgré toutes les technologies numériques impliquées, l’expérience dont Barlow fait le récit appartient autant aux années soixante qu’aux années quatre-vingt-dix. Et au cas où le lecteur n’aurait pas percuté, Barlow cite Lanier : « Je pense que c’est le truc le plus incroyable depuis notre virée sur la lune » .

    Barlow qui s’était converti plutôt tardivement à la puissance des technologies numériques, était cependant un vieux briscard du mysticisme et du LSD. Fils de propriétaires de ranch dans le Wyoming, il avait été élevé dans un esprit Mormon, attaché au Parti Républicain. Il n’avait pas été autorisé à regarder la télévision avant l’âge de 11 ans et lorsqu’il le put, il regarda essentiellement des programmes de télévangélistes. À 14 ans, il fut envoyé dans une école catholique et, ironie du sort, c’est à ce moment-là qu’il commença à perdre la foi. À la n des années soixante, alors qu’il fréquentait l’Université de Wesleyan dans le Connecticut, il prit régulièrement part aux activités du groupe de Timothy Leary situé à Millbrook, dans l’État de New York. Sa foi refit surface à l’issue de son premier voyage sous acide. « Le sentiment qu’il y avait quelque chose de sacré dans l’univers m’animait de nouveau », raconta-t-il plus tard. Mais cette présence sacrée ne pouvait être contenue dans un dogme en particulier. Barlow se tourna plutôt vers les inclinations mystiques de Pierre Teilhard de Chardin, prêtre catholique dont il avait découvert les œuvres lorsqu’il était à l’université, et de Gregory Bateson, dont il avait lu Steps to an Ecology of Mind au début des années soixante-dix.
    [...]

    Au début du mois de juin, peu de temps après avoir lu le récit de Barlow sur le WELL, dans un geste qui est depuis entré dans la légende de la cyberculture, Kapor qui se trouvait à proximité de Pinedale, Wyoming, à bord de son jet privé, appela Barlow depuis son avion et lui demanda s’il pouvait faire halte chez lui. Ils s’étaient rencontrés auparavant tant socialement que professionnellement (Barlow avait interviewé Kapor pour le compte d’un magazine informatique) mais ne se connaissaient pas vraiment pour autant. Cet après-midi-là, assis dans la cuisine de Barlow, ils échangèrent sur les différentes opérations répressives menées alors par le gouvernement. Ils décidèrent ensemble de créer une organisation nommée la Computer Liberty Foundation. [...]
    La première et la plus influente des métaphores auxquelles se référait Barlow fut celle de la « frontière électronique ». Kapor et Barlow, tous deux maîtres incontestés de la mise en réseau, obtinrent rapidement une couverture médiatique pour leur nouvelle organisation ainsi que des propositions de financement en provenance de Steve Wozniak, cofon- dateur d’Apple, et de John Gilmore de Sun Microsystems. Ils initièrent une conférence sur le WELL et recrutèrent Stewart Brand pour étoffer le conseil d’administration de la fondation
    [...]

    Tous ceux qui étaient présents au dîner s’accordèrent sur l’idée que l’informatique en réseau était selon les propres termes de Barlow « d’authentiques confins ». « J’ai proposé Electronic Frontier Foundation durant le repas », se souvint Barlow, « et tout le monde semblait trouver ça bien. »

    En dépit de leur orientation libertarienne, les plumes d’Esther Dyson, de John Perry Barlow et de Kevin Kelly exhalaient un parfum de nostalgie d’un monde égalitaire. Pour ces auteurs, et pour ceux que leurs écrits auront guidé, l’internet public des premiers temps semblait préfigurer et aider à faire naître un monde dans lequel chaque individu pourrait agir dans son propre intérêt et dans le même temps produire une sphère sociale unifiée, un monde dans lequel nous serions « tous un ». Cette sphère ne serait pas gouvernée par les décisions de politiques agonistiques, mais s’en détournerait pour suivre le chemin de la prise de pouvoir individuelle assistée par les technologies et l’établissement d’agoras en pair à pair. Pour les prophètes de l’internet, comme pour celles et ceux qui s’en retournèrent à la terre quelque trente ans plus tôt, c’était le gouvernement, imaginé en colosse bureaucratique écrasant, qui menaçait de détruire l’individu ; l’information, la technologie et le marché représentaient alors le salut. »

    La boucle est bouclée. Du Barlow prestidigitateur du discours de l’internet à la situation de concentration et de dépendance actuelle de l’internet à une poignée de géants, il était temps de faire revivre des utopies positives pour que l’internet redevienne ce compagnon de la liberté et de l’action collective. Ce qu’Olivier Ertzscheid a tenté de faire dans son hommage/pastiche de la « Déclaration d’indépendance du cyberespace - V2.0 »

    Bonnes lectures à vous.

    Hervé Le Crosnier

    #John_Perry_Barlow #Fred_Turner #danah_boyd #Olivier_Ertzscheid #C&F_éditions

  • Rencontre de cultures. Aux origines de la contre-culture aux Etats-Unis dans les sixties | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2018/02/02/rencontre-de-cultures-aux-origines-de-la-contr

    2017 a fêté un cinquantenaire un peu passé inaperçu sauf sur les lieux du crime. San Francisco, sur la Côte Ouest des Etats-Unis, a vu déferler tout ce que la Californie et au-delà comptaient de Hippies et autres survivants des années dites psychédéliques. 1967 est la date retenue pour la naissance de cette contre culture qui semble née de rien, sinon d’une réaction à la guerre du Viêt-Nam. Fred Turner, directeur du département des sciences de la communication à l’Université de Stanford et ancien journaliste a voulu comprendre les racines un peu cachées de cette émergence d’une culture de la jeunesse de ces sixties.

    Il propose, dans « Le cercle démocratique », une véritable enquête dans les soubassements culturels de la société américaine. Son point de départ : la réaction au fascisme et au nazisme qui se servent des nouveaux instruments de communication comme la radio pour embrigader les masses, les faire marcher au pas de l’Oie et tuer dans la répétition martiale tout esprit critique. Les intellectuels de toute sorte, surtout des ethnologues, Margaret Mead en particulier, vont se mobiliser pour lutter contre le fascisme extérieur et intérieur pour construire « l’être humain démocratique ». Construction qui passe par une réflexion sur tous les médias. La stratégie proposée sera celle de l’encerclement – « surround » – démocratique.

    Commencée dans les années 1930, cette stratégie rencontrera celle des créateurs du Bauhaus, à commencer par Grotius. C’est Noholy-Nagy qui jouera le rôle le plus importent en tant qu’ éducateur de cet esprit américain. Le Bauhaus, constitué après la Première Guerre Mondiale avait comme projet de s’inscrire dans l’industrialisation de la société pour, via le design, la contester de l’intérieur. L’objectif était de créer l’« homme nouveau » pour mettre en œuvre le socialisme. A l’épreuve de l’exil, cet « homme nouveau » deviendra « l’homme américain » porteur des valeurs démocratiques.

    L’auteur non seulement insiste sur cette rencontre permise par l’exil mais fait aussi la part de toutes les tentatives pour rompre avec la marchandisation, facteur de diffusion du fascisme. Ainsi la composition de John Cage, « Silence » mais un silence programmé de minutes et de secondes pour inciter les « auditeurs » à s’interroger sur l’organisation des sons.

    Il est donc question, comme le sous titre l’indique, du « design multimédia de la Seconde Guerre mondiale aux années psychédéliques », une sorte d’histoire culturelle du 20e siècle fomentant toutes les révolutions numériques qui marquent ce 21e siècle.

    Fred Turner : Le cercle démocratique, traduit par Anne Lemoine, préface de Larisa Dryansky, C&F éditions.

    Nicolas Béniès

    #C&F_éditions #Fred_Turner #Cercle_démocratique