• « Les musulmans de l’enclave sont constamment sommés de prouver qu’ils sont de vrais Espagnols » : Ceuta à l’épreuve d’une crise migratoire sans précédent
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    « Les musulmans de l’enclave sont constamment sommés de prouver qu’ils sont de vrais Espagnols » : Ceuta à l’épreuve d’une crise migratoire sans précédent
    Par Mustapha Kessous (Ceuta [Espagne], envoyé spécial)
    L’irruption dans l’enclave espagnole de 72 000 personnes venues du Maroc, entre le 30 et le 31 juillet, a mis en lumière les fêlures et les solidarités qui traversent cette ville où coexistent depuis des siècles chrétiens et musulmans.La file s’étire le long de l’avenue Alcalde José Victori Goñalons, dans le centre de Ceuta. Elle part de la boutique Ria, spécialisée dans le transfert d’argent, devenue un point de repère pour de nombreux migrants qui y retirent les quelques sous envoyés par leurs familles pour survivre dans l’enclave espagnole, coincée entre la Méditerranée et le Maroc. A côté, un porche mène à un marché couvert aux murs bleus. Sangria, tapas et éclats de rire. Dans ce décorum néomauresque, les vacanciers, écrasé de soleil, jouissent d’une quiétude tout andalouse. Sur les mêmes places où, une semaine plus tôt, militaires et policiers ont dispersé, traqués et parfois violemment chassé – certains ont eu des gestes de compassion –, ces exilés.
    La cité européenne en terre africaine vient de vivre ce que ses habitants, policiers et responsables politiques décrivent comme un « drame humanitaire » sans précédent. En quelques heures, 72 000 personnes, selon le ministère de l’intérieur espagnol, essentiellement des Marocains, se sont précipitées vers ce confetti aux 83 000 résidents. Entre le 30 et le 31 juillet, ils ont franchi la frontière, souvent à la nage, après avoir convergé vers Fnideq, la ville marocaine voisine.Dès le 31 juillet dans l’après-midi, la très grande majorité – 70 000 personnes, selon Madrid – a rebroussé chemin vers le Maroc. Dans l’enclave, ils n’ont trouvé ni refuge ni avenir : seulement des commerces fermés, le manque de sommeil, la faim et l’hostilité d’une partie des habitants. « Nous avons eu le sentiment d’être envahis, raconte Guillermo Martinez Arcas, secrétaire général du Parti populaire (PP, droite) à Ceuta et proche collaborateur du président de la ville autonome. Nous nous sommes même demandé si ce n’était pas la fin de Ceuta en tant que ville espagnole. »
    Ce jour-là, la cité s’est figée face au chaos : les commerces ont baissé leurs rideaux, les bureaux ont fermé. Les habitants se sont confinés chez eux. Sans qu’aucune consigne n’ait été donnée, assure le représentant politique. « Il n’y avait pas de commandement unique pour organiser l’ensemble des opérations. Pendant vingt-quatre heures, avant l’arrivée des renforts militaires et de policiers, c’était l’anarchie la plus totale », rapporte-t-il.
    En apparence, la crise semble aujourd’hui terminée, mais « le traumatisme est bien présent », pointe-t-il. Les militaires déployés massivement pour sécuriser le poste-frontière ont quitté Tarajal ; ils sont moins visibles en ville, même s’ils continuent de surveiller l’entrée des centres commerciaux. Des parents refusent de laisser leurs enfants sortir seuls. Il reste encore des milliers de migrants, notamment subsahariens, qui attendent une solution d’hébergement ou d’asile. Certains se sont regroupés sur la plage Benitez, tout près du centre d’accueil temporaire pour migrants, où ils vivent dans des conditions déplorables. Les associations sont débordées.
    Des centaines de très jeunes gens sont aussi à la rue. Le taux d’occupation des centres pour mineurs atteint les « 2 600 % au-dessus de leur capacité critique », a indiqué Juan Jesus Vivas, le président (PP) de la ville autonome. Seuls ou en famille, ils ont trouvé refuge dans une zone industrielle. Un centre de mineurs y est installé mais affiche complet. Ironie de la situation, cette zone jouxte la frontière. Des gamins, derrière les grillages, demandent quelques euros aux Marocains qui viennent de franchir le contrôle des passeports, côté espagnol.Sahra, 5 ans, empêche sa mère de dormir. « Elle a cru que j’allais me noyer lors de la traversée, raconte Assia Ezzaouaq, 33 ans. Quand je ferme les yeux, elle me dit : “Non maman, je ne veux pas que tu meures. Ouvre les yeux, maman, reste avec moi.” » D’autres vont se laver dans le cimetière musulman Sidi Embarek, où sont enterrés tant de migrants sans noms. Dans les rues du centre-ville, quelques jeunes implorent quelque chose à manger ou demandent conseils aux « Espagnols-Marocains ».
    Au cours de cet événement hors norme, deux récits se sont écrits simultanément : la joie indescriptible des migrants convaincus d’approcher leur rêve fou – changer de vie en Europe – et la peur des habitants qui regardaient « déferler », depuis leurs fenêtres, une telle foule. Les Espagnols, eux, ont repris une vie normale, faite de plages et de terrasses, tout en s’habituant à côtoyer ces damnés de l’exil. Et en ayant peur d’assister à une nouvelle tentative. Ils continuent à se méfier des autorités marocaines qui lorgnent depuis des années sur ce territoire de 18,5 kilomètres carrés.
    A Ceuta, la frontière ne sépare pas seulement l’Espagne du Maroc. Elle traverse aussi la ville, ses quartiers et les consciences. Certains la franchissent pour entrer en Europe ; d’autres vivent depuis des générations du côté espagnol, tout en étant encore sommés de prouver qu’ils en font partie. « On nous appelle, nous les Espagnols d’origine marocaine, les “musulmans”. Ceuta est une ville très particulière », explique Abdeslam Mohamed, 66 ans, le président d’Alas Protectoras (« ailes protectrices »), une association d’aide aux migrants. Près de la moitié de la population est musulmane. A Ceuta, l’arabe côtoie l’espagnol depuis plusieurs générations. Chauffeurs de bus ou de taxi, serveurs, commerçants, barbiers, agents municipaux, policiers, enseignants, élus… Parmi eux, de nombreux Espagnols d’origine marocaine passent sans cesse du castillan au darija. Il n’est pas rare d’entendre des résidents qui n’ont pas d’origine nord-africaine terminer une phrase par quelques mots d’arabe dialectal. « C’est parfaitement naturel chez nous », explique Julia Ferreras Guerra, députée de l’Assemblée de la ville (Ceuta Ya !, gauche). Le réseau téléphonique marocain est même, de temps à autre, capté jusqu’au cœur de la ville, plaza de Africa.« Mais dès qu’il y a une crise avec le Maroc ou une arrivée massive de migrants, on nous regarde comme si nous étions des étrangers ou des responsables de ce qui se passe de l’autre côté de la frontière », confie Abdeslam Mohamed, qui a dédié sa vie aux autres. Le 30 juillet et les jours suivants, il n’a pas ménagé sa peine pour apporter son aide « aux victimes », comme il appelle ces migrants. « C’est injuste. Les musulmans de Ceuta ont eu peur comme tous les autres habitants, argue-t-il. Ils ont fermé leurs commerces, protégé leurs familles et aidé les personnes qui arrivaient. Ils ont vécu cette crise en tant qu’habitants de Ceuta. » « II existe une profonde inégalité entre le centre [à majorité chrétienne] et la périphérie [à majorité musulmane]. Alors que les habitants du premier disposent de revenus parmi les plus élevés d’Espagne, ceux de la seconde figurent parmi les plus faibles », explique le politologue Julio Basurco Diaz, proche de la gauche. Ces deux mondes sont reliés par le bus 7, dont le ticket s’élève à 85 centimes d’euros le trajet.
    La crise migratoire a fait apparaître une crainte, plus diffuse : une mise à mal de la coexistence entre chrétiens et musulmans, mais aussi, dans une plus faible proportion, juifs et hindous. Ces deux derniers groupes se sont installés lorsque Ceuta a bénéficié (tout comme Melilla) d’un statut de port franc en 1863, dopant le commerce. Les juifs étaient des séfarades présents dans le nord du Maroc depuis leur expulsion d’Andalousie par la Reconquista catholique de la fin du XVe siècle. Quant aux hindous, ils sont arrivés du territoire britannique de Gilbratar après 1905. « Cette coexistence est notre singularité. Et personne ne veut la perdre, elle fait partie de notre identité et nous en sommes fiers », affirme Guillermo Martinez Arcas.
    Souvent célébrée comme une particularité de Ceuta, cette cohabitation se vit plus durement dans les quartiers populaires. Depuis sa terrasse, Ahmed Atché, un ouvrier d’une quarantaine d’années, contemple une Méditerranée d’un bleu éclatant. Ainsi que la frontière métallique qui lacère le paysage. Le Maroc est juste en face, à quelques pas. Depuis la crise, une barrière flottante orange de 500 mètres de long, installée par les autorités espagnoles, prolonge désormais la frontière jusque dans la mer. Cet homme aux lunettes rondes vit à Principe, un quartier qui domine le poste-frontière, sans doute le plus marocain de la ville. Un labyrinthe de ruelles abruptes, d’impasses ci et là, de façades colorées, comme une médina qui refuserait de dire son nom, et de hanout (« boutiques ») où l’on paie encore en dirhams. Ici, l’appel à la prière rythme la journée et on parle le « darija de Ceuta », un arabe traversé de mots espagnols. « Les familles sont très attachées à leur culture. L’école finissant en début d’après-midi, les enfants apprennent l’arabe », explique le responsable d’un centre islamique qui souhaite rester anonyme « pour ne pas avoir de problème au Maroc ».Pauvre, isolé et malfamé en raison du trafic de drogue – le chômage y serait trois fois supérieur à celui de l’ensemble de la ville –, Principe a aussi servi de décor à une série policière du même nom. C’est dans ce quartier que de nombreux harraga – nom donné aux « brûleurs de frontières », qui quittent leur pays par la mer, sans passeport ni visa – ont trouvé certains de leurs premiers soutiens. Les habitants ont donné couvertures, jouets, habits aux tout-petits et aux mères qui dorment en contrebas. « La solidarité est très forte. Ça m’a rendu malade et triste de voir tous ces jeunes », confie Ahmed Atché.
    Lui a ouvert sa modeste maison à 13 jeunes migrants, dont deux jeunes filles de 17 ans. « Il fallait bien les aider. Voir cette détresse, ces morts [ils sont 77, selon Madrid], ça me fait mal au cœur », dit-il simplement. Ces personnes recueillies viennent de Casablanca, de Tétouan ou de Tanger. Elles ne doivent leur présence à Ceuta qu’à une rumeur, dont personne ne connaît vraiment encore l’origine. Sur TikTok et Instagram circulait la même information : la frontière était ouverte. Ils ont alors foncé à Fnideq sans réfléchir, y voyant l’opportunité d’une vie. En un claquement de doigts, ils ont tourné le dos à leur pays. Ils n’attendent qu’une chose : que le portail de Tarajal qui mène au Maroc, encore ouvert aux retours volontaires, se referme définitivement. Ces réfractaires continueront à se cacher, pour ne pas se faire expulser. Ils ont été marqués par leur première nuit dehors : la peur de se faire coincer par la police, se faire repérer par des drones et chasser par certains jeunes du quartier, surnommés les « fils de Sebta ». Le 31 juillet, des adolescents, visages cagoulés, ont lancé des pierres pour empêcher des groupes de migrants d’approcher. « Ça se comprend. Le quartier était sans protection et il n’y avait pas d’autorités pour le défendre, se souvient Ahmed Atché. Certains voulaient rentrer dans les maisons, se cacher, voler, manger. Mais, heureusement, ça s’est vite calmé. » De retour au Maroc, les éphémères exilés n’ont cessé de raconter que leurs « frères de Sebta » ne voulaient pas d’eux. Certains ont assuré qu’ils ont été visés par des tirs de pistolets.
    Le 1er août, des leaders d’extrême droite sont venus à Ceuta dans une tentative de récupération de ce « traumatisme ». Mais ils ont trouvé face à eux les Espagnols des quartiers populaires qui leur ont dit de « dégager » en scandant : « Ceuta unie, pas divisée ». « On présente souvent Ceuta comme la ville des quatre cultures, c’est une image séduisante, souligne Mohamed Mustafa, député de l’Assemblée de Ceuta (Ceuta Ya !). Mais elle masque une réalité beaucoup plus dure : malheureusement les musulmans de Ceuta sont constamment sommés de prouver qu’ils sont de vrais Espagnols. Leur hispanité est toujours suspectée. » Surtout face à une extrême droite qui a dépassé les 20 % des voix au dernier scrutin local de 2023. « Ceuta n’a jamais été une colonie espagnole, elle appartient depuis des siècles à la couronne », relève Mohamed Mustafa. De fait, le territoire a été rattaché à Madrid en 1580 – après avoir été portugais à partir de 1415 – tandis que sa « sœur », Melilla, située 225 kilomètres plus à l’Est, était espagnole à partir de 1497.
    Cet homme affable de 47 ans résume à lui seul l’histoire de cette enclave. Lorsqu’il y naît, en 1978, il n’est pas Espagnol. Pourtant, son père, son grand-père et son arrière-grand-père sont originaires de Ceuta. Jusqu’au milieu des années 1980, une grande partie de la population musulmane de Ceuta ne disposait pas de la nationalité espagnole ni des mêmes droits, vivant dans une sorte de vide juridique.Une mobilisation, parfois réprimée, ainsi que l’entrée de l’Espagne dans la Communauté économique européenne en 1986 ont finalement obligé l’Etat, dans les années suivantes, à régulariser la situation et accorder la citoyenneté à une grande partie de cette population. « Nous sommes profondément ancrés à Ceuta, c’est un combat permanent. L’extrême droite tentera de transformer cette crise en preuve que Ceuta est menacée par les Marocains et par les musulmans », pense-t-il.

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#ceuta#crisemigratoire#subsahariens#sante#frontiere

  • La crise de Ceuta, un révélateur des divisions de l’Union européenne sur la question migratoire
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    La crise de Ceuta, un révélateur des divisions de l’Union européenne sur la question migratoire
    Par Anna Joubinet (Bruxelles, correspondance )
    A Bruxelles, interrompre ses vacances pour des réunions en ligne à 27 est presque devenu un rituel estival pour nombre de diplomates et de ministres. Samedi 1er août, l’Irlande, qui occupe la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne (UE), a convoqué les ministres de l’intérieur des Etats membres pour une visioconférence impromptue, mardi 4 août, en milieu de matinée.
    Objectif officiel : tirer des leçons de la crise éclair du 30 juillet, qui a vu près de 50 000 migrants venus du Maroc entrer dans l’enclave espagnole de Ceuta, avant que la plupart ne fassent demi-tour dans les vingt-quatre heures qui ont suivi. Au moins 72 personnes sont mortes, notamment par noyade, selon les autorités locales. Dublin y voit aussi une occasion d’exprimer la solidarité de l’UE avec l’Espagne.
    Il faut dire que celle-ci n’était pas franchement de mise ces derniers jours. Samedi, 22 chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE – majoritairement issus de la droite – ont accusé le premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sanchez, de ne pas en faire assez pour assurer la protection des frontières extérieures de l’UE.
    Dans leur lettre aux dirigeants des institutions européennes, ces 22 Etats – dont l’Italie, l’Allemagne, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, mais aussi le Danemark, dirigé par la sociale-démocrate Mette Frederiksen – dénoncent les « politiques susceptibles de créer un effet d’appel », faisant allusion au vaste plan de régularisation de sans-papiers lancé en avril par Pedro Sanchez – lequel ne concerne que des personnes vivant déjà en Espagne.Le même jour, le premier ministre espagnol écrivait à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour déplorer « l’attitude alimentée par les préjugés, la désinformation, l’ignorance ou des intérêts politiques » de certains gouvernements européens après la crise à Ceuta.
    Ces deux courriers, envoyés à quelques heures d’intervalle, réclamaient une rencontre ministérielle pour faire le bilan de l’épisode. La France aussi, même si Paris n’a pas signé la lettre accusatrice des 22. « Elle n’apportait aucune solidarité concrète à l’Espagne et visait avant tout à instrumentaliser la poussée migratoire à Ceuta », explique l’Elysée. Même constat du côté du Luxembourg et du Portugal, qui ne figurent pas parmi les signataires. Tout comme l’Irlande, même si, dans son cas, son rôle de présidente du Conseil de l’UE lui impose d’afficher une forme de neutralité.
    Lundi, les ambassadeurs des Vingt-Sept auprès de l’UE ont longuement préparé la visioconférence ministérielle du lendemain. Mais ils ne s’attendent pas à ce que des décisions majeures y soient prises. « La réunion sera utilisée par les ministres à des fins de politique intérieure », confie aussi une de ces sources diplomatiques. Elle leur permettra « d’adopter un ton plutôt dur pour ne pas laisser la moindre prise aux critiques de l’extrême droite ». Ces dernières années en effet, les gouvernements européens, dont plusieurs ont basculé à droite, ont durci leur position sur l’immigration pour donner des gages à un électorat de plus en plus séduit par l’extrême droite.
    La virulence des critiques formulées à l’égard de Pedro Sanchez n’est que le dernier épisode de cette évolution, à laquelle seule une poignée d’Etats européens s’oppose désormais. Lors du dernier sommet des Vingt-Sept, en juin, à Bruxelles, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, et la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, qui s’étaient déjà alliées en 2025 pour réclamer une révision de la jurisprudence de la Convention européenne des droits de l’homme concernant les droits des migrants, ont pris à partie le dirigeant espagnol. Lors de ce sommet, 19 Etats avaient signé une lettre réclamant davantage de soutien de la Commission pour lutter contre l’immigration illégale.
    A l’époque, le chancelier allemand, Friedrich Merz, n’avait pas signé. Samedi, en revanche, il comptait parmi les 22 qui se sont dits prêts à renforcer les contrôles à leurs frontières intérieures. Devancés de 3 à 7 points par le parti d’extrême droite AfD dans les intentions de vote à l’échelle nationale, mais aussi dans deux des trois Länder d’ex-Allemagne de l’Est où se tiendront des élections régionales en septembre, les conservateurs allemands ne veulent pas laisser à l’AfD le monopole de la fermeté sur les questions migratoires.
    Depuis son arrivée au pouvoir, en mai 2025, Friedrich Merz a d’ailleurs activé une clause dérogatoire européenne permettant aux Etats de rétablir les contrôles aléatoires à leurs frontières intérieures. La France fait de même depuis 2015, alors que ces dérogations à l’accord de Schengen sont censées n’être que temporaires.
    En matière d’immigration, l’Italienne Giorgia Meloni, à la tête d’une famille politique issue du fascisme, est, elle aussi, concurrencée à sa droite par l’ex-général Roberto Vannacci, qui a récemment fondé son parti, Futuro Nazionale, en vue des législatives de 2027. Et au Danemark, le parti social-démocrate de Mette Frederiksen a adopté une ligne migratoire très stricte dès 2015, là encore pour endiguer la poussée de l’extrême droite.
    L’évolution vient de loin. Depuis la crise dite « des réfugiés », en 2015-2016, l’UE a revu structurellement sa politique migratoire, sur fond de droitisation du Conseil de l’UE et du Parlement européen. En adoptant en 2024 un ensemble de textes sous la bannière du « pacte sur la migration et l’asile », les Vingt-Sept pensaient pourtant avoir enfin trouvé un compromis.Mais à peine le pacte adopté, plusieurs Etats membres ont voulu aller plus loin, en renforçant l’externalisation de la gestion des migrants. Le développement de « centres de retour » à l’extérieur de l’UE est ainsi devenu un moyen d’éviter les débats épineux sur les relocalisations de réfugiés à l’intérieur de celle-ci. Paradoxalement, si le discours des Européens sur l’immigration se durcit, les flux vers l’UE, eux, diminuent. Le « nombre d’arrivées illégales est en chute de 55 % au cours des deux dernières années, et de 37 % depuis le début 2026 », rappelle Ursula von der Leyen dans un courrier adressé, lundi, à Pedro Sanchez, que Le Monde a pu consulter. « Quand on regarde les chiffres, on peine à expliquer certaines politiques », constate Alberto-Horst Neidhardt, responsable migration du think tank European Policy Centre. Le signe, selon lui, que la politique migratoire « est davantage dictée par les émotions que par les faits ».

    Pour l’eurodéputée conservatrice allemande Lena Düpont (CDU), ces chiffres relativement « favorables » offrent, au contraire, « une fenêtre d’opportunité pour agir » hors de tout cadre d’urgence. « Nous devons nous concentrer maintenant sur la dimension externe des politiques migratoires », affirme la coordinatrice du groupe PPE (droite) à la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen. A gauche, miser sur les pays tiers est plutôt considéré comme un facteur de vulnérabilité. Les crises comme celle de Ceuta sont « le résultat de l’externalisation, plébiscitée par la droite et l’extrême droite, qui nous rend dépendants de la volonté de régimes autoritaires tiers », déplore Mélissa Camara, négociatrice de textes migratoires pour le groupe des Verts au Parlement européen. Les eurodéputés de la commission LIBE tiendront jeudi une session extraordinaire sur la crise du week-end à Ceuta, selon les informations du Monde. Mais c’est plus probablement lors du sommet européen d’octobre que l’on saura si les événements survenus le 30 juillet dans l’enclave espagnole déboucheront sur des décisions et des réformes concrètes.

    #Covid-19#migration#migrant#UE#crisemigratoire#migrationirreguliere#politiquemigratoire#frontiere#sante#extremedroite

  • En Allemagne, l’AfD exploite la crise migratoire de Ceuta dans l’espoir de peser sur la campagne des régionales
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    En Allemagne, l’AfD exploite la crise migratoire de Ceuta dans l’espoir de peser sur la campagne des régionales
    Par Gwénaëlle Deboutte (Francfort, correspondance)
    Au cœur de l’été, les images de l’arrivée d’environ 50 000 migrants à Ceuta, enclave espagnole au Maroc, ont offert au parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) des images lui permettant de marteler son discours anti-immigration. Alors que des élections ont lieu en septembre dans Berlin et dans deux autres Länder de l’est de l’Allemagne, l’AfD s’est immédiatement emparée de l’événement pour mettre en cause la capacité de l’Union européenne et du gouvernement fédéral allemand à contrôler les flux migratoires.
    La salve a débuté dès vendredi 31 juillet, soit au lendemain du début de l’arrivée des migrants à Ceuta, avec un communiqué de la coprésidente du parti, Alice Weidel : « L’Allemagne doit empêcher à tout prix que d’autres migrants, en partie enclins à la violence et peu instruits, atterrissent dans nos systèmes sociaux. Les événements à Ceuta montrent combien la protection commune des frontières européennes est toujours aussi inefficace. » Le choix des mots révèle une volonté de dramatisation et illustre une rhétorique classique de l’AfD sur les questions migratoires : un événement ponctuel devient la preuve d’un dysfonctionnement structurel.
    Mais le véritable amplificateur de communication s’est joué quelques heures plus tard sur les réseaux sociaux, en particulier Instagram et Telegram. Depuis des années, l’AfD est le parti politique allemand le plus actif sur ces plateformes, où il exploite des contenus émotionnels et clivants, mis en avant par des algorithmes. Ainsi du compte Instagram de la fédération AfD du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où le parti est crédité de 36 % des intentions de vote aux régionales de septembre.
    Sur fond de vidéos montrant une foule de jeunes hommes exultant, Jan-Phillip Tadsen, spécialiste des questions migratoires à l’AfD, interroge, face caméra : « Voulons-nous continuer à accepter l’inaction de l’Europe ? Ou voulons-nous enfin mener une vraie politique qui empêche cela de manière cohérente et qui mette fin aux morts qui ont eu lieu à Trèves, à Berlin et si souvent dans nos rues ? » Une référence à des attaques perpétrées par des ressortissants étrangers vivant sur le sol allemand, comme à Berlin, en 2016, ou à Trèves, le 15 juillet, où un Afghan de 22 ans a poignardé un étudiant. A chaque événement de ce type, l’AfD se montre particulièrement réactive, en profitant pour marteler son argumentaire associant immigration et insécurité.
    En Saxe-Anhalt, où l’AfD est créditée de 41 % des intentions de vote aux élections du 6 septembre, au point de rêver à participer pour la première fois à un exécutif régional, le parti a également très vite réagi aux événements de Ceuta. Alors que sa campagne est sur le contrôle de l’immigration et l’accélération des expulsions, sa tête de liste, Ulrich Siegmund, qui s’est fait connaître par une communication très active sur les réseaux sociaux auprès d’un public jeune, n’a pas hésité à employer le terme d’« invasion » pour qualifier l’afflux de migrants à Ceuta. Au niveau national, l’affaire de Ceuta a donné à l’AfD l’occasion d’attaquer le chancelier Friedrich Merz. Après avoir prospéré sur la dénonciation de la politique migratoire d’Angela Merkel, jugée trop laxiste lors de la crise migratoire de 2015-2016, la formation accuse le gouvernement actuel de ne pas aller assez loin dans la protection des frontières, alors même que M. Merz a pris ses distances avec la politique de sa prédécesseure, pourtant du même parti que lui, en durcissant les contrôles aux frontières, en limitant le regroupement familial, en restreignant l’accès d’une partie des immigrés aux prestations sociales et en augmentant le nombre d’expulsions.
    Une passe d’armes sur Instagram, samedi, a illustré cette stratégie de l’AfD, consistant à ne pas laisser M. Merz se targuer de mener une politique de fermeté en matière migratoire. Alors que le chancelier venait d’affirmer qu’il soutenait la position espagnole visant à empêcher les migrants irréguliers d’accéder au continent européen, Alice Weidel lui a répondu : « Le chancelier ne dit rien sur la manière dont il entend protéger les frontières allemandes ; il ne se prononce pas non plus sur une suspension de l’espace Schengen », a affirmé la coprésidente de l’AfD, avec un objectif clair : transformer un événement ayant lieu à plusieurs milliers de kilomètres de l’Allemagne en enjeu électoral.

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  • Pourquoi #Ceuta est au cœur d’une crise migratoire permanente

    L’ESSENTIEL

    - Plus de 40 000 personnes sont entrées en 24 heures à Ceuta, enclave espagnole située sur la côte marocaine.

    - Cette crise mêle enjeux migratoires, tensions diplomatiques et rivalités géopolitiques.

    - La réponse doit concilier contrôle des frontières, État de droit et protection des #droits_humains.

    ***

    Depuis le 31 juillet 2026, Ceuta est confrontée à une crise frontalière d’une ampleur sans précédent. Selon les premières estimations des forces de sécurité, plus de 40 000 personnes seraient entrées dans l’enclave espagnole en l’espace de 24 heures. Certaines sources ont avancé provisoirement le chiffre de 49 000, mais aucun bilan officiel consolidé n’a encore été publié, et cette estimation a été retirée sans explication publique du site du Département de la sécurité nationale.

    Au moment où nous écrivons ces lignes, au moins 41 personnes ont trouvé la mort, noyées en tentant de contourner à la nage la digue frontalière.

    Le nombre d’arrivées est particulièrement difficile à absorber pour une ville qui compte environ 83 600 habitants. Les capacités d’accueil de Ceuta étaient déjà saturées avant cette nouvelle vague d’entrées. Après l’arrivée d’environ 1 500 personnes au cours de la semaine précédente, les structures destinées aux mineurs non accompagnés fonctionnaient, selon le président de la ville autonome, à 2 400 % de leur capacité. Il a qualifié la situation d’« urgence humanitaire et sociale absolue ».

    Ceuta n’est pas seulement confrontée à une crise migratoire, mais à une crise multifactorielle où se conjuguent inégalités structurelles, tensions diplomatiques, dépendance de l’Europe à l’égard du Maroc, capacités d’accueil limitées et polarisation politique. Son analyse nécessite de croiser une perspective internationale — centrée sur l’externalisation du contrôle des frontières et les alliances géopolitiques — avec une approche interne, attentive aux conséquences sur l’État de droit, les services publics, la cohésion sociale ainsi que les discours politiques et médiatiques.

    Facteurs externes : la dimension internationale de la crise

    L’utilisation des mouvements migratoires comme instrument de pression politique ne relève pas d’une simple hypothèse. La politologue américaine Kelly M. Greenhill désigne par l’expression #coercive_engineered_migration (« migration coercitive orchestrée ») l’utilisation délibérée, ou la menace, de flux migratoires afin d’obtenir des concessions de la part d’autres États.

    À Ceuta, cette dynamique doit être replacée dans une succession de crises frontalières observées depuis 2005, et ne pas être considérée comme un épisode isolé. En mai 2021, plus de 5 000 personnes étaient entrées dans la ville après un assouplissement des contrôles marocains, en pleine crise diplomatique provoquée par l’accueil en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario.

    Cette capacité de pression est renforcée par l’#externalisation de la politique migratoire européenne, qui a transféré une partie du contrôle des frontières à des pays tiers comme le Maroc. Dans le même temps, la présentation de ces arrivées comme une menace pour la sécurité alimente le processus de « #sécurisation », qui tend à privilégier la protection de l’État au détriment de la sécurité et des droits des personnes migrantes elles-mêmes (2017).

    Le Parlement européen a d’ailleurs condamné explicitement en juin 2021 l’utilisation par le Maroc du contrôle des frontières, de la migration et, en particulier, des mineurs non accompagnés comme moyen de pression politique contre l’Espagne. Le Barcelona Centre for International Affairs (CIDOB) a qualifié cet épisode de cas emblématique de weaponisation of migration (« instrumentalisation de la migration »), c’est-à-dire l’utilisation de personnes migrantes comme instruments de coercition entre États.

    Si, en 2021, la pression exercée par le Maroc avait été expliquée par l’accueil du chef du #Front_Polisario, #Brahim_Ghali, dans un hôpital de Logroño, il ne faut pas oublier que la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie cette même année avait entraîné la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe, privant le royaume chérifien d’une source de revenus et d’un levier d’influence.

    En 2026, le contexte immédiat est différent, même si plusieurs développements diplomatiques récents sont susceptibles d’avoir contrarié Rabat. Le 20 juillet, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a ainsi effectué une visite officielle en #Algérie et annoncé la tenue d’une réunion bilatérale de haut niveau à l’automne. Le gouvernement espagnol a de nouveau qualifié l’Algérie, principal rival régional du Maroc, de « partenaire stratégique » et de « nation amie ».

    Le 23 juillet, la commission de la Justice du Congrès des députés a approuvé le texte d’une proposition de loi visant à faciliter l’accès à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés sous administration espagnole. Le texte doit encore être adopté par le Parlement.

    La concomitance de cette initiative avec le rapprochement diplomatique entre l’Espagne et l’Algérie, ainsi qu’avec la crise frontalière, a alimenté l’hypothèse selon laquelle Rabat chercherait à rappeler le coût que pourrait avoir, à ses yeux, toute décision espagnole contraire à ses intérêts concernant le #Sahara_occidental.

    Dépendance au Maroc

    L’externalisation du contrôle migratoire a fait du Maroc un partenaire indispensable, mais aussi une source de dépendance. En 2023, la Commission européenne a consacré 152 millions d’euros au renforcement de la gestion des frontières marocaines. Cette délégation de compétences confère à Rabat une capacité d’influence sur la coopération migratoire.

    Cette dépendance est d’autant plus problématique que la capacité à contenir les départs ne garantit pas la fiabilité démocratique du partenaire. L’ONG américaine Freedom House, dont la mission est de promouvoir la démocratie et les droits humains dans le monde, classe le Maroc parmi les pays « partiellement libres », avec un score de 37 sur 100, et souligne la prédominance politique et économique de la monarchie.

    L’ONG internationale indépendante Human Rights Watch, qui enquête sur les atteintes aux droits humains dans plus de 90 pays, relève dans son rapport 2026 une intensification de la répression contre les journalistes, les militants et les défenseurs des droits humains, ainsi que des poursuites visant les personnes qui défendent l’indépendance du Sahara occidental. Les autorités ont notamment recours à des accusations de diffamation, de diffusion de fausses informations, d’offense aux institutions ou d’atteinte à la monarchie pour restreindre l’espace de la critique politique.

    Ce contexte conduit à poser une question délicate : jusqu’à quel point l’Europe peut-elle présenter comme un garant fiable de ses frontières un régime qui restreint durablement la liberté de la presse, réprime la dissidence et utilise sa coopération internationale pour renforcer sa position sur le Sahara occidental ?

    L’alignement Maroc–Israël–États-Unis

    L’axe Maroc–Israël–États-Unis s’est consolidé en 2020 avec la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv et la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté revendiquée par le Maroc sur le Sahara occidental. Il s’est encore renforcé en 2021 avec la signature d’un mémorandum de coopération militaire. Cet alignement contraste avec la dégradation des relations entre l’Espagne et Israël, ainsi qu’avec les tensions croissantes entre Madrid et Washington.

    La crise de Ceuta a mis ces tensions en lumière. L’ambassadeur israélien auprès des Nations unies a remis en cause la souveraineté espagnole sur la ville, tandis que la Maison-Blanche a imputé la responsabilité de la crise aux politiques « mondialistes » et « d’extrême gauche » du gouvernement espagnol.

    Ces déclarations témoignent d’une #instrumentalisation diplomatique de la crise et d’une convergence rhétorique à l’égard de l’Espagne, mais elles ne constituent pas une preuve de l’existence d’une action coordonnée visant à faciliter l’ouverture de la frontière.

    Facteurs internes : droit, capacités institutionnelles et fabrique de la peur

    L’arrêt rendu par la Cour suprême le 8 juillet n’interdit pas à proprement parler les « #refoulements_à_chaud » des migrants tentant d’entrer à la nage à Ceuta et Melilla. Il écarte en revanche le recours à la procédure exceptionnelle de « #rejet_à_la_frontière » pour les personnes interceptées en mer, au motif qu’elles n’ont pas franchi un dispositif matériel de contrôle, comme la clôture frontalière.

    Cette décision a toutefois fait l’objet d’une interprétation simplifiée largement relayée au Maroc, ce qui a pu encourager les traversées en faisant naître l’idée que les personnes arrivant à la nage ne seraient pas renvoyées.

    Pour le président du gouvernement espagnol, les réseaux de passeurs ont instrumentalisé cette décision de justice. L’arrêt a ainsi pu jouer un rôle de facteur facilitateur, sans pour autant expliquer à lui seul l’ampleur de la crise ni la réduction simultanée des contrôles frontaliers côté marocain.

    La construction du récit de « l’invasion »

    Les crises frontalières créent un contexte propice à la radicalisation du débat public. Une étude met en évidence un durcissement de la rhétorique politique et une banalisation des discours racistes. Lors de la crise de 2021, le parti d’extrême droite Vox a consacré plus de 70 % de ses publications à Ceuta et à la migration.

    Une autre étude a montré que 80 % des messages haineux analysés portaient sur la confrontation politique, et non sur les causes ou les solutions aux enjeux migratoires.

    Dans la crise actuelle, des expressions comme « invasion », « hommes en âge de combattre » ou « sicaires » participent à cette représentation des personnes migrantes comme une menace collective. Les #médias ne sont pas nécessairement à l’origine de ces discours, mais ils peuvent contribuer à les banaliser lorsqu’ils reprennent des cadrages alarmistes sans les contextualiser ni les mettre en perspective.

    Les droits humains comme limite et comme réponse

    Dans une crise de cette nature, les droits humains ne constituent pas un obstacle à la gestion des frontières, mais en fixent les limites juridiques et éthiques. La découverte de plus de 40 corps dans les eaux de Ceuta met en évidence le coût humain d’une politique qui fait de la frontière un espace de danger extrême.

    L’Espagne a l’obligation de protéger les vies humaines, de garantir les opérations de sauvetage et d’examiner individuellement chaque situation, en portant une attention particulière aux mineurs, aux demandeurs d’asile et aux victimes de la traite des êtres humains.

    Mais les principales victimes restent toujours les personnes migrantes elles-mêmes. Le Maroc peut les utiliser comme moyen de pression, les partis politiques comme argument électoral, et certains discours les réduire à une menace anonyme.

    Tandis que les États se disputent influence et responsabilités, ces personnes risquent leur vie et s’exposent à l’absence de protection, aux #refoulements arbitraires et à leur #déshumanisation dans le débat public. La réponse ne devrait pas opposer les droits des habitants de Ceuta à ceux des personnes qui arrivent, mais veiller à ce que ces deux populations — et en particulier les plus vulnérables — ne continuent pas de payer le prix de stratégies politiques sur lesquelles elles n’ont aucune prise.

    https://theconversation.com/pourquoi-ceuta-est-au-coeur-dune-crise-migratoire-permanente-288888
    #migrations #réfugiés #Maroc #Espagne #assaut #frontières

    • Les migrants marocains de Ceuta, victimes des politiques migratoires européennes

      Plusieurs dizaines de milliers de personnes seraient parvenues à entrer dans l’enclave espagnole au cours des derniers jours, et une trentaine d’entre elles ont déjà perdu la vie. Un nouvel épisode qui illustre toute la perversité de l’#externalisation de la gestion des frontières.

      Une fois de plus, les frontières tuent. Une trentaine de personnes sont mortes en tentant de rejoindre Ceuta, une petite enclave espagnole située sur la côte nord de l’Afrique, depuis le Maroc. « Neuf corps ont été repêchés », a d’abord indiqué, jeudi 30 juillet, une porte-parole de la délégation du gouvernement espagnol dans ce territoire à l’Agence France-Presse (AFP), avant que le bilan ne soit revu à la hausse le matin du vendredi 31 juillet.

      Les autorités espagnoles ont d’abord compté près de 1 500 personnes qui ont réussi à gagner Ceuta au cours des derniers jours. Mais Madrid affirmait vendredi matin que 49 000 personnes seraient entrées, selon de premières estimations. Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas Lara (Parti populaire, droite), a affirmé, lors d’une conférence de presse vendredi 31 juillet, que ce nombre s’élevait même à 60 000.

      La différence de chiffres surprend et requiert pour l’heure de la prudence : « Il faut être très précautionneux. On nous parle de 1 500 personnes un jour et le lendemain de 50 000 personnes. C’est forcément très inédit et impressionnant, mais il y a toujours une exagération des chiffres sur les tentatives de passages et les passages [effectifs] », tempère Elsa Tyszler, enseignante-chercheuse à l’université Paris-8, qui suit de près l’enclave et les mouvements migratoires dans cette région.

      Elle ajoute : « Il faut se méfier des chiffres, qui sont toujours manipulés à des fins politiques, de l’ordre de “l’invasion migratoire”, dans un îlot occidental qui serait “assiégé” par des migrants racialisés. C’est toute la rhétorique d’extrême droite qui accompagne les tentatives de passage à cet endroit depuis trente ans. »
      Des drames humains qui se répètent

      Les images qui circulent depuis le jeudi 30 juillet montrent de jeunes hommes et adolescents (en majorité), certains arrivant à la nage et grimpant sur les rochers pour se hisser à terre, parfois équipés de palmes et de bouées de sauvetage ; d’autres, tout sourire une fois leur destination atteinte, laissant échapper leur joie dans des cris non dissimulés ou des accolades.

      La garde civile aurait rapidement été dépassée. Jeudi dans la soirée, le ministère de l’intérieur espagnol a annoncé l’envoi de l’armée pour « renforcer la garde civile » et « assurer la sécurité » à Ceuta, alors que plusieurs centaines d’autres personnes ont gagné le territoire en une journée. Quelques centaines de Marocains auraient aussi rejoint Melilla, une autre enclave espagnole.

      « Le gouvernement d’Espagne est entièrement mobilisé pour donner une réponse immédiate à la situation à Ceuta, a fait savoir jeudi après-midi, sur le réseau social X, Pedro Sánchez, le premier ministre espagnol. Nous mobilisons toutes les ressources nécessaires, en travaillant avec les autorités marocaines et internationales. […] Je viens de transmettre [le message] au président [de l’enclave] Juan Jesús Vivas Lara. C’est le moment de construire des solutions, avec responsabilité et coopération. »

      En visite sur place vendredi 31 juillet, le premier ministre a dénoncé « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Le président de Ceuta, qui a mis en avant une « crise migratoire extrêmement grave », a appelé à une « réponse immédiate, ferme et coordonnée », demandant au gouvernement de déclarer l’état d’urgence nationale.

      « Il est temps de passer à l’action. Ceuta a besoin de plus de moyens, d’infrastructures, de coordination et de limites objectives à sa capacité d’accueil. Nous ne demandons pas de privilèges, mais une réponse juste, responsable et conforme à notre condition de frontière de l’Europe en Afrique », a-t-il écrit sur X jeudi 30 juillet après-midi. Selon lui, les personnes sont arrivées à un rythme de deux cents par jour en moyenne cette semaine. « Une urgence humanitaire et sociale absolue », a-t-il déploré.

      Pour Ceuta comme pour Melilla, une telle situation de chaos, menant à de véritables drames humains, n’est pas nouvelle. En 2021, à Ceuta, près de 8 000 personnes étaient parvenues à rejoindre l’enclave – un chiffre alors inédit, et largement dépassé aujourd’hui. Le Maroc avait été accusé d’avoir fait pression sur l’Espagne dans le dossier sensible du Sahara occidental, en instrumentalisant les personnes migrantes et leur détresse.

      En 2022, à Melilla cette fois, vingt-sept exilés subsahariens avaient perdu la vie (soixante-dix autres ont été portés disparus) alors qu’ils tentaient de gagner l’Espagne, toujours depuis le Maroc, dans un mouvement de foule provoqué alors que des centaines, voire des milliers de personnes tentaient le passage.
      Le bal des instrumentalisations est ouvert

      De manière très prévisible, les images ont vite été reprises sur les réseaux sociaux, par la droite et l’extrême droite, pour laisser croire à une « invasion migratoire ». Chacun et chacune y va de sa petite déclaration : la leader du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, parle d’« entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol ».

      Le patron du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, évoque quant à lui une « vague migratoire massive à Ceuta » et une « politique irresponsable du gouvernement socialiste espagnol », en référence à la campagne de régularisation des sans-papiers mise en œuvre en début d’année 2026 en Espagne.

      En résumé, ce serait parce que Madrid régulariserait (sous de nombreux critères restrictifs, notamment la durée de séjour dans le pays) que plus d’un millier de migrants marocains auraient tenté de rejoindre Ceuta (plusieurs mois après l’annonce de ladite régularisation).

      Le ministre de l’intérieur français, Laurent Nuñez, a annoncé sur X « renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole », répondant indirectement à une demande formulée par Marine Le Pen une heure plus tôt. « Par ailleurs, j’active la Force frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur », a-t-il ajouté, comme si la France était sous la menace de dangereux envahisseurs.

      Côté italien, Giorgia Meloni n’a pas manqué de pointer une « immigration clandestine hors de contrôle [qui] représente une menace concrète pour la sécurité des frontières européennes », suggérant la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne ; alors même que Ceuta, comme Melilla, fonctionne comme une exception de la zone européenne de libre circulation et que des contrôles d’identité sont effectués pour les personnes qui entrent ou sortent du territoire…

      Dans un autre style, Danny Danon, ambassadeur d’Israël aux Nations unies, a cherché à tacler l’Espagne, osant le parallèle entre la politique de colonisation d’Israël en Palestine et la guerre génocidaire menée à Gaza avec la situation de cette enclave.

      « L’Espagne, qui ne manque jamais une occasion de faire la leçon à Israël, a déclaré l’état d’urgence à Ceuta à la suite de la crise liée à sa politique d’immigration. Peut-être qu’avant de continuer à nous faire la leçon, il serait temps qu’elle explique au monde pourquoi elle maintient encore des enclaves coloniales en Afrique », cingle-t-il.

      Si l’on peut interroger le passé colonial espagnol, la comparaison est pour le moins osée. Une journaliste hispano-marocaine, Leyla Hamed, lui a répondu : « Je suis de Ceuta, et l’Espagne ne nous a jamais opprimés. Vous, maniaques génocidaires, n’avez pas le droit d’instrumentaliser notre identité ou de parler en notre nom. »
      L’effet boomerang de l’externalisation

      Dans ce flot de réactions, le Maroc semble avoir gardé le silence. Plusieurs observateurs et observatrices accusent le pays, en pleine célébration du vingt-septième anniversaire de l’intronisation du roi Mohammed VI, d’avoir sciemment réduit les effectifs au niveau de la frontière avec Ceuta en réponse à la visite de Pedro Sánchez en Algérie, le 20 juillet.

      Mais tout le monde ou presque oublie de préciser la nature du « problème ». La crise n’est pas « migratoire », mais politique et humanitaire : dès lors que l’Union européenne choisit de donner les pleins pouvoirs à des États tiers pour gérer ses frontières contre rémunération, ces mêmes États n’ont parfois aucun scrupule à jouer avec des vies humaines pour servir leurs intérêts.

      Par le biais de l’externalisation des politiques migratoires, « le Maroc a été le premier pays à accepter d’aider l’Espagne et l’UE à défendre ses frontières, à collaborer dans la lutte dite contre l’immigration irrégulière vers l’Europe » dès le début des années 1990, rappelle Elsa Tyszler.

      Cela donne lieu à des « patrouilles de la marine marocaine dans les eaux du détroit de Gibraltar, pour protéger des frontières que, par ailleurs, le Maroc conteste », souligne-t-elle, expliquant que l’occupation de ces territoires par l’Espagne revient régulièrement dans le débat public. C’est tout le paradoxe. « Il y a toujours un jeu de vérité entre les deux pays. Les frontières de Ceuta et Melilla sont un théâtre de luttes diplomatiques. »

      Beaucoup d’exemples viennent l’illustrer et « montrent que dès qu’il y a un différend entre le Maroc et l’Espagne, comme ce fut le cas pour le Sahara occidental en 2021, cela se concrétise par la métaphore du robinet », poursuit la chercheuse. Ici, « on peut penser que la visite de Pedro Sánchez en Algérie » a conduit à ce pic d’entrées exceptionnel à Ceuta. « Lorsque le pouvoir marocain n’est pas satisfait de ce que fait l’Espagne, il y a un mécanisme de vengeance », ajoute-t-elle.

      Officiellement, les autorités des deux pays ne le diront pas et salueront leur collaboration commune. Si le Maroc ne s’est pas encore exprimé publiquement sur la situation à l’heure où nous écrivons ces lignes, le premier ministre espagnol s’est arrangé pour déclarer que le Maroc était un « allié » malgré le contexte.

      « Le Maroc agit en sous-traitant de la gestion des frontières européennes et opère le contrôle migratoire, il manie donc la question migratoire en fonction de ses propres intérêts » lorsque bon lui semble, nuance Elsa Tyszler. C’est le retour de bâton d’une politique régulièrement dénoncée par les chercheurs et chercheuses ainsi que par les ONG internationales.
      Une situation économique et sociale compliquée

      Enfin, d’autres facteurs doivent être pris en compte, tels que l’enjeu racial et le racisme présent à cette frontière à la fois « très militarisée et sophistiquée », qui ont fait des migrants – les musulmans ou perçus comme tels et les personnes noires venues d’Afrique subsaharienne – la « figure de l’ennemi », en réaction aux différentes arrivées observées ces dernières décennies. Il y a aussi la colère de la jeunesse marocaine et le désespoir d’une partie de la population qui cherche à fuir son pays.

      À ce propos, Khadija Anani, membre de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et d’EuroMed Droits au Maroc, souligne la situation « très compliquée » au niveau économique et social : « La jeunesse est en détresse et ne voit pas de perspectives au Maroc. Près de 1 million et demi de jeunes âgés entre 14 et 24 ans ne font rien – ni études, ni formation, ni travail. »

      Plus de 2 millions de Marocain·es vivent en dessous du seuil de pauvreté, poursuit-elle, regrettant que la priorité soit donnée à l’organisation de grands événements internationaux plutôt qu’à l’éducation, au travail, à la santé, au logement ou à la lutte contre la corruption. « Toutes ces thématiques sont négligées, c’est d’ailleurs pour ça que la “GenZ” est sortie dans la rue [en septembre 2025] et a revendiqué ses droits », explique Khadija Anani.

      Dans le même temps, la liberté d’expression des citoyen·nes est régulièrement entravée. Le rappeur El Mahdi Lyoubi a été arrêté et se voit imposer un procès vendredi 31 juillet. Tout cela explique, selon la représentante associative, qu’autant de personnes aient tenté le passage de la frontière à Ceuta ces jours-ci.

      Mais selon El País, des milliers de personnes rebroussent chemin vers le Maroc, faute de pouvoir être accueillies correctement dans l’enclave. Selon le ministère de l’intérieur espagnol, 25 000 personnes seraient déjà rentrées. Dans toute cette histoire, conclut Khadija Anani, « gardons en tête les dégâts humains, car le bilan des morts risque encore de s’alourdir ».

      https://www.mediapart.fr/journal/international/310726/les-migrants-marocains-de-ceuta-victimes-des-politiques-migratoires-europe
      #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #chiffres #statistiques #afflux #invasion #Melilla #instrumentalisation #extrême_droite #racisme #jeunesse #jeunesse_marocaine

    • Drame de Ceuta : jusqu’où ira l’#indignité ?

      Plus de 70 personnes officiellement décédées, sans doute plus de 130 selon les associations. De ce qui s’est passé à Ceuta ces derniers jours, on aimerait d’abord que l’on retienne cela : ces vies brisées, ces histoires, ces noms et ces visages. Mais comme bien souvent, la plupart des réactions et des polémiques effaceront cette dimension humaine. Alors il faut le redire, sans relâche, contre l’indifférence et la banalisation.

      Au-delà de la situation historique et géographique spécifique de l’enclave espagnole de Ceuta sur le continent africain, au-delà de la crise sociale et des inégalités particulièrement prégnantes au Maroc, les événements de la semaine dernière sont venus une nouvelle fois rappeler comment les personnes migrantes peuvent être aujourd’hui l’objet de bien des instrumentalisations géopolitiques, une dimension renforcée par les logiques d’externalisation des politiques migratoires européennes ; et comment l’obsession de ces politiques pour la fermeture aux « indésirables » ne peut que conduire à de telles situations de tensions, de marchandage, tant rien ne peut faire complétement obstacle à l’espoir d’une autre vie pour celles et ceux qui sont prêts à tout pour partir.

      Mais ce à quoi nous assistons autour du drame de Ceuta est surtout sidérant d’escalade dans l’indignité.

      Escalade dans le degré de #mensonges et de #contre-vérités véhiculés par des responsables politiques, bien au-delà des rangs de l’extrême droite, par divers influenceurs et relais médiatiques : alimentation irraisonnée de l’existence d’un risque « d’arrivée massive » de personnes migrantes sur le continent européen, alors que l’enclave n’est pas dans l’espace Schengen et qu’il n’est pas possible de rejoindre l’Espagne sans contrôle ; prétendu lien avec la politique de régularisation conduite par le gouvernement espagnol, procédure qui n’est pourtant plus ouverte aujourd’hui, dont les critères ne pouvaient en aucun cas concerner les personnes arrivées à Ceuta ces derniers jours.

      Escalade dans la mécanique, désormais si bien rodée, d’instrumentalisation au service de l’agenda politique de celles et ceux qui entretiennent les peurs pour vanter leurs propositions autoritaires et xénophobes : alimentation du fantasme de la « submersion », à coup d’images et de commentaires haineux ressassés jusqu’à la nausée, précipitation sur le terrain pour alimenter les paniques identitaires, dénonciation d’une « menace existentielle » … Un retournement d’analyse bien pathétique quand on pense aux vraies menaces existentielles (drames climatiques, conflits armés…) que nous vivons en cet été 2026…

      Escalade enfin dans la surenchère répressive et sécuritaire qui a été la réponse de la plupart des pays européens : priorité au renforcement du contrôle des frontières, alors qu’il était bien impossible aux personnes migrantes arrivées à Ceuta de gagner facilement le continent européen ; aucune considération pour les questions humanitaires et le respect des droits fondamentaux. Et lundi 3 août, la lettre des 22 pays amenés par l’Italie et le Danemark, demandant de nouvelles mesures de contrôle et de fermeture, dénonçant la politique espagnole de régularisation, a été un nouveau signe plus qu’alarmant d’une dérive sans fin de l’Union européenne, sous l’impulsion d’une alliance droite et extrême droite qui la guide désormais sur les questions migratoires.

      Jusqu’où cela va-t-il aller ? Après le pacte asile et migration en application depuis juin dernier, après le règlement retour et ses « hubs de retour » en dehors de l’UE, renforçant encore les logiques d’enfermement, d’expulsion, d’externalisation et d’atteintes aux droits, quelle va être la prochaine étape ?

      La réunion des ministres de l’Intérieur tenue ce mardi 4 aout, si elle n’a fait l’objet d’aucune véritable annonce nouvelle, tant les dispositifs de contrôle et de répression sont déjà présents, a néanmoins confirmé le registre de la menace et de l’obsession, notamment via les technologies de surveillance, du contrôle et de la fermeture.

      Alors qu’en France comme dans d’autres pays européens s’ouvrent de cruciales séquences électorales risquant d’être autant de prétextes à de nouvelles instrumentalisations et surenchères, il y a urgence, sous peine de basculer demain dans un avenir encore plus cauchemardesque, à dénoncer sans faillir ces mécaniques toxiques. Et à opposer à l’incapacité aujourd’hui dramatique de l’Union européenne et de ses Etats à concevoir des politiques migratoires, hors du paradigme de la répression et de la logique de « la forteresse assiégée » servant principalement ses intérêts ; des politiques fondées sur le respect des droits humains, l’égalité de traitement, les coopérations d’égal à égal et les solidarités internationales. Les seules à même de pouvoir garantir notre avenir collectif, dans un monde où, plus que jamais, les migrations en seront demain le cœur battant.

      https://www.lacimade.org/drame-de-ceuta-jusquou-ira-lindignite

  • Pour la rupture écologique : écorégions, le projet radical de Mélenchon | Claire Lejeune, Julien Théry
    https://www.lemediatv.fr/emissions/2026/pour-la-rupture-ecologique-ecoregions-le-projet-radical-de-melenchon-clair

    Pour rompre avec la logique suicidaire du productivisme, LFI propose un nouveau découpage régional conditionné par l’objectif de la transition écologique. Les éco-régions seront définies en relation avec les équilibres environnementaux

    #Écologie #Politique

    • à 21’

      On n’a pas encore tranché le sujet de la cartographie à ce stade. Et donc la carte qui a été présentée par Jean-Luc Mélenchon, c’est une des hypothèses possibles. Mais il pourrait aussi y avoir une cartographie qui suive les bassins versants de rivières, et donc ça correspondrait davantage à 23-24 écorégions qu’à 13...

      Claire Lejeune est en charge du dossier à LFI

    • Pourquoi Jean-Luc Mélenchon et LFI proposent de « restructurer les régions françaises autour des fleuves » – franceinfo
      https://www.franceinfo.fr/environnement/actions-ecologiques/jean-luc-melenchon-et-lfi-veulent-restructurer-les-regions-autour-des-fle

      Dans le projet imaginé par le binôme, les limites des nouvelles collectivités seraient calquées sur celles des 24 sous-bassins qui structurent la métropole. « Les fleuves, les rivières et les affluents déterminent des formes de paysage et des géologies spécifiques. Mais aussi différents types d’organisation de l’activité et de l’installation humaine, justifie Claire Lejeune. Ça donne donc une cohérence en termes de protection des rivières et des fleuves tout le long de leurs tracés. »

    • Hello ! ah non, je n’ai pas suivi ni étudié leur projet, mais il faudrait que je le fasse et que je confronte leurs idées avec mon petit background de géographie régionale. J’ai passé les 5 années de mes études de géo avec des géographes qui discutaient de la taille pertinent et des paramètres qui faisait une région la plus gouvernable. Et on a fait plu d’une analyse multifactorielle :-) sur cette question, en fait complètement fascinante et qui me donne une idée pour un billet visionscarto d’ailleurs.

      Merci pour l’inspiration !

    • J’essaie de mettre ci-dessous quelques idées, un peu en vrac (veuillez en excuser) et rapidement...

      L’origine de cette idée est intéressante. Le concept de #biorégion (pensé comme #bassin_versant) est né aux Etats-Unis à la fin des années 1970 sous la plume de #Peter_Berg et #Raymond_Dasmann. C’est le texte fondateur du #biorégionalisme (aujourd’hui très à la mode en Italie, par ailleurs, voir notamment #Alberto_Magnaghi) :
      https://cascadiaunderground.org/reinhabiting-california

      Le mouvement biorégionaliste se rattache à la #deep_ecology, qui a connu des dérives racistes... en effet, on tombe vite dans « tout ce qui est de la biorégion est bon, tout ce qui vient de l’extérieur est mauvais », pour la faune et la flore, mais aussi pour les êtres humains.

      Personnellement, je ne pense pas que la solution est dans les « bonnes frontières », je ne pense pas que les « bonnes frontières » existent, les découpages sont toujours arbitraires, toujours « artificiels », la question est politique, et ce qui doit guider c’est le projet commun à l’intérieur du découpage choisi et en lien (de manière non coloniale, non violente, non extractiviste, etc.) avec les autres territoires.

      Des chercheureuses ont fait des analyses critiques intéressantes du concept.

      Meredith fait une critique en 6 points du biorégionalisme, dont le danger des dérives fascistes :

      The micro-regional focus of bioregionalism is a small unit of physical space, typically a watershed region. In bioregional discourse, natural systems become metaphors for cultural coherence. However, when we look for laws embedded in the natural world, those that are found do not then reveal themselves as principles which apply to systems of culture. Further, within most individuals, the sense of regional identity spans several scales because our past narratives and present affiliations span several localities. Humans are not immersed in singular niches, nor is the bioregionalist an existential, primordial localist, for his or her choice has been crafted.

      https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13668790500115755

      Olsen en a également fait une critique dans un autre article scientifique :
      The Perils of Rootedness : On Bioregionalism and Right Wing Ecology in Germany

      https://www.jstor.org/stable/43324334

      Sur les #frontières_artificielles (en Afrique) l’édifiante analyse de #Camille_Lefebvre :
      https://seenthis.net/messages/868129#message868130

      Et aussi cet autre article édifiant de Gonon et Lasserre :
      Une critique de la notion de frontières artificielles à travers le cas de l’Asie centrale

      Depuis la disparition de l’URSS, en 1991, l’Asie centrale est partagée entre cinq États. Complexes, ses frontières sont passées brutalement du statut de frontières intérieures à celui de frontières internationales. Certains auteurs n’hésitent pas à recourir à la catégorie de « frontière artificielle » pour les décrire. Pourtant, ce concept est fort réducteur et contestable, tout autant que celui de « frontière naturelle » : tous les deux renvoient à des représentations très idéologiques des frontières étudiées. Par ailleurs, l’histoire des tracés témoigne des préoccupations qui ont présidé au découpage de l’Asie centrale à l’époque soviétique : elle révèle des critères de gestion qui ne font pas des frontières de l’Asie centrale des tracés ontologiquement différents des autres frontières du monde. Les États nouvellement indépendants d’Asie centrale ont, certes, hérité de frontières complexes, mais la question de leur gestion pacifique relève beaucoup plus des volontés politiques des gouvernements que d’une prétendue nature artificielle des tracés.

      https://www.erudit.org/fr/revues/cgq/2003-v47-n132-cgq720/008090ar

      >> En gros, je pense que c’est une illusion et une idée simpliste celle de croire qu’on peut résoudre les problèmes écologiques (mais également sociaux et politiques) juste en déplaçant les frontières.

      #écorégions

    • Une réponse plus structurée de #Frédéric_Giraut :

      Le géographe Frédéric Giraut réagit aux « écorégions » promues par Jean-Luc Mélenchon : « Le biorégionalisme ne peut penser la question urbaine et migratoire autrement qu’en termes négatifs »

      La proposition du candidat « insoumis » à l’élection présidentielle de redessiner la carte de France autour de 13 nouvelles zones s’inscrit dans une tradition de pensée qui fait primer les données naturelles et de supposés héritages culturels sur les réalités sociales et économiques, estime le géographe dans une tribune au « Monde ».

      La proposition de revoir le gabarit et la taille moyenne des régions françaises n’apparaît pas comme exaltante pour une campagne électorale présidentielle, sauf à la lier à une philosophie du rapport à l’#environnement. C’est ce que propose Jean-Luc Mélenchon en s’inscrivant dans un courant idéologique états-unien, celui du biorégionalisme.
      En effet, c’est dans le contexte américain, c’est-à-dire d’une société de pionniers, qu’a été formalisé dans les années 1970 ce courant de réforme radicale et utopiste, antimoderne et anti-urbain. Il propose de substituer au découpage en Etats fédérés, largement fondé sur des blocs géométriques constitués au fur et à mesure de la conquête, un découpage naturel censé être également plus proche des cadres de peuplement amérindiens.
      Il s’agit, autrement dit, de retrouver une logique territoriale organique pour effacer le cadre abstrait imposé par la colonisation, et fonder une société régionale solidaire, en harmonie avec les cadres de vie à préserver. La figure la plus fameuse d’une telle écorégion est la #Cascadia, qui réunirait des espaces de la côte Pacifique jusqu’au cœur des Rocheuses à cheval sur la frontière entre le Canada et les Etats-Unis. C’est donc aussi le cadre national qui est remis en cause dans une sorte de panaméricanisme de petites éco-nations.

      Ce courant de pensée utopiste, jamais repris par les grands partis, postule l’#autarcie comme idéal social et environnemental. Il a certainement le mérite de pousser à prendre en compte les #bassins_versants [ensembles naturels drainés par un fleuve ou une rivière avec les crêtes ou les lignes de partage des eaux comme frontières] et les massifs comme des entités incontournables pour une gestion environnementale, au-delà du seul aménagement des fleuves par les grands travaux, et de mettre en débat les logiques productivistes, extractivistes et fonctionnalistes. Mais il ne peut penser la question urbaine et migratoire autrement qu’en termes négatifs. C’est bien là sa limite fondamentale, y compris pour les projets politiques transformateurs, décoloniaux et écologistes.

      En Europe, la #régionalisation, ou division des territoires en régions, a combiné références historiques héritées et aires de polarisation des grandes villes, ceci aussi bien dans les systèmes fédéraux, régionalistes que centralisés. Le biorégionalisme reste cantonné aux questions de gestion des ressources naturelles, avec notamment les agences de l’eau françaises (ex-agences de bassins) qui constituent un modèle et se déclinent au niveau local en périmètres de contrats de rivière ou de milieu.

      Mais vouloir faire du bassin versant l’alpha et l’oméga de l’#organisation_territoriale régionale promeut cette figure « naturelle » hors de sa fonction actuelle. Elle devient alors une alternative radicale à l’organisation territoriale fondée sur des solidarités historiques et culturelles et sur des réalités fonctionnelles (emplois, transports, échanges économiques, fournitures de grands équipements) autour de #métropoles étendues et polarisantes. Ce deuxième point était au centre de la définition initiale des périmètres de régions françaises.
      Les « #métropoles_d’équilibre », dotées de grands équipements aux grandes heures de l’#aménagement_du_territoire, trônaient alors au cœur de régions polarisées, dont les dénominations ne s’interdisaient plus des références aux provinces historiques. L’agrandissement-fusion des régions en 2016 a éloigné le lien systématique à la métropole chef-lieu, mais le cadre de référence reste celui des solidarités historiques qui ont pu construire des bassins économiques couplé aux logiques métropolitaines.

      Dès lors, quel serait l’enjeu de refonder un découpage régional sur le principe biorégional ? Changer d’échelle pour concevoir la #transition_écologique impérative ? Mais cela est plus une question de changement institutionnel que de découpage, et nécessiterait plutôt d’instaurer des sortes de puissantes régions-Länder sur le modèle allemand ou régions-generalidades sur le modèle espagnol. Ceci en supprimant les départements et en instaurant une tutelle sur les municipalités. Ce n’est pas dans le projet mélenchonien.

      La #coopération_métropolitaine dans le viseur

      S’agit-il de mettre les logiques environnementales au cœur des politiques publiques ? Mais la question centrale est la question énergétique et, sauf à croire que l’on reviendra à l’âge des grands travaux hydrauliques et nucléaires de la source à l’embouchure des fleuves comme priorité d’aménagement, les enjeux sont avant tout métropolitains, qu’il s’agisse du logement et des systèmes de mobilités décarbonées.

      Or, dans le découpage esquissé en écorégions, les cadres départementaux subsistent et des espaces métropolitains sont éclatés entre plusieurs régions, comme la métropole lyonnaise et la partie française de l’aire genevoise notamment, ou restent coupés de leur arrière-pays comme Nantes, ou encore sont dissous dans un gigantesque ensemble comme la région parisienne rattachée aux confins normands bien éloignés de la Seine.

      Outre ces aspects liés au découpage, une telle réforme attaquerait avant tout l’idée de gouvernement métropolitain, qui a déjà tant de mal à exister en France. La proposition mélenchonienne rejoint, par cet aspect, la vision territoriale de la droite et de l’extrême droite, qui ont également la coopération métropolitaine dans le viseur. Ceci pour des raisons très différentes : promotion de clubs de communes nanties, refus des solidarités dans l’allocation des ressources et de la localisation des équipements, et plus fondamentalement croyance dans l’idéologie de la fragmentation concurrentielle des aires urbaines par « communautés d’intérêts » avec recours massif aux services privés à la carte.

      A d’autres échelles, on sait la pensée de Jean-Luc Mélenchon adepte de concepts « réalistes », qui expliquent les logiques géopolitiques par les seuls rapports de force et les supposées légitimités culturelles de grandes puissances. Particulièrement celui de « zone tampon légitime » pour certains impérialismes, à condition qu’ils s’appuient sur l’argument de la proximité culturelle et historique.

      Ainsi, le Donbass et une bonne partie des pays baltes pour la Russie ou Taïwan pour la Chine, et leurs millions de citoyens, pourraient légitimement basculer dans les pires dictatures en exercice à l’issue de « conférences des frontières ». Celles-ci étant forcément dominées par ces mêmes concepts réalistes censés fonder les principes de légitimité indépendamment du droit international et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. On pense alors aux funestes expériences qui constituent les modèles : Berlin (1885), Yalta (1945) ou récemment Dayton pour la Bosnie-Herzégovine (1995) et ses déplacements de population.

      La campagne sera territoriale à toutes les échelles, et certaines convergences paradoxales sont à noter. A la social-démocratie maintenant de décliner son projet territorial et environnemental loin des facilités simplificatrices qui pourraient dissoudre les rares cadres métropolitains de redistribution et de planification de la transition, et loin du fantasme mortifère des zones tampons impérialistes légitimes.

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/22/le-geographe-frederic-giraut-reagit-aux-ecoregions-promues-par-jean-luc-mele

    • Je ne suis pas sur qu’une fois au pouvoir, ils veuillent le faire.

      Et si j’ai bien compris, c’est pas un découpage uniquement selon les bassins versants (t’as vu la gueule des formes que ca fait), ca prend en compte plus de critères (comme les bonnes vieilles distances aux sous préfectures, mais de nos jours, on s’en fout. Et puis on accepte que les gens fassent 200km pour un hôpital, alors ... (troll) ).
      C’est plus dans le cadre d’une grande décentralisation. Si des régions doivent s’auto gérer, alors autant de pas leurs donner de contraintes trop artificielles.
      Déjà, ils veulent garder les départements (pas vu d’avis contraire). Or les départements de Napoléon ont souvent leurs limites sur les courts d’eau, donc ca contredit la création de zone par bassin versant.

      Je suis surpris que ca prenne une tournure fasciste directement. A croire que tout peut devenir fasciste quand c’est utilisé par des fascistes. Limite vs frontière...

      Mais je pense qu’ils vont dérouler tout le programme de la FI au fil des mois avant les elections, surtout pour montrer qu’ils ont bossé.
      Et ils commencent par les sujets sûrement les moins névralgiques. Y’en a au moins 40... on a le temps.
      https://melenchon2027.fr/livrets-2022

    • Pour moi l’objectif 1 de ce projet, c’est de faire rallier EELV rapidement pour enfoncer le clou de « la gauche c’est nous et c’est nous qu’on a une dynamique de rassemblement », pour le vote utile y compris législatives. Objectif électoral à court terme.

      L’objectif 2, c’est de faire sauter les baronnies LR et PS et que LFI (+ verts) gagnent une poignée de régions. C’est un projet qui va pousser encore plus le PS à s’allier avec LR pour les achever. Une telle refonte entraînerait au passage le rebrassage de gouvernance des agences de l’eau, ARS, CA d’hôpitaux, chambres consulaires, PNR, ONF, etc... Sans compter que la redéfinition des compétences régionales entraîne un redispatching de compétences sur les autres échelons (départements : lycées, formation et développement économique par ex...). Objectif électoral à moyen et long terme.

      Le reste c’est les objectifs tertiaires, mais de façade (résilience et régénération, air, santé...) Objectifs politiques. Mise en œuvre et efficacité pas garantie, c’est un euphémisme.

      M’enfin dans le contexte de verrouillage socio technique et politico économique dans lequel nous baignons et qui nous mène à l’extinction, je trouve ça sympa des gens qui veulent faire (un peu) bouger les lignes du business as usual. Pas de quoi sauter au plafond, mais sympa.

  • Crise de Ceuta : entre l’Espagne et le Maroc, trente ans de rapprochements stratégiques et beaucoup d’arrière-pensées
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/02/crise-de-ceuta-entre-l-espagne-et-le-maroc-trente-ans-de-rapprochements-stra

    Crise de Ceuta : entre l’Espagne et le Maroc, trente ans de rapprochements stratégiques et beaucoup d’arrière-pensées
    Par Guillaume Delacroix (Barcelone, correspondance)
    Publié aujourd’hui à 16h15, modifié à 18h09
    Il faudra du temps pour comprendre les ressorts de la crise qui a de nouveau enfiévré Ceuta, sur la côte nord-africaine, en face de Gibraltar, jeudi 30 et vendredi 31 juillet. Les raisons pour lesquelles environ 50 000 personnes arrivant de la ville marocaine de Fnideq ont tout à coup submergé l’enclave espagnole restent obscures, tout comme peut surprendre la rapidité avec laquelle la quasi-totalité de ces jeunes migrants ont été refoulés vers leur point de départ en moins de vingt-quatre heures. L’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) a appelé, samedi, à l’ouverture d’une enquête indépendante afin de faire « toute la lumière » sur cette affaire qui s’est soldée par la mort d’au moins 72 migrants.
    Ce qui vient de se produire à Ceuta n’est qu’un épisode de plus dans une relation bilatérale tumultueuse depuis au moins trois décennies. Au début des années 1990, l’Espagne a cherché à faire du Maroc un partenaire privilégié dans la région. Un traité « d’amitié, de bon voisinage et de coopération » est signé entre les deux pays en 1991, ce qui n’empêche pas Madrid de s’en tenir à un « équilibre dynamique » vis-à-vis des pays du Maghreb, concept théorisé au sortir de la dictature franquiste par le premier ministre socialiste Felipe Gonzalez (1982-1996). « Ce dernier trouvait normal qu’il y ait des contentieux avec le Maroc, l’important étant de trouver des solutions », raconte un diplomate espagnol de haut rang requérant l’anonymat.
    Après l’arrivée au pouvoir de la droite, cette vision vole en éclats sous le gouvernement Aznar (2000-2004) avec la crise de Persil. En 2002, des militaires marocains occupent cet îlot inhabité au large de Ceuta et Madrid envoie son armée pour les en chasser, ce qui entraîne une rupture brutale avec Rabat. Deux ans plus tard, à la faveur d’une nouvelle alternance politique en Espagne, le dialogue est rétabli par le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero (2004-2011) avec le roi Mohammed VI. Les échanges commerciaux se développent malgré des épisodes de crispation à propos de Ceuta et Melilla. Madrid renoue avec une forme de neutralité entre le Maroc et l’Algérie.
    Sous le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy (2011-2018), le pragmatisme l’emporte, l’Espagne et le Maroc coopèrent sur la question migratoire tandis que de nombreuses entreprises hispaniques s’installent au royaume chérifien. Quand le socialiste Pedro Sanchez arrive au pouvoir en 2018, il déclare le Maroc « partenaire stratégique » de l’Espagne, sans pour autant renoncer à développer les échanges avec l’Algérie. Survient alors la crise de 2021 à Ceuta. Alors que Rabat s’indigne de l’hospitalisation en Espagne de Brahim Ghali, dirigeant du Front Polisario, l’organisation indépendantiste du Sahara occidental soutenue par l’Algérie, 10 000 personnes rejoignent l’enclave espagnole à la nage. « Quelques mois plus tard, l’Espagne change de position sur le Sahara occidental et décide d’ouvrir ses frontières avec le Maroc », rappelle Cristina Monge, professeure de sciences politiques à l’université Complutense de Madrid.
    Un virage spectaculaire : en mars 2022 en effet, Pedro Sanchez qualifie le plan marocain d’autonomie du Sahara occidental de base « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le conflit avec le Front Polisario. Sur ce sujet jusqu’alors, Madrid tenait sa fameuse position d’équilibre entre les parties. L’Espagne s’attire les foudres d’Alger mais anticipe, ce faisant, un mouvement qui se généralisera en faveur de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, ancien territoire colonisé que l’Espagne avait dû quitter en 1975 après la « marche verte » organisée sous le règne de Hassan II. En 2024, la France se ralliera à son tour à la position marocaine. « Chaque fois qu’un événement migratoire se produit, cela débouche inévitablement sur des négociations portant sur des questions stratégiques pour le Maroc. Nous ne savons pas encore ce qui s’est passé cette semaine, mais nous le saurons bientôt », estime Cristina Monge.
    Directeur de recherches à l’Institut royal Elcano de Madrid, Ignacio Molina pense, lui aussi, que la nouvelle arrivée massive de migrants à Ceuta révèle combien le Maroc « tient à montrer de temps à autre sa capacité à exercer une pression, même s’il y a de multiples causes à cette crise, non exclusives les unes des autres ». Parmi elles, la visite officielle de Pedro Sanchez à Alger, le 20 juillet, la première depuis 2020, mais surtout l’arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet interdisant la reconduite automatique à la frontière des migrants arrivant par la mer sans avoir à franchir d’obstacle physique, ce qui pourrait avoir créé un appel d’air au Maroc. Samedi matin, l’armée espagnole a déroulé une ligne de bouées et un filet de contention depuis le rivage vers le large, une barrière flottante qui rend inapplicable la récente décision de justice.
    Même si certains, comme l’association AMDH, tiennent l’Etat marocain responsable de la situation ayant conduit à l’afflux de migrants à Ceuta, Ignacio Molina note que Madrid s’est bien gardé ces derniers jours de dénoncer toute responsabilité présumée de Rabat : « L’idée actuelle du gouvernement espagnol est de dire que, vaille que vaille, il faut entretenir de bonnes relations avec le Maroc. C’est une position qui n’est pas tenable à long terme, tant les différends sont nombreux entre les deux pays. A court terme néanmoins, Madrid et Rabat se doivent d’afficher leur coordination sur la question migratoire jusqu’en 2030, date à laquelle ils organiseront la Coupe du monde de football, conjointement avec le Portugal. »
    Comme le souligne le diplomate espagnol, « depuis le rapprochement de 2022, le Maroc croit pouvoir exiger de l’Espagne qu’elle soutienne toutes ses prises de position à l’international, notamment à l’encontre de l’Algérie. Or le réchauffement en cours entre Madrid et Alger lui montre que la réalité n’est pas aussi simple ». Selon ce fin connaisseur de la région, l’affaire de Ceuta pourrait ainsi être liée à une autre actualité récente, à savoir l’entrée en vigueur, le 15 juillet, de l’accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni sur la suppression des contrôles physiques à la frontière terrestre entre Gibraltar et l’Espagne, rapprochant de facto le rocher britannique de l’espace Schengen. Conséquence immédiate, le gouvernement de Gibraltar a annoncé la fin de la liaison maritime avec le Maroc.
    Rabat en aurait pris ombrage, le ferry en question ayant permis depuis une vingtaine d’années à la communauté marocaine de Gibraltar de maintenir des liens étroits avec le royaume. « Ce changement historique ne règle pas la question de la souveraineté de Gibraltar mais encourage certains à remettre sur la table l’avenir de Ceuta et Melilla », observe le diplomate. Connue pour ses positions anticolonialistes, l’AMDH a appelé, samedi, à « inscrire la revendication de la restitution » des deux enclaves espagnoles « à l’ordre du jour politique » marocain. En omettant de dire que si Ceuta et Melilla devenaient marocaines, Rabat perdrait son principal levier de pression sur l’Europe.

    #Covid-19#migrant#migration#maroc#espagne#ceuta#UE#frontiere#politiquemigratoire#crisemigratoire

  • Ceuta : l’UE convoque une réunion d’urgence afin d’échanger sur la crise migratoire
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/01/ceuta-l-ue-convoque-une-reunion-d-urgence-afin-d-echanger-sur-la-crise-migra

    Ceuta : l’UE convoque une réunion d’urgence afin d’échanger sur la crise migratoire
    Le Monde avec AFP
    Les ministres de l’intérieur des pays de l’Union européenne (UE) se réuniront mardi en visioconférence afin d’échanger « sur les développements à Ceuta », a annoncé l’Irlande, qui assure la présidence tournante de l’UE, samedi 1er août. Des dizaines de milliers de migrants ont pénétré illégalement ces derniers jours dans l’enclave espagnole de Ceuta en provenance du Maroc. L’Espagne a affirmé, samedi, que la situation était « quasiment » revenue à la normale, la plupart des migrants étant rentrés au Maroc, le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, dénonçant l’attitude « égoïste » de certains pays de l’UE. Au moins 67 personnes sont mortes, notamment de noyades, en essayant d’entrer à Ceuta, a annoncé le ministre de l’intérieur, Fernando Grande-Marlaska, en donnant un nouveau bilan de ces « événements dramatiques ».
    Par missives interposées, l’Espagne, puis un groupe de 22 pays, dont l’Italie et le Danemark, ont tour à tour réclamé cette réunion afin d’échanger sur la crise migratoire dans cette enclave espagnole et les tensions diplomatiques qui ont suivi. « Nous ne pouvons permettre que des franchissements massifs et incontrôlés, l’instrumentalisation des migrations ou d’autres menaces hybrides donnent le sentiment qu’il est possible d’entrer illégalement dans l’Union européenne. Et qu’une entrée illégale puisse ensuite se transformer en séjour légal », ont réagi les 22 signataires dans une lettre ouverte. « Les événements de ces derniers jours exigent une réponse européenne immédiate et coordonnée », ont-ils dit dans cette lettre adressée à la présidence irlandaise de l’UE, au président du Conseil européen, Antonio Costa, et à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
    Elle a été initiée par la première ministre italienne, Giorgia Meloni, dont le pays a temporairement suspendu les règles de l’espace Schengen vis-à-vis de l’Espagne, et par son homologue danoise, Mette Frederiksen, qui a jugé, vendredi, que l’UE devrait envisager de suspendre la coopération Schengen avec l’Espagne. Parmi les autres signataires figurent le chancelier allemand, Friedrich Merz, et les premiers ministres hongrois, suédois et polonais, mais pas les dirigeants français et portugais, dont les pays sont voisins immédiats de l’Espagne.

    #Covid-19#migration#migrant#UE#espagne#crisemigratoire#schengen#frontiere#migrationirreguliere#sante

  • Plus de 60.000 migrants entrent illégalement dans l’enclave de Ceuta, l’Italie suspend la libre circulation avec l’Espagne
    https://www.dakaractu.com/Plus-de-60-000-migrants-entrent-illegalement-dans-l-enclave-de-Ceuta-l-It

    Plus de 60.000 migrants entrent illégalement dans l’enclave de Ceuta, l’Italie suspend la libre circulation avec l’Espagne
    L’arrivée illégale de quelque 60.000 migrants en provenance du Maroc dans l’enclave espagnole de Ceuta, qualifiée par Madrid d’"attaque" contre son intégrité territoriale, a provoqué vendredi une crise d’une rare ampleur au sein de l’Union européenne, l’Italie ayant annoncé suspendre temporairement son espace de libre circulation avec l’Espagne."Environ 60.000 personnes sont entrées dans notre ville", a déclaré le président du gouvernement local de Ceuta, Juan Vivas lors d’une conférence de presse vendredi, soit « 70% de la population de Ceuta », et déplorant la mort de 34 migrants, dont beaucoup par noyades.
    La plupart de ces migrants - en très grande majorité des Marocains, et principalement des jeunes hommes et des adolescents - seraient cependant retournés au Maroc, selon les autorités espagnoles.
    Les images de cette crise ont déclenché une montée au créneau de la droite et de l’extrême droite européenne autour des contrôles aux frontières de l’espace Schengen.Plusieurs pays européens ont fermement réagi à cette crise migratoire brutale, a commencer par l’Italie, qui a annoncé la fermeture de l’espace Schengen à l’Espagne.
    Dès jeudi, Rome, soutenue par la Finlande et le Danemark, avait signifié son intention de suspendre l’accord de libre circulation avec l’Espagne."Nous sommes prêts à agir, y compris par des mesures exceptionnelles (...) comme la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne", a affirmé la cheffe du gouvernement d’extrême droite italienne Giorgia Meloni.Une proposition qualifiée de « démagogique » par l’Espagne, et dont la portée reste incertaine encore, des juristes consultés par l’AFP assurant qu’il est impossible de l’appliquer dans le cadre légal actuel.
    « C’est une mesure prévue par les traités et qui est devenue aujourd’hui inévitable », a toutefois soutenu le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani sur X.L’intégrité de l’espace Schengen de libre-circulation « est absolument garantie », a quant à lui affirmé le ministre espagnol des Affaires étrangères, Jose Manuel Albares.
    Signe du chaos régnant à Ceuta, de nombreux migrants ont retraversé vendredi la frontière en sens inverse pour rentrer au Maroc : « il y a trop de monde ici, tout est plein » a expliqué l’un d’eux à l’AFP.Selon Jose Manuel Albares, « la quasi-totalité de ceux qui sont entrés à Ceuta sont déjà retournés au Maroc ».À Castillejos, une ville du Maroc proche de Ceuta, Abdelhakim a raconté à l’AFP avoir parcouru « 14 km à pied par les montagnes » pour atteindre le territoire espagnol, où il n’a finalement pas réussi à entrer.
    « On nous a dit de passer par la mer. Mais je me suis retrouvé complètement submergé et j’ai vu deux jeunes (…) mourir sous mes yeux », a-t-il expliqué, assurant être « revenu en arrière » en se rappelant avoir deux enfants."C’est catastrophique ! (...). C’est vrai qu’ils souffrent énormément dans leur pays, mais ce ne sont pas des manières d’entrer. Nous avons nos enfants ici, j’ai peur pour eux", a réagi un chauffeur de taxi de Ceuta, Mohamed, auprès de l’AFP.
    Venant de la ville marocaine de Fnideq, qui jouxte l’enclave espagnole, les migrants, sont arrivés toute la nuit par la terre et la mer, franchissant les hautes barrières de barbelés qui matérialisent la frontière, ou les contournant par la mer. Dix-huit d’entre eux se sont noyés, selon une source policière.
    Ceuta, petit territoire de 84.000 habitants situé à la pointe nord du Maroc, bordant le Détroit de Gibraltar, forme l’une des deux frontières terrestres entre l’Afrique et l’Europe (avec l’autre enclave espagnole de Melilla). Vendredi, des milliers de jeunes migrants étaient réunis sur les plages, certains se réchauffant autour de feux, d’autres dormant, sous le regard des forces de l’ordre, en grand nombre. Des rumeurs d’ouverture de la frontière entre le Maroc et Ceuta, propagées sur les réseaux sociaux, ont provoqué cette ruée, selon des témoignages recueillis par l’AFP. A Madrid, plusieurs centaines de manifestants anti-migrants, pour beaucoup vêtus de noir, se sont rassemblés vendredi soir devant l’ambassade du Maroc à Madrid pour dénoncer « l’invasion » migratoire à Ceuta, scandant des slogans comme « L’Espagne, chrétienne et pas musulmane ! ».
    D’autres brandissaient une grande banderole « Remigration », le retour des personnes immigrées vers leur pays d’origine, concept promu par de nombreuses formations d’extrême droite en Europe.A Ceuta, des centaines d’habitants de l’enclave ont manifesté devant l’hôtel de ville, criant : « Ceuta unie ne sera jamais vaincue ! », et certains proférant des insultes contre le Premier ministre socialiste espagnol.
    Arrivé vendredi matin avec son ministre de l’Intérieur, Pedro Sánchez a évoqué « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne » et accusé des « mafias » d’être à l’origine de la rumeur d’ouverture de la frontière.Le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé l’envoi immédiat de plusieurs dizaines de membres de la Garde civile et policiers, parmi lesquels huit plongeurs, ainsi qu’un bateau et des drones.A Washington, le président américain Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l’immigration illégale une de ses priorités, a jugé que les images de l’enclave espagnole de Ceuta ressemblaient à « l’invasion d’un pays », accusant sur X l’Espagne de mener des « efforts délibérés » ayant favorisé cette immigration clandestine.La France et le Royaume-Uni se sont dits prêts à aider l’Espagne.Paris a toutefois annoncé multiplier par cinq le nombre de policiers et de gendarmes samedi à la frontière franco-espagnole, portant leur nombre à 334. Bruxelles a cependant indiqué vendredi n’avoir relevé aucun flux migratoire entre Ceuta et le continent européen."Ce n’est pas le moment de se diviser. C’est le moment de continuer à construire une Union européenne forte et unie", a réclamé Pedro Sanchez sur le réseau social X.Cette crise migratoire à Ceuta rappelle la précédente de 2021, lorsque des milliers de personnes avaient traversé la frontière à la faveur d’un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l’Espagne.

    #Covid-19#migration#migrant#maroc#ceuta#espagne#crisemigratoire#droit#sante#migrationirreguliere#frontiere

  • L’Espagne installe une barrière flottante à la frontière de Ceuta - Le bilan monte à 67 morts
    https://www.dakaractu.com/L-Espagne-installe-une-barriere-flottante-a-la-frontiere-de-Ceuta-Le-bila

    L’Espagne installe une barrière flottante à la frontière de Ceuta - Le bilan monte à 67 morts
    Les autorités espagnoles ont entamé samedi matin l’installation d’une barrière de contention sur la digue d’El Tarajal, à Ceuta, a annoncé le ministère espagnol de l’Intérieur. Le principal dispositif est une structure flottante de 500 mètres de long, qui s’élève de 30 à 70 centimètres au-dessus de l’eau et descend jusqu’à un mètre sous la surface. Cette installation est complétée par une première rangée de bouées ancrées, fournies par la marine espagnole. Un passage est maintenu entre les deux dispositifs afin de permettre aux embarcations de la Garde civile espagnole de surveiller en permanence la barrière flottante et d’assurer sa protection. Le nombre de personnes décédées lors de la crise migratoire à la frontière de l’enclave espagnole de Ceuta est passé à 67, a annoncé le gouvernement espagnol. Ces derniers jours, des dizaines de milliers de migrants ont tenté de rejoindre l’enclave depuis le Maroc. Certains ont notamment traversé la mer à la nage. Plusieurs dizaines de personnes ont perdu la vie dans ces tentatives. L’Espagne a également annoncé samedi l’installation d’une barrière de protection le long de la digue qui s’avance dans la mer à Ceuta. La grande majorité des migrants sont désormais retournés au Maroc. Beaucoup d’entre eux sont de jeunes Marocains. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a dénoncé samedi l’attitude « égoïste » de certains pays de l’Union euroéenne face à la crise migratoire dans l’enclave espagnole de Ceuta et réclamé une réunion en visioconférence des ministres de l’Intérieur des 27. « Une telle attitude - motivée par les préjugés, les fausses informations, l’ignorance ou des intérêts politiques - est non seulement contraire au droit européen, au droit humanitaire et aux principes de solidarité qui nous unissent, mais elle va également à l’encontre des intérêts à long terme de l’Europe », a-t-il écrit dans une lettre adressée aux chefs des institutions européennes et consultée par l’AFP. Des milliers de candidats à l’émigration, en large majorité marocains, refoulés de l’enclave espagnole de Ceuta et revenus dans la petite ville de Fnideq dans le nord du Maroc, continuent samedi matin à être embarqués dans des autocars pour être ramenés chez eux, selon des journalistes de l’AFP. Une source marocaine proche des opérations, qui ont débuté vendredi soir, a indiqué à l’AFP sous couvert d’anonymat que les milliers de personnes renvoyées par l’Espagne allaient être acheminées chez elles « directement en autocar ou via la gare de Tanger », métropole portuaire et industrielle d’un million d’habitants située à 70 km de Fnideq. Selon cette source, le poste frontalier de Fnideq est désormais « totalement sécurisé » tout comme les collines qui le surplombent d’où des centaines de candidats à l’émigration, surtout des jeunes hommes marocains, avaient jeté des pierres sur les forces de l’ordre vendredi. Le gouvernement espagnol a annoncé vendredi soir que la quasi totalité, au moins 48.000 des 60.000 migrants entrés illégalement ces derniers jours à Ceuta, seul territoire espagnol en Afrique avec Melilla, à 400 km plus à l’est, étaient déjà rentrés au Maroc. Tard vendredi, les journalistes de l’AFP ont vu partir une vingtaine d’autocars de chacun 54 places, soit une capacité d’un millier de personnes. Les autobus étaient à destination de Tanger, mais également Tetouan ou la capitale économique Casablanca, dotées d’installations ferroviaires pour réacheminer des gens venus parfois d’aussi loin que Marrakech, à plus de 500 km au sud.

    #Covid-19#migration#migrant#espagne#ceuta#maroc#crisemigratoire#migrationirreguliere#sante#frontiere

  • Un afflux massif de migrants à Ceuta ravive les tensions entre l’Espagne et le Maroc
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/07/31/un-afflux-massif-de-migrants-a-ceuta-ravive-les-tensions-entre-madrid-et-rab

    Un afflux massif de migrants à Ceuta ravive les tensions entre l’Espagne et le Maroc
    Par Guillaume Delacroix (Barcelone, correspondance) et Mustapha Kessous
    Ils ont fui vers l’Europe pieds nus, en slip ou en maillot de bain, certains à la nage, d’autres sur des bouées ressemblant à des pneus. Passé la digue qui sépare les faubourgs de la ville marocaine de Fnideq de la plage de Ceuta, ils ont couru vers le centre de l’enclave espagnole, levant les bras aux cris de « Viva España ! » Alors qu’environ 1 500 entrées illégales de migrants avaient été observées depuis une dizaine de jours à Ceuta, le flux s’est soudainement accéléré, jeudi 30 juillet, avec l’arrivée par la mer de milliers de personnes, de jeunes hommes et des adolescents dans leur immense majorité, Marocains pour la plupart.
    Les arrivées se sont poursuivies dans la nuit. Au moins 18 d’entre eux sont morts par noyade, a déclaré vendredi le ministère espagnol de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska, évaluant à ​près de 50 000 le nombre de migrants ayant franchi la frontière au ‌cours des dernières 24 heures. Il s’est rendu sur place, vendredi matin, aux côtés du premier ministre espagnol, Pedro Sanchez. Il s’agit de la plus importante arrivée de migrants depuis la grande crise de mai 2021, lors de laquelle plus de 10 000 personnes avaient réussi à passer en deux jours la seule frontière terrestre de l’Union européenne avec le continent africain avec Melilla, l’autre enclave espagnole en territoire marocain, où la frontière a été fermée.
    Du 1er janvier au 15 juillet, l’Espagne a enregistré une diminution de près de 25 % des arrivées sur son territoire. Cette baisse s’explique notamment par des accords signés avec le Maroc en février 2023 pour lutter contre la migration illégale. Le nombre de personnes empruntant la route vers les Canaries, par exemple, a chuté de 61 %. Toutefois, au gré de ces accords, les flux migratoires se sont déplacés. Ceuta est redevenue en 2026 l’une des portes privilégiées pour entrer en Europe avec une augmentation de plus de 149,4 % des passages par voie terrestre.
    Jeudi, Juan Jesus Vivas, le président (PP) de la ville autonome de Ceuta, a fait part de son inquiétude face à des centres d’accueil « débordés et saturés ». Au nom de toutes les formations politiques représentées au sein de l’exécutif local, parmi lesquels le Parti populaire (PP, droite) et Vox (extrême droite), mais aussi le Parti socialiste (PSOE), Juan Jesus Vivas a demandé au gouvernement espagnol la déclaration de « l’état d’urgence national ». A Madrid, le président du PP, Alberto Nuñez Feijoo, a exigé du gouvernement qu’il « reprenne le contrôle » de l’enclave tandis que la direction de
    Le premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sanchez, a téléphoné à Juan Jesus Vivas pour tenter de le rassurer. « Nous mobilisons toutes les ressources nécessaires (…) pour revenir à la normale dès que possible », a-t-il dit. En fin de journée, le déploiement de l’armée a été annoncé pour répondre à la gravité de la situation. Madrid a exclu, en revanche, de recourir à l’état d’urgence, les flux migratoires n’étant pas considérés comme un risque relevant du système national de protection civile.
    En Italie, la présidente du conseil d’extrême droite Giorgia Meloni s’est emparée de l’affaire, dénonçant les « images choquantes » de Ceuta et appelant à « des mesures exceptionnelles (…), comme la suspension de l’accord de Schengen avec l’Espagne ». Le ministre espagnol des affaires étrangères, José Luis Albares, a dénoncé dans la foulée la « démagogie » de Rome, annonçant la convocation vendredi de l’ambassadeur d’Italie à Madrid en signe de protestation.
    Pour le gouvernement espagnol, cette nouvelle poussée de fièvre s’explique par un arrêt rendu le 8 juillet par la Cour suprême espagnole qui aurait, selon lui, incité les réseaux de passeurs à redoubler d’activité. La haute juridiction se prononçait sur le cas d’un migrant originaire d’Algérie qui contestait sa remise aux autorités marocaines après avoir été intercepté en haute mer en novembre 2024 alors qu’il tentait, avec deux autres personnes, de rejoindre Ceuta à la nage. Elle a estimé que le refoulement immédiat de migrants tentant de rejoindre Ceuta ou Melilla par la mer n’était pas possible, alors qu’il l’est pour ceux qui passent illégalement la frontière par voie terrestre. « Cette décision de justice a encouragé les migrants à se diriger vers Ceuta par la mer, explique Jamila El Abboudi, militante à l’Association marocaine des droits humains (AMDH). La situation est catastrophique. »
    Au premier trimestre, le Maroc a affiché 4,6 % de croissance, mais le taux de chômage s’élève à 10,8 % de la population active et à 29,2 % chez les 15-24 ans, selon le Haut-Commissariat au plan marocain. « Un jeune qui part, parfois avec l’assentiment de ses parents, c’est une assurance qu’il enverra de l’argent à sa famille, souligne le sociologue Ali Zoubeidi. Le fait que le gouvernement espagnol annonce la régularisation de 500 000 sans-papiers [en avril] a aussi pu inciter des jeunes à tenter de rejoindre Ceuta. »
    A ce contexte espagnol s’ajoute un événement qui peut laisser penser que Rabat aurait délibérément lâché du lest aux portes de Ceuta. Le 20 juillet, au lendemain de la victoire de l’Espagne au Mondial de football, Pedro Sanchez s’est rendu à Alger en visite officielle pour apaiser les tensions avec son premier fournisseur de gaz, après la crise déclenchée en 2022 par le soudain soutien espagnol au plan marocain d’autonomie du Sahara occidental, un territoire disputé par les indépendantistes du Front Polisario, soutenu par l’Algérie. Pour Abdullah Abaakil, vice-secrétaire du Parti socialiste unifié marocain, il n’y a aucun doute : « Les autorités marocaines ont clairement laissé passer, assure-t-il. Il y a une tendance douteuse à utiliser la migration et le désespoir des jeunes pour mettre dans l’embarras le gouvernement espagnol et lui dire quand les choses ne lui plaisent pas. » Jeudi, Madrid et Rabat ont assuré que les deux pays travaillaient « en coordination », pour assurer « dès que possible, le rapatriement de toutes les personnes entrées illégalement » à Ceuta ces derniers jours. « La situation est critique, estime Jamila El Abboudi de l’AMDH. Il y a des centaines de jeunes qui viennent de Kénitra, Casablanca ou El Jadida, qui se dirigent vers la frontière de Ceuta. Ce n’est pas terminé. » Mise à jour le 31 juillet 2026 à 9 h 55, avec l’arrivée du premier ministre et du ministre de l’intérieur et l’actualisation du nombre de morts par noyade et de personnes ayant rejoint l’enclave

    #Migrant#migration#maroc#espagne#ceuta#migrationirreguliere#crise#frontiere#droit#sante

  • Ceuta : la France va renforcer ses frontières, l’Italie veut suspendre « l’accord de Schengen avec l’Espagne »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/07/31/ceuta-la-france-va-renforcer-ses-frontieres-l-italie-et-la-finlande-veulent-

    Ceuta : la France va renforcer ses frontières, l’Italie veut suspendre « l’accord de Schengen avec l’Espagne »
    Le Monde
    Emmanuel Macron a demandé au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, de « renforcer les contrôles à la frontière avec l’Espagne », selon son entourage, cité par l’Agence France-Presse, et promis que « la France se t[enait] prête à apporter aux autorités espagnoles tout l’appui nécessaire », en particulier par les services de l’agence européenne chargée du contrôle des frontières, Frontex. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a demandé au Maroc de « repren[dr]e immédiatement les migrants en situation irrégulière » à la suite de l’afflux de dizaines de milliers de personnes du royaume vers l’enclave espagnole de Ceuta. Alors que la cheffe de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dénoncé des images « inacceptables », en Italie, la présidente du conseil, Giorgia Meloni (d’extrême droite), a appelé à « des mesures exceptionnelles (…), comme la suspension de l’accord de Schengen avec l’Espagne ». Le ministre des affaires étrangères espagnol, José Luis Albares, y voit de la démagogie.
    Dans la foulée, la ministre de l’intérieur finlandaise, Mari Rantanen, a soutenu cette proposition. « Les pays qui ne remplissent pas leur obligation de protéger la frontière extérieure ne peuvent pas être membres de Schengen », a-t-elle écrit sur X. Il n’est pas clair si la position de cette membre d’un parti anti-immigration au sein de la coalition au pouvoir est celle du gouvernement. Josep Borrell, ancien chef de la diplomatie européenne, a réagi sur X pour rappeler que « dans la loi européenne aucun pays ne peut unilatéralement suspendre la participation d’un autre » à l’espace Schengen.

    #Covid-19#migration#migrant#espagne#maroc#UE#schengen#frontiere#politiquemigratoire#frontex#migrationirreguliere

  • Afflux de migrants à Ceuta : la droite et l’extrême droite françaises mettent en cause le gouvernement de Pedro Sanchez, la gauche dénonce « des mensonges »
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/07/31/afflux-de-migrants-a-ceuta-la-droite-et-l-extreme-droite-francaises-mettent-

    Afflux de migrants à Ceuta : la droite et l’extrême droite françaises mettent en cause le gouvernement de Pedro Sanchez, la gauche dénonce « des mensonges »
    Par Marie Pouzadoux et Corentin Lesueur
    Il a suffi de quelques heures pour que les images inondent les réseaux sociaux et enflamment la droite et l’extrême droite françaises. Celles de dizaines de milliers de personnes traversant la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta dans la nuit de jeudi 30 à vendredi 31 juillet, après plusieurs jours d’arrivées en continu, ayant causé la mort d’au moins 34 personnes. Vendredi à 17 heures, plus de 37 500 migrants étaient déjà rentrés au Maroc, selon le gouvernement espagnol.
    Face à l’inflammabilité du sujet migratoire et une situation difficilement maîtrisable sur place, le gouvernement français a rapidement réagi vendredi. A l’instar des autres Etats membres de l’Union européenne (UE) redoutant des répercussions politiques et sécuritaires, Emmanuel Macron a déclaré avoir exigé le « renfort des contrôles à la frontière avec l’Espagne », peu après que le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé avoir « donné des instructions » en ce sens « dès [jeudi] soir ».Soucieux de se montrer en alerte sans s’avancer, pour l’heure, sur les causes de ces arrivées massives du Maroc, Emmanuel Macron a affiché la solidarité de la France envers l’Espagne. Se disant prête « à apporter aux autorités espagnoles tout l’appui nécessaire », y compris au travers de l’agence de l’Union européenne chargée du contrôle des frontières (Frontex).
    La ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, s’est aventurée plus loin. Interrogée au micro d’Europe 1 en début de matinée, elle a déploré des « autorités qui ne savent pas réguler et qui ont permis à ce flux massif [d’]arriver en Espagne », semblant cibler en creux le Maroc, comme la responsabilité des réseaux de passeurs clandestins. Mais elle a estimé que c’était aussi « la politique qui est menée par le gouvernement espagnol en matière migratoire » qui a conduit à cette situation. Dès vendredi matin, une partie de la droite ne s’est pas embarrassée de précautions pour accuser avec virulence le gouvernement espagnol d’être responsable de cet afflux migratoire, en raison de « ses choix laxistes ».
    Le premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, est devenu à leurs yeux une figure honnie depuis son annonce, en avril, d’un plan de régularisation exceptionnel de 500 000 personnes pour soutenir l’économie du pays. « La décision (…) que j’avais dénoncée crée un formidable appel d’air qui menace de déstabiliser l’Europe entière », a ainsi conspué sur X le candidat à la présidentielle des Républicains (LR) Bruno Retailleau. L’ex-ministre de l’intérieur, qui avait prôné « la mise au ban de l’Espagne » lors de l’annonce de la mesure, a appelé vendredi à un « électrochoc » européen.
    Dès la diffusion des premières images, l’extrême droite française s’est précipitée pour dénoncer une « invasion migratoire », usant de champs lexicaux guerrier ou animalisant, ou de références à la théorie raciste et complotiste du « grand remplacement ». L’eurodéputée Marion Maréchal a décrit des « hordes de jeunes Marocains », à qui le président de Reconquête ! Eric Zemmour, lui, a promis la « remigration, sinon nos peuples seront balayés par ce tsunami ». « Ils seront demain dans nos rues », a pour sa part alerté le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, sur X, déplorant une « submersion sans précédent ». En tant que président du groupe des Patriotes pour l’Europe (PFE), il a réclamé la tenue en urgence d’une session plénière exceptionnelle du Parlement européen.
    Plus que le rétablissement des contrôles à la frontière espagnole déjà annoncés, des responsables politiques de droite et d’extrême droite ont réclamé la suspension des règles de libre circulation dans l’espace Schengen, en soutien à la position de présidente du conseil italien, Giorgia Meloni. Quand bien même ces règles ne s’appliquent pas à l’enclave espagnole située au nord du continent africain.
    Dans un message posté sur X, la candidate du RN à la présidentielle, Marine Le Pen, en a même profité pour rappeler sa promesse de réserver le libre passage des frontières aux seuls citoyens européens. De quoi faire réagir, de l’autre côté du spectre politique, Jean-Luc Mélenchon : « Marine Le Pen voudrait présider une grande puissance européenne, mais ne sait pas que Ceuta (…) est déjà exclue de l’accord Schengen. » Le candidat de La France insoumise a plaidé a contrario pour que le France ne « laiss[e] pas [l’Espagne] seule face à l’épreuve » et « d’éventuelles manipulations », exigeant une « coordination européenne pour de l’aide humanitaire ».
    Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a lui aussi dénoncé « les mensonges », de « la droite et l’extrême droite [qui] se concurrencent chaque jour en matière de désinformation ». Il a témoigné de son soutien « aux autorités espagnoles pour lutter contre ce qui ressemble à s’y méprendre à une opération de déstabilisation de leur territoire », en pleines tensions diplomatiques entre l’Espagne et le Maroc. Au sein du bloc central, Edouard Philippe (Horizons), plus précautionneux dans son discours que Bruno Retailleau, a pressé la convocation d’une réunion en urgence des ministres de l’immigration des Vingt-Sept, tout comme le déploiement des forces de Frontex. Mais il a aussi incité l’UE à faire acte de plus de fermeté dans sa discussion avec les pays africains pour « prot[éger] ses frontières » et a renvoyé la balle à l’Espagne, jugeant qu’il « n’est pas acceptable qu’un pays [membre de l’UE] puisse seul décider de régularisations massives qui créent un appel d’air pour tout le continent ». Son concurrent dans la course à l’Elysée Gabriel Attal a lui aussi évoqué un « drame » qui « déstabilise tout un territoire », encourageant l’UE à « engage[r] un rapport de force inédit vis-à-vis des pays tiers et des réseaux criminels de passeurs qui sont à l’origine des événements ».

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#maroc#ceuta#migrationirreguliere#UE#frontex#frontiere#crise#droit#politiquemigratoire#extremedroite

  • Un mois pour explorer les archives visionscarto.net août 2025— août 2026

    Je profite de l’été pendant lequel nous somme un peu moins actifs pour proposer un petit voyage quotidien au cœur de la « bibliothèque » de la plateforme collective de visionscarto.net

    Jour 1 :
    Le cri de Blessing Matthew : enquête sur les morts des frontières
    https://www.visionscarto.net/le-cri-de-blessing-matthew-enquete
    #frontières #mourir_aux_frontières #migration #asile

    par Cristina Del Biaggio

    Blessing Matthew venait de franchir la frontière italo-française. Le 7 mai 2018, en tombant dans la Durance, elle aurait hurlé trois fois « Help me ! » sans que les forces de l’ordre présentes sur place ne lui portent secours. Sa sœur nous a confié que Blessing « continuera de hurler » tant que justice ne sera pas faite. La frontière, ce matin-là, a crié.


    La tombe de Blessing Matthew

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    La petite équipe de visioncarto s’agrandit, et nous hébergeons, outre les publications indépendantes de textes et de cartes, de nouveaux projets scientifiques, artistiques et militants :

    Les actes du symposium de cartographie sensible et expérimentale qui s’est déroulé à l’université de Wageningen en septembre 2025
    https://www.visionscarto.net/experimental-mapping-symposium-and-workshop

    L’ensemble de contributions, fruit des recherches menées dans le cadre du projet ERC Embodied Ecologies par le département des sciences sociales de Wageningen aux Pays-Bas,
    Embodied Ecologies project, tablee of contents
    https://www.visionscarto.net/the-embodied-ecologies-project

    Le travail du collectif Reading in Gaza qui documentent les destructions par l’armée israélienne des lieux de lecture et d’écriture dans la bande de Gaza.
    Reading in Gaza : table des matières
    https://www.visionscarto.net/reading-in-gaza-accueil

    L’initiative carto artistique cARTo :
    Voyage en cartes sensibles
    https://www.visionscarto.net/voyage-en-cartes-sensibles

  • Pour la série... les murs ne servent à rien...

    Schätzungsweise 49.000 Migranten erreichen spanische Exklave Ceuta

    In Nordafrika sind laut spanischer Regierung innerhalb von 24 Stunden schätzungsweise 49.000 Migranten von Marokko aus in der Exklave Ceuta angekommen. Mehrere Menschen kamen beim Versuch ums Leben, das EU-Gebiet zu erreichen.

    In der spanischen Exklave Ceuta ist die Lage weiter angespannt. Mit etwa 49.000 Migranten ist die Zahl der Angekommenen deutlich höher als zunächst angenommen. Aus Polizeikreisen hieß es zudem, es sei unmöglich, genaue Zahlen zu nennen. Auch zum Zeitraum gab es zuletzt unterschiedliche Angaben. Der Regionalpräsident von Ceuta, Vivas, sprach von einem humanitären und sozialen Notstand. Nach Angaben des Innenministeriums in Madrid sind mindestens 18 Menschen beim Versuch ums Leben gekommen, in das Gebiet zu gelangen.
    Der Großteil schwamm von marokkanischem Gebiet aus. Auslöser war offenbar eine Entscheidung des spanischen Obersten Gerichts, dass über das Meer eintreffende Migranten nicht ohne ordnungsgemäßes Verfahren zurückgeschickt werden dürfen. Der Vorsitzende der Gewerkschaft der Guardia Civil erklärte, seit dem Urteil Anfang Juli habe es einen stetigen Zustrom gegeben, gestern sei es jedoch zu einem sprunghaften Anstieg gekommen. Das spanische Innenministerium warf Schlepperbanden vor, das Urteil auszunutzen.
    Auch in der Exklave Melilla hätten inzwischen etwa 400 Menschen die Grenze auf dem Landweg oder über einen Damm überwunden, teilte der Präsident der autonomen Stadt, Imbroda, mit. Die Sicherheitskräfte hätten die Situation wieder unter Kontrolle.
    Nach der Ankunft der Migranten hat die spanische Regierung Soldaten nach Ceuta entsandt. Derweil machen sich weiter viele Menschen auf den Weg in die spanische Exklave.
    EU-Kommission bietet Hilfe an
    Der Grenzschutz der Exklave brach aufgrund des hohen Andrangs zusammen. Die spanische Regierung hatte einen Einsatz des Militärs angekündigt. Unter anderem sollen Dutzende Soldaten und ein Militärschiff nach Ceuta verlegt werden. Regierungschef Sánchez und Innenminister Grande-Marlaska sollen heute nach Ceuta reisen.
    Die EU-Kommission bot Spanien Hilfe an. Der für Migration zuständige Kommissar Brunner erklärte, man könne etwa die Europäische Grenzschutzagentur Frontex einsetzen, um die Lage unter Kontrolle zu bringen. Außerdem stehe man mit marokkanischen Behörden in Kontakt.
    Italien fordert Ausschluss Spaniens aus Schengen-Raum
    Wie die Nachrichtenagentur AFP berichtet, forderte Italiens rechtsgerichtete Regierung angesichts der Bilder aus Ceuta, Spanien aus dem Schengen-Raum auszuschließen. Spanien bestellte daraufhin den italienischen Botschafter ein.
    Die Exklaven Ceuta und Melilla sind offiziell EU-Gebiet, gehören aber nicht zum Schengen-Raum.

    https://www.deutschlandfunk.de/schaetzungsweise-49-000-migranten-erreichen-spanische-exklave-ceuta-
    #Ceuta #Espagne #Maroc #frontières #murs #barrières_frontalières #migrations #réfugiés #les_murs_ne_servent_à_rien

    • Spain sending troops as thousands enter enclave of Ceuta from Morocco

      Spain is sending troops to bolster security in its North African enclave of Ceuta after thousands of migrants swam from Morocco into the territory on Thursday.

      At least 18 people drowned while trying to reach Ceuta. Local officials had appealed to Madrid for help after a recent rise in attempted crossings, but there were chaotic scenes on Thursday as border controls apparently broke down.

      Spain’s Supreme Court ruled this month that migrants stopped at sea while trying to reach Ceuta or Melilla, another Spanish enclave, cannot be summarily returned to Morocco.

      Spain’s interior ministry accused human trafficking networks of exploiting that to “encourage the flow of undocumented migrants”.

      “The armed forces will reinforce the Civil Guard in the exercise of its powers and any others that may be necessary to maintain security in the city of Ceuta,” the ministry said.

      In a later statement, the ministry said it was working together with Morocco to ensure the return of all people who crossed into its territory “as soon as possible”.

      Ceuta, on Morocco’s northern coast, is separated from mainland Spain by the Strait of Gibraltar and has long been a focal point for migrants attempting to reach Europe.

      Along with its larger sister city Melilla, Ceuta has long been a flashpoint in diplomatic relations between Morocco and Spain. Madrid asserts that both territories are integral parts of Spain and have the same status as the semi-autonomous regions on its mainland.

      Local authorities reported crossings continued overnight into Friday, with some clashes between police and migrants.

      Pictures and videos shared online appeared to show rocks being thrown across border gates and thousands of young migrants sleeping on the streets.

      Some 300 to 400 people also crossed into Melilla, Spain’s second autonomous city in northern Africa, from Morocco, according to local officials.

      The breach prompted Italy’s government to say it was considering “extraordinary measures” including closing the open border Schengen agreement with Spain.

      Italy and Spain do not share a land border, so Italy would likely need to get other European countries on board to be able to enforce this.

      The number of migrants attempting to reach the Spanish enclave of Ceuta had been rising for several days.

      Then on Thursday, thousands of people slid down concrete embankments into the sea in order to swim around the jetty that marks the border.

      On the Spanish side, the beaches were soon covered in rubber rings and flippers. While some migrants were celebrating their arrival, more than a dozen drowned trying.

      It’s not yet clear what prompted this surge in illegal crossings from Morocco, or how hard the authorities there tried to prevent it. At one point, a Spanish official said the border was in total collapse.

      Spain’s Prime Minister, Pedro Sánchez, is due in the territory on Friday and has pledged to return things to normal immediately.

      Migrant reception centres are overwhelmed, and the local authorities have accused Madrid of being too slow to react.

      Juan Jesús Vivas, the leader of Ceuta, said the influx was overwhelming resources and urged the Spanish government to intervene.

      The breach has also prompted a political spat with Italy, where Prime Minister Giorgia Meloni says she’s considering suspending the open border Schengen agreement with Spain.

      In a post on X, she said the images from Ceuta were “striking”, and show that “uncontrolled illegal immigration poses a concrete threat to the security of Europe’s borders”.

      Her comments echoed similar remarks made earlier in the day by Foreign Minister Antonio Tajani.

      However, it is a threat that seems impossible to enforce.

      Spanish Foreign Minister José Manuel Albares accused Tajani of weaponising immigration for political ends.

      He said such remarks were “improper” for “a partner and friendly country from which we expect European solidarity and not partisan demagoguery”.

      He also summoned the Italian ambassador to Madrid on Friday.

      The Schengen Area is a system of open borders spanning 29 European countries that have officially abolished controls at their common borders.

      It was unclear how many exactly had crossed the border. Spanish media estimated between 2,000 and 3,000 people entered Ceuta on Thursday, according to Reuters, but said that the Guardia Civil had not confirmed the figure.

      As tensions rose, there were unconfirmed reports of clashes late on Thursday.

      In Fnideq, a Moroccan town near the Ceuta border, Moroccan authorities fired water cannons at migrants in an attempt to deter them from crossing, witnesses told Reuters.

      In Melilla, footage from local media and human rights organisations appeared to show clashes at the Beni Ansar border point.

      The surge has prompted comparisons with May 2021, when around 8,000 people entered Ceuta over a matter of days, exacerbating diplomatic tensions with Morocco.

      Ceuta and Melilla represent the European Union’s only land border with Africa.

      Spanish authorities have increased security around the enclaves in recent years through increased surveillance, barrier reinforcement, and improved bilateral relations with Morocco, but people continue to attempt to cross.

      https://www.bbc.com/news/articles/cg4drwzkrkxo

      #militarisation_des_frontières

  • Plus de 400 migrants ont débarqué en Crète depuis lundi - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72630/plus-de-400-migrants-ont-debarque-en-crete-depuis-lundi

    Plus de 400 migrants ont débarqué en Crète depuis lundi
    Par La rédaction Publié le : 24/07/2026
    Selon les gardes-côtes helléniques, 419 migrants ont atteint les côtes de l’île de Crète, en Grèce, depuis lundi. Certains ont été interpellés sur les plages et des dizaines d’autres ont été secourus en mer. D’après de nombreux rescapés, les embarcations étaient parties de Tobrouk, en Libye.
    Depuis le début de la semaine, il n’y a pas eu un jour sans intervention des gardes-côtes. Que ce soit en mer ou sur les plages, les autorités grecques ont intercepté 419 migrants depuis lundi 20 juillet.La dernière intervention en date remonte à ce vendredi 24 juillet, lorsqu’un navire de Frontex a secouru 42 migrants au sud de l’île de Crète, ont indiqué les autorités. Le bateau de l’agence européenne a mené l’opération de sauvetage avec l’aide de trois cargos naviguant dans la zone. La veille, 52 étrangers (49 hommes et 3 mineurs) avaient déjà été secourus par une vedette de la police côtière hellénique et conduits au port d’Agia Galini, et mercredi, 42 autres avaient été pris en charge entre l’Europe et la Libye.
    Mardi, 130 migrants répartis sur trois embarcations ont également été secourus en mer, et les autorités ont également procédé à l’arrestation de 37 exilés ayant réussi à accoster en Crète. Lundi, 118 personnes ont été interpellées après leur débarquement sur cette même île. Selon de nombreux rescapés, les embarcations étaient parties de Tobrouk, en Libye, moyennant des sommes comprises entre 1 500 et 3 000 dollars pour leur transport vers la Grèce.
    Route de Tobrouk Cette route migratoire s’est considérablement développée l’an dernier. En 2025, près de 20 000 exilés sont arrivés sur l’île et sur sa voisine Gavdos, contre un peu plus de 5 000 en 2024. Soit une hausse de plus de 200%. Et l’année 2026 semble suivre la même tendance : depuis le 1er janvier, plus de 9 000 personnes ont débarqué en Crète - un chiffre stable par rapport à l’an dernier à la même période.
    Dans ce contexte, le gouvernement a annoncé début février qu’il allait ouvrir trois centres d’accueil sur l’île grecque. Le premier sera construit à l’est de la Crète, dans la zone industrielle d’Héraklion ; le deuxième à l’ouest, dans l’ancien centre d’exposition de La Canée, qui sert déjà de structure d’accueil. Les deux sites, temporaires en fonction du flux migratoire, devraient être opérationnels d’ici le printemps prochain, avait précisé le ministre des Migrations. Le troisième sera permanent, sa localisation n’a pas été précisée.
    Ces centres d’accueil ouvrent notamment car le Parlement grec a voté une loi pour la mise en œuvre dans le pays du Pacte européen sur l’asile et la migration, qui est entré en vigueur au sein de l’Union européenne (UE) le 12 juin. Ce texte législatif introduit des mesures strictes visant à réformer les contrôles aux frontières, à accélérer le traitement des demandes d’asile et les expulsions de personnes déboutées. Il va aussi permettre aux autorités grecques de procéder à un « dépistage obligatoire » des nouveaux arrivants : vérification de l’identité, dépôt des données biométriques, contrôles de sécurité et de santé. La Grèce a d’ailleurs réalisé « des progrès significatifs » dans la mise en œuvre du nouveau pacte européen sur la migration et l’asile, a déclaré la Commission européenne mi-juillet. Elle a félicité la Grèce pour l’adoption de la nouvelle législation nationale, la publication de directives opérationnelles, la formation de personnel et les préparatifs dans les premiers centres d’accueil. Le rapport encourage également l’augmentation des capacités d’accueil en Crète et les dispositions prises pour transférer les demandeurs d’asile sur le continent afin de respecter les nouveaux délais fixés par le Pacte

    #Covid-19#migration#migrant#UE#crete#grece#routemigratoire#sante#frontiere#frontex#pacteasilemigration#UEmigrationirreguliere

  • La Commission européenne note « des progrès considérables dans la mise en œuvre » du pacte asile et migration - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72639/la-commission-europeenne-note-des-progres-considerables-dans-la-mise-e

    La Commission européenne note « des progrès considérables dans la mise en œuvre » du pacte asile et migration
    Par Emma Wallis Publié le : 24/07/2026
    Le 16 juillet, la Commission européenne a publié sa première évaluation de la manière dont les pays de l’Union européenne (UE) appliquent les nouvelles règles sur l’asile prévues par le pacte asile et migration entré en vigueur le 12 juin. Elle épingle notamment l’Italie pour avoir refusé des transferts dans le cadre du réglement Dublin.
    Selon ce rapport publié par la Commission européenne le 16 juillet, tous les États membres ont réalisé « des progrès considérables dans la mise en œuvre du pacte asile et migration ». Le nouveau pacte vise à alléger la pression qui pèse sur les pays du sud de l’Europe et qui ont des frontières extérieures, comme l’Italie, la Grèce, Chypre et l’Espagne. Toutefois, ces États sont toujours censés reprendre les personnes qui y ont déjà déposé leur demande d’asile.
    « Les États membres sont en bonne voie pour adapter leur législation nationale, mettre en place et organiser le filtrage obligatoire et les procédures aux frontières, atteindre une capacité d’accueil suffisante, ainsi que pour réduire les retards accumulés dans les procédures d’asile. Les États membres ont également progressé dans le renforcement de leur capacité à traiter les transferts de responsabilité et à mettre en œuvre les engagements de solidarité », note la Commission. Toutefois, elle note que « dans le même temps », « des efforts sont nécessaires pour relever les défis qui subsistent, notamment en ce qui concerne les nouvelles règles de responsabilité prévues par le règlement sur la gestion de l’asile et de la migration ».
    En vertu de la législation européenne, les demandeurs d’asile déjà enregistrés dans un pays de l’UE doivent y être renvoyés, afin d’éviter qu’ils ne déposent une nouvelle demande dans un autre pays. Le pacte migratoire est censé simplifier cette démarche déjà prévue par le règlement de Dublin.
    Selon l’évaluation, l’Espagne et Chypre se conforment aux nouvelles règles et leur mise en application est « considérée comme satisfaisante ». Mais les responsables de l’Union européenne indiquent surveiller de près l’évolution des dossiers grecs, comme le rapporte l’agence de presse allemande dpa, alors que Bruxelles attend encore des informations de la part d’Athènes. En revanche, selon des données obtenues par la Commission européenne, l’Italie continue de bloquer certaines tentatives de renvoi. Le rapport note qu’au cours des premières semaines de mise en œuvre du pacte, huit États membres ont communiqué à la Commission des informations concernant la soumission de demandes de prise en charge, de notifications de reprise et de formulaires pour les transferts. Et d’après les informations disponibles, l’Italie continue d’accepter tacitement les demandes et les notifications. Toutefois, les transferts n’ont pas encore repris. Au cours de la période, 12 transferts ont été demandés et l’Italie les a rejetés.
    D’après un article du Brussels Times, l’Italie a déployé des « efforts considérables » pour se préparer au nouveau système mais des mesures supplémentaires sont nécessaires pour garantir que les transferts aient effectivement lieu. En décembre 2022, note la Commission européenne dans son évaluation, l’Italie avait suspendu l’accueil des migrants transférés dans le cadre du règlement de Dublin, à l’exception des cas de regroupement familial de mineurs non accompagnés. La Commission estime qu’à l’heure actuelle, « rien n’indique que les autorités italiennes aient activement collaboré avec d’autres États membres sur les mesures pratiques et logistiques nécessaires à la reprise des transferts ».
    La Commission a ainsi sommé l’Italie de « lever en priorité tous les obstacles restants, notamment en mettant fin aux pratiques qui ont jusqu’à présent empêché la réalisation des transferts ».Par ailleurs, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) avait statué que les États membres ne peuvent se décharger unilatéralement de la responsabilité d’accueillir des migrants « dublinés ». De son côté, l’Italie assure avoir recruté du personnel supplémentaire à long terme pour assurer le fonctionnement des unités de transfert aux frontières terrestres, maritimes et dans les aéroports. Aussi, les législateurs italiens doivent encore adopter une loi pour déclencher des mesures d’urgence pour faciliter la mise en oeuvre du pacte migratoire.
    Enfin, la Commission européenne note que « la coopération opérationnelle entre la Grèce et les autres États membres, ainsi qu’entre l’Italie et les autres États membres concernant l’application des règles de responsabilité, nécessite une analyse plus approfondie ». Du côté grec, le rapport de l’UE montre que le pays a déjà accepté de reprendre des demandeurs d’asile dans les huit cas qui lui ont été soumis depuis la mise en œuvre des nouvelles règles. Une analyse complète des données doit être publiée en octobre.
    La Grèce a mis en place une « unité Dublin II » et recruté du personnel supplémentaire. Sur le plan numérique, Athènes a résorbé les problèmes techniques pour connecter ses systèmes à ceux d’Eurodac, la base de données européenne qui conserve et compare des informations de migrants entrant en Europe. De plus, à la fin de l’année dernière, le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a mené des discussions avec des responsables grecs et italiens sur le renvoi des demandeurs d’asile qui cherchent à lancer une deuxième procédure en Allemagne. Athènes estime néanmoins ne pas être tenu de reprendre les demandeurs d’asile ayant rejoint l’Allemagne depuis la Grèce avant l’entrée en vigueur du pacte, soit avant le 12 juin. Les procédures de renvoi antérieures au pacte se heurtaient à de nombreuses difficultés et peu de transferts ont effectivement eu lieu. C’est en partie pour remédier à cette situation que l’Allemagne, à l’instar de nombreux pays européens voisins, a décidé de mettre en place des contrôles aux frontières plus stricts, en dépit de l’espace Schengen de libre circulation. L’Allemagne, tout en affirmant que ces contrôles seront supprimés à long terme, a même récemment renforcé son dispositi

    #Covid-19#migration#migrant#UE#pacteasilemigration#politiquemigratoire#droit#sante#frontiere

  • Der Schiedsspruch zum Südchinesischen Meer – eine USA-Philippinen-Mogelpackung
    https://overton-magazin.de/hintergrund/politik/der-schiedsspruch-zum-suedchinesischen-meer-eine-usa-philippinen-mog

    A qui appartier la mer à l’intérieur de la ligne en neuf traits (九段线 pinyin : nánhǎi jiǔduàn xiàn) ? En quoi cela me concerne-t-il ?


    https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_en_neuf_traits

    Imaginons que je sois le roi d’Allemagne et que je souhaite récupérer la moitié de la Pologne, l’Alsace-Lorraine et tout ce qui appartenait autrefois à la monarchie danubienne, parce que je voudrais fonder une nouvelle Grande Allemagne qui prendrait au moins la forme d’une confédération d’États sous mon contrôle.

    Sympa, non ?

    https://www.youtube.com/watch?v=BzGHhaMUqSQ

    Rio Reiser - König von Deutschland

    Pour que tout cela paraisse légal et normal, je ferais mettre en place un tribunal d’arbitrage que je dominerais, qui inviterait tous les propriétaires actuels des territoires que je convoite ; ceux-ci refuseraient bien sûr de participer à cette mise en scène, et ce par le biais d’une note diplomatique officielle.

    Et voilà, ils auraient ainsi déposé leur mémoire en défense sous la forme de cette note, et mon beau tribunal arbitral pourrait statuer en toute régularité, dans le sens que je souhaite. Une victoire sur toute la ligne, du moins devant le tribunal arbitral.

    C’est à peu près ainsi que s’est déroulée, il y a 10 ans, la procédure devant la Cour permanente d’arbitrage de La Haye concernant la mer de Chine méridionale. Je n’y étais bien sûr pas présent, mais les parties en intéressées étaient : les Philippines et d’autres vassaux des États-Unis, ainsi que la République populaire de Chine, bénéficiant en partie du soutien argumentatif de l’État insulaire qui prétend parler au nom de tout l’immense Empire du Milieu.

    Qui a raison ? La Chine ou la coalition composée notamment des États-Unis, du Japon et des Philippines ? Je n’en ai aucune idée, suis-je juriste ? L’essentiel, c’est qu’ils ne vident pas la mer de Chine méridionale de ses poissons, qu’ils laissent les combustibles fossiles dans le sol et qu’ils ne s’entretuent pas. En cas de doute, je me range du côté des petits pêcheurs qui gagnent leur vie sans chaînes du froid industrielles ni filets remorqués gigantesques.

    20.7.2026 von Robert Fitzthum - Der Schiedsspruch des Ständigen Schiedshofs in Den Haag bezüglich des Südchinesischen Meeres, der am 12. Juli 2016 auf Antrag der Philippinen gefällt wurde, war 10 Jahre später nun Anlass für die Philippinen und die USA eine politische Show abzuziehen und einige europäische Staaten und die EU nahmen gerne daran teil. So erklärten u.a. Deutschland, Italien, Rumänien, Slowenien und die drei baltischen Zwergstaaten, dass sie „…bekräftigen, dass der vor 10 Jahren vom Schiedsgericht ergangene Schiedsspruch ein bedeutender Meilenstein ist und zwischen China und den Philippinen endgültig, rechtsverbindlich und definitiv ist“.

    Diese geopolitisch motivierte Stellungnahme wurde von China, genauso wie vor 10 Jahren der Schiedsspruch selbst, zurückgewiesen und die Botschafter der unterzeichnenden Staaten zum Rapport ins Außenministerium bestellt. Seit vielen Jahrzehnten gibt es Diskussionen und Auseinandersetzungen zwischen den Südchinesisches Meer – Anrainerstaaten über die Frage der Souveränität über das Gebiet. Das Thema geht jedenfalls Staaten, die außerhalb der Region ihren Sitz haben, nichts an.
    Wie kam es überhaupt zum Schlichtungsverfahren?

    Der damalige philippinische Außenminister Alberto del Rosario, der die Schlichtung von philippinischer Seite vorantrieb, eröffnete inzwischen (2017) ein Beratungs- und Lobbyunternehmen, das Stratbase ADR Institute.

    Als ‚Kurator‘ von Stratbase ADR fungierte der steinreiche philippinische Geschäftsmann Manuel V. Pangilinan, seit den 1980er Jahren ein enger Bekannter von del Rosario, der für ihn vor seiner Berufung zum Außenminister in der Firma Philex Mining Corporation und der First Pacific Corporation gearbeitet hatte. Del Rosario war bis März 2011 Direktor von Philex Mining Corporation, als dessen Enkelfirma Forum Energy (Mutter Forum Energy PLC in Großbritannien gelistet!) vom philippinischen Außenministerium im Februar 2010 die Schürfrechte für Öl und Gas auf der Reed Bank im Südchinesischen Meer verliehen wurden. Es gab nur ein Problem: die Reed Bank liegt innerhalb der chinesischen ‚Neun-Punkt-Linie‘ und diese überlappt sich mit der philippinischen 200 Meilen Wirtschaftszone. Ohne offizielle Bestätigung der philippinischen 200 Meilen-Zone keine Öl- oder Gasförderung.

    Im Februar 2011 wurde del Rosario als Außenminister bestellt, 2012 ermutigte er Pangilinan nach China zu Verhandlungen mit dem chinesischen Ölkonzern China National Offshore Oil Corp. (CNOOC) zu fliegen um eine Kooperation zu vereinbaren. Als das scheiterte wurde 2013 wurde von den Philippinen unter Federführung del Rosario’s der Ständige Schiedshof angerufen. Zufall?

    Die Optik ist verheerend, es sieht so aus, als ob del Rosario in eine Position gehievt wurde, um seinem alten Unternehmen die Bohrrechte zu verschaffen. Auf die Frage einer Journalistin, ob er nicht einen Interessenskonflikt hatte, als er als Außenminister die Schlichtung aktiv betrieb, antwortete del Rosario: “Ich finde, das ist unfair. Ich habe für das Land gearbeitet.“ Man sieht also, es gibt eine enge persönliche Verbindung zwischen Experten und Geschäftsleuten der USA, Japans und der Philippinen. Es fällt schwer, hier keine gute, zielgerichtete Planung dahinter zu sehen……Das sind die Hintergründe, wie es zur Schlichtung kam.
    ‚Lawfare’ (Juristischer Feldzug) und der ‚Ständige Schiedshof‘ – der US-Trick um China an den Pranger zu stellen

    Der damalige philippinische Präsident Aquino und sein Außenminister Alberto del Rosario, gedrängt von den USA und geführt vom mit – nach philippinischen Quellen – ca. 30 Millionen US Dollar gut bezahlten Washington-Büro der amerikanischen Anwaltskanzlei FoleyHoag LLP, ließ 2013 einen Antrag auf ein Schiedsverfahren vor dem ‚Ständigen Schiedshof’ (englisch ‚Permanent Court of Arbitration‘, abgekürzt PCA) in Den Haag einbringen, konstituiert unter Annex VII des Seerechtsübereinkommens.

    Was ist der Ständige Schiedshof? Dazu Wiikipedia: „Die Schiedsinstanz, seit 1900 mit Sitz in Den Haag (Niederlande), ist eine administrative Einrichtung ohne unmittelbare Entscheidungsbefugnis. Der PCA ist kein internationales Gericht im eigentlichen Sinne. Er bietet den Streitparteien nur die Strukturen, um eine Streitigkeit durch ein Schiedsgericht beizulegen.“ Der PCA hat nichts zu tun mit dem ‚Internationalen Gerichtshof‘ (IGH), der ebenfalls seinen Sitz in Den Haag hat. Und er hat auch nichts mit den Vereinten Nationen zu tun.
    Was wollten die Philippinen vom Schiedshof?

    Die Philippinen wollten 2 Punkte zu ihren Gunsten entschieden haben: die von der damaligen Republik China schon vor dem 2. Weltkrieg als Grenzen ihrer territorialen Rechte verlautbarte Neun-Punkt-Linie als ungültig zu erklären und zu befinden, dass einige im Südchinesischen Meer befindlichen Meereserhebungen keine ‚Inseln‘ im Sinne von UNCLOS sind. Daraus abgeleitet, dass diese Meereserhebungen deshalb keine eigenen ‚Ausschließlichen Wirtschaftszonen‘ haben und deshalb die philippinische ‚Ausschließliche Wirtschaftszone’ von 200 Seemeilen unbestritten gültig ist. Das betrifft vor allem die Fischereirechte an der Scarborough Shoal und Öl- und Gasvorkommen an der Reed Bank.

    China lehnte in einer Note die Teilnahme am Schiedsverfahren ab. Erstens, weil es der Meinung war, dass vor der Frage der Zuteilung von Wirtschaftszonen die Frage der Souveränität der Inseln und maritimen Features in der Südchinesisches Meer gelöst werden muss. Der PCA wird deshalb von China als nicht zuständig erachtet, da eine Schiedssprechung über Souveränitätsfragen auf Basis UNCLOS rechtlich nicht abgedeckt ist.

    Und zweitens hat China schon 2006, basierend auf Artikel 298 UNCLOS, öffentlich erklärt, dass es Schiedsverfahren über ‚Maritime Abgrenzung‘ und ‚Historische Rechtstitel’ als Grund für Schiedsverfahren ausschließt, ein Recht unter Artikel 298 UNCLOS, das auch von ca. 30 anderen Staaten, darunter Großbritannien, in Anspruch genommen wird. Drittens hat China mit den Philippinen eine Vereinbarung geschlossen, dass die gemeinsamen Probleme in bilateralen Gesprächen behandelt werden.
    Geschobenes Schiedsverfahren mit nur einem (!) Teilnehmerstaat

    Das Schiedsgericht hat den Fall trotz der chinesischen Einwände angenommen, d.h. es gab ein Schiedsverfahren mit nur einem Teilnehmerstaat. Diese absurde Tatsache wäre für ein ehrenhaftes Schiedsgericht ein weiterer Grund gewesen, sich für nicht zuständig zu erklären. Das temporäre Schiedsgericht hat noch dazu die chinesische Note, dass China nicht teilnimmt, als ‚plea‘, als Verteidigungsschrift, als Teilnahme, uminterpretiert, eine äußerst unfaire Vorgangsweise.

    Wer wählte die Schlichter (4 europäische Juristen und einen afrikanischen, der die meiste Zeit seines Berufslebens in Europa und den USA verbracht hat) aus? Die Auswahl von Schlichtern hat natürlich großen Einfluss auf den Ausgang von Schiedsentscheidungen. Einen Schlichter wählten die Philippinen und gemäß Article 3(e) of Annex VII UNCLOS wurden die restlichen 4 Schlichter des temporären Schiedshof vom ‚President of the International Tribunal for the Law of the Sea‘ ausgewählt. Der Präsident war 2013 der rechte japanische Jurist Shunji Yanai. Yanai ist kein Unbekannter, da er in Japan Vorsitzender des vom damaligen Präsident Abe gegründeten ‚Advisory Panel on Reconstruction of the Legal Basis for Security‘ war, das die Aufgabe hatte, als Expertenpanel Abe’s Uminterpretation der japanischen Verfassung abzusegnen. Also das, was die jetzige Ministerpräsidentin Takaichi zusammen mit einer Aufrüstung Japans durchführen will. Yanai war also voll positiv involviert in die japanische Politik, die sich u.a. auch gegen die chinesischen Positionen im Ost- und Südchinesischen Meer richtet.

    Und Shunji Yanai kennt die europäische Juristenszene und weiß, wen man wofür auswählen kann, um das gewünschte Ergebnis zu erzielen. Yanai kannte auch die philippinische Seite des Verfahrens gut. Er hatte früher schon mehrmals mit dem amerikanischen Anwalt Bernard Oxman zusammengearbeitet, der die Philippinen in der Schlichtung präsentierte. Oxman hat enge Beziehungen zur US-Regierung, er war von 1968 bis 1977 im US- Aussenministerium Assistent für Rechtsberatung betreffend Meeresangelegenheiten, Umwelt und Wissenschaft.
    USA und Philippinen bekamen das gewünschte Ergebnis

    Als Ergebnis der guten ‚Vorarbeit‘ ergab sich für die USA, die Interesse an einer Zuspitzung der Situation gegen China hatten und haben, und für die Philippinen in wesentlichen Punkten das gewünschte Ergebnis aus der Schlichtung. Die ‚neun-Punkt-Linie‘ wurde als ungültig erklärt, den Meereserhebungen im umstrittenen Gebiet der Spratly-Inseln wurde durch eine nicht nachvollziehbare enge Auslegung der Merkmale einer Insel der rechtliche Status von Inseln abgesprochen (unverständlicherweise auch der von Taiwan administrierten Taiping – Insel) und China wurde wegen Verletzung der philippinischen 200 Seemeilen breiten Ausschließlichen Wirtschaftszone, Bildung von künstlichen ‚Inseln‘ in dieser und Behinderung philippinischer Fischer beim Scarborough Shoal gemahnt.

    China hat den Spruch nicht anerkannt und wird ihn auch weiterhin nicht umsetzen. Die dazu schweigsame Administration auf Taiwan hat den Spruch ebenfalls nicht anerkannt, vor allem die Aberkennung eines Inselstatus für Taiping ist auf schwere Kritik gestoßen.

    10 Jahre nach Veröffentlichung des Spruchs wurden von den USA und EU-Staaten eine antichinesische Pressekampagne entfacht, mit dem Inhalt, dass der Spruch umzusetzen wäre, China müsse sich an internationales Recht halten. Das verlangt gerade die USA, die Völkerrecht bei allen Themen verletzt die sie außenpolitisch angreift und die angeblich so wertefesten EU-Staaten, denen es beim Völkermord in Palästina die Rede verschlägt. Man muss hier darauf hinweisen, dass die USA UNCLOS nicht einmal ratifiziert haben, es offiziell also gar nicht anerkennen, aber die lautesten Schreier sind, weil es gegen China geht. Sie haben sich nicht so laut geäußert als Großbritannien 2013 wegen einer Verletzung des Seerechts bei den Chagos-Inseln (Mauritius) verurteilt wurde. Großbritannien hat den Spruch ignoriert. Die USA haben auch 2017/2018 nicht aufgeschrieen, als Kroatien den Spruch über die Bereinigung der Seegrenzen zu Slowenien ignorierte.
    Wie kann eigentlich Souveränität erworben werden?

    Das internationale Recht zur Frage des Erwerbs und des Verlusts von Souveränität ist von Grundsätzen und Regeln nach dem Internationalen Gewohnheitsrecht, wie es von Gerichten in Urteilssprüchen festgehalten wurde (‚case law’ ) bestimmt.

    Die Frage nach der Souveränität über ein Gebiet hat nichts mit Entfernung vom ‚Mutterland‘ (vgl. Großbritannien – Falkland, US – Guam), gewisse wirtschaftliche Nutzung (Fischerei!) u.ä. zu tun, sondern die Frage ist, ob ein Gebiet nach jetzt allgemein akzeptierten Methoden (bzw. in früheren Zeiten auch gewaltsame Eroberung) erworben wurde und regelmäßig dauerhaft kontrolliert und administrativ verwaltet wurde.

    China argumentiert seine Territorialansprüche auf Inseln und Gewässer des Südchinesisches Meeres mit bis 2000 Jahre rückreichenden historischen Argumenten in Anlehnung an die üblichen Bestimmungen im Souveränitätsrecht.

    Die Frage der Souveränität ist zu klären, bevor man über Meeres-Wirtschaftszonen, die davon ausgehen, reden kann. Der philippinische, von den USA unterstützte Weg zum Ständigen Schiedshof in Den Haag, der auf Basis UNCLOS entscheiden sollte, war ein Irrweg, da in UNCLOS keine rechtliche Basis für Souveränitätsbestimmungen enthalten ist. Abgesehen vom rechtlichen Fehler sollte hier China eine Falle gestellt und ein bösartiges abgekartetes Spiel abgezogen werden.
    Robert Fitzthum

    Robert Fitzthum, Jahrgang 1951, studierte Sozial- und Wirtschaftswissenschaften an der Universität Wien und arbeitete als IT-Manager in österreichischen Banken sowie als selbstständiger Unternehmensberater. Er lebt seit 2013 als Schriftsteller in China. Er schrieb „China verstehen” (Promedia-Verlag, 2018) und „Erfolgreiches China” (Goldegg- Verlag, 2021). „Chinas ‚Neue Reise‘: Sozialistische Modernisierung und die Bedeutung der Volksdemokratie” erscheint 2026.

    Mehr Beiträge von Robert Fitzthum →
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    Kommentare

    Vende
    20. Juli 2026 um 12:43 Uhr

    Ein Schelm wer denkt das absichtlich kein Bild der 9 Dash Linie in dem Artikel ist.
    Hier das Bild dazu: https://en.wikipedia.org/wiki/Nine-dash_line

    Möge sich der geneigte Leser ein eigenes Bild von den Ansprüchen Chinas machen.

    .

    Patient 0
    20. Juli 2026 um 15:23 Uhr

    Die Ansprüche werden genauso von Taiwan (Freund des Westens) erhoben und in Teilen von anderen Staaten. Da kann man genauso urteilen. Im Artikel gehts um die Winkelzüge des Westens die Gebiete zu bekommen, nicht um die historische Ursache.

    Die 9 Punkt Linie ist im übrigen nicht irgendeine Linie im Wasser sondern umfasst Inseln. Die Frage wäre wem die gehören, dem gehören auch die Wasserflächen. Der Ursprung stammt aus dem Jahr 1935, da wirds etwas schwerer das zu bestreiten.

    Aus meiner Sicht wäre ein Kompromiss gut. Alle Länder geben ihre exteritorialen Kolonien zurück. Falklandinseln von GB (deren gepunktete Linie scheint mir auch recht groß), Guyana + Südsee von Frankreich, Südsee von den USA usw Grönland von Dänemark.

    .

    Theo Noestonto
    20. Juli 2026 um 15:30 Uhr

    @Vende: Dieses „Bild“ hat sich der geneigte Leser längst gemacht und selbst der dem ÖR bzw. dem Mainstream fröhnende Konsument hat sich „dein“ bereits hunderte Male präsentiertes „Bild“, auch Karte genannt, verinnerlicht.

    .

    Qana
    20. Juli 2026 um 15:31 Uhr

    Das chinesische Außenministerium hat 2020 über seine Botschaften eine messerscharfe und sonnenklare Rationale zu den Ansprüchen verbreiten lassen, welche die PRC mit der „9-dash-line“ verknüpft. Ich finde es merkwürdig, daß Fitzthum den Text anscheinend nicht kennt.
    https://kw.china-embassy.gov.cn/eng/zgxw/202009/t20200911_1572845.htm
    Hauptinhalt:
    Anders, als unser Freund von der NATO behauptet, beansprucht China die von der Linie umfaßten Areale nicht, ich wiederhole, nicht als Territorialgewässer

    Allerdings sehr wohl als „Gegenstand von Interesse“, nämlich so:

    As early as in 2002, China signed the DOC with ASEAN countries, committing to resolve disputes by peaceful means, through dialogue and consultation by parties directly concerned … China has actively advanced consultations on the COC. We wish to develop a set of substantive and effective rules, to provide a stronger underpinning for peace in the South China Sea…
    We have persistently called for „pursuing joint development while setting aside disputes“. Under this framework, we recognize the energy needs of other littoral states, and are ready to seek win-win and all-win …
    China’s construction activities on some islands and reefs in the past few years are both to improve the living conditions there, as public goods for the South China Sea, and to meet the need of safeguarding China’s own security.
    Faced with the rising military pressure from non-regional countries, we certainly have the right of self-preservation as a sovereign state.
    Third, China is committed to observing international law, UNCLOS included. … After the Convention entered into force, there appeared overlapping claims to maritime rights and interests. We maintain that parties, without prejudice to their positions, seek acceptable solutions through diplomatic dialogue and consultation in accordance with law.

    As for disputes over maritime delimitation, the Chinese government has issued a policy statement in 2006, excluding the disputes from the compulsory dispute settlement procedures under relevant UNCLOS provisions.

    Das ist ein geradezu erschöpfendes Beispiel für „Imperialismus der chinesischen Art“:
    Die PRC will gutnachbarliche Beziehungen zu den Anrainerstaaten erpressen, indem sie so lange auf einem informellen, rein militärisch aufrecht erhaltenen Territorialanspruch auf die umstrittenen Gewässer beharrt, wie die Anrainer sich nicht zu den Grundbedingungen bekennt, die es für bilaterale Ausverhandlungen von Nutzungs-, Zugangs- und Hoheitsrechten stellt, nämlich:
    a) Keinerlei Instrumentalisierung durch, oder im militärpolitischen Sinne von, „Drittstaaten“.
    b) (Das ist implizit) Keine Militarisierung außer durch die PRC

    Das ist Imperialismus, keine Frage, aber es ist der Imperialismus einer Regionalmacht und darin weitgehend identisch mit den Ansprüchen der RF an seine Anrainer.
    Was umgekehrt heißt: Wer sich mit Ansprüchen und Argumenten dagegen stellt, die nicht auf regionalpolitischen nebst der Regionalpolitik angehörigen ökonomischen Interessen basieren und sich ausschließlich auf solche berufen, tut dies weltmachtpolitisch.
    Ca y est.

    .

    Qana
    20. Juli 2026 um 15:33 Uhr

    Das chinesische Außenministerium hat 2020 über seine Botschaften eine messerscharfe und sonnenklare Rationale zu den Ansprüchen verbreiten lassen, welche die PRC mit der „9-dash-line“ verknüpft. Ich finde es merkwürdig, daß Fitzthum den Text anscheinend nicht kennt.
    https://kw.china-embassy.gov.cn/eng/zgxw/202009/t20200911_1572845.htm
    Hauptinhalt:
    Anders, als unser Freund von der NATO behauptet, beansprucht China die von der Linie umfaßten Areale nicht, ich wiederhole, nicht als Territorialgewässer

    Allerdings sehr wohl als „Gegenstand von Interesse“, nämlich so:

    As early as in 2002, China signed the DOC with ASEAN countries, committing to resolve disputes by peaceful means, through dialogue and consultation by parties directly concerned … China has actively advanced consultations on the COC. We wish to develop a set of substantive and effective rules, to provide a stronger underpinning for peace in the South China Sea…
    We have persistently called for „pursuing joint development while setting aside disputes“. Under this framework, we recognize the energy needs of other littoral states, and are ready to seek win-win and all-win …
    China’s construction activities on some islands and reefs in the past few years are both to improve the living conditions there, as public goods for the South China Sea, and to meet the need of safeguarding China’s own security.
    Faced with the rising military pressure from non-regional countries, we certainly have the right of self-preservation as a sovereign state.
    Third, China is committed to observing international law, UNCLOS included. … After the Convention entered into force, there appeared overlapping claims to maritime rights and interests. We maintain that parties, without prejudice to their positions, seek acceptable solutions through diplomatic dialogue and consultation in accordance with law.

    As for disputes over maritime delimitation, the Chinese government has issued a policy statement in 2006, excluding the disputes from the compulsory dispute settlement procedures under relevant UNCLOS provisions.

    Das ist ein geradezu erschöpfendes Beispiel für „Imperialismus der chinesischen Art“:
    Die PRC will gutnachbarliche Beziehungen zu den Anrainerstaaten erpressen, indem sie so lange auf einem informellen, rein militärisch aufrecht erhaltenen Territorialanspruch auf die umstrittenen Gewässer beharrt, wie die Anrainer sich nicht zu den Grundbedingungen bekennt, die es für bilaterale Ausverhandlungen von Nutzungs-, Zugangs- und Hoheitsrechten stellt, nämlich:
    a) Keinerlei Instrumentalisierung durch, oder im militärpolitischen Sinne von, „Drittstaaten“.
    b) (Das ist implizit) Keine Militarisierung außer durch die PRC

    Das ist Imperialismus, keine Frage, aber es ist der Imperialismus einer Regionalmacht und darin weitgehend identisch mit den Ansprüchen der RF an seine Anrainer.
    Was umgekehrt heißt: Wer sich mit Ansprüchen und Argumenten dagegen stellt, die nicht auf regionalpolitischen nebst der Regionalpolitik angehörigen ökonomischen Interessen basieren und sich ausschließlich auf solche berufen, tut dies weltmachtpolitisch.

    .

    marschpapst
    21. Juli 2026 um 15:20 Uhr

    Seit ich denken kann, werden die Philippinen von korrupten, westlich orientierten Regierungen verarscht. Alles Andere zum Thema ist Augenwischerei, und es wird zum Angriff auf chinesische Politik benutzt.
    Wem nützt das, bleibt die übliche Frage…

    Sans rire, tout ce qui m’intéresse c’est d’avoir accès libre au Kiautschou (膠州, Jiāozhōu), la porte vers la ville de la famille Kong (孔姓) à Qufu (曲阜市, Qūfù Shì)au Shandong (山东, Shāndōng), parce que c’est la région où Richard Wilhelm et ses amis chinois ont élaboré l’influente traduction allemande du Daodejing ( 道德經 / 道德经 / Dàodéjīng) .
    https://de.wikipedia.org/wiki/Daodejing

    Karin Betz. „Die rückständigen Europäer“ – Mit Richard Wilhelms Nachlass auf Gedankenreise in die Kolonialgeschichte
    https://babelwerk.de/nachgelassenes/die-rueckstaendigen-europaeer

    Er schrieb seinem Verleger, dass „das Taoteking schon so oft übersetzt ist, daß sich eine Neuübersetzung kaum lohnen dürfte“. Aber Diederichs, der erkannte, wie sehr die pazifistische, antimaterialistische intellektuelle Elite Deutschlands nach solchem Stoff lechzte, machte Druck und Wilhelm zog die Arbeit vor: „Mit Laotse eile ich so sehr ich kann. Doch muß immer alles sehr reiflich stilisiert werden, was bei ihm noch weit mehr Mühe macht als bei den ‚Gesprächen‘. Ich schreibe oft einen Paragraphen 5-6 mal, ehe er mir die richtige Form zu haben scheint. […] Er wird übrigens in Europa mehr ziehen als die Gespräche Kungs.“

    https://www.mdpi.com/religions/religions-14-01546/article_deploy/html/images/religions-14-01546-g002.png

    Daodejing : Die 2.500 Jahre alte Kunst des Nicht-Handelns, neu übersetzt und umfassend kommentiert
    https://www.l-iz.de/bildung/buecher/2022/08/daodejing-die-2-500-jahre-alte-kunst-des-nicht-handelns-neu-uebersetzt-und-umfa

    Tsingtau / Kiautschu



    #droit_international #pêche #frontières #pétrole

  • La Lettonie tire des gaz lacrymogènes contre des migrants à sa frontière avec la Biélorussie - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72618/la-lettonie-tire-des-gaz-lacrymogenes-contre-des-migrants-a-sa-frontie

    La Lettonie tire des gaz lacrymogènes contre des migrants à sa frontière avec la Biélorussie
    Par La rédaction Publié le : 24/07/2026
    L’armée lettone a fait usage de gaz lacrymogènes contre des migrants mercredi 22 juillet. Selon Riga, le nombre de tentatives de franchissements illégaux de sa frontière a augmenté ces dernières semaines. Les pays frontaliers accusent à nouveau la Biélorussie d’être derrière cet afflux. La situation à la frontière entre la Lettonie et la Biélorussie se tend. Mercredi 22 juillet, l’armée lettone a indiqué avoir fait usage de gaz lacrymogène et avoir tiré un coup de semonce face à des exilés qui tentaient de franchir la frontière depuis la Biélorussie.
    Selon l’armée, cinq migrants ou plus ont eu un comportement agressif et ont jeté des projectiles en direction des soldats alors qu’ils tentaient d’entrer en Lettonie. « Afin de mettre fin aux actions illégales et d’empêcher une nouvelle escalade de la situation, les soldats ont utilisé du gaz lacrymogène », a-t-elle déclaré dans un message publié mercredi matin sur le réseau social X. « Comme les individus continuaient d’ignorer les demandes des autorités et maintenaient un comportement agressif, un coup de semonce a été tiré en l’air, après quoi les individus se sont repliés sur le territoire biélorusse », a ajouté l’armée. « Ce qui se passe à la frontière entre la Lettonie et la Biélorussie est une opération délibérée »
    Depuis la semaine dernière, les autorités lettones communiquent sur une hausse des tentatives de traversée de sa frontière. Lettonie, Lituanie et Pologne accusent la Biélorussie d’être derrière ces tentatives de traversée. Selon le ministère letton de l’Intérieur, de nombreux migrants arrivent légalement en Biélorussie puis sont acheminés vers les frontières. Les autorités affirment même que les forces de sécurité biélorusses ont escorté des migrants jusqu’à la frontière, leur ont fourni du matériel pour franchir les barrières et, dans certains cas, les ont empêchés de regagner l’intérieur du pays.
    « La guerre que la Russie mène toujours contre l’Ukraine, ouvertement soutenue par le régime biélorusse, a considérablement accru les risques pour la sécurité dans la région et donne à la Biélorussie un motif supplémentaire de poursuivre des activités hybrides, notamment l’instrumentalisation de la migration », a indiqué un porte‑parole du ministère letton de l’Intérieur. Ces allégations ne sont pas nouvelles. Les pays de l’Union européenne (UE) accusent la Biélorussie d’orchestrer ces flux de migrants depuis 2021, lorsque Minsk a assoupli les exigences en matière de visas pour certaines nationalités. Et régulièrement, des tensions sporadiques ont lieu aux frontières de la région. En réponse, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne ont érigé des barrières à la frontière, renforcé la surveillance et augmenté les patrouilles.
    Mais actuellement, c’est donc la frontière lettone qui « est devenue la principale cible », a déclaré à Euronews le ministre de l’Intérieur, Jānis Dombrava. Si l’on en croit l’évolution des chiffres publiés par les trois gouvernements, la pression s’est effectivement progressivement déplacée. La Lituanie était le principal point d’entrée en 2021-2022 mais les flux se sont dirigés vers la Pologne, puis plus récemment vers la Lettonie, qui connaît une forte hausse des tentatives de traversée en 2025-2026. Depuis le début de l’année, 8 553 personnes ont été interpellées. En 2025 et 2024, les chiffres étaient respectivement de 12 408 et 5 388. Mercredi 22 juillet par exemple, ce sont 140 personnes qui ont été empêchées de franchir illégalement la frontière entre la Lettonie et la Biélorussie. La Lituanie, dont la frontière est quatre fois plus longue, n’en a recensé aucune. Même chose la veille en Pologne, les chiffres du 22 juillet n’étant pas encore disponible

    #Covid-19#migration#migrant#migrationirreguliere#frontiere#lettonie#russie#pologne#ukraine#bielorussie#litunanie#guerre#sante

  • Frontex continue sa mission en Grèce, malgré de graves violations des droits des migrants
    https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/07/18/frontex-continue-sa-mission-en-grece-malgre-de-graves-violations-des-droits-

    Frontex continue sa mission en Grèce, malgré de graves violations des droits des migrants
    Par Franziska Grillmeier et Ludek Stavinoha
    Quelques heures avant que la pluie ne se mette à tomber, le moteur d’un canot pneumatique transportant 43 personnes, dont plus d’une douzaine d’enfants, est tombé en panne en mai 2025 près de l’île de Samos, en mer Egée. « Oh mon Dieu, aidez-nous, s’il vous plaît – le bateau est rempli d’eau », déclare une personne citée dans un rapport d’incident grave rédigé par le bureau des droits fondamentaux (Fundamental Rights Officer, FRO) de Frontex – l’organisme de contrôle quasi autonome de l’agence européenne des frontières. La scène se poursuit ainsi : « Des hommes masqués sont arrivés en bateau – ils sont là pour nous aider. » Un autre migrant répond, selon le rapport : « Ce n’est pas de l’aide. »
    Un rapport, publié en mars 2026 et obtenu par « Le Monde » grâce à une demande d’accès à l’information, reconstitue en détail un refoulement survenu en mai 2025, près de l’île de Samos, en Grèce.
    Un rapport, publié en mars 2026 et obtenu par « Le Monde » grâce à une demande d’accès à l’information, reconstitue en détail un refoulement survenu en mai 2025, près de l’île de Samos, en Grèce.
    Au lieu d’être secouru, le groupe aurait été embarqué à bord d’un navire des garde-côtes grecs et transporté en mer pendant deux heures par des agents grecs. Certains étaient armés, portaient des cagoules noires et ont ensuite jeté les migrants dans deux radeaux de sauvetage gonflables d’une hauteur de plusieurs mètres, après avoir confisqué leurs effets personnels.« Ils ont commencé à donner des coups de pied à tout le monde, y compris aux femmes et aux personnes âgées, pour les jeter à l’intérieur des embarcations, même un bébé de 2 mois », note le rapport, s’appuyant sur le témoignage d’un migrant. Les radeaux de sauvetage sans moteur ont ensuite été « abandonnés » dans les eaux territoriales turques, avant d’être secourus par les garde-côtes locaux.
    Portée à l’attention du bureau des droits fondamentaux par une ONG à laquelle les migrants avaient envoyé des enregistrements audio et vidéo, l’enquête, qui a duré plusieurs mois, a conclu que « la succession d’événements constitue une expulsion collective interdite ». Egalement qualifiées de « refoulements illégaux », les actions des garde-côtes grecs constituaient « une violation du droit à la vie des 43 migrants ». Le rapport précise, en outre, qu’il ne s’agissait pas d’« un incident isolé ».
    En avril 2025, moins d’un mois avant l’incident survenu près de Samos, le directeur exécutif de Frontex, Hans Leijtens, avait déclaré qu’il devenait de plus en plus « impatient » face au bilan de la Grèce en matière de droits humains. Parmi les pays où Frontex intervient, c’était l’un de ceux qui l’empêchaient de « dormir la nuit », avait-il précisé. Il a reconnu qu’une « nouvelle approche » était nécessaire, dans laquelle Frontex pourrait devoir prendre des mesures « calibrées ». M. Leijtens, ancien commandant de la gendarmerie néerlandaise, a même menacé de suspendre ou de réduire le financement des « actifs cofinancés » – tels que certains navires des garde-côtes grecs – si la Grèce ne prenait pas de mesures concrètes pour respecter les droits des migrants.
    La question de la présence de Frontex en Grèce s’articule depuis longtemps autour d’une disposition-clé du mandat de l’agence, défini par un règlement européen. L’article 46 du règlement européen oblige le directeur de Frontex à retirer son financement, à suspendre ou à mettre fin aux activités, partiellement ou totalement, en cas de violations graves ou susceptibles de persister.
    Après le naufrage de l’Adriana, au large de Pylos, en juin 2023, qui a coûté la vie à plus de 600 personnes, le bureau des droits fondamentaux avait conseillé à M. Leijtens de suspendre ses opérations en Grèce. Il a toutefois préféré s’engager politiquement auprès des autorités grecques, adoptant, sur le papier, une approche dite en « escalier » au titre de cet article, consistant à exercer une pression progressive sur les Etats membres en infraction.
    Tineke Strik, députée européenne néerlandaise des Verts et membre de la commission des libertés civiles, chargée de contrôler Frontex, affirme qu’« il n’y a aucune preuve que la présence de Frontex ait amélioré la situation en Grèce. Au contraire, elle a légitimé les violations des droits qui se poursuivent et a rendu Frontex complice de celles-ci ». Le porte-parole de Frontex, Chris Borowski, a répondu au Monde que « le directeur exécutif suit de près la situation en Grèce et a directement fait part de ses préoccupations en matière de droits fondamentaux aux autorités grecques ».
    Un an après que Hans Leijtens, le directeur exécutif de Frontex, a semblé fixer des limites, le bureau des droits fondamentaux (Fundamental Rights Officer, FRO) de Frontex, dirigée par Jonas Grimheden, a continué à signaler à plusieurs reprises de graves violations des droits humains au conseil d’administration de Frontex – son principal organe décisionnel composé de représentants des Etats membres et de la Commission européenne.
    Dans un rapport de novembre 2025 soumis au conseil d’administration, M. Grimheden a décrit des « schémas récurrents » de refoulements violents « à proximité ou au départ des îles de la mer Egée » ainsi que des abus commis contre des migrants par les garde-frontières grecs.Alors que Frontex négociait les détails de son nouveau plan opérationnel avec la Grèce, M. Grimheden a averti en janvier M. Leijtens et son adjoint, Lars Gerdes, responsable des opérations de Frontex sur le terrain, que le FRO avait toujours du mal à obtenir des enregistrements vidéo auprès des autorités grecques.
    Cette mesure avait été acceptée par la Grèce en 2022 afin d’enregistrer d’éventuels abus à bord des patrouilleurs grecs cofinancés par Frontex. Mais elle n’a jamais été appliquée, même si les caméras avaient été acquises.Dans son courriel, dont Le Monde a obtenu une copie expurgée, M. Grimheden faisait référence à deux rapports sur les incidents graves (SIR) impliquant des navires cofinancés par Frontex. Dans un cas, les autorités grecques ont répondu à une demande d’images en fournissant « une vidéo de 8 secondes montrant une obscurité presque totale ».M. Grimheden a conclu son courriel adressé à la haute direction de Frontex par un constat sans appel : « Nous continuerons d’essayer en 2026, mais nous ne sommes pas optimistes, bien au contraire. »Selon un document interne consulté par Le Monde, M. Grimheden a pris, en mars, une mesure inhabituelle : il a officiellement refusé d’approuver l’opération de Frontex en Grèce pour 2026, demandant à M. Leijtens de subordonner la nouvelle mission à une série de garanties en matière de droits fondamentaux.Sa recommandation faisait référence à un naufrage survenu au large de l’île de Chios le 3 février, qui avait fait 15 morts. Les caméras étaient « éteintes », ont reconnu les autorités grecques. Par ailleurs, des enquêtes indiquent que les garde-côtes grecs auraient pu contribuer au naufrage en « percutant » le bateau de migrants.
    Interrogé sur la question de savoir si la Grèce s’était engagée à faire fonctionner des caméras à bord de tous les navires cofinancés dans le cadre du plan opérationnel pour 2026, un porte-parole de Frontex a répondu : « Les garanties énoncées dans le plan opérationnel constituent une exigence, et non une aspiration, et nous insistons pour qu’elles soient respectées ».Les garde-côtes helléniques ont répondu que l’engagement concernant l’utilisation de caméras « se rapportait à un plan de mise en œuvre spécifique de Frontex, qui a été mené à bien en septembre 2024 ». Pourtant, depuis que Frontex a lancé sa nouvelle opération et alors que Jonas Grimheden, qui dirige le bureau des droits fondamentaux, lui a retiré son soutien, les inquiétudes de ce service interne de l’agence européenne ne se sont pas apaisées. « Nous restons très préoccupés par les refoulements, les expulsions collectives et les passages à tabac, ainsi que par l’absence d’implication de Frontex en mer Egée », a déclaré M. Grimheden, lors de la réunion du conseil d’administration de l’agence en juin, comme il l’a raconté ensuite au Monde.
    Au total, 33 enquêtes officielles sur d’éventuelles violations des droits ont été ouvertes par le bureau des droits fondamentaux entre janvier 2024 et mars 2026 en Grèce – un chiffre supérieur à celui de tous les autres Etats membres. L’équipe de M. Grimheden a recueilli à plusieurs reprises des preuves de refoulements de migrants aux frontières grecques, tant par voie terrestre que maritime, les victimes faisant état de déshabillage, de passages à tabac et d’agressions sexuelles. Le bureau des droits fondamentaux s’est également plaint à plusieurs reprises des entraves de la Grèce à ces enquêtes.
    Interrogé sur la manière dont les autorités grecques avaient réagi aux conclusions et aux allégations du bureau des droits fondamentaux concernant l’implication des garde-côtes grecs dans des violations des droits fondamentaux, un attaché de presse de cette institution a affirmé que celle-ci « examine minutieusement chaque rapport et tous les rapports d’incidents graves émis par le responsable du bureau des droits fondamentaux de Frontex, en fournissant des réponses étayées. En cas de dérogations présumées aux règles de conduite professionnelle, des mécanismes d’enquête interne et de procédure disciplinaire sont mis en œuvre ».L’attaché de presse des garde-côtes a ajouté : « Les pratiques opérationnelles de la garde côtière sont pleinement conformes au cadre juridique national et international applicable, ainsi qu’au devoir moral suprême de protéger la vie humaine en mer. Par conséquent, les gardes-côtes grecs rejettent toute allégation d’activités illégales de quelque nature que ce soit. »
    En avril, cependant, dans son rapport d’incident grave, le bureau des droits fondamentaux a conclu, une nouvelle fois, que les manœuvres effectuées par un navire de cette force maritime grecque avaient « très probablement » mis en danger la vie des migrants à bord d’un canot pneumatique, contribuant ainsi à un naufrage meurtrier survenu près de Lesbos, un an plus tôt. Huit personnes se sont noyées.Avec 518 agents, interprètes et autres membres du personnel déployés en Grèce, ainsi que cinq avions, 11 navires, 170 véhicules et d’autres équipements techniques tels que des détecteurs de CO₂ et des caméras thermiques, Frontex semble avoir fait le choix de préserver sa coopération avec les autorités grecques. En avril, l’agence a ainsi célébré le lancement d’un nouveau navire sur l’île de Limnos, dont l’équipage est composé d’agents du corps permanent de Frontex et commandé par un officier de la garde côtière grecque. « Un équipage. Une mission », pouvait-on lire dans la publication sur les réseaux sociaux. Selon le service de presse de Frontex, trois navires cofinancés ont au total récemment été déployés en mer Egée.
    L’eurodéputée Tineke Strik, qui s’est récemment rendue en Grèce pour observer ces opérations, affirme que « les autorités grecques se sentent totalement en sécurité et ne mettent pas en œuvre les recommandations, car je pense qu’elles sont tout à fait convaincues que Frontex restera ». Officiellement, Frontex justifie son refus de se retirer de Grèce en affirmant qu’en cas de départ, la situation des droits humains ne ferait que s’aggraver, tandis que ses agents ne pourraient plus sauver des vies dans le cadre d’opérations de recherche et de sauvetage, notamment au sud de la Crète, qui est désormais la route la plus empruntée par les personnes fuyant vers la Grèce.
    Un autre événement majeur, qui a éprouvé la détermination de Frontex à poursuivre ses opérations en Grèce, s’est produit mi-juillet 2025, lorsque le gouvernement du pays a suspendu pendant trois mois le droit d’asile de toutes les personnes arrivant par bateau en provenance d’Afrique du Nord, s’attirant une large condamnation par les organisations de défense des droits humains. M. Grimheden a alors publié un avis appelant à la suspension immédiate des activités d’interrogatoire et de filtrage menées par Frontex en Grèce, alarmé par la perspective que des agents de Frontex puissent être impliqués dans des pratiques illégales. Mais M. Leijtens est resté sceptique et a rejeté son appel.Pour Tineke Strik, les conditions évoquées dans l’article 46 sont atteintes depuis longtemps : « Frontex devrait se retirer de Grèce. Si vous lisez [cet] article, le seuil n’est pas très élevé et vous constatez que ces refoulements et autres violations constituent un problème persistant depuis plus de dix ans. » Répondant au Monde, le porte-parole de Frontex a déclaré que « M. Leijtens estime qu’une présence continue, accompagnée d’un renforcement de la surveillance et des rapports, protège plus efficacement les personnes à la frontière qu’un retrait, qui nous priverait de notre capacité à observer et à signaler les faits au moment même où cela compte le plus ».
    Pendant longtemps, Frontex, accusée d’être complice des refoulements grecs, a soutenu qu’elle se contentait d’apporter un soutien technique, tandis que la responsabilité d’éventuelles violations des droits incombait exclusivement aux Etats membres concernés.Cependant, deux arrêts rendus par la Cour de justice de l’Union européenne en décembre 2025 ont remis en cause cette logique. Dans une affaire déclenchée par une famille syrienne expulsée par Frontex de Grèce vers la Turquie, la Cour a estimé que Frontex ne pouvait échapper à sa responsabilité en cas de violations des droits commises lors d’opérations conjointes. Melanie Fink, professeure associée de droit européen à l’université de Leyde (Pays-Bas), estime qu’il s’agit là d’un « moment important, car la Cour a estimé que Frontex avait ses propres obligations de veiller à la légalité de ses opérations ».Un autre arrêt, portant également sur des violations présumées des droits en Grèce, a établi que les migrants victimes d’un potentiel refoulement n’ont plus besoin de fournir de preuves concluantes, ce qui est souvent impossible lorsque, par exemple, un téléphone est confisqué par les gardes-frontières. Il leur suffit désormais de présenter des accusations plausibles.La décision finale du Tribunal de l’Union européenne, à qui le dossier a été renvoyé, est toujours attendue. Mais l’arrêt rendu en décembre 2025, qui a abaissé le seuil de la preuve, est considéré par les experts juridiques comme susceptible d’ouvrir la voie à davantage de migrants pour intenter des actions en justice contre Frontex, pour son implication dans des refoulements.
    Cette annonce survient alors que les compétences et les moyens de l’agence sont appelés à augmenter. L’été 2025, la Commission européenne a proposé de doubler le budget de l’agence, dont le siège est à Varsovie, pour le porter à 11,9 milliards d’euros entre 2028 et 2034, tandis que le corps permanent de Frontex devrait atteindre 10 000 membres d’ici à 2027, l’objectif étant de tripler cet effectif.
    Lorsque Hans Leijtens a succédé à Fabrice Leggeri à la tête de Frontex en mars 2023, nombreux étaient ceux qui espéraient qu’il s’attaquerait à l’héritage de son prédécesseur. M. Leggeri, aujourd’hui député européen d’extrême droite faisant l’objet d’une enquête pour crimes contre l’humanité, a démissionné après qu’une enquête antifraude de l’UE a révélé que Frontex avait dissimulé des preuves de refoulements illégaux en Grèce.Les refoulements en Grèce sont devenus un sujet central pour le Comité de conformité aux droits fondamentaux de Frontex, créé début 2025. Présidé par le directeur adjoint de Frontex, M. Gerdes, ce comité conseille M. Leijtens sur les mesures à prendre face aux violations persistantes des droits humains dans le cadre des opérations de Frontex.
    Dans une note datée de janvier 2026, Grimheden a souligné la létalité croissante des tactiques de refoulement grecques, notamment les « percutages », les « tirs » et les « remorquages », cette dernière technique ayant également été utilisée lors du naufrage de Pylos en 2023. Trois des incidents mentionnés dans la note de M. Grimheden ont entraîné la mort de six personnes, dont un migrant « tué par balle près de Symi lors d’une poursuite » menée par un bateau grec en août 2024.Pourtant, les détails des délibérations du groupe d’experts restent flous. Frontex refuse de divulguer les procès-verbaux du groupe d’experts en réponse à une demande d’accès à l’information du Monde, arguant que cela porterait atteinte à la « sécurité publique », mettrait en péril la « coopération opérationnelle » avec les Etats membres et conduirait à une « autocensure ». Le Médiateur européen enquête actuellement sur la décision de Frontex. Franziska Grillmeier et Ludek Stavinoha

    #Covid-19#migrant#migration#UE#frontex#droit#sante#frontiere#politiquemigratoire#grece#refoulement

  • Tecnologie della #sorveglianza: dall’applicazione del nuovo Patto Europeo su Migrazione e Asilo ai guadagni israeliani
    https://radioblackout.org/podcast/tecnologie-della-sorveglianza-dallapplicazione-del-nuovo-patto-europe

    Sul Patto Europeo su Migrazione e Asilo si è già ampiamente discusso – segnaliamo tra gli altri la puntata “Sul patto migrazione e asilo 2026” – e approfondito le varie modifiche normative che impatteranno gravemente sulla vita delle persone, sprovviste di documenti europei o permessi di soggiorno, in viaggio. Ma tra le righe di questi accordi […]

    #Colonia #frontiere #Harraga #modello_israele #war_on_migrants
    https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/07/harraga19.06ULTIMO-3.mp3

  • Tunisie : « Profonde préoccupation » de l’ONU sur la situation des migrants victimes de « détention arbitraire, d’expulsions collectives et de traite des êtres humains » - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72518/tunisie--profonde-preoccupation-de-lonu-sur-la-situation-des-migrants-

    Tunisie : « Profonde préoccupation » de l’ONU sur la situation des migrants victimes de « détention arbitraire, d’expulsions collectives et de traite des êtres humains »
    Par Leslie Carretero Publié le : 17/07/2026
    Des experts de l’ONU ont exprimé jeudi « leur profonde préoccupation » au sujet de milliers de migrants subsahariens qui seraient victimes de détentions arbitraires, d’expulsions collectives et de traite d’êtres humains en Tunisie et en Libye. Ces accusations ne sont pas nouvelles : depuis trois ans, InfoMigrants a recueilli de nombreux témoignages de migrants faisant état de violences envers les exilés dans ces deux pays.Dans un communiqué publié jeudi 16 juillet, des experts de l’ONU ont exprimé « leur profonde préoccupation » concernant la situation des migrants en Tunisie. Ils font état d’informations selon lesquelles « plus de 7 400 personnes, principalement originaires d’Afrique subsaharienne, auraient été victimes d’un système de détention arbitraire, d’expulsions collectives et de traite des êtres humains systématiques à la frontière tuniso-libyenne et en Libye depuis juin 2023 au moins ».
    Les 14 experts, qui agissent sur mandat du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies mais ne s’expriment pas au nom de l’organisation, indiquent que ces pratiques impliqueraient même « des forces de sécurité tunisiennes ainsi que des acteurs étatiques et non étatiques libyens »."Selon les témoignages reçus, les personnes détenues seraient battues et maltraitées par du personnel en uniforme utilisant des pistolets à impulsion électrique [tasers], des barres de fer, des chiens et des menaces d’armes à feu afin de les intimider et de les punir", détaillent-ils. Ces migrants, réfugiés et demandeurs d’asile « subiraient des fouilles répétées, des humiliations et la confiscation de leurs effets personnels, notamment de leurs téléphones et documents d’identité, tout en étant privés d’un accès adéquat à la nourriture et aux soins médicaux », ajoutent-ils, faisant également état de « viols » et « graves violences physiques ».
    Et beaucoup seraient aussi « traités comme des marchandises et acheminés à travers la frontière tuniso-libyenne en échange d’argent, de carburant, de haschisch ou d’autres formes de paiement à des fins d’exploitation, notamment de travail forcé, d’exploitation sexuelle, d’esclavage sexuel et d’enlèvement contre rançon », ont-ils encore rapporté.
    Alertant sur le fait que ces allégations « pourraient constituer de graves violations du droit international des droits de l’Homme », les experts de l’ONU ont appelé la Tunisie et la Libye « à mener sans délai des enquêtes indépendantes, impartiales et efficaces », et à « assurer aux victimes un accès effectif à des recours juridiques ».Ils ont annoncé avoir pris contact avec ces deux gouvernements au sujet de ces allégations. Depuis 2023 et le discours raciste du président tunisien Kaïs Saïed, les Subsahariens vivant dans le pays sont la cible de violences de la part de la population et des autorités. Les Noirs peuvent être agressés dans la rue par des Tunisiens et risquent aussi d’être raflés par les policiers. Ils sont ensuite envoyés dans des zones désertiques, à la frontière algérienne ou libyenne.
    Les accusations portées par les experts de l’ONU ne sont pas nouvelles. Fin 2023, InfoMigrants révélait, témoignages à l’appui, que les migrants interceptés en mer ou arrêtés sur terre sont envoyés manu militari à la frontière libyenne, d’où ils sont ensuite récupérés par des Libyens et transférés dans des prisons du pays.
    « Le véhicule [de la Garde nationale tunisienne, ndlr] s’est arrêté au niveau d’une montagne de sable. De l’autre côté, c’est la Libye. Les Tunisiens sont montés sur la montagne pour annoncer leur présence. Cinq minutes après, on a entendu des klaxons venus d’en face. Les policiers ont alors braqué leur kalachnikov sur nous et nous ont dit : ‘Haya, haya’ [’allez-y’, en français, ndlr] en montrant la Libye. Tout le monde avait peur », expliquait alors un Guinéen en 2023.Malgré les critiques, cette pratique n’a jamais cessé. « Les policiers tunisiens sont sortis du bus et sont partis à la rencontre de milices libyennes, qui nous attendaient. Il y a eu une concertation entre eux, ils ont discuté un petit moment. Ensuite, les Libyens, armés et cagoulés, nous ont récupérés », racontait à son tour à InfoMigrants un autre Guinéen en 2025. Plusieurs témoignages évoquent également des échanges d’argent au moment du transfert des migrants de la Tunisie vers la Libye. Un petit sac noir, contenant des billets, serait transmis par les Libyens aux Tunisiens. InfoMigrants n’a pas été en mesure de vérifier cette information.
    Les violences exercées par les Tunisiens envers les Subsahariens ont aussi été dénoncées à plusieurs reprises par des ONG, et des migrants eux-mêmes. En juin dernier, une Guinéenne a rapporté à notre rédaction avoir été violée par des membres de la Garde nationale, sur la route menant à la frontière libyenne. « Les Tunisiens nous touchent les cuisses, les parties intimes… Toutes les femmes ont eu affaire à eux au moins une fois », avait-elle affirmé.
    « L’UE complice de violations graves du droit international »
    Malgré ces allégations, l’Union européenne (UE) n’entend pas mettre fin à son partenariat avec la Tunisie centré sur la lutte contre l’immigration irrégulière. Signé à l’été 2023, l’accord prévoyait une aide de 105 millions d’euros pour lutter contre l’immigration irrégulière - dont les départs de migrants depuis les côtes tunisiennes explosaient à cette époque. Les gardes-côtes tunisiens, formés notamment par l’UE, sont désormais chargés d’intercepter les migrants en mer en route vers l’Europe - sur le même modèle que l’accord signé avec la Libye en 2017. Fin juin, Ursula von der Leyen s’est félicitée d’une chute de 97% des arrivées de migrants en Europe en provenance de Tunisie, dans une lettre envoyée aux dirigeants européen. Forte de ces chiffres, l’UE souhaite renforcer sa coopération avec la Tunisie. La présidente de la Commission a annoncé la livraison prochaine de trois nouveaux « navires de recherche et de sauvetage » aux gardes-côtes tunisiens, qui permettront de « renforcer encore les capacités opérationnelles ».
    Mercredi 16 juillet, à l’occasion du troisième anniversaire de l’accord conclu entre Tunis et Bruxelles, une cinquantaine d’ONG - dont Amnesty International et Human Rights Watch (HRW) - ont, une nouvelle fois, exhorté l’UE à suspendre sa coopération avec la Tunisie en raison des « graves violations des droits humains » que subissent les exilés dans ce pays. Aux yeux de ces organisations, le « mémorandum d’entente » du 16 juillet 2023 entre l’UE et la Tunisie a « alimenté et normalisé » les violations des droits des migrants par les autorités tunisiennes. « Les mesures de contrôle des frontières financées dans le cadre du mémorandum, ainsi que leur lien avec des violations documentées des droits humains, notamment lors des interceptions en mer soutenues par l’UE, soulèvent de graves préoccupations quant au risque que l’Union européenne soit complice de violations graves du droit international des réfugiés » écrivent les ONG

    #Covid-19#migration#migrant#tunisie#routemigratoire#migrationirreguliere#droit#sante#frontiere#UE

  • La frontière entre l’Espagne et l’enclave de Gibraltar, dernier reliquat du Brexit, disparaît au profit des travailleurs transfrontaliers
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/07/15/la-frontiere-entre-l-espagne-et-l-enclave-de-gibraltar-dernier-reliquat-du-b

    La frontière entre l’Espagne et l’enclave de Gibraltar, dernier reliquat du Brexit, disparaît au profit des travailleurs transfrontaliers
    Après des décennies de contrôles, la frontière terrestre entre l’Espagne et l’enclave britannique a cessé d’exister le 15 juillet, libérant la circulation de plus de 15 000 travailleurs transfrontaliers qui la franchissent chaque jour.
    Par Isabelle Piquer (Madrid, correspondante)
    Il aura fallu un peu plus de cinq ans de négociations et un accord de 1 000 pages pour venir à bout du « dernier mur de l’Europe continentale », selon l’expression du ministre des affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares Bueno. Ultime épisode du Brexit, la frontière entre l’enclave britannique de Gibraltar et l’Espagne a cessé d’exister, mercredi 15 juillet, ouvrant la voie à une nouvelle manière de vivre ensemble, ou plutôt côte à côte, sans que Londres ni Madrid ne renoncent pour autant à leurs revendications historiques respectives.
    L’accord a été signé le 14 juillet à Bruxelles, sous l’égide de la Commission européenne, plus de cinq ans après la fin de la période de transition post-Brexit, en décembre 2020, qui avait ouvert les négociations sur le statut de Gibraltar. Quelques heures plus tard, à minuit, lors d’une brève cérémonie, le chef du gouvernement de Gibraltar, Fabian Picardo, s’est félicité d’avoir « déjoué les pires effets du Brexit ». Dans la foulée, des centaines de riverains ont franchi pour la première fois depuis des décennies la frontière sans présenter leur passeport. Un blocage qui précédait la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, puisque ce dernier n’a jamais fait partie de l’espace Schengen.
    Annoncé en juin 2025, le texte associe désormais Gibraltar − un peu plus de 40 000 habitants, 6,7 kilomètres carrés − à l’espace Schengen, sans en faire un membre. Les contrôles d’identité à la frontière terrestre disparaissent, la libre circulation des personnes et des marchandises est instaurée, au bénéfice des quelque 15 000 travailleurs transfrontaliers qui franchissent chaque jour la grille (« verja ») au prix de longues heures d’attente. Les vérifications seront désormais effectuées au port et à l’aéroport de Gibraltar, sous la responsabilité de l’Espagne, qui assurera aussi les contrôles douaniers des marchandises entrant sur le territoire.
    « Nous avons trouvé une solution à la fois pragmatique, tournée vers l’avenir et qui permet à chacun de préserver les principes auxquels il tient depuis des décennies, tout en répondant aux préoccupations concrètes des habitants des deux côtés de la frontière », explique au Monde Fabian Picardo. Selon lui, l’accord ne repose pas sur des concessions de souveraineté, mais sur une approche « imaginative » visant à dépasser un contentieux historique, né du traité d’Utrecht de 1713, qui avait cédé le Rocher à la Couronne britannique, sans remettre en cause les positions de chacune des parties. La liberté de circulation, explique Fabian Picardo, sera compensée par un renforcement des dispositifs de sécurité : le déploiement de caméras de vidéosurveillance couvrant l’ensemble de la frontière et du centre-ville, « ainsi qu’un système de reconnaissance faciale en temps réel capable de signaler immédiatement l’arrivée de personnes inscrites sur des fichiers de recherche internationaux ».
    La nouvelle est attendue de longue date par les riverains. « Je me sens un peu comme un enfant qui se couche la veille de l’Epiphanie sans vraiment savoir quels cadeaux il trouvera au réveil », confie José Juan Franco Rodriguez, maire depuis 2015 de La Linea de la Concepcion, la petite ville andalouse collée à la frontière. Pour l’édile, l’absence d’accord aurait été catastrophique, « alors que près d’un tiers du chiffre d’affaires des entreprises locales provient de clients gibraltariens ».
    L’accord ne se limite toutefois pas à la circulation des personnes. Il organise également un rapprochement économique inédit entre les deux territoires. Gibraltar s’est engagé à aligner progressivement sa fiscalité indirecte sur les normes européennes, avec l’introduction d’un impôt équivalent à la TVA, fixé à 15 % dès l’entrée en vigueur du traité avant une convergence complète sous trois ans. Des dispositions spécifiques concernent également le tabac, longtemps source de tensions avec Madrid. Le 27 juin, le gouvernement espagnol a retiré Gibraltar de sa liste des paradis fiscaux, où il figurait depuis trente-cinq ans, estimant désormais satisfaisante sa coopération en matière d’échange d’informations fiscales.
    Le fossé économique entre les deux rives de la grille donne la mesure de l’enjeu : alors que le produit intérieur brut (PIB) par habitant dépasse 94 000 euros à Gibraltar, La Linea affiche un chômage supérieur à 27 % et un PIB par habitant d’environ 17 000 euros, inférieur à la moyenne espagnole (environ 38 000 euros).
    « Ce traité constitue la première véritable occasion de s’attaquer sérieusement aux problèmes sociaux et économiques » d’une région gangrenée par le narcotrafic. « L’objectif est que, dans dix ans peut-être, plus aucun habitant du Campo de Gibraltar – la zone qui, au-delà de La Linea, regroupe les localités voisines, dont le port d’Algésiras – n’ait à monter à bord d’une embarcation de trafiquants de drogue pour gagner sa vie », insiste Fabian Picardo, avant d’ajouter, en guise de contraste : « Gibraltar ne compte que sept chômeurs. Sept. » A La Linea, les attentes sont immenses. José Juan Franco Rodriguez refuse que la disparition de la verja ne soit qu’un geste symbolique. « J’ai toujours dit que notre économie dépendait en grande partie de celle du Royaume-Uni. Je veux transformer cette dépendance en complémentarité », explique-t-il. Le maire plaide pour une véritable intégration économique de part et d’autre de la frontière, notamment en attirant sur le territoire espagnol des entreprises des secteurs des assurances, des services financiers ou des jeux en ligne, piliers de la prospérité gibraltarienne.
    Les premiers effets se font déjà sentir. « Au cours des six derniers mois, les prix de l’immobilier à La Linea ont augmenté d’environ 18 %. Des investisseurs achètent des logements pour les louer à des travailleurs employés à Gibraltar », observe le maire, convaincu que le traité modifiera profondément les équilibres économiques de la région. Cette transformation soulève aussi des interrogations. « Il subsiste des incertitudes sur toute une série de questions dont nous ne mesurerons réellement les effets qu’au fil des semaines et des mois », reconnaît José Juan Franco Rodriguez. Les dossiers restent nombreux : retraites des travailleurs transfrontaliers dont les employeurs gibraltariens n’ont jamais cotisé au régime espagnol de sécurité sociale, mobilité, sécurité, coopération administrative ou encore services publics. « Tant que le nouveau système ne sera pas en fonctionnement, il est impossible de savoir précisément quelle en sera la portée. »

    #Covid-19#migration#migrant#espagne#gibraltar#UE#brexit#economie#travailleurfrontalier#frontiere#sante

  • Mouvements migratoires : un rapport d’enquête étrille la politique gouvernementale à la frontière franco-britannique
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/07/08/mouvements-migratoires-un-rapport-d-enquete-etrille-la-politique-gouvernemen

    Mouvements migratoires : un rapport d’enquête étrille la politique gouvernementale à la frontière franco-britannique
    Alors que plus de 40 000 personnes ont traversé la Manche à bord de canots pneumatiques en 2025, la députée communiste Elsa Faucillon, rapporteuse d’une commission d’enquête parlementaire, dénonce une logique sécuritaire, inefficace et dangereuse, en plus de n’être soumise à aucun contrôle démocratique.
    Par Julia Pascual
    C’est un constat d’échec. Un rapport d’enquête parlementaire sur la frontière franco-britannique a été publié, mercredi 8 juillet, et les plus de 240 pages qu’il contient dressent un bilan sévère de la gestion des mouvements migratoires sur le littoral nord de la France. « Situation dramatique des exilés », absence de contrôle démocratique, inefficacité… Selon ce document, rien n’est à sauver de la politique gouvernementale à l’œuvre depuis une quarantaine d’années.
    Depuis le traité du Touquet de 2003, pointe l’enquête, la logique consistant à ce que le Royaume-Uni verse une contribution financière à la France, en contrepartie de quoi celle-ci supporte l’essentiel des moyens mis en œuvre pour empêcher les franchissements de la frontière, n’a de cesse de se renforcer. Elle place la France dans une situation de « sous-traitance », la réduisant « à quémander des fonds auprès des Britanniques, à l’image d’un prestataire privé qui présente des factures à son client » – sans produire l’effet dissuasif escompté. « Les différents accords conclus avec le Royaume-Uni n’ont pas empêché la persistance des flux migratoires », constate la rapporteuse de la commission d’enquête, la députée communiste des Hauts-de-Seine Elsa Faucillon, regrettant par conséquent une sorte de « mise en scène de l’impuissance de l’Etat ».
    Elle déplore aussi un contrôle démocratique de la relation bilatérale quasi inexistant : « Depuis le 12 février 1986, 34 accords ont été conclus entre la France et le Royaume-Uni en matière de contrôle des frontières. Pourtant, la dernière fois que l’Assemblée nationale s’est prononcée (…), c’était il y a vingt-trois ans », relève la rapporteuse. Dernier accord en date : le « one in, one out » (« une entrée, une sortie »), conclu à l’été 2025 et qui doit prendre fin en octobre. Il illustre la logique de contrepartie institutionnalisée, puisqu’il a été décidé en même temps que se négociait un nouveau cycle de financements britanniques. Le « one in, one out » prévoit que Londres peut renvoyer en France des personnes arrivées à bord de canots pneumatiques, et, à l’inverse, Londres s’engage à accueillir sur son territoire, en nombre équivalent, des demandeurs d’asile se trouvant en France.
    En apparence réciproque, le rapport d’enquête relève le caractère profondément déséquilibré du deal. Alors que, depuis le Brexit, il n’existe plus de mécanisme légal d’admission de migrants présents en Europe et ayant des attaches au Royaume-Uni, le « one in, one out » continue de ne pas prendre en compte les liens familiaux existants entre des migrants et des résidents au Royaume-Uni. « Ce critère ne figure pas parmi les éléments pris en considération dans le cadre du dispositif », écrit la parlementaire. Une exclusion « d’autant plus paradoxale que l’objectif affiché de l’accord est de proposer une alternative légale aux traversées irrégulières ».
    Evénement
    Au 11 juin, 951 personnes avaient été réadmises en France et 935 admises légalement au Royaume-Uni. Or, sur l’année 2025, plus de 40 000 personnes ont rejoint l’Angleterre à bord de petits canots. L’effet « dissuasif » de l’accord reste donc à prouver, tandis que les conséquences humanitaires, elles, ont été documentées par la commission. Celle-ci rapporte que les personnes renvoyées en France se trouvent dans un état de santé psychique et physique « très dégradé ».Elles présentent notamment « des symptômes associés à des troubles de stress post-traumatique (hypervigilance, pertes de connaissance, troubles du sommeil, flash-back, idées suicidaires…) [qui] suggèrent des conditions traumatiques d’arrestation et de rétention au Royaume-Uni ». A tel point que le Samusocial de Paris, qui intervient dans le centre d’hébergement où les personnes renvoyées sont accueillies les premiers jours, a effectué un signalement au procureur de la République sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale.
    Outre le « one in, one out », la France a depuis un an engagé une inflexion de sa politique d’intervention en mer, acceptant, sous la pression des Britanniques, de procéder à des interceptions de canots en mer par la gendarmerie maritime, alors que jusque-là ces manœuvres étaient prohibées car considérées comme trop dangereuses. L’idée de la nouvelle doctrine est d’empêcher davantage de traversées et de traduire devant la justice les passagers embarqués pour aide à l’entrée et au séjour irrégulier.
    Devant la commission, la procureure de Dunkerque, Charlotte Huet, a néanmoins expliqué avoir dû « recadrer » les forces de l’ordre et donner pour instruction de ne plus placer l’ensemble des passagers d’un bateau intercepté en garde à vue, ces derniers étant pour leur majorité de simples candidats à l’exil contre lesquels aucune infraction pénale ne peut être retenue.
    La commission relève qu’à la fin mai 31 opérations d’interception ont été réalisées, mais « seulement huit (…) avaient été effectivement conduites jusqu’à leur terme ». « Ces résultats révèlent bien que ces interceptions sont fondamentalement des opérations extrêmement délicates, voire dangereuses, et qui entrent en contradiction avec la mission de sauvegarde de la vie humaine », affirme la rapporteuse.
    Celle-ci a tenté de mettre au jour le cadre juridique de la nouvelle doctrine d’interception, et sa compatibilité avec le droit international de la mer. Mais, elle n’a obtenu du ministère de la justice qu’un avis juridique se concentrant surtout sur le risque pénal encouru par les gendarmes intervenants, et soulignant le « risque très élevé de provoquer un naufrage ». Elsa Faucillon dénonce par ailleurs l’« opacité » qui entoure la doctrine. « Il est choquant de voir qualifier de “secrets de cuisine” les modalités guidant les opérations d’interception en mer par le secrétariat général de la mer, tandis qu’il s’agit en réalité de méthodes mettant potentiellement en jeu la vie humaine », écrit la députée.
    Alors que plus de 2 000 personnes se trouvent en permanence sur les campements de Calais et du Dunkerquois, en attente d’une traversée et dans une situation « totalement inacceptable et scandaleuse », le rapport d’enquête déplore la prééminence d’une « logique essentiellement sécuritaire, là où les principales conséquences sur le terrain, d’ordre humanitaire, passent au second plan ».
    Les pouvoirs publics s’entêtent à mener une politique du « zéro point de fixation » consistant à démanteler des campements quasi quotidiennement au mépris des besoins fondamentaux des personnes, en se fondant sur un « présupposé erroné (…) qui consiste à laisser penser que la mise en place de conditions d’accueil décentes provoquerait l’afflux de personnes migrantes ». Par conséquent, « le socle humanitaire aujourd’hui déployé à Calais et à Dunkerque résulte, pour une large part, des mobilisations associatives et des interventions répétées des juridictions administratives et européennes », écrit la députée.A l’arrivée, la rapporteuse recommande la fin de la politique du « zéro point de fixation », au profit de la création d’unités d’accueil tout au long du littoral. Au total, elle égrène 33 recommandations, parmi lesquelles le recours à la procédure d’autorisation parlementaire pour la ratification des accords franco-britanniques relatifs aux questions migratoires, l’interdiction de l’usage d’armes et de gaz lacrymogènes au cours des opérations d’empêchement au départ menées sur les plages, l’abandon des nouvelles méthodes d’interception en mer ou la négociation de voies légales de réunification familiale en Angleterre. En somme, un renversement total des logiques politiques prévalant depuis plus de quarante ans.

    #Covid-19#migration#migrant#france#royaumeuni#politiquemigratoire#frontiere#routemigratoire#sante#droit

  • Ceuta : la Garde civile lance une opération d’ampleur contre des réseaux d’immigration irrégulière - InfoMigrants
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    Ceuta : la Garde civile lance une opération d’ampleur contre des réseaux d’immigration irrégulière
    Par La rédaction Publié le : 07/07/2026
    Dès les premières heures de la matinée, mardi, plusieurs unités de la Garde civile espagnole, appuyées par des drones, ont mené une vaste opération de démantèlement de trafics de migrants à Ceuta. Depuis le début de l’année 2026, l’enclave de Ceuta connaît une forte hausse des arrivées irrégulières. Mardi 7 juillet, à l’aube, des agents de la Garde civile, appuyés par des drones, se sont déployés dans différents quartiers de Ceuta dans le cadre d’une vaste opération contre des réseaux d’immigration clandestine.Selon le quotidien El Faro de Ceuta, qui cite des témoins oculaires, dès les premières heures de la matinée, plusieurs véhicules de la Garde civile sont partis en convoi, pour mener cette opération dans la zone de Cortadura del Valle, dans le centre de l’enclave espagnole. Des perquisitions ont été menées.
    « Bien que l’opération soit toujours en cours et menée dans la plus grande discrétion, plusieurs sources ont confirmé que plusieurs arrestations ont déjà eu lieu », écrit El Pueblo de Ceuta. "La présence de véhicules officiels ainsi que le bouclage de certaines rues ont attiré l’attention de nombreux habitants, qui ont suivi le déroulement de l’intervention depuis l’extérieur de leur domicile."L’opération - placée sous l’autorité de la justice - s’inscrit dans une enquête visant à démanteler l’organisation de réseaux notamment soupçonnés d’organiser le passage clandestin de migrants vers la péninsule espagnole.Selon El Faro de Ceuta, la dernière opération d’envergure de ce type, baptisée « Opération Barquera » a été menée il y a quelques mois par la Garde civile.
    Depuis le début de l’année 2026, l’enclave de Ceuta connaît une forte hausse des arrivées irrégulières. Près de 2 500 personnes sont arrivées depuis le 1er janvier dans l’enclave espagnole de Ceuta, selon le ministère espagnol de l’Intérieur. C’est 164% de plus que l’année dernière à la même période (978). La pression sur cette frontière espagnole, considérée comme l’une des portes d’entrée en Europe, est donc forte. L’affluence de migrants dans l’enclave peut s’expliquer en partie par la baisse significative de fréquentation que connaît la route des Canaries. Tenter de rejoindre illégalement Ceuta, c’est toutefois prendre de grands risques. La ville autonome est encerclée par des grillages et des clôtures qui séparent le territoire espagnol du sol marocain. Ces barrières débutent dans les montagnes et s’étendent jusqu’aux digues se jetant dans la mer Méditerranée. Certains tentent de les escalader, d’autre essaient de les contourner en essayant de nager jusqu’à l’enclave en partant de la ville voisine de Fnideq (au sud de Ceuta) ou de Benzu (au nord de Ceuta), au prix de plusieurs heures d’effort.
    En 2025, au moins 40 migrants sont morts en tentant de rejoindre l’enclave par la mer ou en escaladant les barrières. Un record. Et cette année, on compte déjà neuf personnes décédées dans les mêmes conditions. « Ces chiffres d’arrivées ne prennent pas en compte les personnes empêchées de passer. Tous les jours, des migrants tentent de rentrer à Ceuta par la terre ou par la mer », expliquait en mars 2026, Rachid Sbihi, secrétaire général de l’Association unifiée des gardes civils (AUGC) dans la ville. « On est totalement abandonnés par le gouvernement espagnol pour gérer cet afflux. On réclame des renforts supplémentaires et des équipements plus performants mais personne ne répond à nos demandes »

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#ceuta#politiquemigratoire#frontiere#sante#migrationirreguliere#routemigratoire

  • #climate_change and health: from flood to funder and from rhetoric to action
    https://redasadki.me/2026/07/05/climate-change-and-health-from-flood-to-funder-and-from-rhetoric-to-action

    The #London_Climate_Week launch on 21 June 2026 of a new call from global partners turned three years of listening to community-based #health_workers into money on the table. What the room did not decide is whether the money will reach them the same way the listening did. In Fada, Burkina Faso, what happens […]

    #The_Geneva_Learning_Foundation #climate_and_health #frontline_health_workers #grand_challenges #health_worker_voices #local_action #Nexa #Reda_Sadki #Science_for_Africa_Foundation #Teach_to_Reach