• (1) Sous le sable, la guerre des câbles - Libération
    http://www.liberation.fr/planete/2018/08/31/sous-le-sable-la-guerre-des-cables_1675052

    Au fond des océans, une créature étend ses tentacules : Internet. Mails, selfies, vidéos de chatons circulent à travers la planète grâce à plus de 360 câbles de l’épaisseur d’un bras humain qui relient les continents entre eux. Ils reposent sur le sable ou sont légèrement enterrés, jusqu’à 8 000 mètres sous les mers. En trente ans, 1,2 million de kilomètres de câbles de fibre optique ont été déroulés. De quoi faire trente fois le tour de la Terre. Aujourd’hui, ils charrient 99% du trafic intercontinental.

    Professeur en sociologie et auteur de travaux sur le numérique Dominique Boullier parle d’un « nouveau système nerveux de la globalisation ». Pas étonnant que les premiers câbles se soient déployés à travers l’Atlantique. « Leur tracé reflète les liens privilégiés entre l’Europe et l’Amérique du Nord, explique-t-il. Puis la bascule s’est faite vers l’Asie, avec le développement des câbles transpacifiques. L’Afrique a été le dernier continent à se connecter. Désormais, les demandes de transmission deviennent absolument énormes. Cela pousse les centres de décision – l’Europe, les Etats-Unis et l’Asie de l’Est (Japon, Corée…) – à renforcer leurs capacités. »

    Jusqu’ici, les opérateurs télécoms montaient des consortiums pour se partager le financement et l’exploitation des câbles, dont la durée de vie approche les vingt-cinq ans. Désormais, il faut composer avec les puissants et richissimes Google, Facebook ou encore Microsoft. Les deux derniers se sont alliés pour déployer entre la Virginie et l’Espagne l’autoroute la plus rapide à ce jour : 160 téraoctets. L’équivalent de « 71 millions de vidéos HD lues en streaming au même moment […] et de 16 millions de fois notre connexion à la maison »,selon Microsoft. Les Gafam peuvent ainsi faire passer leurs propres contenus dans leurs propres tuyaux. Comme dans le secteur de la finance, de gain de quelques mili secondes peut faire la différence.

    #Infrastructure_internet #Câbles #Géopolitique_internet #GAFA

  • Le routage, enjeu de cyberstratégie | Lois des réseaux
    http://reseaux.blog.lemonde.fr/2012/11/04/routage-enjeu-cyberstrategie

    Aujourd’hui, l’Internet connaît deux problèmes politiques majeurs au niveau mondial : la sécurité et les modèles économiques des échanges entre les acteurs. Quand on analyse le fond des choses, on tombe forcément sur le fonctionnement du routage.
    De plus, les États ont besoin de définir leurs cyber-stratégies. Or, mis à part les États-Unis, la Chine et une poignée de petit pays, les autres États commencent tout juste à appréhender les informations et les raisonnements nécessaires pour comprendre ce qui se passe dans les couches basses.
    L’Internet est un réseau virtuel bâti sur du réel. C’est un nuage qui prend solidement ses assises dans du béton. Par ses fibres optiques, par ses satellites, par l’environnement politique, légal et économique, l’Internet présente des contraintes physiques, géographiques, économiques, politiques qui ont nécessité des investissements colossaux. La géographie de l’Internet, ce qu’on appelle la cyber-géographie est un enjeu majeur de la cyber-stratégie.

    Il existe bien des zones de non-droits dans l’Internet (Salamatian préfère dire « zones grises ») mais elles ne sont pas là où le grand public pense qu’elles sont. L’interconnexion des domaines (routage) est l’enjeu de stratégies politique et commerciales. Ce peut être, à mon avis, un puissant moyen de contrôle ou d’influence de l’opinion. #Internet

    • Dans cet interview, Kavé Salamatian, chercheur en réseaux, explique le routage, BGP, les AS, etc et insiste que le fait que ces questions qui semblaient purement techniques ont une forte composante politique et stratégique. (Rafik Dammak me fait remarquer que c’est un effet WCIT : la renégociation en cours des accords internationaux sous l’égide de l’UIT fait qu’on se met à parler de ces questions de routage que l’ICANN, par exemple, a toujours soigneusement ignorées.)

      Des formules choc (« BGP est le gluant de l’Internet », « le syndrome de la mobylette pakistanaise », « [l’Internet est] un nuage qui prend solidement ses assises dans du béton »), et pas trop d’erreurs techniques (personnellement, le fait qu’il confonde DNS et noms de domaines - quand il prétend qu’on peut aller sur facebook.com sans le DNS - m’embête).

      Mais pas d’information inédite, rien de nouveau. Et, surtout, après les promesses du titre et du chapô, une grande frustration : aucune opinion politique exprimée, pas de ligne stratégique. L’auteur nous répète qu’il y a des enjeux politiques super-importants derrière le routage mais n’en expose aucun.

      Sa seule prise de position est qu’il faut réguler le peering (« une régulation mondiale pourrait poser les cadres d’une connectivité minimale » et « pour les problèmes de BGP hijack et autres attaques informatiques, il faudrait pouvoir recourir à un tribunal arbitral »). mais il ne dit même pas dans quel sens. Obliger les récalcitrants à peerer ? Au contraire, devoir faire approuver chaque accord de peering par le Haute Autorité de Régulation de l’Internet National ?

      PS : je ne suis pas d’accord avec son analyse du DNS. Certes, selon le modèle abstrait, le DNS est dans la couche Applications. Mais ce n’est pas une bonne façon de le décrire. Le DNS est une infrastructure, quelque chose qu’on ne voit pas mais qui est indispensable. Il est donc bien plus proche de BGP que des applications.

      #BGP #routage #cyberpolitique #géopolitique_Internet

    • Oui, ceci dit, c’est article d’un blog du Monde.fr donc destiné à des lecteurs profanes et c’est vrai que ça n’invente pas « l’eau chaude ». L’article a au moins le mérite de poser le problème d’une régulation au niveau global mais là on peut toujours rêver. La remarque que j’ai faite mettait l’accent sur l’aspect « disponibles » des infos à travers le Net. Et le contrôle unilatéral du routage ou son contraire, la transparence, ce sont aussi des aspects de la neutralité du Net

    • Il y aura morcellement visible quand on ne sera plus obligé de passer par l’infrastructure internationale. Il en existe des mesures théoriques. Aujourd’hui, la longueur moyenne d’un trajet est d’environ 6 AS et de 15,6 routeurs . Les AS sont les autorités indépendantes de l’Internet. Quand on passe par beaucoup d’autorités, cela signifie qu’il n’y a pas d’autorité. Internet sera morcelé quand son diamètre se réduira. Le diamètre est la distance d’un extrême à l’autre par le plus court chemin. Aujourd’hui, le diamètre d’Internet est encore en expansion.