• Kauperts Straßenverzeichnis von Berlin online bei archive.org, letzte Ausgabe 12/2025
    https://web.archive.org/web/20251204013557/https://m.kauperts.de/Strassenverzeichnis

    Leider unvollständig archiviert, nur zu Vergleichszwecken tauglich um andere Quellen zu überprüfen, Archivzugang zu umständlich für die tägliche Arbeit.

    Die Links aus Openstreetmap / OsmAnd zu Wikipedia sind u.U. hilfreicher.

    https://osmand.net

    #Berlin #Straßenumnenennung #Stadtführer #Kaupert #Geographie #Stadtentwicklung #Geschichte

  • Espace et labyrinthes de Vassili Golovanov
    https://tagrawlaineqqiqi.wordpress.com/2025/12/12/espace-et-labyrinthes-de-vassili-golovanov

    J’ai découvert Vassili Golovanov par son excellent Éloge des voyages insensés qui mériterait tant d’être plus connu. Son second ouvrage traduit en français, Espace et labyrinthes, plus court, plus facile d’accès sans doute, n’est pas moins bon, et rarement titre d’ouvrage aura été aussi bien choisi. Dans ce livre, Golovanov se perd en voyageur dans […]

    #littérature #ruralié #géographie #Russie #voyage
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  • Space & Sexuality

    Welcome to Space & Sexuality, a new podcast series that brings together leading and emerging scholars in the field of #queer_geographies to explore cutting-edge research at the intersections of spatiality, sexuality, and subjectivity. Grounded in the fields of geographies of sex and sexualities and trans geographies, in each episode Dr Joe Jukes pursues critical inquiry, reflection, and intellectual exchange with scholars from around the world.

    https://www.spreaker.com/podcast/space-sexuality--7098726
    #podcast #audio
    #espace #géographie #sexualité #géographie_queer #queer #spatialité #subjectivité

  • La #lutte pour la #baignade ou le mépris de la gauche pour une jouissance populaire

    La récente canicule a ouvert des questions politiques et #pratiques nouvelles, parmi elles, celle de l’usage des #cours_d’eau et donc de la possibilité même de se baigner et de se rafraîchir. La bataille du #canal_Saint-Martin a forcé le pouvoir à accepter des #usages nouveaux (mais en réalité ancien), pendant qu’un peu plus loin sur les bords de la Marne, les autorités ont mobilisé des drones pour surveiller et réprimer les baigneurs. Depuis son expérience politico-aquatique danoise Jens Philip Yazdani propose de réinventer une politique communiste anticapitaliste et sauvage de la baignade.

    Lorsque j’ai appris, l’année dernière, que des travaux étaient en cours pour rendre la Seine baignable, je m’en suis tout de suite réjoui : enfin, les Parisiens.es allaient pouvoir profiter pleinement de leur ville, sans être contraints de fuir vers la campagne pendant l’été ni de subir une chaleur devenue insupportable.

    Je viens de Copenhague et, pour moi, il allait de soi qu’un tel projet était non seulement souhaitable, mais qu’il méritait d’être défendu. J’ai pourtant vite déchanté. Parmi mes ami.es parisiens — je n’en connais pas un seul qui ne se réclame pas de la gauche radicale — la réaction allait de l’indifférence la plus complète à une franche #hostilité.

    À une époque, j’ai habité à #Vienne, une ville qui a su se réapproprier son rapport à l’eau (y compris grâce à d’immenses projets d’aménagement des cours d’eau dont je ne suis pas capable d’évaluer les conséquences écologiques) — et où le Danube fait désormais partie intégrante de la #vie_urbaine. Dès le printemps, on s’y retrouve pour se baigner, profiter des berges, faire des barbecues, se promener à vélo ou simplement lire un livre à l’ombre des arbres, au bord de l’eau.

    C’est l’un des éléments qui font de Vienne une ville si agréable à vivre. Pour ce que valent ce genre de classements, elle a été élue de nombreuses reprises ville la plus agréable du monde, au coude à coude avec Copenhague. Qu’ont en commun ces deux villes ? Peut-être une forme de social-démocratie de la baignade (et du logement). L’histoire de la Vienne rouge est fascinante, y compris dans ses échecs. Et le fait est qu’elle reste une des rares capitales européennes où la vie populaire est encore agréable, voire même possible.

    Une partie du Danube (le #Donaukanal) restait interdite à la baignade officiellement, bien que parfaitement praticable. Il y a donc eu un mouvement (plus ou moins) populaire pour que l’accès à cette zone soit libéré, que son usage redevienne commun. Le même genre de mouvement existe aujourd’hui à #Berlin, qui organise des manifs en mode natation dans la #Spree et pour réclamer le droit de pouvoir se baigner et revendiquer le nettoyage de l’eau. Ce dernier point est essentiel : pourquoi l’eau est-elle devenue impropre à la baignade ? Qui est responsable de sa #pollution ?

    Revendiquer la #dépollution des cours d’eau est, à mes yeux, une revendication profondément anticapitaliste. Ce sont les entreprises qui dégradent la #qualité_de_l’eau ; c’est l’agriculture industrielle qui produit la pollution ; ce sont, plus largement, les formes contemporaines d’exploitation de la nature qui nous privent de ce que Dieu (sive Natura) nous a donné.

    Que l’eau soit devenue impropre à la baignade est un phénomène historiquement très récent. Pendant des millénaires, les êtres humains se sont baignés dans les rivières, les lacs et les fleuves dont l’eau était également potable. L’eau était une source de vie, pas une menace permanente pour la santé.

    J’ai parfois l’impression que les parisiens d’aujourd’hui ont un peu perdu le fil de l’histoire. Est-ce qu’à tout hasard on aurait pas fondé cette ville ici du fait même qu’y passait un très gros cours d’eau ? Ou c’était juste pour le joli paysage ? Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de remonter si loin dans le temps. Il suffit de suivre le canal de l’Ourcq au-delà de la proche banlieue pour retrouver les traces d’un passé beaucoup plus récent et qui raconte une toute autre histoire.

    À Sevran, plusieurs panneaux présentent d’anciennes photographies en noir et blanc montrant les habitants qui se baignaient dans le canal pendant l’été : on y voit des cyclistes, des enfants, ils ont l’air heureux, soulagés, profitant pleinement de la vie commune et des possibilités plus ou moins naturelles de l’endroit (c’est Napoléon 1er qui fit creuser, à d’autres, le canal).

    En remontant le cours d’eau jusqu’à l’écluse de Vignely, on tombe sur un autre panneau installé par la Ville de Paris (qui reste la propriétaire de tout le canal). Son titre : « La vie autour du canal au XIXᵉ siècle » et a pour légende : « Le dimanche, la pêche et la baignade font oublier le dur labeur de la semaine. »

    Je tombe sur ce panneau un dimanche en pleine canicule : les berges sont vides, il n’y a plus personne si ce n’est quelques rares individus de-ci de-là. Les baigneurs ont été remplacés par des des panneaux omniprésents : BAIGNADE INTERDITE. Eux, par contre, suivent tout le trajet de canal, de Bastille jusqu’à Meaux. La Marne aussi, sur de longues portions, demeure interdite à celles et ceux qui souhaiteraient simplement s’y rafraîchir.

    Le Maire a d’ailleurs trouvé judicieux d’installer une plage artificielle sans le moindre arbre et donc sans la moindre ombre, uniquement accessible au début du mois de juillet et à la condition d’être muni d’un bracelet fourni par ses services municipaux (en échange d’un justificatif de domicile). Pour celles et ceux qui ne résident pas sur la commune, ce sera payant. Il existe une règle au Danemark : aucune plage ne peut être privatisée, l’accès y est libre et gratuit pour toutes et tous (ce que recouvre le concept de plage est néanmoins questionnable). Lorsqu’on écoute M. le Maire de Meaux, on s’aperçoit qu’il parle comme ses panneaux : BAIGNADE INTERDITE – DANGER DE MORT – COURANTS FORTS. Et c’est un peu comme l’enfant qui crie au loup. S’il fallait croire aux panneaux, n’importe quelle baignoire représenterait un danger de mort ; et ce serait factuellement vrai mais intenable au quotidien.

    Mais d’où vient cette hyper-biopolitisation du paysage français ? Et comment expliquer qu’elle soit si largement acceptée ? La mairie de #Meaux, encore, est allée jusqu’à réaliser une vidéo dans laquelle est mise en scène la (fausse) noyade d’un jeune homme. Il s’agit d’effrayer. Mais pourquoi personne n’a pensé à faire une vidéo pédagogique pour expliquer comment se baigner en sécurité et prévenir les noyades ? C’est en tous cas ce qui se fait au Danemark, royaume de la social-démocratie parfaitement en phase avec toutes les nécessités biopolitiques. Et c’est aussi ce que font les militants de la baignade viennois eux-mêmes : la mise en partage de connaissance et de savoir-faire d’en-bas. Each one teach one. Les autorités françaises ont-elles trop lu Foucault ? Ou est-ce la gauche qu’il l’a trop peu lu pour ne pas se rendre compte que la vie était déjà bien assez régulée, surveillées, construite, défaite, contrôlée et colonisée par les autorités ?

    À mesure que l’on remonte vers le nord de l’Europe, certaines évidences françaises deviennent plus difficiles à comprendre. Les parcs y sont par exemple rarement fermés la nuit. Il est exceptionnel qu’il soit interdit d’y fumer. Et il est plus rare encore que l’accès à un lac, à une rivière ou à un rivage soit interdit. Pendant ces derniers jours de canicule à Paris les parcs sont d’ailleurs restés exceptionnellement ouverts, mais qui a pris cette décision ? Qui décrète quand il y a une crise et quelles sont les mesures à prendre ? Dans la tradition marxiste, les situations de crises ont toujours été interprétés comme des possibilités d’une autre politique. Ce que cette canicule a démontré se rapproche pourtant plus de la pensée de Carl Schmitt : le souverain est celui qui peut décréter l’état d’exception (et la gauche reste à la ramasse).

    Que dire des drones de police qui surveillent certaines zones pourtant parfaitement praticables afin de repérer, verbaliser et réprimer ceux qui osent mettre la tête dans l’eau. Dans quel monde est-il devenu subversif de plonger dans une rivière lorsqu’il fait quarante degrés ? Peut-être faut-il voir ici un rapprochement possible entre Foucault et Adorno : Die Verwaltete Welt, le monde administré, mais avec un accent sur Walt, peut-être, de Gewalt, la #violence : on peut même parler de vergewaltigte Welt, le monde violé, le #droit_au_monde usurpé, dérobé, aliéné, dont on nous a dépossédé.

    Il existe un droit en Suède, en Norvège et en Finlande, qui s’appelle l’ « #allemandsret », le « droit de chacun.e ». Il garantit à toute personne la possibilité de circuler librement dans la nature, d’y planter une tente pour une nuit ou de se baigner dans un lac, y compris lorsque les terrains sont privés. Le #droit_de_propriété s’efface devant un droit plus fondamental : celui de l’usage commun de la nature. En France, il y a des panneaux : PROPRIÉTÉ PRIVÉE.

    La gauche française s’accommode-t-elle réellement de cet état de fait ? Je n’ai en tous cas jamais entendu parler de la moindre #manifestation ou même pétition qui conteste cette mise sous tutelle autoritaire et cette fermeture généralisée des espaces communs (et aquatiques). Ce que j’ai vu par contre, c’est la spontanéité littéralement anarchiste, avec laquelle les jeunes et les immigrés (donc le prolétariat) emmerdent ce quadrillage de l’espace de public.

    À chaque fois que je me suis baigné à Paris (et il y a des endroits vraiment super !), je me suis toujours retrouvé en compagnie d’arabes, de bengalis, de jeunes mais presque jamais ou beaucoup plus rarement avec des français. Y compris celles et ceux que l’on croise en manifestation ou à la fac, voire à des présentations des livres très radicaux dans des librairies très radicales elles-aussi.

    La blanchité empêche-t-elle la baignade ? Est-ce la peur des coups de soleil ? Ou est-ce que la gauche blanche parisienne a les moyens d’échapper à la ville en se réfugiant dans une petite maison familiale à la campagne, en bord de mer ou à proximité d’un cours d’eau plus propre qu’à Paris ? Je pose la question.

    Mais peut-être que la baignade ne fait juste plus partie de la #culture parisienne (un « juste plus » très récent j’en suis sûr). Et c’est un drôle de paradoxe : l’oubli de l’histoire est devenu une évidence culturelle. Ce que les enfants et les immigrés viennent mettre au jour c’est à la fois l’#oubli (d’une culture passée. Comme disait Nietzsche, il faut savoir oublier pour savoir vivre) et le #souvenir (de cette dimension normale de la vie humaine qui consiste à profiter de l’eau quand il fait chaud). J’ai plusieurs fois invité des parisiens à venir se baigner avec moi et ils ont toujours été ravis de m’avoir accompagné. Mais c’est tout de même étrange qu’il revienne à un danois de leur enseigner une façon si simple et évidente de profiter de leur propre ville.

    Quand bien même la baignade ne ferait plus partie de la culture parisienne, comment s’expliquer cette #résistance diffuse aux projets d’aménagements des cours d’eau ? On se souvient de l’appel à déféquer dans la Seine avant l’inauguration des baignades parisiennes par Anne Hidalgo, l’initiative était drôle. Mais est-ce la meilleure manière de se rapporter à un projet qui pourrait contenir une telle possibilité populaire ?

    Bien sûr, il faudrait commencer par le canal de l’Ourcq qui est probablement déjà assez propre, sauf que nous n’en savons rien. À Vienne ou à Copenhague, la qualité de l’eau est analysée quotidiennement et ces informations sont facilement accessible à tous. Ici, personne ne sait de quoi il en retourne, on préfère se fier aux panneaux de la mairie : INTERDICTION DE SE BAIGNER – RISQUE DE NOYADE - DANGER DE MORT. Même si à quelques brasses de là, tel Maire fait cadeau d’une petite plage payant de merde qui ne s’avère pas si dangereuse et dont l’eau n’est a priori pas trop impropre.

    Avec un peu d’ambition, on pourrait aussi envisager de transformer le quai Bercy en un gigantesque parc urbain de baignade plutôt que cette autoroute moche, polluante et bruyante dédiée à l’industrie du ciment. Une sorte de Donauinsel ou de Central Park traversé par la Seine. Pourquoi pas ?

    J’ai le sentiment qu’il s’agit ici moins d’un manque d’#imagination_politique (bien réel évidemment) que d’une #résistance. Par-delà ou en-deçà des petits privilèges de certains (ceux qui peuvent aller se mettre au frais avec leur famille ou leurs amis), j’ai parfois l’impression que les parisiens veulent souffrir. Normalement, quand on est danois, plus on va vers le sud, plus on prend la mesure de son protestantisme et d’une vie clivée entre temps de travail et temps de loisir.

    En France, comme plus généralement dans le sud de l’Europe (désolé pour cette géo-analyse globale un peu rapide), cette division et compartimentation de la vie est généralement moins stricte. Ici on prend le temps de déjeuner ensemble plutôt que chacun dans son coin replié sur son ordinateur et son tupperware, on répond à ses messages sur Whatsapp pendant son temps de travail et c’est une bénédiction si l’on peut rentrer un peu plus tôt chez soi ou sortir voir des amis. La vie n’est pas strictement séparée entre deux sphères qui ne se mélangent jamais. pas chacune individuellement avec son petit truc ramené depuis chez eux replié sur leur ordinateur : ou on s’en fout du fait qu’on est censé être au travail et on regarde son smartphone quand même, on ferme le magasin un peu plus tôt, on invite des amies à venir, on ne partage pas la vie strictement entre deux sphères qui ne se mélangent jamais. Mais : il y a au moins un endroit où ce partage se fait, c’est entre la campagne et la ville.

    Il y a deux semaines, je proposais à une amie de passer chez un glacier. Elle m’a répondu que non, ça n’existe pas à Paris. Quand je lui ai la demandé, si les Français ne mangeaient pas de glace quand il fait chaud, elle m’a répondu « Si si ! – à la campagne ». Selon elle, il existe belle et bien des glaciers mais juste pas à Paris. La séparation de la vie est entretenue : pas dans le quotidien, mais par les saisons (Est-ce que cela pose des problèmes ? Oui : pour ceux qui ne sont pas capables de mener leur vie de saisonniers bien à l’aise à la Proust).

    Il faut quand même que je le dise : il est quand même assez cocasse que l’on puisse trouver des glaces pas chères partout à Vienne (un peu plus cher au Danemark, mais quand même accessibles aux ouvriers en sueur), alors qu’il y fait beaucoup moins chaud. Faut-il encore y voir l’un des mirages de la social-démocratie ? Oui, peut-être. Copenhague et Vienne sont devenues des villes agréables l’été, ce qu’elles n’ont toujours pas été.

    Il y a une dizaine d’année, Copenhague a été élue meilleure ville où se baigner du monde (par un autre sondage à la con mais le résultat n’est pas faux). Pourtant, le détroit qui sépare la Suède de Copenhague, Øresund, a longtemps été appelé Pløresund (littéralement, le détroit au liquide dégueulasse). Pendant des années, les déchets et pollutions industriels et agricoles s’y déversaient, jusqu’à ce que cela soit pris au sérieux, s’arrête : et là, une nouvelle ville est apparue.

    Pourquoi ne pourrait-on pas faire la même chose à Paris ? M’est avis que c’est plutôt que l’on ne veut pas faire pareil et que cette absence totale de projets d’aménagement radical de la ville laisse le champ libre aux politiques social-démocrates autant qu’aux propriétaires industriels.

    Cet abandon de la ville vient peut-être de l’idée selon laquelle il faudrait déserter la métropole, lutter contre elle. On peut paraphraser Adorno : pendant que les gauchistes font la révolution dans leur commune près d’un lac quelque part au milieu de la campagne, le PS et les capitalistes ont géré la plus grande ville l’Union européenne. Pourtant, qu’on le veuille ou non, la ville est un fait, bien réel, des millions de gens y vivent, y sont coincés, y souffrent. Et ce sont eux qui, faute d’un projet politique plus large, prennent l’initiative spontané d’en altérer la géographie imposée. Je ne dis pas qu’il nous faudrait embrasser le destin métropolitain mais que nous ne pouvons pas y laisser le champ libre aux forces réactionnaires.

    Reprenons les coordonnées du problème : s’il existe bien une logique capitaliste et industrielle de destruction des communs (de l’eau, de la possibilité de se baigner, de l’enclosure), une social-démocratie de la baignade (Vienne, Copenhague et très partiellement Paris), et une anarchie populaire et spontanée, non-blanche, de la baignade sauvage en ville ; alors à quoi pourrait ressembler une politique communiste de la baignade urbaine ?

    Une anecdote pour finir. L’été dernier à Copenhague, au bord d’un ponton depuis lequel tout le monde plonge comme il est possible de le faire partout en ville, je discutais avec deux vieilles femmes prolétaires. Je leur ai demandé de me raconter comment, selon elles, la ville avait changé. Elles m’ont répondu que ce n’était pas possible de comparer tant la ville d’aujourd’hui n’était en fait plus la même. Et vraiment pour le mieux.

    Une dernière anecdote pour vraiment conclure cette fois. À #Berne en Suisse, l’#Aar qui traverse la ville est utilisé au quotidien comme un transport commun. Grâce au courant, les habitants se jettent à l’eau avec un sac imperméable et vont au cinéma, au boulot ou n’importe où ailleurs. Une sorte de RER aquatique jamais bondé et toujours frais.

    Paris peut donc mieux faire, à commencer par sa gauche radicale. C’est désormais un fait accompli, la canicule comme le rapport de force populaire ont permis de faire rouvrir le canal Saint-Martin. Cette #réappropriation de l’#espace_public a fait de la place pour de nouvelles manières de vivre, il n’est donc pas trop tard pour en faire un projet politique commun (et ne pas le laisser aux forces réactionnaires et ennemies). Il nous faut nourrir et déployer une vraie politique communiste de la baignade et de l’usage des biens communs et naturels pour tous.

    En attendant la prochaine canicule, puis la suivante et encore celle d’après…

    https://lundi.am/La-lutte-pour-la-baignade
    #urbanisme #villes #chaleur #canicule #France #répression #surveillance #interdiction #géographie_culturelle

    voir aussi (@rastapopoulos) :
    https://seenthis.net/messages/1179924

    • J’aime « allemandsret » le droit de monsieur tout le monde.

      Il existe un droit en Suède, en Norvège et en Finlande, qui s’appelle l’ « #allemandsret », le « droit de chacun.e ». Il garantit à toute personne la possibilité de circuler librement dans la nature, d’y planter une tente pour une nuit ou de se baigner dans un lac, y compris lorsque les terrains sont privés. Le #droit_de_propriété s’efface devant un droit plus fondamental : celui de l’usage commun de la nature. En France, il y a des panneaux : PROPRIÉTÉ PRIVÉE.

      #nature #baignade #liberté #communs

  • #Colonialité toxique : dans les paysages radioactifs du #Sahara

    De 1960 à 1966, avant et après l’indépendance de l’#Algérie, l’État français a expérimenté au Sahara dit algérien dix-sept bombes atomiques et autres essais chimiques. Ce sujet a longtemps été #tabou en France, dans la presse, dans les discours politiques aussi bien que dans le cadre académique où enquêtes, témoignages, littérature et recherches sur ce thème ont été invisibilisés. Seul le réseau associatif et militant a soutenu les travaux abordant ce domaine – comme par exemple le livre de Raphaël Granvaud, Areva en Afrique, Une face cachée du nucléaire français3. Brisant frontalement la confidentialité de ces faits – presque trois décennies après l’ouvrage de Gabriele Hecht sur l’histoire nucléaire de la France, Le rayonnement de la France4, plusieurs publications récentes issues du monde anglo-saxon abordent la violence coloniale française illustrée dans ses modalités extrêmes par les expérimentations atomiques.

    C’est le cas du nouveau livre de Samia Henni, Toxicité coloniale. Documenter le paysage radioactif dans le Sahara. Paru d’abord en anglais5, il est associé à une exposition6 qui réverbère d’une autre manière les éléments de preuve de l’usage violent d’un territoire colonisé. L’autrice, architecte, historienne et théoricienne de l’architecture, enseigne actuellement à l’Université McGill de Montréal. Elle donne à penser la colonisation et ses effets dévastateurs sur le très long terme. Son point de départ est l’espace et sa gestion en période de guerre, sa réorganisation ou ce que le langage colonial a souvent appelé sa « mise en valeur ». Sensible aux narrations « cosmétiques » qui masquent les réalités de la domination coloniale, Samia Henni évoque en ce sens les euphémismes utilisés pour dire les faits qui ne sont pas seulement des « essais » nucléaires ou de la « radioactivité », mais bien des bombes atomiques à part entière et une toxicité sans limite produite par la colonisation.

    « Saharanisme »

    Faisant écho à cette question, Brahim El Guabli, professeur de pensée et littérature comparées à l’Université Johns Hopkins (USA), explore dans son dernier ouvrage, Desert Imaginations, la représentation des « déserts » à travers une variété de sources littéraires et historiques plurilingues (amazigh, arabe, français, anglais)7. Il montre que dans les productions culturelles majoritaires, les déserts apparaissent comme terra nullius, inhabitée, improductive, inutile et menaçante. La fiction mondialisée d’un désert vide et sans vie a permis de légitimer des projets d’exploitation brutaux et destructifs8. Brahim El Guabli propose d’appeler « saharanisme » ou encore « désertisme » cet imaginaire dominant dont il retrace les origines lointaines et la construction, en particulier dans les écrits politiques et littéraires français du XIXe siècle à aujourd’hui. Il fait de ces notions un outil conceptuel permettant d’approcher à plusieurs niveaux les usages et mésusages du désert, quelles que soient les parties du monde concernées. L’auteur distingue divers secteurs – spirituel, extractif, instrumental, sexuel – où s’exerce le saharanisme. En contrepoint de cette idéologie inhérente aux intérêts coloniaux, Brahim El Guabli montre le rapport intime que des écrivains et artistes autochtones manifestent dans leurs œuvres envers leur environnement, tangible et intangible, humain et non humain, une posture écologique sensible qu’il appelle ecocare ou encore éthique autochtone de la conscience environnementale. Cette attitude m’évoque une maxime touarègue Amaḍal amadal, « la terre est ce qui protège », mise en relation au Sahara avec la nécessité d’être nomade pour ne pas « peser sur le dos de la terre ». Comment une terre confisquée pour être mutilée, blessée, amputée, pourrait-elle continuer à protéger ses enfants ? Telle est la question que se posaient les Touaregs après les interventions violentes menées sur leur sol telles que les explosions atomiques, le creusement des puits de pétrole et des mines d’uranium, ou le réaménagement étrange de l’Afrique saharo-sahélienne en petits territoires enclos sur eux-mêmes, bardés de fils de fer barbelés9.
    La notion de saharanisme parait très utile pour approcher au présent divers types de faits, des plus anodins aux plus dommageables, tous fondés sur une hiérarchisation implicite des savoirs. Par exemple, l’obsession – a priori bienveillante – des organismes de développement ou d’aide qui interviennent en pays nomade pour creuser des puits, comme si le problème en zone aride était l’eau et non la gestion de l’eau. Pourtant, le piétinement animal intense autour des points d’eau, comme le disent bien les intéressés, détruit tous les pâturages alentour. Avec la multiplication des puits, aucune des stratégies nomades pour régénérer la flore ou conserver les plantes fourragères résistant au vent et permettant d’étager la consommation des pâturages ne peut plus s’exercer. Mais rien n’arrête ces politiques sédentaires du territoire couplées à la restriction de la mobilité qui ont finalement conduit à l’incapacité croissante de faire face aux sécheresses – pire, elles les ont aggravées.

    Au sujet des essais nucléaires français au Sahara, les approches des deux ouvrages cités se croisent et se complètent. Comment sortir du secret ? Comment rendre compte de la nuisance impalpable et occultée de ces explosions ? Comment documenter ce programme secret et ses lourdes conséquences, alors que la majorité des archives les concernant sont jusqu’à présent classées « secret-défense » ? Comment rendre audibles les voix des habitants sur la violence mortifère infligée à leurs vies et à leur terre par les gouvernements français et algérien qui ne les ont ni consultés ni avertis ?

    Trouver des voies et des voix pour répondre à ces interrogations fait partie des objectifs clairement énoncés par Samia Henni. Contestant « l’obsession coloniale et néolibérale de la “nouveauté”, la volonté d’être “le premier” à dire ou faire quelque-chose » (p. 37), l’autrice met à la disposition de ses lecteurs et lectrices les informations et les sources dont elle dispose, c’est-à-dire une centaine de documents d’archives (photos, textes) et la reproduction des témoignages de victimes (travailleurs et population d’Algérie, vétérans français) pour servir de socle à de futures recherches.

    Ce livre généreux et militant est fondé sur le partage des documents assemblés en étroite collaboration avec l’Observatoire des armements à Lyon. Il est destiné à « donner corps au silence des archives institutionnelles » et appelle à continuer le travail de mémoire et d’investigation permettant une autre narration des faits et un examen des responsabilités pour, à terme, exiger la décontamination des sites, l’ouverture totale des archives et la perspective de réparations.

    Car ces déflagrations nucléaires, décidées depuis Paris et prolongées en 1962 par les Accords d’Evian avec le gouvernement provisoire d’Algérie, ont eu de multiples répercussions sur les corps, sur l’environnement, sur le bâti, sur les paysages, sur les sols. Le matériel contaminé a été enseveli dans l’urgence au départ du personnel français en 1967, puis déterré par les puissants vents sahariens.

    Temps et espace du désastre atomique

    À partir de documents visuels et d’archives arrachées au secret, Samia Henni retrace les caractéristiques techniques et humaines des deux sites où les explosions ont été menées : d’un côté, Reggane, où furent lancées quatre bombes atmosphériques et de l’autre, In Ekker, émetteur de treize bombes souterraines, certaines échappant au confinement, et cinq expériences supplémentaires de dispersion atmosphérique de plutonium. Elle propose ensuite un corpus visuel composé d’extraits de documentaires et de reportages télévisés, et la reproduction de témoignages des victimes françaises.

    Dans le procédé éditorial choisi, les images impactent efficacement le regard en anticipant le texte. Ainsi, au début de l’introduction, onze photos aux tons jaune-sépia nous plongent dans la matérialité du secret, avec en première page un panneau d’interdiction de prise de vue et de menaces de sanctions contre tout contrevenant, planté sur l’un des sites d’expérimentation. Les images suivantes élargissent la focale, de la localisation des sites à l’emplacement des zones de tirs, du croquis topographique des infrastructures à une manifestation à Accra au Ghana contre ces expériences. Jusqu’à la photo de la « gerboisite », un terme qui conceptualise la matière radioactive anthropogénique produite par les explosions atmosphériques baptisées Gerboises par le pouvoir colonial. Enfin, une image satellite captant les mouvements intercontinentaux de la poussière radioactive du Sahara met immédiatement en évidence la nécessité d’un changement d’échelle pour l’analyse de ces faits.

    L’ouvrage restitue la situation géographique précise des deux sites d’expérimentation : Reggane dans la plaine de la Tanezrouft et In Ekker sur le mont Taourirt tan Afalla (littéralement en langue locale « Colline du haut » ou du « nord ») et aussi Taourirt tan Ataram (« Colline de l’ouest ») dans le massif de l’Ahaggar (nom utilisé dans l’ouvrage sous sa forme arabisée, Hoggar). Remarquons que les toponymes mentionnés sont tous amazighs. Ce qui donne une résonance particulière au choix de ces lieux situés à plus de 1000 km d’Alger et révèle une autre invisibilité qui n’est pas manifeste dans l’ouvrage, celle des habitants ancestraux de ces terres, les Imuhagh10, appelés « Touaregs » par les étrangers. L’invention de l’Algérie comme État colonial puis postcolonial les fera dénommer ensuite « Algériens » (comme dans la légende du 3e cahier photo où ils sont appelés « habitants algériens ») ou encore, selon les recensements sur leurs terres d’ancrage à la saison sèche, les assignera à d’autres identités nationales et territoriales : « Libyens », « Maliens », « Nigériens », « Burkinabè ». Les pouvoirs coloniaux ont en effet redessiné la carte de l’Afrique selon leurs intérêts, divisant le pays touareg par cinq frontières et transformant en peuple sans terre les nomades dont les parcours réguliers ont rendu le désert nourricier en préservant ses ressources végétales et hydriques.

    Samia Henni situe son propos dans le cadre national de l’Algérie. Elle montre cependant que le temps et l’espace de la toxicité nucléaire ne sont pas à l’échelle de la géopolitique humaine. Des témoins évoquent la violence monstrueuse des explosions ressentie non seulement à proximité, à Tamanrasset, mais aussi à 600 km à l’est à Djanet et à plus de 1 000 kilomètres au sud-ouest à Gao (p. 42), ou encore au sud-est dans l’Aïr11, englobant l’espace de référence de la mobilité nomade des Touaregs. Et bien au-delà encore.

    La toxicité invisible, impérissable, inquantifiable, irréversible, circule et s’infiltre partout où la diffusent les vents du globe. Elle contamine non seulement les lieux décrétés vides et sans importance par les autorités coloniales puis postcoloniales – notamment les territoires nomades –, mais également les pays et les continents des décideurs de la mise à feu des bombes atomiques. Elle s’étend à la terre entière et restitue, au-delà de l’approche spatialement fragmentée des événements, la perception géographique nomade qui au Sahara relie directement l’Ahaggar (actuelle Algérie), l’Ajjer (entre l’Algérie et la Libye), l’Aïr (actuel Niger), la Tademekkat (entre le Mali et le Burkina Faso) et la Tagaraygarayt (actuel Niger).

    Je rajouterai une information donnée par les Touaregs qui circulent entre l’Ahaggar et l’Aïr. Selon eux, l’abandon en 1967 des sites nucléaires français du côté algérien aurait été suivi par le transfert entre l’Ahaggar et l’Aïr d’une partie des anciens engins de chantier ainsi que du personnel pour mener des opérations de prospection à Madawela dans la vallée de Tin Marsoy. Cette partie du territoire touareg se trouvait rattachée depuis 1960 à l’État du Niger. Les nomades se souviennent des déplacements incessants et extrêmement dérangeants de camions énormes équipés de sondes qui sillonnaient les terres pastorales et creusaient le sol, faisant parfois jaillir de l’eau sans reboucher leurs forages en quittant les lieux.

    Ces travaux de prospection terrestres mais aussi aériens ont abouti à la mise en œuvre de l’exploitation d’un immense gisement d’uranium à Arlit, à environ 15 kilomètres de Madawela, ce dernier site étant laissé inactif, mais gardé par l’armée nigérienne. Comme ce fut le cas du côté algérien dans les années 1950 en pleine période coloniale, deux décennies plus tard, dans un État indépendant, les autorités françaises s’accaparèrent brutalement des terres touarègues de l’Aïr pour créer les infrastructures géantes d’une première mine à ciel ouvert (Arlit), puis d’une mine souterraine (Akokan), et d’une ville qui compte à présent plus de 100 000 habitants, détruisant toutes les ressources pastorales locales et interdisant aux nomades de poursuivre leur vie sur leurs propres terres. C’est à cette période que les contrôles et les détentions arbitraires de civils touaregs s’intensifièrent au nord du Niger, au point de transformer le seul fait d’être enturbanné en délit menant automatiquement à l’arrestation et à la confiscation des marchandises pour les caravaniers.

    Des vies qui ne comptent pas ?

    Comme l’écrit Samia Henni, après les explosions nucléaires des années 1960, les nomades, les oasiens et les citadins de la région de Reggane et de la vallée du Touat ont été directement affectés. Entre 1960 et 2008, la démographie chuta de moitié, passant de 40 000 à quelque 20 000 habitants (p. 93). La description détaillée des chantiers menés pour les opérations nucléaires et l’accueil du personnel à Reggane, Hamoudia et au point zéro des expérimentations – 82 000 m2 de bâtiments, 7000 m2 d’ouvrages souterrains, 100 km de routes, 3 centrales électriques, etc. (p. 96) – donne une idée du gigantisme de ces infrastructures (laboratoires, appareils de mesures, base avancée, ville nouvelle), au prix d’un labeur humain démesuré, diurne autant que nocturne. La recension des constructions techniques du second site dégage la même impression de démesure et de captation sans merci des terres (170 570 hectares) et des ressources locales. Non seulement l’eau et l’air de l’oued Amguel, mais la main d’œuvre autochtone, à laquelle s’ajoutaient sur le site la main d’œuvre importée d’autres régions de l’Ouest africain, ainsi que les militaires, appelés, techniciens et ingénieurs français, soit environ 9000 personnes sur le site au moment des explosions.

    Dans les années 1960, les procédés de décontamination des corps humains et des engins au jet d’eau (p. 114) paraissent dérisoires, irresponsables et même cyniques dans la mesure où l’eau n’a vraisemblablement pas échappé à la pollution. Pas plus les multiples échecs du confinement des bombes dans les galeries souterraines que l’indépendance de l’Algérie en 1962 n’ont empêché la continuation des essais par la France qui a également poursuivi de 1964 à 1966 ses expériences de dispersion du plutonium (nom de code Pollen) en bafouant le Traité d’interdiction des essais nucléaires atmosphériques signé en 1963. Pire, les expériences biologiques conduites lors de la bombe Gerboise blanche auraient concerné non seulement des animaux (dont des cages et cadavres ont été retrouvés abandonnés sur le site), mais aussi des corps humains, morts ou vivants, ou des « cobayes humains » comme le formule Bruno Barillot dans son ouvrage, Essais nucléaires français : l’héritage empoisonné12, cité par Samia Henni (pp. 107-108).

    Un travailleur local, interrogé trois décennies plus tard, rapporte qu’après les déflagrations, « la plupart des gens qui sont tombés malades sont ceux des campements qui habitent la montagne » (p. 156), autrement dit les habitants invisibilisés d’un désert décrété « vide » par les autorités françaises et algériennes. Le photographe et sociologue Bruno Hadjih a documenté le ravage sanitaire et létal (17 décès survenus immédiatement) des habitants du village de Mertoutek et la destruction durable de leur environnement après la bombe non maîtrisée de Béryl en 1962.

    Le gouvernement français est resté inactif sans mener d’étude de suivi après l’explosion, pas plus qu’il n’a proposé de réparation. Par ailleurs, il n’a fourni aucun descriptif technique des décharges toxiques qu’il a laissées au Sahara et qui continuent d’affecter la santé des êtres vivants. Comme si finalement, tout cela n’avait jamais existé et n’avait eu aucune conséquence pour personne. Jusqu’à quand ?

    ’avance à travers les entrailles de la fournaise
    Je les entends
    sécheresse de leur cœur
    Et ils me roulent dans le nuage
    champignon nuée
    brouhaha atomique
    Et ils aboient
    Toi, tu n’existes pas,
    tu n’as jamais existé

    Hawad, Irradiés13

    L’investigation sans fin

    Au final, on comprend à quel point le projet nécessaire de « documenter le paysage radioactif dans le Sahara » comme le propose Samia Henni est un programme collaboratif à long terme. La constitution de « contre-archives » dans ce domaine est une tâche ardue et ouverte qui appelle à d’autres enquêtes pour sortir le désert de l’oubli. Par exemple, comment faire résonner la mémoire et le présent de ceux qui sont effacés de la carte ? Quelles constellations d’expériences et de géographies peuvent être retracées en dehors des cadres restrictifs de la cartographie coloniale ? Comment mettre en dialogue les expériences vécues par les habitants des différents territoires sacrifiés lors des mises à feu nucléaires réalisées par la France, mais aussi par les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne et la Chine entre 1945 et 1980 ? Quels sont les formes de survie et de résistance qui ont émergé face à la catastrophe ? Comment faire entendre la voix des écrivains et des artistes qui mobilisent un imaginaire créatif capable de submerger le saharanisme, alors même qu’eux et leurs peuples subissent jusqu’à aujourd’hui la confiscation, la dévastation et la pollution nucléaire ou minière de leurs terres ? Le « Saharanisme expérimental » va en effet de pair avec le « Saharanisme extractif » pour reprendre les concepts de Brahim El Guabli. Quelles relations établir entre d’un côté la manne minérale concentrée au Sahara central sur les territoires nomades (pétrole et gaz en Algérie et Libye, uranium, charbon, or au Niger, or au Mali) et, de l’autre côté, la répression brutale qui touche leurs habitants, privés de leurs droits fonciers, jusqu’à nier et éradiquer leur nom, leur langue, leur mode de vie, leur société et leur histoire ? Le travail d’investigation à venir est immense, il réservera probablement des surprises, autant que l’étude des conséquences, impensées et impensables, de la radioactivité.

    https://www.terrestres.org/2026/06/08/colonialite-toxique-dans-les-paysages-radioactifs-du-sahara
    #radioactivité #colonialisme #pollution #violence_coloniale #territoire_colonialisé #colonisation #euphémismes #radioactivité #vocabulaire #mots #bombes_atomiques #désert #géographie_du_vide #vide #terra_nullius #saharanisme #désertisme #imaginaire #ecocare #conscience_environnementale #Touaregs #nomadisme #aide_au_développement #puits #développement #secret-défense #Accords_d’Evian #paysage #environnement #Reggane #In_Ekker #plutonium #images #secret #gerboisite #Gerboises #France_coloniale #mont_Taourirt_tan_Afalla #Taourirt_tan_Ataram #toponymie #invisibilisation #Imuhagh #violence #Tamanrasset #Ahaggar #Aïr #Madawela #Niger #vallée_de_Tin_Marsoy #Arlit #uranium #mines #Akokan #Arlit #pâturages #vallée_du_Touat #eau #sols #air #décontamination #montagne #destruction #Mertoutek #Béryl #réparation #santé #paysage_radioactif #mémoire #contre-archive #contre-récit #expérience_vécue #territoires_sacrifiés #Saharanisme_expérimental #Saharanisme_extractif #extractivisme

    ping @reka

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    A mettre en lien avec le #film_documentaire #At(h)ome (#athome) :
    https://seenthis.net/messages/819398

    • #Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français

      L’indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire est un mythe : l’uranium qui alimente le nucléaire civil et militaire provient pour une large part du sous-sol africain. Raphaël Granvaud détaille les conditions dans lesquelles la France et Areva se le procurent au meilleur coût, au prix d’ingérences politiques et de conséquences environnementales, sanitaires et sociales catastrophiques pour les populations locales.
      Comme au Niger, fournisseur historique, pourtant en dernière position du classement des pays selon leur indice de développement humain. Dans un contexte international d’intensification de la concurrence sur le continent africain, mondialisation capitaliste oblige, Areva a toujours pu compter sur l’aide active des représentants officiels de l’État français et des réseaux les moins ragoûtants de la Françafrique pour sauvegarder son droit de pillage. L’auteur dévoile enfin les efforts considérables d’Areva pour que les différents éléments de cette réalité et de sa stratégie de dissémination nucléaire ne ternissent pas une image de marque qu’elle voudrait immaculée.

      https://agone.org/livre/arevaenafrique
      #livre

    • TOXICITÉ COLONIALE. DOCUMENTER LE PAYSAGE RADIOACTIF DANS LE SAHARA

      Toxicité coloniale revient sur les programmes nucléaires français menés entre 1960 et 1966 dans le Sahara algérien. Ce programme secret, qui s’est déroulé pendant et après la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), a permis au régime colonial français de mettre à feu quatre bombes atomiques atmosphériques, treize souterraines et de mener d’autres expériences nucléaires dans le désert. Alors que la grande majorité des documents d’archives sont toujours classés secret aujourd’hui, Toxicité coloniale rassemble une variété de sources permettant de documenter l’histoire violente des activités de la France en Algérie. Le livre constitue un corpus de choix à l’intersection de la justice spatiale, sociale et environnementale pour ceux et celles qui s’intéressent à l’architecture, au paysage et aux pratiques d’archivage dans une démarche décoloniale.
      Alors que ces bombes ont eu des conséquences durables pour les populations et les environnements locaux ainsi que pour les vétérans français, le manque de contrôle des explosions, les lacunes de sécurité et l’utilisation des Algériens comme main- d’œuvre sur des chantiers particulièrement dangereux apparaissent comme des faits coloniaux d’une importance majeure.

      https://editions-b42.com/produit/toxicite-coloniale

    • Deserts Are Not Empty

      Colonial and imperial powers have often portrayed arid lands as “empty” spaces ready to be occupied, exploited, extracted, and polluted. Despite the undeniable presence of human and nonhuman lives and forces in desert territories, the “regime of emptiness” has thus inhabited, and is still inhabiting, many imaginaries. Deserts Are Not Empty challenges this colonial tendency, questions its roots and ramifications, and remaps the representations, theories, histories, and stories of arid lands—which comprise approximately one-third of the Earth’s land surface. The volume brings together poems in original languages, conversations with collectives, and essays by scholars and professionals from the fields of architecture, architectural history and theory, curatorial studies, comparative literature, film studies, landscape architecture, and photography. These different approaches and diverse voices draw on a framework of decoloniality to unsettle and unlearn the desert, opening up possibilities to see, think, imagine it otherwise.

      https://www.arch.columbia.edu/books/catalog/998-deserts-are-not-empty

  • La #cartographie #poétique 1/2
    https://silencepodcast.fr/project/la-cartographie-poetique-1-2

    #Perrin_Remonté est un #cartographe étonnant. Il porte un regard #artistique et poétique sur notre monde à travers des œuvres originales.

    Son travail explore la part sensible de la #géographie grâce à une approche interdisciplinaire : #cartes, #photos, géographie et #sciences de l’#environnement.
    Perrin revisite les cartes de notre enfance en stimulant notre #imaginaire. Nous retrouvons son travail dans National Geographic, Wedemain, Climax, Visual Capitalist, Science et Vie et l’Atlas de l’#IGN.

    Portrait d’un jeune homme inspirant.

  • 108 – Infrastructures of Power (Cities and Geopolitics II)
    https://urbanpolitical.podigee.io/108-infrastructures-of-power-cities-and-geopolitics-ii

    The second episode of the Cities and Geopolitics series turns to the material architectures through which geopolitical power is organised and exercised. From energy grids and digital networks to ports, logistics hubs, and semiconductor infrastructures, contemporary geopolitical rivalries are increasingly mediated through complex, often invisible, urban systems. This episode explores how infrastructures are not merely technical backdrops to global politics, but strategic assets and active instruments of power. Our guests examine how infrastructures are designed, financed, and governed in ways that embed geopolitical priorities, whether through the securitisation of supply chains, the territorialisation of digital systems, or the reconfiguration of energy networks in the context of (…)

    #Infrastructures,Geopolitics,Power
    https://audio.podigee-cdn.net/2503706-m-29d9f8effac173a02f1b977242e25ae5.m4a?source=feed

  • “Surveillance City”

    Directed by Harjant Gill and Pearl Sandhu and featuring Professor Inderpal Grewal, Surveillance City takes viewers on a journey through contemporary #Delhi, narrating a city marked by the extreme inequality resultant of decades of neoliberalism, and highlighting the insidious work of an authoritarian state deploying surveillance and securitisation measures to govern diverse populations and temper unrest. It’s a powerful meditation on masculinism and militarism, populism and patriarchy, the aesthetics and affects of security, nationalism and religion, policing and the law, discourses of terror, fear of the other, the role of the media, but also dissent, protest, and the prospects of democracy in a postcolonial state.

    https://vimeo.com/1149568432?fl=pl&fe=vl


    https://antipodeonline.org/2026/05/13/surveillance-city

    #film #film_documentaire #surveillance #Inde #inégalités #autoritarisme #néolibéralisme #New_Delhi #géographie_urbaine #ville #nationalisme_hindou #nationalisme #minorités #pauvreté #gentrification #enclaves #caméras_de_vidéosurveillance #sécurité #sentiment_de_sécurité #patriarcat #sécuritisation #espace_domestique #masculinité #religion #esthétique #Narendra_Modi #normalisation #émotions #peur #insécurité #lois #lois_coloniales #armée #militaires #policing #réseaux_sociaux #terrorisme #terreur #hindous #homogénéité #géographie #géographie_sociale #classes_sociales #castes #démocratie #Etats_post-coloniaux #colonialisme #répression #droits

    ping @cede

    via @reka

  • Vers des espaces publics inclusifs - Aménager au prisme du #genre

    Une analyse de terrain sur l’égalité de genre dans l’aménagement du canton, réalisée dans deux communes du canton, #Carouge et #Meyrin par la géographe Karine Duplan de l’Université de Genève (UNIGE), au sein de l’Institut de gouvernance de l’environnement et développement territorial de l’UNIGE, en collaboration avec l’Urban Hub, centre universitaire de compétence pour l’étude des villes et des sociétés urbaines.

    https://www.ge.ch/document/espaces-publics-inclusifs-amenager-au-prisme-du-genre
    #rapport #Genève #espace_public #genre #aménagement_du_territoire #géographie #inclusion

  • Burning landscapes in Calabria

    A recent short film written by Luca Calvetta, E siamo i vostri figli (And we are your children), depicts the carbonised landscape of Calabria during this (past) summer of wildfires. It begins with an excerpt from a letter written in 1878 by a Calabrian migrant in South America: “Each departure is a fire. Each fire is the end of a world”. The passage hints of apocalyptic time. This summer, the landscape of Southern Italy – and Southern Europe, more generally – was marked by fires. Perhaps the only reason much of the world learned about this, however, was because the fires brushed against and consumed tourist destinations in Sicily and Greece, UNESCO world heritage sites among them. Yet, they were, and remain, terrifying realities for many. From Petrizzi, a town in Calabria where I was based for my research on the relations between people and land in Southern Italy since 1783, we anxiously watched fires carve through agricultural and forested terrain. We watched as helicopters and Canadair airplanes flew above, dropping sea water in attempts to extinguish the flames. At other moments, farmers gathered on their lands’ perimeters hoping to prevent damage as fires approached their crops. Sometimes, at night, the fires burned freely across once cultivated and now partially abandoned mountains, leaving mountainsides naked in the morning.

    Petrizzi provides a lens to explore how landscapes materialise the ‘events’ that abbreviate historiography, forming coherent periods out of complex processes. Over the 20th century, officials connected the damage wrought by plant diseases (phylloxera in 1907), earthquakes (1947), floods and landslides (1935, 1951, 1973), and fires to a lack of maintenance due to the absence of farmers and workers. Reports in 1911 and 1912 tied uncontrollable wildfires to the “emigration [of labourers] to the Americas”. Stone walls fell into disrepair, grasses grew too long, and trees dropped their fruit to the ground. In 1935, floods destroyed roads and collapsed parts of the mountain adjacent to the town. In 1951, winter rains ravaged agricultural land, destroying over 200 houses and compelling the municipal administration to deliberate over relocating the entire town to the nearby ‘hamlet’ on formerly communal lands. Farmers and homeowners wrote countless letters to the local administration detailing damages. The letters convey the importance of land in the lives of those who remained, or who tried to do so. In 1959 legislation was passed which would aid families who had suffered material damages in floods caused by storms elsewhere on the Adriatic coast. This law enabled the release of assistance funds in Calabria, long after the departure of those who needed them was already visible in the town’s landscape. More destructive rains fell in 1973. From that moment until the present, the population declined by an average of around 12% annually; at present Petrizzi has around 1,000 registered inhabitants. But 1973 also saw the entry of a new structure of power in local politics, one that has attempted to erase itself from the records of this past (a point to which I will return).

    The town’s history has long been shaped by the material conditions of its landscape. After the earthquake that rattled Calabria in 1783, people and land became entangled in a confrontation that refutes common narratives of modernisation. Power structures that had been under reform since the mid-18th century became unhinged. The slow dissolution of baronial estates and latifondi during the 19th century fed a land-purchasing ‘mania’, creating a new class of elite and disrupting traditional power relations. In 1818, Petrizzi’s municipal council noted that the privatisation of land and the increase in interest rates on repayment had driven many away from the town. This is far earlier than most accounts of ‘emigration’ begin. Later, attempting to maintain control over trade and commerce, landowners barred infrastructural projects such as plans to pave roads conjoining the town to the countryside and to surrounding towns. After national unification in 1861 they even claimed that roads would be used to foster political upheaval throughout the South. Peasants petitioned and occupied public lands (as well as other communal lands that had been privatised) to no avail. By the late 19th century, migrant departures established transnational networks that linked Petrizzi to Buenos Aires and Philadelphia. These networks would continue to expand.

    Few historical studies locate their subjects in the places from which emigrants departed and when they do it is often only in relation to migrants residing elsewhere. The fires, in other words, have always burned in the background. Until the 1950s, most of Petrizzi’s landscape was cultivated. Over the course of the 20th century, these lands have seen a steady decrease in their usage by humans. Now, figs, olives, fichi d’India (prickly pear cactus), and grapevines grow wild amongst the oak brush and pines. Along with the decultivation of land, many surrounding towns have been depopulated, echoing a trend throughout Southern Europe. The stories that circulate in popular media – for example, about houses selling at heavily reduced rates in Spain, Italy and Greece – frame similar ’emptied’ towns as ghost towns, potential tourist havens or as locations that expose the dramatic material consequences of environmental transformation. Since the pandemic, new schemes for investment and ‘smart working’ from remote towns and villages have filled Italian news (even proposed as ‘south working’ by the Associazione per lo sviluppo dell’industria nel Mezzogiorno, SVIMEZ, 2020 report). Many of these schemes replicate urban-based labour markets and emphasise the aesthetic value of resettling in less-inhabited spaces without questioning the political-economic realities underpinning contemporary histories of ’emptied’ towns. In academic scholarship, on the other hand, the emptying of these towns is often described as an inevitable outcome of trajectories that trace back to early-modern urbanisation or to the 19th-century globalisation of mobility (see Jurgen Osterhammel’s seminal The Transformation of the World). In the historiography of migration, for example, emptied towns and villages appear as peripheries, attesting to an (almost hegemonic) approach which follows migrants and the impacts of migration out of and away from ‘hometowns’.

    To write of ’emptied’ or depopulated towns and villages, however, is to focus teleologically on their pasts and to ignore the various trajectories of the present and of presents past. Furthermore, it is to obscure possible futures. Such depopulated – or, less populated – towns embody dense knots of historical time. They have not burnt into nonexistence. While they encompass those who have departed from them, they are not exclusively ‘emptied’ places in relation to departees. In exploring these trajectories, my own research focuses on connections between people and land in Southern Italy, on how seemingly ‘natural’ events such as fires, floods, earthquakes, and landslides punctuate regimes of migration, land ownership, bureaucratisation, and political alliance or membership. Such events did, in the past, propel historical time and intervene in unfolding processes. They continue to do so in the present. At the same time, they were part of protracted historical processes. This approach aims to embrace the multiplicity of time inscribed in landscapes, seeing their ‘emptiness’ as but one iteration of these material and discursive layers.

    In the humanities and social sciences, scholars have begun to examine more critically the nexus of human and natural entanglements. While environmental history has a long genealogy, in rural contexts it tends to concentrate on agrarian political economy or large-scale industrialisation. Epistemological underpinnings in these bodies of scholarship gravitate towards strict divisions between ‘social’ (or humanistic) and ‘natural’ histories (this is less true in anthropology than it is in other disciplines). Emergent research on climate challenges such a divide and invites us to reassess historical time itself. The charred mountains of Southern Italy offer a suggestive landscape to interrogate this conceptual dichotomy. We might shift in the direction of a microhistorical analysis of relations (in the more expansive sense described in Marilyn Strathern’s Relations: An Anthropological Account) among individuals, communities, and the material landscapes they inhabit. These problematics raise crucial methodological questions: Through which archives and material landscapes might we access histories of depopulation? Which political and cultural practices are rendered visible or concealed by ‘natural’ events (such as fires)? How do such events function as vehicles for social and political transformation? How are emptying towns part of urban expansion, bureaucratisation, and other transregional movements? In what ways do the material histories that connect individuals, communities, and land challenge understandings of centres and peripheries?

    My concern with the ‘material’ is based on the possibility that abandoned archives and physical landscapes provide unique typologies of historical data. But what if these landscapes are razed by flames (both literal and metaphorical ones)? What if the departures – if indeed every departure is a fire – bring the destruction of archives of paper, dirt, and stone? What is left in and at emptied sites? What fills ‘emptied’ space? Ongoing research in Calabria suggests that the neglect of local archives, centres of documentation, repositories of shared knowledge, and other forms of material evidence has frequently been imposed or has arrived as a decision taken explicitly to disregard norms of an increasingly bureaucratic state. In some cases, neglect has come as a means to veil networks of power that aim to profit from the emptying of land (as in the case of post-1973 Petrizzi). There are instances throughout Calabria, for example, of illicit transfers of archival materials or archaeological artefacts (and some archaeologists have spent their careers fighting against these practices). At this conjuncture we can comprehend how individuals, communities, and the land are mutually constituted.

    Returning to the fires. In recent years, a cooperative called ‘a Menzalora (a reference to the 19th-century granite measuring tool in the town’s piazza), has begun to cultivate abandoned land around Petrizzi. Their activities represent a desire to remain, to inscribe the landscape with meaning and value, and to make Petrizzi an inhabitable place. In some ways this connects with a wider movement to reinhabit rural spaces in Italy. The cooperative is locked, however, in a struggle for power against a relentless administration intent on progressing its own interests (‘cash and concrete’) over others. Today, when fires burn through the mountains, rumours spread about their origins and the interests of those who may have sparked them. Like the wind farms that have sprouted throughout Calabria in the past 15 years, the fires – for many – intimate political corruption and competing interests in control over land. Indeed, depopulation may have a carefully measured value underwriting it like those who relocate and disperse paper trails or others who assess stability and property value in the aftermath of earthquakes and floods.

    In the corner of Petrizzi’s territory is a convent, commonly known as la Pietà because it once held one of Gagini’s statues. The convent was sold in 1814 (during the privatisation and land purchasing ‘mania’ mentioned above). In some way, it represents an embodiment of the changing social, political and environmental dynamics around Petrizzi. While it had been privatised – likely in the aftermath of the 1783 earthquake in which it too suffered damages – it was turned into a farm, with two peasant families residing on its premises with the owners. The convent’s territory included many acres of cultivable land, planted with trees and vines, and within its walls it once had its own stone mill. Until the 1950s, it functioned in this way. The family who owned it studied, trained, worked, and lived elsewhere; but the lands were worked by many others from the town. Eventually, a descendant of the original owner ‘returned’ with her husband, both trained architects, to restore the convent. It became a site at which children camped and families gathered for weddings, even as Petrizzi emptied into the 1980s, 1990s, and after the turn of the century. In some way, la Pietà is as much collective as it is private; it manifests the complex interconnection between individuals, communities, and the land that do not reduce to simple dichotomies or prefigured historical periodisation.

    At the convent, another generation has ‘returned’ with the ambition to make the convent a space for individuals and communities to imagine and shape new futures on the land. In August 2021, fire struck the convent’s forested land, close to the municipality-owned forest and other cultivated lands. Some suspect that those fires were set intentionally: each year they burn through the same plots. Others speculate that the fires are part of a wider administration-led desire to clear space for investment projects which would profit from the land’s emptying. Fires are not mere consequences of environmental change, even if they are exacerbated by the climate crisis. They have been burning for a long time. The current residents of the convent intend to replant the forest, to remain. The cooperative, too, continues to chart paths through the abandoned overgrowth. Each fire might indeed be the end of a world. Yet, anthropologist Ernesto de Martino writes, “the end of ‘a world’ shouldn’t signify the end of ‘the world’ but rather the end of the world of tomorrow”. If each departure is a fire, what is the choice to remain or ‘return’? A reminder, perhaps, that these towns and villages are not empty?

    https://emptiness.eu/field-reports/burning-landscapes-in-calabria
    #Calabre #incendies #vide #géographie_du_vide

    • E siamo i vostri figli

      Due minuti.

      Questo video è un grido di dolore lungo due minuti. Che si ripetono però da secoli. Perché ogni partenza è un incendio e ogni incendio è la fine di un mondo. È un incendio la Calabria che brucia, e tutta l’Italia, ma è un incendio anche Kabul. È un incendio il terremoto ad Haiti e ogni vita che affonda nel Mediterraneo. È un incendio ogni dolore inflitto agli umani, ovunque in questa terra. Ogni memoria cancellata. Ogni pianta, sorgente, montagna ferita è un incendio. Che non smette di ripetersi.

      «E siamo i vostri figli» è dedicato a tutti coloro che sono costretti ad abbandonare la propria casa e a tutti quelli che sono condannati a restarci. A chi lotta ogni giorno per renderla un posto migliore. Come una lettera che non arriva a destinazione, è per tutte le voci, di umani, boschi e fantasmi, che invocano la nostra cura. In ogni tempo.

      Il testo è tratto dalla lettera di un immigrato italiano in Argentina, del marzo 1878. Le immagini sono state girate in Calabria, nel presente. Un presente che non finisce.

      Gridate con noi.

      https://vimeo.com/590538873#_=_

  • Mapping pesticide mixtures to cancer risk at the country scale with spatial exposomics

    Despite decades of concern over the carcinogenic potential of agricultural pesticides, toxicological studies relying on single endpoints have yet to establish a definitive link between environmental pesticide exposure and cancer in real-world contexts. Here we use an integrative spatial Bayesian framework that merges high-resolution environmental pesticide risk modelling with comprehensive cancer registry data to map pesticide-linked cancer clusters in Peru with unprecedented precision. Our process-based model, encompassing 31 key pesticide active ingredients, together with an innovative stratification of cancer cases by developmental lineage, reveals a robust spatial association between environmental pesticide exposure risk and cancer incidence. In pesticide-associated cancer hotspots, exposomic profiling of liver tissue—a primary target of chemical carcinogens—uncovers a distinct transcriptomic signature of pesticide exposure, implicating a non-genotoxic mode of action that disrupts core regulatory circuitries sustaining cell identity. Collectively, these findings strongly support a mechanistic link between pesticide exposure and cancer, challenging assumptions of human non-carcinogenicity derived from reductionist experimental models. This study redefines the exposome as a lineage-conditioned, mechanistically tractable framework and shows how complex pesticide mixtures can contribute to carcinogenic trajectories, with profound and far-reaching implications for global health policy and socio-ecological equity.

    https://www.nature.com/articles/s44360-026-00087-0

    #épidémiologie #santé #santé_publique #cancer #pesticides #agriculture #toxicologie #Pérou #équité_socio-écologique #géograhie #géographie_de_la_santé #cartographie

    ping @reka

    voir aussi, signalé par @colporteur :
    Lien entre #pesticides et #cancers : pour la première fois, des chercheurs mesurent des effets à l’échelle d’un pays
    https://seenthis.net/messages/1165937

    • #Pesticides et #cancer : une étude révèle les mécanismes d’un risque environnemental et sanitaire

      Une nouvelle étude scientifique, publiée dans Nature Health, révèle un lien solide entre l’exposition aux pesticides agricoles présents dans l’environnement et le risque d’apparition de cancers. En combinant des données environnementales, des registres nationaux du cancer et des analyses biologiques, les chercheurs de l’IRD, de l’Institut Pasteur, de l’Université de Toulouse et de l’Instituto Nacional de Enfermedades Neoplásicas (INEN) du Pérou ont mis en lumière pour la première fois comment des expositions aux pesticides peuvent contribuer au développement de certains cancers.

      Les pesticides sont présents de manière diffuse dans l’alimentation, l’eau et les milieux naturels, souvent sous forme de mélanges complexes. Jusqu’à présent, il était difficile d’évaluer précisément leurs effets sur la santé humaine, car la plupart des travaux se concentrent sur des substances isolées et sur des modèles expérimentaux éloignés des conditions réelles d’exposition. Cette nouvelle étude adopte une approche innovante et intégrative, capable de prendre en compte la complexité des expositions telles qu’elles sont vécues par les populations.

      Le Pérou, un terrain d’étude pertinent

      Le pays est marqué par une agriculture intensive dans certaines régions, une grande diversité de climats et d’écosystèmes, ainsi que de fortes inégalités sociales et territoriales. Le cancer y est devenu une priorité de santé publique et les niveaux de contamination corporelle par les pesticides sont préoccupants. Les résultats mettent en évidence une exposition accrue de certaines populations, en particulier rurales et autochtones, aux pesticides. En moyenne, elles sont exposées simultanément à 12 pesticides différents détectés à des concentrations élevées.

      Une méthode innovante pour relier environnement, biologie et cancer

      L’étude s’appuie sur une modélisation qui permet de cartographier les zones du territoire les plus exposées à la pollution environnementale liée aux pesticides. Appliquée à l’ensemble du pays, cette approche intègre 31 substances chimiques utilisées en agriculture — dont aucune n’est classée comme cancérogène avéré pour l’être humain par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) — et modélise leur dispersion dans l’environnement.

      « Nous avons d’abord modélisé la dispersion des pesticides dans l’environnement sur une période de six ans, de 2014 à 2019, ce qui nous a permis de réaliser une cartographie à très haute résolution et d’identifier les zones présentant le risque d’exposition le plus élevé », explique Jorge Honles, docteur en épidémiologie de l’Université de Toulouse.

      En croisant cette cartographie avec les données de plus de 150 000 patients diagnostiqués entre 2007 et 2020, les chercheurs ont pu identifier des zones où les populations sont à la fois plus susceptibles d’être exposées aux pesticides dans l’environnement et davantage touchées par certains cancers. Dans ces territoires, le risque de développer un cancer était en moyenne 150 % plus élevé. “C’est la première fois que l’on peut relier, à l’échelle nationale, l’exposition aux pesticides et des perturbations biologiques suggérant un risque accru de cancer”, explique Stéphane Bertani, directeur de recherche en biologie moléculaire à l’Institut de Recherche pour le Développement, au sein du laboratoire PHARMA-DEV (IRD/Université de Toulouse).

      Des effets biologiques précoces et silencieux

      L’étude montre que certaines tumeurs, bien que touchant des organes différents, partagent des vulnérabilités biologiques communes liées à leur origine cellulaire et peuvent être fragilisées par l’exposition aux pesticides. On sait notamment que le foie est un organe clé dans la transformation des substances chimiques considéré comme une sentinelle de l’exposition environnementale. Or, des analyses moléculaires réalisées par le groupe de Pascal Pineau à l’Institut Pasteur sur de échantillons péruviens montrent que les pesticides perturbent les mécanismes qui maintiennent l’identité et le fonctionnement normal des cellules. Ces altérations biologiques apparaissent avant le développement du cancer, suggérant des effets précoces, cumulatifs et silencieux. Elles pourraient rendre les tissus plus vulnérables à d’autres facteurs, comme des infections, des inflammations ou des facteurs environnementaux.

      Des implications majeures pour la santé mondiale et la prévention des cancers

      Les résultats remettent en question les approches toxicologiques classiques, basées sur l’évaluation de substances isolées et la fixation de seuils considérés comme sûrs. Ils montrent l’importance de prendre en compte les mélanges de pesticides, l’exposition environnementale et les contextes socio-écologiques réels. L’étude suggère également que des événements climatiques extrêmes, tels qu’El Niño, peuvent aggraver l’exposition en modifiant l’usage et la dispersion des pesticides dans l’environnement. Elle plaide pour une réévaluation des méthodes d’évaluation des risques et des politiques de prévention.

      Au-delà du Pérou, cette étude s’inscrit dans une réflexion plus large sur la santé mondiale et les limites planétaires. Elle illustre comment les changements environnementaux, les pratiques agricoles non durables, les événements climatiques extrêmes et les inégalités sociales peuvent se combiner pour affecter la santé des populations, en particulier celle des plus vulnérables, comme pour les communautés rurales et autochtones du Pérou.

      Les chercheurs prévoient de poursuivre leurs travaux pour mieux comprendre les mécanismes biologiques identifiés et renforcer les outils de prévention, afin de soutenir des politiques de santé publique plus justes et efficaces.

      https://www.pasteur.fr/fr/espace-presse/documents-presse/pesticides-cancer-etude-revele-mecanismes-risque-environnemental-sanitaire

  • Spatialement et dans tous les sens
    Méthodologies, méthodes sensibles et géographie

    https://journals.openedition.org/norois/16994

    La prise en considération conjointe des sensations et des émotions permet d’intégrer de manière singulière les façons dont les individus vivent, ressentent et s’approprient leurs territoires. Selon J.-M. Besse (2013), « la sensation, c’est la donnée brute, vécue par le corps en rapport avec le monde, à travers l’ouïe, la vue, le toucher, l’odorat, le goût », tandis que l’émotion, pour A. Damasio (1999), « est une réaction affective complexe, incluant sensations corporelles, évaluation subjective, mémoire et expression. Elle implique à la fois le vécu subjectif immédiat et la signification donnée à une situation ». Alors que l’affect désigne un état de l’esprit provoqué par les qualités relationnelles et diffusives des lieux (Anderson, 2009), l’émotion est un « état affectif positif ou négatif » (Clerc, 2019) qui, au-delà du simple ressenti, peut être verbalisé, conscientisé et partagé. En croisant des approches qui combinent les apports de la psychologie, de la phénoménologie et de la géographie humaniste, les articles qui composent ce numéro proposent une compréhension riche et située des spatialités à partir du registre sensible. Le vécu sensoriel, le sentiment d’appartenance, la découverte, l’attachement voire la peur donnent à voir une texture des usages, des appropriations et des représentations des lieux.

    #territoire #espace #géographie #cartographie #cartographie_sensible

  • #Atlas social de France : Pour un autre récit des inégalités dans l’espace national

    Cet atlas est d’abord un #atlas_social, son ambition est de rendre compte de la dimension spatiale des hiérarchies et #inégalités_sociales qui structurent la France contemporaine. Ce projet est né d’une insatisfaction collective face aux visions simplificatrices et caricaturales qui structurent trop souvent le débat public national en matière de #géographie : France « périphérique », « des métropoles », des « sous-préfectures », « des pavillons », « des ruralités », « des tours », etc. Notre ambition est donc également politique, au sens où il s’agit de contribuer à ce débat public en y apportant notre expertise académique disciplinaire.

    https://atlas-social-de-france.fr

    #cartographie #visualisation #statistiques #France #chiffres #inégalités

  • #Los_Angeles contre l’#ICE. La bataille pour la #souveraineté_urbaine à Los Angeles

    À Los Angeles, la résistance des habitants et des pouvoirs publics à la politique anti-migrants manifeste l’ampleur du #militantisme_populaire. On voit s’engager là une lutte majeure pour la #souveraineté_territoriale.

    La crise de la souveraineté

    Au cours de l’été 2025, Los Angeles a été le théâtre d’une bataille exceptionnelle : une grande ville américaine a ouvertement contesté la légitimité du gouvernement fédéral à exercer une souveraineté unilatérale sur son territoire. Lorsque l’administration Trump a déployé 4 700 soldats de la Garde nationale et marines pour faire respecter la loi sur l’immigration par des expulsions massives, marquant le premier déploiement de ce type sans le consentement du gouverneur (préfet) depuis les années 1960, la ville n’a pas capitulé. Au contraire, une coalition composée de militants locaux, de syndicats, d’élus et d’organisations de la société civile a organisé une résistance territoriale soutenue, clamant que l’autorité fédérale n’avait aucun droit légitime sur leurs quartiers.

    Du 6 juin à la mi-juillet 2025, plus de 40 manifestations ont éclaté dans 15 zones distinctes du comté. Un seul rassemblement au Grand Park a attiré 30 000 participants. Les comités de #défense_communautaire se sont multipliés, six d’entre eux ayant été créés dans la seule banlieue tranquille de Pasadena.

    Alors que les autorités fédérales ont arrêté 2 792 immigrants pendant cette période, les manifestants ont riposté : plus de 850 militants ont été arrêtés pour avoir entravé les opérations de l’agence fédérale, Immigration and Customs Enforcement (ICE). Le 10 juillet, l’une des organisations les plus puissantes politiquement de la ville, la Fédération du travail du comté de Los Angeles, a organisé la première formation à grande échelle sur la résistance non violente. L’événement a attiré des dirigeants politiques et civiques, dont le maire, ainsi que 1 500 participants issus de syndicats et d’organisations communautaires de tout le comté.

    Il ne s’agissait pas simplement d’une manifestation ponctuelle. C’était une bataille pour déterminer qui détient l’#autorité_légitime pour décider qui a le « droit d’avoir des droits » pour résider sur le territoire urbain. En tant que telle, elle représentait un défi direct à la revendication du gouvernement fédéral de souveraineté sur tout l’espace situé dans les limites juridictionnelles du pays.

    Les militants immigrés locaux ont mené la résistance. Soutenus par une large coalition, ils ont développé des stratégies spatiales inédites qui ont transformé les quartiers immigrés vulnérables en zones défendues où les forces fédérales ne pouvaient opérer sans être détectées et sans rencontrer une résistance organisée.

    Refuser la #légitimité_fédérale : l’économie morale de l’#appartenance

    La résistance reposait sur un rejet fondamental du droit du pouvoir fédéral à déterminer arbitrairement les conditions d’appartenance territoriale à la nation. Los Angeles County compte 4,8 millions d’habitants Latinos concentrés dans des quartiers densément peuplés et interconnectés à l’est, au sud-est et au sud de la région. Des habitants ont spontanément affronté les agents fédéraux, exigeant la libération des amis, voisins et étrangers sur la base d’une « économie morale » d’#appartenance_locale.

    Le célèbre historien britannique Edward Palmer Thompson a montré comment qu’au XVIIIe siècle, les foules anglaises ont fait respecter les normes traditionnelles régissant les marchés céréaliers aux marchands qui violaient les attentes communautaires en matière de prix équitables et d’obligations locales (1971).

    Les communautés d’immigrants de Los Angeles ont de la même manière imposé leur propre économie morale d’appartenance aux autorités fédérales qui violaient les attentes communautaires quant à l’appartenance légitime à leurs quartiers. Et c’est cette conception locale de l’appartenance, qui contrastait fortement avec celle de l’administration Trump, qui a déterminé les croyances concernant le droit de résidence et ce qui constituait la légitimité des interventions gouvernementales en matière d’immigration (De Genova 2002 ; Varsanyi 2008).

    Lorsque les agents de l’ICE sont arrivés pour mener leurs raids, ils ont été confrontés à des communautés qui refusaient de reconnaître leur autorité. Ces communautés revendiquaient la présence légitime des immigrants #sans-papiers non pas sur la base du #statut_juridique ou de l’#assimilation_culturelle, mais en affirmant un cadre alternatif de #droits fondé sur la #résidence de longue durée, la #contribution_économique et les #liens_sociaux.

    Le refus de la légitimité fédérale n’était pas exprimé comme une doctrine abstraite par des intellectuels militants. Il était plutôt exercé par les habitants issus de la classe ouvrière à travers une résistance politique. Cela s’est traduit par le blocage des véhicules de l’ICE, l’encerclement des agents procédant à des arrestations, le refus de fournir des informations et la création d’espaces territoriaux où l’application de la loi fédérale devenait pratiquement impossible. La question n’était pas de savoir si la loi fédérale s’appliquait, car techniquement c’était le cas, mais si les communautés accorderaient au gouvernement fédéral la capacité pratique d’exercer cette loi sur leur territoire. Par de telles actions, elles niaient en fait le « monopole de l’usage légitime de la force physique » de l’État sur son territoire, les communautés contestant cette légitimité et créant des conditions et des espaces d’autorité alternatifs (Weber 1946).

    La structure spatiale du Los Angeles latino a créé les conditions qui ont permis une telle contestation. Ces quartiers existaient bien au-delà des mondes moraux et culturels de la classe moyenne « normale » de la région métropolitaine. Des identités territorialisées se sont forgées au fil de décennies de lutte contre la rénovation urbaine, les violences policières et le déplacement économique (Pulido 2006). Les habitants partagent des cadres leur permettant d’identifier les menaces, de désigner leurs ennemis et d’interpréter la résistance comme nécessaire et légitime. Si les raids fédéraux étaient justifiés par la loi, un code moral avait été forgé qui entrait en conflit direct avec leur légitimité.

    La confrontation qui s’est déroulée au parc MacArthur le 7 juillet 2025 illustre bien le conflit qui oppose les deux camps au sujet de la souveraineté. Le parc lui-même revêt une importance symbolique : il est situé au cœur de l’un des quartiers les plus dynamiques de la ville en termes d’immigration, et la plupart des organisations de défense des droits des immigrants, des syndicats locaux importants, la Fédération syndicale du comté et le Centre syndical de l’UCLA se trouvent à moins d’un kilomètre (Milkman 2006 ; Nicholls 2003). La bataille s’est concentrée sur un terrain qui regroupait à la fois l’infrastructure institutionnelle du Los Angeles progressiste et les communautés ouvrières qu’il prétendait représenter.

    Lorsque les soldats de la Garde nationale ont envahi le parc en tenue de combat, la maire Karen Bass est arrivée pour les affronter directement : « Ils doivent partir, et ils doivent partir immédiatement. Ils doivent partir parce que c’est inacceptable ! » La réponse du chef de la police des frontières a clairement montré à tous l’enjeu du conflit : « Je ne travaille pas pour Karen Bass. Vous feriez mieux de vous habituer à nous dès maintenant, car cela deviendra très bientôt la norme. Nous irons où nous voulons, quand nous voulons, à Los Angeles. »

    La question de la souveraineté a été présentée en termes clairs et sans équivoque. Le gouvernement fédéral a revendiqué une autorité illimitée pour opérer n’importe où dans la ville. Les dirigeants politiques de la ville, soutenus par la mobilisation populaire, ont rejeté cette revendication.

    Le pouvoir populaire : de bas en haut

    La résistance est venue d’en bas. Si les élus ont fini par se joindre au combat, la réponse initiale est venue spontanément des quartiers ouvriers immigrés. Le 6 juin, lorsque l’ICE a mené des raids contre Ambiance Apparel dans le quartier de la mode et plusieurs magasins Home Depot, ce sont les travailleurs ordinaires et leurs familles qui ont été les premiers à organiser la défense. Pas les responsables syndicaux, pas les politiciens : les gens eux-mêmes, confrontés à des menaces immédiates pour leurs familles et leurs communautés.

    Quelques heures après les premiers raids, des militants ont créé des réseaux de diffusion WhatsApp reliant les guetteurs sur les lieux de travail. Des foules comptant de dizaines à des centaines de personnes se sont rassemblées sur les sites visés, bloquant physiquement les véhicules de l’ICE pour empêcher les agents de partir avec les membres de la communauté détenus. Il s’agissait d’un véritable activisme populaire : spontané, mené par la communauté, organisé grâce à des réseaux informels et au bouche-à-oreille. Ceux qui possédaient le moins de droits officiels, les immigrants sans papiers menacés d’expulsion, sont devenus l’avant-garde de la résistance.

    La base populaire disposait d’avantages structurels dont ne bénéficiaient pas les acteurs disposant de ressources plus importantes. Des réseaux sociaux denses, comprenant des liens familiaux multigénérationnels, des relations professionnelles, des affiliations religieuses et des associations culturelles, ont créé des réseaux de solidarité qui se recoupaient (Portes et Sensenbrenner 1993 ; Menjivar 2000).

    Ces réseaux populaires ont fourni la base matérielle nécessaire à la mise en place de stratégies territoriales sophistiquées. Les journaliers travaillant dans les magasins Home Depot ont créé des tableaux de service rotatifs à l’aide de Google Docs. Des groupes Signal et Telegram ont coordonné des équipes d’intervention rapide capables de mobiliser des centaines de personnes en quelques minutes. Les militants ont mis au point des techniques de contre-surveillance pour suivre les mouvements des troupes. Rien de tout cela n’a nécessité d’organisation formelle ; cela est né de l’infrastructure relationnelle dense des communautés d’immigrants de la classe ouvrière. La technologie a amplifié l’efficacité des liens sociaux existants plutôt que de créer de nouvelles capacités, ce qui distingue cette mobilisation des mouvements purement axés sur les médias sociaux (Tufekci 2017 ; Gerbaudo 2012).

    Les manifestations contre les expulsions ont émergé directement des quartiers ouvriers à forte population latino-américaine. Il ne s’agissait pas d’activistes professionnels, mais de journaliers, de défenseurs communautaires et de leaders de quartier opérant à travers des réseaux interpersonnels localisés.

    Les participants provenant principalement de familles et amis confrontés à des menaces d’expulsion immédiates. Par exemple, dans des quartiers comme le sud-est de Los Angeles (Paramount, Compton, Bell) et l’est (Boyle Heights, East Los Angeles), les réseaux communautaires relayés par les réseaux sociaux ont alimenté des mobilisations spontanées : groupes de jeunes connectés via les écoles et réseaux multigénérationnels ancrés dans les églises. L’est de Los Angeles, avec sa longue tradition d’opposition (mouvement chicano, manifestations contre la proposition 187, campagne « Defend Boyle Heights »), a organisé des rassemblements à Mariachi Plaza, évoquant les luttes passées.

    Le caractère populaire de la résistance a assuré sa pérennité. Il ne s’agissait pas d’une solidarité lointaine, mais d’une mobilisation pour la survie de populations directement menacées. Les communautés latino-américaines de la classe ouvrière de Los Angeles étaient confrontées à des enjeux existentiels. Ne pas résister signifiait la séparation familiale, la ruine économique et la destruction du quartier (Dreby 2015 ; Golash-Boza 2015). Le retrait signifiait abandonner voisins et parents à la détention. Ces enjeux matériels et moraux importants ont soutenu la participation pendant des mois de répression militaire.

    Le problème du désengagement des militants dans l’espoir que d’autres resteront engagés pose souvent un défi à l’action collective. Cependant, cette question est devenue moins importante lorsque les conséquences de l’inaction étaient immédiates et concrètes (Olson 1965). La nature arbitraire de l’application de la loi a fait de la défense de la communauté l’intérêt premier de chaque résident, éliminant ainsi les incitations à tirer au flanc ou à s’exiler. Lorsque les cousins, collègues et voisins participaient, la non-participation devenait socialement coûteuse. Les réseaux locaux ont créé une responsabilité où le fait de ne pas participer constituait une trahison de la loyauté envers le quartier. Comme l’a écrit Gould à propos de la Commune de Paris de 1871, « le fait de ne pas participer à l’effort insurrectionnel était considéré comme une trahison de la loyauté envers le quartier et était sanctionné en conséquence » (Gould 1995 : 15).

    Plutôt que de défiler dans les centres du pouvoir ou d’occuper des espaces symboliques, les militants ont transformé les quartiers résidentiels en territoires défendus, en zones de souveraineté communautaire où les forces fédérales se heurtaient à une obstruction systématique. Ils possédaient ce que Gramsci appelait le « bon sens », ancré dans le sens commun de la communauté, et construisaient des conceptions anti-hégémoniques de la citoyenneté, de la légalité et de la souveraineté territoriale (Gramsci, 1971). Les identités oppositionnelles préétablies, forgées au cours de décennies de lutte, leur ont fourni les ressources idéologiques nécessaires pour résister aux incursions de l’État. Ils savaient comment activer l’infrastructure relationnelle en mobilisant des réseaux qui se recoupaient : liens de parenté, solidarité sur le lieu de travail, congrégations religieuses et associations culturelles.

    La coalition : 3syndicalisme, politique et #société_civile unis

    Ce qui distinguait la résistance de Los Angeles des manifestations habituelles en faveur des droits des immigrants, c’était l’ampleur et la profondeur du soutien apporté par la coalition. Le militantisme populaire issu de la base s’est allié au pouvoir institutionnel venu d’en haut, créant ainsi une alliance redoutable que les forces fédérales ne pouvaient pas facilement vaincre. Cette structure hybride, combinant des organisations de défense hiérarchiques et des réseaux de quartier horizontaux, a permis de surmonter les limites des modèles purement verticaux ou horizontaux.

    Le mouvement syndical a constitué l’épine dorsale de la coalition. La Fédération syndicale du comté de Los Angeles, qui représente plus de 800 000 travailleurs, a fait de la résistance à l’ICE une priorité absolue. Les syndicats de Los Angeles ont subi des réformes dans les années 1990, donnant la priorité à l’organisation des immigrants et adoptant des tactiques de mouvement social, créant ainsi un alignement durable entre les défenseurs des droits des travailleurs et ceux des immigrants. Le Service Employees International Union (SEIU), l’un des plus grands syndicats représentant les travailleurs des services à faible revenu du pays, dont l’un de ses principaux dirigeants a été arrêté pendant les manifestations, a réorienté sa capacité organisationnelle vers la défense des immigrants. La manifestation « No Kings » prévue initialement, qui devait rassembler des milliers de personnes pour s’opposer à l’administration Trump, s’est transformée en un rassemblement de 30 000 personnes en faveur de l’immigration.

    L’organisateur Kent Wong, ancien directeur du Centre du travail de l’UCLA et leader progressiste estimé, a déclaré que la ville et les communautés immigrées étaient assiégées, promettant de transformer les formations à la résistance parrainées par les syndicats en moyens d’affecter des bénévoles aux comités de défense communautaire et aux équipes d’intervention rapide. Les syndicats ont fourni ce que les réseaux locaux ne pouvaient pas offrir : du personnel professionnel, une expertise juridique, des relations avec les médias, des financements et une coordination multi-juridictionnelle.

    Des organisations professionnelles de défense des droits, notamment la Coalition for Humane Immigrant Rights of Los Angeles (CHIRLA), le National Day Laborer Organizing Network (NDLON) et l’American Civil Liberties Union (ACLU), se sont associées à des comités de défense auto-organisés dans le cadre d’accords de collaboration adaptés aux capacités de chaque partenaire. Les comités de défense ont fourni des réseaux sociaux territoriaux et une légitimité communautaire ; les organisations de défense ont fourni des ressources matérielles, juridiques et politiques. Cette structure hybride a préservé l’autonomie des organisations locales tout en renforçant leur capacité institutionnelle. Le NDLON a créé des comités dans le nord-est et le sud-est de Los Angeles, créant ainsi six points de défense dans les quartiers immigrés de Pasadena qui ont permis d’alerter rapidement des milliers de personnes et de faire pression sur les entreprises pour qu’elles refusent l’entrée à l’ICE sans mandat judiciaire.

    La coalition s’est élargie pour englober divers acteurs de la société civile. Le syndicat des locataires de Los Angeles s’est joint à la lutte, reconnaissant que l’application des lois sur l’immigration menaçait la stabilité du logement. Les Socialistes démocrates d’Amérique ont apporté de jeunes militants et une infrastructure organisationnelle. Les congrégations religieuses ont organisé des actions de solidarité, perpétuant une tradition de défense des immigrants fondée sur la foi. Des associations professionnelles représentant des avocats, des enseignants et des travailleurs de la santé ont publié des déclarations de soutien.

    Des groupes d’étudiants de toute la Californie du Sud ont fourni des effectifs pour les manifestations et l’énergie nécessaire à une mobilisation soutenue. Les dirigeants politiques ont fini par se rallier aux revendications populaires, poussés par la pression du mouvement plutôt que par conviction.

    La confrontation entre la maire Bass et la police des frontières à MacArthur Park a marqué l’entrée en scène de la classe politique dans la lutte pour la souveraineté. Dans son discours du 10 juillet lors de la formation à la résistance non violente organisée par la Fédération du comté, elle a déclaré : « Nous avons le pouvoir, dans cette salle, de renvoyer l’ICE là où elle doit être. Elle n’a pas sa place dans notre ville. Elle n’a pas sa place là où nos enfants jouent. »

    Les participants ont reconnu que l’attaque fédérale contre les immigrants était dirigée tout à la fois contre la souveraineté urbaine, la démocratie locale et le pouvoir institutionnel des villes progressistes. Pour le maire et d’autres, l’autorité du gouvernement fédéral, en tant que représentant du peuple souverain, était devenue illégitime par la mise en œuvre de sa politique. Elle n’avait pas sa place dans cette ville ni dans les lieux où nos familles avaient grandi et où nos enfants jouaient. La ville et ses habitants avaient les moyens et le droit de se révolter contre un gouvernement fédéral qui refusait d’écouter la voix des gouvernés.

    L’application des lois sur l’immigration est devenue le symbole d’un conflit territorial plus large : l’invasion fédérale contre l’autonomie locale. Défendre les immigrants signifiait défendre la ville elle-même. Cette prise de conscience a transformé ce qui aurait pu rester une question restreinte relative aux droits des immigrants en une lutte plus large pour l’avenir de la démocratie urbaine en Amérique.

    Nouvelles #stratégies_spatiales : la #défense_territoriale comme innovation politique

    La structure spatiale était hybride : un centre-ville regroupant des organisations militantes et syndicales, relié à des groupes dispersés et auto-organisés dans les bastions latino-américains du sud-est, du sud et de l’est de Los Angeles (Nicholls et Uitermark 2016 ; Pastor et al. 2013). Tandis que les quartiers périphériques servaient de lieux propices au maintien des réseaux d’autodéfense, les associations professionnelles d’immigrés et les syndicats alliés conservaient leurs sièges sociaux à proximité du centre-ville. C’est dans ces espaces qu’ils pouvaient collaborer entre eux et avec les dirigeants politiques de la ville afin de maintenir leur résistance face à l’attaque fédérale contre leurs pouvoirs souverains.

    Malgré le déploiement de forces plus importantes et plus intenses que lors des émeutes historiques de 1992, le spectacle de la violence d’État n’a pas réussi à disperser la résistance en instillant la peur parmi les militants locaux. Au contraire, l’ampleur de la violence a été perçue par la plupart comme une transgression morale de la part d’un État utilisant sa violence à des fins arbitraires et tyranniques. Tout en renforçant la motivation et la détermination à lutter, l’infrastructure hybride, composée d’organisations professionnelles liées à des réseaux de défense communautaire locaux et soudés, a fourni les moyens relationnels et organisationnels non seulement de poursuivre la lutte, mais aussi de l’intensifier dans la durée, malgré les risques croissants.

    Les communautés de Los Angeles ont affirmé leur souveraineté pratique sur leurs quartiers, non pas par des arguments juridiques, mais en rendant les opérations fédérales trop difficiles, trop visibles et trop coûteuses sur le plan politique pour pouvoir se poursuivre sans opposition. Cela représente un passage à la « guerre de position », avec la mise en place de positions défensives, d’institutions alternatives et de cadres culturels qui affirment un projet hégémonique concurrent à travers des structures parallèles, érodant progressivement la légitimité et la capacité de contrôle du gouvernement fédéral (Gramsci 1971).
    De la médiation à la résistance : la transformation des élites locales

    Lorsque les alliés issus de l’élite locale—élus et représentants syndicaux et associatifs—deviennent eux-mêmes des cibles, les coalitions s’intensifient plutôt que de se fragmenter.
    Lors des incursions fédérales passées, les élus et représentants locaux critiquaient les actions répressives tout en conservant leur statut de représentants légitimes. De cette position, ils pouvaient négocier des compromis qui satisfaisaient les exigences fédérales tout en atténuant les dommages infligés aux communautés. Reconnus comme médiateurs légitimes et respectés, leur capital symbolique était renforcé par l’accès aux réseaux fédéraux, et la souveraineté de l’État était consolidée par la voie de la négociation. Alors que les représentants des deux niveaux, fédéral et local, travaillaient de concert, ils renforçaient leur pouvoir politique par l’expulsion des communautés immigrées.

    L’administration Trump a brisé cette logique. En plaçant les élus municipaux dans la même catégorie que les menaces à l’autorité souveraine, l’administration a introduit un cadre à somme nulle : soit les représentants locaux se soumettaient à la souveraineté présidentielle, soit ils seraient catégorisés comme ennemis de l’État. Le dilemme était clair. La soumission coûterait aux élus locaux le consentement et la solidarité des résidents de Los Angeles et donc leur propre légitimité. La résistance les placerait du côté de l’ennemi, en faisant d’eux la cible d’assauts fédéraux incessants.
    Les élus locaux ont choisi la résistance, transformant fondamentalement leur relation avec l’autorité fédérale. Alors qu’ils avaient auparavant employé des stratégies d’initiés pour atténuer les impacts sur leurs électeurs, restaurant ainsi la souveraineté de l’État et leurs propres pouvoirs, ils se sont retrouvés privés de reconnaissance en tant que représentants légitimes. Ils étaient exclus des réseaux gouvernementaux d’élite et vulnérables aux attaques coercitives par le refus de financement, les accusations criminelles et la stigmatisation.

    Dans cette lutte binaire pour la souveraineté de l’État, les représentants locaux sont passés à une résistance sans compromis. Ils se sont alignés avec les communautés immigrées de la classe ouvrière non seulement pour des raisons morales ou idéologiques, mais parce que le mouvement grandissant est devenu le seul moyen de défendre leurs propres positions et de retrouver leur légitimité au sein de l’ancien système de souveraineté partagée.

    Les lignes de bataille changent ainsi fondamentalement. Les luttes pour l’incorporation sélective des migrants acceptables reconnaissent le monopole classificatoire du gouvernement fédéral, tout en contestant son application. Les luttes qui émergent d’un déni global de reconnaissance aux alliés locaux remettent en question ce monopole lui-même. La question passe de « quels immigrants méritent l’inclusion ? » à « qui possède l’autorité légitime pour déterminer l’appartenance territoriale ? » De « comment pouvons-nous inclure ceux qui le méritent vraiment ? » à « qu’est-ce qui fonde la légitimité politique lorsque l’État gouverne par la force arbitraire ? »

    Le déni global de l’administration Trump s’étendant des immigrants sans papiers aux élus, des églises sanctuaires aux gouvernements municipaux a par inadvertance créé les conditions d’une telle confrontation. En refusant la négociation et en positionnant toute opposition comme illégitime, l’application fédérale a éliminé les alternatives stratégiques, forçant un choix radical : se soumettre à des classifications jugées fondamentalement injustes, ou résister sur des bases remettant en question le monopole fédéral sur les classifications territoriales légitimes.

    Ce schéma apparaît désormais à Minneapolis, Chicago et New York. Le passage de Trump d’une souveraineté partagée à une souveraineté monopolisée a précipité un réalignement fondamental des alliances élitaires qui soutenaient autrefois tant la souveraineté de l’État que les compromis de classe sous-tendant la gouvernance libérale. La fracture des élites découle désormais non pas de désaccords politiques, mais de batailles autour de la souveraineté elle-même : quel niveau de gouvernement possède l’autorité légitime pour déterminer l’appartenance territoriale et imposer les classifications de citoyenneté.

    Ces conflits sur la localisation et la nature du pouvoir souverain fracturent les coalitions de la classe dirigeante qui avaient auparavant stabilisé l’hégémonie de l’État. Alors que la souveraineté partagée s’effondre en luttes à somme nulle, les élites locales font face à un choix : se soumettre au monopole fédéral ou résister sur des bases qui remettent en question la légitimité de l’autorité centralisée. Cette bifurcation mine les fondements consensuels du pouvoir d’État. Alors que l’État fédéral perd sa capacité à gouverner par l’hégémonie—par le consentement fabriqué et le compromis négocié—la coercition directe devient le principal moyen d’imposer son autorité. Le passage d’une gouvernance par la construction d’alliances à une gouvernance par la force marque non pas la puissance de l’État, mais la désintégration des structures de légitimité qui avaient permis une domination stable.
    Conclusion : Au-delà de l’immigration, la question de la souveraineté
    L’effondrement de l’hégémonie de l’État fédéral découle de trois conditions qui ont convergé à Los Angeles et dans des villes similaires.

    Premièrement, de puissants réseaux de résistance locaux ont combiné organisations professionnelles bien dotées, élus solidaires et communautés immigrées denses de la classe ouvrière. Les syndicats, les organisations de défense et les groupes de la société civile ont fourni la capacité institutionnelle, l’expertise juridique et la coordination. Les élus locaux ont offert la légitimité politique et l’accès aux ressources municipales. Les réseaux d’immigrants de la classe ouvrière ont apporté l’infrastructure territoriale pour la défense communautaire : liens sociaux denses, connaissance locale et enjeux existentiels qui ont soutenu la mobilisation. L’intégration de ces trois composantes à travers des canaux de communication et des institutions coordonnées a permis une résistance à la fois large, profonde et durable.

    Deuxièmement, les normes localisées d’appartenance ont établi une économie morale alternative qui contestait les classifications fédérales. Les communautés définissaient la résidence légitime non pas par le statut juridique, mais par la résidence de longue durée, la contribution économique et l’intégration sociale. Cette économie morale a généré des normes concernant ce qui constituait une violence d’État légitime et ce qui constituait un abus tyrannique. La capacité de l’État à obtenir le consentement ou à faire face à son retrait dépendait fondamentalement du respect de ces normes définies par la communauté. Lorsque l’application fédérale a violé l’économie morale, elle a perdu sa légitimité indépendamment de son autorité légale.

    Troisièmement, et de manière décisive, les élites locales sont passées de partenaires dans une souveraineté partagée à adversaires dans une lutte à somme nulle sur l’autorité souveraine elle-même. Si seules les deux premières conditions avaient existé, la résistance aurait pu rester une question d’immigration localisée que les courtiers élites auraient pu gérer par la négociation. Mais lorsque l’administration Trump a ciblé les élus locaux comme ennemis de l’État, éliminant leur rôle de médiateurs et criminalisant leur défense des électeurs, elle a entièrement transformé le champ politique. Les partenaires élites sont devenus des insurgés élites. La lutte sur la politique d’immigration s’est intensifiée en confrontation sur qui possède l’autorité légitime pour déterminer l’appartenance territoriale. La souveraineté partagée s’est effondrée en souveraineté monopolisée, forçant les représentants locaux à choisir entre soumission et résistance.

    Cette troisième condition s’est avérée transformatrice. Elle a empêché la défection des élites, bloqué les compromis négociés qui auraient restauré l’autorité fédérale, et recadré le conflit à « quels immigrants méritent l’inclusion » . La crise de légitimité s’est approfondie parce que l’État ne pouvait plus gouverner par l’hégémonie, mais seulement par la force, exposant la fragilité de la gouvernance libérale lorsque ses structures de médiation s’effondrent.

    Cette crise de légitimité se propage désormais aux villes partageant la même structure. New York, Minneapolis, Chicago et Portland présentent toutes les trois des conditions identifiées : réseaux de résistance robustes, économies morales alternatives d’appartenance, et élites locales transformées en adversaires de l’autorité fédérale. En revanche, dans les villes où ces conditions sont absentes, comme Houston, La Nouvelle-Orléans et Miami, aucune contestation similaire n’émerge. L’application fédérale y rencontre soit la conformité soit une résistance fragmentée et facilement réprimée.

    Il existe donc une géographie inégale de la résistance, déterminée non pas par la présence d’immigrants, mais par la convergence des conditions organisationnelle, idéologique-morale, et structurelles qui rendent possible la contestation soutenue de la souveraineté fédérale.

    La bataille de Los Angeles révèle une transformation historique. Ce qui commence comme une politique d’immigration devient une crise de #souveraineté et #hégémonie. Ce qui semble être un conflit sur les #frontières_nationales devient une lutte sur l’#autorité_territoriale. Ce qui apparaît comme une question de #légalité devient un affrontement sur la #légitimité.

    Le passage de la #gouvernance_consensuelle à la #domination_coercitive n’annonce pas la consolidation du pouvoir fédéral, mais sa crise. Et dans cette crise réside la possibilité d’imaginer et de construire des formes alternatives de souveraineté démocratique, enracinées non pas dans la violence d’État fédérale, mais dans le #pouvoir_populaire_territorialisé. Les villes américaines ne sont plus seulement des sites de #contestation, mais des sources alternatives d’autorité politique.

    https://laviedesidees.fr/Los-Angeles-contre-l-ICE
    #résistance #USA #anti-ICE #villes #urban_matter #citoyenneté_de_résidence #citoyenneté #territoire #citoyenneté #géographie_urbaine

    via @reka
    ping @karine4

  • on dira que c’est le visionscarto du week-end, ou comme le dit si bien Vincent Capdepuy, l’auteur qui a eu la gentillesse de nous confier cet opus, « comme un samedi ! ». Voici donc une présentation de "notre hémisphère" ... Et comme d’habitude, c’est savant et on apprend pleins de trucs !

    « Notre hémisphère » : de la doctrine Monroe au corollaire Trump, la métagéographie au service des ambitions politiques

    https://www.visionscarto.net/notre-hemisphere

    « Loin d’être un simple découpage du globe, « l’ hémisphère occidental » constitue une construction géographique durable, mobilisée depuis la doctrine Monroe pour légitimer les ambitions politiques des États-Unis. En retraçant sa généalogie cartographique et géopolitique, cet article montre comment une catégorie spatiale devient un instrument de pouvoir. »

    #cartographie #géographie #métagéographie #continentalisme #hémisphérisme #impérialisme

  • on dira que c’est le visionscarto du week-end, ou comme le dit si bien Vincent Capdepuy, l’auteur qui a eu la gentillesse de nous confier cet opus, « comme un samedi ! ». Voici donc une présentation de "notre hémisphère" ... Et comme d’habitude, c’est savant et on apprend pleins de trucs !

    « Notre hémisphère » : de la doctrine Monroe au corollaire Trump, la métagéographie au service des ambitions politiques

    https://www.visionscarto.net/notre-hemisphere

    « Loin d’être un simple découpage du globe, « l’ hémisphère occidental » constitue une construction géographique durable, mobilisée depuis la doctrine Monroe pour légitimer les ambitions politiques des États-Unis. En retraçant sa généalogie cartographique et géopolitique, cet article montre comment une catégorie spatiale devient un instrument de pouvoir. »

    #cartographie #géographie #métagéographie #continentalisme #hémisphérisme #impérialisme

    • #Chemin_faisant

      Avant d’aller plus loin, un billet “préliminaire” qui vise à poser les bases, décrire la démarche, expliquer les contenus… bref à justifier, si besoin était, le pourquoi du comment de ce carnet, qu’on peut résumer avec quelques mot-clé : #critique du #tout-voiture, #alternatives, #imaginaire, #pratiques et #modes_de_vie, #Grenoble et sa cuvette, quartier, rue, #émancipation

      On peut vivre (volontairement) sans bagnole (à Grenoble notamment)

      Si, malheureusement, certains territoires et certains modes de vie contraignent à vivre avec une bagnole, pour aller bosser, pour se nourrir, se divertir ou pour faire ses démarches diverses, force est de constater que, quand on vit dans l’agglomération la plus plate de France, qui plus est un milieu urbain dense, bien desservi et fourni en services, se passer volontairement de voiture paraît relativement aisé et justifié. Et pourtant, à Grenoble comme ailleurs, assez peu de gens, et sans doute encore moins des familles, font le #choix de ne pas en avoir (et de ne pas en louer une, ou s’en faire prêter, tous les 4 matins), quand bien même ils et elles en possèdent une juste pour les loisirs…

      Ce carnet est donc d’abord là pour montrer que l’on vit bien sans bagnole dans cette cuvette saturée mais attachante : pour peu que l’on ne calque pas ses envies de mobilité sur la ‘culture du tout-bagnole’, une multitude de #solutions existent en effet pour satisfaire autrement nos besoins de bouger, à proximité de la métropole ou au-delà. Marcher et pédaler évidemment, mais aussi monter dans un bus, un tram ou un train, pour profiter de ce que le coin de la rue, le quartier ou les premiers bouts de forêts et les près et champs qui touchent la ville ont à nous offrir : les possibilités sont inépuisables. Et le plaisir est souvent au rendez-vous, ne serait-ce que celui de savoir qu’on contribue, mine de rien, par l’acte et par l’exemple, à construire un monde plus beau et plus juste. Rien que ça.

      Commençons par déconstruire l’imaginaire de la bagnole

      La voiture et son monde sont une drogue dont les ravages, contrairement à la clope ou à la boisson, sont encore largement escamotés : ces boites en métal d’une tonne peuvent passer devant une école à 30 km/h, et frôler des gamins qui ne dépassent pas les rétroviseurs sans que ça ne soit insupportable pour la majorité des gens. Dans le même ordre d’idée, il y a quelques décennies en arrière, laisser des enfants enfermés pendant des heures dans une pièce enfumée était normal, ce qui n’est heureusement plus le cas aujourd’hui. Les mentalités évoluent, les connaissances et les perceptions également, et aujourd’hui le tabagisme passif n’est plus toléré. Mais alors, comment se fait-il qu’on continue à vivre, sans broncher ou presque, dans un monde saturé à ce point-là de bagnoles, avec tous les méfaits, proches ou lointains, que cela engendre ?

      Probablement que l’usage de la voiture ne serait pas si dominant et ses méfaits ne seraient pas tant tolérés si l’imaginaire de la bagnole et de son monde n’était pas profondément ancré dans nos têtes, modelé par des décennies de matraquage publicitaire et de modelage culturel. L’état de fait physique - le tout-voiture- est donc avant tout une construction sociale, pronée par certains et acceptés par une majorité. Partant de là, tous les moyens sont donc bons pour déconstruire cet enfumage généralisé, en partie inconscient : asséner les chiffre-massue des accidentés ou des taux de pollution, mettre en regard la réalité et la perception qu’on en a, tisser des contre-récits… C’est en tout cas ces recettes que je tente de mettre en oeuvre dans ce carnet.

      Vers un #monde_dévoituré

      Un monde qui lâcherait la voiture… c’est tout un univers de possibles qui s’ouvre, fait de ré-appropriation des espaces et du temps, de re-connexion avec ce qui nous entoure, de ré-ensauvagement de nos vies. Plus concrètement, dévoiturer nos villes et nos vies, c’est rendre les rues plus sûres et vivables, pacifiées et mieux partagées, l’air moins toxique, c’est faire régresser le goudron et béton pour laisser la place à de la vie animale et végétale : de quoi rendre autant désirable le coin de la rue, que l’autre bout du monde où l’herbe n’est pas forcément plus verte… Alors, laissons-nous aller à imaginer ce nouveau monde et posons-nous la question : comment occuperons-nous cette rue, ce parking, cette autoroute ou cette zone commerciale une fois que les bagnoles n’y circuleront plus ?


      #voiture #mobilité #alternative #transports #espace
      #géographie_culturelle #ressources_pédagogiques

  • Comment les #cartes sont devenues des #contre-pouvoirs pour redessiner le monde

    Luttes écologistes, défense des libertés, mouvements féministes… Longtemps réservée aux puissants, la cartographie se réinvente sous l’impulsion de collectifs citoyens, de chercheurs, de journalistes et d’artistes. Un mouvement critique ancré dans une riche histoire théorique.

    Des îlots de forêt sillonnés par des camions de rondins et cernés par des usines de papier et de pellets, d’où surgit un impressionnant crapaud sonneur à ventre jaune, une espèce protégée. C’est ainsi que des habitants de la Montagne limousine ont représenté « leur » massif forestier, à la croisée de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne.

    Coéditée par IPNS, le journal d’information et de débat du plateau de Millevaches, et la maison d’édition associative A la criée, située à Nantes, la carte au format papier n’est pas destinée aux randonneurs ou aux touristes de passage. En mêlant #dessins et #récits, elle « vise à questionner les dynamiques forestières », explique #Frédéric_Barbe, géographe, artiste et membre de l’association, et donne à voir ce que les cartes institutionnelles ne montrent pas : l’industrialisation d’un territoire, la tristesse des riverains face aux coupes rases et leur volonté d’un autre avenir pour la #forêt.
    La publication fait partie de la douzaine de « #cartes_de_résistance » produites en dix ans par l’éditeur, vendues à prix bas ou libre avec un certain succès. La conception est toujours collective, menée à l’initiative ou au plus près des habitants, avec le soutien d’un géographe et d’un graphiste. La première, celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), en février 2016, est épuisée après cinq tirages et plus de 20 000 exemplaires diffusés. Celle des Jeux olympiques de Paris, en partenariat avec le collectif local Saccage 2024, raconte le revers de la médaille des JO, les expulsions d’habitants à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et les morts d’ouvriers sur les chantiers du Grand Paris.
    Ces productions rompent délibérément avec les conventions graphiques de la cartographie institutionnelle. « La carte n’est pas le #territoire, mais invite à le penser, affirme l’éditeur. C’est un outil d’#éducation_populaire, simple et pas cher, que l’on peut afficher au mur ou poser sur une table pour réfléchir ensemble à la façon dont on veut vivre sur cet espace. »
    Un vent de rébellion souffle sur la cartographie, une discipline pourtant perçue comme technique et très codifiée. Un foisonnement d’initiatives et de réflexions a émergé depuis une quinzaine d’années, dont il est difficile de cerner les contours, tant il exprime une variété d’intentions, de méthodes et de productions. « Je travaille dans ce domaine depuis trente-cinq ans, et je n’arrive pas à suivre le rythme de toutes les initiatives », s’exclame #Philippe_Rekacewicz, chercheur associé au département des sciences sociales de l’université de Wageningue (Pays-Bas) et l’une des figures françaises de ce courant.

    Pour la « #justice_spatiale »

    Cet ex-journaliste au Monde diplomatique se réclame d’une pratique « radicale » de la discipline, d’autres préfèrent se dire « critiques », d’autres encore ont adopté le terme de « #contre-cartographie ». Ces démarches, à la croisée des sciences, des arts, de la politique et de militantisme social, partagent un socle commun, celui de vouloir renverser le #pouvoir_des_cartes et les mettre au service d’une forme de « justice spatiale ». Luttes écologistes et urbaines, défense des libertés et des droits humains, mouvements féministes… Associations et collectifs contestent les représentations institutionnelles, se réapproprient l’espace ou montrent des réalités jusque-là invisibilisées. Elles sont souvent soutenues par des cartographes reconnus, et s’inscrivent dans une riche réflexion théorique et un « dialogue ancien entre le champ académique et les pratiques sociales », constate #Irène_Hirt, professeure au département de géographie et environnement de l’université de Genève (Suisse).
    De fait, ces pratiques contestataires trouvent leurs racines dans l’histoire même de la discipline. La géographe #Françoise_Bahoken, coautrice avec Nicolas Lambert de Cartographia. Comment les géographes (re)dessinent le monde (éditions Armand Colin, 2025), en date les prémices dès la fin du XIXe siècle, alors que la cartographie occidentale s’est imposée comme un modèle de scientificité, d’abord avec la précision des mesures, puis avec l’essor de la géographie quantitative liée à l’utilisation de données statistiques.

    Dès les années 1880, le géographe allemand #Ernest_George_Ravenstein s’empare du recensement de la population britannique pour infirmer l’idée selon laquelle les populations migrantes se déplaceraient de façon anarchique. Un peu plus tard, le sociologue afro-américain W. E. B. #Du_Bois visualise, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris de 1900, les « lignes de couleur » qui divisent la société américaine, démontrant, cartes et graphiques à l’appui, comment le racisme empêche toute égalité sociale.

    Il faut cependant attendre les années 1960 pour que ces travaux commencent à se diffuser, grâce à deux figures respectées de la profession, les géographes #David_Harvey et #William_Bunge (1928-2013). Le premier crée un courant d’inspiration marxiste, désigné sous le nom de « #géographie_radicale », qui s’attache à analyser la façon dont le capitalisme modèle les #inégalités_spatiales. Le second décide, en 1968, de rompre avec l’approche quantitative lorsqu’il prend conscience de son rôle dans les politiques urbaines ségrégationnistes aux Etats-Unis.

    Avec #Gwendolyn_Warren, leader militantiste des droits civiques de la communauté noire de Detroit (Michigan), William Bunge développe, dans cette ville ouvrière du nord des Etats-Unis, un projet de recherche géographique fondé sur l’enquête de terrain, embarquant dans l’aventure plusieurs centaines de jeunes habitants, femmes et hommes, du quartier noir de Fitzgerald. Pour Warren et Bunge, former les résidents à documenter les #logiques_spatiales, c’est démocratiser l’exercice du pouvoir. Ces « #expéditions_géographiques » conduiront à la publication d’un livre (Fitzgerald : Geography of a Revolution, Cambridge, 1971) sur les processus de paupérisation et d’exclusion du quartier.
    Ce sont toutefois les travaux d’un historien, #John_Brian_Harley (1932-1991), qui, à la fin des années 1980, opèrent un tournant théorique majeur. Dans son article fondateur, « Deconstructing the Map » (Cartographica, 1989), il invite à lire les cartes non comme de simples reflets du réel, mais comme des constructions sociales, traversées par des #rapports_de_pouvoir. La carte est une construction située dans le temps et dans l’espace, affirme-t-il, dont « une grande part du pouvoir (…) est qu’elle opère sous le masque d’une science en apparence neutre. Elle cache et nie sa dimension sociale en même temps qu’elle la légitime ».

    L’historien identifie un double pouvoir derrière l’outil : celui du cartographe ou de son commanditaire, qui décide de ce qui est représenté par le biais de choix multiples (projection, échelle, toponymes…), mais aussi un pouvoir interne, propre à la carte elle-même. Non seulement elle n’est pas neutre, mais elle est performative : elle agit sur nos #imaginaires et induit des #représentations. « Pour Harley, il faut absolument analyser d’un côté les intentions et les choix politiques de l’auteur, et de l’autre les usages, la façon dont la carte peut être instrumentalisée pour penser un territoire », souligne le géographe et chercheur au CNRS #Matthieu_Noucher.

    Ces réflexions, ainsi que l’ambitieuse History of Cartography que John Brian Harley dirige avec David Woodward (Presse de l’université de Chicago) à la même époque – le premier volume est publié en 1987 –, provoquent un choc méthodologique durable. La mise en lumière des formats multiples des cartes non occidentales contribue à décentrer le regard et à éclairer la dimension partielle et politique de toute représentation spatiale.

    Mythe de la #terre_vierge

    Cette prise de conscience va inspirer de nombreuses études en sciences sociales, notamment sur le rôle central de la cartographie dans l’#histoire_coloniale. « Elles montrent que, du XVIIe au XIXe siècle, la carte a servi à créer le mythe de la #terra_nullius, la terre vierge inhabitée, pour justifier les #conquêtes_coloniales en accréditant l’idée de territoires vides d’hommes et de femmes », explique Matthieu Noucher. Le chercheur s’est attaché à analyser le « #blanc_des_cartes », voire leur « #blanchiment » lorsqu’il s’agit d’effacer les rares mentions de populations autochtones. Ainsi, en Guyane, une première carte française notifie, en 1732, la présence de « nations indiennes » sur le territoire, une formule remplacée trois décennies plus tard par la mention de « belles et très fertiles plaines que doit habiter la nouvelle colonie française ». Entre-temps, la France a perdu ses possessions canadiennes et a décidé de fonder une colonie de peuplement en Guyane.
    L’approche critique ne se limite pas à questionner la carte comme représentation dominante. A partir des années 1970, l’outil lui-même est réinvesti par les communautés autochtones pour défendre leurs droits territoriaux face aux projets extractivistes. Pour les communautés locales d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Afrique et d’Océanie, produire des cartes devient une stratégie de #résistance à l’industrialisation des terres, comme en Colombie-Britannique (Canada) contre la construction de pipelines de gaz et de pétrole. En 1995, la sociologue américaine #Nancy_Lee_Peluso forge le terme de « #contre-cartographie » pour désigner cette production destinée à contester les structures de pouvoir.

    Ces « contre-cartes » interrogent aussi la dimension culturelle des #méthodes utilisées, et du même coup les frontières de la science occidentale. « La contre-cartographie invite en effet à une #décolonisation des savoirs géographiques qui ne se matérialisent pas tous sous forme d’images. Ils peuvent se transmettre par la parole, le chant, la danse, la sculpture ou les rêves, intimement liés aux pratiques et aux territoires de la chasse ou de la pêche, souligne Irène Hirt, qui a accompagné des communautés mapuche au Chili et innu au Québec dans la reconstitution de leur milieu de vie. Loin d’être vides comme le disent les cartes, ces terres sont pleines de toponymes, de lieux de rassemblement ou de sépultures, de sentiers de portage et de routes de migration humaine et non humaine. »

    A l’aube des années 2000, la généralisation des outils numériques ouvre un nouveau chapitre. L’essor des techniques de la géomatique (systèmes d’information géographique – SIG –, GPS, télédétection, etc.) et l’accès à de larges bases de données transforment profondément la cartographie conventionnelle. La géovisualisation devient en quelques années l’alliée indispensable de l’organisation des territoires. « Avec l’arrivée de l’application cartographique Google Maps en 2005, on a vu ressurgir une forme de croyance aveugle dans l’objectivité des données, et dans leur capacité à livrer en temps réel une image exacte du territoire », constate Matthieu Noucher.

    Les algorithmes et leur vision du monde

    Cette rupture renouvelle radicalement les enjeux de pouvoir. « Pour prendre au sérieux la proposition de John Brian Harley, il faut désormais s’intéresser aux fonctionnements des #algorithmes, des #bases_de_données et des applications », prévient le géographe. Et comprendre comment ces programmes, loin d’être neutres, imposent eux aussi une vision du monde. L’auteur de Blancs des cartes et boîtes noires algorithmiques (CNRS Editions, 2023) analyse les choix et les silences de modèles économiques fondés sur la publicité, qui « conduisent à privilégier, par exemple, l’affichage des commerces et à ignorer les milieux vivants ».

    Le « blanc des cartes », affirme Matthieu Noucher, prend un tout autre sens avec la personnalisation algorithmique et les bulles de filtre qui imposent désormais des réalités différentes selon le profil des utilisateurs, leur pays et leurs usages. Ainsi, Google Maps adapte son affichage en fonction du contexte politique et géographique du pays. « Depuis la décision de Donald Trump de remplacer l’appellation “golfe du Mexique” par “golfe d’Amérique”, un écolier américain ne voit plus la même carte qu’un élève mexicain », regrette le géographe.

    Cette personnalisation enferme les individus dans des visions fragmentées de l’espace, où commerces, infrastructures et frontières symboliques sont hiérarchisés différemment pour chacun. Ce basculement marque une rupture : « En se substituant aux organismes nationaux et internationaux chargés de réguler les noms et les représentations des lieux, les grandes plateformes numériques imposent progressivement leurs propres logiques, souvent guidées par des intérêts économiques ou géopolitiques », alerte le chercheur. Alors que la carte constituait jusque-là un #bien_commun et un support partagé indispensable au débat démocratique, « elle tend désormais à devenir un objet individualisé, soumis à une postsouveraineté cartographique dominée par les géants du numérique, au risque d’éroder toute représentation collective de l’espace ».

    Confrontées à ces évolutions, les approches critiques se sont, elles aussi, renouvelées. La démocratisation d’outils de plus en plus accessibles et participatifs a renforcé les pratiques alternatives. Lancé en 2004, le projet collaboratif de cartographie en ligne #OpenStreetMap, créé et mis à jour par des bénévoles du monde entier, et dont les données géographiques sont ouvertes à tous, reste « l’exemple le plus abouti de la contestation de la mainmise d’une multinationale comme #Google sur les représentations géographiques du monde », estime #Nicolas_Lambert, ingénieur en sciences de l’information géographique au CNRS. Ce spécialiste de la #géovisualisation a rejoint Migreurop en 2009, un réseau d’experts et d’une cinquantaine d’associations de défense des droits humains, qui « documente » et « dénonce » les effets des politiques migratoires européennes à travers la publication d’atlas « engagés ».

    Les initiatives de cartographie critique se développent aujourd’hui dans une grande diversité de contextes, d’échelles et de formes. Elles peuvent être individuelles ou collectives, concerner un quartier, un pays ou avoir une portée internationale, s’inscrire dans le cadre de travaux académiques, de luttes politiques ou d’enquêtes journalistiques, ou encore entremêler tout cela à la fois.
    De nombreuses productions s’appuient sur des données statistiques, tandis que d’autres ont recours à des approches dites « sensibles », qui visent à réinscrire les #expériences_vécues au cœur des #représentations_spatiales. Cette cartographie fondée sur les #sens et les #émotions s’est développée à travers les marches exploratoires de femmes, créées dans les années 1990 au Canada, à Toronto et à Montréal, puis organisées en France depuis une dizaine d’années. Angoisse, peur, sentiment de sécurité ou de confort deviennent autant d’éléments traduits en symboles graphiques. En rendant visibles les expériences de l’#espace_public différenciées selon le #genre, ces marches ont fait de la carte un outil pour repenser l’aménagement urbain et lutter contre les violences, mais aussi un levier d’émancipation. « S’inscrire dans l’espace symbolique de la carte revient à se réapproprier l’espace, à forcer la reconnaissance de soi et à exister aux yeux des autres », se réjouit l’historienne Nepthys Zwer, autrice de Pour un spatio-féminisme. De l’espace à la carte (La Découverte, 2024).

    « #Cartes_mentales » des émotions

    Dans ce contexte, le recours à des modes d’expression créatifs (collage, dessin, broderie) facilite la participation de publics peu familiers des codes classiques. A Grenoble, des « rencontres cartographiques » entre migrants, chercheurs en sciences sociales et artistes, organisées dans les locaux de l’association Accueil Demandeurs d’asile, ont permis de collecter les récits de parcours migratoires par le dessin, la broderie et même la sculpture de l’argile à travers des « cartes mentales » des émotions, comme l’ont montré les travaux des géographes #Sarah_Mekdjian et #Anne-Laure_Amilhat-Szary.

    Dans cette perspective, la #subjectivité de la démarche est clairement revendiquée. Mais ces approches soulèvent aussi des questions : que peuvent apporter ces représentations à des pratiques plus conventionnelles ? Quelle place leur accorder dans une discipline formalisée ?

    « Parce qu’elle légitime et réhabilite les attachements et l’expérience empirique qu’ont les individus d’un territoire, la contre-cartographie est forcément subjective, comme toute carte d’ailleurs », souligne Nepthys Zwer. Elle se réclame d’un double héritage : celui de John Brian Harley, pour qui la carte n’est jamais neutre, et celui de la philosophe féministe américaine #Donna_Haraway, pour qui « toute #objectivité est toujours produite à partir d’un “#savoir_situé” ». Pour autant, « ces pratiques ne peuvent se réduire à un outil de lutte politique, prévient l’historienne. Elles font partie intégrante de la discipline qu’elles complètent et enrichissent, et doivent à ce titre être évaluées comme les autres ».

    C’est aussi l’avis de Philippe Rekacewicz, qui a choisi de son côté d’abandonner le terme de « contre-cartographie », parce qu’il « peut être interprété comme s’opposant à la cartographie conventionnelle ». « Or, nous utilisons les mêmes règles, nos méthodes d’enquête et d’entretien sont celles de la géographie qualitative et des sciences humaines en général. Ce qui change, c’est l’#intention, la volonté de déconstruire le discours du pouvoir et de rendre visible ce qu’il ne souhaite pas montrer », explique-t-il.

    Néanmoins, pour Françoise Bahoken, il faut différencier les cartes des « images et autres représentations de territoire ». « Certes, aucune représentation n’est objective par définition, mais la cartographie en tant que discipline scientifique s’appuie sur des théories et des méthodes, des dispositifs et des principes, et tend vers l’objectivité. Certaines approches ne sont pas scientifiques, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont pas importantes, puisqu’elles permettent à des non-spécialistes de s’emparer des questions d’inégalité spatiale. »

    Planisphères et contre-cartes

    Longtemps marginal, le mouvement commence à se faire une place à l’université. « La cartographie critique fait l’objet de travaux académiques aujourd’hui largement reconnus et qui suscitent des vocations », affirme Nicolas Lambert. A l’université de Tours, un cursus de cartographie expérimentale a vu le jour au sein du département de géographie où des étudiants s’initient à des ateliers de #cartographie_sensible, tandis que d’autres universités comme Bordeaux et Grenoble proposent, elles aussi, des ateliers.

    De son côté, l’approche critique numérique fait l’objet d’un intérêt croissant, avec la prise de conscience de la puissance et de l’opacité des boîtes noires algorithmiques et du besoin de méthodes pour analyser leur fonctionnement. L’Agence nationale de la recherche finance désormais des projets dans ce domaine. « Un vrai progrès », se réjouit Matthieu Noucher, qui anime un groupe de travail autour des approches critiques au sein du réseau Magis, principalement composé de géomaticiens, ces spécialistes des données et des systèmes d’information géographique, et premiers concepteurs de cartes. « Jusque-là, les acteurs de la cartographie critique et ceux de la production de cartes officielles ne se parlaient pas beaucoup. Le principal enjeu aujourd’hui est de faire dialoguer les points de vue pour enrichir les modes de représentation », souligne le géographe.

    Le chercheur prépare, pour juin, à Bordeaux, une exposition à la croisée des arts et des sciences, qui fera dialoguer différentes représentations spatiales de la planète : des planisphères et des contre-cartes des Attikamek du Québec, des globes terrestres numériques à la manière de Google Earth et des sculptures de communautés autochtones kali’na de Guyane. Une autre façon de construire des ponts entre différentes visions du monde.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/02/comment-les-cartes-sont-devenues-des-contre-pouvoirs-pour-redessiner-le-mond
    #cartographie #visualisation #cartographie_radicale #cartographie_critique #pouvoir #performativité
    ping @visionscarto @reka
    via @karine4

  • La nuova geografia dei Comuni montani non può esser disegnata con criteri vecchi

    Secondo Mauro Varotto, geografo dell’Università di Padova, la riforma della classificazione voluta dal governo ha il solo scopo di ridurre la platea di possibili beneficiari di risorse scarse, senza tener conto di criteri in grado di rispondere in modo più oggettivo alla finalità della nuova legge sulla montagna, ovvero creare le condizioni perché più persone possano restare a vivere nelle terre alte.

    Il 17 dicembre, intervenendo alla Camera dei deputati, il ministro per gli Affari regionali e le autonomie Roberto Calderoli ha ribadito che la ridefinizione dell’elenco dei Comuni montani ha l’obiettivo di “ridurre l’attuale elenco di oltre quattromila Comuni, che contiene realtà quali Roma e Bologna che, con un’altimetria media rispettivamente di 67 e 82 metri, non hanno certo le caratteristiche geografiche della montagna”.

    Quando, nel mese di settembre, la Legge 131/2025 è stata approvata in via definitiva al Senato, il comunicato stampa del ministro ribadiva più volte la volontà di “valorizzare la vera montagna”, asciugando di fatto la platea di soggetti che possono aspirare ai circa 200 milioni di euro all’anno stanziati dallo Stato per promuovere lo sviluppo economico e tutelare l’accesso ai servizi essenziali nelle terre alte.

    La riduzione ha portato a qualificare come montani 2.844 Comuni (il 36% dei municipi italiani), che si sviluppano sul 40% della superficie del Paese e hanno una popolazione residente di 7,8 milioni di abitanti (il 13,2% della popolazione nazionale), con una netta riduzione rispetto alla classificazione precedente, che elencava 4.201 Comuni montani. Il decreto contenente i parametri per la riclassificazione avrebbe dovuto essere discusso il 18 dicembre dalla Conferenza Stato-Regioni, ma ciò non è avvenuto su pressione delle Regioni, che lunedì 22 dicembre incontreranno il ministro Calderoli per chiedere di rivedere un elenco che da un lato faceva uscire Roma e dall’altro, come ricorda una nota l’Unione nazionale dei Comuni, comunità ed enti montani (Uncem), vedeva “inserite Reggio Calabria o Varazze, Cuneo o Biella”, cosa che “ha veramente poco senso”.

    Il problema principale, forse, è che la Legge 131/2025, da cui discende il decreto, prevede la classificazione dei Comuni montani sulla base dei criteri altimetrico e della pendenza, una scelta contestata in un comunicato congiunto delle Associazioni scientifiche dei geografi e delle geografe italiane/i: Associazione dei geografi italiani (Agei), Associazione italiana di cartografia (Aic), Associazione italiana insegnanti di geografia (Aiig), Centro italiano per gli studi storico-geografici (Cisge), Società geografica italiana, Società di studi geografici.

    Altreconomia ha intervistato Mauro Varotto, docente di Geografia all’Università di Padova, membro del Comitato scientifico de L’AltraMontagna, già autore del libro “Montagne di mezzo. Una nuova geografia”.

    Professor Varotto, come geografi avete detto che “la novità di questa nuova classificazione è che rimane ancorata a criteri vecchi”. Che cosa significa?
    MV La retorica governativa fa leva sull’idea di una definizione di montagna “nuova” e più “vera” rispetto alla precedente, suggerendo implicitamente che la classificazione dei Comuni montani redatta in passato dall’Uncem annoverasse montagne “false”. Come geografi non possiamo avallare questo messaggio: i parametri utilizzati sono gli stessi di prima, ovvero altimetria e pendenza, cambiano semplicemente le soglie altimetriche e i valori percentuali oltre i quali si considerano “montani” i territori comunali, in modo da escludere la montagna più bassa e la platea dei Comuni che avranno diritto a fondi e agevolazioni previsti dalla legge. In altre parole: i soldi a disposizione sono pochi, tanto vale accorciare la coperta. Si tratta però di accorciarla sulla base di parametri “vecchi”, perché nel frattempo il dibattito ha messo in luce -in linea con il dettato costituzionale- l’importanza di considerare anche altri aspetti, che riguardano la perifericità (pensiamo al concetto di “area interna”), le condizioni di reddito o di marginalità e spopolamento. In questo modo le misure avrebbero potuto cadere più precisamente dove serve: si sarebbe insomma potuto usare il bisturi, per un’azione politica più aderente alla varietà di situazioni che caratterizza la montagna italiana; invece, si è continuato a usare l’accetta.

    Perché sarebbe opportuno distinguere tra “montuosità” fisica e “montanità”?
    MV Nella legge si separano montuosità fisica e montanità antropologica e si prende in considerazione solo la prima, come base di partenza. Da sempre i geografi sostengono che il concetto di “montagna” non può essere disgiunto dai caratteri della presenza umana, soprattutto in catene montuose come quelle alpina e appenninica che sono la risultante di percorsi millenari di civiltà, in altre parole sono tra le più vissute e addomesticate del Pianeta. La ratio dell’articolo 44 della Costituzione -che invoca provvedimenti a favore delle zone montane- non è la salvaguardia dell’ambiente naturale o del turismo, ma il vissuto umano che su di esse insiste, con una funzione di cura e controllo del territorio. Separare i due aspetti porta al rischio di concepire -come del resto è avvenuto nel corso del Novecento- una montagna senza uomo da un lato e una presenza umana disconnessa dalla montagna dall’altro.

    Tra gli esclusi, risultano tra gli altri alcuni dei Comuni romagnoli colpiti dalle alluvioni del 2023, con frane e smottamenti “tipicamente” montani, territori che toccano i mille metri sul livello del mare, una bassissima densità abitativa. Quali diversi criteri sarebbe stato opportuno prevedere o inserire?
    MV Partiamo dal presupposto che non esiste una visione “oggettiva” della montagna ma una definizione funzionale all’obiettivo politico che si intende perseguire. Per questo non ha senso imporre una sola classificazione di montagna e non necessariamente classificazioni diverse significano scarsa chiarezza o confusione. Se lo scopo è quello di favorire il reinsediamento nelle “terre alte”, come di fatto la legge 131/2025 dichiara, allora sarebbe stato opportuno, ad esempio, distinguere le aree soggette a spopolamento, oppure le aree più periferiche e marginali, oppure ancora quelle a reddito più basso o a economia primaria mista. Il legislatore demanda ad altri decreti attuativi questi aspetti, ma in questo modo si tengono comunque dentro “montagne ricche”, magari ad alta quota, o città come Cuneo e Reggio Calabria, che forse non hanno nemmeno bisogno di tali agevolazioni, lasciando fuori una montagna più in difficoltà, magari a bassa quota ma marginale, che invece andrebbe sostenuta e aiutata.

    È una legge “contro l’Appennino”?
    MV Sicuramente, per come è stata concepita, la legge taglia fuori in prevalenza la montagna a quote basse e dunque la montagna appenninica è più penalizzata di quella alpina (ma pure il Piemonte vede ridotti del 22% i Comuni montani). Con questa proposta Nord-Ovest e Nord-Est mantengono valori di superficie montana che superano il 40% del territorio, mentre al Centro e al Sud essi sono di poco superiori al 30%. Se andiamo invece a vedere la percentuale regionale di territorio italiano sopra i 600 metri di quota troviamo ai primi posti tre Regioni appenniniche: Abruzzo, Molise e Basilicata, con valori che oscillano tra il 43% e il 58% per la Regione abruzzese, la più montuosa d’Italia in termini statistici. La differenza con la nuova classificazione mi pare piuttosto evidente, anche senza contare indicatori di sviluppo economico o di marginalità, che a maggior ragione dovrebbero favorire la montagna appenninica, se si intende perseguire una qualche forma di perequazione territoriale. In questo senso è una montagna tagliata con l’accetta, che genera una classificazione grossolana che rischia di non fare nemmeno l’interesse che la legge stessa dichiara di perseguire.

    https://altreconomia.it/la-nuova-geografia-dei-comuni-montani-non-puo-esser-disegnata-con-crite
    #montagne #Italie #loi_montagne #classement #liste #loi #Legge_131/2025 #financement #décret #altitude #pente #critères #périphérie #montanité #géographie_physique #géographie_humaine #définition #terre_alte #marges #Apennins #Alpes #péréquation_territoriale

  • The myth of traditional Italian cuisine has seduced the world. The truth is very different

    The comforting tourist-brochure idea of what Italian food looks like obscures a story shaped by hunger, migration and innovation.

    Italy’s cuisine has now joined Unesco’s “intangible” heritage list, an announcement greeted within the country with the sort of collective euphoria usually reserved for surprise World Cup runs or the resignation of an unpopular prime minister. Not because the world needed permission to enjoy pizza – it clearly didn’t – but because the news soothed a longstanding national irritation: France and Japan, recognised in 2010 and 2013, had beaten us to it. For Italy’s culinary patriots, this had become a psychological pebble in the shoe: a tiny, persistent reminder that someone else had been validated first.

    Yet the strength of Italian cuisine has never rested on an ancient, coherent culinary canon. Most of what passes for ancient “regional tradition” was assembled in the late 20th century, largely for tourism and domestic reassurance. The real history of Italian food is turbulent: a saga of hunger, improvisation, migration, industrialisation and sheer survival instinct. It is not a serene lineage of grandmothers, sunlit tables and recipes carved in marble. It is closer to a national long-distance sprint from starvation – not quite the imagery Italy chose to present to Unesco.

    To make matters worse (or better, depending on your sense of humour), the “Italian” cuisine that conquered the world was not the one Italians carried with them when they emigrated. They had no such cuisine to carry. Those who left Italy did so because they were hungry. If they’d had daily access to tortellini, lasagne and bowls of spaghetti as later imagined, they would not have boarded ships for New York, Buenos Aires or São Paulo to face discrimination, exploitation and the occasional lynching. They arrived abroad with a handful of memories and a deep desire to never eat bad polenta again.

    And then something miraculous happened: they encountered abundance. Meat, cheese, wheat and tomatoes in quantities unimaginable in the villages they had fled. Presented with ingredients they’d never seen together in one place, they invented new dishes. These creations – not ancient recipes – are what later returned to Italy as “tradition”. In short: Italian cuisine did not migrate. It was invented abroad by people who had finally found something to eat – a truth that fits awkwardly with Unesco’s love of millennium-old continuity.

    But the most decisive transformation came not abroad but at home, during Italy’s astonishing economic boom between 1955 and 1965. In that decade, the country underwent the culinary equivalent of a religious conversion. Refrigerators appeared in kitchens, supermarkets replaced corner shops, meat ceased to be a luxury. Families who had long measured cheese by the gram discovered, with a mix of disbelief and guilt, that it could be bought whenever one wished. What the world interprets as Italy’s eternal culinary self-confidence is, in reality, the afterglow of that moment. Italians did not inherit abundance. They walked into it, slightly dazed, like people entering the wrong cinema screen and deciding to stay.

    This context makes Italy’s current wave of culinary sovereigntism particularly surreal. We hear stern warnings against “globalist contamination” from politicians who grew up eating industrial panettone and Kraft slices in school sandwiches. We are told that Italian cuisine must remain pure, fixed and inviolable – as if purity had anything to do with our past. Italian food is a champion of adaptation. It has always survived by stealing, assimilating and reinventing. The Darwinian logic is embarrassingly simple: the cuisines that change are the ones that survive. Yet sovereigntist rhetoric insists on freezing everything in place, as if the national menu were a snow globe.

    Of course, the British have helped. Britain has cultivated its own affectionate fantasy of Italy: eternal sunshine, tomatoes that taste like childhood holidays, families who spend hours eating together as if they were auditioning for a commercial. Television personalities such as Stanley Tucci have perfected this fantasy into a polished export brand – the loud, lovable Italian bursting into your kitchen to rescue you from beige British food. It’s fun, it sells and it has about as much to do with Italian history as Mamma Mia! has to do with the Greek economy.

    This British fantasy intersects perfectly with Italy’s own mythmaking instinct. For centuries, Italians were hungry – not poetically, not metaphorically, but literally hungry. Pellagra, starvation, malnutrition: these were the foundations of Italian “tradition”. And it is precisely because the past was so bleak that modern Italians felt compelled to build a golden myth of themselves. A myth in which the grandmother is an oracle, the tomato a sacred relic and “tradition” a serene and ancient truth rather than a post-1960s reconstruction.

    So what did Italy actually submit to Unesco? The real story of our cuisine, shaped by hunger, migration, innovation and sudden prosperity? The glossy tourist-brochure version, the one lit like a Netflix travel programme? Or – stranger still – what some promoters called “the relationship Italians have with food”, described in the breezy vocabulary of airport psychology? A heritage not of recipes, but of feelings; conveniently vague, pleasantly flattering and not entirely falsifiable.

    The first version would deserve recognition. The second trivialises it. The third turns heritage into national therapy.

    Italy did not need Unesco to feel important. It needed to shed the insecurity that a cuisine is only valuable when validated by an external referee. Instead, the country reached for the certificate, not the substance. And so we embalmed a living cuisine, fixing it into a museum frame just as it continues – thankfully – to evolve in real homes, restaurants and workplaces.

    This is the paradox worth remembering. The world already loves Italian food, but often loves a version shaped by television, tourism and decades of gentle mythmaking. Italians rarely resist the myth – it is flattering and profitable – but myths are fragile foundations for a Unesco bid. Because in the end, what Italy submitted was not its history but a postcard: beautifully composed, carefully lit, designed to please.

    And like all postcards, it risks being forgotten in a drawer, while the real story of Italian cuisine – restless, inventive and gloriously impure – carries on elsewhere.

    https://www.theguardian.com/commentisfree/2025/dec/15/myth-traditional-italian-cuisine-food
    #alimentation #cuisine_italienne #cucina_italiana #mythe #tradition #nationalisme #Italie #Unesco #patrimoine_mondial #tourisme #faim #migrations #improvisation #industrialisation #émigration #émigration_italienne #invention #pauvreté #adaptation

    #géographie_culturelle

  • À l’Ouest, du nouveau
    https://metropolitiques.eu/A-l-Ouest-du-nouveau.html

    Depuis les années 1990, le paysage électoral a été dominé en #Allemagne par l’opposition Est-Ouest. Or, les résultats des #élections législatives de 2025 font apparaître des géographies partisanes en pleine évolution à l’Ouest. Lors des élections parlementaires allemandes de février 2025, le score atteint par le parti d’extrême droite AfD a franchi la barre symbolique des 20 % et l’a placé en deuxième position derrière les conservateurs (CDU et CSU), clairement devant les sociaux-démocrates #Essais

    / élections, #vote, Allemagne, #géographie_électorale, #cartes, #cartographie, #politique

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_roth-lecuyer-hirschhausen.pdf

  • Russie : V. Poutine déclare 2027 ‘année de la géographie’

    REGARD SUR L’EST

    La géographie, c’est formidable.

    https://regard-est.com/russie-v-poutine-declare-2027-annee-de-la-geographie

    Russie : V. Poutine déclare 2027 ‘année de la géographie’

    03/11/2025 Céline Bayou

    Lors du XVIIe congrès de la Société russe de géographie organisé les 22 et 23 octobre à Moscou, le Président russe a annoncé que 2027 serait déclarée « année de la géographie » en Russie. Devant 195 délégués provenant de 89 régions (dont les territoires ukrainiens prétendument annexés par Moscou) et réunis au Kremlin, Vladimir Poutine a cité la contribution des géographes à l’histoire, en faveur du renforcement de l’Etat russe : « C’est important pour nous d’un point de vue politique. L’événement principal de l’année sera la consolidation des cartes – de nouvelles cartes – de la Fédération de Russie. »

    #géographie #russie #dictature

  • Indonesia’s new capital, Nusantara, in danger of becoming a ‘ghost city’ | Indonesia | The Guardian

    https://www.theguardian.com/world/2025/oct/29/indonesia-new-capital-city-nusantara

    Michael Nielson in Nusantara
    Wed 29 Oct 2025 01.35 CET

    State funding for the project has plunged, while construction has slowed and few civil servants have been eager to move away from Jakarta.

    Indonesia’s utopian new capital Nusantara seems to appear out of nowhere. Deep in the forest, a multilane highway abruptly opens up through the trees, leading to a palace topped by a winged eagle that glows under the equatorial sun.

    #Indonésie #Jakarta ##Nusantara #urban_matter