#fred_turner

  • Block Inc Layoffs: Jack Dorsey’s mass job cuts expose tech’s bogus narrative, ETTelecom
    ▻https://telecom.economictimes.indiatimes.com/news/internet/jack-dorseys-mass-job-cuts-expose-techs-bogus-narrative/129369088

    “Telling stories is one of the core activities of Silicon Valley,” Stanford University professor Fred Turner told me. “It’s as important as making devices.” Turner, a leading expert on the intersection of Silicon Valley culture and technology, has long chronicled how mythmaking is essential to the sector’s success. Establishing the industry’s divine mission in creating a utopian future lets it skirt the normal laws of gravity — whether that’s regulation or unionization. “The profits spin back as evidence not just of monetary success but of moral success,” Turner says.

    The Valley has practiced this art for decades. Steve Jobs helped invent tech’s myth structure, marketing Apple Inc. as a countercultural rebel that would free its users from conformity. Its famous 1984 Super Bowl ad cast the arrival of its Macintosh computer as a tool for smashing an authoritarian, dystopian future. Google cemented its “don’t be evil” mantra in its 2004 IPO filing. WeWork Inc. told investors it wasn’t a real estate company leasing office space to tenants but rather a platform for “elevating the world’s consciousness.” Over at Tesla Inc., shareholders have endured extreme volatility in service of its planet-saving mission.
    Dorsey’s announcement fits squarely within that tradition. Veteran tech journalist and investor Om Malik called it “classic narrative substitution, a tool where you replace one story with another to reframe the situation.” Dorsey turned a press release about layoffs into a declaration about the future of technology. The cuts, in his telling, reflect not questionable business decisions but instead a prescient structural change that other forward-thinking companies will soon adopt. It’s a message the market likes to hear; the stock, which had been down some 40% since the start of 2025, has jumped about 22%.

    #Silicon_Valley #récits_légendes #Fred_Turner

  • ▻http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/publications/TC_VARIA/CR_ouvrages/jarrige_mars2026.html

    Les trois textes, rédigés à des périodes différentes, qui composent ce nouvel opus s’inscrivent dans la continuité de cette réflexion : deux sont signés de Fred Turner lui-même, « L’idéologie texane » (2025), et « Politique des machines » (2019), un texte plus grand public qui donne son titre au recueil. L’auteur actualise sa réflexion en explorant comment le monde numérique est passé de « l’idéologie californienne », associant idéologie entrepreneuriale et héritages de la contre-culture, à ce qu’il nomme « l’idéologie texane », bien plus conservatrice, associant refus de toute ingérence de l’État, évangélisme religieux, négation des risques environnementaux, et quête de profit maximal. Il montre comment les intérêts des patrons de la Tech ont progressivement convergé avec ceux des magnats du pétrole après l’an 2000 : loin de remplacer un vieux capitalisme fossile sclérosé par un supposé « capitalisme cognitif » renouvelé, comme beaucoup l’espérait, y compris dans les rangs marxistes, on assiste depuis à une convergence d’intérêts et d’actions. Ce « basculement » qui se matérialise par le déménagement des sièges sociaux et des data centers de la Californie vers le Texas, comme l’a fait Musk lui-même. Loin d’une rupture, ce déplacement radicalise des tendances déjà en germe dans l’idéologie californienne des années 1990, à l’origine d’une nouvelle synthèse dans l’idéologie texane qui associe l’imaginaire de la tech et le conservatisme social le plus réactionnaire et traditionaliste. Le monde numérique, et son visage avancé qu’est l’IA générative, apparaissent de plus en plus manifestement pour ce qu’ils sont : la poursuite et la radicalisation des dynamiques industrielles, de leurs logiques d’accumulation, de l’intensification de l’exploitation du travail et de la nature, en dépit des nouveautés et des ruptures supposées.

    Penser les dystopies technologiques depuis la Silicon Valley

    Ce petit livre entend donc répondre à une énigme centrale de notre temps et qui ne cesse de revenir de façon obsédante désormais : comment l’utopie numérique initialement porteuse d’émancipation à la fin du xxe siècle, de libération, via un monde d’interconnexion horizontal et général a-t-elle pu se transformer en cette dystopie sociale, politique et environnementale que nous observons aujourd’hui ?

    Alors que partout l’extrême droite semble s’imposer et devenir une nouvelle doxa, Turner, qui écrit depuis l’Amérique de Donald Trump et le cœur de la Silicon Valley où il vit et enseigne, constate que « Aujourd’hui que nous subissons les tweets rageurs de Trump, et que Facebook sert d’instrument pour organiser le génocide des Rohingyas, nous commençons à voir combien cette croyance était erronée. Même s’ils nous permettent de communiquer les uns avec les autres dans le monde entier, nos médias sociaux ont donné naissance à une nouvelle forme d’autoritarisme » (p. 41).

    #Fred_Turner #Politique_machines

  • Dernière mise à jour de l’utopie numérique - Nonfiction.fr le portail des livres et des idées
    ▻https://www.nonfiction.fr/article-12584-derniere-mise-a-jour-de-lutopie-numerique.htm

    Fred Turner applique au cas texan ses précédentes analyses sur le design démocratique et sur l’utopie numérique, pour nous aider à mieux comprendre la politique de la Tech.

    Spécialiste de la culture numérique et de ses entreprises californiennes, Fred Turner vient de publier un petit livre qui prolonge ses précédents travaux
    . Trois textes composent ce nouvel ouvrage. Deux sont signés de Fred Turner  : «  L’idéologie texane  », qui date de 2025, et «  Politique des machines  », qui donne son titre au recueil, un article grand public publié en 2019. Lus en parallèle, ces deux essais permettent, selon les éditeurs, de «  comprendre d’une part en quoi l’idéologie texane constitue une rupture au regard de l’idéologie californienne et d’autre part en quoi cette dernière abritait déjà en son sein les germes qui ont mené à cette rupture   »
    . Un troisième article, plus ancien et écrit par les Britanniques Richard Barbrook et Andy Cameron, complète la réflexion de Turner dans le volume  : les deux auteurs, l’un chercheur en sciences politiques et l’autre artiste, tous deux spécialistes de la question des médias, décryptaient dès 1995, les travers de «  L’idéologie californienne  » dans un texte perçu alors comme un «  pamphlet  » et vilipendé par le magazine Wired. Ce texte précurseur apporte un regard européen sur l’univers impitoyable de la tech américaine.

    #Fred_Turner #Politique_machines

  • Technofascisme : quand la Silicon Valley fusionne avec l’autoritarisme trumpiste
    ▻https://synthmedia.fr/sur-les-retines/technofascisme-quand-la-silicon-valley-fusionne-avec-lautoritarisme-trump

    La convergence entre l’élite technologique de Silicon Valley et le mouvement nationaliste chrétien incarné par Donald Trump dessine les contours d’un phénomène inédit : le technofascisme. Cette alliance entre techniques de surveillance algorithmique, idéologie extractiviste et fantasmes sécessionnistes orchestre une privatisation infrastructurelle de l’État, tandis que des entreprises comme Palantir deviennent les systèmes d’exploitation de régimes autoritaires. Dans un entretien pour Synth, Fred Turner revient sur ces mutations importantes orchestrée par la droite radicale américaine.

    #Fred_Turner #Synth #Nastasia_Hadjadji

  • Fred Turner analyse la technocratie autoritaire - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
    ▻https://www.pantheonsorbonne.fr/actualite/fred-turner-analyse-technocratie-autoritaire

    17 novembre 2025
    Invité par Sylvain Bourmeau, professeur associé à l’École de science politique de la Sorbonne (ESPS), Fred Turner, professeur au Département des sciences et de la communication de l’université Stanford (États-Unis), a animé, lundi 3 novembre dans l’amphithéâtre Lefebvre du centre Sorbonne, une conférence en anglais sur la technocratie autoritaire.
    Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de la parution de son dernier ouvrage La politique des machines. Professeurs, étudiants et curieux ont pu assister à l’intervention de cet historien de l’informatique sur les racines historiques et les manifestations actuelles de ce qu’il nomme le « technofascisme »  : l’usage des technologies pour une vision autoritaire du monde.
    Technofacisme  : quand la technologie devient instrument de pouvoir politique

    Après quelques mots d’introduction, Sylvain Bourmeau a salué l’importance des travaux de son invité : «  On lui doit des livres extrêmement importants pour comprendre les mutations numériques et je suis très heureux de l’accueillir aujourd’hui pour cette conférence.  » Fred Turner a ensuite débuté son propos avec une question : «  Qu’est-ce que le technofacisme  ?  »
    Dans le contexte américain, Fred Turner explique que ce terme désigne «  la fusion entre les capacités de la technologie numérique, les incitations au profit qui animent les entreprises et l’histoire très spécifique de la politique nationaliste chrétienne de droite aux États-Unis.  » Il a poursuivi en insistant sur les capacités sans précédent des nouvelles technologies aujourd’hui et de ce que cela génère. L’univers numérique, né d’un rêve d’émancipation et d’interconnexion, est devenu, selon Fred Turner, un instrument de surveillance et de contrôle : « Je transporte, comme chacun de vous, j’imagine, un ordinateur entier dans ma poche. Imaginez un rêve autoritaire : j’aurai un porte-parole dans la poche de chacun. »
    Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
    L’historien a expliqué qu’aujourd’hui, les entreprises ayant besoin d’obtenir le soutien du gouvernement pour pouvoir prospérer, ont tout intérêt à collaborer avec l’État. «  Cette collaboration est l’essence même du technofascisme. C’est le moment où les médias numériques, avec tout leur pouvoir, sont mis au service d’un mouvement politique qui est déjà bien établi.  »
    Il a poursuivi en citant Steve Bannon selon lequel la propagande contemporaine ne cherche plus à imposer un message unique, mais à « inonder la zone » pour transformer « tout en babillage », saturer l’espace public et légitimer « la prise de contrôle de l’État démocratique par un dirigeant autoritaire ».
    D’où vient le technofascisme ? De Wiener à IBM

    Pour comprendre cette dérive et la provenance du technofacisme, Fred Turner a remonté le fil de l’histoire. Il fait dans un premier temps allusion à «  une grande ironie historique  »  : «  Comment l’Allemagne, a-t-elle pu soudainement tomber sous le charme d’un dictateur ridicule, petit et moustachu, Adolf Hitler ? La réponse, selon la plupart des penseurs américains en 1939, 1940 et 1941, était qu’Hitler avait maîtrisé les médias de masse.  » Cette partie de l’histoire a créé aux États-Unis une crainte des médias de masse. Ainsi, le défi pour les dirigeants américains pendant et après la Seconde Guerre mondiale était simple  : «  Si les médias de masse ont créé des masses et, si le fascisme est apparu à cause d’un média unique, comment pouvions-nous développer un style médiatique qui produirait des citoyens démocratiques et égalitaires ?  »
    Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
    Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
    L’historien est revenu sur l’influence de Norbert Wiener et de la cybernétique, puis sur le paradoxe du mouvement hippie qui rêvait d’un monde sans hiérarchie. «  Ce sont des communautaristes qui veulent se débarrasser de la bureaucratie, se débarrasser de l’État et construire un monde dans lequel, comme le suggère ce dessin hippie de 1968, nous ne faisons qu’un et nous échangeons des informations sur une base égalitaire et où nous sommes libres. » Or, «  il s’avère que lorsque vous supprimez la bureaucratie d’une communauté, lorsque vous supprimez les institutions d’une communauté et que vous essayez de gouverner en utilisant la conscience et la technologie, l’échange d’informations, vous obtenez un régime de domination par le pouvoir.  »
    Fred Turner a ensuite rappelé ce que ces récits ont oublié de mentionner : la face logistique de la modernité. Les machines Hollerith (ancêtres des systèmes de tabulation IBM) ont servi la bureaucratie nazie, accélérant le fichage des Juifs et l’infrastructure des camps. D’après lui, «  Steve Jobs est revenu chez Apple avec une publicité dénonçant le cauchemar de la surveillance autoritaire. Aujourd’hui, nous n’avons pas le monde imaginé par Norbert Wiener, avec des nœuds d’information individuels partout.  » Il a expliqué qu’au lieu de cela, nous avons un environnement d’information profondément intégré avec des appareils connectés les uns aux autres (ordinateur, téléphone, tablette, etc.). «  Il s’agit de systèmes intégrés d’échange d’informations et de surveillance.  »
    Palantir, surveillance intégrée et pistes de résistance

    Abordant le présent, Fred Turner a analysé l’intégration massive des données publiques qui renforce les outils du pouvoir exécutif. Il a commenté un décret américain de 2025 visant à « éliminer les silos d’information » et évoqué l’influence de l’entreprise de services et d’édition logicielle spécialisée dans l’analyse et la science des données Palantir1 dans l’intégration des bases publiques.
    « Ce que je veux que vous voyiez ici, c’est une attaque sur deux fronts : ‘abolissons le gouvernement’ d’un côté, et de l’autre, ‘développons les capacités de surveillance du gouvernement, consolidons-les’. » Pour résister, Fred Turner a appelé à abandonner « le fantasme selon lequel communiquer toujours plus suffirait. La démocratie ne dépend pas de réseaux de communication toujours plus performants. La démocratie dépend de la solidarité entre les personnes, au niveau individuel, institutionnel et étatique. »
    Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
    En historien des technologies, Fred Turner relie des fils souvent séparés : les mythes libérateurs du numérique, l’économie du profit, et la politique identitaire autoritaire. Il conclut sur une note d’alerte et d’espoir «  Vous avez beaucoup plus de pouvoir que vous ne le pensez. Il est temps de s’organiser.  »
     
    1 L’entreprise Palantir fait l’objet de controverses sur l’aide qu’elle apporte à certains gouvernements pour mettre en place une société de surveillance généralisée au-delà des objectifs affichés de lutte contre le terrorisme, la fraude ou autres délits majeurs.

    #Fred_Turner #Sorbonne

  • Fred Turner décortique la manière dont les acteurs de la Silicon Valley ont dévoyé internet ! #NEC25 - YouTube
    ▻https://www.youtube.com/watch?v=mzI6R_Juhtg

    Fred Turner décortique la manière dont les acteurs de la Silicon Valley ont dévoyé internet ! #NEC25

    PALAIS UNIVERSITAIRE DE STRASBOURG
    À ses débuts, Internet portait l’idéal d’un espace ouvert, horizontal, émancipateur, hérité des contre-cultures californiennes des années 1960-70. Mais ces utopies communautaires ont été récupérées par les entrepreneurs de la Silicon Valley, qui ont transformé les promesses de partage et de liberté en leviers de marché. La logique de coopération s’est muée en modèle d’économie de plateforme, où les données deviennent la matière première d’une économie de surveillance.

    Cette Masterclass éclairante organisée lors de la 8ème édition de l’événement Numérique en Commun[s] à Strasbourg a permis de comprendre la manière dont les acteurs de la Silicon Valley ont fait d’Internet, un réseau principalement pensé pour la circulation libre de l’information, un système de captation de l’attention et de contrôle des comportements pour développer leurs modèles économiques.

    Avec Fred Turner, professeur en communication à l’Université Stanford, spécialiste de l’histoire des médias et des cultures numériques. Ses travaux, notamment son ouvrage “From Counterculture to Cyberculture”, analysent le rôle de la contre-culture des années 1960 dans l’émergence de l’utopie numérique et de la Silicon Valley.
    Transcription
    Suivez la vidéo à l’aide de la transcription.

    #Fred_Turner #NEC #Strasbourg #Masterclass

  • Pourquoi les géants de la tech pactisent avec les religieux au Texas
    ▻https://www.telerama.fr/livre/pourquoi-la-tech-deserte-la-silicon-valley-et-se-fore-une-place-au-texas-70

    De son berceau libertarien, en Californie, le centre de gravité de la tech se déplace vers le Sud conservateur des États-Unis. “Une alliance cynique mais durable” entre technofascistes et chrétiens nationalistes se noue, analyse le chercheur Fred Turner.

    Éric Giriat pour Télérama
    Par Olivier Tesquet
    Réservé aux abonnés
    Publié le 23 novembre 2025 à 11h30
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    En 1995, deux universitaires britanniques, Richard Barbrook et Andy Cameron, publient un texte capital pour comprendre la révolution numérique encore balbutiante. Dans L’Idéologie californienne, ils grattent le vernis trop lisse de la Silicon Valley : par-delà la promesse d’une agora électronique où le marché ferait société, se cache déjà un projet politique destructeur. Anticipant un monde peuplé de « maîtres cyborg et de robots esclaves », le binôme redoute l’avènement d’une « version high-tech de l’économie des plantations ». Depuis son bureau de l’université de Stanford, Fred Turner, formidable diagnosticien du capitalisme californien, en observe aujourd’hui la migration et la mutation. Dans le texte « L’idéologie texane », paru dans l’ouvrage Politique des machines, il démontre que le centre de gravité de la tech s’est déplacé vers le sud des États-Unis, extractiviste et religieux. Une grille de lecture précieuse pour s’orienter dans un paysage politique américain dévasté, tandis que Donald Trump continue d’attaquer les institutions du savoir.

    #Fred_Turner

  • Comment des technologies conçues pour ’libérer’ servent aujourd’hui à contrôler, avec l’historien Fred Turner | France Culture
    ►https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-suite-dans-les-idees/comment-des-technologies-concues-pour-liberer-servent-aujourd-hui-a-cont

    La Suite dans les idées
    Provenant du podcast La Suite dans les idées

    Tesla, SpaceX, les géants de la Tech quittent la Californie pour le Texas ; cette migration géographique cache une mutation idéologique profonde. L’historien américain Fred Turner explore l’histoire intellectuelle des nouvelles technologies, et les décrit telles de nouveaux outils de contrôle.
    Avec

    Fred Turner, professeur et journaliste américain
    Renaud Epstein, sociologue français

    L’utopie numérique des années 1990, internet comme outil de démocratisation, s’est transformé en techno-théocratie conservatrice, alliance du big business, du fondamentalisme chrétien et de l’extractivisme numérique. Fred Turner, historien des médias et professeur à la Stanford nous aide à comprendre comment nous sommes passés de l’idéologie californienne à l’idéologie texane.

    #Fred_Turner #Sylvain_Bourmeau

  • [Offert] Fred Turner : « Rien ne donne plus de pouvoir que la capacité à contrôler le récit » - Next
    ►https://next.ink/206879/fred-turner-rien-ne-donne-plus-de-pouvoir-que-la-capacite-a-controler-le-recit

    À l’occasion de son passage à Strasbourg, Next s’est entretenu avec Fred Turner, historien et auteur de Design d’une démocratie et Politique des machines, (ré-)édités aux éditions C&F.

    Mathilde Saliou

    Le 23 décembre 2025 à 14h47

    17 min

    Réseaux sociaux

    Pour les fêtes de fin d’année, Next vous offre cet article initialement paru le 31 octobre 2025 et réservé aux abonnés. Pour lire les prochains entretiens dès leur publication, abonnez-vous !

    Historien, professeur de communication à l’université de Stanford, Fred Turner est l’auteur de l’influent Aux sources de l’utopie numérique, publié en France en 2012 chez C&F éditions, dans lequel il détaille comment les pensées issues de la contre-culture et le monde de la cybernétique se sont rencontrés au sein de la Silicon Valley. Présent en France à l’occasion de la (ré-)édition de deux autres de ses ouvrages, Design d’une démocratie et Politique des machines, le chercheur était à Strasbourg pour les rencontres Numérique en Commun(s). Next l’y a rencontré.

    >> « L’une des plus grandes ironies de notre situation actuelle est que les modes de communication qui permettent aujourd’hui aux autoritaires d’exercer leur pouvoir ont d’abord été imaginés pour les vaincre », écrivez-vous dans Politique des machines. Comment ce retournement a-t-il été possible ?

    Il s’est opéré sur soixante-dix ans. Au milieu des années 40, nous croyions que les médias de masse étaient la cause du fascisme, que le cinéma, la radio avaient donné à Hitler et Mussolini le pouvoir de transformer la société d’individus vers une société de masse. En pleine Deuxième Guerre mondiale, la question est donc : comment opérer notre propre propagande, comment construire un système de communication démocratique, qui ne transforme pas le peuple des États-Unis en masse.

    Au fil du temps, les technologies de l’information ont semblé apporter une réponse. L’idée des cybernéticiens, c’était d’éviter les communications du haut vers le bas, de proposer une solution pour permettre à chaque citoyen de communiquer. Chacun deviendrait son propre diffuseur, un nouvel ordre pourrait apparaître de manière organique… tel était le fantasme qui a irrigué les années 1960. L’idée, c’était de créer un monde en dehors de la politique, où toutes les difficultés inhérentes au fait d’être humain, les problématiques liées au genre, au racisme, à la pauvreté, disparaîtraient avec la bonne technologie, que ce soit le LSD ou la cybernétique. Tout cela était encore parfaitement admis dans les années 1990.

    Le problème de ce mode de pensée, c’est qu’il ignore un élément : quand on outrepasse les règles existantes, les institutions, la bureaucratie, ce qui apparaît pour organiser le groupe, ce n’est pas une organisation mutuelle. Ce qui remonte, ce sont toutes les normes culturelles qui avaient été tenues à distance jusque là.

    Société
    Apocalypse Nerds : « Il ne s’agit pas de renverser l’État, mais de subvertir les institutions »

    Vendredi 19 septembre 2025 à 05h59
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    Dans les communautés hippies que j’ai étudiées, l’ambiance était franchement hostile. Très souvent, des hommes charismatiques prenaient le pouvoir, les femmes se retiraient dans des rôles très conservateurs, ces communautés étaient très anti LGBT et très racistes sans le dire ouvertement. Un des participants que j’ai interviewé m’a ainsi expliqué : « C’est juste tellement plus simple de travailler avec des gens qui vous ressemblent. »

    Or, cette idée de « créer des réseaux de gens comme vous » a largement imprégné les réseaux sociaux. Le rêve d’un monde ouvert, avec plein d’individus et peu d’institutions, ouvre en réalité la porte à d’autres institutions de pouvoir, capables de s’imposer dans un monde vulnérable. Quand les réseaux sociaux arrivent, ils proposent de donner corps à ce rêve cybernétique… mais le font de manière commerciale.

    Le rêve des années 1960 a oublié l’existence des gouvernements, des entreprises, le fait que la technologie a ses propres impératifs… et tout cela est revenu dans les années 2000 et 2010, par l’intermédiaire d’entreprises autoritaires. Si vous étudiez la structure financière de l’entreprise, où Mark Zuckerberg a, dans les faits, tous les pouvoirs, on se croirait franchement devant un vieux leader de communauté hippie. Dans les bureaux de Facebook, le bureau de Mark Zuckerberg est dans un bloc de verre, au milieu d’un vaste plateau, si bien que tout le monde le voit, et lui voit tout le monde. L’écho avec le panoptique de Foucault est étonnant.

    Société
    Peter Thiel, l’antéchrist et les régulations de la tech

    Jeudi 23 octobre 2025 à 09h30
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    Pendant que tous ces événements se déroulent du côté de l’industrie numérique, l’Amérique chrétienne organise ses réseaux pour obtenir du pouvoir politique. Elle a ses propres raisons, qui n’ont rien à voir avec Internet. Mais dans les années 2010, le premier gouvernement Trump est le théâtre d’une collision entre ce monde des réseaux sociaux, très vulnérable aux leaders charismatiques, et un mouvement politique de chrétiens nationalistes très bien organisés, qui célèbrent les dirigeants charismatiques et autoritaires. Trump est un mélange de ces deux mouvements.

    Les états-uniens chrétiens pensent qu’il leur parle, et ceux du numérique pensent qu’il est un génie des médias. Il s’exprime avec charisme, il a un langage parfaitement approprié aux réseaux sociaux, mais aussi franchement fasciste.
    « L’IA répond à deux projets autoritaires : la propagande et la surveillance »

    >> Le premier chapitre de Design d’une démocratie (initialement publié en 2013) est titré « d’où viennent tous ces fascistes ? ». C’est l’interrogation que se posaient les chercheurs des années 1930 et 1940 pour comprendre la bascule de l’Allemagne vers le nazisme. Puis-je vous poser la même question au sujet des États-Unis aujourd’hui ?

    Le fascisme est un terme provocant, mais il est exact, quand on observe le recours à un passé mythique, les logiques de boucs émissaires, les normes sociales très conservatrices… Actuellement, on célèbre la modernité technologique pour nous emmener vers le passé, c’est fascinant.

    Certains des fascistes actuels viennent des mêmes endroits que ceux des années 1940. On parle de groupes religieux fondamentalistes, de groupes politiques racistes du sud des États-Unis, auxquels se joint le soutien d’hommes d’affaires riches, à la tête de grands groupes industriels.

    Si elle était plus petite, cette combinaison existait dans les années 1940. Mais le mélange actuel a commencé à émerger dans les années 1980, au sein de groupes politiques religieux comme la communauté baptiste. Une fois que ces groupes se sont constitués, Internet est venu verser de l’huile sur le feu de conflits préexistants.

    Il me semble que le point essentiel modifié par Internet, c’est la personnification du débat. Autrefois, quand vous n’aviez que la télévision, la radio, le cinéma, l’essentiel de ce que vous voyiez était plutôt formel, on ne savait pas grand-chose de la vie des personnes qui apparaissaient à l’écran. Avec internet, nous devenons tous des diffuseurs, nous projetons notre personnalité authentique dans les espaces de discussion – du moins nous affirmons le faire –, et c’est ce qui donne à une personne comme Trump une forme d’autorité. Cet homme fait des choses horribles, illégales, corrompues, mais il le fait d’une manière perçue comme authentique.

    Ce que je trouve étonnant, c’est que ce niveau de comportements problématiques soit toléré, et même interprété comme une démonstration de son pouvoir.

    >> Dans quelle mesure l’apparition d’un nouveaux type de média, en l’occurrence les productions générées par IA, vient influencer cette dynamique ? Dans quelle mesure la proposition d’un réseau social comme Sora, d’OpenAI, vient-il la modifier ?

    Ces nouvelles technologies répondent à deux projets autoritaires : un de propagande, et un de surveillance. Sur l’aspect de la propagande, l’IA permet d’« inonder la zone » [comme l’avait suggéré Steve Bannon à Donald Trump en 2018, ndlr], de remplir l’espace avec des mensonges. Si suffisamment de vidéos d’IA sont créées pour que vous ne puissiez plus faire confiance à vos propres yeux, cela rend d’autant plus difficile le fait d’entendre la vérité. Votre confiance dans vos gouvernements et dans vos représentants va donc se détériorer, ce qui ouvre la porte à toujours plus de dirigeants autoritaires.

    Droit
    En plus du Trésor, le DOGE s’immisce dans les données de Medicare/Medicaid

    Jeudi 06 février 2025 à 17h25
    47

    Sur la surveillance, c’est vraiment inquiétant. Car c’est une chose de vérifier un passeport dans un aéroport lorsque vous arrivez dans un pays ; de collecter des informations relatives à votre taux d’imposition ; ou encore de stocker vos données de santé. Si vous mélangez ces trois éléments, ce que le gouvernement étatsunien est en train d’essayer de faire, vous donnez à un dirigeant autoritaire le pouvoir de surveiller ses ennemis.

    Droit
    Hubert Guillaud : « La surveillance croissante des usagers par les administrations est trop peu discutée »

    Jeudi 03 avril 2025 à 08h13
    5

    « Certains veulent accélérer la fin du monde commun »

    >> Vous avez mentionné le rôle de groupes religieux fondamentalistes dans le moment technopolitique actuel. On a vu Peter Thiel, récemment, tenir des conférences sur la potentielle survenue d’un « Antéchrist ». Pouvez-vous nous donner quelques clés pour comprendre le paysage religieux étatsunien, et la manière dont il vient s’immiscer dans l’industrie technologique et le contexte politique ?

    Premier élément : la France est un pays catholique, les États-Unis sont un pays protestant. On y trouve différentes variétés de protestantisme, et les courants qui seraient perçus comme relativement normaux par des Allemands, par exemple, sont plutôt implantés au nord du pays. Le sud accueille des communautés beaucoup plus traditionalistes, voire fondamentalistes. Citons la Convention baptiste du Sud, par exemple, ou encore les églises indépendantes qui se qualifient de « christianisme sans dénomination », c’est-à-dire ni presbytérien, ni catholique, etc.

    Ces deux types de courant pensent profondément qu’il est possible d’accéder à Dieu directement, à travers la Bible. Il y a la croyance que le monde physique est la traduction directe de la parole de Dieu, que Dieu a créé le monde en l’énonçant. La difficulté, c’est que cette croyance s’accompagne de l’idée selon laquelle Dieu doit revenir sur Terre pour sauver celles et ceux qui lisent le monde de cette manière très littérale, et pas tellement les autres.

    Concrètement, dans la vision des chrétiens conservateurs, si le monde a été construit par Dieu, alors les catégories du monde doivent rester stables : les hommes sont des hommes, les femmes, des femmes, les gens biens sont des gens biens, les mauvais restent mauvais. C’est une vision très binaire. Dans les années 1980 et depuis, cette vision du monde est devenue un programme politique, mélangeant l’idée du retour de Dieu avec l’idée du progrès Américain.

    Aujourd’hui, les nationalistes chrétiens pensent que les États-Unis ont été créés par Dieu, et que celui-ci reviendra sur son territoire élu : les États-Unis, aux côtés d’Israël. Et là, vous commencez à comprendre pourquoi le pays soutient autant Israël. Ça vient d’une idée profondément religieuse, surtout présente dans le sud du pays, mais pas seulement.

    Société
    Derrière l’infrastructure numérique pensée pour Gaza, Oracle et Palantir

    Mardi 21 octobre 2025 à 15h42
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    On parle vraiment d’idées qui sont si vieilles, dans la tradition étatsunienne, qu’on ne les exprime même plus. C’est l’idée que nous, Américains, sommes les nouveaux Israélites, que comme les Israélites, nous avons été exilés d’Égypte, sauf que notre Égypte, c’était l’Europe, que depuis ce nouveau territoire, nous allons être sauvés par Dieu... C’est très difficile à comprendre depuis Paris ou Strasbourg, mais c’est vraiment une idée dont beaucoup d’étatsuniens sont convaincus. Dans les années 1980, un sondage avait montré qu’au moins 35 % de la population croyaient au « ravissement », c’est-à-dire à l’enlèvement des croyants vers le paradis. Ça s’est traduit dans des livres et des films qui sont titrés « Left behind », ou ce genre de chose [voir aussi la série the Leftovers, ndlr]… Ça imprègne notre culture.

    >> Si le monde est créé par la parole de Dieu, pourquoi si peu de préoccupation pour l’état de la planète ?

    Pour les chrétiens fondamentalistes et conservateurs, le fait que le monde aille mal est un signe que Dieu va bientôt arriver. C’est une vision apocalyptique, nihiliste même. Certains, parmi eux, veulent même accélérer l’arrivée de la fin du monde commun.
    « La fusion entre la richesse et la conviction religieuse d’être élus explique que les Américains adorent Steve Jobs ou Elon Musk »

    >> Comment comprendre le mélange entre ces thèses et l’industrie technologique ?

    L’industrie est dans une position très différente de celle qu’elle occupait il y a vingt ans. À l’époque, nous nous intéressions aux idées de connexion, les histoires que nous racontions dessus étaient héritées des courants psychédéliques, on parlait de laisser notre corps derrière nous, d’être libres en entrant dans le cyberespace…

    Aujourd’hui, nous sommes dans une époque de l’extraction. L’intelligence artificielle, les réseaux sociaux et le reste extraient des données de nos mondes sociaux, et pour ce faire, ils extraient des ressources, de l’eau, de l’énergie, des écosystèmes naturels… Si des entreprises comme Tesla, Oracle et d’autres ont déplacé leur siège au Texas, plutôt qu’en Californie, c’est parce que le Texas a de l’espace, de l’énergie, et le climat dérégulé qui permet à l’industrie minière de fonctionner.

    Au XIXᵉ siècle, les grandes industries du Texas étaient le bétail et l’esclavage. C’est un des derniers États de l’Union à avoir renoncé à l’esclavage. Au XXᵉ siècle, sa grande industrie a été le pétrole. Bref, en matière d’extraction, le Texas a une longue histoire. Dans le contexte religieux, utiliser les ressources disponibles au Texas est une obligation divine. Dieu veut que vous prospériez, donc utilisez les ressources aussi vite que possible. Aucun besoin de préserver, protéger, conserver : Dieu s’en occupe.

    Dernier élément pour comprendre cette conjonction entre religion, politique et technologie : quand les premiers protestants sont arrivés d’Angleterre vers les États-Unis, ils croyaient en la prédestination. L’idée, c’est que Dieu a déjà décidé qui serait sauvé, qui ne le serait pas, mais impossible de le savoir à l’avance. Cette idée n’est jamais exprimée, mais elle est partout dans la culture américaine. Depuis le XVIIᵉ siècle, ces protestants ont commencé à se dire : comment savoir si on sera sauvé ou pas ? Si Dieu m’aime suffisamment, alors il me rendra riche sur Terre.

    À la fin du XVIIIᵉ siècle, la richesse était devenue un signe que l’on serait sauvé. Cette fusion entre la richesse et le fait d’être spécial, élu, choisi par Dieu, est partout dans notre culture. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous adorons Steve Jobs, Mark Zuckerberg ou Elon Musk. Ils semblent être déjà sauvés.

    >> Peter Thiel a été élevé dans la religion, Elon Musk pas du tout… Est-ce qu’ils sont réellement impliqués dans ces courants ?

    Peter Thiel est croyant, il se qualifie de chrétien orthodoxe, il a ces discours sur l’antéchrist… je le placerais quelque part dans la zone des néo-catholiques, sachant qu’il y a beaucoup de néo-catholiques dans le monde de la tech, désormais. Elon Musk, en revanche, il me semble qu’il est complètement opportuniste. Il n’est pas chrétien, c’est un néo-eugéniste à l’ancienne, il aime promouvoir les « bébés intelligents », des enfants qui, bizarrement, ne pourraient être conçus que par lui. Ça résonne vraiment beaucoup avec l’Allemagne des années 1930.

    Société
    Accords financiers et « légion » d’enfants : les rapports troubles d’Elon Musk à la procréation

    Jeudi 17 avril 2025 à 09h55
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    « La France a une opportunité que les États-Unis n’ont pas su saisir »

    >> Comment lutter contre ces mouvements autoritaires ?

    L’une des idées qu’Elon Musk, Donald Trump, Mark Zuckerberg et d’autres promeuvent, c’est celle selon laquelle le monde des réseaux sociaux privés est inévitable. Rien de tout cela n’est vrai. La production d’inévitabilité, c’est ce que font les dirigeants fascistes. Mais si vous regardez le Brésil, Bolsonaro est en prison. Si vous regardez la Pologne, qui était tombée dans l’autoritarisme, elle en est en partie revenue.

    Les régimes autoritaires n’existent pas pour toujours, ils sont défaits par la résistance de masse, le refus massif d’obéir. Quand bien même les dictateurs ont l’armée pour eux, quand bien même ils tuent, si la population refuse de les suivre, si elle s’organise, si elle crée les moyens de mettre en œuvre une solidarité de long terme, les dictateurs disparaissent.

    >> Que peut l’Europe en la matière ? 


    L’Europe est un espace démocratique imparfait, mais reste un modèle pour les États-Unis. Je suis toujours frappé par le fort sentiment civique exprimé en France. Vous savez pourquoi vous êtes Français, et c’est pour cette raison que vous formulez des demandes sur le fonctionnement démocratique. Aux États-Unis, cette idée a disparu au profit de l’individu. Il faudrait faire revenir cette notion de citoyenneté.

    Plus concrètement, l’Europe reste un grand marché. Ses choix de réglementations ont un vrai impact sur les sociétés américaines. Le pouvoir militaire, dans un contexte de confrontation larvée avec la Russie, est aussi important. Aux États-Unis, l’armée est une force traditionnellement démocratique, au sens où elle a été l’un des premiers corps à mettre fin à la ségrégation, par exemple, où les militaires prêtent serment à la Constitution. Si elles gardent ce point de vue, nos armées pourraient se coordonner pour rendre le monde plus démocratique.

    >> Un dernier mot ?

    Nous vivons dans une ère saturée de médias et d’histoires. Rien ne donne plus de pouvoir que la capacité à contrôler le récit. En la matière, Donald Trump, c’est un drame dans lequel chaque Américain a une chance de jouer un rôle. C’est ce drame qui structure la réalité.

    La démocratie, elle, je la définis comme un processus de redistribution des ressources d’une société, argent, ressources matérielles, territoires, pour avoir des effets égalitaires. Mais nous sommes en plein mouvement autoritaire.

    Si la France est là où les États-Unis étaient en 2022, disons, alors elle a une opportunité que nous n’avons pas su saisir. Vous pouvez construire des réseaux de solidarité dans les gouvernements, dans la société civile, dans les mondes numériques. Vous pouvez commencer à parler du monde que vous voulez construire. De cette manière, si l’autoritarisme arrive à votre porte, vous aurez déjà une autre histoire à proposer.

    #Fred_Turner

  • De l’utopie au technofascisme : histoire d’une bascule
    ▻https://podmust.com/episode/?podcast=propagations&epis=RGUgbCd1dG9waWUgYXUgdGVjaG5vZmFzY2lzbWUgOiBoaXN0

    Fred Turner, historien de la communication à Stanford et auteur d’Aux sources de l’utopie numérique, retrace la trajectoire qui mène de la contre-culture californienne des années 60 aux oligarques autoritaires d’aujourd’hui. Du « Democratic Surround » d’après-guerre à l’alliance entre extraction capitaliste et fondamentalisme religieux, cet épisode analyse les racines profondes du technofascisme américain et les mécanismes de résistance possibles.

    Internet devait émanciper les citoyens et sauver la démocratie. Trente ans plus tard, les plateformes numériques servent la surveillance généralisée et le chaos informationnel permanent. Comment les héritiers des hippies connectés sont-ils devenus des milliardaires barricadés au Texas ? Quel est le « péché originel » de la cybernétique qui explique cette dérive ? Et surtout : que faire face à cette bascule autoritaire ?

    Au programme :

    Le Democratic Surround : comment l’Amérique d’après-guerre a tenté de fabriquer des citoyens démocratiques par la technologie pour conjurer le fascisme
    Le péché originel de la cybernétique : la croyance mortifère que la technologie pourrait remplacer la politique et la délibération démocratique
    Des industries de réseau aux industries d’extraction : pourquoi l’IA le Texas devient le nouveau centre de gravité de la tech
    L’idéologie texane : extraction pétrolière, christianisme conservateur, prédestination protestante et leadership masculin blanc comme nouveau paradigme
    « Flooding the zone » : saturation informationnelle + surveillance généralisée, le modèle chinois adopté par la droite américaine
    Résistance à trois niveaux : solidarité individuelle, riposte institutionnelle et mobilisation citoyenne face au technofascisme
    Aaron Swartz et la bifurcation : deux visions d’Internet en lutte constante. A nous de décider

    Ce que vous pourrez entendre :

    « Le péché originel de la cybernétique, c’est de croire que grâce à la technologie, nous pourrions laisser la politique derrière nous. Leur mission était de construire des systèmes numériques capables de remplacer la politique. »

    « Nous vivons en fait en plein fascisme. Trump fait ce que font les dirigeants fascistes : il évoque un passé mythique, détruit les sources d’information alternatives, réveille des animosités raciales, envoie des soldats dans les rues, bâtit une armée alternative sous la forme de l’ICE. »

    Un podcast proposé & produit par Opsci.ai

    Production : Justin Poncet

    Animation : Guillaume Ledit

    Réalisation : Romane Mugnier

    Graphisme : Gautier Gevrey

    Générique : Martin Commandeur

    #Fred_Turner #Podcast

  • « La France ne doit pas tomber dans le piège de l’IA générative » | Repost, un blog du CNRS
    ▻https://repost.hypotheses.org/12257

    Une interview très intéressante de Fred Turner, dans laquelle il parle de chose intimes, des relations humaines et du besoin de construire une "défiance" envers les systèmes extractifs qui nous sont proposés. La confiance est le produit de relations humaines et communautaires. On conçoit mieux le monde et ses problèmes quand on en parle avec d’autres individus de confiance au sein de communautés cohérentes.

    Série Confiance & Numérique, VIDÉO
    « La France ne doit pas tomber dans le piège de l’IA générative »
    12/12/2025 Fred Turner, Charline Zeitoun, Aurélien Thome, Thomas Guiffard

    [Confiance & Numérique # 2] Fred Turner, professeur associé à Stanford University, est l’invité de ce nouvel épisode de notre série originale. Il nous parle de l’importance de revenir aux interactions personnelles “dans la vraie vie” face à la bouillie qui gagne Internet — contenus générés par IA, fake news, etc. — et de comment la France peut changer la donne face aux menaces sur la démocratie. Une vidéo réalisée dans le cadre du cycle “Internet est-il (encore) un réseau de confiance ?”, organisé par le Centre Internet et Société du CNRS.

    Fred Turner est l’un des meilleurs spécialistes mondiaux de la Silicon Valley. Il est professeur associé en sciences de la communication et histoire des médias à Stanford University.

    #Fred_Turner #IA #Vidéo

  • 5 ouvrages pour explorer le monde d’aujourd’hui sous influence numérique
    ▻https://www.cio-online.com/actualites/lire-5-ouvrages-pour-explorer-le-monde-d-aujourd-hui-sous-influence-nume

    - Politique des Machines, de Fred Turner, Richard Barbrook et Andy Cameron

    Professeur au département des sciences de la communication de l’université de Stanford, ancien journaliste et professeur au MIT et à Harvard et habitant de la Silicon Valley, Fred Turner est un historien expert de l’évolution des technologies de l’information depuis leurs débuts dans les années 50, et de cette bande de terre californienne qui les a vues fleurir depuis. Observateur de l’intérieur, de ces technologies et de leurs impacts, il est en particulier l’auteur de l’ouvrage « Aux sources de l’utopie numérique. De la contre-culture à la cyberculture : Stewart Brand, un homme d’influence », paru en 2006.

    Dans un nouveau livre publié en cette fin d’année 2025, près de 20 ans plus tard, ses deux textes « L’idéologie texane » et « Politique des machines » prolongent cette exploration de l’influence de l’idéologie des hippies des années 60 et 70 sur le numérique de la Silicon Valley et la suivent jusqu’au Texas. Fred Turner décrit ainsi ce nouveau tournant idéologique du secteur qui se traduit par une grande migration des désormais géants du numérique, et de leurs sièges sociaux, depuis leur berceau californien vers cet état conservateur façonné par le pétrole. Exil fiscal et politique, mais aussi signe d’un changement d’attitude de ces entreprises vis-à-vis du monde dont ils tirent en grande partie les ficelles technologiques. Dans le deuxième texte, au titre éponyme de l’ouvrage, « Politique des machines, Internet et le nouvel âge de l’autoritarisme », paru en 2019 dans Harper’s Magazine, Fred Turner analyse la mutation de l’idéologie californienne, en particulier avec l’avènement des plateformes. Fidèle à son ancrage dans l’histoire des technologies de l’information, il rappelle les racines à l’étonnante croisée du libéralisme américain de la fin de la 2e guerre mondiale des premiers ordinateurs et des théories libertaires hippies devenues libertariennes. Le tout donnant l’écosystème tech actuel.

    De la Californie au Texas, la fin de l’utopie numérique ?

    L’ouvrage se termine sur un texte de référence écrit en 1995 sous la présidence Clinton, « L’idéologie californienne » de Richard Barbrook et Andy Cameron, qui met justement en doute à l’aube du XXIe siècle, cette utopie numérique de l’Ouest américain. « L’idéologie texane », le texte de Fred Turner qui ouvre le livre, est écrit en miroir de celui-ci 30 ans plus tard, pointant l’à-propos du document de Barbrook et Cameron. Aujourd’hui partiellement retiré de la recherche, Richard Barbrook est le fondateur de l’Hypermédia Research Center de l’université de Westminster et chercheur sur la régulation des médias. Andy Cameron, décédé en 2012, était écrivain, mais aussi artiste interactif, comme il se décrivait.

    « Politique des machines ». Fred Turner, Richard Barbrook et Andy Cameron, en Français chez C&F éditions, 2025. 15 €

    #Fred_Turner #Politique_machines #Richard_Barbrook

  • Essor de l’intelligence artificielle : « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de l’extraction » – Fred Turner - Libération
    ▻https://www.liberation.fr/international/amerique/essor-de-lintelligence-artificielle-nous-sommes-entres-dans-une-nouvelle-ere-de-lextraction-20251222_NETLWTE75NDNVK4GBPYGDICDBU/?redirected=1
    ▻https://www.liberation.fr/resizer/v2/3DK27X3ND5HC5HOPYMSJ6P6FPI.jpg?smart=true&auth=72a80b09682c0012f187f03f7c

    Pour l’historien américain Fred Turner, l’intelligence artificielle est le nouveau pétrole et ses conséquences sociales pourraient être dramatiques.
    L’historien explique que les technologies servent aujourd’hui des fins d’extraction « de données » et « de ressources naturelles ».
    L’historien explique que les technologies servent aujourd’hui des fins d’extraction « de données » et « de ressources naturelles ». (VCG/Getty Images)
    ParBenjamin Delille
    envoyé spécial en Californie
    Publié le 22/12/2025 à 21h35

    Aux Etats-Unis, les investissements massifs dans l’intelligence artificielle en ont fait le secteur moteur de la croissance en 2025. La ruée vers cette nouvelle technologie fait craindre une nouvelle bulle spéculative, qui coûterait très cher au pays. Alors que ses partisans revendiquent un avenir radieux, porté par de nouveaux outils technologiques qui amélioreront l’économie et la vie des gens, l’historien Fred Turner, professeur à Stanford, dans la Silicon Valley, et auteur de la Politique des machines (éditions C & F), propose une lecture plus critique de ce qu’il considère moins comme une « révolution » que comme une nouvelle phase d’extraction de ressources – économiques, naturelles et sociales. Il décrypte la bulle en formation, l’illusion techniciste d’une efficacité supposée bénéfique et les liens troubles entre les géants de la tech et le pouvoir politique.

    Que pensez-vous de cette nouvelle ruée vers l’intelligence artificielle, notamment à San Francisco en Californie ?

    Je pense qu’avec l’IA et d’autres technologies comme les cryptomonnaies ou les réseaux sociaux, nous sommes entrés dans une nouvelle ère de l’extraction. Nous avons quitté l’époque classique du numérique et de l’Internet comme réseaux pour utiliser ces technologies, désormais connectées, à des fins d’extraction de données, d’extraction de ressources naturelles – eau, air, électricité. Et nous n’en comprenons pas encore pleinement les implications.

    Ceux qui promeuvent l’IA emploient un langage qui rend difficile la compréhension de ce qui se passe réellement. Ils parlent d’intelligence artificielle comme s’il s’agissait d’une intelligence. Or, comme l’a très bien dit la chercheuse australienne Kate Crawford, l’IA n’est ni artificielle, ni intelligente. C’est un système « computationnel », un système de recherche dans d’immenses modèles de langage. Une machine.

    Comparer en permanence ces systèmes aux capacités humaines détourne notre attention du processus réel : l’extraction. C’est comme si les fondateurs de Standard Oil nous parlaient des merveilles de l’automobile sans jamais mentionner le pétrole qu’ils extraient, la pollution que cela génère, les ressources qui disparaissent.

    Beaucoup des ingénieurs qui travaillent dans l’IA semblent pourtant persuadés d’être ceux par qui arrive le progrès qui fera avancer l’humanité…

    Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord, ils ont 20 ans. Beaucoup de personnes à San Francisco sont très jeunes et n’ont pas encore assez vécu pour observer les cycles de transformation sur trente, quarante ou cinquante ans.

    Mais, plus profondément, il y a une idée sous-jacente. Je ne veux pas accuser les ingénieurs car ils sont, à bien des égards, les législateurs du monde contemporain et leur contribution est immense. Mais dans certains milieux, « ce qui est bon pour la machine » est érigé en modèle de ce qui serait bon pour la société.

    Ils disent : « Nous rendons les choses plus efficaces. » On l’a vu avec Elon Musk et son approche des institutions publiques. Il les démantèle, mais au nom d’une valeur qui a du sens en ingénierie : faire fonctionner les choses plus rapidement. Dans le monde technique, la vitesse est un gain réel, mais appliquée au monde social, cette valeur ne fonctionne plus. L’efficacité est une valeur extrêmement limitée. On peut détruire une ville de manière très efficace… cela reste une destruction, simplement plus rapide.

    Il y a aussi une dimension quasi religieuse. Pourquoi des personnes intelligentes, bien formées, assimilent-elles l’accumulation de richesses au fait de « faire le bien » ? C’est une idée très américaine, très protestante : Dieu récompenserait ceux qu’il favorise par la richesse. Les riches deviennent presque des saints. Et celui qui vient en Californie pour être le prochain Zuckerberg est un pèlerin en quête de ce saint moderne.

    Comment analysez-vous le rapprochement des principales figures de la tech avec Donald Trump ?

    Cela me met en colère. Pour moi, Donald Trump est un dirigeant autoritaire, voire fasciste. Et le comportement des leaders de la tech me rappelle celui des industriels allemands dans les années 1930 face à Hitler : ils savent d’où vient leur intérêt et se rangent du côté du pouvoir. Zuckerberg, par exemple, soutenait la régulation quand le président était démocrate, puis il a changé complètement de position lorsque Trump est revenu.

    Pour eux, c’est du business, mais où est la limite ? Aujourd’hui, nous avons un gouvernement qui envoie des agents masqués arrêter des gens sans procédure judiciaire. C’est extrêmement grave. Certaines entreprises, comme Palantir [géant de la tech américaine, qui vend des outils d’IA, ndlr], participent directement à ce système. Pour moi, ce sont des collaborateurs d’un régime autoritaire.

    Qu’en est-il de leurs employés, qui souvent ne sont pas du tout alignés avec l’actuel gouvernement des Etats-Unis ?

    Grande question, sans réponse simple. Que dit-on à un ingénieur qui construisait des bombardiers pendant la Seconde Guerre mondiale ? En ingénierie, on dit souvent : « Je construis, c’est à l’utilisateur d’assumer les conséquences. » Je ne suis pas sûr d’être d’accord, mais je n’ai pas de réponse définitive. Nous avons besoin d’ingénieurs, de systèmes, de techniques.

    Je pense surtout qu’il y a une volonté de dépolitiser consciemment les employés de la Silicon Valley. Avec des récompenses énormes : salaires, confort, nourriture gratuite, cadre de vie privilégié. Si le prix à payer est d’ignorer la politique, beaucoup l’acceptent. À l’intérieur de Facebook, vous ne voyez pas les migrants arrêtés par la police de l’immigration. C’est facile de détourner le regard. Et si vous avez une famille à nourrir, c’est encore plus tentant.

    #Fred_Turner #Intelligence_artificielle #Extractivisme

  • La Silicon Valley est-elle devenue fasciste ? - Conférence
    ▻https://conference.sciencespo.fr/content/2025-11-17/la-silicon-valley-est-elle-devenue-fasciste_MP4XZkEZOF89Zg8Db9

    Pendant trente ans, la Silicon Valley a incarné un imaginaire libertaire et progressiste. Aujourd’hui, une partie de ses élites soutient Donald Trump et son agenda nationaliste et autoritaire. Pourquoi ce renversement spectaculaire ? Dans un entretien inédit pour Conférence, Fred Turner et Olivier Alexandre, deux des meilleurs spécialistes mondiaux de la Silicon Valley, dévoilent les ressorts idéologiques et économiques de cette mutation.

    ▻https://www.youtube.com/watch?v=ujsG4mfSUhM&t=1248s

    La fin de l’idéologie californienne

    Fred Turner, dans l’esprit de son ouvrage Aux sources de l’utopie numérique : de la contre-culture à la cyberculture (C&F Éditions), rappelle que la Silicon Valley s’est construite sur l’« idéologie californienne » : mélange de cybernétique et de spiritualité New Age. Une vision où la technologie devait libérer les individus des institutions et de la politique. Ce récit fondateur s’effondre aujourd’hui. L’industrie n’est plus animée par le rêve de connexion, mais par une logique de l’extraction : extraction massive de données, d’énergie, de ressources foncières pour soutenir l’infrastructure du numérique.
    Un déplacement géographique vers le Texas

    Avec l’arrivée d’immenses fermes de serveurs et des industries énergivores de l’IA et de la crypto, une partie de la tech se tourne vers le Texas. Or l’ « idéologie texane » est bien différente de l’idéologie californienne : nationalisme chrétien, conservatisme, extractivisme pétrolier et héritage industriel. Ce déplacement coïncide avec le rapprochement avec Trump, figure politique qui incarne ce modèle économique et offre aux entreprises la permissivité réglementaire qu’elles recherchent.
    Une Silicon Valley fracturée : « rouge » contre « bleue »

    Olivier Alexandre, dans la lignée de son ouvrage La Tech (Seuil, 2023) insiste sur le fait la Silicon Valley n’est pas un bloc. Il propose de distinguer deux camps : une technologie « rouge », tournée vers la culture du hardware, résolument plus conservatrice ; et une technologie « bleue », héritière de la culture du software, qui reste attachée au progressisme de l’utopie californienne. Entre ces deux camps, la tech est devenue un champ de bataille idéologique.
    Une idéologie qui s’exporte : le risque d’un alignement européen

    Fred Turner souligne que les imaginaires de la Silicon Valley se propagent largement : la croyance que l’IA pourrait devenir une superintelligence autonome influence déjà les dirigeants et hauts fonctionnaires européens. Cette adoption sans réserve ni critique des récits californiens pousse l’Europe à suivre l’agenda techno-politique américain, au détriment de ses propres valeurs et son propre modèle numérique.

    #Fred_Turner #Olivier_Alexandre #Silicon_Valley #Idéologie #Sciences_po

  • The California Authoritarians and the Roots of Techno-Fascism | LinkedIn
    ▻https://www.linkedin.com/pulse/california-authoritarians-roots-techno-fascism-jen-schradie-8l11e/?trackingId=8eSRywy6P%2BexK2Z6wFIkgw%3D%3D

    5 novembre 2025

    Jen Schradie
    Tech & AI Researcher | Digital Inequality | Author | Speaker

    Last night I had the privilege to speak on a panel at Sciences Po where Stanford professor Fred Turner presented his study of California Authoritarians. It was a packed audience that featured Sylvain Parasie, director of the Media Lab, who contextualized the event by pointing out how now more than ever these discussions are vital.

    If you haven’t read Turner’s work, it is essential reading to understand the history and culture of why Silicon Valley is, well, Silicon Valley. His work is unparalleled at understanding the same roots of our utopian visions of digital democracy and the dystopian current reality of authoritarianism are represented by what happened in California communes in the 1960s. While certainly many factors have led to our current techno-fascism (one of many monikers), Turner’s deft analysis shows how the focus on the individual has led to both of these pendulum swings of the seemingly left-leaning liberatory spaces of the internet to the right-leaning digital dominance today.

    My comments opened with the unusual decision to cite Turner from the endnotes of my book, The Revolution That Wasn’t: How Digital Activism Favors Conservatives: “Turner explained [in his book, From Counterculture to Cyberculture] that…the New Communalists…challenged the bureaucratic order with collaborative technology rather than reject the technical/military-industrial complex outright…early Internet pioneers such as Stuart Brand, founder of the WELL, were inspired as children by the face-off against the USSR in the cold war. For these pioneers “the liberation of the individual [emphasis added] was simultaneously an American ideal, an evolutionary imperative, and, for Brand and millions of other adolescents, a pressing personal goal.”

    My very next endnote, “Barbrook and Cameron critiqued Wired Magazine for promoting what they called a California Ideology, a ‘profoundly anti-statist dogma.’ They argued that it embodied an Internet utopian philosophy of individualism and the free market at the expense of others. …. In a 2015 article, I build on and refine their argument by specifying a Silicon Valley Ideology that is tied to the corporate headquarters and platform control of digital neoliberalism and that includes a belief in non-hierarchical, diverse individual participation in online social media spaces.”

    In fact, this focus on the individual is paramount to how digital technologies have been promoted for decades – that you no longer have the dogma of bureaucratic institutions, parties, or “big government” but that you can be free to express yourself online. The reality, however, is what I call digital bureaucracy, which is essential for powerful online engagement, and conservatives have won out over the last few decades with not only resources but an array of boots on the ground. I describe one case, though, on the left in this article on the Strong Ties of Social Movement Emergence in the Digital Era. In fact, last night’s win by Mamdani last night is a perfect example of the importance of this offline grassroots organizing.

    But back to Turner. Read his work. All of it. Among his many accomplishments, he has nailed the historical and cultural patterns that we see today in techno-fascism. His work is published in French by C&F Editions. For another important take on the powerful role of Silicon Valley, check out Olivier Alexandre’s book (in French and English): Tech: How Silicon Valley Remakes the World.

    Also offering insightful comments last night were Dominique Cardon, of the Sciences Po Media Lab and Benjamin Loveluck of Télécom Paris.

    #Jen_Schradie #Fred_Turner #Science_po #Politique_machines

  • Fred Turner : « Le Texas devient une techno-théocratie » | Mediapart
    ▻https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/121125/fred-turner-le-texas-devient-une-techno-theocratie

    Fred Turner, professeur à Stanford, continue de décrypter les idéologies et imaginaires à l’œuvre dans les industries du numérique avec un livre intitulé « Politique des machines ». Pourquoi la tech américaine migre-t-elle de San Francisco à Austin ? Entretien.

    Joseph Confavreux

    12 novembre 2025 à 18h48

    #Fred_Turner #Techno_théocratie #Idéologie_texane

  • Fred Turner : « Fascisme est le bon terme pour décrire le régime de Donald Trump »
    ▻https://www.latribune.fr/article/tech/11076871763823/fred-turner-fascisme-est-le-bon-terme-pour-decrire-le-regime-de-donald-tru

    Le 18 octobre dernier, 7 millions de citoyens américains ont défilé à travers tous les États-Unis pour s’ériger contre Donald Trump. Dans la Silicon Valley, où les grandes entreprises de la tech se sont majoritairement ralliées à l’administration républicaine, les protestations se font bien plus discrètes au quotidien, regrette Fred Turner, historien et chercheur en sciences de la communication. L’auteur, de passage en France à l’occasion de la publication de deux de ses ouvrages chez C&F Éditions (Design d’une démocratie et Politique des machines), tient ce mardi 4 novembre une conférence à Sciences Po Paris sur l’autoritarisme californien, ou comment le monde numérique a basculé de l’idéologie libertaire vers un autoritarisme assumé. L’occasion de publier cet entretien réalisé par La Tribune quelques semaines plus tôt lors d’une rencontre avec Fred Turner dans son bureau à Stanford.

    #Fred_Turner #Technofascisme #Marine_Protais #La_Tribune

  • (16) Publier | LinkedIn
    ▻https://www.linkedin.com/posts/denis-maillard-temps-commun-44615157_il-y-a-des-livres-vers-lesquels-il-faut-revenir-activity-7295470708787150848-6BRf/?originalSubdomain=fr

    Il y a des livres vers lesquels il faut revenir de temps en temps tant ils ont su saisir quelque chose de l’esprit nouveau du temps qui permet d’en éclairer à la fois le passé et notre présent.

    C’est le cas de « Aux sources de l’utopie numérique » (publié en 2013) qui raconte comment des gens comme Stewart Brand ont été des passeurs entre les technologies et les idées à travers des revues comme le Whole Earth Catalog dans les années 60 ou Wired dans les années 90.

    Or, on trouve p 341 un chapitre intitulé « Les nouveaux communalistes croisent les chemins de la nouvelle droite » qui raconte comment le premier leader républicain populiste Newt Gingrich a été une star de Wired à partir de 1995, autour d’idées simples : mettre la société en réseau, réduire les hiérarchies et obtenir un ordre cybernétique spontané… Bref, l’atterrissage de l’idéologie libertarienne dans l’utopie du web libre (ce que Monique Dagnaud a appelé l’idéologie californienne) qui a mis une trentaine d’années (et quelques dizaines de milliards de dollars) à accoucher du techno capitalisme qui gouverne aujourd’hui les États-unis…

    #Fred_Turner #Utopie_numérique

  • Note de lecture = Le Cercle Démocratique par emmanuel vergès
    ▻https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7289918111670042625

    emmanuel vergèsemmanuel vergès • 1er • 1er co-directeur @Observatoire des Politiques Culturelles / co-directeur @lofficeco-directeur @Observatoire des Politiques Culturelles / co-directeur @loffice 6 h •
    Il y a 6 heures
    Note de lecture = Le Cercle Démocratique#1

    L’ouvrage de Fred Turner édité par C & F EDITIONS est pour moi une référence : il raconte l’histoire du Comité pour le Moral Américain dans les années 1930 aux Etats-Unis, et montre, à travers les travaux d’anthropologues, artistes, intellectuel·le·s, journalistes ... le lien entre média et construction politique de la société.

    💡 Pourquoi cette histoire est importante ?

    Fred Turner nous montre, que même si les technologies des médias ne sont pas culturellement neutres, différentes approches existent entre une approche « médias de masse » tendant vers l’autoritarisme, ou une approche « démocratique des médias ». Non seulement par les usages, mais aussi par ce que les Institutions souhaitent en faire.

    Les médias sont politiques puisqu’ils sont liens, pour suivre les travaux hashtag#HannahArendt
    Alors, les médias, réseaux sociaux et plateformes le sont aussi.

    💡 Pourquoi cette histoire est vraiment importante ? ;-)

    Parce qu’elle permet aujourd’hui, de porter un regard différent sur les médias et réseaux sociaux, et sur un ensemble de plateformes numériques qui nous relient, à travers des contenus, des messages, des likes, des scrolls, des gestes numériques ...

    Il me semble aujourd’hui que Facebook, Instagram ou Twitter, dans les mains d’entreprises monopolistiques, posent des problèmes démocratiques. Non pas parce que ce sont des réseaux sociaux contributifs et populaires, voire pupulistes. Non pas seulement par les messages qui s’y échangent.
    Mais parce qu’ils sont asservies à des intérêts partisans.

    🔔 Mais comme pour d’autres médias, les démocraties ont réussi à en légiférer l’intention, et non seulement les usages.

    Les récentes affaires à la télévision et sur la TNT arbitrées par l’ARCOM montrent l’importance des institutions et des lois.
    🔎 Et montrent l’attention que l’on doit porter en permanence à ce qui composent nos « paysages médiatiques », nos « environnement médiatiques ».

    🌐 Nous avons le pouvoir d’en constituer des « democratic surround ». Et de le garantir.

    Merci Fred Turner merci Hervé Le Crosnier

    #Fred_Turner #Emmanuel_Verges #Cercle_démocratique

  • Democracy depends on obedience | America Magazine
    ▻https://www.americamagazine.org/politics-society/2025/01/08/democracy-trump-inauguration-249630
    ▻https://www.americamagazine.org/sites/default/files/styles/article_image_750_x_503_/public/main_image/2025/01/07/WISCONSIN-SCHOOL-SHOOTING-1786897.JPG.JPG?itok=jFNTZ7xV

    Cultural historian Fred Turner’s book The Democratic Surround identifies this pattern as a systematic phenomenon. In attempting to inoculate people against the temptations of both fascism and communism, mid-20th century American cultural institutions developed a certain theory of the democratic subject—one whose fulfillment was not in collectivity but individuality. Our purpose was not to serve a community so much as to express ourselves through our distinctive choice, identities and (of course) purchases. In 1954, a film about solidarity in a Mexican-American labor union called “Salt of the Earth” was barely available in the United States due to anti-communist pressure; that year’s Best Picture award went to “On the Waterfront,” in which scrappy dockworkers find themselves by escaping their corrupt union for more individualized labor relations.

    The pursuit of unbridled selfhood is a shifty foundation for democracy. Lose your union power, and the boss wins. Holding up your personal truth above all else means failing to listen to the views of others. Democracy cannot accomplish anything under a regime of self-expression at all costs. Democracy also involves a dirty word in the American idiom: obedience.

    As we enter a second Trump administration, many people will face a test of what democracy asks of us. Last time around, there was the “resistance,” signified by Rebel Alliance emblems as bumper stickers. There were the one-off marches in the early days, up through the Black Lives Matter uprising of 2020. Democratic lawmakers played by the rules in a performance of law and order, but they also mounted two unsuccessful impeachment attempts.

    There are also moments, at times of gross injustice, when democracy requires well-aimed disobedience. But they are the exceptions that prove the rule. After all, civil disobedience has often been most effective among those who act in evident obedience to a higher law.

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    What I mean to offer is an invitation to enter this new moment by asking not merely how to rebel or dissent, or when to burst out in protest. All those things will surely come. But first, we might ask: To what and whom do we offer our obedience?

    In trying times, it is easy to forget who we are. When chaos agents are in charge, wielding division and dismay, obedience can ground us. It is a source of clarity and discipline. Is your obedience to your family or your faith, to your neighborhood or your city, to your vocation or your networks? The president need not be your highest power, even if he is in power over you. With the people you trust, discern together: How will you be accountable?

    If outbursts of self-expression are the sole strategy, I fear we will wear ourselves out quickly in what is to come. Obedience, I know, is a scary notion for those of us raised with individualism. But in moments like these, it can be an essential guide. If democracy is under threat from authoritarian urges, it is time to rediscover and reorganize our mutual obedience.

    #démocratie #Individualisme #Fred_Turner

  • Nouvelles technologies : Des réseaux bien peu sociaux - POLITIS
    ▻https://www.politis.fr/articles/2024/12/societe-nouvelles-technologies-des-reseaux-bien-peu-sociaux

    L’une des promesses du web était de faire interagir des communautés du monde entier. Mais, à l’heure où l’on fait défiler des suites infinies de vidéos sur Instagram, Facebook ou TikTok, en quoi le temps passé en ligne a-t-il une fonction sociale ?
    Benjamin Tainturier • 18 décembre 2024 abonné·es
    Article paru
    dans l’hebdo N° 1841-1843

    Au début des années 1930, la ville autrichienne de Marienthal, dans la banlieue viennoise, est frappée par une grave crise causant un chômage endémique. Paul Lazarsfeld, Marie Jahoda et Hans Zeisel décrivent, dans une étude célèbre sur les chômeurs de Marienthal, l’état de déréliction dans lequel sont poussés ces ouvriers sans travail.

    N’ayant plus rien à faire de leurs journées, ils perdent le goût des loisirs et du lien social – ils désertent les clubs de sport, s’absentent des réunions syndicales et ne lisent plus. Ou si peu : beaucoup délaissent l’Arbeiterzeitung, journal de débats et d’analyses, pour s’adonner à la lecture du Kleines Blatt, tissu de faits divers et d’articles à la petite semaine.

    Quiconque aujourd’hui s’est déjà égaré le long d’un fil ininterrompu de stories Instagram ou de vidéos TikTok sait dans quel puits sans fond on se trouve alors précipité. Ces contenus, criards et parfois obscènes, composent un vrai musée du temps perdu. Ils ont bien plus à voir avec les bêtises du Kleines Blatt qu’avec l’Arbeiterzeitung. La consommation banalisée de tels contenus est-elle le symptôme d’une vie atone, comme celle des chômeurs de Marienthal, ou le temps passé sur les réseaux numériques est-il au contraire un véritable moment social ?

    Il y eut une période où les technologies numériques ­faisaient croire à l’avènement d’un « cerveau planétaire ». Fred Turner, dans Aux sources de l’utopie numérique, le rappelle. À la fin des années 1960, les hippies rêveurs de la contre-culture et les ingénieurs technophiles issus de la cyberculture célébraient ensemble les promesses des technologies numériques. Internet venait de naître et avec lui l’espoir que ce réseau des réseaux puisse un jour héberger toutes les idées, partout au monde, que les humains voudraient bien y consigner.

    Le numérique deviendrait le support d’une couche pensante sur Terre – ce que le philosophe Pierre Teilhard de Chardin nommait « noosphère » – où se rencontreraient toutes les pensées vagabondes sur un réseau où on ne se sentirait jamais seul. Cette aspiration doit beaucoup aux informaticiens des campus états-uniens, porteurs d’une culture universitaire louant le partage et la décentralisation du pouvoir et de l’autorité.

    Elle a pour corollaire une conception très libérale du sujet qui trouve dans les technologies numériques de nouveaux moyens pour s’exprimer. Comme le LSD, disait-on dans les années 1960, ouvre les portes de la perception, le numérique décuple la faculté de connaître et l’agir individuel, les hackers représentant le modèle le plus abouti de cet « empuissantement » technique individuel.

    La promesse du collectif

    Bien des années plus tard, espaces numériques et réseaux sociaux ont hérité de chacune de ces deux lignées – culture participative et culture de soi – mais on se demande si l’une n’aurait pas éteint l’autre. Dans les années 2000, le web était affaire de forums, d’instances, de réseaux pair à pair, de chats, déclinant en autant de lieux de rencontre toutes les formes possibles de l’agora. Aujourd’hui, on ne parle plus que de profils, de pages personnelles, de « bio ». Il existe bien entendu des formes intermédiaires, des Slack et des Discord, faits pour la délibération collective ou la conversation.

    Mais il semble qu’avec Instagram, TikTok ou Twitch, les espaces publics participatifs aient cédé la place à un web archipélisé, grouillant de communautés rassemblées autour de personnalités influentes. C’est cette forme que prend le social des réseaux dits sociaux. Nuançons. Tous ces petits rituels par lesquels on s’affiche sur son profil Instagram, par lesquels nous jouons une performance en ligne, nous incluent dans quelque chose de plus grand que nous.

    La sociologie interactionniste a largement établi combien ces rituels de mise en scène de soi nous aident à donner sens au monde et à nos échanges, à signifier notre adhésion à des normes communes et à donner, ainsi, réalité à ces normes. On s’en convaincra en se rappelant notre embarras devant certains profils Instagram ou Facebook transgressant les normes numériques : leurs images de profils sont louches, leurs messages écrits en majuscules, manquant de ponctuation ou, au contraire, abusant des points de suspension.

    Ces profils sont ceux d’individus pas tout à fait à leur place, parfois même des exclus du numérique qui portent leurs fautes de goût comme autant de stigmates. Si nous savons qu’on ne veut pas leur parler, c’est parce qu’ils transgressent les normes auxquelles nous-mêmes et la majorité des autres internautes souscrivons.

    Le temps passé sur le web n’est jamais gratuit, offert, indemne. Il n’est jamais l’exercice d’une forme positive de liberté.

    Dans un ouvrage magnifique, Asiles, Erving Goffman a bien montré que ces rites de présentation de soi, dirigés vers autrui, ratifient notre inclusion dans un collectif de normes où l’on se sait soi-même reconnu. La présentation à autrui constitue l’assise même de l’individu, de l’identité, du « moi ». Si le temps libre passé sur les réseaux est un temps cosmétique, où l’on raffermit son image, il est aussi social au sens où l’on est toujours soi à travers l’assentiment des autres.

    Mais nous oublions le troisième acteur de l’équation. Entre soi-même et les autres s’étale tout un continuum d’infra­structures numériques. Celles-ci génèrent des revenus en nous extorquant une partie de la richesse que nos données représentent. Nous sommes donc mis au travail malgré nous sur les réseaux sociaux, rendus agents de ce qu’on nomme digital labor. Le terme qualifie « la réduction de nos ‘liaisons numériques’ à un moment du rapport de production, la subsomption du social sous le marchand dans le contexte de nos usages technologiques (1) ».
    1

    Voir la définition donnée par Dominique Cardon et Antonio Casilli dans « Qu’est-ce que le digital labor ? », La Revue des médias, 7 septembre 2015.

    Le temps passé sur les réseaux sociaux est-il véritablement libre ? Il est libre comme l’est le temps de quiconque n’est pas occupé – définition négative de la liberté, où elle est définie par ce qu’elle n’est pas. Mais le temps passé sur le web n’est jamais gratuit, offert, indemne. En ce sens, il n’est jamais l’exercice d’une forme positive de liberté.
    Par Benjamin Tainturier

    #Culture_numérique #Personnalisation #Médias_sociaux #Fred_Turner

  • « Malgré Elon Musk, la Silicon Valley reste un bastion du parti démocrate »
    ▻https://www.nouvelobs.com/idees/20241109.OBS96127/malgre-elon-musk-la-silicon-valley-reste-un-bastion-du-parti-democrate.ht

    Entretien avec Fred Turner sur la situation post-électorale dans la Silicon Valley

    Propos recueillis par Xavier de La Porte

    Publié le 9 novembre 2024 à 9h30
    Elon Musk au meeting de Donald Trump au Madison Square Garden, à New York, le 27 octobre 2024.

    Entretien La victoire de Donald Trump risque de bénéficier au patron de Tesla. Mais ce n’est pas toute la Tech américaine qui a basculé dans le camp républicain. Analyse avec l’historien de la Silicon Valley, et professeur à Stanford, Fred Turner.

    La participation d’Elon Musk à la campagne de Donald Trump a été spectaculaire. Mobilisation sur X (ex-Twitter), dons financiers, participation à des meetings… Au point que le patron de X, Tesla, SpaceX, Neuralink et Starlink a été longuement remercié par le nouveau président le soir de sa victoire. Il n’est pas le seul personnage important de la Silicon Valley à s’être engagé dans cette campagne auprès de Donald Trump : Peter Thiel (autre membre de la « mafia Paypal »), l’investisseur Marc Andreessen et d’autres encore. Eu égard à la timidité de Jeff Bezos, le patron d’Amazon et propriétaire du « Washington Post », qui a refusé que son journal s’engage pour Kamala Harris, et au silence relatif d’autres patrons de cette industrie longtemps favorable aux démocrates, on peut avoir l’impression que quelque chose a changé dans la Silicon Valley, que ce lieu jadis plein d’ingénieurs utopistes et post-hippies a cédé aux sirènes de l’alt-right. Fred Turner, auteur notamment de « Aux sources de l’utopie numérique » et historien de la Silicon Valley, nuance ce sentiment, tout en notant les effets néfastes que pourrait avoir l’influence de Musk sur Donald Trump.
    La victoire de Trump est-elle aussi, d’une certaine manière, celle d’Elon Musk ?

    Fred Turner Bien sûr. Et celle de Jeff Bezos aussi. En soutenant Trump de manière aussi agressive, Musk a fait du nouveau président son débiteur. Celui-ci lui doit maintenant bien des faveurs que le patron de X ne manquera sûrement pas de lui réclamer dans les années à venir. Elles peuvent aller d’avantages réglementaires pour ses entreprises à une influence directe dans le gouvernement.

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    Il est difficile de déterminer si l’implication de Musk découle d’une conviction politique sincère ou d’un opportunisme entrepreneurial. Quelle est votre hypothèse ?

    Avec quelqu’un comme Musk, il est difficile de démêler le personnel du politique. Comme d’autres magnats de la tech, il considère les affaires et la politique comme deux moyens de changer le monde, et comme deux systèmes nécessitant des « hommes forts » à leur tête.
    La technologie a déjà conduit à la privatisation de nombreux aspects de la vie. Ce lien fort entre Trump et Musk pourrait-il accélérer cette tendance ?

    Aux Etats-Unis, cela mènera certainement à davantage de dérégulations. Le contrôle des entreprises sur des fonctions historiquement assumées par l’Etat pourrait aussi se voir renforcé. Le système de satellites Starlink de Musk, conçu et entièrement détenu par une entreprise privée, est déjà une infrastructure critique pour l’armée américaine. Quand les oligarques accèdent au pouvoir, ils ont souvent tendance à céder les ressources de l’Etat à leurs partisans pour s’assurer de leur loyauté. On verra si cela se produit ici. Il faudra garder un œil sur le secteur de l’éducation, par exemple… et sur la possibilité d’une privatisation et d’une numérisation de l’instruction publique.
    L’implication d’Elon Musk (et, plus largement, de la « PayPal mafia »), combinée au refus de Jeff Bezos que le « Washington Post », journal dont il est propriétaire, ne prenne parti pour Kamala Harris, indiquent-ils une évolution politique de la Silicon Valley ?

    Non. Pas vraiment. Il existe une grande fracture entre les dirigeants des grandes entreprises technologiques et les employés de base. Comme l’ont montré les résultats du vote, la Silicon Valley reste un bastion du Parti démocrate, même si ses leaders promeuvent des dirigeants autoritaires – et se comportent d’ailleurs comme tels.
    Quels sont les aspects du message de Trump qui ont séduit ces dirigeants ?

    Pour des figures comme Musk, l’image de l’homme fort est assez attirante. De même que les appels à la dérégulation et la promesse de privilégier les intérêts des entreprises et le profit, au détriment de l’environnement et du bien public.
    Y a-t-il une forme de luttes des classes au sein de Silicon Valley ?

    Il existe dans cette région des Etats-Unis une inégalité immense. Dans notre livre « Visages de la Silicon Valley », nous avons tenté avec Mary Beth Meehan de rendre visible la classe ouvrière de la vallée. Malgré l’immense richesse produite ici, une grande partie de la population vit sous le seuil de pauvreté et, selon la banque alimentaire Second Harvest, un habitant sur six dépend régulièrement de leurs services.
    Y a-t-il encore des utopistes post-hippies à Silicon Valley ?

    Oui. Les utopistes des années 1960, qui ont joué des rôles clés dans l’essor de la Silicon Valley, ont aujourd’hui autour de 80 ans. Mais une nouvelle génération a pris le relais dans leur croyance que les technologies peuvent remplacer la politique et résoudre les problèmes sociaux, dont ils estiment par ailleurs qu’elle est la cause. Leur foi dans la promesse utopique portée par les machines et la technologie est visible partout, que ce soit dans la pratique du microdosage de LSD au travail (pour, pensent-ils, devenir plus intelligents) ou dans la création de systèmes d’Intelligence Artificielle censés doter les humains d’aptitudes quasi-divines. Chez beaucoup de personnes de la Silicon Valley, il persiste, comme c’était le cas dans les communautés des années 1960 qui en furent à l’origine, une grande cécité sur les conditions ordinaires de la vie ordinaire, et un manque d’intérêt pour trouver les moyens de l’améliorer.

    Kamala Harris a-t-elle adressé un message spécifique au monde de la tech ?

    Pas à ma connaissance. Mais elle y est bien connue évidemment, puisqu’elle est originaire de la région de la baie de San Francisco.
    Quel rôle les podcasts (notamment ceux de Joe Rogan et de l’alt-right) ont-ils joué pendant la campagne ? Voyez-vous cela comme un déplacement de l’influence des médias traditionnels vers les nouveaux médias ?

    Un des grands enseignements de cette élection est que les médias de masse comptent beaucoup, beaucoup moins qu’auparavant. Pensez-y : Kamala Harris a réussi à mobiliser en sa faveur la plupart des grandes figures d’Hollywood, de l’industrie musicale et de la télévision. Beyoncé a ouvert un de ses meetings, et Taylor Swift l’a soutenue publiquement. De nombreux grands journaux américains ont appuyé sa candidature, tacitement ou explicitement. Malgré tout, cela n’a pas suffi à convaincre les électeurs.

    Il est trop tôt pour produire une analyse satisfaisante de ce qui s’est passé, néanmoins il est de plus en plus évident que les gens vivent dans des silos informatifs très distincts et ne font plus confiance aux médias destinés à ce que nous appelions autrefois le grand public.

    BIO EXPRESS

    Fred Turner enseigne l’histoire des médias à l’université Stanford, en Californie. Il est l’auteur d’un ouvrage devenu un classique, « Aux sources de l’utopie numérique. De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence » (C & F Editions, 2012).

    Propos recueillis par Xavier de La Porte

    #Fred_Turner #Xavier_de_La_Porte #Silicon_Valley #Elections #Musk #Mary_Beth_Meehan

  • De l’influence du livre de Fred Turner : Aux sources de l’utopie numérique - Educavox, Ecole, pédagogie, enseignement, formation
    ▻https://www.educavox.fr/accueil/breves/retour-d-utopie-de-l-influence-du-livre-de-fred-turner

    De l'influence du livre de Fred Turner : Aux sources de l'utopie numérique

    ►https://cfeditions.com

    Entretien avec Fred Turner : Articles rédigés par Olivier Alexandre, Thomas Cazals, Anne Cordier, Adrian Daub, Xavier de La Porte, Hervé Le Crosnier, Christophe Masutti, Julie Momméja, Francesca Musiani, Valérie Schafer, Nicolas Taffin, Laurent Vannini et François Vescia. À l’occasion des 10 ans de la publication en français de Aux sources de l’utopie numérique. De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence de Fred Turner, C&F éditions a réuni une douzaine de texte autour de ce classique des humanités numériques.

    Dix ans déjà. Cela fait 10 ans que C&F éditions a publié la traduction en français du livre majeur From Counterculture to cyberculture de Fred Turner. Le livre que vous lisez aujourd’hui est à la fois un hommage à un classique de l’histoire de l’Internet et un pertinent rebond au moment où de nouveaux grands mouvements se font jour dans l’industrie numérique.
    La fresque que Fred Turner déroule dans son livre est marquante de nombreux points de vue.

    Comme le souligne Dominique Cardon dans la préface, il y a d’abord ce tour de force de conter l’histoire d’une technologie en suivant le parcours d’un homme qui n’est pas informaticien, alors que les nombreuses histoires de l’Internet parues auparavant se construisent autour des biographies et travaux des « pères fondateurs ».
    C’est que Fred Turner n’écrit pas une histoire des techniques de l’Internet, mais d’emblée de son usage et de sa construction comme outil social, politique et idéologique.

    Donc comme un outil tantôt en phase, tantôt en divergence avec les idéologies, les discours et les porte-parole qui impriment leur marque dans l’air du temps. Les préconceptions, les idées et les orientations des personnes qui créent des systèmes laissent inévitablement des traces dans le fonctionnement et dans le type d’usage qui en sera fait. Alors que l’Internet est devenu le phénomène social et économique que l’on connaît, les premiers concepts y sont toujours actifs par-delà les changements de structure, les innovations et les concentrations économiques.

    Il importe donc de mesurer le poids des idées et des projets qui étaient à la source même de cet immense réseau interconnecté. On a souvent dit que le réseau avait été co-construit par les hippies et les militaires, puis par les universitaires et enfin par les méga-entreprises concentrées qui tiennent aujourd’hui la corde sur les pratiques sociales. C’est évidemment une formule, qui mérite à ce titre d’être précisée, mais qui garde néanmoins toute sa puissance évocatrice. Et c’est ce parcours que l’on va retrouver dans l’exploration des origines à laquelle se livre Fred Turner.

    Extrait de l’introduction par Hervé Le Crosnier & Nicolas Taffin.

    En savoir plus : ▻https://cfeditions.com/retour-utopie
    Dernière modification le samedi, 15 juin 2024

    #Fred_Turner #Retour_Utopie

  • Cardinal Canvas : Green Library hides art in plain sight
    ▻https://stanforddaily.com/2024/05/09/cardinal-canvas-green-library-hides-art-in-plain-sight

    By Adam Golomb
    Published May 9, 2024, 12:25 a.m., last updated May 10, 2024, 9:18 p.m.

    Editor’s Note: This article is a review and includes subjective opinions, thoughts and critiques.

    On my way to study in Green Library’s Lane Reading Room, I was suddenly struck by a portrait of a woman in an industrial kitchen, staring at me. An object label next to it reads: “Teresa.” As a regular at Green, I questioned how I had never seen this artwork — or noticed that the library even had art — before.

    After a little sleuthing, I discovered “Teresa” is a part of an exhibit entitled “Seeing Silicon Valley,” on display at Hohbach Hall, the East Wing of Green Library. The exhibit is a selection from the photography book of the same name, created by photographer Mary Beth Meehan in tandem with Stanford Professor of Communication Fred Turner.

    The original photography book captured the lives of those who struggle financially in Silicon Valley, an area known for its economic prosperity and technological innovation. Teresa is one of many essential workers in Silicon Valley, operating a food truck that serves the entire Bay Area, including Stanford itself. We see her in a full-body portrait, with the tubs of empty guacamole and salsa containers towering in the back.

    Teresa’s expression is complex. I initially saw it as hardened but, the more I stare, I see pride, tiredness, inquisitiveness. The object label explains, after a long shift, she returns to an apartment that she shares with her four daughters. I found myself contemplating the times I’ve walked past this picture without acknowledging Teresa’s story, oblivious of the work that drives Silicon Valley.

    While I appreciate the integration of an art exhibit into a library, the placements of some of the other photographs accidently contribute to this motif of ignoring these workers. Venturing toward the presentation room, a series of “Seeing Silicon Valley” portraits adorn the wall, but they are partially covered by the library’s collection of desktop monitors.

    One of these slightly obscured photos, “Abraham & Brenda,” caught my eye. A close-up of a couple embracing each other, but both focused toward the viewer. Abraham and Brenda pose in front of their trailer that they park outside of Stanford’s campus.

    Their expression of love toward each other is raw, a tight clasp between them that shines as both protective and reassuring. “Abraham & Brenda” spotlights the ways love beams through, even through hardship. With their entwined figures casting shadows against their trailer, Meehan’s photography masterfully catches the couple’s financial reality.

    While most of the portraits center their subjects, “Cristobal” pushes its titular character toward the back, nested in a small shed painted with bright pinks and greens. Cristobal, a full-time security officer at Meta, is only able to afford this shed located in someone’s backyard in Mountain View, reads the object label.

    The viewer can see the entirety of the shed in the frame, with Cristobal posing inside with his hands in front of his body, making him look as small as the shed. A wave of deep sadness flowed over me; there is almost no way to reconcile this deep socioeconomic inequality that pervades the region we all currently inhabit and benefit from.

    “Cristobal” is another portrait that is slightly covered by computer monitors. Poignantly, the person working right in front of “Cristobal” had a product from the same company that Cristobal works for, Instagram, open on the screen. In a way, “Seeing Silicon Valley” expresses its theme too well, as students ignore the lives of these workers even as their portraits tower over them.

    This exhibit is long-term, set to stay up until 2025. Next time you’re at Green, take the time to look and read their stories — they are complicated and thought-provoking, a true reflection of our positionality on campus.

    #Mary_Beth_Meehan #Fred_Turner #Visages_Silicon_Valley

  • Introduction. Au-delà de l’idéologie californienne | Cairn.info
    ▻https://www.cairn.info/revue-teque-2024-1-page-9.htm

    Les cinquante dernières années ont été marquées par la promesse suivant laquelle l’informatique permettra dans un futur proche de créer une société d’individus égaux et émancipés.L’idéal pastoral, communaliste, d’une société harmonieuse inter-espèces, à petite échelle et en marge de l’État, aura trouvé une matrice précoce dans le poème Tous surveillés par des machines d’amour et de grâce du hippie Richard Brautigan. Ce texte est cité par l’historien de l’internet Fred Turner dans son livre important Aux sources de l’utopie numérique, comme l’emblème d’un certain état d’esprit de la contre-culture de la baie de San Francisco. En hommage, l’un des premiers clubs d’informatique autonomes de la région est baptisé Loving Grace Cybernetics. À travers la référence à ce poème, c’est l’esprit des premiers colons qui rencontre la soif de liberté et d’épanouissement personnel de nerds en recherche d’alternative à la bureaucratie, qu’elle vienne des entreprises ou de l’État. Cet état d’esprit marque durablement la région. On le retrouve dans le magazine en forme de kit de survie pour les néoruraux The Whole Earth Catalog, dans la communauté de bricoleurs d’ordinateurs personnels réunis dans le Homebrew Computer Club (un lieu mythique de l’émergence d’Apple), puis dans la liste de diffusion électronique The WELL (considérée comme l’une des premières « communautés virtuelles »). Comment ne pas succomber à la vision élégiaque d’un cerf flânant en paix dans une forêt cybernétique ? Qui pourrait être contre une « harmonie mutuellement programmée »

    #Fred_Turner #Utopie_numérique #Teque