• La #Finlande inaugure une #clôture de 200km à la frontière avec la #Russie pour dissuader Moscou d’"instrumentaliser" les flux migratoires

    La Finlande a inauguré, lundi, une clôture de 200 kilomètres, érigée par tronçons le long de sa #frontière avec la Russie, afin de dissuader Moscou d’"instrumentaliser" les migrants pour la déstabiliser.

    La Finlande et la Russie partagent une frontière longue de 1 340 kilomètres. Pour dissuader Moscou d’"instrumentaliser" les flux migratoires pour la déstabiliser, Helsinki a inauguré un nouveau tronçon de clôture de 200km le long de cette frontière.

    Ce pays nordique a fermé sa frontière de 1 340 kilomètres avec la Russie en décembre 2023, après l’arrivée de plus de 1 300 migrants dépourvus de visa. En avril 2025, Helsinki a indiqué que cette frontière resterait fermée jusqu’à nouvel ordre. « En prolongeant la validité de la loi sur la sécurité des #frontières, nous veillerons à ce que les autorités frontalières disposent de pouvoirs suffisants pour agir de manière préventive et efficace dans les cas les plus graves de migration instrumentalisée », avait détaillé la ministre finlandaise de l’Intérieur, Mari Rantanen.

    La situation à cette frontière est calme depuis lors, avec seulement quelques cas isolés de franchissement illégal.

    Dans son rapport de l’année 2025 coréalisé avec le European Migration Network (EMN) et publié en juin dernier, le service finlandais de l’immigration soulignait que les chiffres de demandes de protection internationales étaient restés bas dans le pays.

    « Le nombre de demandeurs d’asile arrivant en Finlande a continué de baisser en 2025. L’année dernière, 2 549 demandes d’asile au total ont été déposées (contre 2 948 en 2024) », peut-on y lire.

    « Aujourd’hui, la situation est calme mais tendue et nous ne savons vraiment pas ce que demain nous réserve », a déclaré à l’AFP Mari Rantanen. Elle s’exprimait dans le sud-est de la Finlande, près du poste-frontière de Nuijamaa, dont les activités ont cessé il y a près de trois ans.

    Toutefois, « les choses peuvent changer très rapidement, c’est pourquoi nous devons être parfaitement préparés », a-t-elle ajouté. La ministre était à côté d’un tronçon de la clôture en #fil_barbelé, haute de 4,5 mètres, installée dans des zones stratégiques et équipée de caméras ainsi que de capteurs.

    « #Guerre_hybride »

    En 2023, la Finlande avait accusé la Russie de lui livrer une « guerre hybride » en orchestrant l’arrivée de ressortissants de pays tiers à sa frontière, des allégations que le Kremlin a rejetées.

    Ces événements étaient survenus quelques mois seulement après que la Finlande avait mis fin à des décennies de non-alignement militaire en rejoignant en avril 2023 l’Otan.

    « Il s’agit d’un élément de notre dispositif de #sécurité_frontalière et cela nous aide pour la #surveillance mais permet aussi, si nécessaire, d’empêcher les gens de pénétrer sur le territoire finlandais », a expliqué Mari Rantanen.

    Ce « projet d’infrastructures d’une ampleur exceptionnelle » a impliqué environ mille propriétaires terriens et des centaines d’entreprises, selon les gardes-frontières finlandais.

    « La meilleure solution pour la gestion des foules »

    Des clôtures similaires ont été érigées en #Lettonie, en #Lituanie et en #Pologne, le long de leurs frontières avec la #Biélorussie, ainsi qu’en #Estonie, à sa frontière avec la Russie, afin de freiner le passage des migrants.

    Ces travaux ont coûté à la Finlande 356 millions d’euros et le montant annuel nécessaire à la maintenance est évalué à entre deux et trois millions d’euros, selon Erkki Matilainen, un responsable des gardes-frontières.

    Bien que la #technologie des #drones ait fait des progrès considérables, une clôture frontalière reste « considérée comme la meilleure solution pour la gestion des foules », a-t-il jugé.

    La semaine dernière, le gouvernement finlandais a proposé de prolonger d’un an, jusqu’au 31 décembre 2028, la #loi_sur_la_sécurité_aux_frontières, une mesure provisoire permettant aux gardes-frontières de refouler les demandeurs d’asile dans certaines circonstances.

    Cette disposition peut être appliquée par périodes d’un mois dans des zones délimitées si la souveraineté et la sécurité nationale de la Finlande sont considérées comme menacées.

    Des experts estiment que cette loi contrevient aux engagements internationaux de la Finlande en matière de #droits_humains ainsi qu’à sa Constitution. Un fait assumé par l’exécutif.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/73532/la-finlande-inaugure-une-cloture-de-200km-a-la-frontiere-avec-la-russi
    #murs #barrières_frontalières #migrations #réfugiés #asile #refoulements #coût #prix

  • Après l’afflux de migrants à Ceuta, l’UE accorde 115 millions d’euros à l’Espagne pour renforcer sa frontière
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/09/09/apres-l-afflux-de-migrants-a-ceuta-l-ue-accorde-115-millions-d-euros-a-l-esp

    Après l’afflux de migrants à Ceuta, l’UE accorde 115 millions d’euros à l’Espagne pour renforcer sa frontière
    L’aide européenne permettra à l’Espagne d’investir dans de nouveaux équipements de surveillance et de renforcer la présence de ses agents à la frontière de Ceuta.
    Le Monde avec AFP
    L’Union européenne a accordé mercredi 9 septembre une aide d’urgence d’environ 115 millions d’euros à l’Espagne pour la soutenir dans la gestion de l’enclave de Ceuta, après l’arrivée massive et illégale de migrants en provenance du Maroc, fin juillet. Ce soutien servira notamment à renforcer la surveillance des frontières, acquérir des équipements tels que des caméras thermiques, et à déployer du personnel supplémentaire, a précisé la Commission européenne.
    Plus de 70 000 migrants sont entrés de force, à pied ou à la nage, les 30 et 31 juillet à Ceuta, une des deux seules frontières terrestres de l’Europe avec l’Afrique, avec l’autre territoire espagnol de Melilla, un afflux qui a fait des dizaines de morts et de disparus.
    La plupart sont repartis dans la foulée, mais plusieurs milliers – 5 000, selon le gouvernement du premier ministre Pedro Sanchez, ou au moins 10 000, d’après les autorités locales de Ceuta – sont encore présents aujourd’hui, dormant pour beaucoup dans les rues et sur les plages.Juan Jesus Vivas, le président de l’enclave espagnole de Ceuta, avait réclamé l’aide de l’Union européenne mardi. Ce dirigeant, membre du Parti populaire (droite), a également accusé le Maroc d’être derrière cet afflux massif de personnes, « par action ou omission ».
    Le socialiste Pedro Sanchez avait, quant à lui, assuré qu’aucun service n’avait « remis au gouvernement espagnol de preuves solides que le Maroc ait planifié ou orchestré » cet afflux de migrants. Mais les doutes sur le rôle du Maroc se sont intensifiés la semaine dernière, après la fuite d’un rapport de police pointant la « permissivité » des forces de sécurité de ce pays pendant la crise. La justice espagnole a ouvert lundi une enquête sur cette crise, en se fondant principalement sur ce rapport de police.

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#ceuta#crisemigratoire#migrationirreguliere#UE#frontiere#maroc

  • The Death Zone – The Making of a Lethal Pushback Regime Across the Polish–Belarusian Borderlands

    In the summer of 2021, amid rising geopolitical tensions, the government of Belarus facilitated the crossing of its borders with neighbouring European Union (EU) countries by illegalised migrants from the Global South. Considering the way EU countries have framed migrants as threats and criminalised their mobility, the Belarus government aimed for these crossings to have a destabilising effect on the EU. In response, Poland, Latvia, and Lithuania denounced this practice as a form of “hybrid warfare” enacted through the “instrumentalisation” of migrants. In the aim of preventing migrants from arriving on their territories and seeking protection, the governments of these countries swiftly instituted exceptional legislation, erected exclusionary border infrastructure, and deployed large numbers of law enforcement agents to their borders. Their policies, which received the full backing of the EU, have constituted a pushback regime that has been consolidated over the last five years. As a result, migrants seeking to cross the borders between Belarus and EU countries have been subjected to widespread violations of their rights and recurring acts of violence by law enforcement agents. This investigation focuses on the vast space of the Polish–Belarusian borderlands which has seen the starkest developments. In particular 102 migrant deaths have been documented since 2021 and many more disappearances reported.

    This investigation mobilises a broad range of methods and fact-based analysis to answer the following key questions: How has this lethal pushback regime emerged? How has it been consolidated over the last five years? How have border policies, practices, infrastructure, and the environment converged to structurally generate violence, deaths, and disappearances? Who should be held accountable for the different forms of harm experienced by migrants?

    To answer these questions, we have led an investigation over two years. The research has been led by the researchers and fellows of the Circumference of Violence and Infrastructuring Nature research projects and the investigative agency Border Forensics. We have further collaborated with a number of Polish researchers and civil society actors, in particular We Are Monitoring, Podlasie Volunteer Humanitarian Emergency Service, Egala Association, Médecins Sans Frontières, Helsinki Foundation for Human Rights, Border Deaths Monitoring Group and Piotr Czaban — investigative journalist and creator of the Czaban Robi Raban channel.

    Our research has combined the analysis of a broad range of data types—that have been generated by civil society actors over the last five years or specifically for this investigation—with an equally wide range of methods—from ethnographic research to discourse analysis, from forensic reconstruction to geostatistical analysis. We offer a unique evidence-based account of the emergence and functioning of this lethal pushback regime, with a focus on the combined and cumulative forms of violence that structurally culminate in migrants’ deaths and disappearances. By analysing the specific causal chains and recurring mechanisms leading to these human tragedies, and confronting these findings with geostatistical analysis, we demonstrate that the Polish and Belarusian state policies, infrastructure, and law enforcement practices have knowingly exposed migrants to environmental conditions—forests, rivers, and the cold in particular—that have proven lethal. The report further accounts for the discursive, legal, and political processes, both at the national and European levels, that have allowed this lethal pushback regime to be consolidated over the last five years. This consolidation has occurred despite the 2023 change in government from the right-wing PiS government to the centrist coalition government led by Donald Tusk —who had included in his campaign the aim of ending violations of migrants rights and deaths. In fact, over time the pushback regime has become more entrenched at the national level—as exemplified by the 2025 law suspending asylum—and become a model for the Crisis Regulation included in the EU’s new Pact on Migration.

    The main outcomes of this investigation are an extensive report in which we account for the emergence, functioning, harmful effects, and consolidation of the lethal pushback regime across the Polish–Belarusian borderlands over the last five years, as well as an interactive online mapping platform which brings together the multiple sources of data we relied on for our analysis. By drawing on the data and knowledge gathered by Polish civil society actors and researchers over the years, and supplementing them with new data and methods, our aim is for this report and platform to offer a comprehensive account of the dynamics generating border violence across the Polish–Belarusian borderlands and to constitute a robust evidentiary base that may support demands for accountability and advocacy.

    https://www.borderforensics.org/investigations/poland-investigation
    #pologne #forensic_architecture #architecture_forensique #Pologne #frontières #Biélorussie #migrations #réfugiés #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #border_deaths #violence #border_violence

  • La Finlande inaugure une clôture de 200km à la frontière avec la Russie pour dissuader Moscou d’"instrumentaliser" les flux migratoires - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/73532/la-finlande-inaugure-une-cloture-de-200km-a-la-frontiere-avec-la-russi

    La Finlande inaugure une clôture de 200km à la frontière avec la Russie pour dissuader Moscou d’"instrumentaliser" les flux migratoires
    Par La rédaction Publié le : 08/09/2026
    La Finlande a inauguré, lundi, une clôture de 200 kilomètres, érigée par tronçons le long de sa frontière avec la Russie, afin de dissuader Moscou d’"instrumentaliser" les migrants pour la déstabiliser.
    La Finlande et la Russie partagent une frontière longue de 1 340 kilomètres. Pour dissuader Moscou d’"instrumentaliser" les flux migratoires pour la déstabiliser, Helsinki a inauguré un nouveau tronçon de clôture de 200km le long de cette frontière.Ce pays nordique a fermé sa frontière de 1 340 kilomètres avec la Russie en décembre 2023, après l’arrivée de plus de 1 300 migrants dépourvus de visa. En avril 2025, Helsinki a indiqué que cette frontière resterait fermée jusqu’à nouvel ordre. « En prolongeant la validité de la loi sur la sécurité des frontières, nous veillerons à ce que les autorités frontalières disposent de pouvoirs suffisants pour agir de manière préventive et efficace dans les cas les plus graves de migration instrumentalisée », avait détaillé la ministre finlandaise de l’Intérieur, Mari Rantanen.La situation à cette frontière est calme depuis lors, avec seulement quelques cas isolés de franchissement illégal.
    Dans son rapport de l’année 2025 coréalisé avec le European Migration Network (EMN) et publié en juin dernier, le service finlandais de l’immigration soulignait que les chiffres de demandes de protection internationales étaient restés bas dans le pays.
    « Le nombre de demandeurs d’asile arrivant en Finlande a continué de baisser en 2025. L’année dernière, 2 549 demandes d’asile au total ont été déposées (contre 2 948 en 2024) », peut-on y lire.
    « Aujourd’hui, la situation est calme mais tendue et nous ne savons vraiment pas ce que demain nous réserve », a déclaré à l’AFP Mari Rantanen. Elle s’exprimait dans le sud-est de la Finlande, près du poste-frontière de Nuijamaa, dont les activités ont cessé il y a près de trois ans. Toutefois, « les choses peuvent changer très rapidement, c’est pourquoi nous devons être parfaitement préparés », a-t-elle ajouté. La ministre était à côté d’un tronçon de la clôture en fil barbelé, haute de 4,5 mètres, installée dans des zones stratégiques et équipée de caméras ainsi que de capteurs.
    En 2023, la Finlande avait accusé la Russie de lui livrer une « guerre hybride » en orchestrant l’arrivée de ressortissants de pays tiers à sa frontière, des allégations que le Kremlin a rejetées. Ces événements étaient survenus quelques mois seulement après que la Finlande avait mis fin à des décennies de non-alignement militaire en rejoignant en avril 2023 l’Otan. « Il s’agit d’un élément de notre dispositif de sécurité frontalière et cela nous aide pour la surveillance mais permet aussi, si nécessaire, d’empêcher les gens de pénétrer sur le territoire finlandais », a expliqué Mari Rantanen.
    Ce « projet d’infrastructures d’une ampleur exceptionnelle » a impliqué environ mille propriétaires terriens et des centaines d’entreprises, selon les gardes-frontières finlandais. Des clôtures similaires ont été érigées en Lettonie, en Lituanie et en Pologne, le long de leurs frontières avec la Biélorussie, ainsi qu’en Estonie, à sa frontière avec la Russie, afin de freiner le passage des migrants. Ces travaux ont coûté à la Finlande 356 millions d’euros et le montant annuel nécessaire à la maintenance est évalué à entre deux et trois millions d’euros, selon Erkki Matilainen, un responsable des gardes-frontières. Bien que la technologie des drones ait fait des progrès considérables, une clôture frontalière reste « considérée comme la meilleure solution pour la gestion des foules », a-t-il jugé.La semaine dernière, le gouvernement finlandais a proposé de prolonger d’un an, jusqu’au 31 décembre 2028, la loi sur la sécurité aux frontières, une mesure provisoire permettant aux gardes-frontières de refouler les demandeurs d’asile dans certaines circonstances. Cette disposition peut être appliquée par périodes d’un mois dans des zones délimitées si la souveraineté et la sécurité nationale de la Finlande sont considérées comme menacées. Des experts estiment que cette loi contrevient aux engagements internationaux de la Finlande en matière de droits humains ainsi qu’à sa Constitution. Un fait assumé par l’exécutif.

    #Covid-19#migration#migrant#finlande#russie#frontiere#crisemigratoire#lettonie#lituanie#pologne#bielorussie#estonie#sante#droit

  • Traversées vers le Royaume-Uni : Frontex déploie pour la première fois des navires européens dans la Manche - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/73499/traversees-vers-le-royaumeuni--frontex-deploie-pour-la-premiere-fois-d

    Traversées vers le Royaume-Uni : Frontex déploie pour la première fois des navires européens dans la Manche
    Par La rédaction Publié le : 04/09/2026
    La Préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord (Prémar) a annoncé le déploiement de navires européens sous mandat de l’agence Frontex pour appuyer les opérations de sauvetage dans la Manche dès ce mois de septembre. Les bateaux déployés par l’agence des gardes-frontières européenne ne participeront pas à des opérations d’interception en mer.
    C’est une première. Frontex, l’agence européenne ⁠de gardes-frontières et ​de gardes-côtes va envoyer des bateaux dans la Manche et en mer du Nord pour ​participer aux opérations de recherche et de sauvetage des migrants, ont annoncé vendredi 4 septembre des responsables, juste après la rencontre entre les dirigeants français et britanniques consacrée à la question migratoire.
    Dans un communiqué officiel, les autorités rappellent qu’"au regard des défis posés par la crise migratoire qui sévit depuis 2018 (...) les navires déployés sous mandat Frontex opéreront au sein du dispositif de sauvetage permanent déployé en Manche mer du Nord, coordonné par le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Gris-Nez, sous l’autorité du préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord".Concrètement, Frontex enverra deux ​navires espagnols (le « Duque de Ahumada » puis le « Rio Segura » ) ‌de septembre à octobre, puis un navire lituanien jusqu’en janvier 2027, ⁠afin de se joindre aux patrouilles françaises."Ces déploiements mettent en lumière l’engagement de Frontex à contribuer activement à la sécurité des frontières maritimes de l’Union européenne", lit-on encore dans le communiqué.
    Le Duque de Ahumada « a commencé à opérer au large des côtes françaises cette semaine. Il sera remplacé fin septembre par le Río Segura », précise Frontex dans un communiqué. « Les navires contribueront à donner aux autorités françaises une image plus complète de ce qui se passe en mer. Ils détecteront (...) les ’small boats’ transmettant des informations précises en temps réel aux autorités », écrit encore l’agence européenne. « Frontex aide les autorités nationales à surveiller le littoral et les eaux entre la France, la Belgique et le Royaume-Uni. »
    La Manche est l’une ‌des voies maritimes les plus fréquentées au monde et de nombreux migrants ⁠ont trouvé la mort dans ses forts courants en tentant de passer de la France vers la Grande-Bretagne. Ces dernières semaines, les passeurs ont fait monter plus de 100 personnes à bord de canots pneumatiques, désormais appelés mega boats.Des records de surcharge de bateaux battus les uns après les autres. Mi-juillet, l’arrivée au Royaume-Uni d’un bateau comptant 130 exilés à son bord avait retenu l’attention, il a été suivi le 23 juillet par un autre transportant 165 personnes. Puis le 10 août, c’est une embarcation de 230 migrants qui a atteint les côtes anglaises.
    En août toujours, les gardes-côtes ‌français avaient aussi dû secourir 173 personnes à bord d’un bateau qui avait pris feu.
    Depuis début janvier, au moins 16 personnes ont péri dans la Manche en essayant de rejoindre l’Angleterre, selon un décompte réalisé par InfoMigrants. Ces traversées maritimes comportent en effet des risques mortels de noyade, de bousculade et d’étouffement, souvent liés au nombre trop élevé de migrants à bord des embarcations et à la pression exercée par les passeurs.
    L’immigration est l’un des sujets politiques les plus clivants en Europe, y compris en ​Grande-Bretagne où le parti travailliste au pouvoir est confronté à la concurrence du parti populiste ​Reform UK, qui s’est engagé à empêcher l’arrivée de migrants ​par bateau.
    Les arrivées au Royaume-Uni ont nettement baissé ces derniers mois. Le nombre total des migrants ayant traversé la Manche de la France vers le Royaume-Uni cet été - une période qui connaît généralement une augmentation de la fréquence de ces passages en raison d’une météo plus clémente - a chuté à son niveau le plus bas en sept ans, a annoncé le 31 août le gouvernement britannique, saluant le succès de son accord de coopération avec la France.
    Londres avait annoncé en avril son intention de verser à la France jusqu’à 660 millions de livres sterling (768,54 millions d’euros) ​dans le cadre d’un accord triennal sur la sécurité aux frontières visant à endiguer les traversées illégales de la Manche par des migrants, une partie du financement étant subordonnée aux résultats obtenus.
    L’année dernière, les deux pays avaient aussi convenu d’un programme pilote « un pour un », en vertu duquel ⁠la France accepte le retour des personnes sans papiers arrivant en Grande-Bretagne à bord de petites embarcations, en échange ⁠de quoi ​elle s’engage à accueillir un nombre équivalent de demandeurs d’asile en règle ayant des liens familiaux au Royaume-Uni.

    #Covid-19#migration#migrant#manche#frontex#merdunord#routemigratoire#migrationirreguliere#frontiere#smallboat#france#royaumeuni

  • Entre le Maroc et l’Espagne, la crise de Ceuta ressuscite le contentieux frontalier
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/08/29/entre-le-maroc-et-l-espagne-la-crise-de-ceuta-ressuscite-le-contentieux-fron

    Entre le Maroc et l’Espagne, la crise de Ceuta ressuscite le contentieux frontalier
    Par Alexandre Aublanc
    Les fantômes reviennent hanter les relations entre l’Espagne et le Maroc. Au palais royal de Rabat, lundi 24 août, ont été invoqués les esprits de Cadi Ayyad et Al Azafi, deux théologiens morts il y a plus de sept cents ans. Ce jour-là, le ministre des affaires religieuses marocain, Ahmed Toufiq, les a cités, devant le roi Mohammed VI et son fils, le prince héritier Moulay Al-Hassan, lors de la traditionnelle veillée marquant l’anniversaire de la naissance du prophète Mahomet. Les savants étant nés à Ceuta avant que la cité ne devienne espagnole en 1580, il fut question dans son discours de « lutte sacrée » et de « villes occupées ».
    L’allusion, qui visait aussi l’enclave de Melilla, a fait bondir de l’autre côté de la Méditerranée. Le lendemain, la presse s’est emparée du sujet, de la télévision publique RTVE au site Vozpopuli, qui voit dans ces propos « une dimension politique indéniable » sur fond d’urgence sécuritaire et humanitaire : plus de 70 000 personnes venues du Maroc sont entrées illégalement à Ceuta, les 30 et 31 juillet, et plusieurs milliers s’y trouvent toujours. Même si aucune preuve tangible ne crédibilise pour le moment cette thèse et qu’à Madrid le gouvernement de Pedro Sanchez la réfute, la suspicion en Espagne demeure : ces traversées massives auraient été « facilitées » par les autorités marocaines, qui tenteraient ainsi de faire pression sur leur voisin.
    Les partisans de ce scénario en veulent pour preuve les déclarations du ministre de la justice, Abdellatif Ouahbi. A la télévision saoudienne Asharq News, le 11 août, puis sur la chaîne marocaine 2M, dix jours plus tard, ce dernier a rappelé avec insistance les « droits historiques et géographiques » du Maroc sur les « enclaves occupées ». Ces revendications ne sont pas nouvelles. De fait, la gestion laborieuse du dossier migratoire a cédé la place au vieux contentieux frontalier.
    C’est donc une bataille informationnelle que se livrent des médias de part et d’autre, quitte à recourir à des arguments parfois spécieux. Tandis que des quotidiens madrilènes assurent que Ceuta et Melilla appartenaient à l’Espagne avant que le Maroc n’existe – oubliant que les historiens font remonter l’Etat marocain à plus d’un millénaire –, des titres à Rabat mettent en doute la légalité des enclaves, que les Nations unies ne considèrent pas comme à décoloniser.
    Dans ce choc des récits a surgi l’écrivain Boualem Sansal, nouveau chroniqueur pour le site Le360, codétenu par un proche du secrétaire particulier de Mohammed VI. « Je comprends la position marocaine et je la partage. (…) Les frontières de l’Europe doivent être en Europe. (…) Ceuta et Melilla sont sur le continent africain », écrivait l’auteur franco-algérien, jeudi. Deux jours avant, c’est un autre collaborateur du site, l’historien Bernard Lugan, ex-membre du conseil scientifique du Front national (ancêtre du Rassemblement national), qui plaidait la « marocanité » des enclaves.
    Cette guerre des récits charrie son lot de polémiques. Ainsi du cas de Wafae Atid, 28 ans, entrée à la nage à Ceuta. « [Au Maroc,] les femmes sont considérées comme inférieures aux hommes », a-t-elle confié au journal El Pais, le 19 août, pour justifier son départ du royaume chérifien. Selon son témoignage, sa famille l’empêche de voyager. Sauf que des internautes marocains ont épluché son activité sur les réseaux sociaux, y trouvant des images d’elle au Qatar, à Dubaï ou en Turquie. « Si ces traces numériques ne constituent pas une preuve de ses conditions de vie au Maroc, elles viennent néanmoins nuancer le récit présenté au public », a réagi la chaîne marocaine d’information en continu Medi-1 TV, le 21 août.
    Le hiatus entre les deux pays s’est creusé brutalement après la divulgation par le groupe de hackeurs Jabaroot, lundi 24 août, des noms de dizaines de milliers de Marocains travaillant pour la direction générale de la sûreté nationale (DGSN) ou celle de la surveillance du territoire (DGST). Selon le titre The Objective, cinq membres de l’ambassade du Maroc à Madrid et onze vice-consuls marocains, dont celui de Barcelone, figurent sur ces listes. Le parti d’extrême droite Vox, troisième force politique d’Espagne, réclame leur expulsion. Ni la DGSN ni la DGST n’ont pour le moment contesté ces informations.
    La tension est telle que le souvenir de l’îlot Persil refait surface. En juillet 2002, ce rocher de Méditerranée à la souveraineté contestée avait été le théâtre d’un coup de force militaire marocain, puis espagnol, avant un long gel des relations bilatérales. Le dernier homme politique à s’être rendu à Ceuta, jeudi 27 août, n’est d’ailleurs autre que le premier ministre de l’époque, José Maria Aznar, tenant d’une ligne dure envers Rabat. A 73 ans, l’ancien leader du Parti populaire a fustigé la « faiblesse » de Pedro Sanchez. L’actuel président de la formation, Alberto Nuñez Feijoo, a fait de même, l’accusant de « se comporte[r] davantage comme un sujet du Maroc que comme le chef du gouvernement espagnol ».
    Pour autant, pas de passe d’armes diplomatique cette fois. Devant le Congrès, vendredi 28 août, le ministre des affaires étrangères, José Manuel Albares, a déclaré que sa communication avec son homologue marocain, Nasser Bourita, « demeure constante » et que la coopération avec le Maroc est « essentielle ». « J’ai été très clair sur Ceuta et Melilla, sur notre intégrité territoriale et notre souveraineté. Par conséquent, il n’y a pas eu, il n’y a pas et il n’y aura jamais aucune discussion à ce sujet », a-t-il ajouté.
    Cette crise qui ne dit pas son nom a en tout cas réussi à mettre d’accord, une fois n’est pas coutume, deux partis que tout oppose. Les patriotes identitaires de Vox et les progressistes de gauche de Sumar, membre du gouvernement, ont chacun déposé, les 5 et 6 août, une résolution visant à exclure Rabat de l’organisation de la Coupe du monde de football 2030, qui doit se dérouler au Maroc, en Espagne et au Portugal. « Les événements extrêmement graves survenus à Ceuta ont irrémédiablement brisé les fondements de la confiance sur lesquels repose nécessairement une candidature commune », soutient Vox dans son texte.

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#ceuta#maroc#crisemigratoire#migrationirreguliere#frontiere#sante

  • Sénégal : l’Union européenne construit deux centres pour les exilés interceptés ou secourus dans l’Atlantique - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/73331/senegal--lunion-europeenne-construit-deux-centres-pour-les-exiles-inte

    Sénégal : l’Union européenne construit deux centres pour les exilés interceptés ou secourus dans l’Atlantique
    Par Maïa Courtois Publié le : 28/08/2026
    Deux centres pour personnes migrantes au Sénégal, dont l’ouverture est prévue pour l’un en 2026, pour l’autre en 2027, sont financés par l’Union européenne. L’objectif affiché est de garantir le bon déroulement des procédures administratives post-interceptions et post-sauvetages, avec la protection des publics les plus vulnérables. Mais des risques de transformation à des fins de détention, dans le cadre des enquêtes sur les passeurs, existent. Un premier centre d’accueil temporaire pour migrants au Sénégal financé par l’Union européenne (UE), en cours de construction, va être rendu opérationnel d’ici la fin de l’année. Un second va suivre dans le courant de l’année 2027. Les deux visent à recevoir les personnes exilées secourues ou interceptées en mer par les autorités du pays.
    Le premier centre, dont les travaux sont en cours « depuis début 2026 », sera situé à Dakar même. Le second est prévu dans la région de Saint-Louis, au nord du pays, proche de la frontière avec la Mauritanie, selon les informations du site spécialisé Africa Intelligence, confirmées par InfoMigrants auprès de la Commission européenne. Les travaux débuteront très prochainement.
    Si l’UE ne participera pas à la gestion quotidienne des lieux, il s’agit bien d’un projet de la Direction générale de la migration et des affaires intérieures (DG Home) de l’Union européenne, avec une enveloppe financière dédiée. Le partenariat opérationnel mis en œuvre au Sénégal, qui comprend la construction de ces centres mais aussi d’autres types de soutien matériel, est « doté d’une enveloppe totale de 35,75 millions d’euros », précise la Commission.
    Des centres qui aident les autorités à retenir les migrants post-interceptions
    Mais à quoi servent ces deux centres, et pourquoi cet intérêt de l’Union européenne dans leur financement ? Pour le comprendre, il faut s’intéresser à ce qu’il se passe dans les suites des interceptions et secours en mer menés par les autorités sénégalaises. En théorie, les autorités ont le droit de détenir pendant 72 à 96 heures les passagers secourus ou interceptés dans l’Atlantique. Dans la pratique, les autorités locales n’ont pas d’espace suffisant pour héberger les gens dans les locaux de police, explique une analyse de l’ONG StateWatch parue fin 2025 sur ce sujet.
    D’autant que les embarcations contiennent parfois plus d’une centaine, voire plusieurs centaines, de passagers. Échappant aux locaux de police, « les migrants se fondent souvent dans la population locale, ce qui ralentit l’enquête et empêche d’apporter un soutien adapté aux victimes », observait l’Organisation internationale des migrations (OIM) dans un rapport de 2022. Les autorités ont parfois recouru à des infrastructures informelles comme des salles de classe, note l’OIM.
    La construction de ces deux centres financés par l’UE répond donc, d’abord, à « un besoin exprimé par les autorités sénégalaises, qui souhaitaient disposer d’un mécanisme national capable d’assurer une meilleure organisation de l’accueil et de l’orientation des personnes secourues en mer », assume le porte-parolat de la Commission européenne. La durée d’hébergement y sera limitée à « 72 heures », indique encore la même source. Une durée pouvant cependant être prolongée « par l’autorité sénégalaise compétente dans certaines circonstances exceptionnelles liées à des vulnérabilités spécifiques, à des besoins en matière de santé ou de protection. »
    Mais que se passe-t-il ensuite, à l’intérieur de ces centres ? La Commission, qui qualifie bien ces infrastructures de centres d’accueil, met en avant un objectif humanitaire : « Venir en aide aux migrants dès leur débarquement sur le territoire sénégalais ». Avec une attention particulière portée aux mineurs non accompagnés, femmes enceintes, victimes de traite ou encore demandeurs d’asile.
    Ceci étant, dans la pratique, les 72 heures de rétention permettent aux autorités de procéder à des interrogatoires de passagers pour savoir, par exemple, qui était le pilote du bateau, ou dans quelles circonstances a eu lieu la tentative de traversée, explique l’analyse de StateWatch.
    Dès lors, les ONG craignent que ces centres servent, au-delà de leur objectif initial d’accueil affiché, de lieux d’enquête sur les passeurs voire de détention prolongée. Le Sénégal pénalise l’acte de « migration illégale », via une loi adoptée en mai 2005. L’article 4 spécifie : « Est punie de 5 à 10 ans d’emprisonnement et d’une amende de 1 000 000 à 5 000 000 [de francs CFA] la migration clandestine organisée par terre, mer ou air ; que le territoire national serve de zone d’origine, de transit ou de destination. » Or, ce terme de « migration clandestine » a une acception large - voire floue, selon plusieurs ONG et enquêtes journalistiques. Le média d’investigation Follow the money a par exemple démontré comment cette loi sénégalaise de 2005 pouvait aboutir à des condamnations de personnes exilées elles-mêmes. Un rapport de Human Rights Watch (HRW) détaille la même problématique avec le recours à des centres d’un modèle similaire, financés par l’UE, développés en Mauritanie.
    Comme le rappellent régulièrement plusieurs ONG, à l’instar du réseau PICUM (Plateforme pour la coopération internationale sur les migrants sans papiers), les poursuites engagées à l’encontre des migrants enfreignent « les articles 5 et 16 du Protocole des Nations Unies contre le trafic illicite de migrants, qui interdisent le recours à la législation anti-trafic à l’encontre des migrants eux-mêmes ».
    Mais dans le texte, la loi sénégalaise de 2005 « n’empêche pas la pénalisation de migrants, en contradiction avec ce protocole des Nations Unies », souligne Leonie Jegen, doctorante pour la recherche en sciences politiques à l’Université d’Amsterdam, jointe par InfoMigrants.
    C’est que ce type de convention internationale n’est pas contraignant juridiquement. « Il y a eu des tentatives de réformer la loi depuis 2018, afin de l’aligner davantage sur ce protocole des Nations Unies. Il existe même un avant-projet de loi relatif à la lutte contre le trafic illicite de migrants adopté au niveau technique. Mais cette réforme n’a pas encore été conclue », retrace la chercheuse, qui travaille depuis plusieurs années sur l’externalisation des politiques migratoires européennes, notamment en Afrique de l’Ouest.
    « Replacés dans leur contexte », les centres d’accueil financés par l’UE dans des pays tiers « révèlent un risque très élevé que les ’interceptions à des fins de recherche et de sauvetage’ se transforment en ’interceptions à des fins de détention’ », estime l’analyse de StateWatch. Il existe selon l’ONG un « risque important » que ces nouveaux centres d’accueil temporaire « se transforment de facto en centres de détention ».De fait, la note conceptuelle de la Commission européenne datée d’octobre 2024 à l’origine du projet, révélée par StateWatch, mentionne « une zone distincte pour les passeurs / trafiquants présumés ». Une zone dédiée aux « auditions » et à la « possibilité de détention », selon la note.
    Interrogée à ce sujet, le porte-parole de la Commission ne confirme pas spécifiquement l’existence de ces zones, mais laisse aux autorités sénégalaises la latitude de la gestion administrative des lieux. « L’objectif de ces centres est de garantir que, pendant le déroulement des procédures administratives habituelles, les personnes bénéficient d’une protection, d’une assistance et d’un enregistrement dans des conditions dignes et sûres », explique la Commission.
    De plus, l’instance européenne invoque la signature d’un « contrat spécifique signé début 2026 avec la Commission nationale des droits de l’Homme, une tierce partie indépendante », afin de garantir que les activités de gestion de ces centres « respectent et préservent les droits de l’Homme ». « Ces centres ne sont pas destinés à offrir un hébergement à long terme et ne sont liés à aucune procédure de retour », réaffirme le porte-parole.La note conceptuelle d’octobre 2024 indique que l’UE a initialement prévu de financer la construction de quatre centres d’accueil du même type. Interrogée aux sujets des deux autres centres potentiels, la Commission n’a pas apporté d’éléments de réponse.
    Le site spécialisé Africa Intelligence rappelle que ces structures s’inscrivent dans une « stratégie d’externalisation du contrôle migratoire promue par Bruxelles dans la région ». Ce média évoque une « discussion élargie entre Dakar et Bruxelles en vue d’un partenariat plus global » notamment « lors de la venue d’une mission de haut niveau de l’UE au Sénégal en mars ». Ainsi qu’un investissement matériel : le Sénégal a réceptionné 11 vedettes neuves et six reconditionnées en ce même mois de mars, pour mener les opérations de secours et d’interception en mer.
    Le nouveau Pacte migratoire européen, entré en vigueur en juin, accélère ces dynamiques d’externalisation du contrôle migratoire européen. « L’un des changements principaux prévus, c’est la création de ’hubs de retours’. Selon le MMC [Centre sur la migration mixte, un centre de recherche internationale basé à Dakar, ndlr], le Sénégal était évoqué par plusieurs sources comme partenaire potentiel pour la mise en place de ces centres de retour », commente Leonie Jegen.
    « Sénégal, Ghana, Mauritanie, Rwanda, Ouzbékistan... De nombreuses pistes d’États partenaires circulent, sans confirmation à ce stade », précisait à ce sujet FranceInfo, citant la spécialiste Ravenna Sohst, analyste au centre de recherche Migration Policy Institute Europe. Interrogé sur l’existence ou non de négociations avec le Sénégal à ce sujet, le porte-parolat de la Commission européenne n’a pas répondu.Quoi qu’il en soit, cette externalisation du contrôle migratoire « bénéficie à beaucoup d’acteurs, puisqu’elle va de pair avec de l’argent débloqué pour des projets de développement », rappelle la chercheuse.En revanche, pour la société civile sénégalaise, cette politique reste « très opaque ». Ces dernières années, des manifestations publiques ont déjà eu lieu contre les restrictions mises par l’UE sur les délivrances des visas, qui sont un levier fort de négociations pour les Européens face à l’État sénégalais. Ou encore, contre la présence de Frontex.
    L’agence des gardes-frontières européens n’opère plus dans le pays depuis 2018. Mais selon des documents produits par l’UE en juin 2022 et analysés notamment par la presse sénégalaise, les autorités européennes cherchent à redéployer Frontex au Sénégal. Pour l’heure, l’organisation déploie des vols de surveillance au-dessus des eaux voisines du Cap-Vert, afin de garder un œil sur la route de l’Atlantique. Les premières opérations ont été officiellement lancées en novembre 2025.

    #Covid-19#migration#migrant#senegal#UE#externalisation#politiquemigratoire#frontiere#frontex#OIM#sante#droit

  • Donald #Trump change le nom de l’emblématique lac #Ontario en pleine brouille avec le #Canada
    https://www.huffingtonpost.fr/international/video/donald-trump-change-le-nom-de-l-emblematique-lac-ontario-en-pleine-br

    Après avoir ordonné de changer le nom du « golfe du Mexique » en « golfe d’Amérique », le président des États-Unis a fait une nouvelle annonce surprenante.

    Il a lui-même griffonné le changement de nom au stylo noir sur une carte. Donald Trump, engagé dans une dure confrontation commerciale avec le Canada, a signé ce jeudi 27 août un décret qui selon lui change « immédiatement » le nom du « lac Ontario », situé à la #frontière américano-canadienne, en « lac Amérique ».

  • « Un soupir de soulagement » : Trump suspend son projet anti-immigration dans un parc national

    Face à une mobilisation transpartisane, l’administration Trump a finalement suspendu jusqu’à nouvel ordre son projet anti-immigration à la frontière avec le Mexique, dans le #parc_national de #Big_Bend. Les opposants restent toutefois « sur leurs gardes ».

    Dans les États-Unis de #Donald_Trump, même les #parcs_nationaux ne sont plus sanctuarisés. Pourtant élevé au rang de « joyau de la couronne » du patrimoine naturel étasunien, Big Bend a été ébréché par les bulldozers et les pelleteuses de l’administration fédérale, mi-août. Dans sa chasse quasi obsessionnelle aux migrants à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, le monarque de Mar-a-Lago disait vouloir renforcer la #sécurisation de cette portion de frontière au nom de la #sécurité_nationale, sans pour autant y ériger son emblématique mur. À la place, le ministère de la Sécurité intérieure prévoyait d’installer « de nouvelles pistes de #patrouille, des dispositifs de #surveillance et des #barrières_antivéhicules » dans l’un des espaces les plus sauvages du #Lone_Star_State (l’« État de l’étoile solitaire »).

    Mais citoyens et élus aux convictions politiques différentes ont fait cause commune pour défendre le parc et ainsi pousser Trump à suspendre tous les travaux, le 17 août, quelques jours seulement après leur lancement. L’arrêt n’est que temporaire, le temps de permettre à #Rodney_Scott, le chef de la police aux frontières, d’aller sur place et de procéder à une « évaluation personnelle » de la situation, a-t-il annoncé sur le réseau social X.

    Un répit sans doute de courte durée, qui aura eu le mérite de rassembler les opposants. « C’est presque inédit de voir une #opposition aussi transpartisane. Certaines des voix les plus virulentes viennent de républicains conservateurs influents », souligne #Bob_Krumenaker, ancien directeur de Big Bend et désormais président de #Keep_Big_Bend_Wild, un collectif non partisan réunissant habitants et anciens responsables des parcs nationaux, qui œuvrent à la préservation du seul parc national du #Texas.

    Biologiste de formation, cet ancien responsable du National Park Service pendant quarante-et-un ans estime que « l’administration a été prise au dépourvu par la capacité d’organisation de ces opposants » et espère qu’elle agira toutefois de « manière sensée », en stoppant définitivement les travaux, surtout à l’approche des élections de mi-mandat en novembre.

    Bob Krumenaker pense que cette #mobilisation peut être « un tournant » dans le combat contre l’administration Trump-II. Beaucoup disent ressentir de « la gratitude » tout en restant « sur leurs gardes ». « Avec cet arrêt des travaux, c’est comme si toute la communauté avait poussé un soupir de soulagement collectif, souligne #Anna_Claire_Beasley, directrice de la stratégie et des campagnes de #No_Big_Bend_Wall (« Pas de mur dans le Big Bend »), une coalition citoyenne de l’ouest du Texas opposée à la construction du mur. Ce combat a été épuisant. Cette pause nous permet de souffler, de nous regrouper et de recentrer nos efforts pour être prêts à affronter la suite. »

    La crainte d’une jurisprudence

    Moins connu que Yellowstone, le Grand Canyon et Yosemite, Big Bend est pourtant « l’un des lieux les plus riches en #biodiversité d’Amérique du Nord auquel les Texans sont très attachés », estime Rick LoBello, ancien garde de ce trésor national.

    Reconnu comme réserve de biosphère par l’#Unesco en 1976, le parc abrite quelque 1 200 espèces de plantes, au moins 450 espèces d’oiseaux et 75 espèces de mammifères. Parmi cette faune exceptionnelle figurent notamment l’ours noir et la gambusie de Big Bend, un petit poisson en danger d’extinction que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde.

    « Ce qui se passe actuellement menace non seulement la plus vaste zone sauvage protégée du Texas, mais porte aussi atteinte à cette zone binationale et à la vision mondiale de la #protection_de_la_nature », s’inquiète Rick LoBello.

    À ses yeux, c’est l’idée même des parcs nationaux, née aux États-Unis en 1872, qui pourrait être « gravement compromise » si Trump allait au bout de sa politique répressive, Big Bend faisant ainsi jurisprudence. « D’autres pays pourraient se dire : “Si les États-Unis peuvent détruire leurs parcs nationaux, nous pouvons le faire aussi” », craint l’actuel responsable de l’éducation et de la conservation du zoo d’El Paso, désormais à quelque 500 km de Big Bend. Avant d’ajouter : « Si j’habitais plus près, je m’enchaînerais à un bulldozer. »

    D’après les informations recueillies par Reporterre auprès d’anciens responsables du parc et de militants, les bulldozers auraient déjà défriché un large couloir d’environ 1,6 km de long et jusqu’à 30 mètres de large traversant une forêt riveraine et l’habitat du coulicou à bec jaune, une espèce protégée. Plusieurs autres zones désertiques auraient également été aplanies pour stationner des véhicules, tandis qu’une nouvelle piste creusée dans une pente rocheuse très abrupte aurait causé « des #dégâts_irréversibles ».

    Membre actif de #Friends_of_the_Riverside_Church, une organisation à but non lucratif qui œuvre pour la restauration de l’église locale, #Martha_Stafford dénonce un passage en force « sans précédent ».

    En mars, l’administration la plus climatosceptique de l’histoire des États-Unis a écarté 28 #lois environnementales, dont le #National_Historic_Preservation_Act, pour permettre la réalisation d’un projet doté de 1,7 milliard de dollars grâce à la #One_Big_Beautiful_Bill (« la grande et belle loi »), la gigantesque loi budgétaire voulue par Donald Trump pour sa politique de lutte contre l’immigration. Plusieurs associations et organisations, dont la sienne, ont déposé une plainte contre l’administration Trump.

    Un environnement « extrêmement inhospitalier »

    « La mission première du ministère de l’Intérieur est de protéger ces lieux pour les générations futures », rappelle cette habitante de #Marfa, une petite ville du #désert_de_Chihuahua, pour qui les décisions prises aujourd’hui ne devraient pas répondre aux seuls impératifs du moment.

    Elle dénonce surtout une inversion de la promesse démocratique étasunienne : « Le système est censé être “par le peuple, pour le peuple”. Ici, c’est “par l’administration, pour l’administration”, et contre le peuple. » Une logique autoritaire et sécuritaire qui peine à la convaincre : « Personne ne voit de raison de détruire ce trésor national pour un bénéfice aussi faible en matière de sécurité. »

    Selon les chiffres de la patrouille frontalière (Border Patrol) et la douane étasunienne (Customs and Border Protection), seules 200 personnes ont été interpellées par les autorités à l’intérieur du parc en 2025, soit à peine 0,045 % des arrestations enregistrées sur l’ensemble de la frontière sud-ouest. Le secteur de Big Bend couvre pourtant 26 % de la frontière avec le Mexique, mais concentre moins de 1 % des interpellations.

    « C’est un environnement extrêmement inhospitalier pour quiconque tenterait de parcourir de longues distances à pied, appuie Thomas Alex, archéologue et responsable des ressources culturelles de Big Bend pendant trente-deux ans. Il nous arrive de voir quelqu’un marcher le long d’une route, mais c’est généralement parce qu’il n’a plus d’eau ou rencontre des problèmes de santé. Les chances de survie en entrant par le parc sont très faibles. » Les températures peuvent en effet dépasser 40 °C.

    Dans le Texas de Big Bend, l’heure est en tout cas venue pour les bulldozers de Trump de rebrousser chemin jusqu’à nouvel ordre.

    https://reporterre.net/Proteger-ces-lieux-pour-les-generations-futures-au-Texas-la-bataille-pou
    #frontières #nature #USA #Etats-Unis #murs #barrières_frontalières #Mexique #suspension #migrations #réfugiés #environnement_hostile #hostile_environment #résistance #justice #désert

    –-

    ajouté à la métaliste sur le lien entre la construction de barrières frontalières et les impacts sur l’environnement/nature...
    https://seenthis.net/messages/515608

  • Au Texas, Donald Trump suspend un projet de sécurisation de la frontière avec le Mexique dans le parc national Big Bend
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/18/au-texas-donald-trump-suspend-un-projet-de-securisation-de-la-frontiere-avec

    Au Texas, Donald Trump suspend un projet de sécurisation de la frontière avec le Mexique dans le parc national Big Bend
    Très critiqué par les habitants et des élus locaux, le plan prévoyait d’installer des barrières, des dispositifs d’éclairage et des technologies de détection au sein de cet espace protégé.
    Le Monde avec AFP
    L’administration Trump a annoncé, lundi 17 août, suspendre un projet de sécurisation de la frontière avec le Mexique dans un parc national du Texas, très critiqué par des habitants et des élus locaux. Le ministère de la sécurité intérieure prévoyait d’installer des barrières, des dispositifs d’éclairage et des technologies de détection au sein du parc national Big Bend, réputé pour ses paysages spectaculaires et la richesse de sa biodiversité.
    « La nuit dernière [de dimanche 16 à lundi 17 août], j’ai ordonné la suspension de tous les travaux de construction dans ce parc jusqu’à ce que je puisse m’y rendre et procéder à une évaluation personnelle », a déclaré, lundi, Rodney Scott, qui dirige la police aux frontières américaine, dans une vidéo sur X.Pour autoriser le projet, le gouvernement avait levé les contraintes imposées par des dizaines de lois environnementales. Ce plan de 1,7 milliard de dollars (environ 1,5 milliard d’euros) s’inscrit dans la volonté du président américain, Donald Trump, de construire un mur à la frontière avec le Mexique afin de lutter contre l’immigration clandestine.
    Selon les données de la police aux frontières, seules 9 624 interpellations de migrants ont été recensées entre janvier 2024 et juillet 2026 dans le secteur de Big Bend. Localement, des responsables ont signé une lettre ouverte soutenant la sécurisation de la frontière mais réclamant des « solutions pragmatiques ».
    Cinq shérifs ont également écrit aux autorités estimant que des technologies de surveillance seraient mieux adaptées sur ce terrain escarpé. « C’est l’un des endroits les plus inhospitaliers des Etats-Unis », affirme Jake Knight, de l’organisation de défense Big Bend Protection Alliance. « Il est littéralement impossible de traverser, que ce soit à pied ou en véhicule, depuis l’autre côté [le Mexique]
    « Il y a des habitants inquiets, qui sont vraiment préoccupés par ce projet de barrière frontalière à Big Bend. Il y a un contrat de 1,7 milliard de dollars, attribué sans appel d’offres, dans notre parc national. C’est énormément d’argent à dépenser », explique Bernadette Devine, qui a manifesté contre le projet.
    L’organisation environnementale Center for Biological Diversity a porté plainte contre le gouvernement afin de bloquer son avancée. « Je n’ai jamais vu des habitants aussi indignés et aussi soudés autour d’un même combat », témoigne Laiken Jordahl, membre de cette association, qui salue la suspension tout en refusant d’y voir encore une « victoire ».

    #Covid-19#migration#migrant#politiquemigratoire#etatsunis#frontiere#mexique

  • A #Gorizia continuano i respingimenti e i richiedenti asilo vivono nascosti lungo l’#Isonzo

    Dati inediti del ministero dell’Interno ottenuti da Altreconomia fotografano i punti di frontiera terreste del nostro Paese, tra respingimenti informali in Friuli e riammissioni passive dalla Francia. Siamo tornati a Nord-Est, dopo la tappa di Udine, per documentare la situazione al confine con la Slovenia. Chi vorrebbe fermarsi incontra barriere burocratiche che lo costringono all’invisibilità. Per Gianfranco Schiavone un tale sistema ostile, confuso e informale è la solita e spregiudicata “strategia della dissuasione”

    Rasheed (nome di fantasia) parla un’inglese fluente e ha i modi affabili di chi è abituato a stare a contatto con il pubblico. Conosce anche il francese e il fiammingo, oltre al turco e al pashtun, perché ha vissuto gli ultimi sei anni a Bruxelles. Potrebbe essere uno dei tanti studenti internazionali che ha scelto una capitale europea per farsi un’esperienza. Ma non è così.

    “La mia vita era in Belgio. Ho frequentato lì le scuole, ho i miei amici, avevo un lavoro fisso: l’Afghanistan è un luogo che mi è estraneo, non posso tornarci”, racconta in estate di fronte alla questura di Gorizia. Lui ha già manifestato la propria volontà di chiedere la protezione internazionale e sta dando indicazioni ad alcuni connazionali.

    È arrivato in Europa a 16 anni, da solo. Il rigetto della sua richiesta d’asilo è stata una doccia fredda: arrivato come minore e seguiti tutti i passaggi necessari, era perfettamente integrato e aveva un contratto a tempo indeterminato come cassiere in un supermercato. Ha scelto l’Italia perché la sua migliore amica è di qui e gli ha detto che la famiglia l’avrebbe aiutato in caso di bisogno.

    All’inizio Rasheed ha provato a fare domanda alla questura di Udine perché, a detta di un suo conoscente, dava esiti favorevoli a chi proviene dall’Afghanistan. Ma i giorni di attesa si sono accumulati (come abbiamo raccontato qui) e dopo un mese ha deciso di cambiare città. “Sono fortunato -riesce a dire ridendo-. Il primo giorno che sono arrivato alla questura di Gorizia eravamo solo in quattro o cinque, non come ora, e quindi ci hanno fatto entrare subito”.

    A pochi metri una quarantina di uomini è assiepata davanti al cancello. Un ufficiale fa entrare poche persone al giorno ma l’attesa media, anche in momenti affollati come questo, è circa di due settimane, comunque di molto inferiore a quella di Udine.

    La storia di Rasheed, però, avrebbe potuto prendere una strada drasticamente differente. La frontiera terrestre friuliana, territorio d’ingresso o di transito per le persone migranti, è teatro di respingimenti sistematici, caso unico in questi termini per l’Italia. Secondo i dati del Dipartimento di pubblica sicurezza ottenuti da Altreconomia tramite accesso civico generalizzato, a Gorizia nel corso del 2025 sono stati infatti 1.454 e nei primi tre mesi del 2026 già 224. A questi si legano gli “irregolari rintracciati”, come li chiama il Viminale, che sono stati 2.291 nel 2025 e 593 fino a marzo di quest’anno. A Trieste, invece, nel 2025 ci sono stati 784 respinti a fronte di 1.579 rintracciati. Un totale in tutto il Friuli-Venezia Giulia, considerando anche la quota irrisoria del settore di Tarvisio, di 3.884 rintracciati e 2.241 respinti: il 57,7% è stato allontanato.

    Il respingimento è una procedura legalmente attuabile a determinate condizioni nei confronti di chi non dispone dei requisiti per l’ingresso, escluso chi chiede asilo. Può avvenire solo alle frontiere esterne o alle interne dove sono stati temporaneamente ripristinati i controlli, come avvenuto appunto al confine con la Slovenia, ma anche con la Francia dove però non ne sono stati registrati. Nei settori di Bardonecchia (TO) -dove si trova Oulx- e di Ventimiglia (IM), che hanno visto il numero più alto di rintracci (rispettivamente 7.509 e 7.110), il ministero ha segnalato molte “riammissioni passive”, ovvero le operazioni di polizia che consistono nel riportare in Italia chi avrebbe attraversato irregolarmente il confine interno sulla base di accordi bilaterali. Nel 2025 a Ventimiglia sono state ben 9.282, mentre a Bardonecchia 5.126. Gli agenti italiani di questi due zone, invece, avrebbero riammesso in Francia un totale di 574 persone.

    Per quanto riguarda la Slovenia si conferma che questo tipo di attività non è mai stato efficiente, come già raccontato da Altreconomia: se tra dicembre 2022 e marzo 2023 Lubiana aveva accolto 23 richieste di riammissione (su 190 presentate), nell’intero 2025 ne ha accettate solo otto.

    “Noi non abbiamo mai visto nel corso dell’ultimo anno un solo provvedimento di respingimento -evidenzia Gianfranco Schiavone, presidente del Consorzio italiano di solidarietà di Trieste-. Il respingimento è un atto amministrativo, quindi dovrebbe essere scritto, motivato e notificato. Può essere impugnato anche se è immediatamente esecutivo. Non sono dunque legali, come chiunque può ben capire, dei respingimenti ‘di fatto’ di cui è impossibile accertarne in giudizio la legittimità come, ad esempio, se sia stato applicato a persone non respingibili”.

    In questa categoria rientra chi ha una vulnerabilità, è minore, intende chiedere asilo o non può comunque essere respinto o espulso nel Paese di origine perché proveniente da luoghi pericolosi, quale è il caso degli afgani. Sotto quest’ultimo punto, difatti, il Dipartimento di pubblica sicurezza ha rifiutato di condividere i dati aggregati in merito allo Stato di provenienza o al genere, adducendo che fosse per “tutela dei dati sensibili o investigativi/giudiziari, garantendo anche l’esigenza di rendere il dato in modo immediato per evitare che subisca interpretazioni”. A quali interpretazioni possano mai essere soggetti rimane un mistero.

    Schiavone rileva poi che,almeno dall’inizio del 2025 sono aumentate le persone che definisce “in orbita”, ovvero chi come Rasheed riceve un diniego in un altro Paese europeo e si trova a ricominciare il suo percorso in Italia perché non ha dove altro tornare. “Chiudere e inasprire: il nuovo Patto per la migrazione e l’asilo è entrato in vigore a giugno ma è stato preceduto da un atteggiamento ostile de facto e questi sono gli effetti”.

    Chi ne è vittima si affianca a chi proviene dalla rotta balcanica, sfaccettando ulteriormente il fenomeno migratorio. Ricorda anche che i numeri del ministero non rappresentano la realtà: secondo i dati raccolti dalle associazioni che si occupano di assistenza a chi arriva sul territorio di Trieste, nel 2025 sono stati registrati poco meno di 10mila nuovi ingressi e dunque gli “intercettati” circa solo il 15%.

    Per Schiavone, comunque, l’Italia rimane un Paese poco desiderabile, una seconda o terza scelta: “I richiedenti asilo sanno che in Italia regna una grande confusione, i tempi per presentare e poi per l’esame delle domande sono lenti, si può abbastanza facilmente rimanere senza accoglienza ma invisibili e lavorare in nero anche se quasi sempre in condizioni di grave sfruttamento. Per quanto ciò sia paradossale per un numero crescente di richiedenti queste pessime condizioni di partenza stanno diventando delle ragioni che fanno scegliere un Paese come l’Italia ”.

    E il disagio, anche a Gorizia, non manca. Rasheed racconta che, in attesa di un posto in accoglienza, vive con altri 25 nella cosiddetta “jungle”, un insediamento informale sulla sponda dell’Isonzo. Stuoiette, teli, tende e fornelletti per cucinare, fuori dagli occhi della città. “Non ho detto alla mia amica che dormo in strada. Per lei sto in albergo”, confessa il ragazzo. Si tocca la schiena e rivela un taglio, frutto di un’operazione a cui ha dovuto sottoporsi a causa di una ferita infertagli durante la rotta e non curata tempestivamente. Gli stranieri a Gorizia si vedono solo davanti agli uffici dell’immigrazione o alla stazione, dove pochi volontari portano beni di prima necessità a chi transita.

    Il fine ultimo delle nuove normative per Schiavone è, al solito, quello di liberarsi delle persone mettendole in condizioni di vita difficili e facendo sì che siano loro stesse a lasciare la procedura e a disperdersi nella marginalità. E sottolinea che le lungaggini delle questure -tutt’altro che isolate sul territorio italiano- sono già parte da tempo di questa “tattica spregiudicata di dissuasione”.

    L’obiettivo delle istituzioni sembra quello di lasciare meno tracce possibili: “Viviamo in un curioso e incredibile contesto nel quale la Pubblica amministrazione rifugge dalle formalità previste da ogni procedura amministrativa operando nella più assoluta informalità. E lo si fa perché diversamente emergerebbero prove inconfutabili di scelte illegittime e ingiustificabili”.

    In questo caos orchestrato non si possono distinguere città in cui le procedure funzionino meglio che in altre; piuttosto, è la presenza della società civile a fare la differenza. Udine e Trieste, ad esempio, hanno un monitoraggio attento e continuo, laddove invece a Gorizia è più carente. E per le persone migranti non cambia “solo” la qualità della vita, magari grazie a mense o alloggi dedicati. “Abbiamo bisogno di associazioni indipendenti che si spingano oltre l’azione caritatevole -conclude Schiavone-. Se non sei informato su quali sono i tuoi diritti e su come entrare nella violenta realtà italiana facendoli valere, puoi anche riuscire a trovare da mangiare o un posto letto precario ma rimarrai sempre invisibile. Per questa ragione sottolineo sempre che l’aiuto caritatevole senza tutela dei diritti non è affatto una scelta neutra ma è uno strumento di potere per non modificare la situazione”.

    https://altreconomia.it/a-gorizia-continuano-i-respingimenti-e-i-richiedenti-asilo-vivono-nasco
    #migrations #réfugiés #asile #frontière_sud-alpine #expulsions #renvois #refoulements #Italie #Slovénie #dissuasion #stratégie_de_la_dissuasion #frontières_intérieures #frontière_terrestre #Tarvisio #réadmissions #réadmissions_passives #accords_bilatéraux #migrerrance #SDF

  • Les sites de rétention italiens en Albanie favorisent des « atteintes à l’Etat de droit », accuse Amnesty International
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/20/les-sites-de-detention-italiens-en-albanie-favorisent-des-atteintes-a-l-etat

    Les sites de rétention italiens en Albanie favorisent des « atteintes à l’Etat de droit », accuse Amnesty International
    Le fonctionnement de ces centres financés par l’Italie, fruit d’un accord entre Rome et Tirana en 2023, est décrit comme particulièrement opaque. L’organisation de défense des droits humains dénonce une situation « préoccupante », alors que Giorgia Meloni souhaite étendre le système.
    Par Allan Kaval (Rome, correspondant)
    Au moment où, à l’approche des élections législatives de 2027, s’installe dans le débat italien l’idée d’une homogénéisation ethnique du pays et de l’Europe, la présidente du conseil, Giorgia Meloni (extrême droite), présente les sites de détention italiens en Albanie, qu’elle a créés, comme un modèle pour le continent. Selon Amnesty International, qui publie jeudi 20 août un rapport intitulé « Italie : détention extraterritoriale des migrants et obligations en matière de droits humains », ce dispositif est propice à la prolifération des atteintes à l’Etat de droit et représente un « péril » pour la « liberté et les droits » des personnes détenues.
    Les auteurs ont documenté le développement, autour de ces sites de rétention, d’une zone grise juridique rendant possibles abus et manquements. Cette « situation extrêmement préoccupante » est dénoncée alors que croît, parmi les dirigeants européens, l’intérêt pour la construction de tels sites de rétention hors de l’Union européenne, une perspective ouverte par le vote au Parlement européen, en juin, du règlement dit « retour » par une majorité d’élus de droite et d’extrême droite. Le texte rend, en effet, possible le déplacement et la détention de personnes dans des pays où ils n’ont aucun lien.
    Pour Amnesty International, en outre, l’expérience albanaise de Rome, fruit d’un accord passé en 2023 avec Tirana, constitue une remise en cause sérieuse des principes démocratiques. Les sites de rétention italiens en Albanie sont, en effet, couverts d’un voile toujours plus opaque.
    Si l’on sait que 73 personnes y ont été enfermées entre octobre 2024 et mars 2025, depuis cette date, seul un communiqué du parti politique de Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia, a fait état du chiffre de 536 personnes passées par ces structures. Initialement ne devaient être détenus dans les centres italiens en Albanie que des demandeurs d’asile venant de pays réputés sûrs, interceptés dans les eaux internationales et considérés comme non vulnérables. Depuis mars 2025, leur transformation en centres de rétention ordinaires pour étrangers en situation irrégulière a permis d’y transférer, du territoire italien et selon des critères opaques, un plus grand nombre de personnes ; le fonctionnement précédent ayant été bloqué par la justice italienne.
    L’absence de chiffres officiels se conjugue aux restrictions nouvelles qui ont été imposées aux élus autorisés à visiter les lieux de privation de liberté, ainsi qu’à la volonté de ne pas allouer au défenseur des droits italien de moyens propres, lié aux structures établies en Albanie. Contrairement à un traité international, le protocole d’accord informel entre Rome et Tirana, dont découle la construction de ces sites, échappe par ailleurs au contrôle du Parlement. Amnesty International évoque aussi la volonté manifestée par l’exécutif de limiter les procédures de contrôle du pouvoir judiciaire sur le fonctionnement de ses lieux.
    Dans cette zone grise située loin des yeux de la société civile italienne, le respect des droits des personnes détenues n’est pas assuré, selon l’ONG. Les auteurs du rapport notent ainsi que le système de visioconférence, prévu pour les audiences des étrangers détenus par des juges du tribunal de Rome, ne permet pas les garanties nécessaires à une procédure équitable, dans un cadre qui serait donc propice à des formes de détention arbitraire.
    La mise à distance des médias, des acteurs de la société civile – dont Amnesty International, qui s’est vu refuser l’entrée – pourrait, par ailleurs, favoriser les abus dans des conditions de détention déjà problématiques. Les cellules, décrites comme inadaptées, sont installées dans des structures dépourvues de salle commune. Et pour des raisons géographiques, les organisations civiles de soutien aux détenus qui interviennent dans les lieux de privation de liberté situés de l’autre côté de la mer Adriatique n’y ont pas accès.
    Après la crise de Ceuta, qui a provoqué la mort de 141 migrants lors de l’intrusion éphémère, dans cette enclave espagnole d’Afrique du Nord, de près de 80 000 étrangers majoritairement marocains, Giorgia Meloni a annoncé sa volonté de multiplier les sites de rétention « à l’albanaise », mais en Afrique cette fois. Cette approche a été saluée par le président du groupe Parti populaire européen (droite) au Parlement européen, Manfred Weber, dans un climat où, en Europe, les images de Ceuta ont été utilisées, du centre jusqu’aux franges les plus radicales de l’extrême droite, pour alimenter le récit d’une « invasion » arabo-musulmane du continent.
    C’est d’ailleurs en usant d’un vocabulaire identitaire et visant, non pas des individus en situation irrégulière mais des communautés jugées incompatibles avec la culture occidentale, que Giorgia Meloni et son homologue danoise, Mette Frederiksen, ont réitéré leur volonté de voir fleurir les sites de rétention extraterritoriaux. Choisissant Instagram et Facebook, elles l’ont fait au moyen d’une publication commune adressée aux citoyens européens et signée « Amicalement, Giorgia et Mette ».

    #Covid-19#migrant#migration#italie#albanie#accordmigratoire#droit#sante#retention#UE#frontiere

  • Mer Méditerranée : quatorze corps découverts au large de la Libye par des ONG de secours - InfoMigrants
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    Mer Méditerranée : quatorze corps découverts au large de la Libye par des ONG de secours
    Par La rédaction Publié le : 17/08/2026
    Samedi 15 août, trois corps ont été découverts en Méditerranée par l’avion Seabird 1 de l’ONG allemande Sea-Watch. La veille, un avion opéré par les associations SOS Méditerranée et Humanitarian Pilots Initiative (HPI) avait repéré onze corps en décomposition au large des côtes libyennes. Les ONG de secours en mer ont dénoncé « les conséquences humaines des politiques européennes meurtrières ».
    Ce sont des drames passés inaperçus. Samedi 15 août, le Seabird 1, l’avion de l’ONG allemande Sea-Watch, et l’organisation ResQship ont découvert trois corps en mer Méditerranée. Le Sea Watch 5 et le voilier Nadir se sont rendus sur les lieux de la découverte des corps.
    Mais, « en raison de l’état de décomposition des corps et des capacités de récupération limitées des navires civils, les corps n’ont pas pu être repêchés », précise un communiqué de Sea-Watch.
    La veille, vendredi 14 août, l’équipage de l’Albatross UNO, l’avion de surveillance aérienne opéré conjointement par SOS Méditerranée et Humanitarian Pilots Initiative (HPI) avaient déjà découvert onze corps dans un état de décomposition avancé à la surface de l’eau, au large de la Libye.
    Dans un communiqué publié le même jour, SOS Méditerranée avait évoqué « une scène particulièrement éprouvante ». « En descendant à plus basse altitude, l’équipage a pu distinguer davantage de détails. Certains corps portaient encore des vêtements ; d’autres semblaient maintenus à la surface par des chambres à air », rapportait également le communiqué. « Cette découverte met en évidence d’une manière brutale les conséquences humaines des politiques européennes meurtrières fondées sur l’indifférence et la dissuasion à tout prix », avait ajouté l’association. Les corps se trouvaient à quelque 57 milles marins de la ville côtière libyenne de Zouara. Les gardes-côtes italiens ont indiqué avoir été informés de la découverte et avoir ensuite averti les autorités libyennes, les corps se trouvant dans la zone de recherche et de sauvetage (SAR) de la Libye.
    Selon les derniers chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 1 668 personnes sont mortes ou disparues en mer Méditerranée depuis le début de l’année 2026 en tentant de rejoindre l’Europe. Elles étaient 1 035 à la même période en 2025. Plus de la moitié des décès sont dus aux conditions climatiques très sévères en janvier. Parmi ces victimes, 872 ont péri sur la route de Méditerranée centrale qui reste la plus meurtrière. Pays de transit et de départ, la Libye reste le premier pays de départ pour rejoindre l’Europe, comme le souligne la plateforme téléphonique d’alerte Alarm Phone, dans son rapport semi-annuel publié le 9 août.
    Ces chiffres marquent une hausse de la mortalité alors que le nombre de migrants est en baisse en raison de politiques européennes plus strictes. Toutes routes migratoires de Méditerranée confondues, ce sont plus de 26 600 exilés qui ont rejoint l’Europe en étant partis de Libye ou de Tunisie depuis le début de l’année, d’après les données de l’agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Un chiffre en baisse par rapport aux années précédentes. L’agence européenne de contrôle des migrations Frontex a indiqué que le nombre total de franchissements illégaux de la frontière de l’Union européenne avait baissé de 26% en 2025 par rapport à l’année précédente, s’établissant à presque 178 000.

    #Covid-19#migrant#migration#UE#frontex#frontiere#sante#mortalite#migrationirreguliere#routemigratoire#mediterranee

  • À Ceuta, des migrants bloqués aux portes de l’Europe attendent de connaître leur sort - InfoMigrants
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    À Ceuta, des migrants bloqués aux portes de l’Europe attendent de connaître leur sort
    Par FRANCE 24 Publié le : 18/08/2026
    L’enclave espagnole située en Afrique du Nord a vu, fin juillet, des milliers de migrants arriver sur son territoire. Certains d’entre eux se sont installés sur la plage El Trampolin, à Ceuta. Ces personnes de différentes nationalités, qui parlent des langues diverses, vivent dans des conditions sommaires sur cette bande de sable. L’Europe leur semble très proche, mais leur avenir est incertain et la crainte de l’expulsion est permanente. De loin, les tentes rudimentaires en roseaux, alignées les unes contre les autres, semblent faire partie d’un décor estival, samedi 15 août, sur l’une des plages de la ville de Ceuta, enclave espagnole située en Afrique du Nord. Des rires et de la fumée s’en élèvent. En s’approchant, c’est une scène totalement différente qui se dessine. Des vêtements en lambeaux, des pieds nus, des corps épuisés par la route. Ici, personne n’est là pour passer des vacances au bord de la mer. Des personnes arrivées les 30 et 31 juillet - lors d’une vague migratoire où plus de 70 000 personnes ont traversé la frontière entre le Maroc et Ceuta - se retrouvent bloquées dans l’attente d’une décision juridique. Chacune a son propre parcours et ses propres attentes, mais toutes ont fini sur la même plage El Trampolín.
    La première chose qui frappe, c’est le mélange de langues et de nationalités : aux côtés des migrants du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, se croisent Bangladais et Égyptiens, Algériens, Irakiens, Indiens et Palestiniens, Syriens et Yéménites. Sur la plage, les tentes semblent être organisées par nationalité, construites avec des roseaux, des bouts de tissu et des matériaux simples. À l’intérieur, il n’y a presque rien : quelques effets personnels et des morceaux de carton utilisés pour dormir.
    Les vêtements sont lavés dans la mer et les ressources essentielles, comme l’eau et la nourriture, se partagent. Autour des exilés, des voitures de police surveillent, stationnant sur place. Plus de deux semaines après le franchissement de la frontière par des dizaines de milliers de migrants, la quasi-totalité sont repartis. Mais environ 2 000 personnes sont toujours à Ceuta. Sous l’une de ces tentes, Kamara, Nigérian de 35 ans, vient de terminer la préparation de son premier repas après près de 24 heures sans manger. La mendicité et l’aide de quelques bienfaiteurs lui permettent chaque jour d’obtenir un peu de nourriture ou quelques euros avec lesquels il achète de quoi calmer sa faim. « Je suis fatigué de toute cette situation, mais je ne considère pas le retour au Maroc comme une option envisageable, je resterai ici jusqu’à ce qu’ils statuent sur notre sort », confie-t-il à France 24. Kamara, comme des centaines de migrants d’Afrique subsaharienne présents sur la plage, a passé des années au Maroc avant de se rendre fin juillet à Ceuta. Des années d’attente, puis un voyage qui l’a conduit sur une plage européenne, mais sans l’avoir encore mené à la vie dont il rêvait.
    La situation du Sénégalais Mamadou ne diffère guère : le même parcours, la même ambition, et la même souffrance. Il a déposé une demande d’asile, et il sait, dit-il, que le Maroc ne l’accueillera plus. Il appelle les autorités espagnoles à assumer leurs responsabilités et à assurer un accueil digne ainsi qu’une vie décente, au lieu de la vie d’errance qu’il mène actuellement. « J’ai maintenant 35 ans, mais j’ai l’impression que ma vie part en fumée. Je vois des personnes de mon âge qui ont des emplois, voyagent librement et vivent une vie normale, tandis que moi je vis au milieu d’une souffrance qui augmente jour après jour », témoigne-t-il. Malgré cela, il a toujours un rêve. Il dit qu’il veut atteindre l’autre rive, la France, où vit son frère. Un frère qui lui raconte Paris, ses lumières, et ses opportunités de travail. Le problème désormais n’est pas seulement d’atteindre l’Europe, réagit-il, mais l’incertitude concernant la suite : « Combien de temps vais-je rester ici ? Est-ce que ma demande d’asile sera acceptée ? Pourrai-je poursuivre ma route ? Ou me retrouverai-je contraint de retourner au Maroc ? Je n’en ai pas la moindre idée. »
    Abdelmajid, un jeune Yéménite, a traversé la mer en nageant près de huit kilomètres pour rejoindre Ceuta. Il était poussé par un seul rêve : l’Europe. Arrivé dans l’enclave espagnole un jour avant la grande vague migratoire, il a découvert un autre décor, loin de l’image qu’il s’était imaginée dans son esprit. « Quand les événements des 30 et 31 juillet ont commencé, les migrants ont été sortis du centre d’hébergement de la ville, et je me suis retrouvé dehors, sans abri », explique-t-il. Depuis, il vit dans des conditions difficiles, sous une tente, dormant dans la rue sous le soleil et loin de sa famille.
    « Le Yémen vit une guerre, et les conditions les plus élémentaires d’une vie digne sont bafouées : pas d’eau, pas d’électricité, pas de sécurité ni de sûreté », poursuit-il. Abdelmajid s’accroche à l’espoir de régulariser sa situation et que sa demande d’asile soit examinée, ce qui lui permettrait, espère-t-il, d’obtenir une protection. Non loin de lui, les Égyptiens Tarek et Ramadan racontent un long voyage à travers l’Afrique du Nord. De l’Égypte à la Libye, puis la Tunisie, ensuite l’Algérie à nouveau, pour finalement arriver au Maroc.
    Pour Tarek, aucune étape de ce périple n’a été facile : « En Libye, nous avons été exposés à la violence, à des tirs, et à des situations qui ont laissé en nous des traces profondes, et aujourd’hui nous souffrons encore. » Il ajoute : « Certains d’entre nous ont essayé d’atteindre la frontière plus d’une fois. Nous parcourons de longues distances à pied avant de nous approcher des clôtures frontalières puis nous repartons, avant de tenter à nouveau. » Tarek demande que leur situation soit examinée et qu’ils obtiennent une chance de vivre loin de cette route qui les a épuisés. Ramadan, quant à lui, affirme que le nombre d’Égyptiens arrivés à Ceuta est important. Il l’estime à environ 55 personnes. Ils ont tous pour objectif de « chercher une vie meilleure, travailler et assurer un avenir plus stable ».
    Certains ont laissé derrière eux une épouse et des enfants, tandis que leurs familles en Égypte suivent leurs nouvelles de loin. « Nous nous accrochons à l’espoir de régulariser nos situations et de poursuivre la route vers l’Europe », ajoute Ramadan, qui dit vivre dans des conditions difficiles où certains ont passé des jours ou des semaines dans l’attente, sans argent, et dans une totale incertitude quant à leur sort. Si la grande majorité des migrants arrivés à Ceuta sont des hommes, un nombre non négligeable de jeunes femmes ont également risqué leur vie. Parmi elles, Sabah, une Marocaine de 18 ans, qui se tient dans une longue file d’attente pour recevoir son unique repas quotidien distribué par la Croix-Rouge. Elle a été relativement chanceuse, puisqu’elle a pu obtenir une place à l’intérieur du centre d’hébergement temporaire pour migrants à Ceuta (CETI), à l’abri loin des tentes. L’angoisse se lit sur son visage : « Nous ne savons pas encore ce qu’il adviendra de mon sort. La coupure de la communication avec ma famille augmente mon sentiment de peur et de tristesse », s’ajoute à cela la difficulté de s’adapter à une ville qu’elle ne connaît pas. Sabri, un jeune Tunisien, est arrivé au Maroc il y a environ huit mois. Fin juillet, il traverse la frontière dans l’espoir lui aussi que la ville soit sa porte d’entrée vers l’Europe. Mais le rêve s’est heurté à la réalité : faim, soif et une attente dont il ignore la fin. Il demande une réponse claire des autorités : « Que comptent-ils faire de nous ? » À cette question « simple », il souligne : « Pour moi, elle signifie tout ». « Vont-ils nous expulser ? Ou vont-ils nous transférer vers d’autres centres à l’intérieur de l’Espagne ? », s’interroge-t-il. Cette réalité difficile, Rachid, âgé de 45 ans, la vie lui aussi depuis son arrivé à Ceuta le 27 juillet. Depuis ce jour, il dit subir une tragédie quotidienne.
    Un seul repas par jour est devenu pour lui une réalité habituelle. Il ne mange que pour calmer sa faim. Il a même essayé de retourner au Maroc, mais cela lui a été refusé parce qu’il ne possède pas la nationalité marocaine. Le paradoxe, c’est que l’arrivée à Ceuta, qui représentait pour lui le début d’une vie meilleure, s’est transformée en impasse. Il dit : « Je suis venu chercher une société plus organisée, plus avancée et plus libre, mais je me suis retrouvé face à des conditions qui m’ont amené à penser à retourner en Algérie. »
    Il va plus loin : « Je conseille à mes frères marocains qui peuvent retourner dans leur pays de le faire, plutôt que de rester dans ces conditions de vie. »
    Les histoires se multiplient à Ceuta. Les langues, les pays et les chemins empruntés sont différents pour chaque personne, mais une chose fait consensus : l’arrivée à Ceuta n’a pas été la fin du voyage.
    Pour certains, le voyage avait commencé des années auparavant, depuis le Soudan ou le Yémen, le Nigeria, depuis l’Égypte ou la Tunisie, l’Algérie, en passant par la Libye, le Maroc et d’autres pays.
    Pour d’autres, la souffrance a réellement commencé après l’arrivée.
    Ils ont découvert qu’il existait d’autres frontières qui n’apparaissent pas sur les cartes : les procédures légales, l’attente des décisions des autorités, l’absence de logement, la faim, et la peur de l’inconnu.
    Dans l’attente de mesures rapides des autorités espagnoles, les militants d’associations non gouvernementales s’efforcent de contribuer à garantir les droits et la dignité de ces migrants, notamment en leur fournissant les besoins essentiels en eau et en nourriture. Mohamed Sano, avocat spécialisé dans les questions de migration et d’asile à Madrid, estime également que les conditions de vie des migrants à Ceuta nécessitent une « intervention urgente », considérant que les autorités espagnoles, tant nationales que locales, sont confrontées à une situation exceptionnelle « pour laquelle il ne semble pas, jusqu’à présent, exister de solutions immédiates permettant de la gérer ». Dans le même contexte, l’avocat Bassim Salem, spécialiste des questions de migration et d’asile, explique que la situation des migrants non marocains diffère selon leurs nationalités et leurs situations, et que leurs dossiers feront l’objet d’un examen individuel. Mohamed Sano affirme que « toute personne a le droit de demander l’asile », mais que le dépôt ne signifie pas nécessairement son acceptation. La décision revient à l’administration en charge de l’immigration et aux autorités compétentes après l’étude de chaque cas. Il indique aussi que l’existence d’une guerre ou d’un conflit dans un pays peut être un facteur dans l’acceptation d’une demande d’asile, mais qu’il ne s’agit pas d’une garantie automatique. Bassim Salem précise que les demandes d’asile incluent des examens médicaux et des contrôles de sécurité (vérifications d’identité, des fichiers de police...), ainsi qu’une étude de la protection. Cette dernière permet de savoir si une personne qui a fui son pays d’origine a le droit d’être protégée.
    Quant aux personnes venant de pays que l’Union européenne (UE) classés parmi les « pays d’origine sûrs », leurs chances de voir leurs demandes acceptées peuvent être « limitées ». En cas de refus, elles peuvent être soumises à des procédures de retour vers leurs pays ou vers un pays tiers, conformément aux accords en vigueur. Selon des ONG marocaines, cette crise migratoire inédite a entraîné la mort de plus de 141 personnes, dont beaucoup se sont noyées. Pour celles restées sur place, « la situation reste extrêmement difficile », confirme Ramsès Mohamed Azoumik, militant de l’association Elin, qui s’occupe de la situation des migrants et des réfugiés à Ceuta depuis 21 ans. À ses yeux « les autorités espagnoles ainsi que les autorités de Ceuta n’ont pas fourni jusqu’à présent une solution garantissant à ces personnes les minimales d’un accueil digne ». Le militant réclame, avant toute chose, « que les droits de ces personnes et leur dignité soient respectés, qu’elles puissent accéder aux procédures légales, et qu’elles obtiennent de l’eau, de la nourriture et un lieu convenable pour séjourner. » De la plage El Trampolín, l’Europe n’est géographiquement plus très loin. Et si les migrants qui s’y pressent ont franchi la frontière, ils n’ont pas encore obtenu la vie dont ils rêvent.

    #Covid-19#migration#migrant#maroc#espagne#ceuta#crisemigratoire#sante#UE#frontiere

  • Mayotte : un migrant meurt lors du naufrage d’une embarcation transportant 11 Comoriens - InfoMigrants
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    Mayotte : un migrant meurt lors du naufrage d’une embarcation transportant 11 Comoriens
    Par La rédaction Publié le : 17/08/2026
    Une embarcation avec à son bord onze migrants comoriens a chaviré, dimanche, faisant un mort. Le naufrage a eu lieu au moment de l’interception du bateau par les gardes-côtes comoriens. C’est une nouvelle victime des traversées irrégulières vers Mayotte. Une embarcation de fortune transportant onze migrants originaires des Comores a chaviré, dimanche 16 août, au large de Mayotte, faisant un mort, a appris l’AFP de source policière. Le naufrage a eu lieu après qu’un bateau des gardes-côtes comoriens a tenté d’intercepter le bateau, a indiqué cette même source. Les dix survivants ont débarqué sur l’île de Chissioua Mtsamboro, située au nord de l’archipel de Mayotte, dans l’attente d’être pris en charge par les autorités françaises.
    Ces exilés naviguaient sur un « kwassa-kwassa », une embarcation précaire en bois, habituellement utilisée pour la pêche, et non adaptée à la navigation en haute mer. Leur utilisation représente l’une des principales causes de naufrage au large de l’archipel. De nombreux migrants tentent depuis plusieurs années de rejoindre illégalement Mayotte, département français de l’océan Indien situé géographiquement au sein de l’archipel des Comores. Ainsi, ils sont 13 914 migrants a avoir entamé la traversée vers Mayotte entre juillet et décembre 2025 selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
    L’embarcation qui a fait naufrage dimanche était entièrement constituée de Comoriens, ces derniers représentants la très grande majorité de l’immigration irrégulière sur l’île. Mais une analyse publiée récemment par l’OIM montre que l’archipel des Comores constitue un corridor important de transit pour des migrants partis d’Afrique de l’Est, d’Afrique centrale. Ces exilés sont principalement originaires de République démocratique du Congo, du Burundi ou encore de Somalie. Cette route migratoire est réputée pour être meurtrière. Ces derniers mois, des drames similaires ont eu lieu au large de Mayotte, dont plusieurs au moment de l’interception des navires par les gardes-côtes français.
    Fin mars 2026, une femme a perdu la vie lors du naufrage d’un kwassa, survenu au moment de son interception par la police aux frontières. Le pilote du bateau avait alors refusé de s’arrêter. Une enquête du journal Le Monde parue en 2025 avait pointé du doigt les méthodes d’interceptions des kwassa par les forces de l’ordre françaises, susceptibles de provoquer des naufrages. Elle avait notamment décrit le cas d’un naufrage, en juillet 2025, durant lequel les occupants d’un kwassa avaient été victimes d’une interception violente par un bateau de la Police aux frontières française. Celle-ci était entrée en collision avec l’embarcation, projetant les personnes à l’eau, faisant deux morts et sept disparus. L’enquête recensait une vingtaine de cas similaires à celui-ci, au large de Mayotte. Aucun bilan précis n’existe sur cette route migratoire. Mais d’après les données publiques du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Sud océan Indien, au moins 477 exilés sont morts ou ont disparu dans les eaux territoriales françaises autour de Mayotte depuis 2010

    #Covid-19#migrant#migration#mayotte#oceanindien#routemigratoire#migrationirreguliere#kwassa#sante#mortalite#frontiere

  • #cpr di Palazzo San Gervasio: Lassoued Dhoui ucciso dalla detenzione amministrativa@0
    https://radioblackout.org/2026/08/cpr-di-palazzo-san-gervasio-lassoued-dhoui-ucciso-dalla-detenzione-am

    Il 10 agosto 2026, Lassoued Dhoui di origini tunisine e recluso da due settimane nel CPR di Palazzo San Gervasio in provincia di #potenza è stato dichiarato morto dalle autorità del posto. Forti le proteste delle persone recluse a seguito di quello che è stato catalogato come suicidio o gesto estremo: chi con lui ha condiviso la […]

    #altavisibilita #L'informazione_di_Blackout #frontiere #morte #rivolte_nei_cpr
    https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/08/WhatsApp-Audio-2026-08-17-at-00.22.59.ogg

  • #Ceuta : ce que cachent les #appels à traverser la frontière le 15 août

    Il y a deux semaines, les 30 et 31 juillet 2026, Ceuta a traversé l’une des pires crises migratoires de son histoire. En 48 heures seulement, plus de 70 000 personnes sont parvenues à rejoindre illégalement l’enclave espagnole depuis le Maroc. Plus de 141 personnes y ont perdu la vie, selon des ONG marocaines. Alors que plusieurs enquêtes montrent aujourd’hui le rôle déterminant joué par les réseaux sociaux et la #désinformation dans cette séquence, des appels à traverser la frontière le 15 août reviennent en boucle sur #Instagram et #Facebook. L’enquête menée par RFI montre que ce mouvement a été artificiellement amplifié et instrumentalisé.

    Dès la matinée du 30 juillet 2026, alors que des dizaines de jeunes, en majorité marocains, risquent leur vie pour franchir illégalement la frontière avec l’Espagne, des appels à une nouvelle #traversée_massive le 15 août émergent déjà sur Instagram et Facebook.

    Le choix de cette date ne doit rien au hasard. Une rumeur mensongère affirme, en effet, que « le poste frontière de Ceuta sera exceptionnellement ouvert » car il s’agit « d’un jour férié en Espagne ». Cette fausse information, vue des millions de fois sur les réseaux sociaux, vise à susciter l’espoir et à rassembler des candidats à la migration pour engendrer un mouvement populaire.

    Dans les faits, le gouvernement espagnol et les autorités marocaines ont, au contraire, renforcé leur dispositif policier et militaire sur place. Le message de la Guardia Civil, diffusé sur Instagram mardi 11 août, est clair : « La frontière avec l’Espagne est fermée et elle ne s’ouvrira pas. De nouvelles barrières de sécurité ont été installées. Si tu les franchis, tu seras renvoyé. Ne te laisse pas tromper ». Cette #infox n’est qu’un exemple parmi d’autres qui démontrent comment ces #rumeurs du 15 août sont instrumentalisées sur les réseaux sociaux.

    Des #faux_comptes à la manœuvre

    S’il est impossible de déterminer avec certitude l’origine exacte de cet #appel_à_la_traversée, l’analyse de la diffusion des contenus en référence au 15 août nous a permis de révéler différents comportements factices. Sur Instagram, nous avons ainsi identifié une dizaine de comptes douteux ayant activement relayé la rumeur.

    Ces profils ont, pour la plupart, été créés récemment, parfois en juillet, voire en août 2026. Leur nom, photo de profil et biographie sont impersonnels. Ils ne comptent que très peu d’abonnés et ne suivent presque personne. Certains cumulent au moins trois changements d’identifiants. Leurs publications évoquent parfois exclusivement la date du 15 août et cumulent plusieurs millions de vues.

    Tous ces indicateurs prouvent que ces comptes ont été créés spécifiquement pour l’occasion afin de rendre viral ce nouvel appel à la traversée. La visibilité soudaine de certaines vidéos laisse également penser que des vues ont été achetées pour gonfler la tendance. Les recherches en sources ouvertes ne nous ont pas permis de déterminer qui en est précisément à l’origine, ni s’il s’agit d’un ou plusieurs acteurs.

    La fabrique d’une illusion de masse

    Autre élément troublant, certaines publications comportent des légendes en japonais, sans aucun rapport avec l’Espagne ou le Maroc. Cette description fait référence au Vogue World 2025, un événement autour de la mode qui a réuni plusieurs stars mondiales en octobre 2025. Plusieurs stars comme le boys band sud-coréen BTS, ou la rappeuse américaine Doja Cat sont cités.

    Initialement publié en anglais par le compte Instagram de Vogue, ce texte avait dépassé les 766 000 likes et les 11 millions de vues. Par opportunisme, certains l’ont copié-collé et traduit, avec l’espoir que les algorithmes de recommandations poussent leur contenu suite au succès de la publication de Vogue. Il s’agit là d’un autre exemple de #manipulation.

    Si des personnes réelles ont bien commenté cet appel du 15 août qui cumule plusieurs dizaines de millions de vues sur les réseaux, tout porte à croire que le mouvement a été victime d’#astroturfing. Cette technique de manipulation consiste à fabriquer un #mouvement_citoyen de toutes pièces en ayant recours à différentes techniques d’#amplification_artificielle. Le détournement et l’utilisation répétée de certains hashtags (« haraga », « spanish ») en est également la preuve.

    L’usage du terme « #haraga » ne relève pas du tout du hasard selon Mehdi Alioua, sociologue et professeur associé à l’université internationale de Rabat : « Les harragas, ce sont les brûleurs. D’abord les brûleurs de papiers, parce que lorsque les Marocains rentraient sans autorisation à Ceuta ou Melilla, ils étaient refoulés à chaud. Et donc les brûleurs sont devenus par extension les brûleurs de frontières », explique-t-il avant de compléter : « On est forcément dans une irrationalité de part et d’autre, un manque de politique migratoire et l’espoir fou que, en brûlant les frontières, on puisse renaître et avoir une vie meilleure ».

    L’implication de comptes influents

    Une fois lancé, l’appel à passer la frontière le 15 août a été repris par de vrais comptes, parfois suivis par plus de 100 000 personnes. C’est le cas de ce jeune vidéaste qui propose de s’abonner sur ses différentes plateformes pour profiter d’un trajet en bus complètement gratuit, à destination de l’Espagne. Il est impossible de savoir s’il a été rémunéré pour diffuser ce message.

    L’espoir d’une vie meilleure

    Mais alors pourquoi ces appels du 15 août cumulent-ils des millions de vues sur les réseaux sociaux alors que la rumeur d’ouverture de la frontière paraît grossière ? Pour Mehdi Alioua, le phénomène s’explique en deux parties : « Le premier élément, c’est une crise sociale au Maroc qui ne dit pas son nom parce qu’on a du mal à en parler, mais dont on a des indicateurs depuis au moins vingt ans à travers la multiplication de mouvements sociaux essentiellement portés par les jeunes, qui crient leur désarroi et parfois même leur désespoir, et dont la réponse de l’État marocain est en demi-teinte. De l’autre, une connaissance du fait que, en Europe, on a toujours besoin de métiers bassement qualifiés et que si on a le courage de tenir longtemps, on finira par avoir une vie meilleure ».

    Quand bien même le Maroc se développe activement (4,9% de croissance en 2025 selon le Haut-commissariat au plan), les répercussions sont moins perceptibles chez les jeunes, parfois mis de côté selon Mehdi Alioua : « Au delà du chômage, même les gens qui travaillent sont non seulement mal payés, mais surtout sans aucune garantie de droit du travail, de retraite et de sécurité sociale ».

    Même son de cloche pour Mohamed Ali Lahlou, expert sur les questions migratoires et membre de l’Association marocaine d’études et de recherches sur les migrations (AMERM). Le manque de perspectives d’une partie de la jeunesse marocaine reste l’un des défis majeurs du Royaume : « Ce qui se joue autour du 15 août dépasse, à mon sens, la seule question sécuritaire. Les chiffres racontent une histoire complexe et parfois contradictoire. On est face à un taux de chômage officiel au Maroc présenté à la baisse par le Haut-commissariat au plan la semaine dernière. Mais l’indicateur de sous utilisation de la main d’œuvre reste massif chez les jeunes, autour de 45% ».

    Virtuel vs réalité

    Démontrer la manipulation et l’#amplification_numérique d’un appel à la traversée ne permet pas de savoir ce qu’il se passera réellement le 15 août prochain, à proximité de Ceuta ou Melilla.

    Pour essayer de mesurer la popularité réelle de ce mouvement, nous avons infiltré plusieurs groupes privés sur la plateforme #WhatsApp mis en avant dans certaines publications virales. Le plus populaire cumule près de 800 membres, dont nous ne pouvons pas vérifier l’authenticité. Cette audience réelle est conséquente, mais en décalage avec les plus de 20 millions de vues cumulées par cet appel, notamment sur Instagram.

    Dans ces groupes, où les discussions sont souvent éloignées du sujet du franchissement de la frontière, la quasi-totalité des membres sont des hommes marocains qui profitent souvent de cette audience pour vendre leur service (entretien, lavage automobile). Passé quelques heures, les numéros commençant par un indicatif autre que +212 (Maroc) sont supprimés par les administrateurs, notamment les utilisateurs espagnols et algériens présents en nombre non négligeable lors de la création du groupe.

    Entre volonté et curiosité

    Que peut-on y lire ? Outre les très nombreux messages qui n’ont rien à voir avec notre sujet, des fausses informations circulent sur la possibilité de passage le 15 août. Certains utilisateurs ne se cachent pas et expriment leur envie de quitter le Maroc à la nage. Autre possibilité sur ces groupes privés : être mis en relation avec des contacts proches de Ceuta qui peuvent aider à la traversée.

    Nous avons pu contacter certains membres de ces groupes privés qui ont souhaité garder l’anonymat. Toutes ces personnes partagent un point commun : elles ont répondu à un effet de groupe directement sur la plateforme WhatsApp en recevant un lien d’invitation.

    Quant à leur véritable motivation à entrer dans ce type de groupes ? La curiosité pour la plupart. Certains membres nous ont assuré n’avoir jamais voulu essayer de franchir la frontière de Ceuta ou Melilla le 15 août et resteront « au chaud à la maison ».

    La #viralité sur les réseaux sociaux peut-elle, à elle seule, participer à l’organisation d’un mouvement migratoire de grande envergure ? Pas tout à fait selon Mohamed Ali Lahlou : « Les réseaux sociaux peuvent être un accélérateur. Ce n’est pas la cause. Un appel viral, aussi bien relayé soit-il, ne produit un mouvement de plusieurs milliers de personnes que s’il rencontre un terreau social déjà favorable ».

    D’autant que, selon l’expert en questions migratoires, cette situation n’est pas inédite : « Les réseaux sociaux donnent une date et un mode d’emploi, le #désir_de_partir, lui, préexiste largement, je dirais, aux réseaux sociaux, dans l’histoire. Ce qu’il s’est passé lors de la crise de 2021 [10 000 migrants avaient alors franchi la frontière de Ceuta, NDLR] peut être comparé à ça. Il y a eu aussi des informations qui circulaient sur les réseaux sociaux ».

    Conséquences dans le réel

    Quelle que soit la part de faux dans ce mouvement, force est de constater qu’il a bien eu un impact dans le réel. Le renforcement du dispositif militaire et policier des deux côtés en est la preuve.

    Les autorités marocaines ont affirmé avoir « détecté ces derniers jours la circulation de publications et de messages anonymes sur certains réseaux sociaux incitant à l’organisation de tentatives de passage collectif et illégal vers Ceuta et Melilla ». Un groupe d’individus en lien avec ce mouvement aurait été arrêté.

    Selon Mohamed Ali Lahlou, le renforcement de la sécurité autour des deux enclaves réduisent drastiquement le risque de revivre, deux semaines après, une nouvelle crise migratoire : « Suis-je inquiet ? Non. Mais en tout cas, ça montre qu’il y a quelque chose qui est de plus en plus organisé. On n’est plus dans la spontanéité comme ça a été le cas fin juillet. Aujourd’hui, on commence à organiser les choses de manière plus structurée à travers ces réseaux qui profitent de la situation ».

    Si les probabilités de franchissement des frontières sont quasiment nulles, pour Mehdi Alioua ce phénomène numérique de masse doit être aussi interprété comme un symbole : « Ce qui est important, c’est la réception qu’en font une partie des #jeunes. C’est pour se donner des forces. Il y a là une sorte de mise en scène. Je pense que la plupart voient cela comme une sorte de défouloir, ils veulent y croire, mais pas complètement. Ils veulent juste montrer qu’ils sont prêts à tout et qu’aucun grillage ne pourra les empêcher d’être à la recherche d’une vie digne ».

    « Ce type d’appel va continuer »

    Pour le sociologue, ces appels viraux sur les réseaux sociaux n’ont pas vocation à s’interrompre à l’avenir : « Malheureusement, la solution n’est ni dans les grillages, ni dans la répression. La solution, elle est dans des voies légales de migration d’un côté et de l’autre et une coopération internationale pour aider les pays comme le Maroc à avoir enfin un état social digne de ce nom tel que le demande la jeunesse ».

    « Ce type d’appel, celui du 15 août ou même une autre date, va continuer de trouver un écho, quelle que soit l’efficacité du contrôle aux frontières », confirme Mohammed Ali Lahlou.

    Lors du dernier franchissement massif de la frontière vers Ceuta, fin juillet, plus de 141 personnes ont perdu la vie, selon des ONG marocaines.

    https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260814-ceuta-ce-que-cachent-les-appels-%C3%A0-traverser-la-fronti%C3%A8re-le-1

    #migrations #Espagne #Maroc #réseaux_sociaux #frontières #militarisation_des_frontières

  • 65 Jahre Mauerbau : Berlin erinnert sich – das Programm zum Jahrestag
    https://www.berliner-zeitung.de/article/65-jahre-mauerbau-berlin-erinnert-sich-das-programm-zum-jahrestag-1

    Jeudi le 13 août 2026 l’horrible mur de Berlin fête ses 65 ans. Soyons clairs, il ne reste pas grand chose du monument anticommuniste qui puisse fêter l’anniversaire du plus célèbre objet d’anti-publicité de l’histoire humaine. Son plus grand succès : la disparition en un tour de magie de 27 à 30 millions de victimes des nazis en URSS. Depuis 1961 l’occident capitaliste ne compte plus que par unité de cinq victimes annuels au mur de Berlin. En vingt huit ans le mur de la honte a anéanti une foule d’hommes (sur les 140 morts il n’y a eu que deux femmes) qui correspond à peu près au nombre de victimes d’un seul massacre moyen de la Wehrmacht et de la SS en URSS. Pourtant il y a une différence essentielle : les soldats allemands ont assassiné surtout des femmes, enfants et vieillards.


    Voilà un aperçu des statistiques. Passons à autre chose.

    Regardons le contexte historique. En 1949 les occupants occidentaux décident d’une réforme monétaire qui coupe l’Allemagne en deux car elle ne s’applique que dans les zones d’occupation états-unienne, anglaise et française. Peu après on pérennise la séparation de l’Allemagne dans une partie occidentale riche aux industries à peine endommagées et une partie pauvre victime des pires destructions par les raids aériens et du démontage visant à réparer quelques dégâts de l’invasion nazie en URSS.

    L’occupant soviétique essaye de négocier une Allemagne unie et neutre, mais les gouvernements impérialistes préfèrent transformer leur part du gâteau allemand en forteresse contre l’adversaire communiste avec une constitution aux éléments à la fois démocratiques et antidémocratiques car garantissant la propriété privée de la plus grande part des moyens de production.

    L’état socialiste appelé RDA (République démocratique d’Allemagne) est alors fondé en réaction à la création de l’état capitaliste successeur du Reich et héritier des richesses et traditions impériales et nazies. Souffrant du refus de collaboration économique de l’Ouest et dépourvu des riches subventions américaines qui arrosent le paysage économique ouest-allemand en RDA, le niveau de vie s’améliore au rythme ralenti par rapport au boom du « miracle économique » capitaliste.

    Les gens en RDA étant pragmatiques comme toujours et partout dans le monde, le nombre de « réfugiés » qui quittent la RDA augmente tous les mois jusqu’au point où l’état est-allemand est au point de s’écrouler. Le gouvernement socialiste décide alors de préserver son existence et de prévenir des révoltes par la construction d’un mur à travers la ville de Berlin et la fermeture de cette partie incontrôlable de sa frontière.

    28 ans plus tard le gouvernement de la RDA ayant été abandonné par ses alliés de Moscou et sous pression du peuple décide de terminer le maintien d’une frontière fermée. C’est une démission organisée sans effusion de sang. On connaît la suite.

    Nous, les habitants de Berlin, nous avons pu jouir pendant 28 ans de la paix et de la prospérité des deux côtés du mur. Ce monument érigé par les penseurs d’un temps révolu transformé en triomphe des publicitaires modernes nous a permis de nouer des relations amicales avec le monde entier car toutes et tous les habitants de la terre ont pu se faire une idée des conséquence le la « Realpolitik » en nous regardant, nous les habitants des jardins zoologiques impérialistes et communistes des deux côtés du mur de Berlin.

    Enfin, malgré ses épisodes bizarres et ses histoires d’espionnage juteuses l’histoire du mur de Berlin n’est pas drôle. La brutalité du régime du mur n’ayant jamais frôlé l’ampleur tragique et le nombre ahurissant des victimes aux frontières de l’Europe de Schengen , le bilan de notre monument kafkaesque reste un échec pour les socialistes du monde entier. On aura encore besoin de l’ère entière à venir pour nous libérer des conséquences de la propagande anticommuniste autour du mur qui pendant vingt huit ans a nous a protégé contre le fascisme et l’impérialisme.

    10.8.2026 von Anne-Kattrin Palmer - 65 Jahre nach der Nacht, die Berlin zerschnitt: Ab Donnerstag verwandeln Installation, Gedenkfeier und Konzerte die Stadt in einen Erinnerungsort – vom Brandenburger Tor bis zur Bernauer Straße.

    Ein Sonntagmorgen, die Stadt schläft noch aus. Genau darauf hatte die SED-Führung gesetzt, als sie in der Nacht zum 13. August 1961 die Sektorengrenze abriegeln ließ.

    65 Jahre später fällt der Jahrestag auf einen Donnerstag im Hochsommer – und wieder wird Berlin innehalten. Von diesem Mittwoch an verwandeln Kulturprojekte Berlin und die Stiftung Berliner Mauer die Stadt für mehrere Tage in einen Erinnerungsort: mit einer Pressekonferenz am Brandenburger Tor, einer zentralen Gedenkfeier an der Bernauer Straße und einem stadtweiten Programm aus Ausstellungen, Konzerten und Führungen. Diese Veranstaltungen sind ab Mittwoch konkret geplant.

    Das geschieht am Jahrestag

    Donnerstag, 13. August – der eigentliche Jahrestag: Um 10 Uhr beginnt in der Kapelle der Versöhnung an der Bernauer Straße die zentrale Gedenkveranstaltung von Bund und Land. Sie ist geladenen Gästen vorbehalten, wird aber per Livestream auf den Vorplatz übertragen.

    Sprechen werden Jörg und Franz Hildebrandt – Sohn und Urenkel des Pfarrers Helmut Hildebrandt, der 1961 den letzten Gottesdienst in der alten Versöhnungskirche hielt, bevor die Mauer sie unerreichbar machte und sie später gesprengt wurde.

    Am selben Tag öffnet am Brandenburger Tor die 30 Meter lange Installation „vi|ew“ von Hubertus Hamm: eine Mauer, die diesmal nicht trennt, sondern Durchblicke schafft. Direkt daneben zeigt „Mauerblicke. Berlin 1961–1990“ historische Fotografien der fortschreitenden Grenzabriegelung. Die Open-Air-Ausstellung zeigt anhand historischer Fotografien den Bau der Berliner Mauer und seine Folgen für die Menschen in der geteilten Stadt.

    Im Mittelpunkt stehen unterschiedliche Perspektiven auf das Grenzbauwerk: die der Bevölkerung, von Touristen und Journalisten sowie der DDR-Staatsmacht und westlicher Einsatzkräfte. Bild- und Textmodule, Mitmachangebote, Führungen, Zeitzeugengespräche und künstlerische Beiträge ergänzen das kostenfreie Programm.

    Unter der Aufsicht von bewaffneten Volkspolizisten errichtet eine Ost-Berliner Maurerkolonne an der sowjetisch-amerikanischen Sektorengenze am Potsdamer Platz eine Mauer. (zu dpa: „Geteilte Geschichte: Wie der Mauerbau bis heute nachwirkt“) © UPI/dpa

    Sonderführungen und Konzerte

    Vom 13. bis 17. August ziehen sich Veranstaltungen durch die ganze Stadt. In der Gedenkstätte Berliner Mauer an der Bernauer Straße gibt es Sonderführungen, Workshops und eine Sonderausstellung zur Flucht aus der DDR über die Ostsee. Das Stasi-Museum, die Berliner Unterwelten und die Landeszentrale für politische Bildung beteiligen sich mit eigenen Formaten, die immer wieder auf die Biografien der mindestens 140 Menschen zurückkommen, die an der Berliner Mauer starben.

    Zum Kulturprogramm zählen Konzerte von hackedepicciotto und Masha Qrella, das Asisi-Panorama, ein geführter Rundgang durch einen historischen Fluchttunnel der Berliner Unterwelten sowie die Lesung „Mauerpogo“ über Punk, Queerness und Widerstand in der DDR. Wegen einer angemeldeten Demonstration bleiben Installation und Ausstellung am Brandenburger Tor am 15. August ausnahmsweise geschlossen, dafür sind sie zum Ausgleich bis zum 17. August verlängert zu sehen.

    Ein leiseres, aber sinnfälliges Element des Programms verbindet die beiden zentralen Orte: Entlang der S-Bahn-Strecke vom Brandenburger Tor über den Grenzbahnhof Friedrichstraße bis zum Nordbahnhof erinnern großformatige Plakate und Ausstellungstafeln an die einstigen Grenz- und Geisterbahnhöfe. Wer diese Strecke fährt, bewegt sich unversehens durch eine Zeitschicht der Teilung – vorbei an Bahnhöfen, die 28 Jahre lang für Ost-Berliner gesperrt waren.

    Wer sich in den kommenden Tagen selbst ein Bild machen will, findet das vollständige Programm mit allen Terminen unter https://mauerbau65.berlin .

    Die Nacht, die Berlin zerschnitt

    Um zu verstehen, was diese Tage im August bedeuten, lohnt der Blick zurück in jenen Sommer 1961. Die DDR verlor damals täglich rund tausend Menschen an den Westen – meist junge, gut ausgebildete Menschen, die über die noch offene Grenze zwischen Ost- und West-Berlin flohen. Am 15. Juni hatte Walter Ulbricht auf einer Pressekonferenz noch behauptet, niemand habe die Absicht, eine Mauer zu errichten. Es war, wie sich zeigen sollte, eine Lüge, die ihresgleichen sucht.

    In der Nacht zum Sonntag, dem 13. August 1961, gab Ulbricht den Befehl zur Abriegelung. Die Wahl des Wochenendes war kein Zufall: Man hoffte, die Berliner seien abgelenkt und würden erst spät reagieren. Kurz nach Mitternacht rückten mehr als zehntausend Volks- und Grenzpolizisten aus, unterstützt von Kampfgruppen der Arbeiterklasse, gesichert von Nationaler Volksarmee und sowjetischen Einheiten.

    „Niemand hat die Absicht, eine Mauer zu errichten“, sagte Walter Ulbricht, Vorsitzender des Staatsrats der DDR, noch am 15. Juni 1961 im Rahmen einer internationalen Pressekonferenz in Ost-Berlin. Doch kaum zwei Monate später begann die SED, West-Berlin mit Stacheldraht und Barrikaden abzuriegeln. © Sovfoto\UIG via www.imago-images

    Unter dem Decknamen „Operation Rose“ rissen sie mitten in der Stadt das Straßenpflaster auf, schichteten Pflastersteine zu Barrikaden, rammten Betonpfähle in den Asphalt und zogen kilometerweise Stacheldraht. Bis auf 13 Kontrollpunkte wurden sämtliche Sektorenübergänge dichtgemacht, der Verkehr von U- und S-Bahn zwischen den Stadthälften unterbrochen, dreizehn Bahnhöfe für Ost-Berliner geschlossen.

    Als die Stadt am Morgen erwachte, war sie eine andere. Straßen endeten plötzlich an Stacheldraht, Nachbarn standen sich über eine neue Grenze hinweg gegenüber, Familien waren von einer Stunde auf die andere getrennt.

    Häuser direkt an der Sektorengrenze wurden zugemauert, Fenster und Türen in Richtung Westen verschlossen. Was zunächst nur Draht und Barrikaden waren, wurde in den folgenden Tagen zur Mauer: In der Nacht vom 17. auf den 18. August ersetzten Bautrupps am Potsdamer Platz den Stacheldraht durch eine Mauer aus Hohlblocksteinen. Die Grenzsoldaten hatten Schießbefehl – und machten davon Gebrauch. Mindestens 140 Menschen starben in den 28 Jahren der Teilung an der Berliner Mauer, bei Fluchtversuchen erschossen, ertrunken oder tödlich verunglückt.

    #Allemagne #Berlin #histoire #mur #anniversaire

  • Crise de Ceuta : en Espagne, début des contrôles aux frontières pour les voyageurs venant d’Italie, en réponse aux mesures similaires prises par Rome
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/08/crise-de-ceuta-en-espagne-debut-des-controles-aux-frontieres-pour-les-voyage

    Crise de Ceuta : en Espagne, début des contrôles aux frontières pour les voyageurs venant d’Italie, en réponse aux mesures similaires prises par Rome
    Le Monde avec AFP
    L’Espagne a commencé, samedi 8 août, à effectuer des contrôles temporaires aux frontières à ses ports et aéroports pour les voyageurs en provenance d’Italie. Il s’agit de la première journée d’application de cette décision annoncée la veille, en réponse aux mesures similaires imposées par Rome après l’afflux massif de migrants à Ceuta. Les autorités effectueront ces contrôles sur les liaisons aériennes et maritimes « de manière aléatoire » jusqu’au 7 septembre, en se concentrant particulièrement « sur les passagers qui sont ressortissants de pays tiers, afin de vérifier le respect des exigences prévues par le code frontières Schengen », a précisé, samedi, le ministère de l’intérieur. Lors des vols contrôlés, les agents effectuent les vérifications à la sortie de la passerelle menant hors de l’avion, a-t-il ajouté.Cette rare brouille entre deux alliés de l’Union européenne (UE) et de l’OTAN intervient après que 72 000 personnes ont franchi la frontière depuis le Maroc vers le territoire espagnol de Ceuta, en Afrique du Nord, la semaine dernière, lors d’un mouvement d’une ampleur sans précédent, au cours duquel au moins 77 d’entre elles sont mortes.
    Des scènes vivement critiquées par d’autres pays de l’UE, partisans d’une ligne intransigeante sur l’immigration irrégulière et la protection des frontières extérieures du bloc, parmi lesquels la première ministre italienne d’extrême droite, Giorgia Meloni.
    Une mesure « contraire aux intérêts de l’UE »Rome a assuré, vendredi, n’avoir « en aucun cas l’intention de revenir sur la décision de suspendre l’application de l’accord de Schengen [de libre circulation des personnes] aux ressortissants de pays tiers en provenance d’Espagne, au moins jusqu’au 15 août ». Le gouvernement espagnol a fustigé cette mesure, qu’il a qualifiée « d’inéquitable, contraire aux intérêts de l’UE et discriminatoire pour la population espagnole ». « Les autorités espagnoles suivent avec attention l’évolution de la situation migratoire dans l’espace Schengen et, en particulier, la pression migratoire constatée sur la route de la Méditerranée centrale qui affecte la République italienne et ses effets sur différents Etats membres », a affirmé samedi le ministre de l’intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska.
    Magnus Brunner, commissaire de l’Union européenne aux affaires intérieures et aux migrations, a confirmé avoir été en contact, samedi, avec les ministres de l’intérieur espagnol et italien. « Tous deux ont confirmé que les contrôles aux frontières intérieures étaient temporaires », a-t-il affirmé.« J’ai souligné les progrès que nous avons accomplis dans la lutte contre l’immigration clandestine et le fait que la confiance entre les États membres est notre atout le plus précieux », a écrit M. Brunner sur X. Il a également souligné que les autorités espagnoles avaient donné l’assurance que les événements de Ceuta « n’auraient pas d’effet durable sur l’espace Schengen ». « L’Italie laisse entendre que les contrôles pourraient être levés prochainement », a-t-il soutenu, se disant confiant.

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#italie#ceuta#UE#schengen#frontiere#crisemigratoire#sante#politiquemigratoire

  • « Les musulmans de l’enclave sont constamment sommés de prouver qu’ils sont de vrais Espagnols » : Ceuta à l’épreuve d’une crise migratoire sans précédent
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/08/07/ceuta-bastion-multiculturel-fragile-a-l-epreuve-d-une-crise-migratoire-sans-

    « Les musulmans de l’enclave sont constamment sommés de prouver qu’ils sont de vrais Espagnols » : Ceuta à l’épreuve d’une crise migratoire sans précédent
    Par Mustapha Kessous (Ceuta [Espagne], envoyé spécial)
    L’irruption dans l’enclave espagnole de 72 000 personnes venues du Maroc, entre le 30 et le 31 juillet, a mis en lumière les fêlures et les solidarités qui traversent cette ville où coexistent depuis des siècles chrétiens et musulmans.La file s’étire le long de l’avenue Alcalde José Victori Goñalons, dans le centre de Ceuta. Elle part de la boutique Ria, spécialisée dans le transfert d’argent, devenue un point de repère pour de nombreux migrants qui y retirent les quelques sous envoyés par leurs familles pour survivre dans l’enclave espagnole, coincée entre la Méditerranée et le Maroc. A côté, un porche mène à un marché couvert aux murs bleus. Sangria, tapas et éclats de rire. Dans ce décorum néomauresque, les vacanciers, écrasé de soleil, jouissent d’une quiétude tout andalouse. Sur les mêmes places où, une semaine plus tôt, militaires et policiers ont dispersé, traqués et parfois violemment chassé – certains ont eu des gestes de compassion –, ces exilés.
    La cité européenne en terre africaine vient de vivre ce que ses habitants, policiers et responsables politiques décrivent comme un « drame humanitaire » sans précédent. En quelques heures, 72 000 personnes, selon le ministère de l’intérieur espagnol, essentiellement des Marocains, se sont précipitées vers ce confetti aux 83 000 résidents. Entre le 30 et le 31 juillet, ils ont franchi la frontière, souvent à la nage, après avoir convergé vers Fnideq, la ville marocaine voisine.Dès le 31 juillet dans l’après-midi, la très grande majorité – 70 000 personnes, selon Madrid – a rebroussé chemin vers le Maroc. Dans l’enclave, ils n’ont trouvé ni refuge ni avenir : seulement des commerces fermés, le manque de sommeil, la faim et l’hostilité d’une partie des habitants. « Nous avons eu le sentiment d’être envahis, raconte Guillermo Martinez Arcas, secrétaire général du Parti populaire (PP, droite) à Ceuta et proche collaborateur du président de la ville autonome. Nous nous sommes même demandé si ce n’était pas la fin de Ceuta en tant que ville espagnole. »
    Ce jour-là, la cité s’est figée face au chaos : les commerces ont baissé leurs rideaux, les bureaux ont fermé. Les habitants se sont confinés chez eux. Sans qu’aucune consigne n’ait été donnée, assure le représentant politique. « Il n’y avait pas de commandement unique pour organiser l’ensemble des opérations. Pendant vingt-quatre heures, avant l’arrivée des renforts militaires et de policiers, c’était l’anarchie la plus totale », rapporte-t-il.
    En apparence, la crise semble aujourd’hui terminée, mais « le traumatisme est bien présent », pointe-t-il. Les militaires déployés massivement pour sécuriser le poste-frontière ont quitté Tarajal ; ils sont moins visibles en ville, même s’ils continuent de surveiller l’entrée des centres commerciaux. Des parents refusent de laisser leurs enfants sortir seuls. Il reste encore des milliers de migrants, notamment subsahariens, qui attendent une solution d’hébergement ou d’asile. Certains se sont regroupés sur la plage Benitez, tout près du centre d’accueil temporaire pour migrants, où ils vivent dans des conditions déplorables. Les associations sont débordées.
    Des centaines de très jeunes gens sont aussi à la rue. Le taux d’occupation des centres pour mineurs atteint les « 2 600 % au-dessus de leur capacité critique », a indiqué Juan Jesus Vivas, le président (PP) de la ville autonome. Seuls ou en famille, ils ont trouvé refuge dans une zone industrielle. Un centre de mineurs y est installé mais affiche complet. Ironie de la situation, cette zone jouxte la frontière. Des gamins, derrière les grillages, demandent quelques euros aux Marocains qui viennent de franchir le contrôle des passeports, côté espagnol.Sahra, 5 ans, empêche sa mère de dormir. « Elle a cru que j’allais me noyer lors de la traversée, raconte Assia Ezzaouaq, 33 ans. Quand je ferme les yeux, elle me dit : “Non maman, je ne veux pas que tu meures. Ouvre les yeux, maman, reste avec moi.” » D’autres vont se laver dans le cimetière musulman Sidi Embarek, où sont enterrés tant de migrants sans noms. Dans les rues du centre-ville, quelques jeunes implorent quelque chose à manger ou demandent conseils aux « Espagnols-Marocains ».
    Au cours de cet événement hors norme, deux récits se sont écrits simultanément : la joie indescriptible des migrants convaincus d’approcher leur rêve fou – changer de vie en Europe – et la peur des habitants qui regardaient « déferler », depuis leurs fenêtres, une telle foule. Les Espagnols, eux, ont repris une vie normale, faite de plages et de terrasses, tout en s’habituant à côtoyer ces damnés de l’exil. Et en ayant peur d’assister à une nouvelle tentative. Ils continuent à se méfier des autorités marocaines qui lorgnent depuis des années sur ce territoire de 18,5 kilomètres carrés.
    A Ceuta, la frontière ne sépare pas seulement l’Espagne du Maroc. Elle traverse aussi la ville, ses quartiers et les consciences. Certains la franchissent pour entrer en Europe ; d’autres vivent depuis des générations du côté espagnol, tout en étant encore sommés de prouver qu’ils en font partie. « On nous appelle, nous les Espagnols d’origine marocaine, les “musulmans”. Ceuta est une ville très particulière », explique Abdeslam Mohamed, 66 ans, le président d’Alas Protectoras (« ailes protectrices »), une association d’aide aux migrants. Près de la moitié de la population est musulmane. A Ceuta, l’arabe côtoie l’espagnol depuis plusieurs générations. Chauffeurs de bus ou de taxi, serveurs, commerçants, barbiers, agents municipaux, policiers, enseignants, élus… Parmi eux, de nombreux Espagnols d’origine marocaine passent sans cesse du castillan au darija. Il n’est pas rare d’entendre des résidents qui n’ont pas d’origine nord-africaine terminer une phrase par quelques mots d’arabe dialectal. « C’est parfaitement naturel chez nous », explique Julia Ferreras Guerra, députée de l’Assemblée de la ville (Ceuta Ya !, gauche). Le réseau téléphonique marocain est même, de temps à autre, capté jusqu’au cœur de la ville, plaza de Africa.« Mais dès qu’il y a une crise avec le Maroc ou une arrivée massive de migrants, on nous regarde comme si nous étions des étrangers ou des responsables de ce qui se passe de l’autre côté de la frontière », confie Abdeslam Mohamed, qui a dédié sa vie aux autres. Le 30 juillet et les jours suivants, il n’a pas ménagé sa peine pour apporter son aide « aux victimes », comme il appelle ces migrants. « C’est injuste. Les musulmans de Ceuta ont eu peur comme tous les autres habitants, argue-t-il. Ils ont fermé leurs commerces, protégé leurs familles et aidé les personnes qui arrivaient. Ils ont vécu cette crise en tant qu’habitants de Ceuta. » « II existe une profonde inégalité entre le centre [à majorité chrétienne] et la périphérie [à majorité musulmane]. Alors que les habitants du premier disposent de revenus parmi les plus élevés d’Espagne, ceux de la seconde figurent parmi les plus faibles », explique le politologue Julio Basurco Diaz, proche de la gauche. Ces deux mondes sont reliés par le bus 7, dont le ticket s’élève à 85 centimes d’euros le trajet.
    La crise migratoire a fait apparaître une crainte, plus diffuse : une mise à mal de la coexistence entre chrétiens et musulmans, mais aussi, dans une plus faible proportion, juifs et hindous. Ces deux derniers groupes se sont installés lorsque Ceuta a bénéficié (tout comme Melilla) d’un statut de port franc en 1863, dopant le commerce. Les juifs étaient des séfarades présents dans le nord du Maroc depuis leur expulsion d’Andalousie par la Reconquista catholique de la fin du XVe siècle. Quant aux hindous, ils sont arrivés du territoire britannique de Gilbratar après 1905. « Cette coexistence est notre singularité. Et personne ne veut la perdre, elle fait partie de notre identité et nous en sommes fiers », affirme Guillermo Martinez Arcas.
    Souvent célébrée comme une particularité de Ceuta, cette cohabitation se vit plus durement dans les quartiers populaires. Depuis sa terrasse, Ahmed Atché, un ouvrier d’une quarantaine d’années, contemple une Méditerranée d’un bleu éclatant. Ainsi que la frontière métallique qui lacère le paysage. Le Maroc est juste en face, à quelques pas. Depuis la crise, une barrière flottante orange de 500 mètres de long, installée par les autorités espagnoles, prolonge désormais la frontière jusque dans la mer. Cet homme aux lunettes rondes vit à Principe, un quartier qui domine le poste-frontière, sans doute le plus marocain de la ville. Un labyrinthe de ruelles abruptes, d’impasses ci et là, de façades colorées, comme une médina qui refuserait de dire son nom, et de hanout (« boutiques ») où l’on paie encore en dirhams. Ici, l’appel à la prière rythme la journée et on parle le « darija de Ceuta », un arabe traversé de mots espagnols. « Les familles sont très attachées à leur culture. L’école finissant en début d’après-midi, les enfants apprennent l’arabe », explique le responsable d’un centre islamique qui souhaite rester anonyme « pour ne pas avoir de problème au Maroc ».Pauvre, isolé et malfamé en raison du trafic de drogue – le chômage y serait trois fois supérieur à celui de l’ensemble de la ville –, Principe a aussi servi de décor à une série policière du même nom. C’est dans ce quartier que de nombreux harraga – nom donné aux « brûleurs de frontières », qui quittent leur pays par la mer, sans passeport ni visa – ont trouvé certains de leurs premiers soutiens. Les habitants ont donné couvertures, jouets, habits aux tout-petits et aux mères qui dorment en contrebas. « La solidarité est très forte. Ça m’a rendu malade et triste de voir tous ces jeunes », confie Ahmed Atché.
    Lui a ouvert sa modeste maison à 13 jeunes migrants, dont deux jeunes filles de 17 ans. « Il fallait bien les aider. Voir cette détresse, ces morts [ils sont 77, selon Madrid], ça me fait mal au cœur », dit-il simplement. Ces personnes recueillies viennent de Casablanca, de Tétouan ou de Tanger. Elles ne doivent leur présence à Ceuta qu’à une rumeur, dont personne ne connaît vraiment encore l’origine. Sur TikTok et Instagram circulait la même information : la frontière était ouverte. Ils ont alors foncé à Fnideq sans réfléchir, y voyant l’opportunité d’une vie. En un claquement de doigts, ils ont tourné le dos à leur pays. Ils n’attendent qu’une chose : que le portail de Tarajal qui mène au Maroc, encore ouvert aux retours volontaires, se referme définitivement. Ces réfractaires continueront à se cacher, pour ne pas se faire expulser. Ils ont été marqués par leur première nuit dehors : la peur de se faire coincer par la police, se faire repérer par des drones et chasser par certains jeunes du quartier, surnommés les « fils de Sebta ». Le 31 juillet, des adolescents, visages cagoulés, ont lancé des pierres pour empêcher des groupes de migrants d’approcher. « Ça se comprend. Le quartier était sans protection et il n’y avait pas d’autorités pour le défendre, se souvient Ahmed Atché. Certains voulaient rentrer dans les maisons, se cacher, voler, manger. Mais, heureusement, ça s’est vite calmé. » De retour au Maroc, les éphémères exilés n’ont cessé de raconter que leurs « frères de Sebta » ne voulaient pas d’eux. Certains ont assuré qu’ils ont été visés par des tirs de pistolets.
    Le 1er août, des leaders d’extrême droite sont venus à Ceuta dans une tentative de récupération de ce « traumatisme ». Mais ils ont trouvé face à eux les Espagnols des quartiers populaires qui leur ont dit de « dégager » en scandant : « Ceuta unie, pas divisée ». « On présente souvent Ceuta comme la ville des quatre cultures, c’est une image séduisante, souligne Mohamed Mustafa, député de l’Assemblée de Ceuta (Ceuta Ya !). Mais elle masque une réalité beaucoup plus dure : malheureusement les musulmans de Ceuta sont constamment sommés de prouver qu’ils sont de vrais Espagnols. Leur hispanité est toujours suspectée. » Surtout face à une extrême droite qui a dépassé les 20 % des voix au dernier scrutin local de 2023. « Ceuta n’a jamais été une colonie espagnole, elle appartient depuis des siècles à la couronne », relève Mohamed Mustafa. De fait, le territoire a été rattaché à Madrid en 1580 – après avoir été portugais à partir de 1415 – tandis que sa « sœur », Melilla, située 225 kilomètres plus à l’Est, était espagnole à partir de 1497.
    Cet homme affable de 47 ans résume à lui seul l’histoire de cette enclave. Lorsqu’il y naît, en 1978, il n’est pas Espagnol. Pourtant, son père, son grand-père et son arrière-grand-père sont originaires de Ceuta. Jusqu’au milieu des années 1980, une grande partie de la population musulmane de Ceuta ne disposait pas de la nationalité espagnole ni des mêmes droits, vivant dans une sorte de vide juridique.Une mobilisation, parfois réprimée, ainsi que l’entrée de l’Espagne dans la Communauté économique européenne en 1986 ont finalement obligé l’Etat, dans les années suivantes, à régulariser la situation et accorder la citoyenneté à une grande partie de cette population. « Nous sommes profondément ancrés à Ceuta, c’est un combat permanent. L’extrême droite tentera de transformer cette crise en preuve que Ceuta est menacée par les Marocains et par les musulmans », pense-t-il.

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#ceuta#crisemigratoire#subsahariens#sante#frontiere

  • La crise de Ceuta, un révélateur des divisions de l’Union européenne sur la question migratoire
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    La crise de Ceuta, un révélateur des divisions de l’Union européenne sur la question migratoire
    Par Anna Joubinet (Bruxelles, correspondance )
    A Bruxelles, interrompre ses vacances pour des réunions en ligne à 27 est presque devenu un rituel estival pour nombre de diplomates et de ministres. Samedi 1er août, l’Irlande, qui occupe la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne (UE), a convoqué les ministres de l’intérieur des Etats membres pour une visioconférence impromptue, mardi 4 août, en milieu de matinée.
    Objectif officiel : tirer des leçons de la crise éclair du 30 juillet, qui a vu près de 50 000 migrants venus du Maroc entrer dans l’enclave espagnole de Ceuta, avant que la plupart ne fassent demi-tour dans les vingt-quatre heures qui ont suivi. Au moins 72 personnes sont mortes, notamment par noyade, selon les autorités locales. Dublin y voit aussi une occasion d’exprimer la solidarité de l’UE avec l’Espagne.
    Il faut dire que celle-ci n’était pas franchement de mise ces derniers jours. Samedi, 22 chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE – majoritairement issus de la droite – ont accusé le premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sanchez, de ne pas en faire assez pour assurer la protection des frontières extérieures de l’UE.
    Dans leur lettre aux dirigeants des institutions européennes, ces 22 Etats – dont l’Italie, l’Allemagne, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, mais aussi le Danemark, dirigé par la sociale-démocrate Mette Frederiksen – dénoncent les « politiques susceptibles de créer un effet d’appel », faisant allusion au vaste plan de régularisation de sans-papiers lancé en avril par Pedro Sanchez – lequel ne concerne que des personnes vivant déjà en Espagne.Le même jour, le premier ministre espagnol écrivait à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour déplorer « l’attitude alimentée par les préjugés, la désinformation, l’ignorance ou des intérêts politiques » de certains gouvernements européens après la crise à Ceuta.
    Ces deux courriers, envoyés à quelques heures d’intervalle, réclamaient une rencontre ministérielle pour faire le bilan de l’épisode. La France aussi, même si Paris n’a pas signé la lettre accusatrice des 22. « Elle n’apportait aucune solidarité concrète à l’Espagne et visait avant tout à instrumentaliser la poussée migratoire à Ceuta », explique l’Elysée. Même constat du côté du Luxembourg et du Portugal, qui ne figurent pas parmi les signataires. Tout comme l’Irlande, même si, dans son cas, son rôle de présidente du Conseil de l’UE lui impose d’afficher une forme de neutralité.
    Lundi, les ambassadeurs des Vingt-Sept auprès de l’UE ont longuement préparé la visioconférence ministérielle du lendemain. Mais ils ne s’attendent pas à ce que des décisions majeures y soient prises. « La réunion sera utilisée par les ministres à des fins de politique intérieure », confie aussi une de ces sources diplomatiques. Elle leur permettra « d’adopter un ton plutôt dur pour ne pas laisser la moindre prise aux critiques de l’extrême droite ». Ces dernières années en effet, les gouvernements européens, dont plusieurs ont basculé à droite, ont durci leur position sur l’immigration pour donner des gages à un électorat de plus en plus séduit par l’extrême droite.
    La virulence des critiques formulées à l’égard de Pedro Sanchez n’est que le dernier épisode de cette évolution, à laquelle seule une poignée d’Etats européens s’oppose désormais. Lors du dernier sommet des Vingt-Sept, en juin, à Bruxelles, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, et la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, qui s’étaient déjà alliées en 2025 pour réclamer une révision de la jurisprudence de la Convention européenne des droits de l’homme concernant les droits des migrants, ont pris à partie le dirigeant espagnol. Lors de ce sommet, 19 Etats avaient signé une lettre réclamant davantage de soutien de la Commission pour lutter contre l’immigration illégale.
    A l’époque, le chancelier allemand, Friedrich Merz, n’avait pas signé. Samedi, en revanche, il comptait parmi les 22 qui se sont dits prêts à renforcer les contrôles à leurs frontières intérieures. Devancés de 3 à 7 points par le parti d’extrême droite AfD dans les intentions de vote à l’échelle nationale, mais aussi dans deux des trois Länder d’ex-Allemagne de l’Est où se tiendront des élections régionales en septembre, les conservateurs allemands ne veulent pas laisser à l’AfD le monopole de la fermeté sur les questions migratoires.
    Depuis son arrivée au pouvoir, en mai 2025, Friedrich Merz a d’ailleurs activé une clause dérogatoire européenne permettant aux Etats de rétablir les contrôles aléatoires à leurs frontières intérieures. La France fait de même depuis 2015, alors que ces dérogations à l’accord de Schengen sont censées n’être que temporaires.
    En matière d’immigration, l’Italienne Giorgia Meloni, à la tête d’une famille politique issue du fascisme, est, elle aussi, concurrencée à sa droite par l’ex-général Roberto Vannacci, qui a récemment fondé son parti, Futuro Nazionale, en vue des législatives de 2027. Et au Danemark, le parti social-démocrate de Mette Frederiksen a adopté une ligne migratoire très stricte dès 2015, là encore pour endiguer la poussée de l’extrême droite.
    L’évolution vient de loin. Depuis la crise dite « des réfugiés », en 2015-2016, l’UE a revu structurellement sa politique migratoire, sur fond de droitisation du Conseil de l’UE et du Parlement européen. En adoptant en 2024 un ensemble de textes sous la bannière du « pacte sur la migration et l’asile », les Vingt-Sept pensaient pourtant avoir enfin trouvé un compromis.Mais à peine le pacte adopté, plusieurs Etats membres ont voulu aller plus loin, en renforçant l’externalisation de la gestion des migrants. Le développement de « centres de retour » à l’extérieur de l’UE est ainsi devenu un moyen d’éviter les débats épineux sur les relocalisations de réfugiés à l’intérieur de celle-ci. Paradoxalement, si le discours des Européens sur l’immigration se durcit, les flux vers l’UE, eux, diminuent. Le « nombre d’arrivées illégales est en chute de 55 % au cours des deux dernières années, et de 37 % depuis le début 2026 », rappelle Ursula von der Leyen dans un courrier adressé, lundi, à Pedro Sanchez, que Le Monde a pu consulter. « Quand on regarde les chiffres, on peine à expliquer certaines politiques », constate Alberto-Horst Neidhardt, responsable migration du think tank European Policy Centre. Le signe, selon lui, que la politique migratoire « est davantage dictée par les émotions que par les faits ».

    Pour l’eurodéputée conservatrice allemande Lena Düpont (CDU), ces chiffres relativement « favorables » offrent, au contraire, « une fenêtre d’opportunité pour agir » hors de tout cadre d’urgence. « Nous devons nous concentrer maintenant sur la dimension externe des politiques migratoires », affirme la coordinatrice du groupe PPE (droite) à la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen. A gauche, miser sur les pays tiers est plutôt considéré comme un facteur de vulnérabilité. Les crises comme celle de Ceuta sont « le résultat de l’externalisation, plébiscitée par la droite et l’extrême droite, qui nous rend dépendants de la volonté de régimes autoritaires tiers », déplore Mélissa Camara, négociatrice de textes migratoires pour le groupe des Verts au Parlement européen. Les eurodéputés de la commission LIBE tiendront jeudi une session extraordinaire sur la crise du week-end à Ceuta, selon les informations du Monde. Mais c’est plus probablement lors du sommet européen d’octobre que l’on saura si les événements survenus le 30 juillet dans l’enclave espagnole déboucheront sur des décisions et des réformes concrètes.

    #Covid-19#migration#migrant#UE#crisemigratoire#migrationirreguliere#politiquemigratoire#frontiere#sante#extremedroite

  • En Allemagne, l’AfD exploite la crise migratoire de Ceuta dans l’espoir de peser sur la campagne des régionales
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    En Allemagne, l’AfD exploite la crise migratoire de Ceuta dans l’espoir de peser sur la campagne des régionales
    Par Gwénaëlle Deboutte (Francfort, correspondance)
    Au cœur de l’été, les images de l’arrivée d’environ 50 000 migrants à Ceuta, enclave espagnole au Maroc, ont offert au parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) des images lui permettant de marteler son discours anti-immigration. Alors que des élections ont lieu en septembre dans Berlin et dans deux autres Länder de l’est de l’Allemagne, l’AfD s’est immédiatement emparée de l’événement pour mettre en cause la capacité de l’Union européenne et du gouvernement fédéral allemand à contrôler les flux migratoires.
    La salve a débuté dès vendredi 31 juillet, soit au lendemain du début de l’arrivée des migrants à Ceuta, avec un communiqué de la coprésidente du parti, Alice Weidel : « L’Allemagne doit empêcher à tout prix que d’autres migrants, en partie enclins à la violence et peu instruits, atterrissent dans nos systèmes sociaux. Les événements à Ceuta montrent combien la protection commune des frontières européennes est toujours aussi inefficace. » Le choix des mots révèle une volonté de dramatisation et illustre une rhétorique classique de l’AfD sur les questions migratoires : un événement ponctuel devient la preuve d’un dysfonctionnement structurel.
    Mais le véritable amplificateur de communication s’est joué quelques heures plus tard sur les réseaux sociaux, en particulier Instagram et Telegram. Depuis des années, l’AfD est le parti politique allemand le plus actif sur ces plateformes, où il exploite des contenus émotionnels et clivants, mis en avant par des algorithmes. Ainsi du compte Instagram de la fédération AfD du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où le parti est crédité de 36 % des intentions de vote aux régionales de septembre.
    Sur fond de vidéos montrant une foule de jeunes hommes exultant, Jan-Phillip Tadsen, spécialiste des questions migratoires à l’AfD, interroge, face caméra : « Voulons-nous continuer à accepter l’inaction de l’Europe ? Ou voulons-nous enfin mener une vraie politique qui empêche cela de manière cohérente et qui mette fin aux morts qui ont eu lieu à Trèves, à Berlin et si souvent dans nos rues ? » Une référence à des attaques perpétrées par des ressortissants étrangers vivant sur le sol allemand, comme à Berlin, en 2016, ou à Trèves, le 15 juillet, où un Afghan de 22 ans a poignardé un étudiant. A chaque événement de ce type, l’AfD se montre particulièrement réactive, en profitant pour marteler son argumentaire associant immigration et insécurité.
    En Saxe-Anhalt, où l’AfD est créditée de 41 % des intentions de vote aux élections du 6 septembre, au point de rêver à participer pour la première fois à un exécutif régional, le parti a également très vite réagi aux événements de Ceuta. Alors que sa campagne est sur le contrôle de l’immigration et l’accélération des expulsions, sa tête de liste, Ulrich Siegmund, qui s’est fait connaître par une communication très active sur les réseaux sociaux auprès d’un public jeune, n’a pas hésité à employer le terme d’« invasion » pour qualifier l’afflux de migrants à Ceuta. Au niveau national, l’affaire de Ceuta a donné à l’AfD l’occasion d’attaquer le chancelier Friedrich Merz. Après avoir prospéré sur la dénonciation de la politique migratoire d’Angela Merkel, jugée trop laxiste lors de la crise migratoire de 2015-2016, la formation accuse le gouvernement actuel de ne pas aller assez loin dans la protection des frontières, alors même que M. Merz a pris ses distances avec la politique de sa prédécesseure, pourtant du même parti que lui, en durcissant les contrôles aux frontières, en limitant le regroupement familial, en restreignant l’accès d’une partie des immigrés aux prestations sociales et en augmentant le nombre d’expulsions.
    Une passe d’armes sur Instagram, samedi, a illustré cette stratégie de l’AfD, consistant à ne pas laisser M. Merz se targuer de mener une politique de fermeté en matière migratoire. Alors que le chancelier venait d’affirmer qu’il soutenait la position espagnole visant à empêcher les migrants irréguliers d’accéder au continent européen, Alice Weidel lui a répondu : « Le chancelier ne dit rien sur la manière dont il entend protéger les frontières allemandes ; il ne se prononce pas non plus sur une suspension de l’espace Schengen », a affirmé la coprésidente de l’AfD, avec un objectif clair : transformer un événement ayant lieu à plusieurs milliers de kilomètres de l’Allemagne en enjeu électoral.

    #migration#migrant#Covid-19#allemagne#UE#espagne#crisemigratoire#migrationirreguliere#frontiere#politiquemigratoire#sante#extremedroite

  • Pourquoi #Ceuta est au cœur d’une crise migratoire permanente

    L’ESSENTIEL

    - Plus de 40 000 personnes sont entrées en 24 heures à Ceuta, enclave espagnole située sur la côte marocaine.

    - Cette crise mêle enjeux migratoires, tensions diplomatiques et rivalités géopolitiques.

    - La réponse doit concilier contrôle des frontières, État de droit et protection des #droits_humains.

    ***

    Depuis le 31 juillet 2026, Ceuta est confrontée à une crise frontalière d’une ampleur sans précédent. Selon les premières estimations des forces de sécurité, plus de 40 000 personnes seraient entrées dans l’enclave espagnole en l’espace de 24 heures. Certaines sources ont avancé provisoirement le chiffre de 49 000, mais aucun bilan officiel consolidé n’a encore été publié, et cette estimation a été retirée sans explication publique du site du Département de la sécurité nationale.

    Au moment où nous écrivons ces lignes, au moins 41 personnes ont trouvé la mort, noyées en tentant de contourner à la nage la digue frontalière.

    Le nombre d’arrivées est particulièrement difficile à absorber pour une ville qui compte environ 83 600 habitants. Les capacités d’accueil de Ceuta étaient déjà saturées avant cette nouvelle vague d’entrées. Après l’arrivée d’environ 1 500 personnes au cours de la semaine précédente, les structures destinées aux mineurs non accompagnés fonctionnaient, selon le président de la ville autonome, à 2 400 % de leur capacité. Il a qualifié la situation d’« urgence humanitaire et sociale absolue ».

    Ceuta n’est pas seulement confrontée à une crise migratoire, mais à une crise multifactorielle où se conjuguent inégalités structurelles, tensions diplomatiques, dépendance de l’Europe à l’égard du Maroc, capacités d’accueil limitées et polarisation politique. Son analyse nécessite de croiser une perspective internationale — centrée sur l’externalisation du contrôle des frontières et les alliances géopolitiques — avec une approche interne, attentive aux conséquences sur l’État de droit, les services publics, la cohésion sociale ainsi que les discours politiques et médiatiques.

    Facteurs externes : la dimension internationale de la crise

    L’utilisation des mouvements migratoires comme instrument de pression politique ne relève pas d’une simple hypothèse. La politologue américaine Kelly M. Greenhill désigne par l’expression #coercive_engineered_migration (« migration coercitive orchestrée ») l’utilisation délibérée, ou la menace, de flux migratoires afin d’obtenir des concessions de la part d’autres États.

    À Ceuta, cette dynamique doit être replacée dans une succession de crises frontalières observées depuis 2005, et ne pas être considérée comme un épisode isolé. En mai 2021, plus de 5 000 personnes étaient entrées dans la ville après un assouplissement des contrôles marocains, en pleine crise diplomatique provoquée par l’accueil en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario.

    Cette capacité de pression est renforcée par l’#externalisation de la politique migratoire européenne, qui a transféré une partie du contrôle des frontières à des pays tiers comme le Maroc. Dans le même temps, la présentation de ces arrivées comme une menace pour la sécurité alimente le processus de « #sécurisation », qui tend à privilégier la protection de l’État au détriment de la sécurité et des droits des personnes migrantes elles-mêmes (2017).

    Le Parlement européen a d’ailleurs condamné explicitement en juin 2021 l’utilisation par le Maroc du contrôle des frontières, de la migration et, en particulier, des mineurs non accompagnés comme moyen de pression politique contre l’Espagne. Le Barcelona Centre for International Affairs (CIDOB) a qualifié cet épisode de cas emblématique de weaponisation of migration (« instrumentalisation de la migration »), c’est-à-dire l’utilisation de personnes migrantes comme instruments de coercition entre États.

    Si, en 2021, la pression exercée par le Maroc avait été expliquée par l’accueil du chef du #Front_Polisario, #Brahim_Ghali, dans un hôpital de Logroño, il ne faut pas oublier que la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie cette même année avait entraîné la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe, privant le royaume chérifien d’une source de revenus et d’un levier d’influence.

    En 2026, le contexte immédiat est différent, même si plusieurs développements diplomatiques récents sont susceptibles d’avoir contrarié Rabat. Le 20 juillet, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a ainsi effectué une visite officielle en #Algérie et annoncé la tenue d’une réunion bilatérale de haut niveau à l’automne. Le gouvernement espagnol a de nouveau qualifié l’Algérie, principal rival régional du Maroc, de « partenaire stratégique » et de « nation amie ».

    Le 23 juillet, la commission de la Justice du Congrès des députés a approuvé le texte d’une proposition de loi visant à faciliter l’accès à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés sous administration espagnole. Le texte doit encore être adopté par le Parlement.

    La concomitance de cette initiative avec le rapprochement diplomatique entre l’Espagne et l’Algérie, ainsi qu’avec la crise frontalière, a alimenté l’hypothèse selon laquelle Rabat chercherait à rappeler le coût que pourrait avoir, à ses yeux, toute décision espagnole contraire à ses intérêts concernant le #Sahara_occidental.

    Dépendance au Maroc

    L’externalisation du contrôle migratoire a fait du Maroc un partenaire indispensable, mais aussi une source de dépendance. En 2023, la Commission européenne a consacré 152 millions d’euros au renforcement de la gestion des frontières marocaines. Cette délégation de compétences confère à Rabat une capacité d’influence sur la coopération migratoire.

    Cette dépendance est d’autant plus problématique que la capacité à contenir les départs ne garantit pas la fiabilité démocratique du partenaire. L’ONG américaine Freedom House, dont la mission est de promouvoir la démocratie et les droits humains dans le monde, classe le Maroc parmi les pays « partiellement libres », avec un score de 37 sur 100, et souligne la prédominance politique et économique de la monarchie.

    L’ONG internationale indépendante Human Rights Watch, qui enquête sur les atteintes aux droits humains dans plus de 90 pays, relève dans son rapport 2026 une intensification de la répression contre les journalistes, les militants et les défenseurs des droits humains, ainsi que des poursuites visant les personnes qui défendent l’indépendance du Sahara occidental. Les autorités ont notamment recours à des accusations de diffamation, de diffusion de fausses informations, d’offense aux institutions ou d’atteinte à la monarchie pour restreindre l’espace de la critique politique.

    Ce contexte conduit à poser une question délicate : jusqu’à quel point l’Europe peut-elle présenter comme un garant fiable de ses frontières un régime qui restreint durablement la liberté de la presse, réprime la dissidence et utilise sa coopération internationale pour renforcer sa position sur le Sahara occidental ?

    L’alignement Maroc–Israël–États-Unis

    L’axe Maroc–Israël–États-Unis s’est consolidé en 2020 avec la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv et la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté revendiquée par le Maroc sur le Sahara occidental. Il s’est encore renforcé en 2021 avec la signature d’un mémorandum de coopération militaire. Cet alignement contraste avec la dégradation des relations entre l’Espagne et Israël, ainsi qu’avec les tensions croissantes entre Madrid et Washington.

    La crise de Ceuta a mis ces tensions en lumière. L’ambassadeur israélien auprès des Nations unies a remis en cause la souveraineté espagnole sur la ville, tandis que la Maison-Blanche a imputé la responsabilité de la crise aux politiques « mondialistes » et « d’extrême gauche » du gouvernement espagnol.

    Ces déclarations témoignent d’une #instrumentalisation diplomatique de la crise et d’une convergence rhétorique à l’égard de l’Espagne, mais elles ne constituent pas une preuve de l’existence d’une action coordonnée visant à faciliter l’ouverture de la frontière.

    Facteurs internes : droit, capacités institutionnelles et fabrique de la peur

    L’arrêt rendu par la Cour suprême le 8 juillet n’interdit pas à proprement parler les « #refoulements_à_chaud » des migrants tentant d’entrer à la nage à Ceuta et Melilla. Il écarte en revanche le recours à la procédure exceptionnelle de « #rejet_à_la_frontière » pour les personnes interceptées en mer, au motif qu’elles n’ont pas franchi un dispositif matériel de contrôle, comme la clôture frontalière.

    Cette décision a toutefois fait l’objet d’une interprétation simplifiée largement relayée au Maroc, ce qui a pu encourager les traversées en faisant naître l’idée que les personnes arrivant à la nage ne seraient pas renvoyées.

    Pour le président du gouvernement espagnol, les réseaux de passeurs ont instrumentalisé cette décision de justice. L’arrêt a ainsi pu jouer un rôle de facteur facilitateur, sans pour autant expliquer à lui seul l’ampleur de la crise ni la réduction simultanée des contrôles frontaliers côté marocain.

    La construction du récit de « l’invasion »

    Les crises frontalières créent un contexte propice à la radicalisation du débat public. Une étude met en évidence un durcissement de la rhétorique politique et une banalisation des discours racistes. Lors de la crise de 2021, le parti d’extrême droite Vox a consacré plus de 70 % de ses publications à Ceuta et à la migration.

    Une autre étude a montré que 80 % des messages haineux analysés portaient sur la confrontation politique, et non sur les causes ou les solutions aux enjeux migratoires.

    Dans la crise actuelle, des expressions comme « invasion », « hommes en âge de combattre » ou « sicaires » participent à cette représentation des personnes migrantes comme une menace collective. Les #médias ne sont pas nécessairement à l’origine de ces discours, mais ils peuvent contribuer à les banaliser lorsqu’ils reprennent des cadrages alarmistes sans les contextualiser ni les mettre en perspective.

    Les droits humains comme limite et comme réponse

    Dans une crise de cette nature, les droits humains ne constituent pas un obstacle à la gestion des frontières, mais en fixent les limites juridiques et éthiques. La découverte de plus de 40 corps dans les eaux de Ceuta met en évidence le coût humain d’une politique qui fait de la frontière un espace de danger extrême.

    L’Espagne a l’obligation de protéger les vies humaines, de garantir les opérations de sauvetage et d’examiner individuellement chaque situation, en portant une attention particulière aux mineurs, aux demandeurs d’asile et aux victimes de la traite des êtres humains.

    Mais les principales victimes restent toujours les personnes migrantes elles-mêmes. Le Maroc peut les utiliser comme moyen de pression, les partis politiques comme argument électoral, et certains discours les réduire à une menace anonyme.

    Tandis que les États se disputent influence et responsabilités, ces personnes risquent leur vie et s’exposent à l’absence de protection, aux #refoulements arbitraires et à leur #déshumanisation dans le débat public. La réponse ne devrait pas opposer les droits des habitants de Ceuta à ceux des personnes qui arrivent, mais veiller à ce que ces deux populations — et en particulier les plus vulnérables — ne continuent pas de payer le prix de stratégies politiques sur lesquelles elles n’ont aucune prise.

    https://theconversation.com/pourquoi-ceuta-est-au-coeur-dune-crise-migratoire-permanente-288888
    #migrations #réfugiés #Maroc #Espagne #assaut #frontières

    • Les migrants marocains de Ceuta, victimes des politiques migratoires européennes

      Plusieurs dizaines de milliers de personnes seraient parvenues à entrer dans l’enclave espagnole au cours des derniers jours, et une trentaine d’entre elles ont déjà perdu la vie. Un nouvel épisode qui illustre toute la perversité de l’#externalisation de la gestion des frontières.

      Une fois de plus, les frontières tuent. Une trentaine de personnes sont mortes en tentant de rejoindre Ceuta, une petite enclave espagnole située sur la côte nord de l’Afrique, depuis le Maroc. « Neuf corps ont été repêchés », a d’abord indiqué, jeudi 30 juillet, une porte-parole de la délégation du gouvernement espagnol dans ce territoire à l’Agence France-Presse (AFP), avant que le bilan ne soit revu à la hausse le matin du vendredi 31 juillet.

      Les autorités espagnoles ont d’abord compté près de 1 500 personnes qui ont réussi à gagner Ceuta au cours des derniers jours. Mais Madrid affirmait vendredi matin que 49 000 personnes seraient entrées, selon de premières estimations. Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas Lara (Parti populaire, droite), a affirmé, lors d’une conférence de presse vendredi 31 juillet, que ce nombre s’élevait même à 60 000.

      La différence de chiffres surprend et requiert pour l’heure de la prudence : « Il faut être très précautionneux. On nous parle de 1 500 personnes un jour et le lendemain de 50 000 personnes. C’est forcément très inédit et impressionnant, mais il y a toujours une exagération des chiffres sur les tentatives de passages et les passages [effectifs] », tempère Elsa Tyszler, enseignante-chercheuse à l’université Paris-8, qui suit de près l’enclave et les mouvements migratoires dans cette région.

      Elle ajoute : « Il faut se méfier des chiffres, qui sont toujours manipulés à des fins politiques, de l’ordre de “l’invasion migratoire”, dans un îlot occidental qui serait “assiégé” par des migrants racialisés. C’est toute la rhétorique d’extrême droite qui accompagne les tentatives de passage à cet endroit depuis trente ans. »
      Des drames humains qui se répètent

      Les images qui circulent depuis le jeudi 30 juillet montrent de jeunes hommes et adolescents (en majorité), certains arrivant à la nage et grimpant sur les rochers pour se hisser à terre, parfois équipés de palmes et de bouées de sauvetage ; d’autres, tout sourire une fois leur destination atteinte, laissant échapper leur joie dans des cris non dissimulés ou des accolades.

      La garde civile aurait rapidement été dépassée. Jeudi dans la soirée, le ministère de l’intérieur espagnol a annoncé l’envoi de l’armée pour « renforcer la garde civile » et « assurer la sécurité » à Ceuta, alors que plusieurs centaines d’autres personnes ont gagné le territoire en une journée. Quelques centaines de Marocains auraient aussi rejoint Melilla, une autre enclave espagnole.

      « Le gouvernement d’Espagne est entièrement mobilisé pour donner une réponse immédiate à la situation à Ceuta, a fait savoir jeudi après-midi, sur le réseau social X, Pedro Sánchez, le premier ministre espagnol. Nous mobilisons toutes les ressources nécessaires, en travaillant avec les autorités marocaines et internationales. […] Je viens de transmettre [le message] au président [de l’enclave] Juan Jesús Vivas Lara. C’est le moment de construire des solutions, avec responsabilité et coopération. »

      En visite sur place vendredi 31 juillet, le premier ministre a dénoncé « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Le président de Ceuta, qui a mis en avant une « crise migratoire extrêmement grave », a appelé à une « réponse immédiate, ferme et coordonnée », demandant au gouvernement de déclarer l’état d’urgence nationale.

      « Il est temps de passer à l’action. Ceuta a besoin de plus de moyens, d’infrastructures, de coordination et de limites objectives à sa capacité d’accueil. Nous ne demandons pas de privilèges, mais une réponse juste, responsable et conforme à notre condition de frontière de l’Europe en Afrique », a-t-il écrit sur X jeudi 30 juillet après-midi. Selon lui, les personnes sont arrivées à un rythme de deux cents par jour en moyenne cette semaine. « Une urgence humanitaire et sociale absolue », a-t-il déploré.

      Pour Ceuta comme pour Melilla, une telle situation de chaos, menant à de véritables drames humains, n’est pas nouvelle. En 2021, à Ceuta, près de 8 000 personnes étaient parvenues à rejoindre l’enclave – un chiffre alors inédit, et largement dépassé aujourd’hui. Le Maroc avait été accusé d’avoir fait pression sur l’Espagne dans le dossier sensible du Sahara occidental, en instrumentalisant les personnes migrantes et leur détresse.

      En 2022, à Melilla cette fois, vingt-sept exilés subsahariens avaient perdu la vie (soixante-dix autres ont été portés disparus) alors qu’ils tentaient de gagner l’Espagne, toujours depuis le Maroc, dans un mouvement de foule provoqué alors que des centaines, voire des milliers de personnes tentaient le passage.
      Le bal des instrumentalisations est ouvert

      De manière très prévisible, les images ont vite été reprises sur les réseaux sociaux, par la droite et l’extrême droite, pour laisser croire à une « invasion migratoire ». Chacun et chacune y va de sa petite déclaration : la leader du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, parle d’« entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol ».

      Le patron du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, évoque quant à lui une « vague migratoire massive à Ceuta » et une « politique irresponsable du gouvernement socialiste espagnol », en référence à la campagne de régularisation des sans-papiers mise en œuvre en début d’année 2026 en Espagne.

      En résumé, ce serait parce que Madrid régulariserait (sous de nombreux critères restrictifs, notamment la durée de séjour dans le pays) que plus d’un millier de migrants marocains auraient tenté de rejoindre Ceuta (plusieurs mois après l’annonce de ladite régularisation).

      Le ministre de l’intérieur français, Laurent Nuñez, a annoncé sur X « renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole », répondant indirectement à une demande formulée par Marine Le Pen une heure plus tôt. « Par ailleurs, j’active la Force frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur », a-t-il ajouté, comme si la France était sous la menace de dangereux envahisseurs.

      Côté italien, Giorgia Meloni n’a pas manqué de pointer une « immigration clandestine hors de contrôle [qui] représente une menace concrète pour la sécurité des frontières européennes », suggérant la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne ; alors même que Ceuta, comme Melilla, fonctionne comme une exception de la zone européenne de libre circulation et que des contrôles d’identité sont effectués pour les personnes qui entrent ou sortent du territoire…

      Dans un autre style, Danny Danon, ambassadeur d’Israël aux Nations unies, a cherché à tacler l’Espagne, osant le parallèle entre la politique de colonisation d’Israël en Palestine et la guerre génocidaire menée à Gaza avec la situation de cette enclave.

      « L’Espagne, qui ne manque jamais une occasion de faire la leçon à Israël, a déclaré l’état d’urgence à Ceuta à la suite de la crise liée à sa politique d’immigration. Peut-être qu’avant de continuer à nous faire la leçon, il serait temps qu’elle explique au monde pourquoi elle maintient encore des enclaves coloniales en Afrique », cingle-t-il.

      Si l’on peut interroger le passé colonial espagnol, la comparaison est pour le moins osée. Une journaliste hispano-marocaine, Leyla Hamed, lui a répondu : « Je suis de Ceuta, et l’Espagne ne nous a jamais opprimés. Vous, maniaques génocidaires, n’avez pas le droit d’instrumentaliser notre identité ou de parler en notre nom. »
      L’effet boomerang de l’externalisation

      Dans ce flot de réactions, le Maroc semble avoir gardé le silence. Plusieurs observateurs et observatrices accusent le pays, en pleine célébration du vingt-septième anniversaire de l’intronisation du roi Mohammed VI, d’avoir sciemment réduit les effectifs au niveau de la frontière avec Ceuta en réponse à la visite de Pedro Sánchez en Algérie, le 20 juillet.

      Mais tout le monde ou presque oublie de préciser la nature du « problème ». La crise n’est pas « migratoire », mais politique et humanitaire : dès lors que l’Union européenne choisit de donner les pleins pouvoirs à des États tiers pour gérer ses frontières contre rémunération, ces mêmes États n’ont parfois aucun scrupule à jouer avec des vies humaines pour servir leurs intérêts.

      Par le biais de l’externalisation des politiques migratoires, « le Maroc a été le premier pays à accepter d’aider l’Espagne et l’UE à défendre ses frontières, à collaborer dans la lutte dite contre l’immigration irrégulière vers l’Europe » dès le début des années 1990, rappelle Elsa Tyszler.

      Cela donne lieu à des « patrouilles de la marine marocaine dans les eaux du détroit de Gibraltar, pour protéger des frontières que, par ailleurs, le Maroc conteste », souligne-t-elle, expliquant que l’occupation de ces territoires par l’Espagne revient régulièrement dans le débat public. C’est tout le paradoxe. « Il y a toujours un jeu de vérité entre les deux pays. Les frontières de Ceuta et Melilla sont un théâtre de luttes diplomatiques. »

      Beaucoup d’exemples viennent l’illustrer et « montrent que dès qu’il y a un différend entre le Maroc et l’Espagne, comme ce fut le cas pour le Sahara occidental en 2021, cela se concrétise par la métaphore du robinet », poursuit la chercheuse. Ici, « on peut penser que la visite de Pedro Sánchez en Algérie » a conduit à ce pic d’entrées exceptionnel à Ceuta. « Lorsque le pouvoir marocain n’est pas satisfait de ce que fait l’Espagne, il y a un mécanisme de vengeance », ajoute-t-elle.

      Officiellement, les autorités des deux pays ne le diront pas et salueront leur collaboration commune. Si le Maroc ne s’est pas encore exprimé publiquement sur la situation à l’heure où nous écrivons ces lignes, le premier ministre espagnol s’est arrangé pour déclarer que le Maroc était un « allié » malgré le contexte.

      « Le Maroc agit en sous-traitant de la gestion des frontières européennes et opère le contrôle migratoire, il manie donc la question migratoire en fonction de ses propres intérêts » lorsque bon lui semble, nuance Elsa Tyszler. C’est le retour de bâton d’une politique régulièrement dénoncée par les chercheurs et chercheuses ainsi que par les ONG internationales.
      Une situation économique et sociale compliquée

      Enfin, d’autres facteurs doivent être pris en compte, tels que l’enjeu racial et le racisme présent à cette frontière à la fois « très militarisée et sophistiquée », qui ont fait des migrants – les musulmans ou perçus comme tels et les personnes noires venues d’Afrique subsaharienne – la « figure de l’ennemi », en réaction aux différentes arrivées observées ces dernières décennies. Il y a aussi la colère de la jeunesse marocaine et le désespoir d’une partie de la population qui cherche à fuir son pays.

      À ce propos, Khadija Anani, membre de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et d’EuroMed Droits au Maroc, souligne la situation « très compliquée » au niveau économique et social : « La jeunesse est en détresse et ne voit pas de perspectives au Maroc. Près de 1 million et demi de jeunes âgés entre 14 et 24 ans ne font rien – ni études, ni formation, ni travail. »

      Plus de 2 millions de Marocain·es vivent en dessous du seuil de pauvreté, poursuit-elle, regrettant que la priorité soit donnée à l’organisation de grands événements internationaux plutôt qu’à l’éducation, au travail, à la santé, au logement ou à la lutte contre la corruption. « Toutes ces thématiques sont négligées, c’est d’ailleurs pour ça que la “GenZ” est sortie dans la rue [en septembre 2025] et a revendiqué ses droits », explique Khadija Anani.

      Dans le même temps, la liberté d’expression des citoyen·nes est régulièrement entravée. Le rappeur El Mahdi Lyoubi a été arrêté et se voit imposer un procès vendredi 31 juillet. Tout cela explique, selon la représentante associative, qu’autant de personnes aient tenté le passage de la frontière à Ceuta ces jours-ci.

      Mais selon El País, des milliers de personnes rebroussent chemin vers le Maroc, faute de pouvoir être accueillies correctement dans l’enclave. Selon le ministère de l’intérieur espagnol, 25 000 personnes seraient déjà rentrées. Dans toute cette histoire, conclut Khadija Anani, « gardons en tête les dégâts humains, car le bilan des morts risque encore de s’alourdir ».

      https://www.mediapart.fr/journal/international/310726/les-migrants-marocains-de-ceuta-victimes-des-politiques-migratoires-europe
      #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #chiffres #statistiques #afflux #invasion #Melilla #instrumentalisation #extrême_droite #racisme #jeunesse #jeunesse_marocaine

    • Drame de Ceuta : jusqu’où ira l’#indignité ?

      Plus de 70 personnes officiellement décédées, sans doute plus de 130 selon les associations. De ce qui s’est passé à Ceuta ces derniers jours, on aimerait d’abord que l’on retienne cela : ces vies brisées, ces histoires, ces noms et ces visages. Mais comme bien souvent, la plupart des réactions et des polémiques effaceront cette dimension humaine. Alors il faut le redire, sans relâche, contre l’indifférence et la banalisation.

      Au-delà de la situation historique et géographique spécifique de l’enclave espagnole de Ceuta sur le continent africain, au-delà de la crise sociale et des inégalités particulièrement prégnantes au Maroc, les événements de la semaine dernière sont venus une nouvelle fois rappeler comment les personnes migrantes peuvent être aujourd’hui l’objet de bien des instrumentalisations géopolitiques, une dimension renforcée par les logiques d’externalisation des politiques migratoires européennes ; et comment l’obsession de ces politiques pour la fermeture aux « indésirables » ne peut que conduire à de telles situations de tensions, de marchandage, tant rien ne peut faire complétement obstacle à l’espoir d’une autre vie pour celles et ceux qui sont prêts à tout pour partir.

      Mais ce à quoi nous assistons autour du drame de Ceuta est surtout sidérant d’escalade dans l’indignité.

      Escalade dans le degré de #mensonges et de #contre-vérités véhiculés par des responsables politiques, bien au-delà des rangs de l’extrême droite, par divers influenceurs et relais médiatiques : alimentation irraisonnée de l’existence d’un risque « d’arrivée massive » de personnes migrantes sur le continent européen, alors que l’enclave n’est pas dans l’espace Schengen et qu’il n’est pas possible de rejoindre l’Espagne sans contrôle ; prétendu lien avec la politique de régularisation conduite par le gouvernement espagnol, procédure qui n’est pourtant plus ouverte aujourd’hui, dont les critères ne pouvaient en aucun cas concerner les personnes arrivées à Ceuta ces derniers jours.

      Escalade dans la mécanique, désormais si bien rodée, d’instrumentalisation au service de l’agenda politique de celles et ceux qui entretiennent les peurs pour vanter leurs propositions autoritaires et xénophobes : alimentation du fantasme de la « submersion », à coup d’images et de commentaires haineux ressassés jusqu’à la nausée, précipitation sur le terrain pour alimenter les paniques identitaires, dénonciation d’une « menace existentielle » … Un retournement d’analyse bien pathétique quand on pense aux vraies menaces existentielles (drames climatiques, conflits armés…) que nous vivons en cet été 2026…

      Escalade enfin dans la surenchère répressive et sécuritaire qui a été la réponse de la plupart des pays européens : priorité au renforcement du contrôle des frontières, alors qu’il était bien impossible aux personnes migrantes arrivées à Ceuta de gagner facilement le continent européen ; aucune considération pour les questions humanitaires et le respect des droits fondamentaux. Et lundi 3 août, la lettre des 22 pays amenés par l’Italie et le Danemark, demandant de nouvelles mesures de contrôle et de fermeture, dénonçant la politique espagnole de régularisation, a été un nouveau signe plus qu’alarmant d’une dérive sans fin de l’Union européenne, sous l’impulsion d’une alliance droite et extrême droite qui la guide désormais sur les questions migratoires.

      Jusqu’où cela va-t-il aller ? Après le pacte asile et migration en application depuis juin dernier, après le règlement retour et ses « hubs de retour » en dehors de l’UE, renforçant encore les logiques d’enfermement, d’expulsion, d’externalisation et d’atteintes aux droits, quelle va être la prochaine étape ?

      La réunion des ministres de l’Intérieur tenue ce mardi 4 aout, si elle n’a fait l’objet d’aucune véritable annonce nouvelle, tant les dispositifs de contrôle et de répression sont déjà présents, a néanmoins confirmé le registre de la menace et de l’obsession, notamment via les technologies de surveillance, du contrôle et de la fermeture.

      Alors qu’en France comme dans d’autres pays européens s’ouvrent de cruciales séquences électorales risquant d’être autant de prétextes à de nouvelles instrumentalisations et surenchères, il y a urgence, sous peine de basculer demain dans un avenir encore plus cauchemardesque, à dénoncer sans faillir ces mécaniques toxiques. Et à opposer à l’incapacité aujourd’hui dramatique de l’Union européenne et de ses Etats à concevoir des politiques migratoires, hors du paradigme de la répression et de la logique de « la forteresse assiégée » servant principalement ses intérêts ; des politiques fondées sur le respect des droits humains, l’égalité de traitement, les coopérations d’égal à égal et les solidarités internationales. Les seules à même de pouvoir garantir notre avenir collectif, dans un monde où, plus que jamais, les migrations en seront demain le cœur battant.

      https://www.lacimade.org/drame-de-ceuta-jusquou-ira-lindignite

    • Ceuta ou la consécration des politiques migratoires racistes et sécuritaires

      Contrairement aux discours qui ont majoritairement circulé dans les médias ces dernières semaines, les événements survenus à Ceuta à partir du 30 juillet 2026 ne doivent pas être considérés comme une « crise migratoire » exceptionnelle, mais plutôt comme la conséquence prévisible d’un modèle de « gestion » des mouvements migratoires fondé sur la dissuasion, l’externalisation des frontières, la normalisation progressive de la #violence, et l’instrumentalisation des questions migratoires. La militarisation des frontières, la cruauté envers les personnes en migration, la violation du droit international, et l’#impunité institutionnelle organisée sont autant d’éléments qui démontrent chaque jour l’impasse des politiques et stratégies migratoires actuelles.

      Entre le 30 et le 31 juillet, entre 40 000 personnes [1] (selon le Maroc) et 70 000 [2] (selon l’Espagne) auraient franchi depuis le Maroc, principalement par la mer, la frontière de Ceuta - résidu colonial européen sous contrôle espagnol situé sur le territoire marocain -, arrachant ainsi leur liberté de circulation. Entre 83 personnes (chiffre officiel) et 141 (chiffre des associations) seraient décédées ce faisant, et presque la majorité des personnes arrivées ont été renvoyées au Maroc en 48h, en violation du droit international (principe de non-refoulement), du droit européen (Pacte européen asile et migration), et de la législation espagnole (arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026).

      La fabrique de la « crise migratoire », stratégie récurrente des politiques européennes
      Face à ce qui a été présenté comme une énième « crise migratoire », il convient de relativiser les chiffres. Les chiffres annoncés des arrivées dans l’enclave semblent conséquents au regard du confetti de 20 km2 (85 000 habitants) que constitue l’enclave de Ceuta. Mais ils sont en réalité dérisoires au regard de la population des 27 États membres de l’UE, qui compte plus de 450 millions d’habitant·es. Il y a en l’espèce un effet de zoom, amplifié dans ce cas précis par le fait que Ceuta, l’une des deux seules frontières terrestres entre le Maroc et l’Espagne (l’autre étant Melilla), se trouve sur le continent africain et ne fasse pas partie de l’espace Schengen.
      A chaque fois que l’Europe a connu des épisodes d’arrivées importantes sur des territoires insulaires ou enclavés, a été utilisée la rhétorique de la « crise migratoire ». Cette formule permet de rejeter la responsabilité sur les personnes migrantes et de détourner l’attention des enjeux politiques et du système imposé par les anciennes puissances coloniales. Ce procédé a été utilisé régulièrement, à Lampedusa (Italie) en 2011 pendant les révolutions arabes et en 2023 lorsqu’entre 6000 et 13 000 personnes sont arrivées en quelques jours sur l’île, à Ceuta en 2021 lorsqu’environ 10 000 personnes sont entrées en deux jours dans l’enclave après un relâchement du contrôle frontalier marocain, ou encore à Melilla en 2005 ou 2022 lors de tentatives de franchissement de la barrière-frontière.
      Lors de tous ces précédents, les personnes en quête de protection ou d’opportunités – et contraintes d’emprunter des voies alternatives en raison de la fermeture des frontières et des régimes de visa imposés - ont été brutalement réprimées par les forces de l’ordre, avant d’être sommairement renvoyées, en violation de leurs droits. Nombre d’entre elles ont de plus péri en Méditerranée, laissant des familles entières en deuil.

      La même répression brutale a été déployée à Ceuta après le 30 juillet. Face à ce mouvement migratoire, le discours de l’Espagne a consisté à dénoncer une « violation de [son] intégrité territoriale par des réseaux criminels », pointant du doigt une instrumentalisation par des « mafias », qui auraient partagé des informations mensongères sur les réseaux sociaux - notamment une « interprétation extensive » de l’arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026 [3] ou une ouverture de la frontière maroco-espagnole. En réponse à cette situation, l’Espagne a immédiatement déployé l’armée sur place pour venir en appui à la Guardia Civil, tandis que l’UE offrait le soutien de l’agence Frontex pour « reprendre le contrôle » des frontières européennes dites « menacées ».

      Récupération politique tous azimuts
      La récupération politique a été immédiate à l’échelle de l’UE. Les images des arrivées d’exilé·es à Ceuta diffusées en boucle ont immédiatement été exploitées et instrumentalisées par les droites européennes et les extrêmes droites, y compris au-delà de l’espace Schengen, pour construire un récit de « l’invasion ». Décrites comme un problème de sécurité publique, ces arrivées ont déclenché discours décomplexés de haine et protestations indignées, ainsi qu’une crise diplomatique qui a eu tôt fait d’éclipser la crise humanitaire.
      Le prétendu « laxisme » du gouvernement espagnol a ainsi été pointé du doigt, du fait du processus de régularisation extraordinaire mis en place sur son territoire entre avril et juin 2026 [4]. Or, ce programme, qui répondait à des critères stricts – notamment celui d’être arrivé en Espagne avant le 1er janvier 2026 - est clos depuis le 30 juin 2026.
      Qu’à cela ne tienne, l’Espagne est accusé d’avoir envoyé « un mauvais message » aux ressortissant·es des pays tiers, et d’avoir créé un « appel d’air » – mythe fantasmé largement relayé par l’extrême droite [5]. Cet argument fallacieux ne fut cependant pas retenu contre l’Italie un an plus tôt, lorsqu’en besoin de main d’œuvre, ce pays a lui-même émis un décret pour régulariser 500 000 personnes étrangères sur son territoire entre 2025 et 2028 [6]. Dans l’épisode Ceuta, il y a sans nul doute la volonté d’isoler et de décrédibiliser la politique migratoire de l’Espagne – rare pays européen qui dans certaines de ses pratiques et propos tenus à l’échelle nationale va à rebours des discours et politiques uniquement sécuritaires en matière migratoire. L’objectif est de contrer au plus vite la possibilité d’élargissement d’un narratif positif et inclusif sur les migrations face au discours anti-immigration qui prend de l’ampleur au niveau européen.
      Nul ne peut cependant ignorer qu’en parallèle l’Espagne a mené ces dernières années une politique d’externalisation en Afrique de l’Ouest, bien loin de chercher à attirer les immigré-es : construction de centres de détention offshore, déploiement de la police espagnole et de la Guardia civil, et soutien de plusieurs millions d’euros aux forces de sécurité ouest-africaines pour le contrôle des migrations. Ces politiques d’externalisation ont notamment eu pour conséquence de faire de la route atlantique vers les îles Canaries l’une des plus meurtrières ces dernières années (avec 1300 décès à la mi-2026 [7]).

      Les États membres voisins n’ont pas manqué d’appeler au renforcement des contrôles aux frontières externes de l’Union. Certains pays (Italie, Danemark) ont dans la foulée appelé à suspendre de l’espace Schengen une Espagne qui soi-disant ne jouerait pas le jeu du tout-sécuritaire et qui ne contrôlerait pas efficacement ses frontières. D’une part, cette suspension n’est pas prévue par les textes européens en vigueur, et d’autre part il est de notoriété publique que les enclaves de Ceuta et Melilla disposent d’un régime dérogatoire dans l’espace Schengen qui ne permet pas la libre circulation vers la péninsule espagnole du fait d’un double contrôle à l’entrée et à la sortie de l’enclave, qui fonctionne comme un sas fermé. Les pays européens voisins de l’Espagne se sont également empressés d’indiquer qu’ils allaient renforcer les contrôles aux frontières internes de l’Union... Alors même que huit États membres, dont la France et l’Italie, ont de fait rétabli totalement ou partiellement ces contrôles depuis 2015 [8]. .
      Quant au Maroc, qui célébrait le 30 juillet les 27 ans de règne de Mohamed VI, il s’est tu pendant quatre jours avant de finalement renvoyer la balle vers l’Espagne, l’accusant de ne pas avoir anticipé les conséquences de l’arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026 [9]…

      L’instrumentalisation des exilé·es au profit d’enjeux géopolitiques, effet boomerang de l’externalisation
      Malgré cela, l’Espagne s’est empressée de rappeler que le Maroc est avant tout un allié, tant il est un collaborateur zélé de la politique migratoire sécuritaire européenne. En effet, l’Espagne, pour entraver les mouvements migratoires à sa frontière, a besoin du Maroc qui sait le lui rappeler en différentes occasions. Ce dernier n’a jamais hésité à utiliser les exilé·es comme monnaie d’échange pour servir ses intérêts économiques ou politiques, peser dans le débat géopolitique, ou exprimer ses mécontentements, notamment face au rapprochement entre l’Espagne et l’Algérie [10], comme il l’a déjà fait par le passé (2021, 2023). Les pays partenaires de la politique d’externalisation de l’UE utilisent ainsi les mêmes armes que l’UE, à savoir le marchandage, pour se retourner occasionnellement contre elle. Cela a été le cas pour la Turquie avec la Grèce en mars 2020, le Maroc avec l’Espagne en mai 2021, et la Biélorussie avec la Pologne dès août 2021. Les exilé·es deviennent alors une monnaie d’échange : le marchandage se fait sur leur dos – voire sur leurs vies – dans tous les cas en violation de leurs droits. Car en déléguant la gestion des migrations à des pays tiers, souvent autoritaires, l’UE se défausse des conséquences de cette sous-traitance, et transforme les personnes qui souhaitent rejoindre son territoire en pions entre les mains de gouvernements qui disposent d’un levier de pression politique face à une Europe gangrenée par un racisme croissant, prête à tout pour maintenir les exilé·es loin de ses frontières.

      Des violations massives des droits au nom de la protection des frontières européennes
      Comme lors de précédents impliquant des arrivées dites « massives » dans l’Union, l’Espagne a procédé très rapidement (48h) au renvoi des personnes arrivées à Ceuta. Et ce en violation de leurs droits fondamentaux. En effet, les personnes interceptées à Ceuta auraient en principe dû faire l’objet du filtrage - prévu par le règlement éponyme du Pacte européen asile et migration entré en application en juin 2026 -, avant toute orientation vers une procédure d’asile ou de retour. Situation qui souligne que cet instrument est mort-né un mois et demi après son entrée en application... De plus, les personnes arrivées par la mer auraient dû - avant « remise » (refoulement) au Maroc - faire l’objet d’un examen individuel de leur situation en vertu de la récente jurisprudence de la Cour Suprême espagnole. Or, Pedro Sanchez a clairement indiqué que celle-ci ne s’appliquerait pas au cas d’espèce. Faut-il pourtant rappeler que nul ne peut faire l’objet d’un renvoi forcé sans avoir vu sa situation individuelle examinée, ou avoir pu déposer le cas échéant une demande de protection internationale en vertu du principe international de non-refoulement ?
      Dans une surenchère sécuritaire, le ministère de l’Intérieur espagnol a par ailleurs annoncé le 1er août la mise en place d’une barrière pneumatique de 500 mètres de long en cours d’installation dans la mer pour empêcher les migrant·es de traverser à la nage entre le Maroc et Ceuta. Dans la volonté a priori de se « conformer » à la jurisprudence de la Cour Suprême espagnole évoquant la nécessité d’un « élément physique de contention » en mer pour pouvoir procéder à des « refus d’admission à la frontière ».

      Les événements de Ceuta auront donc uniquement permis de justifier la doctrine ultra-sécuritaire de l’UE en matière migratoire, et de réaffirmer qu’elle est la seule politique possible.
      A l’issue de cinq jours de crise diplomatique, après avoir été vilipendé par ses voisins européens, le président du gouvernement espagnol aura finalement reçu leur soutien pour sa gestion rapide de la crise politique et diplomatique [11], qui sera vite oubliée. Tout comme les personnes décédées pour avoir voulu exercer leur droit à la mobilité et braver les politiques migratoires européennes répressives, racistes et mortifères.

      La #nécropolitique assumée de l’UE
      Les évènements de Ceuta nous montrent, s’il le fallait encore, que les politiques migratoires répressives tuent. Et que l’externalisation des frontières, quel qu’en soit le coût humain et financier, est un pilier de ces politiques migratoires. La preuve en est les partenariats toujours en vigueur entre l’UE et des pays comme le Maroc, la Libye, la Tunisie, l’Égypte ou la Mauritanie, qui bafouent notoirement les droits de leurs citoyen·nes et des personnes exilées sur leur territoire.
      Le renforcement des dispositifs de contrôle et de sécurité tout au long du parcours migratoire comme la complicité des pays d’origine ou de transit dans ce tout sécuritaire ont de lourdes conséquences. Du fait de la multiplication et de la technologisation des obstacles, la route pour l’Europe est devenue un véritable cimetière, et les morts et les blessés se comptent par milliers [12].
      S’il n’existe pas encore de bilan en ce qui concerne l’épisode Ceuta, l’association marocaine des droits humains fait état d’au moins 140 décès. A ce jour, l’UE et les États partenaires qui endossent le rôle de gendarmes de l’Europe n’ont jamais assumé leur part de responsabilité dans ces tragédies, considérées comme des « dommages collatéraux » d’une stratégie de dissuasion dans laquelle la violence, en tant que moyen corrélé à l’objectif de non-accueil et de mise à distance, est érigée en norme [13]. Quid de l’identification de ces personnes ? Quid des enquêtes qui devront être menées pour établir vérité, justice et réparation pour les familles de ces victimes des politiques migratoires européennes ? Jusqu’à quand les autorités européennes éluderont ainsi leur part de responsabilité alors que ce sont elles qui ont coupé tout accès légal à l’Europe aux personnes en migration, et qui ont par conséquent failli à leur devoir de secours et de solidarité ? [14]

      La militarisation des frontières n’empêche pas les mouvements migratoires
      Ceuta nous montre également que si les entraves sur le parcours migratoire contraignent les exilé·es à utiliser des voies alternatives plus dangereuses, elles ne les dissuadent pas de franchir les frontières. Aucune barrière ne pourra étancher la soif d’émancipation et de liberté de circulation des populations, notamment du Sud global, injustement assignées à résidence dans un monde inégalitaire et ultra-connecté.
      Au Maroc, la situation précaire (37 % de chômage chez les jeunes, pauvreté rampante, manque de perspectives), les refus de visas à répétition, et le fossé socio-économique qui sépare ce pays d’une Espagne située à 14km révoltent la jeune génération, qui clame que la liberté de circulation ne peut plus être réservée aux seul·es privilégié·es. Pour en finir avec la rupture de l’égalité des chances, au nom du principe d’égalité entre tou·te·s, et du principe d’émancipation, les personnes exilées se saisissent du droit à la mobilité qui leur est nié, rappelant que toute personne a le droit de quitter tout pays y compris le sien, et que ce droit est internationalement reconnu [15]. Et internationalement bafoué.

      Loin de constituer un échec politique, les morts aux frontières, les renvois sommaires et les violations répétées des #droits_fondamentaux observés aux frontières de l’Europe sont devenus des caractéristiques structurelles d’un système dans lequel la migration est avant tout perçue comme une menace pour la sécurité plutôt que comme une réalité humaine. Le coût humain n’est pas fortuit : il est intrinsèque à un modèle qui privilégie l’exclusion plutôt que la protection, et la dissuasion plutôt que la solidarité.
      Tant que la mobilité restera largement inaccessible, les personnes continueront de risquer leur vie à la recherche de sécurité, de dignité et d’opportunités. Aucun degré de militarisation des frontières ne peut éliminer la migration ; ces politiques ne peuvent que la rendre plus dangereuse. Une approche fondamentalement différente est donc nécessaire — une approche qui place les droits humains, l’égalité, la responsabilité internationale et la liberté de circulation au cœur des politiques migratoires.

      https://migreurop.org/article3609.html
      #racisme #militarisation_des_frontières

    • Ceuta, la frontiera coloniale che l’Europa usa per alimentare la paura

      Oltre cinquantamila persone hanno tentato di raggiungere l’enclave spagnola in Marocco. Dietro la narrazione dell’«invasione» ci sono disoccupazione, crisi sociale, ricatti geopolitici e un sistema di esternalizzazione delle frontiere che produce morti, autoritarismo e propaganda. La destra europea, guidata da Meloni, ha scelto ancora una volta di rispondere con la militarizzazione e la chiusura.

      Le immagini arrivate da Ceuta hanno fatto il giro del mondo. Migliaia di persone che nuotano attorno ai frangiflutti, giovani che attraversano il mare con una bottiglia di plastica come unico galleggiante, famiglie intere che tentano di raggiungere pochi metri di costa europea separati da una barriera di filo spinato, pattuglie della Guardia Civil, militari dispiegati nelle strade e decine di corpi recuperati in mare. Almeno cinquantasette persone sono morte annegate. Secondo il governo spagnolo, in poche ore oltre 50 mila persone avrebbero tentato di raggiungere l’enclave di Ceuta, mentre il ministero dell’Interno ha sostenuto che la quasi totalità sarebbe poi rientrata spontaneamente in Marocco, circostanza che molti osservatori ritengono difficilmente verificabile.

      Come sempre accade quando le frontiere europee vengono attraversate da grandi movimenti di persone, il dibattito pubblico si è concentrato quasi esclusivamente sulla sicurezza. Le immagini sono state immediatamente trasformate nella rappresentazione plastica dell’ennesima «invasione». Le destre europee hanno parlato di assedio, di difesa della civiltà occidentale, di emergenza senza precedenti. Giorgia Meloni ha sospeso Schengen nei confronti della Spagna per i cittadini extraeuropei provenienti dal territorio spagnolo, Matteo Piantedosi ha convocato il Comitato Immigrazione e Frontiere, Antonio Tajani ha aperto uno scontro diplomatico con Madrid, mentre da Berlino Friedrich Merz, Alice Weidel, Manfred Weber e gran parte della destra continentale hanno chiesto respingimenti immediati, rafforzamento di Frontex e chiusura delle frontiere.

      Ancora una volta, però, la politica ha preferito discutere di muri piuttosto che interrogarsi sulle ragioni che spingono decine di migliaia di persone a mettere in gioco la propria vita.

      Per comprendere quanto accaduto bisogna anzitutto ricordare che Ceuta non è una qualunque città di frontiera. È una enclave spagnola di appena diciotto chilometri quadrati incastonata sulla costa marocchina. Insieme a Melilla rappresenta uno degli ultimi residui del colonialismo europeo nel continente africano. La Spagna considera entrambe parte integrante del proprio territorio nazionale; il Marocco continua invece a rivendicarle come territori da decolonizzare. Questa contraddizione storica non è un dettaglio geografico: è il cuore stesso della vicenda. Mentre in Europa si parla di difesa dei confini, si dimentica sistematicamente che quei confini sono stati tracciati dalla storia coloniale e che due città europee continuano a trovarsi sulla costa africana.

      È difficile comprendere perché migliaia di giovani marocchini rischino la morte per raggiungere Ceuta se non si parte da questo dato. La domanda corretta non è perché vogliano entrare in Europa, ma perché un pezzo d’Europa continui a trovarsi in Africa e quale eredità abbia lasciato quella storia.

      Le persone che hanno tentato l’attraversamento non sono mosse da una misteriosa pulsione migratoria. Arrivano soprattutto da Casablanca, Kenitra, El Jadida, Sétif e dalla stessa Fnideq, città frontaliera precipitata in una profonda crisi economica dopo la chiusura nel 2019 del cosiddetto «contrabbando di sussistenza», il commercio transfrontaliero che garantiva il reddito a migliaia di piccoli commercianti, lavoratori e famiglie. A questo si aggiungono un tasso di disoccupazione giovanile che supera il 29%, quasi tre milioni di giovani che non studiano e non lavorano e una diffusa sensazione di assenza di futuro che attraversa un’intera generazione marocchina.

      È in questo contesto che sui social si è diffusa la falsa convinzione che la frontiera fosse stata aperta dopo una sentenza della Corte Suprema spagnola che aveva dichiarato illegittimi alcuni respingimenti immediati praticati negli anni precedenti. Migliaia di ragazzi si sono dati appuntamento a Fnideq e hanno tentato insieme l’attraversamento. Molti raccontano di essere stati convinti che una volta arrivati a Ceuta sarebbero stati accolti. Hanno trovato invece una città militarizzata, strutture di accoglienza già sature e una pressione crescente delle forze di polizia affinché tornassero indietro.

      Ridurre tutto questo all’azione dei trafficanti di esseri umani significa ignorare la dimensione sociale e politica dell’esodo. Come ricorda la Croce Rossa, le persone non attraversano il mare perché sia facile farlo, ma perché la prospettiva di rimanere nel proprio paese appare ancora più insostenibile.

      Naturalmente la crisi di Ceuta non può essere letta soltanto attraverso la condizione sociale del Marocco. Da anni Rabat utilizza il controllo delle frontiere come leva negoziale nei rapporti con l’Unione Europea. Era già accaduto nel 2021, quando la Spagna accolse per cure mediche Brahim Ghali, leader del Fronte Polisario, provocando un improvviso allentamento dei controlli marocchini e l’arrivo di migliaia di persone a Ceuta. Anche questa volta diversi osservatori collegano quanto accaduto al riavvicinamento diplomatico tra Madrid e Algeri e alle tensioni regionali sul Sahara Occidentale. Le stesse fonti della Guardia Civil hanno riferito che nelle prime ore le autorità marocchine avrebbero sostanzialmente lasciato aperta la frontiera, salvo poi intervenire con lacrimogeni, idranti e arresti quando la situazione è sfuggita di mano.

      È il paradosso dell’esternalizzazione delle frontiere. Da oltre vent’anni l’Unione Europea delega il controllo migratorio a paesi come Marocco, Libia, Tunisia o Turchia, finanziandone gli apparati di sicurezza affinché blocchino le partenze. In questo modo Bruxelles ha rafforzato il potere negoziale di governi autoritari, che possono utilizzare i movimenti migratori come strumento di pressione diplomatica ogni volta che ritengono opportuno farlo. Più l’Europa esternalizza il controllo delle frontiere, più diventa ricattabile dai paesi cui affida questo compito.

      Le riflessioni dello psicologo tunisino Wael Garnaoui aiutano a comprendere la profondità di questo processo. Secondo Garnaoui, la nascita dello spazio Schengen ha inaugurato una nuova forma di controllo postcoloniale della mobilità. Se il colonialismo governava direttamente i territori, la «Schengenizzazione» governa le persone attraverso la limitazione della libertà di movimento. Si produce così quello che definisce il «trauma dell’immobilità»: milioni di giovani crescono sapendo che il loro passaporto li condanna a non poter circolare liberamente, interiorizzando un senso di esclusione, umiliazione e impotenza che alimenta il desiderio di partire a qualsiasi costo. La mobilità diventa così non soltanto un progetto economico, ma una forma di liberazione individuale.

      L’Europa continua invece a leggere tutto questo esclusivamente attraverso la lente dell’ordine pubblico. Le persone che aspirano alla libertà di movimento diventano masse indistinte da contenere. Le loro storie vengono cancellate e sostituite dalla categoria dell’«invasione».

      È esattamente su questo terreno che la destra europea ha costruito la propria offensiva politica.

      Le immagini di Ceuta sono diventate il pretesto per rilanciare la richiesta di sospendere Schengen, rafforzare Frontex, aumentare i respingimenti e irrigidire ulteriormente il nuovo Patto europeo su migrazione e asilo. Meloni ha colto immediatamente l’occasione per proporsi come punto di riferimento della destra continentale, trovando piena sintonia con l’AfD tedesca, con Vox in Spagna, con il governo danese e con gran parte del Partito Popolare Europeo. Perfino Donald Trump, Nigel Farage e il ministro israeliano Itamar Ben-Gvir sono intervenuti alimentando la medesima narrazione sull’«assedio» dell’Europa.

      La crisi di Ceuta dimostra così come la questione migratoria sia ormai diventata uno dei principali terreni di competizione politica internazionale. Non importa se i numeri siano controversi o se gran parte delle persone sia già rientrata in Marocco. Non importa che molti dei migranti siano giovani senza lavoro, famiglie o minorenni. Ciò che conta è alimentare la percezione di una minaccia permanente.

      La realtà è molto diversa.

      Quelle migliaia di persone raccontano il fallimento di un modello economico incapace di offrire prospettive ai giovani del Nord Africa, ma raccontano anche il fallimento di un’Europa che continua a investire miliardi nella militarizzazione delle frontiere senza affrontare le cause profonde delle migrazioni. Guerre, diseguaglianze, rapporti economici neocoloniali, cambiamenti climatici e compressione delle opportunità di vita restano fuori dal dibattito pubblico.

      Ceuta, allora, non è l’inizio di un’invasione. È il sintomo di una crisi molto più profonda.

      Per quanto alte possano diventare le recinzioni, per quanto sofisticati siano i sistemi di sorveglianza, per quanto si rafforzino Frontex, gli accordi con i paesi terzi e i dispositivi di respingimento, milioni di persone continueranno a cercare una via d’uscita da condizioni di vita che percepiscono come senza futuro.

      La libertà di movimento non nasce da un decreto, né può essere cancellata da una barriera di filo spinato. È una tensione storica che attraversa il nostro tempo. Ed è destinata a entrare sempre più in conflitto con una Fortezza Europa che continua a difendere privilegi costruiti anche attraverso secoli di dominio coloniale.

      Ceuta ci pone dunque una domanda che nessuna propaganda securitaria può cancellare: non perché migliaia di marocchini abbiano cercato di raggiungere un’enclave europea in Africa, ma perché, dopo secoli di colonialismo, continuiamo a considerare scandaloso il movimento delle persone e naturale quello delle frontiere che il colonialismo ha lasciato in eredità.

      https://www.osservatoriorepressione.info/ceuta-la-frontiera-coloniale-che-leuropa-usa-per-alimentar
      #colonialisme #frontière_coloniale

    • A Ceuta, l’Europe a encouragé la violation des droits des migrants par l’Espagne

      On pouvait croire qu’en adoptant le pacte de l’Union européenne (UE) sur la migration et l’asile, entré en application en juin 2026, les pays membres avaient enfin réussi à surmonter leurs dissensions en matière de gestion des mouvements migratoires. Rappelons que ce pacte était censé apaiser les tensions révélées par la crise migratoire de 2015, lorsqu’un million d’exilés, parmi lesquels un grand nombre fuyait la Syrie en guerre, ont afflué en Europe par l’Italie et la Grèce, déstabilisant fortement la coopération entre les Etats membres.

      Après quatre ans d’âpres négociations, la présidente de la Commission européenne n’avait-elle pas salué « un énorme pas en avant pour l’Europe » ? Parmi les mesures adoptées, le pacte prévoit notamment un nouveau régime de réponse aux situations de crise, permettant, en cas d’afflux massif et exceptionnel de migrants dans un Etat de l’UE, le déclenchement d’un mécanisme de solidarité en faveur du pays concerné.

      Pourtant, les réactions ayant, fin juillet, accueilli l’arrivée à la nage depuis les côtes marocaines de 72 000 personnes dans l’enclave espagnole de Ceuta – seul territoire européen, avec la ville de Melilla, sur le continent africain – ont pris l’exact contrepied des engagements contenus dans le pacte.

      Si ceux-ci avaient été respectés, tous les Etats membres auraient dû s’organiser pour aider l’Espagne à traiter le cas des personnes qui venaient de franchir la frontière dans le respect des droits prévus par les lois européennes, et le cas échéant à se répartir l’accueil de celles qui pouvaient être éligibles à rester en Europe.

      A contrepied de la « solidarité » européenne

      C’est tout le contraire qui s’est passé : d’abord, la première ministre italienne d’extrême droite Giorgia Meloni s’est dite « prête à agir » pour empêcher une (improbable) vague migratoire en Italie, au besoin en excluant l’Espagne du système Schengen (ce qui est juridiquement impossible). Plusieurs responsables politiques, dont son homologue sociale-démocrate danoise, lui ont emboîté le pas en dénonçant l’incapacité de l’Espagne à protéger ses frontières.

      La France, de son côté, a fait savoir qu’elle renforçait les contrôles à ses frontières avec l’Espagne – un affichage inutile puisque les étrangers qui se trouvent à Ceuta étant soumis à un régime spécifique qui les empêche de rejoindre l’Espagne continentale, il n’y avait aucun risque d’afflux aux frontières françaises.

      Une réunion extraordinaire a été organisée le 4 août entre les ministres de l’intérieur des 27, pour conclure que « la migration nécessite une réponse européenne unie ». Mais cette réponse n’a été envisagée que sous l’angle d’un nécessaire renforcement des frontières. Et si les participants ont témoigné de leur solidarité avec l’Espagne, c’est pour saluer ses efforts rapides pour régler le problème à Ceuta et se féliciter que la plupart des personnes ayant franchi illégalement la frontière aient été renvoyées, sans conséquences pour les autres Etats membres.

      Une réaction résumée par l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve dans Libération le 4 août pour qui « cette crise migratoire n’était pas une crise en Europe, mais une crise contenue au sein de l’enclave espagnole de Ceuta », qui a pu être résolue grâce à « l’attitude ferme, courageuse et déterminée des autorités espagnoles ». Circulez, il n’y a plus rien à voir à Ceuta…

      Bilan tragique

      Il y aurait pourtant à dire à propos de cet épisode. On a beaucoup parlé des possibles causes de ces arrivées, spectaculaires par leur mode opératoire et leur nombre : chantage exercé par les autorités marocaines accusées d’avoir sciemment laissé passer les exilés, « appel d’air » créé par la récente opération de régularisation des sans-papiers en Espagne, exploitation par des réseaux de passeurs d’une information erronée sur l’ouverture de la frontière à Ceuta… Mais quelle que soit l’origine de ces événements, il est nécessaire d’en faire le bilan, tragique à bien des égards.

      Car il y a un bilan humain, d’abord : à ce jour, les autorités espagnoles dénombrent 72 personnes décédées, la plupart par noyade, quand les ONG, qui réclament une enquête, parlent de plus de 100 morts.

      Pendant plusieurs jours, des milliers de personnes ont erré dans les rues de Ceuta, privées d’eau, de nourriture, de soins et d’accès à l’hygiène, alors que les dispositifs d’accueil étaient saturés et les associations d’aide aux migrants débordées. Deux semaines après la crise, plusieurs centaines de mineurs isolés étaient encore abandonnés à eux-mêmes, faute de place dans les structures supposées les prendre en charge. N’y avait-il pas là matière à ce que les partenaires de l’Espagne, au nom de la « solidarité », dépêchent en urgence des moyens logistiques et humains pour faire face à cette urgence humanitaire ?

      Chasse à l’homme

      Il faut aussi parler des conditions de « départ » des personnes qui sont retournées au Maroc, en très grand nombre, quelques jours après leur arrivée à Ceuta. Ceux qui se réjouissent de ce rapide règlement du problème ne disent rien de la façon dont les migrants ont été « accompagnés » jusqu’à la frontière par les militaires et les quelque 400 agents supplémentaires de la garde civile et de la police nationale envoyés en renfort par le gouvernement espagnol, ni de la chasse à l’homme qui a eu lieu dans l’enclave pour les contraindre à prendre le chemin du retour.

      Pour effectuer ces renvois, les autorités espagnoles s’appuient sur des accords migratoires passés avec le Maroc, et sur une loi d’exception qui permet les « refoulements à chaud » depuis les enclaves de Ceuta et Melilla, sans examen individuel de situation ni prise en compte des éventuels besoins de protection. Des refoulements qui s’apparentent aux pushback prohibés par le droit européen. Les maigres garanties que cette loi contestable prévoit pour garder une apparence de conformité avec le respect du droit international et du droit d’asile – comme l’attention aux personnes vulnérables – ne semblent même pas, à Ceuta, avoir été respectées.

      Il y a donc tout lieu de penser que de nombreuses violations des droits ont été commises à Ceuta, au mépris des règles européennes prévues pour faire face aux situations de crise. En laissant l’Espagne gérer seule les frontières de ses enclaves au Maroc, comme s’il s’agissait d’un enjeu national et non d’un symbole de la politique d’externalisation de l’UE, les gouvernements européens encouragent sciemment la perpétuation de ces violations.

      https://www.alternatives-economiques.fr/a-ceuta-l-europe-a-encourage-la-violation-des-droits-des-mi

    • Perché lo sciacallaggio politico dopo i tragici fatti di Ceuta non va sottovalutato

      Senza dedicare una riga di cordoglio alle decine di vittime tra chi è arrivato a nuoto a inizio agosto nell’enclave spagnola, larga parte della politica europea -Governo Meloni in testa- ha rappresentato una falsa situazione di spostamenti di “vasta scala” verso il resto dell’Ue, ignorando la geografia e il Regolamento Schengen. Un’operazione spregiudicata che ha l’obiettivo di demolire il principio della libera circolazione, già sospeso lungo 23 frontiere interne. L’analisi di #Gianfranco_Schiavone

      “Le Parti contraenti prendono atto delle seguenti dichiarazioni formulate dal Regno di Spagna: 1) Dichiarazione relativa alle città di Ceuta e Melilla a) I controlli esistenti all’ingresso del territorio doganale della Comunità economica europea per le merci ed i viaggiatori in provenienza dalle città di Ceuta o Melilla continueranno ad essere esercitati in conformità alle disposizioni del protocollo n. 2 dell’atto di adesione della Spagna alle Comunità europee”.

      Così si legge nell’atto finale dell’adesione del Regno di Spagna all’Aquis di Schengen del lontano 22 settembre 2000. Nei confronti delle due enclave spagnole in Africa, in ragione della loro posizione geografica del tutto particolare, vige da sempre una normativa ad hoc che prevede una restrizione all’ordinario regime di libera circolazione nell’Unione. Anche se non ogni passeggero è sempre sottoposto alla verifica di frontiera, i controlli rimangono frequenti e comunque in ogni momento possono essere applicati in modo generalizzato.

      Basterebbe questa semplice osservazione, da sola, per comprendere la enormità e gravità dell’operazione di strumentalizzazione politica condotta dal governo italiano nel decidere il ripristino dei controlli alle frontiere interne (quindi marittime e aree) con l’intera Spagna. Quei controlli, invocati con stridulo strepito, esistevano già, a regime e in modo mirato a quell’area geografica.

      Il Regolamento Schengen, come modificato dal Regolamento Ue 2024/1356, ha come obiettivo “la creazione di uno spazio in cui è assicurata la libera circolazione delle persone attraverso le frontiere interne è una delle principali conquiste dell’Unione”. Proprio per tutelare tale conquista storica, il Regolamento prevede che il ripristino dei controlli alle frontiere interne possa avvenire esclusivamente “in caso di minaccia grave per l’ordine pubblico o la sicurezza interna di uno Stato membro” (art. 25, par. 1).

      La nozione di “minaccia grave” fa riferimento, oltre ad attentati o minacce di natura terroristica, a forme gravi di criminalità organizzata, a emergenze sanitarie di vasta portata anche a “una situazione eccezionale caratterizzata da spostamenti non autorizzati improvvisi e su vasta scala di cittadini di paesi terzi tra Stati membri, che mette a dura prova le risorse e le capacità complessive di autorità competenti ben preparate e che potrebbe mettere a rischio il funzionamento globale dello spazio senza controllo alle frontiere interne” (art. 25, par. 2).

      Quanto avvenuto a Ceuta per le sue dimensioni e profili drammatici in termini di morti non può essere sottovalutato ma è privo di fondamento ritenere che si stia verificando una situazione di spostamenti di “vasta scala” dalla Spagna nel resto dell’Unione europea. All’esatto contrario, la crisi, intesa nel senso del flusso di ingresso, si è spenta del tutto poche ore dopo essere divampata.

      Il governo italiano aveva però fretta di agire attaccando nuovamente il principio cardine della libera circolazione. Se avesse agito anche solo poche ore dopo quella spregiudicata operazione politica di attacco al governo spagnolo (che per tutti i partiti sovranisti europei è la bestia nera) sarebbe risultata infatti fuori tempo massimo.

      Mentre la Commissione europea evaporava del tutto nel calore estivo, la corsa al tiro al bersaglio contro la Spagna non è stata solo italiana, ma ha coinvolto larga parte della politica dell’Unione con espressioni tra il penoso e il grottesco. Tra le peggiori quelle di Manfred Weber, capogruppo del Partito popolare europeo. “Le immagini devastanti sono la conseguenza diretta del fattore di attrazione della regolarizzazione di massa -ha sentenziato- raddoppiato dalla strumentalizzazione dell’immigrazione illegale”.

      In modo ancor più netto di quanto avvenuto in altre simili circostanze, di fronte alla tragedia di Ceuta in nessuna dichiarazione ufficiale di nessun leader politico europeo c’è traccia alcuna di una manifestazione di cordoglio per le decine di vittime. Come ha ben richiamato l’arcivescovo metropolita di Palermo Corrado Lorefice e neopresidente della Fondazione Migrantes, non c’è stato “nessun rispetto, nessuna partecipazione, nessun dolore, nessun senso di umanità, nessuna spiegazione delle ragioni profonde. Solo l’allarme, del tutto infondato dal punto di vista giuridico, di un’invasione di fatto impossibile”. E ha giustamente concluso ricordando che “rifiutandosi di pensare e di agire secondo i propri principi e le proprie capacità l’Europa rischia di condannarsi a morte”.

      La solidarietà rappresenta un principio giuridico fondante del progetto europeo e l’articolo 222 del Trattato sul funzionamento dell’Unione europea sancisce la cosiddetta “clausola di solidarietà” con queste parole: “L’Unione e gli Stati membri agiscono congiuntamente in uno spirito di solidarietà qualora uno Stato membro sia oggetto di un attacco terroristico o sia vittima di una calamità naturale o provocata dall’uomo”.

      È l’esatto opposto dello sciacallaggio che si è scatenato contro la Spagna. Molti potrebbero obiettare che non c’è nulla da scandalizzarsi perché in fondo quello che è avvenuto è manifestazione, magari solo un po’ più accesa, dello scontro politico che caratterizza la normale vita democratica.

      Rigetto questa tesi non già perché non sia consapevole che la politica non è esercizio di buone maniere, ma perché se banalizziamo quanto è accaduto finiamo per non vedere quella disgregazione dell’Europa che sta procedendo a gran passi e che Lorefice ha invece ben colto.

      È impressionante l’elenco delle 23 frontiere interne nelle quali, a giugno 2026 risulta sospeso il principio della libera circolazione e sono stati ripristinati i controlli di frontiera: Austria-Slovacchia, Austria-Repubblica Ceca, Austria-Ungheria, Austria-Slovenia, Italia-Slovenia,Paesi Bassi-Belgio,Paesi Bassi-Germania, Svizzera-Francia, Norvegia-Danimarca, Norvegia-Germania, Norvegia-Svezia, Danimarca-Germania, Polonia-Germania, Polonia-Lituania, Germania-Francia, Germania-Lussemburgo, Germania-Belgio, Germania-Repubblica Ceca, Svezia-Danimarca, Francia-Spagna, Francia-Italia, Svezia-Finlandia, Svezia-Norvegia.

      Nella larga parte dei casi il ripristino dei controlli è stato motivato in modo del tutto vago con una asserita necessità del controllo dei flussi migratori, in contrasto con quanto prevede lo stesso Regolamento Schengen che dispone invece che il ripristino del controllo alle frontiere interne può avvenire per il più breve tempo possibile, in casi eccezionali di minaccia grave per l’ordine pubblico o la sicurezza interna e precisa che “la migrazione e l’attraversamento delle frontiere esterne di un gran numero di cittadini di paesi terzi non dovrebbero in sé essere considerate una minaccia per l’ordine pubblico o la sicurezza interna” (considerando 26).

      Di fronte alla larga e inaudita reazione che c’è stata verso la Spagna, è necessario non archiviare l’accaduto come una disgustosa parentesi, ma chiedersi con maggior rigore di quanto si sia fatto finora, chi in Europa vuole la fine dell’Europa stessa quale straordinario (anche se fragile e incompiuto) processo storico di costruzione di un’unione politica sovranazionale che “si fonda sui valori del rispetto della dignità umana, della libertà, della democrazia, dell’uguaglianza, dello Stato di diritto e del rispetto dei diritti umani, compresi i diritti delle persone appartenenti a minoranze” (Trattato di Lisbona del 13 dicembre 2007). E con quale mostro politico la si voglia sostituire.

      https://altreconomia.it/perche-lo-sciacallaggio-politico-dopo-i-tragici-fatti-di-ceuta-non-va-s

      #frontières_intérieures #Schengen #libre-circulation #espace_Schengen #instrumentalisation_politique #contrôles_frontaliers

    • Ceuta Is Europe’s Berlin Wall Moment — Run in Reverse

      Like Berlin in 1989, Ceuta was an accident of history — but Europe’s response may entrench its walls.

      With a little hindsight, the fall of the Berlin Wall in 1989 seems the event most comparable to what unfolded in Ceuta in late July, both in the events themselves and in their origins: a confluence of circumstances — unintended and unplanned — that produced a major geopolitical rupture capable of altering Europe’s trajectory.

      Yet their consequences are likely to be diametrically opposed: on the one hand, the peaceful reunification of a continent amid the rapid spread of democracy; on the other, the reinforcement of the wall that already divides the two shores of the Mediterranean and the acceleration of Europe’s drift towards xenophobia and authoritarianism. Fortunately, however, the worst is never certain.
      A convergence of circumstances

      Almost four decades ago now, on 9 November 1989, Günter Schabowski, then the secretary of the Central Committee of the East German Communist Party responsible for media affairs, mistakenly announced at a press conference the immediate lifting of restrictions on East Germans’ travel abroad. That night, tens of thousands of them rushed towards the crossing points between West and East Berlin, strictly divided by a wall since August 1961. The East German border guards, overwhelmed and without official orders, eventually let the flood of people through. The Berlin Wall had fallen; the German Democratic Republic (GDR) would follow a few months later, along with the entire Eastern Bloc and, ultimately, the Soviet Union itself, dissolved in late 1991.

      That unexpected event stunned Europeans — just as Ceuta has stunned them in recent days. No one had planned or intended it, even though it belonged, of course, to the long history of the gradual erosion of the GDR and the Eastern Bloc. Yet it changed the course of European history.

      The same is very likely true of the events in Ceuta. At their root lies a ruling delivered by the Spanish Supreme Court on 29 June prohibiting “pushbacks” — the immediate return, without any assessment of their situation, of people reaching Ceuta by sea. The decision was widely shared and amplified on Moroccan social media, kindling disproportionate hopes among a young population with few prospects. At the end of July, the Moroccan security forces usually deployed in strength around Ceuta were mobilised instead for the Throne Day celebrations, which mark the anniversary of King Mohammed VI’s accession to the throne on 30 July, a public holiday in Morocco. This year the ceremony was held not in Rabat, the capital, but in M’diq and Tetouan, barely 25 kilometres from Ceuta, assembling the full spectrum of the Kingdom’s elite. Meanwhile, thanks to the holiday, a significant portion of Moroccan youth was flocking to the famous beaches adjacent to the Spanish enclave.

      This convergence of circumstances triggered the mass movement the world then witnessed. The outnumbered and overwhelmed Moroccan security forces let the crowds pass. The Moroccan government took no emergency measures: there was simply no question of disturbing the King and the Moroccan establishment during the Throne Day celebrations, which were to proceed without disruption.
      An unlikely manipulation

      There has been much speculation that the Moroccan government encouraged young Moroccans to cross into Ceuta to punish Spain for Prime Minister Pedro Sánchez’s visit to rival Algeria on 20 July. In 2021, the Moroccan authorities had indeed claimed to have facilitated a similar incident after Spain admitted an ailing Polisario leader to one of its hospitals. But the damage inflicted on King Mohammed VI’s image, in Morocco and beyond, on the very day of the Throne Day celebrations makes such a hypothesis highly unlikely.

      The possibility of interference by the United States or Israel has also been raised — countries eager for revenge on Sánchez, the European Union leader most hostile to the policies of Benjamin Netanyahu and Donald Trump in the Middle East. They have undeniably capitalised on the difficulties he has faced in Spain and elsewhere in Europe since the mass crossing into Ceuta. But no evidence of such interference has emerged, and none is needed to explain the events.

      The most likely cause of what happened in Ceuta, as on 9 November 1989, is a combination of circumstances — even if these, too, belong to a longer history: Morocco’s deep social crisis, marked by a large, educated youth deprived of prospects, and the mounting tensions stoked on the far shore of the Mediterranean by the “Fortress Europe” migration policy pursued by EU leaders.

      There, however, the similarities between Ceuta and Berlin end. The Berlin Wall was built by a communist dictatorship in the service of the Soviet occupiers. The wall at Ceuta, though it bears a strong technical resemblance to the Iron Curtain of grim memory, was erected by us, western Europeans — who are supposed to be committed democrats and humanists.

      Whereas East Germans had been eagerly awaited and hoped for over decades in Berlin and West Germany, young Moroccans are rejected outright and without appeal by a majority of Europeans, just like their brothers and sisters from the rest of Africa. And yet, in truth, their way of life, the cost of their labour, and their level of education differ little more from ours than did those of eastern Europeans after the fall of the Wall.

      The reunification of Europe up to Russia’s borders had seemed a natural project, one that western Europeans embraced without difficulty — even though such a unified Europe had never in reality existed outside the short-lived empires of Napoleon Bonaparte and Adolf Hitler which nobody regrets.

      The Mediterranean, by contrast, has bound together the peoples of its shores for millennia; yet any idea of rapprochement with the other side now strikes a majority of European Union residents as an existential threat graver even than those posed to Europe by Vladimir Putin and Donald Trump.

      So much so that Europeans — in France and elsewhere — increasingly cast their votes for a racist and xenophobic far right that admires these autocrats and would join forces with them against all those whose skin is not white enough. Yet to escape the stranglehold of Trump and Putin, the future of democratic Europe will depend in no small part on its ability to find new allies in the southern Mediterranean.

      Although the episode has had virtually no lasting impact on the number of migrants entering the European continent, the fear must be that the Ceuta affair — unlike the fall of the Berlin Wall — will accelerate Europe’s withdrawal into itself, sharpen the xenophobic and racist drift already at work, and push Europeans still further towards accepting the surrender of their democracy and freedoms. But the worst is not always certain: it will fall to the French people, in particular, to shoulder the heavy responsibility of deciding next year whether to put a decisive stop to this deadly trend.

      https://www.socialeurope.eu/ceuta-is-europes-berlin-wall-moment-run-in-reverse
      #manipulation

  • Pour la rupture écologique : écorégions, le projet radical de Mélenchon | Claire Lejeune, Julien Théry
    https://www.lemediatv.fr/emissions/2026/pour-la-rupture-ecologique-ecoregions-le-projet-radical-de-melenchon-clair

    Pour rompre avec la logique suicidaire du productivisme, LFI propose un nouveau découpage régional conditionné par l’objectif de la transition écologique. Les éco-régions seront définies en relation avec les équilibres environnementaux

    #Écologie #Politique

    • à 21’

      On n’a pas encore tranché le sujet de la cartographie à ce stade. Et donc la carte qui a été présentée par Jean-Luc Mélenchon, c’est une des hypothèses possibles. Mais il pourrait aussi y avoir une cartographie qui suive les bassins versants de rivières, et donc ça correspondrait davantage à 23-24 écorégions qu’à 13...

      Claire Lejeune est en charge du dossier à LFI

    • Pourquoi Jean-Luc Mélenchon et LFI proposent de « restructurer les régions françaises autour des fleuves » – franceinfo
      https://www.franceinfo.fr/environnement/actions-ecologiques/jean-luc-melenchon-et-lfi-veulent-restructurer-les-regions-autour-des-fle

      Dans le projet imaginé par le binôme, les limites des nouvelles collectivités seraient calquées sur celles des 24 sous-bassins qui structurent la métropole. « Les fleuves, les rivières et les affluents déterminent des formes de paysage et des géologies spécifiques. Mais aussi différents types d’organisation de l’activité et de l’installation humaine, justifie Claire Lejeune. Ça donne donc une cohérence en termes de protection des rivières et des fleuves tout le long de leurs tracés. »

    • Hello ! ah non, je n’ai pas suivi ni étudié leur projet, mais il faudrait que je le fasse et que je confronte leurs idées avec mon petit background de géographie régionale. J’ai passé les 5 années de mes études de géo avec des géographes qui discutaient de la taille pertinent et des paramètres qui faisait une région la plus gouvernable. Et on a fait plu d’une analyse multifactorielle :-) sur cette question, en fait complètement fascinante et qui me donne une idée pour un billet visionscarto d’ailleurs.

      Merci pour l’inspiration !

    • J’essaie de mettre ci-dessous quelques idées, un peu en vrac (veuillez en excuser) et rapidement...

      L’origine de cette idée est intéressante. Le concept de #biorégion (pensé comme #bassin_versant) est né aux Etats-Unis à la fin des années 1970 sous la plume de #Peter_Berg et #Raymond_Dasmann. C’est le texte fondateur du #biorégionalisme (aujourd’hui très à la mode en Italie, par ailleurs, voir notamment #Alberto_Magnaghi) :
      https://cascadiaunderground.org/reinhabiting-california

      Le mouvement biorégionaliste se rattache à la #deep_ecology, qui a connu des dérives racistes... en effet, on tombe vite dans « tout ce qui est de la biorégion est bon, tout ce qui vient de l’extérieur est mauvais », pour la faune et la flore, mais aussi pour les êtres humains.

      Personnellement, je ne pense pas que la solution est dans les « bonnes frontières », je ne pense pas que les « bonnes frontières » existent, les découpages sont toujours arbitraires, toujours « artificiels », la question est politique, et ce qui doit guider c’est le projet commun à l’intérieur du découpage choisi et en lien (de manière non coloniale, non violente, non extractiviste, etc.) avec les autres territoires.

      Des chercheureuses ont fait des analyses critiques intéressantes du concept.

      Meredith fait une critique en 6 points du biorégionalisme, dont le danger des dérives fascistes :

      The micro-regional focus of bioregionalism is a small unit of physical space, typically a watershed region. In bioregional discourse, natural systems become metaphors for cultural coherence. However, when we look for laws embedded in the natural world, those that are found do not then reveal themselves as principles which apply to systems of culture. Further, within most individuals, the sense of regional identity spans several scales because our past narratives and present affiliations span several localities. Humans are not immersed in singular niches, nor is the bioregionalist an existential, primordial localist, for his or her choice has been crafted.

      https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13668790500115755

      Olsen en a également fait une critique dans un autre article scientifique :
      The Perils of Rootedness : On Bioregionalism and Right Wing Ecology in Germany

      https://www.jstor.org/stable/43324334

      Sur les #frontières_artificielles (en Afrique) l’édifiante analyse de #Camille_Lefebvre :
      https://seenthis.net/messages/868129#message868130

      Et aussi cet autre article édifiant de Gonon et Lasserre :
      Une critique de la notion de frontières artificielles à travers le cas de l’Asie centrale

      Depuis la disparition de l’URSS, en 1991, l’Asie centrale est partagée entre cinq États. Complexes, ses frontières sont passées brutalement du statut de frontières intérieures à celui de frontières internationales. Certains auteurs n’hésitent pas à recourir à la catégorie de « frontière artificielle » pour les décrire. Pourtant, ce concept est fort réducteur et contestable, tout autant que celui de « frontière naturelle » : tous les deux renvoient à des représentations très idéologiques des frontières étudiées. Par ailleurs, l’histoire des tracés témoigne des préoccupations qui ont présidé au découpage de l’Asie centrale à l’époque soviétique : elle révèle des critères de gestion qui ne font pas des frontières de l’Asie centrale des tracés ontologiquement différents des autres frontières du monde. Les États nouvellement indépendants d’Asie centrale ont, certes, hérité de frontières complexes, mais la question de leur gestion pacifique relève beaucoup plus des volontés politiques des gouvernements que d’une prétendue nature artificielle des tracés.

      https://www.erudit.org/fr/revues/cgq/2003-v47-n132-cgq720/008090ar

      >> En gros, je pense que c’est une illusion et une idée simpliste celle de croire qu’on peut résoudre les problèmes écologiques (mais également sociaux et politiques) juste en déplaçant les frontières.

      #écorégions

    • Une réponse plus structurée de #Frédéric_Giraut :

      Le géographe Frédéric Giraut réagit aux « écorégions » promues par Jean-Luc Mélenchon : « Le biorégionalisme ne peut penser la question urbaine et migratoire autrement qu’en termes négatifs »

      La proposition du candidat « insoumis » à l’élection présidentielle de redessiner la carte de France autour de 13 nouvelles zones s’inscrit dans une tradition de pensée qui fait primer les données naturelles et de supposés héritages culturels sur les réalités sociales et économiques, estime le géographe dans une tribune au « Monde ».

      La proposition de revoir le gabarit et la taille moyenne des régions françaises n’apparaît pas comme exaltante pour une campagne électorale présidentielle, sauf à la lier à une philosophie du rapport à l’#environnement. C’est ce que propose Jean-Luc Mélenchon en s’inscrivant dans un courant idéologique états-unien, celui du biorégionalisme.
      En effet, c’est dans le contexte américain, c’est-à-dire d’une société de pionniers, qu’a été formalisé dans les années 1970 ce courant de réforme radicale et utopiste, antimoderne et anti-urbain. Il propose de substituer au découpage en Etats fédérés, largement fondé sur des blocs géométriques constitués au fur et à mesure de la conquête, un découpage naturel censé être également plus proche des cadres de peuplement amérindiens.
      Il s’agit, autrement dit, de retrouver une logique territoriale organique pour effacer le cadre abstrait imposé par la colonisation, et fonder une société régionale solidaire, en harmonie avec les cadres de vie à préserver. La figure la plus fameuse d’une telle écorégion est la #Cascadia, qui réunirait des espaces de la côte Pacifique jusqu’au cœur des Rocheuses à cheval sur la frontière entre le Canada et les Etats-Unis. C’est donc aussi le cadre national qui est remis en cause dans une sorte de panaméricanisme de petites éco-nations.

      Ce courant de pensée utopiste, jamais repris par les grands partis, postule l’#autarcie comme idéal social et environnemental. Il a certainement le mérite de pousser à prendre en compte les #bassins_versants [ensembles naturels drainés par un fleuve ou une rivière avec les crêtes ou les lignes de partage des eaux comme frontières] et les massifs comme des entités incontournables pour une gestion environnementale, au-delà du seul aménagement des fleuves par les grands travaux, et de mettre en débat les logiques productivistes, extractivistes et fonctionnalistes. Mais il ne peut penser la question urbaine et migratoire autrement qu’en termes négatifs. C’est bien là sa limite fondamentale, y compris pour les projets politiques transformateurs, décoloniaux et écologistes.

      En Europe, la #régionalisation, ou division des territoires en régions, a combiné références historiques héritées et aires de polarisation des grandes villes, ceci aussi bien dans les systèmes fédéraux, régionalistes que centralisés. Le biorégionalisme reste cantonné aux questions de gestion des ressources naturelles, avec notamment les agences de l’eau françaises (ex-agences de bassins) qui constituent un modèle et se déclinent au niveau local en périmètres de contrats de rivière ou de milieu.

      Mais vouloir faire du bassin versant l’alpha et l’oméga de l’#organisation_territoriale régionale promeut cette figure « naturelle » hors de sa fonction actuelle. Elle devient alors une alternative radicale à l’organisation territoriale fondée sur des solidarités historiques et culturelles et sur des réalités fonctionnelles (emplois, transports, échanges économiques, fournitures de grands équipements) autour de #métropoles étendues et polarisantes. Ce deuxième point était au centre de la définition initiale des périmètres de régions françaises.
      Les « #métropoles_d’équilibre », dotées de grands équipements aux grandes heures de l’#aménagement_du_territoire, trônaient alors au cœur de régions polarisées, dont les dénominations ne s’interdisaient plus des références aux provinces historiques. L’agrandissement-fusion des régions en 2016 a éloigné le lien systématique à la métropole chef-lieu, mais le cadre de référence reste celui des solidarités historiques qui ont pu construire des bassins économiques couplé aux logiques métropolitaines.

      Dès lors, quel serait l’enjeu de refonder un découpage régional sur le principe biorégional ? Changer d’échelle pour concevoir la #transition_écologique impérative ? Mais cela est plus une question de changement institutionnel que de découpage, et nécessiterait plutôt d’instaurer des sortes de puissantes régions-Länder sur le modèle allemand ou régions-generalidades sur le modèle espagnol. Ceci en supprimant les départements et en instaurant une tutelle sur les municipalités. Ce n’est pas dans le projet mélenchonien.

      La #coopération_métropolitaine dans le viseur

      S’agit-il de mettre les logiques environnementales au cœur des politiques publiques ? Mais la question centrale est la question énergétique et, sauf à croire que l’on reviendra à l’âge des grands travaux hydrauliques et nucléaires de la source à l’embouchure des fleuves comme priorité d’aménagement, les enjeux sont avant tout métropolitains, qu’il s’agisse du logement et des systèmes de mobilités décarbonées.

      Or, dans le découpage esquissé en écorégions, les cadres départementaux subsistent et des espaces métropolitains sont éclatés entre plusieurs régions, comme la métropole lyonnaise et la partie française de l’aire genevoise notamment, ou restent coupés de leur arrière-pays comme Nantes, ou encore sont dissous dans un gigantesque ensemble comme la région parisienne rattachée aux confins normands bien éloignés de la Seine.

      Outre ces aspects liés au découpage, une telle réforme attaquerait avant tout l’idée de gouvernement métropolitain, qui a déjà tant de mal à exister en France. La proposition mélenchonienne rejoint, par cet aspect, la vision territoriale de la droite et de l’extrême droite, qui ont également la coopération métropolitaine dans le viseur. Ceci pour des raisons très différentes : promotion de clubs de communes nanties, refus des solidarités dans l’allocation des ressources et de la localisation des équipements, et plus fondamentalement croyance dans l’idéologie de la fragmentation concurrentielle des aires urbaines par « communautés d’intérêts » avec recours massif aux services privés à la carte.

      A d’autres échelles, on sait la pensée de Jean-Luc Mélenchon adepte de concepts « réalistes », qui expliquent les logiques géopolitiques par les seuls rapports de force et les supposées légitimités culturelles de grandes puissances. Particulièrement celui de « zone tampon légitime » pour certains impérialismes, à condition qu’ils s’appuient sur l’argument de la proximité culturelle et historique.

      Ainsi, le Donbass et une bonne partie des pays baltes pour la Russie ou Taïwan pour la Chine, et leurs millions de citoyens, pourraient légitimement basculer dans les pires dictatures en exercice à l’issue de « conférences des frontières ». Celles-ci étant forcément dominées par ces mêmes concepts réalistes censés fonder les principes de légitimité indépendamment du droit international et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. On pense alors aux funestes expériences qui constituent les modèles : Berlin (1885), Yalta (1945) ou récemment Dayton pour la Bosnie-Herzégovine (1995) et ses déplacements de population.

      La campagne sera territoriale à toutes les échelles, et certaines convergences paradoxales sont à noter. A la social-démocratie maintenant de décliner son projet territorial et environnemental loin des facilités simplificatrices qui pourraient dissoudre les rares cadres métropolitains de redistribution et de planification de la transition, et loin du fantasme mortifère des zones tampons impérialistes légitimes.

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/22/le-geographe-frederic-giraut-reagit-aux-ecoregions-promues-par-jean-luc-mele

    • Je ne suis pas sur qu’une fois au pouvoir, ils veuillent le faire.

      Et si j’ai bien compris, c’est pas un découpage uniquement selon les bassins versants (t’as vu la gueule des formes que ca fait), ca prend en compte plus de critères (comme les bonnes vieilles distances aux sous préfectures, mais de nos jours, on s’en fout. Et puis on accepte que les gens fassent 200km pour un hôpital, alors ... (troll) ).
      C’est plus dans le cadre d’une grande décentralisation. Si des régions doivent s’auto gérer, alors autant de pas leurs donner de contraintes trop artificielles.
      Déjà, ils veulent garder les départements (pas vu d’avis contraire). Or les départements de Napoléon ont souvent leurs limites sur les courts d’eau, donc ca contredit la création de zone par bassin versant.

      Je suis surpris que ca prenne une tournure fasciste directement. A croire que tout peut devenir fasciste quand c’est utilisé par des fascistes. Limite vs frontière...

      Mais je pense qu’ils vont dérouler tout le programme de la FI au fil des mois avant les elections, surtout pour montrer qu’ils ont bossé.
      Et ils commencent par les sujets sûrement les moins névralgiques. Y’en a au moins 40... on a le temps.
      https://melenchon2027.fr/livrets-2022

    • Pour moi l’objectif 1 de ce projet, c’est de faire rallier EELV rapidement pour enfoncer le clou de « la gauche c’est nous et c’est nous qu’on a une dynamique de rassemblement », pour le vote utile y compris législatives. Objectif électoral à court terme.

      L’objectif 2, c’est de faire sauter les baronnies LR et PS et que LFI (+ verts) gagnent une poignée de régions. C’est un projet qui va pousser encore plus le PS à s’allier avec LR pour les achever. Une telle refonte entraînerait au passage le rebrassage de gouvernance des agences de l’eau, ARS, CA d’hôpitaux, chambres consulaires, PNR, ONF, etc... Sans compter que la redéfinition des compétences régionales entraîne un redispatching de compétences sur les autres échelons (départements : lycées, formation et développement économique par ex...). Objectif électoral à moyen et long terme.

      Le reste c’est les objectifs tertiaires, mais de façade (résilience et régénération, air, santé...) Objectifs politiques. Mise en œuvre et efficacité pas garantie, c’est un euphémisme.

      M’enfin dans le contexte de verrouillage socio technique et politico économique dans lequel nous baignons et qui nous mène à l’extinction, je trouve ça sympa des gens qui veulent faire (un peu) bouger les lignes du business as usual. Pas de quoi sauter au plafond, mais sympa.

    • Écorégions : pourquoi Mélenchon veut redécouper la France

      https://reporterre.net/Ecoregions-pourquoi-Melenchon-veut-redecouper-la-France

      Le principe posé, à quoi ressembleraient exactement ces écorégions ? S’il est encore trop tôt pour le savoir précisément, le député LFI Gabriel Amard, copilote du projet, donne quelques précisions : « Il y en aurait 22, 24, peut-être plus, le découpage n’est pas encore arrêté, c’est en réflexion. En attendant, il ne faut pas se figer sur la cartographie. »

      Pour ça, c’est raté. Lors de la conférence de presse consacrée aux écorégions début juillet, une carte faisant apparaître treize régions [1] structurées selon les grands bassins hydrographiques a été affichée. Présentée comme une simple illustration et non comme une version définitive, elle a laissé penser qu’un premier tracé était déjà esquissé.